Les Veillées du Père Bonsens, 1 janvier 1873, No 1
3* DU OU X1 Mis à la portée de tout le monde Nos.1 a 10 de la ÀMe.Série SUJET PRINCIPAL: N.AUBIN, PRIX: 30 Pts.Imprimé par Louis Perrault.& Cie., 87 Roe Sr.\jACQUEsXl< 1873 Or LES ftblfotbèque, Le Stonslr» cU QvUbeéî 3, ru» , bureau de poste, ou au No.87 rue St.Jacques, Montréal, une somme quelconque et il leur sera adressé des livraisons jusqu'à ce que le montant ait été épuisé.L'envoi équivaudra à un reçu.A la ville, le journal est ù vendre dans tous les dépôts de journaux et par les porteurs de journaux.Vente en gros au No.87, me St.Jacques.La raison les offense ; ils se mettent en tète Que tout est né pour eux, quadrupèdes et gens.Si quelqu'un desserre les dents, C'est un sot.J'en conviens ; mais que faut-il donc frire Parler de loin, ou bien se taire.AVANT-PROPOS.Depuis l'apparition de la première série d'entretiens familiers sur des sujets divers d'un intérêt général, recueillis sous le titre de Veillées du Père Bon sens, six ans environ se sont éooulés.La confédération des Provinces Britanniques de l'Amérique Septentrionale, inaugurée par l'union de quatre d'entr'elles, s'est accrue de trois autres, et l'Ile de Tererneuve seule demeure encore en dehors de la combinaison.Cette mesure fut suggérée dôs 1839 par Lord Durham dans son rapport sur les rebellions qui valurent aux colons de cette partie du monde le gouvernement représentatif basé sur la responsabilité ministérielle vis-à-vis des députés du peuple, mais compliqué fatalement d'un contrôle impérial trop peu restreint.Plus tard elle fut recommandée par des hommes d'Etat aux tendances libérales et, comme on devait s*'y attendre, combattue par les conservateurs alors on pleine jouissance du pouvoir.Puis enfin, proposée sous une forme moins sage par sos anoiens adversaires qui y trouvèrent quelques années de vie officielle, elle fut enfin inaugurée par eux ainsi qu'on l'a pu voir dans les premières causeries des bons villageois dont j'ai rapporté les naïves dissertations.Le lecteur curieux de coincidences et qui aurait le loisir de faire cette recherche pourrait voir que plusieurs des fâcheuses prédictions ou des pressentiments de quelques uns des interlocuteurs se sont réalisés déjà.Ainsi que toutes les choses de ce monde la nouvelle combinaison n'a pas produit encore autant de bien qu'en prédisaient ses auteurs ni autant de maux qu'en annonçaient leurs adversaires.Je n'ai pas suivi d'assez près pour -en pouvoir rendre compte les entretiens qu'ont eus sans doute mes anoiens amis campagnards à mesure que les événement» se déroulaient; mais, d'après ce qu'ils disaient alors, on peut juger du point de vue sous lequel ils ont dû continuer à envisager les choses.Malgré la grosse sagesse du Père Bonsens il est probable que les acteurs des scènes déjà décrites n'ont guère changé leurs opinions apparentes.Les conservateurs ont, comme de plus belle, admiré leurs chefs ou du moins préoonisé leurs actes même les moins louables et les libéraux n'ont pas plus cessé de les condamner à outrance, même les plus méritoires.Néanmoins des événements récents, que je ne veux point juger encore, sont venus tout-à-coup rompre la monotonie du grand monde politique, ont dû se répandre en tous sens et causer une certaine commotion 0 u jusque dans les hameaux les plus paisibles.Je suis fort curieux de savoir ce que disent do la siiualion nouvelle mon bravo ami M.ttousens et ses excellents voisins.J'espère que le lecteur éprouvera le même désir.Pourtant avant d'entrer en matière et de communiquer au public les nouveaux entretiens de mon liéros, je crois devoir le faire connaître aux lecteurs nouveaux qui ne sauraient sans cela comprendre la portée de ses pensées ou n'excuseraient pas Sllilisamnient la naïve rudesse de ses paroles.Je pense qu'il suffira pour cela de reproduire ici l'introduction à la première série dès Veillées: demeure à la campagne, beaucoup par goût et plus encore par economic J'ai peinr voisin un bravo homme que je n'ai pu comiai-l n; et apprécier que récemment, et seulement après une assez Ibnguo fréquentation, préjugé que je lus pendant longtemps par les rapports desautres habitants djU village, qui, lorsque je taisais quelques questions à son sujet, me le ropiïsentaient bien, en somme, comme un bon citoyen, mais en ajoutant toujours, par forme do correctif, quo le bonbomme était un peu toqué; attendu qu'il ne pensait pas comme tout le monde sur tes sujets ordinaires; qu'il avait, en politique des idées à lui ; qu'il n'était décidément d'aucun parti, et critiquait assez vertement la conduite des hommes publics, quelle que.fût leur couleur.Jo fis facilement sa connaissance ; car, que Jiiire en.un villaye à moins qua l'on n\u cause" et mon voisin est un grand causeur.Dès qu'il rencontre dis questionneurs, des interlocuteurs, des auditeurs, il t xprime sans gôno ses vues sur tout ce qui se passe, et pes appréciations ont Une originale franchise, une justesse qui dénotent souvent des connaissances qu'on ne s'attendrait pas à.rencontrer chez un homme do sa poôîtion ; une indépendance d'esprit très rare chez toutes les classes, et un intérêt pour les affaires du inonde qui ne se trouve quo chez les personnes dont l'attention n'est pas uniquement absorbée par les soucis privés de la vie.Mon voisin est aujourd'hui simple cultivateur, mais il ne compte pas uniquement sur les produits de sa terre pour satisfaire i\ ses modestes besoins.Il s'est fait, durant une vie laborieuse, un petit avoir qui lui donne une douce et tranquille aisance quo d'autres, moins sages, regarderaient comme de la misèraWl fut jadis voyageur pour la compagnie du nord-ouest, un peu trappeur dans les prairies pour lui même ; puis navigateur sur le St.Laurent et ses tributaires.Il est encoro propriétaire associé d'un bateau j co qui lui permet de faire, sans dépensos quand la terre commence à lui brûler les pieds, comme il dit, de petits voyages soit aux Etata-Unis par la rivière Richelieu, le lac et le canal Cbam-plain; soit à Québec, ou mémo dans le Haut Canada.Ces occupations diverses ont tour i\ tour un peu déteint sur lui, et lui ont sans doute imprime ce cachet d'indépendance et d'originalité qui m'intéresse surtout.Mon voisin reçoit plusieurs journaux.Sous prétexte (le les aller entendre lire et d'apprendre les nouvelles, un certain nombre des habitants de la paroisse viennent presque chaque soir chez lui se chauffer, fumer, faire par fois une partiede cartes.C'est dans la cour qui s'étend devant la maison que, le dimanche, la plupart de ceux qui viennent i\ la inesse aiment à mettre leur voiture: mon voisin n'est pas chicho d'un bouchon de foin au service de ceux qui restent pour lés vêpres, et plusieurs môme rje ses amis acceptent son invitation ordinaire " dune assiette de soupe sans cérémonie?i Attiré peu à pou parle charme rustiTrne des veillées do mon voisin, je me suis surpris h les fréquenter souvent, et j'ai pu m'apercevoir que ceux mêmes qui semblaient toujours prêts a faire bon marché do sa haute raison, étaient les plus empressés à venir jouir de son hospitalité quotidienne; mais je dois, en toute justice, avouer aussi que 1rs habitués y étaient eut minés sans s'en douter, plutôt par l'attrait des entretiens ingénus do bur hôte que par tout»?autre chose.Au physique, mon voisin rcssi mble a tous ces hommes qui ont passé la plus grande partie do leur existenee au grand air et a de rudes travaux.Il doit avoir passé la soixantaine.Je ne saurais dire au juste son a/e.11 pourrait avoir cinquante ou quatre-vingts ans.Je le lui ai demandé un jour ; mais il me répondit, en riant, qu'en fait d'âge il no s'occupait que de celui de ses chevaux.Il est encore alerte et vigoureux, et s'il vous donne la main, la pres.sion est en raison directe de l'amitié qu'il a pour vous.Dans les premiers temps do notre connaissanco, jo lui tendais la mienne sans crainte ; aujourd'hui je ne h; fuis qu'avec appréhension car depuis quelque temps je ne la retire qu'à demi broyée.Il possède cette jeunesse qui en vaut bien une autre, et fait oublier i\ tout le monde et probablement a lui mémo aussi, les années qu'il peut avoir: il est gai, d'humeur égale, toujours prêt a rendre service, a donner une corvée pour relever une grange abattue, une maison incendiée, uuo charrette embourbée, réparer un chemin même avant de savoir si la loi de voirie l'y oblige.Mon voisin no s'est jamais activeront mêlé d'élections : il n'a jamais trouvé do candidat qu'il approuvât ou bhïmfit complètement, ce qui expliquo pourquoi il n'est ni juge do paix ni officier de milice ; cela n'empêche pas qu'on l'appelle toujours capitaine, titre pacifiquement nautique, je pense, plutôt que martialemont militaire, ot qui probablement lui est resté du gouvernement d'un bateau ou d'un canot.Il est ordinairement vêtu do bonne grosse étoffe grise.Lorsqu'il est chea lui il porte encore le tablier do cuir et la tuque bleue ; mais quand il voyago ou so rend seulement i\ la ville, il endosse un vêtemont do drap lin qui n'est en retard de la mode que de quelque deux ou trois ans.11 peut alors passer .pour ce qu'il pst, du reste, dans la meilleure acception au mot; pour un gentilhomme.Àii moral, que diral-je?c'est un simple «/Vs-1>iiL : un de ceux à qui, biui| réellement, l'évangile promet le salut, par sans doute, Du u n'a pus voulu destiner exclusivement le royaume des cieux aux idiots ou aux crédules ; mais aux hommes hôhnôtcs, sincères et francs, qiii n'usent pas de détours vis-a-vis du proeliain, (pii n-' convoitent ni ne jalousent sa prospérité, qui n.; médisent de.personne et qui font enfin pii veinent et publiquement tout le bien possible dans la sphère toujours restreinte de leurs l'or-ces.Rufihj mon voisin est un de ces hommes dont on ne connait le mérite que quand on les a perdus et qui- leur départ de cette terre a laissé un vide qui ne se comble plus pour ceux qu'ils laiss ni derrière eux.le ne dirai pas son nom : car trop de personnes le reconnaîtraient, ee qui h!' serait sa modestie et lui fermerait peut être à jamais In bouche; Je l'appellerai seulement le PÈRE BQNSËN3, sobriquet «pie je lui donne sanfl l'en avoir prévenu, mais dont il ne s'offusquera pas je l'espère.Ceux qui voudront faire avec ce bonhomme plus intime < onnaissanee pourront lire ces simples récits que je prépare chaque semaine sur des notes prises à mon retour de chez lin.À ce simple exposé, j'ajouterai pou do chose.Depuis qu'il lut ocrit il no s'est pas opéré chez M.Bonsensouparinison entourage d'autre modification que celle qu'amènent inexorablement une demi douzaine d'années, quelque paisibles d'ailleurs qu'elles puissent être.Quant a ses voisins ils sont à peu près ceux que nous avons enteu-dus déjà, sauf quelques additions ou changements qu'on apprendra par la suite de la bouche même des interlocuteurs.11 est probable aussi que le cours naturel des événements nous en fera connaître d'autres qui n'ont pas encore paru sur notre modeste scène.| .Nous retrouverons tour-à" tour avec plaisir sans doute"le brave mais indécis Jean-Claude, le positif François, les voisines Seholastiquc, Monique, Module devenue grosse fermière de modeste couturière qu'elle était: Androche, papa de petit Toine qui a grandi et no peud plus les chats ; le pompeux docteur Boudin aura inévitablement encore maille à partir avec son confrère Bistouri ; Quenoche l'étonné sera peut-être un peu moins naïf, le mariage ayant dû élargir le cercle de son expérience; Pétrus et Jérémie spécule- ront toujours à leur manière sur les chevaux et autres bêtes; le gros Muscade qui engraisse presque sans imites] flagellant non moins pédant que jadis ; Lunguille avocat de la politique qui paie ; Julien qui est à la tête d'une belle exploitation.Enfin à toutes ces vieilles connaissances viendront s'en ajouter d'autres qui, dans le petit monde circulant autour du héros principal, jetteront quelques lueurs intéressantes dans leur ensemble cjuc nous tâcherons de communiquer aux lecteurs à mesure qu'elle se développeront.-* «s» *-1- rraUlfl ENTKET1lift; Octobre 1873, Oit fttadi iifisi lh Jacqueline -se pur/c à elle mniK
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