Le passe-temps, 1 janvier 1946, v. 52, no 902
^tpajye - ^jempj REVUE ARTISTIQUE FONDEE EN 1895 "Le Passe-Temps" manuel scolaire ! Pourquoi pas ?Certes, il ne s'agit pas de rendre obligatoire 1 etude de la musique et de la chanson.Mais tout pédagogue digne de ce nom vous dira que la musique et le chant exerceront toujours plus de séduction sur la jeunesse que les froids exposés de grammaire et d'arithmétique.Plusieurs instituteurs et institutrices ont tenté l'expérience, avec succès.L'étude des chansons et la lecture des textes ont procuré aux enfants un délassement intellectuel dont a profité le reste de leurs études.Les parents eux-mêmes devraient inciter leurs enfants à lire les articles du "Passe-Temps" et surtout à déchiffrer la musique.* « # Avez-vous une collection du "Passe-Temps" ?Après enquête auprès de nos lecteurs, nous nous proposons de publier la photo des personnes qui Ont une collection du "Passe-Temps" de 15 années et plus.Veuillez donc nous dire combien d'années du "Passe-Temps" vous possédez, même si les séries ne sont pas consécutives, c'est-à-dire s'il y a interruption d'une ou plusieurs années dans votre collection.* « * Un musicien nous demande de publier un Album Musical plus volumineux."Vos morceaux classiques sont très bien choisis", nous écrit-il, "je n'en apprécie pas moins les harmonisations de M.Laliberté, qui resteront certainement dans notre musique canadienne." Cet aimable correspondant, que nous remercions de ses bonnes paroles, a sans doute eu un pressentiment.Nous avions décidé de publier, à partir d'octobre, au moins 9 pages de musique et chansons.SOMMAIRE SEPTEMBRE 1946 — No 902 MUSIQUE THEMES ET VARIATIONS .2, 3 NINON VALLIN, par France MARTIS .5.20 MAURICE PLEAU.contrebassiste .6 LA CHANSON DU QUEBEC.par Yvonne LAUZIERE .6 "BEETHOVEN" AU COLLEGE BOURGET.7 BRUCKNER, ménestrel de Dieu, par Emile VUILLERMOZ .7 POT-POURRI.8 ALBUM MUSICAL.10 à 16 NOUVELLES DES TROIS-RIVIERES.par H.GAUCHER.17 "LES MIDINETTES" DE SHA-WINIGAN, par Ferdinand DAEMEN .18 LOUISE DARIOS, interprète de la chanson.19 CURIOSITES DU VASTE MONDE.21 IL Y A 50 ANS DANS "LE PASSE-TEMPS".22 PETIT POEME APACHE, par Guy MAUFFETTE .22 EXERCICES D'ARTICULATION.par I.-L.GONDAL.22 MOTS CROISES.23 LES LIVRES.24 PALESTRINA ET LA REFORME DE LA MUSIQUE SACREE, par Elisabeth de MONDE-SIR .24 • ART ET BEAUTE GRANDEUR ET DECADENCE DES COLLECTIONNEURS DE TIMBRES, par Henri GERBERT .25.26 ELEGANCE D'AUTOMNE, par Simone CHANDAI .27 CONSULTATION, conte inédit, par Raymonde WEBER .28 Autorisé comme matière de seconde classe par le Ministère des Postes.Ottawa."LE PASSE-TEMPS" est publié mensuellement par les Editions du Passe-Temps, tlnc.l.627 ouest, rue Dorchester, Montréal 2.— Téléphone : MArquctte 9905.11 est imprimé par l'Imprimerie Mercantile.Limitée.Les manuscrits, publiés ou non, ne sont pas rendus.— Direction : Eddy PREVOST : rédaction : Roland PREVOST ; publicité : Paul PREVOST.ABONNEMENTS : Canada : S2.00 pour 12 mois : S3.75 pour 24 mois.Etats-Unis: S2.25 pour 12 mois.Autres pays: S2.50 pour 12 mo s.Le numéro: vingt cents.L'abonnement esl payable d'avance par mandat-poste ou chèque aliranchl, accepté et payable au pair à Montréal.— CHANGEMENT D'ADRESSE : Tout changement d'adresse doit être accompagné de l'ancienne.Avis doit nous parvenir au moins trente jours avant le numéro d'où le changement sera ellectll.Pour discontinuer de recevoir cette revue, il laut avoir acquitté tous les arréraqeB.— Le Passe-Temps publie aussi de la musique en leuilles.MONTREAL.SEPTEMBRE 1946 PAGE UN Thèmes et Variations "Pour travailler et vivre dans la Musique" Serge Koussevitzlrv.pendant plusieurs années — même alors qu'il était encore en Europe — rêva d'un centre des arts où des étudiants, supérieurement qualifiés, pourraient compléter leurs études techniques en travaillant avec des professeurs de premier ordre et aussi observer ces professeurs à l'oeuvre.Les exigences d'une carrière brillante ont longtemps empêché Kous-sevitzky de réaliser ce projet.Mais SERGE KOUSSEVITZY recevant Paul Hindemith à la porte de sa loge du Berkshire Musical Center.Ce loyer artistique est installé dans un magnifique domaine, au milieu d'une nature qui invite à la sérénité.lorsque la Symphonie de Boston acquit la propriété de 200 acres de Tanglewood dans les montagnes Berkshire (à Lenox, Massachusetts), et qu'on y eut construit et inauguré en 1938 le Shed qui asseoit 6,000 personnes, il trouva le moment venu d'établir ce qui est le Berkshire Music Center, "ce centre pour travailler et vivre dans la musique ; pour servir ceux qui cherchent le meilleur dans la musique et les arts qui s'y rattachent ; pour servir ceux qui veulent rafraîchir leur esprit et leur personnalité par le contact avec une élite artistique et qui désirent un repos créateur pendant l'été." Arrêté par la guerre, le Berkshire Music Center a repris cet été avec 400 étudiants.L'activité principale est le travail collectif, orchestre, choeurs, opéra.L'orchestre des élèves a donné des concerts symphoniques ; la classe d'opéra a créé Peter Grimes, de Banjamin Britten et le choeur s'est joint à l'orchestre de Boston pour des concerts du Festival.Le Festival de 1946 est le septième donné à Lenox par Koussevilzky.Les concerts de cet été sont une preuve évidente de la situation unique que ce Festival et son école affiliée occupent en Amérique.Son importance est nationale et internationale.A ces concerts par l'orchestre de Boston on a joué plusieurs oeuvres de compositeurs contemporains, tel que la 5e Symphonie de Prokofieff, le Concerto pour violon et orchestre de Martinu, la 9e Symphonie de Schostakovitch, The Testament of Freedom de Randall Thomson, trois concerts consacrés à Brahms et pour finale la 9e de Beethoven.C'est dans ce cadre spacieux, au site idéal, à la somptueuse nature que Koussevitzky affirme sa foi dans l'art et la jeunesse de l'Amérique.M.E.B.Les Festivals de Montréal Depuis sa fondation en 1936, la Société des Festivals de Montréal a présenté chaque année des spectacles d'une haute valeur artistique qui ont accru le prestige de Montréal et de la province.Si les auditeurs ont enrichi leur culture musicale, on ne peut certes prétendre que les fondateurs de cette Société aient fait fortune.Les frais énormes qu'elle doit assumer pour monter ces grands concerts ne peuvent laisser que des déficits, que des mélomanes généreux veulent bien amoindrir.Mais cela ne suffit pas, et il faut que tous les amateurs de belle musique donnent aussi spontanément à la Société des Festivals.Les Américains, — que l'on taxe trop légèrement de matérialisme, — n'attendent pas d'être millionnaires pour aider leurs sociétés musicales.Pas demain, aujourd'hui envoyez votre chèque à la Société des Festivals de Montréal, Hôtel Windsor.Montréal.La Fille du Soleil Cari Dubuc présentera en novembre sa pièce "La Fille du Soleil", légende canadienne du temps des coureurs de bois.La distribution comprend à date José Forgues (dans le rôle-titre), Estelle Mouffette, Suzanne Avon, Camille Ducharme.Guy Mouffette, René Verne, Raymond Laplante et l'auteur.De nombreux éléments de folklore et des chants canadiens contribueront à évoquer la Nouvelle-France de 1700.Il est même question de chansons et de musique composées spécialement pour cette oeuvre nouvelle.Poète et musicien Le 5 septembre est décédé à l'hôpital Notre-Dame, J.-Eugène Gaudin, poète et musicien d'un beau talent.Eugène Gaudin avait été l'ami de Paderewski, qui n'accordait sa confiance qu'à bon escient.Il avait aussi connu dans l'intimité Emiliano Renaud.Il était membre de l'Académie Royale de Musique de Londres, et diplômé en prosodie musicale au Conservatoire de Boston.MARIA SOLAIRE, nouvelle vedette de la chanson française, qui a créé récemment à Paris "Ma peine et moi" qui patait ce mois-ci dans notre Album Musical.Au cours des prochains mois, "Le Passe-Temps" publiera encore les plus belles chansons parisiennes avec la photo du compositeur et du créateur et un récit des circonstances partois pittoresques qui ant donné naissance à ces airs nouveaux.PAGE DEUX LE PASSE-TEMPS SUZETTE FORGUES.jeune violoncelliste de grand talent, qui revient s'établir à Montréal après quelques années d'éludés ef de concerfs aux Etats-Unis.Elève d'abord de Gustave Labelle et de Jean-Baptiste Dubois, Mlle Forgues obtenait, à l'âge de 16 ans, une bourse du grand Emmanuel Feuermann qui lut son professeur jusqu'à sa morf.En 1940, la jeune Montréalaise remportait le Prix d'Europe, mais la guerre la contraignit de poursuivre ses études aux Etals-Unis.Sous la direction de Feuermann, dont elle était l'élève préférée, elle fit des progrès si rapides qu'elle jouait bientôt comme premier violoncelle de plusieurs orchestres importants : le National Orchestra (Léon Barzin), la Brooklyn Symphony (sir Thomas Beecham), la City Center Symphony (Leopold Stokowsky), la New Jersey Symphony, l'ensemble du poste WOR (Mutual Broadcasting), etc.Elle fut également soliste de la Charleston Symphony, en Caroline du Sud, et elle lit dans le Middlewest américain une brillante tournée de concerts.Possédant à tond les méthodes de Feuermann, elle eut à New-York des élèves très doués, dont un vice-président des Pan-American Airlines.A Mlle Suzette Forgues, "Le Passe-Temps" souhaite les plus beaux succès et dans l'enseignement et au concert.Le Quatuor Alouette Le 20 septembre, le Quatuor Alouette partira pour l'Ouest canadien, où il donnera des concerts.Le retour se fera par Sudbury, North Bay et l'Abitibi, où l'attendent des engagements.Un très grand événement : la venue de Nicholas Medtner Dans une lettre à son ami M.Alfred Laliberté, le grand compositeur Nicholas Medtner.qui habite l'Angleterre depuis plusieurs années, annonce sa venue prochaine au Canada.Il s'embarquera en octobre.Pour marquer ce grand événement musical, "Le Passe-Temps" publiera dans son prochain numéro un article de M.Laliberté, illustré de photos inédites.Après avoir été trop longtemps i'jnoré des pianistes e! violonistes de concert, Nicholas Medtner est en pusse de connaître la célébrité, malgré sa grande modestie.Notre compatriote Paule Bailly a récemment donné aux Etats-Unis des concerts composés uniquement d'oeuvres de Medtner : les auditoires exigèrent plusieurs rappels.Arthur Leblanc fait maintenant entendre ses sonates pour violon.Récemment encore, la pianiste anglaise Edna Isles était soliste de trois concerts de la London Philharmonie Orchestra, et elle joua trois concertos de Medtner.Nicholcs Medtner, qui aura 76 ans le 24 décembre, consacre tout son temps à la composition.M.Laliberté vient de recevoir de lui le manuscrit de deux élégies composées pendant la guerre.Au Beaumanoir M.Paul Gouin, directeur artistique du Becumanoir, rue Sherbrooke ouest, nous annonce que sa galerie d'art tiendra plusieurs expositions artisanales en octobre et novembre.Les Canadiens de langue anglaise et les Américains admirent.— et achètent, — les oeuvres de nos artistes.Nous contentons-nous d'admirer ?.Les causeries de Jean Vallerand Jean Vallerand, secrétaire du Conservatoire de la Province de Québec, reprendra en octobre ses causeries à Rcdio-Collège.Cette année, le sujet de ses entretiens sera "La musique et la civilisation occidentale".A Radio-Collège également, un programme d'une très belle tenue : Le Musé d'Art, texte d'Annette La-Salle-Leduc, orchestre sous la direction de Roland Leduc.Ces 20 émissions commenceront le 13 octobre ; le dimanche, de 4 h.30 à 5 heures, sur CBF.M.JULES GENTIL, professeur de piano au Conservatoire de Musique de Paris, prolesseur et inspecteur des études pratiques à l'Ecole Normale de Paris, nous apprend que le Gouvernement français vient d'accorder une cinquantaine de bourses à des Canadiens qui iront étudier à Paris la musique et d'autres arts.Quelques jeunes artistes du Québec bénéficient de cette générosité : Jeanne Landry, Prix d'Europe 1946, qui a obtenu une dispense pour se présenter aux classes d'harmonie, de piano et de composition du Conservatoire ; André Mathieu, qui ira étudier la composition ef la direction dorchestre (en octobre ou novembre, "Le Passe-Temps" publiera une oeuvre nouvelle d'André Mathieu) : Gilles Lefebvre, jeune violoniste très doué ; Raphaël et Pierre Masella, clarinettiste et hauboïste.Grâce aux démarches de M.Gentil, les boursiers pourront faire la traversée sur un navire français.Le distingué délégué du ministère des Affaires étrangères de France a rendu un magnifique service à la musique canadienne en mettant à la portée a"un plus grand nombre des nôtres les hautes sources culturelles de Paris.De M.Gentil, nous apprenons également que M.Allred Cortot viendra très probablement en Amérique au cours des prochains mois.Pendant la guerre, il a publié toute l'oeuvre de Schumann et de Liszt, avec des commentaires.Valse d'amour Le mois prochain, nous publierons un des plus beaux airs de la nouvelle opérette "Valse d'amour" que présenteront les Variétés Lyriques a la fin d'octobre.Au cours de l'hiver, nous feronB paraître d'autres extraits d'opérettes.MONTREAL.SEPTEMBRE 1946 PAGE TROIS Vallin.par France MARTIS Une récente photo de la grande artiste NINON VALLIN dont nous commençons ici la publication d'une biographie inédite.Un honneur particulier m'échoit aujourd'hui : je doin recueillir une biographie de Madame Ninon Vallon.je la veux précise et parfaite, afin de me montrer digne, à la fols de cet honneur et de l'admirable Interprète, gloire du chant français, qui fit en Amérique du Sud d'abord, puis en Amérique du Nord et dans l'Europe entière, la plus active propagande française pour laquelle elle fut promue en 1935 Chevalier de la Légion d'Honneur.Née ù Montalieu (Isère) le 8 septembre 1BB6, d'une famille de souche dauphinoise dans laquelle personne ne fut artiste, Ninon Vallin me parle d'abord de son père, dans l'étude de notaire duquel elle passa son enfance.Ce foyer provincial, que la fonction do notaire semble habituellement marquer d'une austère et grave ambiance, était éclairé par le sourire d'une jeune et gale maman qui chantait toujours.Le respect, l'admiration, la reconnaissance et l'amour que Ninon Vallin garde au souvenir de ses parents sont particulièrement émouvants; elle dépeint le remarquable caractère de son père, destiné à entrer dans les Ordres, mais dont la réelle 'vocation de père" dans toute l'acception du terme, prima tout M se maria jeune et s'occupa de l'éducation de ses quatre enfants, leur Inculquant à la fois les préceptes les plus hauts, l'instruction la plus vaste, ainsi que la connaissance et la compréhension de l'Infini, leur montrant la beauté de la Nature, des astres, des oiseaux, avec une grande et lumineuse Intelligence, les laissant cependant choisir ce qui les attirait le plus.Ninon, la plus jeune des quatre enfants, a gardé de ces enseignement un tel amour de la Nature et du sol, qu'elle ne saurait vivre en ville, malgré tout ce qui semble l'y attirer, et, depuis vingt ans, c'est dans la contemplation du doux paysage qui l'entoure, dans la perfection de ces verts coteaux, de ces agrestes vallons, qu'elle trouva, comme maintenant encore, l'inspiration de son grand art, le secret de non splendide et pur talent, LE DON Et voici que je la questionne déjà.— Quand avex-vous commencé à chanter.Madame ?— Mais.à trois ans, sur les genoux de mon père qui encourageait beaucoup ce penchant.et puis, je me souviens qu'un peu plus tard, vers dix ans.juchée sur un tabouret, j'ai chanté seule à l'église un solo d'ange.— Puls-je vous demander.Madame, d'où vous vient cette formation musicale si sûre, si solide, dont la charpente se devine à travers tout ce que vous interprètes ?— Tout simplement du couvent du Saint-Sacrement, à Salnt-Laurenl-enBrionnais, où mes deux soeurs et moi-même avons appris à lire et à écrire la musique très sérieusement ; très vite j'ai lu dans toutes les clés ; nous chantions des choeurs à la chapelle et des antiennes à trois voix : notre formation fut des plus sérieuses, nous avons aussi très tôt enseigné à d'autres, el par eux.nous avons approfondi notre art.Ma soeur aînée Blanche Vallin-Mathieu eBt demeurée toute sa vie un eminent professeur, mon autre soeur, morte hélas I à quatorxe ans avait, elle, des aptitudes remarquables pour la peinture.et moi.l'ai chanté, conclut en riant l'exquise Ninon Vallin.— Oui.vous avex chanté avec ce don Incomparable qui vous fut accordé au berceau par toutes les fées vos marraines.Ninon Vallin rit.de ce rire perlé si plein du charme irrésistible dont elle a le secret.— Un don des fées., .si vous voulex.J'ai tout de suite "senti" la musique aussi simplement que l'on respire.c'est si facile ! — Facile, pour vous peut-être.Madame.par cette extraordinaire divination que vous montrez pour tout ce qui est harmonie-beauté.sourire.Ninon Vallin sourit encore.— A propos de sourire je vais vous raconter mes débuts au Conservatoire de Lyon.Mon père avait pris une étude de notaire dans la Drôme.Au Grand Serre, nous y connûmes une famille musicienne qui venait tous les dimanches à la grand'messe où je chantais, et nous fîmes fréquemment de la musique ensemble.Mon père désireux de nous donner des situations indépendantes, selon nos goûts, et conseillé par cette famille, nous poussa vers la musique pour laquelle nous montrions, ma soeur et moi, une grande attirance ; le Conservatoire de Lyon étant le plus proche de ches nous, c'est là que nous fûmes dirigées, et c'est dans la classe de Madame Mau-vernay que j'entrais en 1907.La classe du "Sourire", comme on l'appelait alors, fut critiquée par bien des gens.Cependant cette femme honnête et très artiste m'a dit un Jour : "Je ne sais où tu as appris tout ce que tu sais ; co n'est pas à mol que tu le dois, mais au moins moi, je t'ai conservé ta belle voix sans l'abîmer".Et Ninon Vallin, du fond de son souvenir, envoie une pensée reconnaissante à celle qui fut sa première initiatrice pour l'interprétation, le goût, l'impeccable tenue, ot ce tact mesuré qu'elle a su conserver au suprême degré.— Mais, — dis-je — celte technique impeccable, si sûre, ce contrôle de chaque mouvement do muscle, ce souffle admirable et Invisible.qui donc vous les a enseignés?.— J'ai observé les grands Italiens avec lesquels j'ai eu l'avantage de chanter en Italie, en Amérique du Sud surtout, el j'ai appris beaucoup auprès d'eux, puis, de déductions en déductions, j'ai toujours cherché à améliorer ce que je possédais, car enfin — conclut Ninon Vallin — c'est seulement quand la technique est devenue machinale qu'on peut don- PAGE QUATRE LE PASSETEMPS nor à une oeuvre la penriee qu'ello demande : sinon, c'est comme un miroir terni, taché, on ne reflète plus, comme le cristal par ses mille facettes, tout le prisme des nuances que rien ne doit ni gêner ni entraver.— Votro passage au Conservatoire de Lyon s'est terminé bien entendu par un palmarès de choix.Vous aves obtenu, autant que je m'en souvienne, tous les premiers prix et même lo prix d'honneur en 1910.vous aviez concouru dans le grand Air des Enfers d'Alcesle.n'est-ce pas?.quelle suite ces prix vous ont-ils apportée ?— Savard, qui était alors Directeur du Conservatoire de Lyon, reçut la visite de Gédalge en tournée d'inspection, et me fit entendre à luL„ "Que faites-vous ici ?" me dit-il, "11 faut venir à Paris".C'est lui, et c'est Vincent d'Indy qui m'avait accompagnée dans plusieurs concerts à Lyon, ainsi que Wltkowski, londateur de la Société des Concerts à Lyon, qui me ladlltèrent des auditions à Paris.le lut reçue par Astruc, par Chevillard.et c'est à ce moment-là que j'ai commencé à chanter de petites choses au Concert Colonne : mais mon irrésistible vocation date des représentations du Martyre de saint Sébastien qui furent données en 1911 au Chatelet.alors que j'étais tout à lait débutante.LA VOCATION On cherchait pour le Chatelet sept coryphées, et U fallait auditionner devant Debussy, qui avait écrit la musique de scène, devant Caplet et Ingelbrecht, qui dirigeaient l'ouvrage, enfin devant tous ceux qui ontouraient Ida Rublestein pour laquelle se montaient ces remarquables représentations.Engagée comme coryphée dès ma première audition, je ne quittais plus ces répétitions dont l'ambiance me grisait.En effet, l'admirable travail de cette époque-là, fait avec une grande recherche de détails, entouré des Maîtres les plus compétents, et qui se déroulait dans une atmosphère d'Art très pur m'enthousiasmait, bien que Je n'y prisse part que comme coryphée dans un modeste rôle.Madame Rose Féart engagée, elle, pour chanter tous les soils, et qui était une étoile du moment, ne venait pas aux répétitions ; étant en représentation ailleurs, elle devait se contenter des "raccords" du dernier moment.Commo la partition se gravait au fur el à mesure que les auteurs livraient leurs feuillets, c'est-à-dire au jour le jour, quelqu'un devait lire aux répétitions les feuillets manuscrits des solis La maison nalaïe de Ninon Vatlln.à Monfa-lleu (Isère).Le département de l'tsère se trouve dans le sud-est de la France, voisin de la Savoie.afin de faciliter les enchaînements.Je lisais couramment le manuscrit et, sur la demande de Debussy, c'est moi qui prêtais ma voix, pour les répétitions seulement, à tous les solis, non seulement pour rendre service, mais aussi pour le très grand plaisir personnel que me procurait cette lecture ; pour m'en remercier, on me laissa même le solo de la vierge Erlgone.et le soir de la générale arriva.Madame Rose Féart était là pour chanter ses solis, et comme je demeurais à Auteuil.je partis avant la fin du spectacle.Le lendemain un télégramme d'Astruc m'avertit que Debussy exigeait que je chante seule tous les solis.à partir de la première représentations et jusqu'à la fin j'ai donc chanté toutes les voix du Martyre de saint Sébastien.— Ceci prouve une fois de plus, dis-je, que le réel talent s'impose toujours, envers et contre tout.sans qu'il soit besoin pour cela de l'entourer d'intrigues.Mais, dites-moi.Madame, cette extraordinaire mise en scène du Marfyre de saint Sébastien exigeait de vous une véritable acrobatie.Vous chantiez du haut d'une échelle double posée au lointain, U me semble.et de laquelle vous n'entendiez même pas l'orchestre, je crois ?.— C'est vrai.mais c'est surtout cette phrase d'une magnifique envolée : "Je viens.Je monte.J'ai des ailes.tout est beau." qu'il me fallait chanter les bras collés au corps, ficelée dans l'arbre de saint Sébastien, qui m'a laissé le souvenir "qu'impossible" n'est pas un mot français.Aujourd'hui nous en rions toutes deux de bon coeur.— C'est à partir de co jour-là, n'est-ce pas, que s'est dessinée votre carrière ?— Ouï.je suis devenue la "Chanteuse de Debussy", me répondit en riant la glorieuse interprète de co vénéré Maître, qui lui a donné comme compensation (son nom n'ayant pu, sur la partition, remplacer celui de Rose Féart déjà gravé) : "A colle qui fut s! mélodieusement "TOUTES" les voix du Martyre de saint Sébastien mon très reconnaissant hommage.Claude Debussy." Je questionne encore : — Je suis insatiable.Madame, pardonnez-moi, mais ie voudrais savoir comment vous êtes enfin arrivée au théâtre ?.— Je n'avais vraiment voulu préparer qu'une carrière de concerts ; mais pendant l'hiver 1911-12 Albert Carré fut amené par Barthou dans une famille qui protégeait uno joune femme compositeur.Madame Blanche Lucas.On devait faire entendre à Albert Carré l'oeuvre de cette dame, et j'en étals l'interprète avec l'excellent artiste canadien Rodolphe Plamondon.— Alors je devine.Albert Carré ne prit pas l'oeuvre mais U prit l'Interprète.— Presque.il essaya du moins de me décider à venir à l'Opéra Comique.J'allais le voir, mais ne décidais rien encore de crainte d'être tenue par un contrat trop strict, à cause d'un projet de tournée en Espagne.A quelque temps de là.Albert Carré m'écrivit de nouveau et m'offrit un engagement de 1, 2 ou 3 ans qui me permettrait de me libérer à mon gré après chaque année.Je fis donc en 1912 mes débuts dans le rôle de MlcaÔla de Carmen avec Chenal et Léon Beyle.NINON VALUN à 12 ans.Là, très simplement, la grande et célèbre cantatrice me donne la preuve de son intelligence, de son amour du travail, et de son goût inné pour la perfection.— C'est à ce moment-là, me dit-elle, que mon beau-frère Mathieu, jeune professeur de chant lyonnais, m'aida de toules ses connaissances approfondies du chant ; après avoir essayé lui-même onze professeurs, après avoir eu sa belle voix de baryton abîmée par eux, il étudia profondément la technique et se fit une opinion définitive et sûre.Il fut pour moi lc plus implacable, le plus impitoyable des critiques, me mettant en garde contro tous les dangers, dont le pire était le succès que le public me réservait.Il me fallut une grande humilité et aussi une grande volonté pour redresser chaque erreur, pour affirmer mes connaissances et pour ne pas mo laisser griser par un trop facile succès ; c'est à mon beau-frère Mathieu que je dois d'avoir fait sur moi-même ce travail technique sévère pendant mon premier passage à l'Opéra Comique.— Vous avez débuté dans Micaëla.et cependant ensuite vous avez si brillamment chanté Carmen.c'est là un véritable tour de force vocal de pouvoir atteindre sans gêne uno pareille étendue.— - Paravay.qui était alors metteur en scène à l'Opéra Comique, m'avait prédit que je chanterais le rôle de Carmen.Il trouvait que Je ressemblais à Galli-Marié.D'ailleurs à cette époque Je chantais déjà indifféremment Mignon.La Bohême, et même la Manueîa de la Sorcière do Camille Erlanger.— Ces écarts de tessiture n'ont pas altéré votre merveilleux organe.U demeure pur comme un cristal, et votre timbre garde la fraîcheur et l'éclat de ceux de vos maîtres les rossignols, dont votre père savait si bien vous faire remarquer la divine technique.Je reçois en réponse le ravissant sourire.et je m'attarde à le contempler tant il est empreint de charme Irrésistible.mais Je ne dois pas abuser d'un temps précieux et je pose encore des questions : "Après les deux gros succès de Mignon et de La Bohême, qu'avez-vous fait ?Le regard de Ninon Vallin s'emplit de tristesse.(Suite à la page vingt) MONTREAL, SEPTEMBRE 1946 PAGE CINQ La contrebasse à vent, le géant des instruments d'orchestre et de fanfare L'antre immense de son pavillon soigneusement astiqué, ses notes "profondes comme des tombeaux", les détours mystérieux de ses tuyaux font de la contrebasse à vent l'instrument qui en impose le plus aux enfants de tout âge.Contrebasse à vent, tuba, sousa-phone sont le même instrument, sauf que le sousaphone, — dont les tuyaux sont circulaires, — se porte sur l'épaule et ne sert que dans les fanfares et les musiques militaires.La contrebasse à vent, — à trois ou le plus souvent à quatre pistons.descend en ligne directe de l'ancien ophicléide, qui lui-même était une forme modifiée du serpent.Elle s'étend sur 3 octaves, dans n'importe quelle tonalité.Il y a quatre sortes de contrebasses à vent : double Si bémol, double Do, Mi bémol, et Fa.C'est un instrument coûteux : $900 avec les deux pavillons droit et coudé, sans compter la caisse, qui vaut au moins $60.Bien qu'indispensable dans les orchestres et les fanfares, la contrebasse à vent.— comme son frère le sousaphone.— ne se joue que rarement en solo.Elle sert à donner plus de profondeur et de rondeur aux trombones.Beaucoup de compositeurs l'ont utilisée très heureusement, pour certains effets.Citons, MAURICE PLEAU portant une contrebasse à vent.Poids: 55 livres; hauteur : 4 pieds ; longueur du tube : 20 pieds.entre autres, Mendelssohn, dans l'ouverture du Songe d'une Nuit d'Eté ; Wagner dans les Maîtres Chanteurs ; Gounod, dans le 2e acte de Samson et Dalila : Gershwin dans Rhapsody in Blue, Porgy and Bess, etc.; Moussorgsky dans Boris Go-dounov ; Berlioz dans la Symphonie fantastique et la Marche hongroise ; Stravinsky dans Pefrouchia ; Verdi dans le 2e acte d'Aîda ; Tschaikovs-ky dans 1812; etc.Maurice Pleau, le meilleur joueur de contrebasse à vent dans nos orchestres montréalais, appartient, — comme Frank Gariépy dont nous avons parlé le mois dernier, — à une famille de musiciens.Son père, Ernest Pleau, est un basson solo bien connu.Ses trois frères sont aussi musiciens : Ernest jr, pianiste ; Edmond, trombone de la fanfare de la Garde Civile de Montréal ; Raymond, organiste à Québec.Son oncle, feu Albert Pleau, a publié un arand nombre de ses compositions dans "Le Passe-Temps".Après avoir étudié la trompette et le piano, Maurice Pleau opta définitivement pour la contrebasse à vent .instrument si négligé des musiciens que les chefs d'orchestre s'en arrachaient les cheveux de désespoir.Ses professeurs furent le Dr J.I.Gagnier ; M.Stewart P.Dunlop, pionnier du tuba à Montréal, président de la Petite Symphonie de Montréal ; et M.Eugène Adam, de la Symphonie de Boston, virtuose de renommée mondiale.R.P.LA CHANSON DU QUEBEC La poésie de chez nous est-elle "musicable" ?l'emploie ce mot de préférence à "musicale", car la poésie en elle-même est musicale.Mais, comme il s'agit d'en faire une chanson, la poésie canadienne se prête-telle à une adaptation à la musique ?Neuf sur dix musiciens soutiennent la négative, tandis qu'un dixième prouve l'affirmative.Ces neuf musiciens, en croupe sur le métronome Maëlzel ou en amazone sur la césure, considèrent la chose comme un tour de force irréalisable.Ne somii-il pas opportun de demander à nos grands annonceurs de nous révéler ces petits trésors enfouis dans les tiroirs de ces modes- tes ignorés, et destinés aux oubliettes comme les macchabées du cimetière Saint-Charles.Loin de moi l'intention de diminuer le prestige de tous ces propagateurs de la chanson française.Certes, il y a parmi ces interprètes étrangers, de vrais artistes de l'Art Lyrique, qui méritent leur popularité.Pourquoi ne pas leur faire entendre ce que nous produisons nous-mêmes ?Ceux-là pourraient rapporter en France quelques-unes de nos plus belles chansons : leur perfection d'interprétation serait le succès assuré pour nos compositeurs canadiens.Nous avons nos chanteurs et chanteuses ; mais on leur apprend des Sirrrrands airs d'opéra, pendant que es interprètes étrangers récoltent la manne de nos dollars avec des chansonnettes.Composons la chanson du Québec.Le coeur et l'âme de nos poètes sont imprégnés de musique.Elle entre dans leurs vers inconsciemment.Il suffit d'avoir tant soit peu l'intellect poétique pour y discerner la phrase mélodique et les accords harmonieux.S'il n'en fait pas un chef-d'oeuvre, - la France en a-t-elle beaucoup dans le domaine de la chanson populaire ?— s'il n'en fait pas un chef-d'oeuvre, dis-je, il fera du moins oeuvre égale, sinon supérieure, au produit importé pour la consommation des gogos.Yvonne LAUZIERE.PAGE SIX LE PASSE-TEMPS Beethoven au Collège Bourget C'est dans des décors presquo somptueux que le Collège Bourget.à nigaud, recevait au printemps l'illustre Beethoven.La "résurrection" du plus grand musicien de tous les temps, nous la devions au R.P.Antonin Lamarche, qui ne fait rien moins que des prodiges lorsqu'il veut rendre hommage à ses "dieux" de la musique : Mozart, Beethoven, etc.L'an prochain, il présentera une oeuvre du R.P.Lamarche, Tobie.pour laquelle le compositeur montréalais Gabriel Cusson a écrit la musique.Et il reprendra ensuite, avec un Bach grandiose, le cycle de ses créations.Les six représentations du Beethoven, dans la grande salle du Collège Bourget, ont attiré plus de six mille spectateurs, ce qui est admirable.Ce qui l'est davantage, c'est la réalisation de ce spectacle grandiose : en un mois, à travers les cours et la préparation des examens, il fallut dessiner et peindre les décors, faire la mise en scène, habituer les choeurs d'élèves à chanter avec accompagnement de disques, apprendre les rôles, régler l'éclairage, etc.Le pianiste aveugle Paul Doyon tenait le rôle de Beethoven, pour l'exécution des concertos, avec accompagnement de disques ; tâche très difficile dont il s'acquitta avec sa maîtrise habituelle.Pour le reste, à chacun son mérite, qui est grand : le Père Antonin Lamarche, auteur des textes et metteur en scène ; le Frère Pellan, qui réalisa le film et les décora ; et Morenoff, qui dirigea les ballets.Sauf erreur, le Collège Bourget fut le pionnier des cours libres d'initiation musicale dans nos maisons d'enseignement secondaire.L'an dernier, plus de 259 élèves fréquentcient ces cours hebdomadaires donnés par le Père Antonin Lamarche.Il y a vraiment quelque chose de changé dans nos collèges classiques : on s'est enfin décidé à ouvrir les fenêtres.R.P.ll^i^llHI^I^BHHiHHBHBISIl L'un des tableaux les plus pathétiques de "Beethoven" : On entend, au deuxième mouvement de la Symphonie Héroïque, la tioisième partie de la marche funèbre pendant que les héros de la Grèce antique combattent et meurent et que Beethoven s'écrie : "Vous nobles vainqueurs de la Grèce montrez-moi comment on peut tenir jusqu'à la mort ! " Illustration symphonique de la glorieuse Neuvième Symphonie \ Des guerriers représentent Beethoven cherchant une solution au problème de la destinée en dehors de Dieu ; découragés par les obstacles et les souffrances, ils demandent à la nuit lo sommeil de la mort.Un héraut vient leur révéler le secret de la joie conguise, de la lutte, et ils partent avec lui pour répandre sur la terre l'évangile de la Joie.Bruckner, le ménestrel de Dieu Etrange et curieux homme que ce fils d'instituteur de village envoyé au monastère des Augustins de Saint-Florian pour y apprendre le métier de son père et qui en sortit organiste, après avoir joué du violon dans toutes les fêtes rustiques pour gagner sa vie.Par son sens profond de la nature et par son catholicisme solide, son génie était devenu deux fois autrichien.La sincérité de cette double foi explique toute son oeuvre qui trouve le moyen de demeurer si près de la vie et de la terre, tout en s'élevant à une sublimité d'inspiration vraiment angélique.On a appelé Bruckner le "ménestrel de Dieu".L'expression suggère bien ce qu'il y a de fervent, de naif, d'ingénu et de suprahumain à la fois dans cette musique à laquelle devait s'apparenter, par sa candeur, son innocence et son ardent mysticisme, l'hommage que le jongleur de la légende fit agréer à Notre-Dame.Jusqu'à soixante-douze ans, Bruckner écrivit avec simplicité des choses sublimes dans une langue dont la majesté tranquille et la grandeur aisée rappellent l'éloquence de notre Bossuet.Il aimait la vie ; il aimait la nature ; il aimait son travail ; il aimait boire de la bière bien fraîche selon des rites respectueusement observés.Un jour, il aima une jeune fille qui le repoussa.Il se détourna pour toujours de l'amour terrestre et, sans puritanisme agressif, vécut chaste jusqu'à sa mort, en remerciant Dieu d'avoir créé les femmes si belles.Il travailla jusqu'à son dernier souffle et expira, assis devant son piano, où il terminait la finale de sa LXe Symphonie, qu'il aurait voulu dédier "à son cher Dieu" I Et.maintenant il repose, selon son désir, sous son orgue de Saint-Florian.Auprès de son lourd sarcophage, quelques petits sapins veillent comme des moines en capuchons verts.Là, le ménestrel de Dieu poursuit ses lyriques entretiens avec le ciel.Emile VTJILLERMOZ.PAGE SEPT MONTREAL.SEPTEMBRE 1946 Berlioz, qui avait souvent le mot dur, a dit de Meyerbeer : "Meyerbeer a non seulement le bonheur d'avoir du talent, mais, au plus haut degré, le talent d'avoir du bonheur." II est vrai que, lils d'un riche banquier israélite, Meyerbeer n'eut pas les soucis a"argent du pauvre Berlioz : c'était déjà une bonne tranche de bonheur.tt * * En 1859, un nommé John Gregory découvrait de riches gisements aurifères dans le Colorado.Ce lut une ruée, et les fortunes poussaient comme des champignons.Aussitôt ces nouveau xriches tirent ériger un théâtre en "bois rond" où Ton donna des représentations d'opéra et de mélo.Après l'incendie de 1874, on construisit l'édifice actuel, en granit, aussi solide qu'une forteresse ; on l'inaugura en 1878, cinq années avant le Metropolitan Opera House de New-York.La saison d'opéra y durait cinq mois, et les plus grands artistes y chantèrent.Mais peu à peu les mines s'épuisèrent et Central City se vida de ses habitants.En 1931.la famille McFarlane fit don du théâtre et â"autres propriétés à l'université de Denver.Dès l'année suivante, cette petite salle de 742 places réunissait dans cette ville perdue des foules enthousiastes.Cet été, on y a présenté "L'Enlèvement au Sérail", de Mozart.tt tt * Après la mort de Gershwin, un admirateur composa une élégie en mémoire du disparu ; il alla montrer le "poulet" à Oscar Levant.Celui-ci écouta le morceau, puis : "Ce serait beaucoup mieux", dit-il, "si c'était Gershwin qui eût composé une élégie à votre mémoire", tu» Montréal, métropole du Canada et deuxième ville française du monde I ?), donne ses grands concerts d'été dans des stades de baseball.Encore une fois, notre "mission providentielle" en Amérique, comme on disait autrefois, est une faillite.Ce sont ces méchants Américains qui nous font la leçon : à Boston, plus de 345,000 personnes ont assisté à 17 concerts d'été.Et surtout, — tenez-vous bien, messieurs les ministres I — ces concerts sont "gratuits", sauf 10 cents pour la location d'une chaise, si ça vous plaît.Au cours d'une représentation à l'opéra municipal de Saint-Louis (Miss.), le ténor Richard Manning vient d'être blessé grièvement au bras, dans une scène de duel.11 a quand même continué à tenir son rôle, mais après qu'un médecin eut placé le bras dans des éclisses.# # i Le 22 janvier prochain, la Philharmonic-Symphony de New-York présentera en première audition une nouvelle oeuvre de Paul Hindemith : un concerto de piano qui sera interprété par Sanroma.§ f • L'illustrie violoniste /ose/ Szigefi lait actuellement une tournée triomphale en Grande-Bretagne, après avoir donné une série de concerts au Festival d'Interlaken, en Suisse.Il reviendra en Amérique à la fin d'octobre pour remplir ses engagements à New-York, à Montréal et ailleurs, t $ $ Richard Strauss a expliqué ses accointances avec le parti nazi en disant : "C'était une question d'affaires.Quatre-vingt salles d'opéra allemandes me payaient des "royautés".En dehors de l'Allemaqne, à peine une dizaine d'opéras présentent mes oeuvres".i M t Nous parlons ailleurs des grands concerts qui ont eu lieu à Tangle-wood.Il faut préciser que, aux dires des critiques américains, Victor Ladéroute y a remporté un grand succès dans sa création de "Peter Grimes", le nouvel opéra de Benjamin Britten.» $ M Le 27 septembre marquera le premier anniversaire de la mort du grand compositeur hongrois Béla Bartok, à Fâge de 64 ans.Il est mort pauvre, les grands éditeurs et les chefs d'orchestre l'ayant malheureusement ignoré.Avec Zoltan Kodaly, il colligea, en parcourant les campagnes à cheval, plus de dix mille mélodies et danses hongroises, slovaques, roumaines, et deux cents thèmes arabes.t t » Le pianiste Eugène List et son épouse la violoniste Carol Glenn viennent de terminer une opérette, "San Philhppe", qui sera créée prochainement par Donald Dame et leanette MacDonald.Charles Wagner donnera un prix de mille dollars au vainqueur d'un concours qu'il vient lui-même d'instituer.Le sujet du concours — qui se terminera le 1er octobre 1947 -est un opéra sur un thème américain.L'oeuvre gagnante sera présentée par Charles Wagner et son associé Edward W.Snodon, et elle aura au moins 25 représentations.Pour autres détails, s'adresser à Charles Wagner, 511 — 5th Avenue, New York City.» » lt Quelle lut la dernière oeuvre pia-nistique de Mozart ?Il semble bien que ce soit des variations, — parlois très spirituelles, — sur un air d'une opérette populaire à son époque : "Le stupide jardinier des montagnes".t t t C'est le 24 octobre 1918 que mourait Charles Lecocq.II avait composé un très grand nombre d'opérettes dont les plus célèbres sont "La tille de Mme Angot", "Le petit duc", "Barbe-Bleue", etc.» I I Yehudi Menuhin n'avait que sept ans lorsqu'il joua, avec l'orchestre symphonique de San Francisco, le concerto de Mendelssohn.tt » It Jascha Heifetz et Mischa Elman dînaient ensemble dans un restaurant très fréquenté par les musiciens.Le garçon de table apporta une enveloppe adressée "Au plus grand violoniste du monde".Heifetz s'inclina devant son compagnon en disant : 'Cest à vous, Mischa".Elman refusa le lettre : "C'est à vous qu'elle est destinée", dit-il.Ils se décidèrent enfin à ouvrir l'enveloppe.La lettre commençait ainsi : "Cher Fritz".Elle était pour Kreisler I.» « « Malcolm Sargent dirigeait une répétition du "Messie" de Haendel.Les voix féminines ne lui plaisaient guère et il avait quelque ditticulté à les mettre à l'unisson, surtout lorsqu'elles chantaient .• "Car un enlant nous est né".Sargent réclama plus de vérité dans ce passage : "Allons, mesdemoiselles, chantez cela avec plus de respect et moins d'étonne ment." PAGE HUIT LE PASSETEMPS 'EXAMEN de la VUE' • VERRES CORRECTEURS • Spécialiste LORENZO FAVREAU, o.o.d.•I ses assistants oplomitrlstes-optlclens Ba.O.Hureaux ches TaitFavreau 265 Esl.Su, Catherine LA.6703 6890 ru» St Hubsit CA.8344 MUSIQUE PROCURE GENERALE DE MUSIQUE ENRG.9.rue d'Aiguillon QUEBEC, Can.1231 ouest, rue Sainte-Catherine, Montréal ALFRED LALIBERTE Enseignement du piano et du chant (Français, anglais, allemand) Rendez-vous par correspondance seulement.1 ?ones, i Représentants des meilleures marques MARTIN Saxophones, trompettes et trombones.DEAGAN — Xylophones, marimbas et Vibra-harpes.PEDLER - - Clarinettes, liâtes, etc.I.UDWING — Tambours, timbales, etc.BRILHART - Embouchures de saxophones et de clarinettes.KAPLAN - Cordes de violon.J ROGER FILIATRAULT du Conservatoire Royal de Musique de Bruxelles et du Conservatoire National de Paris Enseignement scientifique de l'art vocal basé sur l'Emission Physiologique d'après les données du Docteur Wicart de Paris Prolesseut Ecole Supérieure de Musique d'Outremont Protesseur Ecole de Musique Université d'Ottawa Professeur Ecole Normale de Musique Institut Pédagogique NOSTALGIE, pour piano, par Joseph Strimer.En octobre 1945, "Le Passe-Temps" publiait une oeuvre nouvelle du célèbre compositeur russe Joseph Shrimer.qui a lait paraître en Europe et aux Etats-Unis,, plus de 400 morceaux pour piano, orgue, harpe, violoncelle, etc.11 lut l'élève de Lladov.Tcherepnine, Glasounov.etc.Nostalgie est aussi une oeuvre inédile, dont on goûtera la grande douceur mélodique.LES JOURS D'ENCHANTEMENT, paroles de Lucien Thériault, musique de Frédéric Chopin.M.Lucien Thériault.réalisateur à Radio-Canada et mélomane averti, a su exprimer parlaitemenl.dans ce court poème, ie charme du séduisant Prélude Op.28.No 7, de Chopin, "le Passe-Temps" publiera des compositions de Mendelssohn el autres noms célèbres, avec paroles de M.Thériault.Pour le concert et le salon, chanteurs et chanteuses auront ainsi un répertoire d'un succès certain.DOUX REPROCHE, pour piano, par Stephen Heller.Comme Chopin, Holler ne composa que pour le piano.Tous les pianistes connaissent ses Etudes : maiR beaucoup Ignorent ou négligent les courtes pages, si délicieuses, de cet auteur dont l'inspiration touchait au génie.MA PEINE ET MOI.paroles de Robert Lasquin, musique de Marcel Cambier.Cette nouvelle chanson, créée il y a quelques semaines à Paris par la jolie Maria Solaire, se chante maintenant dans toute la France.Très émouvante, il laut la rendre avec beaucoup d'expression.LE BERGER DU TYROL, paroles de Vallombreuse, musique de Charles Tanguy.Cette tyrolienne, ctéée autrelois à Montréal par le fameux Sargel.se chante encore beaucoup dans nos familles.On nous apprend que Sargel.—¦ dont les aînés n'ont pas oublié le brillant talent.vit encoro et qu'il habite Paris.Vous pouvez vous procurer à notre rayon de musique religieuse toutes les oeuvres et revisions du célèbre maître français MARCEL DUPRE.—^SSBBBS* /*CéS"""^—V.500, RUE SAINTE-CATHERINE EST MA.6201 MONTREAL, SEPTEMBRE 1946 PAGE NEUF PIANO NOSTALGIE Joseph STRIMER Andunlino espressivo.Droite réservés 1946 — Canada et U.S.a.— tes Edifions du Passe-Temps.Inc.Montréal.PAGE DIX LE PASSE-TEMPS NOUVELLE CHANSON LES JOURS D'ENCHANTEMENT Paroles de Lucien THERIAULT Assez lent.Expressif.PRELUDE (CHOPIN) OP.28 No 7.Les jours d'enchan - le - ment Sont com - me les par - iums Que 3C m -a ¦ 5=^ p doux r«-1» -r çea.* Tea.* 3 les ileurs d'un ma - Un Ex - ha-lent dans les champs; La fleur dé-ra-ci - née Offre m » r fi rfc (h çeo.ïeo.ïcS.—>- i il en-cor sa sen - teur: L'ins-tant d'un court bon-heur Dore u - ne des - U - née.Et : i p -sf- .p—a- -,1 çea.IX Copyright 1946 — l/.S.A.Canada tos Editions du Passe-Temps Inc.Montréal MONTREAL.SEPTEMBRE 1946 PAGE ONZE CE QU'ON CHANTE A PARIS MA PEINE ET MOI Paroles de Robert LASQUIN Musique de Marcel CAMBIER Moclrrnlo ^ récitatif Y h rien :¦ (nir'quond on nt seule.l'n jour «lue iiu.r.Mi trop nmrre, Mettant flii nnir el du tour-ment_ Aiunriir des fil — les.(.'.a ftap'tvtmuibemifiH Hi _ ve rs_ Plein d'à mer _tn _ nie.Quand ilansli i-nriirs va trop il'pro.messe», Ptmr un' fois j'fïai migiand vn_ yayje ¦' m Hz Ça ri m'tout d'suite a - vec Dé — tresse _ A-vec l'cs_po:r pour é - qui - pane Kt ça fout l'eamp_ Les bo - ni - inenls'.Mais pour fins-tant - J'bourlirufue au vent'- ( ofrnghl 194S Ay EiIiiioik musical» CHANT AL Q"0"lui/{Ct;TinN rt 01 *f«9 PAGE DOUZE LE PASSE-TEMPS MONTREAL, SEPTEMBRE 1946 PAGE TREIZE BEAUX REFRAINS D'AUTREFOIS LE BERGER DU TYROL Paroles de VALLOMBREUSE Musique de Ch.TANGUY l'I ANC m m m .— H m IP —r 1.Je «ii» le ber- ger du Ty- roi, 2.Là- haut prèsdes cieuxtoujours Meus.i Le roi des ci - mes ar - gen - té - e».J'ai Dans la ai-fen- cedes mon-ta - gnes.Je î m | É S ^ g pour a - mi le roa - si - gnol vig con-tent.je vj» heu-reux.Qui char - me mes nuitsen - ehan-té - e».Tout En li • ber-té dans ces cam-pa - gnee.Les M1 i uu m w ZI z 1" * 4 rit.en gar-dant mea blancs mou-tons, (leurs par-fu - ment mon se - jour.Je - coûte, e' - mu, la tv - ro - lien - ne Que L'air par di - bt - te ma poi - tri - ne.Par - t t t Copyright 1846 — 17.S.A.Canada — Les Editions du Passe-Temps Inc.Montréal PAGE QUATORZE LE PASSE-TEMPS re - dit Té - cho des val - Ions tout dans le» bois d'à - Ien • tour M 'r p Comme u - ne ly - re ma - gi • cien - ne.Tra la Tin - tent les clo - ches ar - gen - ti - nés-, p fji mm Hiuji uirP| riiji m la la la.tra la U la la, tra la la la la, tra la la la la.tra la la la Ja, tra la m m m * * Bti reTr Cj^f ; 4° foii POUR FINIR irgrr Tri m* r h ' sd la la la, tra la JU f j j= 1 u mk la la la.tra lata.j j j a la la la ]—I l t la 1 >.j e -s*-* tra la j- Sf la la i= la la la la la la, tra la a • _—*_ I i 1 j j J =44 H- H- -1 ff t f .-i • -i—1— flfftf fil la la la la la la j-H—Ur- la, tra la, tra la — p •_r latralala, tra la la r- rTV-i ti j f f 1."S»1»J- ^f-f— -1-1- - Sous les grands pins dans les taillis.Parmi les bouquets d'aubépines.Les oiseaux construisent des nids.Auprès des rouges eglantines.Ce sont des chanteurs sans pareil Qui charment les vertes clairières.Pondant que sur eux le soleil Verse des torrents de lumière.Tra la la, etc.l'aime surtout les bellos nuits Lorsque tout dort dans la nature, Les petits oiseaux dans lours nids Et les moutons dans la ramure.Les regards tournés vers les cieux Mon coeur murmure uno prière.Au Roi des astres radieux Qui bénit mon humble chaumière.Tra la la, etc.MONTREAL.SEPTEMBRE 1946 PAGE QUINZE DOUX REPROCHE Allegretto.J • 96.Stephen HELLER P Pw.Pw.Pw.Pw.Pw.# P Pw.Pw.Pw.Pw.Pw.* a tempo J-L 1fZ ___ con an ima • 1 ¦jnr —et».«rn fe» JM Y i>dr ?ftif- 1 •m 1?-» H= + r 3 =£= —»— y » by 1— /?-*— ; i Z" * -I— p * - Z» An Pw.Pw.poco lento a tempo %» Pw.Pw Pto- rit.FF* FtTT# Tf¥fr slentando =1- m Pw.Pw.Pw.Wî f-t*-f U— - r,-;- WW #1 ML, PAGE SEIZE LE PASSE-TEMPS 3818 Girouard MONTREAL WA.6423 OSWALD MICHAUD Accordeur de pianos pour l'élite des musiciens Professeur d'acoustique à l'Université de Montréal — Accordeur à Radio-Canada Inventeur du piano magnétique SONOBHL PIANOS REMIS A NEUF Tout ce qui est joli et nouveau en MUSIQUE et BRODERIE se trouve dans la revue RAOUL VENNAT Enrg.3770-3772.rue Saint-Denis.MONTREAL Prii : Canada : 12c par an — Etats-Uni» : 25c par an.MUSIQUE EN VOGUE ! (Grand format — avec accompagnement REVE D'AMOUR.Franz Liszt $0.50 ALBUM DU "VAGABOND QUI CHANTE" S0.75 renfermant H mélodies choisies CONSOLATION.S.Moisse $0.40 ORGUE MARCHE NUPTIALE .Meldelssohn $0.25 arrangement Eugène Lapierre Envoyer timbre de 20 pour recevoir le dernier catalogue de musique du PARNASSE MUSICAL LACHUTE, QUE.DANTES BELLEAU Enseignement du Piano Répétiteur de Chant 1181 DE LA MONTAGNE En fouf temps de Vannée un abonnement au "PASSE-TEMPS" est un cadeau apprécié.$2 PAR ANNEE LE PASSE-TEMPS — 627 ouest, rue Dorchester Montréal 2 Nouvelles des Trois-Rivières Les Trifluvlens ont eu comme les Montréalais ot les Québécois leurs concerts "sous les étoiles".Ces spectacles en plein air sont choses parfois risquées.Les deux plus importants concerts présentés aux Trois-Rivières cet été ont été gâchés par une température défavorable et accueillis, ajoutons-le, avec une indifférence coupable.Le 26 juillet.MM.Paul Dupuis et Odilon Fortier.impresari! pour le compte des Concerts Mauriciens, ont présenté le célèbre ténor français Georges Thill.Cet événement musical attendu depuis si longtemps a justifié la réputation du grand chanteur.Thill a soutenu sa renommée.Il n'a pas trompé son auditoire.Cet admirable chanteur doit être classé parmi les plus brillants ténors de notre époque et l'un des plus suaves à entondre.Le concert eut lieu au stade municipal devant un maigre auditoire de 1.500 personnes alors qu'on en escomptait 4,000 au moins.Il faisait froid et un vent ennuyeux n'a cessé d'incommoder le chanteur, l'accompagnateur : lean-Marie Beaudet et jusqu'au système de transmission vocale.Thill a donc chanté dans des conditions défavorables, mais il convient de signaler que le ténor a passé à travers ces difficultés avec un aplomb extraordinaire.Si le concert fut un succès au point de vue artistique, on ne saurait en dire autant du résultat financier.Un fiasco pour les deux dévoués imprésarii.Un ténor comme Thill, 11 n'en passe pan beaucoup dans un siècle.Los Trifluviens sont un peu coupables de l'avoir ignoré.Le 1er août, les Trifluviens font une réception enthousiaste à la "Fiesta Mexicana" avec Maurice Meerte et son orchestre des Carabins ainsi qu'à la chanteuse de genre : Alys Robi.Il y avait 4,000 personnes à ce concert.Les airs mexicains ont trouvé preneurs aux Trois-Rivières et eu sur l'auditoire un effet saisissant.Les danses mexicaines ot les déploiements d'Alys Robi ont aussi fort intéressé l'assistance.Le jeune imprésario.Luc Bertrand, qui a présenté Claire Gagnler et l'Orchestre Symphonique dirigé par Gerald Gagnier, le 12 août, de nouveau au stade de baseball, a subi un rude échec à ses débuts.Un autre fiasco financier qui n'avait pas sa raison d'être.Tout au plus 700 personnes à ce concert.Temps peu rassurant, bise froide et vent perpétuel.Il est possible que Claire Gagnler garde un bien mauvais souvenir de cette soirée.Trois-Rivières lui doit pourtant une publicité incomparable à l'étranger.Quant au jeune chef d'orchestre.Gérald Gagnier.c'est un musicien qui promet.Il a du cran, de l'emprise, du dynamisme, de l'enthousiasme à vendre.Gérald Gagnier a surpris l'assistance et les pièces qu'il a fait exécuter avaient du relief.Le jeune chef mérite de figurer sur la liste des futurs Invités de l'Orchestre Symphonique des Trois-Rivières, Une dernière remarque en marge de ce concert qui a débuté tard de sorte qu'à minuit, 1] restait encore le quart du programme a exécuter.L'artiste Claire Gagnier répète trop souvent les mêmes pièces et aurait à y regagner en modifiant son programme.Beaucoup de mélomanes se sont abstenus de se rendre sur les lieux pour cette raison.C'est un conseil en passant .Ceci n'enlève rien à sa belle personnalité, sa voix riche et limpide ainsi qu'à son admirable talent.La même Claire Gagnler a donné le 17 août un concert à la salle paroissiale de Champlain, près des Trois-Rivières.La salle était bondée et l'on a dû refuser l'admission à plusieurs centaines do personnes.Claire Gagnier passe l'été dans ce lieu de villégiature avec ses parents.Le ténor montréalais, Pierre Vidor, s'est fait entendre dans plusieurs centres de notre région cet été comme par exemple à Saint-Célestin et Plerreville, comté de Nicolet, et à Maskinongé.Une autre nouvelle surprenante, c'est la démission de M.Joseph Gélinas commo directeur de l'Orchestre Symphonique des Trois-Rivières.Fondateur de co mouvement.Gélinas a commis l'erreur d'assumer le fardeau entier de l'organisation.U s'occupait do recrutement, d'achats d'instruments, des répétitions supplémentaires pour les novices, de la rédaction dos programmes, de la vente et perception des annonces.Devant une tâche aussi épuisante, Il dut abandonner son poste.Toutefois.H continue d'aider le mouvement en s'occupant de la section des violonistes.L'abbé J.-G.Turcotte, maître-de-chapelle au Séminaire des Trois-Rivières, succède temporairement à M.Jos.Gélinas jusqu'à ce que l'Orchestre puisse se payer le luxe d'un chef laïc professionnel.MONTREAL.SEPTEMBRE 1946 PAGE DIX-SEPT 5349999615 Une part/a des "MidinetlesT.Première rangée: Solange Légaré, Carmen Prévost (planiste), Monique Pillion, Gertrude Lapointe.Line Marchand, Mme Simone Murray, Armande Hamel.Mmo Bergeron, rieureffe Lambert.Mme Simone Lampron ; deuxième rangée : Mme Madeleine Guertin, Jacqueline Audet.Mariette Lavergne.Isabelle Désaulnlers, Gabrielle Coutu, Huguetfe Grenier.Pierrette Boisverl, Olivette Landry, Claire Boucher ; troisième rangée : Mme Ducharme, Mme Laura Matte.Cécile Dubé.Lilian Hayes, Mme Rolande Garceau, Berthe Leduc, Gaby Daemon.Lucette Brouilletfe.Manquent dans le groupe: Hélène Lessard.Mme Pierrette Thibaudeau, Efiennerfe Perron, Clotilde Lessard.Jeanne Bouvette.Suzanne Trudel.Mariette Gélinas (soeur de Mme Murray), Hélène Perreault.Suzanne StOnge, Lina Beaulieu, Mme Thériault._ A Shawinigan, l'ensemble vocal féminin " LESHMI DI NETTES " par FERDINAND DAEMEN Parmi les organisations qui contribuent à la diffusion de l'art musical et théâtral dans la ville de Shawinigan, il faut citer l'ensemble vocal féminin connu sous le nom de "Les Midinettes", qui fête cette année le cinquième anniversaire de sa fondation.Ce fut, en effet, en 1941 que Madame Simone Gélinas-Murray.musicienne exceptionnellement bien douée, bachelière en musique du Conservatoire do l'Université de Montréal, qui s'était Intéressée à l'art dramatique et musical dès sa plus tendre enfance et qui fut l'une des plus brillantes élèves des RR.Soeurs Grises de la Croix, et plus tard du maître Eugène Lapierre, conçut le projet de réunir autour d'elle et de prendre sous sa direction 23 jeunes filles qui avaient du talent ou des dispositions pour le chant et le théâtre."Les Midinettes" affrontaient pour la première fols les feux de la rampe, le 17 avril 1941.à Shawinigan, dans un programme de "Variétés Mélodiques", pièces classiques, semi-classiques et populaires, dans les deux langues, avec soils et choeurs.Les recettes de cette soirée furent versées à la Société Canadienne de la Croix-Rouge.Ce récital avait si bien rencontré la faveur du public que "Les Midinettes" furent invitées à donner une représentation à Grand'Mère, également au profit de la Croix-Rouge.A l'automne de la même année.Madame Murray présenta ses deuxièmes "Variétés Mélodiques", sous les auspices et au bénéfice de l'Oeuvre d'entraide aux militaires de Shawinigan.Pour cette représentation le choeur des "Midinettes" était composé de 30 voix ; c'était leur premier concert-spectacle avec tableaux et grande mise en scene.En décembre 1942, "Les Midinettes" présentaient leurs troisièmes "Variétés Musicales" au théâtre Cartier, sous la présidence d'honneur du maire de la ville, et sous les auspices de l'Association de Bien-être aux soldats.A ce spectacle Mme Murray fit exécuter pour la première fois une marche patriotique de sa propre composition "En avant, Canadiens t ", qui devait par la suite être éditée et chantée à d'autres concerts en plein air.Un surcroît de travail et la fatigue n'avaient pas permis à Mme Murray de préparer un nouveau spectacle pour l'année suivante.Cependant, nous revoyons "Les Midinettes" en scène le 8 avril 1943.lors d'une représentation partielle de l'opéra-comlque "Le Père des Amours", d'Eugène Lapierre (scène de la poésie, scène de la Mésentente et scène du Retour) avec le précieux concours de deux excellents artistes lyriques, Marthe Le tourneau.soprano, et Pierre VIdor, ténor."Les Midinettes" exécutèrent quelques-uns des choeurs de l'opéra du Dr Lapierre, et quand celui-ci se mit au piano pour jouer une de ses compositions, II reçut une ovation.La dévouée directrice des "Midinettes" n'était pas restée inactive, et dès le 6 avril 1944 nous pûmes assister aux quatrièmes "Variétés Musicales", cette fols-ci au profit de l'hôpital Sainte-Thérèse.Ce spectacle dépassait tout ce qui avait jamais été donné à Shawinlgan par des amateurs, quant à la mise en scène, les costumes et l'interprétation des pièces de chant.Le public avait sur- tout admiré un superbe tableau "Ronde de Fées" de Gabriel Pierné, une féerie représentée pour la première fois, ainsi qu'un autre sur les motifs de "Star Dust" de Car-michael.La seconde partie du programme était une revue musicale en 2 tableaux, avec décors et costumes appropriés aux pièces do chant et aux numéros de danse.A la demande du public, Mme Murray consentit à répéter le même spectacle au bénéfice de l'Oeuvre du Petit Piètre, et dans les premiers jours de mal "Les Midinettes" furent engagées pour une représentation à l'auditorium de l'Académie De La Salle aux Trols-Rlvlères.Par la suite elles remplirent un engagement au Palais Montcalm à Québec, sous les auspices des Syndicats Nationaux Catholiques, devant un public très enthousiaste.L'inlassable dévouement de la fondatrice des "Midinettes" finit par altérer sa santé et elle dut interrompre son activité pendant l'hiver 1944, mais nous la retrouvons sur la brèche en 1945.Avec son groupe de chanteuses, qu'elle était parvenue à augmenter encore, elle prête son concours à diverses manifestations organisées par les Chevaliers de Colomb, la Société Saint-Jean-Baptiste et la Société du Bon Parler Français en congrès à Shawinigan.A cette occasion M.Jules Massé, président général de cette Société, put dire des "Midinettes" que c'était "un ensemble unique dans la province".Lors de la fête de la Saint-Jean-Baptiste, Mme Murray fit exécuter une autre pièce de sa composition, "France-Canada", qui conquit Immédiatement la faveur du public et qui sera bientôt enregistrée sur disque.L'année 1945 marqua aussi pour "Les Midinettes" leur première expérience dans le domaine du chant sacré.En effet, le choeur de 36 voix, en coopération avec la chorale des Enfants de Marie, chanta la grand'messe de Pâques et la Messe de Minuit à l'église Saint-Pierre.Depuis le début du printemps 1946, Mme Murray s'occupe à monter son cinquième spectacle, qu'elle compte présenter au public en octobre, et qui éclipsera tous les précédents.U y aura en tout 18 pièces au programme, comprenant entre autres une cantate de Mendelssohn, le choeur "Pardon breton" de Chaminade, la Grande Valse "Les feuilles du matin" de Strauss, le Premier Mouvement de la Sonate "Au Clair de Lune" de Beethoven, une "Fête à Pékin", etc., le LE PASSE-TEMPS PAGE DIX-HUIT lout dans des décors et avec effets de lumière appropriés.Mme Murray a encore dans ses dossiers plusieurs oeuvres musicales inédites : un chant de Pâques, une Humoresque pour piano, des chansons sur un poème de Robert Burns et de Victor Hugo, ainsi qu'une opérette en un acte et deux tableaux, "Travestis", dont le libretto est achevé et qu'elle compte produire dans un avenir rapproché.Les penchants vers l'Art sont chex Mme Murray une constante préoccupation.Toutes les fois qu'olle ne vaque pas aux soins de son ménage, elle est devant le piano, à faire des compositions, des harmonisations ou des arrangements musicaux, ou bien elle fait de l'aquarelle ou de la peinture à l'huile, et son salon est artistement décoré de Jolis tableau-lins de sa création.C'est précisément son talent d'excellente dessinatrice qui lui permet de faire elle-même le dessin des maquettes et des costumes pour les représentations des "Midinettes".Pendant plusieurs fours avant chaque représentation son boudoir, sa cuisine et même sa salle de bain sont transformés en salon de couture, atelier de peinture de décors, salle d'essayage et de maquillage, car les costumes et accessoires sont confectionnés chez elle par les "Midinettes".Bref, c'est une ruche bourdonnante d'activité, au milieu de laquelle Mme Murray donne des directives, examine si tout est au point, cependant que dans une autre pièce son mari brosse des décors ou essaie des elfets de lumière sur une scène en miniature.Elles feraient mieux, plus beau et plus grand encore si nous n'avions pas à déplorer cette lacune que l'on constate peut-être dans d'autres villes même plus importantes que la nôtre : celle de ne pas disposer d'une vaste salle pouvant asseoir de raille à quinxe cents personnes et où le plateau se prêterait plus facilement à des représentations théâtrales à grande mise en scène.Les ressources financières des "Midinettes" sont limitées ; elles ne touchent aucun octroi de la municipalité et les frais pour monter un spectacle sont toujours élevés.Sans se décourager, Mme Murray n'en continue pas moins son oeuvre de vulgarisation musicale parmi la population, car elle tient à maintenir l'excellente renommée que "Les Midinettes" ont acquise parmi les citoyens de Shawlnlgan, et à ce titre elle fait grande ment honneur à sa ville.La Chorale des Midinettes est ainsi constituée : Membres du Conseil.Mmes L.Matte, I.Desaulniers.S.Lampion, R.Garceau, P.Thlbaudeau, M.Lavergne, G.Lapointe.Comité des Costumes : Mmes Laura Matte.S.Lampron, R.Garceau, H .Bergeron, C.Dubé H.Perreault.A.Boucher, G.Lapointe."Les Midinettes" sont assistées dans leur travail extérieur d'un comité de Dames auxi-liatrices.présidé par Mlle Isola Bourassa.Ce comité, outre de s'occuper du côté matériel de la chorale, apporte un concours précieux dans les problèmes souvent difficiles qui se présentent.Enfin, un comité masculin, sous la direction de M.James Murray.Jr., mari de la fondatrice des "Midinettes", s'occupe de la technique de la scène, éclairage, régie générale, publicité, etc.Ferdinand DAEMEN.Après un concert à /radio El Mundo, à Buenos-Aires, de gauche à droite : LOUIS JOU VET (neveu de son homonyme), LOUISE DABIOS.le célèbre JEAN SABLON.l'artiste française JACQUELINE DUMONCEAU, et PAUL MISBAKl qui a composé plusieurs chansons pour Mme Darios.LOUISE DARIOS, merveilleuse interprète de la chanson Le cycle de cinq concerts que la charmante artiste Louise Darios donnera au Gésù les 13.20, 27 septembre et les 4 et 10 octobre nous fera comprendre l'évolution de la chanson populaire française depuis sept siècles.Le dernier concert sera composé uniquement LOUISE DARIOS.la grande interprète de la chanson française.de chansons du folklore canadien, dont les harmonisations ont paru ou paraîtront dans "Le Passe-Temps" : le maître Alfred Laliberté sera lui-même au piano d'accompagnement Louise Darios, fille de deux grands artistes, est née à Paris.Son père, — disciple de Duvernois et de Fauré, — est compositeur do musique symphonique, directeur des orchestics Paramount et Radio-PTT.Sa mère est Marcelle Villeroy, premier prix du Conservatoire de Paris pour la harpe, chanteuse de la Scala de Milan, comédienne ot concertiste.Elevée dans un milieu de haute culture musicale, Louise Darios apprend le chant d'abord avec son père, puis avec Reynaldo Hahn, la comédie et l'art dramatique avec Marcelle Villeroy.A l'âge de 15 ans, elle donne son premier concert, â Paris, où elle interprète des oeuvres de Reynaldo Hahn.Tout aussitôt elle commence une tournée européenne.Dès ce moment, elle est attirée par la chanson populaire française.C'est donc avec un répertoire moderne qu'elle arrive en 1939, six mois avant la guerre, à Santiago du Chili.La guerre la retenant sur le continent sud-américain.Louise Darios chante au Pérou, au Chili, à Buenos-Aires, à Montevideo, au Brésil ; à la radio et dans les salles de concerts, elle donne des séries de spectacles qu'elle intitule "La chanson française à travers les siècles".Elle arrive au Canada au printemps ; elle passe l'été à Montréal, étudiant le folklore avec le maitre Marius Barbeau, ajoutant à sa collection les magnifiques chansons canadiennes dont la France a oublié les plus belles, dans le double but de les faire connaître au monde et aussi de les rendre à la France.MONTREAL, SEPTEMBRE 1946 PAGE DIX-NEUF NINON VALLIN /Suite de la page cinq) — Ah I.votas touches là à la période de ma carrière pendant laquelle j'ai le plus souffert — Souffert ?mais comment ?— Albert Carré quitta l'Opéra-Comique pour le Français, et y lut remplacé par Gheusl.Mon engagement durait encore, je ne pouvais le rompre, et fe dus le terminer pendant cette direction odieuse pour mol.Gheusi a écrit dans son livre "La Danso sur le Volcan" que c'était lui qui m'avait découverte parmi les choristes, que l'étais cousette, que c'était lui qui m'avait iormée.que sals-je.autant de mensonges, accumulés jo ne sais dans quel but.Mais ce que je sais, c'est qu'il n'a cessé un seul jour de m humilier, d'essayer de me diminuer, de tout mettre en oeuvre par une sorte de sadisme pour m'enlever la moindre chance de réussite, pendant tout le temps où, liée à l'Opéra Comique, je suis demeurée sous sa férule.Il m'a successivement retiré tous mes rôles, m'en faisant sans cesse répéter d'autres qu'au dornier moment il faisait jouer par une autre artiste, bien que j'eusse reçu mes bulletins de convocations.Comme par exemple pour le rôle de JVedda de Paillasse.Une fois même, de pauvres gens du quatrième balcon m'avaient jeté quelques roses un soir où, par hasard, je chantais Micaéla : Gheusi me fit appeler dans son bureau et me signifia qu'il me fallait cesser de me faire jeter des fleurs, car sa décision de ne pas me laisser jouer de rôles importants n'en serait pas changée.fe ne sus rien répondre et partis on pleurant, tant cette affreuse Injustice me blessait.Devant cette confidence pénible, je demeuro atterrée.— Vous.Ninon Vallin.si pleine de fol, d'amour pour votre art.vous dont l'enthousiasme galvanise les foules.vous dont la sincérité si touchante fait palpiter tous les coeurs.est-ce possible qu'on ait pu vous méconnaître à ce point ?L'avenir d'ailleurs vous a donné la plus éclatante revanche et la victoire sur toutes ces lâchetés et toutes ces vilenies.Mais du moins avant de fuir les souvenirs de cette période-là, pouvez-vous me dire comment vous aves pu parvenir à chanter Manon ?— Manon, et bien voilà.La Providence mit sur ma route Madame Héglon-Leroux qui m'a aimée et comprise.l'ai travaillé près d'elle ce rôle de Manon qui m'attirait, et c'est Xavier Leroux qui parvint à arracher à Gheusi une représentation de Manon pour moi.mais en plein mois d'août, et pour une seule fois (bien que Gheusi ait eu l'audace de dire dans son livre, que ce fut lui qui me décida à Jouer Manon).le dois dire, poursuivit l'adorable Interprète do Massenet, que le succès obtenu ce soir là fut des plus Importants de mon passage à l'Opéra-Comique ; Xavier Leroux put obtenir pour moi d'autres représentations, et obtint mémo qu'on me les payât 100 francs, alors que Je n'en touchais que 251 ! C'est Xavier Leroux et Madame Héglon-Leroux qui m'ont redonné confiance en moi-même et qui m'ont encouragée contre les agissements de ce satrape de Gheusi qui me fit subir tant d'avanies.— Mais.Louise alors ?.— Louise.heureusement c'est Gustave Charpentier qui me fit demander lui-même pour ce rôle.— Je trouve dans mes notes prises à Paris, en date de 1916, ces deux phrases de Gustave Charpentier vous concernant : Ninon Vallin est parvenue à rendre ma Louise sympathique".et plus loin : "Depuis le jour où je l'ai mise au monde jamais Louise ne parut si belle".-Oui.c'est la dédicace qu'il a mise sur ma partition.— Eh bien, dis-je, malgré cela.et malgré tout.Je ne sais pourquoi il me semble que ce rôle n'était pas pour vous.Accoudée au piano, le regard plein de rêve, Ninon Vallin me conte sa conception du rôle de Louise.et je reçois le splendide présent de la scène de la fin du premier acte qu'elle chante sans accompagnement, emportée par son ardente analyse.Ninon Vallin a marqué de son empreinte ce rôle qui me parut toujours un peu vulgaire et ingrat, et j'avoue humblement qu'en écoutant aujourd'hui Ninon Vallin traduire l'amour qu'elle porte à son père, il m'a semblé que j'entendais Louise pour la première fois., et qu'enfin, je la comprenais.Puis il me faut reprendre mon interrogatoire.— Après Louise, Madame, qu'avez-vous fait ?.— Après Louise c'était la guerre.En avril 1916 on donnait au Palais de Glace des représentations pour les blessés, et les artistes venaient y chanter des scènes en costumes : j'y chantais avec Friant une scène de Manon.Le fameux imprésario sud-américain Da Rosa, qui avait la direction du Théâtre Colon de Buenos-Aires et qui se trouvait dans la salle, m'offrit le lendemain un contrat grâce auquel j'échappais à la félonie de Gheusi avec l'immense joie de ne pas même devoir à l'Opéra-Comique cet engagement qui me vint d'un concert de charité par lequel mon destin décida, encore une lois, du nouvel aiguillage de ma carrière, cette carrière que j'ai faite en "franc-tireur" sans jamais m'ap-puyer sur aucune subvention, sur aucune protection, et que je dois seulement à ma voix.Je partis en mai 1916 pour Buenos-Aires, et pendant de nombreuses années, à chaque saison, de mal à novembre, j'ai chanté là-bas tous les ouvrages français et italiens, puis je fus à ce moment-là la première cantatrice qui apporta à l'Amérique du Sud la connaissance des récitals, et qui lui fit entendre des lieder et des mélodies.— Je sais.Madame, que cette Innovation fut là-bas un véritable triomphe, mais, serait-ce trop vous demander, pour une documentation pluB profonde, de me donner des dates, des noms de théâtres, des titres d'ouvrages joués là-bas?Les larges prunelles intelligentes de Ninon Vallin s'affolent.Elle a un geste découragé vers une bibliothèque Immense, pleine jusqu'au plafond de tous les journaux du monde.— Peut-être trouve ri es-vous là ce que vous désirez.Mais 11 faudrait tout dépouiller.ce serait très long.— Il faudra du temps, bien entendu, mais si vous voulez bien m'y autoriser.Madame, jo chercherai moi-même.L'autorisation accordée, me voici seule au milieu de mon précieux trésor.Dès la première minute d'incursion je me rends compte, d'ailleurs, qu'il me faudrait un gros, un très gros volume pour pouvoir parler en détail de la carrière internationale de notre grande Ninon Vallin.A partir de 1916, sa vie de vient un étourdissant tourbillon, un tonent, un mouvement perpétuel, de Buenos-Aires à Oslo, d'Athènes à Budapest, de New-York à Bucarest, de Stockholm à Londres, d'Ankara ù Vienne, de Zagreb à Paris, pas un moiB, pas une semaine elle n'est à la même place.Les journaux du monde hurlent sa gloire sur des manchettes de première page, dans toutes les langues,.Des roses d'Amérique portent son nom., ce nom qui attire partout la foule d'un irrésistible aimant, comme son immense talent attire le triomphe.LA TECHNIQUE L'admirable technique de Ninon Vallin est entièrement basée sur la respiration ; les moindres muscles qui animent la soulflerie humaine lui sont familiers ; la volonté, la pensée qui les fait agir a su les assouplir à un degré tel que chacun d'eux accomplit La fonction machinalement.C'est de la haute culture physique, c'est une panacée universelle, même pour ceux qui ne sont pas chanteurs, c'est l'abolition du trac, c'est la maîtrise de tous les nerfs, c'est la Vérité même, tirée des enseignements des grands Derviches qui, eux, parviennent même ainsi à l'insensibilité totale.mais ceci est une autre question.Appliqué à l'art du chant, cot enseignement devient un souffle parfaitement dirigé irriguant jusqu'aux sinus maxillaires et frontaux, donnant l'entière liberté au gosier désormais secondaire.La parfaite position de la langue fixe la position du larynx, la coloration exacte des voyelles et l'articula tion, car, Ninon Vallin fait une différence complète entre "voyelles' 'et "consonnes"."La consonne", dit-elle, "est un geste bien défini, tandis que la voyelle est colorée par la pensée ; aucune gymnastique ne doit déformer l'unité du son." Ninon Vallin cherche avant tout l'égalité du son."Je n'entends pas", disait-elle tout à l'heure à une élève, "que la couleur d'une voyelle diminue l'Intensité d'un son dans une phrase musicale.tout le secret est là." (Suite dans le prochain numéro) PAGE VINGT LE PASSE-TEMPS I CARNET PROFESSIONNEL PIANO Tél.FItxroy 3491 ECOLE DE MUSIQUE DE VERDUN Directrice: Mlle M.Jeanne Fortier 328B rue Josept Verdun GERARD TURCOTTE Professeur de Piano el Orgue 2086 Desory.FR.8269 CHANT BYwater 2129 ALBERT VIAU Technique vocale, Sollège.Interprétation 31 rue Cardinal.Ville St-Laurent Accordeurs d© Pianos RAPHAEL BRILOTTI Expert accordeur de pianos, d'harmoniums et mécanicien licenciée Diplômé de fUnirerslté de Montréal en 1921 8298 Drolet.DU.6729 CHANTS PATRIOTIQUES Aux Petits Ontaiiens (Giguère)-.25 Le Drapeau de Carillon (Sabatier) .25 O Canada, mon pays, mes amours (Labelle)_____________—— .25 Les Trois Couleurs (Tanguy) — .25 Vive la France (Lavigne)- .25 Pour la Franco (A.Tremblay) .25 Col Canadien (Moll)-25 Canada, ma patrie (Christie)-.25 LE PASSE-TEMPS 627 ouest, rue Dorchester MONTREAL VARIETES LYRIQUES MONUMENT NATIONAL 19-20-21-22-24-25-26-28-29 septembre et 1er octobre L'AUBERGE DU CHEVAL BLANC Opérette de BENATSKV Prix des places 1.75- 1.50-1.35- 1.00 En vente au MONUMENT NATIONAL PLateau 9161 Les dés savants Que chaque invité se choisisse un mot de six lettres.Il inscrit avec un crayon mou chaque lettre de son mot sur une face d'un cube de sucre.Chaque joueur doit épeler le mot qu'il a choisi, en jetant sur la table le cube de sucre.Supposons que vous ayez choisi le mot "beauté".Chaque lettre du mot a été tracée sur une lace de votre cube de sucre.Lorsque votre tour est arrivé, vous faites rouler le cube sur la table.Si la lettre "B" est sur la face supérieure, vous avez droit à un autre jelé.La première personne qui réussit à épeler ainsi le mot qu'elle a choisi gagne un prix.— Oh I ma chère, je ne t'ai pas vue de puis six ans.Que tu as vieilli ! — Vraiment ?Tu as changé, toi aussi : je ne t'aurais pas reconnue si tu n'avais pas encore le même chapeau et la même robe.— Y a-t-il longtemps que vous habitez la région ?— 60 ans.— Pourquoi ?Il n'y a rien d'intéressant ici.Pas d'arbre, pas de montagne, rien de pittoresque.— Peut-être.Mais par icitte si vous ne pouvez pas avoir ce que vous voulez, vous vous en passez facilement.Un bon vieux cultivateur s'est toujours refusé à acheter un tracteur, ce qui ne l'a pas empêché d'avoir une ferme très prospère.Un vendeur de tracteurs réussit un jour à le convaincre d'eccepter une démonstration.— Vous voyez, monsieur, dit-il, la force de cette machine-là.200 chevaux-vapeur ! — Ouais.c'est bien beau, ça.Mais j'voudrais savoir si votre machine peut me donner du bon engrais.Autrement, ça m'intéresse pas.La galanterie est la loi commune en Amérique du Sud.Une charmante Canadienne se promenait dans une grande capitale sud-américaine lorsqu'elle s'aperçut qu'un homme la suivait.Elle s'approcha d'un policier en uniforme.— Je vous prie, supplia-t-elle en mauvais espagnol, débarrassez-moi de cet homme qui ne cesse de me suivre.Le policier regarda la gentille demoiselle et, enlevant sa casquette, il s'inclina en disant : "Senorita, si je n'étais pas en devoir, je vous suivrais moi aussi." CURIOSITÉS DU VASTE MONDE ¦ Le corps d'un adulte contient environ quatre milliards de fibres musculaires.Si vous en doutez, vous n'avez qu'à les compter.¦ La moyenne annuelle des tremblements de terre, au Japon, est de 431.Tous ne sont évidemment pas destructeurs.Mais en 1923, plus de 100,000 personnes périrent dans un tremblement de terre qui ravagea les villes de Tokyo et de Yokohama.¦ Pourquoi le chien tourne-t-il habituellement plusieurs fois sur lui-même avant de se coucher ?On prétend que c'est une habitude héréditaire.Les chiens descendent des loups ou des chiens sauvages et pour se coucher confortablement dans la brousse ou la forêt ceux-ci écrasent d'abord les herbes en marchant en rond.¦ Il y eut 411 ans le 14 septembre que Jacques Cartier, à son second voyage en Amérique, débarquait à Québec.Le 2 octobre suivant, il entrait dans la bourgade d'Hochelaga.On se demande pourquoi Champlain, lui, ne trouva aucune trace de cette bourgade.C'est que les Indiens d'Hochelaga laissaient en permanence sur le mont Royal des observateurs qui voyaient arriver aux rapides de la Rivière des Prairies et eux rapides de Lachine les tribus du Nord descendant avec leurs chargements de fourrures ; et ils les rançonnaient ou les forçaient à vendre la pelleterie.Les tribus du Nord, qui en avaient assez de ces hold-ups, se liguèrent et détruisirent Hochelaga.n tt n Le chiffre SEPT, considéré longtemps comme sacré, se trouve dans maintes classifications fameuses.On en compte généralement vingt-sept.Voici les vingt-sept "sept" : Les 7 dons du Saint-Esprit ; les 7 collines de Rome ; les 7 sages de la Grèce ; les 7 dormants ; les 7 ciels ; les 7 planètes ; les 7 étoiles ; les 7 merveilles du monde ; les 7 beautés ; les 7 sacrements ; le 7 péchés capitaux ; les 7 douleurs de la Vierge ; les 7 églises ; les 7 branches du Candélabre ; les 7 plaies d'Egypte ; les 7 esprits ; les 7 yeux ; les 7 portes de Thèbes ; les 7 couleurs de l'arc-en-ciel ; les 7 jours de la semaine ; les 7 vaches grasses ; les 7 veches maigres ; les 7 Pléiades ; les 7 vertus ; les 7 arts et les 7 livres des Laudes.sans compter les "sets" de chambre à coucher.MONTREAL, SEPTEMBRE 1948 PAGE VINGT-ET-UN IL Y A 50 ANS DANS
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