La Nouvelle-France : revue des intérêts religieux et nationaux du Canada français, 1 novembre 1909, Novembre
LA NOUVELLE-FRANCE BEVUE DES INTÉRÊTS RELIGIEUX ET NATIONAUX DU CANADA FRANÇAIS Tome VIII QUEBEC, NOVEMBRE 1909 N° 11 LA FIN DU CONCILE A.D.MCMIX DIE FESTO OMNIUM SANCTORUM QUO TRIUMPHANS ECCLESIA MILITANTE CONGAUDET IN BASILICA MINORI A FRANCISCO DE MONTMORENCY-LA VAL BEATÆ VIRGIN! MARIÆ IMMACULATÆ OLIM DICATA TOTIUS CANADENSIS ECCLESIÆ VENERABILES ARCHIEPISCOPI ET EPISCOPI ARBORIS PRISTINÆ SURCULI VICENTES PRIMI CONCILII PLENARII QUEBECENSIS PRÆSIDE ILLmo ET REVmo APOSTOLICÆ SEDIS DE LEGATO DECRETA SUBSCRIPTURI AD ALTARE CHRISTI SOLEMN! RITU ACCESSERUNT ET ANGELORUM LEVITARUMQUE ACCLAMANTIBUS CHORIS OSCULUM PAC IS IN DILECTIONIS FRATERNÆ FIDEIQUE UNITATIS SIGNUM INVICEM DEDERE [Traduction] L’an du Seigneur 1909, en la fête de tous les Saints où l’Eglise militante unit sa joie à celle de l’Eglise triomphante, dans la Basilique mineure dédiée jadis par François de Montmorency-Laval à la Bienheureuse Vierge Marie Immaculée, les vénérables archevêques et évêques de l’Eglise canadienne, rejetons vigoureux de l’arbre primitif, sous la présidence de l’Illustrissime et Révéren-dissime Délégué du Saint-Siège, s’approchèrent solennellement de l’autel du Christ pour signer les décrets du Premier Concile Plénier de Québec, et aux acclamations des Anges et des Lévites, se donnèrent le baiser de paix mutuel en signe de leur amour fraternel et de leur unité dans la foi. LE PREMIER CONCILE PLÉNIER DE QUÉBEC Ouvert solennellement le 19 septembre dernier, notre premier Concile plénier s’est terminé en la fête de tous les Saints, associant aux chants de gloire de l’Eglise du Ciel la note triomphale du Te Deum et les acclamations joyeuses de l’Eglise militante.Cette date mémorable appartient désormais à l’histoire.Elle rappellera les gestes de la première réunion plénière de l’épiscopat canadien pour l’extension et la stabilité du règne de Jésus-Christ, dans cette partie du Nouveau Monde acquise il y a trois siècles à l’Evangile par les envoyés de la fille aînée de l’Eglise.Et quand, munis de la sanction du successeur de Pierre, les décrets du Concile seront promulgués, les fidèles verront à quelle œuvre salutaire les Pères et les théologiens, après plusieurs années de préparation et d’études préliminaires, ont consacré six grandes semaines d’un travail ardu, persévérant dans la prière, comme les Apôtres au Cénacle, sous le souffle vivifiant de l’Esprit de vérité.Ils trouveront, dans les actes de cette sage législation, un corps de doctrine, de morale, de liturgie, de discipline et de jurisprudence ecclésiastique, spécialement adapté aux temps, aux lieux, aux circonstances où ils vivent.Ils béniront le Ciel d’avoir mis à leur tête des pasteurs aussi éclairés et zélés, qui connaissent à fond les nécessités de leurs ouailles et ne reculent devant aucun dévouement ni aucun sacrifice pour y pourvoir.Pendant que dans le silence et la discrétion s’élaboraient les lois destinées à maintenir et à faire avancer les fidèles dans la foi et la sainteté, la parole apostolique, dans les diverses églises de la ville, n’a cessé de se faire entendre à toutes les catégories de la société des fidèles.Magistrats, hommes d’Etat, professionnels, industriels, ouvriers, mères de famille, jeunes gens, enfants des deux sexes, ont tour à tour acclamé les Pères du Concile, et recueilli avec une respectueuse avidité de leurs lèvres autorisées la parole de vie qui « leur enseigne la justice ».Québec, déjà témoin de tant de glorieuses démonstrations, peut se réjouir à bon droit d’avoir vu son enceinte hospitalière envahie par une phalange d’apôtres accourus des extrémités du continent à la voix du vicaire de Jésus-Christ, et d’avoir contemplé, LE PREMIER CONCILE PLÉNIER DE QUÉBEC 485 dans le eaactuaire de son ancienne basilique, leurs figures vénérables formant couronne autour de celles du représentant du Saint-Siège et du successeur de François de Montmorency-Laval.Et lui, le premier évêque de la Nouvelle-France, du sein de la gloire, a dû se pencher avec amour vers ces fils bien-aimés, continuateurs de son œuvre, rejetons florissants de l’arbre qu’il avait planté en si bonne terre.En les voyant s’avancer vers l’autel encore embaumé de l’encens du sacrifice pour y confirmer par leur signature les décrets du Concile, il a dû tressaillir de joie et remercier le divin Maître d’avoir envoyé à sa vigne une telle élite d’ouvriers.Fuis, témoin du baiser de paix et d'adieu, symbole de l’unité et de la charité de ce nouveau Collège apostolique, il a dû répéter avec le Psalmiste : Ecce quarn bonum et quarn jucundum habitare fratres in unum 1.A tous les vénérables Pères, aux savants et pieux théologiens du Concile, avec qui « uni de cœur et d’esprit », nous avons vécu ces jours à jamais bénis, nous adressons du fond du cœur ces vœux empruntés aux acclamations du cérémonial : Quod plantaverunt Deus crescere faciat ad vitam æternam.Luceat lux eorum coram hominibus et videantur opera sua bona.Fiat ! Amen !2 1 — , Qu’il est bon, qu’il est doux pour des frères d’habiter ensemble > 1 (Ps.CXXXII, 1).2— .Ce qu’ils ont planté, que Dieu le fasse croître pour la vie éternelle > : < Que leur lumière luise devant les hommes et que leurs bonnes œuvres apparaissent.Ainsi soit-il 1 Amen ! > La Direction. HÉRAULTS DE LA CROIX1 L’homme apte à une entreprise aussi périlleuse que la découverte du Grand Ouest ne s’était pas encore présenté.Il s’offrit alors dans la personne d’un Canadien à l’esprit magnanime qui, plutôt par nécessité que par choix personnel, avait embrassé la carrière de traiteur de fourrures.Il s’appelait Pierre Gaultier de Varennes, et avait pris le surnom de la Vérendrye (qu’il abrégeait généralement en Lavérendrye), sous lequel il est connu dans l’histoire.Né à Trois-Rivières, le 17 novembre 1685, d’un gentilhomme français, René Gaultier, chevalier de Varennes, et d’une jeune Canadienne, Marie, fille de Pierre Boucher, le premier de la célèbre famille de ce nom, Pierre Gaultier avait servi dans l’armée française, et avait même été laissé pour mort sur le champ de bataille de Malplaquet, après y avoir reçu neuf blessures.Et pourtant toute la récompense de son dévouement à la couronne française avait consisté dans un vain titre, et, à l’instar d’autres nobles canadiens, il avait dû recourir au commerce des fourrures comme moyen de subsistance.Doué d’une énergie infatigable, d’une droiture d’esprit et d’une honnêteté d’intentions peu communes à cette époque parmi les hautes classes du Canada, et par-dessus tout animé de grands sentiments religieux, Lavérendrye était vraiment l’homme idéal pour la réalisation des projets de la cour française et de ses représentants sur les bords du Saint-Laurent.Pendant un séjour au Lac Népigon en 1727, il avait entendu les L’auteur de ces pages n’est pas un étranger pour les lecteurs de la Nouvelle-France.Ceux qui n’ont pas eu l’avantage d’apprécier l’érudit missionnaire ethnographe et linguiste au congrès américaniste de Québec en 1906, ont gardé heureuse et profitable souvenance des récits véridiques et émouvants que, sous le titre de Aux Sources de l'histoire manitohaine, le R.P.Morice a publiés dans cette revue.Aujourd’hui, c’est une primeur de choix que nous empruntons à l’ouvrage magistral qui paraîtra vers Noël sous la signature du savant historien.C’est en anglais, idiome aussi familier à l'auteur que sa langue maternelle, que le Père Morice va publier son Histoire de l’Eglise catholique dans le Canada Ouest.Pour être moins savoureuse à nos compatriotes canadiens-français, ce livre, en atteignant le lecteur anglais et protestant, l’éclairera sur le rôle joué jadis et toujours par la race française dans la découverte, l’exploration, l'évangélisation, la colonisation et la prospérité de cette immense portion du Canada.La Redaction.1— Ouvrage en 2 vols, ornés de photogravures, cartes, facsimilés, reliure toile.Se vend $5.00, et si on y souscrit dès maintenant, $4.00.S’adresser à l’auteur, Rév.A.-Gr.Morice, O.M.I., Eglise Sainte-Marie, Winnipeg, Man. HBRAULTS DE LA CROIX 487 Indiens parler d’une voie qui conduirait à la Mer de l’Ouest, et avait en conséquence formé un plan qu’il soumit au gouverneur Charles de Beauharnois par l’entremise du Père Nicolas Degonnor, S.J., un des missionnaires de l’Ouest h Ce prêtre, s’étant rendu à Montréal, y plaida la cause de Lavérendrye qui, en 1730, commandait au fort Kaministiquia.Le résultat de son intervention fut que, le 8 juin de l’année suivante, ce dernier quitta Montréal pour le mystérieux Ouest à la tête de cinquante hommes et accompagné de trois de ses fils et de son neveu, Christophe Dufrost de la Jemmeraye.Vu l’impossibilité où il s’était trouvé d’obtenir aucun secours pécuniaire de la Cour pour couvrir ses dépenses, il avait été investi par manière de compensation du monopole de la traite des fourrures dans les pays qu’il découvrirait, privilège qu’on croyait, bien à tort comme nous le verrons, devoir avantageusement remplacer n’importe quelle allocation en argent que les autorités de Paris eussent alors pu octroyer.Cette circonstance rendit pourtant impossible tout progrès rapide ; mais elle contribua à mettre Lavérendrye en contact avec les indigènes de l’Ouest et à lui faire acquérir une véritable influence sur eux.Pendant qu’il se dirigeait sur l’Ouest, il prit comme chapelain de l’expédition le Père Charles-Michel Mesaiger, Jésuite, né en France le 7 mars 1706, et qui était arrivé à Québec dans le cours de 1722 1 2.Le P.Mesaiger fut le premier prêtre qui vît jamais le Lac des Bois.Mais, bien avant de pouvoir y arriver, Lavérendrye eut un avant-goût des nombreux déboires qui l’attendaient au cours de ses explorations.Le 27 août, à quinze lieues au sud-ouest de Kaministiquia, sur le lac Supérieur, son équipage, pris d’épouvante à la vue d’un portage de neuf milles à faire, et peut-être aussi sous l’influence des mauvais conseils de commerçants jaloux, refusa d’aller plus loin.Mais, écrit l’explorateur, « à l’aide de notre Père missionnaire, je trouvai le moyen de gagner 1 — Le Père Degonnor (dont le nom est souvent écrit en deux mots, de Gonnor) naquit au diocèse de Luçon, France, le 19 novembre 1691—d’aucuns disent 1671—et entra dans la Société à Bordeaux le 11 septembre 1710 ; il arriva au Canada en 1725, et mourut à Québec le 16 décembre 1759.2 — Le 2 février 1726, il prononça ses quatre vœux et fut envoyé chez les Miamis.Il retourna en France le 20 octobre 1749, et mourut à Rouen le 7 août 1766.Ses lettres nombreuses, qui existent encore, nous le montrent comme un homme d’humeur égale, et même naturellement enjoué. 488 LA NOUVELLE-FRANCE quelqu’un parmi le nombre de mes engagés pour aller, avec mon neveu la Jemmeraye, qui était mon second, et mon fils, établir le poste du lac de la Pluye » 1.Avec ces gens de bonne volonté il équipa quatre canote, et ainsi fut fondé le fort Saint-Pierre, au débouché du lac, un peu avant l’hiver de 1731, tandis que le commandant en chef de l’expédition retournait à Kaministiquia, où il hiverna.Pendant qu’il s’y trouvait, La Jemmeraye ne restait pas oisif au fort Saint-Pierre.Il invita les Indiens qu’il rencontra à échanger leurs fourrures avec lui ; mais l’arrivée des Français ne s’étant point assez ébruitée, la traite ne put d’abord être bien active au nouveau poste.Le 8 juin de l’année suivante (1732), Lavérendrye partit de nouveau avec le missionnaire, son neveu qui l’avait rejoint, deux de ses enfants et sept engagés.Après avoir été fêtée par un grand rassemblement d’indiens au fort Saint-Pierre., sa petite troupe s’avança jusqu’au Lac des Bois, sur la rive occidentale duquel Lavérendrye éleva le fort Saint-Charles, ainsi nommé en l’honneur du saint patron du chapelain, aussi bien que du gouverneur de la Nouvelle-France.A propos de ce dernier, un mémoire qu’il adressa au ministre des Colonies à Paris nous initie aux fausses notions, basées sur une ignorance bien excusable, qui avaient cours alors, non moins qu’à l’objet réel que le gouvernement français se proposait en poursuivant les découvertes commencées.De Beauharnois avait écrit ce qui suit au sujet de Lavérendrye et de son entreprise : Il faut aussi qu'il ait des cartes bien exactes du Nouveau-Mexique et de la Californie, afin de ne pas aller se jeter dans la Mer Vermeille (Golfe du Mexique) où la Rivière Rouge dont parle M.de la Véranderie a bien la mine de se décharger.A ces considérations j’en adjoute une qui sera sans doute d’un grand poids auprès d’un ministre qui a autant à cœur que vous l’avés la publication de l’Evangile parmi des nations nombreuses qui n’ont point encore entendu parler de Jésus Christ : c'est que chemin faisant on pourra prendre des mesures pour ménager dans ces vastes contrées des établissements également utiles à la Religion et à l’Etat.Il serait même difficile qu’un Religieux passât trois ou quatre ans à parcourir ces contrées sans y avoir occasion de procurer par le baptême l’entrée du ciel à plusieurs enfans moribonds.1 — Dans les Mémoires et Documents pour servir à l'histoire des origines françaises des pays d'outre-mer, de Pierre Margry, vol.VI, p.586.Paris, 1888. HÉRAULTS DE LA CROIX 489 Puis, en venant à ce qui lui était arrivé à lui-même, le pieux gouverneur ajoute : « J’ai eu plusieurs fois cette consolation pendant ma course, et il n’en est point de plus flatteuse pour les personnes de mon état » h Nous ne connaissons aucun document contemporain qui nous permette d’affirmer positivement que les Jésuites du fort Saint-Charles et d’autres localités dans l’Ouest aient jamais exercé leur ministère auprès d’autres personnes que les explorateurs et les voyageurs canadiens.Mais il est inconcevable que, avec un si grand nombre de sauvages qui se pressaient constamment sur leurs pas, aucun n’ait été régénéré dans les eaux du baptême.De fait, la récente découverte des restes de trois Indiens enterrés dans l’enceinte du fort prouve clairement que certains d’entre eux avaient reçu le sacrement qui donne droit à la sépulture ecclésiastique.Le fort Saint-Charles était un rectangle de cent pieds de long, composé d’une double rangée de pieux d’une quinzaine de pieds de hauteur, plantés de telle sorte que l’un d’eux faisait face au point de jonction de deux autres.Dans les limites de cet enclos se trouvaient une église, une maison pour le chapelain, une autre pour le commandant, et quatre maisonnettes munies de cheminées pour les engagés, ainsi qu’un magasin et une poudrière, le tout construit en bois brut et en claie et recouvert d’écorce 1 2.Lavé-rendrye dit expressément qu’il adopta le site que lui indiqua le Père Mesaiger, lequel fut guidé dans son choix par l’abondance du poisson et du gibier.Cette fondation eut lieu dans l’automne de 1732.Le manque de provisions pour tant d’hommes empêcha d’aller plus loin.Le printemps suivant, l’explorateur envoya son neveu à Montréal, pour faire un rapport sur les progrès de l’expédition.Le Père Mesaiger, dont la santé laissait à désirer, s’en retourna avec Le 27 septembre 1733, les canots qu’on avait envoyés chercher des provisions et des marchandises à Michillimackinac, à l’extrémité occidentale du Lac Huron, arrivèrent.On s’aperçut bien vite que les effets qu’ils contenaient étaient mal assortis et de lui.1 — Document contemporain sans date ni signature, dans les Archives canadiennes, Ottawa.2 _Beauharnois, 28 septembre 1733; en outre, lettre du Père Aulneau au Père Bonnin {The Aulneau Collection, p.72). 490 LA NOUVELLE - FRANCE peu d’utilité pour la traite.Pourtant, comme les Crie et les Aesiniboines du Lac "Winnipeg réclamaient vivement un poste plus prés de leurs campements, Lavérendrye en établit un dans l’automne de 1734 à l’embouchure de la rivière Winnipeg, qu’il appela Maurepas en l’honneur du ministre des Colonies en France, qui avait à peine fait quelque chose pour lui.Son fils aîné, Jean Baptiste, veilla à l’érection de ce fort.Quant au chef de l’expédition, accablé de fortes dettes, et bous l’effet des difficultés qui s’ensuivaient avec ses hommes et ses fournisseurs, il se crut obligé de se rendre à Montréal, où il arriva le 25 août 1734.Il ne devait alors pas moins de 43,000 livres françaises.Pour satisfaire ses créanciers, il n’avait d’autre actif que la perspective des nombreux ballots de fourrures qu’il considérait comme le résultat de ses découvertes.Jusqu’alors ses trois postes ne lui avaient rapporté que six cents livres.1 Il alla jusqu’à Québec, et il dut affermer pour cinq ans ses établissements à ses créanciers, leur concédant le droit de les exploiter par l’intermédiaire d’agents, tandis que lui, dégagé désormais de tout intérêt commercial, consacrerait son énergie tout entière à la découverte de l’Ouest.Pendant qu’il se sacrifiait ainsi, son plus jeune fils, un garçon de dix-huit ans, nommé Louis-Joseph, se préparait, par des études sérieuses à Québec, à dresser la carte du pays où il devait rejoindre le parti explorateur.Puis, pour remplacer le Père Meeaiger qui ne pouvait retourner, le Père Jean-Pierre Aulneau de la Touche, S.J., reçut son obédience pour l’Ouest 2.Sa mission ultime était l’évangélisa- 1 _Beauharnois au ministre français.2 — Le nom du Père Aulneau a été écrit de bien des manières, et, jusqu’à une date assez récente, i Arnaud ¦ en était l’orthographe la plus universellement reçue.Le Père Petitot {En route pour la Mer Glaciale, pp.192-93) prétend qu’il devrait s’écrire < Arneau ¦ et cite pour appuyer son assertion un ancien document qu’il dit exister encore à la factorerie d’York, sur la Baie d'Hudson., Là, ajoute-t-il, se trouve un bréviaire imprimé à Rouen, en 1701, avec le nom , Arneau • écrit sur une feuille volante, et, au-dessous, mention de Rouen 1705, ainsi que des bouts de phrases comme: , sur la côte septentrionale du Lac Supérieur, 1729.Tous les sauvages m'aiment et ont beaucoup de confiance en moi.L’hyver 1728 très long et des plus rigoureux.P.-F.Arneau, Rouen.< D’après le genre de mort qu’il attribue au Père Arneau du manuscrit de la factorerie d’York, il est évident que Petitot a réellement en vue le second chapelain de Lavérendrye.Mais les phrases et les dates que nous venons de reproduire après lui nous permettent d’affirmer avec autant de certitude HÉRAULTS DE LA CROIX 491 tion des Mandanes du haut Missouri, qui, par leurs habitudes semi-sédentaires, paraissaient devoir se rallier plus facilement à l’idéal du chrétien et à la vie civilisée que les hordes nomades des plaines canadiennes.Né le 25 (ou le 21) avril 1705, d’une famille de Moutiers-eur-kay, Vendée, qui donna à l’Eglise deux autres prêtres et une religieuse, le Père Aulneau avait été admis dans la Compagnie de Jésus le 12 décembre 1720, et, après avoir quitté La Rochelle le 29 mai 1734, il était arrivé au Canada le 12 août de la même année.Durant la traversée il b’était acquis l’estime de tout le monde par son dévouement aux victimes d’une épidémie qui avait éclaté à bord de son bateau.Tout dévoué à la conversion des âmes, le jeune missionnaire écrivait de Québec le 25 août 1735 concernant les plans qu’il se proposait de mettre à exécution une fois arrivé dans l’Ouest.Il avait l’intention de passer l’hiver parmi les « Assiniboëls » et les « Cristinaux » ; puis de se rendre aux paye des « Quant Chipoua-nes », c’est-à-dire, ajoute-t-il, de « ceux qui vivent dans des troua », et il ee réjouissait à la pensée que « si notre bon Dieu le veut.je serai le premier à leur annoncer la bonne nouvelle de l’Evangile » l.Dieu dans ses desseins impénétrables en avait décidé autrement.Le Père Aulneau quitta Montréal pour l’Ouest avec Lavé-rendrye le 13 juin 1735, heureux et content, bien que sa joie fût incomplète par suite de l'absence d’un confrère pour l’accompagner 2.Doué d’une conscience délicate, il avait peine à se faire à l’idée d’être si longtemps privé de ces consolations spirituelles dont il allait être lui-même le dispensateur pour les autres.Cee scrupules devaient plus tard décider de son sort.En attendant, les embarras de l’explorateur ne touchaient pas à leur fin.Les canots qui apportaient ses provisions n’étaient point arrivés à temps.L’hiver se passa donc au fort Saint-Charles à chercher des expédients pour économiser, bien que son que ce Père Arneau était un personnage tout à fait différent.L’autographe du Père Aulneau, du fort Saint-Charles, va résoudre la question de la véritable manière d’écrire son nom.(L’ouvrage du Père Morice contient en fac-similé tout une lettre du P.Aulneau, S.J., à sa mère__La Rédaction).1 — Lettre au Père H.Paye, 25 avril 1735 ( The Aulneou Collection, p.34).2 — Le Père Aulneau à sa mère, 29 avril 1735 (Ibid., p.45). 492 LA NOUVELLE - FRANGE neveu, de la Jemmeraye, eût déjà été envoyé au fort Maurepas avec deux des Lavérendrye et autant d’employés.Quant à notre missionnaire, il acquérait quelques bribes de la langue crise, bien eu dépit des Indiens eux-mêmes qui n’appréciaient point le don de Dieu.Dans une lettre au Père Bonnin, de Michillimakinac, il admit franchement qu’il ne fondait aucune espérance sur ceux qui se trouvaient au fort SainbCharles, puisque, dit-il, en plus de leurs superstitions et de leur nature dépravée, le fléau des liqueurs fortes les avait, pour ainsi dire, mis dans l’impossibilité de s’amender.« Les Anglais et les Français, poussés par leur maudite avarice, leur ont donné l’appétit de l’eau-de-vie », écrivait le jeune prêtre, qui peu après se croyait tenu d’ajouter: « Je dois pourtant dire, pour être juste vis-à-vis des Français avec lesquels j’ai voyagé, qu’ils ne se mêlent point de cet infâme trafic, et que, malgré les instances réitérées des Indiens, ils ont préféré ne faire aucun cas de leurs offres de traite plutôt que de leur donner de l’eau-de-vie en échange de leurs fourrures » h Pour quiconque est au fait des excès auxquels tous les traiteurs subséquents se crurent obligés de se prêter sous ce rapport, ces remarques du Père Aulneau ajoutent à la mémoire de Lavérendrye une auréole de droiture qui suffirait à elle seule à nous le montrer comme un homme exceptionnellement consciencieux.Au printemps de 1736, les provisions étaient bien rares au fort Saint Charles.Pour comble d’infortune, le commandant fut péniblement surpris d’apprendre, le 4 juin 1 2, la mort de son neveu, dont le petit parti du fort Maurepas lui apporta alors la nouvelle.De la Jemmeraye était décédé le 10 mai 1736.Il est le premier chrétien enterré dans ce qu’on appelle aujourd’hui le Manitoba.Ses cousins érigèrent une humble croix de bois sur sa tombe, et se rendirent au fort Saint-Charles.Dans l’embarras où le mettait son extrême pénurie, embarras auquel ajoutait d’autant la nouvelle augmentation dans son personnel, Lavérendrye fut obligé d’envoyer trois canots à Michilli-mackinac, sa base d’opérations la plus proche.C’était pour le 1 — Le même au Père Bonnin, 30 avril 1736 (Ibid-, p.75).2 — M.L.-A.Prud’homme dit, le 2 juin (Pierre Gaultier de laVérendrye, dans les Mémoires de la Société Royale du Canada, p.32).Mais le découvreur est explicite sur ce point : il mentionne le 4 (Cf.Margry, vol.VI, p.589).De Beauharnois doit également se tromper quand il dit le 5 (Lettre au ministre, 14 août 1736). 493 HBRAüLTS DE LA CROIX Père Aulneau une trop bonne occasion de revoir ses confrères et de profiter de leur ministère pour qu’il pût la négliger.Il résolut immédiatement de s’embarquer avec les engagés, et demanda au commandant de permettre à son fils, Jean Baptiste, d’aller avec lui, ce que Lavérendrye ne put lui refuser.Ils partirent le 8 juin 1736, dans des canots montés par dix-neuf voyageurs 1.Innocents de toute intention repréhensible et ignorant encore la perfidie des Indiens des plaines, ils ne songeaient à aucun danger comme ils naviguaient sur les eaux parsemées d’îles du Lac des Bois.Pourtant le commandant leur avait recommandé une grande prudence.Ils eussent pu aussi se rappeler un événement récent, insignifiant en lui-même, bien que gros des plus sérieuses conséquences.Une petite bande de Cris, les ennemis jurés des Sioux, fiers de posséder quelques fusils obtenus au fort, avaient tiré de la palissade sur des Sioux de prairie qui passaient.« Qui nous tue » ?avaient demandé ceux-ci.« Les Français », ricanèrent les Cris, par manière de réponse.Paroles fatales dictées par la lâcheté ; quelles conséquences imprévues ne devaient-elles pas avoir ! Le parti de cinq personnes qui précédait Jean Baptiste de Lavérendrye et le Père Aulneau ne s’était pas encore rendu bien loin lorsque, le 4 juin, il se trouva face à face avec une centaine de Sioux conduisant trente canots, qui les cernèrent immédiatement, et les garrottèrent comme préparation à la torture.« Vengeance » ! crièrent-ils.« Ces gens vont payer l’attaque de nos frères à la maison des blancs.—Mais nous ne vous avons fait aucun mal, pas plus que nos amis », plaida un nommé Bourassa, l’un des voyageurs.« Les Français ont tiré sur les Sioux », déclarèrent les guerriers sauvages.« Vous vous trompez », reprit Bourassa: « ce sont les Cris qui l’ont fait.Si vous voulez vérifier le bien-fondé de nos paroles et venger l’injure offerte à votre nation, allez à notre fort.Vous y trouverez cinq ou six loges de Cris, qui sont les vrais coupables ».1___Les documents contemporains ne s’accordent point sur le nombre des voyageurs dans le parti.Quelques-uns voudraient qu’ils aient été dix-huit, d’autres vingt, la plupart disent dix-neuf, et l’un d’eux met à vingt-quatre le chiffre total de la bande.Les récentes découvertes au site du fort Saint-Charles établissent le fait que, outre le prêtre et le gentilhomme, il devait y avoir dix-neuf employés. 494 LA NOUVELLE - FRANCE Ainsi parla le pauvre voyageur, en son nom et en celui de ses compagnons.Pourtant les Sioux n’étaient qu’à demi apaisés.« Les Français favorisent nos ennemis », reprirent-ils.leur vendent des armes et des munitions, et le fils de leur commandant est devenu leur chef.— J’ignore tout cela », fit Bourassa.« Du reste, vous devez savoir que vous obtenez vous-mêmes au fort toutes les armes que vous pouvez payer quand nous les avons.En outre, j’ai maintes fois entendu notre chef prêcher la paix aux Cris et aux autres ».Là-dessus, une esclave se précipita vers les Sioux en criant : « Qu’allez-vous faire, mes parents ?Je dois la vie à ce Français.Il ne m’a fait que du bien ».Cette intervention, jointe à l’espoir d’une proie plus digne d’eux, fit fléchir les Sioux.Ils relâchèrent Bourassa et ses compagnons, mais pas avant de s’être emparés de leurs armes et d’avoir pillé leur cargaison.Puis ils se rendirent au fort, où ils ne trouvèrent point les loges des Cris, qui s’étalent dispersés peu après le départ de Bourassa 1.Dans l’impossibilité où les Sioux se trouvèrent d’assouvir leur vengeance sur leurs ennemis traditionnels, ils revinrent sur leurs pas, leur soif pour le sang aiguisée par le désappointement ; ils se préparaient probablement à tomber sur les voyageurs qui les avaient, croyaient-ils, indignement trompés.Bourassa et ses compagnons avaient promis d’attendre leur retour, dans le but de recouvrer les armes que les Sioux leur avaient prises pour mieux accomplir leur œuvre sanguinaire ; mais ils s’étalent bien gardés de tenir leur promesse, et avaient décampé au plus vite pour se rendre à Michillimackinac.Ils 1 —Ces détails sont empruntés à deux sources : à des documents manuscrits dans les archives de la Marine à Paris (Vol.XVI, fol.189), et au rapport du gouverneur de Beauharnois daté de Québec, 14 octobre 1736.Ce dernier, apparemment, écrit juste à la réception des premières nouvelles du massacre, ne paraît pas correct dans tous ses détails.Ainsi il dit que îles Sioux des prairies, au nombre de 130, trouvèrent le canot du Père Aulneau conduit par un nommé Bourassa •, et attribue la délivrance des Français uniquement à l’intervention d’une sauvagesse, qui aurait dit aux Indiens de continuer leur chemin et qu’ils trouveraient vingt-quatre Français à détruire.On ne voit pas comment cette femme eut pu rien savoir du parti du Père Aulneau, qui ne se mit en route que quatre jours après la rencontre des Sioux par Bourassa.Il était en outre impossible aux sauvages de rencontrer les gens du Père Aulneau pendant que les premiers se rendaient au fort.Ils durent les trouver pendant qu’ils en revenaient, peut-être après les avoir constamment suivis à distance depuis leur départ. 495 HÉRAULTS DE LA CROIX Les sauvages assoiffés de sang trouvèrent mieux.Sur une île à environ vingt milles au sud du fort Saint-Charles, ils aperçurent le bivouac d’un parti nombreux, dans lequel ils reconnurent vite Jean Baptiste de Lavérendrye, le chef adoptif de leurs ennemis.Il est probable que, aveuglés par la lueur des flammes qui les empêchait de voir ce qui se tramait sur l’eau, les Français furent pris à l’improviste.En un clin d’œil les flèches 1, les tomahawks, les coutelas et même les outils de jardinage de la troupe campée furent utilisés pour l’attaque.Les blancs furent tués jusqu’au dernier, mais pas avant d’avoir montré aux Sioux leur courage, s’il faut en juger par le fait que, dix jours après, deux Cris Mon Bonis trouvèrent plus de vingt canots sioux encore tachés de sang, et, à côté, des membres humains enterrés dans le sable.L’identité de ces embarcations ne souffrait aucun doute : près des canots sioux s’en trouvaient deux qui avaient appartenu aux Français.Quelques jours après le massacre, les corps des victimes furent trouvés par un parti de Français.Les têtes, pour la plupart scalpées, gisaient sur des peaux de castor.Le Sieur de Lavérendrye était étendu sur le sol la face contre terre, le dos taillé de coups de couteau et une houe enfoncée dans les reins 2.Son corps, décapité, était orné de jarretières et de bracelets en piquants de porc-épic.Quant au Père Aulneau, il se tenait sur un genou, avec une flèche dans le côté, une plaie béante dans la poitrine, la main gauche touchant au sol et la droite levée comme dans l’acte de donner l’absolution 3.On dit plus tard que la majorité des assaillants était d’avis de ne point lui faire de mal, mais qu’une 1 —Au moins une, qui était de fer, a été trouvé récemment enfoncée dans le crâne d’un voyageur découvert au fort Saint-Charles.2—D’autres disent i avec une grande trouée dans les reins».Cela dépend de la manière dont on lit l’original du manuscrit français.Trouée et houe se ressemblent beaucoup dans l’écriture cursive.La coupure dans le sternum du squelette de Lavérendrye, que nous avons vu, semble absolument avoir été le résultat d’un instrument de bonne taille et à fil peu tranchant.3 — Le document de la factorerie d’York, auquel nous avons déjà fait allusion, après avoir décrit ci-dessus la condition du corps de Lavérendrye, et affirmé qu’il était sans tête, ajoute : < Le père Aulneau, non décapité, avait une effroyable blessure dans l’abdomen, dont les entrailles avaient été arrachées et répandues sur le sol.La main gauche était coupée ».(En routepour la mer glaciale), p.192. 496 LA NOUVELLE - FRANCE espèce d’halluciné sans scrupule lui avait par bravade donné le coup de grâce sans se préoccuper des conséquences de pareil acte que redoutaient ses camarades.La première de ces conséquences, s’il faut en croire les auteurs des mêmes rumeurs, fut un coup de tonnerre assourdissant qui frappa de terreur tous les membres de la bande indienne.Ils décampèrent à la hâte, emportant leur butin, parmi lequel se trouvaient les vases sacrés dont le missionnaire s’était servi pour la célébration des saints mystères.Le calice échut en partage à une veuve dont presque tous les fils moururent dans un très court espace de temps.L’impression que fit sur elle la malédiction qui semblait s’attacher au vase mystérieux fut telle qu’elle le jeta à la rivière.Ainsi se terminèrent les rêves d’évangélisation chez les Man-danes qu’avait formés le Père Aulneau.Il paraît que, sur ses derniers jours, il avait eu comme une prémonition du sort qui l’attendait, puisque, quiuze jours seulement avant sa mort, il avait écrit au Père Degonnor : « Continuez, mon cher Père, à prier Dieu pour moi et recommandez-moi à la Sainte Vierge.J’espère bientôt finir ma course, mais crains de la finir mal » 1.Délicat, esclave du devoir et plein du sentiment de l’indignité de l’homme aux yeux de Dieu, il quitta ce monde sans connaître ces angoisses, fruit de l’appréhension, auxquelles ses semblables sont sujets.Sa vie avait été une digne préparation à une fin si abrupte.La tragédie de l’Ile au Massacre eut dans le sud les effets désastreux auxquels ou pouvait s’attendre.La nouvelle de ce qu’on appela la défaite des Français sous Lavérendrye parvint au fort Beauharnois, où commandait Legardeur de Saint-Pierre, le 23 août 1736.Le 16 septembre suivant, un chef sioux se rendit à ce fort avec un sceau d’argent suspendu à l’oreille.L’ayant examiné, le commandant de la place constata que c’était celui du Père Aulneau.A cette vue, de Saint-Pierre, qui était plus soldat que diplomate, l’arracha à l’Indien et avec le sceau une partie de l’oreille.Peu après, les Sioux brûlèrent le fort d’une tribu alliée aux Français, puis, jetant à terre la clôture de la mission catholique mur le Lac Pépin, ils firent un feu de joie de ses pieux.Dès lors ce ne fut plus qu’une série d’actes d’hostilité non déguisée contre le fort et la mission, en sorte que, après consultation avec le Père 1 — The Aulneau Collection, p.88. 497 HÉRAULTS DE LA CROIX Guignas, supérieur de la dernière, de Saint-Pierre évacua son établissement, et le prêtre sa mission, le 30 mai 1737 1.Quand Lavérendrye apprit la calamité qui venait de b’ajouter à ses nombreuses infortunes, il fut presque anéanti par la force du coup qui le frappait.Dans ses premiers moments de consternation, il eut volontiers prêté l’oreille aux sollicitations urgentes des Indiens qui le pressaient de se mettre à leur tête pour aller venger un crime si peu excusable.Mais il se ravisa vite, et, dans le but de laisser l’effervescence des passions se calmer, il donna des ordres sévères pour que rien ne fût fait avant de recevoir l’avis du « Grand Père de l’Est », c’est-à-dire le gouverneur de Beauharnois.En attendant, le 17 septembre 1736, il envoya chercher les restes des victimes du massacre, à savoir, le corps de son fils et celui du missionnaire, ainsi que les têtes des voyageurs 2, auxquels il donna une sépulture convenable dans la chapelle de son fort.A partir de ce temps-là, nombreux et retentissants furent les cris pour une guerre d’extermination chez les Sioux.Lavérendrye ne voulut jamais consentir à une pareille entreprise.Pourtant, dans l’automne de l’année suivante, quelques-uns des meurtriers, parmi lesquels se trouvait l’Indien qui avait tué le prêtre, furent capturés par un parti de Français.Mais comme ceux-ci allaient les mener à leur établissement pour leur faire subir la peine qu’ils méritaient si bien, les prisonniers leur furent arrachés par des sauvages apparentés et peut-être confédérés dans la perpétration du crime3.1 — Le gouverneur de Beauharnois écrivit dans son rapport de 1738 que i oet officier avait ajouté qu’il serait avantageux de détruire cette nation >, tâche dont l’impétueux de Saint-Pierre ne soupçonnait guère la difficulté.2— Les ossements de ceux-ci doivent avoir été plus tard transportés au fort Saint-Charles, vu qu’on en a trouvé là dans un tel pêle-mêle qu’il est de toute évidence que ce sont leurs os, non pas les corps, qu’on avait ramassés, 3— The Aulneau Collection, p.106.A.-G.Monica, O.M.I. CHRONIQUE SCIENTIFIQUE I.Les progrès de la locomotion aérienne.—II.Une victoire cle la chirurgie : la suture du cœur.—III.Une antitoxine cérébrale.—IV.Etude sur le sommeil.Le centre du réveil du D* Bérillon.—V.Contribution nouvelle à l'étude des sourciers.— VI.La conquête du pôle.I Depuis notre dernière Revue, l’opinion publique en France comme à l’étranger a été saisie, captivée, accaparée par la passionnante question de la locomotion aérienne ; et nous devons répondre à la curiosité de nos lecteurs en exposant rapidement les événements heureux ou malheureux qui ont jalonné la marche ascendante de cette nouvelle branche de la science.Les appareils de locomotion aérienne se divisent, comme on sait, en deux catégories bien distinctes : les ballons dirigés ou dirigeables (moins lourds que l’air) et les aéroplanes (plus lourds que l’air).L’expérience confirme tous les jours l’opinion que nous énoncions dans cette Revue: l’avenir appartient aux aéroplanes.Dans peu de temps les dirigeables auront perdu tout crédit et ne seront plus qu’un glorieux et hélas ! douloureux souvenir.Ils ont pourtant grand air et noble allure, ces mastodontes que la volonté de l’homme dirige au-dessus de nos têtes dans le vaste ciel.Mais que d’obstacles à leur marche, que de dangers dans leurs courses ! Ils sont à la merci des courants aériens.Le gaz qui fait leur force constitue aussi leur faiblesse : le moteur est tout proche, et la moindre étincelle suffit à provoquer une fatale explosion.Enfin, il faut prévoir les pannes inévitables, les accidents de machine, la brisure des ailes de l’hélice, etc.Les récentes catastrophes du Zeppelin en Allemagne, de la République en France sont pleines d’un triste enseignement.Sans doute le nouveau Zeppelin a pu réussir depuis lors de nombreux voyages ; mais il ne faut pas oublier qu’il a dû souvent manquer à ses rendez-vous, atterrir brusquement en route, réparer de nombreux accidents.Et les Allemands sont les derniers à croire qu’ils ont 499 CHRONIQUE SCIENTIFIQUE trouvé là l’organe de la guerre future, l’instrument de la victoire.Il y a mieux à espérer de Y aéroplane, outil simple, maniable, peu coûteux et qui marche presque à volonté en tout temps et contre le vent.Son seul défaut est de ne planer encore qu’à une faible altitude : mais il tend tous les jours à s’en corriger, grâce à l’audace et à l’expérience croissantes des aviateurs.Les premiers vols s’exécutaient à quelques mètres du sol, puis ils se firent à 10, à 15, à 20 mètres.Actuellement, on s’élève encore plus haut, à 50, à 60, à 80, à 100 mètres.Et, de l’avis du commandant Renard, la sécurité, loin de diminuer, croît avec la hauteur, l’appareil ne trouvant pas contre terre les moyens d’assurer son sûr atterrissage.Faut-il rappeler ici les beaux succès de l’aviation qui ont mis en valeur la science française ?h’avion que garde précieusement le Conservatoire des arts et métiers de Paris atteste son origine nationale.Ce sont sans doute doux Américains, les frères Wright, qui ont eu l’honneur de pratiquer les premiers vols planés ; mais ils ont choisi la France pour théâtre de leurs exploits.C’est aux environs du Mans qu’ils ont fait évoluer avec succès les premiers aéroplanes.Depuis lors les expériences se sont multipliées aux mains des Farman, des Delagrange, des Blériot, des Rougier, des Latham.Sur plusieurs milliers d’envolées, il y a eu quelques détériorations d’appareils et seulement deux morts d’homme.Qu’on compare ce chiffre avec les sinistres de ballons et les hécatombes d’aéronautes qu’ils ont entraînées, et l’on appréciera vite la supériorité des aéroplanes.L’appareil est des plus simples, et son poids n’excède pas 200 kilos, l’aviateur compris.Le moteur de 20 à 25 chevaux suffit à le conduire.Et on est surpris en même temps qu’enthousiasmé de la légèreté du véhicule qui se meut à volonté dans les airs.Quelle confiance devait être celle de Blériot pour quitter délibérément la côte française de Calais et se diriger tout droit sur la côte anglaise au-dessus des flots de la Manche ! Il s’était fixé Douvres pour but, et il y arrivait en une heure sans encombre.‘R’est-ce pas un voyage merveilleux, et d’un bon augure pour l’avenir de la locomotion aérienne ?A l’heure où nous écrivons ces lignes, l’exposition de l’aéronautique bat son plein au Grand-Palais des Champs-Elysées de Paris.Les constructeurs y présentent leurs meilleurs appareils, 2 600 LA NOUVELLE - FRANCE avec les derniers perfectionnements qu’a suggérées la pratique.Le public se presse autour des différente aéroplanes et surtout de celui qui est devenu historique en traversant pour la première fois la Manche.Demain il se rendra à Port-Aviation aux portes de Paris, près de Juvisy, pour suivre les épreuves de ces mêmes appareils, aux mains de nos aviateurs les plus exercés.Il est pris d’une vive curiosité, d’un véritable engouement pour cette pratique nouvelle ; mais il ne faut pas se plaindre d’une telle faveur.L’industrie en profite, la science y trouve son compte ; et dos fils utiliseront certainement la locomotion aérienne que nous avons eu la satisfaction de trouver et d’inaugurer.II Tout comme la physique, la science médicale a ses victoires.Et l’humanité qui y trouve son compte les apprécie hautement.Hou s avons souvent ici même célébré les progrès de la chirurgie qui nous permettent de sauver tant d’existences compromises.Il nous est doux aujourd’hui d’enregis rer un de ses plus beaux triomphes : la suture du cœur.Un malheureux nommé Blum avait, le 26 septembre dernier, une rixe vulgaire dans les rues de Constantine (Algérie) et tombait frappé d’un coup de couteau au cœur.Ou s’empressa de le transporter à l’hôpital civil et de mander à son chevet le Docteur Martin, chirurgien en chef.Le malade était pâle, exsangue.Son pouls était filiforme, presque insaisissable.Beaucoup de praticiens eussent jugé le cas désespéré : notre confrère algérien ne voulut point abandonner le moribond à son triste sort, et décida de tenter l’impossible pour l’arracher à la mort qui venait à grands pas.Rapidement l’anesthésie par le chloroforme fut opérée.Puis le chirurgien procéda à l’ouverture de la cage thoracique en sectionnant trois côtes et arriva sur le siège du mal.Il eut un moment d’angoisse.Le cœur ne battait pour ainsi dire plus, il était seulement agité de légers frémissements.Mais le péricarde exploré se montra plein de sang ou plutôt de caillots qui suffisaient à gêner l’expansion de l’organe cardiaque et même à l’arrêter.Le Dr Martin n’hésita plus.Hardiment il ouvrit le péricarde, y plongea la main, en retira vivement les caillots, plus de cent 501 CHRONIQUE SCIENTIFIQUE grammes ; et, saisissant le cœur, l’attira au dehors.Une plaie linéaire longue d’un centimètre se montrait sur l’oreillette droite.Etait-il trop tard pour la suture ?Le cœur pressé par la main de notre confrère repondit manifestement à l’excitation, se mit à battre par soubresauts.Cet indice de vie donnait la marche à suivre.Trois points de suture furent immédiatement posés sur la plaie.L’organe fut aussitôt rentré.Ses battements reprirent, lents, faibles, mais réguliers.L’espoir de le sauver n’était pas perdu.La nuit fut bonne.Le lendemain le malade allait aussi bien que possible.Il avait repris connaissance et parlé.On pouvait escompter une nouvelle victoire de la science.Nous disons nouvelle, car la suture du cœur compte déjà quelques succès à l’actif de nos habiles chirurgiens.Mais il y a de nombreux échecs dus à la gravité énorme des plaies du cœur et surtout au retard si souvent inévitable des interventions.Nous en avons déjà parlé assez longuement dans cette Revue ; et nous n’avons voulu cette fois que signaler le coup de maître d’un de nos confrères français, heureux de rendre hommage à leur science consommée, à leur généreuse audace, à leur traditionnelle modestie.Ill La médecine n’a pas la chance de la chirurgie, elle compte les où elle jugule le mal, elle ne compte pas, hélas ! ceux où elle demeure impuissante pour guérir ou pour soulager.L’art est particulièrement désarmé en face des affections mentales et nerveuses ; et c’est pourquoi nous nous arrêtons à signaler le récent mémoire présenté à l’Académie de médecine par le docteur Maurice Page.D’après ce confrère, on tiendrait la panacée des maladies mentales et nerveuses.Le cerveau renfermerait une antitoxine spéciale qui provoquerait expérimentalement l’augmentation de la pression artérielle, l’hypophosphaturie, la diminution des éthers sulfo-conjugués et de l’indican, l’augmentation des forces et du poids.Il suffirait d’injecter quotidiennement cette substance sous la peau pour améliorer ou guérir la plupart des maladies nerveu-ou mentales.La perspective est trop séduisante pour ne pas nous captiver ; mais ne serait-ce pas un pur mirage î cas ses 502 LA NOUVELLE - FRANCE Il est possible que certaines affections nerveuses soient des intoxications.Ne se traduisent-elles pas somatiquement par l’hypotension artérielle, par l’hyperphosphaturie, par l’augmentation des éthers sulfo-conjugués et de 1indican, par la diminution des forces générales et du poids total, bref, par des symptômes avérés d’empoisonnement ?Comment soigne-t-on ces malades ?Par le séjour prolongé au lit, le régime lacté, ou végétarien, la cure de raisins, les ferments lactiques, le massage, l’hydrothérapie, tous moyens de désintoxication.On engraisse les patients ; et la névrose s’améliore.Pourquoi ?Parce que l’antitoxine cérébrale n’est soluble que dans la graisse, et que chez les gens gras elle trouve partout à s’exercer.Les idées de M.Page sont nouvelles, originales et demandent à être contrôlées, d’autant plus qu’il est très sobre de renseignements sur l’antitoxine qu’il a découverte.Voudrait-il en garder l’administration et comme le monopole ?Quoi qu’il en soit, il la concentre sous forme d’un extrait que l’on peut facilement employer en dissolution à 10 % dans des huiles stériles.Il affirme qu’il a administré son remède en injections sous-cutanées à des malades atteints de neurasthénie, d’obsession-doute, de névrose, d’angoisse, de mélancolie, de démence précoce, et qu’il a presque toujours obtenu de beaux succès, des guérisons inespérées.Nous voulons le croire, tout en restant quelque peu sceptique, car nous sommes assez vieux pour avoir déjà vu bien des inventeurs prôner leur remède et tomber vite dans le discrédit et dans l’oubli.Mais la découverte de M.Page serait si belle, si elle se confirmait ! Exprimons le vœu que nos maîtres daignent s’en occuper et arrivent vite à faire la lumière, pour le bien de l’hd-manité.IV La question du sommeil préoccupe toujours les savants, mais est encore bien loin de sa solution.Chacun de nous dort, et nul ne sait pourquoi ni comment il dort : n’est-ce pas étrange et presque décourageant ?En tout cas il y a là une constatation qui n’est pas faite pour nourrir l’orgueil humain.Nombre d’auteurs se sont persuadé que, tout comme le langage, la mémoire, la motilité, le sommeil devait avoir son centre dans un point spécial de l’écorce cérébrale ; c’est une illusion tenace, 603 CHRONIQUE SCIENTIFIQUE mais que l’expérience ne permet pas de conserver.En 1901 encore le Dr Cartaz consacrait un article de la Nature à défendre l’hypothèse invraisemblable d’un centre du sommeil.Voici qu’un autre de nos confrères, le Dr Bérillon, plaide en faveur d’une théorie tout opposée, et qui n’est pas mieux démontrée.Il estime que l’observation des faits relatifs à la production et à la cessation du sommeil tend à établir l’existence d’un centre du réveil.Les arguments de notre auteur sont plutôt faibles, on va le voir.Le premier est que par la seule intervention de la volonté, nous pouvons lutter contre l’envahissement du sommeil et en retarder l’apparition.Parlez pour vous, cher confrère, et n’allez pas outrageusement contre le sens commun.Tout le monde sait bien que le besoin de dormir après une journée d’éveil et d’activité est à peu près irrésistible, et qu’il n’y a pas d’insidieux discours politique, ni d’intéressant récit, ni même de grave sermon qui soit capable d’en triompher.La volonté peut lutter quelque temps, une heure, contre l’assoupissement qui nous gagne malgré nous, mais elle cède tôt à la nature.Le fait est si évident, si notoire que le Dr Bérillon eu convient.« Il est vrai, écrit-il, que la résistance au sommeil ne peut être que temporaire, et à la condition que le besoin du repos mental ne soit pas très grand.» S’il y avait un centre du réveil, il s’accuserait alors d’une manière manifeste, et on connaîtrait son siège.Le second argument de notre auteur n’est pas meilleur que le premier.Il réside dans l’aptitude qu’ont certaines personnes de se réveiller volontairement la nuit, à l’heure qu’elles se sont fixée à l’avance.Ainsi, écrit le Dr Bérillon, on a souvent signalé le fait qu’une personne ayant besoin d’être debout à une heure déterminée, dort profondément jusqu’à ce moment, mais se réveille alors spontanément.L'habitude du réveil matinal à heure fixe rentre dans la même catégorie de faits.Ils ne peuvent s’expliquer que par l’intervention d’un centre cérébral intervenant pour les éveiller, comme le ferait un appareil d’horlogerie remonté à cet effet.C’est se payer de mots.Le réveil à heure fixe est produit par l’automatisme cérébral, résulte d’une habitude nerveuse.Or presque tous les actes de notre vie sont commandés par le sous-moi et n’ont pas d’autre cause que la répétition cérébrale.Pas n’est besoin d’invoquer l’action d’un centre problèmatique du 504 LA NOUVELLE - FRANCE réveil pour expliquer un fait qui rentre dans la grande catégorie des actes automatiques.Un certain nombre d’excitations périphériques ou viscérales, ajoute le Dr Bérillon’, ont pour effet d’interrompre le cours du sommeil par us mécanisme analogue à celui par lequel les appels du clairon, le tintement d’une cloche, la sonnerie du réveille-matin, ou l’appel verbal d’une personne préposée à cet effet invitent le dormeur à mettre un terme à son somme.On peut admettre que ces diverses excitations viennent directement intéresser le centre cérébral dont la fonction serait de provoquer le réveil du sujet et ensuite de le maintenir éveillé.La thèse change étrangement, on le voit.Il ne s’agit plus seulement d’un centre du réveil, mais d’un centre capable de maintenir le sujet éveillé.Mous avons affirmé il y a longtemps l’existence de ce centre nécessaire, mais nous ne le plaçons pas au cerveau, nous le localisons au cervelet.Ce petit organe méconnu nous apparaît comme le centre de la vie affective, le centre excitateur du cerveau, l’organe de la veille.Son inhibition périodique et régulière produirait le sommeil 1.Mous ne sommes pas seul à défendre cette idée.Le professeur Courmont de Lyon l’a soutenue, mais la science officielle refuse de nous entendre et persiste dans ses errements.Pour revenir au Dr Bérillon, il n’arrive pas à établir l’existence de son centre du réveil.Et ses efforts pour le localiser sont infructueux.Les nerfs, écrit-il, qui transmettent le plus sûrement et le plus rapidement l’ordre du réveil étant les nerfs optiques, les nerfs auditifs ainsi que les nerfs de la face, on peut a priori supposer que la localisation du sens du réveil occupera, dans le cerveau, une situation voisine des centres de la vision, de l’audition, de la mimique faciale, puisqu’il est en connexité directe avec eux.Il ne devra pas non plus se trouver éloigné des centres de la sensibilité tactile.Cela revient à dire qu’il serait logique d’en chercher la localisation à la base du cerveau, dans la partie médiane.Les expériences de Raphaël Dubois sur les marmottes et les animaux hivernants ont démontré que c’est par l'intoxication carbonique que s’effectue l’inhibition du centre préposé à la fonction du réveil.Ce centre se trouverait chez la marmotte vers la partie antérieure de l’aqueduc de Sylvius, et près du plancher du troisième ventricule.Me nous arrêtons pas à l’exemple de la marmotte.Sa comparaison avec l’homme est trop risquée.Et d’ailleurs l’étude des 1 — Dr S.: La vie affective ; Le sommeil, Le rêve. 605 CHRONIQUE SCIENTIFIQUE hivernants n’a pas été assez poussée pour révéler le secret de leurs fonctions cérébrales.Mais les considérations que présente M.Bérillon sur la cérébrologie humaine sont elles-mêmes très peu fondées.Si nous connaissons exactement le siège occipital de la sensibilité visuelle, nous sommes loin d’être fixés sur la localisation corticale de l’audition, du tact, de la mimique, etc.Ces centres sont très probablement répartis en des points très éloignés de la surface cérébrale ; et dans ces conditions il serait au moins prématuré de supposer l’existence d’un autre centre, le centre du réveil, qui en dépendrait, sans pouvoir en être toujours très rapproché.Concluons en déclarant que M.le Dr Bérillon, dont la compétence s’exerce en hypnotisme, n’a pu résoudre avec sa seule bonne volonté le gros problème du sommeil.Il reste ouvert aux chercheurs, et nous espérons que de généreux efforts finiront par en avoir raison.V Depuis que nous avons traité l’obscure et difficile question des sourciers 1, des travailleurs l’ont abordée à leur tour, non sans succès.Nous citerons particulièrement notre distingué confrère, le Dr Vigen, de Montlieu (Charente Inférieure), qui a eu la bonne fortune de disposer des papiers du célèbre abbé Richard et qui a pratiqué lui-même l’hydroscopie 2.Il a très bien montré que le recours au pendule oscillant est beaucoup plus sûr que l’usage de la baguette classique de coudrier.Une montre suspendue par sa chaîne est un excellent instrument.On le remplace souvent par une petite bouteille remplie d’eau et tenue par un fil.Auquel de ces deux moyens est-il préférable de se confier ?C’est ce qu’a cherché expérimentalement un autre de nos correspondants, M.l’abbé Bruno, curé d’Ussel (Allier), et ce qui l’a amené à des conclusions intéressantes que nous nous faisons un plaisir et un devoir de publier.De l’avis des observateurs, le pendule usuel et la baguette divinatoire ont un inconvénient commun et grave : ils sont également influencés par les métaux et par l’eau, ce qui entraîne de fréquentes et regrettables confusions.Les métaux, qu’ils soient 1 __Dr S.Le secret des sourciers, Amat et Maloine.2 — L'abbé Richard, hydrogéologue, 1906. 506 LA NOUVELLE - FRANCE précieux (or, argent) ou vulgaires (fer, minerai), ont une action puissante ; et M.l’abbé Bruno en cite un exemple amusant : Tout récemment un sourcier parcourait un parc en compagnie du propriétaire.Il tombe en arrêt sur une belle source qui aboutit au château.On creuse et on découvre.des tuyaux en fonte, mais pas d’eau.Comment éviter cette erreur ?Le moyen est bien simple : c’est de recourir à la petite bouteille d’eau suspendue à un fil.Le médium serait infaillible.La bouteille révèle par ses oscillations la présence de l’eau, mais reste immobile en face du fer ou de tout autre métal.C’est le cas de s’en servir, comme contrôle ou contre-épreuve, après l’emploi du pendule ordinaire ou de la baguette.M.Bruno ne s’en est pas tenu là, il a varié l’expérience et a pu arriver aux conclusions suivantes : La bouteille d'eau peut être munie ou non d’un bouchon de liège.Si on remplace le liège par un bouchon en verre, la bouteille cesse d’être influencée et devient immobile.Il y a de curieuses expériences, mais qui veulent être reprises et multipliées pour subir la vérification de la science.Nous souhaitons qu’elles tentent l’esprit de savants expérimentateurs et surtout de physiciens de profession.Dans une autre série d’expériences, M.Bruno a pu étudier la Il nous écrit : profondeur des sources.Le procédé employé par les bons sourciers pour calculer la profondeur de la nappe souterraine donne des résultats d'une surprenante exactitude.Le sourcier, après avoir répéi é l’emplacement d'une nappe à l’aide de la baguette, cherche au moyen du pendule la direction du courant.Cela fait, il marche à reculons en suivant une ligne perpendiculaire au courant jusqu’au moment où il voit le pendule s'animer d’un mouvement de va et vient dans la direction de la nappe.La distance entre ce point et l’emplacement répéré de la nappe lui fera connaître immédiatement à quelle profondeur est située la nappe d’eau.Si cette distance est de 10 mètres, on trouvera l’eau à 10 mètres de profondeur.Cette équation a été pour moi une révélation et, après une série d’expériences qui me paraissent concluantes, j'ai acquis la certitude que la nappe d’eau souterraine donne naissance 1° à un champ magnétique à forme de sphère creuse dont la moitié est située dans la terre et l’autre moitié dans l’atmosphère ; 2° à un autre champ magnétique, de forme cylindrique, dont la base est la nappe d’eau, qui s’élève verticalement dans la terre d’abord, dans l’atmosphère ensuite pour atteindre ce que j'appellerai le méridien de la sphère magnétique.Les bords de la zone sphérique magnétisée ont une largeur de 0™ 20 à 0m 25.La colonne magnétique qui s’élève verticalement a 607 CHRONIQUE SCIENTIFIQUE les dimensions de la nappe elle même.Le pendule, lorsqu’on se place au-dessus de la nappe, est animé d’un mouvement circulaire de gauche à droite.Le diamètre de la sphère magnétique esc réglé par la profondeur de la nappe.Si cette profondeur est par exemple de 30 mètres, la sphère magnétique aura 60 mètres de diamètre, y compris la zone neutralisée.Il serait trop long de raconter après quels tâtonnements j’ai acquis la certitude de l’existence de la sphère magnétique dont j’ai suivi la trace à l’aide d’une échelle double, etc.Ce sont là des faits qu’on peut discuter, mais ils n’en sont pas moine très vraisemblables.M.Bruno a expérimenté avec suite et ingéniosité ! C’est ainsi qu’il a délimité la forme sphérique de la zone magnétique la bouteille à la main ou plutôt au bout de son fil.Chaque fois qu’il poursuivait au delà ses recherches, dans une ligne verticale, il n’obtenait plus aucun mouvement ; et c’est pas à pas qu’il a pu suivre et vérifier méthodiquement la forme spéciale de la zone d’influence.Cette zone est très nettement marquée.Elle s’accuse toujours, que le sourcier soit ou non en contact par le sol avec la source ; et M.Bruno le montre par l’exemple suivant : Je me place, écrit-il, près de l’emplacement d'une nappe, mais sur un point reconnu neutre.Le pendule que je tiens près de moi est immobile.J’allonge le bras, sans changer de place.Dès que le pendule se trouve sur la zone magnétisée, il se met en mouvement.Si, au contraire, je me place sur la nappe, mais assez près du bord pour pouvoir allonger le bras et faire dépasser au pendule la zone magnétique, il y a arrêt complet.Tous ces résultats sont intéressants et à retenir.Ils témoignent de la valeur du chercheur sur le terrain pratique.Mais, est-il besoin de le dire, ils ne sont pas encore acquis à la science.Ils demandent à être à nouveau reproduits dans des expériences méthodiques et contrôlées.Il faut espérer que leur publication éveillera l’attention des physiciens et les engagera à consacrer quelques heures à ces curieuses recherches.M.Bruno a fait encore quelques constatations qui ne sont pas à dédaigner.Dans notre brochure, nous avions dit d’après un sourcier, M.l’abbé Vernhes, que l’hydroscopie ne se réalise que sur l’eau vive, jamais sur un canal-aqueduc ou un bassin caché.Notre correspondant d’Ussel contredit formellement cette assertion : « C’est une affirmation, nous écrit-il, contre laquelle s’élèvent tous les sourciers que j’ai interrogés.Il est facile de faire la preuve du contraire.» Dont acte.Le même auteur s’élève contre une seconde assertion de notre 608 LA NOUVELLE - FRANCE brochure qui s’appuie encore en partie sur le témoignage autorisé du même M.Vernhes.D’abord, écrivions-nous, il est essentiel que le sourcier en travail ne soit pas contrarié, il est nécessaire qu’on l’écoute, qu’on obéisse aveuglément à ses indications.Sinon, on doit s’attendre à un échec lamentable : le don se perd.C’est du moins ce qu’une longue expérience a appris au curé de Montauban.Il paraît que son cas est spécial, isolé.Un professionnel interrogé par M.Bruno, M.Momège, de Poitiers, affirme « qu’il n’a jamais observé rien de semblable.» Voilà deux déclarations qui s’opposent et nous laissent perplexe.Une enquête étendue auprès de nombreux sourciers serait nécessaire.En attendant, même après les travaux de M.Bruno, la question des sourciers reste ouverte.Il s’agit probablement de magnétisme animal combiné avec le magnétisme terrestre.Mais comment s’opère cette singulière alliance ?Comment le sourcier trouve-t-il les sources ! C’est encore un secret.VI Nous ne pouvons clôturer cette revue sans dire un mot de la conquête du Pôle Nord.A-t-elle été faite par le commandant Peary ou par le Dr Cook ou par tous les deux ?C’est la question.Peut-être le pôle n’a-t-il été encore atteint par personne, sauf par les ours blancs.En tout cas sa conquête ne nous émeut pas outre mesure, et nous partageons le sentiment du Président Taft répondant : « Que voulez-vous que j’en fasse ?» au télégramme du commandant Peary : « J’ai pris possession du pôle etje l’offre aux Etats-Unis ! » Pendant que les explorateurs se disputent la découverte du Pôle Nord, l’un des nôtres, le Dr Jean Charcot est en train de conquérir le Pôle Sud.Je lui souhaite bonne chance, mais je ne l’engage pas à offrir son pôle à M.Fallières.Notre Président qui n’aime pas les déplacements ne fera pas le long voyage pour en prendre possession.Comme l’un de ses illustres prédécesseurs, il affectionne la formule : J’y suis, j’y reste! Et nous sommes persuadé que notre confrère Charcot, partageant son avis, ou plutôt ne le partageant pas, se hâtera de nous revenir.Dr SURBLBD. ERREURS ET PRÉJUGÉS RÉPONSE X ALCIPE Marino, 25 juillet 1909.J’ai brusqué la fin de ma dernière causerie.pour la finir.Il faut la reprendre sans espoir cette fois encore de dire tout l’essentiel.On pourrait écrire des volumes sur le sujet, surtout si l’on voulait publier les documents et les discuter.Ce n’est pas mon but.J’ai voulu vous dire simplement qu’il y a quelques faits saillants et quelques statistiques absolument probantes que Rome ne peut pas longtemps ignorer et dont, quoi qu’on fasse, elle comprendra vite la portée.Il suffit qu’on les signale à son attention.A cet égard, je regrette que les journaux catholiques français ne soient pas mieux renseignés sur l’état réel du catholicisme chez nos voisins, sur les causes véritables de son développement et sur ses causes de faiblesse.Ou croit avoir tout dit quand ou a compté le nombre des prêtres et des évêques, et le nombre souvent exagéré des catholiques avec ou sans religion, exalté la liberté dont jouit l’Eglise sous une constitution qui a l’intention de protéger les libertés légitimes non de les opprimer.Mais ces millions de catholiques qui sont venus de tous les pays du monde, dans l’espoir d’y vivre plus largement, auraient accru de même la population catholique dans n’importe quel pays, et au bout de deux générations l’auraient multipliée dans des proportions plus grandes.Pourquoi les catholiques ne sont-ils pas deux fois plus nombreux sur notre continent ?C’est ce qu’on ne dit jamais, et ce qu’il importe de savoir pour augurer un peu plus sûrement de l’avenir, surtout pour savoir où se trouve la vraie force et où se trouve la vraie faiblesse du catholicisme en Amérique.Avec 60,000 catholiques, en un siècle et demi, nous Canadiens-Français, nous sommes rendus a plus de deux millions, si nous comptons ceux que nous avons donnés à nos voisins—et cela sans immigration appréciable.Les défections innombrables des catholiques ou mieux des descendants de catholiques d’autres pays, aux Etats-Unis, tiennent à bien des causes que je ne connais pas toutes probablement, mais sur lesquelles il serait bon de revenir un peu.J’ai parlé de l’influence du milieu.Elle est particulièrement désastreuse sur ceux qui viennent d’un milieu déjà déprimé par la 610 LA NOUVELLE - FRANCE prédominance du protestantisme, et que la langue et les mœurs ou un groupement social moins compact défendent moins contre les infiltrations protestantes.Ainsi, on a remarqué que les défections ont été, proportion gardée, beaucoup plus nombreuses parmi les Irlandais et les Allemands que parmi les autres groupes.Les autres nationalités ont été moins atteintes, en général, sauf dans deux cas malheureusement encore trop fréquents : lorsqu’un petit nombre d’individus ont été disséminés et comme perdus dans des milieux protestants, sans aucun secours religieux —comme il est arrivé pour les Canadiens qui se sont américanisés (dans le mauvais sens du mot) et protestant!sés dans l’Ouest américain et dans certaines parties du Maine, du Vermont et de l’Etat de Hew-York ;—ou encore lorsque, pour des raisons que le zèle apostolique ne suffit pas à expliquer, on s’est obstiné à refuser à des groupes plus importants le ministère religieux dans leur propre langue.Pour toutes les nationalités une des causes principales de déchristianisation et de démoralisation a été l’enseignement à tous les degrés, donné pendant longtemps aux enfanta des catholiques, à peu près exclusivement par des protestants ou des indifférents.He soyons pas injustes.Longtemps il eut été bien difficile de faire les frais des écoles catholiques.Mais il faut bien dire aussi que, lorsqu’elles étaient possibles autant que nécessaires, bon nombre de prêtres et de fidèles de langue anglaise se sont obstinés à n’en pas vouloir, au moins pour les garçons.H serait intéressant de savoir le nombre de paroisses prospères qui n’ont pas encore leurs écoles confessionnelles.En général, il faut bien le dire, les prêtres d’autres langues ont montré plus de zèle pour les écoles catholiques.La nécessité d’enseigner aux enfants leur langue maternelle qui n’était pas admise dans les écoles publiques, pour leur apprendre ensuite à l’Eglise leurs devoirs religieux, a pu y être pour quelque chose.Quoi qu’il en soit, la séparation des enfants catholiques des autres nationalités et leur éducation dans des écoles catholiques ont contribué efficacement à les sauver de l’indifférence religieuse et de l’apostasie.Serions-nous malveillants ou injustes, si nous ajoutions que l’action du clergé n’atteint point là-bas, dans une mesure suffisante, l’éducation secondaire et supérieure, laquelle pratiquement est donnée à un grand nombre de jeunes gens catholiques dans des institutions protestantes ou sans religion ?L’on voit de suite 511 ERREURS ET PRÉJUGÉS l’influence d’une telle éducation sur les idées des catholiques, et combien les courants d’opinion là-bas parmi les laïques instruits risquent de n’être pas d’un catholicisme parfait.Et de fait, il y a souvent dans les idées et les mœurs des mélanges et des associations à peine croyables, qu’on appelle ici des americanate.Tout cela n’empêche pas, Alcipe, que le catholicisme aux Etats-Unis donne de grandes espérances à l’Eglise et aussi de grandes consolations ; mais ce n’est pas davantage la preuve qu’un clergé de langue anglaise et d’origine irlandaise est la perfection absolue, que son esprit et ses méthodes sont essentielles aux progrès du catholicisme, et que rien de sérieux ne se peut faire sans lui.Mais fût-il vrai qu’aux Etats-Unis les intérêts du catholicisme sont plus ou moins inféodés à la race irlandaise et à la langue anglaise—ce qu’on ne prouvera jamais,—il ne s’ensuivrait rien pour le Canada, qui est dans des conditions toutes différentes.Chez nous, Alcipe, le catholicisme et la race française ont toujours été inféodés l’un à l’autre, si bien que partout où croît et se développe la race française le catholicisme croît et s'étend avec elle, .et que partout où elle perd de son influence le catholicisme déchoit avec elle ou du moins semble perdre toute sa force d'expansion et de conquête, et réciproquement.Comment cela se fait-il ?Je n’ai pas à le dire : c’est le fait, le fait patent, indéniable, qui s’accuse dans toutes les statistiques officielles.Il y a un autre fait aussi patent que celui-là : c’est qüe partout où dans notre vaste pays le catholicisme s’implante et s’enracine par l’influence française, il y est complet et ne tarde pas d’y porter tous ses fruits, et que presque partout où cette influence lui manque, il lui manque aussi quelque chose qui ne doit lui manquer nulle part.Je parle du catholicisme et de son action publique, sociale : je ne parle pas des catholiques pris individuellement.Pour la province de Québec les avocats de l’anglicisation ne le contestent pas.Mais dans les autres provinces, disent-ils à Rome 1, le catholicisme sera de langue anglaise ou il disparaîtra.Puisque la langue française doit disparaître dans cinquante ans au plus et le catholicisme français avec elle, ne vaut-il pas mieux procéder de suite à l’enterrement ?Et puisque c’est le catholicisme de langue anglaise seul qui a un avenir dans le 1___Rome ne veut pas dire ici les Congrégations Romaines. 512 LA NOUVELLE - FRANCE reste du Dominion, pourquoi n’en pas remettre tout de suite les intérêts à une hiérarchie de langue anglaise ?Vous savez ce que c’est que la vanité nationale.Chaque race à la sienne.Le Français ne voit que lui et n’entend que lui dans le monde et le monde entier n’existe que pour jouir de lui et l’admirer.L’Anglais, lui, supprime tout ce qui n’est pas lui et rien ne doit exister que pour sa convenance et son appétit.L’Anglais a conquis l’Amérique : donc elle sera anglaise ou ne sera pas h C’est un premier principe auquel l’histoire ne peut pas donner un démenti.A Rome comme ailleurs, les Anglais sont anglifiants et, comme il arrive toujours, les angliûés sont plus anglais que les Anglais.11 ne faut ni s’en étonner ni s’en indigner.Rome non plus ne s’en étonnera pas.Ces ambitions et ces appétits de race lui sont connus, et elle ne les prendra pas au sérieux que si nous y consentons volontiers.Or laissez-moi vous dire, Alcipe, que ce ne sont pas vos évêques, mais vous et les vôtres, vous laïques, vos journaux, vos politiciens, qui faites à Rome tout le crédit et toute la puissance des intrigues anglaises.Ne vous emballez pas : écoutez-moi, puis vous répondrez si vous avez quelque chose à dire.Il n’y a pas de cela un siècle, un personnage officiel du Saint-Siège, après avoir passé quelques mois au milieu de vous, en tête à tête avec vos chefs, écrivait en toute sincérité que le Canada devrait être le boulevard du catholicisme dans l’Amérique du Nord ; mais que malheureusement les catholiques y sont divisés et que l’une des premières et principales causes de division, c’est que les uns veulent renoncer à la langue et aux mœurs françaises pour fusionner davantage et plus tôt avec l’élément anglais, et que les autres au contraire veulent rester français.Pour qui connaît la sincérité et la loyauté du personnage, que personne n’a jamais mise en doute, il est incontestable que ces informations ont dû lui être données par un grand nombre des nôtres que leur éducation et leur position sociale lui ont permis de prendre au sérieux.C’était d’autant plus plausible que la langue française 1 — Un journal francophobe de Montréal, le Witness (tout court, cette fois), dans un article récent, s’alarmait de la proportion toujours croissante des Canadiens Français dans l'Ontario, et pour y faire contrepoids, la submersion par immigration étrangère n’étant guère praticable, suggérait de travailler sérieusement à l’assimilation de cet .Faut il réduire, selon l’usage qui prévaut, toute la philosophie réelle à une question de métaphysique ?La division en Métaphysique générale et Métaphysique spéciale, consacre, il semble, une séparation funeste entre les sciences et la philosophie.La division usitée chez les anciens en Physique 1—R.P.Sertillanges.Revue Thomiste, mars 1895. 529 BIBLIOGRAPHIE CANADIENNE et Métaphysique témoigne, au contraire, du souci qu’ils avaient de maintenir dans une alliance étroite l’observation sensible et la spéculation rationnelle *.Léon XIII a recommandé aux modernes scolastiques de travailler à établir l’harmonie, qui doit exister entre les principes de la philosophie et les données certaines des sciences naturelles ; et parmi les philosophes contemporains, le R.P.Hagon est l’un de ceux qui semblent le plus pénétré de l’esprit des anciens et des besoins de notre temps.Certaines questions gagneraient à être traitées avec plus d’ampleur, par exemple la thèse de l’analogie de l'être, si importante de nos jours, contre les modernistes ; comment l’Etre absolu se communique t il aux êtres inférieurs ?—ou encore, quelle est la nature précise de la distinction réelle entre l’essence et l’existence ?M.l’abbé Lortie répondra que ces questions sont trop subtiles pour trouver place dans un ouvrage élémentaire, et qu’elles sont laissées à l’initiative des professeurs, et sans doute, il aura raison.Les grandes thèses sont précédées de quelques paragraphes succincts, qui contiennent moins une histoire de la Philosophie que de brèves notes touchant les variations de la pensée philosophique sur le sujet en question ; il s’ensuit que l’exposé des systèmes est réduit aux proportions les plus rudimentaires, ce qui ne fournit pas toujours à l’élève les éléments nécessaires pour comparer, et pour se convaincre de la haute supériorité du système scolastique sur les théories brillantes ou spécieuses, qui ont eu leur moment de vogue dans le monde des écoles.Les conclusions principales sont suivies de l’énumération des axiomes ou des principes philosophiques qui s’y rapportent ; d'heureuses explications mettent en lumière ce qu’il y a de vérité condensé dans ces formules concises.En tête de chaque chapitre un tableau synoptique donne une vue générale des matières qui y seront exposées.Il fournit ainsi à l’élève le fil conducteur qui lui permet toujours de suivre sans s’égarer le développement de la pensée, et lui facilite singulièrement la reconstitution de la synthèse.Tout l’ouvrage est écrit dans la langue claire, ferme, sans prétention, des philosophes scolastiques.Ce bel ensemble de qualités dénote chez l’auteur, avec la maîtrise de son sujet, une rare expérience de l’enseignement de ces difficiles matières, à des philosophes de dix-huit ans, qu’il s’agit moins de surcharger de formules que de munir d’idées saines et de notions vraies.Il faut leur révéler l’existence des problèmes, leur inspirer le goût de la sagesse et exciter en eux le noble désir de scruter plus profondément, par un travail personnel, ces graves et fécondes questions.Peut-être une bibliographie un peu plus riche, au moins pour les thèses capitales, offrirait elle d’appréciables avantages aux élèves laborieux qui désireraient approfondir une idée plus captivante, en leur indiquant les auteurs qui ont traité ce sujet particulier avec une spéciale compétence.Ce volume est donc, au total, un excellent ouvrage de vulgarisation des doctrines scolastiques et de la pensée thomiste, où rien n’est laissé à la fantaisie.Puisse-t-il, par ses fortes et sobres expositions, éveiller chez les jeunes gens de nos collèges, auxquels il est destiné, les robustes convictions qui conduisent à l’amour désintéressé de la vérité, et qui font de ceux qui ont réussi à les créer , des enseigneurs de sagesse, de grandeur et de beauté ».fr.Raymond-M16 Rouleau, des Frères Prêcheurs.1 — M81, Mercier.Logique, p.22. 530 LA NOUVELLE - FRANGE N.-E.Dionne, M.D., LL.D____Inventaire chronologique des cartes, plans, atlas, relatifs à la Nouvelle-France et à la Province de Québec, 1508-1908, tome IV, pages VIII-136.Québec, 1909.Ce nouveau fascicule complète les tomes précédents, et n'accuse pas moins de recherches et d’érudition chez son infatigable auteur.Ce genre d’ouvrages, pour n'avoir pas l’attrait du récit ni de la dissertation, n’en est pas moins précieux et indispensable pour quiconque veut se renseigner ou écrire de façon pertinente sur un fait ou une période de l’histoire.C’est la raison d’être principale, sinon exclusive, des ouvrages bibliographiques.Jamais ils n’ont eu plus d’opportunité et de valeur qu’à notre époque, héritière de trésors documentaires plus accessibles que jadis et bénéficiaire de méthodes plus judicieuses pour les interpréter.Monsieur Dionne, dans une étude qui précède son Inventaire, discute d’une façon intéressante l’authenticité et l’autorité des plus anciennes cartes de la Nouvelle-France.Cours élémentaire d'Histoire Sainte, illustrée (50 gravures), avec supplément de récits bibliques textuels, par l’abbé F.A.Baillairgé.292 pages in 12, cartonné.Se vend chez l’auteur, à Saint-Hubert, comté de Chambly, P.Q., 35 sous franc de port.Par ce Cours élémentaire qui sort de la presse, l’auteur reconnaît la valeur du reproche assez fondé d’ailleurs d’avoir mis dans le même volume (son traité complet) trois cours distincts.Courageusement il en fait son profit en réduisant à de justes proportions le manuel d’Histoire Sainte destiné aux élèves moins avancés.Mais c’est surtout au bénéfice de la gent scolaire que l’auteur fait tourner cette refonte de son livre.En effet, malgré les sacrifices considérables par lui déjà encourus dans l’intérêt de l'enseignement, il offre au public, pour une somme vraiment minime, un manuel des plus attrayants, enrichi de trente deux gravures nouvelles, dont quelques-unes, surtout celles qui illustrent la vie de Notre-Seigneur, sont vraiment artistiques et propres, selon les procédés de la saine pédagogie, à former l’esprit et le cœur, en passant par le plus noble des sens, celui de la vue.L'avenir du Canada Français, par Arthur Saint-Pierre, jolie plaquette d’une vingtaine de pages, se vend 15 sous chez l’auteur, 71, rue Fabre, Montréal.Thèse fort bien conduite, où l’auteur, sans aucunement forfaire à la loyauté, et s’appuyant sur les déclarations d’hommes d’Etat anglais remarquables, sur l’expérience acquise depuis la Confédération, et sur l’histoire, démontre que la Province de Québec, et avec elle, la race canadienne-française, pour garder son caractère ethnique, sa langue et sa foi, doit compter non sur le maintien définitif de l’union, où son influence sera bientôt centralisée, ni sur l’annexion, avec ses conséquences plus désastreuses encore, mais sur une autonomie dont la Providence saura bien, dans le temps, déterminer le caractère et les conditions.L.L.AUX ABONNÉS RETARDATAIRES Prière instante d’acquitter sans délai l’abonnement de l'année courante.Le prix en est si modique, alors que tout nous coûte cher : papier, impression, expédition, collaboration.Avec des abonnements dns, comment payer tout, cela « rubis sur l'ongle » ?Pour éviter de nouvelles.distractions, veuillez acquitter en même temps l'abonnement de l'année prochaine, PAYABLE D'AVANCE.On n’y risque rien.La « Nouvelle-France » a vécu assez longtemps, malgré les contretemps et les faux prophètes, pour n’avoir pas envie de trépasser sans au moins en prévenir à temps ses fidèles abonnés.
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