La Nouvelle-France : revue des intérêts religieux et nationaux du Canada français, 1 décembre 1917, Décembre
LA NOUVELLE-FRANCE TOME XVI DECEMBRE 1917 No 12 UNDÈ?.QUI?.UBI?.QUÔ! ™ Qu’est-ce à dire?et que signifient ces brèves interrogations ?Complétons-les: Undè venimus ?Qui sumus?Ubi adsumus?QuÔ imus?Autrement dit: D’où venons-nous?.Qui sommes-nous?.Où sommes-nous?.Où allons-nous ?Donner à tout cela réponse adéquate et complète est chose beaucoup plus compliquée qu’il ne paraît à première vue, surtout si l’on étudie le sujet—ou mieux les sujets—d’abord au point de vue des connaissances de la science humaine pour s’élever ensuite aux considérations d’ordre supérieur qu’entraîne une saine logique.Sans qu’il y paraisse peut-être, la cosmogonie, l’astronomie, la zoologie, la paléontologie, l’archéologie préhistorique, sont à considérer ici, sans parler du rôle important qu’y remplissent la psychologie et la théodicée.D’où l’on voit que pour être à même de traiter congrûment et compétence de tels sujets il faut posséder un ensemble de connaissances vraiment encyclopédique, ce qui n’est donné que rarement et à des natures privilégiées.Or il s’est trouvé une de ces natures exceptionnelles, un homme versé dans toutes les sciences 1—Cet article est le dernier de notre regretté collaborateur, feu M.Charles de Kirwan, qui dans notre revue signait ses écrits du nom de plume “Jean d’Etienne .Le vénérable écrivain, dans ces pages posthumes, révèle son attrait habituel pour les grandes questions de la destinée de l’homme, qu’il savait traiter d’après les données de la science mises d’accord avec les enseignements de la foi.—Réd.avec 530 LA NOUVELLE-FRANCE proprement dites, en même temps qu’imbu d’une saine philosophie, ce qui n’a rien de surprenant, puisque ce savant est un prêtre.Peut-être, à ce rapide tableau, quelques-uns de nos lecteurs auront-ils reconnu le savant et sympathique abbé Moreux.C’est lui qui a traité ex professo, à l’usage du grand public, c’est-à-dire avec une clarté parfaite, les sujets que comportent les questions posées.Il en a fait l’objet de quatre plaquettes grand in-8 de cent et quelques pages chacune, et qui, bien que remontant déjà à quelques années, sont destinées à une longue actualité, tant est vaste l’ampleur du sujet et surtout sa continuité.Essayons, non pas de résumer cette œuvre du savant auteur— il est préférable et de beaucoup pour le lecteur d’y recourir lui-même —mais de donner un aperçu de sa manière.I.— Undè venimus?Pour nous faire rechercher d’Où nous venons, il prend les choses de très haut et commence en nous faisant voyager, par la pensée, avec la vitesse de la lumière (soit 300,000 kilomètres à la seconde de temps ou 26 milliards de kilomètres par 24 heures) ; de ce train nous sommes rapidement transportés à des distances telles que notre Soleil ne nous apparaît plus que comme une étoile plus grosse que les autres, et que notre Terre, éclairée par lui, a depuis longtemps cessé d’être visible.Et cependant les autres étoiles paraissent toujours à la même place, les constellations n’ont pas changé d’aspect, tant nous avons fait peu de chemin! Tel est le point de départ pour nous faire connaître comment ont pris naissance les nombreuses merveilles des plaines sidérales : groupes stellaires, voie lactée, comètes, planètes et satellites, enfin notre Soleil avec les brillants et variés phénomènes dont il est le théâtre.C’est au sein de cette genèse de mondes sans nombre que notre Terre, avec les autres planètes, est issue de notre Soleil en formation, et a pris naissance.Et voilà que nous voyons se développer l’histoire cosmogonique et stratigraphique de notre globe, apparaître la vie, et se poursuivre l’interminable série des êtres vivants préhumains.Mais dans tout cela, il ne s’agit encore que du monde physique, de la matière; et qu’est-ce que la matière? UNDÈ?.QUI?.UBI?.QUO I 531 Au fond nous n’en savons rien, du moins pas grand’chose.Toutefois la science a, dans ces derniers temps, singulièrement approfondi ce problème, et l’on en arrive aujourd’hui, en se fondant sur les faits observés, à des considérations qu’on serait tenté d’appeler—si les deux expressions ne juraient pas d’être accouplées ensemble—une quasi-métaphysique de la matière.C’est le génie de l’homme, c’est son intelligence, c’est son âme qui domine ainsi la matière, l’univers physique, tous ces mondes dont la Terre fait, en étendue, une si infime partie, et dont l’homme, par son corps, procède lui-même, mais qui, eux, ne se connaissent pas, se meuvent et évoluent fatalement sous l’empire de la loi mathématique, tandis que l’homme les connaît, les domine et dans une certaine mesure les assujétit à ses besoins sous sa libre volonté.Nous venons de l’univers créé par Dieu, et créés aussi par Lui, doués d’une âme faite à son image et ressemblance.II.—Qui sumus?Si, pour savoir Qui nous sommes, nous nous adressons aux Cartésiens, ils nous disent que l’homme est un être pensant, définition très incomplète, car d’autres êtres que l’homme, tels les esprits purs, sont des êtres pensants, et l’homme n’est pas que pensant.M.de Bonald est moins incomplet en disant de l’homme, qu’il est une intelligence servie par des organes; mais il l’est encore, car ce n’est pas seulement l’intelligence qui est servie par les organes, mais aussi la volonté et la sensibilité.La meilleure définition est encore celle d’Aristote, adoptée par saint Thomas : un animal raisonnable.Animal par son organisme, par son corps et toutes les fonctions qu’il exerce, mais esprit par son intelligence et l’exercice de celle-ci, par son âme, en un mot, animal rationale.L’homme est donc un être composé, un corps animé, informé par l’esprit, le “composé humain”, comme disent les scolastiques.Or, c’est sur le cerveau, organe très complexe, que l’esprit agit pour, à l’aide des images qui s’y impriment spontanément ou volontairement, élaborer la pensée, exprimer des idées, abstraire et généraliser.C’est donc par une description du cerveau humain, appuyée presque à chaque page, comme dans tout le cours des quatre 532 LA NOUVELLE-FRANCE volumes, que débute la réponse à la question Qui sumus ?Pour établir qui nous sommes en tant qu’ensemble de l’humanité, il importe de démontrer l’unité de notre espèce, la descendance d’un premier couple unique, en dépit des différences superficielles de conformation du cerveau et de la tête, qui servent à spécifier ou caractériser les différentes races.M.de Quatrefages, dans son beau livre sur L’unité de l’Espèce humaine, a montré comment, par le détroit de Behring et les îles Aléoutiennes, les populations primitives ont dû nécessairement pénétrer d’Asie en Amérique et par Malacca, la Sonde et les Célèbes, se répandre dans les nombreuses îles de l’Océanie, l’Australie et la Tasmanie.Combien a-t-il fallu de temps pour la dissémination de tous ces peuples dans le monde entier, pour la formation et la fixation des types de toutes les races; et surtout pour l’accession aux grandes civilisations de la Grèce et de Rome, et cela à partir de la première ébauche d’un semblant d’industrie par la fabrication d’armes et d’outils en silex grossièrement éclatés et taillés (période chelléenne, la plus ancienne) ?Sans aucun doute, un très grand nombre de siècles.Les récents développements de la géologie, de la paléontologie et de l’archéologie préhistorique établissent que la première apparition de l’homme sur la Terre correspond à la plus récente période interglaciaire.Cette dernière prend date à la suite de la 3e expansion glaciaire, des débuts de l’âge quaternaire, lequel est compris entre celle-ci, suivie de la faune de l’Eléphant antique (Elepbas antiquus), au climat chaud, et de la faune du Renne, au climat sec et froid, mais en passant par les climats humides de la faune du Mammouth, et de l’Ours des cavernes.C’est au cours de ces périodes paléontologiques que se constatent les stades successifs de la pierre taillée ou paléolithique ; chelléen, moutérien, solutrien, magdalénien; suivis du stade néolithique ou de la pierre polie, correspondant à l’âge géologique actuel et qui sera ensuite supplanté par l’emploi du cuivre, du bronze et du fer, lors de la découverte des métaux.Nous avons dit que pour remplir cette longue série de temps divers, une suite considérable de siècles a été nécessaire.Une petite digression à ce propos ne sera pas inutile. UNDÈ ?.QUI?.UBI?.quo! 533 Au premier abord, et pour qui est étranger à cet ordre de considérations, la question se pose de savoir comment concilier cette multitude de siècles avec le millésime de 4004 avant J.-C., que l’on avait longtemps assigné,—d’après la Bible, croyait-on,—à la création du monde?La réponse est facile, attendu que la date de 4004, comme plusieurs autres, tirées également de la Bible et variant entre 4000 et 5 ou 6,000, n’est nulle part précisée par les Livres sacrés.Elles résultent d’interprétations, de supputations (sans compter de très probables erreurs de copie) assez arbitraires et suggérées par de simples apparences (1).D’abord, avant l’apparition de l’homme sur la Terre, rien n’empêche de concéder aux savants les myriades de siècles qu’ils réclament pour expliquer la formation de l’univers cosmique et en particulier de notre globe terrestre.Il n’en est pas tout à fait de même, il est vrai, touchant l’homme et l’époque de sa création.Mais, laissant de côté, comme ne reposant sur aucune preuve sérieuse, la où les centaines de milliers d’années que réclame, dans un but d’ailleurs intéressé, une certaine école, on peut affirmer avec certitude qu’il a fallu beaucoup plus de cinq ou six mille ans la formation et la fixation des différentes races humaines,— pour et pour arriver, comme nous l’avons dit, aux grandes civilisations de l’Antiquité.Cela dit, revenons à la thèse de notre auteur.II est bien évident, à juger sainement et sans parti pris, que l’homme, jeté sur la Terre, faible et nu, sans moyens de défense naturelle la plupart des animaux, et qui, par sa seule intelligence, son énergie et sa prévoyance, a pu, péniblement et lentement il est vrai, surmonter tous les obstacles, braver tous les dangers, et finalement à une organisation sociale plus ou moins per- comme arriver fectionnée, puis à la pleine civilisation—il est évident, dis-je, que ce génie, cette intelligence, cette âme raisonnable en un mot, ne lui vient pas de lui-même et que seul le Créateur a pu la lui donner.Vainement les évolutionnistes à outrance voudraient-ils le faire 1—-Voir à ce sujet les ouvrages, notamment de l’abbé Vigoureux : Manuel biblique (Ire éd.t.I.pp.642 et 3.— 2e éd.tome I p.363) et surtout son monumental Dictionnaire de la Bible t.II.col.718-740, soit 20 colonnes de ce compact in-8, au mot “Chronologie biblique”. 534 LA NOUVELLE-FRANCE dériver d’un animal moins perfectionné: outre que ce chaînon intermédiaire n’a jamais été trouvé, cette filiation physiologique n’expliquerait pas l’adjonction de la raison à l’organisme; le plus ne saurait sortir du moins; et de l’instinct le plus merveilleux, de la connaissance sensitive la plus développée, ne sauraient sortir l’abstraction et la généralisation, pures facultés de l’esprit, source de toute science, de tout savoir et de tout progrès.III.—Ubi adsumus?Pour exposer d'une manière complète notre origine, l’auteur avait retracé l’histoire cosmique de l’univers, dont la Terre, notre mère dans l’ordre matériel, est une minime parcelle.Pour définir les lieux de notre présence est requise la description topographique et analytique de ce même univers.Dire que nous sommes sur la terre ne serait qu’une réponse évasive; car où est la Terre?Et si je réponds qu’elle est dans l’espace, ma réponse est plus imprécise encore: tout est dans l’espace, aussi bien que la Terre, les nuées, les étoiles, le soleil.Arrêtons-nous au Soleil avant d’aller plus loin.Il retient la Terre avec les autres planètes dans sa sphère d’action; elle est donc, partant nous sommes donc, dans le voisinage du Soleil, décrivant chaque année autour de lui une circonférence ellipsoïdale dont le grand diamètre n’est pas inférieur à 299 millions de kilomètres (1).Voilà déjà un point acquis; nous sommes près du Soleil, oui.Mais le Soleil, où est-il lui-mcme?Or, il n’est plus aujourd’hui où il était hier, et ne sera plus demain où il est aujourd’hui, attendu qu’il voyage dans l’espace avec une rapidité de 19 kilomètres par seconde, entraînant avec lui la Terre et tout le cortège de planètes et de satellites composant la vassalité de ce suzerain.Dans sa course vertigineuse, il se dirige vers un point voisin de l’étoile Véga, et qu’on a appelé apex, dans la constellation de la Lyre.1—La distance de la Terre au Soleil qui vient de ce qu'elle est plus loin ou plus près du foyer de l’ellipse (aphélie ou périhélie) est de 152 ou de 147 'millions de kilomètres, soit une distance moyenne de 149,500,000 kilomètres.On voit que le voisinage est relatif.Mais qu’est-ce que quelques centaines de millions de kilomètres, auprès des milliards de milliards qui nous séparent des étoiles ? UNDÈ?.QUI?.UBI?.QUÔ! 535 Cela nous amène à examiner ce qu’on pourrait appeler, par comparaison, la géographie céleste (1) avec tous ses détails, depuis la famille solaire jusqu’aux dernières étoiles, à la Voie lactée, aux nébuleuses lointaines, germes de mondes futurs.La science de la lumière nous révèle ici, par son analyse spectrale, les particularités les plus étonnantes, comme la composition chimique des astres les plus lointains et l’âge relatif de chacun d’eux.La place que notre Soleil, et nous avec lui, occupons au sein de cette infinité, paraît bien être voisine du centre de la nébuleuse principale (ou du moins qui nous paraît telle), et dont le contour est tracé à nos yeux par cette traînée circulaire et lumineuse qui s’appelle Voie lactée, mais au-delà de laquelle d’autres groupes d’étoiles et d’autres nébuleuses peuplent encore l’espace.dirons-nous, comme quelques-uns, jusqu’à l’infini?Nous ne pouvons le dire que métaphoriquement.Au sens absolu, il n’y a pas de nombre infini.La démonstration mathématique en est facile.Le nombre vraiment infini est essentiellement abstrait et indéterminé; il n’y a que des nombres indéfinis.Ajoutez des millions aux millions, des milliards aux milliards, vous trouverez toujours une somme, un total auquel on pourra ajouter une unité; ainsi le nombre infini ne sera jamais atteint.L’infini, dans le sens réel et absolu de ce terme, n’appartient qu’à Dieu.Seul il est infini, seul il est absolu, éternel, tout puissant, omniscient, omniprésent.Seul il tient et soutient tous ces mondes que nous sommes impuissants à dénombrer.II les a créés comme il nous a créés, nous donnant et plus qu’à eux une intelligence pour les connaître et les admirer, pour le connaître surtout, l’adorer et l’aimer Lui-même.IV.—Quo imus ?Nous savons d’où nous venons: de la Terre, elle-même issue de l’évolution des mondes créés et lancés dans l’espace par un acte de la toute puissante volonté divine.Nous savons qui nous sommes.Par notre intelligence, notre raison et notre volonté constante, nous sommes devenus les rois 1—Ou mieux : l’Uranographie (de Ouianos, le ciel). 536 LA NOUVELLE-FRANCE de cette nature qui nous entoure, en vertu de ce principe, de cette substance spirituelle ajoutée par l’insufflation divine au corps formé de la boue terrestre.Enfin nous savons, approximativement du moins, quelle place nous occupons dans cet espace immense.si immense que, trompés par l'apparence, d’aucuns, nous l’avons vu, ne peuvent s’empêcher à tort de le considérer comme réellement et littéralement infini.Resterait à savoir où nous allons.Nous se prend ici dans le sens non seulement de l’humanité, mais de la nature tout entière.Créée, elle a eu un commencement; commencée, elle aura une fin.Mais quand et comment?Or on a vu, dans Undè venimus?comment naît l’univers, ou plus exactement comment naissent les univers, on voit comment ils croissent et même comment ils finissent; car il en est de mourants et de morts, parvenus à leur maturité, comme il en est qui commencent à peine de naître; mais, de même que ceux qui sont en leur plein développement et auxquels nous n’appartenons déjà plus, ils auront un jour leur évolution accomplie, leur extinction finale.Dans combien de milliards, de trillions ou de quatrillions de siècles?Dieu seul le sait; seulement il est certain que cette fin arrivera successivement pour les uns et les autres, une fois ou l’autre; car le nombre réellement infini n’existe pas plus pour les heures ou les secondes que pour les unités matérielles.II ne faut pas confondre l'éternité, éternel présent, sans commencement ni fin, avec le temps, composé de nos fugitifs instants constamment renouvelés.Assurément la “fin du monde’’ composé de notre modeste globe, humble grain de poussière auprès des millions d'objets sidéraux qui nous entourent, n’attendra pas la fin des mondes actuellement en formation, ni même celle des mondes vieillissants comme notre Soleil lui-même.Cela c’est la science qui nous l’apprend.Nous aurons aussi, et beaucoup plus vite, la fin du monde terrestre par des causes providentielles, comme nous l’apprennent les Saintes Ecritures; mais à quelle époque?nous ne le savons pas davantage.Les catastrophes intersidérales, les incendies célestes, sont choses que constatent aussi les astronomes.Il se peut que le Créateur fasse servir providentiellement les causes accidentelles mais naturelles, à l’exécution de ses desseins sur les destinées de l’humanité. 537 PAULINA Et comment la science peut-elle saisir en même temps la semence des mondes à naître, le développement et les différents âges des multitudes d’astres actuellement brillants et scintillants au-dessus de nos têtes ?C’est, on l’a déjà insinué, par l’étude de la lumière et des multiples phénomènes qu’elle engendre, qu’on a pu déterminer la composition chimique des astres et autres substances sidérales, les différents stades de leur existence, leur apogée, leur déclin.La décomposition par le prisme de la lumière nous a valu l’analyse spectrale.Il y a, dans Où sommes-nous?un chapitre sur “Les Révé-¦ lations de la lumière” qui jette un jour éclatant sur cette surprenante histoire passée, présente et future de la nature sidérale.Nous allons donc cosmiquement vers l’inconnu; philosophiquement vers une fin dernière qui ne peut être que Dieu notre créateur et notre raison d’être.* * * Comme il a été dit plus haut, nous n’avons fait ni voulu faire l’analyse de cette œuvre de M.l’abbé Moreux, mais seulement donner une idée de sa manière.II ne fait pas seulement de la science, mais il en fait, j’insiste sur ce point, la philosophie, laquelle, par une logique irrésistible pour tout esprit sincère et sans parti pris, conduit nécessairement à la notion de Dieu et de ses attributs: infinité, absoluité, toute-puissance, toute activité ou, pour résumer le tout en un seul mot: Acte pur ! Jean d’Estienne.PAULINA apostoliques (Suite).ROMAN DES TEMPS XXII PREMIÈRE ÉPITRE AUX CORINTHIENS.Des troubles sérieux s’étaient produits dans l’Eglise de Corinthe et menaçaient d’y créer un schisme.Un nouveau prédicateur y était venu prêcher Jésus-Christ après saint Paul, et il y avait obtenu de grands succès.Il se nommait Apollos. 538 LA NOUVELLE-FRANCE Originaire d’Alexandrie, il avait étudié les lettres grecques et latines dans les célèbres écoles de cette ville.Mais il était aussi versé dans les Ecritures et, quoiqu’il ne connût que le baptême de Jean, il croyait à la messianité de Jésus-Christ, et il la prêchait avec beaucoup d’éloquence et de zèle.C’est à Ephèse, en l’an 54, qu’il avait commencé sa prédication, peu après que Paul eut quitté cette ville en route pour Jérusalem.Priscille et Aquila, venus à Ephèse avec Paul, y étaient restés et ils avaient reçu ApoIIos chez eux.Mieux renseignés que lui sur la doctrine de Jésus-Christ, ils avaient complété ses connaissances chrétiennes, et ils l’avaient encouragé à continuer ses prédications.D’Ephèse il était venu à Corinthe et son éloquence plus littéraire, plus parfaite au point de vue oratoire que celle de Paul, lui avait amené des disciples, et menaçait de créer un schisme dans l’Eglise de Corinthe.A son retour de Jérusalem à Ephèse, Paul, informé de ces troubles et d’autres désordres qui s’étaient produits parmi ses chers Corinthiens, leur écrivit sa première épître, qui est des plus remarquables.Dès le début, il leur dit : “J’ai appris qu’il y a des disputes parmi vous.Je veux dire que chacun de vous parle ainsi: Moi, je suis à Paul !—Et moi à ApoIIos ! —Et moi à Céphas (Pierre) ! —Et moi, au Christ ! “Le Christ est-il donc divisé ?Est-ce que Paul a été crucifié pour vous ?Est-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés ?.Qu’est-ce donc qu’ApoIIos?et qu’est-ce que Paul?— Des ministres de celui en qui vous avez cru.J’ai planté, ApoIIos a arrosé; mais Dieu a fait croître ; celui qui plante n’est rien ni celui qui arrose; Dieu qui fait croître est tout.“Vous êtes le champ de Dieu et nous sommes ceux qui le cultivent.Vous êtes l’édifice de Dieu et nous sommes les ouvriers.Chacun de nous recevra sa récompense selon son propre travail.“.Comme un sage architecte, j’ai posé le fondement selon la grâce de Dieu qui m’a été donnée et un autre peut bâtir dessus; mais personne ne peut poser un autre fondement que celui qui est déjà posé, savoir Jésus-Christ jugé au jour du Seigneur et nous saurons alors s’il a bâti avec de l’or ou de l’argent, ou des pierres précieuses, ou du bois, ou du foin, ou du chaume.L’ouvrage de chacun sera 539 PAULINA “Le feu même éprouvera ce qu’est l’ouvrage de chacun.“Que personne ne mette sa gloire dans des hommes, car tout est à vous, et Paul, et Apollos, et Cephas, et le monde et la vie, et la mort, et les choses à venir.Tout est à vous, et vous êtes à Jésus-Christ, et Jésus-Christ est à Dieu !” Quelle grandeur ! Quelle sublimité dans cette gradation ascensionnelle des êtres et dans cette unification de toutes choses en Dieu ! L’homme est par son âme l’intermédiaire entre la création physique et le monde des esprits; il est le médiateur entre la nature matérielle et l’Homme-Dieu ! Et Jésus-Christ, à la fois Dieu et homme, est le médiateur entre l’humanité et Dieu ! Voilà la mystérieuse et splendide économie du plan divin ! Et quel langage plein de vivacité, de chaleur et de force ! Quelle clarté dans le raisonnement ! Qu’importe le nom, ou le renom du prédicateur, pourvu qu’il prêche la parole de Jésus-Christ?Celui qui plante et celui qui arrose, celui qui pose le fondement de l’édifice et celui qui le construit sont tout un, pourvu qu’ils soient des serviteurs du Christ et des dispensateurs des mystères de Dieu ! Le grand apôtre n’est pas jaloux d’Apollos.Il reconnaît même sa propre infériorité comme orateur.“Quand je suis venu chez-vous, ce n’est pas avec une supériorité de langage ou de sagesse ; je n’avais nul besoin de savoir autre chose que Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié !”.O Paul, c’est trop d’humilité! Et quel que fût le talent oratoire d’ApoIJos, combien son éloquence devait être inférieure à la vôtre ! Aussi ses discours ne lui ont-ils pas survécu, tandis que les vôtres, Paul, ont fait l’admiration du monde et des siècles, et sont encore aujourd’hui la grande autorité dans l’enseignement dogmatique et moral de l’Eglise catholique.Après avoir ainsi revendiqué l’autorité de sa prédication, et blâmé leurs divisions personnelles, il dit aux Corinthiens: “Il y a des impudiques parmi vous, et même un incestueux; et vous vous enflez d’orgueil, au lieu d’être dans le deuil et dans les larmes !.Ne vous y trompez point; ni les impudiques, ni les idolâtres, ni les adultères, ni les voleurs, ni les avares, ni les ivrognes, ni les calomniateurs ne posséderont le royaume de Dieu.Voilà pourtant ce que vous étiez, au moins quelques-uns d’entre vous; 540 LA NOUVELLE-FRANCE mais vous avez été lavés, mais vous avez été sanctifiés, au nom du Seigneur Jésus-Christ, et par l’esprit de notre Dieu.Ne savez-vous donc pas que vos corps sont des membres du Christ ?Prendrai-je donc les membres du Christ pour en faire les membres d’une prostituée?du Saint-Esprit, qui est en vous, que vous avez reçu de Dieu, et que vous n’êtes plus à vous-mêmes ?Car vous avez été rachetés à grand Ne savez-vous pas que votre corps est le temple prix.“Glorifiez donc Dieu dans votre corps, ô Corinthiens!”.Par une transition toute naturelle, l’apôtre répond à des questions qui lui ont été posées sur le mariage et sur la virginité : “Je voudrais que tous les hommes fussent comme moi” — c’est-à-dire qu’ils fussent capables de vivre dans l’état de virginité — “A ceux donc qui ne sont pas mariés, et aux veuves, je dis qu’il leur est bon de rester comme moi-même.Mais s’ils ne peuvent se contenir, qu’ils se marient; car il vaut mieux se marier que de brûler.“Quant aux personnes mariées, fordonne—non pas moi, mais le Seigneur—que la femme ne se sépare point de son mari.Si elle en est séparée, qu’elle reste sans se remarier, ou quelle se réconcilie avec son mari; pareillement, que le mari ne répudie point sa femme.” Ainsi est posé le précepte de (’indissolubilité du mariage.“La femme, ajoute-t-il, est liée aussi longtemps que vit son mari.Si le mari vient à mourir, elle est libre de se remarier à qui elle voudra; seulement que ce soit dans le Seigneur.Elle est plus heureuse néanmoins, si elle demeure comme elle est: c’est crois avoir, moi aussi, l’Esprit de Dieu”.Puis, l’apôtre revient à l’état de virginité, qu’il préfère évidemment, et qui est, à son avis, le plus parfait: “Pour ce qui est des vierges, je n’ai pas de commandement du Seigneur, mais je donne un conseil, comme ayant reçu du Seigneur la grâce d’être fidèle.” Il ne commande pas la virginité, mais il la conseille, à condition toutefois qu’on puisse y être fidèle.A cet éloge de la virginité l’apôtre ajoute celui de la chasteté dans le mariage; et sans négliger les autres vertus, il élève la charité dessus de toutes les autres.On ne saurait montrer avec plus de force combien elle est indispensable au salut : “Quand je parlerais les langues des anges et des hommes, si je mon avis, et je au- 541 PAULINA n’ai pas la charité, je suis un airain qui résonne ou une cymbale qui retentit.Quand j’aurais le don de prophétie, que je connaîtrais tous les mystères, et que je posséderais toute science; quand j’aurais même toute la foi, jusqu’à transporter des montagnes, si je n’ai pas la charité, je ne suis rien.Quand je distribuerais tous mes biens pour la nourriture des pauvres, quand je livrerais mon corps aux flammes, si je n’ai pas la charité, tout cela ne me sert de rien.“II y a trois choses qui demeurent : la foi, l’espérance, la charité; mais la plus grande des trois, c’est la charité.” Quelle énergie et quelle beauté dans ce langage 1 Chez les Corinthiens, comme à Jérusalem, comme à Athènes, comme à Rome, parmi les Juifs comme parmi les Gentils les plus civilisés, la grande controverse religieuse de cette époque avait pour sujet la résurrection des morts.Paul le savait, et pendant les dix-huit mois qu’il avait passés à Corinthe il n’avait pas manqué d’enseigner ce dogme fondamental du christianisme, la résurrection.Les Corinthiens avaient cru.Mais après son départ les discussions avaient recommencé.II y revient donc dans sa lettre : “Je vous ai enseigné avant tout que le Christ est mort pour nos péchés, et qu’il est ressuscité le troisième jour.II est apparu à Cé-phas (Pierre), puis aux Douze.Après cela, il est apparu en une seule fois à plus de cinq cents frères, dont la plupart sont encore vivants.Ensuite il est apparu à Jacques, puis à tous les apôtres.Après eux tous, il m’est aussi apparu à moi, comme à l’avorton.Car je suis le moindre des apôtres, moi qui ne suis pas digne d’être appelé apôtre parce que j’ai persécuté l’Eglise de Dieu.Et voilà ce que vous avez cru.“Or si le Christ est ressuscité, comment quelques-uns d’entre vous peuvent-ils dire maintenant qu’il n’y a point de résurrection des morts?S’il n’y a point de résurrection des morts, le Christ non plus n’est pas ressuscité.Et si le Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est vaine, et votre foi est vaine.” Et alors l’apôtre réaffirme sous toutes les formes que le Christ est vraiment ressuscité, que tous ceux qui l’affirment et qui l’ont vu ne sont pas de faux témoins; que nous mourons tous dans Adam et que nous ressuscitons dans le Christ.et l’apôtre conclut : 542 LA NOUVELLE-FRANCE “Mais, dira quelqu'un, comment les morts ressuscitent-ils ?Avec quel corps reviennent-ils ?Insensé ! ce que tu sèmes ne reprend pas vie, s’il ne meurt auparavant.Et ce que tu sèmes, ce n’est pas le corps qui sera un jour.C’est un grain, une semence; mais Dieu lui donnera un corps comme il l’a voulu, et à chaque semence il donne le corps qui lui est propre.“Semé dans la corruption, le corps ressuscite incorruptible; semé dans l’ignominie, il ressuscite glorieux; semé dans la faiblesse il ressuscite plein de force; semé corps animal, il ressuscite corps spirituel.“Le premier homme (Adam) tiré de la terre est terrestre; le second (Jésus-Christ) qui vient du ciel est céleste.Et de même que nous avons porté l’image du terrestre, nous porterons aussi l’image du céleste.Ce que j’affirme, frères, c’est que ni la chair ni le sang ne peuvent hériter le royaume de Dieu.II faut que ce corps corruptible revête l’incorruptibilité, et que ce corps mortel revête l’immortalité.” Quelle lumière cet admirable enseignement de saint Paul répand sur le mystère de la mort et de la résurrection ! XXIII Seconde Épitre aux Corinthiens.C’est vers le temps de Pâques de l’an 57 que Paul avait envoyé sa première épître aux Corinthiens, et il fut longtemps sans en avoir des nouvelles—ce qui lui causa bien des inquiétudes.Avait-il été trop sévère ?Les avait-il trop blâmés, ses chers Corinthiens qu’il aimait pourtant de tout son cœur?Et s’ils allaient se révolter contre son autorité, quelle ne serait pas sa douleur ! Quelques mois s’étaient écoulés, et il avait dû quitter Ephèse, toujours sans nouvelles de Corinthe.II y avait envoyé Tite; mais Tite n’avait pas écrit, et il ne revenait pas.Pendant ce temps-là, les fidèles de la Macédoine ne consolaient guère l’âme sensible de l’apôtre.Les uns restaient trop attachés aux choses de la terre; les autres se laissaient égarer par les judaï-sants et persistaient dans les pratiques de la Loi mosaïque. 543 PAULINA Par bonheur, il y avait retrouvé Luc et Timothée, qui étaient satisfaits des progrès que faisait la foi chrétienne et qui se mirent à son service.Enfin Tite arriva, et lui apporta les meilleures nouvelles de Corinthe.Sa lettre avait produit les résultats qu’il en attendait.Les divisions avaient cessé, et le grand chagrin des Corinthiens était de l’avoir affligé.Le malheureux incestueux s’était converti, et les fidèles en général donnaient de meilleure exemples au point de vue des mœurs.Les temples de Vénus étaient de plus en plus abandonnés.Tout cela réjouit le cœur de Paul.Mais sa joie ne fut pas sans mélange.Tite lui avoua qu’il avait à Corinthe des ennemis qui ne désarmaient pas, et qui rejetaient avant tout l’autorité de son apostolat.“De quel droit, disaient-ils, Paul réclamait-il le titre d’apôtre?II n’avait jamais connu Jésus pendant sa vie mortelle, et par conséquent il n’avait pu recevoir de lui la mission de prêcher l’Evangile.II ne l’avait pas reçue non plus de Pierre, qu’il avait même combattu à Antioche.Quant aux autres apôtres, ils le con- naissaient à peine.” Cette critique ne manquait pas d’habileté, et elle obligeait Paul à raconter lui-même les faveurs extraordinaires dont il avait été l’objet de la part de Jésus-Christ.Naturellement il lui répugnait de se rendre témoignage à lui-même.Paul n’était pas seulement Il était aussi un grand homme, et il avait la fierté un grand saint, de sa virilité, avec la modestie de ses mérites.Cette critique, les Juifs la colportaient partout où sa prédication convertissait les foules, et rien ne le mortifiait davantage.II en souffrait vivement au fond de son cœur, et il se sentait humilié d’être forcé de se glorifier lui-même.Il le fallait cependant, dans l’intérêt de sa mission, et pour le succès de la vérité.“C’est vrai, était-il contraint de dire, je n’ai pas connu Jésus de Nazareth durant sa vie mortelle, mais j’affirme qu’il est descendu du ciel à Da-où je le combattais avec fureur, qu’il m’a terrassé alors et et complètement changé.J’affirme qu’il m’a parlé et ensei- gnas, vaincu gné, qu’il a fait de moi son apôtre, de moi qui étais son ennemi, et qu’il m’a lui-même donné la mission de prêcher aux Gentils l’Evangile qu’il m’a lui-même enseigné.Tout cela est miraculeux, et j’en 4 544 LA NOUVELLE-FRANCE suis le seul témoin; mais je déclare que je dis la vérité.Et si vous n’en croyez pas ma parole, croyez-en mes œuvres.C’est vrai, était-il obligé de dire encore, j’ai blâmé Pierre à Antioche, et j’avais raison.Sans doute, il ne sontenait pas la doctrine des judaïsants, mais il agissait comme eux, et il avait tort.Mais quand il parlait ainsi, ses ennemis le traitaient d’imposteur et d’orgueilleux.Lorsque Tite lui eut appris que ces attaques persistaient à Corinthe, dans cette ville même ou sa prédication avait été si fructueuse, Paul fut d’abord accablé de douleur.II regretta le temps de sa solitude au désert et il fut tenté de se coucher par terre comme Elie et de dire : “C’est assez, mon Dieu, prends mon âme, puisque je ne suis pas meilleur que mes pères”; mais cette désespérance ne dura pas, et reprenant courage il dicta à Timothée sa seconde épître aux Corinthiens, qui est un chef d’œuvre à tous les points de vue, surtout comme apologie personnelle.L’apôtre l’adresse “à l’Eglise de Dieu qui est à Corinthe et à tous les saints qui sont dans toute I’Achaïe”—ce qui prouve que dès lors l’Evangile n’avait pas été prêché seulement à Corinthe mais dans toute l’Achaïe, à Mycènes peut-être, à Argos, à Sparte, à Olympic, et jusqu’à Patras.Selon la tradition, ce fut André apôtre, frère de Pierre, qui évangélisa Patras.Puis il bénit Dieu, qui le console dans ses tribulations afin qu’il puisse consoler les autres dans leurs afflictions.Mais que l’épreuve a été terrible ! —“Nous avons été accablés, dit-il.au-delà de forces, à tel point que nous désespérions même de la vie.Nous avions en nous-mêmes l’arrêt de notre mort, mais nous avons mis notre confiance en Dieu qui ressuscite les morts, et il nous a rendu la vie.” II se réjouit des heureux fruits que sa première lettre a produits.II recommande la charité et le pardon envers le malheureux pécheur public qu’il avait condamné, et qui a repris sa place dans l’Eglise des fidèles.Ces résultats justifient son ministère, mais c’est à Dieu qu’il en rend grâces.“Avons-nous besoin, comme certains gens de lettres, de mandations auprès de vous, ou de votre part?C’est vous-mêmes qui êtes notre lettre, écrite dans nos cœurs, connue et lue de tous les nos recorn- 545 PAULINA hommes.Oui, manifestement, vous êtes une lettre du Christ, écrite par notre ministère, non avec de l’encre, mais par l’Esprit du Dieu vivant, non sur des tables de pierre, mais sur des tables de chair, sur vos cœurs” Il loue alors, et il énumère les mérites du ministère apostolique.“Nous nous rendons recommandables en toutes choses, comme des ministres de Dieu,par une grande constance dans les tribulations, dans les nécessités, dans les détresses, sous les coups, dans les prisons, au travers des émeutes, dans les travaux, les veilles,les jeûnes; par la pureté, par la science, par la bonté, par l’Esprit Saint, par une charité sincère, par la parole de vérité, par la puissance de Dieu, par les armes offensives et défensives de la justice; parmi l’honneur et l’ignominie, parmi la mauvaise et la bonne réputation; traités d’imposteurs et pourtant véridiques; d’inconnus et pourtant bien connus ; regardés comme mourants, et pourtant toujours vivants.“O Corinthiens, notre cœur s’est élargi pour vous, mais les vôtres se sont rétrécis.Rendez-nous la pareille: élargissez vos cœurs.Ne vous attachez pas à un même joug avec les infidèles.Il n’y a pas d’accord possible entre le Christ et Bélial.Ne touchez pas à ce qui est impur, nous sommes les temples du Dieu vivant.” Dans la deuxième partie de sa lettre, l’apôtre invite les Corinthiens à prendre part à une collecte qu’il fait pour les chrétiens de Jérusalem, réduits à une grande pauvreté, et il leur dit : “Celui qui sème peu, moissonnera peu, et celui qui sème abondament moissonnera abondamment.Pour vous Jésus-Christ s’est fait pauvre, de riche qu’il était, afin de vous faire riches par sa pauvreté.Dieu aime celui qui donne avec joie.” La troisième partie de l’épître contient l’apologie personnelle de son auteur.Elle est admirable, pleine d’esprit et de verve, comme l’œuvre d’un puissant polémiste.II commence par se moquer des faux apôtres qui se recommandent eux-mêmes.Se glorifier soi-même c’est de la folie.“Mais puisque vous, qui êtes sensés, vous supportez volontiers ces insensés, veuillez donc supporter aussi de ma part un peu de folie.“De quoi que ce soit qu’ils osent se vanter, moi aussi je vais l’oser en parlant, non plus selon le Seigneur, mais comme un insensé.Sont-ils Hébreux?Moi aussi je le suis.Sont-ils Israélites ?Moi 546 LA NOUVELLE-FRANCE aussi.Sont-ils de la postérité d’Abraham ?Moi aussi.Sont-ils ministres du Christ ?Ah ! je vais parler en homme hors de sens:-Je le suis plus qu’eux: bien plus qu’eux par les travaux, bien plus par les coups, infiniment plus par les emprisonnements; souvent j’ai vu la mort de près; cinq fois j’ai reçu des Juifs quarante coups de fouet moins un; trois fois j’ai été battu de verges; une fois j’ai été lapidé; trois fois j’ai fait naufrage; j’ai passé un jour et une nuit dans l’abîme.“Et mes voyages sans nombre, les périls sur les fleuves, les périls de la part des brigands, les périls de la part de ceux de ma nation, les périls de la part des Gentils, les périls dans les villes, les périls dans les déserts, les périls sur la mer; les périls de la part des faux frères, les labeurs et les peines, les nombreuses veilles, la faim, la soif, les jeûnes multipliés, le froid, la nudité.“Et sans parler de tant d’autres choses, rappelerai-je mes soucis de chaque jour, la sollicitude de toutes les Eglises?Qui est faible que je ne sois faible aussi?Qui vient à tomber sans qu’un feu me dévore?.“Faut-il se glorifier encore?J’en viendrai à des visions et à des révélations du Seigneur.Je connais un homme dans le Christ qui, il y a quatorze ans, fut ravi jusqu’au troisième ciel.Si ce fut dans son corps, je ne sais; si ce fut hors de son corps, je ne sais : Dieu le sait.Mais je sais que cet homme fut enlevé dans le paradis, et qu’il a entendu des paroles ineffables qu’il n’est pas permis à un homme de révéler.“C’est pour cet homme-là que je me glorifierai; mais pour ce qui est de ma personne, je ne me ferai gloire que de mes faiblesses.Certes, si je voulais me glorifier, je ne serais pas un insensé, car je dirais la vérité; mais je m’en abstiens afin que personne ne se fasse de moi une idée supérieure à ce qu’il voit en moi, où à ce qu’il entend de moi.Et de crainte que l’excellence de ces révélations ne vînt à m’enfler d’orgueil, il m’a été mis une écharde dans ma chair, un ange de Satan pour me souffleter (afin que je ne m’enorgueillisse point).A son sujet, trois fois j’ai prié le Seigneur de l’écarter de moi, et il m’a dit : “Ma grâce te suffit, car c’est dans la faiblesse que ma puissance se montre tout entière.” “Je préfère donc bien volontiers me glorifier de mes faiblesses, 547 PAULINA afin que la puissance du Christ habite en moi, C’est pourquoi je me plais dans les faiblesses, dans les opprobres, dans les nécessités, dans les persécutions, dans les détresses pour le Christ; car lorsque je suis faible c’est alors que je suis fort.“Je viens de faire l’insensé; vous m’y avez contraint.C’était à vous de me recommander; car je n’ai été inférieur en rien à ceux qui sont les apôtres, quoique je ne sois rien.Les preuves de mon apostolat ont paru au milieu de vous par une patience à toute épreuve, par des signes, des prodiges et des miracles.“Pour la troisième fois je vais aller chez vous.Ma crainte, c’est qu’à mon arrivée je ne vous trouve pas tels que je voudrais, et que par suite vous ne me trouviez tel que vous ne voudriez pas.Je crains de trouver parmi vous des querelles, des rivalités, des contestations, des troubles.Je crains d’avoir à pleurer sur les impuretés et les fornications de plusieurs.Je vous écris ces choses pen- dant que je suis loin, afin de n’avoir pas à user de sévérité quand je serai près de vous.” C’est en lisant ces lettres que l’on peut juger de la puissance de l’orateur et des merveilleux discours que les Corinthiens et les Calâtes et les Romains et les Ephésiens et les Hébreux ont dû entendre.Hélas ! les vrais discours ont été perdus; mais par bonheur, nous en retrouvons l’enseignement, et même souvent la forme oratoire dans plusieurs de ses épîtres.XXIV O CALATES INSENSÉS ! Les lettres que nous venons de citer font juger de la puissance de l’orateur, et des merveilleux discours que les Corinthiens ont dû entendre.Réunies ensemble, les épîtres du grand apôtre forment en quelque sorte un cinquième évangile.Mais elles ne sont pas, comme l’oeuvre des quatre évangélistes, récit historique.Elles sont plutôt un enseignement doctrinal, une démonstration de la religion de Jésus-Christ, une défense contre les attaques de ses ennemis.un 548 LA NOUVELLE-FRANCE Plusieurs sont des œuvres d’apologétique et même de polémique contre les premiers hérétiques, qu’on appelait les judaïsants.De ce genre sont les épîtres aux Corinthiens et aux Galates.C’est cette dernière qu’il nous faut maintenant reproduire.Comme à Corinthe, des dissensions religieuses avaient surgi dans les Eglises de la Galatie.Elles se laissaient entraîner hors des sentiers de la vérité par divers docteurs judaïsants qui venaient de Jérusalem Paul a rencontré partout ces fauteurs de discorde qui prétendaient seuls prêcher la vraie doctrine et qui en vérité ne faisaient que mêler l’ivraie au bon grain.Leur doctrine fondamentale était que les pratiques mosaïques et surtout la circoncision étaient encore nécessaires à la sanctification.La justification par la seule foi en Jésus-Christ que Paul prêchait était en conséquence une hérésie, d’après eux- D’ailleurs, disaient-ils, Paul n’avait pas l’autorité apostolique.Sa mission n’avait pas une origine régulière.Son ministère ne lui venait pas des chefs de l’Eglise instituée, ni de Jésus-Christ, qu’il n’avait pas connu pendant sa vie mortelle, et dont il avait même persécuté les disciples.Les Galates descendaient des Gaulois, et ils étaient légers et instables comme leurs ancêtres.II n’y avait pas longtemps que Paul leur avait enseigné la vérité, et c’était tout récemment qu’ils lui avaient témoigné leur confiance et leur attachement.Et voilà qu’ils s’étaient laissés séduire par les faux docteurs, et qu’ils doutaient de la mission du grand apôtre et de la vérité de son enseignement.Quelle douleur pour saint Paul ! Il en a l’âme bouleversée, et sa première parole sera l’affirmation énergique de son autorité et de sa dignité.Ah ! l’on met en doute sa qualité d’apôtre ?Mais qui donc est plus apôtre que lui?Qui donc a reçu de plus haut le ministère apostolique?Je me le représente dans une attitude pleine de majesté, et sous l’empire d’une forte émotion, quand il adresse à ses ouailles infidèles cette noble et fière salutation : “Paul, apôtre, non de la part des hommes, ni par un homme, mais par Jésus-Christ et Dieu le Père, aux Eglises de Galatie, que la paix et la grâce vous soient données I ” 549 PAULINA O Galates, semble-t-il leur dire, ne me reconnaissez-vous pas ?C’est moi, Paul, l’apôtre qui vous a évangélisés avec tant d’affection.Je vous l’ai dit alors, ce ne sont pas des hommes qui m’ont envoyé vers vous, et ce n’est pas un homme qui m’a fait apôtre.C’est Jésus-Christ et Dieu le Père qui m’ont donné la consécration apostolique, et c’est par eux que la paix et la grâce vous seront données.Quel prologue ?Et dans quelles hauteurs le sublime apôtre emporte ses ouailles avant de leur reprocher leur inqualifiable erreur ?Et, sans plus tarder, il leur dit : “Je m’étonne que vous vous détourniez si vite de celui qui vous a appelés à la grâce du Christ, pour passer à un autre Évangile; non qu’il y ait un autre Évangile, non, il n’y en a pas d’autre; et si un ange venu du ciel vous annonce un autre Évangile, qu’il soit anathème ! “Je vous l’ai dit précédemment, et je vous le déclare de nouveau, l’Évangile que je vous ai prêché n’est pas de l’homme, car ce n’est pas d’un homme, mais de Jésus-Christ lui-même que je l’ai appris.Dans ce que je vous écris, j’atteste devant Dieu que je ne mens point” Quelle énergie dans l’affirmation! Et quelle vivacité dans I’expres- ! sion On prétend qu’il n’a pas reçu son autorité des chefs, de ceux que l’on considère comme des colonnes de l’Eglise.Ecoutez sa réponse pleine de vie et de mouvement.Après avoir raconté ses voyages à Jérusalem et ses entrevues avec les chefs, il ajoute : “Quant à ceux qu’on tient en si haute estime—ce qu’ils ont été autrefois ne m’importe pas : Dieu ne fait point acception des personnes—ces hommes si considérés n’ont rien ajouté à ma doctrine.Au contraire, voyant que l’Evangile m’avait été confié pour les incirconcis, comme à Pierre pour les circoncis,—car celui qui a fait de Pierre l’apôtre des circoncis a aussi fait de moi l’apôtre des Gentils— et ayant reconnu la grâce qui n’avait été accordée, Jacques, Céphas et Jean, qui sont regardés comme des colonnes, nous donnèrent la main, à Barnabé et à moi, en signe de communion, pour aller, nous aux païens, eux aux circoncis.“Mais lorsque Céphas vint à Antioche, je lui résistai en face, parce qu’il était digne de blâme.En effet, avant l’arrivée de certains personnages qui venaient d’auprès de Jacques il mangeait 550 LA NOUVELLE-FRANCE avec les païens, mais quand ils furent venus, il s’esquiva et se tint à l’écart, par crainte des circoncis.Avec lui, les autres Juifs usèrent aussi de dissimulation, en sorte que Barnabe lui-même s’y laissa entraîner.Voyant qu’ils ne marchaient pas dans la voie droite de la vérité de l’Evangile, je dis à Céphas en présence de tous : Si toi, qui es Juif, tu vis à la manière des Gentils et non à la manière des Juifs, comment peux-tu forcer les Gentils à judaïser?”.Il va sans dire que Paul ne reproche pas à Pierre d’avoir erré dans la doctrine.Ils sont d’accord sur les principes, et tous les deux savent que l’homme est justifié par la foi en Jésus-Christ et non par les œuvres de la Loi (mosaïque).Ce qu’il reproche à Pierre c’est d’observer, en présence et par crainte des Juifs, certaines pratiques des judaïsants.Ni Pierre, ni les autres apôtres, n’ont résisté à Paul à ce sujet.C’est une faute de conduite, qui fait très bien comprendre que le chef de l’Eglise n’est pas impeccable, ce qui ne l’empêche pas d’être infaillible.Tantôt Paul s’indigne, et il s’écrie : “O Galates insensés ! Qui donc a pu vous fasciner pour ne pas obéir à la vérité, vous aux yeux de qui j’ai tant de fois évoqué pour l’imprimer en vous Jésus Christ crucifié ?.Est-ce par les œuvres de la Loi que vous avez reçu l’Esprit ou par la prédication de la Foi ?Avez-vous si peu de sens qu’après avoir commencé par l’esprit vous finissiez par la chair?.” Et pour leur faire bien comprendre ce qu’ils sont devenus par la Foi, il leur montre toute la sublimité de leur nouvelle condition dans ce magnifique langage : “La loi a été notre pédagogue pour nous conduire au Christ, afin que nous fussions justifiés par la Foi.Mais la Foi étant venue nous ne sommes plus sous un pédagogue.Vous êtes tous fils de Dieu par la foi en Jésus-Christ.Par le baptême vous avez revêtu le Christ.Il n’y a plus ni Juif ni Grec; il n’y a plus ni esclave ni homme libre.Tous vous êtes au Christ.” Tantôt, Paul s’émeut au souvenir de l’affection que ses chers Galates lui ont témoignée.Il était allé chez eux malade, soumis à diverses infirmités, souffrant d’une ophtalmie qui le rendait presque aveugle et il n’oubliait pas les bontés qu’ils avaient eues pour lui : 551 POUR LA TERRE “Vous ne m’avez témoigné ni mépris, ni répulsions; vous m’avez reçu comme un ange de Dieu, comme Jésus-Christ.Que sont devenus ces sentiments?Car je vous rends témoignage que, si cela eût été possible, vous vous seriez arraché les yeux pour me les donner.Mes petits enfants, pour qui j’éprouve de nouveau les douleurs de l’enfantement, jusqu’à ce que le Christ soit formé en vous, combien je voudrais être auprès de vous a cette heure Sans doute, les Galates ne restèrent pas insensibles à ces paroles si tendres de l’apôtre.Mais la question en litige entre Paul et les judaïsants continua d’être agitée, surtout à Jérusalem et à Antioche.Elle fut bientôt résolue par le Concile de Jérusalem, auquel Paul reçut l’accueil le plus fraternel, et entendit Pierre approuver son enseignement.A.-B.Routhier (A suivre) POUR LA TERRE Nous avons là, sous les yeux, trois brochures, trilogie fort intéressante, allant de pair, se complétant les unes les autres et bien propres à faire réfléchir qui veut penser sagement.La première est intitulée : Notes historiques sur Les Ecoles d’Agriculture dans Québec.Monsieur J.-C.Chapais, Docteur ès-sciences agricoles, en est l’auteur.La seconde : Retour à la Terre,” est écrite par Monsieur l’abbé Melançon, curé de Balmoral, N.B.La troisième est sortie de la plume de Monsieur Georges Bouchard, jeune agronome qui en est à ses Premières Semailles, mais ce ne seront pas les dernières.II s’agit donc encore une fois des choses de la terre: problème toujours posé, et jamais résolu.C’est dans sa nature de ne l’être pas, car c’est aussi le premier que l’homme ait eu a résoudre.II demande, à la culture du sol la part principale de son alimentation.Sans cesse, en effet, au cours de l’histoire, il a dû modifier ses métho- 552 LA NOUVELLE-FRANCE des suivant les lieux, les temps ou le degré de civilisation des peuples qui se multipliaient et se déplaçaient.Dès lors il n’est pas étonnant qu’il en soit de même dans notre pays, et d’autant moins que bien peu d’hommes ont eu cette sollicitude, sauf Mgr de Laval, comme nous allons le voir tout à l’heure, et l’intendant Talon.Mais, enfin, il y a réveil et réveil intelligent et pratique depuis quelques années.Les travaux que nous allons résumer en sont une preuve évidente.*** Monsieur Jean-Charles Chapais a eu l’heureuse idée de publier en brochure les Notes historiques parues dans la Revue Canadienne.C’est un point d’histoire qu’il a fixé.II a bien fait de lui donner une plus grande diffusion.Mgr de Laval, premier évêque de ce pays et fondateur du Séminaire de Québec, est aussi le fondateur de la première école d’Agriculture que nous ayons eue en Canada.Admirons une fois de plus le zélé de ce prélat et l’intelligence qu’il eut de sa mission.L’Eglise qu’il va établir dans ce pays si jeune reposera sur des éléments de stabilité et de durée.II voyait de haut et de loin.Le Séminaire lui donnera des prêtres et une classe dirigeante, l’école des Arts et Métiers, fondée au pied du Cap Tourmente, sur les coteaux qui portent le nom de St-Joachim, lui donnera des artisans, des charpentiers, voire d’excellents sculpteurs, (1) et, en outre, des agriculteurs, “car après leurs études, les écoliers apprenaient à sarcler les bleds, les jardins, à faner, à engerber les bleds.”—“Mgr de Laval avait à cœur en même temps que leur bien spirituel le bien temporel de ses diocésains” (2).II posait donc par le fait même les bases de notre vie économique.Il devinait encore, deux siècles à l’avance, la solution de la question sociale qui était en germe dès la fondation de la Nouvelle-France.Cette école prospéra aussi longtemps qu’elle vécut sous l’influence de la pensée de son fondateur, mais après sa mort elle ne tarda pas 1—Véglise paroissiale de Saint-Jachim conserve encore dans son sanctuaire de merveilleuses sculptures qui sont l’œuvre des élèves de Mgr de Laval.2.—Notes, p.6. 553 POUR LA TERRE à péricliter.Aussi l’agriculture fut-elle laissée à elle-même et ne fit plus aucun progrès.L’auteur nous dit qu’il faut attendre au-delà d’un siècle pour retrouver des traces d’un enseignement agricole quelconque, car durant le XVIIle siècle rien ne se fit.C’est en effet le siècle des luttes pour la défense de la colonie contre l’invasion anglaise, puis c’est la conquête qui termina ces luttes épiques; c’est encore l’invasion américaine en 1775, et c’est enfin la réorganisation qui s’élabore lentement et difficilement sous le nouveau régime.Bref, ce n’est que dans la première moitié du XIXe siècle que l’on voit quelque préoccupation d’enseigner à nos gens des procédés de culture plus modernes et plus efficaces.Mais là encore, durant près de cinquante ans, que d’erreurs, que de tâtonnements, comme les idées sont peu claires et pas pratiques du tout ! On organise des commissions d’enquêtes qui n’enquêtent pas du tout, on ébauche des entreprises qui n’aboutissent pas, on fait des institutions prématurées qui végètent.Evidemment la population n’était pas mûre pour ces initiatives, ou bien celles-ci n’étaient pas sérieuses, ou bien elles venaient avant le temps.C’est enfin le collège de Sainte-Anne de la Pocatière qui aura l’honneur de doter notre pays d’un enseignement agricole sérieux et pratique.Le vénérable Monsieur Pilote en a eu, le premier, l’intelligence.Aussi comme l’auteur des Notes s’arrête avec complaisance devant cette institution et ceux qui en sont l’âme et la vie.On voit qu’il a vécu dans ce joli et intéressant coin de terre près de la montagne, en face du grand fleuve qui coule majestueusement au pied des monts qui ferment l’horizon et qui forment sa rive septentrionale.Combien il y est resté attaché ! Il dépassera bientôt l’âge mûr, il sait que la vieillesse ne tardera pas: aussi avec quelles délices il savoure encore une fois la senteur des bois de Sainte-Anne ! Avec quel bonheur il salue cette terre que ses pieds d’enfant ont foulée ! Comme il se réjouit de voir les murs du vieux collège se dilater pour donner naissance à une institution nouvelle dans laquelle s’épanouira superbement la pensée si chère au cœur de Monsieur Pilote! Les débuts furent pénibles.Les écoliers étaient peu nombreux, ou encore ils ne portaient aucun intérêt aux choses de la terre et à la culture du sol.Le plus grand nombre parmi eux s’arrêtaient en route et fuyaient l’agriculture. 554 LA NOUVELLE-FRANCE Cependant quelques bons mais rares élèves sortirent de Sainte-Anne.Ils furent les pionniers de la science agricole et de la culture améliorée dans notre province.Ces efforts et ce travail n’ont donc pas été stériles.C’est évidemment au contact de cette institution que Monsieur Jean-Charles Chapais a puisé ce profond amour de la terre, et trouvé cette vocation qui a fait de lui, depuis près de cinquante ans, le bienfaiteur insigne de la classe rurale.Nul ne s’est intéressé plus vivement ni plus activement aux choses de la campagne et au progrès des gens de la campagne.L’industrie laitière lui doit en partie son merveilleux succès dans la Province de Québec.Et, n’est-ce pas elle qui a opéré une si bienfaisante révolution économique au sein de nos populations?Un autre de ses fils se fait un devoir d’honorer son Alma mater.L’Honorable Monsieur Caron, ministre de l’Agriculture dans le gouvernement de Québec, animé d’un profond sentiment patriotique et très au courant des besoins d’une classe à laquelle il se fait gloire d’appartenir, à doté Sainte-Anne d’un véritable palais pour recevoir les nombreux élèves qui vont y chercher un enseignement agricole tout à fait supérieur.En outre, il lui a fait octroyer d’abondantes allocations pour lui permettre de prendre place au premier rang des institutions de ce genre.La vénérable aïeule, entourée maintenant de nombreuses filles, voit avec bonheur ceux qui ont vécu à son ombre et qui en ont reçu le lait et le miel lui témoigner une si touchante sollicitude.Aussi gardera-t-elle longtemps le souvenir de ces enfants de prédilection qui ont ajouté des pages glorieuses à son histoire déjà si bien remplie et si intéressante.Depuis ce temps d’autres et de nombreuses initiatives de ce genre ont vu le jour dans la Province de Québec, M.Chapais les énumère et nous dit en quelques mots leur histoire.Mais nulle n’est plus intéressante que celle d’Oka, où l’un des plus puissants ordres religieux du Canada, lui-même familier avec les travaux de la terre, et suivant en cela les plus belles traditions monastiques du moyen-âge, met au service de notre jeunesse une expérience consommée, avec la générosité d’un dévouement sans bornes.L’école MacDonald de Ste-Anne de Bellevue, œuvre des millions 555 POUR LA TERRE de son fondateur, destinée aux gens de langue anglaise, reçoit aussi sa part d’éloges, et se voit indiquer sa place dans le développement de cette instruction agricole mieux comprise et d’autant plus recherchée de nos jours.Cette page d’histoire valait la peine d’être écrite.Elle fait voir, une fois de plus, que ce ne sont pas toujours les initiatives qui ont manqué à notre race, mais que souvent elles ont reçu un mauvais accueil parce qu’elles sont venues trop tôt ou bien qu’elles n’ont pas été comprises.Mais l’histoire d’un peuple n’est-elle pas le récit des efforts qu’il fait pour connaître ses voies, et des luttes qu’il soutient pour renverser les obstacles qui l’empêchent d’atteindre les destinées que la Providence lui a marquées ?*** Monsieur l’abbé Melançon est un jeune homme encore.Né d’un père acadien et d’une mère canadienne, il a été élevé dans la Province de Québec.Le désir d’exercer son zèle parmi les Acadiens de la Côte (1) lui a fait demander un poste dans le Nouveau-Brunswick.La Providence l’a servi à souhait en lui donnant Balmoral, situé à quelques milles au sud de Campbellton.II a littéralement transformé cette paroisse, de même que la petite mission voisine, Dundee, qui lui a été confiée.Ce n’était pas suffisant pour son activité.II rêvait de voir l’immense forêt qui recouvre le comté de Resti-gouche se peupler de foyers français et catholiques.L’entreprise lui parut facile, maintenant que le chemin de fer—l’International—la traverse de part en part, allant de Campbelleton à 5t.-Léonard sur le St.-Jean, en face de Van Buren dans le Maine, après la distance de cent douze milles.Les difficultés avoir parcouru surgirent cependant, surtout celles que suscitèrent les marchands de bois, mais elles ne l’arrêtèrent pas.II alla frapper à la porte du premier ministre de la province, qui était alors (’Honorable Mons.Hazen.L’accueil fut des plus favorables.II en reçut non seule- 1—On appelle La Côte cette partie du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Ecosse qui longe la Baie-des-Chaleurs, le Golfe et le Détroit de Northumberland, en grande partie peuplée d’Acadiens, 556 LA NOUVELLE-FRANCE ment les permissions nécessaires, mais encore des félicitations sincères et des encouragements sérieux.Aujourd’hui, quatre ou cinq clochers, dominant autant d’églises ou chapelles, indiquent au voyageur étonné autant de sanctuaires, où de nombreuses familles adorent et prient leur Dieu dans la langue des premiers colons de ce pays.Voisine du Madawaska, cette colonie constitue une pièce des plus importantes dans la structure de la travée centrale de ce pont qui reliera bientôt les deux tronçons de la race française en Amérique: celui de Québec et celui des Provinces Maritimes.Le prêtre, missionnaire et colonisateur, était donc bien préparé pour entreprendre d’écrire sur un tel sujet.Il l’a fait avec une maîtrise que nous admirons fort dans une main jeune encore et qui pouvait manquer de l’expérience voulue.Ce n’est pas le dernier mot de son activité intellectuelle, ni le complément d’une œuvre, ce n’est qu’une page dans l’histoire d’une vie qui commence à peine et qui est remplie de promesses.Mais cette page est précieuse à plus d’un titre, car elle nous fixe sur les pensées de l’auteur et ses moyens d’action.II trace un large et profond sillon dans le champ qu’il a adopté.Il le parcourt en tout sens pour y répandre, d’un geste large, une semence abondante qui donnera une savoureuse moisson du meilleur froment.Le Retour à la Terre se divise en trois parties.La première plaide avec éloquence la cause du sol délaissé; la deuxième parle des dont souffre l’agriculture canadienne; enfin la troisième indique du doigt la terre qui attend des bras.L’ensemble dépasse cent cinquante pages fort bien remplies.Elles sont écrites dans un style simple, à la portée de tous, imagé sobrement, mais d’une élévation discrète qui charme et retient le lecteur.Ce plaidoyer s’inspire aux meilleures sources, puisqu’il demande ses arguments à la Sainte Ecriture, à l’histoire, à la philosophie et â la science économique.Ces arguments ne sont pas tous approfondis comme l’aurait fait un philosophe, un savant ou un économiste.L’auteur n’a pas cette prétention, mais comme il possède ce tact qui lui permet de deviner à qui il parle, il en dit juste assez pour faire comprendre et goûter une excellente raison qui porte à penser et à réfléchir.maux 557 POUR LA TERRE Nous apprécions fort qu’il nous rappelle que l’homme a reçu de Dieu la mission de cultiver la terre; que ce fut sa première vocation, qu’elle répond à ses premières nécessités; qu’elle recompense de suite celui qui s’y livre, lui permettant ainsi de vivre par lui-même et de ne pas dépendre d’autrui.Il continue ainsi l’œuvre de la Providence en faisant éclore les germes de fécondité que le Créateur a déposés dans le sein de la terre.L’auteur invoque le témoignage de saint Augustin en faveur de l’influence civilisatrice de la vie des champs : “C’est au sein de la campagne, dit-il, que se conserve le mieux la sainteté des mœurs.” L’histoire, à son tour, apporte une excellente contribution, tirée d’une belle page de Montalembert qui parle d’un moine agriculteur.II avait travaillé la terre pendant vingt deux ans.Ses rudes travaux n’empêchaient pas son assiduité aux psamodies de la nuit.Après ces labeurs, il fut élu abbé de sa communauté.Alors les habitants du village voisin s’emparèrent de sa charrue et la suspendirent dans l’église comme une relique.C’en était une, en effet, noble et sainte relique d’une de ces vies de travail perpétuel et de perpétuelle vertu, dont l’exemple a heureusement exercé un plus fécond et plus durable empire qui celui des plus fiers conquérants.Il me semble que nous la contemplerions tous avec émotion, si elle existait encore, cette charrue de moine, deux fois consacrée par la religion et par le travail, par l’histoire et la vertu.Pour moi, je suis certain que je la baiserais aussi volontiers que l’épée de Charlemagne ou la plume de Bossuet.Les jolis vers suivants de Blanche Lamontagne terminent bien le chapitre consacré au point de vue moral : Homme des champs, mon frère, écoute dans la plaine, Ecoute la chanson suave des épis.Voix sublime et sans fin dont la campagne est pleine.Ecoute cette voix, c’est une voix divine, La voix des épis d’or qui parle d’avenir Et que verse le ciel à flots sur la colline.Ils disent que tu dois aimer, prier et croire, Lutter contre le vice et contre le malheur, Comme l’épi des champs lutte dans l’aube noire.Que tu dois te grandir par la sainte douleur, Laisser ton cœur ouvert aux pitiés fraternelles, Et mourir sans orgueil, comme une simple fleur.Pour devenir l’épi des moissons éternelles.C’est encore à la campagne que la santé est meilleure, et la vie plus longue ;Ia natalité y est d’habitude plus forte qu’à la ville.Nous avons peut-être analysé longuement ces considerations.Mon 558 LA NOUVELLE-FRANCE Dieu ! il ne faut pas nous en vouloir, le lecteur de M.I’abbé Mélan-çon moins que tout autre.II est bon, très bon de transporter parfois ceux qui nous écoutent un peu plus haut, dans une région plus élevée; ils nous y suivent aux plaisir et ils ne tardent pas à trou-des raisons supérieures qui les soustraient pour un temps à la banalité des milieux ordinaires, et qui donnent plus de valeur tâches qu’ils ont à entreprendre.Résumons brièvement la deuxième et la troisième parties.Les dont souffre l’agriculture canadienne n’existent pas unique- ver aux maux ment chez nous.On les retrouve un peu partout, en Europe aussi bien qu’en Amérique.C’est le dégoût de la terre, la vie plus facile dans les villes modernes, le gain plus rapide et plus sûr à date fixe.C’est le goût du luxe, du bien-être, la crainte de l’effort, etc.Ajoutons encore le peu d’intérêt que l’on porte aux choses de la campagne, comme nous l’avons constaté ches les premiers élèves agriculteurs de Sainte-Anne.C’est encore le mépris de Y habitant, l’ignorance de la science agricole, la routine, puis le commerce de bois, avec le chantier et le bûcheron qui prélèvent chaque année une dîme considérable de bras vigoureux enlevés aux travaux des champs.Le grand et principal remède à ces maux, c’est le retour à la terre, remède bien facile à indiquer, mais d’une application singulièrement difficile.Remercions monsieur le curé de Balmoral de l’avoir rappelé encore une fois, et d’une façon telle qu’il y a espoir de guérison.La troisième partie nous parle des terrains colonisables dans la partie nord-ouest du Nouveau-Brunswick.C’est d’abord l’histoire sommaire des cantons établis depuis longtemps sur le parcours de (’Intercolonial, de Campbellton à Moncton.La population française y est en croissance perpétuelle, grâce au départ des vieilles familles écossaises.Celles-ci n’aiment pas le contact des Canadiens qui arrivent sans cesse.II cèdent de fort belles propriétés, à grande perte, pour fuir au plus tôt.Les acheteurs viennent de la Métapédia ou du côté nord de la Baie-de-Chaleurs.C’est le retour des Acadiens, injustement dépossédés autrefois, qui reviennent en maîtres chez eux.L’abbé Melançon n’oublie qu’un détail dans la description des paroisses nouvelles qui remplacent si vite les hautes futaies du comté 559 POUR LA TERRE de Restigouche: c’est de nous dire le nom du hardi et entreprenant explorateur-missionnaire ; mais nous ne le chicanerons pas sur ce point.Craignons plutôt qu’il ne nous reproche de blesser sa modestie et de le distraire dans les travaux qu’il poursuit et dans la méditation qui nous prépare des œuvres nouvelles.Saluons en lui un homme qui aura dilaté les frontières de sa patrie.Il sera un bienfaiteur de son pays, puisqu’il aura fait croître des champs d’épis là où il n’en croissait aucun.*** Nous ne dirons qu’un mot de la troisième brochure : Premières Semailles.Elle ne s’analyse point, car elle ne présente pas un ordre logique, elle n’a rien de didactique.C’est une suite de traits, de petites anecdotes,ou encore de sentences sur lesquels l’auteur brode une excellente leçon qui va droit au but : éclairer l’homme de la campagne sur la dignité de sa profession, sur le bonheur des champs, sur les lacunes qu’il découvre dans sa vie de cultivateur.Heureuse trouvaille qu’à faite monsieur Bouchard,ou mieux, heureuses semailles, car il sème lui aussi, avec une habileté et un à propos remarquables.Souhaitons d’abord qu’elles soient répandues avec profusion dans toutes nos campagnes.Mais souhaitons aussi que ces Ptemières Semailles deviennent des semailles annuelles.*** On nous permettra bien d’avouer, en terminant, que nous avons repris avec bonheur ce thème sur lequel nous avons déjà laissé courir notre plume.Peut-être le ferons-nous encore.En attendant, constatons le progrès réel qui s’est accompli depuis quelques années.Car c’est un grand progrès que la question ait suscité un peu partout un intérêt nouveau et retenu l’attention des classes dirigeantes, et même, ce qui paraîtra singulier, celle des cultivateurs.Ils ne méprisent plus leur état comme autrefois.Ils commencent à trou-intéressant de labourer le sol et de prendre grand soin de leurs ver bêtes.Les institutions elles-mêmes, comme les collèges et les universités, 560 LA NOUVELLE-FRANCE dirigent volontiers les jeunes gens vers ces études.C’est en vue de former des groupes dirigeants agricoles que les collèges ont été affiliés aux Universités et sont devenus des facultés universitaires au même titre que les facultés de Droit ou de Médecine, avec professeurs portant l’hermine et conférant les grades de bachelier, de licencié et de docteur-ès-sciences agricoles.Voilà qui vient à point, car à la suite du bouleversement providentiel qui s’opère actuellement dans le monde, l’homme sera forcément ramené à la terre.C’est bien tant mieux.On ne l’a pas toujours bien comprise, malheureusement, la question agraire, car il y a une question agraire dans le Canada français.C’est la vraie question sociale de chez nous.C’est peut-être l’unique.Dans tous les cas, c’est la principale et la plus pressante.Elle se résume en deux mots : Gardons notre monde sur la terre, nous Le gardons bon et nous gardons le nombre.Si nous étions quatre millions de Canadiens-français sur les rives du Saint-Laurent, ou enracinés dans les montagnes qui enserrent sa majestueuse vallée, au lieu de voir nos forces, nos bras, nos talents, nos volontés éparpillés sur tous les points du continent, que ne ferions-nous pas pour la cause de la civilisation chrétienne en Amérique?Qui aurait osé nous humilier si profondément comme on s’est complu à le faire depuis un quart de siècle?Voilà encore une fois la vraie question sociale de Québec.Si un jour ou l’autre nous parvenons à la résoudre dans le bon sens, nous ne tarderons pas à reparaître au premier plan de la vie économique et politique du Dominion.II n’est jamais trop tard dans la vie d’un peuple, pourvu qu’il sache se ressaisir à temps et s’orienter dans le sens de ses traditions nationales, par la conservation de forces et l’utilisation judicieuse de toutes ses énergies.ses C.Brainville. FIGURES D’HIER ET o’AUJOURD’HUI 561 FIGURES D’HIER ET D’AUJOURD’HUI A TRAVERS S.LAURENT, I.O.GOSSELIN (Suite) LA FAMILLE Grâce à Mgr Amédée Gosselin,professeur d’Histoire du Canada au Séminaire de Québec, (l) notre premier ancêtre canadien est menacé d’une biographie presque complète.Il a bien voulu colliger aussi les inventaires que j’ai déjà utilisés, mais sans les reproduire, pour ne pas entraver la marche du récit.Ces dossiers sont ici, je crois, à leur place naturelle.Le premier, dressé par le notaire Becquet, le 26 octobre 1677, a pour titre : Inventaire des biens de Gabiiel Gossetin.Gabriel Gosselin agit en qualité de tuteur, avec Jean LeRouge comme subrogé-tuteur.II déclare demeurer au Village Beaulieu, en I’Ile d’Orléans.Il appert par les litanies du mobilier qu’il a un bon ménage, et 100 livres en monnaie.Grains : 250 minots de blé; 35 de pois; 8 de blé d’Inde; 6000 bottes de foin.Bestiaux : 6 bœufs; 12 vaches; 6 taures; 4 veaux de l’année; une ânesse; 12 grands cochons; 29 nouritureaux, et 84 moutons.Bâtiments : Une vieille maison, en laquelle Gabriel Gosselin est demeurant présentement, de 36 pieds de longueur; 17 de largeur, de pierre et “bois”, couverte en paille; évaluée à 300 livres.Un petit bâtiment, proche la dite maison, servant de chapelle ; de 27 pieds de long, sur 19 de large; de collombage picrrotté, sans fondement autre que pièces de cèdre qui font la clôture d’une petite cave; le dit bâtiment couvert de paille, évalué 350 livres.Un petit vieux bâtiment servant de boulangerie, de 10 pieds de long sur 9 de large, clos de madriers; avec petite cheminée; couvert de paille, évalué 100 livres.1—Je lui dois la plupart des détails inédits sur notre premier ancêtre. 562 LA NOUVELLE-FRANCE Une vieille grange de 81 pieds sur 20, couverte de paille; évaluée 300 livres.Vieille bergerie de 30 x 20, évaluée 80 livres.Hangar de 24 x 15 pour pain.Autre vieux hangar.Autre hangar avec une habitation de 6 arpents, qu’il a aux pieds du Mesnu, côté sud de l’île.Maison à Québec, 37 x 20; en maçonnerie; 28 pieds de hauteur, que le dit Gosselin fait construire à la basse-ville de Québec; estimée 3500 livres.Titres indiqués dans l’inventaire : 1.Contrat de mariage en communauté de biens.2.Contrat d’acquisition par G.Gosselin, de Jacques Bernier dit Jean de Paris, d’une habitation à I’île, de deux arpents au sud et un au nord, payée 110 livres, 28 avril 1674.3.6 arpents achetés de Vincent Poirier; le contrat a été perdu.4.Acquisition de deux arpents côté du nord (de I’île) achetée de Pierre Mirault Pillion, 7 novembre 1663.5.Acquisition de deux arpents au fief de La Chevallerie (de la Chevrotière), coté nord (de I’île) achetés de Pierre Gilbert dit La-chasse, le 15 août 1664 (Vachon).6.Acquisition de M.et Mme du Mesnu, de cent arpents de terre en fief, située en la dite île, au lieu dit “ Le Fort des Hurons”.7.Terre achetée de l’Hôtel-Dieu, le 21 nov.1676.Autre inventaire des terres en date du 8 nov.1677.1.Une habitation au village de Beaulieu, de 4 arpents de front, traversant l’île du nord au sud; et une autre habitation d’un arpent à côté de celle-ci, traversant l’île, faisant 74 arpents de terre labourable.II y a encore quelques souches.De plus, une petite pièce en prairie nette en nature de trois arpents.2.Une terre au lieu dit le Pavillon (1); ce sont les deux arpents 1.—Il y a donc un endroit appelé “Pointe-au-Pavillon”, sur la terre d’Abraham Durand.Cela se trouve à une dizaine d’arpents à l’est de la terre occupée par notre premier ancêtre, Jean Leclerc, marié à Marie Blanquet.Pourquoi cette place s'appelle-t-elle “Pointe-au-Pavillon” ?On ne le sait plus.Serait-ce parce que, jusqu’à une date fort avancée dans le siècle dernier, les sauvages qui allaient en canots à Ste-Anne de Beaupré pour le 26 juillet, faisaient là halte de plusieurs jours?Les tentes des sauvages, que nos anciens pouvaient bien appeler des pavillons, auraient-elles valu à cette pointe de s’appeler “Pointeau-Pavillon” ?(C.Leclerc C.SS.R.) une FIGURES D’HIER ET d’aUJOURd’hUI 563 acquis de Pierre Gilbert, où il y a huit arpents de terre labourable; encore quelques souches ; deux arpents de prairie naturelle.3.Une habitation dans le fief de la Groisandière (de la Chevro-tière) (1) à coté de Jean Leclerc : trois arpents de front, cinq arpents labourables et quelques souches (2).Il doit s’agir ici du fief de Chavigny de la Chevrotière, qui avait épousé Eléonore de Grandmaison.Celle-ci avait concédé à son fils François de la Chevrotière une terre en la seigneurie de Beaulieu le 27 octobre 1668 (3).4.Autre habitation dans le dit fief, acquise de Pierre Mirault : 2 arpents de front, où il y a 4 arpents labourables; quelques souches.5.Habitation appelée le “port des sauvages” contenant 100 arpents de terre en fief, acquis de M.et Mme du Mesnu : 29 arpents de terre labourable de peu de valeur (4).6.Autre habitation au fief “du Mesnu” joignant Louis Livadier, dont huit arpents de terre labourable.7.Autre habitation au fief “du Mesnu”, acquise de Vincent Poirier, de 6 arpents de front en arrière-fief; et autre habitation, achetée de l’Hôtel-Dieu, de deux arpents, faisant en tout dix arpents de terre labourable à la pioche; 4 arpents de bois abattu et débité, dont il y a le tiers de brûlé et où il n’y a plus que les gros arbres.Dans le contrat d’acquisition, en date du 12 nov.1676, cette terre est décrite comme suit : bornée, d’un côté, par Jean Marandeau [Maranda], et de l’autre, par ses terres à lui; 2 arpents de front.II paya 100 livres 40 sols de rente, 2 chapons annuellement.Cette terre faisait partie d’une autre, de huit arpents, donnée à l’Hôtel-Dieu, par un dénommée Ers Boivin, le 27 janvier 1675.Boivin l’avait acquise des propriétaires du fief “du Mesnu” vers 1667 ou 1668 (5).Acte de partage, très général, par devant Rageot en date du 7 nov.1684.Il attribue une moitié des biens au père, et l’autre moitié aux enfants.I 1.—Terre paternelle du R.P.C.Leclerc C.SS.R.2.—A.G.3.—Duquel, notaire.4.—Une sablonnière., 5.—Ces deux terres, à l’est de la terre Maranda, furent annexées plus tard a celle que possédait Ignace, et indiquée sur la carte de l’ingénieur Villeneuve. 564 LA NOUVELLE-FRANCE II est dit aussi que Ignace est établi sur le fief “du Mesnu’’ Cette terre d’Ignace n’a jamais changé de nom, et c’est ce qui a valu à Frs-Horace, en 1908, de compter parmi des médaillés.Par un acte du 10 novembre 1688, Gabriel Gosselin afferme pour sept ans, à partir du 22 novembre, à ses fils Michel et François-Amable, une terre de trois arpents, voisine de celle de Mlle de la Tesserie; et une autre de deux arpents, bornée à l’est et à l’ouest par le domaine de Mlle de la Tesserie.La dernière transaction, l’année de son départ de Beaulieu, en date du 17 juillet 1689, par le notaire Rageot, loue, à son fils Michel, la terre sur laquelle il avait résidé environ trente sept ans.On s’étonne peut-être que je n’aie mentionné qu’en passant les deux mariages de Gabriel Gosselin ; le fil historique de sa carrière n’a pourtant pas été rompu, et la dernière des pages que je consacre à sa mémoire me semble autant que les premières la place naturelle de ce complément.Il épousa d’abord une Lorraine, Françoise Lelièvre, fille de Christophe et de Georgette Clément, de Nancy.Le mariage eut lieu à Québec, le 18 août 1653, et le contrat, maintenant au greffe de Québec, fut passé par Rolland Godet, le 22 juin de la même année.Quand cette femme fut-elle enlevée à l’affection de son mari ?Probablement entre les années 1672 et 1675; je ne puis préciser davantage, car je n’ai pu trouver son acte de sépulture.Quoi qu’il en soit, il se remaria en 1677, comme je l’ai dit plus haut.Lorsqu’il est décédé il était le père de douze enfants: dix issus de son premier mariage, dans l’ordre suivant : Ignace, Guillaume, Michel, Frs-Amable, Gabriel, François, Jean, Geneviève, Françoise, Hyacinthe; et deux seulement de son sécond mariage, bien que Tanguay en mentionne quatre : Pierre et Louis.Après avoir fait connaissance avec leur premier ancêtre canadien, ses descendants sont sans doute bien aises que sa famille leur soit présentée.L’aîné, Ignace, n’apparaîtra qu’en dernier lieu; non pas parce que l’Evangile déclare que “les premiers seront les derniers”, mais parce que je parlerai plus longuement du fondateur des familles Gosselin de S.Laurent, du premier paroissien de ce nom.Guillaume, qui suit Ignace, n’est qu’un tout petit grain de la di- FIGURES D’HIER ET D’AUJOURD’HUI 565 zaine du premier mariage.Son acte de baptême, en date du 7 octobre 1657, résume toute son histoire.Son nom n’apparaît ensuite nulle part; et tout en présumant qu’il est mort jeune, j’ignore même en quelle année il est reparti.Michel, baptisé à Québec, le 16 juillet 1659, épousa le 12 novembre 1684, à Québec, Marie Miville.II a été toute sa vie un paroissien de Saint-Pierre, où ses treize enfants, sauf un, ont été baptisés, et où il a été inhumé le 17 janvier 1703.II reposait dans le cimetière depuis un mois lorsque son dernier enfant lui est né.Le 17 juillet 1789, devant M.Rageot, son père lui bailla sa terre de S.Pierre “près du Bout de Pile” (1).x II a dû, plus tard, devenir le titulaire de cette terre qui, en 1709, n avait pas encore changé de nom, comme il appert par la carte de D ecouaene.Michel, fils de Michel, fut probablement son successeur sur le bien primitif de Gabriel Gosselin.Je ne sais combien de générations se sont succédé sur cette terre, mais il y a longtemps qu’elle ne porte plus le même nom.En tout cas Jean Gosselin, marié avec Luce Nolin en 1835, et son frère Laurent, marié en 1847 avec Marguerite Godbout, descendent directement, tous deux, de Michel auquel son frère loua sa terre en 1689.François-Amable, écrit Forgues, et François tout court, dit Tanguay, fut baptisé à Québec, le 14 février 1667.Il épousa, le 10 juillet 1690,à S.Pierre, Françoise Labrecque.Sans pouvoir localiser sa terie, je puis affirmer qu’il fut un paroissien de S.Laurent, où ont été baptisés tous ses enfants.Sa famille comptait trois filles et quatre fils: Marguerite, baptisée le 29 mars 1694; Geneviève, baptisée en 1701, mariée avec Jacques Bouffard, en 1731, et décedée en 1751; Madeleine, baptisée en 1702, mariée en 1733 avec Clément Couture, et décédée en 1760.Sauf Antoine, qui ne bougea pas de S.Laurent et y continua son frère, les trois autres frères abdiquèrent leur titre d’insulaires et allèrent s’établir sur la rive sud du fleuve, en face de I’île d’Orléans.L’un de ces petit-fils du premier ancêtre canadien de la famille Gosselin devait être le trisaïeul maternel de l’auxiliaire du cardinal 1.—Numéro 2 du cadastre officiel de 1689. 566 LA NOUVELLE-FRANCE Bégin.II n’est donc pas sans intérêt de jeter un rapide coup d’œil sur leur installation dans leur paroisse adoptive.Pierre épousa en 1728, à S.Vallier, Marie-Joseph Clément; et en 1732, à Beaumont, Elizabeth Laçasse.Il a été inhumé à St-Michel en 1755.Ignace, baptisé en 1698, marié à S.Laurent, en 1727, avec Madeleine Isabel, fut inhumé à S.Vallier, où il résidait le 29 mai 1749.II a l’honneur d’être le trisaïeul maternel d’une famille cinq fois sacerdotale, qui compte en particulier l’archevêque de Séleucie; et le trisaïeul de l’abbé Odilon Gosselin, Procureur du Séminaire de Québec.Lrançois, baptisé en 1705, épousa en 1734, à S.Laurent, Geneviève Rousseau.II était probablement un paroissien de Beaumont, car tous ses enfants y ont été baptisés, et l’une de ses filles s’y est mariée, en 1750, avec un nommé Michel Turgeon.Les relations de ces émigrés avec leurs cousins de S.Laurent durèrent assez longtemps.La tradition rapporte que la chaloupe qui faisait le service hebdomadaire entre S.Vallier et Québec arrêtait une fois ou deux dans l’été pour permettre à ces anciens insulaires de revoir leurs parents.Quant à Antoine, comme je l’ai dit plus haut, il a toujours vécu à S.Laurent, où il est décédé en 1763.Il épousa en 1721, Marie-Joseph de la Joue, et en 1748, M.-Marguerite Crépeau.Gabriel second, cinquième fils de Gabriel premier, a toujours été, comme son frère Michel, un paroissien de S.Pierre.Baptisé en 1662; marié en 1692.avec Madeleine Pichet, il repose dans le cimetière de S.Pierre depuis le 11 décembre 1700.Son père songea à lui faire faire un cours d’études et le plaça au Petit Séminaire de Québec, à l’âge de sept ans.Il était trop jeune et ne mordit pas à l’appât.Entré en mai 1690 il en sortit peu après, disent les Annales du Séminaire (1).Je n’en suis pas étonné.Le printemps me semble la plus mauvaise saison pour transplanter un bambin dans une maison d’éducation.Il était écrit qu’il serait cultivateur, et dix-huit ans plus tard, le 4 septembre 1688, par acte passé par le notaire Genaple, il acheta de Mme Roger Ducolombier une terre située à S.Pierre, dans la seigneurie de la Chevallerie.1.—Mgr Amédée Gosselin. FIGURES D’HIER ET o’AUJOURD’HUI 567 [de Chavigny, La Chevrotière].Lorsqu’il est décédé, âgé seulement de trente-huit ans, il était le père de cinq enfants, dont le dernier, Pierre, faillit être le premier prêtre choisi par Dieu dans la famille Gosselin.Le cours classique que le père avait refusé de faire, le fils le fit en entier.Il mérite donc plus qu’une simple mention nominale.Je commence sa courte histoire par une citation cueillie dans les Annales du Séminaire (1).“Pierre Gosselin dit Haimard, né dans I’île d’Orléans, est entré le 9 mars 1712, âgé de douze ans.II est sorti du petit séminaire pour entrer dans le grand, le jour de saint Michel 1719.” Ce Gosselin dit Haimard est un Gosselin pur et un Haimard accidentel.II était bien le fils de Gabriel II et de M.-Madeleine Pichet et, par conséquent, petit-fils du père Gabriel.Le petit Pierre fut baptisé à S.Pierre, le 15 février 1700, et tenu sur les fonts bapti-maux par Pierre Haimard, négociant de Québec et Claire Jolliet, fille de Louis Jolliet, de Québec elle aussi.La Providence préparait déjà son avenir, car son père spirituel devait être son père adoptif.Gabriel Gosselin décéda en décembre 1700, et sa veuve, Madeleine Pichet, se remaria en 1703.Ce fut probablement à l’occasion de ce mariage que Pierre Haimard, parrain du petit Pierre, et qui avait épousé Louise Guillot, seconde femme de Gabriel premier, adopta l’enfant et l’éleva.Il portait son prénom, et il voulut naturellement lui laisser son nom.Le petit Pierre a donc vécu dans la maison de son grand-père, rue Sous-Ie-Fort.Après avoir terminé son cours au Petit Séminaire, il entra au Grand Séminaire, et il était sur le point d’être fait prêtre, lorsque Dieu le rappela.Voici les étapes de sa carrière cléricale : Tonsuré, le 8 septembre 1719.Minoré, le 11 septembre 1721.Sous-diacre, le 22 février 1722.Diacre, le 1er mars 1722.Dans une note de Barbel, 7 avril 1723, Pierre Haimard dit qu’il a élevé ce Pierre Gosselin, sur le point d’être fait prêtre, qu’il est son parrain et qu’il l’a pris à l’âge de trois ans.x 1.—Par Mgr Amédée Gosselin. 568 LA NOUVELLE-FRANCE Le jeune diacre signe à cet acte : Gosselin-Haimard.II mourut le 22 novembre 1723, et fut inhumé à la cathédrale, le lendemain.L’acte dit : “diacre de cette église,” (A suivre) D.Gosselin Pte.PAGES ROMAINES LE FRIOUL VÉNITIEN AUJOURD’HUI ET DANS L’HISTOIRE L’Italie vient d’éprouver les terribles angoisses que ressentirent tour à tour depuis le début de la guerre la Belgique, la France, la Serbie, le Montenegro, la Roumanie, la Russie quand, envahissant les provinces limitrophes des frontières, les Barbares vinrent y porter la désolation et la mort.A l’exception d’une poussée faite par surprise, en 1916, sur le territoire des Sept Communes, et qui, au reste, avait été promptement refoulée, l’Italie avait gardé jusqu’en ces derniers temps l’intégrité de ses terres, et, par la valeur de ses armes, elle avait conquis une partie des pays soumis à la domination de l’Autriche, et qu’elle convoite depuis longtemps.Le front de ses armées se présentant en arc de cercle, et surtout la campagne de pacifisme qui, habilement soutenue dans une partie de l’armée par les vendus à l’Allemagne, y amollissait les courages, devaient ménager la surprise d’une véritable catastrophe, faire perdre en quelques jours les conquêtes de deux années et plus de luttes opiniâtres, et permettre à l’ennemi de s’emparer du Frioul Vénitien.Le communiqué officiel du 21 octobre constatait une activité inaccoutumée de l’artillerie ennemie sur les Alpes Juliennes à laquelle l’armée italienne répondait avec vigueur.Le 22, le commandement suprême annonçait que la lutte d’artilleire devenait plus intense dans les régions de Plezzo, de Tolmino, et au sud de Vippaco.Le 23, pour la première fois depuis le début de la guerre, le bulletin du généralissime signalait la présence de divisions allemandes unies aux forces autrichiennes dans l’offensive qui se prononçait de plus en plus, dans la zone du Monte Pisana.Les conditions atmosphériques permettant aux aviateurs de prendre part à la lutte, deux avions ennemis, dont l’un allemand, avaient été abattus, ce dernier près de Gargano, l’autre, au nord de Podlaka, devant les lignes italiennes.Le 24 octobre, le communiqué du général Cadorna disait: “L’adversaire, soutenu par des troupes allemandes, en vue de son offensive, a concentré des forces considérables devant notre front.Le choc de l’ennemi nous trouve fermes et bien préparés.Dans le cours de la dernière nuit, un feu très nourri sur diverses parties du front Julien, un violent bombardement à l’aide de projectiles à gaz asphyxiants entre le Rombon et la région septentrionale des sommets du Bainsizza à marqué le signal de l'attaque, mais vers le matin, le mauvais temps, qui a forcé l’ennemi à amoindrir l’intensité de son feu, a ralenti de notre côté les violentes ripostes de nos batteries.” 569 PAGES ROMAINES Le 25, le bulletin officiel s’exprimait ainsi: “Hier matin, après une trêve de quelques heures, l’ennemi ouvrit sur tout le front un feu d’artillerie qui fut comme un ouragan de destruction des flancs du Rombon aux régions septentrionales des hauteurs du Bainsizza, puis sur toute cette étendue, il lança à l’assaut de nos positions de puissantes masses d’infanterie.Dans le défilé du Saga, nous résistâmes au choc de l’ennemi, mais, plus au sud, favorisé par un brouillard intense qui rendait inefficaces nos tirs de barrage, l’ennemi réussissait à s’emparer de nos lignes avancées sur la rive gauche de l’Isonzo, et se servant des débouchés de sa tête de pont de Sainte-Marie et de Sainte-Lucie, il transportait le théâtre de la lutte sur la rive droite du fleuve.En même temps, nos troupes repoussaient avec succès de puissantes attaques à l’ouest de Volnik, (sur les sommets de Bainsizza), sur les flancs occidentaux du Mont Saint-Gabriel, faisant quelques centaines de prisonniers.Sur le Carso, même succès dans nos contre-attaques.Dans les jours suivants, l’aile gauche de l’armée italienne faiblit, et la retraite s’impose sur toute la ligne septentrionale, ce qui ouvre la porte à l’invasion.” 26 octobre.“L’offensive ennemie contre notre aile gauche du front Julien, dit le communiqué, soutenue par de nombreuses divisions,a continué pendant la nuit du 25, et toute la journée, avec une extrême violence.Depuis le Monte Maggiore jusqu’à l’ouest de Auzza, nous nous sommes repliés sur la frontière, ce qui nous oblige à évacuer les hauteurs de Bainsizza.A l’orient de Gorizia ét sur le Carso la situation reste la même.Dix aéroplanes ennemis ont été abattus par nos aviateurs dans la journée d’hier.” 27 octobre.“En divers endroits, l’ennemi a forcé nos lignes de frontière entre le Mont Canin et l’extrémité de l’Iudrio; il s’éfforce d’atteindre les extrémités des vallées.Sur le Carso, la pression s’accroît, mais la résistance la maintient.” Le lendemain, les nouvelles devenaient plus alarmantes et la tristesse qu’elles causaient était accrue par quelques paroles qui annonçaient la défection d’une partie de la deuxième armée italienne.28 octobre.“La violence de l’attaque et la défection de certains contingents de la seconde armée ont permis aux forces austro-allemandes de forcer notre aile gauche sur le front Julien.Les valeureux efforts des autres troupes n’ont pu empêcher l’ennemi de pénétrer sur le sol sacré de la Patrie.Notre ligne se replie suivant le plan établi.Les magasins, les dépôts de munitions des pays évacués ont été détruits.La valeur déployée par nos soldats en tant de mémorables batailles victorieuses pendant plus de deux ans donne la certitude au commandement suprême que l’armée, à laquelle sont confiées l’honneur et l’intégrité du pays, saura en ces pénibles circonstances remplir son devoir.” 29 octobre.Les ordres du général en chef relatifs aux mouvements des troupes s’exécutent ; les division chargées de tenir tête à l’ennemi accomplissent leur pénible tâche, ralentissant le débouché des forces austro-allemandes dans la plaine.Les communiqués du 30, du 31 octobre annonçaient la destruction des ponts sur l’Isonzo, l’entrée en lutte de la cavalerie, l’action des troupes de couverture pour protéger la retraite de la troisième armée qui, le 1er novembre, était massée derrière le Tagliamento.1er novembre.“Nos troupes, déjouant le plan de l’ennemi, par la rapidité de leur marche protégée par le courage des divisions chargées d’assurer la retraite, ont effectué leur retraite sur le Tagliamento malgré les nombreuses difficultés qui s’opposaient à la réussite de leurs manœuvres, La presque totalité de la 3e armée, la 1ère, la 2e division de cavalerie, les régiments Genova et Novara, qui se sont héroïquement sacrifiés, les aviateurs qui n’ont cessé d’accomplir leur périlleuse mission méritent les premiers la reconnaissance de la Patrie.Dans la nuit, par un acte d’inutile barbarie les aéroplanes ennemis ont bombardé, bien en arrière de nos lignes, des villes ouvertes où s’il ont fait quelques victimes dans la population civile.” 570 LA NOUVELLE-FRANCE Les premiers jours de novembre furent consacrés à empêcher l’ennemi de franchir la ligne du Tagliamento, principalement au nord de Pasiano et au sud de San Vito.Le 7 le communique annonçait que vu les basses eaux du Tagliamento qui rendaient la résistance fort difficile, l’armée s’était repliée sur la Livenza.Elle devait reculer encore jusqu’à la Piave.et même au delà,car les Austro-allemands réussirent à franchir la Piave, au nord des lagunes de Venise, à quelque quinze kilomètres de l’embouchure du fleuve.Le passage de l’ennemi s’effectua en amont de S.Dona Di Piave.—petite ville de 9,000 habitants, sur la ligne du chemin de fer Venise—Trieste;—il s’efforce aussitôt d’organiser sur la rive deoite une tête de pont solide.Attaqués par les Italiens, les Austro-Allemands reculèrent quelque peu, sans se voir cependant obligés de repasser sur la rive gauche.Venise était dès lors à portée des grosses pièces allemandes.Heureusement que, depuis longtemps, les merveilles d’art que possède la reine de l’Adriatique ont été transportées ailleurs.Inaugurée par le général Cadorna, commandant en chef les armées italiennes depuis le début de la guerre, la retraite fut continuée par le général Diaz qui venait de lui succéder dans le haut commandement, en ces pénibles circonstances.En retraite au sud, les forces italiennes durent également reculer au nord, car l’armée du général Conrad progressant sur le plateau des Sept Communes s’emparait du Mont Longara, à l’est d'Asiago.En même temps les armées des généraux Krobatin et Krauss s’avançaient le long du val Sugana, occupant les deux villages de Lamon et Fonzase à l’ouest de Feltre.Pour éviter l’enveloppement qui les menaçait les Italiens durent reculer encore, abandonnant à l’ennemi une large étendue de territoire comprise entre la Brento et la Piave inférieure, mais ils restaient sur leur nouvelle ligne jalonnée par Tezze, Lamon, Fonzase, et Feltre, en contact étroit avec l’ennemi.La lutte était très âpre, en dépit de la sévérité de la température: la neige tombait à flocons, accompagnée de tempête et d’un froid très vif, tandis que sur le reste du front, une pluie diluvienne remplissait les champs, les fossés, défonçait les routes, rendant particulièrement difficiles les mouvements des armées en présence.Pendant ce temps-là, les soldats français et anglais continuant à accourir au secours de l’armée italienne recevaient dans les régions qu’ils traversaient l’accueil le plus enthousiaste.Sous le tunnel du Mont Cenis, sur les lignes de la côte d’Azur, les trains se succédaient sans nulle interruption, emportant vers le Milanais et la Vénétie, avec un puissant matériel de guerre, des divisions alliées, heureuses d’avoir un nouveau théâtre ouvert devant leur bravoure.A Rome, dans toute l’Italie, les dures épreuves de l’invasion provoquaient aussitôt l’union complète de tous les partis, chacun comprenant que, devant les dangers qui menaçaient la patrie, toute querelle de groupe devait disparaître, toute discorde en face de l’ennemi devenant une trahison.A la Chambre, l’accord fut complet.Les socialistes officiels qui, depuis l’ouverture des hostilités, s’étalent toujours déclarés contre la guerre, n’hésitaient plus à proclamer la nécessité pour le prolétariat de maintenir la nation intacte et de refouler l’envahisseur.Les catholiques, accusés un moment de tiédeur patriotique, furent unanimes pour la résistance à outrance.A la Chambre des députés, quatre anciens présidents du conseil, Giolitti, Luzzatti, Salandra, Boselli, donnèrent en discours successifs le plus bel exemple d’union sacrée.Une vague d’ardent patriotisme souleva l’Italie, et dans bien des villes, les femmes publièrent un manifeste signé par les pères des soldats morts au champ d’honneur, exhortant l’armée à accomplir de nouveaux actes d’héroisme et invitant le peuple à la résistance pour obtenir la victoire finale.Au milieu de ces émotions nationales, on vit passer le triste cortège de plus de 300,000 habitants du Frioul fuyant devant un ennemi dont les actes de barbarie en Belgique et en France sont sans exemple dans l’histoire.Tant était grande la terreur qu’il inspirait que nombre de fonctionnaires et au- 571 PAGES ROMAINES très personnes exerçant des professions d’utilité publique, craignant le sort de ceux et de celles qui étaient restés à leur poste, en Belgique et en France, pour accomplir leur mission dans les heures difficiles, prirent une fuite dont l’exenple eut été contagieux si un décret du commandant en chef n’avait menacé de sanction sévère ceux qui le suivraient.Se souvenant de tout ce qu’ont souffert le cardinal Mercier, les évêques belges et français des pays envahis, l’archevêque d’Udine, cédant à la pensée charitable d’enlever aux Austro-Allemands l’occasion de se montrer chez lui aussi peu respectueux du caractère épiscopal qu’ils l’avaient été en Belgique et en France, et d’être en même temps plus utile à ses ouailles dans les tristesses de leur exil, les suivit dans leur fuite et les rejoignit à Bologne, après avoir fait au Pape l’affligeant récit de leur misère et avoir reçu pour eux d’abondantes aumônes.Depuis la domination romaine, de combien de batailles le Frioul n’a-t-il pas été le théâtre!.Après leur défaite aux champs catalauniques, en 481, les Huns, se ré jetant sur l’Italie, vinrent dévaster la Vénétie actuelle et détruisirent Aquilée, d’où en 373, Valentinien avait chassé les Quades, (Germains), d’où avant lui encore, sous Marc-Aurèle, de 167 à 174, les légions romaines avaient repoussé les Marcomans (Germains), qui, unis aux Quades et aux Vandales, cherchaient à envahir l’empire.Pendant toute la seconde moitié du Ve siècle, le Frioul et les provinces voisines virent tour à tour les Hérules unis aux Rugiens, Théodoric, suivi de presque toute la nation des Ostrogoths, infligeant une sanglante défaite à Odoacre sur I’Isonzo, près d’Aquilée, en 489.—Les Slaves, les Hongrois, les Turcs vinrent également exercer la fureur de leurs armes sur cette partie de l’Italie que les Romains avaient facilement conquise pour en faire la frontière de l’empire de ce côté.Le Frioul,—ancien Forum Juin,—se divise en Frioul autrichien et en Frioul vénitien.Formé en duché par les Lombards, il fut conquis par Charlemagne et érigé par lui en Marche pour servir de rempart aux incursions des Slaves.Devenu au Xe siècle la propriété des patriarches d’Aquilée, ceux-ci en cédèrent la possession à la République de Venise en 1420.C’était de par les libéralités de Charlemagne, de Bérenger I, d’Othon I, d’Othon II, de Conrad II, des empereurs Henri II et Henri III, que presque tout le Frioul et le marquisat d’Istrie avaient peu à peu constitué le domaine temporel des patriarches d’Aquilée.Au XVIe siècle, l’Autriche en conquit une partie.Ce qui restait, c’est-à-dire le Frioul vénitien, lui fut cédé en 1797 par le traité de Campo-Formio.Incorporé au royaume d’Italie en 1805, le Frioul fut rendu à l’Autriche en 1814.En 1866, l’Autriche cédait la Vénétie à la France qui la rétrocédait à l’Italie.Tels sont en quelques mots les différents maîtres qui ont gouverné le Frioul vénitien.Quartier général de l’Etat-major italien depuis le début des hostilités, Udine, (23,000 hab.), renommée par ses soieries, ses liqueurs, etc, comme beaucoup d’autres villes du Frioul, vit dans ses murs, pendant la 2e moitié du XVe siècle, un grand nombre d’artistes qui se désignaient entre eux par le nom d’artisans peintres.Le premier d’entre eux, tout au moins l’un des meilleurs, fut certainement Martino da Udine,né vers 1460-1470, mort en 1547, et qui est plus connu sous le nom de Pellegrino da San Daniele.Son chef d’œuvre est la riche décoration murale de S.Antonio à S.Daniele du Frioul,qu’il exécuta entre les années 1497 et 1522.C’est un intéressant monument de l’école pas riche en fresques.La cathédrale de Udine possède un de ses tableaux (1501), malheureusement repeint, et l’Hôtel de ville, un couronnement de la Vierge.Dans ce dernier édifice, du style gothique vénitien (1457), on remarque encore, sous la grande salle, une belle Madone esquissée en fresquedue au pinceau de Giov.-Antonio da Pordenone (1483-1539), ainsi appelé du lieu de son origine, province de Udine.Cet artiste, qui traita les carnations en clair-obscur et donna aux figures vénitienne qui n’est 572 LA NOUVELLE-FRANCE l’ampleur et la beauté vénitiennes, signait tantôt Corticellis, tantôt de Sacchis, Regillo ou Licinio.Le célèbre Tiepolo enrichit Udine de plusieurs tableaux d’autel, de la représentation d’une séance de l’Ordre de Malte qui est à l’Hôtel de ville, et d’un plafond au palais épiscopal.La décoration de la chiesa aHa Pu-rilà fut faite par lui en collaboration avec son fils Domenico.Ces œuvres artistiques, non moins que celles de Giovanni Battista, dit Cima da Conegliano, (du nom de sa ville natale, province de Trévise,) qui peignit des figures pleines de dignité et de grâce, reproduisant dans ses compositions les montagnes de son pays, de Vicenzo di Biagio, dit Catena, de Trévise (1531), de Morto da Feltre, dont le vrai nom était Pellegrino, Pietro Luigi, artistes du continent vénitien qui posèrent les fondements d’écoles locales et enrichirent le Frioul de leurs tableaux.Ces œuvres artistiques forceront-elles le respect de ceux dont la culture ne sait rien respecter ?L’avenir le dira., Pour plus de sûreté, tout ce qui a pu être enlevé a été transporté dans les différentes villes d’Italie, en attendant des jours meilleurs] Les habitants du Frioul et des terres voisines qui fuient aujourd’hui devant l’invasion allemande comptent dans l’histoire d’illustres compatriotes.T révise vit naître Totila, roi des Ostrogoths, le célèbre Venance Fortunat, le bienheureux Benoît XI, pour ne citer que quelques noms, et s’il faut en croire certains habitants, la famille de Napoléon 1er serait originaire de cette ville d’où elle émigra à Larzana.àS.Miniato.à Ascoli, et finalement en Corse.Belluno, aujourd’hui envahie, vit naître Grégoire XVI, et c’est en confiant à la vigilance de la municipalité la maison natale de Pie X à Riese, que les parents du grand Pape sont venus se réfugier, à Rome, auprès de sa tombe.C’est près d’elle que, dans la matinée du 2C novembre, les réfugiés vénitiens qui se trouvaient dans la capitale du monde chrétien se donnèrent rendez-vous, Le cardinal Merry del Val qui vécut dans l’intimité du Pontife défunt, célébrant la messe, transmettait à Celui dont Pie X fut le Vicaire, les angoisses et les espérances de ceux qui avaient abandonné le pays où le saint pontife avait grandi et vécu.Rien de plus touchant que le pieux défilé eucharistique de tous ces exilés au moment de la communion, et que l’action de grâces silencieuse qui le suivait auprès de la tombe bénie dont le marbre était mouillé par les pleurs de ceux qui le suivent.Ces prières, plus puissantes que la force des armes,étaient à la fois l’hommage le plus solennel rendu à la vertu de l’incomparable Pie X et le plus sûr garant que le Frioul.tant de fois délivré des invasions barbares, ne tardera pas à être rendu â sa liberté.Don Paolo Ac.osto BIBLIOGRAPHIE CANADIENNE Almanach de l’Action Sociale Catholique, 191S (1).Aucune publication ne mérite mieux notre confiance et nos encouragements.Elle devrait entrer dans toutes les familles.Elle est capable de faire du bien partout et à tous.Les amis des lettres y trouveront de belles pages de M.l’abbé Camille Roy, de M.Adjutor Rivard,.de belles poésies de M.Albert Lozeau, de M.l’abbé Arthur Laçasse.Les amis de notre histoire y trouveront des articles historiques de Mgr A.-E.Gosselin, de M.Thomas Chapais.Les amis de nos patriotes 1.—L’Almanach de l’A.S.C.est en vente aux bureaux des éditeurs: Secrétariat des Oeuvres A.S.C-, 101, rue Sainte-Anne, Québec (Casier 126) et chez les principaux libraires.L’unité 30 sous (trente centins) en librairie, et 35, franco par la poste; à la douzaine, $3.00 et au cent, $22.50, frais de port à la charge de l’acheteur. 573 BIBLIOGRAPHIE CANADIENNE défunts y trouveront d’excellentes notices biographiques, comme celle de M.l’abbé S.-A.Lortie, par Sa Grandeur Mgr P.-E.Roy.Les amis de la tempérance y trouveront de bonnes études, comme celle de M.le Dr Albert Jobin sur les boissons alcooliques.Les amis du vieux Québec y trouveront des vignettes exquises des endroits les plus pittoresques, des monuments les plus antiques de notre ville.Les amis de la vieille France y trouveront le portrait de Jeanne d’Arc, des vues de la cathédrale de Reims.Les amis de la gravure y trouveront de remarquables.gravures.Enfin, les amis de différentes personnes et de différentes choses y trouveront de quoi à satisfaire leurs différents bons goûts, leurs différents bons sentiments: l’amour des beaux-arts, l’amour de la patrie, de la race et de la langue, l’amour de l’Eglise de Dieu; leurs différentes facultés: la vue, l’imagination, l’esprit et le cœur.Achetez l’Almanach de l’Action Sociale Catholique.Prenez, regardez, lisez.C.L.Alfred Verreault.La comptabilité bilingue.Plaquette de 30 pages grand in-S, Ottawa, imprimerie du Droit.Se vend 25 sous.Encore une preuve de l’efficacité du travail entrepris d’abord par la Société du Parler français, et si activement secondé par la Ligue des Droits du Français.Ce qu’il y a d’étonnant c’est que, dans les écoles destinées à former des employés de commerce, on n’ait pas, depuis longtemps déjà, donné à la comptabilité en langue française la prééminence ou, pour le moins, un rang égal à celui de la tenue des livres en anglais.C’était à laisser croire, ou bien que notre langue nationale était dénuée de vocables et de locutions propres au commerce, ou bien que, de droit, le monopole des affaires appartenait aux anglophones.Mais, à l’heure qu’il est, nous avons, Dieu merci, changé tout cela.Préjugé aussi absurde ne saurait prévaloir.Aussi, quand, après la guerre, les relations commerciales avec notre ancienne mère-patrie et avec les florissantes républiques de l’Amérique latine seront à l’ordre du jour, ce seront les comptables et les correspondants bilingues qui seront au premier rang, sans compter le bénéfice et le privilège qui en résulteront pour l’incomparable parler que nous avons hérité des fondateurs de la Nouvelle-France.—L.La Question Sociale et nos devoirs de Catholiques par le Père Joseph Papin-An-chambault, S.J., Montréal, Ecole Sociale Populaire.Une belle brochure de cent douze pages.Elle se divise en deux parties, 1 une théorique, 1 autre pratique.La première traite de la question sociale en général : en quoi elle consiste, comment elle intéresse l’Eglise et comment l’Eglise s’y est toujours intéressée, comment il faut la résoudre d’après Léon XIII.La seconde étudie la question sociale telle qu’elle se pose dans la province de Québec: son côté matériel, son côté moral ; les remèdes à employer pour guérir les maux dont nous souffrons.Les deux derniers chapitres ont trait à l’action sociale catholique.Tel est le sommaire de cet ouvrage.On voit tout de suite combien il doit etre intéressant.On voit tout de suite que le livre du Révérend Père Archambault doit être entre les mains de tous ceux que préoccupe la question sociale.Cette question est d’une extrême importance et très complexe.Il faut que des esprits serieux en bon nombre y donnent leur attention.Il faut surtout qu elle soit etudiee et résolue à la lumière des vrais principes: sans quoi pourraient se développer au sein de la société des éléments de division, de déchristianisation, d anarchie, .Le livre du Rev.Père Archambault, est-il besoin de le dire, puise sa doctrine aux sources authentiques; il l’expose avec logique, simplicité et clarté, en un style bref et ferme.Avec tant de mentes, il rendra service partout, mais particulièrement dans les cercles d’études de 1 Association Catholique de la Jeunesse Canadienne.—C.L. 574 LA NOUVELLE-FRANCE LA NOUVELLE-FRANCE TABLE DES MATIERES DU TOME XVI-1917 SOMMAIRE DE CHAQUE LIVRAISON MENSUELLE JANVIER R.P.M.Tamisier, S.J., Le Césaro-papisme et le monothélisme (Suite).Publication de l’Ecthèse et du Type, p.5.—Sir A.-B.Routhier.“Paulina”, roman des temps apostoliques (Suite).IV.Une visite inattendue.V.Le retour à Damas, p.13.—L’abbé Henri Simard.Causerie scientifique.Les aéroplanes, p.26.—T.L., S.J.L’Antéchrist.(Suite) Quand viendra cet ennemi de Dieu?p.33.—Don Paolo Agosto.Pages romaines : I.Nouveaux statuts pour l’Académie de Saint-Thomas et les Instituts bibliques.Missions diplomatiques: Japon, Ethiopie.II.A propos du dernier consistoire.Cardinaux secrets; cardinaux in petto-, cardinaux improvisés; cardinaux mort-nés; cardinaux nommés et refusant la pourpre, p.40.—Fr.A., C.Bibliographie canadienne, p.48.FÉVRIER L’abbé Camille Roy.M.Albert Lozeau, p.49.—R.P.M.Tamisier, S.J., Le Césaro-papisme et le concileQuini-sexte.—Décadence de l’Empire.Triste situation des églises séparées, p.63.—T.L., S.J.L’Antéchrist, (Suite).Deuxième signe avant-coureur de l’Antéchrist" L’apostasie de la foi, p.75.—R.P.Gildas O.C.R., Le baron dé Géramb, en religion le P.Marie-Joseph, trappiste (Suite)— Arrivée du P.de Géramb à Rome.Visites D.^ aux cardinaux.Audience de Grégoire ^ ’ P ^4.Fr.Th.C.4 Pages choisies”, p.89.—Don Paolo Agosto.Pages romaines: Les trois vœux de Venise, p.90.—L.L., Fr.A.Cap.A.Bedard.Bibliographie canadienne, p.94.—Fr.Th.C.Bibliographie étrangère, p.96.MARS ciale, troisième avant-coureur de l’Antéchrist, p.123.—R.P.Gildas O.C.R., Le baron de Géramb, (Suite), p.135,—L’abbé C.G., Christianisme et modernisme en face du problème religieux, p.140.—L.L gère,Bpbll143aPhle canadlenne’ P- 143.—C., C.R.Bibliographie étran- TABLE DES MATIERES 575 AVRIL R.P.M.Tamisier, S.J.Le Césaro-papisme et la persécution iconoclaste, p.145.—Léon Lebel, S.J., L’authenticité de la Vulgate, p.159.T.L., S.J.L’Antéchrist (Suite).La grande persécution de l’Antéchrist, P- 174.—R.P.Gildas, O.C.R.Le baron de Gérant b (Suite et fin), P; 180.—Don Paolo Agosto.Pages romaines; Exploiteurs d’aujour-d hui et d’autrefois.—Edit de Dioclétien.—Sel et sucre.—Reliques de Reims et de Verdun, p.188.MAI Sir A.-B.Routhier.“Paulina” (Suite) IX.Chez les Galatea.X.Persécutions et miracles, p.193.—T.L., S.J.L’Antéchrist (Suite).Les antagonistes de l’Antéchrist, p.206.—L’abbé J.Laferrière.La date de Pâques, p.219.—L’abbé L.Lindsay, Un précurseur de la Trappe du Canada.Dom Urbain Quillet.Sa correspondance avec Mgr Plessis (Sutfe), p.227.—Don Paolo Agosto.Pages romaines: Deux modifications de la Constitution Sapienti Consitio.—Origine des noms des mois d’été, p.233.—Alph.Gagnon, Fr.A.Cap.Bibliographie canadienne, p.237.—J.-A.D’A.Bibliographie étrangère, p.238.—C.R.Bibliographie française, p.239.JUIN R.P.Tamisier, S.J.Le Césaro-papisme et la restauration de l’Empire d’Occident, p.241.—T.L., S.J.L’Antéchrist (Suite).Derniers jugements pedagogiques de Dieu: les plaies, p.256.—L’abbé J.-A.-M.Brosseau.A propos de 275e anniversaire de Montréal, p.269.—L’abbé L.Lindsay.JJn précurseur de la Trappe du Canada, Dom Urbain Guillet.Sa correspondance avec Mgr Plessis, (Suite) p.274.—Don Paolo Agosto.Pages romaines : Deux béatifications : le Bienheureux Cottolengo.La Bienheureuse Anne de S.Barthélémy, p.277.—La Direction Le Père D.-T.-C.Gonthier, p.288.—L.Bibliographie canadienne p.288.JUILLET R.P.M.Tamisier, S.J.Le Césaro-papisme et la restauration de l'Empire d’Occident, II.La papauté en face des Barbares et de Constantinople, p.290.—Sir A.-B.Routhier, “Paulina” (Suite.) XI.En Macédoine.XII.Le dernier des Hérodes, p.305.—T.L., S.J.L’Antéchrist (Suite).Le chiliasme, p.315.—L’abbé H.Simard.Causerie scientifique.Quelques réflexions sur la Lune, p.323.—Amicus, Un souvenir du Père Gonthier, p.330.—Don Paolo Agosto.Pages romaines:, A propos de la proclamation de l'indépendance de l’Albanie.—Et d’un du Conseil Municipal de Rome, p.333.AOUT R.P.M.Tamisier, S.J., Le césaro-papisme et le restaurateur de l’Empire d’Occident.III.Fondation du pouvoir temporel des Papes, p.337.—T.L., S.J.L’Antéchrist (Suite) Point de départ de l’erreur millénaire, p.346.—Sir A.-B.Routhier, “Paulina.” (Suite) XIII.Au Temple.XIV.La question religieuse, p 352.—R.P.Alexis, Cap.voeu LA NOUVELLE-FRANCE 576 étrangère, p.384.SEPTEMBRE R.P.M.Tamisier, S.J.La Restauration de l’Empire d’Occident p, 3-Î-s,t1.bV 6™S et son fils.XVII.Sur la mer Egée, p.401.—Chan.D.Gosselin.La famille Gosselin (Suite), p.412.—Don Paolo Agosto.Pages romaines: Rome et les souvenirs de ses jardins disparus, p.423.—La Direction.Charles de Kirwan, p.431.—L.Bibliographie étrangère, p.432.OCTOBRE L’abbé Camille Roy.—Causerie littéraire, Un moine polémiste.Le Père Gonthier, p.433.—Sir A.-B.Routhier.“Paulina” XVIII.L arrivée a Athènes.XIX.Denys l’Aréopagite.XX.Devant l’Aréopzge, p.447.—T.L , S.J.L’Antéchrist (Suite et fin).L’agonie du monde.Con-elusion, p.457.—Chan.D.Gosselin.La famille Gosselin.(Suite).p.468.—C.L., C.Bibliographie étrangère, p.479.NOVEMBRE R.P.Tamisier, S.J.La restauration de l’Empire d’Occident et l’Empire byzantin, p.481.—L’abbé H.Simard.Causerie scientifique.Le pont de Québec, (1er article), p.495.Sir A.-B.Routhier, “Paulina”, (Suite).XXL Paul à Corinthe.XXII.Saint Paul prédicateur, p.504.—R.P.Alexis, Cap.La Prohibition, p.513.—Don Paolo Agosto.Pages romaines: L’ancienne monnaie pontificale p.524.— C.Bibliographie étrangère, p.528.J DÉCEMBRE Jean d’Estienne.Und'e?.Quif Ubi?.Quùf p.529.—Sir A-B.Routhier.“Paulina” {Suite).XXIII.Première épitre aux Corinthiens.XXIV Seconde épitre aux Corinthiens.XXV.O Galates insensés! p.537.—C.Brainville.Pour la terre, p.551—Chan.D.Gosselin.Figures d’hier et d’aujourd’hui à travers S.Laurent I.O.La famille Gosselin (Suite), p.561.—Don Paolo Agosto.Pages romaines : Le Frioul Vénitien aujourd’hui et dans l’histoire, p.568.—C.L., L.Bibliographie canadienne.p.572.Le Directeur-propriétaire Imprimerie de L’ÉVÉNEMENT, 30, rue de la Fabrique, Québec .Le chan.L.Lindsay
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.