Le couvent : publication mensuelle à l'usage des jeunes filles, 1 octobre 1895, Octobre
LE COUTENT Publication mensuelle à l'usage des jeunes filles.Ile année, Ko 2 Oct, 1805 — 98 de la fondation, JE DESIRE ETRE UN JOUR UNE INSTITUTRICE Melle Angèle répète à qui veut l’entendre qu’elle veut être, un jour, une institutrice.Connaissez-vous Melle Angèle ?C’est une jeune fille qui a des qualités, mais pas assez pour se faire pardonner ses défauts.La dernière levée, elle est la dernière rendue à la chapelle.' Elle prie, la tête en l’air baillant noillcs.Les corridors silencieux sont pour elle des salles de récréation.Elle étudie à la légère ouvrant pupitre, changeant à chaque instant de livre.aux cor- souvent son — 18 — En classe elle donne des leçons médiocres, mais si on la reprend, elle raisonne superbement.En récréation, elle tranche du grand ; elle a le ton haut et le verbe sec.La critique amère sur les personnes et sur les choses ne lui coûte rien.Somme toute, Melle Angèle ne se gêne en rien, suit en tout ses caprices et ses volontés.Ma bonne demoiselle — où va se jucher la bpoite, — Vous voulez être un jour une institutrice, eh bien, vous serez une institutrice.Vous êtes une élève médiocre.Vous serez une institutrice médiocre.Vous aurez des élèves médiocres.Les institutrrices de l’avenir sont, au couvent, des jeunes filles modèles.La jeune fille qui ne peut être une bonne élève, ne peut être une bonne institutrice, car il y a beaucoup plus de difficultés à surmonter dans l’art d’enseigner que dans l’art d’apprendre.F.-A.B. - 19- TABLEAUX SYNOPTIQUES LEUR UTILITÉ Le tableau synoptique resume tout un ensemble de faits ou d’idées et les fait embrasser d’un seul coup d’œil.Lorsque vous avez appris un chapitre d’histoire, résumez-Ie en tableau.Laites-la même chose lorsque vous avez vu les faits relatifs h une période, à une époque.On acquiert promptement l’habitude de faire ces tableaux.En les faisant, on apprend à mettre chaque chose à sa plu-œ : ce n’est pas peu de chose que de mettre de Y ordre dans ses connaissances.Grâce au tableau, Y imagination reproductive aide singulièrement la mémoire.La science est surtout dans les idées générales ; le tableau synoptique donne idées puisqu’il ne se construit qu’en passant du général au particulier.Dans un prochain numéro, nous donnerons un exemple de tableau synoptique, sous la forme qui nous paraît la plus utile.F.-A.B.ces — 20 —- LES GOUVERNEURS DU CANADA PHRASES MNÉMONIQUES Nous avons fabriqué, dans le temps, pour nos élèves, deux phrases mnémoniques, bizarres, très bizarres, mais propres à faire retenir facilement toute la série des gouverneurs du Canada.Les voici ; tenez-vous bien ! Cham.Mon.d'A, Eau.D’Argen D'Avenu.De Mésy.Cour Da Front.Champlain Be Montmagny D’Ailleboust Be Lanzon D’ArgenSon D’Avaugour Be Mésy Be Courcelles Be Frontenac-, La Barre Denon, Front, Vaud Beauhar.La Jouq,.Duq.Be Van.La Barre Be Benonviile. — 21 — Champ.Mon.d’A.La.d’Argen.d’Aveau.da Hésy.Cour, de Front.Champlain De Mcmimagny D’Ailleblust De LauzoV D’ArgensoiX D’Aveaugouy De Mésy j De Courcell/s De Frontei/ic De la Bar/e De Denojville De Vaudiiuil De Beauhalmois De la Jonqmève Duquesne de Xleimeville De Vaudreuil MORT SUBITE, MAIS NON IMPRÉVUE Un citoyen de Joliette, M.Stanislas Parent, ferblantier, tombait, ces jours derniers, du clocher de la nouvelle église paroissiale, sur le pavé du perron.Au moment de la chûte, un prêtre, de Montréal, passait près de l’église ; il donna l’absolution à la victime.Un autre prêtre, étranger, lui aussi, qui l — Î2 — se trouvait à peu de distance, courut au presbytère et revient à temps pour administrer le moribond ! Nous voyons dans les circonstances qui accompagnent cette mort la récompense de la bonne vie.Dieu n’oublie jamais les siens.Le devoir appelle-t-il ailleurs les prêtres de la jjaroisse, il y aura des étrangers, partis de loin, anges de la Providence, qui viendront à temps, pour donner à l'ami de Dieu les consolations suprêmes 1 M.Parent, de fait, était sans contredit un citoyen model, fervent congréganiste Admirons les voies de la Providence et méritons d’elle d’avoir le même bonheur, lorsque l’ange de la mort vous viendra faire sa derniere visite.Pensées en voyage ( Pour lo Couvent ) REPOS Cette persistance de la lutte, nous fait désirer le repos.Je comprends Dante persécuté, fatigué, exilé, frappant à la porte d’un monastère : que cherchez vous lui demande le frère portier d’un ton scrutateur ?“ La paix ! ” répondit Dante en se voilant la figure.Mais ces asiles pour les grands malheurs, les grands pécheurs et les grandes âmes ne donnent pas toujours la paix.Lutter n’y trouve pas le repos.La Paix est en nous comme en Dieu. — 2:1 — Au sein des orages comme la cime des monts notre cœur peut rester impertubable.Les montagnes sont frappées de la foudre il est vrai, mais elles restent debout, l’âme est frappée par les coups du malheur, mais elle peut rester debout : Stabat Mater dolorosa.L’effort pour rester en paix exige pureté de conscience et le sacrifice de l’orgueil.Ce qui nous trouble ce n’est pas tant la douleur que l’amour propre froissé.La force des saints consiste à être en paix eux-mêmes.La capacité de souffrance que la paix donne ressemble au pouvoir recupératifde certaines eaux qui rendent l’homme plus fort et le façonnent pour ses luttes futures.La Paix, qui l’arrachera du cœur humain si Dieu l’y maintient.Vous pouvez multiplier les calomnies, inventer de nouvelles trames, ourdir des pirations Jesus autem tacebat.Et l’âme humaine va où Dieu la mène malgré vous, malgré le monde et malgré ses passions.J’ai souvent admiré sur l’Océan le calme des Mouettes assises sur les vagues et portées par elles quand les plus forts bateaux tremblent sur leur base et frémissent sous la tourmente.L’âme chrétienne trouve sa base même dans les orages les plus terribles.Le Repos du cœur a toutes les douceurs du crépuscule, ce n’est pas le soleil de la joie, ce n’est pas non plus la nuit de la tristesse, les étoiles y sont rares.mais c’est encore le jour.Le jour avec des teintes d’or et de sang, le avec cons- — 24 — jour avec ses nuages tendres qu’une lumière invisible liquéfie, et nonobstant les mystères des ténèbres qui s’avancent l’âme du chrétien peut dire comme Créateur et vidtt quod esset bonum.son Emile Fiché, P"'e AVEUX DE SILVIO PELLCO.Dans ma prison, écrit l’iluslre et malheureux Pellico, permit d'avoir une Bible et le poème du Dante ; on me le geôlier mil bien à ma disposition su bibliothèque, consistant on quelques romans de Scudéry, du Piazzi et pis encore ; mais mon esprit était trop agité pour pouvoir s’appliquer à aucune lecture.J'apprenais par cœur, oha-chant du Dante.Cet exercice était si ma- que jour, un chinai, que, tout en m'en occupant, je pensais monis à ces beaux vers qu'à mus malheurs.Il en était de même quand je lisais tout autre chose, excepté parfois quelques passages de la Bible.Ce livre divin, que j’avais toujours beaucoup aimé, môme lorsque je me croyais incrédule, étal maintenant étudié par moi avec plus de respect que jamais ; mais en dépit de ma bonne volonté, le,plus souvent encore, je le lisais l’esprit occupé ailleurs et sans le comprendre.Pou à peu je parvins à le médier plus profondément et le goûter davantage.Cette lecture m’enseigna à aimer Dieu et les hommes, à désirer toujours le rogne de la justice, à détester 1 iniquité, et à pardonner à ceux qui la commettent.Ayant lu un jour qu'il fallait prier sans cesse, et que la véritable prière ne consiste pas à dire beaucoup de pa.roles, comme font les païens, mais à adorer Dieu avec simplicité, tant en paroles qu’en actions, à faire que les unes et les autres soient l’accomplissement de sa sainte — 25 — volonté, jo mo proposais sérieusement de commoncor cette prière continu#, c'est-à-dire do ne plus môme me permettre une seule pensée qui ne lut animée du désir de me conformer aux decrets de Dieu.» Un autre jour, je lus et je pleurai pendant plus d une heure ; et je me relevai ensuite plein de conlience dans la pensée que Dieu était avec moi, qu’il m’avait pardonné mou délire.Alors mes malheurs, les tourments du procès, la probabilité du supplice, me parurent peu do chose.Je me rejouissais de souffrir, puisque je remplissais un devoir, qui était d’ooéir au Seigneur en souffrant avec résignation.Grâce au ciel, je savais lire la Bible.Ce n’était plus le temps où je lu jugeais avec la critique étroite de Voltaire.Je voyais alors clairement à combien de titres ce livre est le code de la sainteté, et par conséquent de la vérité ; combien celle délicatesse, qui se récrie sur quelques hardiesses de style, est chose antiphilosophique, Ide à l'orgueil de ceux qui méprisent tout ce qui manque de formes élégantes.Une fois ces réflexions réveillées en moi, je pris la résolution de ramener à la religion toutes mes pensées sur les choses humaines, toutes mes opinions sur les progrès do la civilisation, ma philantropie, l’amour de la patrie, eniln toutes les affections do mon âme.“ Quel trésor, qu’un bon livre, dans le malheur et l’abandon surtout ! et ressem- Traité classique ^Economie Politique F .-A.BAILLAIRGÉ 320 pages, belle reliure, l'exemplaire 75 cts.s’adreseerà F.A.Baiujuugk, Rawdon, (Montcalm; P.Q- PAH — 20 — LE BATON DE SAINT JOSEPH ( Conte breton ) La veille Y vonne s’assit près de son rouet et nous dit : — Oui, mes enfants, saint Joseph est le plus grand saint du paradis.Ecoutez bien ce que nos bonnes gens racontent, et vous verrez si je vous ai menti.Nous nous approchâmes plus près encore de mère Yvonne, et, elle commença son récit : — Personne n’aimait Joseph Mahec dans le pays de Keroéh qu’il habitait : aussi y vivait-il solitaire et retiré dans une cabane délabrée.On disait que le soleil lui-même avait tellement en horreur Josic Mahec, que jamais il ne projetait ses joyeux rayons sur sa maisonnette enfumée.Un soir de mars, revenant de la ville voisine où il s était attardé, il rentra au village avec les premières étoiles.De 1 église autour de laquelle se groupaient les maisonnettes de Kéroéh s’échappaient un Ilot de lumière et des voix jeunes et fraîches, un peu aigues parfois peut-être, qui chantaient des cantiques.Dans ce concert plus ou moins harmonieux, mais fervent, Joseph Mahec distingua son nom, le nom de Joseph prononcé à plusieurs reprises.Sa sombre et sauvage physionomie s’adoucit, quelque chose comme un sourire parut même lèvres; il s’arrêta, prêta l’oreille et lit deux ou trois pas en avant comme pour pénétrer dans le saint lieu.Bientôt, comme s’il eût été épouvanté de son action il rebroussa chemin précipitamment en murmurant : “ — Moi, entrer là dedans ! Ah bien ! ça serait du nouveau ! ” Il fit entendre un petit ricanement qui ressemblait à celui que l’on prête au mauvais ange, et continua sa route.sur ses — 21- Au moment où Josic Malice allait pénétrer clans sa cabane, il se sentit tirer légèrement par le pan de Bon habit.Il se retourna surpris, presque en colère, il n’était point accoutumé à ces manières.On le fuyait, jamais on ne le touchait.Derrière lui était un vieillard, courbé sous le taix des années et de la misère.Des cheveux blancs, une longue barbe, des traits vénérables prévenaient en faveur de cet inconnu, en dépit de ses pauvres habits.Mais Josic Mahec n’avait de pitié pour personne.Il regarda à.peine cet étranger dont le front avait pourtant un doux rayonnement, emprunté sans doute a la résignation de son âme.“ - Que me voulez-vous ?demanda-t-il brusque- cal- ment.“ — Assistez-moi ”, dit le pauvre homme.Mahec partit d’un grand éclat de rire : l’assiste quelqu’un, moi ?••• 1 Je fais une.“ — Est-ce que savez-vous pas que l’on m’appelle le Hibou ?du mal tant que je puis, cl jamais de bien à perso Hors d’ici, vieux! Allez-vous-en frapper à d autres Le presbytère n’est pas loin, ” ajouta-t-il habituel ; les robes noires vous y avec portes.ricanement Et du geste il congédia le vieillard.Mais celui-ci son n0“b-MonPbon monsieur, par pitié ! dit-il en joignant mains décharnées et tremblantes.Parlois une le salut éternel.” ces balivernes- ses seule bonne œuvre peut assurer “___Est-ce que Josic Mahec croit à là ?Allons, l’ami, passez votre chemin.Inutile de perdre votre temps et de me faire perdre le mien.« _ Je vous eu prie ! ” insista le vieillard. — 28 — Et des larmes ruisselèrent le long de ses joues pâles, tandis que ses yeux regardaient le ciel, dont les étoiles semblaient lui sourire.“ — Je vous en prie, répéta-t-il, une pauvre petite aumône, la plus petite que vous voudrez.Partons les saints du paradis, ne me refusez pas ! ” Mais le pauvre homme s’adressait à un cœur impie, à un cœur aussi dur que le rocher auquel s’adossait la cabane.“ Je veux la paix, à la lin ! s’écria Josic.Partez, ou je.” Il leva son bâton et il allait frapper.“ Mon ami, pour l’amour de saint Joseph ! ” dit encore le vieux pauvre en retenant doucement le bras de Mahec.“ — Qa> c’est différent, dit Mab.ec, saint Joseph, c’est mon patron, comme disent les dévots.J’aime ce saint-là, parce que, s’il y a un paradis, il ne l’a pas changé en fainéant.” Joseph Mahec tendit à l’inconnu son gros bâton noueux : “ Tenez, dit il, de sa voix rude, prenez ce pen-baz ; vous n’avez pas les jambes bien solides, il servira, à assurer votre marche, et, si vous rencontrez quelque malfaiteur, vous pourrez vous défendre contre lui.” Le vieil étranger prit le bâton ; son regard s’éclaira d’une douce lueur, et un radieux sourire vint lèvres.“ Joseph Mahec, dit-il, Dieu ne laisse pas sans récompense un verre d’eau froide donné Au revoir et merci ! ” Le pauvre disparut, Mahec rentra dans sa cabane, et reprit son train de vie ordinaire.sur ses en son nom. — 29 Plusieurs années s’écoulèrent.Joseph Mahec mourut.Il mourut seul comme il avait vécu.Il revenait à sa cabane, il était plein de vie.Soudain ses jambes plièrent sous lui ; il voulut appeler, mais aucun son n’arriva à ses lèvres.1 ar un dernier effort un cri rauque s’échappa de sa poitrine, et ses lèvres articulèrent ces trois mots : Joseph ! ” Et il n’était plus ! Joseph Mahec est transporté dans les régions nellcs.Doux portes s’oftrent à scs regards : l’une est sombre et garnie d'objets hideux ; | l’autre étincelle des feux de mille pierreries.Le nouveau venu va frapper à la porte étincelante.La porte s’ouvre et saint Pierre, portant au front la triple couronne des Apôtres, des Pontifes et des Martyrs, se montre tenant en main les clefs puissantes dont son Maître le chargea.“ - Qui êtes-vous?” demanda le glorieux pêcheur.“ - Joseph Mahec, ” répondit l’arrivant d’une voix timide.“ — Je ne vous connais pas ! dit saint Pierre.Allez frapper en face, vous y trouverez des amis.” Et le portier du paradis ferma, sans plus de céré-ie, la porte brillante, comme jadis Mahec fermait celle de sa cabane aux mendiants et aux affligés.*,.Rejeté du paradis, Mahec n’avait d’autre parti à prendre que de frapper à la porte sombre.Il ne pou vait s’y décider.Il comprenait, à cette heure, que coite hideuse issue çondnisait à l’abîme dont, vivant, il avait tant de fois nié l’existence, et il croyait ressentir déjà les atteintes de ce feu éternel dont il s’était raillé.Ah ! s’il pouvait revenir sur la terre !.“ O saint éter- îTion — so - Hélas ! regrets inutiles et superflus!.Déjà, il voyait la hideuse figure de messire Satanas qui, grimaçant sourire, lui faisait signe d’approcher.Si Mahec n obéissait à son invitation, on allait le contraindre.Hélas ! hélas ! si nous pensions bien à ce qui nous attend au-delà de la tombe ! Or, c’était le dix-neuvième jour de mars, fête de saint Joseph, que Josic Mnlieo avait été jeté de la vie dans l’éternité.Au moment où la main de feu de 1 ange rebelle allait étreindre sa proie, une voix dit : “ — Hors de là, maudit ! ” Et Josic Mahec vit la douce et placide figure d’un vieillard, dont le front était ceint d’un nimbe d’or d’un admirable éclat.Satan poussa un horrible rugissement, et s’engouffra dans la porte sombre, laissant après lui une traînée de soufre et de feu.“ — Que faites-vous là, mon ami ?” demanda le Saint à Mahec.“ — Saint Pierre a refusé de m’ouvrir la porte du paradis, et je vais en enfer ! Le Saint présenta au malheureux pécheur un bâton qu’il tenait à la main.
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