Le couvent : publication mensuelle à l'usage des jeunes filles, 1 juin 1898, Juin
LE COUTENT Publication mensuelle à l’usage des jeunes filles.1897-1898.- 13ème année, No 10 - Juin AuoNNKMiiNT : 25 centins par an.Les abonnements datent du 1er septembre.— On est prié d’adresser toutes les communications à F.-A.Baillmugé, Prêtre, Curé, Rawdon, P.Q.Canada.Le Coüvknt ne parait pas en juillet et août TOUJOURS PRÊTE — Eh bien, Madame, comment vous trouvez-vous de Lucie, votre nouvelle servante.— Je m’en trouve très bien.— Elle est cependant très jeune, quinze ans ! — Oui, mais je l’aime tout autant qu’une 811e de vingt ans.— Ses parents sont pauvres, je ne vois pas où elle a pu apprendre le service.— De fait, elle ne sait pas .faire grand chose.— Mais, alors, comment pouvez-vous en être ¦satisfaite.Vous ne laissez pas d’être assez exigeante, si j’en crois dame Rumeur.— Dame Rumeur dit vrai, cependant Lucie me donne satisfaction. M(i — — Elle est, je suppose très bonne pour les enfants ?— Oui, mais elle est gauche : il y a'deux jours, elle a échappé le bébé qui a piqué une tête dans une cuve et jni a failli se noyer.— Pauvre bébé ! — Lucie est excellente, je présume, pour le jardinage ?— Elle ne manque pas du dispositions, mais elle ne distingue pas encore très bien les choux et les navets d’avec les mauvaises herbes, sorte que je ne la laisse point traveiller seule.— Avec tout cela, Lucie fait l’affaire d’une femme exigeante : c’est à ni rien comprendre.— Je comprends votre étonnement.L’expérience de l’avenir est dans la bonne Or Lucie, c’est de la bonne semence.Avant deux ans, elle sera de première classe pour le service.— Comment voyez-vous cela ?La recette est bonne à connaître.eu semence.— Commandez Lucie vingt fois, trente fois par jour, c’est toujours : Oui, Monsieur, oui madame ; elle est toujours là ; elle est toujours prête.Parlez-moi d'une fille de ce genre.On en fait ce que l’on veut et par conséquent, elle ne -— 147 •— peut subir une influence heureuse sans devenir très capable, et en peu de temps.Les jeunes filles rechigneuses, qui n’ont pas la patience de changer d’ouvrage selon les besoins, ou qui se font tirer indéfiniment l’oreille, donnent peu d’espérance pour l’avenir, sans compter qu’elles sont loin d’être aimables.— Merci du renseignement.Votre Lucie, je l’aime déjà 1 LA PETITE FILLE A SON GRAND PAPA Ah ! fi ! fil que c’est laid, vous voilà hors d’haleine, Grand papa, finissez, quand je vous le défends, Gu je vais appeler monsieur Croquemitaine ; Alors qu’on n’est pas sage il fait peur aux enfants.Sons ce joli bonnet, moi j’étais si gentille, Il me coiffait si bien ; vilain, vous l’avez pris ; Vous avez beau singer votre petite fille, Lizi n’a pas de barbe ni de longs cheveux gris.Lizi rit gentiment, vous faites la grimace ; Avec vos deux grands pieds vous courez lourdement ; puis vous toussez bien fort, car ce jeu là vous lasse Tandis que Lizi court et saute lestement.Allons, arrêtez-vous ; monsieur, soyez donc sage ; Je vous aimerai bien ; là, si quelqu’un venait, Que dirait-on de voir un papa de votre âge Avec sa grosse tête et mon petit bonnet î — 148 —* c’est indigne, Vous n’obéissez pas, vous riez.Prenez-y garde au moins, je vais vous corriger ; Vous le savez, je mords, je pince et j'égratigne : Non, j’aime mieux pleurer pour vous faire enrager.Quand j’aurai bien pleuré, j’aurai les yeux tout rouges, Puis je cri rai bien fort, alors maman viendra ; Devant elle, ah ! méchant, nous verrons si tu bougea Et ce sera bien fait, maman te grondera.Eh bien 1 faut-il ?tenez, vilain, déjà je pleure ; Grand papa, mon bonnet ou je vais commencer.Vous cédez !.C’est gentil, eh bien ! à la bonne heure Pour votre peine alors je vais vous embrasser.*** Lorsqu’une personne juge A propos de renvoyer un journal ou une revue, elle doit affranchir le numéro qu’elle renvoie.Ce No du Couvent est le dernier de la IlJème année.Ayez donc la bonté dep yersans retard votre abonnement, puisque l’abonnement finit avec l’année scolaire.Si certains numéros voua font défaut, nous les tenons A votre disposition.La femme est une fleur qui n’exhale sou parfum que dans l’ombre.( Lamennais), - 149 - C'EST LE TEMPS DE COMMENCER VOTRE PROVISION DE PLANTES MÉDICINALES.Plantes toniques astringeantes Chêne, frêne, noyer, ortie, pervenche renouée, ronce, rosier, saule, vigne.Plantes toniques amères Chicorée amère, gentiane, houblon, noyer.Plantes excitantes Absinthe, ail, angélique, camomilles, cressons,hysope, lierre-terrestre, menthes, moutarde, persil, sapin, raifort, sauges, sarriette, serpolet, thym.Piaules sudorifiques Génevrier, houblon, patiences, saponaire, sureau, trèfle d’eau.Plantes expectorantes Asperges, carotte, genévrier,queues de cerises, sureau.Plantes purgatives Bourgène, colchique, gratiole, sureau Plantes vermifuges Absinthes, ail, camomilles, fougère, carotte, ricin, valériane.“ Mon amour est mon poids ”, disait saint Augustin.Je vaux autant que j’aime Dieu. - 160 - HOMMES ET CHOSES % « & n Une partie de la presse canadienne à sa crise annuelle contre le sénat.Sir Adolphe Chapleau, le grand tribun canadien, est mort lundi midi, le 13.Plusieurs correspondances ont paru dans divers journaux sur les réformes à faire dans la prononciation française du latin.Y ont pris part : La Vérité, Y Enseignement Primaire, le Courrier du Canada, L'Oiseau-Mouche, La Revue Ecclésiastique et la Semaine Religieuse de Québec.Il serait trop long pour le moment de résumer cet intéressant débat.La Semaine Religieuse de Québec publie une biographie de Jacques Bal mes, l’une des gloires du clergé espagnol.Bal mes fut tout à la fois le De-Maistre et le Veuillot de l’Espagne.Le Rosaire, de Saint-Hyacinthe, donne dans chaque numéro, de belles études sur des sujets actuels.M.Amédée Denault, auteur d’un récent opuscule : La forme chrétienne de l’assurance populaire, reçoit dans la presse du pays des éloges mérités La Défense dit entre autres choses, au sujet de cette brochure ; “ Les divers systèmes d’associations mutualistes y sont exposés avec une indiscutable compétence, à la lumière des enseignements du Saint Siège ”.Merci pour l’envoi d’un exemplaire. - 151 - Décès de M A N.Montpetit.M.Montpetit a écrit : Livres île lecture, Les Hommes Forts, Metgermette, Poissons d'eau douce du Canada.Bien que tout ne soit pas original dans les œuvres de M.Montpetit, l'auteur n'en reste pas moins un digne représentant de lettres canadiennes Le cinquième fascicule de la Bibtiothèque canadienne a pour sujet les Catacombes de Rome, par Mgr Paul Bruchési Les détails intéressants abondent dans cette brochure.On y trouve aussi une réponse très claire et très précise A certaines questions difficiles, de prime abord, en autres, par exemple : comment les chrétiens ont-ils pu fréquenter impunément les catacombes pendant 200 ans ?Pourquoi les peintures des catacombes semblent elles parfois de véritables énigmes ?ce travail constitue une petite histoire des manifestations sensibles du dogme catholique.Il est à ce point de vue précieux surtout pour le clergé et pour nos frères séparés.Le Père Charland, dominicain, du couvent de Lewiston, Maine, vient de publier : Les trois légendes de Madame sainte Anne.Le Père Charland est chercheur, un physionomiste et un original de bon aloi.Nous n'a vons pas encore lu Madame sainte Anne mais nous sommes persuadé à l’avance que Madame y est bien traitée I Ecrivez directement au R.P.Charland.Le Rosaire, tout en louant les conférences de M Doumic, sur la poésie lyrique au dix-neuvième siècle, fait de judicieuses réserves.un — 152 — Mgr A.Christie, le nouvel évêque de Vancouver, C.A., sera consacré le 29 juin courant.Un journal protestant de Toronto dit que beaucoup d’écoles de la province d'Ontario sont défectueuses au point de vue de l’éclairage, de la réutilisation et du chauffage Cela ne doit pas être vrai.C’est une calomnie.Les écoles de la province de Québec sont les seules à mériter semblable reproche 1 M.l’abbé Dauth, rédacteur de la Semaine Religieuse, est nommé chanoine titulaire de la cathédrale de Montréal.Une antique image de Notre Seigneur dans l’église de sainte Marie in Monticelli, à Rome, exécute un mouvement d’yeux ( 15 avril 1898 ) qui attire la foule.Le prodigieux évènement a plus de 600 témoins.Le R.P.Augier est le nouveau supérieur général des RR.PP.Oblats.Une statistique récente donne 50,000 catholiques au Japon.Le chapitre général des Dominicains s’est ouvert à Vienne, le jour de la Pentecôte.Le R.P.Fruh-with est aujourd’hui le maître général de l'Ordre.Le procès de canonisation de Pierre de Tarentaine, dominicain, plus tard pape Innocent V, marche heureusement. 153 - M, Crise en Italie.La monarchie est menacée.Le fil du spoliateur de l’Eglise s’apercevra que les biens volés sont difficiles à conserver.La misère règne en Italie.Dire que ce sont ces gens-là qui ont dépensé cinq cents millions en Afrique pour se faire battre par un monarque éthiopien.Le royaume d’Italie fondé par la franc-maçonnerie et digne fils de cette mégère, fait voir assez que l’unité .fondée sur l’injustice, ce n’est pas la force, mais la misère et la révolution.La situation des catholiques tend à s’améliorer en Prusse.Lu nouvelle chambre française qui compte 211 députés favorables aux libertés religieuses, marque un progrès sur l’ancienne, qui ne comptait que 173 députés favorables à ces libertés.La guerre ! Elle nous blague et nous blague encore.Quoi qu’il en soit, les Espagnols paraissent incertains chez eux, faibles à Manille, assez solides à Cuba.Les Américains avancent tranquillement.Leur marche cependant n’est pas du tout celles qu’ils avaient rêvée dans leur.Marie est la route abrégée pour aller il Jésus.Elle a les grandes entrées auprès de lui.Elle est son • Esther ; et les réponses aux pétitions que sa main présente, sont promptes et complètes.(Faber).f — 164 — Les Cerises Tout le monde, vivement ému, convint de la justesse de cette observation, et l’épouse du colonel serra de nouveau la main de Caroline, qu’elle avait toujours tenue entre les siennes, et lui dit les larmes aux yeux : “ Oui, il est cert in que vous fûtes notre ange tutélaire, et vous avez détourné de dessus notre famille le plus grand des malheurs Les deux demoiselles coururent, aussi embrasser Caroline, lui serrèrent la main avec la plus douce affection, et la forcèrent de s’asseoir entre elles et de prendre part au déjeuner.Chaque fois que nous mangions-des cerises, lui dit la plus jeune, nous parlions de vous sans vous connaître.— Oh ! que je m’estime heureuse, reprit l’aînée, de pouvoir enfin lier connaissance avec celle qui conservé notre père ” ! Cependant le colonel avait pris un air grave et rêveur.“ Vous vous plaisez souvent à vanter ma bravoure, à parler de mes actions d’éclat, dit il enfin, cependant voyez ce que c’est que l’homme I que peut-il contre les événements ?A quoi a-t-il tenu, à rien, à une poignée de cerises, que je ne sois depuis longtemps enterré dans le cimetière de Rebenheim avec le simple grade de lieutenant, et un autre serait devenu A ma place colonel de mon régiment.Ainsi mes décorations, mon grade et ma fortune, je les dois à une poignée de ceri-es, ou plutôt à la main de Dieu, qui s’est servi d’une enfant pour protéger la vie du guerrier qu’il voulait couronner des palmes de la victoire.Une autre fois, charmante demoiselle, nous aurons un plu ample entretien ; mais à présent une petite ad aire que j’ai à traiter avec M.le comte me force à vous quitter ”, Et les deux messieurs allèrent faire un tour au jardin.Caroline demeura instant avec les daines, puis elle se retira.“ An plaisir de vous revoir ! ” lui dirent-elles en lui prodiguant de nouveaux témoignages d’affection et d’intérêt.Cependant le colonel avait conduit son beau-frère le comte de Buchenain à l'autre bout du jardin pour causer avec lui.L’intendant général des domaines du comte étant mort depuis plusieurs mois, cette place se trouvait nous a un — 155 — vacante.Nombre de postulante Js’étaient présentés, et le comte ne savait trop lequel il devait choisir.Le matin même on avait beaucoup parlé de celte affaire, très importante pour une riche famille On ne pouvait plus retarder la nomination ; elle devait même se faire dans la journée.“ Maintenant, mon cher beau-frère, dit le colonel, tu n’a plus à hésiter entre tant de solliciteurs, en \oici un qui doit l’emporter sur tous les autres ; il faut prendre pour ton intendant le ci-devant bailli de Rebenheim.Ce n’est pas pour rien, crois-moi, que Dieu nous a envoyé précisément ce matin la fille de ce brave homme, et qu'il m’a fait arriver hier pour la rencontrer avant que la place fût donnée.— C'est vrai, répondit le comte, ces braves gens ont bien mérité de notre famille, et M.Ehrenberg est sans doute un très honnête homme, j’en suis persuadé ; cependant je ne le connais pas as-ez pour lui confier une charge aussi importante, il faudra me laisser le temps de réfléchir un peu.— Eh ! morbleu ! s’écria le colonel avec su vivacité militaire, y a-t il besoin de tant de réflexions ?Tu ne connais pas assez M Ehrenberg, dis tu ! mais moi, je le le connais, et je le garantis que tu ne trouveras pas dans toute l’Allemagne un homme plus probe que lui.Après les désastres de la guerre, je me suis transporté à deux reprises différentes au village de Rebenheim pour témoigner à la bonne Caroline ma reconnaissance du service qu’elle m’avait rendu.Je n’ai retrouvé ni elle ni parents ; mais j’ai appris une foule de particularités qui font le plus grand honneur à cette estimable famille.Toute la commune se plaisait à louer l'intégrité du mari et la bonté de la femme et de leur jeune enfant.Des vieillards me disaient les larmes aux yeux : “ M.Ehrenberg, notre bailli, a été le modèle de la justice, de l’activité, de l’amour de Tordre et de la bienfaisance.Jamais, ajoutaient-ils, nous ne pourrons oublier ni assez reconnaître tout le bien qu’il a fait, à notre commune et à chacun de nous en particulier.Eu quelque lieu que cet homme de bien se trouve, le bonheur doit le suivre ; car le bon Dieu récompensera ses vertus.” Voilà ce que nie ses - 156 — disaient ses anciens administrés ; ainsi je te réponds de lui, et te demande en grâce de lui donner la place vacante.Mais dépêche-toi, fais expédier sa nomination et procède à son installation dans la double charge de bailli de Buclienain et d'intendant général de tes domaines, afin que je puisse avoir le plaisir de lui porter moi-même son brevet.” L’atiaire étant ainsi arrangée, le brevet fut rédigé et signé.Depuis longtemps le colonel n’avait trouvé la • matinée aussi belle, et, disait-il, jamais, pas même le jour d’une brillante victoire, il n’avait senti autant de joie dans son cœur.Caroline ne prévoyait nullement les généreux projets du colonel ; pourtant elle retournait bien contente chez ses parents, que cette longue absence avait déjà inquiétés- “ Obère enfant, lui dit son père, que t’est-il donc arrivé f je vois tes yeux rayonnants de joie ”.Caroline raconta ce qu’elle venait d’apprendre, et comment les cerises autrefois données par elle à l’officier de hussards avaient contribué à préserver les jours de ce défenseur de la patrie.Alors les parents bénirent la sainte providence de Dieu.“ Voici un rayon d’espérance, dit la mère ; peut-être verrons-nous enfin des jours meilleurs.— Oui, Caroline, ajouta son père, celte aimable bonté du cœur qui se manifestait déjà dans ton enfance rendra peut-être à tes parents leur ancienne prospérité.— Mais si j’ai eu cette bonté, reprit la modeste Caroline, c’est de mes chers parents que je la tenais ”, Cet évènement faisait encore le sujet de leur conversation, lorsqu'on entendit le bruit d'un sabre traînant sur les marches de l’escalier et les pas précipités d’un homme arrivant en toute hâte : c’était le colonel.La porte s’ouvrit : “ Bonjour, monsieur l’intendant des domaines du comte de Bucheuain 1 s’écria-t-il en entrant et en serrant affectueusement la main de M.Ehrenberg.— Comment I intendant de Buehenain 1 dit Ehrenberg surpris, et pensant que le colonel croyait s’adresser à une autre personne ; vous vous trompez, je ne suis pas. — 167 —' — Non, non, je ne me trompe point du tout, repartit le colonel, tirant de sa poulie un portefeuille, Voyez-vous ce portefeuille-là ?je ue le porte sur moi qu’aux jours de grande réjouissance, comme par exemple aujourd’hui, où j’ai eu le bonheur de revoir votre aimable Caroline.Regardez, ajouta-t-il en montrant l’endroit endommagé, c’est ici que frappa la balle.Je pense que votre fille vous a déjà conté cela.— Oui, Monsieur, et son récit nous a causé beaucoup de joie ”, répondit Ehrenberg.Alors le colonel ouvrit le portefeuille, et en tira un acte sur parchemin qu’il présenta au bailli : “ Tenez, lisez ”, Ehrenberg le lut, et resta stupéfait : c’était sa double nomination à la place d’intendant général et de bailli honoraire du comté de Buchenain, avec un traitement fixe de quatre mille francs, le logement, un grand jardin et beaucoup d’autres avantages.Cet estimable père de famille, depuis si longtemps assujetti aux privations de toute espèce, et qui même en ce moment n’avait pour vêtement qu’une redingote râpée, mais encore très propre, pouvait à peine en croire ses yeux.“ Lisez donc tout haut, lui dit le généreux colonel ; votre épouse et jeune bienfaitrice, l’aimable Caroline, paraissent curieuses de savoir le contenu de ce papier qui vous cause tant d’émotion ”, Ehrenberg lut l’acte d’une voix très émue, et la mère et la fille pleuraient de joie.“ Chez nous autres hussards, dit le colonel, tout doit aller vite.Il y a une heure encore, personne au monde ne se serait imaginé que vous dussiez être intendant général et bailli de Bucnenain ; eh bien, il faut qne l’affaire finisse comme elle a commencé ; venez donc tout de suite avec moi, que je vous présente à mon beau-frère Et comme Ehrenberg demandait la permission de faire de toilette : Je vous donne un quart d’heure, lui ma un peu dit-il, et je vous attends à l’hôtel du comte ’’.Puis s’adressant à Caroline et à sa mère : “ Quant à vous, Mesdames, veuillez faire sur-le-champ tous les préparatifs nécessaires pour votre prompt départ.Le cœur me saigne de vous voir si mal logés.Durant mes campagnes j’ai rarement trouvé un gîte si ~ 158 triste et si mesquin ; mais à Buchenain vous aurez maison qui vous plaira ; il y a un superbe jardin et de très beaux cerisiers.Il faut que lundi prochain vous y soyez installés ; car ce jour-là mon beau-frère et moi irons vous y voir.Ce sera une véritable fête, et nous y ferons, je l’espère, un repas un peu plus joyeux que celui que mes hussards et moi nous avons fait sous le canon des ennemis, au milieu des maisons incendiées du village de Rehenheim.N’oubliez pas surtout, chère Caroline, de nous faire servir des cerises au dessert.Je pense que d’ici là ces fruits seront à maturité Après avoir dit ces mots, il se hâta de sortir, afin de se soustraire aux témoignages de reconnaissance de cette famille qu’il venait de rendre heureuse, comme aussi pour cacher des larmes d’attendrissement qui allaient lui échapper, et il descendit l’escalier si lestement, qu’Eh¦ renberg ne put être assez prompt pour l’accompagner.“ O "Caroline, dit Ehrenberg lorsqu’ils se trouvèrent seuls, qui donc aurait pu s’imaginer que ce petit arbre que je plantai le jour de ta naissance nous rapporterait un jour de tels fruits ?— C’est Dieu qui l’a voulu ainsi, répondit la mère en joignant les mains.Je me souviens encore du jour où nous allâmes contempler cet arbuste lorsqu’il venait de fleurir pour la première fois ; notre Caroline, qui avait alors un an à peine et que je portais sur mon bras, le regardait aussi avec joie.Je me rappelle encore le vœu que nous fîmes ce jour-là d’élever notre fille chrétiennement et avec soin ; nous demandâmes à Dieu de nous accorder la grâce nécessaire pour ^accomplir ce vœu.Notre prière a été exaucée au delà de toutes nos espé-Gloire et louanges en soient rendues à notre une nous rances.Père céleste 1 — Oui, dit Ehrenberg, jamais une prière fervente adressée au Ciel par de bon- parents ne reste sans effet, De même que Dieu a daigné accueillir favorablement supplications alors que nous étions auprès du jeune cerisier, de même il daignera aussi agréer les actions de grâces que nous lui adressons aujourd’hui Caroline, se joignant à ces témoignages d’une religieu-e reconnaissance, s’écria avec une vive et solennelle nos DD 1 ô9 —* émotion : “0 notre Père, qui êtes au ciel, voua dont l’amour et la sollicitude paternelle pour toutes les créatures humaines surpassent encore tous les soins que les parents les plus tendres puissent prodiguer à des enfants chéris, daignez, oh I daignez agréer nos éternelles actions de grâces ”, FIN AU CIMETIÈRE On lit dans le journal d’Eugénie de Guérin I 7 avril 1838 ) : “ D’où diriez-vous que je viens, ma chère Marie ?Oh ! vous ne devineriez pas ; de me chauffer au soleil dans un cimetière.Lugubre foyer si l’on veut, maïs où l’on se trouve au milieu de sa parenté.Là, j’étais avec mon grand-père, des oncles, des aïeux, une foule de morts aimés.Il n’y manquait que ma mère qui, hélas 1 repose un peu loin d’ici.Mais pourquoi me trouvais-je là ?Me croyez-vous amante des tombeaux ?Pas plus qu’une autre, ma chère.C’est que je suis allée me confesser ce matin : et comme il y avait du monde, et que j’avais froid à l’église, je suis sortie et me suis assise au soleil dans le cimetière ; et là les réflexions sont venues, et les pensées vers l’autre monde et le compte qu’on rend à Dieu.Le bon livre d’examen qu’une tombe 1 Comme on y lit des vérités, comme on y trouve des lumières 1 Comme les illusions, les rêves de la vie s’y dissipent, et tous les enchantements 1 * — 1G 0 — Au sortir de là, le monde est jugé, on y tient moins.Le pied sur une tombe, on tient moins à la terre.Il n’est pas de danseuse qui ne quittât sa robe de bal et sa guirlande de fleurs, pas de jeune fille qui n'oubliât sa beauté, personne qui ne revînt meilleur de cette terre des morts ”.De notre temps on n’ose plus commander, encore moins ose-t-on punir.On dit qu’il n’y a plus d’enfants.Ajoutons qu’il n’y a plus de parents.Il n’y a plus d’inférieurs qui obéissent, parce qu’il n’y a plus de supérieur qui commande et qui punisse.Coupable celui qui doit obéir et n’obéit pas.Coupable aussi celui qui doit commander, et ne commande pas.( Mgr Isoard ).Dieu nous visite souvent, mais la plupart du temps nous ne sommes pas chez nous.Petites et grandes affections, tout nous quitte et meurt à son tour.Notre cœur est comme un arbre entouré de feuilles mortes.( Eug.de Guérin.) Vivre sert peu à qui ne s’applique à bien vivre ; et bien vivre servirait peu s’il n’était donné de vivre toujours.Dieu nous donne la vie pour vivre, la grâce pour bien vivre, la gloire pour vivre toujours.( S.Ant.de P.) «T
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