Le pays laurentien, 1 novembre 1916, Novembre
1ère ANNEE.—No.11.NOVEMBRE 1916 LE PAYS LAURENTIEN LA CHAINE DES LAURENTIDES VUE D’OTTAWA mnn Ouvrez ou fermez la fenêtre, j Des gorges, des lacs, des montagnes J’ai les montagnes sous les yeux.Sortent les flots rebondissants De proche en proche on voit renaître | Qui rafraîchissent les campagnes, Leurs dos d’éléphants monstrueux, j Abreuvent les blés jaunissants.Salut ! troupeau des Laurentides Qui chemine vers l’occident Où vont les nuages rapides Emportés sur l’aile du vent.Muraille immense, les tempêtes Tourbillonnent dans vos sommets, J’ai vu l’aurore sur vos têtes; Jamais je n’oublirai, jamais! Mais vous, que jamais rien ne presse, Comptant un siècle à chaque pas, Vous avancez avec noblesse Vers les pays cachés là-bas.I J’ai vu le terme de la course Où s’étagent vos grands plateaux Et c’est tout auprès de la source Du Saint-Laurent aux verts coteaux.t Par la fenêtre où je regard; Le changement de la saison Je vois des pics montant la garde Qui s’alignent vers l’horizon.Parfois, du centre de la ville, L’étranger s’arrête surpris, Devant ce grand corps qui défile Avec des contours arrondis.De l’est à l’ouest, barrant l’espace, Rejettant le nord d’un côté, Réservoir de neige et de glace, Vous devenez fleuve en été.Ce sont nos Alpes, nos Carpathes, C’est notre Ecosse et ses vallons, Nos lacs d’Irlande ou des Croates, Toujours plus beaux plus nous allons, Saluez les masses splendides De ces géants dominateurs Et que le nom des Laurentides Parle à l’esprit comme à vos cœurs. — 2:78 — LES REVUES LAURENTIENNES Les étrangers qui s’intéressent aux Canadiens demandent parfois aux libraires ou à d’autres personnes de notre province de leur indiquer quelques revues du Canada.Le Canada en compte plus de deux douzaines et combien de nos compatriotes seraient embarrassés d’en nommer trois.Je sais même un libraire qui répondit à un français que le Canada n’avait que deux revues: La “Revue Canadienne’’ et la “Nouvelle-France’’.Ce français étonné, parce qu’il en recevait déjà trois en dehors de celles nommées, m’écrivit pour détails supplémentaires.Je me hâtai de lui citer une douzaine de publications canadiennes pour détruire le mauvais effet produit par ce libraire éteignoir.Dire que le Canada français n’a pas de revues, c’est le dénigrer et le calomnier affreusement.Le Canada français ne compte pas loin de cent publications hebdomadaires, mensuelles et trimestrielles ayant les caractères de la revue.La plupart de celles-ci sont des revues religieuses, organes d’œuvres et de sociétés, de diocèses ou de paroisses.Nous n’avons pas l’intention d’en dresser le catalogue complet.Nous nous contenterons de mentionner les principales en indiquant en peu de mots leurs caractères: La Revue Canadienne, publiée par un groupe de professeur de l’Université Laval, fondée en 1864, est la plus ancienne de nos revues.La plupart de nos écrivains y ont collaboré et la collection forme le plus beau répertoire de littérature nationale qui se puisse trouver.Revue sérieuse et digne, à laquelle on a fait récemment le reproche d’être plus française que canadienne.Est-ce signe d’âge ?Non, car elle compte de brillants collaborateurs parmi les jeunes professeurs de l’Université qui ont orienté la revue vers des points de vue nouveaux et des champs inexplorés chez nous.Mensuelle, $3.00.La Revue Trimestrielle, publiée par un groupe de professeurs et d’anciens élèves de l’Ecole Polytechnique.Revue sérieuse et scientifique, le plus bel effort du Canada-français dans ce domaine.Trimestrielle, $3.00.La Nouvelle France, revue mensuelle, publiée sur la direction de l’abbé L.St.- G.Lindsay.Revue littéraire, apologétique, historique et théologique.Mensuelle $2.00 Le Parler Français, organe de la Société du Parler français du Canada, revue mensuelle philologique et littéraire $2.00. 279 — Le Bulletin des Recherches Historiques, organe de la Société des Etudes Historiques, revue mensuelle, documentaire, intermédiaire des chercheurs dans le domaine historique.P.-G.Roy, directeur.$2.03.Le Bulletin de la Société de Géographie de Québec, revue mensuelle géographique.$2.00 L’Enseignement Primaire, revue mensuelle pédagogique publiée à Québec sous la direction de J.-C.Magnan.L’Enseignement Secondaire, revue trimestrielle pédagogique.Un Canadien errant, petite revue de lectures pour le foyer dirigée par Ernest Bilodeau, mensuelle 75 cents l’année.Le Petit Canadien, organe d’action patriotique et sociale, publié par la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, mensuel 50 sous par an.Le Pays Laurentien, revue mensuelle historique et littéraire, fondée par Casimir Hébert et Gérard Malchelosse dirigée par le premier sous le pseudonyme de Pierre Héribert.La revue la plus pleine de terroir publiée aux bords du Saint-Laurent, celle que l’on lit depuis le titre jusqu’au colophon parce qu’elle réflète beaucoup l’âme des gens de chez nous.$2.00 par an.Le Naturaliste Canadien, fondé en 1888 par l’abbé Provencher et dirigé par l’abbé Huard, la deuxième pour la date de fondation de nos revues lau-rentiennes actuelles.Revue des sciences naturelles, mérite un plus grand encouragement des nôtres, mensuelle, $1.00 l’année.Le Canadian Antiquarian and numismatic journal, revue trimestrielle bilingue de la Société des Antiquaires de Montréal, fondée en 1872, a cessé sa publication pour le temps de la guerre.Histoire et numismatique.Le Semeur, organe de L’Association de la Jeunesse Canadienne française, revue mensuelle d’action sociale et catholique.$1.00 l’an.Ottawa Naturalist, revue scientifique bilingue publié à Ottawa.La Bonne Parole, organe de la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste, revue mensuelle des intérêts féminins.50 sous par an.Le Foyer, revue mensuelle féminine, organe de l’œuvre du même nom’ $1.00 l’an.L’Ami du Foyer, revue mensuelle de lectures des familles publiée à Saint-Boniface par le Rév.Père Gladu O.M.J.$0.50 l’an.La Revue Dominicaine, revue d’action religieuse mensuelle publiée par les Dominicains de Saint-Hyacinthe, une des plus sérieuses du Canada français.$1.00 l’an.Le Messager Canadien, revue mensuelle des intérêts des associés des ligues du Sacré-Cœur.$0.50 l’an. — 280 — La Tempérance, organe d’action sociale, dirigé par les Franciscains de Montréal, 25 sous par an.Nous avons jusqu’ici nommé 21 publications; nous mentionnons encore les suivantes: Les Annales de Saint-Joseph, de Sainte-Anne de Beaupré, des Prêtres adorateurs, Le Messager de Notre-Dame du Sacré-Cœur, de Marie-Reine des Cœurs, Le Petit Messager du Très Saint-Sacrement, le Bulletin Eucharistique, L’Echo paroissial du Sacré-Cœur (Chicoutimi), La Revue Eucharistique, la Revue du Tiers-Ordres, les Missions d’Afrique, Les Fleurs de la Charité, La Semaine religieuse de Québec, celle de Montréal, Les Cloches de Saint-Boniface, plus de vingt bulletins paroissiaux, plusieurs revues médicales et commerciales telles que : Montréal Médical, La Clinique, L’Union Médicale du Canada, Le Journal de Médecine et de Chirurgi-publiées à Montréal et Le Bulletin Médical à Québec.Le Moniteur du Corne merce, le Prix courant, Tissus et Nouveautés, Liqueurs et Tabacs, des revues populaires telles que le "Samedi”, la "Revue populaire” etc., des revues légales, musicales etc.Ht nous en avons omis.Nous avons crû bon de dresser cette liste pour aider nos compatriotes à ne pas dénigrer leur province mais aussi pour nous permettre de leur rappeler qu’il est de leur devoir de favoriser de toutes leurs forces les revues et les journaux publiés en langue française, surtout ceux qui se font les défenseurs des saines traditions, de nos intérêts nationaux, patriotiques, ou professionnels.Ce sont autant de véhicules de la pensée canadienne, la manifestation de l’effort intellectuel national, et de leur succès dépend le triomphe de nos intérêts vitaux, le respect de nos libertés constitutionnelles.Si nous voulons que le verbe français se maintienne sur les bords du Saint-Haurent, il faut en multiplier les échos par la presse quotidienne, hebdomadaire et mensuelle.Il faut forcer nos compatriotes à repéter ce verbe et entraîner pacifiquement ensuite nos concitoyens de langue différente à prendre contact avec Lui, s’ils veulent connaître les trésors de pensée que nos littérateurs, nos philosophes et nos économistes auront enchâssés dans nos revues.Tant qu’il y aura des journaux et des revues pour répéter aux populations laurentiennes leur devoir dans la lutte pour le maintien de leurs droits et de leurs libertés, il est une raison d’espérer dans le succès final.Mais si nous négligeons notre devoir envers nos écrivains et nos penseurs, si nous les forçons par notre indifférence à se taire, si les porte-voix de la nation sont réduits au silence, notre plainte sera ignorée parce qu’elle se sera confinée à 281 la seule expression parlée; le journal atteint des recoins auxquels ne saurait parvenir la voix la plus éloquente; il va jusque chez l’adversaire y détruire le préjugé, revendiquer la justice, ce que l’orateur ne peut faire d’ordinaire qu’au milieu d’auditoires sympathiques; l’orateur a besoin du journal pour porter sa voix aux oreilles absentes.Ne l’oubliez pas, car vous seriez à blâmer, ô canadiens de peu de zèle, qui recevez le “Collier’s” ou le “Canadian Courier”, et qui refusez de vous abonner à une revue de chez nous, sous prétexte que vous n’avez pas le temps de lire ?Vous n’avez pas le temps de lire et vous donnez sept dollars par an au journal étranger ?Ce même argent apporterait trois revues du terroir à votre foyer et au lieu de saturer votre femme et vos enfants de littérature toron-tonienne, souvent pétrie d’intolérance et d’étroitesse, vous assureriez à votre famille le contact avec la littérature de chez nous et partant le maintien dans son sein, des coutumes, mœurs et croyances nationales.Pierre HERIBERT PENSEES D’AUTOMNE Automne, il te faut comme au génie à l’étroit, Les monts, l’azur, sans quoi tu glisses dans la fange; Il faut le hêtre ainsi qu’un sceptre aux mains d’un roi, Et la feuille morte à ton diadème étrange.L’été folâtre rit, mais la pensée en toi Berce ses rêves las de ce qui passe et change; Ta mélancolie est l’harmonieuse loi De ces temps courbés sous la guerrière phalange.Tes feuilles font de leur essaim silencieux, Des chemins d’or montant sous un ciel radieux Jusqu’à l’âpre sommet des monts mélancoliques; Dans la plaine aux chants doux, aux pommiers antiques, La feuille tombant fait aux fruits morts un linceul, Et l’arbre éploré seul reste, sombre aïeul.Dans les Montagnes de St-Bruno.W.-A.BAKER. — 282 — LES ARPENTS DE NEIGE Il y a une soixantaine d’années, un lecteur canadien a découvert “Candide” de Voltaire et il y a trouvé: “En ce temps-là on se battait pour quelques arpents de neige au Canada”, ce qui lui monta les sangs et il en parla, fit connaître la phrase par le moyen des journaux, dauba sur Voltaire, lui attribua la cession de la colonie à la Grande-Bretagne, en un mot, il avait inventé, sans y prendre garde, une rengaine idiote destinée à faire son chemin dans notre monde.Depuis plus d’un demi-siècle, la phrase sert de refrain aux orateurs, elles se faufile dans les gazettes et les livres, on la cite à tout bout de champ dans les conversations,—elle signifie que Voltaire ayant un jour ridiculisé le Canada, la France adopta l’idée de cet homme et fit bon marché d’une possession qui déplaisait au grand maître de la moquerie.Non seulement l’influence de Voltaire était nulle à l’époque de la guerre de Sept Ans, mais de plus il écrivit “Candide” comme cette guerre finissait en Europe et alors qu’elle était finie en Canada.Ceci n’a pas créé cela.Au lieu d’avoir l’attrait d’une nouveauté, la phrase en question n’était qu’une vieillerie qui traînait partout depuis trente, cinquante, soixante ans.Elle ne pouvait produire aucun effet en France dans le moment, mais, plus tard, un lecteur quelconque devait s’y faire prendre et même lui attribuer de l’importance— et nous savons qu’il n’a pas manqué son coup celui-là.Pour un homme instruit, cette phrase remonte au temps d’FIenri IV c’est-à-dire au temps de Champlain.Elle a été dite, redite, sous vingt formes diverses, depuis 1600 jusqu’à 1760 par une foule de personnages et de bonnes grosses têtes qui passaient pour de grands cerveaux ou des gens plus clairvoyants que les autres.Sully disait à Henri IV pis que pendre des projets de Champlain.Il n’était pas le seul de son opinion—c’était tout un parti et ce groupe, opposé à l’idée coloniale, s’est perpétué sous les trois rois qui ont succédé au premier Bourbon.Cette note discordante se trouve partout dans l’histoire de France.C’était un lieu commun mais soutenu par un parti souvent très actif.En Espagne, même état de chose.Le parti adverse aux colonies avait pour son dire que ces contrées lointaines amèneraient le dépeuplement du royaume, mais il n’a jamais pu entraîner la masse du peuple, ni les grands, parce que le Mexique et le Pérou produi- 283 saient en abondance l’or, l’argent et des épices dont le commerce enrichissait la nation.En France, les arpents de neige avaient beau jeu.On ne tirait du Canada que des fourrures dont bénéficiait un certain monopole, toujours mal vu à cause de ce privilège.“Je voudrais voir la Nouvelle-France au fond de la mer Glaciale” était un dicton courant.Voltaire ne l’a pas inventé.Durant la guerre de Sept Ans, l’influence de cet écrivain était réduite à zéro.On aurait grand tort de lui attribuer un rôle dans l’abandon du Canada qu’il désirait tout néanmoins—comme bien d’autres.A la distance où nous sommes de lui, on est porté à mettre sur son compte nombre de faits dont il a parlé, car nous nous figurons que ce démolisseur était de son temps en plein relief et comme un être à part, exceptionnel, planté sur un piédestal à la façon d’une statue sur la place publique.Il n’en était pas ainsi.Ses collègues ou compères, tous imbus des mêmes sentiments, formaient légion et si leurs livres, pamphlets et gazettes sont tombés dans l’oubli c’est que Voltaire a su mieux que personne répéter comme un perroquet habile tout ce qui se débitait autour de lui.Son talent a sauvé ses oeuvres.Ce qu’elles contiennent était la pâture intellectuelle de tout le monde.Il a su dire excellemment ce que des scribes de talents inférieurs publiaient à la brasse.Voilà comment c’est toujours la faute à Voltaire pour nous.Etant du parti anti-colonial, il a ramassé, au cours de sa correspondance avec Pierre et Jacques, les expressions en usage contre les possessions d’outre-mer —c’était longtemps avant “Candide”; cependant on ne mentionne jamais ces passages de la correspondance.Il n’a été que l’écho des bavards qui déblatéraient contre les colonies.Combien d’autres en ont fait autant! Trente mois avant l’apparition de “Candide” on eut une preuve éclatante de l’indifférence qui existait dans le royaume à l’égard du Canada.La Rochelle ayant adressé à tous les centres industriels et commerciaux de France une demande de ralliement pour presser le conseil du roi à réserver certains avantages si, après tout, il fallait céder la colonie, Rouen et Marseilles y répondirent sur un ton à peu près encourageant—les autres tournèrent le dos.Ce n’était pas la faute à Voltaire, mais bel et bien la haine du monopole, aussi les villes qui refusaient d’agir devaient penser qu’il valait mieux se débarrasser des arpents de neige.On n’avait jamais — 284 — tiré de ce pays que des fourrures et on l’avait toujours regardé comme une inutilité coûteuse.En toute matière historique, commençons toujours par nous pénétrer de l’esprit du temps.Sans cela, tout devient erreur.En Erance, aujourd’hui, des milliers de personnes attribuent à Voltaire uniquement des choses dont il a parlé en passant, en écho, en amuseur—c’est qu’on ignore jusqu’à quel point tout le monde parlait de cette manière au moment où il écrivait.Notre malentendu est du même genre.Si l’on veut absolument que les propos de Voltaire aient eu quelque poids dans nos affaires, il faut remonter aux années de la correspondance antérieures à la guerre et non pas citer “Candide” qui ne survint qu’après la capitulation de Montréal.Si Voltaire n’avait pas été doué de tant d’esprit, il ne resterait de ses productions que des fragments.Sa valeur consiste à avoir répété ce qui se disait sans cesse, avoir tout ramassé et tout mis dans son moule incomparable.A nos yeux, à présent, il a l’air d’un créateur universel et ce qui pis est, d’un homme qui faisait la pluie et le beau temps, alors qu’il n’en menait pas large, on devrait le savoir.C’est une gloire posthume.Il a survécu à ceux de la même phalange, à ses ennemis pareillement et il a de nos jours le prestige d’un dominateur—ce qu’il n’avait pas de son temps.Au lieu d’être à la tête du parti anti-colonial il n’était qu’à la queue et perdu dans le ramas des discoureurs insignifiants.Ce que les Français détestaient dans le Canada est facile à comprendre.Le royaume payait nos guerres et ne retirait rien, ou presque rien des arpents de neige.Le monopole du commerce de la colonie enrichissait les membres de cette société.Ce monopole nous mettait constamment en gribouille avec les colonies anglaises et la France payait les pots cassés—pour ne rien dire de ce qu’il en coûtait à nos habitants, sang et argent.C’est une histoire qui dura trois quarts de siècle au moins.Voilà ce qui explique les arpents de neige.Voulez-vous la clé d’une autre phrase très répandue et jamais éclaircie: “La France ne sait point coloniser”.Partout autour du globe il y a eu, depuis trois cents ans, des colonies françaises et leurs annales prouvent deux choses: 1° les Français sont des colonisateurs incomparables, 2° les gouvernements français sont des destructeurs de colonies.Ce n’est pas la neige qui a paralysé tant d’établissements français sous divers climats tous plus chauds et plus favorisés que le Canada.Benjamin SULTE. — 28, LES JOURS DE FEU Le soleil nait, s’éteint sous sa tiare d’éclairs Puis remonte enflammé derrière la montagne, Et, comme un grand vautour enlevé dans les airs, Il plane avec orgueil sur toute la campagne.Et les sommets des monts, pareils à des volcans, Exhalent sur les prés leur haleine torride, Tandis que les blés mûrs forment des océans Dont les flots sont figés d’un or que rien ne ride.La nature est souffrante et la terre se fend: Plus de douce rosée, hélas! et plus de brise.La plante à bout de vie, aux tiges mornes, pend, Et l’abeille s’endort dans la fainéantise.Depuis deux jours entiers l’oiseau n’a pas chanté Dans les bois qu’on dirait faits de marbre ou de cire; Les bœufs, cherchant de l’ombre, errent en liberté, Et seul l’ardent grillon semble éclater de rire.Les robustes pommiers eux-mêmes sont lassés Et penchent l’un sur l’autre en poses languissantes;-Les buissons asséchés s’affaissent, écrasés, Ou s’effeuillent sans bruit comme des fleurs mourantes.Il jaillit de partout des murmures plaintifs: Au fond des nids de mousse et des bosquets étanches S’élèvent des appels et des cris convulsifs, Comme pour demander de la fraîcheur aux branches.Ardents, vifs, crépitants,"courant le sol, des feux Illuminent les bois et couronnent les arbres, Et l’on dirait alors des pilastres, des marbres Sombres et sur lesquels se sont posés les cieux.Et l’Occident s’emplit de sanglantes lumières: On dirait que, là-bas, dans un vallon perdu Fantastique et farouche en son travail ardu, Quelque Titan halète à forger des tonnerres. 286 LES AUTEURS PATERNELS ET MATERNELS DE FEU MONSIEUR NAPOLEON BOURASSA Le trisaïeul paternel de l’auteur de “Jacques et Marie’’ se nommait François Bourassa.D’après Tanguay, il naquit en France en 1659, de l’union entre François Bourassa et Marguerite Dugas, de St-Hilaire de Loubay, évêché de Luçon (Vendée).Il épousa à Contrecœur, P.Q., le 4 juillet 1684, Marie Lebert.Celle-ci fut baptisée à Montréal le 6 décembre 1666 et était fille de François Lebert et de Jeanne Testar.Elle s’était mariée en premières noces le 9 janvier 1681, à Charles Robert, et devenue veuve de François Bourassa elle convola en troisième noces le 22 avril 1714 avec Pierre Hervé.* % * De l’union entre François Bourassa et Marie LeBert naquit François Bourassa qui fut baptisé à Laprairie le 10 avril 1698.Celui-ci épousa en premières noces à Laprairie le 10 février 1721, Marie-Anne Deneau, baptisée au même lieu le 27 février 1704.Elle était fille de Jacques Deneau dit Destailles et de Marie Rivet et fut inhumée audit lieu le 20 avril 1733.François Bourassa se remaria au même lieu le 10 janvier 1735 à Marie Susanne Lefebvre, fille de Pierre Lefebvre et de Marie Louise Brosseau et qui fut baptisée le 1er décembre 1710.* * * Du mariage entre François Bourassa et Marie Anne Deneau est issu Albert Bourassa.Né en 1724, celui-ci se maria trois fois, savoir 1° à Laprairie le 25 février 1754, à Marie-Jeanne Brosseau qui mourut le 27 avril 1774 et fut inhumée le lendemain à Chambly; 2° à Chambly le 22 mai 1775 à Marie-Anne Larivière, veuve de Jean-Baptiste Becet.Celle-ci décédé le 23 juin 1779 et fut inhumée le surlendemain au dit lieu; 3° à Belœil le 6 novembre 1780 à Marie Jannot dite Lachapelle, veuve de Nicolas Bouvet.* * * Albert Bourassa mourut le 5 février 1786, “âgé de 62 ans”, dit son acte de sépulture, et il, fut inhumé le 7 du même mois à L’Acadie.Le 22 juin 1795, Marie Jannot, sa veuve, convola en troisièmes noces à L’Acadie, avec Amand Brault, originaire de la paroisse de Saint-Joseph de la rivière aux Canards, en la vieille A-cadie.Celui-ci avait été déporté à l’automne de 1755, à la baie — 287 du Massachusetts avec sa femme et leurs enfants.En 1767 ils revinrent de l’exil et se fixèrent à L’Acadie autrement dite Sainte-Marguerite de Blairfindie.Amand Brault mourut le 17 mai 1810, et de son union avec Marie Jannot, veuve d’Albert Bourassa, il eut une fille nommée Marguerite qui épousa d’abord Joseph Béchard et ensuite Julien Lagesse.* * * De l’alliance entre Albert Bourassa et Marie Jannot naquit à L’Acadie, le 29 novembre 1785, François Bourassa qui n’avait que deux mois et demi quand il perdit son père (le 5 février 1786) et était âgé de neuf ans quand sa mère épousa Amand Brault.Celui-ci l’adopta comme son propre enfant.François Bourassa, l’enfant adoptif d’Amand Brault, était âgé de vingt-sept ans et demi quand il contracta mariage.Il était alors marchand à l’Acadie où plus tard il devint capitaine des Milices.Son mariage eut lieu au dit lieu le 6 septembre 1812, et celle qu’il prit pour femme était “Geniève Patenaude résidente dans cette paroisse, fille majeure de feu Etienne Patenaude et de Marie-Anne Provost, demeurante à St-Joseph de Chambly,” dit le ré-gistre qui nous apprend aussi que les parties contractantes “ont obtenu dispense du troisième degré de parenté.” François Bourassa mourut à St-Valentin le 19 septembre 1869 et, son épouse décéda aussi au dit lieu en 1872, âgée de 83 ans.* * % De ces derniers est issu le 21 octobre 1827, Napoléon Bourassa marié en 1857, à Marie-Azélie Papineau, fille de l’honorable Louis-Joseph Papineau et de Julie Bruneau, et décédé le 27 août 1916, à Laehenaie où il passait temporairement les vacances d’été.Il fut inhumé à Monte-Bello le 31 du même mois.Sa femme l’avait précédé dans la tombe en 1869.Pas une goutte de sang acadien ne coulait dans les veines du regretté Monsieur Napoléon Bourassa et c’est donc à tort qu’on s’est plu à prétendre le contraire.A l’exception des noms de l’abbé Lafrance et du Père Lefebvre, pas un seul canadien n’est mieux connu et plus aimé chez les Acadiens que celui de l’auteur de “Jacques et Marie”.Placide GAUDET. — 288 LES CHATELAINES (*) Mde A.-B.Lacerte PERSONNAGES:-Melle Marceline, gouvernante, Alice, douze ans, Ehane, dix ans, six fillettes, de dix à quatorze ans, Catherine, servante du château.PREMIER ACTE Melle.Marceline, Alice et Elianc.—Quand le rideau se lève la gouvernante est' debout, entre les deux fillettes; elle est vêtue d'un manteau, coiffée d’un chapeau et elle porte une petite valise à la main.Alice a, elle aussi, son chapeau sur la tête Melle.Marceline (à Eliane) Un dernier baiser, mon enfant, avant de partir.Je n’aime pas vous quitter, mes petites.Si je l’avais pu, je vous aurais emmenées avec moi, mais, c’est impossible, le trajet est long et difficile: plusieurs heures en wagon et trois heures en voiture.Vous ne pourriez supporter tant de fatigues.Eliane C’est la première fois que vous nous quittez depuis.Melle.Marceline Depuis que votre mère mourante vous a confiées à mes soins! Mais aussitôt que je pourrai quitter le chevet de ma mère malade, je reviendrai.En attendant, la maîtresse de pension prendra soin de vous.Quand je reviendrai, mes petites, nous partirons immédiatement pour le château que votre grand’tante vous a laissé en héritage.Alice Oh! oui, n’est-ce pas, Melle.Marceline?Eliane J’aurais tant aimé aller jusqu’à la gare, moi aussi!.(1)—Droits d’auteur réservés. — 289 - Melle.Marceline C’est impossible, petite.• Je t’ai entendue tousser la nuit dernière, et il fait aujourd’hui un vent froid qui glace jusqu’aux os.Au revoir, Eliane, ma chérie, je dois me hâter car je ne puis risquer de manquer le train.(Melle.Marceline sort) Alice (à Eliane) Ne sois pas inquiète si je retarde un peu à revenir.J’ai un plan que je veux communiquer au notaire; c’est à propos du château.(Elle sort à son tour).Eliane (settle) Quel plan peut-elle bien avoir en tête?.Je sais qu’Alice est désappointée, plus que moi encore peut-être, du départ de Melle.Marceline, qui remet notre départ à nous pour notre château de l’Etoile.(Elle s’assied sur une chaise berceuse et elle berce sa poupée en chantant).DO.DO des_______ pe - tits.Ferme tes yeux bien vite Pour me faire plaisir; Allons, chère petite, \ .Hate-de dormir, Do do do (bis) Dans ton petit nid rose Je vais te déposer.Fur ta paupière close ) Je mets un doux baiser J Do do do (bis) bis Alice devrait être de retour ce me semble! (Elle se lève et va regarder à la fenêtre) Ah! la voilà; elle marche très vite.elle porte un paquet sous le bras.(On entend des pas pressés.Alice entre, tout essoufflée) — 290 — Alice J’ai marché vite; j’ai couru presque.En quittant la gare, je me suis rendue chez le notaire, à qui j’ai soumis mon plan.Il ne voulait pas m’écouter pour commencer; mais ensuite, il a ri, et consenti.Eliane Tu oublies que je ne sais rien de ton plan, Alice.Alice C’est juste! Ecoute: .nous aimerions bien à prendre possession du château que nous a légué notre tante Hermancc, n’est-ce pas ?.Notre gouvernante est partie et nous sommes trop jeunes, paraît-il, pour habiter, seules, ce château.Eh! bien, il reste un moyen .Eliane Un moyen ?.Lequel ?Alice Voici: nous déguiser en vieilles dames, et le tour sera joué! Eliane Oh ! !.Mais alors, nous ne pourrons plus jouer à la poupée ! ! ! Alice Nous emporterons nos poupées avec nous, au château et nous jouerons quand nous serons seules toutes deux.Demain matin, à dix heures, le notaire sera ici; il nous conduira lui-même au château de.l’Etoile.Eliane Le château de l’Etoile.quel nom singulier!.Pourquoi le nomme-t-on ainsi; le sais-tu ?Alice Oui, je le sais.Il y a une légende attachée à notre château, le notaire me l’a racontée cette légende, la voici:—(elle chante).LA LEGENDE DU CHATEAU al - lant Un no ble che guer-re:“Il mefaut’/di-sait- il, “ac-com-plir mon de-voir!’'Il lais-sait au châ- teau sa douce etten-dre me- re.Pleurantet ré-si-gnée à ne plus le re - voir. 291 II Mais, pensant à son fils, la grande et noble dame Dans la tour allumait, chaque nuit, un flambeau, Dont on pouvait au loin apercevoir la flamme.Et chacun l’appelait l’Etoile du château.III Dans la brume, un vaisseau, vaincu par la rafale, Aperçut le flambeau, dans la tour, allumé.Parmi les naufragés, ivresse sans égale, La mère reconnut son noble chevalier.Alice (continuant) Et même aujourd’hui, quand la lune se montre à travers les arcades de la grande tour du château, les gens du pays disent que c’est le flambeau de la Châtelaine qui éclaire ainsi.Mais, viens, Eliane, viens que je te montre les déguisements que j’ai apportés, j’ai bien hâte de nous voir en vieilles châtelaines.Viens! (Elles sortent toutes deux) DEUXIEME ACTE PERSONNAGES:—Alice, Eliane, six fillettes, puis Melle Marceline, Catherine.—Alice et Eliane, déguisées en vieilles dames.— Décor:—une terrace, au fond de la scène on aperçoit le château.—Bancs et chaises rustiques, une petite table contenant théière, tasses et soucoupes.(Alice et Eliane chantent) DUO DES CHATELAINES $ s * " 77- res, Voy - ez ces deux vieil - les grand'- mè Aux.che - veux__________ blancs, Voy - ez no - tre $ m vu * ^—v—y, ^ re, Nos doigts trSTflï- blants É mi - ne se - ve REFRAIN I £ I Hi - er en (- cor, fo-lâ-trant dans l'a plai-ne, Etvoy-ant ^.P t » tout sous un vi - vant as $ fc pect; Mais au - jour * 2E £ d’hui Lano-ble châ-te - lai - ne Commande à tous l'hommage etHe res - pect. — 292 II Notre voix tremblante et cassée Dit clairement Que notre jeunesse est passée Depuis longtemps.Alice N’est-ce pas que mon petit stratagème a réussi, Eliane ?.Depuis dix jours que nous sommes au château, tout va comme sur des roulettes.Et, touLà-l’heure, nous aurons la visite des principales châtelaines des environs.Félicite-moi donc de mon idée, petite sœur! Eliane Mais, oui, je te félicite, Alice, seulement, ces visites que nous attendons m’effrayent un peu.Le notaire nous a tant recommandé de ne recevoir personne! Alice Tout ira bien, j’en suis assurée.Depuis dix jours que nous jouons notre rôle, noüs le savons maintenant sur le bout des doigts.Eliane Il est bientôt quatre heures et quart, ces dames devraient être à la veille d’arriver.Malgré moi, je tremble.Catherine (annonçant) Madame la marquise de Lothbinière.Alice Quel plaisir de faire votre connaissance, madame la marquise! Marquise de Lothbinière Il me tardait, croyez-le de vous rencontrer toutes deux, mesdames les châtelaines du château de l’Etoile.Catherine (annonçant) Madame la vicomtesse de Salabery; madame la baronne de Latour.Eliane Soyez la bienvenue, Madame la vicomtesse et vous aussi madame la baronne.Alice (saluant la vicomtesse et la baronne) Je vous salue, mesdames.Vous connaissez madame la marquise de Lothbinière ?Catherine (annonçant) Madame la duchesse de Beaupré; madame la comtesse de Gaspé. — 293 — Alice et Kliane (ensembles) Nous sommes enchantées de vous recevoir, mesdames.Duchesse de Beaupré Vous vous plaisez, je l’espère, dans ce pays, nouveau pour vous ?Alice Comment pourrait-il en être autrement ?(Alice se lève, elle se rend près de la petite table et commence à servir le thé.Chacune prend sa tasse et boit.) Baronne de Latour (à Eliane) Le baron devait m’accompagner; mais au dernier moment un engagement.Marquise de Lothbinière Ah! oui, le marquis, lui aussi prétexte toujours un engagement quand l’occasion se présente de m’accompagner en quelque part.Vicomtesse de Salabery (soupirant) Ah! nos maris!! Duchesse de Beaupré (soupirant à son tour) Heureusement, nous avons nos enfants pour nous consoler!! Comtesse de Gaspé Que serait la vie sans nos enfants chéris!! C’est grâce à eux que nous parvenons à oublier nos illusions perdues.Baronne de Latour Il est certain que l’idéal que nous avions rêvé.Vicomtesse de Salabery Et plus notre position est élevée, plus elle comporte de soucis.Nos domestiques.Baronne de Latour Nos domestiques, ah! parlons-en .La bonne d’enfants nous a laissés hier.et mon petit-fils qui fait ses dents!.Catherine (annonçant) Madame la marquise douairière de Lanodière.(Toutes se lèvent, déposent leurs tasses sur la table et saluent respectueusement) Marquise douairière de Lanodière Je suis en retard, je crains.Eliane Vous n’en êtes pas moins la bienvenue, madame la marquise douairière de Lanodière. 294 — CHOEUR DES CHATELAINES ¦ 0 III ^ K \ .âà « £> » A_ /w i li"» - ai ^ r ixa-n i t TV_nt : * .* m * _r ) a ^ m .1 ) w T rF 1J* ¦i- -+-I - Chan - tons en chœur, ô no - blés châ-te- lai-nes, De no-tre -B-A h k h fs ^ h- h a- a ¦ h-PB ¦ K -m-.^ m ^ r» M « : u ' -J 1 1' i n v n w • \ - • : r i t* & _ , r w - - __ a - a _ m y- *1 vieille et che-vro-tan - te voix: Nos grands jardins,nos splendi - des do- y Lb—K-b— _ n—M Mr ^ S3 * IVr v 9 9
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