Relations, 1 octobre 1949, Octobre
[" lËIll ET SON AHITUDE RELIGIEUSE Philippe DESCHAMPS FINANCES ET EDUCATION Paul-Émile BEAUDOIN Luigi d\u2019APOLLONIA LES ABATTOIRS DU SAGUENAY Albert PLANTE v I*» ' \"\ty \u2018 'Y V .: .t> C&&\t.\u2022\" v \\ \\ ,V \\ ./\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022 \u2022 Üi i* i .mmm ¦ ËllÜlKllÜ mmtmw nmn v.\u2022\tY:- ,p- fm ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE SOMMAIRE OCTOBRE 1949 Éditoriaux.257 Réforme constitutionnelle et respect du principe FÉDÉRATIF.\u2014 LOTERIE ET ÉDUCATION.\u2014 3 BILLETS pour 25 sous.\u2014 Immigration désirable.\u2014 Une cour de relations familiales.\u2014 Les causes d\u2019un désastre.Articles FINANCES ET ÉDUCATION .Paul-Émile Beaudon 260 RÉGION AGRICOLE DE NIPISSING-SUDBURY .Roger Bélanger 263 L\u2019ÉCOLE PROGRESSIVE AMÉRICAINE ET SON ATTITUDE RELIGIEUSE .Philippe Deschamps 266 Commentaires.270 La famille d\u2019aujourd\u2019hui.\u2014 Le congrès de la C.T.C.C.\u2014 Le Père Delanglez.Au fil du mois.272 Directives sociales pontificales.\u2014 L'Assurance-Vie Desjardins.\u2014 Police.\u2014 Autobus scolaires.\u2014 Crise anglaise.\u2014 Finances.\u2014 Logement.\u2014 Théâtre populaire et distingué.Chroniques CENT ANS DE COMBAT .Luigi d\u2019Apollonia 274 LES ABATTOIRS DU SAGUENAY Albert Plante 277 HORIZON INTERNATIONAL.279 Saint-Siège et U.R.S.S.\u2014 Pacifisme soviétique.\u2014 Amérique centrale.Livres récents.282 La dissolution du lien matrimonial en droit canonique et en droit civil canadien.Georges Van Belleghem Valeurs de vie et livres d'aujourd'hui .\\ _.\t.c\tPierre Angers Sagesse grecque et Paradoxe chrétien .J La querelle des humanistes canadiens au XIXe siècle.Roger Cantin Pédagogie générale.Stéphane Valiquette L'architecture en Nouvelle-France .Claude Langlois Le Québec par l'image.Guy Guérin Jesuitas y Obreros.Joseph Ledit Perspectives .Fénelon Roy NOS COLLABORATEURS M.Roger Bélanger, autrefois de Chelmsford (Ont.), maintenant comptable agréé à Rouyn, est un ancien élève du collège du Sacré-Cœur de Sudbury; durant son stage à l\u2019École des Hautes Études de Montréal, il a fait un travail sur la région de Nipissing-Sudbury.\u2014 Le R.P.Philippe Deschamps, c.s.v., professeur à la Faculté de Pédagogie de l\u2019Université Laval, montre les qualités et les dangers de l\u2019École progressive américaine.RELATIONS REVUE DU MOIS Directeur : Albert Plante Rédacteurs : Jacques Cousineau, Joseph-H.Ledit, Alexandre Dugré, Louis C.de Léry, Luigi d\u2019Apollonia, Jacques Tremblay, Richard Arès, Paul-Émile Beaudoin.Secrétaire de la rédaction : Émile Gervais.Administrateur : Raymond Dunn.Prix de l\u2019abonnement:\tA l\u2019étranger: $3.00 $2.50 par année\tPour les étudiants: $2.00 publiée par L\u2019ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE Centre de documentation, d'information et d\u2019action sociale, sous la direction des Pères de la Compagnie de Jésus Directeur : Joseph-Papin Archambault ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE 1961, rue Rachel Est\tTél.: CHerrier 3101 MONTRÉAL - 34\tCANADA Autorisé comme envoi postal de la deuxième cluse.Ministère dm Postes, Ottawa. IX ème année, No 106 Ecole Sociale Populaire, Montréal Octobre 1949 E D I T O J^éfjOXme constitutionnelle et respect du principe /édéxatif LE RÉCENT discours du trône pose avec hardiesse et J habileté la question constitutionnelle au Canada, et vraiment, si M.Saint-Laurent trouve une solution acceptable à toutes les parties en cause, il aura bien mérité de ses compatriotes et de toute la patrie canadienne.Des trois mesures proposées, à savoir le droit d\u2019amender la constitution, la convocation d\u2019une conférence fédérale-provinciale et la suppression des appels au Conseil privé, cette dernière nous semble exiger l\u2019attention la plus immédiate.Jusqu\u2019ici, dans les querelles entre le pouvoir central et les pouvoirs provinciaux, c\u2019est le Conseil privé qui a joué le rôle d\u2019arbitre.Peu importent ses décisions pour le moment: elles émanaient d\u2019un organisme supérieur aux deux parties en cause.Ce rôle d\u2019arbitre supérieur, le gouvernement annonce son intention de le confier à la Cour suprême du Canada.Tous se réjouiront d\u2019une telle mesure, à une condition toutefois: c\u2019est qu\u2019elle place en même temps cette Cour au-dessus des parties en cause, au-dessus du pouvoir central aussi bien que des pouvoirs provinciaux.Voilà ce que demandent et la simple justice et le respect du principe fédératif au Canada.Or, nul n\u2019ignore que notre Cour suprême, telle qu\u2019elle est constituée, dépend uniquement du pouvoir central: c\u2019est lui seul qui l\u2019a créée, c\u2019est lui seul qui en nomme les juges, c\u2019est lui seul qui peut en modifier les statuts.Comment alors les défenseurs des droits provinciaux pourraient-ils accorder leur pleine confiance à un organisme qui leur paraît trop lié au pouvoir central ?Et pourtant, il importe souverainement au bien de tout le pays que la nouvelle Cour suprême inspire, dès sa réorganisation, une confiance totale à tous les Canadiens, et non pas seulement aux centralisateurs.RIAUX C\u2019est pourquoi l\u2019abolition des appels au Conseil privé doit s\u2019accompagner d\u2019une réforme parallèle de notre Cour suprême, réforme qui mette cette dernière en mesure de remplir son rôle d\u2019arbitre impartial.Faute de quoi, l\u2019abolition des appels au Conseil privé pourra n\u2019être qu\u2019un pas de plus vers la centralisation et l\u2019unitarisme d\u2019État.Le projet de loi porte de sept à neuf le nombre des membres du tribunal de dernière instance et accorde à notre province le privilège de trois juges.Il faut reconnaître le mérite de ces dispositions.Mais suffiront-elles à sauvegarder parfaitement les droits des provinces ?Il devrait être possible d\u2019organiser notre Cour suprême de manière à sauvegarder le principe fédératif et à l\u2019ériger en tribunal vraiment supérieur aux deux parties en cause.JÇoterie et éducation T A QUESTION d\u2019une loterie nationale comporte bien ^ des aspects, tant du point de vue moral que du point de vue économique.Nous ne les abordons pas aujourd\u2019hui.Nous plaçant au seul point de vue scolaire, nous signalons à nos lecteurs et aux propriétaires l\u2019article Finances et Éducation de la présente livraison.Nous ne croyons pas qu\u2019il soit opportun d\u2019en venir à une loterie nationale pour l\u2019éducation.Pour assurer les services municipaux, les taxes municipales prennent la part du lion du revenu local.Pour faire face aux dépenses du ministère de la Voirie, qui dépassent de 150% les prévisions du budget provincial et limitent l\u2019action dans les autres secteurs, le cabinet offre le fonds consolidé et le crédit de la province, rien de moins.Pourquoi donc s\u2019en remettre à ce moyen d\u2019une loterie pour l\u2019éducation?La nature de l\u2019éducation ne lui donne-t-elle pas priorité de droit au financement local, la meilleure garantie de l\u2019autonomie locale qui lui est nécessaire ?Les discours les plus solennels de nos gou- OCTOBRE 1949 257 vernants ont affirmé souvent que l\u2019éducation est au premier plan de leurs préoccupations.Faudrait-il compléter la phrase et dire « au premier rang de leurs préoccupations, mais pas au premier rang du budget » ?3 billet à poux 25 àouâ T \u2019HISTOIRE SE RÉPÈTE.Après trente-huit ans de servitude, Montréal va souffrir encore.La décision arbitrale permettant la hausse des tarifs a marqué une autre défaite au profit de la Montreal Tramways.Relations a déjà traité de ce monopole.En janvier 1942, notre collaborateur M.Ernest Robitaille dénonçait la surcapitalisation de la Compagnie, l\u2019évaluation fantaisiste de son avoir par des experts qui corroborèrent une valeur aux livres comportant une plus-value de plus de 18 millions de dollars.En septembre et novembre 1946, il stigmatisait le service imposé aux clients.En juin 1947, il exaltait la patience d\u2019une population attendant toujours en vain des améliorations indispensables.L\u2019institution d\u2019un tribunal d\u2019arbitrage par le gouvernement provincial fit naître un moment l\u2019espoir d\u2019un changement.La sentence vient de dissiper toute illusion.Certains énoncés étonnent.« Considérant que cette enquête a révélé des irrégularités importantes dans l\u2019interprétation et l\u2019opération du contrat et dans les méthodes de comptabilité de la compagnie.» Ailleurs le tribunal affirme que le capital de la Compagnie doit être augmenté d\u2019une somme de $9,852,580.04 portant intérêt de 6% suivant le contrat « à cause des diminutions de la valeur du capital effectuées illégalement ».Pourtant, il accorde les demandes de la compagnie en promettant comme consolation un rapport au lieutenant-gouverneur en conseil sur les anomalies du contrat.Les vrais responsables de cette décision décevante, n\u2019est-ce pas à Montréal qu\u2019il faut les chercher ?Le mémoire de la ville est déficient.Pas d\u2019allusion à la surcapitalisation favorisée par l\u2019incorporation de 1911.D\u2019ailleurs, l\u2019article du bill permettant de remonter jusqu\u2019à cette date semble avoir été ignoré par les avocats de la ville.Quant au contrat de 1918, ratifié par la législature, il est en quelque sorte devenu sacré.Aucune allusion non plus aux différentes violations de ce même contrat par la Compagnie, non plus qu\u2019aux surprenantes interprétations de la Commission des Tramways permettant, par exemple, à la Montreal Tramways d\u2019utiliser un matériel roulant démodé, quand le contrat exige un matériel moderne, ce qui lui permet de maintenir à pleine valeur ce matériel vieux de trente ans, alors qu\u2019à Toronto la période d\u2019amortissement ne dépasse pas quinze ans.Les administrateurs de Montréal viennent ainsi rejoindre les législateurs qui permirent la surcapitalisation de 1911 et le contrat de 1918, ainsi que les différentes administrations municipales qui, au cours des trente dernières années, ont laissé pleine liberté à la Montreal Tramways.On n\u2019a pas réfuté les articles de M.Robitaille.Aussi longtemps qu\u2019on ne l\u2019aura pas fait, le nouveau tarif \u2014 non excessif si l\u2019on considère la hausse générale des prix en ces dernières années \u2014 paraîtra exagéré.Comme toujours, c\u2019est le peuple qui fera les frais.Pour toute consolation, il lui restera d\u2019acheter à raison de trois billets pour 25 sous le droit de pester contre un monopole trop puissant.3mmig,xation clêâixable T~\\ES STATISTIQUES récentes montrent pour l\u2019On-tario un accroissement de 19,000 âmes de plus que Québec en un an: c\u2019est l\u2019effet non des naissances mais d\u2019une large tranche des 125,000 recrues de l\u2019immigration.M.Drew s\u2019y est attelé avec une ardeur qu\u2019on voudrait voir partagée à Québec.Pour abréger les formalités et souffler la propagande, il a ouvert un bureau spécial à Londres, comme on en désirerait à Paris, à Bruxelles et à Rome.Le R.P.Serve, jésuite de Paris, déclarait à Ottawa que « nombreux sont les Français qui aimeraient s\u2019établir au Canada.Le gouvernement français ne défend ni n\u2019encourage l\u2019émigration.C\u2019est le gouvernement canadien qui refuse d\u2019admettre ces gens, sous de nombreux prétextes.De façon générale, il montre une véritable opposition à l\u2019immigration française ».Voilà qui est grave.Il faut enquêter.L\u2019on veut savoir qui ou quel petit soviet orangiste, maçon ou autre, se met en travers de la bonne volonté de M.Saint-1,aurent, affirmant que les portes sont ouvertes aux Français comme aux Britanniques.C\u2019est une question, non seulement nationale, mais religieuse.S.Exc.Mgr Webster, auxiliaire de Toronto, en a saisi la puissante Catholic Womens League en congrès à Chatham (Ont.).La Ligue s\u2019en occupe déjà systématiquement, surtout pour les domestiques; elle devra faire plus, elle devra influencer les autorités fédérales, trouver des positions à la campagne, secourir les âmes, imiter le bon Samaritain.Mgr Webster faisait écho à un retentissant exposé de Pie XII à Mgr McNi-cholas, de Cincinnati, le 9 août: « Le droit naturel, plutôt que la compassion humaine, oblige chaque pays à donner aux hommes la possibilité d\u2019immigrer, parce que le Créateur de toutes choses a placé tous les biens de l\u2019univers à la disposition de tous les hommes.Le pouvoir souverain de l\u2019État ne peut donc plus être justifié quand certaines régions du globe, pouvant faire vivre une plus forte population, refusent de laisser venir chez elles les étrangers, sans motifs sérieux et légitimes.» Voilà qui nous coiffe! Il doit être possible 258 RELATIONS de trouver une politique d\u2019immigration conforme à la fois à la charité et aux intérêts de notre pays.A Noël, le Saint-Père avait déjà proclamé qu\u2019il valait mieux établir que secourir: « .Au lieu d\u2019envoyer des vivres, à coût énorme, aux groupes de réfugiés entassés au meilleur endroit possible, pourquoi ne pas favoriser l\u2019émigration et l\u2019immigration des familles, en les dirigeant vers les pays où elles trouveront plus promptement la nourriture dont elles ont besoin ?» Voilà bien qui s\u2019adresse à nous aussi.Outre les nôtres à établir, la France, la Belgique et la Hollande, aux deux cinquièmes catholique, apporteraient du sang neuf.Et puis le malaise italien dû au surpeuplement, qui a fourni des armes à Mussolini contre l\u2019Éthiopie, en fournit présentement au communisme contre la paix intérieure.Un million d\u2019agriculteurs et de jardiniers italiens \u2014 dix millions selon d\u2019autres \u2014 devraient se transplanter en vaste sol, pour leur bien, pour le bien du sol neuf et du pays à peupler de catholiques.Cela devrait intéresser Québec, et tout de suite! Une coût de xelationâ lamilialeâ T~\\ANS UN ARTICLE bien documenté (Relations, avril 1948), Me Armand Mathieu, c.R., exposait des motifs sérieux en faveur d\u2019une Cour familiale à Montréal, comme à New-York, à Philadelphie et ailleurs.Les gens mariés, en instance ou non de séparation de corps, seraient aidés à résoudre leurs problèmes familiaux, d\u2019abord pour eux-mêmes.Les juges et les officiers de cette cour aideraient les époux à se mieux comprendre, à se mieux dévouer, à mieux résoudre leurs problèmes et ceux de leurs enfants, pour plus de bonheur dans la vie quotidienne.On sera surpris de connaître le nombre d\u2019actions en séparation de corps prises en Cour supérieure, dans le seul district de Montréal, durant les cinq années 1944-1948.Des renseignements obtenus à la meilleure source révèlent que sur 42,582 actions intentées dans un district d\u2019à peu près 1,500,000 âmes, on compte 4,510 actions en séparation de corps, soit 3 par jour: En 1944.740 sur un total de 7,957 En 1945.871\t»\t»\t»\t»\t8,557 En 1946.1,041\t»\t»\t»\t»\t7,862 En 1947.929\t»\t»\t»\t»\t8,442 En 1948.929\t»\t»\t»\t»\t9,764 4,510\t42,582 Donc, plus de 10% des actions de tous genres proviennent de foyers malheureux, d\u2019où le bonheur de vivre s\u2019est enfui et où l\u2019éducation, l\u2019avenir et le bonheur des enfants sont très compromis.Les jeunes, élevés dans la chicane, victimes du caractère, des faiblesses et des vices de l\u2019un ou des deux époux, sont mal préparés à la vie, à un futur foyer et à l\u2019éducation des futurs enfants.Car les yeux apprennent vite; ils retiendront le spectacle d\u2019une triste conduite, de querelles et de mauvais exemples qui démolissent les enseignements des instituteurs, et même des professeurs d\u2019université.En cinq ans, donc, 9,020 personnes mariées ont demandé à la cour la destruction du foyer que leur rêve avait cru fonder solide.Et où cela mène-t-il ?Jamais au bonheur, souvent au crime.La Cour de famille réussit ailleurs à rétablir les choses; pourquoi pas ici, dans l\u2019intérêt public et privé ?La Cour supérieure n\u2019offre aucune aide pour un rétablissement de foyer, ni pour la protection des enfants.Le ministère de la Jeunesse, intéressé aux problèmes des jeunes, ne devrait-il pas, par ricochet, voir aux parents ?En cour du recorder, la J.O.C.tente de rattraper les jeunes, pour les relever, les rebâtir.Rien de pareil n\u2019existe pour les gens mariés, pour la cellule familiale, pierre d\u2019assise de toute société normale.Nous appelons le jour, aussi prochain que possible, où le désir unanime des bons citoyens convaincra les autorités d\u2019établir ici une Cour de famille comme il en existe aux États-Unis: ce sera pour le bien commun.Serviront surtout le bien commun tous les efforts afin de préparer un mariage sérieux.Les unions qui se désagrègent ont été bâclées pour un grand nombre.Mieux vaut prévenir que guérir.jÇeâ cauâeâ d\u2019un deâaâtxe IVTOS LECTEURS sont encore, sans doute, sous le coup de l\u2019émotion causée par la terrible hécatombe du Noronic, à Toronto.Les parents et amis des victimes ont reçu les condoléances sans réserve de la population horrifiée, de l\u2019Église et de l\u2019État, auxquelles nous joignons les nôtres.Nous imaginons facilement que la Compagnie propriétaire du Noronic fera une enquête sérieuse et prendra les mesures pour qu\u2019un semblable accident ne se répète pas sur ses autres navires.Ce serait la meilleure marque de sympathie à offrir.Les pertes de la Compagnie sont en partie couvertes par les assurances, les pertes humaines sont totales et irréparables.On ne connaîtra peut-être jamais les causes exactes du désastre.Une chose paraît assez certaine, si nous nous en rapportons à de nombreux témoignages de touristes et de membres de l\u2019équipage, confirmés par l\u2019expérience des personnes habituées aux croisières dans les navires de plaisance: la tolérance envers les voyageurs faisant usage de boisson forte serait trop large.L\u2019on comprend que la Compagnie ne puisse pas facilement contrôler les articles apportés dans les bagages.Mais la clientèle honnête \u2014 et nous croyons que c\u2019est la majorité \u2014 réclamerait une application plus sévère des lois qui réglementent la vente des spiritueux à bord des navires.OCTOBRE 1949 259 PERSPECTIVES SCOLA 1RES FINANCES ET ÉDUCATION Paul-Emile BEAUDOIN, S.J.DES POURPARLERS en matière de finances ont eu lieu entre plusieurs gouvernements provinciaux et le gouvernement fédéral; d\u2019autres conférences suivront bientôt entre tous nos gouvernements en matière constitutionnelle, puis financière.D\u2019autre part les demandes déjà anciennes de la Canadian Teachers' Association, pour l\u2019octroi de subsides fédéraux à l\u2019éducation (voir Relations, nov.1942; janvier, mai, 1943; nov.1944; avril 1945; sept.1947), se renouvellent.La répétition n\u2019ajoute aucune valeur à ces demandes, mais elle risque de modifier, pour une partie du public, l\u2019éclairage sous lequel celui-ci se doit de suivre les entretiens entre nos gouvernements.Le présent article a pour objet de dissiper des ambiguïtés qui égarent l\u2019opinion publique en matière de finances et d\u2019éducation.Il ouvre surtout la voie à de prochaines perspectives scolaires.Les besoins actuels de l\u2019enseignement primaire dans la province concernent avant tout les salaires des professeurs ruraux et leur fonds de pension, de même que l\u2019ajustement final nécessaire dans certains centres urbains.C\u2019est de ces besoins réels que des associations que l\u2019on peut croire bien intentionnées prennent occasion pour réclamer et faire réclamer des subsides fédéraux en éducation.Les besoins d\u2019ajustement mentionnés sont réels, mais le besoin de subsides fédéraux n\u2019est qu\u2019apparent.Pour le constater, il importe d\u2019abord de se rendre compte du fait que les ressources locales et provinciales sont amplement suffisantes pour subvenir à tous les besoins de l\u2019éducation.I On avait longtemps regardé comme une impasse la question des dettes scolaires et les centralisateurs faisaient grand état de ces cent sept millions de dettes des corporations scolaires de la province pour réclamer des subsides fédéraux.Depuis 1946, les revenus existent qui garantissent l\u2019amortissement rapide de cette dette globale.Quoi qu\u2019il en soit des modalités d\u2019application de la Loi pour le progrès de l'éducation, les commissions scolaires ont donc été libérées de leurs dettes, sans subsides fédéraux (et sans alourdir la charge des propriétaires fonciers).A cause de la dépression, le programme des constructions et réparations fut très déficient à partir de 1931.Même aux premières années de la guerre, le déséquilibre des budgets scolaires, causé par les services de dette, ne laissait prévoir aucune amélioration.Par contre, l\u2019accroissement progressif de la population d\u2019âge scolaire et son ascension vers les degrés supérieurs rendait de plus en plus urgent un vaste programme de construction.La campagne en faveur de subsides fédéraux battit son plein.Depuis 1946, cependant, l\u2019absorption des dettes et le surplus abondant du fonds d\u2019éducation ont permis de tripler le rythme des constructions et réparations.Ainsi les corporations scolaires, d\u2019année en année, sont en mesure de satisfaire les exigences de l\u2019accroissement de notre population scolaire et d\u2019assurer le développement de certains services d\u2019éducation qui s\u2019imposent aux divers paliers de l\u2019école primaire.Point ne fut besoin de subsides fédéraux (ni de grever davantage la propriété foncière).Jusqu\u2019à maintenant ni le personnel enseignant laïc ni le personnel enseignant religieux ne recevaient le salaire dû à leur profession.Les circonstances du développement historique de notre système scolaire en étaient en grande partie responsables.Un pays ne se bâtit pas en un jour et une nation ne conquiert jamais sa liberté, puis n\u2019atteint jamais sa majorité politique, économique et culturelle, sans que l\u2019on retrace de généreux sacrifices des diverses classes pour assurer l\u2019émancipation et l\u2019épanouissement de la nation.Cependant, l\u2019époque de rendement de nos finances était enfin arrivée, presque en même temps que l\u2019étape de rendement de notre système scolaire.De plus, avec la marche ascendante prolongée du présent cycle économique, l\u2019écart entre les salaires dus et les salaires payés en éducation devenait criant.La campagne pour les subsides fédéraux changea de point d\u2019appui, sa propagande se généralisa, devint constante et agressive.Pendant le même temps, de 1944 à 1949, le chiffre global des salaires a doublé à Montréal et l\u2019échelle de ces salaires est enfin stabilisée avec le début de la présente année.Cette différence annuelle de quatre millions a été financée sans subsides fédéraux (et sans la moindre hausse de taxe foncière).Dans les autres centres urbains les salaires ont aussi évolué dans une proportion presque semblable, sans toutefois avoir atteint partout l\u2019ajustement final.Dans les municipalités rurales, de 1936 à 1949, les salaires partis de si bas ont généralement triplé.Ils sont encore loin, pour la plupart, du but final.Les trois ou quatre millions nécessaires à ces ajustements n\u2019ont pas à être quêtés auprès du fédéral; pas plus que l\u2019augmentation de près de dix millions sur le salaire annuel, réalisée en dehors de Montréal depuis 1936, n\u2019a été due aux subsides fédéraux.260 RELATIONS Il ne faut pas oublier deux cent mille dollars nécessaires pour normaliser à cinq cents dollars la pension minimum de sept cents institutrices, pension établie et payée jusqu\u2019ici sur la base des salaires extrêmement déficients d\u2019avant 1936 et même 1941.Toutefois, chacun saisit que cette mesure, qui s\u2019impose, ne crée pas de problème financier majeur.Quant au déficit de deux millions et demi de la Commission des Écoles catholiques de Montréal, que l\u2019on a rappelé au public récemment sans l\u2019interpréter, ce n\u2019est pas un déficit récurrent.La même Commission scolaire déclare en effet cette année un surplus.Ce déficit, postérieur à la session de 1946 (années scolaires 1946-1947 et 1947-1948), fut produit par le retard des décisions fiscales par rapport à la décision arbitrale de 1948, et à sa rétroactivité pour 1947.La situation de la Commission scolaire de Québec fut identique.Au contraire, en 1949, la législation fiscale a accompagné ou même devancé la proclamation de l\u2019échelle de salaire définitive offerte par la Commission scolaire de Montréal (comité Drouin).C\u2019est là le procédé administratif imposé depuis 1875 par la loi de l\u2019Instruction publique en matière de finances scolaires.Grâce à cette saine méthode d\u2019administration, le juste salaire est maintenant payé sans créer de déficit; sans subsides fédéraux non plus (et sans ajouter à la taxe foncière).De plus, pour rassurer les sceptiques, le récent bilan provincial (1948-1949) établit à plus de onze millions le résidu du revenu du fonds d\u2019éducation pour l\u2019année.Cela sans parler des résidus annuels antérieurs.Il n\u2019est donc pas nécessaire que les corporations scolaires ni le département de l\u2019Instruction publique recourent à des subsides fédéraux pour créer ou maintenir les conditions de plein rendement de notre système scolaire.Les ressources locales et provinciales sont amplement suffisantes pour subvenir à tous les besoins de l\u2019éducation.II Pour éclairer encore davantage ce premier fait, jetons un coup d\u2019œil sur la proportion des item du budget provincial actuel et sur leur évolution depuis 1933.En 1949, la voirie figure au budget de la province pour un montant de 65 millions, les travaux publics pour 22 millions, la dette provinciale pour 18 millions, le fonctionnarisme pour 24 millions.Dans l\u2019ensemble des 194 millions de revenus et des 225 millions de dépenses qui forment le budget provincial, ce n\u2019est pas l\u2019Instruction publique, avec ses 21 millions de dépenses, qui constitue la partie majeure du budget, ni, comme on aime trop à le dire, le problème financier de la province.De 1933 à 1949, le budget de la voirie est passé de 5 à 65 millions, celui des travaux publics de 2 à 22 millions, celui du fonctionnarisme, de 4 à 24 millions.Pendant le même temps, le budget total de la province est passé de 33 à 225 millions de dépenses.Ce n\u2019est donc pas l\u2019accroissement de 4 à 21 millions du budget de l\u2019Instruction publique qui est le responsable de l\u2019ascension du budget provincial.C\u2019est une responsabilité commune de tous les ministères et départements.Avec le développement de la province, les revenus et les services prennent tous de l\u2019ampleur.Vu la marche du cycle économique, des rajustements s\u2019imposaient, qui ont eu lieu dans tous les domaines.Cette évolution est commune et dans l\u2019ensemble elle est normale.Ce rappel précise que ce n\u2019est pas l\u2019évolution du budget de l\u2019éducation, pas plus que son total, qui constitue le problème financier de la province, si problème il y a.Si donc, par hypothèse, il devenait nécessaire d\u2019obtenir des subsides fédéraux pour équilibrer le budget de la province, ces subsides seraient rendus nécessaires par les dépenses de la voirie, des travaux publics, etc., autant et plus que par les nécessités de l\u2019éducation.On devrait donc, dans cette hypothèse, demander des subsides fédéraux pour la voirie, les travaux publics, etc., au lieu d\u2019en demander pour l\u2019éducation.En effet, pendant que la quantité des argents figurant aux divers item du budget provincial évolue, la nature ou qualité respective des divers services n\u2019évolue pas.Les droits et les priorités de droits demeurent, inaliénables et intangibles.Ils doivent être respectés et leurs garanties maintenues.On devrait donc risquer l\u2019autonomie en matière de voirie, de travaux publics, etc., ou même aliéner ces secteurs de l\u2019activité politique avant de risquer l\u2019autonomie de l\u2019éducation.Tout cela, dans la pure hypothèse où la province aurait besoin de subsides fédéraux.Ni le budget de l\u2019éducation ni son évolution ne causent donc le problème financier de la province.Par ailleurs, l\u2019éducation et son autonomie locale gardent leur priorité de droit en matière d\u2019administration tout comme de législation provinciale.Une fois pour toutes il faudrait donc que tous ceux qui ont à cœur le bien de l\u2019éducation et qui ont des responsabilités envers elle sachent et proclament que ce n\u2019est pas pour l\u2019éducation qu\u2019il y a nécessité de subsides fédéraux, si nécessité de subsides fédéraux à la province il y a.Enfin rappelons, par anticipation sur une prochaine perspective scolaire, une évolution fondamentale survenue au budget de la province.En 1948 et 1949, la province a recouvré des revenus perçus depuis 1942 par Ottawa.En même temps, le revenu de la province en 1948 est passé de 133 à 167 millions; en 1949, de 167 à 194 millions.Ces deux accroissements offrent encore la preuve que les finances de la province sont amplement suffisantes pour subvenir à tous les besoins de l\u2019éducation, pourvu que les autorités provinciales consentent à donner à l\u2019éducation sa part.Parler de subsides fédéraux à l\u2019éducation comme d\u2019une nécessité ou d\u2019un secours opportun, c\u2019est donc ignorer les données élémentaires de la question.OCTOBRE 1949 261 III En matière de finances locales constatons d\u2019abord qu\u2019en 1945 (dernières statistiques publiées), le revenu local total pour les corporations municipales des cités et villes dépassait soixante-seize millons, tandis que le revenu des corporations scolaires de ces localités atteignait vingt-deux millions seulement.Ce revenu scolaire local ne représentait donc que 28% du revenu local municipal et ne formait que 22% du revenu local urbain perçu pour fins municipales et scolaires réunies.Malgré les impressions créées par diverses publicités, ce sont donc les perceptions locales municipales qui dans les cités et villes grèvent davantage les contribuables locaux: plus de trois fois autant que les perceptions scolaires.Il est vrai que le revenu scolaire local urbain, en 1949, est plus élevé qu\u2019en 1945; surtout à cause de la participation de certaines corporations scolaires à la taxe locale sur les ventes.De même, le revenu local municipal est plus élevé en 1949 qu\u2019en 1945.Cette augmentation récente du revenu municipal local dépasse même l\u2019augmentation du revenu scolaire local dans la proportion de trois à un, pour l\u2019ensemble des cités et villes de la province.Ce sont donc les perceptions municipales et non les perceptions scolaires qui alourdissent le fardeau de l\u2019ensemble des contribuables urbains.Un second fait s\u2019impose à notre attention.Les taxes foncières des municipalités urbaines, pour l\u2019exercice de 1945, rapportaient plus de trente-deux millions.Pour ces mêmes cités et villes le produit des taxes foncières scolaires, à la même date, n\u2019atteignait que vingt et un millions.Les taxes foncières municipales remportaient donc de 50% sur les taxes foncières scolaires.La position respective des taxes foncières municipales et scolaires ne s\u2019est pas améliorée sensiblement depuis.Les dépenses municipales, dans les cités et villes, grèvent donc la propriété foncière plus que ne le fait l\u2019éducation.IV Chaque fois qu\u2019il fut question d\u2019augmentation du salaire des instituteurs, on entendit les associations de propriétaires urbains jeter les hauts cris, surtout à Montréal et à Québec.Ces associations faisaient valoir que l\u2019ensemble des deux impôts fonciers, le municipal et le scolaire, taxaient la propriété jusqu\u2019à l\u2019extrême limite et elles s\u2019opposaient à la hausse de la taxe foncière scolaire.Les propriétaires avaient droit de revendiquer et ils pouvaient avoir parfaitement raison.Cependant, leurs revendications ne mirent pas en relief le fait que s\u2019ils ne pouvaient assumer une hausse de la taxe foncière scolaire c\u2019était à cause de la taxe foncière municipale, plus élevée que la première et qui, s\u2019ajoutant à celle-ci, en rendait pratiquement impossible toute majoration.La publicité qui accompagna ces revendications, ou qui s\u2019organisa autour d\u2019elles, fit aussi le silence sur l\u2019aspect municipal.A cause de cette présentation incomplète de la question, une large partie du public, non initiée, garda cette fausse impression que l\u2019éducation était un fardeau intolérable pour la propriété; que le problème de la propriété, c\u2019était l\u2019éducation.Les chiffres officiels nous rappellent qu\u2019une impression, si répandue soit-elle, ne détruit pas les faits.Dans la réalité ce n\u2019est pas la taxe foncière scolaire mais bien la taxe foncière municipale qui chez nous grève surtout la propriété urbaine et empiète sur le champ de financement de l\u2019éducation.Le Congrès des Municipalités (civiles) n\u2019ignorait pas cette situation.A partir de 1941, cependant, deux autres faits attiraient son attention.Des ajustements nécessaires en éducation pour les salaires et les constructions se produiraient bientôt, inévitablement.De plus, vu la législation scolaire alors en vigueur, vu aussi la précarité des fonds provinciaux alors votés pour l\u2019éducation, toute augmentation notable des budgets scolaires semblait devoir entraîner une hausse de la taxe foncière scolaire.Le Congrès des Municipalités (civiles) prit l\u2019initiative en cette matière, pourtant scolaire.Annuellement le Congrès proposa l\u2019octroi de subsides provinciaux à l\u2019éducation.Des politiciens renchérirent; par le jeu des influences et de l\u2019enchère les suggestions de subsides provinciaux s\u2019élevèrent à 50%, 80% puis 100% du coût de l\u2019éducation.La publicité fut grande.Par son initiative le Congrès des Municipalités visait à maintenir la position acquise par des corporations municipales dans le partage de l\u2019impôt foncier.Il essayait aussi de maintenir l\u2019éducation à l\u2019écart des autres sources locales de revenu: taxe de vente, d\u2019amusement, etc.Peut-être entrevoyait-il même la possibilité d\u2019utiliser seul un jour la totalité de la taxe foncière, à ses fins.Le Congrès pouvait se louer de protéger ce qu\u2019il croyait être son intérêt.Après tout, il lui était loisible de faire des suggestions, même en matière non municipale.Cependant ni son initiative, ni le retentissement publicitaire de celle-ci ne changent les faits.C\u2019est la taxe municipale qui pour les cités et villes grève surtout la propriété foncière.C\u2019est elle qui empiète sur le champ de financement scolaire.De plus, pendant que le budget municipal et le budget scolaire évoluent tous deux quant à la quantité des argents, la nature ou qualité respective des deux institutions n\u2019évolue pas.Les droits et les priorités de droit demeurent.Ils doivent être respectés ou rétablis et leurs garanties de nouveau assurées.L\u2019éducation d\u2019abord: c\u2019est elle qui a priorité de droit à l\u2019autonomie et au financement local qui en est la garantie.En 1949, des corporations scolaires, au milieu de bien des difficultés, réussirent à faire respecter leur droit au financement local, première garantie matérielle de leur autonomie locale.Pour le moment elles peuvent librement accomplir leurs devoirs et assurer le fonctionnement normal de leurs écoles.Cependant la participa- 262 RELATIONS tion à la taxe de vente n\u2019est qu\u2019un expédient.Cette innovation introduit une complexité administrative en multipliant les participations diverses à une même source de revenu (la province, la corporation municipale et la corporation scolaire y participent).Une autre solution administrative pour le partage des revenus locaux s\u2019impose, qui tienne compte des priorités de droits et les garantisse.Nous y reviendrons.Pendant ce temps, les corporations scolaires de toute la province ont à leur tour compris le besoin de s\u2019unir pour étudier et maintenir leurs droits.Elles ont réussi à former les cadres de leurs associations, et devraient pouvoir appuyer bientôt les solutions concrètes qui pourront garantir sur le plan local l\u2019exercice autonome de ces droits.De ce premier article se dégagent trois conclusions.Les finances provinciales normalement disponibles pour l\u2019éducation sont abondantes et suffiront amplement à maintenir et développer le rendement de nos écoles, pourvu qu\u2019on s\u2019en serve à cette fin.Seconde conclusion, ni le total ni l\u2019évolution du budget scolaire ne causent le problème financier provincial, si problème financier il y a.En troisième lieu, ce sont les perceptions des corporations municipales qui alourdissent surtout le fardeau de l\u2019ensemble des contribuables urbains, de même que des propriétaires fonciers urbains.Enfin, tous les faits concourent à prouver que parler, pour la province de Québec, de subsides fédéraux en éducation, comme d\u2019une nécessité ou même d\u2019une opportunité, c\u2019est ignorer les faits concrets de la réalité.REGION AGRICOLE DE NIPISSING-SUDBURY Roger BELANGER N.D.L.R.\u2014 Nous donnons aujourd\u2019hui en primeur une partie d\u2019une étude que la Société historique du Nouvel-Ontario, connue pour son travail constant, fera paraître prochainement dans la Collection « Documents historiques » («° 18), publiée au Collège du Sacré-Cœur de Sudbury.CETTE MONOGRAPHIE porte sur une région universellement connue pour sa production de nickel.Cette industrie unique fait trop oublier l\u2019aspect agricole d\u2019une région qui, sans être un modèle de culture, offre un intérêt particulier par le caractère français de ses habitants et par sa culture mixte.Comme les districts fédéraux de Nipissing et de Sudbury pris en bloc ne comportaient aucun intérêt agricole particulier, nous avons dû restreindre notre travail à une étude de soixante cantons bornés par la voie ferrée du Canadien National au nord-est, le bassin nickélifère au nord-ouest, encore le Canadien National au sud-ouest, la rivière des Français et le lac Nipissing au sud-est.Ces limites situent deux régions agricoles: celle du Nipissing et celle du bassin de Sudbury.La superficie est de 2,160 milles carrés, soit près de 1,350,000 acres, en deux vallées séparées par les collines de Sudbury.Nous distinguerons constamment la plaine du Nipissing et le bassin de Sudbury, car de l\u2019une à l\u2019autre l\u2019économie varie considérablement.Tout en nous proposant de faire connaître et admirer une contrée qui nous est chère, nous voudrions faire ressortir le caractère nettement agricole de notre groupe franco-ontarien.Écrire une monographie sur une région relativement neuve et jeune \u2014 d\u2019à peine un demi-siècle d\u2019existence \u2014 comporte quelques difficultés.Signalons-en une toute particulière: la rareté des sources d\u2019information.A cette pénurie de documents écrits nous nous sommes efforcé de suppléer par des informations rudimentaires, obte- nues au moyen de conversations ou de lettres.Nous présentons modestement et sous toutes réserves les renseignements contrôlés de notre mieux, qui ont servi à élaborer cette étude.HISTORIQUE DE LA COLONISATION Même si le lac Nipissing fut honoré de la visite de Champlain, découvrant la Huronie, en 1615, la région de Nipissing-Sudbury demeura inconnue pendant plus de deux siècles et demi.Pays neuf et couvert de forêts, il n\u2019était accessible qu\u2019aux intrépides missionnaires jésuites, qui évangélisaient les Peaux-Rouges du lac Nipissing, et qui les visitaient en remontant la baie Géorgienne et la rivière des Français.« Sudbury naquit d\u2019une locomotive », a dit un humoriste.Le fait est que la principale cause du développement de l\u2019Ontario-Nord fut la construction du chemin de fer du Pacifique Canadien.Quelques prospecteurs avaient déjà remarqué les gisements minéraux de Sudbury, surtout en 1856, lorsque le gouvernement fit arpenter et diviser la région en cantons de six milles carrés.L\u2019arpenteur A.-P.Salter, en passant dans la région actuelle de Creighton Mine, s\u2019aperçut d\u2019une déviation anormale de sa boussole, de 10° et même de 15° vers l\u2019ouest, hors de la direction générale qu\u2019il devait suivre.Ne sachant à quoi attribuer cette déviation, il soumit des échantillons de minerai et un rapport à une commission géologique fédérale.Cette commission, après analyse des échantillons, crut à l\u2019existence de gisements de nickel et de cuivre, dont elle garantit l\u2019exploitation profitable.Mais les difficultés d\u2019accès découragèrent les prospecteurs, et les richesses demeurèrent encore ignorées pendant vingt-sept ans.Ce ne fut qu\u2019en 1883, lors des travaux de défrichement et de construction de OCTOBRE 1949 263 la voie ferrée à travers le pays, qu\u2019on s\u2019intéressa plus activement aux richesses minières.L\u2019histoire de Nipissing-Sudbury date de 1881.La colonisation a suivi de près la construction du chemin de fer, gigantesque entreprise qui nécessitait les services d\u2019ingénieurs, d\u2019arpenteurs et d\u2019une main-d\u2019œuvre nombreuse.La rumeur se chargea d\u2019aiguiller en un rien de temps chez nous les gens sainement ambitieux, mais ne vivant pas dans des conditions assez favorables.Le maigre salarié canadien-français des industries de l\u2019Est, ou son frère cultivateur, habitant la région de l\u2019Outaouais ou quelque partie du Québec, trouvait souvent alors ses revenus insuffisants pour l\u2019entretien d\u2019une famille grandissante.Apprenait-il le besoin d\u2019ouvriers pour la voie ferrée du Nord-Ontario et les belles chances de développement de cette région, qu\u2019il décidait aussitôt de tenter l\u2019aventure.Habile à la coupe du bois, il entrait dans la forêt voisine tailler à la hache les traverses de chemin de fer.L\u2019espace libéré laissait voir la qualité du sol et permettait d\u2019y construire une maisonnette et de cultiver un coin de terre.Les résultats favorisèrent le défrichement.Après le passage des équipes de bûcherons, de terrassiers, de constructeurs, d\u2019artisans de tous métiers, population flottante en marche vers l\u2019Ouest, arrivaient des colons plus stables, cheminots ou employés de scieries.On invite les amis d\u2019En-Bas; des agglomérations se forment, des hameaux apparaissent.L\u2019initiative de quelques pionniers organisera une paroisse où le clocher témoignera de leur volonté de s\u2019enraciner.Grâce à cet attachement au sol, l\u2019agriculture se développe.L\u2019été on travaille la terre; on va au chantier l\u2019hiver.Les récoltes de foin trouvent des acheteurs insatiables chez les maîtres des exploitations forestières.C\u2019est ainsi qu\u2019ont surgi les villes et les villages de North-Bay, Sturgeon-Falls, Verner, Warren, Markstay, Sudbury et Chelmsford.Autour des chantiers et le long du Canadien National au nord-est se groupèrent les villages de Smoky-Falls, Field, Désaulniers et River-Valley.C\u2019est encore la ligne sud du Canadien National qui a favorisé le développement de Bigwood et de Rutter, jusqu\u2019à Burwash.Un peu plus d\u2019un demi-siècle a suffi pour transformer une forêt en une région agricole prospère.En dépit de facteurs physiques défavorables, la naissance et les progrès de cette nouvelle contrée nous montrent que l\u2019homme parvient à tirer parti d\u2019un relief en apparence indomptable.POPULATION AGRICOLE Mouvement démographique.\u2014 L\u2019étude du mouvement démographique, de 1891 à 1941, illustre d\u2019une façon probante cette conquête du sol par l\u2019homme: la population s\u2019y double tous les vingt ans sous l\u2019impulsion d\u2019une forte natalité et d\u2019une immigration massive soutenue, principalement autour de Sudbury.En cinquante ans elle passe de 7,395 âmes à 95,409, ce qui dénote une prospérité remarquable.La première décade accuse un essor très rapide, qui n\u2019a cessé d\u2019augmenter, qui continue de se manifester, car la ville de Sudbury, de 32,000 âmes en 1941, dépasse 40,000 en 1947.Dans ce total, quelle est la part respective des populations urbaine et rurale ?A cause de l\u2019industrie du bois sr * YO'JO SU-PPUM : NlflSSLMfi f)OW*LX Bf^RV le Ve AOAR ÜtÉfjZ____U B JC1SGT.n
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