Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Droit d'auteur non évalué

Consulter cette déclaration

Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Juin
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichier (1)

Références

Relations, 1954-06, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
[" LA CHINE ROUGE ET LA GRANDE-BRETAGNE ÉDITORIAL NOS ROMANS DE 1953 Paul-Émile RACICOT COLLÈGE LIBRE OU ÉCOLE PUBLIQUE?Pierre ANGERS LA GASPÉSIE, TERRE ET MER Alexandre DUGRÉ MEDECIN ETUDIE LES PLAIES DU SAUVEUR Anthony F.S A VA Le journalisme catholique au service de l\u2019Eglise ¦ La littérature enfantine, école de patriotisme\t¦ Problèmes du Moyen-Orient ¦\t¦\t¦ Horizon international\tb ¦\t¦\t¦ ¦ |||! ¦ ü ¦ ¦ ¦ B iü B fl Albert PLANTE Paul GOUIN Gabriel ENKIRI Joseph-H.LEDIT SOMMAIRE JUIN 1954 Éditoriaux.153 La Chine rouge et la Grande-Bretagne.\u2014 Cynisme soviétique.\u2014 La bombe thermonucléaire.Articles NOS ROMANS DE 1953.Paul-Émile Racicot 155 COLLÈGE LIBRE OU ÉCOLE PUBLIQUE?.Pierre Angers 158 LE JOURNALISME CATHOLIQUE AU SERVICE DE L\u2019ÉGLISE.Albert Plante 161 UN MÉDECIN ÉTUDIE LES PLAIES DU SAUVEUR.Anthony F.Sava 163 LA LITTÉRATURE ENFANTINE, ÉCOLE DE PATRIOTISME.Paul Gouin 167 Commentaires.168 La querelle de l\u2019impôt.\u2014 Enseignement et démocartie moderne.\u2014 Journalisme catholique.Au fil du mois.170 Le groupement de nos forces nationales.\u2014 Néo-Canadiens.\u2014 Le français sur les terrains de jeu.\u2014 Nos futures étoiles.\u2014 Le P.Pierre Charles, S.J.Articles PROBLÈMES DU MOYEN-ORIENT.Gabriel Enkiri 171 LA GASPÉSIE, TERRE ET MER.Alexandre Dugré 173 HORIZON INTERNATIONAL.Joseph-H.Ledit 175 Les livres.178 L'Action du Saint Esprit dans nos âmes .M.-J.d\u2019Anjou La Pentecôte continue.Jean-Paul Labelle Lumière trinitaire.Fernand\tBédard Richesses de l'Ancien Testament.Joseph-H.Ledit Le Buisson ardent.Luigi d'Apollonia Catholicisme et Sexualité.Wilfrid Girouard Morale sexuelle et Difficultés contemporaines.M.-J.\td\u2019Anjou Répertoire alphabétique de 16,500 auteurs.Edmond Desrochers Psychothérapie du caractère.Jean-Marie Aubry U Amérique latine entre en scène.Luigi d\u2019Apollonia L'Enseignement social de l'Eglise |\tRirharrl Arés Hommes et Machines\tJ.La Ville et l'Homme.Émile\tBouvier Conservation des richesses naturelles.Pierre Sauriol Les pommiers ont refleuri.Jean L\u2019Archevêque Nos ombres qui cherchent Poèmes choisis Le Vieil Homme et la Mer.Fernand Dorais Les Contes du grand-père Sept-Heures.Germain Lemieux Les Aventures de Tintin.Luc de Lorme Le Pique-nique des poupées.R.A.Gilles Cusson « Relations : Si nous avons au frontispice épelé ce nom sans article, épithète ou déterminatif, c'est désir de mieux exprimer l'ampleur de notre dessein : contribuer à l'équilibre de justice et de charité entre les divers éléments de la société, tant familiale et économique que politique et internationale.« Analyser les courants et les contre-courants de l'opinion mondiale, en autant qu\u2019ils intéressent le Canada et le Canada français, poser les problèmes que comportent les relations des hommes, et les résoudre en s\u2019inspirant de la doctrine authentique de l\u2019Église et de l'esprit chrétien, orienter dans un sens catholique et donc humain l'action sociale de ses amis pour que la «paix, cette œuvre de justice » (devise de Pie XIP), nous soit donnée, voilà le service que voudrait rendre Relations.» (Relations, n° 1, janvier 1941.) RELATIONS REVUE DU MOIS publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus Directeur : Albert Plante Rédacteurs : Joseph-P.Archambault, Joseph-H.Ledit, Alexandre Dugré, Émile Gervais, Luigi d\u2019Apollonia, Richard Arès, Léon Lebel.Secrétaire de la rédaction : Marie-Joseph d\u2019Anjou Administrateur : Arthur Riendeau Prix de l\u2019abonnement:\tA Fétranger: $3.50 $3.00 par année\tPour les étudiants : $2.50 8100, BOUL.SAINT-LAURENT, MONTRÉAL-11, CANADA Tél.s VEndôme 2541 Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe, Ministère des Postes, Ottawa XIVe année, N° 162 Montréal Juin 1954 oQa Chine touche et la Çxande-fâxetaqne UN PETIT LIVRE vient de paraître en anglais; il a pour titre A Guide to New China.C\u2019est une publication officielle imprimée à Pékin par la Foreign Language Press.Il donne (pp.78 s.), avec leur rang diplomatique et leur adresse, la liste des personnes accréditées auprès du gouvernement populaire de la Chine.L\u2019ambassadeur de Sa Majesté britannique n\u2019y est pas.Qu\u2019est-ce que la Chine rouge attend pour établir des relations diplomatiques officielles avec la cour de Saint James ?Voilà plus de quatre ans, exactement depuis le 6 janvier 1950, que l\u2019ambassadeur extraordinaire et plénipotentaire de Sa Majesté britannique fait antichambre pour présenter ses lettres de créance.A Hong-Kong, les politiciens de la reconnaissance de la Chine rouge laissent entendre que la mission à Pékin est considérée comme a negotiating agency.Mais de cela non plus, A Guide to New China ne dit mot.Que veut donc Mao Tse-tong ?Quel prix exige-t-il pour la reconnaissance de l\u2019ambassadeur de la Grande-Bretagne ?Hong-Kong sans doute, colonie royale, fabuleux comptoir commercial de l\u2019Orient.Que propose à la place la Grande-Bretagne?La reconnaissance de la Chine rouge par tout le commonwealth, la reconnaissance de la Chine rouge par le monde libre, l\u2019entrée de la Chine rouge à l\u2019O.N.U., un siège au Conseil de Sécurité.Et le marchandage continue.On troque tout, semble-t-il.Quand les communistes ont pratiquement fini de chasser les missionnaires canadiens de Chine, on veut nous faire accroire (le jeu est déjà commencé) que le gouvernement de Pékin les a libérés, après intervention britannique, et que le terrain désormais est prêt pour une entente.En fait, on trahit le principe de la liberté religieuse, après avoir abandonné celui de la liberté politique et celui du droit des peuples à disposer d\u2019eux-mêmes.Que la diplomatie au moins ne spécule pas avec la souffrance des missionnaires! Ceux-ci ne voulaient pas être libérés de leurs ouailles; ils demandaient simplement à vivre au milieu d\u2019elles.Mao Tse-tong, en toute cette affaire, peut admirer à la fois la souplesse et le flegme britanniques.Il a éliminé de la Chine bien des firmes anglaises, et la Grande-Bretagne n\u2019a pas perdu son sang-froid.Il a jeté ses « volontaires » chinois contre les soldats anglais qui combattaient en Corée dans les armées de l\u2019O.N.U., et la Grande-Bretagne n\u2019a pas songé à rappeler son ambassadeur.Il est vrai que dans certaines colonies anglaises, à Bornéo, par exemple, il est interdit de lire un journal communiste sous peine d\u2019emprisonnement.Pékin ne saurait toutefois s\u2019en offenser: la loi britannique accorde sa protection aux publications communistes qui se vendent par les rues de Hong-Kong.Le ministre des Affaires étrangères de la Grande-Bretagne, M.Anthony Eden, aurait mille fois raison de sortir de ses gonds et de briser là.Il ne le fait pas.Il use d\u2019une patience infinie.Tout récemment encore, à la Chambre des Communes, on lui demanda où en étaient les relations avec le gouvernement de la Chine.Il répondit sobrement qu\u2019elles n\u2019étaient pas satisfaisantes.M.Eden devait tout de même penser qu\u2019il faudrait remonter loin dans l\u2019histoire de la diplomatie pour trouver pareil mépris de la grandeur impériale de l\u2019Angleterre.Car, après tout, à y regarder de près, c\u2019est bien le gouvernement de Sa Majesté britannique qui considère le gouvernement populaire de la Chine comme un gouvernement légitime, et c\u2019est bien le gouvernement populaire de la Chine qui traite le gouvernement de Sa Majesté britannique comme un gouvernement illégitime avec lequel il ne faut ni échanger d\u2019ambassadeurs ni entretenir de relations diplomatiques.L\u2019histoire ne nous a pas habitués à voir ainsi la Grande-Bretagne humiliée, bafouée, livrée en spectacle au monde.Cynisme Soviétique PAR UNE NOTE de M.Molotov aux trois grands de l\u2019Ouest, l\u2019U.R.S.S.demandait, le 31 mars, d\u2019être accueillie dans l\u2019O.T.A.N.Signer le Pacte atlantique, c\u2019est, d\u2019après sa teneur même, accepter g4 U occasion du Jubilé daxyent Aacexdotal de S.Cm.le cardinal J^ég£Xf uRelation A pxeAente a Aon dévoué paAteux AeA xeApectueux hommage A et AeA voeux de fructueux apoAtolat. le contrôle et l\u2019inspection des armements, adopter le régime démocratique, la pluralité des partis politiques et le règne du droit.Il est évident que l\u2019U.R.S.S.n\u2019entendait pas payer ce prix.D\u2019ailleurs, l\u2019O.T.A.N.est la riposte à l\u2019agression communiste elle-même.Molotov, dira-t-on, n\u2019a trompé personne.On peut en douter.Et quand même ce serait, il faut se demander pourquoi la manœuvre, et la dénoncer.L\u2019U.R.S.S.croit le temps venu pour elle non pas de sortir de sa solitude farouche, ni de promouvoir vraiment la paix, mais de poursuivre, à l'intérieur plutôt qu\u2019à l\u2019extérieur des organismes internationaux, sa politique de puissance, libre de toute éthique et de toute théologie, située au delà des notions du bien et du mal.Ainsi, elle est entrée à l\u2019U.N.E.S.C.O.et, après s\u2019être tenue à l\u2019écart, à l\u2019Organisation internationale du Travail.En adhérant à celle-ci, elle pourra mieux étouffer les enquêtes réclamées par les unions ouvrières sur la liberté syndicale et les camps de travail forcé en pays communistes.Ainsi également, elle ratifiait, au début de mai, la convention sur le génocide adoptée par l\u2019Assemblée plénière de l\u2019O.N.U.le 9 décembre 1948 et introduite dans le droit criminel international le 11 janvier 1951.Cette dernière adhésion est la plus cynique de toutes.Le professeur Raphaël Lemkin, de l\u2019Université Yale, à qui l\u2019on doit le néologisme génocide, estime que, depuis le début du siècle, vingt millions de personnes ont été les victimes de cette folie barbare.On pense tout naturellement aux fours crématoires d\u2019Hitler et à l\u2019orgueil nazi sacrifiant des millions de Juifs aux divinités païennes de la race.On devrait aussi (surtout) penser aux multiples génocides de l\u2019U.R.S.S.Comment qualifier autrement la dispersion, la déportation, l\u2019emprisonnement, l\u2019extermination organisés et systématiques de tant de millions de membres de communautés particulières ?Où sont les Tartares de la Crimée, les Allemands de la Volga, les Tchétchènes et les Ingouches du nord de la Caucasie ?Évidemment, les chiffres exacts sont difficiles à établir; mais rien qu\u2019en 1940-1941, les communistes ont déporté en U.R.S.S.: de l\u2019Estonie, 60,000 personnes, y compris 9,000 enfants; de la Latvie, 37,500; de la Lithuanie, 34,200; de la Pologne, 760,000.De 1944 à 1951, ils en ont déporté 800,000 de la Roumanie; 620,000 de la Hongrie.Ces chiffres ne tiennent compte ni des exécutions massives, ni des vols d\u2019enfants (20,000 pendant la guerre civile de Grèce), ni du massacre de Katyn où périt la plus belle fleur de la jeunesse polonaise.Les représentants de sept pays tombés sous le joug communiste ont déjà signifié leur intention de porter accusation contre l\u2019U.R.S.S., aux termes des articles II et III de la convention sur la prévention et la répression du génocide.Mais le Kremlin y a vu.Il s\u2019est ménagé une échappatoire.Il répudie l\u2019article IX tout en acceptant l\u2019article VIII.C\u2019est-à-dire qu\u2019il ne sera pas justiciable devant la cour internationale de La Haye.On ne pourra l\u2019accuser que devant l\u2019O.N.U., où l\u2019U.R.S.S.jouit de son droit de veto.Lorsqu\u2019en 1948 on discutait à la commission juridique de l\u2019O.N.U.la convention sur la prévention et la répression du génocide, M.Morezov, suppléant de l\u2019U.R.S.S., insista, à temps et à contretemps, pour qu\u2019on définît avec plus de précision chaque article.Il manifesta une vive flamme de justice.Mais puisque, dans le système marxiste, la vérité n\u2019est la vérité qui si elle sert les fins de l\u2019État,\u2014qui est la fin des fins,\u2014 il est logique de se demander ce que valent les paroles et les signatures des représentants de l\u2019U.R.S.S.Au bout du compte, elles ne peuvent être des instruments ni de rapprochement ni d\u2019entente, mais des armes de confusion et de division au service d\u2019une politique effrénée de conquête.Cet usage systématique du mensonge est plus terrible que la bombe à hydrogène.jÇa bombe tkermonuclêaixe LA NOUVELLE BOMBE, dont l\u2019explosion a fait J trembler le monde, soulève une question d\u2019ordre juridique et moral qu\u2019il faut considérer.Les faits.\u2014 Le nouvel engin a une puissance capable de détruire une ville entière, n\u2019importe laquelle.Donc, elle peut tuer plusieurs millions de personnes d\u2019un seul coup.Pas de distinction entre population civile et militaire.Elle étend ses ravages sur un territoire dont il est à peu près impossible de préciser les limites.Lors des dernières expériences, l\u2019aire affectée par les effets nocifs des bombes fut beaucoup plus étendue qu\u2019on ne le prévoyait.Du poisson contaminé fut trouvé sur les marchés au Japon.Ces bombes deviennent de plus en plus nombreuses et formidables.Qui pense qu\u2019on va s\u2019arrêter à celle qui a éclaté en Océanie ?On court à toute allure vers la destruction de continents.La bombe thermonucléaire n\u2019est plus le monopole d\u2019une seule nation.On a eu l\u2019impression que l\u2019Union soviétique avait gagné, ces derniers temps, une légère avance sur les États-Unis dans ce domaine, grâce à l\u2019aide obtenue de savants occidentaux par le moyen du système d\u2019espionnage qu\u2019on sait.Le problème.\u2014 Quatre possibilités semblent s\u2019ouvrir.1.Tout le monde ira de l\u2019avant, comme maintenant, jusqu\u2019au jour où, de part et d\u2019autre, on aura des armes capables de détruire le monde.Cela apparaît maintenant comme une possibilité réelle.et horrible.2.Une des parties arrêtera ou ralentira la production; l\u2019autre continuera jusqu\u2019à la supériorité absolue.Les deux parties, aujourd\u2019hui, sont l\u2019Union soviétique avec ses alliés, les États-Unis avec leurs alliés.L\u2019agitation autour de la « pétition de Stockholm » n\u2019avait pas 154 RELATIONS d\u2019autre sens.Le Kominform et ses amis chez nous ralentissaient l\u2019action de nos gouvernants, avec un certain espoir de la paralyser tout à fait, tandis que l\u2019Union soviétique fonçait bride abattue.Cette solution paraît irréelle.L\u2019Union soviétique ne renoncera certainement pas à la production atomique si les États-Unis ne le font pas; les États-Unis ne laisseront pas le monopole atomique à l\u2019U.R.S.S.3.\tTout le monde mettra les armes atomiques hors la loi.Pour que cette mesure ne soit pas illusoire, il faudra qu\u2019elle repose sur une surveillance efficace, ou sur une base juridique absolument sûre.C\u2019est à un effort pour établir ces garanties que nous a conviés Pie XII dans son émouvant message de Pâques.Il n\u2019exclut pas le cas de légitime défense.Mais les difficultés qui barrent la voie à des négociations fructueuses dans ce sens sont énormes.Il n\u2019y a pas d\u2019instrument pour assurer une surveillance efficace.Quant à la base juridique, nous en verrons à l\u2019instant la futilité actuelle.4.\tTout le monde mettra en commun la production atomique: secrets, usines, bombes.Sauf erreur, c\u2019est ce que le parti travailliste anglais a récemment proposé.Il voudrait que tout soit fraternellement partagé par l\u2019Union soviétique, la Chine rouge, l\u2019Angleterre et les États-Unis.En partie, ce fut la thèse du président Eisenhower, quand il suggéra devant les Nations Unies la création d\u2019un dépôt atomique commun.La chose sera pratique dans la mesure où les parties agiront de bonne foi et en vertu de principes juridiques communs.L\u2019avenir n\u2019est pas rose.Essai de solution.\u2014 Il paraît évident que le mal vient de ce qu\u2019on a sacrifié les réalités morales et juridiques aux réalités commerciales, politiques et mili- taires.Inutile de se perdre en récriminations sur la manière dont c\u2019est arrivé.Que peut-on faire pour porter remède à cet état de choses ?Qu\u2019on le veuille ou non, que cela soit enrageant ou non, le fait est que, parmi les États qu\u2019il y a sur la face de la terre, un seul repose sur des bases morales et juridiques exclusivement.C\u2019est l\u2019État du Vatican.On peut le négliger, le bouder, le mépriser.Cette attitude enfantine ne change rien à la nature des choses.Tous les autres États existent à cause de leur armée, de leur commerce, ou de leur force politique.Or, l\u2019État du Vatican est précisément celui que les puissances les plus influentes d\u2019Amérique boycottent avec un acharnement qui ne leur fait pas honneur.Au cours du siècle dernier, le kaiser prussien protestant et le mikado « fils du ciel » invitèrent Léon XIII à leur servir d\u2019arbitre dans une querelle au sujet des îles Carolines.La médiation pontificale eut le plus grand succès.Il y a un an et demi, le représentant musulman de la Syrie, qui réclamait l\u2019internationalisation de Jérusalem, déclara qu\u2019il serait heureux de voir le premier gouverneur de Jérusalem nommé par le Pape, « dont l\u2019impartialité est universellement reconnue ».Au nom de réalités commerciales, militaires ou politiques, on a développé la puissance de l\u2019Union soviétique.Maintenant, on découvre que ces réalités sont insuffisantes, et qu\u2019il y a lieu de donner plus d\u2019importance aux principes moraux et juridiques.Depuis des années, nous voyons l\u2019inutilité de tous les efforts que l\u2019on fait dans un sens exclusivement matérialiste et laïque.Êcartera-t-on la dernière chance de salut ?Des négociations avec participation décisive d\u2019une puissance absolument impartiale peuvent rendre au monde la stabilité juridique qu\u2019il a entièrement perdue.L\u2019appel de Pâques offre un commencement d\u2019espoir.NOS ROMANS DE 1953 Paul-Emile RACICOT LA PSYCHOLOGIE envahit de plus en plus notre littéra-ture.Tandis que les « progressistes » se réjouissent de voir les guérets du sol recouverts d\u2019oubli, les « traditionalistes » s\u2019inquiètent des cris lancés par certaines voix qui recherchent des échos puissants.Or, l\u2019âme canadienne possède des traits aussi particuliers que les paysages de notre pays.Pour être authentique, l\u2019écrivain doit révéler au lecteur sa propre figure intérieure, comme la description lui présente la terre reconnaissable de sa patrie.Par là, il se situe au niveau de l\u2019universel sans se dépayser.Il semble que nos œuvres romanesques ont pris cette voie, donnant ainsi des signes évidents de maturation.* Parmi les romans de l\u2019an dernier, Le gouffre a toujours soif, d\u2019André Giroux, mérite le premier rang.Le sujet est d\u2019une simplicité audacieuse.Il s\u2019agit d\u2019un fonctionnaire rongé par un cancer du poumon.Jean Sirois doit s\u2019aliter, malgré son énergique assiduité au travail.L\u2019épouse s\u2019inquiète.Autour du malade, l\u2019activité s\u2019éteint peu à peu.Pacifié par la confession, le malade se résorbe et se simplifie.A la recherche de Dieu, il rencontre dans la messe des malades de réconfortantes pensées.Le commentaire du missel inspire à l\u2019auteur une page pleine d\u2019émotions et de réflexions profondes.Puis, le délire entremêle la soumission et la révolte, les anges et les démons, la responsabilité et la foi.L\u2019escale du viatique, coïncidant avec la première communion de son enfant, ramène Jean à son principe.L\u2019homme vient de Dieu et retourne vers Lui.Ce livre marque une étape importante dans la carrière de Giroux, qui pénètre au delà d\u2019un visage.Le souffle spirituel est évident.L\u2019auteur possède une connaissance exacte de la religion et il respecte l\u2019agonie du mourant en nous JUIN 1954 155 épargnant les derniers cauchemars.On peut toujours reprocher à Giroux certaines faiblesses: une critique impatiente de son curé, même si c\u2019est à l\u2019essentiel qu\u2019il veut s\u2019accrocher; un éloge du dévouement maternel que dépare une allusion impertinente et contradictoire.De plus, le style austère retient l\u2019élan de la phrase et la marche du développement.Le livre fera du bien aux gens sérieux et réfléchis, car il contient une étude profonde et juste du mourant.* Le problème de la mort prend aussi une large part dans les deux romans publiés par le Cercle du Livre de France.André Langevin en mérita le prix pour la deuxième fois.Son second roman manifeste un talent réel d\u2019écrivain et marque un progrès fort sensible sur le premier.Poussière sur la ville raconte l\u2019histoire amoureuse d\u2019un jeune médecin qui pousse la complaisance jusqu\u2019à supporter sous son toit l\u2019amant de sa femme Madeleine, que cette pitié équivoque mènera au suicide.Tout au long de ce récit captivant, le lecteur se demande si Langevin a une idée exacte de l\u2019amour.L\u2019amour est conquérant, et le péché détruit sa victime.Dès que le héros accepte le rôle de mari uniquement respectueux du problème humain, il se détache de Dieu.La littérature aura beau faire, le respect romantique de la personne ne peut se passer du devoir d\u2019aimer Dieu dans l\u2019épouse.D\u2019ailleurs, le docteur pitoyable pactise avec le péché.Un hydrocéphale meurt par son imprudence, et sans baptême.Pâle sœur d\u2019Emma Bovary, Madeleine fut dévorée de fol amour.Son mari prévoit l\u2019inévitable faillite et ne pose aucun geste libérateur.Comment Alain aura-t-il le courage de conserver fidèlement un souvenir, quand il n\u2019a pas tout tenté pour sauver l\u2019épouse vivante ?Flaubert s\u2019arrête à la mort d\u2019Emma, tandis que le discours contre la lâcheté chez Langevin gâte l\u2019ouvrage, car le cas anormal devient théorie.Le style et la composition donnent un ton de vraisemblance à ce récit illusoire.Tout se déroule dans une tonalité grise.L\u2019hiver avec ses brumes et ses neiges, la poussière de l\u2019amiante qui se colle aux vitres figurent bien l\u2019ennui et l\u2019anémie qui emprisonnent ces âmes.Cette unité de cadre et de crise est une preuve de maîtrise dans le métier.De plus, la crispation du héros ne saura lasser la patience de Dieu; le défi laisse entrevoir une évolution vers le surnaturel.Après le suicide, on passe au meurtre, avec les Témoins d\u2019Eugène Cloutier.Voici un roman au sens large, car la crise est dénouée dès l\u2019ouverture du livre.François vient de tuer sa femme Line et son ami Claude.Le revolver fume encore que déjà surgissent de l\u2019ombre tous les « personnages » que François porte en lui.En face du tribunal imaginaire, ces témoins présentent leur explication.D\u2019abord le penseur.Personnage subtil et pervers, qui se fait partisan d\u2019un humanisme absolu et qui met son ambition dans la corruption d\u2019une âme simple, dissociée par ses soins.Vient ensuite le moraliste, qui échafaude à grand peine une sorte de morale naturelle, où les commandements divins se réduisent à une théorie inapplicable.Quand le jouisseur se présente à la barre, le problème se dissout dans une passion sans frein.Les deux derniers personnages n\u2019ajoutent rien à la compréhension du drame.Le révolté n\u2019a pas compris la vie, et l\u2019adolescent n\u2019a pu la supporter.Cloutier rassemble une foule de qualités avantageuses pour un écrivain.Il a le souffle ardent et puissant.Il sait aimer avec fièvre et poésie; il rage avec fureur et violence.Ses descriptions de la nuit sur le lac, de l\u2019attente dans le vent sont délicieuses.Toute la structure de ce roman sort d\u2019une imagination robuste et hardie.Ce sont là des dons vraiment exceptionnels.Mais ses cinq témoins ne sont que des lamelles de personnalités qui conduisent chacune au désastre final.Si l\u2019auteur veut montrer l\u2019égarement de l\u2019intelligence et la faiblesse de la volonté, qui aboutissent au meurtre, il réussit.Mais François est un jeune médecin très intelligent, qui aime son épouse avec tendresse.Comment admettre qu\u2019il soit un assassin?L\u2019auteur aurait pu citer vingt témoins qu\u2019il n\u2019aurait rien ajouté de concluant.Un seul personnage pouvait tout expliquer, c\u2019est le repentant.Chez Cloutier, le lyrisme entraînant ne peut compenser la déficience morale de son héros, personnage délicat et corrompu qui n\u2019a pas mieux assimilé son catéchisme que ses manuels de philosophie.On sent chez l\u2019auteur une culture artificielle nourrie de romans.Ça ne suffit pas pour s\u2019aventurer dans la psychologie de l\u2019âme spirituelle et religieuse.Si Cloutier veut croire à ses talents magnifiques, nous croirons en lui avec confiance.* Les Éditions Fides ont publié deux romans d\u2019inspiration fort louable, aux couleurs nordiques et juvéniles.René Ou-vrard et Adrien Thério font leur entrée dans la littérature, à la suite de contes et d\u2019études parus dans les journaux et revues.Débâcle sur la Romaine, de René Ouvrard, raconte la vie aventureuse de trois personnages.Roch Demaison et Jean Latour, fiancé à Lucile, remontent la Romaine dans le but de trapper la loutre et le castor.La hardiesse de Jean sauve Roch d\u2019un remous périlleux.Un matin, les chiens se battent, et Jean est mordu.Roch ne veut pas être lâche, mais il finit par abandonner son ami dans les neiges.Le remords s\u2019acharne sur lui; il réagit suffisamment pour attirer l\u2019attention de Lucile, qu\u2019il épouse quelque temps après.Plus tard, on apprend que Jean fut sauvé par un missionnaire du Labrador.A son retour, la pauvre Lucile se sent partagée entre le désir et la fidélité.Elle aime encore son Jean, qui disparaît sans laisser de trace.On retrouve ensuite Roch et Lucile dans la région de Val-d\u2019Or.Lucile ne peut oublier Jean; dans une crise d\u2019hystérie, elle se donne la mort.Roch continue son ascension vers la richesse.Quand il apprend que Jean, missionnaire chez les Indiens, est en train de mourir, il s\u2019envole à sa recherche, pour recevoir son pardon.Ce livre contient de fort belles pages.La description des sauvages contrées du Nord révèle un bon talent d\u2019écrivain.Le choix du sujet fait aussi honneur à l\u2019auteur.Mais pourquoi cette course à l\u2019action, qui bouscule événements et personnages ?A elle seule, la première partie suffisait à un excellent roman, étoffé d\u2019aventures viriles et courageuses.Nos littérateurs ne nous ont pas gâtés dans ce domaine, et les jeunes lecteurs enthousiastes forment un public aussi étendu et durable que les adultes habitués au triangle d\u2019amour.Adrien Thério s\u2019attache à l\u2019envol de la jeunesse, dans les Brèves Années.On a parlé du grand Meaulnes au sujet de ce livre.L\u2019intention de l\u2019auteur s\u2019y apparente, mais le héros ne possède pas le même mystère ensorceleur.Jacques est un enfant fort simple et même banal.Une amitié sincère enveloppe les travaux, les études et les jeux de Jacques et de Clair.Au collège, il y aura pour eux des succès réguliers et des révoltes passagères.Les enfants grandissent, ils achèvent leur cours; mais Clair n\u2019a jamais oublié la fillette entrevue par delà la forêt dans un domaine enchanteur.Sans rien dire, Clair reprendra le sentier et la chaloupe pour retrouver la fillette et ne jamais revenir.Jacques ira causer de Clair auprès de Solange; il s\u2019aperçoit que celle-ci est maintenant jeune fille.Au seuil de l\u2019amour, Jacques oublie son ami Clair, qui n\u2019était peut-être que l\u2019ombre spirituelle de sa propre adolescence.* Un autre jeune écrivain mérite attention et respect.C\u2019est Jean Filiatrault.Les Terres stériles, ce sont les pentes sablon- 156 RELATIONS neuses de Piedmont dans les Laurentides.Jean-Baptiste, vieillard autoritaire et acariâtre, se meurt.Sa fille, Marie-Louise, fatiguée de son joug, s\u2019était mariée à Fortunat, veuf paresseux et profiteur.Depuis quinze ans, ils attendent la mort du vieux et l\u2019héritage, conditions de leur paix.Avant de se coucher, Fortunat va voir le malade et s\u2019aperçoit qu\u2019il est fini.Le lendemain, Marie-Louise se reproche d\u2019avoir laissé son père mourir comme un chien.Elle se désole au point de devenir insupportable.Le caractère du défunt revit tout à coup dans la malheureuse, torturée de remords.Fortunat ne peut calmer les^obsessions de son épouse.Il décide de partir chez sa fille Êva, où l\u2019on déteste le fainéant.Le bonhomme retournera chez lui; mais la marche épuisante lui est funeste; il tombe paralysé et meurt à son tour, malgré les tendres soins de Marie-Louise.Restée seule, celle-ci passe un hiver morose.Pour chasser son ennui, le docteur lui confie un jeune homme, Philippe, atteint de pleurésie et de névrose.Marie-Louise l\u2019aime comme l\u2019enfant qu\u2019elle aurait souhaité, mais le mal l\u2019emporte.Furieuse, elle met le feu à cette maison de malheur et périt dans la haine et dans les flammes.Plus élaboré et sans préface, le roman de Filiatrault serait excellent.Les personnages sont typiques et drus.L\u2019aridité du sol et l\u2019accablement du soleil assèchent les âmes.L\u2019apaisement et la fraîcheur semblent interdits à ces êtres assoiffés d\u2019amour et de bonheur.L\u2019hiver glace le foyer désert et durcit la nature.La simplicité farouche de Marie-Louise ne manque pas d\u2019intérêt.Félicitons ce jeune auteur qui manie la plume agréablement et ose s\u2019attaquer à des sujets concrets.* Après maints ouvrages, Arthur Saint-Pierre offre maintenant un roman du terroir, intitulé la Croche.Dans un village de chez nous, on remarque les attentions du jeune docteur Girard auprès de la charmante Louise Labbé.Celle-ci profite de l\u2019épluchette pour assurer son ami André de ses sentiments intimes.L\u2019infirme Judith, surnommée la Croche, tante du docteur, ne laissera pas bafouer son neveu.Avant l\u2019abattage des arbres, elle déplace la ligne de bornage, et voilà familles et clans, caractères et partisaneries qui s\u2019affrontent.Le sermon du curé calme les esprits, et la Croche meurt sous les arbres, en voulant réparer son méfait.L\u2019auteur connaît bien nos mœurs de campagne; il les décrit avec clarté et facilité.Même si le livre n\u2019attire pas l\u2019admiration des partisans de la littérature pure, il aura la vie longue, comme nos classes rurales dont il possède la santé.Les romans sur le prêtre jouissent d\u2019une certaine vogue.André Brugel entre dans le courant avec Serge Fromentin.Serge est un incroyant qui enseigne, à Montréal, la diction et le chant.Nicole et Hubert suivent les cours et se fréquentent assidûment.Fromentin perçoit le désaccord profond de ces deux natures et en avertit Nicole.L\u2019abbé Salva s\u2019inscrit aussi aux leçons du maître.Son silence, fruit d\u2019une ferme conviction sacerdotale, impressionne le professeur vieillissant.Hubert, que la jalousie tenaille, tente de tuer Fromentin.Celui-ci, ramené à la foi par la souffrance, mourra en grâce avec Dieu.L\u2019auteur a su éviter les écueils de la sentimentalité et de l\u2019apologétique.Le livre se lit avec intérêt et aisance.Mais l\u2019analyse ne pénètre pas jusqu\u2019à l\u2019intime des âmes.On aurait pu s\u2019attendre à une psychologie plus profonde de la part d\u2019un auteur qui est lui-même prêtre et psychologue.Maurice de Goumois n\u2019est ni un vétéran ni un jeune.Son roman, qui a pour titre Destin de femme, laisse prévoir une étude du milieu urbain.Détrompons-nous.Saint-Georges de Beauce ne sert que de tremplin à la carrière d\u2019Aline Veilleux.La jeune femme ne trouvera dans un premier mariage, puis dans une couple d\u2019aventures qu\u2019amertume et dégoût.Devenue veuve, elle rencontrera enfin le bonheur dans un bel amour.L\u2019auteur écrit avec facilité et abondance; la sobriété plairait davantage.Il manie la description avec adresse, mais le sujet ne s\u2019élève pas au-dessus du genre romanesque ou de l\u2019art de cabaret.* Pour finir, trois romans féminins.Adrienne Maillet poursuit et perfectionne sa carrière de romancière.Cœur d\u2019or, Cœur de chair figure l\u2019opposition de caractère qui existe entre deux sœurs.Marcienne assomme son mari qui rentre à la maison en état d\u2019ébriété.Pour la sauver de l\u2019accusation d\u2019homicide involontaire qui pèse sur elle, Sabine se livre à la place de sa sœur.Condamnée à dix ans de détention, la douce fiancée de Reynald répand dans la prison une atmosphère de sérénité apaisante.Par son chant et ses conseils, elle sème la joie dans les cœurs dévastés et durcis.Pendant ce temps, l\u2019avocat Reynald s\u2019intéresse à Marcienne, qui essaie de le séduire adroitement.La libération rapide de Sabine confondra la coupable et réunira les fidèles amants.De lecture agréable, ce dernier roman déborde de tendresse délicate envers les personnages.Il invite les lecteurs à la confiance en la force patiente de la vertu.Lyse Longpré trace avec une logique impitoyable les traits quelque peu chargés de son héros, commerçant avide d\u2019ambitions et âpre au gain.Labrosse recueille chez lui un neveu, Philippe, pour en faire son bras droit dans les affaires.Philippe s\u2019aperçoit que les employés les plus dévoués sont pressurés, que la maison cossue abrite une épouse effacée et une fille frustrée d\u2019un amour légitime.Le départ de Philippe, dégoûté, entraîne la fuite de la mère et des enfants.Dans son foyer désert, Labrosse connaît les affres du vide; il cherchera en vain une paix sans cesse refusée aux cœurs de cuivre.La Magie des ruines se lit bien; mais la forte personnalité de Labrosse écrase les autres personnages et finit par assécher le récit pourtant construit avec hardiesse.Geneviève de Francheville s\u2019adresse surtout aux jeunes filles qui croient que l\u2019amour seul suffit à un mariage heureux.Le Calvaire de Monique, ce sera la torture d\u2019une mère catholique qui voit son enfant apostasier pour toucher un héritage important.Monique avait elle-même posé le premier acte de cette trahison, en épousant un anglo-protestant.Sans faire de littérature, l\u2019auteur dénonce tous les maux qui rongent les milieux cosmopolites: promiscuité raciale et religieuse, fréquentations cachottières, préjugés mondains et faux.La triste vie de Monique nous rappelle que le mariage est un sacrement social; qu\u2019on ne se marie pas pour soi uniquement.Souhaitons à ce livre une large diffusion parmi nos instituts d\u2019éducation.Il servira à combattre le snobisme, qui s\u2019accompagne toujours d\u2019un peu de mépris à l\u2019égard de sa race et de sa foi.* On le voit, tout n\u2019est pas de première qualité dans la production littéraire de l\u2019an dernier.Mais le bon l\u2019emporte sur le moins bon et suggère de beaux espoirs.Le défrichement précède la culture; l\u2019éducation crée la civilisation.Il faudra patienter et supporter encore bien des essais avant de nous glorifier d\u2019avoir atteint une vraie maturité.L\u2019élan, du moins, s\u2019oriente dans cette direction.JUIN 1954 157 Collège libre ou école publique ?Pierre ANGERS, S.J.LE RAPPORT du Sous-Comité de coordination a reçu tout récemment un appui dans un ouvrage qu\u2019a publié aux Presses universitaires Laval M.Arthur Tremblay, directeur adjoint de l\u2019École de Pédagogie et d\u2019Orientation de l\u2019Université Laval.L\u2019ouvrage est intitulé: les Collèges et les Écoles publiques : conflit ou coordination ?L\u2019auteur a pris soin d\u2019établir sa thèse sur des considérations d\u2019ordre sociologique et démographique; puis il propose une solution qui tient compte des deux juridictions qui se partagent les domaines de l\u2019enseignement primaire et de l\u2019enseignement secondaire dans la province de Québec.L\u2019introduction des données sociales et démographiques dans l\u2019étude des questions d\u2019enseignement est d\u2019un intérêt indéniable, à condition qu\u2019elles demeurent à leur place, qui est ici secondaire.Une saine politique de l\u2019éducation s\u2019inspire en premier lieu des exigences culturelles de la personne, qui fournissent les éléments fondamentaux du problème.L\u2019école, destinée à pourvoir la cité en citoyens civilisés et chrétiens, cherche d\u2019abord à faire un homme et poursuit comme fin première le développement de la valeur humaine dans la source vivante de la vie personnelle.Lorsque l\u2019homme sera formé, il mettra son dévouement au service de la communauté.Les éléments sociologiques, pour importants qu\u2019ils soient, sont une réalité secondaire dans l\u2019œuvre de l\u2019éducation, tout comme le sont, dans une autre perspective, les structures juridiques d\u2019un système scolaire.Ces dernières doivent servir l\u2019école, et non pas se l\u2019assujettir, comme il arrive trop souvent.Toute discussion sur la coordination de nos enseignements qui ne serait pas fondée sur l\u2019ordre des choses et qui ne tiendrait pas au premier rang les exigences propres de l\u2019éducation ne saurait que fausser les données naturelles du problème et causer préjudice à l\u2019école.Il nous semble que l\u2019ouvrage de M.Tremblay n\u2019échappe pas toujours à cet écueil.Il arrive qu\u2019au lieu d\u2019être un examen objectif des faits, l\u2019exposé prenne l\u2019allure d\u2019un plaidoyer en faveur de l\u2019école secondaire publique.Nous désirons insister dans cet article sur un aspect essentiel de l\u2019enseignement secondaire parce qu\u2019il est en liaison étroite avec le caractère le plus profond de l\u2019éducation libérale: ouvrir le cœur et l\u2019esprit aux tâches futures de l\u2019homme dans l\u2019Église et dans la cité temporelle.Contrairement à l\u2019école élémentaire, qui enseigne les rudiments, et à l\u2019université, qui initie la pensée affermie du jeune homme à la pratique et à la culture 158 A l'occasion d\u2019un ouvrage récent, le P.Angers, préfet des études au Collège Jean-de-Brébeuf et professeur de littérature française à V Université de Montréal, démontre qu'une « saine politique de l\u2019éducation » doit s\u2019inspirer « en premier lieu des exigences culturelles de la personne » humaine.d\u2019une profession, l\u2019enseignement secondaire a pour objet d\u2019éveiller l\u2019adolescent à la vie de l\u2019esprit par la force inspiratrice de la vérité.Il développe chez l\u2019adolescent l\u2019instinct naturel de l\u2019intelligence ouverte spontanément à toute la réalité.L\u2019éducateur cherche ici à communiquer une vision de sagesse qui comprend et pénètre d\u2019emblée tous les domaines du réel et qui les ordonne selon leurs fins et leurs valeurs.C\u2019est dire que le cours classique doit apprendre à penser, à observer le monde extérieur et le royaume de la vie intérieure, à réfléchir et à augmenter l\u2019expérience humaine et spirituelle du jeune élève, à respecter les valeurs, à appeler grand ce qui est grand et petit ce qui est petit, à donner à l\u2019esprit la pureté, la droiture du regard, l\u2019élan créateur.Tout l\u2019effort du maître devra consister, à cette étape de l\u2019éducation, à éveiller le goût de la vérité respectée et recherchée pour elle-même.Cet approfondissement de l\u2019esprit, qui apprend à s\u2019incliner devant la vérité et à l\u2019aimer pour sa valeur propre, ne peut être que le fruit d\u2019une longue initiation: elle réclame des loisirs, de lentes périodes de maturation et l\u2019entière disponibilité de l\u2019élève.L\u2019institution qui se consacre à cette tâche ne saurait à la fois poursuivre l\u2019effort de culture générale et fournir une instruction professionnelle ou préuniversitaire.Pour que s\u2019épanouisse avec intensité dans son sein l\u2019éducation libérale telle que nous venons de la décrire, l\u2019école doit s\u2019adapter à cette fin.Tous les types d\u2019institution ne sont pas également qualifiés pour développer en elle et transmettre la vie de l\u2019esprit.Il y a des types d\u2019institution qui favorisent le progrès de l\u2019élan intellectuel et d\u2019autres qui l\u2019étouffent.L\u2019atmosphère spirituelle et intellectuelle, la hardiesse de l\u2019esprit qu\u2019elle réclame ne sont réellement favorisées que dans une institution où règne une véritable liberté académique et où les maîtres assument la pleine responsabilité de leurs tâches.La vie de l\u2019esprit, qui est élan créateur et vitalité spontanée, a besoin pour s\u2019accroître et se répandre d\u2019un milieu adulte et réellement autonome.A ce titre, au niveau secondaire, le collège privé aura toujours un avantage incomparable sur l\u2019école publique.L\u2019institution secondaire est un vivant foyer culturel où les maîtres doivent posséder l\u2019entière initiative des tâches qu\u2019ils accomplissent, la pleine responsabilité des positions qu\u2019ils ont adoptées et la liberté complète de la vie intellectuelle qu\u2019ils transmettent.La valeur et la fécondité du milieu éducatif sont à ce prix.La qualité d\u2019un foyer culturel ne provient pas d\u2019abord de la structure interne des programmes, ni des méthodes en usage dans l\u2019enseignement, bien que ces facteurs RELATIONS doivent être établis avec solidité; elle ne provient pas non plus de la difficulté des épreuves et des concours, bien que ces contrôles doivent jouer avec efficacité; encore moins peut-elle être maintenue par des règlements et des consignes émanés d\u2019un organisme administratif extérieur à l\u2019institution, comme c\u2019est le cas dans le système actuel de notre enseignement secondaire.La qualité d\u2019un foyer de culture augmente avec sa vitalité intérieure, et celle-ci est le fruit de « l\u2019incessant approfondissement de la vie intellectuelle de ses maîtres ».La raison est facile à découvrir, elle est un fait d\u2019expérience, familier aux écoles d\u2019Occident depuis l\u2019époque de Platon.L\u2019esprit n\u2019est pas un automate, il ne travaille pas par contrainte.Il s\u2019éveille, s\u2019élève progressivement et prend son essor par l\u2019élan spontané de son activité intérieure.Il en est ainsi de l\u2019intelligence du maître et de celle de l\u2019élève; il en est ainsi de la vie intellectuelle de la communauté entière au sein de laquelle s\u2019opèrent les échanges entre les maîtres et les étudiants.L\u2019institution secondaire se développera et deviendra prospère dans la mesure où elle jouira de la libre initiative de choisir elle-même ses maîtres, de pourvoir à leur préparation, de déterminer elle-même ses programmes, d\u2019établir ses examens selon des normes qu\u2019elle-même a instituées, de définir sa politique d\u2019admission.L\u2019autonomie académique est un bien vital pour le collège secondaire.L\u2019originalité et la pensée créatrice se meuvent dans un esprit de liberté.Tout dirigisme, toute contrainte administrative imposée de l\u2019extérieur à une institution secondaire n\u2019auront pour effet que d\u2019abaisser le niveau culturel du milieu éducatif.Voilà pourquoi il est capital que le collège classique jouisse d\u2019une entière liberté académique et qu\u2019il soit libéré de toute pression provenant des écoles professionnelles et des facultés universitaires.Il est vrai que la grande majorité des élèves du secondaire entrent par la suite à l\u2019université.Mais le collège n\u2019a pas pour objet de préparer directement à l\u2019université, ni d\u2019amorcer en quelque façon que ce soit l\u2019enseignement professionnel.Il a des objectifs qui lui sont propres, entièrement distincts de ceux de l\u2019université, et qui relèvent de l\u2019ordre culturel.C\u2019est en raison de ces objectifs, qui consistent dans l\u2019épanouissement et l\u2019orientation de la vie de l\u2019esprit, que le collège est capable de jouir d\u2019une véritable autonomie académique.Si l\u2019on se donnait la peine de réfléchir à la nature véritable du collège classique et de poser le problème de ses fonctions dans les termes qui conviennent à un foyer d\u2019éducation libérale et de culture, et non pas comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019une école préuniversitaire et d\u2019une institution affiliée, on se rendrait compte du rôle beaucoup plus considérable que pourraient remplir dans la province de Québec les institutions classiques et de l\u2019immense apport culturel qu\u2019elles pourraient ajouter au rayonnement dont la nation bénéficie déjà depuis plus d\u2019un siècle.Douées d\u2019une entière autonomie académique, plusieurs institutions déjà anciennes pourraient donner leur propre baccalauréat; elles parviendraient même, dès un avenir rapproché, à donner un enseignement et à conférer des diplômes d\u2019un niveau supérieur à celui du baccalauréat dans le domaine des arts libéraux, \u2014 lettres, philosophie, histoire, théologie, \u2014 qui est proprement le leur.Elles suivraient ainsi l\u2019exemple des collèges d\u2019Oxford qui, nés de la même tradition que nos collèges classiques, ont à cœur de favoriser certains travaux qui conduisent jusqu\u2019au doctorat.Le mémoire présenté par le Collège Jean-de-Brébeuf à la Commission royale d\u2019enquête le notait: une telle transformation de nos collèges classiques aiderait les facultés culturelles de nos grandes universités, en élargissant le champ de l\u2019activité culturelle désintéressée, en multipliant les possibilités de carrières culturelles, en contribuant à accroître la puissance et le rayonnement des centres de culture désintéressée, très utiles pour équilibrer l\u2019influence plus utilitaire des écoles professionnelles et des centres de recherches.Nous ne croyons pas qu\u2019en multipliant ainsi les foyers de haute culture, on affaiblisse la vitalité des facultés culturelles de nos grandes universités et qu\u2019on en diminue l\u2019influence.On tarit la vie de l\u2019esprit dans un milieu en prétendant concentrer et limiter ses activités les plus hautes dans deux ou trois foyers exclusifs.Il ne nous paraît pas non plus avantageux de centraliser la direction académique de notre enseignement secondaire.Ces centralisations administratives sont lourdes, rigides, peu compréhensives des efforts originaux poursuivis dans chacune des maisons et plus portées à éteindre la pensée créatrice qu\u2019à la stimuler.Elles mettent l\u2019accent sur l\u2019uniformité des réglementations et le nivellement des programmes, points qui n\u2019atteignent pas le cœur de l\u2019enseignement de type culturel.Elles contredisent même les exigences fondamentales de l\u2019éducation par les arts libéraux.Le contrôle de l\u2019administration centrale sera toujours impuissant à stimuler la vie intellectuelle du maître et à favoriser la vie de l\u2019esprit au sein de la communauté culturelle.Celles-ci ne progressent jamais sous le coup des mesures administratives, mais par la poussée de l\u2019élan intérieur chez les maîtres et par la possession de leur pleine responsabilité d\u2019éducateurs.Sans doute importe-t-il de coordonner le progrès académique des foyers de culture et de voir à ce qu\u2019un contrôle s\u2019exerce sur la qualité des degrés qu\u2019ils confèrent.Des associations de ces foyers, comme l\u2019actuelle Fédération des collèges classiques, seraient beaucoup plus aptes à remplir ce rôle qu\u2019un organisme universitaire.Ces groupements d\u2019institutions prennent naissance sous la pression même des exigences et des problèmes que rencontrent les collèges.Ils rassemblent les institutions secondaires sur le plan qui leur est propre.Ils sont de nature à favoriser la vitalité de chaque foyer et à fortifier leur autonomie et le sens de leurs responsabilités.JUIN 1954 159 Pour les raisons exposées plus haut, tout système public d\u2019école secondaire est, par la nature même de ses structures, moins apte que l\u2019institution libre à favoriser l\u2019épanouissement de la vie culturelle des maîtres et la véritable formation classique de ses élèves.On peut noter qu\u2019au point de vue financier, il n\u2019est pas moins coûteux à mettre sur pied que le collège libre.Il est même probable qu\u2019il le sera davantage.Mais l\u2019école publique n\u2019est pas apte à développer au même degré le type de foyer culturel que peut réaliser l\u2019institution libre si elle est maintenue sur un haut niveau d\u2019humanisme.Par la force des circonstances, l\u2019école publique sera soumise à de lourdes réglementations et à l\u2019uniformité dans les programmes, les examens, les horaires et l\u2019emploi des manuels.Ce que ne peut promouvoir avec efficacité l\u2019administration centrale de l\u2019école publique, \u2014 et nous touchons le nerf vital de l\u2019enseignement classique, \u2014 c\u2019est le développement toujours approfondi de la vie intellectuelle des maîtres et l\u2019éveil de l\u2019esprit chez l\u2019élève.Il ne s\u2019agit pas ici de porter une condamnation de principe sur l\u2019école publique.Du point de vue de l\u2019éducation libérale, elle est, plutôt qu\u2019un mal, un moindre bien.Sa création par l\u2019État ou par le département de l\u2019Instruction publique, au niveau du secondaire, ne nous paraît utile qu\u2019à titre de suppléance.Or il ne semble pas que, dans les circonstances présentes, il soit nécessaire d\u2019adopter cette solution.A notre sens, le problème de l\u2019orientation de l\u2019enseignement secondaire et de ses développements futurs se pose dans les termes suivants: puisque l\u2019école secondaire a eu le privilège, dans la province de Québec, de prendre la forme de l\u2019institution libre, et que cette forme est le statut normal du collège, n\u2019y a-t-il pas lieu, dans les refontes projetées pour un avenir déjà proche, de lui conserver ce statut d\u2019autonomie?N\u2019y a-t-il pas tout avantage à donner aux écoles primaires supérieures transformées en sections classiques un statut de liberté analogue à celui de nos collèges classiques ?Dans ces collèges nouveaux, l\u2019enseignement et la direction seraient assumés par des laïcs, séculiers ou religieux.Peut-on tout au moins espérer que des problèmes aussi graves ne seront pas réduits à des questions de juridiction ou de sociologie, mais qu\u2019ils seront posés et résolus en fonction de la culture et de l\u2019éducation libérale, comme la nature des choses le demande.Dans l\u2019ouvrage auquel nous avons fait allusion plus haut, M.Arthur Tremblay affirme que la participation des écoles publiques à l\u2019enseignement secondaire lui apparaît comme « une fatalité inéluctable inscrite dans l\u2019évolution démographique et sociale de notre milieu » (p.77).Une seule conclusion s\u2019impose, ajoute-t-il: « les institutions privées, collèges et autres, ne peuvent plus suffire à la tâche devenue trop lourde pour elles de dispenser l\u2019enseignement secondaire à tous les jeunes qui veulent actuellement poursuivre des études secondaires et universitaires, encore moins à ceux qui pourraient et devraient en entreprendre ».Un souci trop exclusif d\u2019éviter la « rhétorique traditionnelle » semble avoir conduit l\u2019auteur vers les lieux communs du déterminisme historique, ce qui étonne dans un texte d\u2019une inspiration très élevée.Les données sociales et démographiques, dont M.Tremblay offre des interprétations parfois tendancieuses, n\u2019aboutissent pas nécessairement à la solution proposée.Il n\u2019est pas évident que les institutions privées aient touché la limite de leur expansion, ni que de nouveaux collèges libres ne puissent désormais être fondés (depuis deux ans, trois nouveaux collèges ont ouvert leurs portes dans le diocèse de Montréal), ni que certaines écoles primaires supérieures transformées en collèges classiques et confiées à des laïcs et à des frères enseignants ne puissent obtenir un statut de liberté financière et académique.La conclusion de M.Tremblay ne s\u2019imposerait que si on le voulait bien.Ce serait le résultat, non des déterminismes sociologiques, mais de la libre initiative de certains hommes qui désirent cette solution contestable.Il n\u2019est même pas sûr, comme l\u2019affirme l\u2019auteur (p.73), que le collège classique soit, à cause de son ambiance sociale, un milieu d\u2019accès difficile aux classes de techniciens.Il l\u2019a été et l\u2019est encore, dans une certaine mesure, parce qu\u2019ont joué des facteurs auxquels les éducateurs n\u2019ont pas accordé l\u2019attention qu\u2019ils méritent et dont il est possible de neutraliser les effets.Que l\u2019on facilite aux fils des techniciens et des familles ouvrières l\u2019accès au collège classique par des institutions libres établies au sein de ces populations est une chose souhaitable, et il convient d\u2019être reconnaissant à l\u2019auteur d\u2019avoir signalé l\u2019urgence de ce problème.Il importe, pour y arriver, de réduire les difficultés financières qui empêchent les classes moins fortunées de placer leurs enfants dans des institutions libres choisies de leur plein gré.L\u2019auteur, qui s\u2019attache à établir certaines solutions qu\u2019il préconise, se refuse de façon gratuite à considérer avec le même sérieux la participation de l\u2019État aux frais de l\u2019enseignement secondaire (p.71).Or il est possible d\u2019obtenir cette assistance, et il existe de bonnes raisons pour la justifier.Le seul titre qui autorise le pouvoir politique à réclamer par la taxation une partie de la propriété privée, ce sont les exigences du bien commun auxquelles l\u2019Etat doit pourvoir.Or, parmi ces toutes premières exigences, il faut placer le développement convenable des institutions chargées du progrès et de la généralisation de la culture, premier bien temporel de l\u2019homme.(Mémoire du Collège Jean-de-Brébeuf à la Commission Tremblay.) Nous avons démontré que ces institutions sont les foyers culturels privés.Il est donc conforme à l\u2019ordre politique que l\u2019État applique à ces foyers de culture privée une part importante de ces ressources.Ce qu\u2019il convient de rechercher et d\u2019inventer à l\u2019heure actuelle, ce sont des formes d\u2019aide financière qui permettent à la fois l\u2019assistance de l\u2019État au collège libre et le maintien 160 RELATIONS de la liberté académique et administrative.Octrois statutaires, allocations aux parents dont les fils fréquentent l\u2019institution libre, exemption appréciable des impôts fédéral et provincial représentent quelques-unes de ces formes d\u2019assistance.Leur création faciliterait à tous les jeunes capables de profiter d\u2019une culture générale l\u2019accès à l\u2019école secondaire privée.Elle per- mettrait aux techniciens qui le désirent d\u2019y envoyer leurs enfants.Que les classes moins fortunées et les familles ouvrières ne soient pas forcées de se rabattre sur l\u2019école secondaire publique, lorsqu\u2019ils pourraient obtenir pour leurs fils une meilleure culture dans une institution libre.LE JOURNALISME CATHOLIQUE AU SERVICE DE L\u2019ÉGLISE Albert PLANTE, S.J.AU MATIN du lundi 3 mai, fête de l\u2019Invention de la sainte Croix, s\u2019ouvrait à Paris, en la chapelle de Notre-Dame-de-Salut, intimement liée à l\u2019histoire de la maison de la Bonne Presse, le quatrième congrès international de la presse catholique.A l\u2019évangile de la messe, célébrée par S.Exc.Mgr Marella, nonce apostolique, le R.P.Gabel, rédacteur en chef de la Croix, s\u2019inspirant de la fête du jour, proposa aux congressistes des pensées de force et de confiance.Notre tâche, à nous, journalistes catholiques, consiste à découvrir et à faire l\u2019actualité même, dans les petits faits de la trame quotidienne.Dans une vision de foi, nous devons tout remettre au pied de la croix; davantage: nous devons partout reconnaître, voir et pressentir le mystère de la croix.Voir le Christ bafoué, humilié, dans tous les hommes méprisés et persécutés.Montrer à nos contemporains que les doctrines humaines sont ou incomplètes ou fallacieuses ou néfastes.Et qu\u2019il n\u2019est de salut que dans le Christ.Dans un monde déboussolé et livré au pessimisme et au désespoir, un des premiers devoirs du journaliste catholique n\u2019est-il pas de dresser devant les hommes le signe irrécusable de notre salut, le gage certain de notre espérance ?La messe finie, la salle du congrès accueillit 272 délégués venus de trente pays: France, 64; Allemagne, 44; Belgique, 26; Espagne, 26; Suisse, 19; Italie, 18; Pays-Bas, 15; Luxembourg, 11; Canada, 10; Autriche, 4; Grande-Bretagne, 4; Ukraine, 4; la Sarre, 3; Pologne, 3; Hongrie, 2; Uruguay, 2; Venezuela, 2; Inde, 2; Irlande, 2; Portugal, 2^ Afrique occidentale française, 1; Chine (Formose), 1; États-Unis, 1; Lithuanie, 1; Madagascar, 1; Roumanie, 1; Brésil, 1; Haïti, 1; Mexique, 1.Aucun des représentants de la Lithuanie, de la Hongrie, de la Pologne et de l\u2019Ukraine ne venait de derrière le rideau de fer.Les délégués canadiens étaient: M.Jean-Marie Morin, de la Presse; M.Paul Sauriol, du Devoir; M.Dostaler O\u2019Leary, de la Patrie; M.Gérard Fec-teau, de l'Action catholique; M.J.-C.Aubin, du Droit; M.Robert-W.Keyserlingk, de Y Ensign; le fils de M.Keyserlingk, étudiant à Fribourg; M.l\u2019abbé Jean-Denis Cadieux, de la Conférence catholique canadienne; le R.P.Léo-G.Morin, C.S.C., des Éditions Fides, bureau de Paris; le directeur de Relations.Le président du congrès, le comte Dalla Torre, à la parole toute pleine de l\u2019amour du Christ, de l\u2019Église et du Pape, après quelques mots de bienvenue et d\u2019histoire, s\u2019effaça devant le message de S.Exc.Mgr Montini.Lettre splendide sur laquelle le journaliste catholique aimera de revenir.Le propre du journalisme, ce qui en particulier le distingue des autres moyens d\u2019agir sur l\u2019opinion publique, c\u2019est d\u2019être lié à l\u2019événement du jour et de s\u2019adresser à un lecteur Frincipalement soucieux de l\u2019information.C\u2019est donc à occasion des faits quotidiens, de leur contrôle, de leur présentation, de leur commentaire que le publiciste doit le plus souvent faire œuvre de vérité et d\u2019éducation des esprits.Après avoir affirmé qu\u2019on ne s\u2019improvise pas journaliste, que « dans cette rude bataille de la presse, le zèle le plus généreux ne peut aujourd\u2019hui suppléer à ce savoir-faire indispensable », Mgr Montini précise que, si l\u2019Église exige du journaliste catholique « ce premier témoignage d\u2019une authentique valeur, c\u2019est en raison de l\u2019irremplaçable ' service qu\u2019elle attend de ceux de ses fils qui ont mission de servir et d\u2019éclairer l\u2019opinion publique ».Le monde est, en effet, engagé dans un combat spirituel dont nul n\u2019ignore l\u2019enjeu.Une immense vague d\u2019athéisme déferle sur le monde, et rarement l\u2019action contre la religion du Christ se fit plus pénétrante et plus systématique.Jusque dans les rangs catholiques, on rencontre des fidèles ébranlés dans leur confiance en la mission de l\u2019Église; on entend même parfois de leur part d\u2019amères critiques à l\u2019adresse de cette Eglise qu\u2019ils rendraient volontiers responsable, par ses propres défaillances, des progrès de ses adversaires, tandis que ceux-ci seraient dignes de toutes les indulgences.En présence d\u2019un tel ébranlement de l\u2019opinion publique, devant l\u2019impatience des uns, le découragement des autres, quel sera aujourd\u2019hui le premier devoir du journaliste catholique ?Avant tout, il sera un fils de l\u2019Église, empressé à servir sa.Mère; il aura plus que tout autre le sens et l\u2019amour de l\u2019Église.Ce sens et cet amour de l\u2019Église inspireront le journaliste catholique et lui traceront sa tâche.Tandis que certains s\u2019abandonnent au doute et à la critique, le journaliste catholique digne de ce nom mettra sa plume au service « de la vérité catholique sans la diminuer ni la cacher sous prétexte de ne pas offenser les adversaires de la foi » (Pie XI, enc.Rerum omnium).Il démasquera l\u2019erreur, de quelque nom qu\u2019elle se couvre.Il servira avec cœur les grandes causes de l\u2019Église selon son esprit et ses directives, dans le champ en particulier de la justice sociale et de la paix internationale.Il se fera un devoir d\u2019éclairer l\u2019opinion sur la lutte impitoyable menée en certains pays contre l\u2019Épouse du Christ, et celle-ci apparaîtra de ce fait plus grande encore aux yeux des fidèles, et même des hommes de bonne foi, par le martyre de ses évêques, de ses prêtres et de tant de ses fils.Mgr Montini énumère alors les vertus professionnelles du journaliste catholique: « l\u2019objectivité de son information, la fermeté de son jugement, l\u2019humilité de sa propre déférence à l\u2019autorité religieuse ».Vertus professionnelles que doit constamment animer une « foi vive ».JUIN 1954 161 L\u2019attitude du publiciste chrétien à l\u2019égard de l\u2019Église qu\u2019il sert ne saurait, en effet, être assimilée à celle du journaliste vis-à-vis d\u2019un gouvernement dont il juge les actes.A travers les évêques et le Pasteur suprême, c\u2019est Jésus-Christ lui-même qui conduit son Église.Ces quelques citations suffisent à montrer l\u2019importance des directives pontificales transmises par Mgr Montini.Jean Pélissier avait raison d\u2019écrire, dans la Croix du 4 mai: Un tel document, qui est une véritable charte du journalisme catholique, ne se commente pas.Il se médite, pour être ensuite, dans la mesure de nos faibles forces, traduit dans les faits.Mais aux lecteurs de la presse catholique, eux, ne pouvons-nous pas demander de prier pour nous et pour tous ceux qui ont la noble ^mais lourde mission de mettre leur plume au service de l\u2019Église et de la vérité ?Après la lecture de la lettre de Mgr Montini, le P.Gabel, président du comité d\u2019organisation du congrès, souhaita la bienvenue aux congressistes.Il rappela, à son tour, que « la presse catholique doit être d\u2019abord une vraie presse, qui se soumette aux exigences du vrai journalisme, pour qui l\u2019événement du jour, expliqué et commenté, est la loi ».Retenons bien l\u2019expression: «l\u2019événement du jour, expliqué et commenté ».Avec cette explication et ce commentaire, nous sommes au cœur du véritable journalisme.Cette vérité devait ressortir encore le lendemain, lors du carrefour consacré aux techniques rédactionnelles.Après les souhaits de bienvenue du P.Gabel, ce fut la brève allocution du Dr Funder, directeur de Die Furche, de Vienne, journaliste rempli d\u2019années, d\u2019œuvres et de mérites.Il parla avec beaucoup de conviction et de chaleur.« Pour nous autres, vieux journalistes catholiques, ce congrès est la réalisation d\u2019un rêve de jeunesse et l\u2019accomplissement d\u2019une œuvre qui, il y a encore un demi-siècle, était à peine concevable.» Pionnier de 1\u2019Union internationale de la Presse catholique, fondée lors du congrès tenu à Rome en 1936, le Dr Funder nota que le but des présentes assises était de mener à maturité l\u2019œuvre tracée au dernier congrès (1950) et assignée au secrétariat permanent, établi à cette occasion : « Coordonner et rassembler \u2014 à cette époque pleine des plus graves dangers \u2014 les forces de notre presse par le moyen de notre communauté de foi et de notre travail à tous.» Comme d\u2019autres de ses compatriotes, le Dr Funder a vécu dans sa chair, sous le régime nazi, les atteintes à la liberté, à la dignité et à la foi chrétienne.« Si nous n\u2019avons jamais perdu courage, même dans les prisons, c\u2019est en grande partie parce que nous avions la certitude d\u2019être soutenus par le monde chrétien et par cette puissance spirituelle qui était notre alliée \u2014 je veux dire la presse catholique.» Et voici des paroles qui prennent un saisissant relief si on les rapproche de certains passages de la lettre de Mgr Montini : Dieu m\u2019ayant accordé la joie de vivre assez longtemps pour assister à ce congrès, je n\u2019ai pas hésité à demander la faveur de vous adresser une fois encore quelques mots.Jamais la mission de notre presse n\u2019a été aussi lourde, n\u2019a été revêtue d\u2019autant de signification, n\u2019a été chargée d\u2019autant de responsabilité et d\u2019autant d\u2019honneur qu\u2019à cette époque où l\u2019on serait tenté de croire que les visions apocalyptiques de saint Jean sont en passe de devenir réalité, que les rois de Gog et de Magog sont déjà apparus sur terre et viennent à nous de derrière les monts.L\u2019allocution du Dr Funder terminée, M.Jean-Pierre Dubois-Dumée, chef du secrétariat permanent de l\u2019Union internationale de la Presse catholique, présenta le bilan des activités depuis le dernier congrès.En fonction depuis février 1952, le secrétariat n\u2019a pour but ni de donner des consignes, ni de servir d\u2019agence de nouvelles.Trois mots résument sa tâche: coordination, documentation, représentation.Représentation, par exemple, auprès d\u2019organismes spécialisés des Nations Unies et des organisations internationales 162 catholiques.Le secrétariat, avec des moyens d\u2019action limités, a déjà fait du bon travail.Son action croîtra dans la mesure où il sera considéré de façon concrète comme un véritable trait d\u2019union par tous les membres de la presse catholique.Pour reprendre les mots de M.Dubois-Dumée, un « esprit d\u2019amitié, de collaboration, de service » assurera à l\u2019Union et à son secrétariat une action féconde.La première partie de la première journée du congrès se termina par des réunions séparées des trois groupes qui composent l\u2019Union: la Commission permanente internationale des Éditeurs de journaux catholiques, la Fédération internationale des Journalistes catholiques, la Fédération internationale des Agences de presse catholiques.L\u2019après-midi fut consacré à « La presse catholique dans le monde ».Les antécédents de M, Keyserlingk, directeur de Y Ensign, le qualifiaient pour ouvrir la réunion par un exposé d\u2019ensemble.Suivit la présentation d\u2019expériences particulières par des délégués de l\u2019Allemagne, de l\u2019Espagne, des États-Unis, des pays de mission, du Canada (M.Jean-Marie Morin, de la Presse) et des pays situés derrière le rideau de fer.Ce dernier travail avait quelque chose de poignant.A ce moment, comme à une couple d\u2019autres occasions au cours du congrès, j\u2019eus l\u2019impression que les délégués de ces pays trouvaient que nous n\u2019avions pas, nous des pays libres, une conscience assez vive des terribles souffrances de leurs compatriotes.Pour beaucoup, c\u2019est probablement très vrai.La séance la plus substantielle fut celle de l\u2019avant-midi du 4 mai, consacrée à « La mission de la presse catholique ».M.Joseph Folliet fit, avec la maîtrise et l\u2019humour qu\u2019on lui connaît, l\u2019étude de la « Sociologie de l\u2019opinion publique ».M.Federico Alessandrini, rédacteur en chef de VOsservatore Romano, s\u2019acquitta avec pénétration d\u2019une tâche « ni simple ni^ facile » : traiter de la « diffusion des enseignements de l\u2019Église auprès des croyants et des incroyants ».M.Otto Roegele, rédacteur en chef du Rheinischer Merkur, de Cologne, parla avec érudition d\u2019un sujet à la fois important et délicat: « La presse et l\u2019opinion publique dans l\u2019Église ».Ces trois travaux ne se résument pas en quelques lignes.Si jamais ils sont imprimés, ils fourniront ample matière à réflexion aux journalistes catholiques et à ceux qui s\u2019intéressent aux responsabilités de la presse.Qu\u2019on ajoute à tout ce qui précède les deux carrefours séparés sur les techniques rédactionnelles et sur les techniques administratives et commerciales, ainsi que la séance consacrée à la presse catholique devant le développement de la télévision, \u2014 développement que la presse n\u2019a raison ni de bouder ni de craindre, \u2014 et l\u2019on constatera que, si le congrès a comporté, comme tout congrès, certaines longueurs, il a laissé une riche somme d\u2019expériences, tant à cause des travaux que par suite des nombreux contacts issus d\u2019une pareille réunion de délégués, venus de toutes les parties du monde.S.Ém.le cardinal Feltin assista à la réunion de clôture.Il laissa à la presse catholique une double consigne: esprit missionnaire et compétence.Avoir l\u2019esprit missionnaire, c\u2019est, pour la presse, « ne pas viser seulement le milieu catholique, mais penser toujours à ceux du dehors ».Quant à la compétence, c\u2019est la « responsabilité éminente » de la presse qui la postule.« Le bon journaliste est l\u2019artisan qui connaît son métier.S\u2019il est incompétent, le discrédit qui le frappe atteint toute la presse catholique et finalement l\u2019Église elle-même.» Le comte Dalla Torre, qui venait d\u2019être réélu par acclamation président de l\u2019Union, \u2014 il célèbre cette année son jubilé d\u2019or de journalisme au service de trois papes, \u2014 prononça le mot de la fin.Il remercia le cardinal, l\u2019assura de la promptitude des délégués à observer ses consignes et, avec un grand esprit de foi, plaça l\u2019assistance sous la protection de la sainte Famille.RELATIONS Cet article serait incomplet et indélicat sans la mention des trois réceptions officielles offertes aux congressistes: par le ministère des Affaires étrangères, par l\u2019hôtel de ville et par la presse catholique française.Après l\u2019enchantement des avenues et des places de Paris, ce furent, le congrès terminé, la visite de la renommée cathédrale de Chartres ainsi qu\u2019une Un médecin étudie les plaies du Sauveur Anthony F.SAVA 1\u2019ESPRIT CRITIQUE m\u2019a longtemps interdit de croire à l\u2019authenticité du saint Suaire de Turin.Aujourd\u2019hui, j\u2019admets l\u2019ensemble des conclusions de la Commission internationale.Le Suaire n\u2019est pas une fraude: il est impossible qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019une image peinte; et l\u2019homme dont les empreintes marquent cette étoffe a été flagellé, couronné d\u2019épines, crucifié; un coup de lance lui a ouvert le côté droit.Je persiste toutefois à faire des réserves sur la justesse de certaines analyses médicales.* 1.La croix.\u2014 Sur la flagellation et le couronnement d\u2019épines, pas de divergence sérieuse.L\u2019histoire n\u2019enregistre aucune exécution autre que celle du Christ au cours de laquelle la victime ait été couronnée d\u2019épines.Il s\u2019agit d\u2019un casque tressé autour de la tête de Jésus: « Salut, roi des Juifs! » Selon l\u2019art traditionnel, le Sauveur aurait porté une croix déjà assemblée.Cette imagerie nous paraît fausse.Supplice déshonorant, réservé aux esclaves et aux bandits notoires des provinces romaines, le crucifiement était une sale besogne.Le mépris des Romains pour les peuples conquis était trop grand, nous semble-t-il, pour qu\u2019ils aient préparé d\u2019avance le gibet.Les condamnés ne portaient que le bois transversal.Les auteurs anciens rapportent qu\u2019il arrivait parfois aux Romains de crucifier, au cours d\u2019une seule journée, jusqu\u2019à cent victimes qu\u2019ils laissaient pendre au gibet.Essaims de moustiques et de mouches, chiens errants, cris et blasphèmes ajoutent à l\u2019horreur et à l\u2019agonie.La nuit tombée, bêtes de la forêt voisine et oiseaux de proie se rassemblent.La croix conventionnelle comporte une pièce horizontale (patibulum) fixée par un gros clou à une pièce verticale.On ne voit pas pourquoi.Ce procédé aurait réduit de moitié la solidité de la traverse, et les inévitables contorsions du crucifié auraient fait jouer le bras de la croix sur le gros clou comme sur un axe.Une grossière saillie, \u2014 le sedile latin, le pegma grec, \u2014 que le supplicié enfourchait en quelque sorte (d\u2019où les expressions latines ascendere crucem, monter en croix; réception féerique dans un château de la Loire (6 mai), puis une double excursion à Lisieux et à Reims (7 mai).Aux journalistes présents à Paris et à tous leurs confrères de par le monde, il appartient d\u2019assurer un lendemain fructueux au quatrième congrès international de la presse catholique.Le Dr Sava est un Américain d'origine italienne.Fellow du Collège international des chirurgiens (F.I.C.S.), il s\u2019est appliqué depuis de nombreuses années à l\u2019étude scientifique du saint Suaire de Turin.inequitare cruci : monter à cheval sur la croix), n\u2019était certes pas d\u2019usage courant.Il eût été nécessaire de fixer cette saillie à une hauteur différente pour chaque condamné.De plus, comme les pieds ne reposaient pas sur un support, il eût été plus difficile de les joindre et de les percer d\u2019un clou.Planter une croix ainsi préparée d\u2019avance eût requis: a) un trou assez grand pour en recevoir fermement le pied; b) une manœuvre assez compliquée pour la dresser et pour la glisser tranquillement dans le trou sans déchirer les mains du crucifié; c) une autre manœuvre aussi compliquée pour en descendre le corps.D\u2019après le saint Suaire, la personne mesurait 5 pieds 10\tpouces et pesait entre 165 et 170 livres.Devons-nous supposer que des Romains arrogants ont passé l\u2019appareil nécessaire pour la descente de la croix aux amis d\u2019un condamné qui s\u2019étaient, presque tous, d\u2019ailleurs, cachés de peur ?Le Christ a dû porter un bois assez long pour qu\u2019on y pût clouer ses mains étendues, et assez fort pour supporter le poids de son corps.Combien pesait la poutre?Trop sans doute pour ses épaules déchirées.La distance du prétoire au Calvaire est environ d\u2019un kilomètre.A travers les rues de Jérusalem, étroites, inégales et encombrées, il bute, il vacille, il tombe au moins trois fois.Mais qui nous dira combien de fois ?11\test épuisé à mort.Le centurion qui commande l\u2019escorte réquisitionne Simon de Cyrène pour porter le bois.Enfin, les voici sur le lieu du crucifiement, un lieu très en vue, fréquenté, \u2014 car l\u2019on compte sur la valeur de l\u2019exemple, \u2014 hors des murs de la ville, mais près d\u2019une des portes.La victime est étendue par terre, les épaules, les coudes, les bras collés le long de la traverse.Le marteau enfonce un clou à travers le poignet droit, un autre à travers le poignet gauche.Solidement.On fait alors se redresser la victime avec son joug sanglant, puis on passe une corde autour du bois auquel elle est clouée.On jette les bouts de la corde par-dessus la fourche d\u2019un arbre choisi pour le pied de la croix.On tire.Tout le corps qui, à terre, se serait violemment contracté, retombe de son propre poids le long du poteau, à la hauteur désirée.On passe la corde sous les genoux du supplicié, et on l\u2019attache au tronc de l\u2019arbre.JUIN 1954 163 Le bois transversal et le poids du corps tiennent la croix en équilibre.Les extrémités inférieures du supplicié sont à quatre pieds environ du sol.Disons-le: la pauvre victime gigote.Les soldats retiennent ses pieds l\u2019un sur l\u2019autre, et y enfoncent un clou.C\u2019est fait.Voilà le condamné bel et bien « élevé entre ciel et terre ».C\u2019est un euphémisme atroce; mais le Christ lui-même l\u2019a employé.« Comme c\u2019était le jour d\u2019avant la fête, de peur que les corps ne restassent sur la croix pendant le jour du sabbat, les Juifs vinrent demander à Pilate qu\u2019on rompît les jambes aux crucifiés et qu\u2019on les détâchat.» {Jean, xix, 31-32.) Il s\u2019agissait d\u2019une prescription légale (le crurijragium) visant à établir avec certitude l\u2019exécution de la sentence de mort.Indépendamment de cela, les pharisiens ont hâte d\u2019en finir avec Jésus.Les soldats reçoivent donc l\u2019ordre d\u2019asséner le coup de grâce.Ils brisent les jambes des deux larrons, puis se présentent devant Jésus.Pas le moindre mouvement; pas le moindre gémissement.Il est mort.Mais la consigne est la consigne.Pour être tout à fait sûr, un soldat enfonce sa lance dans le côté droit de Jésus.C\u2019est la seule blessure qu\u2019il n\u2019aura pas ressentie.Malgré les ténèbres qui ont couvert la terre, saint Jean, de l\u2019endroit où il se trouve, voit sortir « aussitôt du sang et de l\u2019eau ».Il n\u2019existe aucune preuve scripturaire que les amis de Jésus aient trouvé plus difficile de descendre le corps de la croix que les bourreaux de l\u2019y dresser.« Après cela, raconte saint Jean, Joseph d\u2019Arimathie, qui était disciple de Jésus, mais en secret par crainte des Juifs, demanda à Pilate l\u2019autorisation d\u2019enlever le corps de Jésus, ce que Pilate permit.Il vint donc et enleva le corps.» 2.Les clous dans les mains.\u2014 Quiconque possède une connaissance élémentaire de la mécanique n\u2019essaiera jamais de suspendre un corps d\u2019homme à des clous enfoncés dans la paume des mains.C\u2019est de cette manière pourtant que l\u2019art traditionnel représente le Christ en croix.Les médecins, membres de la Commission internationale du saint Suaire, ont choisi « l\u2019espace de Destot » comme l\u2019endroit où furent plantés les clous par les Romains, très habiles, paraît-il, à cette opération.Tel est l\u2019avis du Dr Pierre Barbet dont les écrits sur le saint Suaire sont très connus.Il m\u2019en fit part lors d\u2019une discussion qui eut lieu chez lui, à Paris, en octobre 1951.Les travaux que j\u2019ai poursuivis n\u2019ont apporté aucune sorte de confirmation à sa thèse.Et d\u2019abord, je n\u2019ai réussi à découvrir aucune référence à « l\u2019espace de Destot » dans les meilleurs manuels d\u2019anatomie américains.Aucun des anatomistes consultés ne connaissait ce terme anatomique.Pour adroits qu\u2019ils aient été, il est peu probable que les soldats romains aient mieux connu que nous la structure de la main, uniquement parce qu\u2019il leur fallait y enfoncer un clou pour pendre un supplicié.Il me semble que « l\u2019espace de Destot » a été choisi arbitrairement.La raison apportée a été la suivante: le transfert de sang du revers du poignet au Suaire proviendrait d\u2019une plaie faite sur l\u2019espace en question.Cette raison est loin d\u2019être convaincante.Cet espace même, que j\u2019ai examiné sur la radiographie d\u2019une main normale d\u2019adulte, mesure deux millimètres en son point le plus large.Le film fut exposé à un tube Rœntgen, à la distance réglementaire, ce qui exclut mécaniquement toute déformation de l\u2019image par projection.C\u2019est le procédé normal de mensuration sur radiographie.Or rien ne nous assure que les radiographies étudiées et publiées par le Dr Barbet aient été faites dans ces conditions.« L\u2019espace de Destot » est délimité par quatre petits os du carpe (poignet), savoir: le semi-lunaire, le pyramidal, l\u2019os crochu et le grand os (planche I).Ces quatre os du carpe sont si bien agencés et si fortement liés par des ligaments courts et forts qu\u2019il est très rare d\u2019avoir affaire à une dislocation de l\u2019un d\u2019entre eux.Le clou de la vraie croix, conservé à Rome, est de forme rectangulaire et mesure 9 millimètres près de la tête.Introduire un clou de cette grosseur à travers les deux millimètres de « l\u2019espace de Destot », sans briser les courts ligaments du carpe, est une impossibilité.Le Dr Barbet a publié bon nombre de photographies et de schémas qui montreraient l\u2019endroit de la transfixion.Malheureusement, il n\u2019a pas examiné ce qui arrive aux petits os du poignet en bordure de «l\u2019espace de Destot», quand la main est clouée de la façon qu\u2019il prétend.PLANCHE i f-.o* crochu grand os place Destot pyramidal semi-lunaire 164 RELATIONS J\u2019ai employé pour cet examen un bras amputé.Des radiographies préliminaires ne révélèrent aucune anomalie ni dans l\u2019ossature ni dans les jointures de l\u2019espace sous observation.J\u2019enfonçai une réplique exacte du clou de la sainte Croix à travers « l\u2019espace de Destot », à la manière du Dr Barbet, avec cette seule différence que je me servis d\u2019un fluoroscope.C\u2019était pour guider le clou et prendre bien garde de ne blesser aucun des os en bordure de « l\u2019espace de Destot ».Je n\u2019utilisai ni marteau ni maillet.J\u2019examinai aux rayons X l\u2019espace traversé par le clou.Puis j\u2019enlevai le clou et examinai de nouveau le poignet aux rayons X.Ce dernier examen révéla une fracture par « violence indirecte », terme technique indiquant que la fracture a été produite par une tension des ligaments.Cette constatation d\u2019une fracture à l\u2019un des os du carpe rencontrait l\u2019opinion du Dr Michael Mason, de Chicago, une des premières autorités d\u2019Amérique en chirurgie de la main.Il me répondit: « Pas de doute possible, ils ne pouvaient enfoncer un clou à cet endroit (l\u2019espace de Destot) sans fracturer un des os.» Il est donc difficile d\u2019accepter « l\u2019espace de Destot » comme l\u2019espace de la transfixion.Quel aurait été alors l\u2019endroit idéal pour introduire un clou à travers la main ?Le transfert du sang de la plaie de la main pourrait fort bien provenir d\u2019une blessure juste au-dessus de l\u2019endroit où le poignet plie, c\u2019est-à-dire au bas de l\u2019espace interosseux radio-cubital (planche II).Il y a de solides raisons pour choisir cet endroit.D\u2019abord n\u2019importe quel bourreau pourrait facilement repérer cet espace situé juste au-dessus de l\u2019endroit où le poignet plie, entre le radius et le cubitus.Mais, surtout, la structure osseuse, l\u2019articulation radio-cubitale, les ligaments très forts de l\u2019articulation radio-carpienne sont plus que suffisants pour porter le poids d\u2019un adulte pendu à des clous par cet endroit.Tout danger de fracture d\u2019un os quelconque est éliminé.PLANCHE II Barbet imagerie populaire Sava Le Dr Barbet objecte qu\u2019un clou de 8 ou 9 millimètres passerait à un niveau beaucoup plus haut que l\u2019articulation radio-carpienne.J\u2019ai mesuré avec une précision extrême la distance dont il s\u2019agit : le centre d\u2019un clou de 9 millimètres passe à 20 millimètres de la surface de l\u2019articulation radio-carpienne quand on plante le clou à l\u2019endroit que j\u2019ai choisi.Ce n\u2019est pas que je sois infaillible.Mais, si digne d\u2019admiration que soit le Dr Barbet, je ne crois pas que son analyse de cette difficulté ait été assez serrée.Il y a un autre point relatif à la transfixion des mains que je voudrais éclaircir.Ce point relève de la philologie scripturaire.On traduit le plus souvent un verset du psaume messianique xxi \u2014 que les évangélistes n\u2019ont pas utilisé \u2014 de la façon suivante: « Ils ont percé mes mains et mes pieds », ou, plus exactement avec la bible de Jérusalem: « Ils m'ont entaillé les mains et les pieds ».Or les mains n\u2019ont pas été entaillées.Ne pourrait-on pas traduire, moins poétiquement, mais plus littéralement: « Ils ont entaillé mes membres inférieurs et mes membres supérieurs » ?Voici pourquoi.En hébreu et en araméen, le mot yad peut signifier main, poignet, avant-bras.Un grand nombre de dictionnaires, et parmi les meilleurs, hébreux et araméens, même talmudiques, ne semblent pas vouloir donner à ce mot un sens aussi étendu.Cependant le Lexicon he-braicum et aramaicum Veter is Testamenti du Jésuite François Zorell, professeur pendant nombre d\u2019années à l\u2019Institut biblique de Rome, note que le mot est souvent entendu « una cum brachio anteriore, ensemble avec l\u2019avant-bras ».Le dictionnaire cite à l\u2019appui plusieurs passages de l\u2019Ancien Testament.Certains sont très clairs, entre autres: Genèse, xxiv, 22 et xlix, 24; Ézéchiel, xm, 18; Jérémie, xxxvm, 12.(Voir fasc.3, paru en 1941, pp.292 s.Depuis la mort du P.Zorell, le P.Semkowski a la charge de compléter cette œuvre, parvenue maintenant au fascicule 8.) Le prophète David aurait donc employé le mot yad (main) dans son sens indéterminé.Et Notre Seigneur lui-même, semble-t-il, lors de l\u2019apparition en présence de saint Thomas.« Arrive Jésus, raconte saint Jean, toutes portes fermées, qui se tient devant eux et qui dit: Paix à vous! Puis il dit à Thomas: « Amène ici ton doigt et regarde mes mains; puis, amène ta main et mets-la dans mon côté.» Il était impossible de mettre la main dans la plaie du côté qui se trouvait entre la cinquième et la sixième côte, à moins d\u2019admettre que des os aient été brisés.Le Seigneur répète les paroles qu\u2019avait dites saint Thomas et, comme celui-ci, il emploie le mot « main » dans un sens générique.J\u2019ai souvent constaté que mes vieux malades juifs ne différenciaient pas les parties anatomiques des membres; le mot « main » pourra signifier ou le doigt ou le poignet ou l\u2019avant-bras; il faut questionner davantage pour savoir où se trouve le mal.Il y a là peut-être imprécision du langage populaire, et non strictement emploi d\u2019un mot générique, quoique le peuple distingue bien d\u2019ordinaire les parties du bras.JUIN 1954 165 3.La plaie du côté.\u2014 « Un des soldats lui perça le côté avec sa lance, et aussitôt il sortit du sang et de l\u2019eau », raconte saint Jean.On admet généralement que le coup de lance perça le côté droit de la cage thoracique.Le Dr Barbet croit que le coup pénétra jusqu\u2019à l\u2019oreillette droite qu\u2019il vida de son contenu.C\u2019est ainsi qu\u2019il explique l\u2019épanchement de sang.L\u2019oreillette droite vidée, le liquide clair que contient le péricarde s\u2019écoula.Lorsque je m\u2019objectai à cette explication, le Dr Barbet soutint que le liquide de la cavité péricardique pouvait très facilement se frayer une issue vers la droite du thorax et s\u2019écouler ensuite par la blessure du côté.Cette explication me paraît inacceptable.Il faut se rappeler qu\u2019il faisait noir sur le Calvaire.Saint Luc écrit (chap, xxiii) : « Il était alors environ la sixième heure, et il se fit des ténèbres sur la terre entière jusqu\u2019à la neuvième heure, le soleil s\u2019étant éclipsé.» Comment ne pas s\u2019étonner que saint Jean ait pu reconnaître les couleurs différentes des liquides qui sortirent du côté de Jésus?Ce fait suppose que la quantité de liquide clair (sérum) fut assez considérable.Or le péricarde normal ne contient pas plus de 6 ou 7 centimètres cubes de fluide.C\u2019est peu, très peu même, une cuillerée à soupe, au plus.Le Dr Barbet répond à cette objection qu\u2019il avait dû se produire, chez Notre Seigneur, un épanchement péricardique, c\u2019est-à-dire une accumulation considérable de liquide dans le péricarde.Cette réponse ne satisfait pas.Toute accumulation de liquide dans la cavité du péricarde dépassant la limite physiologique normale ne se rencontre qu\u2019à la suite d\u2019une infection rhumatisante, ou d\u2019une autre infection de longue durée, ou encore quelques jours après qu\u2019une blessure infectée du thorax s\u2019est étendue jusqu\u2019au péricarde.Rien du tout ne laisse croire que l\u2019un ou l\u2019autre de ces états pathologiques ait affecté le corps du Christ.Et pourtant, l\u2019évangéliste qui assistait au grand drame de notre rédemption a vu, dans l\u2019après-midi sombre, « du sang et de l\u2019eau » sortir de la blessure du côté.Il est extrêmement intéressant d\u2019analyser ce phénomène.D\u2019abord, il faut se rappeler que le supplicié a été littéralement roué de coups avec un instrument émoussé (le flagrum de la flagellation).Pareille violence exercée contre la cage thoracique peut produire une réaction de la plèvre.Dans le cas où elle se produit, cette réaction peut prendre la forme d\u2019une effusion hémorragique semblable à celle qui se constate chez n\u2019importe quel humain soumis à des coups redoublés sur cette même partie du corps.L\u2019épanchement interne variera en quantité selon la violence exercée et selon le temps écoulé avant l\u2019examen médical.Est-il possible que l\u2019épanchement ait eu le temps de se produire entre le moment de la flagellation et celui du coup de lance?C\u2019est toute la question.J\u2019étais convaincu que la chose était possible.Pour me rassurer, je demandai l\u2019avis de 166 quelques-unes des premières autorités en chirurgie du thorax.J\u2019interrogeai donc les Drs Richard Overholt, de la Clinique Lahey de Boston, Alton Ochsner, de l\u2019Université Tulane (Louisiane), et J.K.Donaldson, de l\u2019Université de l\u2019Arkansas.L\u2019opinion de ces compétences corrobora la mienne.La voici en résumé.1.\tL\u2019effusion hémorragique de l\u2019espace de la plèvre peut se produire à la suite de coups redoublés sur la cage thoracique, sans qu\u2019il y ait fracture des côtes ni même lacération des veines intercostales.2.\tCette effusion peut se produire peu de temps après les coups reçus.3.\tCette effusion ne se coagule pas; elle peut demeurer fluide longtemps, voire des semaines entières.4.\tLes cellules du sang dans l\u2019épanchement tendent, de par leur densité, à se déposer au fond du liquide qui s\u2019accumule.Deux couches se formeront: au-dessus le sérum clair, au-dessous la masse cellulaire, de couleur rouge foncé (planche III).PLANCHE ni Épanchement comprime le poumon.Flèche indique endroit approximatif du coup de iance.Cage thoracique à l\u2019état normal.Côté droit.Séparation.Rouge foncé des globules en bas; jaune pèle du sérum en haut.C\u2019est là une explication pratique et physiologique de ce qui eut lieu dans le thorax avant le coup de lance.Elle est en accord avec les observations cliniques de ceux qui ont pu étudier un nombre considérable de lésions thoraciques.L\u2019effusion hémorragique et la déposition par couches expliquent le phénomène « du sang et de l\u2019eau », sans qu\u2019il soit besoin, comme le fit Ori-gène, de recourir au miracle.* Mais que valent ces explications à côté des raisons mystérieuses et divines que l\u2019évangéliste, témoin de la Passion, découvre dans ces deux faits ?« Car cela est arrivé pour que l\u2019Écriture fût accomplie: Pas un de ses os ne sera brisé.Et une autre Écriture encore dit: Ils regarderont celui qu'ils ont transpercé.» (Jean, xix, 36-37.) Le premier texte est tiré de YExode et a trait à la manducation de l\u2019agneau pascal, dont on ne devait RELATIONS briser aucun os.Le second texte est tiré de Zacharie, qui voit le peuple élu pleurant sur un homme transpercé comme sur un fils unique.Ces textes sont prophétiques.La littérature enfantine, école de patriotisme Paul GOUIN COMME l\u2019écrivait un auteur français, le patriotisme « a besoin d\u2019enseignement ».C\u2019est dire le rôle essentiel de la littérature enfantine dans la formation du sentiment national.Sans doute, la tâche d\u2019enseigner à l\u2019enfant l\u2019amour de notre patrie, de la lui faire connaître dans ses moindres détails, dans son histoire, ses légendes, sa géographie, ses mœurs et coutumes, sa flore et sa faune, la tâche d\u2019inculquer à l\u2019enfant l\u2019esprit de solidarité qui est la base pratique du patriotisme, de lui prêcher la bonne entente, la véritable entente, sur un pied d\u2019égalité, entre nos deux races, est avant tout le devoir, devoir magnifique, du professeur et des auteurs de manuels scolaires.Mais, pour créer chez l\u2019enfant un véritable patriotisme, un patriotisme durable, il ne suffit pas de s\u2019adresser à son intelligence et à sa raison; il faut en même temps atteindre son cœur, son imagination et sa sensibilité.Le complément idéal, le complément nécessaire du manuel scolaire, un peu aride parfois, avouons-le, c\u2019est le livre de lecture qui humanise, qui « romance », si je puis dire, la géographie ou l\u2019histoire, la botanique ou la grammaire.Le collaborateur idéal, le collaborateur nécessaire du professeur qui instruit en faisant travailler, c\u2019est l\u2019auteur de livres pour enfants qui instruit en délassant l\u2019esprit.Il faut donc, pour que le milieu scolaire et même familial qui entoure l\u2019enfant soit intégralement national, qu\u2019il y ait équilibre entre ce travail et ce délassement.On ne peut pas impunément faire passer les facultés d\u2019un enfant des pages froides d\u2019un manuel qui lui parle scientifiquement de son pays aux pages vivantes et colorées d\u2019un livre de lecture qui lui chante uniquement la gloire et les beautés d\u2019autres pays: son intelligence et sa raison se cramponneront misérablement au sol de la patrie, mais son cœur ne pourra pas s\u2019y enraciner.Au point de vue national, il sera toujours, inconsciemment sans doute, un immigré par la pensée.Il importe donc, si nous voulons créer chez nous un esprit national, d\u2019offrir à nos enfants, à côté du manuel scolaire canadien-français, le livre de lecture canadien-français, c\u2019est-à-dire le livre écrit spécialement pour eux, sur des sujets canadiens.De même qu\u2019à « Gédéon », le canard au long cou, donnons le don de la parole à « Tappe-Tappe », notre castor qui doit s\u2019ennuyer royalement sur son blason.Autour de lui, faisons vivre et parler notre faune et notre flore; leurs propos, si L\u2019Agneau pascal a été immolé sans qu\u2019on lui brisât un os; notre vrai exode du péché à la grâce est accompli.Et le peuple chrétien contemplera jusqu\u2019à la fin des temps l\u2019Homme-Dieu transpercé: le Sacré Cœur.M.Gouin, conseiller culturel du Conseil exécutif de la province de Québec, recommande ici qu'on fasse lire aux jeunes des livres d'inspiration canadienne.nous savons les entendre, je veux dire: les inventer, vaudront bien ceux des plantes ou des animaux étrangers.Au lieu de confier nos enfants à « Bécassine » (trop naïve, sans doute, pour être canadienne!), confions-les à Rose-Marie ou Marie-Blanche, qui les promènera en danses rondes de Montréal à Québec, des Trois-Rivières à Sorel, de Gaspé à Roberval; ils constateront que les Montréalais et les Québécois, les Soré-lois et les Gaspésiens se ressemblent étonnamment au fond, même s\u2019ils s\u2019en défendent, parfois en surface! Descendons nos héros de bronze de leurs piédestaux; n\u2019ayons pas peur d\u2019en faire des héros d\u2019images d\u2019Épinal, de reconstituer pour cela des décors et des costumes; n\u2019ayons pas peur de préciser qu\u2019avant de monter dans leurs niches, ces héros furent des hommes de chair et d\u2019os comme ceux qui vivent aujourd\u2019hui, avec leurs défauts et leurs qualités, et qu\u2019avant d\u2019être des hommes, ils furent des enfants, pas nécessairement exemplaires! Créons surtout des personnages légendaires, des personnages enfantins qui, prenant nos enfants par la main, les conduiront au cœur même de l\u2019histoire et de la patrie.N\u2019oublions pas non plus, pour éviter que notre sentiment national ne devienne du chauvinisme, de faire voyager ces héros de notre littérature enfantine dans les pays étrangers et surtout dans nos pays d\u2019origine et dans les autres provinces du Canada, que nous devons aussi connaître et admirer.Sans doute, c\u2019est un labeur de longue haleine.On ne s\u2019improvise pas auteur de livres pour enfants, pas plus qu\u2019on ne s\u2019improvise professeur.Cela demande des dispositions naturelles et du travail.Mais, heureusement, le mouvement est amorcé.Certains livres pour enfants, publiés au cours des dernières années, sont des signes évidents que nous sommes déjà engagés dans la bonne voie.Il appartient maintenant à nos auteurs de continuer à faire leur part en écrivant davantage pour l\u2019enfant canadien-français.Il appartient à nos éditeurs de continuer à faire leur part en orientant davantage nos auteurs dans ce sens et en leur assurant la collaboration d\u2019artistes capables de créer des illustrations appropriées, pleines de charme et d\u2019intérêt.Auteurs et éditeurs feront de la sorte, en même temps qu\u2019une œuvre patriotique, un excellent placement.L\u2019enfant, apprenant, grâce au livre de lecture, à connaître et à apprécier la littérature canadienne-française, achètera instinctivement, lorsqu\u2019il grandira, les autres ouvrages de nos auteurs.Il importe aussi que les maisons d\u2019éducation, les commissions scolaires et les autres autorités compétentes fassent leur part en achetant pour nos enfants le livre de lecture canadien-français.C\u2019est ainsi que nous enseignerons le patriotisme à nos enfants.JUIN 1954 167 AVEC OU SANS COMMENTAIRES ENSEIGNEMENT ET DÉMOCRATIE MODERNE LA QUERELLE DE L\u2019IMPOT 1E 23 MARS dernier, un député indépendant, M.Paul-Edmond Gagnon, représentant de Chicoutimi aux Communes, prononça en Chambre un bref mais solide discours sur la question de l\u2019impôt, où il montra, chiffres détaillés à l\u2019appui, pourquoi le gouvernement fédéral a tort de ne pas déduire de son impôt sur le revenu tout l\u2019impôt de même nature que l\u2019Assemblée législative a autorisé le gouvernement de Québec à percevoir (voir Hansard, 23 mars 1954, pp.3449-3450).D\u2019après les statistiques officielles, le revenu net des dix provinces de la Confédération, au cours de l\u2019exercice 1952-1953, a été de $1,220,889,000.A ce budget global, le gouvernement fédéral a contribué pour un montant de $333,277,000, soit 27.3% de la somme totale.De cette source fédérale, la province de Québec a reçu $4,211,000, soit 1.49% de son budget, évalué pour le même exercice, à $281,735,000.Le tableau suivant indique, à côté des revenus des provinces, les sommes versées à chacune d\u2019elles par le gouvernement d\u2019Ottawa.\tRevenu total\tContribution fédérale Nouvelle-Écosse\t\t.$ 45,228,000\t$ 20,360,000 Nouveau-Brunswick .\t.\t46,401,000\t16,333,000 Ile-du-Prince-Édouard .\t7,133,000\t3,939,000 Ontario\t\t.339,566,000\t127,442,000 Manitoba\t\t.\t53,737,000\t28,173,000 Saskatchewan\t\t.\t88,960,000\t28,193,000 Alberta\t\t.142,467,000\t35,440,000 Colombie\t\t.184,737,000\t48,579,000 Terre-Neuve\t\t.\t30,925,000\t20,107,000 Québec\t\t.281,735,000\t4,211 000 Les citoyens de la province de Québec ont souscrit en impôts 35% de la somme ($333,277,000) que le gouvernement fédéral a perçue et partagée entre les provinces.C\u2019est dire que les générosités d\u2019Ottawa envers les autres provinces ont coûté plus de $100,000,000 aux contribuables du Québec.En 1952-1953, Terre-Neuve a reçu un subside fédéral de $20,107,000, soit 62.05% de son revenu total, qui fut de $30,925,000; l\u2019He-du-Prince-Édouard, la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick et le Manitoba ont bénéficié de l\u2019aide fédérale dans une proportion qui varie de 40 à 50% de leurs besoins budgétaires.Cette proportion va décroissant pour les provinces plus prospères: Colombie, Alberta, Ontario.Comme on le voit, il en coûte fort cher à la province de Québec pour défendre son autonomie et ne pas souscrire aveuglément aux ententes fiscales que les autres provinces n\u2019ont pas les mêmes raisons de redouter.Au cours de la prochaine année financière, les provinces qui ont signé des ententes avec Ottawa se partageront une somme de $322,000,000.L\u2019Ontario, pour sa part, recevra $140,800,000.Pour que le gouvernement fédéral comprenne le point de vue québécois, faudra-t-il lui répéter encore bien longtemps que la déduction totale de l\u2019impôt provincial sur le revenu lui coûtera moins et rapportera moins aussi au Québec que si notre gouvernement acceptait de vendre ses droits ?Car il s\u2019agit bien de droits établis par la constitution et reconnus comme tels par le pouvoir central lui-même.Pour faire accepter l\u2019entente signée en 1942, le ministre des Finances, M.Ilsley, demandait « aux provinces, à titre de mesure applicable uniquement pour la durée de la guerre, de renoncer à exploiter » l\u2019impôt sur le revenu et l\u2019impôt sur les corporations; il reconnaissait par là que ces impôts appartiennent de droit aux provinces.Dans ces conditions, discuter de priorité entre le pouvoir central et le gouvernement de la province équivaut, de la part du premier, à de la mauvaise foi.Garder des droits qui appartiennent à d\u2019autres, n\u2019est-ce pas un vol ?168 DANS UNE CONFÉRENCE donnée au Collège Jean-de-Brébeuf, le 25 avril, M.Étienne Gilson, de l\u2019Académie française, a traité magistralement du problème scolaire tel qu\u2019il se pose en démocratie moderne (l'École à la croisée des chemins, Montréal, Collège Jean-de-Brébeuf, 1954, 32 pp., 21 cm.).Tout projet d\u2019organisation ou de réforme des écoles et collèges devrait, croyons-nous, s\u2019inspirer des principes et leçons contenus dans ce texte.M.Gilson est bien placé pour savoir qu\u2019il existe un problème de l\u2019enseignement.L\u2019université, en pleine crise, se plaint du collège; celui-ci rejette le blâme sur l\u2019école primaire.D\u2019où vient le mal ?De la prétention affichée, depuis un siècle, de moderniser et de démocratiser l\u2019enseignement, qui est par essence aristocratique et que commandent les exigences immuables de l\u2019esprit.« Pendant des siècles, l\u2019Occident n\u2019a connu d\u2019autre enseignement que celui qu\u2019on nomme classique.» Mais certains disent: « Nous n\u2019en sommes plus à l\u2019Antiquité ni à la Renaissance.Les temps modernes veulent un enseignement moderne.» M.Gilson de répondre: « On y consentira volontiers, sous cette double réserve pourtant qu\u2019il n\u2019y a jamais eu que des temps modernes, et que s\u2019il se trouve que le moderne soit admirable,.c\u2019est l\u2019ancien qui l\u2019a produit.» (P.11.) « En parlant des études classiques comme bonnes pour le passé, on oublie qu\u2019elles ont créé la littérature, l\u2019art, la science des temps modernes et généralement parlant leur civilisation.Quels sont les élèves des collèges classiques du XVIIe siècle?Du côté de la Compagnie de Jésus, Descartes, Corneille, Molière.Les écoles de Port-Royal ajoutent le grec et elles nous donnent Racine.Mais Descartes n\u2019est pas seulement la philosophie moderne, c\u2019est la géométrie analytique et le point de départ des mathématiques modernes, dont l\u2019essor ne s\u2019est pas ralenti depuis.Avec du latin, leur langue maternelle, un peu de philosophie et de mathématiques, on a formé Leibniz en Allemagne, Newton en Angleterre, Pasteur en France, bref tous ceux à qui nous devons le développement de la science moderne.Nous ne savons pas du tout ce que sera le fruit de l\u2019enseignement dit moderne, mais nous savons que les grands créateurs, dans tous les ordres de l\u2019esprit, ont été formés à l\u2019école des humanités.» (Pp.11-12.) C\u2019est un fait que, « bien loin de produire par millions des esprits enlisés dans la routine des grammaires, l\u2019enseignement classique n\u2019a cessé de susciter des esprits hardis, originaux et créateurs dans tous les domaines ».Non pas que l\u2019enseignement classique ait jamais visé à former « de grands savants, ni même de grands écrivains, et moins encore de grands hommes d\u2019État, ou de grands généraux, ou de grands artistes; simplement, il se contentait de former des esprits capables de devenir un jour, s\u2019ils en avaient le talent ou le génie, de grands savants, de grands écrivains, de grands artistes ».Sans négliger les autres; car de même qu\u2019il n\u2019y a pas de formation spéciale à donner au génie, il n\u2019y en a pas, non plus, pour « ceux des élèves.qui sont destinés à devenir ces simples RELATIONS honnêtes gens à l\u2019ancienne mode, dont vivent en fin de compte les civilisations saines et prospères » (p.13).Il ne s\u2019agit donc pas de rejeter le passé pour être de son temps; « l\u2019essentiel est ici de sauver des qualités de l\u2019esprit qui ne sont pas plus d\u2019un temps particulier que ne le sont le cœur, le foie, les poumons ou le sang de l\u2019homme.C\u2019est la nature humaine elle-même qui est en cause et qu\u2019il faut maintenir intacte, toujours prête à faire face aux problèmes.que lui posent les changements de l\u2019Histoire » (p.14)._ Le problème nouveau qui se pose à l\u2019école, c\u2019est celui de l\u2019État démocratique, dont « l\u2019un des devoirs les plus certains.est d\u2019assurer qu\u2019un enseignement existe et qu\u2019il (soit) ouvert à tous » (p.16).Seulement, la démocratie, qui supprime l\u2019aristocratie, semble aussi supprimer les élites.Or, « plus il est démocratique,.plus un pays a besoin d\u2019une élite » (p.17).D\u2019autre part, « les démocraties modernes n\u2019ont eu d\u2019abord à leur disposition qu\u2019un système scolaire prévu pour le recrutement d\u2019une aristocratie; elles ont donc naturellement voulu l\u2019étendre au peuple tout entier.Mais la formule était contradictoire.En voulant.ouvrir à tous l\u2019accès des collèges et des universités,.on a simplement mis en évidence le fait.que ces études ne sauraient profiter à tous les esprits » (p.19).Le résultat, c\u2019est que « la démocratie,.faute de pouvoir élever le peuple au niveau des études supérieures, abaisse les études supérieures au niveau du peuple » (p.20).« On ne construit rien de durable sur l\u2019erreur, et il est simplement faux que les hommes soient égaux » en force, en beauté, en fibre morale, en intelligence.Et « tout système scolaire.fondé sur l\u2019hypothèse d\u2019une égalité qui n\u2019existe pas est destiné à périr, et la démocratie qui fonde son enseignement sur cette erreur périra bien entendu par la tête, dont vit tout le reste » (p.24).Car lorsque « la démocratie se laisse sombrer dans la médiocrité scolaire, elle n\u2019a plus de quoi en sortir.Une aristocratie se charge elle-même de recruter les élites dont elle a besoin; mais il n\u2019y a plus de Charlemagne pour assurer l\u2019étude de la théologie, plus de Louis XIV pour pensionner les lettrés et les savants, plus de Napoléon Ier pour financer les fouilles d\u2019Égypte.Le seul choix qui s\u2019offre désormais à l\u2019école est donc de préparer un enseignement favorable au recrutement de l\u2019élite sans laquelle aucune société ne peut vivre, ou de sacrifier le bien commun de tous les citoyens indistinctement » (pp.25-27).Dans ce cas, « on peut affirmer sans paradoxe que, précisément parce jqiïil est démocratique et tend vers Végalité des conditions, l\u2019État moderne se doit d\u2019assurer en permanence le recrutement d\u2019une élite intellectuelle.A moins d\u2019accepter un recul vers une demi-barbarie, et l\u2019on aurait tort de le croire impossible, l\u2019État démocratique n\u2019a d\u2019autre choix que l\u2019excellence intellectuelle en matière d\u2019enseignement et d\u2019écoles » (p.27).Nous citerons encore M.Gilson pour dire « comment il est possible d\u2019étendre à tous le bienfait de cette excellence sans en abaisser le niveau ».JUIN 1954 JOURNALISME CATHOLIQUE A PARIS, du 3 au 7 mai dernier, l\u2019Union internationale de la Presse catholique a tenu son quatrième congrès.A cette occasion, S.Exc.Mgr J.-B.Montini, de la Secrétairerie d\u2019État de Sa Sainteté, adressa au président de l\u2019Union, M.Giuseppe Dalla Torre, une lettre dont notre directeur, dans un bref reportage qu\u2019on aura lu plus haut (p.161), cite d\u2019importants extraits.Le sujet mérite qu\u2019on y insiste.Il suffit d\u2019un regard même superficiel pour s\u2019apercevoir que la presse catholique n\u2019exerce pas sur les affaires internationales une influence proportionnée au nombre des catholiques qu\u2019on recense dans le monde (400 millions), singulièrement dans les pays libres.A qui la faute ?Aux journalistes ?Au peuple catholique ?Aux premiers, Mgr Montini rappelle opportunément: « En raison même de la haute mission qui lui incombe, il faut tout d\u2019abord que la presse catholique soit, au service de l\u2019Église, un instrument de qualité, une presse techniquement valable.De nos jours, en effet, les exigences professionnelles qui s\u2019imposent au directeur de journal ou d\u2019agence et au journaliste lui-même sont devenues à la fois plus rigoureuses, et plus pressantes.» D\u2019une part, « pour être lu, pour exercer une influence », il faut « être maître dans l\u2019art de parler à l\u2019opinion le langage qu\u2019elle entend ».D\u2019autre part, la vague d\u2019athéisme qui déferle sur le monde, de même que l\u2019ébranlement de l\u2019opinion causé par les critiques auxquelles s\u2019abandonnent certains catholiques à l\u2019égard de l\u2019Église font au journaliste un devoir grave de défendre sa Mère, de redresser les erreurs ou de soutenir le courage de ses frères.« Tâche magnifique, en ces heures troublées où des chrétiens ont besoin d\u2019être affermis peut-être dans leur attachement à l\u2019Église, éclairés du moins sur la vraie portée de ses décisions, sur le sens de son action à travers tant de vicissitudes et d\u2019obstacles.» Le journaliste sera donc 1\u2019 « homme de caractère » selon le cœur du Pape; celui qui ne se contente pas de nourrir dans le secret de son cœur, mais cultive dans ceux de ses lecteurs la « loyauté filiale », la « docilité confiante » envers l\u2019Église, « à l\u2019heure surtout où les chrétiens doivent donner dans l\u2019obéissance la mesure de leur fidélité ».C\u2019est alors que « l\u2019objectivité de son information, la fermeté de son jugement, l\u2019humilité de sa propre déférence à l\u2019autorité religieuse pourront être pour beaucoup un exemple salutaire et l\u2019appui indispensable au milieu des remous d\u2019une opinion qui s\u2019égare ».Le journaliste croyant n\u2019oublie jamais que, si l\u2019Église « parle et porte un jugement sur les problèmes du jour, c\u2019est avec la conscience claire d\u2019anticiper, par la vertu du Saint Esprit, la sentence qu\u2019à la fin des temps son Seigneur et Chef, juge de l\u2019univers, confirmera et sanctionnera » (Pie XII, radio-message de Noël 1951).Aussi le publiciste catholique se garde-t-il avec soin « d\u2019attribuer les décisions ou les enseignements de la hiérarchie à des motifs humains, à un défaut d\u2019information ou à l\u2019ignorance des besoins de notre temps ».Qui dira que les journalistes catholiques du Canada n\u2019ont pas besoin d\u2019écouter ces conseils ?Plaise au Ciel, également, que le peuple catholique, fier de la presse vraiment fidèle à l\u2019Église, en apprécie les services! N\u2019est-ce pas une pitié de constater l\u2019engouement de certains catholiques pour les revues et les journaux d\u2019inspiration matérialiste et antichrétienne?Apprécieraient-ils la presse catholique moins hautement que les ennemis de l\u2019Église?On devrait pourtant savoir qu\u2019un des premiers gestes des persécuteurs de la religion et de la liberté dans le monde consiste à juguler ou à supprimer le journalisme catholique.169 Au fil du mois Le groupement de Quelques journaux annonçaient rénos forces nationales cemment que la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal venait d\u2019adhérer à la Fédération des Sociétés Saint-Jean-Baptiste du Québec.La nouvelle passa presque inaperçue.Elle ne manque pas cependant d\u2019importance.Personne n\u2019ignore le dicton: « L\u2019union fait la force.» Or c\u2019est à un défaut d\u2019union qu\u2019est due en grande partie la faiblesse des Canadiens français.Pourquoi, en maints domaines: économique, politique, social, avons-nous connu d\u2019amères défaites ?Parce que nous ne présentions pas, face aux concurrents, pour ne pas dire à l\u2019adversaire, un front uni.Lorsque Duvemay fonda, en 1834, à Montréal, la première Société Saint-Jean-Baptiste, que voulait-il sinon unir les Canadiens français dans un groupement qui leur permettrait de mieux protéger leurs intérêts et leurs droits ?Peu à peu, d\u2019autres régions emboîtèrent le pas.Québec, Sherbrooke, Rimouski, Trois-Rivières.eurent bientôt leurs Sociétés Saint-Jean-Baptiste, fondées dans le même but, édifiées d\u2019après les mêmes règles, inspirées du même esprit.Chacune travaillait dans son milieu, les unes avec plus d\u2019ardeur ou plus de méthode que les autres, mais toutes animées du même patriotisme.N\u2019est-il pas étonnant que, tout en entretenant des relations cordiales entre elles, ces sociétés aient attendu un siècle avant de mettre en pratique, sur le plan provincial, ce qu\u2019elles avaient réalisé sur le plan régional ?Combien aurait été utile, à certaines périodes tragiques de notre histoire, une fédération de toutes ces sociétés, où chacune, gardant son autonomie propre, aurait pu cependant agir de concert et représenter une puissance dont nous aurions largement bénéficié! Sans doute, le projet comportait des difficultés de divers ordres; mais elles n\u2019étaient pas insurmontables.Plusieurs personnes s\u2019employèrent activement, en ces derniers temps, à les aplanir.La ténacité d\u2019un Montréalais devenu Québécois réussit enfin à former un noyau initial.En 1947, une douzaine de groupements régionaux constituaient officiellement la Fédération des Sociétés Saint-Jean-Baptiste du Québec.D\u2019année en année leur nombre augmenta.Fin décembre 1952, la liste comptait des sociétés dans les régions suivantes : Hull, Joliette, les Laurentides, Nicolet, Québec, Rimouski, Saguenay, Saint-Hyacinthe, Saint-Jean, Saint-Jérôme, Sherbrooke, Témiscamingue, Trois-Rivières, Valleyfield.Groupe imposant, certes, mais auquel manquait une unité dont on pouvait difficilement se passer pour accomplir l\u2019œuvre entreprise.Ce fut donc une grande joie quand, voici quelques mois, la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, la plus ancienne, la plus nombreuse, la plus puissante de nos sociétés nationales, se ralliait définitivement aux autres.Aussi est-ce dans la métropole qu\u2019il convenait de tenir, à la fin de mai, le congrès général de la Fédération.Quand paraîtra cette note, on y aura accompli, sans doute, un travail sérieux et l\u2019on aura élaboré le programme d\u2019action qui s\u2019impose plus que jamais dans les circonstances actuelles.Le président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal en traçait les grandes lignes dans le mémoire qu\u2019il présentait récemment, au nom de son groupement, à la Commission Tremblay.Mais ce programme ne pourra se réaliser que si chaque société possède la confiance de son milieu, de ses membres.On la lui accordera si elle sait se choisir comme chefs, tant dans ses sections locales que dans chaque comité régional et dans son conseil général, des hommes entièrement dévoués à leur nationalité, d\u2019une doctrine sûre, indemnes de toute partisanerie politique, au courant de nos problèmes et aptes à en trouver les solutions, enfin de forte trempe morale.De telles personnalités sont rares.Elle ne s\u2019improvisent pas.La formation des chefs est donc une des premières tâches de la Fédération, car d\u2019eux surtout dépend le succès de son œuvre.Nous souhaitons qu\u2019une telle tâche soit comprise et exécutée sans délai, avec méthode et fermeté.J.-P.A.Néo-Canadiens La fête annuelle des Néo-Canadiens, présidée par S.Ém.le cardinal Léger, fut encore une gentille soirée de folklore.Hongrois, Japonais, Bretons, Allemands, Lithuaniens, Tchèques ont tous mérité la palme.Il est touchant de voir quinze groupes nationaux faire goûter aux Canadiens les jeux artistiques et naïfs de leurs patries.Soulignons le cotillon et la plongeuse de nos folkloristes du Québec; nos jeunes, costumés à l\u2019antique avec bonnets, furent vraiment à la hauteur.Félicitations à tous les groupes et à la Commission scolaire.Les vingt paroisses néo-canadiennes de Montréal prouvent que notre Église a bien organisé le culte, sans attendre les exhortations du Pape.Regrettons que notre province ait moins de zèle pour recevoir et secourir les réfugiés, pour leur offrir du sol à cultiver, sol neuf ou usagé, où la plupart désirent remplacer nos déserteurs.Pourquoi même ne pas les inviter, comme fait l\u2019Ontario, qui les assimile vite dans ses écoles sans Dieu?Laisserons-nous tourner apostats des milliers de catholiques désireux de rester avec nous?M.le ministre Harris prédit 23 millions de Canadiens dans vingt ans; Toronto en veut 15 millions; et Québec?.Sur 958,146 immigrés depuis la guerre, l\u2019Ontario en a saisi plus de la moitié.Sur les 113,925 arrêtés à Montréal, plus de la moitié sont juifs, admirablement accueillis, secourus et placés par leurs puissants frères, puissants même à Ottawa.Et dire que nous, Canadiens français, ne possédons même pas un centre d\u2019accueil, un refuge où offrir un lit, quelques repas et un gagne-pain.Nos applaudissements d\u2019un soir font sûrement plaisir aux dépatriés; tout de même, comme ils ne sont pas des cigales venues ici pour danser, mais des fourmis qui veulent se bâtir une vie neuve, le moindre grain de mil ferait mieux leur affaire.Que notre province ait donc à cœur d\u2019augmenter sa proportion de 30% de Canadiens français et de 40% de catholiques au Canada! Al.D.Le français\tLes vacances approchent.On orga- sur les terrains de jeu nisera les jeux des enfants dans nos parcs, à Montréal et ailleurs.Moniteurs et monitrices, dont le mérite est grand, dirigeront et protégeront les ébats des petits.A-t-on songé à exiger de ces éducateurs d\u2019occasion une compétence au moins aussi importante que celle de meneurs de jeux, je veux dire: la compétence du langage ?Il n\u2019est pas très sûr que, dans nos écoles, on ait le souci qu\u2019il faut du parler correct et distingué.Il s\u2019accomplit tout de même un certain effort de ce côté pendant les neuf mois scolaires.Pourquoi nous résigner, trois mois durant, au sabotage de cet effort?Parents, éducateurs et même moniteurs peuvent-ils tolérer que les enfants, au jeu de balle par exemple, ne connaissent pas les termes faciles et justes de lanceur, receveur (ou gobeur), arrêt-court, frappeur, bâton, marbre (ou centre), but, points, et le reste?Où des enfants canadiens-français ont-ils bien pu apprendre à s\u2019apostropher par des horreurs comme « batte don dans l\u2019daille-menede » et « slaille au feurste »?A l\u2019école ?A la maison ?Il semble inconcevable qu\u2019ils inventent pareil jargon.Suggestions pratiques.Qu\u2019on promette une récompense substantielle aux moniteurs et monitrices qui ont vraiment 170 RELATIONS à cœur la belle tenue du langage sur le terrain qu\u2019ils occupent: rien de plus facile qu\u2019une vérification sur ce point.Les enfants surtout doivent être encouragés à bien parler, par l\u2019appât de prix alléchants et par l\u2019application de sanctions sérieuses.Le mauvais langage n\u2019est pas toujours un indice de vulgarité.Mais le bon langage est toujours une élégance de l\u2019esprit.M.-J.d\u2019A.Nos futures étoiles A plusieurs reprises, notre revue a félicité la Société Radio-Canada pour le stimulant que ses épreuves annuelles offrent à « nos futures étoiles » de la musique vocale.Ceux qui réussissent à participer au concours final ont grand chance d\u2019obtenir des émissions radiophoniques ou de s\u2019affilier à des groupes vocaux.Comme ils sont jeunes et capables de progrès, un bel avenir peut s\u2019ouvrir devant eux.Au concert que donnèrent, à la salle du Plateau, en avril, les lauréats de l\u2019an dernier et ceux de cette année, on remarquait, chez les vainqueurs de 1953, M.Louis Quilicot et Mlle Rolande Grenier, une assurance, une netteté et un fini qu\u2019il nous plaît d\u2019attribuer, en bonne partie, aux encouragements reçus et à l\u2019expérience acquise au cours d\u2019une série de concerts donnés pour les Jeunesses musicales du Canada.Les « étoiles » de cette année, le baryton Donald Edward Garrard, de Vancouver, et le contralto Joan Maxwell, de Winnipeg, possèdent aussi d\u2019excellentes voix; le premier semble toutefois mieux maîtriser son style que la seconde.Mais la deuxième pièce chantée par Mlle Maxwell suggère une réflexion.Cette pièce a déçu les auditeurs délicats.C\u2019était de la petite musique, indigne de la circonstance.Il semble qu\u2019on ait tendance, surtout chez les anglophones, à présenter de la musique américaine de seconde qualité, populaire au mauvais sens du mot.Sans doute, plutôt que de massacrer des airs d\u2019opéra, mieux vaut rendre parfaitement une musique plus modeste.Mais quel mérite y a-t-il à chanter sans nuances, sur le même registre, des morceaux sans valeur?Même le chœur de la fin, malgré l\u2019habile orchestration de M.Agostini, ne fut guère heureux; on avait trop l\u2019impression des salades américaines que servent les grands réseaux radiophoniques.On nous dira qu\u2019il faut avoir égard au goût du public et, plus encore, des « artistes » eux-mêmes.Mais Radio-Canada ne saurait se désintéresser de l\u2019éducation du goût; autrement, son initiative, louable en soi, risque de faire plus de tort que de bien.L\u2019effort accompli et les résultats obtenus jusqu\u2019ici gardent toute leur valeur.Il ne faudrait pas qu\u2019ils se gâtent.Problèmes du Moyen-Orient Gabriel ENKIRI LE TRAITÉ de 1936 entre l\u2019Angleterre et l\u2019Êgypte stipu-lait l\u2019évacuation immédiate des villes du Caire et d\u2019Alexandrie par les garnisons britanniques et la concentration des troupes d\u2019occupation dans la région de Fayed qui domine le passage central du canal de Suez.En prévision d\u2019une guerre qui s\u2019annonçait imminente, les deux grandes villes égyptiennes ne furent pas évacuées, et dès septembre 1939 l\u2019occupation s\u2019étendit à tout le delta et aux deux déserts qui l\u2019enserrent, l\u2019occidental et l\u2019oriental.Désireux de contribuer à la défense^de leur pays contre l\u2019agression fasciste et hitlérienne, les Égyptiens, durant la guerre, n\u2019élevèrent aucune protestation contre cette occupation et accordèrent C\u2019est pourquoi nous souhaitons que les concurrents sachent, l\u2019an prochain, faire preuve d\u2019un goût plus judicieux.M.-J.d\u2019A.Le P.Pierre Charles, S.J.La Nouvelle Revue théologique consacre une bonne partie de sa livraison de mars à la mémoire du P.Pierre Charles, décédé le 11 février dernier.Peu de carrières auront été aussi rem-remplies que celle du disparu.De la petite Belgique, sa patrie, de Louvain, son port d\u2019attache où durant quarante ans il enseigna la théologie, le P.Charles a pour ainsi dire rayonné sur le monde entier.Par ses œuvres écrites d\u2019abord.Qui ne connaît les admirables méditations publiées sous les titres de la Prière de toutes les heures, la Prière missionnaire, la Prière de toutes les choses ?Mais aussi par sa personne même.Comme professeur et conférencier, le P.Charles s\u2019est fait entendre dans la plupart des pays d\u2019Europe, en Asie, en Afrique, en Amérique du Sud, aux États-Unis et au Canada.Et quiconque l\u2019entendait n\u2019oubliait pas de sitôt sa parole tour à tour vibrante, joviale, pleine d\u2019humour et de bon sens, expression d\u2019une âme ardente d\u2019apôtre.Le P.Charles restera comme l\u2019un des plus grands bienfaiteurs des missions catholiques en la première moitié du XXe siècle.C\u2019est lui qui fonda, dès 1923, la collection « Xave-riana » consacrée aux multiples aspects de la missiologie et de l\u2019histoire de l\u2019évangélisation chrétienne (196 brochures).C\u2019est lui qui fut le principal animateur des Semaines de missiologie de Louvain, dont les comptes rendus furent publiés en volumes dans la section missiologique du Museum Les-sianum.C\u2019est lui qui créa en 1925 et maintint l\u2019Association uni versitaire catholique pour l\u2019Aide aux missions (A.U.C.A.M.).C\u2019est lui qui, l\u2019année suivante, entreprenait la publication des Dossiers de l'Action missionnaire, œuvre à la fois doctrinale et documentaire qui devait connaître un grand succès, et dans laquelle il présentait les idées fondamentales de la théologie missionnaire et exposait franchement l\u2019état actuel de l\u2019évangélisation en pays de missions.La mort l\u2019a empêche de terminer son grand ouvrage: une Theologia dogmatic a missionaria fondée sur la doctrine catholique et établie en contact étroit avec le réel.A ce géant de l\u2019apostolat, à ce bienfaiteur insigne des missions, il importait, croyons-nous, de rendre hommage, car notre vie spirituelle et notre pensée missionnaire se sont nourries de ses enseignements et de ses écrits.R.A.M.Gabriel Enkiri, qui réside au Caire, est un journaliste de carrière et un spécialiste des problèmes politiques et sociaux du Moyen-Orient.Cet article réunit deux textes qu\u2019il nous a fait parvenir à un intervalle de deux mois.Le premier était intitulé : « Le duel anglo-égyptien », le second : « Tempête sur le Moyen-Orient ».de bon cœur aux armées occidentales toute l\u2019aide qu\u2019elles leur réclamaient.Mais aussitôt après la signature de l\u2019armistice, les chefs égyptiens, tout comme leurs aînés en 1918, déclenchèrent leur campagne en faveur de l\u2019évacuation de leurs grandes villes d\u2019abord et de la zone du canal ensuite.On est d\u2019accord aujourd\u2019hui pour reconnaître, même à Londres, que si, dès la fin des hostilités, les Anglais avaient, de leur propre initiative, évacué les villes du delta, en conformité des stipulations du traité de 1936, le sentiment national égyptien, au lieu d\u2019être attisé et exaspéré par une résistance qu\u2019il estime injuste et illégale, se serait manifesté dans la suite avec moins de haine et de violence qu\u2019il ne l\u2019a fait depuis 1946.Il a fallu nalheureusement trois ans d\u2019efforts et JUIN 1954 171 de lutte pour que fût admise l\u2019évacuation réclamée par l\u2019opinion égyptienne.Mais au lieu d\u2019être interprétée comme un geste de respect à l\u2019égard d\u2019un traité qui portait la signature britannique, cette évacuation fut célébrée comme une victoire sur une Angleterre affaiblie et incapable d\u2019imposer sa volonté.Cinq ans ont passé depuis.Durant cette période, l\u2019Égypte fut le théâtre de bouleversements successifs qui aboutirent au détrônement de Farouk et à l\u2019avènement de la république de Naguib.Mais, malgré ces bouleversements, le principal souci des gouvernements qui se sont succédé et du peuple lui-même fut de libérer le pays de l\u2019occupation britannique.Le Wafd, en 1951, dénonça le traité de 1936 et entreprit contre la garnison de Fayed une série d\u2019actions qui, mal préparées et mal organisées, n\u2019aboutirent qu\u2019au massacre de quelques centaines d\u2019Égyptiens.Instruit par cet exemple, le gouvernement de Mohamed Naguib s\u2019attacha à éviter tout conflit armé avec Fayed.Il entreprit, avec les représentants britanniques, des négociations qui furent interrompues officiellement à plus d\u2019une reprise, mais qui, pratiquement, se poursuivent toujours avec des intermédiaires, des personnalités officieuses anglaises, américaines, pakistanaises, indiennes ou même arabes.Le premier résultat de ces négociations fut l\u2019accord sur la question du Soudan, reconnaissant à la population de ce pays le droit de se prononcer elle-même sur son sort.En dehors de cet accord, plusieurs points importants concernant les modalités de l\u2019évacuation de la zone du canal furent réglés.Le principe du maintien d\u2019un nombre assez élevé d\u2019experts britanniques a été admis par l\u2019Égypte.Ce nombre a été fixé; la durée de la mission des experts aussi.La nécessité de conserver la base stratégique de Fayed dans un état qui lui permettrait de jouer un rôle considérable en cas de guerre a été également reconnue par l\u2019Égypte.Trois points restent seulement en suspens.Le plus important, nous dirions même le seul important, est de déterminer les conditions d\u2019une réoccupation, par les armées britanniques et occidentales, de la zone du canal en cas de conflit ou de menace de conflit.L\u2019Égypte ne veut envisager cette éventualité que dans le cas d\u2019une agression contre un des pays arabes qui l\u2019environnent.L\u2019Angleterre veut confier au Conseil de Sécurité des Nations Unies le soin de décider de l\u2019heure à laquelle cette réoccupation deviendrait nécessaire.L\u2019écart est considérable entre les deux thèses, et jusqu\u2019à cette heure on ne voit pas comment il sera comblé.Les deux pays reconnaissent cependant que leur intérêt est de s\u2019entendre.L\u2019Angleterre assume une lourde charge financière \u2014 cinquante millions de livres par an \u2014 en maintenant une garnison de 84,000 hommes dans une région aussi éloignée de la métropole que celle de Fayed.Elle a besoin de cette armée pour la défense de son propre territoire, et M.Churchill a déclaré que si ces 84,000 hommes étaient rapatriés, ils constitueraient l\u2019armée de réserve réclamée par l\u2019état-major.De son côté, l\u2019Égypte consoliderait entièrement, par son accord avec l\u2019Angleterre, son indépendance et sa souveraineté.Elle n\u2019aurait plus à redouter l\u2019ingérence britannique dans ses affaires intérieures.Elle se libérerait du complexe d\u2019infériorité qu\u2019entretient chez elle la présence sur son sol d\u2019une armée étrangère.D\u2019autre part, elle pourrait obtenir facilement alors l\u2019aide financière américaine, et la crainte de troubles possibles, qui ébranle en ce moment la confiance des capitalistes étrangers, disparaîtrait pour faire place à un esprit de collaboration et d\u2019entente.Comme on le voit, les avantages que les deux parties pourraient retirer d\u2019un accord entre elles sont considérables.Loin de s\u2019y décider pourtant, elles s\u2019engagent dans une sorte de guerre froide, dans un duel où, comme les héros d\u2019Homère, la menace et l\u2019invective précèdent le croisement des épées.L\u2019Égypte s\u2019efforce de soulever tous les peuples arabes et islamiques contre sa puissante adversaire.L\u2019Angleterre riposte sur ce même terrain.Elle s\u2019emploie à gagner à elle une partie de ces peuples pour isoler l\u2019Égypte.Déjà, la Syrie est en proie à une agitation où les Druses, dont on connaît la turbulence et qui, de tout temps, ont subi l\u2019influence de Londres, jouent un rôle prépondérant.La Turquie, le Pakistan et peut-être l\u2019Iran et l\u2019Irak lui-même prêtent une oreille favorable aux chants ou plutôt aux promesses des sirènes que leur dépêche la Tamise.La tension s\u2019aggrave; des soldats britanniques sont abattus près de Fayed; d\u2019autres disparaissent mystérieusement.Aux protestations de Londres, Le Caire répond par un haussement d\u2019épaules.C\u2019est la phase la plus dangereuse, la plus critique.Devant la gravité des conséquences d\u2019un recours aux armes, les deux camps pourtant hésitent.Des paroles de sagesse, des conseils de modération sont prodigués par l\u2019Amérique.Les écoutera-t-on finalement ?Malgré l\u2019atmosphère pessimiste qui prévaut actuellement tant au Caire qu\u2019à Londres, nous persistons à croire qu\u2019à la dernière minute la voix de la raison pourrait triompher.* Le tonneau de poudre qui menaçait toujours d\u2019exploser dans les Balkans s\u2019est déplacé vers le Moyen-Orient.C\u2019est au Caire, à Jérusalem, à Damas ou à Bagdad que l\u2019explosion peut se produire à tout moment, et ses éclats peuvent s\u2019étendre au delà des frontières assignées à cette région et provoquer dans le monde un incendie dont nul ne peut prévoir la gravité.Le ministre des Affaires étrangères du Pakistan, Mohamed Zafrullah Khan, vient d\u2019affirmer, dans un discours au parlement de Karachi, que le principal danger qui menace l\u2019Orient provient de l\u2019hostilité qui règne entre les États arabes et Israël.A l\u2019heure même où ces déclarations étaient faites, un débat orageux se déroulait au Conseil de Sécurité relativement aux incidents survenus presque chaque jour, pendant ces derniers mois, entre les troupes et les populations israéliennes et celles de leurs voisins arabes.Le Conseil trouvera-t-il la solution susceptible de rétablir l\u2019ordre et la paix sur les frontières enchevêtrées qui séparent Israël de la Jordanie, du Liban, de la Syrie et du port de Gaza occupé par l\u2019Égypte ?Nous en doutons.Ce problème est insoluble.Jamais les Arabes ne laisseront se développer dans la paix un État qui peut demain donner refuge à cinq ou six millions de Juifs, instruits, disposant de moyens scientifiques énormes, soutenus par la grande finance mondiale et qui, sur le terrain économique comme sur celui de la stratégie, seront en mesure d\u2019imposer leur volonté à leurs voisins, pauvres, pour la plupart ignorants, et ne pouvant compter que sur eux-mêmes ou, tout au plus, sur le concours moral du monde musulman.D\u2019autre part, jamais les Juifs ne consentiront à renoncer à la réalisation de leur rêve séculaire, à la constitution d\u2019un État-refuge qui leur a déjà coûté d\u2019innombrables sacrifices et qui constitue pour eux le seul moyen d\u2019assurer à leur race si souvent persécutée un avenir de dignité et de sécurité.Les puissances occidentales ne doivent pas beaucoup s\u2019illusionner sur la possibilité de venir à bout d\u2019un tel problème.Elles s\u2019efforceront d\u2019éviter ou plutôt de retarder un conflit armé entre les uns et les autres.Et si elles y parviennent, elles auront accompli un véritable miracle.Mais aussi grave que soit le problème, il n\u2019est pas le seul qui doive préoccuper ceux qui souhaitent le maintien de la paix dans le Moyen-Orient.L\u2019Égypte, leader des pays arabes, est en pleine ébullition.Une équipe militaire, une équipe de jeunes, la gouverne et veut transformer sa structure traditionnelle, lui insuffler une nouvelle vie, un esprit d\u2019énergie et d\u2019activité, une volonté d\u2019aller rapidement de 172 RELATIONS l\u2019avant, de réaliser son indépendance complète, d\u2019améliorer sa situation économique et de fortifier son armée, se rappelant que l\u2019Égypte a connu, dans le passé, des heures glorieuses qu\u2019il ne serait pas impossible de ressusciter.Pour cette équipe, un devoir primordial semble s\u2019imposer : celui de libérer l\u2019Egypte de ce qui reste de l\u2019occupation britannique, que l\u2019on considère comme un obstacle à tout développement sérieux du pays.Des négociations ont été entreprises entre Égyptiens et Britanniques dans le but de mettre fin à cette occupation.Elles traînent depuis près d\u2019un an, et l\u2019on ne peut pas encore en prévoir l\u2019issue.Officiellement, deux points sont encore à résoudre: celui de l\u2019uniforme que doivent revêtir les techniciens anglais chargés de maintenir en parfait état la base du canal après son évacuation par les troupes britanniques, et celui du retour de ces troupes au cas où l\u2019un des pays orientaux, Turquie ou Iran, limitrophes de la Russie, serait attaqué.En fait, ce ne sont pas ces deux points seuls qui s\u2019opposent à une entente entre les deux parties.Le principe même de l\u2019évacuation, quoi qu\u2019on en dise, n\u2019a pas encore rallié l\u2019approbation de la majorité conservatrice à Londres.L\u2019Afrique entière s\u2019agite.Le Kenia, l\u2019Ouganda, la Somalie et la Côte-d\u2019Or sont le théâtre d\u2019une véritable rébellion.Chypre, Malte et Gibraltar occasionnent à l\u2019Angleterre de sérieux soucis.L\u2019évacuation de l\u2019Égypte ne constituerait-elle pas pour les chefs nationaux de ces pays un encouragement et un précédent ?De leur côté, les Égyptiens sont résolus à éviter tout accord qui, pratiquement, les enchaînerait au char occidental et les exposerait à recevoir les premiers coups de l\u2019aviation russe, en cas de conflit entre les Occidentaux et l\u2019U.R.S.S.Ils sont persuadés qu\u2019ils peuvent sauvegarder leur neutralité; dans ce but, ils ont esquissé plus d\u2019un pas pour se rapprocher de Moscou.Leur politique intérieure même se socialise.Les ouvriers et les paysans voient leur sort s\u2019améliorer et leur influence grandir.Les relations commerciales avec les pays de l\u2019Est s\u2019intensifient, et M.Vychinski, au Conseil de Sécurité, devient le champion de la cause arabe et oppose son veto à toute motion occidentale combattue par l\u2019Égypte et ses alliés.Comment peut-on, dans ces conditions, envisager sans une certaine inquiétude l\u2019évolution des rapports entre Le Caire et Londres ?A Damas, à Bagdad et à Amman, la situation ne se présente pas, non plus, sous un jour des plus souriants.Des courants contradictoires s\u2019y manifestent.Les partis demeurent divisés.Les uns sont en faveur d\u2019une fusion de ces trois États selon un mode qui s\u2019inspirerait de la constitution suisse; les autres préfèrent le statu quo.Au cas où les premiers tenteraient de réaliser leur programme, c\u2019est l\u2019Arabie séoudite qui réagirait pour les en empêcher, même par la force.La dynastie d\u2019Ibn El Séoud ne peut, en aucun cas, assister indifférente à l\u2019accroissement de sa rivale, celle des Hachémites, qui serait la grande bénéficiaire d\u2019une telle fusion.Le tableau, comme on le voit, n\u2019est guère réjouissant.Et nous n\u2019en avons reproduit que deux ou trois aspects.Bien entendu, les agents du Kremlin multiplient leurs efforts pour rendre encore plus sombre une situation qui ne l\u2019est déjà que trop.Les Occidentaux ne ripostent à ces menées que par une politique décousue et toute d\u2019improvisation.Finiront-ils par se ressaisir et par élaborer enfin un programme réaliste qui leur ramènerait les sympathies des populations et leur permettrait de contribuer efficacement, en améliorant le sort de ces dernières, à rétablir l\u2019ordre et la sécurité dans une partie du monde dont l\u2019importance grandit de jour en jour ?C\u2019est peut-être des pays d\u2019Amérique, Canada, États-Unis et Amérique du Sud, que le salut doit être attendu.Les regards des peuples arabes se tournent vers eux.On souhaite leur amitié, on espère leur concours.En raison de leur libéralisme, et n\u2019ayant aucun intérêt colonial à défendre, ils sont plus à même de comprendre les aspirations arabes.Leur intervention dans les débats des Nations Unies a eu, à plusieurs reprises, des conséquences salutaires.Puissent-ils persévérer dans cette voie et faire entendre aux uns et aux autres le langage de la tolérance, de la raison et de la sagesse! La cause de la paix serait alors assurée.LA GASPÉSIE, TERRE ET MER Alexandre DUGRË, S.J.DES TOURISTES pressés vont voir des pays pour les avoir vus.Pas la Gaspésie, qu\u2019on va voir pour la goûter, lui souhaiter bonheur et prospérité, grandeur et force.Plus populeuse et deux fois plus grande que l\u2019Ile-du-Prince-Édouard; grande comme la moitié de la Belgique, qui est soixante-dix fois plus peuplée; baptisée par Cartier, ruinée par Wolfe, ressuscitée par les Robin dans une servitude mal nourrie, notre Bretagne, balcon de Québec sur un golfe balcon sur l\u2019océan, n\u2019a débuté dans la vie vécue que depuis sa promotion religieuse, sous la houlette de son plus digne fils, Mgr F.-X.Ross, son premier évêque.Chose curieuse, édifiante et très historique chez nous, créer un diocèse en pays neuf, c\u2019est procurer le reste par surcroît.Ainsi Gaspé, Côte Nord, Bathurst, Amos, Hearst, Edmundston.La Gaspésie, qui souffrait de basse pression, trop éloignée du soleil pour dégeler à fond, dès l\u2019arrivée de Mgr Ross en 1923, se manifesta au monde et même aux politiciens, de plus en plus généreux.Il y a de quoi: c\u2019est tout un pays: 8 millions d\u2019acres, 600 milles de grève, dont 100 aux Acadiens du douloureux retour, 120,000 milles carrés, 155 de long et 87 au plus large, entre la Madeleine et Bona-venture.Cet appendice québécois, presque appendicite, coupé du tronc par le Canadien National de la Matapédia, fut toujours vu de loin et traité de haut: célébrité mais timidité, un sixième de connu, cinq sixièmes en forêt, monts et rivières livrés aux bêtes et aux épinettes des autres.L\u2019économie ruineuse de 1900 à 1913 vota moins de $150,000 aux chemins! Peu de lacs, beaucoup de rivières, des sources de richesses tabou jusqu\u2019ici, faute de voies stratégiques.La route Perron de 530 milles a permis au nord et au sud de se parler.Demain, le centre va bouger, si demain peut arriver.Le merveilleux port de Gaspé, creusé par Dieu mais ignoré d\u2019Ottawa, profond de 35 à 55 pieds au bord, est le type du havre bien abrité, favorable aux plus grands navires.C\u2019est là que s\u2019établit Mgr Ross, « second découvreur et libérateur de sa Gaspésie », homme d\u2019Église et homme d\u2019État, préférant au Bonaventure agricole et français le château fort anglo-protestant où Cartier planta la croix.Monseigneur y porte la sienne, pour donner cet avant-poste au Christ: « Je recommence la fondation de la colonie », par les institutions, la colonisation et la coopération.« La Gaspésie à découvrir est à l\u2019intérieur », aux plateaux alors discutés, intouchables, repaires des orignaux, des ours et JUIN 1954 173 du bois à pâte, aujourd\u2019hui très courus pour les mines et le pétrole.Une route vient aérer la forêt noire, introduire l\u2019intelligence humaine pour y introduire l\u2019homme et les familles, du cru ou de Rimouski jusqu\u2019à Montmagny, dans une vraie Terre promise.La terre possible.\u2014 Les anciens définissaient la Gaspésie « le pays des montagnes de terre », à cause des immenses plateaux de bon sol arable.En 1867, le capitaine savant et député docteur Fortin donna le premier coup de baguette magique pour éveiller la Belle au bois dormant; il rêvait d\u2019un million de Gaspésiens gardant leurs enfants et vivant heureux des pêcheries, de l\u2019agriculture et de la « forêt régulatrice ».Olivar Asselin jetait 75 paroisses au versant sud, et le géographe Blanchard estime que « la plus grande partie du plateau pourrait être mise en exploitation ».Chasseurs et bûcherons s\u2019accordent à dire que, derrière la montagne de Port-Daniel, « c\u2019est tout beau, planche, du bon terrain ».Mgr Ross corrobore: « J\u2019ai pénétré moi-même jusqu\u2019à 65 milles de Cascapédia, au canton Lemieux; j\u2019ai admiré les céréales, pommes de terre et légumes cultivés par le gérant.Les colonies ouvertes ne laissent aucun doute sur la qualité du terrain, même derrière Percé.» Monseigneur déplore « la désertion aux États-Unis, aux états d\u2019Ottawa et surtout de Montréal ».Il s\u2019acharne à obtenir dans cet espace vital la vie de son monde, \u2014 c\u2019est encore de même, \u2014 pour une Gaspésie aux Gaspésiens et les Gaspésiens en Gaspésie.Le clergé prêche la coopération et l\u2019agriculture, pour rajeunir les pêcheries et créer des colonies, selon la devise: « Crescamus in Illo per omnia, Croissons en Lui de toutes manières », même en économique, puisqu\u2019on n\u2019est pas des anges, que des milliers de fils et de filles s\u2019en vont.Quel réveil depuis trente ans! Si le tourisme chante la mer, les caps, les rochers, percés ou non, la brume et le soleil, tant mieux pour les cigales; mais les fourmis du travail obscur, chair et sang du pays, ce sont les hommes et les femmes de la plusqu\u2019île, Acadiens déportés ou Canadiens attirés du Bas de Québec.Ces pauvres, bénis de Dieu, plantés dans un chef-d\u2019œuvre de nature, se sont fondus au goût d\u2019Émile Miller: pas ventrus, pas nerveux, au regard et au parler doux, « pétris dans le phosphore, la soude et l\u2019iode » puisés de la mer profonde.Comme tout vivant qui se respecte, la Gaspésie a causé chez la Commission Tremblay.Un mémoire très bien fait de M.l\u2019avocat Blanchard, de Chandler, se complète d\u2019un post-scriptum sur l\u2019électricité de Betsiamites, à distribuer partout pour remplacer les insuffisants 4,450 c.v.qui coûtent annuellement $241,000 en huile et en diesels, pour desservir 45 paroisses et 8,000 usagers.Le progrès veut plus d\u2019électricité pour semer plus de progrès.Les pylônes déjà debout livreront aux mines, dès octobre, le courant acheté de Manicouagan par Betsiamites.On demande que l\u2019installation se continue 154 milles, vers trois points stratégiques: Murdochville-Gaspé, 64 milles; Gaspé-Chandler, 36; et le long de la Cascapédia à New-Richmond, 54.Les avantages seront multiples \u2014 « et nous ne cesserons de prier ».La Gaspésie sans chemins de pénétration était une frange: « Nous n\u2019avions que les côtes, sans colonne vertébrale.» La route intérieure Gaspé-Murdochville-Mont-Louis, celle du sud au nord, Cascapédia-Parc National-canton Lemieux-Sainte-Anne-des-Monts, donnent aux Shickshocks deux avenues sur la mer.Une voirie forestière offrira au commerce les arbres très mûrs et à la colonisation des lots très fertiles.Le projet Chandler-canton Holland-Causapscal finira d\u2019ouvrir le pays tout grand à toutes les formes de vie: colonies, mines, agriculture, sylviculture et pulperies en retard.Bref, nous serons Belgique ou Hollande avec de larges ambitions pour nos banques de sol et de sous-sol.Pour se dispenser de rien faire, des politiciens de tout repos soutenaient que la Gaspésie aussi est un pays de Caïn.La discussion rageait entre ces anti-plateau et les pro-plateau, restés vainqueurs sur le témoignage de l\u2019aviateur de Lesseps, qui photographia tout et qui endossa les vieux explorateurs: Murray en 1845, Bradley en 1862, O\u2019Sullivan en 1874, Elis en 1882 et Low en 1884: «Passé les montagnes, le terrain devient comparativement plat jusqu\u2019à Gaspé.» Admirons les sommets de 4,000 pieds, mais préférons « la terre bonne, souvent excellente » de l\u2019invitant plateau, entre 400 et 800 pieds.« Au canton Lemieux, les températures moyennes et minima sont plus élevées qu\u2019à la côte.A la mine Fédérale, culture de légumes et de pommes de terre de grande dimension et d\u2019excellente qualité.Le plateau semble aussi propre à l\u2019agriculture que le littoral », écrit Alcock dans un rapport officiel de 1922, quarante ans après ceci, d\u2019Ells: « Le plateau intérieur, parcouru sur une distance de 25 milles, s\u2019étend beaucoup plus loin; il peut mesurer 1,200 à 1,500 milles carrés, entre 500 et 700 pieds.Sa valeur est considérable, car le sol est généralement d\u2019une excellente qualité.» Le souligné est d\u2019Ells, qui réclame déjà la voie ferrée du centre, fréquemment secondé depuis par Mgr Ross, Sayabec, Cau-sapscal et le bon sens, pour ouvrir ce réservoir de population aux surplus des paroisses d\u2019en haut.En 1869, Louis Archambault, ministre de l\u2019Agriculture à Québec, conclut après exploration que « la Gaspésie est à elle seule une grande province, qui peut faire vivre plus d\u2019un million d\u2019habitants ».En 1882, le député Joncas écrit que le district, « quoique négligé par le gouvernement, a beaucoup prospéré, qu\u2019il a besoin de communications, et qu\u2019on devrait se détourner un instant de l\u2019Ouest pour diriger ici un courant d\u2019immigration », déjà suggéré par J.-C.Langelier.Il serait temps d\u2019essayer!.Québec a fait le contraire: en 1915 et 1924, il a décrété les déplorables réserves forestières de 2,500 milles carrés, qui ferment la terre à l\u2019homme et au progrès, en dépossédant une vigoureuse population qui émigrait elle-même.La forêt normale.\u2014 Il faut repenser et reprendre nos calculs, dans notre Québec sans terre.Adieu la sauvagerie, les feux de forêts, la mouche à scie et les sempiternels chantiers à enrichir les autres! En voyant charger les navires de billes pour Thorold (Ont.), Mgr Ross disait avec un tremblement dans la voix: « Pauvres chers Gaspésiens! Le bûchage est le seul revenu qu\u2019ils tirent de leurs richesses naturelles, de ces milliards d\u2019arbres créés pour nous.» Et il rappelait qu\u2019en 1890, seuls les champions bûcheurs se risquaient à Matane, dans l\u2019espoir d\u2019être engagés à $9 par mois, plus les navrantes misères.Aujourd\u2019hui, grâce à l\u2019initiative d\u2019Esdras Min ville, dix syndicats forestiers exploitent tout près de chez eux les limites à eux concédées par Québec.Us sont leurs maîtres, quasi-propriétaires; ils vendent leur bois de sciage ou de pulpe et absorbent profits et pertes : 700 bûcherons de dix paroisses livrent, pour $600,000, du bois qui leur revient à $275,000.Leur finance est solide avec quatre moulins qui fonctionnent, les camps et l\u2019outillage.Ainsi donc, comme c\u2019est normal en pays blanc, les Gaspésiens, mi-cultivateurs ou mi-pêcheurs l\u2019été, sont mi-forestiers l\u2019hiver.Ils exploitent un peu de leur bien pour une prospérité à son plein, sans rapporter chez eux le genre chantier, mercenaire, prolétaire et fataliste.Au bois, ils restent agriculteurs ou pêcheurs, et ils reviennent à la maison, le samedi, voir la famille et prier Dieu.Pour ces bûcherons-gentilshommes, la forêt n\u2019est plus ennemie de la terre, mais son alliée pour une récolte d\u2019hiver, ou, chez les colons, pour la naissance de la 174 RELATIONS ferme, qui exige de gagner au dehors, pendant la saison creuse et le sol en souches.La stabilité remplace les départs au loin: « L\u2019arbre est notre vache d\u2019hiver! » C\u2019est mieux que de voir la forêt moisir pour la spéculation, ou bûchée à net, ruinée pour soixante ans: deux laideurs antisociales qui affament les nationaux d\u2019à côté.Présentement, 240 scieries, petites ou grandes, fixes ou portatives, décentralisent l\u2019exploitation, qu\u2019on mesure à la capacité de croissance, de survivance.On veut organiser le travail fin du bois et l\u2019utilisation des déchets, 50% de l\u2019arbre.Ces coopératives sont des aspirines sociales: l\u2019industrie se porte bien, et les Gaspésiens vivent de leur sol mieux respecté.Bonnes affaires pour le lumberman et pour le lumberjack nécessaire : l\u2019humain et l\u2019économique sont meilleurs amis.Québec ne devra plus être colonie d\u2019exploitation, taillable à merci, comme l\u2019Irak, l\u2019Afrique noire \u2014 etl\u2019Ungava.Demain, sur les routes nouvelles, comme saint Jean Baptiste ouvrant le chemin du Seigneur, si les cultivateurs veulent des lots pour leurs fils, si des clochers blancs veulent adorer le bon Dieu, l\u2019homme devra passer avant l\u2019arbre; le champ et le jardin, nourriture humaine et récolte annuelle, avant la moisson primitive d\u2019épinettes, qui prend cinquante à quatre-vingts ans à grandir bois d\u2019œuvre ou de papier.Comme culture payante, l\u2019arbre en est une de désespoir, tolérable seulement où rien de mieux ne pousserait, comme en Haute-Mauricie ou en stérile Côte Nord.Déjà huit colonies dotées d\u2019un curé vivent convenablement et font mentir le dicton du « pêcheur pas cultivateur ».Là comme partout, plusieurs tournent colons « faute de mieux » ; pourtant, voyez les médaillés du Mérite du défricheur 1952: MM.Côté, Minville, Deschênes, Delarosbil, Loisel, Bujold, Gagné, Arsenault, Ouellet, Babin, Morin.Ici et là, on regrette la pauvreté apparente d\u2019une richesse pas comptée en argent: des colons pas encore promus cultivateurs vivotent au point mort, entre le bois parti et le champ pas arrivé.On trouve anormal que les billes des colons de Pellegrin, à 18 milles de Chandler, s\u2019y vendent $7.50 la corde, contre $10.50 aux gens de la Nouvelle, à 70 milles.Au lieu d\u2019agronomes distants ou occupés ailleurs, on propose des animateurs qui stimulent, qui poussent, qui incitent à produire de ce qui paye.L\u2019U.C.C., récemment organisée dans 22 paroisses avec 1,750 membres, veut répandre le feu sacré, les cultures de fruits et légumes, de ce que la Gaspésie achète au dehors, tout! On veut, à Caplan, un abattoir régional qui fournisse toute la côte; un drainage nécessaire aux marais de Bonaventure; une immigration de maraîchers D.P.à qui céder les lots abandonnés déjà bâtis.On veut plus d\u2019essoucheuses et des chemins réparés plus tôt; on veut que la terre paye afin que les jeunes en désirent.Voilà pour l\u2019intérieur; à demain la pêche et la mer divine.Un poète met en scène un campagnard montant la côte: « Homme de la plaine, pourquoi gravis-tu la colline ?\u2014 C\u2019est pour mieux regarder la plaine.» On ne comprend la terre ou la mer que du haut des sommets.L\u2019académicien Victor Bérard a écrit Dans le sillage d'Ulysse, où les images d\u2019Ithaque, mer, monts et rochers, dessinent joliment notre Gaspésie.Disparus les beaux bœufs au grand front; reste un calme blanc sur l\u2019onde noire et violette des vaisseaux creux.Neuf jours durant, les vents de mort nous emportent sur la mer aux poissons; le dixième nous met au bord des Lotophages, ce peuple qui n\u2019a pour tout mets qu\u2019une fleur.Nous fîmes de nos rames des ailes au vol fou.Karavi, le croiseur pétrifié, passait en vitesse; l\u2019Êbran-leur de la terre fit un pas, étendit la main et, le frappant, l\u2019enracina au fond des eaux comme une pierre.Est-ce le rocher Percé ?Voici l\u2019île de Bonaventure.Nous gagnons Strom-boli, l\u2019île d\u2019Éole.C\u2019est une île qui flotte; une côte de bronze, infrangible muraille, l\u2019encercle tout entière; une roche polie en pointe vers le ciel.Se nourrir d\u2019une fleur, c\u2019est la poésie d\u2019hier; bâtir un vaste morceau de patrie sera l\u2019œuvre de demain, le travail continué de quatre cents ans.\u2022 \u2014 \u2022 HORIZON INTERNATIONAL RÉALITÉS\tV JN des plus grands obsta- INTERNATIONALES C/ c/es à la bonne entente dans les questions internationales vient du fait que les mots les plus usuels n\u2019ont pas le même sens selon les personnes qui s\u2019en servent.Les termes d\u2019agression, de libération, d\u2019impérialisme, de justice, voire de paix et de guerre peuvent couvrir des pensées entièrement opposées.On n\u2019est même plus d\u2019accord sur ce qui constitue le droit international.C\u2019est pourquoi on est obligé de retomber sur des solutions provisoires, des expédients qui n\u2019ont rien à voir avec la justice ou avec le droit.Écartons d\u2019abord ceux qui ne croient qu\u2019aux « réalités », car ils n\u2019ont probablement en vue que les réalités matérielles.Si on leur parle de droit ou de morale, ils risquent de s\u2019impatienter et de vous dire que, dans le monde moderne, les principes sont assurément louables, mais qu\u2019on n\u2019arrive plus à s\u2019entendre sur leur nature et leur valeur; il faut donc se baser sur les « réalités ».Le père de cette école est évidemment l\u2019écrivain florentin Nicolas Machiavel, qui codifia dans le Prince et ses Discours sur la première Décade de Tiie-Live l\u2019expérience politique de son époque.A mesure que se creusa, sous l\u2019influence du libéralisme, le fossé qui sépare les affaires de la religion et l\u2019Église de l\u2019État, on insista sur la séparation de la politique et de la morale, des principes et des réalités.La politique a pour objet les réalités.Le nouveau droit inter- national sera fait des conventions entre États au sujet de ces mêmes réalités.Quant à la morale internationale, on l\u2019a perdue quelque part le long du chemin avec les autres transcendances.A l\u2019époque contemporaine, ceux qui cultivèrent le plus assidûment cette manière de concevoir la politique furent les partisans de la Realpolitik, ou politique des réalités.Ils eurent pour les obligations contractuelles \u2014 qu\u2019ils qualifièrent, dans une occasion célèbre, de « chiffon de papier » \u2014 le mépris de ceux qui se croyaient assez forts pour s\u2019en moquer.Ils se trompèrent sur la valeur de leurs réalités et se butèrent à des réalités plus fortes.Aujourd\u2019hui, les « réalistes » sont des désespérés qui ont capitulé devant la force.Ne croyant plus aux réalités morales, au moins comme principe d\u2019action, ils sont prêts à légaliser la violence victorieuse.Ils ont adopté le mot d\u2019ordre contre lequel se fit la première guerre mondiale, celle de 1914-1918: la force fait le droit.Un droit qui ne repose que sur la force n\u2019est pas un droit; il n\u2019est que l\u2019expression de la force.Trois conceptions de droit international se disputent aujourd\u2019hui les intelligences.1.La conception traditionnelle.\u2014 Elle fut élaborée au cours des âges par les grands penseurs chrétiens.On cite encore des textes de saint Thomas d\u2019Aquin, d\u2019Henri de Gand et d\u2019autres.Plus tard, François de Vitoria publia un traité JUIN 1954 175 célèbre de jure belli, sur le droit de la guerre.D\u2019illustres témoins se lèvent du côté protestant: Grotius, Pufendorf.Ces auteurs, et d\u2019autres encore, furent édités après la première guerre mondiale, quand surgit l\u2019espoir éphémère de bâtir un monde civilisé sur le droit et non sur la force.Du côté catholique, un des apports les plus remarquables fut la création de l\u2019Union internationale d\u2019Études sociales ou Union de Malines, sous la présidence du cardinal Mercier, en 1920.La première édition de son Code de morale internationale, approuvé par un groupe de théologiens, juristes et sociologues en provenance de tout l\u2019univers, parut le 15 juillet 1937.Une commission revit ce code en 1947 et 1948.La nouvelle édition fut acceptée par l\u2019Union au cours de la session des 27 et 28 septembre 1948 et parut en 1951.Plus important encore est l\u2019apport doctrinal et diplomatique des papes contemporains, en particulier de Pie XI et de Pie XII.Les Actes pontificaux, publiés par le P.Joseph-Papin Archambault, S.J., en ont fait connaître les textes principaux au public canadien.Deux Jésuites de Montréal, les PP.Richard Arès et Robert Bernier, ont fait paraître, sur la doctrine des papes en cette matière, des synthèses qui furent signalées en termes élogieux par les revues savantes d\u2019Europe et d\u2019Amérique.Aussi, quandjes catholiques canadiens traitent des droits et devoirs des États, \u2014 qu\u2019il s\u2019agisse des droits et devoirs fondamentaux qui jaillissent immédiatement du droit naturel, ou des droits et devoirs dérivant du droit positif international, des rapports entre puissances métropolitaines et colonies, de paix et de guerre, de l\u2019organisation internationale de la société, etc., \u2014 ils s\u2019appuient sur le droit naturel, à moins que leur perspective n\u2019ait été brouillée par des contingences ou des préjugés, ou encore par la tentation bien latine de trancher une question avant d\u2019en avoir fait le tour.Il suffit de ramener la discussion aux principes et à leurs conséquences immédiates pour qu\u2019on retrouve un terrain commun; cela est dû à la formation philosophique, juridique et morale donnée dans nos établissements d\u2019éducation supérieure, à la traditionnelle docilité envers l\u2019Église hiérarchique, à une ouverture d\u2019esprit plus fréquente et plus large qu\u2019on ne pourrait croire, à entendre certains témoins plus agaçants.2.La conception soviétique.\u2014 Elle est radicalement différente, parce qu\u2019elle exclut toute transcendance ou « métaphysique ».Le juriste communiste n\u2019a que du mépris pour des termes comme « la nature humaine », « la volonté divine », « le sens national », etc.On peut dégager les grandes lignes du système soviétique en lisant, par exemple, de N.I.Polianski, la Cour internationale de justice (Moscou, 1951); de A.Vychinski, Questions de droit international et^de politique internationale (Moscou, 1951); puis, Théorie de l\u2019État et du Droit (Moscou, 1949), ouvrage qui est l\u2019œuvre de cinq auteurs, travaillant sous la direction de l\u2019Académie des Sciences; etc.Les deux principes fondamentaux sont celui de la base et de la superstructure, qui domine toute la pensée marxiste, et celui de la souveraineté.De ces deux principes découlent de nombreux corollaires qui forment un système fermé, incompatible avec d\u2019autres systèmes.a) Base et superstructure.\u2014 La base de toute société organisée consiste dans son mode de production économique.Après une période primitive, où il y eut communauté de biens, disent les marxistes, survinrent la propriété privée et la division de la société en classes possédantes et classes exploitées.Les classes possédantes se fabriquèrent des institutions juridiques pour légaliser leurs rapines et l\u2019appareil politique ou policier nécessaire à la défense de ces institutions.Telle est la raison d\u2019être fondamentale du droit bourgeois, de l\u2019État bourgeois, de la politique bourgeoise.Ce sont des superstructures du système économique bourgeois.Toute prétention à l\u2019objectivité scientifique, à l\u2019impartialité, à la vérité, à la justice est, de la part des juristes bourgeois, mensonge ou fourberie.C\u2019est, du moins, ce que proclament les auteurs soviétiques.Une nouvelle période fut ouverte par la révolution victorieuse en U.R.S.S.et l\u2019établissement du socialisme dans la sixième partie du globe.Avec la dictature du prolétariat, les classes sociales « disparurent » et, avec elles, l\u2019exploitation de l\u2019homme par l\u2019homme.Un nouvel « État » parut, qui a pour objets de déraciner les vestiges du capitalisme là où le socialisme a triomphé, de préparer l\u2019avènement du socialisme dans le reste du monde.La tâche immédiate de ce nouvel État est donc de créer les institutions juridiques et politiques qui serviront à réaliser ce dessein.Le droit nouveau, prolétaire, affermit et étend les conquêtes du « prolétariat », c\u2019est-à-dire du communisme.C\u2019est un instrument de combat.Les écrivains soviétiques n\u2019hésitent pas à écrire des chapitres entiers pour en établir le caractère rigoureusement partisan.On comprend que les fonctionnaires soviétiques chantent les gloires de leur système et leur propre désintéressement.Il paraît également évident que leur conception du droit est incompatible à la longue avec celle qui n\u2019admet pas l\u2019hégémonie communiste, le totalitarisme soviétique.b) Souveraineté.\u2014 Dans la conception soviétique, le principe fondamental du droit international, au moins à l\u2019époque présente, est celui de la souveraineté.C\u2019est le droit de toutes les nations à disposer d\u2019elles-mêmes, à régir leur propre destinée, sans ingérence d\u2019autrui.La seule limite à la souveraineté des nations, c\u2019est celle qu\u2019elles ont librement acceptée en entrant avec d\u2019autres nations dans une organisation commune.Les représentants des intérêts des monopoles capitalistes ont vu dans la souveraineté un facteur qui empêchait leurs efforts pour élargir le domaine de leurs exploitations; les travailleurs, en revanche, se sont faits les champions de la souveraineté précisément pour cette raison-là.L\u2019effondrement du principe de la souveraineté permet de justifier l\u2019irruption du capital étranger dans la vie économique d\u2019un pays comme une force imposant ses décisions et infligeant une double exploitation aux travailleurs.En présence des deux systèmes sociaux, le système socialiste et le système capitaliste, les travailleurs ont un intérêt particulier à conserver et affermir la conception de la ^souveraineté comme une barrière servant à empêcher les États capitalistes de gêner l\u2019État des travailleurs dans la création du socialisme et du communisme.Comme toutes les autres barrières, elle n\u2019est efficace que dans la mesure où elle est munie d\u2019une force matérielle suffisante pour bloquer les actions hostiles.(Polianski, la Cour internationale de justice, p.102.) Traduisons ce paragraphe^ du jargon communiste au langage courant.Quand un État non soviétique fait des placements à l\u2019étranger, il viole la souveraineté du pays où il place ses fonds, quelles que soient les conditions dans lesquelles les capitaux sont avancés et mis en œuvre; c\u2019est alors le devoir de l\u2019État soviétique et des organisations communistes d\u2019intervenir.C\u2019est ce qui arriva quand les États-Unis aidèrent l\u2019Europe^ affamée et ruinée avec les subsides du plan Marshall.L\u2019État soviétique protesta immédiatement au nom de la « souveraineté » européenne, menacée par ce ravitaillement, et mit en branle toutes les organisations communistes du monde contre les États-Unis.Au nom du même principe de souveraineté, l\u2019Union soviétique s\u2019est toujours opposée au contrôle de l\u2019énergie atomique.Celui-ci, en effet, autoriserait les commissions internationales à enquêter pour voir si, vraiment, les divers États respecteraient les accords sur la suppression des armes atomiques.Les soviétiques préfèrent la simple condamnation de ces armes, sans le contrôle qu\u2019ils jugent incompatible avec la souveraineté.176 RELATIONS Les déclarations diplomatiques soviétiques aux Nations Unies, comme les interventions militaires rouges sur les champs de bataille, doivent être examinées à cette lumière.La justice coïncide toujours avec les intérêts soviétiques, puisqu\u2019elle est essentiellement partisane, et la superstructure d\u2019un système économique.Les intérêts soviétiques, d\u2019autre part, coïncident par définition avec ceux du prolétariat mondial et des classes exploitées.C\u2019est un dogme communiste que la paix ne sera définitivement assurée que lorsqu\u2019un régime soviétique aura été établi dans le monde entier, car la guerre est une conséquence inéluctable du régime de la propriété privée.Le pacifisme communiste n\u2019est donc pas absolu, puisque l\u2019Union soviétique intervint officiellement ou officieusement comme belligérante dans la révolution espagnole, la révolution chinoise, la guerre de Corée et aujourd\u2019hui la guerre d\u2019Indochine.Les communistes connaissent trois types de guerre: à) la guerre entre pays non soviétisants, c\u2019est-à-dire « impérialistes »; en ce cas, c\u2019est le devoir des communistes de pratiquer le défaitisme à outrance; ils luttent ainsi contre l\u2019impérialisme de leurs propres pays pour la révolution prolétarienne chez eux et dans le monde; b) l\u2019insurrection de colonies ou demi-colonies contre le pays qui les exploite; le devoir des communistes, surtout du pays exploiteur, est d\u2019appuyer l\u2019insurrection par tous les moyens; c) la guerre entre un pays communiste ou soviétisant et un pays « impérialiste », c\u2019est-à-dire non soviétique; en ce cas, les communistes se portent au secours de la citadelle du prolétariat mondial.On pensera ce qu\u2019on voudra de l\u2019idéologie communiste.Quand on n\u2019est pas d\u2019accord, on a le choix de s\u2019incliner devant les exigences de ses champions, ou de s\u2019y opposer.Dans le premier cas, on a la pax sovietica du Dr Endicott et de ses amis; dans le deuxième, c\u2019est la guerre.Le mieux qu\u2019on puisse espérer, c\u2019est la guerre froide.Le pire à craindre, c\u2019est l\u2019autre guerre, qu\u2019il s\u2019agisse de révolutions « libératrices » suscitées dans nos pays, de guerres civiles ou d\u2019émancipations coloniales, ou encore d\u2019interventions étrangères, comme ce fut le cas quand la Corée du Nord et la Chine envahirent la Corée du Sud, quand la Chine envahit le Vietnam pour prêter main-forte aux révoltés.3.Conception positiviste a moderne)).\u2014J\u2019espère ne pas être injuste envers M.Philip C.Jessup en classant son remarquable ouvrage, A Modem Law of Nations (New-York, 1948), dans cette catégorie.L\u2019éminent professeur de l\u2019Université de Columbia semble fuir comme la peste toute idée juridique transcendante.C\u2019est tout juste s\u2019il risque cette allusion à la pensée de ceux qui fondèrent les États-Unis: « la puissance accumulée de ce qui avait été longtemps l\u2019épine dorsale de la doctrine de la loi naturelle, sur laquelle James Otis, Samuel Adams, Jefferson et les autres Pères de la révolution américaine s\u2019appuyèrent si pesamment » (p.91).Ils avaient été unanimes à attribuer l\u2019origine des droits humains fondamentaux à un don du Créateur; ils firent profession solennelle de cette foi dans la Déclaration d\u2019indépendance.Je n\u2019ai pas observé quelle était la pensée de M.Jessup sur l\u2019origine des droits humains.En revanche, je vois qu\u2019il classifie une multitude incroyable de faits juridiques, d\u2019où il dégage ce qui pourrait être l\u2019orientation de la loi internationale de demain.Son ouvrage, comme presque toutes les études de cette école, est donc de lege ferenda plutôt qu\u2019une description de la loi existante.La loi naît des faits.Il croit en discerner déjà quelques tendances essentielles.D\u2019abord et surtout, l\u2019ancienne idée de souveraineté nationale disparaît pour faire place à la dépendance mutuelle des nations.La souveraineté nationale était indispensable JUIN 1954 quand la société humaine n\u2019était pas encore policée.Chacun se protégeait comme il pouvait et se réservait la pleine liberté de ses décisions.Aujourd\u2019hui, les problèmes doivent se régler par la pacifique coopération des peuples à l\u2019intérieur des institutions juridiques.Plus remarquable encore est sa conception que, dans l\u2019avenir, les individus seront directement soumis au droit international, -et non indirectement par l\u2019entremise des États dont ils sont les ressortissants.Il observe l\u2019évolution de ce développement dans les sentences des tribunaux internationaux, dont il classifie un très grand nombre.Le chapitre sur la Déclaration des droits de l\u2019homme est tout aussi révélateur.Un délit suffisamment grave contre les droits de l\u2019homme, fût-ce d\u2019un seul homme, intéressera l\u2019ensemble des nations, tout comme un assassinat fait l\u2019objet de poursuites non seulement de la part des parents de la victime, mais du peuple tout entier.Cette évolution, bien sûr, ne fait que commencer.M.Jessup en dessine les grandes lignes avec une remarquable intuition, éclairée par une érudition colossale.^Certains délits, comme la piraterie, l\u2019assassinat de chefs d\u2019Êtat, le faux monnayage, la contrebande de stupéfiants, etc., pourront être poursuivis en droit international.Un paragraphe intéressant, j\u2019avais presque mis sensationnel, traite de guerres civiles et de révolutions (pp.184-187).Sa répugnance pour les idées transcendantales se révèle également dans sa doctrine sur la reconnaissance des États et des gouvernements, des insurgés et des belligérants (ch.m).C\u2019est aux peuples intéressés qu\u2019il appartient de décider quel genre de gouvernement ils veulent.Une fois que celui-ci s\u2019est installé de façon stable, il existe.Ce n\u2019est pas aux gouvernements étrangers d\u2019imposer une réforme constitutionnelle avant de reconnaître un État ou un gouvernement.Ce chapitre, comme d\u2019ailleurs tout l\u2019ouvrage, est plein de remarques plus ingénieuses les unes que les autres; mais l\u2019étude en sera plus utilement poursuivie par des juristes de profession.Seulement, \u2014 et c\u2019est là que la faiblesse de ce « droit » purement empirique saute aux yeux, \u2014 il faudrait que tout le monde soit d\u2019accord pour en accepter les grandes lignes.En ne mettant pas ses lecteurs au courant du fait que le monde soviétique a une doctrine juridique différente, et qu\u2019il dispose de forces offensives et défensives, militaires, diplomatiques et révolutionnaires suffisantes pour en imposer, au moins dans une large mesure, la mise en pratique, M.Jessup a commis une incroyable imprudence.On a vu plus haut que la doctrine soviétique officielle sur la souveraineté est aux antipodes de celle de M.Jessup.Par conséquent, il en est de même de ses applications sur la paix et la guerre, la révolution, les colonies, la libération sociale et nationale des peuples, l\u2019impérialisme, etc.A diviser les problèmes en supprimant le lien doctrinal ou juridique qui les relie, on risque d\u2019abandonner successivement des positions essentielles en faveur d\u2019un adversaire qui, lui, ne lâche rien.La thèse de M.Jessup sur la reconnaissance diplomatique des États et gouvernements favorise, à l\u2019heure présente, les revendications soviétiques au sujet de la Chine rouge.Pourquoi les communistes et leurs amis n\u2019insisteraient-ils pas pour obtenir satisfaction^ immédiate à ce sujet ?Un des plus éminents juristes des États-Unis, qui exerça jusqu\u2019à une date toute récente les fonctions & ambassador at large, se prononce en leur faveur! Au contraire, les protestations au sujet de la violation systématique des droits de l\u2019homme partout où les régimes communistes se sont installés seront étouffées par des platitudes ou remises aux calendes grecques.A mesure que le bloc communiste deviendra plus puissant aux Nations Unies, grâce à des concessions sottement faites l\u2019une après l\u2019autre, les clameurs des opprimés se perdront de plus 177 en plus inutilement dans les déserts sibériens.Que restera-t-il des droits de l\u2019homme?Quant aux droits de Dieu, ils sont le dernier souci de la nouvelle école.La pensée de M.Jessup sur la souveraineté et les droits de l\u2019homme s\u2019oppose directement à l\u2019idéal communiste; elle le rejoint par la négation de toute transcendance.C\u2019est pourquoi, dans le domaine des réalités concrètes, l\u2019écart a tellement diminué qu\u2019on a soulevé de graves doutes sur la loyauté du professeur américain devant les comités d\u2019enquête du Sénat de son pays.De plus, il ignore tout de l\u2019œuvre théorique et pratique des papes en matière de droit international.Il ne sait pas que la souveraineté du Saint-Siège est reconnue par plus de quarante États.Il n\u2019a pas appris que la Cité du Vatican, neutre, souveraine et politiquement indépendante de l\u2019Italie, hébergea une mission américaine pendant que l\u2019Italie était en guerre avec les États-Unis.L\u2019unique référence au Saint-Siège se trouve à la page 22 de son ouvrage, et il faut la citer telle quelle de peur qu\u2019une traduction n\u2019en fausse le sens et surtout les méprisants sous-entendus: In traditional international law there has been debate about the statute of the Holy See, the great chartered companies of an earlier period, various « semi-independent » political entities and international organizations.C\u2019est tout! Il en sait plus long sur l\u2019East India Company, les Indiens Cayuga et l\u2019Institut international de Réfrigération que sur le Vatican.C\u2019est lamentable, mais ça donne une meilleure idée que tout commentaire de ce que M.Jessup entend par A Modem Law of Nations.Granby, 10 mai 1954.Joseph-H.Ledit.LES LIVRES RELIGION A.RlAUD, C.S.Sp.: L\u2019Action du Saint Esprit dans nos âmes.\u2014 Paris, Archiconfrérie du Saint-Esprit, 1953, 163 pp., 19 cm.T^N SOMME, l\u2019A.ne fait ici que grouper de manière intelli-gente et suggestive les textes scripturaires qui nous permettent de mieux connaître la troisième Personne de la Sainte Trinité, de nous faire une idée exacte de son rôle majeur dans l\u2019Église et de son influence dans chacune de nos âmes par l\u2019effusion de ses dons et la production de ses fruits.Pour remédier à l\u2019instinctivisme naturaliste qui contamine la pensée, l\u2019art et les mœurs de notre temps, a-t-on réfléchi à l\u2019actualité des dons du Saint Esprit, que l\u2019A.appelle justement des instincts surnaturels?Opportunément aussi, l\u2019A.insiste sur l\u2019humilité requise pour recevoir l\u2019abondance des dons spirituels et cite souvent l\u2019exemple de la petite Thérèse pour illustrer son propos.Aux chrétiens qu\u2019attire de plus en plus une dévotion stimulante par sa seule richesse dogmatique, cet opuscule plaira sûrement.Marie-Joseph d\u2019Anjou.Édouard Leen, C.S.Sp.: La Pentecôte continue.Le Saint Esprit et son œuvre dans les âmes.Traduit de l\u2019anglais par le P.J.Péghaire, C.S.Sp.\u2014 Montréal, Fides, 1952, 305 pp., 23 cm.Te MALAISE de notre monde vient de ce que, plongé dans le matérialisme, il aspire confusément au spirituel.Affronté par l\u2019athéisme militant, le chrétien ne peut plus vivre ou connaître sa foi à moitié.Il lui faut prendre pleinement conscience des richesses de l\u2019Évangile et de sa doctrine centrée sur la primauté de Dieu et de son amour.Mais comment y arriver si l\u2019on ignore le Saint Esprit ?Il est la troisième Personne de la Sainte Trinité, l\u2019Amour subsistant du Père et du Fils.Sans lui, impossible de comprendre la bienveillance du Père pour ses enfants, l\u2019Incarnation du Fils et la Rédemption, la grâce qui nous divinise.C\u2019est lui qui, lien de la charité, source de la vie, hôte de l\u2019âme, nous sanctifie, nous divinise.C\u2019est par lui que s\u2019opère et s\u2019accroît notre union au Christ rédempteur.De lui viennent les dons, les béatitudes et toutes les vertus.Mais lisez l\u2019ouvrage auquel ce froid schéma ne rend pas justice.Car l\u2019A.a le singulier mérite de nous offrir une œuvre qui réalise un heureux équilibre entre la théologie savante et la chaude spiritualité.S\u2019adressant au catholique de culture moyenne, non au théologien spécialisé, il n\u2019en utilise pas moins avec abondance et souplesse les textes de l\u2019Écriture, de saint Thomas, voire d\u2019Aristote; mais son commentaire, débordant de foi, de sagesse, de sain réalisme et d\u2019humour, est d\u2019un homme qui a dépassé la surface des mots pour pénétrer au cœur de la vie.On se trouve en présence d\u2019une œuvre de contemplation intellectuelle, appuyée sur le témoignage d\u2019une expérience religieuse qui lui confère sa force et son attrait.Méditez ce beau livre: vous ne regretterez pas un effort qui vous aidera à vous approcher de Dieu et à l\u2019aimer.Jean-Paul Labelle.Collège Jean-de-Brébeuf, Montréal.178 Lucien Teyssier, S.C.J.: Lumière trinitaire.\u2014 Montréal, Éditions Trinitas, 1953, 117 pp., 19 cm.TES ÉDITIONS TRINITAS continuent à publier, en volumes luxueux et attrayants, les méditations trinitaires de M.l\u2019abbé Teyssier.Après Message trinitaire (1952), voici Lumière trinitaire.Suivront Amour trinitiare, puis la Messe et la Sainte Trinité.Pour remédier à l\u2019ignorance de trop de chrétiens, qui semblent ne connaître que la seconde Personne de la Trinité et ne voir en elle que l\u2019humanité, l\u2019A.présente brièvement les grands témoins bibliques de la révélation trinitaire, ses adversaires hérétiques et ses champions; il consacre les dernières pages à la médiation de Jésus et de Marie.Ainsi est mis à la portée de tous un peu des richesses insondables du dogme central de notre religion.Fernand Bédard.UImmaculée-Conception, Montréal.Mgr Ronald Knox: Richesses de PAncien Testament.\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1953, 187 pp., 20.5 cm.MGR KNOX écrit pour toute l\u2019Angleterre.Il a abordé avec un bonheur égal les genres les plus divers.Récemment, il traduisit en anglais moderne l\u2019Ancien et le Nouveau Testament.Ce travail, qui lui avait été confié par les évêques de son pays, lui donna une connaissance incomparable des Livres saints.L\u2019ouvrage présent contient une retraite sacerdotale de dix-huit méditations.Mgr Knox s\u2019inspire de l\u2019Ancien Testament; mais en projetant les récits bibliques dans la vie quotidienne du prêtre à travers la plénitude du Nouveau Testament, il réussit quelque chose d\u2019entièrement neuf, d\u2019une extraordinaire et profonde simplicité.Il eût été difficile de choisir un meilleur moyen pour entrer dans l\u2019âme des prêtres que la pensée directe de l\u2019Esprit Saint, présentée dans cette lumière d\u2019aube si caractéristique de l\u2019Ancien Testament.Beau livre, dont on se servira l\u2019été prochain.Joseph-H.Ledit.Karl Stern: Le Buisson ardent.Traduit de l\u2019anglais par Gil-berte Sollacaro.\u2014 Paris, Editions du Seuil, 1953, 334 pp., 18.5 cm.1\u2019OUVRAGE qui valut à son auteur, sous le titre de Pillar of ' Fire (voir Relations, juin 1951, p.166), le Prix Christopher de 1951 est devenu le Buisson ardent, dans une traduction française qui, pour excellente qu\u2019elle soit, ne parvient pas à rendre ce ton de confidence et cette pureté de style qui étaient une des joies de l\u2019original.Le Buisson ardent raconte l\u2019itinéraire spirituel d\u2019un Juif allemand, psychiatre passionné, forcé à rentrer en lui-même par la barbarie de nos temps et à se poser le problème de la dignité de l\u2019homme.C\u2019est un des tout premiers livres de la littérature des convertis.Il faudrait le lire avant que l\u2019Europe ne nous le fasse connaître.C\u2019est, en effet, à Montréal que l\u2019enfant juif qui visitait les belles crèches d\u2019un village de Bavière et regardait passer la procession de la Fête-Dieu derrière les rideaux baissés accepte l\u2019incarnation du Fils de Dieu pour être fidèle à RELATIONS la foi de ses ancêtres, comme il l\u2019explique dans une lettre à son frère qui clôt le livre et le couronne magnifiquement.Luigi d\u2019Apollonia.MORALE ET EDUCATION Dr M.Dugast ROUILLÉ: Catholicisme et Sexualité.\u2014 Paris, Éditions du Levain, 1953, 286 pp., 22.5 cm.CET OUVRAGE offre un triple intérêt au lecteur sérieux en quête de documents et de solutions aux problèmes parfois compliqués de la sexologie.D\u2019abord, il renferme un traité assez complet des principes et des applications de la morale conjugale; ensuite il met en pleine lumière les enseignements pontificaux, principalement ceux de Pie XI et de Pie XII, dans ce domaine; enfin, il réfute les fausses doctrines et repousse les injustes attaques de certaines sectes protestantes à propos des lois immuables du mariage chrétien et des récentes déclarations de Pie XII (29 oct.et 28 nov.1951).Le liront avec intérêt les époux un peu initiés déjà au vocabulaire médical et théologique; s\u2019y référeront aussi les directeurs d\u2019âmes, qui goûteront sans doute la forme apologétique et l\u2019élan apostolique que l\u2019A.donne à l\u2019exposé et à la défense des principes de la morale catholique.Livre cependant qui appelle discussion, exigerait maintes nuances et gagnerait à être mieux écrit.L\u2019A.cite souvent et même utilise abondamment (ch.vm, « Activité sexuelle et formation religieuse ») le premier « rapport » Kinsey (sur le comportement sexuel de l\u2019homme américain).On ne conteste pas l\u2019exactitude de certaines affirmations contenues dans ce rapport.Mais l\u2019enquête qui l\u2019a précédé fut faite sans garanties suffisantes concernant la franchise des sujets interrogés.Naïveté, par conséquent, que de présenter ou d\u2019accepter comme probantes des conclusions fondées sur des données insuffisantes ou douteuses.L\u2019expérience nous a depuis longtemps appris qu\u2019en direction strictement spirituelle, même dans les circonstances les plus favorables, il est extrêmement difficile d\u2019obtenir la vérité en matière sexuelle; M.Kinsey, lui, aurait obtenu toute la vérité du premier coup! Naïveté surtout que de paraître « découvrir » les tendances sexuelles du peuple américain: avant M.Kinsey, il y avait le péché originel.Il nous plaît de penser que l\u2019A.a trouvé dans le rapport Kinsey non pas le fondement de ses conclusions personnelles, mais de simples constatations particulières d\u2019un fait universel.Wilfrid Girouard.Maison Bellarmin.Institut des Hautes Études familiales: Morale sexuelle et Difficultés contemporaines.\u2014 Paris, Éditions familiales de France, 1953, 486 pp., 22.5 cm.TNÉVITABLE, le problème sexuel.Chacun doit le résoudre pour soi, conformément à son vrai bien.Tâche impossible sans une éducation qui soit plus qu\u2019une instruction et qui, respectant le caractère sacré de la fonction procréatrice, s\u2019adapte à l\u2019évolution de l\u2019affectivité.Effarant, hélas! le gâchis dans ce domaine; les « difficultés contemporaines » l\u2019aggravent jusqu\u2019au désastre.Parents et maîtres, prêtres, médecins et conseillers psychologiques ont donc besoin de mieux connaître la « morale sexuelle » (tout à fait humaine seulement si elle est chrétienne) et dans ses principes directeurs et dans ses conditionnements psycho-physiologiques.Pour eux, cette somme rédigée par des compétences: le R.P.de Lestapis, S.J., les abbés Grevillot, Oraison, Rolland et Viollet, les docteurs Arthus, Merle et Nodet, MM.Barbeau, Folliet et Venaissin, Mlle Durand et quelques autres.Ouvrage éclairant et sûr, pourvu qu\u2019on achève par le recours à l\u2019autorité du théologien ce qui demeure incomplet chez les autres.D\u2019excellents médecins catholiques répugnent à intégrer dans une vue théologique (celle que tout chrétien cultivé doit posséder) leur science, imparfaite comme telle en une matière de soi morale et sacrée.Or, ici (l\u2019activité sexuelle), le médecin doit référer le biologique et le psychique au moral, dans la pratique comme dans la théorie.En thérapie concrète, le psychologue n\u2019a pas toujours à « enseigner »; souvent même, comme le prêtre d\u2019ailleurs, malgré le mal qui prolifère, il lui faut attendre l\u2019heure propice au conseil.Mais cette attitude expectante ne justifie pas le théoricien qui paraît séparer le bio-psychique du moral, encore moins celui qui minimise, même au point de vue psychologique, «aw* Vichy ^OrriElî Huit adultes sur dix ont un foie fatigué, encombré, donc déficient.Va-t-il falloir comme tant d'autres vous astreindre à un régime \"triste''?RAREMENT nécessaire, si vous prenez la régulière précaution et si agréable de votre VICHY CELESTINS quotidien.Son aotion bien connue et sea propriétés diurétiques contribuent a stimuler les multiples fonctions du foie et des reins et exercent un effet des plus salutaires sur le système digestif en général.fàe i&e* CE LESTONS EAU MINÉRAL! NATURELLE PROPRIÉTÉ DE L'ÉTAT FRANÇAIS RECOMMANDÉE PAR LE CORPS MÉDICAL DANS LE MONDE ENTIER Méfiez-vous des imitations!!! Exigez « CÉLESTINS 1 Importateurs: HERDT » CHARTON INC., Montréal \u2019( « t/ »' JUIN 1954 179 COLLÈGE DU SACRÉ-COEUR VICTORIA VILLE, P.Q.Affilié à l'Université Laval \u2022 Cours classique (latin-sciences) conduisant au baccalauréat ès arts et donnant accès à toutes les facultés universitaires.Le cours dure 7 ou 8 ans, suivant la préparation du candidat.Examens d\u2019entrée au cours classique \u2014\tTous les dimanches de juillet et d\u2019août, à 2 heures.\u2014\tSéance spéciale le 4e lundi de juin.\u2014\tPeuvent se présenter les élèves qui ont terminé la 6e (forte), la 7e, la 8e ou la 9e année.\u2014\tLes frais d\u2019examens sont de UN dollar payable immédiatement avant l\u2019examen.Tout le matériel est fourni par le Collège.Bourses de 100 dollars Le 4e lundi de juin (le 28), à 10 heures, du matin, se tient une séance spéciale d\u2019examen d\u2019entrée en classes d\u2019Eléments et de Syntaxe spéciale.Les sept élèves qui se classeront les premiers recevront des bourses de 100 dollars, s\u2019ils n\u2019ont pas encore 14 ans le jour de l\u2019examen.Cinq de ces bourses sont offertes par la Cie Gâteaux Vachon, de Sainte-Marie de Beauce, dont l\u2019un des directeurs, M.Paul Vachon, est un ancien du Collège.Une autre est fournie par L\u2019Union des Cantons de l\u2019Est.Aussi: Cours secondaire moderne, recevant les élèves après la 10e année.Cours commercial, recevant les élèves après la 9° année.DEMANDEZ LE PROSPECTUS Téléphone: 3901.\tLe Préfet des études.UNIVERSITÉ D\u2019OTTAWA FACULTÉ DE DROIT (préparant aux examens du Barreau de la province de Québec) \u2022 FACULTÉ DES SCIENCES (Cours complet de génie chimique) \u2022 S'adresser au Secrétaire général, Université d\u2019Ottawa, Ottawa, Ont.L\u2019ÉCOLE DE FORMATION SOCIALE aura lieu, cette année, du 17 au 22 juillet, à la Villa Saint-Jean-de-la-Lande, Saint-Jean, Qué.Le sujet : Aon tôle y AeA devoixA S\u2019adresser à Un feuillet, exposant la méthode adoptée et donnant des renseignements
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.