Relations, 1 juillet 1954, Juillet
[" de l\u2019Église et théologie laîq MH ÉDITORIAL Qu\u2019est-ce que l\u2019urbanisme ?Jean CIMON notre TV trouve sa voie Émile GERVAIS Positions du français dans l\u2019Ouest canadien Richard ARÈS Albert PLANTE Jean-Paul LABELLE Joseph-H.LEDIT Robert-J.BALLON Saint Pie X Musique d orgue ¦ Horizon international ¦ Limitation des naissances au ,,-rl\t \tJuillet 1954 V ÿf\tËJ Qt\tMONTREAL \tW9ÊÈÊÊÈÈÊm^ Jnp IP\"\tWÈÊÊf Mm \" ^Slt ^IJP \"limp' 1° 163\t25* SOMMAIRE JUILLET 1954 Éditoriaux.185 Magistère de l\u2019Église et « théologie laïque ».\u2014 La salle de concert de Montréal.Articles POUR QUE NOTRE TV TROUVE SA VOIE.Émile Gervais 186 AVORTEMENT ET LIMITATION DES NAISSANCES AU JAPON .Robert-J.Ballon 189 POSITIONS DU FRANÇAIS DANS L\u2019OUEST CANADIEN.Richard Arès 191 LA GASPÉSIE DE LA MER .Alexandre Dugré 195 Commentaires.198 L\u2019éducation au Canada anglais.\u2014 Prière de Pie XII à saint Pie X.\u2014 L\u2019esprit de l\u2019enseignement qu\u2019il faut pour tous.\u2014 Suffisance dans le désordre.Au fil du mois.200 Les enseignements du Pape.\u2014 Une encyclique sur la virginité.\u2014 Journalisme distrait.\u2014 Abitibi-Chibougamau.\u2014 Jour du Canada, Articles SAINT PIE X.Albert Plante 201 QU\u2019EST-CE QUE L\u2019URBANISME?.Jean Cimon 203 MUSIQUE D\u2019ORGUE.Jean-Paul Labelle 206 HORIZON INTERNATIONAL .Joseph-H.Ledit 206 « Relations : Si nous avons au frontispice épelé ce nom sans article, épithète ou déterminatif, c'est désir de mieux exprimer l'ampleur de notre dessein : contribuer à l'équilibre de justice et de charité entre les divers éléments de la société, tant familiale et économique que politique et internationale.« Analyser les courants et les contre-courants de l'opinion mondiale, en autant qu'ils intéressent le Canada et le Canada français, poser les problèmes que comportent les relations des hommes, et les résoudre en s'inspirant de la doctrine authentique de l\u2019Église et de l'esprit chrétien, orienter dans un sens catholique et donc humain l\u2019action sociale de ses amis pour que la « paix, cette œuvre de justice » (devise de Pie XII) nous soit donnée, voilà le service que voudrait rendre Relations.» (Relations, n° 1, janvier 1941.) Les livres.208 Le Rôle du laïc at dans l\u2019Église.Richa^ Arès Maurice Froment.Paul-Émile Racicot Faux Prophètes et Sectes j d\u2019aujourd\u2019hui\tf.Alexandre Dugré Témoignages 1945-1946 J La Fraternité catholique des malades .Paul Bélanger La Paix intérieure des nations 1 Le Corps humain\t[ .Richard Arès Industrialism and the Popes J De la vieille à la nouvelle 1 Europe\ti.Joseph-H.Ledit La Russie après Staline j Attitudes collectives et Rela- ) lions humaines\ti .Émile BOUVIER Problèmes humains du travail ) Dostoïevski « le coupable ».Marcel Grand\u2019Maison Don Camillo et Peppone.Richard Arès Cet homme qui vous aimait.Wilfrid Gariépy Celui qui cherchait le soleil.Albert Brossard Qui donc a tué?.Paul Fortin Quand les ventres parlent.Jacques Bésineau La Chasse royale.Maurice Ruest The Pedlars from Quebec.Richard Arès Province de Québec.M.-J.d\u2019Anjou Ceux qui nous servent.Chrysologue Allaire RELATIONS REVUE DU MOIS publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus Directeur : Albert Plante Rédacteurs : Joseph-P.Archambault, Joseph-H.Ledit, Alexandre Dugré, Émile Gervais, Luigi d\u2019Apollonia, Richard Arès, Léon Lebel.Secrétaire de la rédaction : Marie-Joseph d\u2019Anjou Administrateur : Arthur Riendeau Prix de l\u2019abonnement :\tA l\u2019étranger : $3.50 $3.00 par année\tPour les étudiants : $2.50 8100, BOUL.SAINT-LAURENT, MONTRÉAL-11, CANADA Tel.: VEndôme 2541 Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe.Ministère des Postes, Ottawa. XIVe année, N° 163 Montréal Juillet 1954 EDITORIAUX yUagiâtèxe de l\u2019Cgliâe et «théologie laïque» TE FLEURON le plus beau du pontificat de Pie X, ' c\u2019est d\u2019avoir donné « le bon Dieu aux petits » et rendu accessible aux chrétiens la communion fréquente et quotidienne.Une autre œuvre lui coûta plus de labeurs: la codification des lois de l\u2019Église, que des légistes ont célébrée comme « l\u2019effort législatif le plus gigantesque.depuis Justinien ».On peut cependant affirmer que l\u2019œuvre la plus urgente et, en un sens, la plus éclatante de Pie X fut sa lutte contre le modernisme; il y déploya, en plénitude, l\u2019autorité suprême dont il avait été investi presque malgré lui.Or, cette lutte n\u2019est pas terminée; le mal est tenace.Ce n\u2019est pas par hasard que le Saint Père, dans son discours aux cardinaux et aux évêques venus à Rome pour la canonisation, rapprocha l\u2019encyclique Pascendi (8 sept.1907) de l\u2019encyclique Humani generis (12 août 1950).Il serait long de montrer \u2014 mais ce n\u2019est pas notre dessein \u2014 que les philosophies idéaliste, positiviste, évolutionniste (Kant, Comte, Hegel) ont enfanté le protestantisme libéral, dont le virus empoisonnait le mouvement moderniste, et que ces mêmes courants de pensée continuent d\u2019agir sur les esprits et se retrouvent, à doses diverses, dans le « faux irénisme », la « théologie nouvelle », la « morale nouvelle », toutes doctrines ou tendances condamnées par Pie XII.Cette fois, le Saint Père dénonce la « théologie laïque ».Il ne reproche pas aux laïcs de s\u2019adonner à l\u2019étude de la théologie et des sciences ecclésiastiques.Le divorce qui s\u2019est consommé dans les universités entre la foi et la science constitue la grande tragédie des temps modernes.Motivée par la liberté qui lui revient, dans son domaine spécifique, de se gouverner strictement d\u2019après ses lois propres, la science a étendu son autonomie de méthode et d\u2019objet jusqu\u2019à s\u2019affranchir totalement des dogmes et de la morale et, par suite, jusqu\u2019à exclure les lumières surnaturelles non seulement de la vie privée, mais surtout de la vie économique, sociale et politique.Comment l\u2019Église ne verrait-elle pas avec joie l\u2019unité et la paix \u2014 conditions de vie \u2014 se refaire ?L\u2019Église toutefois ne saurait oublier qu\u2019elle est la gardienne de la foi et de la morale et que la grande et lente œuvre de réconciliation ne pourra s\u2019accomplir que sous son magistère.« Sans doute, dit Pie XII, l\u2019Église aime et encourage au plus haut point l\u2019étude et les progrès des sciences humaines.Cependant, les questions de religion et de morale, les vérités qui transcendent absolument l\u2019ordre sensible relèvent uniquement de l\u2019office et de l\u2019autorité de l\u2019Église.Quant aux laïcs, il est clair que les maîtres légitimes peuvent les appeler, hommes et femmes, comme auxiliaires dans la défense de la foi.Mais il faut que ces laïcs soient et demeurent sous l\u2019autorité, la conduite et la vigilance de ceux qui ont été établis, par institution divine, maîtres dans l\u2019Église du Christ.» Un sourd travail de désaffection à l\u2019égard de la hiérarchie se poursuit dans nos milieux cultivés, soit au nom d\u2019un apostolat plus dynamique, soit au nom d\u2019une adaptation de l\u2019Église aux nécessités contemporaines, voire au mouvement de l\u2019histoire, soit au nom d\u2019une division hérétique entre « l\u2019Église de la charité » et « l\u2019Église juridique », mais surtout au nom d\u2019une « émancipation du laïcat », expression déplaisante et par surcroît historiquement inexacte, disait le Saint Père au congrès mondial de l\u2019apostolat des laïcs (14 oct.1951).« Il n\u2019y eut jamais, il n\u2019y a pas, il n\u2019y aura jamais dans l\u2019Église de magistère légitime des laïcs soustrait par Dieu à l\u2019autorité, à la conduite et à la vigilance du magistère sacré.Bien plus: le refus de se soumettre prouve que les laïcs qui agissent et parlent comme Nous venons de le dire ne sont pas conduits par l\u2019esprit de Dieu et du Christ.» Cette vigoureuse mise en garde ne vise pas à restreindre l\u2019élan des laïcs, mais à l\u2019orienter en préservant la pureté de la foi.Elle ne froissera que les fidélités déjà entamées.Elle réjouira les catholiques authentiques, JUILLET 1954 185 ceux qui non seulement obéissent, mais aiment l\u2019obéissance, et qui, tout en discernant comme il se doit le poids respectif de chacun des actes du magistère, ne songeraient jamais à réduire leur soumission à l\u2019Église aux seules définitions solennelles et à ces déclarations de la hiérarchie qui cadrent avec leurs vues et leurs goûts personnels.Se dépouiller de son jugement propre pour comprendre comme l\u2019Église comprend et se revêtir ainsi des pensées et des sentiments du Christ Jésus, telle est l\u2019obéissance à la hiérarchie qui va bien au delà d\u2019une conception purement disciplinaire des prérogatives pontificales.Folie, tyrannie aux yeux du monde; sagesse, liberté aux yeux de la foi.Le chrétien qui ne le comprendrait pas serait un guide peu sûr, fût-il grand écrivain ou grand penseur.Car, au juste, qu\u2019est-ce que le magistère de l\u2019Église ?Qu\u2019il s\u2019appelle Pie X ou Pie XII, qu\u2019il soit fils de noble ou de postillon, le Pape est le vicaire de Jésus-Christ, fils du Dieu vivant, la Voie, la Vérité, la Vie.Il est le premier à obéir au Christ lorsqu\u2019il commande.Voilà le fondement indestructible de l\u2019Église et la vraie raison de notre soumission amoureuse dans la foi.JÇa âalle de concext de ^üontxeal MONTRÉAL aura sa salle de concert un jour.Ladite salle devra servir la communauté montréalaise tout entière, et non l\u2019un ou l\u2019autre des appétits particuliers que l\u2019entreprise peut satisfaire.Or, Montréal est une ville où la grande majorité des citoyens habitent l\u2019est et le nord.Le nord, en outre, connaît depuis une vingtaine d\u2019années un développement qui ne fera que continuer.Pour bien choisir l\u2019emplacement LA TÉLÉVISION de la salle de concert dont Montréal a besoin, on doit tenir compte à la fois de la situation actuelle et du progrès prochain de la métropole.L\u2019idée de construire le centre artistique montréalais dans la partie sud-ouest de la ville semble donc assez peu pratique.Le parc Jeanne-Mance est-il le meilleur endroit ?Nous ne le pensons pas.C\u2019est presque le sud de la ville; c\u2019est déjà l\u2019ouest aussi.La circulation est difficile à l\u2019angle des avenues du Parc et des Pins.Enfin, pourquoi gâcher l\u2019aspect du versant de la montagne en y dressant un gros édifice ?A-t-on songé au parc Jarry, qui s\u2019étend presque au cœur géographique et démographique de la métropole?C\u2019est la propriété de la ville.L\u2019espace y est immense.Il n\u2019a pas, comme la montagne, un cachet de beauté qu\u2019il importerait de conserver.On a commencé d\u2019y exécuter des travaux d\u2019aménagement parmi lesquels figure la construction d\u2019un théâtre.Pourquoi pas aussi la salle tant désirée ?L\u2019accès de ce parc est facile et peut encore s\u2019améliorer par l\u2019ouverture de deux tunnels sous la voie ferrée: l\u2019un à la rue Faillon, l\u2019autre à la rue Jarry.Bientôt, nous l\u2019espérons, le boulevard métropolitain passera tout près.Également à proximité se trouvent une gare de chemin de fer (Jean-Talon) et un terminus d\u2019autobus (rues Casgrain et Jean-Talon), ce qui permettrait aux gens de la périphérie nord de fréquenter aisément notre salle.Enfin, les environs du parc Jarry, au nord et au sud, à l\u2019est et à l\u2019ouest, sont peuplés par des familles de toutes classes et de toutes nationalités.Quel endroit répond mieux à la notion de bien commun, d\u2019intérêt communautaire qui doit commander ici le choix des autorités, puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019un monument ouvert à tous?POUR QUE NOTRE TV TROUVE SA VOIE Émile GERVAIS, S.J.IA TÉLÉVISION chez nous a fait de grands progrès dans les deux courtes années de son existence.Nous sommes heureux de le reconnaître et d\u2019en féliciter Radio-Canada et nos artistes.Son originalité s\u2019affirme déjà de plus d\u2019une façon, même s\u2019il reste des domaines inexplorés (par exemple, le folklore), et même si quelques programmes, intéressants d\u2019ailleurs, imitent de trop près les programmes américains.Anglais et Français de tout le Canada s\u2019attendent à ce que toutes et chacune des émissions du réseau français soient des expressions authentiques de la culture française.Double caractère.\u2014 Pour être soi-même, notre télévision sera d\u2019inspiration canadienne-française.Qu\u2019est-ce à dire?L\u2019impossibilité de se relier à des réseaux 186 étrangers de langue française, la pénurie de matériel tout fait et utilisable chez nous mettent notre industrie de video dans l\u2019heureuse nécessité de tout créer.Les créations de nos auteurs et de nos artistes, sans verser dans un régionalisme étroit et se limiter aux sujets du terroir, devront normalement refléter les idées, les mœurs, les préoccupations, le passé historique et l\u2019idéal du peuple dont nos créateurs sont les fils et les hérauts.Notre télévision sera chrétienne.Et cela va plus loin que les intentions et les professions de foi, même les plus sincères.L\u2019esprit et les directives de l\u2019Église catholique guideront l\u2019inspiration des auteurs et des réalisateurs, dans la création comme dans l\u2019interprétation des œuvres.RELATIONS Famille d'abord.\u2014 Nous avons vu avec plaisir l\u2019Association d\u2019Éducation des Adultes mettre au programme de son récent congrès l\u2019étude de la télévision, facteur d\u2019éducation populaire.Or, ce travail auprès du peuple, bon ou mauvais, c\u2019est au foyer que la télévision l\u2019accomplit.Elle est essentiellement familiale.L\u2019écran est devenu un meuble ordinaire dans les maisons les moins cossues.Ce caractère familial impose des devoirs et aux parents, gardiens du foyer, et aux dirigeants de la télévision.Le caractère familial de la télévision exclut de l\u2019écran toute représentation inadmissible dans un salon respectable et chrétien : vulgarités de cabaret et de boîte de nuit, déshabillés outrageants, danses lascives ou provocantes, scènes de violence, de cambriolage, intrigues où sont bafouées la fidélité conjugale, la sainteté de l\u2019amour et l\u2019autorité des parents.De même, Radio-Canada aurait dû surveiller de plus près le choix des télé-théâtres et des longs métrages, où la famille et le mariage ne sont pas toujours respectés.On aurait pu aussi présenter moins de pièces « noires ».Que l\u2019on continue enfin d\u2019être exigeant pour la modestie vestimentaire des danseurs et des interprètes, ainsi que pour le choix des thèmes de ballet.Sans qu\u2019elle doive moraliser à chaque instant, la TV peut et doit divertir sainement.Qu\u2019elle fasse confiance à l\u2019esprit français qui savoure une bonne farce, même sans allusion sexuelle.Les adolescents.\u2014Autre fait de conséquence: la présence des adolescents devant l\u2019écran.On doit répéter sans se lasser que les parents portent ici de graves responsabilités et ils ont un rôle irremplaçable à remplir.Ceux qui auront eu le courage d\u2019habituer de bonne heure leurs enfants à un régime de vie disciplinée, en leur donnant eux-mêmes l\u2019exemple de la maîtrise de soi, spécialement devant l\u2019écran, n\u2019auront peut-être pas trop de peine à faire honneur à ces responsabilités.La plupart des parents, mous, ignorants ou débordés, ne parviendront jamais à s\u2019imposer une telle discipline.En grand nombre, les adolescents continueront de regarder l\u2019écran à toute heure du jour et du soir.Une solution serait peut-être de diviser les émissions du soir en deux groupes.Dans le premier, au commencement de la soirée, placer les émissions qui peuvent, sans inconvénient d\u2019ordre psychologique ou moral, être vues par les jeunes comme par les adultes.Que ces spectacles intéressent surtout les adultes, peu importe, pourvu qu\u2019ils ne soient aucunement dommageables pour les adolescents normaux.Dans la deuxième catégorie, vers la fin de la soirée, Radio-Canada pourra grouper des programmes toujours irréprochables au point de vue moral et artistique, mais qui ne conviennent qu\u2019aux adultes.Les parents qui laisseraient leurs adolescents devant l\u2019écran à cette heure tardive en porteraient l'entière responsabilité.Cette solution ne règle pas tout le problème.On a bien adopté la distinction entre adultes et adolescents JUILLET 1954 pour les livres, les revues, les films.Mais peut-on le faire quand il s\u2019agit de télévision?Nonobstant les pressions de la réclame, chacun doit faire un acte volontaire pour acheter une revue ou un volume, pour aller voir un film.Au contraire, la télévision pénètre chez vous, s\u2019impose à vous pour ainsi dire.Sa clientèle n\u2019est pas un groupe déterminé, mais la masse, sans aucune distinction.Or si, au point de vue individuel, celle-ci ne dépasse guère le niveau moyen d\u2019un adolescent de treize ou quatorze ans, la situation n\u2019est guère différente au point de vue psychologique et moral; surtout de nos jours, vu l\u2019ignorance des adultes en matière de religion et de morale, vu aussi la corruption, inconsciente parfois, chez plusieurs catholiques qui absorbent avec tant d\u2019insouciance des manières païennes de penser et de vivre, contraires à l\u2019Évangile.Précautions.\u2014 Que faire alors ?Il n\u2019est pas facile de le dire.On devra du moins surveiller de plus près certains points névralgiques.Rappelons qu\u2019ici c\u2019est l\u2019image qui compte, beaucoup plus que les paroles, l\u2019image à la fascination et au pouvoir de suggestion irrésistibles, surtout pour des esprits non formés.Or il est certains domaines où cette influence de l\u2019image peut être particulièrement forte et dangereuse.Avant tout le domaine de l\u2019amour.A ce propos, un psychologue a noté certaines observations qui s\u2019appliquent, toutes porportions gardées, aux éternels adolescents.Nous ne devons jamais oublier que les images, perçues ou simplement rêvées, revêtent pour l\u2019adolescent une particulière importance, indépendamment de la thèse qu\u2019elles sont destinées à illustrer.Comme, d\u2019autre part, la fonction adolescence comporte une certaine dominance de l\u2019instinct encore anarchique de l\u2019amour, toute représentation ayant trait de près ou de loin à ce dernier sera électivement retenue dans la mémoire où elle peut acquérir une force reproductrice considérable.C\u2019est pourquoi il nous semble que, lorsqu\u2019on parle du cinéma ou du roman comme loisir d\u2019adolescent, il faut faire attention que toute image ayant trait à l\u2019amour sera considérée en elle-même indépendamment de la thèse qu\u2019elle illustre, et aura en général bien plus d\u2019importance que cette dernière.Dans ce domaine, le mode de structuration de l\u2019adolescent n\u2019est pas le même que celui de l\u2019adulte, ne l\u2019oublions jamais.Les images y vivent d\u2019une vie propre, et c\u2019est finalement sur les réactions provoquées par elles, beaucoup plus que sur celles qui suivent la thèse intellectuelle générale, que l\u2019éducateur devra juger de la valeur éducative du livre ou de la bande.(P.-A.Rey-Herme, l\u2019Enfant et son devenir, Paris, Téqui, 1951, pp.107-108.) Ne peut-on pas dire la même chose des spectacles de violence et du sentiment d\u2019aversion pour l\u2019autorité, en particulier pour celle des parents ?Serait-ce trop faire confiance au génie créateur de nos auteurs et de nos réalisateurs que de leur demander des œuvres belles, intéressantes, respectueuses de ces exigences morales et psychologiques?D\u2019ailleurs, n\u2019y a-t-il pas une multitude de sujets qui ne posent aucun problème ?Éducation populaire.\u2014 Pour réaliser un tel programme, certaines mesures nous semblent indispensables.D\u2019abord, l\u2019éducation populaire, l\u2019éducation du public, celle des adultes en particulier.On a déjà des 187 écoles de parents, il faudrait une espèce d\u2019école des adultes.Radio-Canada pourrait aider puissamment à cette éducation du public.En organisant, par exemple, des clubs d\u2019écoute qui grouperaient autour de l\u2019appareil plusieurs personnes, plusieurs familles, pour discuter des programmes, réunir leurs impressions et leurs suggestions.Cette éducation du public et sa collaboration active, on devrait l\u2019encourager en sollicitant critiques et suggestions de la part des lecteurs et des auditeurs.Pourquoi ne pas imiter les Anglo-Saxons sur ce point ?On pourrait aussi faire écho aux lettres et observations du public, par exemple, dans la Semaine à Radio-Canada, en y ajoutant les remarques et réponses appropriées.Nous irons plus loin en proposant à Radio-Canada d\u2019offrir des récompenses aux meilleures suggestions, comme on le fait, en certains milieux, pour les nouvelles.A cette éducation du public, tous doivent collaborer.Nous pensons ici aux écoles de parents, aux différents mouvements d\u2019Action catholique et autres groupements qui ont, d\u2019une manière ou d\u2019une autre, l\u2019occasion de former l\u2019esprit et l\u2019opinion du public.C\u2019est une œuvre et une responsabilité de tous, non pas seulement de Radio-Canada.Les réalisateurs.\u2014 En retour, une opinion publique éveillée et tenace aidera Radio-Canada à engager \u2014 condition essentielle à la création d\u2019émissions originales et artistiques \u2014 des réalisateurs nombreux et libres de leur temps.L\u2019idéal serait de confier à chacun un certain nombre d\u2019émissions suivant ses goûts et ses aptitudes particulières, en lui laissant amplement de temps pour les préparer et en l\u2019allégeant de tout souci matériel ou administratif.Il ne serait pas mauvais non plus de laisser aux réalisateurs le temps de respirer entre deux émissions, pour qu\u2019ils puissent lire, méditer, se renseigner, chercher des idées nouvelles.Cela exigera d\u2019augmenter le nombre des réalisateurs, choisis désormais pour leur talent et leur culture et non pour leurs connaissances techniques.Cela exigera surtout des budgets plus généreux.Nous ignorons si l\u2019on accorde au réseau français de télévision des budgets suffisants, comparables à ceux que l\u2019on attribue aux postes du réseau anglais.Le gouvernement fédéral ne devrait pas lésiner là-dessus.Dans les grandes villes, il s\u2019est réservé le monopole des émissions télévisées.Nous nous accordons avec ce Montréalais qui écrivait: « J\u2019ai le droit d\u2019attendre d\u2019un organisme d\u2019État qu\u2019il me donne le bénéfice des taxes que je paye.» {Le Devoir, 13 mai, p.4.) En attendant ces budgets plantureux, ne pourrait-on pratiquer certaines économies et augmenter les fonds disponibles pour le travail de réalisation ?Comités consultatifs.\u2014 Radio-Canada devrait aussi s\u2019entourer des conseils compétents de différentes personnalités spécialement versées dans les diverses sphères de l\u2019activité humaine.Pourquoi ne pas les grouper en plusieurs comités consultatifs qui se réuniraient périodiquement, Une fois par mois par exemple, pour faire la critique des programmes de leur spécialité et présenter leurs suggestions aux autorités et aux réalisateurs ?Ces comités serviraient aussi à stimuler l\u2019opinion publique, dont ils seraient les représentants naturels.Ils pourraient aussi conseiller les autorités de Radio-Canada dans l\u2019appréciation et le choix des suggestions émanées des spectateurs.Les membres de ces comités recevraient une rémunération pour leurs services, rémunération qui ne devrait certainement pas grever le budget de Radio-Canada.Organismes d\u2019auto-critique et de recherche.\u2014 A l\u2019intérieur des cadres de Radio-Canada, nous verrions avec satisfaction l\u2019institution d\u2019organismes d\u2019auto-critique et de recherche.Le premier ferait la censure préliminaire des programmes, au point de vue de l\u2019intérêt, de la valeur artistique et morale.Il établirait la cote de chaque programme en tenant compte autant de leur valeur intrinsèque que de leur popularité de bon aloi.C\u2019est ainsi qu\u2019on verrait au premier rang, à côté de la Famille Ploujfe, le programme 14, rue de Galais, en raison de son excellente interprétation et de la valeur de son texte qui décrit avec tant de vérité notre milieu bourgeois, comme la Famille Ploujfe dépeint la famille ouvrière.Nous constatons avec grande satisfaction dans 14, rue de Galais une haute teneur d\u2019esprit chrétien.D\u2019aucuns ont trouvé nos critiques antérieures sévères et prématurées.N\u2019étaient-elles pas justifiées, vu l\u2019impression produite, au cours des premières émissions, par ce qui semblait alors constituer le fond même du programme?A la télévision, plus qu\u2019à la radio, il est impossible de juger des émissions par leur ensemble.L\u2019impression première d\u2019une émission ne saurait être corrigée par une autre émission donnée une semaine ou plus après.L\u2019auteur est donc forcé de faire de chacune des tranches de son histoire un tout qui sera reçu comme tel par le spectateur et jugé en conséquence.A ce bureau d\u2019auto-critique, nous ajouterions un organisme d\u2019invention.Sans doute, l\u2019idéal serait de faire confiance à des réalisateurs dûment qualifiés, suffisamment libérés et rémunérés.Mais atteindra-t-on jamais cet idéal ?En attendant ces heureux jours, et même après, l\u2019organisme que nous proposons s\u2019emploierait au travail d\u2019invention, à la place et au service des réalisateurs.Ceux-ci auraient alors surtout la tâche de la mise en ondes.Voilà quelques mesures d\u2019ordre général que nous soumettons avec confiance à l\u2019esprit progressif qui a caractérisé jusqu\u2019ici les artisans et les autorités de Radio-Canada.Ces mesures, croyons-nous, peuvent aider notre télévision à trouver sa voie, au profit de la famille canadienne-française et catholique.188 RELATIONS Avortement et limitation artificielle des naissances au Japon Robert-J.BALLON, S.J.TROIS FAITS résument la situation économico-démographique du Japon: a) une population de 86,000,000 d\u2019âmes augmente de plus d\u2019un million chaque année; b) cette population doit vivre sur un territoire réduit, depuis 1945, à moins de la moitié de la France (les deux cinquièmes de la province d\u2019Ontario) ; c) ce territoire est arable dans une proportion de 16% seulement, et les ressources en matières premières sont presque milles.Pour qui connaît l\u2019histoire du Japon et la volonté de travail si caractéristique de son peuple, il est évident que le problème posé par cette situation extrême réclame une solution urgente.Cette solution devra, de quelque manière qu\u2019on l\u2019envisage, commencer par fournir du travail à quelque 800,000 paires de bras supplémentaires qui, chaque année et pour les vingt années à venir, se présenteront sur le marché du travail japonais.S\u2019il est vrai que les mères japonaises ont moins d\u2019enfants qu\u2019il y a trente ans, elles vont, pendant les quinze années à venir, être de plus en plus nombreuses à en avoir: d\u2019ici 1968, le nombre des femmes fertiles doit s\u2019accroître encore de 27%.La population enfantine (de moins de quinze ans), déjà si nombreuse aujourd\u2019hui, n\u2019atteindra son maximum que vers 1965.Il saute aux yeux qu\u2019une solution strictement limitée au plan national est d\u2019avance vouée à l\u2019échec: les ressources nationales ne peuvent déjà suffire aux besoins actuels.De gré ou de force, les incidences internationales seront décisives, soit pour reconnaître au Japon la place qui lui revient dans le monde libre, soit pour le jeter dans les bras du communisme.Déjà, l\u2019émigration, infime élément de solution, est quasiment impossible.Le McCarran Act vient de fixer le quota d\u2019immigration des Japonais aux États-Unis à 184 par année; c\u2019est le nombre de bébés japonais qui naissent en une heure! Le reste du monde, dit libre, ne fait pas beaucoup mieux.Réaliste quant aux sentiments altruistes des nations occidentales et aux possibilités matérielles et psychologiques de l\u2019émigration, le Japon s\u2019est lancé dans une industrialisation à outrance.Mais.les matières premières doivent être achetées à l\u2019étranger, et chacun sait que la prospérité d\u2019une économie industrielle dépend directement de ses marchés internationaux.Et les hommes d\u2019affaires d\u2019Occident de serrer les dents et Le P.Ballon, actuellement au Scolasticat de V Immaculée-Conception, à Montréal, est un Jésuite belge qui a passé trois ans au Japon.En octobre 1952, il présentait à nos lecteurs « Le problème de la population au Japon ».L'article du présent numéro complète le premier.Il nous aidera à comprendre la situation angoissante du Japon et à réfléchir sur nos responsabilités.de croire devoir en revenir à un boycottage des produits japonais.L\u2019effort de réhabilitation et d\u2019expansion de l\u2019industrie est cependant remarquable, comme le prouve l\u2019indice de production: 1934-36 .100 1946.40 1950.85 1953 .148 AVORTEMENT ET LIMITATION ARTIFICIELLE DES NAISSANCES Même ce gigantesque effort d\u2019industrialisation n\u2019est pas capable d\u2019absorber le surcroît constant de la population ni d\u2019assurer un niveau de vie stable à l\u2019ensemble du peuple japonais.On réclama en même temps une action directe sur le nombre des naissances.En 1948, une politique de limitation des naissances fut inaugurée.Même si son effet sur le chiffre de la main-d\u2019œuvre ne sera sensible qu\u2019après une vingtaine d\u2019années, le résultat immédiat devrait être de freiner l\u2019augmentation des bouches à nourrir.Le 29 novembre 1949, la « Commission du Problème de la Population », créée au sein du Cabinet, proposait des recommandations qui peuvent se résumer comme suit.Les problèmes démographiques du Japon, pour le présent et pour la dizaine d\u2019années à venir, sont principalement économiques.Ce n\u2019est pas une baisse du futur taux de natalité qui peut résoudre le problème de la subsistance de ceux qui sont déjà nés.D\u2019autre part, aucune solution à longue échéance des problèmes économiques n\u2019est possible sans une baisse du taux d\u2019accroissement de la population.Il faut donc répandre les pratiques anticonceptionnelles parmi le peuple.Les grands quotidiens, organismes extraordinairement puissants dans la société japonaise, se mirent de la partie et prirent comme premier objectif celui de rendre l\u2019opinion publique favorable au slogan de la famille restreinte.Trop de Japonais considèrent les enfants comme « les trésors de la famille » ! De son côté, le gouvernement crut qu\u2019il ne pouvait rester indifférent.Certaines pressions internationales lui forçaient d\u2019ailleurs la main.De nouvelles lois furent promulguées.En avril 1948, une loi fut votée \u2014 Pharmaceutical Affairs Law \u2014 permettant la vente de produits anticonceptionnels, pourvu qu\u2019ils soient conformes à certaines spécifications.En septembre de la même année, on passa une autre loi,\u2014 Eugenics Protection Law, \u2014 amendée en 1949, qui autorise la stérilisation de certains groupes présumés héréditairement défi- JUILLET 1954 189 dents, et permet l\u2019avortement sur demande adressée par un médecin au Conseil de Protection eugénique du district, dans les cas où la continuation de la grossesse risque de « porter sérieusement atteinte à la santé de la mère pour des raisons physiques ou économiques ».De plus, l\u2019article 20 de la même loi prévoit un système de « consultation sur les questions matrimoniales du point de vue eugénique, ayant pour but en même temps la diffusion et l\u2019enseignement des connaissances nécessaires en matière d\u2019hérédité et autres protections eugéniques, ainsi que la propagation des méthodes convenables d\u2019ajustement de la conception ».En somme, la diète japonaise légalisa l\u2019avortement, même pratiqué pour des raisons économiques, et établit comme une fonction régulière du gouvernement des services d\u2019initiation aux méthodes anticonceptionnelles.Le Dr Okazaki, haut fonctionnaire au ministère du Bien-Être et de la Santé publique, écrivait au sujet de cette loi : En apparence, cette loi vise à empêcher la naissance d\u2019enfants d\u2019hérédité déficiente, et à protéger la vie et la santé des mères; en fait, elle ne sert qu\u2019à légitimer les avortements, dont le nombre augmente d\u2019ailleurs considérablement depuis sa promulgation.EFFETS DE CETTE PROPAGANDE L\u2019avortement était déjà fort répandu dans l\u2019ancien Japon; dans le Japon moderne (1868-1945), si le code pénal prévoyait des peines sévères pour ce délit, les tribunaux, eux, se montraient beaucoup plus faciles.Aujourd\u2019hui, le fait de l\u2019avoir rendu légal risque de balayer les derniers scrupules.Et cela d\u2019autant plus facilement que les frais de l\u2019avortement sont minimes pour ceux qui participent aux bénéfices prévus par le National Insurance Act, le nouveau système de sécurité sociale.De plus, nombreux sont les établissements industriels et commerciaux qui trouvent plus d\u2019avantages à payer les frais d\u2019avortement de leurs employées qu\u2019à payer l\u2019allocation familiale supplémentaire résultant de la naissance d\u2019un enfant.En 1952, le ministère compétent publia un rapport révélant que le nombre des avortements permis par la loi avait passé de 246,104 en 1949 à 638,250 en 1951.Une approximation publiée en septembre 1953 parle de 800,000 avortements légaux pour 1953.Mais il est certain que les avortements faits en dehors de la loi sont bien plus nombreux: le chiffre généralement admis dépasse largement le million pour chacune des deux dernières années.Chaque année voit donc quelque deux millions d\u2019avortement, chiffre à peu près égal au nombre net des naissances.Du point de vue de la santé publique, cette situation est grave.Aussi la loi de 1949 fut-elle amendée en 1952, de façon à permettre aux infirmières et aux assistantes sociales d\u2019indiquer les avantages des pratiques anticonceptionnelles et de fournir des indications sur leur emploi.Cet amendement a pour but de diminuer le nombre des avortements, qui ne peuvent être que préjudiciables à la santé des mères.Il ne semble pas que 1953 ait apporté Y amélioration désirée.En dernière analyse, les moyens anticonceptionnels devaient être la panacée rêvée.Mais ils ne paraissent pas avoir la même cote de faveur que l\u2019avortement.On néglige assez généralement de prendre les précautions requises contre la conception; si elle se produit, l\u2019avortement résoudra le problème.Tel semble bien être le sentiment de la masse; l\u2019élite, par contre, au nom du progrès de la civilisation, s\u2019y oppose plutôt \u2014 sans se faire faute d\u2019y recourir en cas de nécessité \u2014 et favorise à fond les moyens anticonceptionnels.Une enquête menée en 1952 par le grand quotidien Mainichi (cinq millions d\u2019exemplaires par jour) publie, entre autres, les résultats suivants mis en regard de ceux qu\u2019on obtint lors d\u2019une enquête similaire, en 1950.1.\tLe taux de diffusion de l\u2019emploi des moyens anticonceptionnels était en 1950 de 20%, en 1952 de 26.3%.Celui de la connaissance de ces moyens était en 1950 inférieur à 30%, en 1952 supérieur à 40% (avant la guerre, ce dernier taux était de 10%, pendant la guerre de 13%).2.\tParmi les jeunes couples (épouse âgée de vingt-cinq ans ou moins), 25% pratiquent la limitation artificielle depuis le moment du mariage ou depuis avant la naissance du premier enfant; 76.9% la pratiquent depuis la naissance du second enfant.3.\tLe plus important facteur qui empêche la limitation des naissances chez ceux qui devraient en profiter les premiers est l\u2019ignorance et l\u2019indifférence; mais ce qui, en fin de compte, est à l\u2019origine de cette ignorance et indifférence, c\u2019est l\u2019approbation tacite de l\u2019idée traditionnelle des enfants « trésors de la famille ».EN QUOI CELA NOUS REGARDE En Occident, pour excuser, voire préconiser avortement et méthodes anticonceptionnelles, on invoque la nécessité d\u2019accéder aux valeurs supérieures de la civilisation.Au fond, cela revient presque toujours à l\u2019hédonisme le plus cru.Au Japon, les raisons invoquées sont de l\u2019ordre primaire de la subsistance et d\u2019un emploi minimum de la main-d\u2019œuvre.Un ami japonais, païen encore, écrivait en réponse à un exposé de la doctrine catholique: Le Japon est déjà surpeuplé, et sa population augmente toujours rapidement.Aussi cet accroissement doit être arrêté maintenant, avant qu\u2019il ne soit trop tard.Ce qui m\u2019effraie, c\u2019est le fait que la surpopulation conduit à des éventualités désastreuses, comme la révolution et la guerre.Quand révolution et guerre se produisent, les hommes doivent se tuer les uns les autres.Ceci est pire que de tuer des bébés avant qu\u2019ils ne soient nés.Telle est donc l\u2019ambiance dans laquelle les milieux influents japonais réclament du peuple une plus grande maturité sociale, \u2014 pour citer leurs propres mots, \u2014 qui lui fera prendre conscience de « la nécessité d\u2019un ajustement de la population ».Que dit l\u2019Église?Le Saint Père l\u2019affirmait encore dernièrement: c\u2019est l\u2019Auteur de la nature qui commande le respect de la vie et des normes naturelles de l\u2019acte 190 RELATIONS procréateur (voir Relations, mai, juillet et août 1952).Ce n\u2019est donc pas l\u2019Église qui l\u2019impose.Tout ce que fait \u2014 et doit faire \u2014 l\u2019Église, c\u2019est de prêcher à tous les hommes, et pas seulement aux catholiques, l\u2019observance de cette loi du Créateur.Aussi, même au Japon, la hiérarchie catholique ne peut se soustraire à cette mission d\u2019enseignement.Elle réclame de chacun, païen ou catholique, l\u2019obéissance au Créateur, une obéissance héroïque dans les circonstances présentes.Quant à nous, catholiques d\u2019Occident, malheur à nous si nos cœurs répètent la parole de Caïn: « Suis-je le gardien de mon frère?» Songeant aux masses humaines de l\u2019Asie, si exposées au communisme à cause de leur misère, les évêques australiens écrivaient en 1951 : Probablement la vérité la moins agréable de toutes est qu\u2019il n\u2019y a pas de principe de justice naturelle qui affirme que les Australiens ont moralement droit aux récents et hauts niveaux de consommation alimentaire, quand les membres d\u2019autres nations sont sous-alimentés et, en bien des cas, victimes de périodiques famines et épidémies.Le peuple australien doit comprendre que la vie ou la mort de son pays est partie intégrante de la vie ou de la mort de millions d\u2019Asiatiques.Nous savons à quel point le problème démographique japonais est fonction des déficiences de notre ordre international.Mais aucun catholique ne peut, en conscience, se faire complice d\u2019un état de choses qui rend impossible ou même héroïque l\u2019accomplissement de la volonté du Créateur.« Les affaires sont les affaires », dira-t-on sans doute; car on sent bien qu\u2019une meilleure organisation économique dans le monde apporterait un immense soulagement à ce tragique problème humain.Les affaires ne sont pas un ordre en soi, indépendant de toute considération sociale ou religieuse.Aussi, pour nous catholiques, ce qui nous lie au Japon et à tous les peuples de la terre, ce n\u2019est pas seulement un devoir de justice internationale, encore moins l\u2019obligation de « faire l\u2019aumône » à plus déshérité.Bien que ces deux obligations graves passent avant le profit de nos relations commerciales, il y a plus impérieux encore: l\u2019unité du monde dans la charité du Christ.Ainsi seulement grandira et se fortifiera entre toutes les nations le rapprochement, et s\u2019effectuera enfin le rassemblement en vue de la plénitude du peuple de Dieu dans l\u2019unité de son amour.\u2014¦\t\u2022 DOCUMENTAIRE POSITIONS DU FRANÇAIS DANS L'OUEST CANADIEN 9 Richard ARÈS, S.J.DANS LES QUATRE PROVINCES de l\u2019Ouest, les Canadiens d\u2019origine française, un peu plus nombreux que dans le seul Nouveau-Brunswick (197,631), mais la moitié moins que dans le seul Ontario (477,677), étaient, en 1951, au nombre de 216,054, formant environ 6% de l\u2019ensemble de la population, chiffres qui laissent déjà présager des difficultés quant au maintien du français dans cet immense territoire.V.\u2014 LE MANITOBA En 1951, le Manitoba comptait 776,541 habitants, dont 362,550 d\u2019origine britannique, soit 49.7%, et 66,020 d\u2019origine française, soit 8.5%.Tableau 52 POSITION DES LANGUES OFFICIELLES Langues parlées Anglais seulement.685,914\t88.3% Français seulement.7,869\t1.1 Anglais et français.58,441\t7.5 Ni anglais ni français.24,317\t3.1 La langue anglaise est donc parlée par 95.8% de la population; le français l\u2019est par 8.6% seulement.Il y a à noter, car c\u2019est un fait unique en dehors du Québec, que le nombre des personnes qui parlent et comprennent le français au Manitoba, soit 66,310, dépasse le nombre des personnes d\u2019origine française, lequel est de 66,020.Autre fait à noter: sur les 685,914 personnes qui ne savent que l\u2019anglais, le recensement nous indique qu\u2019il y en a 13,799 d\u2019origine française.Tableau 53 ORIGINE DES BILINGUES ET POURCENTAGE DE BILINGUES DANS LES DEUX PRINCIPAUX GROUPES ETHNIQUES Toutes origines.58,441\t100 %\t% Française.45,569\t77.9\t69.0 Britannique.6,230\t10.6\t1.7 Autres origines.6,642\t11.4 Encore ici, le groupe français se tient dans les quatre cinquièmes et occupe la première place: il fournit 77.9% des bilingues, et il est lui-même bilingue dans la proportion de 69%; mais les Britanniques ne sont bilingues que dans la faible proportion de 1.7%, et leur contribution au bilinguisme est inférieure à celle des Néo-Canadiens.Tableau 54 POSITION DES LANGUES MATERNELLES Britannique (anglaise)\tFrançaise Origine raciale.\t362,550\t66,020 Langue maternelle\t467,892\t54,199 Surplus:\t105,342 (29.1%) Déficit : 11,821 (17.9%) On retrouve ici une situation analogue à celle des Maritimes : le nombre des personnes de langue maternelle anglaise l\u2019emporte de beaucoup sur celui des individus d\u2019origine britannique; chez le groupe français, c\u2019est le contraire.Au Manitoba, la puissance assimilatrice de l\u2019anglais se chiffre, pourrait-on dire, à 129.1%, tandis que celle du français n\u2019est que de 82.1%, donc pas assez forte pour maintenir ses effectifs.JUILLET 1954 191 Tableau 55 RAPPORT ENTRE L\u2019ORIGINE ET LA LANGUE CHEZ LE GROUPE FRANÇAIS Année\tOrigine franç.Langue franc.Pourcentage 1931.47,039\t42,499\t90.3 1941.52,996\t51,546\t97.5 1951.66,020\t54,199\t82.1 Le rapport entre l\u2019origine et la langue a atteint un sommet en 1941, avec 97.5%; mais il s\u2019est fortement abaissé en 1951.La situation toutefois demeure relativement bonne, bien meilleure que dans les autres provinces de l\u2019Ouest et qu\u2019aux Maritimes, sauf au Nouveau-Brunswick.Reprenons ces mêmes chiffres sous une autre forme.Tableau 56 DIFFÉRENCE ENTRE LA POPULATION D\u2019ORIGINE FRANÇAISE ET LA POPULATION DE LANGUE MATERNELLE FRANÇAISE Année\tNombre\tPourcentage 1931.4,540\t9.7% 1941.1,450\t2.5 1951.11,821\t17.9 La différence entre' les deux populations décroît sensiblement de 1931 à 1941, mais c\u2019est pour augmenter ensuite de plus de 10,000 dans la décennie suivante.Pour comprendre ce phénomène, il faut savoir que, durant la première décennie, l\u2019augmentation selon l\u2019origine avait été de 5,957, et l\u2019augmentation selon la langue, de 9,047; tandis que, de 1941 à 1951, l\u2019augmentation selon l\u2019origine était de 13,024, mais l\u2019augmentation selon la langue, de 2,653 seulement.Même pour les Franco-Manitobains, la période de 1941 à 1951 aura été dure.Tableau 57 SITUATION DU GROUPE FRANÇAIS DANS LA PROVINCE Année D\u2019origine franç.1931.47,039 (6.72%) 1941.52,996 (7.24\t) 1951.66,020 (8.51\t) De langue franc.D\u2019origine et de langue franç.42,499 (6.07%)\t40,468\t(5.78%) 51,546 (7.07 )\t44,903\t(6.15 ) 54,199 (6.98 )\t50,160\t(6.46 ) Si l\u2019on excepte le léger retard dans le pourcentage concernant la langue maternelle en 1951, le groupe maintient et fortifie ses positions sur les deux autres fronts.Le Manitoba est, avec le Nouveau-Brunswick, la seule province où la minorité française enregistre quelque progrès.Malheureusement, les pertes y sont grandes aussi, comme en témoigne le tableau suivant.Tableau 58 LANGUE MATERNELLE DES FRANCO-MANITOBAINS Année\tTotal\tLe français\tL\u2019anglais 1931.47,039\t40,468 (86.0%)\t5,714(12.1%) 1941.52,996\t44,903 (84.8\t)\t7,731 (14.6\t) 1951.66,020\t50,160 (76.0\t)\t14,837 (22.4\t) La tendance est constante: baisse du français, hausse de l\u2019anglais.On notera que, de 1931 à 1951, le français a reculé de 10% et que l\u2019anglais, de son côté, a gagné 10%.Mais le plus grave me semble être le fait que, durant la dernière décennie, le français n\u2019a gagné que 5,257 individus, alors que l\u2019anglais en conquérait 7,106.Le groupe en est donc rendu au point de donner plus à l\u2019anglais qu\u2019au français.Tableau 59 MANITOBAINS D\u2019ORIGINE FRANÇAISE NE SACHANT QUE L\u2019ANGLAIS 1941.6,354 sur 52,996, soit 12.0% 1951.13,799 » 66,020, » 20.9 Augmentation: 7,445\t13,024\t8.9 Ce tableau confirme malheureusement le précédent: de 1941 à 1951, il y a une augmentation de 7,445 dans le nombre des anglicisés au sein du groupe français, soit plus de la moitié de l\u2019augmentation totale.Sur les 66,000 Manitobains d\u2019origine française, il faut en compter plus de 13,000, ou 20%, qui ne valent pas cher pour la cause du français.Tableau 60 BILAN LINGUISTIQUE DES FRANCO-MANITOBAINS EN 1951 D\u2019origine française\t\t.66,020\t100 % Sachant l\u2019anglais\t\t.59,568\t90.2 Sachant le français\t\t.52,129\t78.9 De langue maternelle française.\t.50,160\t76.0 Bilingues\t\t.45,569\t69.0 De langue maternelle anglaise.\t, .14,837\t22.4 Ne sachant que l\u2019anglais\t\t.13,799\t20.9 Ne sachant que le français\t\t.6,560\t9.9 En général, on peut dire que le groupe connaît plus l\u2019anglais que le français, bien que ce dernier occupe une forte position comme langue maternelle.On doit considérer aussi qu\u2019il y a dans la province, d\u2019une part, 54,199 personnes de langue maternelle française et, d\u2019autre part, 66,310 individus qui savent le français, ce qui, comparé à la population d\u2019origine française, donne respectivement les pourcentages encourageants de 82.1 et de 100.4.VI.\u2014 LA SASKATCHEWAN Déjà la situation du français est plus sombre en Saskatchewan.En 1951, sur 831,728 habitants, on en comptait 351,862 d\u2019origine britannique et 51,930 d\u2019origine française, les premiers formant 42.3% de la population, les seconds, 6.24 seulement.Tableau 61 POSITION DES LANGUES OFFICIELLES Langues parlées Anglais seulement.767,248\t92.2% Français seulement.4,656\t0.5 Anglais et français.40,789\t4.9 Ni anglais ni français.19,035\t2.4 Presque toute la population (97.1%) parle et comprend l\u2019anglais, et 5.4% seulement, le français.Le nombre des personnes à savoir le français est de 45,445; comparé aux 51,930 individus d\u2019origine française, ce nombre donne 87.5% (au Manitoba, la proportion était de 100.4%).Au passage, on apprend que, sur les milliers de gens qui ne savent que l\u2019anglais, il y en a 16,394 d\u2019origine française.Tableau 62 ORIGINE DES BILINGUES ET POURCENTAGE DE BILINGUES DANS LES DEUX PRINCIPAUX GROUPES ETHNIQUES Toutes origines.40,789\t100 %\t% Française.31,870\t78.1\t61.4 Britannique.3,680\t9.1\t1.1 Autres origines.5,239\t12.8 Les Britanniques, n\u2019étant bilingues que dans la faible proportion de 1.1%, ne contribuent que pour 9.1% au tota des bilingues dans la province, pourcentage inférieur à la contribution des Néo-Canadiens.Quant au groupe français, bilingue dans la proportion de 61.4%, sa contribution est de 78.1% de l\u2019ensemble.Tableau 63 POSITION DES LANGUES MATRENELLES Britannique\tFrançaise (anglaise) Origine raciale.351,862\t51,930 Langue maternelle.515,873\t36,815 Surplus: 164,011 (46.6%) Déficit: 15,115 (29.1%) La puissance assimilatrice de l\u2019anglais se manifeste dans le fait que le nombre des individus de langue maternelle anglaise dépasse de 164,011 celui des personnes d\u2019origine britannique, ce qui donne un pourcentage de 146.6%, le plus 192 RELATIONS élevé de toutes les provinces canadiennes.Par contre, le français ne peut maintenir ses effectifs; ses pertes se chiffrent à 15,115: déficit de 29.1%.l\u2019augmentation du nombre des anglicisés est trois fois plus grande que l\u2019augmentation totale.Tableau 69 Tableau 64 RAPPORT ENTRE L\u2019ORIGINE ET LA LANGUE CHEZ LE GROUPE FRANÇAIS Année\tOrigine française Langue française\tPourcentage 1931.50,700\t42,283\t83.4% 1941.50,530\t43,728\t86.9 1951.51,930\t36,815\t70.9 La dernière décennie s\u2019avère désastreuse: non seulement n\u2019a pas augmenté le nombre des personnes de langue maternelle française, mais il a diminué de 6,913; et le rapport entre l\u2019origine et la langue est tombé de 86.9 à 70.9, subissant une chute de 16 points.La différence numérique entre l\u2019une et l\u2019autre, qui était de 8,417 en 1931, est montée à 15,115 en 1951.Tableau 65 AUGMENTATION OU DIMINUTION DE LA POPULATION FRANÇAISE BILAN LINGUISTIQUE DES CANADIENS D\u2019ORIGINE FRANÇAISE EN 1951 D\u2019origine française.Sachant l\u2019anglais.Sachant le français.De langue maternelle française Bilingues.De langue maternelle anglaise .Ne sachant que l\u2019anglais.Ne sachant que le français.51,930\t100 % 48,264\t92.9 35,405\t68.1 33,685\t64.9 31,870\t61.4 16,981\t32.7 16,394\t31.5 3,535\t6.8 On peut conclure que près d\u2019un tiers des Canadiens d\u2019origine française est perdu pour la cause du français.Sans doute, d\u2019autres facteurs entrent en jeu pour aider au maintien de cette cause; mais la situation n\u2019en apparaît pas moins critique sur plus d\u2019un point, le principal étant que la population de langue française diminue au lieu d\u2019augmenter.VII.\u2014 l\u2019alberta De 1931 à 1941 De 1941 à 1951 Selon l\u2019origine Selon la langue .- 170\t1,445 .1,400\t-6,913 En 1951, l\u2019Alberta comptait 939,501 habitants; de ce nombre, 451,709, soit 48%, étaient d\u2019origine britannique, et 56,185, soit 5.98%, d\u2019origine française.La situation semble pour le moins instable: dans la première décennie, il y a diminution du nombre des personnes d\u2019origine française, mais augmentation de celui des personnes de langue maternelle française; dans la seconde, c\u2019est le contraire, avec cette différence que le coup est beaucoup plus dur: diminution de 6,913 individus de langue maternelle française.Tableau 70 POSITION DES LANGUES OFFICIELLES Langues parlées Anglais seulement.868,696\t92.4% Français seulement.5,922\t0.6 Anglais et français.40,785\t4.3 Ni anglais ni français.24,098\t2.6 Tableau 66 SITUATION DU GROUPE FRANÇAIS DANS LA PROVINCE Année D\u2019origine française 1931.50,700 (5.50%) 1941______50,530 (5.66\t) 1951.51,930 (6.24\t) De langue française 42,283 (4.59%) 43,788 (4.28 ) 36,815 (4.42\t) D\u2019origine et de langue françaises 39,799 (4.31%) 38,089 (4.25\t) 33,685 (4.05 ) Le groupe français ne compte donc que pour un peu plus de 4% dans l\u2019ensemble de la population de la Saskatchewan, ce qui explique sa faible influence.Il y a recul partout où la langue est en cause, comme le montre le tableau qui suit.Tableau 67 LANGUE MATERNELLE DES CANADIENS D\u2019ORIGINE FRANÇAISE Année\tTotal 1931.50,700 1941_____'.50,530 1951.51,930 Le français 39,799 (78.5%) 38,089 (75.4\t) 33,685 (64.9 ) L\u2019anglais 9,604 (18.9%) 11,827 (23.4\t) 16,981 (32.7\t) Le français est pour ainsi dire en pleine déroute, alors que l\u2019anglais marche de victoire en victoire.Encore ici, le plus navrant, c\u2019est de constater que, durant la dernière décennie, le français a subi une diminution de 4,404, et l\u2019anglais a connu une augmentation de 5,154.Tableau 68 CANADIENS D\u2019ORIGINE FRANÇAISE NE SACHANT QUE L\u2019ANGLAIS 1941.11,845 sur 50,530, soit 23.4% 1951.16,394 » 51,930, » 31.5 L\u2019anglais est donc parlé par 96.7% de la population, et le français par 4.9%.La population qui sait le français, soit 46,707, correspond à 83.1% de la population d\u2019origine française (au Manitoba, ce pourcentage était de 100.4; en Saskatchewan, de 87.5).Disons tout de suite que sur les 56,185 Canadiens d\u2019origine française, il y en a 21,859 qui ont déclaré ne savoir que l\u2019anglais.Tableau 71 ORIGINE DES BILINGUES ET POURCENTAGE DE BILINGUES DANS LES DEUX PRINCIPAUX GROUPES ETHNIQUES Toutes origines.Française.Britannique.Autres origines.40,785\t100 %\t% .29,201\t71.6\t51.9 .6,344\t15.6\t1.4 .5,240\t11.8 La contribution du groupe français au bilinguisme et sa moyenne de bilingues sont ici plus faibles que dans la plupart des autres provinces; par contre, la contribution britannique est ici un peu plus élevée qu\u2019ailleurs.En deux mots, le groupe français fournit 71.6% des bilingues albertains, et il est lui-même bilingue dans la proportion de 51.9%.Tableau 72 POSITION DES LANGUES MATERNELLES Britannique (anglaise)\tFrançaise Origine raciale.451,709\t56,185 Langue maternelle.\t.648,413\t34,196 Surplus : 196,704 (43.3%) Déficit : 21,989 (39.2%) Augmentation:\t4,549\t1,400\t8.1 Ce tableau confirme le précédent.On remarquera la concordance des chiffres: 16,981 dont la langue maternelle est l\u2019anglais, et 16,394 qui ne savent plus que l\u2019anglais; les pourcentages sont respectivement 32.7 et 31.5.De plus, L\u2019anglais a une puissance assimilatrice de 143.3%, se révélant par un surplus de 196,704 assimilés provenant des autres groupes ethniques.Par contre, la vitalité du français n\u2019est que de 60.8%, et ses pertes se montent à 21,989.En pourcentages, le déficit français est presque aussi élevé que le gain britannique: 39.2 contre 43.2.JUILLET 1954 193 Tableau 73 RAPPORT ENTRE L\u2019ORIGINE ET LA LANGUE CHEZ LE GROUPE FRANÇAIS Année\tOrigine française Langue française\tPourcentage 1931.38,377\t28,145\t73.3% 1941.42,979\t31,451\t73.2 1951.56,196\t34,196\t60.8 La situation s\u2019est détériorée durant la dernière décennie, alors que le rapport est tombé de 73.2 à 60.8%.La différence entre l\u2019origine et la langue, qui était de 11,528 en 1941, est montée à 21,989 en 1951, atteignant ainsi 39.2%.Tableau 74 AUGMENTATION DE LA POPULATION FRANÇAISE Selon l\u2019origine\tSelon la langue De 1931 à 1941.4,602\t3,306 De 1941 à 1951.13,217\t2,745 L\u2019augmentation selon la langue est bien faible comparée à l\u2019autre, surtout durant la dernière période; au moins, il y a augmentation, et non pas diminution comme en Saskatchewan.Tableau 75 SITUATION DU GROUPE FRANÇAIS DANS LA PROVINCE Année D\u2019origine française 1931.38,377 (5.25%) 1941.42,979 (5.40\t) 1951.-56,196 (5.98 ) De langue française 28,145 (3.85%) 31,451 (3.95\t) 34,196 (3.64 ) D\u2019origine et de langue françaises 27,022 (3.69%) 29,234 (3.67 ) 31,983 (3.40 ) La population de langue française, n\u2019ayant pas augmenté au même rythme que la population d\u2019origine française et que la population totale, n\u2019occupe plus qu\u2019une fraction réduite dans l\u2019ensemble de la province, c\u2019est-à-dire environ 3tf%.C\u2019est donc près de 40% de perte pour la cause du français.On notera la progression à mesure que l\u2019on va vers l\u2019Ouest: au Manitoba, c\u2019était 20%; en Saskatchewan, un peu plus de 30%; ici, l\u2019on approche de 40%.Comme dans toutes les autres provinces où ils se trouvent en minorité, à l\u2019exception du seul Nouveau-Brunswick, les Canadiens français apprennent plus l\u2019anglais que le français: ici, 90.8% savent l\u2019anglais, et 60.5%, le français.VIII.\u2014 LA COLOMBIE En 1951, la Colombie comptait 1,165,210 habitants, dont 766,189 d\u2019origine britannique, soit 65.7%, et 41,919 d'origine française, soit 3.6%.Tableau 79 POSITION DES LANGUES OFFICIELLES Langues parlées Anglais seulement.1,112,937\t95.5% Français seulement.727\t0.06 Anglais et français.39,433\t3.4 Ni anglais ni français.12,113\t1.0 L\u2019on se trouve, ici comme à Terre-Neuve, à l\u2019autre extrémité du Canada, en plein royaume de l\u2019anglais, lequel est parlé par 98.9% de la population, alors que le français l\u2019est par 3.4% seulement.Chose surprenante à première vue : le nombre des personnes qui peuvent parler le français, 40,160, se rapproche sensiblement du nombre des personnes d\u2019origine française, au point de former 95.8% de ce dernier (pourcentage supérieur à celui de l\u2019Alberta: 83.1, et de la Saskatchewan: 87.5).Malheureusement, sur les 41,919 personnes d\u2019origine française, il y en a 22,852 qui ont déclaré ne savoir que l\u2019anglais.Tableau 80 ORIGINE DES BILINGUES ET POURCENTAGE DE BILINGUES DANS LES DEUX PRINCIPAUX GROUPES ETHNIQUES Tableau 76 LANGUE MATERNELLE DES CANADIENS D\u2019ORIGINE FRANÇAISE Année\tTotal\tLe français\tL\u2019anglais 1931.38,377\t27,022\t(70.4%)\t9,790\t(25.5%) 1941.42,979\t29,234\t(68.0 )\t12,802\t(29.9 ) 1951.56,196\t31,983\t(56.9 )\t22,187\t(39.5 ) Le français a augmenté ses effectifs en chiffres absolus, mais n\u2019a pu maintenir sa moyenne, tandis que l\u2019anglais faisait un bond de 10%.Encore ici, il faut bien constater que les gains de l\u2019anglais l\u2019emportent sur ceux du français: durant la dernière décennie, les premiers se montent à 9,385, et les seconds à 2,749 seulement.Toutes origines.39,433\t100 %\t% Française.18,727\t47.5\t44.7 Britannique.14,725'\t37.3\t1.9 Autres origines.5,981\t15.2 La Colombie nous réserve des surprises: la contribution française au bilinguisme n\u2019a jamais descendu aussi bas, et la britannique n\u2019a jamais monté aussi haut.Il y a presque autant de bilingues britanniques dans la seule Colombie qu\u2019il y en a dans les trois provinces des Prairies: 14,725 en Colombie contre 16,254 pour ces dernières ensemble.Tableau 81 POSITION DES LANGUES MATERNELLES Tableau 77 CANADIENS D\u2019ORIGINE FRANÇAISE NE SACHANT QUE L\u2019ANGLAIS 1941.12,778 sur 42,979, soit 29.7% 1951.21,859 » 56,196,\t» 38.9 Augmentation : 9,081\t13,217\t9.2 Les Canadiens français s\u2019anglicisent plus vite qu\u2019ils n\u2019accroissent de l\u2019intérieur la force de leur groupe ethnique: 9,081, c\u2019est beaucoup d\u2019anglicisés en dix ans! Tableau 78 BILAN LINGUISTIQUE DES CANADIENS D\u2019ORIGINE FRANÇAISE EN 1951 D\u2019origine française\t\t.56,196\t100 % Sachant l\u2019anglais\t\t.51,060\t90.8 Sachant le français\t\t.34,001\t60.5 De langue maternelle française.\t.31,983\t56.9 Bilingues\t\t.29,201\t51.9 De langue maternelle anglaise\t22,187\t39.5 Ne sachant que l\u2019anglais\t\t.21,859\t38.9 Ne sachant que le français\t\t.4,800\t8.5 Britannique (anglaise)\tFrançaise Origine raciale.766,189\t41,919 Langue maternelle.963,920\t19,366 Surplus: 197,731 (25.8%) Déficit : 22,553 (54%) L\u2019anglais affiche un surplus de 197,731 assimilés provenant des autres groupes ethniques, et sa puissance assimilatrice atteint 125.8%.Le français accuse un déficit de 22,553, et sa vitalité n\u2019est que de 46%.Tableau 82 RAPPORT ENTRE L\u2019ORIGINE ET LA LANGUE CHEZ LE GROUPE FRANÇAIS Année\tOrigine franç.\tLangue franç.\tPourcentage 1931.15,028\t7,768\t51.5% 1941.21,876\t11,058\t51.8 1951.41,919\t19,366\t46.0 La proportion de 51% ne s\u2019est pas maintenue durant la dernière décennie; elle est tombée à 46%.L\u2019écart numérique entre l\u2019origine et la langue, qui était de 7,260 en 1931, est 194 RELATIONS passé à 10,818 en 1941 et à 22,553 en 1951, c\u2019est-à-dire qu\u2019il a triplé en vingt ans.Tableau 83 AUGMENTATION DE LA POPULATION FRANÇAISE Selon l\u2019origine Selon la langue De 1931 à 1941.6,848\t3,290 De 1941 à 1951.20,043\t8,308 L\u2019augmentation selon l\u2019origine est plus que le double de l\u2019augmentation selon la langue, ce qui indique de nombreuses pertes.Mais, au moins, il y a augmentation, même si le prix de cette augmentation est passablement élevé.Tableau 84 SITUATION DU GROUPE FRANÇAIS DANS LA PROVINCE D\u2019origine Année\tD\u2019origine franç.De Langue franç.et de langue françaises 1931.15,028 (2.16%)\t7,768\t(1.12%)\t7,290\t(1.05%) 1941_____21,876\t(2.55 )\t11,058\t(1.35\t)\t9,932\t(1.21\t) 1951_____41,919\t(3.58\t)\t19,366\t(1.66\t)\t17,271\t(1.48 ) Il y a progression sur les trois fronts; mais quand on parle de la situation des Franco-Colombiens, il faut se rappeler qu\u2019ils ne forment tout de même qu\u2019un peu plus de 1}4% de la population totale, le plus faible pourcentage, après celui de Terre-Neuve, détenu par une minorité française dans une des provinces canadiennes.Tableau 85 LANGUE MATERNELLE DES CANADIENS D\u2019ORIGINE FRANÇAISE Année\tTotal\tLe français\tL\u2019anglais\t 1931.\t.15,028\t7,290 (48.5%)\t7,587 (50.4%)\t 1941.\t.21,876\t9,932 (45.4\t)\t11,742 (53.6\t) 1951.\t.41,919\t17,271 (41.2 )\t23,851 (56.9\t) Dès 1931, le groupe français comptait dans ses rangs une majorité de langue maternelle anglaise, et la situation n\u2019a fait qu\u2019empirer durant la dernière décennie, où les gains du français se montent à 7,339 et ceux de l\u2019anglais à 12,109.Tableau 86 CANADIENS D\u2019ORIGINE FRANÇAISE NE SACHANT QUE L\u2019ANGLAIS 1941.11,276 sur 21,876, soit 51.5% 1951.22,852\t» 41,919,\t»\t54.5 Augmentation : 11,576\t20,043\t3.0 L\u2019augmentation dans le nombre des anglicisés chez les Canadiens français a été de 11,576 en dix ans: c\u2019est plus que le quart de tout le groupe lui-même.On notera les pourcentages: 56.9% des Canadiens d\u2019origine française sont de langue maternelle anglaise, et 54.5% ne savent plus que l\u2019anglais.Tableau 87 LAN LINGUISTIQUE DES CANADIENS D\u2019ORIGINE EN 1951\t\tFRANÇAISE D\u2019origine française\t\t.41,919\t100 % Sachant l\u2019anglais\t\t.41,579\t99.1 De langue maternelle anglaise.\t.23,851\t56.9 Ne sachant que l\u2019anglais\t\t.22,852\t54.5 Sachant le français\t\t.19,056\t45.4 Bilingues\t\t.18,727\t44.6 De langue maternelle française.\t.17,271\t41.2 Ne sachant que le français\t\t.\t329\t0.8 Il est significatif et douloureux à la fois que l\u2019anglais soit en tête de liste, et le français à la queue.Une pareille situation ne s\u2019est révélée qu\u2019une autre fois au cours de cette enquête, et c\u2019est dans la province nouvellement rattachée au Canada, c\u2019est-à-dire Terre-Neuve.C\u2019est donc aux deux extrémités est et ouest du Canada que les positions du français sont les plus compromises et chancelantes.Terminons cette étude sur les provinces de l\u2019Ouest en donnant, tout comme pour les Maritimes, un tableau qui résume la situation et montre à quelles langues maternelles les Canadiens français ont accordé leur préférence en 1941 et en 1951.Tableau 88 PART DU FRANÇAIS ET DE L\u2019ANGLAIS CHEZ LES CANADIENS D\u2019ORIGINE FRANÇAISE DES QUATRE PROVINCES DE L\u2019OUEST Le français\tL\u2019anglais Provinces\t1941\t1951\t1941\t1951\t Manitoba\t\t.84.8%\t76.0%\t14.6%\t22.\t¦4% Saskatchewan.\t.75.4\t64.9\t23.4\t32\t.7 Alberta\t\t.68.0\t56.9\t29.9\t39.\t.5 Colombie\t\t.45.4\t41.2\t53.6\t56,\t.9 Deux constations générales s\u2019imposent: dans toutes les provinces, il y a recul du français et avance de l\u2019anglais durant cette dernière décennie; plus on va vers l\u2019ouest et plus forte est l\u2019emprise de l\u2019anglais.Les 20% de perdus pour la cause du français au Manitoba deviennent 30% en Saskatchewan, 40% en Alberta, et plus de 50% en Colombie.Il faut le répéter: le français semble avoir subi durant la dernière décennie les plus durs assauts de son histoire; en tout cas, jamais aucun recensement passé n\u2019a révélé des défections aussi nombreuses et proportionnellement aussi importantes dans les rangs des groupes minoritaires canadiens-français.Il semble qu\u2019en ces dernières années ait redoublé la puissance assimilatrice de l\u2019anglais, en même temps que fléchissait la capacité de résistance du français, surtout chez la jeune génération.Des mesures immédiates de protection s\u2019imposent, si l\u2019on ne veut pas que le recensement de 1961 révèle des pertes encore plus brutales.LA GASPÉSIE DE LA MER Alexandre DUGRË, S.J.IL PARAÎTRAIT que ce sont les histoires de morue des Bretons qui ont fait le Canada en amenant Cartier à Québec, puis la Gaspésie en attirant les Robin, constructeurs de peuple sans le savoir et peut-être malgré eux.La Gaspésie actuelle pourrait dire comme le joyeux Acadien auquel on servait de la morue: « Merci, non! La morue a fait la race acadienne.On est fait à c\u2019t\u2019heure.Mangeons du poulet! » Depuis que les forêts s\u2019exploitent, que l\u2019agriculture gagne et que le tourisme est un marché sur place, la pêche n\u2019est plus le premier atout de la Gaspésie adulte.Elle l\u2019a été deux cents ans; promue industrie moderne, elle pourrait le redevenir, tant il y a de vie dans la mer féconde.Ne dit-on pas que le plus riche territoire au monde n\u2019est pas une mine d\u2019or, mais de l\u2019eau, la baie de Miramichi, avec ses quatre pêches précieuses: huîtres, éperlan, homard et saumon?Parenthèse: comme la prise du saumon atlantique a baissé de quatre forts millions de livres en 1930 à moins d\u2019un million en 1953, un règlement vient de reporter au 5 juin l\u2019ouverture de cette pêche et de limiter les victoires des sportifs à six par jour, à vingt et une par semaine.Nos pêcheries du golfe sont très étendues: sur 2,000 milles de côte, à 2 milles du rivage, près de 200,000 milles carrés d\u2019eau salée, pour la Gaspésie, la Côte Nord et les îles de la Madeleine.Avec cela, notre Québec n\u2019arrive qu\u2019au cinquième rang des provinces canadiennes pour la pêche.C\u2019est qu\u2019il se limite à cinq captures: morue, saumon, homard, hareng, maquereau, très peu d\u2019éperlan; les plus précieuses sont les moins nombreuses.Les 1,130,650 livres de homard de 1900 et les 447,700 de 1925 tombent à 209,000 en 1951.Dans l\u2019abondance, on le donnait; maintenant qu\u2019il se vend bon prix on en a peu.La protection nécessaire des petits homards JUILLET 1954 195 et des femelles œuvées dépend plus des consciences et de l\u2019intérêt que d\u2019une surveillance impossible.Une femelle de huit pouces porte environ 5,000 œufs; de dix pouces, 10,000 œufs; de douze pouces, 20,000; de seize pouces, 55,000.Inutile de dire que tous ces œufs ne survivent pas.Le hareng ne sert pratiquement que d\u2019appât, de bouette à prendre la morue pas chère, qui se pêche cent jours, de mai à novembre, et qui se vend en coopération à deux groupes de marchés: extérieur, États-Unis, Angleterre, Italie, Amérique du Sud, Antilles et Portugal; intérieur, Montréal, Québec, petits centres et Ontario, presque pas à l\u2019Ouest.Le passé.\u2014 Voilà près de trois siècles qu\u2019on pêche au golfe, de Terre-Neuve à Matane et à la baie des Chaleurs.Les postes français ruinés par Wolfe ressuscitent en 1764 sous la terrible poussée d\u2019un dur capitaliste avant le mot, Charles Robin, qui bâtit des comptoirs de troc, précurseurs des magasins en chaîne, à Percé, Paspébiac et ailleurs, pour se dispenser de toujours rentrer à Jersey.La guerre américaine le dérange.Dès 1783, il se reprend avec tant d\u2019appétit et de pression qu\u2019il s\u2019enrichit vite et cède les affaires en 1802 à ses trois neveux, qui perfectionnent pour cent ans le système d\u2019exploitation du poisson et des hommes.La concurrence d\u2019anciens commis n\u2019y fait rien: les Le Bouthillier, Fruing, Lebas, Lebrun, Colas, Janvrin, Smith, Jones et Whitman ne changent pas grand chose au vil prix de la morue.Il faudra les coopératives pour la parfaite libération du commerce et des hommes.On a tout dit sur les requins d\u2019affaires.Comme circonstances atténuantes, on ajoute qu\u2019en faisant fortune ils firent la Gaspésie, une Gaspésie de servitude, pauvre et endurante, mais vivante.Les 150 âmes de 1760, accrues de 200 réfugiés acadiens et de loyalistes américains, sont devenues un beau diocèse de 100,000 âmes, en dépit d\u2019une émigration déplorable.C\u2019est sûr qu\u2019il ne faut pas regarder les années 1800-1850 avec les yeux de 1950.Les conditions de travail et de vie étaient primitives et le sens social encore à naître.Les employeurs faisaient la pluie et le beau temps, beaucoup trop de pluie.C\u2019était l\u2019homme pour la morue, l\u2019homme à trente sous par jour, sans assurance-chômage! En Louisiane, c\u2019était l\u2019esclavage; dans notre Ouest, la Compagnie de la Baie-d\u2019Hudson (H.B.C.), ne voulant que des bêtes et leurs écorcheurs, déclarait partout les fameuses prairies à blé « impropres à la culture » et se moquait de lord Selkirk prédisant, dès 1812, que l\u2019Ouest pourrait nourrir 30,000,000 d\u2019habitants.La Nouvelle-France elle-même ne fut-elle pas affaiblie par « les guerres de pelleteries » décrétées en 1680-1700 par les marchands de Paris?L\u2019homme victime de l\u2019homme.Les Robin payaient des avances, comme la H.B.C.aux engagés blancs.Ils taxaient fort leurs Job de la côte, dont la misère était sans recours en justice.Moins on possédait et savait, plus on devait racler jour et nuit les fonds de mer.Les compagnies ont gratté leurs millions sur le besoin de vivre, en grugeant à double râtelier sur la morue mal payée par leurs marchandises trop payées, aussi par le rhum trop bon marché.Inutile de savoir compter l\u2019argent: on n\u2019en voyait pas la couleur; on restait en dette sur la saison prochaine, et l\u2019on fit vendredi tous les jours pendant un siècle.Les barges appartenaient aux bourgeois, qui les louaient de $25 à $35 par saison, et qui faisaient fortune ou faillite selon les accidents de tempêtes, de transports, de méventes et de pirateries, car les forbans ne manquaient pas.Un petit marchand qui « se mettait dans le poisson » courait à sa ruine.Pourtant, l\u2019historien de Carleton enregistre des succès de particuliers: en 1824, Carleton exporte beaucoup en Europe et aux Antilles, et les bateaux des capitaines Landry, Leblanc, Allard et Boudreau tiennent une ligne régulière 196 avec Québec et d\u2019autres villes.Au printemps, nombre de goélettes, chassant le loup-marin aux îles de la Madeleine et jusqu\u2019à Terre-Neuve, rapportent assez d\u2019aisance pour qu\u2019on envoie des enfants au collège.Mais les Gaspésiens n\u2019étaient pas tous des Enfant-Jésus: l\u2019intempérance maintenait la misère ici et là, une misère voulue par le troc.On mesurait les aliments nécessaires, farine, pois, mélasse, biscuits de matelot, mais on prodiguait les articles de luxe, surtout la jamaïque, vendue à Gaspé, port franc de douane, quarante sous le gallon ! Pour favoriser la tempérance, oui, un règlement obligeait à ne vendre que par quantités de trois, cinq, huit ou dix gallons, manière efficace d\u2019en inonder la côte.Ainsi, les moins prévoyants buvaient pour oublier leur misère, et les dettes s\u2019installaient à demeure.Par une bonté du Créateur, la morue surabondait, tellement et si près de la grève que les moins ardents pouvaient encore arracher leur vie.Un gérant a soutenu que la côte entière « prenait de 20 à 30 millions de morues par année.Il est merveilleux qu\u2019après trois siècles il reste encore une morue ».Et J.-C.Langelier, en 1884: « Quand le poisson donne bien, chaque coup de ligne rapporte deux morues, et deux hommes rapportent 2,000 livres par jour (1,000 livres de produit fini).Une ligne dormante de 500 brasses rapporte jusqu\u2019à 5,000 ou 6,000 livres de morue, en quatre mois 600 quintaux, donc $300 à $400 par été à un homme actif.» Quant au hareng, innombrable mais invendable, utile seulement comme bouette, un rets de 30 brasses en surprend 1.000\tà 2,000 par nuit, la tête accrochée par les ouïes.Il forme des bancs pressés comme sardines en boîte, et les vagues le tuent par milliers.Le docteur Fortin a vu « des milles de grève recouverts d\u2019une couche d\u2019œufs de deux ou trois pieds d\u2019épaisseur.La femelle du hareng porte de 6 à 8 millions d\u2019œufs ».Cela semble fort.De plus modérés garantissent 40.000\tà 60,000 œufs, ce qui est déjà bien encourageant comme progéniture annuelle.Que peuvent donc manger ces millions de harengs et de morues?Du plancton {krill), sorte de bouillon animal ou végétal, flottant par milliards de tonnes dans les océans.Dieu a bien tout prévu pour le soutien de la vie par la vie.La libération.\u2014 Présentement, tout ce grouillement ne suffit pas à nourrir 100,000 habitants, et la Gaspésie veut prendre du champ, établir ses jeunes au sol, doubler, tripler sa pêche modernisée, de moins en moins pénible.Comme en agriculture, c\u2019est affaire de mystique et surtout d\u2019argent: que la terre et la mer payent, et elles seront considérées! Qu\u2019on ne pêche plus à tâtons, mais scientifiquement, avec des chalutiers pour multiplier les prises, avec l\u2019outillage rapide pour préparer et varier les produits, avec les marchés extérieurs et intérieurs pour écouler une marchandise mieux présentée.Grâce aux coopératives, aux gouvernements, aux études et aux entraîneurs compétents, les Gaspésiens ont la bonne clé dans leur poche: à eux de s\u2019en servir.Le cruel passé n\u2019est plus qu\u2019un mauvais rêve; s\u2019il a donné aux rancunes le temps de pousser, il n\u2019a pas aplati les caractères ni la bonne originalité.La libération n\u2019est pas venue toute seule, ni tout d\u2019un coup: en 1909, le sang coulait à la Rivière-au-Renard.Informés des meilleurs prix d\u2019Halifax, les débrouillards en avaient fait venir un bateau à poisson; mais quand on vint le charger, il avait disparu la nuit, acheté pour n\u2019être pas acheteur.D\u2019où colères et cris de deux cents espoirs trompés.Les bourgeois se défendirent à coups de feu, blessèrent des hommes, puis obtinrent d\u2019Ottawa une frégate et un bataillon pour se faire protéger.Les pêcheurs gagnèrent les bois ou la mer; et une vingtaine, la prison de Percé.RELATIONS Alors un curé Langlois, de L\u2019Échouerie, fatigué de l\u2019hypocrisie qui prétendait se ruiner à payer $3 en marchandises surfaites le quintal de 112 livres de produit fini, donc 250 livres de morue pêchée, écrivit en Italie, à Atlante de Bari, qui paya $8, puis $13, en argent.Les compagnies cessèrent d\u2019abuser.Bientôt les coopératives forceront le respect et l\u2019honnêteté.\u2014 Un troc nouveau genre serait-il impossible aujourd\u2019hui avec l\u2019Amérique centrale?Café, bananes, oranges, abricots seraient moins chers, donc moins rares en Percésie et au grand Québec.En 1922, le député Bugeaud plaide chaudement à Québec la cause des pêcheurs, dont le nombre est tombé de 10,000 à 7,250 après la prospérité de guerre.Le revenu moyen s\u2019écroule de $398 à $85, seul argent touché dans l\u2019année, ce qui explique le petit nombre de pêcheurs 100%.L\u2019on arrive à la queue des autres provinces, surtout de la Colombie avec ses $2,207.Sur une aide fédérale de $1,103,932, moins de $24,000 nous arrivent en 1919, et rien du tout en 1920 d\u2019un subside de $10,000,000 aux provinces.Faute d\u2019un agent à New-York, nous sommes trichés: un chargement de 50,000 livres n\u2019y pèse que 30,000 livres une fois vendu; l\u2019éperlan de première classe y arrive en mauvais état, et le prix tombe de huit à trois sous la livre.Les choses se passent comme en Angleterre avant la présence d\u2019agents.Ne laissons pas une richesse à l\u2019abandon.Il nous faut activer la production, améliorer la qualité, augmenter la consommation; donc former des techniciens, créer une commission ou mieux un ministère des Pêcheries, améliorer l\u2019outillage, surtout les bateaux en copiant le type norvégien pour y trancher le poisson tout de suite; enfin, vendre en coopération.M.Bugeaud termine en dénonçant devant M.Taschereau la politique de stagnation.Notre place ne doit pas être à la queue.Marchons, tout de suite! Un demi-million placé là chaque année fera beaucoup plus pour l\u2019avenir de notre nationalité qu\u2019à payer la dette de la province.M.Bugeaud fut nommé juge, non aux pêcheries, alors cédées par Ottawa, par M.Lapointe à M.Perrault.Québec fera de mieux en mieux; les coopératives y seront pour beaucoup.Les Gaspésiens ont lassé la misère.Indépendamment des exploiteurs, la pêche est encore un rude métier qui exige de l\u2019endurance.Il faudra créer le Mérite du Pécheur comme celui du Défricheur, et décorer les héros de la mer dangereuse, aux risques de noyades, de tuberculose et de veuves sans secours d\u2019assurances.La pêche est saine et rude.Si l\u2019air du golfe ne sent pas le renfermé, les pluies tenaces, gros temps et sautes de vent secouent nerfs, corps et cerveaux des hommes sans sommeil, ruisselants de vagues et de saumure, emportés comme des choses sur les flots démontés.Loti l\u2019a dit, les rages d\u2019hommes et de bêtes s\u2019épuisent vite, pas celles de l\u2019eau, qui roule encore un jour après le vent tombé.Ces glissades sur la mer cascadante, sous les tentures grises des ténèbres, font de la mer nourrice une mer dévorante.C\u2019est une race brave que celle des marins; ils ont du chien, une mystique, une poésie naturelle qu\u2019il faut entretenir chez les jeunes.La fascination de la mer est en baisse; la fascination de Montréal est plus reluisante.Plusieurs vous diront qu\u2019il faut bien gagner sa vie; ils pêchent sans enthousiasme, faute de mieux, faute d\u2019industries, et ils se feront rentiers dès qu\u2019ils pourront.Pourtant, les moteurs adoucissent l\u2019ouvrage comme en agriculture, aussi désertée.La paresse est contagieuse, et les risques sont toujours là, comme aux érablières avec des printemps de rien.Qu\u2019une vague de fond ruine cent cages à homard, c\u2019est une perte de $700 au lieu d\u2019un gain de $1,000.Perdre les barges, filets, seines ou traies, c\u2019est perdre le gagne-pain, l\u2019actif et l\u2019espérance.On courbe l\u2019échine, et l\u2019on recommence pour des pêches miraculeuses, depuis quatre ou cinq générations de morts à crédit, de vie anormale, surmenée, sous-alimentée.JUILLET 1954 Voilà quarante ans, la côte était belle, ceinturée de poisson et de rochers, mais cruelle aux barges faute de havres; et, faute de bouette, on ratait de belles journées de pêche.Ottawa et Québec enfin réveillés ont bâti des brise-lames, des glacières et des frigorifiques où conserver les tonnes de hareng à bouette, ainsi que la morue filettée et congelée qui attend le marché.Ça va mieux; il le faut, car on sait courir les journées de huit heures, avec vacances payées.La coopération.\u2014 Sans prétendre changer la morue en or, la coopération offre une chance de bonheur aux plus humbles et rend mille services qui rajeuniront la côte.Elle permet aux modérés de se faire entendre, en parlant assez fort pour faire triompher leur modération, pour sauver leur famille et donner à leurs fils l\u2019espoir d\u2019être plus que des citoyens de vingtième zone, éternels battus rivés à une demi-indigence.Deux à trois mille pêcheurs unis sont tout de même des électeurs.Ne sortons pas les vilains mots: critique, révolte et rancune; disons plutôt réveil, prévoyance, calcul, coup d\u2019œil sur la concurrence et les crises possibles.Après l\u2019échec des coopératives de 1923, nées avant terme, formées avant la formation des coopérateurs, une bonne éducation s\u2019est faite, surtout par des professeurs de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, MM.Bérubé, Boudreau, Jean, Guité, Blais et la revue A pleines voiles.La coopération n\u2019est pas une démission, mais un acte voulu de discipline qui décuple et centuple un élan personnel.C\u2019est un placement à long terme, une assurance contre les profiteurs, un porte-voix pour crier aux durs d\u2019oreille.L\u2019union fait la force; l\u2019isolement est mortel.En industrie, qui n\u2019avance pas recule.Une fois ruiné l\u2019appétit d\u2019ogre des compagnies, reste la voracité normale des marchés ordinaires.Les syndicats aident à fournir moteurs, essence, huile, rets, sel, cordages, habits de pêche et assurances de barges et de santé.Ils centralisent le travail du poisson: fumage, séchage, salage, filettage et congélation.Mais la protection matérielle n\u2019est pas le tout du mouvement; l\u2019éducation arrive en tête, la charité fraternelle et la fierté de toujours mieux faire.Trois buts du syndicalisme: éduquer les membres, les protéger contre la mer et les forbans, organiser les services professionnels d\u2019ordre économique, social, intellectuel: coopératives, assurances, étude.Trois conditions de succès: pour les membres, être loyaux et apporter beaucoup de poisson; pour les directeurs, être économes, prudents et dévoués; pour la centrale, trouver des marchés avantageux et variés.On veut former des gérants très honnêtes et compétents, sobres, sérieux, riches de feu sacré.Gémir, c\u2019est perdre du temps; lâcher, c\u2019est trahir sa propre cause.Il faut absorber les pertes comme les profits.Tel bonhomme obtint plus cher d\u2019un particulier « venu de l\u2019autre bord », qui fit banqueroute la seconde année.Pas payé, il redevint coopérateur.On aura le temps de pleurer au purgatoire; ici travaillons avec discipline, par instinct de conservation et pour une Gaspésie meilleure.On peut dire de la coopération comme de l\u2019État: elle est pour les hommes, et non l\u2019inverse.Pourtant, si l\u2019homme ne doit pas être sacrifié à la coopération, il lui doit des sacrifices; il doit semer des sous pour récolter des piastres.Saint Bernardin de Sienne raconte que trois Italiens avaient acheté ensemble un âne qui porterait leur grain au moulin.Chacun employait l\u2019âne, mais sans le nourrir.Le premier jour, l\u2019âne était gaillard ; le deuxième, on usa du bâton; le troisième, on dut le soutenir; le quatrième, on le trouva mort \u2014 et la coopérative avec! Le Toi pour moi et le Moi pour toi doivent se grandir en Nous pour d'autres.Certaine critique destructive, à la dent pointue, fait penser au maladroit savant qui, voulant étudier les étoiles, découvrit l\u2019existence des chauves-souris.En août, on verra les étoiles.197 L\u2019EDUCATION AU CANADA ANGLAIS O U CHEZ les théoriciens de l\u2019éducation, on fait souvent la distinction entre deux courants de pensée auxquels il est commode d\u2019attacher les étiquettes « progressiste » et « traditionaliste ».La commodité ne coïncide pas nécessairement avec l\u2019exactitude: tant de pseuso-progrès ne sont que des régressions, alors que le vrai sens de la tradition invite toujours au progrès.Si l\u2019on en croit Mme Hilda Neatby, professeur d\u2019histoire à l\u2019Université de la Saskatchewan et l\u2019unique femme à faire partie de la Commission royale d\u2019enquête sur le développement de la culture et des arts au Canada (Commission Massey), tout ne va pas pour le mieux dans le domaine de l\u2019éducation primaire et secondaire au Canada anglais.Son ouvrage, intitulé: So Little for the Mind (Toronto, Clarke, Irwin & Co.Ltd., 1953, 384 pp., $3.00), constitue une attaque farouche contre le système « progressiste » en vogue dans les écoles canadiennes de langue anglaise.La philosophie de base de ce système, écrit-elle, est néfaste, et les ministères provinciaux de l\u2019éducation ne semblent pas capables de remédier au mal.Il ne s\u2019agit pas de rejeter les éléments valables qui se trouvent dans les théories et la pratique de l\u2019éducation dite « progressiste ».Aux partisans de la pédagogie nouvelle, on doit le courant de sympathie qui s\u2019est établi entre les professeurs et leurs élèves, de même que de meilleures conditions d\u2019hygiène physique et intellectuelle dans les écoles.Mais l\u2019éducateur n\u2019est ni un inspecteur de santé, ni un directeur sportif.Éducation signifie développement de saines habitudes spirituelles, grâce auxquelles on devient capable de penser et de vivre par soi-même selon des normes fondées sur la nature des choses et la loi de Dieu.Or les éducateurs « progressistes », en suivant la philosophie de l\u2019Américain John Dewey, ne peuvent assurer ce résultat.Car le deweyisme est de soi antiintellectuel, anticulturel et antimoral.Antiintellectuel, parce que, si rien ne doit être enseigné aux enfants qui leur déplaise, les professeurs deviennent simplement les arbitres des jeux scolaires de leurs élèves.Anticulturel, parce que les auteurs classiques disparaissent des programmes: rappelant une époque révolue, ils ne sauraient, dit-on, que nuire au progrès social contemporain; d\u2019ailleurs, l\u2019enfant doit vivre ses propres expériences, et non les apprendre des autres.A quoi Mme Neatby a parfaitement raison d\u2019objecter (p.55): If education is life, schooling is that special and formal part of education which rationalizes and intellectualizes all life's experiences.Enfin, l\u2019éducation « progressiste » est antimorale, parce qu\u2019elle accepte l\u2019athéisme de Dewey: pas de Dieu, pas d\u2019absolu dans la vie.Aux adolescents d\u2019aujourd\u2019hui, on enseigne que la seule norme de conduite dans une situation donnée, c\u2019est.le besoin du moment.Le fait qu\u2019une pareille philosophie règne dans les écoles canadiennes de langue anglaise serait moins inquiétant si les autorités prenaient des mesures pour la combattre efficacement.Mais à se fier aux renseignements statistiques que Mme Neatby donne de tous les coins du pays, il appert que les administrateurs provinciaux font preuve d\u2019une effarante confusion de pensée.Ils ne s\u2019entendent que sur un point: le rejet des méthodes traditionnelles.Attitude qu\u2019on est en droit de juger irréfléchie, sachant que les penseurs des États-Unis eux-mêmes prônent un retour aux disciplines classiques.Nous croyons que les écoles catholiques, fidèles aux directives de l\u2019Église, échappent aux sévérités de Mme Neatby.Il serait dommage que, sous prétexte d\u2019adaptation, le « traditionalisme » canadien-français et catholique commette l\u2019erreur de copier un système d\u2019éducation qui offre so little for the mind, si peu pour la formation véritable de l\u2019esprit.AVEC SANS COMMENTAIRES PRIÈRE DE PIE XII À SAINT PIE X 1E SAINT PÈRE a terminé par une admirable prière le discours qu\u2019il a prononcé après avoir canonisé son prédécesseur le pape Pie X.En voici le texte français.« O saint Pie X, gloire du sacerdoce et honneur du peuple chrétien; toi en qui l\u2019humilité parut fraterniser avec la grandeur, l\u2019austérité avec la mansuétude, la piété simple avec la doctrine profonde; toi, pontife de l\u2019Eucharistie et du catéchisme, de la foi intègre et de la fermeté impavide, tourne ton regard vers la sainte Église que tu as tant aimée et à laquelle tu as donné le meilleur des trésors que la divine Bonté, d\u2019une main prodigue, avait déposés dans ton âme; obtiens-lui l\u2019intégrité et la constance au milieu des difficultés et des persécutions de notre temps; soulève cette pauvre humanité, aux douleurs de qui tu as tellement pris part qu\u2019elles finirent par arrêter les battements de ton grand cœur; fais que la paix triomphe dans ce monde agité, la paix qui doit être harmonie entre les nations, accord fraternel et collaboration sincère entre les classes sociales, amour et charité entre les hommes, afin que de la sorte les angoisses qui épuisèrent ta vie apostolique se transforment, grâce à ton intercession, en une réalité de bonheur, à la gloire de Notre Seigneur Jésus-Christ qui, avec le Père et le Saint Esprit, vit et règne dans les siècles des siècles.Ainsi soit-il! » L\u2019ESPRIT DE L\u2019ENSEIGNEMENT QU\u2019IL FAUT POUR TOUS A VEC M.GILSON, nous avons, le mois dernier (p.168), A affirmé que l\u2019État moderne, « précisément parce qu\u2019il ^ est démocratique », doit posséder un système scolaire capable de lui préparer une élite.Mais comment étendre à tous (en démocratie, chacun a des droits égaux) le bienfait d\u2019un enseignement propre à former l\u2019élite ?« Puisque, dit M.Gilson (l\u2019École à la croisée des chemins, pp.27 ss.), la réponse ne saurait être ni de supprimer la culture libérale que donnent seules les humanités littéraires et scientifiques, ni de l\u2019imposer à tous les citoyens, elle ne peut consister qu\u2019à faciliter l\u2019accès de ces études à tous ceux qui peuvent en bénéficier et, pour les autres, à faire que l\u2019enseignement tout entier.soit vivifié par l\u2019esprit des études libérales, du dedans et à tous les degrés.» C\u2019est dire qu\u2019il faut donner au développement de l\u2019intelligence le pas sur tout le reste.Il s\u2019agit ici d\u2019enseignement, non d\u2019éducation; autrement, on pourrait demander à l\u2019illustre philosophe quel cas il fait de la formation affective et de l\u2019équilibre émotif, dont l\u2019élite a besoin autant que de culture intellectuelle.M.Gilson n\u2019ignore pas que l\u2019équilibre émotif dépend beaucoup plus de l\u2019influence familiale que du système scolaire^ Parlant de l\u2019enseignement apte à produire l\u2019élite dans l\u2019État démocratique, il propose que, « dès le début le plus humble », on traite « l\u2019enfant comme un animal raisonnable », faisant « en tout appel à son intelligence ».« Puisqu\u2019il est un être humain, l\u2019enfant, l\u2019écolier, l\u2019étudiant ne sait vraiment que ce qu\u2019il comprend, et puisque nous ne pouvons prévoir avec certitude ce qu\u2019il aura besoin de savoir au cours de sa vie, le plus grand service que nous puissions lui rendre, même au point de vue pratique, est de développer en lui cette aptitude à apprendre par soi-même qui est plus précieuse que tout le savoir du monde.Qu\u2019à tous les degrés,.le choix des matières et des programmes soit dominé par le souci de cette même fin: éveiller, nourrir et fortifier cette petite lumière de l\u2019intellect, dont nul homme n\u2019est dépourvu, qui est son honneur humain même.Nous trahissons cet esprit dans nos écoles chaque fois qu\u2019au lieu de faire appel à l\u2019intelligence de l\u2019écolier, de l\u2019élève ou de l\u2019étudiant, nous le trompons en lui offrant des programmes illusoires,.des simplifications déformantes, bref, l\u2019un quel- conque des succédanés de l\u2019effort intellectuel qui se débitent dans tant d\u2019écoles avec le résultat que l\u2019on sait.» Après quoi, M.Gilson s\u2019attache à préciser les disciplines qu\u2019il juge fondamentales pour la formation de l\u2019esprit: « la maîtrise de sa propre langue, afin de pouvoir exprimer tout ce qui se rapporte à la nature humaine; la maîtrise des mathématiques, afin de pouvoir exprimer tout ce qui se rapporte à la nature des choses, dont les mathématiques sont le langage.Savoir s\u2019exprimer, pouvoir mettre ses idées en ordre être capable de se faire comprendre des autres et de les comprendre à leur tour, voilà ce que l\u2019on ne saurait acheter au prix de trop d\u2019efforts.Mais aussi connaître au moins les rudiments de la mieux faite de toutes les langues de l\u2019esprit, qui est celle des mathématiques, voilà qui servira l\u2019adulte de demain, quel que doive être son métier ».Où l\u2019étudiant trouvera-t-il les idées qu\u2019il doit apprendre à exprimer avec maîtrise?demandera-t-on à M.Gilson.Dans les quelques autres disciplines qui, sans être fondamentales comme la langue maternelle et les mathématiques, entrent dans le programme qu\u2019esquisse l\u2019académicien: géographie, histoire et surtout philosophie et religion.Nous ajouterions: dans tout ce que l\u2019observation personnelle et l\u2019information familiale apportent d\u2019enrichissement à un enfant qui ne vit pas en barbarie.Et pourquoi chicaner M.Gilson parce qu\u2019il appelle le langage des mathématiques « la mieux faite de toutes les langues de l\u2019esprit » ?Quel « langage » traduit mieux que celui des chiffres ce qu\u2019on veut lui faire dire?Ce n\u2019est pas le plus complet, ni le plus humain, d\u2019accord; c\u2019est le plus parfait comme langage.On souscrira donc au dernier conseil de notre auteur.« Quel que soit le programme, n\u2019enseignez que peu de matières; choisissez-les pour les prises qu\u2019elles offrent à l\u2019intelligence; enseignez chacune d\u2019elles à fond, pendant le nombre d\u2019heures et d\u2019années qu\u2019il faudra pour que l\u2019esprit de l\u2019élève ait le temps de les assimiler, de les dominer et finalement d\u2019en faire cet usage personnel qui est la vie intellectuelle même.Pourtant, direz-vous, que faire s\u2019il ne parvient pas à comprendre?Rien, attendre et surtout ne pas prétendre.lui jamais faire apprendre ce qu\u2019en effet il ne comprend pas.» Toute autre pédagogie nous engagerait, selon l\u2019expression de M.Gilson, dans la voie de l\u2019illusion et du mensonge.JUILLET 1954 SUFFISANCE DANS LE DÉSORDRE A force de vouloir sauver le pécheur, certains écrivains finissent par sauver le péché.Et à force de se refuser à juger l\u2019impie, ils finissent par juger le juste, qui, lui, doit s\u2019abstenir de juger ceux qui le jugent, sous peine de passer pour un pharisien et un figuier sec.Il y a maldonne, inversion de la charité et de l\u2019humilité.Pourquoi opposer humilité et pureté?Il ne saurait y avoir pureté de cœur sans humilité.Qu'on se rappelle « l\u2019humble Vierge Marie », petite servante \u2014 ancilla \u2014 et pleine de grâce ! Dans un billet publié par la France catholique, Gustave Thibon démasque « l\u2019orgueil du pécheur » et « la suffisance dans le désordre » que d'autres voudraient exalter.TOUT COMPRENDRE, tout pardonner.Ce courant de spiritualité qui traverse la littérature moderne, depuis Dostoievsky jusqu\u2019à Graham Greene en passant par Wilde, Gide, Mauriac et tant d\u2019autres, et qui s\u2019attache à mettre en valeur l\u2019appel mystique et l\u2019humilité, \u2014 qui peuvent subsister dans certaines âmes en dépit et parfois à cause du péché, \u2014 au détriment de la loi morale et des vertus sociales, je sais bien qu\u2019il est conforme à l\u2019enseignement constant de l\u2019Évangile; je n\u2019ai pas à m\u2019alarmer de voir revivre, dans le roman moderne, ces hors-la-loi que furent la Samaritaine, le bon larron, l\u2019enfant prodigue et la femme adultère \u2014 et cependant je reste mal à l\u2019aise et presque effrayé devant ce déballage de compréhension et de miséricorde.Je suis d\u2019accord sur le fond, et je ne doute pas qu\u2019au soir de cette vie, le plus misérable pécheur, conscient de son néant \u2022 et torturé par la soif de l\u2019impossible amour, ne soit jugé plus favorablement que « l\u2019homme de bien » endurci dans sa vertu et trop suffisant (ô merveille de l\u2019étymologie!) pour avoir besoin de Dieu.Que la foi et l\u2019amour l\u2019emportent sur la loi, c\u2019est là une vérité chrétienne élémentaire que, seuls, les pharisiens méconnaissent.Aussi bien, ce qui me gêne, ce n\u2019est pas cette vérité elle-même, c\u2019est son étalage indiscret aux yeux de la foule: le secret de Dieu divulgué, l\u2019amour nu et balbutiant en proie aux lampions et aux haut-parleurs de la foire.Il y a là un danger dont les grands esprits, élevés par leur culture et leur vie intérieure au-dessus des conformismes sociaux, mesurent très mal l\u2019étendue.La masse humaine est faite d\u2019une majorité d\u2019êtres médiocres qui ont besoin, pour ne pas se dissoudre dans le néant, d\u2019un code infrangible d\u2019observances extérieures.Ce code ne règle que les apparences, je le sais bien; mais les êtres auxquels il s\u2019adresse sont-ils beaucoup plus que des apparences, et la première charité à leur égard, le premier souci de leur salut ne consistent-ils pas à les aider à « sauver les apparences » ?Vous proclamez que la paresse, l\u2019ivrognerie ou l\u2019adultère ne sont pas des obstacles absolus entre l\u2019âme et Dieu, pourvu qu\u2019ils s\u2019accompagnent de charité et d\u2019humilité.Encore une fois, vous avez raison; mais, en mettant indistinctement en lumière cette évidence intérieure, vous risquez de justifier et d\u2019ancrer dans leur péché le paresseux, l\u2019ivrogne ou l\u2019adultère.et sans leur donner pour autant la charité et l\u2019humilité.Pis que cela: vous risquez de stériliser en eux le germe de ces vertus en leur inspirant un nouvel orgueil, plus subtil et plus impur que celui des pharisiens vertueux: l\u2019orgueil du pécheur qui se sent sauvé quoi qu\u2019il fasse, la suffisance dans le désordre.Il est des secrets qui doivent se deviner, et non s\u2019afficher: ils éclatent et pourrissent à la lumière comme ces habitants des obscures profondeurs marines qu\u2019on tire au grand jour.L\u2019homme qui sait trop bien qu\u2019on peut rester pur et humble en violant la loi n\u2019est déjà plus ni humble ni pur.198 RELATIONS 199 Au fil du mois Les enseignements La charge d\u2019enseigner a été confiée du Pape\tpar Jésus-Christ aux apôtres et à leurs successeurs.Fidèle à cette tâche, Notre Saint Père le pape Pie XII a déjà publié vingt-sept encycliques, où l\u2019on trouve, sur les plus graves problèmes, des considérations d\u2019une sagesse surhumaine.A cette forme principale de l\u2019enseignement pontifical, il faut ajouter maints autres documents: bulles ou constitutions apostoliques, épîtres et exhortations apostoliques, brefs, motu proprio, chiro-graphes, lettres, etc.Dans une étude en cours de publication (voir la revue Témoignages), M.l\u2019abbé Georges-R.Pilote, professeur au Grand Séminaire de Chicoutimi, compte 341 constitutions apostoliques et 305 brefs publiés de 1939 à 1953 dans les Acta Apostolicae Sedis.Et l\u2019enseignement oral du Pape n\u2019est pas moindre.Le même auteur a relevé, du 2 mars 1939 au 1er mars 1953, 731 allocutions et 111 radio-messages.La grave maladie dont fut affligé récemment notre bien-aimé Pontife semblait devoir nous priver quelque temps de ses précieuses directives.Mais il entrait à peine en convalescence que paraissait une de ses plus longues et importantes encycliques, Sacra virginitas, suivie bientôt après d\u2019une autre, Ecclesiae fastos, consacrée au douzième centenaire du martyre de saint Boniface, apôtre de la Germanie et de plusieurs pays de l\u2019Europe occidentale.Les moyens techniques dont dispose notre âge facilitent au chef de l\u2019Église l\u2019exercice de son magistère en lui permettant d\u2019atteindre rapidement les pays les plus éloignés.Ce bienfait, il est vrai, n\u2019est pas sans inconvénient.Les grandes agences de presse font diligence pour servir au plus tôt leurs abonnés.Des traductions hâtives, des dépêches précipitées risquent de trahir la pensée pontificale.Que d\u2019exemples on pourrait citer d\u2019omissions, voire de contresens dus à la hâte et reproduits ensuite dans de vénérables publications! Un cas typique est celui de la courte prière de l\u2019Année mariale.Le premier texte parvenu au Canada et adopté dans la plupart des diocèses contenait au moins trois erreurs.Aussi est-ce à des textes soigneusement contrôlés, dussent-ils retarder un peu sur les journaux, \u2014 et bien qu\u2019il puisse s\u2019y glisser parfois encore, comme en toute œuvre humaine, quelque imperfection, \u2014 qu\u2019il faut recourir pour accorder aux documents pontificaux la lecture et la méditation qu\u2019ils méritent.Les catholiques cultivés \u2014 homme de loi, médecins, universitaires, journalistes, hommes d\u2019affaires, professeurs, chefs d\u2019entreprises ou de syndicats, sans parler des personnes consacrées à Dieu \u2014 devraient faire des enseignements pontificaux leur lecture de chevet.J.-P.A.Une encyclique Le 25 mars dernier, avant même d\u2019être sur la virginité parfajtement remis d\u2019une grave maladie qui avait alarmé l\u2019Église entière, le Souverain Pontife adressait à tous les fidèles une vigoureuse lettre sur le thème austère de la virginité.Plusieurs fois déjà, le Pape s\u2019est élevé contre ceux qui, dans leur désir de réhabiliter l\u2019amour conjugal et les vertus sanctifiantes du mariage, allaient jusqu\u2019à déprécier le célibat consacré à Dieu.En termes clairs et forts, Pie XII proclame dans son encyclique la supériorité de l\u2019état virginal; fonde sur l\u2019enseignement très net du Fils de Dieu et de son apôtre Paul cette vérité qu\u2019a définie le concile de Trente; invoque l\u2019exemple du Christ et de sa Mère, imité ensuite par tant de saints et de saintes; explique les raisons théologiques du dogme; expose les motifs spirituels et apostoliques du vœu de chasteté que prononcent les religieux et les prêtres de l\u2019Église latine, affirme la possibilité et marque les conditions de son observation; exhorte enfin les éducateurs et les prêtres à exalter la virginité et à favoriser les vocations sacerdotales et religieuses.On a pensé que, « sur ses vieux jours », le Pape se désintéressait des choses « pratiques ».Quelle gentillesse! La défense de la vérité, la lutte contre l\u2019erreur: songes creux pour plusieurs, dont l\u2019influence, hélas! mène les hommes à la ruine.Et la pire erreur peut-être qui menace présentement notre monde détraqué par l\u2019obsession de la chair, c\u2019est celle qui répand la théorie de l\u2019impossibilité ou de la nocivité de la continence.Très proche de cette erreur, la manie qu\u2019ont maints écrivains, romanciers ou pseudo-savants, d\u2019identifier l\u2019amour humain avec son expression charnelle, comme si la virginité n\u2019était pas un amour, voire le premier, le plus parfait amour.Il était temps que la voix la plus autorisée purifie de son souffle la contagion malsaine de notre climat social.Prêtres, religieux et religieuses éprouveront un sentiment de légitime fierté à lire l\u2019encyclique du Pape.Les célibataires qui vivent saintement dans le siècle relèveront la tête devant les railleries des ignorants et des sots.Il reste aux parents chrétiens de mieux comprendre que leur vocation est sainte et sanctifiante dans la mesure où elle sert à préparer pour le ciel, dont les vierges anticipent le mode de vie ici-bas, le nombre d\u2019élus désirés par le Seigneur.M.-J.d\u2019A.Journalisme distrait Dans son numéro du 7 juin dernier, le Montreal Star commettait une erreur si grossière que nous voudrions la mettre au compte de la distraction.Mais les psychologues qui analysent les lapsus et les images-déclics y retraceraient sans doute le vieux cliché du priest-ridden Quebec.L\u2019article dont il s\u2019agit reproduisait et commentait le discours que le premier ministre de la province de Québec prononça récemment devant la Chambre de Commerce des Jeunes.Au milieu de paragraphes mis entre guillemets, le journaliste en glissa un autre qui résumait une affirmation de M.Duplessis: « Plus loin, le premier ministre dit à son auditoire que la taxe provinciale sur le revenu fut imposée après avoir pris conseil des archevêques et des évêques de la province de Québec.» Cette phrase donne nettement l\u2019impression que l\u2019impôt de 15% sur le revenu est l\u2019œuvre des évêques.Le paragraphe suivant élimine tout doute à ce sujet: « Quelqu\u2019un aurait-il l\u2019intention, demanda M.Duplessis, de nous empêcher de suivre les conseils et les directives donnés par nos archevêques et évêques?» Or, ce dernier passage est tiré hors du contexte.A ce moment de son discours, M.Duplessis parle non pas de la taxe elle-même, mais de la manière dont elle doit être prélevée afin de ne pas pressurer les familles à revenu modeste.La différence est de taille.Nous voudrions faire deux remarques.La première concerne les journalistes protestants.Ils devraient tous savoir que la hiérarchie catholique, dans la province de Québec comme partout ailleurs, ne s\u2019ingère pas dans des questions purement politiques, si ce n\u2019est dans de rares cas de suppléance.Alors, elle intervient au nom de la charité.Il est tout de même facile de voir, pour qui a des yeux, \u2014 à moins de croire à quelque éminence grise s\u2019agitant dans l\u2019ombre ou à quelque fantôme en soutane hantant les coulisses des parlements, \u2014 qu\u2019il n\u2019y a ici au pays, ni au fédéral, ni au provincial, de représentant du clergé.Aucun évêque catholique n\u2019est premier ministre d\u2019une province.Il n\u2019y a aucun prêtre qui siège dans aucun des onze parlements, alors que des pasteurs protestants siègent dans les parlements provinciaux et au parlement fédéral, et sont premiers ministres de deux provinces, la Saskatchewan et l\u2019Alberta.La deuxième remarque concerne les journalistes catholiques.Le Montreal Star a un fort tirage.Il est lu par une immense clientèle catholique de langue anglaise et de langue 200 RELATIONS française.Aucun quotidien de la métropole n\u2019a dénoncé cette attaque contre la hiérarchie; disons, pour être indulgent: aucun n\u2019a relevé pareille bourde.Elle leur a échappé à tous.C\u2019est à l'hebdomadaire The Ensign (12 juin) que revient l\u2019honneur, après s\u2019être renseigné à fond auprès des autorités civiles et religieuses, d\u2019avoir défendu les archevêques et évêques de la province de Québec.L.d\u2019A.Abitibi-Chibougamau Une grande nouvelle, qui vaut bien des grands discours: notre Québec, moins bien pourvu de chemins de fer que l\u2019Ontario, sera doté d\u2019un tronçon de 294 milles, reliant Beattyville et Amos à Chibougamau et Saint-Félicien, l\u2019Abitibi au Lac-Saint-Jean.Les deux régions réclamaient la ligne; Saint-Félicien continuera à se camionner par une route bien convenable, en attendant son terminus, absolument nécessaire.Une vieille charte de 1920, accordée par Québec, signée Gali-peault, est restée lettre morte, à cause de la crise: le chômage a tout bloqué contre tout bon sens.C\u2019est précisément le chômage qui aurait dû tout lancer, pour faire travailler les chômeurs, les mines, les chutes et le royaume de Matagami.Les cordes de bois à pâte \u2014 de trente à cinquante millions \u2014 ne nous vaudront-elles pas enfin une papeterie par là ?.En tout cas, un crédit de 35 millions d\u2019Ottawa au Canadien national dédommagera un peu notre Québec des impôts abusifs au profit des autres.M.le sénateur Nicol, un bon libéral, a qualifié de vol cet empiétement continu.Comme dit un malin, qui est peut-être un homme d\u2019Êtat qu\u2019on ignore, « Québec devrait continuer à réclamer son autonomie et ses droits, tout en acceptant comme restitution, comme argent de conscience, les offres de millions d\u2019Ottawa ».D\u2019abord, pour la route trans-Canada, si gauchement refusée, alors que toutes les provinces en bénéficient pour payer moins cher d\u2019assurances que nous contre les accidents.Aussi, pour accepter les cadeaux-restitutions, fruits d\u2019un cruel remords, aux universités, collèges, hôpitaux, etc.Québec nage dans l\u2019illogisme en acceptant d\u2019Ottawa pensions de vieillesse et allocations familiales, mais non l\u2019avantageuse contribution pour une voirie qui nous ferait tant de bien.Politique, politique!.Ceux qui redoutent pour Montréal la canalisation du Saint-Laurent, l\u2019avenue grande ouverte sur Toronto, Niagara et Windsor, se réjouissent du moins que le trait d\u2019union Chibougamau-Abitibi encadre le nord québécois.Cela favorisera le commerce vers Toronto?A nous d\u2019être plus habiles et plus pressés.Al.D.Jour du Canada Le Canada, c\u2019est d\u2019abord cette terre qui porte, nourrit, façonne un type humain à son image.C\u2019est le brouillard qui avance avec la marée dans la baie Sainte-Marie, la pluie qui tombe comme un rideau sur la ville de Vancouver.C\u2019est l\u2019azur glacé des nuits d\u2019hiver, les longs crépuscules des soirs d\u2019été.Ce sont les Grands Lacs, les immenses Prairies, la toundra du Grand Nord, où l\u2019homme n\u2019est plus la mesure des choses.C\u2019est le fleuve Fraser que remontent les saumons intrépides, c\u2019est le Saint-Laurent qui roule ses eaux vers la mer, puissant crescendo de la Symphonie du Nord.Le Canada, ce sont ses habitants: le pêcheur dans sa barque, le mineur dans les galeries, le paysan sur son tracteur, les hommes de Mars dans les aciéries et les avionneries.C\u2019est la ménagère sur le balcon, les enfants dans le parc, les religieuses dans la cour de l\u2019école, mouettes sur la plage déserte.Le Canada, ce sont de petites choses innombrables : le chemin du rang et l\u2019orme dans le champ, la plainte du huard sur le lac, et de l\u2019engoulevent sur les toits de la ville.C\u2019est le magasin général, le presbytère, l\u2019église fraîche.C\u2019est le dimanche paisible.Le Canada, c\u2019est un passé: les fondateurs, les saints, les gouverneurs, les colons, têtes dures et cœurs nobles, qui bâtirent ici une Église et un pays.Ce sont les faits d\u2019armes et les courses des découvreurs qui enchantèrent notre enfance.C\u2019est la conquête de la responsabilité ministérielle, c\u2019est le pacte de la Confédération.Ce sont les amours immémoriales du paysan et du sol, la fidélité à la langue, aux traditions, à la foi.C\u2019est la liberté de respirer en paix.C\u2019est ce chant qui gonfle la poitrine, ce drapeau qui brille au soleil.Poète, dépose ton luth! Où est notre chant national?Où est notre drapeau canadien ?O mon pays, divisé entre trop d\u2019intérêts et trop d\u2019allégeances, et trop adolescent encore pour trouver en toi-même ton équilibre et ton unité.L.d\u2019A.SAINT PIE X Albert PLANTE, S.J.PLACE SAINT-PIERRE.Samedi 29 mai.Le Saint Père doit apparaître sur la place à six heures et quart du soir pour procéder à la canonisation de Pie X.Toute cérémonie de béatification ou de canonisation réjouit le Pontife régnant.Par elle, il glorifie le Christ et donne un autre intercesseur aux hommes pleins de misères et de péchés.Mais aujourd\u2019hui, Pie XII éprouve une joie particulière.Nous rendons donc de ferventes actions de grâces à la divine bonté pour Nous avoir permis de vivre cet événement extraordinaire, d\u2019autant plus que, pour la première fois peut-être dans l\u2019histoire de l\u2019Église, la canonisation formelle d\u2019un pape est proclamée par celui qui eut jadis le privilège d\u2019être à son service dans la curie romaine.Arrivé sur la place un peu avant cinq heures, j\u2019y trouvai une grande multitude.On m\u2019avait dit qu\u2019un des meilleurs endroits pour jouir d\u2019un coup d\u2019œil d\u2019ensemble permettant à la fois de contempler la cérémonie et la vaste foule, c\u2019était l\u2019entrée de la place, là où commence la fameuse colonnade JUILLET 1954 du Bemin.Plusieurs étaient rendus depuis longtemps déjà, \u2014 deux heures et même midi, \u2014 fortement désireux de se trouver le plus près possible du parcours de la sedia gestatoria.Dans leurs Itinéraires romains, Maury et Percheron, après, avoir parlé de l\u2019unité et de la continuité qui font de la basilique Saint-Pierre l\u2019œuvre « romaine » par excellence, ajoutent: « Étant bien entendu que, de cette œuvre, seule la présence triomphale du Souverain Pontife, lors d\u2019une cérémonie solennelle, avec le déploiement liturgique et le concours de la foule qui l\u2019accompagnent, réalise la fin et maintient toujours actuelle la leçon.» Cette affirmation vaut pour la place, siège de tant de triomphes du Vicaire du Christ, vers qui montent, en ces occasions, les acclamations et les applaudissements.C\u2019est ce qui se passa le 29 mai.Pendant la longue attente, des vendeurs offrirent \u2014 du moins dans le rayon immédiatement soumis à mes observations \u2014 numéros spéciaux de journaux, images de Pie X, crème glacée, etc.Bien étroit 201 celui qui s\u2019en formaliserait.Ce sont là des faiblesses \u2014 le mot est ici trop fort \u2014 de l\u2019humaine nature.La foule avait d\u2019ailleurs d\u2019autres dérivatifs pour entretenir et sanctifier son attente.Un chœur, amplifié par de puissants haut-parleurs, chanta tour à tour le Christus vincit, Christus régnât, Christus imperal, le Credo, le Regina coeli, les litanies des saints.La foule participait à ces chants.Il est difficile de décrire les sentiments inspirés par le Christus vincit.Le matin même, j\u2019étais allé à la basilique Saint-Jean-de-Latran, l\u2019église mère du monde catholique, le premier hommage officiel de l\u2019empire romain au Christ; on sait que les papes résidèrent à cet endroit jusqu\u2019au xive siècle, que de grands conciles s\u2019y tinrent et que c\u2019est dans le palais actuel que fut signé, en 1929, le traité du Latran.En pensant aux joies, aux luttes et aux souffrances de l\u2019Église depuis ses origines; en méditant au lien vital qui unit Saint-Jean-de-Latran, l\u2019ancien centre de la chrétienté, à Saint-Pierre et au Vatican, qui en sont le centre actuel; en songeant à l\u2019impression causée la veille au soir, à cix heures, par la bénédiction que le Pape avait donnée, de sa fenêtre, à la foule, \u2014 empêché actuellement d\u2019accorder des audiences, le Saint Père apparaît chaque jour à sa fenêtre et bénit ses enfants, \u2014 je constatais que le Christus vincit, Christus régnât, Christus imperat prenait un relief extraordinaire.L\u2019auditeur attentif éprouvait presque le sentiment sensible de la pérennité de l\u2019Église: « Et moi, je te dis que tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l\u2019enfer ne prévaudront point contre elle.» Les journaux ont donné le détail de la cérémonie de la canonisation et de la messe du lendemain.Il importe davantage au but de cet article de dégager quelques pensées de l\u2019allocution du Saint Père, prononcée le samedi soir entre la canonisation et le chant du Te Deum.Cette allocution rappelle les principaux titres de gloire du nouveau saint.* Le nom si cher de Pie X traverse en ce soir radieux toute la terre, d\u2019un pôle à l\u2019autre, scandé par les voix les plus diverses; il suscite partout des pensées de céleste bonté, des élans puissants de foi, de pureté, de piété eucharistique, et résonne comme un témoignage éternel de la présence féconde du Christ dans son Église.Par un retour généreux, en exaltant son serviteur, Dieu atteste la sainteté éminente par laquelle, plus encore que par son office suprême, Pie X fut pendant sa vie le champion illustre de l\u2019Église et se trouve par là, aujourd\u2019hui, le saint que la Providence présente à notre époque.Le Saint Père désire que les fidèles contemplent « dans cette lumière la figure gigantesque et douce du saint pontife ».Trois faits principaux résument son œuvre: 1° le nouveau code de droit canon; 2° la lutte contre le modernisme; 3° sa sainteté personnelle toute sacerdotale.1.\tLe nouveau code de droit canon.\u2014 Dans sa première encyclique (4 octobre 1903), Pie X déclara jque son but unique était, selon le mot de saint Paul aux Éphésiens, de « tout instaurer dans le Christ, instaurare omnia in Christo ».Mais quelle est la voie qui nous ouvre l\u2019accès à Jésus-Christ ?se demandait-il, en regardant avec amour les âmes perdues et hésitantes de son temps.La réponse, valable hier comme aujourd\u2019hui et dans les siècles à venir, est: l\u2019Église.Ce fut donc son premier souci, entretenu incessamment jusqu\u2019à sa mort, de rendre l\u2019Église toujours plus concrètement apte et ouverte au cheminement des hommes vers Jésus-Christ.A cette fin, il conçut l\u2019entreprise hardie de renouveler le corps des lois ecclésiastiques, de manière à donner à l\u2019organisme entier de l\u2019Église un fonctionnement plus régulier, une sûreté et une promptitude de mouvements plus grandes, comme le demandait un monde extérieur imprégné d\u2019un dynamisme et d\u2019une complexité croissante.Cette « œuvre assurément difficile », selon l\u2019expression même de Pie X, répondait bien, affirme Pie XII, à son sens pratique éminent et à la vigueur de son caractère; cependant, il ne semble pas que la seule considération de son tempérament donne le dernier motif de la difficile entreprise.La source profonde de l\u2019oeuvre législative de Pie X est à chercher surtout dans sa sainteté personnelle, dans sa persuasion intime que la réalité de Dieu, perçue par lui dans une incessante communion de vie, est l\u2019origine et le fondement de tout ordre, de toute justice, de tout droit dans le monde.2.\tLa lutte contre le modernisme.\u2014 Dans cette entreprise, Pie X se révéla, comme dans la précédente, « champion convaincu de l\u2019Église et saint providentiel de nos temps ».Cette seconde entreprise « ressembla, par ses épisodes parfois dramatiques, à la lutte engagée par un géant pour la défense d\u2019un trésor inestimable: l\u2019unité intérieure de l\u2019Église dans son fondement intime: la foi ».Ce fut dès le milieu familial que la Providence le prépara à cette œuvre essentielle à la vie de l\u2019Église.La lucidité et la fermeté qu\u2019il manifesta dans la lutte « attestent à quel degré héroïque la vertu de foi brûlait dans son cœur de saint ».Il est juste que l\u2019Église, en lui décernant à cette heure la gloire suprême, à l\u2019endroit même où depuis des siècles brille sans se ternir celle de Pierre, et en confondant ainsi l\u2019un et l\u2019autre dans une seule apothéose, chante à Pie X sa reconnaissance et invoque en même temps son intercession pour se voir épargner de nouvelles luttes du même genre.Mais ce dont il s\u2019agissait précisément alors, c\u2019est-à-dire la conservation de l\u2019union intime de la foi et de la science, est un bien si grand pour toute l\u2019humanité que cette seconde grande œuvre du pontife est, elle aussi, d\u2019une importance telle qu\u2019elle dépasse largement les frontières du monde catholique.Contre le modernisme, « cette catastrophe spirituelle du monde moderne », qui séparait, « en les opposant, la foi et la science dans leur source et leur objet », et qui provoquait « entre ces deux domaines vitaux une scission tellement funeste que la mort l\u2019est à peine plus », Pie X indiqua l\u2019unique remède.Le saint opposa à un tel mal le seul moyen de salut possible et réel: la vérité catholique, biblique, de la foi acceptée comme « un hommage raisonnable » {Rom., xii, 1) rendu à Dieu et à sa révélation.Coordonnant ainsi foi et science, la première en tant qu\u2019extension surnaturelle et parfois confirmation de la seconde, et la seconde comme voie d\u2019accès à la première, il rendit au chrétien l\u2019unité et la paix de l\u2019esprit, conditions imprescriptibles de la vie.L\u2019action clairvoyante de Pie X fait qu\u2019aujourd\u2019hui comme hier l\u2019Église possède fermement la vérité.C\u2019est à lui, en effet, que revient le mérite d\u2019avoir préservé la vérité de l\u2019erreur, soit chez ceux qui jouissent de toute sa lumière, c\u2019est-à-dire les croyants, soit chez ceux qui la cherchent sincèrement.Pour les autres, sa fermeté envers l\u2019erreur peut encore demeurer un scandale; en réalité, c\u2019est un service d\u2019une extrême charité, rendu par un saint, en tant que chef de l\u2019Église, à toute l\u2019humanité.Des passages de cette allocution relatifs au rôle irremplaçable de l\u2019Église, il faut rapprocher le discours du Pape aux cardinaux et évêques présents à Rome pour la canonisation.Il rappelle, lui « ancien » parmi des « anciens », que le pontife romain et les évêques sont dans l\u2019Église les seuls maîtres de droit divin.Tous ceux qui négligent « la liaison avec le magistère vivant de l\u2019Église » tombent dans des errements funestes.3.\tSainteté personnelle toute sacerdotale.\u2014C\u2019est la sainteté qui inspira et guida les deux grandes entreprises de Pie X.Cette sainteté, elle « brille encore plus immédiatement dans ses actions quotidiennes ».C\u2019est en lui-même d\u2019abord qu\u2019il réalisa, avant de le réaliser dans les autres, le programme qu\u2019il s\u2019était fixé: tout rassembler, tout ramener à l\u2019unité dans le Christ.Comme humble curé, comme évêque, comme souverain pontife, il fut toujours persuadé que la sainteté à laquelle Dieu le destinait était la sainteté sacerdotale.202 RELATIONS « Prêtre avant tout dans le ministère eucharistique », voilà qui résume le mieux la physionomie du saint et son activité en faveur de la dignité du culte, de la réception fréquente, même quotidienne, de l\u2019Eucharistie.Grâce à la vision profonde qu\u2019il avait de l\u2019Église comme société, Pie X reconnut dans l\u2019Eucharistie le pouvoir d\u2019alimenter substantiellement sa vie intime et de l\u2019élever bien haut au-dessus de toutes les autres associations humaines.L\u2019Eucharistie seule, en qui Dieu se donne à l\u2019homme, peut fonder une vie de société digne de ses membres, cimentée par l\u2019amour avant de l\u2019être par l\u2019autorité, riche en œuvres et tendant au perfectionnement des individus, c\u2019est-à-dire « une vie cachée en Dieu avec le Christ ».C\u2019est là un exemple providentiel pour le monde moderne en désarroi.Qu\u2019il jette donc un regard sur les fidèles réunis autour de l\u2019autel et comprenne tout ce que peut apporter la vie eucharistique, cette vie de « solidarité avec le Christ et avec ses propres frères ».On puise à l\u2019autel la vie intérieure de dignité personnelle et de valeur personnelle, qui est actuellement sur le point d\u2019être submergée par le caractère technique et l\u2019organisation excessive de toute l\u2019existence, du travail et même des loisirs.Dans l\u2019Église seule, semble répéter le saint pontife, et, par elle, dans l\u2019Eucharistie, qui est « une vie cachée avec le Christ en Dieu », se trouve le secret et la source de rénovation de la vie sociale.D\u2019où l\u2019importance de l\u2019Eucharistie dans la vie du prêtre, qui a la grave responsabilité « d\u2019ouvrir aux âmes la source salvifique » du sacrement d\u2019amour.Son œuvre ne serait plus sacerdotale si, fût-ce même par zèle des âmes, il faisait passer au second rang sa vocation eucharistique.Que les prêtres conforment leurs pensées à la sagesse inspirée de Pie X et orientent avec confiance dans la lumière de l\u2019Eucharistie toute leur activité personnelle et apostolique.Mais la vie intérieure n\u2019est pas un bien réservé aux élus du Seigneur.Elle est nécessaire à tout chrétien.Sans la vie intérieure, toute activité, si précieuse eoit-elle, se dévalue en action mécanique et ne peut avoir l\u2019efficacité propre d\u2019une opération vitale.Pie XII revient une deuxième fois \u2014 on sait combien ce problème lui tient à cœur \u2014 sur les dangers de la technique, sur la nécessité de l\u2019imprégner de vie spirituelle.Eucharistie et vie intérieure: voilà la prédication suprême et la plus générale que Pie X adresse, en cette heure, du sommet de la gloire, à toutes les âmes.En tant qu\u2019apôtre de la vie intérieure, il se situe, à l\u2019âge de la machine, de la technique, de l\u2019organisation, comme le saint et le guide des hommes d\u2019aujourd\u2019hui.Le Pape termina son allocution par une très belle prière au nouveau saint (voir p.198).* Au soir du 29 mai, comme après la cérémonie du lendemain, Pie XII, encore convalescent, sentit probablement peser sur lui la lassitude physique.Cette lassitude, soyons-en sûrs, lui parut légère.De toutes les canonisations de son pontificat, nulle sans doute ne lui fut et ne lui sera plus douce que celle de Pie X.Les illuminations de la place Saint-Pierre, qui attirèrent tant de monde, étaient un symbole bien pâle de l\u2019allégresse de son âme.Il sait que successeur, comme lui, de Pierre, le nouveau saint veillera d\u2019une façon spéciale sur l\u2019Église, à une époque où les hommes ont grand besoin de sa vérité et de sa charité.Qu\u2019est-ce que l\u2019urbanisme ?Jean CIMON I\u2019URBANISME est un mot à la mode dont chacun use suivant sa fantaisie ou son intérêt; finalement, on ne s\u2019y comprend plus.L\u2019urbanisme n\u2019est pas « l\u2019embellissement ».Cette plante curieuse qui fleurit dans la province de Québec a été définie par un architecte québécois: « Les efforts louables que l\u2019on fait pour rendre moins odieux ce que l\u2019on a négligé de faire beau du premier coup; c\u2019est le repentir de la laideur.» Il est difficile d\u2019embellir la laideur, et une chose bien faite n\u2019a pas besoin d\u2019être embellie.L\u2019urbanisme respecte la tradition et y puise une inspiration précieuse qui s\u2019exprime en fonction des besoins humains et des techniques de notre époque.Les urbanistes s\u2019inquiètent du pillage scandaleux de nos monuments historiques et ils partagent l\u2019opinion de M.Gérard Morisset qui lançait ce cri d\u2019alarme: Nous avons perdu à peu près tout sens de l\u2019architecture, et il est temps de le récupérer si nous ne voulons pas abîmer définitivement le coin de pays où nous vivons.Sujet très actuel que celui de l'urbanisme.Nos lecteurs apprécieront donc cet article de M.Jean Cimon, sociologue-urbaniste au Service provincial de l'urbanisme et professeur d'urbanisme à la faculté d'arpentage et de génie forestier de V Université Laval.M.Cimon a étudié l'urbanisme en Suède et à l'Institut d'urbanisme de l'Université de Paris.Ce texte inédit est l'introduction d'un livre qui paraîtra prochainement sous le titre de Suède, pays de l\u2019urbanisme.Il y a deux manières d\u2019abîmer un pays: soit en faisant disparaître, l\u2019un après l\u2019autre, les monuments dignes d\u2019intérêt qui en sont la parure; soit en les noyant dans des masses de constructions médiocres qui les soustraient au regard ou leur enlèvent, par un voisinage encombrant, une part de leurs qualités architecturales.Il y a longtemps que nous avons combiné ces deux manières d\u2019enlaidir notre paysage.(Z,\u2019 Architecture en Nouvelle-F rance.) L\u2019urbanisme est la science et l\u2019art de l\u2019aménagement de l\u2019espace en vue d\u2019assurer le bien-être des populations.L\u2019urbanisme, tel qu\u2019on l\u2019entend aujourd\u2019hui, est d\u2019abord une préoccupation économique et sociale née du phénomène récent de la croissance vertigineuse des villes.La concentration d\u2019une énorme population dans un espace restreint pose des problèmes complexes d\u2019aqueduc, de voirie, d\u2019hygiène, de protection contre l\u2019incendie, de circulation, de stationnement, etc., problèmes qui touchent moralement l\u2019individu et sont souvent à l\u2019origine de graves désordres sociaux.Par exemple, une croissance urbaine désordonnée, des JUILLET 1954 203 maisons impropres à l\u2019habitation, l\u2019absence d\u2019espaces libres, etc., peuvent causer la désintégration de la famille, l\u2019affaiblissement progressif de la santé et de la vigueur intellectuelle, la délinquance juvénile.Ce qui fait la difficulté de l\u2019urbanisme, c\u2019est la complexité de son objet.L\u2019urbanisme ne saurait être seulement la chose de l\u2019ingénieur, del \u2019architecte, de l\u2019arpenteur, du sociologue, de l\u2019économiste ou du législateur.L\u2019urbanisme est une œuvre collective parce qu\u2019il englobe les multiples aspects de la vie urbaine.Les grands problèmes actuels de l\u2019urbanisme \u2014 plan et zones, communications, habitation \u2014 sont dominés par un problème plus général, celui des hommes.La conception qu\u2019on se fait de la ville change avec les époques.Au xvne siècle, les villes, ce sont de beaux monuments, des places à ordonnances.Au xixe siècle, ce sont des maisons et des rues: des maisons qu\u2019il faut rendre saines et des rues qui doivent être commodes.Au xxe siècle, ce sont des habitants: avant d\u2019être un assemblage de maisons et de rues, la ville nous apparaît comme un assemblage, disons mieux, comme une assemblée d\u2019êtres humains.(Pierre Lave-dan, « Bases sociales, économiques, politiques de l\u2019urbanisme », dans la Vie urbaine, Paris, 1950, n.56.) A la topographie physique d\u2019une ville se superpose la topographie sociale; l\u2019urbanisme doit saisir et harmoniser ces deux réalités.La topographie physique urbaine exprime une notion géographique.Elle s\u2019intéresse aux différents segments du territoire urbain suivant leur fonction particulière: zones de l\u2019industrie, du commerce de gros ou de détail, de l\u2019administration publique, des hôtels et pensions, de l\u2019habitation familiale, qui forment un organisme dynamique ayant des lois propres.La topographie sociale urbaine exprime une notion sociologique.Elle concerne les divers groupes d\u2019individus caractérisés par des différences dans les standards de vie, dans le travail, dans les coutumes, dans la mentalité; car chaque groupe tend à l\u2019unité sur un même point géographique de la ville.Cette dissociation des groupes sur des secteurs particuliers du territoire urbain forme le quartier, qui s\u2019approprie le statut social conféré au groupe qui l\u2019habite.On dira, par exemple, un « quartier pauvre », ou un « quartier chic », indiquant par là que le groupe confère une valeur sociale à un segment de territoire donné.Au Canada français, cette notion de quartier correspond assez bien au territoire paroissial.Cette topographie sociale présente parfois un caractère géographique: ainsi les classes sociales dominantes occupent souvent les points les plus élevés du territoire urbain.Si la ville est d\u2019abord une assemblée d\u2019êtres humains, il importe de bien connaître cette assemblée; c\u2019est là qu\u2019intervient la collaboration indispensable du sociologue à l\u2019urbanisme.Le sociologue-urbaniste doit comprendre et aimer cette assemblée humaine pour laquelle il travaille.La connaissance statistique d\u2019un milieu humain ne suffit pas.Il faut s\u2019efforcer de pénétrer au delà des visages et des nombres.Les ouvrages d\u2019information et d\u2019imagination apportent une aide précieuse à la connaissance d\u2019un milieu humain: les romans de Roger Lemelin, par exemple, comptent parmi les meilleurs documents à la disposition du sociologue qui étudie la ville de Québec.Les journaux quotidiens indiquent aussi, mais de façon confuse, le cheminement capricieux de l\u2019opinion publique.Besoin d'espaces libres.\u2014 Le malheur de nos villes, c\u2019est qu\u2019on y a tué la nature, milieu normal de l\u2019homme.Le citadin vit dans un univers de briques et de cheminées qui obscurcissent le ciel, souillent l\u2019air pur et font disparaître toute verdure.Le paysage ne peut jouer un rôle bienfaisant dans une agglomération urbaine, si les citoyens ne respectent pas ces valeurs ignorées ou oubliées: Y arbre, comme élément de beauté, d\u2019hygiène et comme ornement urbain; le panorama, trop souvent masqué sans vergogne par des bâtiments laids, des panneaux-réclame vulgaires et démesurés; les perspectives architecturales qu\u2019il faut conserver ou aménager.Pendant longtemps, la forêt très dense de la vallée du Saint-Laurent fut un obstacle à l\u2019établissement agricole.Aux premiers temps de la Nouvelle-France, il fallait faire vite : bûcher, essoucher, brûler les abatis, défricher, repousser la forêt hostile où s\u2019embusquaient les indigènes.Mais cette phase est terminée depuis longtemps à la périphérie de nos villes; on n\u2019en continue pas moins à raser tel terrain boisé avant de commencer à bâtir.On dynamite tel rocher, tel mamelon gênant plutôt que de les utiliser comme thème d\u2019un aménagement urbain pittoresque.Parce que la nature sauvage est encore tout près de nos petites villes, on dirait que les Canadiens français sont portés instinctivement à la détruire, comme s\u2019ils voulaient échapper à sa domination: l\u2019usage vraiment pathologique qu\u2019ils font du bull-dozer, pour raser et niveler un terrain boisé avant de bâtir, remonte peut-être à cette obsession de la forêt qui hantait les premiers colons français.Un des leitmotive de l\u2019urbanisme au Canada français devra être la réintégration de la nature dans les agglomérations urbaines; dans son plan d\u2019aménagement d\u2019Ottawa (Projet d'aménagement de la capitale nationale du Canada, Ottawa, Imprimeur du Roi, 1950), l\u2019urbaniste Jacques Gréber nous en donne une démonstration splendide.Au Canada, on a souvent l\u2019impression que l\u2019urbanisme est au service exclusif des véhicules.On rogne continuellement les trottoirs \u2014 déjà si étroits! \u2014 pour élargir la chaussée.On n\u2019hésite pas à transformer nos places en parcs de stationnement : hier, une pelouse, un banc sous de beaux arbres; aujourd\u2019hui, un désert d\u2019asphalte.Détruire un arbre pour loger une automobile, cela n\u2019est pas de l\u2019urbanisme; si l\u2019automobile pose des problèmes qu\u2019il faut résoudre, les citadins ont 204 RELATIONS besoin de deux arbres là où il n\u2019en existait qu\u2019un avant l\u2019invasion de la ville par l\u2019automobile.Ce qui étonne l\u2019urbaniste abordant aux rives du Saint-Laurent, c\u2019est le retard considérable de l\u2019équipement social sur l\u2019équipement industriel.Ce paradoxe peut s\u2019expliquer ainsi: l\u2019industrialisation de la province de Québec \u2014 cause de l\u2019urbanisation du groupe cana-dien-français \u2014 est l\u2019œuvre d\u2019une minorité anglo-saxonne étrangère à la culture canadienne-française.Le groupe anglo-saxon a construit des usines, harnaché des rivières puissantes : les aménagements hydrauliques sur le Saint-Maurice et sur le Saguenay sont des chefs-d\u2019œuvre d\u2019aménagement industriel.De son côté, le groupe canadien-français \u2014 transplanté d\u2019un milieu rural familier dans un milieu urbain improvisé \u2014 ne s\u2019est pas encore adapté tout à fait à la vie urbaine.L\u2019absence d\u2019urbanisme social (de l\u2019harmonisation des besoins humains et des fonctions urbaines) dans les villes du Québec reflète, sur le plan physique, la crise actuelle de la culture canadienne-française.Le problème des taudis \u2014 pour ne citer qu\u2019un exemple \u2014 retient depuis peu l\u2019attention du groupe canadien-français.Mais un cas particulier ne saurait être résolu sans une synthèse objective de tous nos problèmes urbains.« Or, ce Québec industriel et urbain n\u2019a encore été l\u2019objet d\u2019aucune étude d\u2019ensemble.» (Essais sur le Québec contemporain.Avant-propos par Jean-C.Falardeau.Québec, Presses universitaires Laval, 1953.) Urbanisme et famille.\u2014 L\u2019homme a toujours besoin d\u2019un abri sûr, de repos, de sécurité, d\u2019espace et d\u2019air pur.Or, une ville qui se développe au hasard satisfait généralement peu à ces exigences naturelles.Parmi les bouleversements causés par la vie urbaine, l\u2019un des plus graves est celui qui atteint la famille.Il est étonnant de constater avec quelle souplesse la vie familiale s\u2019est intégrée dans cette complexité et ce tourbillon de la vie contemporaine d\u2019une grande ville.Il y a bien eu, çà et là, des heurts et des mésadaptations; mais il faut reconnaître que la famille y a gagné, grâce à l\u2019éclosion merveilleuse de jeunes talents dont la découverte est attribuable aux avantages que procure la vie urbaine.Par contre, la vie urbaine fait beaucoup de mal à nos enfants.Dès le jeune âge, elle les prive d\u2019air pur et de soleil tonifiant, faute d\u2019espace autour de la maison.A l\u2019école primaire, les classes sont grises la plupart du temps, parce qu\u2019on a construit l\u2019école en bordure du trottoir; l\u2019enfant n\u2019a pour toute échappée que le mur d\u2019en face et le macadam hostile de la rue.L\u2019enfant a un besoin vital d\u2019espace où remuer et courir en toute sécurité, où jouir de la verdure, du soleil et de l\u2019air pur.Comment voulez-vous que nos enfants soient heureux et disciplinés, si on les prive de l\u2019essentiel ?Le terrain de jeux, \u2014 et je ne parle pas ici d\u2019une cour sale et obscure avec horizon de briques JUILLET 1954 et de cordes à linge, \u2014 le terrain de jeux vaste et ensoleillé est une nécessité vitale de la vie urbaine.Et logiquement, l\u2019école devrait être située au beau milieu de ce terrain de jeux, sans qu\u2019il en coûte plus cher aux contribuables; car le terrain de jeux paroissial pourrait se confondre avec le terrain de l\u2019école.Bien plus, l\u2019école devrait être aménagée de façon à servir de centre récréatif en dehors des heures de classe.On n\u2019aurait plus à s\u2019entasser sous l\u2019église, dans des caves humides et enfumées; l\u2019école reprendrait sa véritable fonction sociale, qui est d\u2019être le prolongement de la famille urbaine.Car il faut bien reconnaître que la vie familiale ne saurait redevenir ce qu\u2019elle était autrefois; l\u2019avènement généralisé du salariat et une division du travail de plus en plus prononcée ont considérablement restreint l\u2019empire de la famille urbaine.De nouvelles institutions sociales remplissent maintenant certaines fonctions autrefois propres à la famille.Ainsi sont nés l\u2019hôpital, l\u2019école et le centre récréatif, la banque et la compagnie d\u2019assurances, la coopérative et l\u2019union ouvrière.C\u2019est le rôle de l\u2019urbanisme de favoriser l\u2019épanouissement de ces institutions et de les intégrer d\u2019une manière rationnelle dans la ville.Urbanisme et civisme.\u2014 Le conseil municipal reflète avec plus ou moins de précision la mentalité de ses administrés; il est lié en quelque sorte à l\u2019opinion publique et il doit \u2014 à brève ou à longue échéance \u2014 satisfaire aux revendications populaires.Mais si l\u2019opinion publique est indifférente au bien commun de la ville, il arrive que les seules pressions faites sur le conseil municipal soient celles des intérêts particuliers, qui vont souvent à l\u2019encontre du bien général des citoyens.Il faut avouer que trop de conseils municipaux ont manqué de compétence et de prévoyance dans le passé; on a laissé grandir les villes au gré des circonstances et des intérêts mercantiles d\u2019une minorité.Même si la province de Québec se donne la meilleure loi d\u2019urbanisme qui se puisse concevoir, cette législation restera lettre morte tant qu\u2019on n\u2019aura pas suffisamment éclairé l\u2019opinion publique.Une loi est efficace dans la mesure où le peuple la respecte.C\u2019est pourquoi, dans l\u2019état actuel de notre mentalité, les mouvements d\u2019éducation populaire ont un rôle essentiel à jouer auprès de notre population.C\u2019est l\u2019éducation systématique du peuple suédois qui a préparé le triomphe de l\u2019urbanisme en Suède.C\u2019est le devoir des urbanistes de réinstaller sur le territoire urbain Air-Lumière-Verdure, ces règles fondamentales de l\u2019urbanisme qui furent admirablement appliquées à tous les quartiers urbains aménagés en Suède au cours des vingt dernières années.La ville verte et ensoleillée n\u2019est pas une utopie: elle existe en Suède et elle est une nécessité.205 DISQUES DE CHOIX MUSIQUE D\u2019ORGUE Jean-Paul LABELLE, S.J.EN ÉCOUTANT la musique d\u2019orgue dont je parlerai dans cette chronique, j\u2019éprouvais une curieuse d\u2019impression; j\u2019essaierai de la définir du mieux que je puis.Vous vous trouvez dans un petit salon ou une pièce de dimensions restreintes, et vous entendez un instrument destiné à des cathédrales aux voûtes élancées.Vous vous rendez compte que l\u2019écriture musicale pour orgue souffre de cet écart dû au changement de local.Les sons ne se meuvent pas aussi à l\u2019aise dans leur réceptacle réduit et voudraient se jouer en de plus vastes espaces.Pour compenser ce désavantage, surtout si vous possédez un appareil de haute fidélité, la perfection de l\u2019enregistrement sonore vous livre le timbre et le détail de la registration avec une telle netteté, avec une telle sincérité que vous croiriez être assis à côté de l\u2019organiste, comme si vous tourniez pour lui les pages.Cette présence est une des grandes victoires de la machine moderne dans la reproduction des chefs-d\u2019œuvre.Alors, en suivant les fugues qui se développent, le contraste des timbres et des masses sonores, vous comprenez que vous goûterez beaucoup plus pleinement et avec plus de sens, à la prochaine audition dans votre église, ces œuvres que vous recevez dans la paix de votre salon.Toutes les pièces relevées ici ont été exécutées par Jeanne Demessieux, organiste qui prolonge la grande tradition française et possède une conscience musicale, une sûreté de touche et d\u2019interprétation irréprochable.La Toccate et fugue en ré mineur et le Prélude et fugue en ré majeur de Jean-Sébastien Bach couvrent la première face d\u2019un disque enregistré à Saint-Marc de Londres.L\u2019orgue possède une sonorité équilibrée, des jeux assez puissants et fidèlement retranscrits.Inutile d\u2019insister sur ces grandes fresques musicales familières à tous nos lecteurs; disons seulement que nous y retrouvons la majesté, la sérénité et l\u2019imagination féconde de Bach, respectées avec beaucoup de soin.Au verso, la Pastorale de Franck, op.19 n° 4, extraite des six pièces pour grand orgue (1860-1862) qu\u2019un organiste aime mieux encore exécuter qu\u2019entendre et qu\u2019un auditeur savoure à cause de son caractère champêtre et de son merveilleux accompagnement rythmique.De Franck également, une grande Fantaisie en la majeur, qui porte bien son nom et contient des accents d\u2019une suave beauté (London, LL.319).Puisque nous parlons de fantaisie, signalons celle de Liszt, Fantaisie et fugue, sur le choral Nos ad salutarem undam, qui exige de la part de l\u2019exécutant une virtuosité peu commune.Par moments, on a l\u2019impression d\u2019avoir devant soi un véritable orchestre tant la complexité sonore y est intense.Au verso, Jeanne Demessieux a ajouté les Variations de la symphonie gothique, op.70, de Charles-Marie Widor (le final de cette symphonie), une très belle page dans la musique française (London, LL.697).Sur une autre cire, Jeanne Demessieux a présenté, avec le concours d\u2019Ansermet et de l\u2019orchestre de la Suisse romande, deux concerti de Haendel pour orgue et orchestre (op.4, nOB 1 et 2).Ce sont des pages d\u2019une admirable beauté où le dialogue se poursuit avec un accord et une intimité exquis.Tour à tour graves, enjouées, légères, les notes s\u2019acheminent vers leur terme sans hésiter jamais (London, LL.695).Enfin, pour terminer cette brève chronique, je signale à l\u2019attention du lecteur une édition de choix, publiée à l\u2019occasion du couronnement de la reine Élisabeth: deux disques de musique anglaise du xvr siècle composée par les maîtres de cette époque: Byrd, Gibbons, Bull, Farnaby et Philips.Ces œuvres exécutées à l\u2019orgue, tel qu\u2019il sonnait autrefois, ou au clavecin, à l\u2019épinette, sur la viole de gambe sont des bijoux d\u2019une ciselure parfaite.Un âge d\u2019or qu\u2019il fallait faire revivre.Sévère ou galant, le texte est toujours avant tout musical (London, LL.712-713).HORIZON INTERNATIONAL «CONCILE ŒCUMÉNIQUE» r\\N EN PARLE SOU- L/ VENT, dans les milieux les plus divers, mais les projets qui arrivent de Moscou sont apocalyptiques.Ce ne sont encore que des indications.On en trouve la substance dans un article que l\u2019archiprêtre Liviu Stan vient de faire paraître (« Au sujet du futur concile œcuménique », Revue du patriarcat moscovite, mars 1954).L\u2019archiprêtre est roumain, mais les soviétiques, comme tous les peuples impériaux, aiment faire faire leurs sondages par des subordonnés.Laissons de côté les deux premières parties de cet article où le Père Stan fait l\u2019historique des conciles œcuméniques, depuis le deuxième de Nicée (787) jusqu\u2019à nos jours, et des négociations stériles qui eurent lieu, entre les deux dernières guerres, en vue de convoquer un concile œcuménique panor-thodoxe.On arrive ainsi à la conférence des Églises autocé-phales (Moscou, 8-18 juillet 1948) que nous avons étudiée dans le Cominform ecclésiastique (Montréal, E.S.P., janvier 1949).Le P.Stan observe (p.60) : En plus des problèmes susdits, la conférence de Moscou en étudia d\u2019autres qui intéressent les Églises orthodoxes, c\u2019est-à-dire: le problème des rapports avec les Églises hétérodoxes d\u2019Orient, le problème interorthodoxe du mont Athos, le problème des saints Lieux de Jérusalem et de Palestine, le problème du futur concile œcuménique ou panorthodoxe, et d\u2019autres problèmes.Sur toutes ces questions, néanmoins, on ne prit aucune décision, sauf celle de les étudier dans l\u2019avenir.1.Les Eglises orthodoxes dissidentes et le concile.\u2014 Le P.Stan examine alors qui a droit de prendre part à ce « concile œcuménique ».Ce ne peuvent être, dit-il, que les évêques orthodoxes: « un évêque hétérodoxe, hérétique ou schismatique ne peut être membre d\u2019un concile œcuménique; il ne peut être invité que s\u2019il fait pénitence ».Ceci mérite examen.Pour notre auteur, les seules Églises orthodoxes autocéphales sont les suivantes: Constantinople, Antioche, Alexandrie, Jérusalem, U.R.S.S., Géorgie, Roumanie, Bulgarie, Yougoslavie, Albanie, Grèce, Chypre, Tchécoslovaquie, Pologne.J\u2019ai souligné celles qui appartiennent au système soviétique de nations.Le patriarche d\u2019Antioche paraît entièrement gagné à Moscou.On devine les pressions dont celui de Jérusalem est l\u2019objet.Déjà cela assurerait à Moscou une majorité de dix contre quatre.Le nombre des 206 RELATIONS évêques soviétiques est beaucoup plus élevé que celui des autres évêques.Les rapports entre Moscou et Jérusalem s\u2019améliorent de jour en jour, depuis qu\u2019Israël a remis au patriarcat moscovite, en 1948, les sanctuaires russes qui se trouvaient sur son territoire.Le patriarcat moscovite possède deux églises à Jérusalem, un monastère à Aïn Karem, une église à Jaffa, l\u2019église de Saint-Élie au mont Carmel et des propriétés à Nazareth, Cana, Tibériade et ailleurs.L\u2019Église russe de l\u2019Émigration administre les sanctuaires de l\u2019Ascension et de Gethsémani au mont des Oliviers, le monastère de Béthanie, l\u2019église de Sainte-Marie-Madeleine et le sanctuaire du Chêne de Mambré, à Hébron.Depuis son arrivée en Palestine, la mission patriarcale moscovite s\u2019est donné pour tâche de soigner ses relations avec « la Mère des Églises orthodoxes \u2014 Jérusalem », dont on fait la concurrente de Constantinople pour la primauté d\u2019honneur.Moscou entretient des rapports amicaux avec les hétérodoxes arméniens, coptes, abyssins, etc.Pour la fête patronale de la Trinité, en 1953, le patriarche de Jérusalem Timothée envoya son vicaire Athénagore célébrer la messe à l\u2019église soviétique.Celui-ci déclara: « L\u2019Église de Sion, Mère des Églises orthodoxes, a toujours été unie par des liens étroits avec l\u2019Église orthodoxe de Russie et le peuple russe.Nous faisons toujours mémoire du très saint patriarche (de Moscou) Alexis.» Quelques semaines auparavant, à l\u2019occasion de la fête de saint Alexis, l\u2019archimandrite copte (mono-physite) avait déclaré: « Nous regardons l\u2019Église orthodoxe de Russie comme la colonne et la confirmation de la charité parmi les Églises-sœurs d\u2019Orient.» Les Éthiopiens ont accès aux moyens de subsistance dont ils ont besoin.Les autres auront de la peine à vivre sans une aide que Moscou, aujourd\u2019hui comme sous les tsars, peut libéralement accorder.Les Églises « hétérodoxes » sont les Églises monophysites d\u2019Arménie, de Syrie, d\u2019Égypte et d\u2019Éthiopie, ainsi que l\u2019Église nestorienne d\u2019Iraq.Le patriarche arménien participa à la conférence de Moscou en 1948, sans droit de vote.On prévoit sans peine une participation « hétérodoxe », de deuxième plan, mais amicale, au concile qui s\u2019en vient.Les évêques « schismatiques » seraient les évêques russes d\u2019Europe et d\u2019Amérique qui n\u2019acceptent pas l\u2019autorité du patriarche moscovite.Le Religious News Service rapporta récemment des extraits d\u2019une lettre du patriarche de Moscou Alexis au patriarche de Constantinople Athénagore.Il exigeait que Constantinople condamnât comme schismatiques les Églises russes orthodoxes anticommunistes d\u2019Europe et d\u2019Amérique avant qu\u2019il puisse convoquer un concile œcuménique.Moscou peut tenir la dragée haute.D\u2019après la théologie dissidente orientale, il n\u2019y a pas de primauté réelle chez les patriarches orientaux.Depuis la chute de l\u2019empire byzantin, le droit de convoquer un concile œcuménique appartient aux collèges qui gouvernent les Églises autocéphales.N\u2019importe quel patriarche peut convoquer le concile au nom des autres Églises.On semble préparer Jérusalem à cette tâche.S\u2019il est question d\u2019attribuer cet honneur et cette grave responsabilité à un des sièges apostoliques, ou à un des patriarcats d\u2019importance historique, il nous semble qu\u2019il faudrait laisser la préférence au trône de Jérusalem, au trône de la sainte forteresse de Sion, où le Fils de Dieu prêcha et offrit le sacrifice rédempteur.On peut trouver chez plus d\u2019un Père de l\u2019Église, chez saint Théodore Studite en particulier, des textes qui réclament une primauté d\u2019honneur pour Jérusalem.Si l\u2019on prétend que Byzance fut fondée par saint André, Kiev peut réclamer la même prérogative pour des raisons aussi valables.Le seul titre de Constantinople, aujourd\u2019hui Istambul, à une primauté d\u2019honneur est d\u2019avoir été la « Nouvelle Rome ».Ce titre disparut en 1453.Ses derniers vestiges de grandeur s\u2019évanouirent quand les Églises fondées par elle s\u2019émancipèrent.Si Jérusalem convoque le concile au nom des Églises soviétiques, satellites ou amies, les évêques de Constantinople et d\u2019Alexandrie seront tellement submergés dans la majorité que leur voix arrivera à peine à se faire entendre.On peut donc prévoir que l\u2019unité morale du vieux monde oriental dissident sera faite autour du patriarche soviétique.Ce sera la première fois depuis Photius.Il faut envisager une espèce d\u2019unité englobant également les hétérodoxes monophysites.Alors, pour la première fois dans l\u2019histoire, l\u2019Orient ecclésiastique ferait front commun contre l\u2019Occident.2.\tLe but du concile.\u2014 On peut s\u2019en faire une idée en examinant les actes de la Conférence des Églises autocéphales orthodoxes de 1948 (Moscou, 2 vol., 1950) et ceux de la Conférence de toutes les Églises et associations religieuses de VU.R.S.S.(1 vol., Moscou, sans date).A cette dernière participèrent, avec les représentants des autres confessions religieuses, deux évêques catholiques, un lithuanien et un letton.Le compte rendu officiel leur fait dire bien des choses; mais on nous avertit que le « texte de cette édition a été établi d\u2019après le compte rendu sténographique de la Conférence ».On s\u2019en doutait; il est des « établissements » qui n\u2019inspirent aucune confiance.Le gros effort de 1948 fut dirigé contre la papauté; celui de 1952 voulait plutôt « établir » que l\u2019Union soviétique était la seule puissance pacifique dans le monde.On peut considérer la citation suivante, détachée de VAdresse aux chrétiens de tout l'univers, adoptée par la Conférence le 17 juillet 1948, comme une synthèse suffisamment exacte de l\u2019ensemble.Ministres de l\u2019Église orthodoxe, nous sommes douloureusement frappés du fait que les incendiaires de la nouvelle guerre sont des enfants du monde chrétien, catholique et protestant.Nous sommes profondément peinés qu\u2019au lieu de voix de paix et d\u2019amour fraternel, de la forteresse du catholicisme, le Vatican, et du nid du protestantisme, l\u2019Amérique, nous entendions des bénédictions de la nouvelle guerre et des hymnes de louange aux bombes atomiques et autres découvertes de ce genre, destinées à anéantir la vie humaine.Notre sincère prière et notre plus fervent désir, c\u2019est que l\u2019orgueil et l\u2019ambition du Vatican et de ses suppôts, comme l\u2019assurance du rationalisme protestant, se transforment dans l\u2019amour de Dieu et du prochain, fassent place à l\u2019humilité chrétienne.On voit le genre.Ces prélats seraient bien en peine s\u2019ils devaient produire les documents vaticans où se trouvent « des hymnes de louange aux bombes atomiques » et des « bénédictions de la nouvelle guerre ».Contre le Saint-Siège, l\u2019attaque sera directe et très violente.Elle aura pour but de rallier le plus de chrétiens possible à la politique soviétique dite de paix.3.\tLe concile et le monde protestant.\u2014 Les soviétiques traitent les anglicans à part.Ils ont étudié ce qui s\u2019est passé sous Henri VIII et sous Élisabeth; ils connaissent la différence entre High Church, Low Church et Broad Church; ils ont suivi les efforts anglicans pour se rapprocher de l\u2019Église orientale.La grande question est toujours celle des ordinations anglicanes.Voici ce que proposa Moscou en 1948.On peut supposer que le « concile œcuménique » formulera des conditions à peu près identiques.En considérant avec toute attention et sympathie le mouvement qui se manifeste parmi de nombreux représentants de l\u2019anglicanisme et qui tend au rétablissement des relations et de la communion des croyants de l\u2019Église anglicane avec l\u2019Église universelle, nous statuons que la hiérarchie anglicane contemporaine pourrait obtenir de l\u2019Église orthodoxe la reconnaissance de la validité de son JUILLET 1954 207 sacerdoce, si'entre les Églises orthodoxe et anglicane était préalablement établie et expressément formulée (comme il est dit plus haut) l\u2019unité de foi et de confession.A l\u2019instauration de cette unité, tant désirée, la reconnaissance de la validité des ordinations anglicanes pourra être réalisée, selon le principe de l\u2019économie, par la décision d\u2019un concile de toute la sainte Église orthodoxe, une telle décision pouvant seule avoir autorité pour nous.Cette dernière phrase laisse entendre qu\u2019une des tâches principales du futur concile sera de régler la question des ordinations anglicanes.Dans ce premier projet, les conditions posées aux anglicans sont exclusivement d\u2019ordre religieux.Depuis un siècle, tout le parti ritualiste en a fait la substance même de sa doctrine.L\u2019offre du concile, dans ces circonstances, deviendra à peu près irrésistible.Les modernistes, qui récitent fidèlement le symbole de saint Athanase tout en ne croyant pas à la divinité de Jésus-Christ, ne soulèveront pas d\u2019objections de fond.Les amis du doyen rouge s\u2019agiteront en faveur du concile pour d\u2019autres raisons.Il faut aussi compter sur l\u2019hostilité d\u2019une partie considérable du clergé anglican contre Rome, sur l\u2019influence que le gouvernement peut exercer pour entraîner une décision religieuse, sur l\u2019orchestration de la propagande par l\u2019appareil secret du parti communiste.Il y a là de quoi créer, dans l\u2019Église établie, une confusion qui peut la détruire à peu près complètement.La conférence de 1948 fit une étude fouillée du mouvement œcuménique dont elle étudia les divers aspects.Dans la Revue du patriarcat moscovite (avril 1954, pp.64-72), A.Vedernikov vient de faire paraître une nouvelle étude à ce sujet: « Les scandales de l\u2019œcuménisme ».Il a noté que les délégués de Grèce et de Chypre ne vinrent pas à la conférence de Lund, en 1952; que ceux du patriarcat de Constantinople n\u2019y prirent aucune part active.Ajoutons que les trois métropolites grecs__ délégués à la seconde assemblée du Conseil mondial des Églises (Evanston, 111., 15-31 août 1954), Panteleimon de Salonique, Ambroise de Phthiotis et Agathonikos de Kalavrita, viennent de s\u2019excuser.On ne trouva que dix théologiens et un aumônier royal pour faire le voyage d\u2019Amérique.Les orthodoxes, en général, hésitent à se joindre au mouvement œcuménique pour de nombreuses raisons.Détachons cette phrase de la « résolution » votée à Moscou le 17 juillet 1948: Le protestantisme, à l\u2019aspect si varié, divisé en sectes et tendances diverses, ayant perdu conscience de l\u2019éternité et de l\u2019immutabilité de l\u2019idéal chrétien, s\u2019efforce, dans son dédain orgueilleux des institutions apostoliques et patris-tiques, de s\u2019engager dans la voie de l\u2019opposition au papisme romain.^Le protestantisme cherche un allié pour cette lutte dans l\u2019Eglise orthodoxe, afin de devenir une importante force internationale.L\u2019orthodoxie aura là à subir une tentation plus grande encore, celle de s\u2019éloigner de la recherche du Royaume de Dieu et de s\u2019engager sur un terrain politique, ce qui est étranger aux buts de l\u2019Église orthodoxe.Réduire l\u2019œcuménisme contemporain à un engagement politique du protestantisme contre l\u2019Église catholique est fausser la perspective.Il faut noter que les soviétiques acceptent l\u2019antipapisme foncier de la plupart des protestants contemporains, mais ils prétendent l\u2019élever au palier du Royaume de Dieu.Cette propagande pourra impressionner certains protestants qui cherchent des motifs surnaturels à leur haine de la papauté.Quant aux chrétiens rouges, \u2014 et ils sont nombreux s\u2019il faut ajouter foi au Rev.Daniel E.Poling (Saturday Evening Post, 24 avril 1954), \u2014 on n\u2019aura même pas à s\u2019en occuper.Des hommes comme Dr.Harry Ward de Y Union Theological Seminary, notre Dr.James Endicott et ceux qui, consciemment ou non, emboîtent le pas derrière eux n\u2019ont pas besoin d\u2019un « concile œcuménique » pour faire, chez nous, la propagande soviétique.Ce projet de concile, hostile au mouvement œcuménique tel qu\u2019il existe aujourd\u2019hui, posera de terribles problèmes aux consciences protestantes.Peut-être, enfin, faudra-t-il choisir.L\u2019option réelle sera entre Rome et Moscou; le dilemme apparent sera peut-être Rome ou Jérusalem, le huitième « concile œcuménique » faisant l\u2019unité chrétienne telle qu\u2019elle existait avant le grand schisme.Il ne sera pas difficile d\u2019accabler Rome, si la propagande est bien organisée.Ce serait en vérité l\u2019abomination de la désolation dans le lieu saint, Satan apparaissant sous les traits du successeur de Jésus-Christ, à Jérusalem; on songe à la chaire de fumée et de feu, érigée non plus dans le vaste camp de la Babylonie dont parle saint Ignace, mais sur le Golgotha.Joseph-H.Ledit.5 juin 1954.LES LIVRES QUESTIONS RELIGIEUSES ET MORALES G.Philips: Le Rôle du laïcat dans l'Église.\u2014 Paris, Caster-man, 1954, 248 pp., 21 cm.T TN DES MEILLEURS ouvrages qui aient été écrits sur cette question à la fois neuve et délicate.L\u2019A.ne fuit pas les difficultés; au contraire, il sait les voir et les sérier, examinant chacune à sa place.Qu\u2019il traite du champ d\u2019action du laïcat, des valeurs temporelles, du laïc en regard du pouvoir de l\u2019ordre, du laïc devant le magistère, du laïc dans ses rapports avec le gouvernement de l\u2019Église, de la réforme dans l\u2019Église, de l\u2019État laïque ou de l\u2019État clérical, de l\u2019Action catholique, de l\u2019apostolat des laïcs, de la spiritualité « laïcale », l\u2019A.le fait d\u2019une façon précise, ouverte et courageuse, reconnaissant ce qui est au laïcat et ce qui est à la hiérarchie.C\u2019est que sa conception de l\u2019Église est éminemment « catholique », comme il s\u2019en explique lui-même à propos de la conception protestante: « Aussi longtemps que le protestant n\u2019arrive pas à saisir l\u2019esprit du catholicisme, il se butera encore et toujours à l\u2019antinomie de l\u2019autorité et de la foi personnelle.Il croit se trouver devant une option, là où le catholique embrasse les deux termes.Il verra dans le catholicisme une complexio oppositorum, un nid de contradictions, au lieu d\u2019y reconnaître une synthèse supérieure.L\u2019Église refuse de faire un choix appauvrissant: elle ne sacrifie pas l\u2019autorité au vitalisme, ni la liberté de ses fils à l\u2019instinct de domination.» Les sources d\u2019information de l\u2019A.sont d\u2019une grande richesse; il est au courant des œuvres écrites sur le même sujet en Italie, en Espagne, en France, en Suisse, en Belgique, en Hollande et en Allemagne.Mais j\\ mentionne très rarement des auteurs d\u2019Angleterre ou des États-Unis (il cite cepencant, p.82, « Le sacerdoce des fidèles », article du P.L.Pelland, S.J., paru dans Sciences ecclésiastiques, Montréal, 1949, n° 2).Des revues comme The American Ecclesiastical Review et Theological Studies, qui ont toutes les deux traité de sujets analogues, ne peuvent plus être ignorées des théologiens européens.Richard Arès.Jean-Paul Labelle, S.J.: Maurice Froment.Devenir prêtre.\u2014 Les Éditions Bellarmin, Montréal, 1954, 74 pp., 19 cm.T\u2019AUTEUR présente le journal spirituel d\u2019un garçon de chez nous.Maurice fut doué d\u2019un tempérament énergique.I) se présente seul au Collège Saint-Ignace et obtient son admission.Après avoir recueilli des phrases d\u2019écrivain, il commence à démêler sa propre pensée.La volonté s\u2019affirme à grands coups, puis la nature et la piété adoucissent les impulsions.Collégien appliqué aux études, il élargit son âme dans la prière.Comme tous les purs, il pense à l\u2019apostolat et à l\u2019amour de Dieu.L\u2019infirmité empêchera la réalisation de son rêve sacerdotal.Il entre à 208 RELATIONS l\u2019hôpital, alors que ses camarades prennent la soutane.Avec la petite Thérèse et la Vierge Marie, il se fait apôtre dans la souffrance.Le fiat sera dur à prononcer, car il signifie pour lui l\u2019idéal brisé et la mort douloureuse à vingt ans.La brochure, largement illustrée, se présente fort bien.Elle invite tous les jeunes à l\u2019héroïsme et à la sainteté.Maison Bellarmin.Paul-Émile Racicot.Maurice COLINON: Faux Prophètes et Sectes d\u2019aujourd\u2019hui.Collection « Présences ».\u2014 Paris, Plon, 1953, 280 pp., 19 cm.TE TITRE dit tout sur ce livre commode, ce catalogue des rêveries et révélations qui supplantent l\u2019unique religion dans l\u2019esprit de tant de pauvres gens.Selon Bernanos, « un prêtre de moins, mille pythonisses de plus », depuis les fakirs et voyantes jusqu\u2019aux illuminés subdiviseurs de sectes: adventistes, théosophes, spirites, faiseurs, farceurs, témoins de Jéhovah, quakers, mormons.Chez tous, minimum^de dogme et maximum d\u2019inspiration ou d\u2019injures contre l\u2019Église unique.Hommes et femmes sont très convaincus, rarement des mêmes vérités, plutôt de vérités en démence.Tous indices modernes de vide à combler, de désaccord moral et d\u2019une humiliante capacité de tout gober, de croire à tout ce qui n\u2019est pas Dieu.Livre utile à consulter, légèrement sceptique sur l\u2019hypnotisme.Al.D.Témoignages 1945-1946.\u2014 Goettingen, Cercle d\u2019Études de Goettingen, 1953, 194 pp., 20.5 cm.\"T^ANS LE BUT de « jeter des ponts » et de « combler des abîmes », un groupe de professeurs allemands a recueilli en un livre émouvant plus de cent « témoignages d\u2019humanité et de charité », qui sont aussi des « témoignages de reconnaissance » envers les Français, Américains, Belges, Polonais, Russes, Tchèques, Slovaques et Danois, prisonniers ou soldats, qui ont secouru dans leurs détresses physiques et morales des millions d\u2019Allemands déportés en 1945-1946.On ne cite pas les souffrances et les crimes endurés, mais l\u2019aide et les bontés éprouvées.On trie dans les nombreux récits, en élaguant les descriptions de cruautés; cela irait contre le but proposé: renouer des liens de paix et d\u2019amitié, tout en montrant que « la flamme de la grandeur morale ne s\u2019est pas éteinte au cœur de l\u2019homme et qu\u2019elle demeure une source de confiance et d\u2019espoir » (p.15).Alexandre Dugré.Paul Thierry d\u2019ArGENLIEU, O.P.: La Fraternité catholique des malades.Coll.« Rencontres ».\u2014 Paris, Éditions du Cerf, 1953, 128 pp.TES MALADES, «les seuls êtres indispensables à Dieu», sont bien inspirés d\u2019organiser eux-mêmes leur service, comme dans cette fraternité, jeune de dix ans, que nous décrit ce livre.M.Folliet remarquait qu\u2019il y a danger que le bien-portant ne se penche sur le malade et, debout, ne paternalise.Mais entre malades, l\u2019entraide est autre chose.C\u2019est pourquoi on ne peut appartenir à la fraternité que si l\u2019on est ou si l\u2019on fut un malade chronique, sans que soit exclue une utile minorité de bien-portants.Cette œuvre réussirait-elle partout ?Partout du moins où, comme en France, on sait causer.Paul Bélanger.Maison Bellarmin.ENSEIGNEMENTS PONTIFICAUX MOINES de SoLESMES: La Paix intérieure des nations.- Le Corps humain.Collection « Les enseignements pontificaux ».\u2014 Paris, Desclée & Cie, 1952, 1953, 651, 242 (48) pp., 17.5 cm.T/'OICI, sur les enseignements pontificaux, une nouvelle » collection qui s\u2019annonce tout à fait remarquable.De format pratique et de tenue soignée, elle mérite une large diffusion.La présentation des textes et les tables alphabétiques et logiques sont l\u2019œuvre des moines de Solesmes.Les éditeurs ont groupé en un même volume les textes relatifs à une même matière: par exemple, ce qui se rapporte au corps humain, à la paix intérieure des nations.Les documents sont disposés par ordre de date, à partir du pontificat de Benoît XIV (1740), et sont suivis d\u2019une table logique détaillée, permettant une vue d\u2019ensemble de la pensée pontificale sur la matière et facilitant une découverte rapide des enseignements précis recherchés.On nous IKftP Vichy TOp Huit adultes sur dix ont un foie fatigué, encombré, donc déficient.Va-t-il falloir comme tant d autres vous astreindre à un réaime \"triste\u201d?RAREMENT nécessaire, si vous prenez la régulière précaution et si agréable de votre VICHY CELESTINS quotidien.Son action bien connue et ses propriétés diurétiques contribuent à stimuler les multiples fonctions du foie et des reins et exercent pn effet des plus salutaires sur le système digestif en général.Demandez l'avis de votre médecin.CE LESTONS MINÉRALE NATUREUE PROPRIÉTÉ DE L'ÉTAT FRANÇAIS RECOMMANDÉE PAR LE CORPS MÉDICAL DANS LE MONDE ENTIER Méfiez-vous des imitations!!! Exigez « CÉLESTINS » Importateurs: HERDT » CHARTON INC., Montréal ?/ - J Sf * SttsUBI JUILLET 1954 209 assure que les traductions utilisées \u2014 les volumes sont rédigés exclusivement en français \u2014 ont été revues soigneusement, et le texte original a été placé en note dans les passages difficiles.D\u2019autres volumes suivront bientôt dans la même collection (le problème féminin, la liturgie, la paix internationale, etc.).Les catholiques se feront sans doute un devoir d\u2019utiliser un pareil instrument de travail.\t.Richard Ares.Mary Lois Eberdt et Gerald J.Schnepp: Industrialism and the Popes.-\u2014 New York, P.J.Kennedy & Sons, 1953, 245 pp., 19.5 cm.TES CATHOLIQUES américains font actuellement un gros effort en vue de mieux faire connaître, répandre et appliquer la doctrine sociale de l\u2019Église.Leur intérêt en ces derniers temps s\u2019est porté principalement sur les réformes suggérées dans Quadragesimo anno par Pie XI, en premier lieu sur l\u2019organisation corporative professionnelle.Ils ont élaboré un plan destiné à mettre en^oeuvre aux États-Unis cette maîtresse réforme demandée par l\u2019Église, plan connu sous le nom d\u2019Industry Council Plan.Voici un ouvrage qui nous présente les origines, les raisons et les grandes lignes de ce plan, en référant constamment aux directives des souverains pontifes depuis un quart de siècle.Travail de documentation et de compilation, fait avec probité, méthode et clarté; nous invitons à le lire tous ceux qui s\u2019intéressent au mouvement social catholique, et tout particulièrement à l\u2019organisation corporative professionnelle.Qu\u2019une telle œuvre nous vienne des États-Unis, c\u2019est un signe des temps; un défi est posé aux catholiques américains: faire passer des principes à la réalité les directives pontificales.Puisse leur génie pratique et organisateur y réussir! Richard Arès.POLITIQUE ET ECONOMIQUE René Baltus: De la vieille à la nouvelle Europe.Préface du président Robert Schuman.Collection « Le poids du jour ».\u2014 Paris, Le Centurion, 1953, 141 pp., 19 cm.PLAIDOYER raisonné et ardent pour le fédéralisme euro-péen.L\u2019A.discerne dans l\u2019Europe ses lignes spirituelles : ses cathédrales, ses saints, ses missionnaires, ses héros.Les motifs de l\u2019unité européenne sont, presque toujours, d\u2019ordre spirituel ou subordonnés aux valeurs spirituelles.Les fréquentes allusions à la cathédrale de Strasbourg nous font deviner une contemplation qui évoque les splendeurs du Moyen Age, quand l\u2019Europe était la chrétienté.Ne chicanons pas l\u2019A.sur quelques détails insignifiants (saint Josaphat vécut à Vilna, non à Cra-covie; il passa sa vie en Russie blanche, non en Pologne; saint Casimir de Vilna fut confesseur, non martyr; longtemps avant Coudenhove-Kalergi, Mazzini, Ledru-Rollin et d\u2019autres signèrent le manifeste du comité central de la Démocratie européenne, 20 oct.1850) ; ses remarques sur le bilinguisme (p.130) rallieront peu de suffrages au Canada.Ce sont là des points auxquels les adversaires de M.Baltus risqueront de s\u2019accrocher.La thèse elle-même repose sur l\u2019enseignement des papes et est très solidement étoffée.Joseph-H.Ledit.Isaac DEUTSCHER : La Russie après Staline.Traduit de l\u2019anglais par Hélène Bayan.\u2014 Paris, Éditions du Seuil, 1954, 189 pp., 23 cm.TDAS FACILE de saisir la pensée de notre auteur qui, à l\u2019occa-sion, donne dans une ironie à peine perceptible.« Le monde entier est subordonné à des changements dialectiques.Partout sévit la guerre entre les éléments antagonistes qui est l\u2019essence même du changement.» (P.14.) C\u2019est là du pur marxisme.« Si Lénine fut le saint Paul du marxisme qui entreprit de transplanter le mouvement depuis son milieu ambiant primitif en des terres nouvelles, Staline en fut déjà le Constantin le Grand.Ce ne fut certes pas le premier empereur à embrasser le marxisme, mais le premier révolutionnaire marxiste qui devint le dirigeant autocrate d\u2019un vaste empire.» (P.34.) Qui fut donc le premier empereur à embrasser le marxisme?Avec Plekhanov, l\u2019A.semble croire que les « grands hommes », Napoléon, Léonard de Vinci,.sont à peu près uniquement le produit des circonstances.Si Bonaparte s\u2019était fait tuer avant de devenir premier consul, « un autre général aurait rempli sa place avec le même résultat essentiel » (p.36).Staline paraît être une incarnation de forces plus ou moins aveugles.L\u2019A.n\u2019a aucune estime pour « ce personnage terne, presque sans visage, si peu remarquable,.l\u2019anonymat en personne » (p.39).La Russie, au début de la révolution bolchévique, était, pour notre auteur, « un peuple primitif.plongé dans les dédales de la magie primitive qui est l\u2019apanage d\u2019une société rudimentaire » (p.45).Staline a fait la synthèse de cette magie et du marxisme, « mais ce n\u2019est pas lui qui a créé cette combinaison » (p.49).Il n\u2019en a été que l\u2019instrument.Tout cela ressemble à du déterminisme historique un peu élémentaire; les Éditions du Seuil n\u2019auraient-elles rien de mieux à publier ?Joseph-H.Ledit.Roger GIROD: Attitudes collectives et Relations humaines.\u2014 Paris, Presses universitaires de France, 1953, 246 pp., 23 cm.T3AR L\u2019AMPLEUR du sujet et la profondeur avec laquelle l\u2019A.le traite, cet ouvrage mériterait plus qu\u2019un bref compte rendu.M.Girod décrit la marche victorieuse des études sociales américaines.Pour l\u2019Européen, la sociologie devient un luxe qui fait honneur à l\u2019esprit humain.Mais les chercheurs américains sont convaincus de l\u2019utilité pratique de la sociologie; c\u2019est ce qui constitue leur force dans la recherche.L\u2019étude scientifique des attitudes collectives tend à devenir l\u2019objet principal des sciences sociales.On trouvera dans cet ouvrage des indications sur la façon dont ces recherches sont conçues et conduites par l\u2019équipe des psychosociologues américains.Dans les premiers chapitres, l\u2019A.examine les notions fondamentales et les perspectives théoriques, l\u2019armature conceptuelle dont se servent les spécialistes américains pour étudier les dynamismes collectifs et les interactions humaines.Puis, il décrit certains travaux à titre d\u2019exemples et consacre quelques pages à l\u2019organisation de la recherche et à la valeur de l\u2019approche américaine comme moyen d\u2019action et instrument de connaissance.L\u2019A.étudie son sujet avec un accent de conviction personnelle, une honnêteté foncière et une intelligence sympathique; son ouvrage révèle un soin qui en garantit la valeur scientifique.Émile Bouvier.Maison Bellarmin.Problèmes humains du travail.\u2014 Québec, Presses universitaires Laval, 1953, 160 pp., 22 cm.LE DÉPARTEMENT des Relations industrielles de l\u2019Univer-# sité Laval, à son VIIIe congrès, fit l\u2019étude des problèmes humains du travail.Parmi des travaux d\u2019inégale valeur, mentionnons ceux de M° Émile Gosselin et de M.Roger Chartier, à cause de leurs positions doctrinales.Pour M8 Gosselin, la fonction sociale de l\u2019usine ne se réduit pas au service économique de la production, mais consiste encore à dresser un cadre de vie où l\u2019ouvrier puisse satisfaire ses légitimes aspirations.L\u2019usine suppose donc un milieu de travail qui respecte les libertés fondamentales.Toutefois, l\u2019A.insinue que la structure de l\u2019usine ne sera efficace que moyennant une « organisation spontanée des relations sociales » (p.27).Condamne-t-il une organisation réfléchie et disciplinée ?Dans sa conclusion, il opte pour une cogestion larvée en affirmant que l\u2019usine ne devrait jamais imposer une direction dont les travailleurs ne veulent pas (p.37).De plus, il favorise un certain paternalisme (p.38) qui ferait sourire les syndicats, dont il ne parle pas.A part quelques exemples irréels, son travail fera du bien à certains patrons antisociaux.Plus importante, à cause des principes en jeu, la discussion de M.Chartier sur l\u2019autorité du chef d\u2019entreprise.Celle-ci reposerait non sur le droit de propriété, mais sur la fonction exercée.Ce sont des « considérations plus hautes de bien commun qui d\u2019abord fondent l\u2019autorité » (pp.50 et 51).Nous ne voyons pas comment l\u2019A.peut concilier pareille affirmation avec la pensée exposée par le Pape, le 7 mai 1949 et le 3 juin 1950.Sur un autre point, la cogestion, l\u2019A.écrit (p.63) : « On peut donc viser à la cogestion comme à un idéal, en ne s\u2019appuyant pas sur le droit privé et le bien privé de l\u2019entreprise, mais sur l\u2019intérêt public et les exigences d\u2019un type de civilisation.» Si cette cogestion résulte d\u2019un accord libre entre deux parties, il n\u2019y a pas de problème.Mais si l\u2019on veut dire que l\u2019intérêt public oblige l\u2019une des parties à l\u2019imposer comme un idéal, voilà matière à discussion.Émile Bouvier.Maison Bellarmin.210 RELATIONS LITTERATURE ET ROMANS Dominique ARBAN: Dostoïevski « le coupable ».\u2014 Paris, Julliard, 1953, 272 pp., 19 cm.TOUTE SA VIE, plus ou moins consciemment, une ombre hante ses nuits et ses jours: le père terrible.Dostoïevski a peur, il tremble.Hallucinations, visions d\u2019épouvante, cauchemars.Il s\u2019accuse de crimes non commis, mais dont il assume le remords, parce qu\u2019il a eu envie de les commettre.Il cherche la souffrance comme une volupté.S\u2019il se fait bourreau (l\u2019A.le laisse soupçonner dans le cas de Pauline Sousslova), c\u2019est pour se mépriser davantage, par un besoin maladif d\u2019expiation.Mme Dominique Arban explique ce sado-masochisme par la rivalité féroce que Dostoïevski éprouva pour un père monstrueux qui tyrannisait son épouse et « humiliait » ses enfants, et auquel il s\u2019identifiera.L\u2019A.interroge des récits peu connus, des lettres inédites, des plans inachevés, sans omettre les grandes oeuvres de Dostoïevski.Cette enquête psychologique, qui révèle du neuf à ceux qu\u2019intéresse le cas Dostoïevski, peut aussi servir d\u2019introduction à l\u2019œuvre touffue du célèbre romancier.r\t_\tMarcel Grand\u2019Maison.L Immaculee-Concepiion, Montréal.Giovanni GUARESCHI: Don Camillo et Peppone.Suite et fin de Don Camillo et ses Ouailles.\u2014 Paris, Editions du Seuil, 1954, 220 pp., 19 cm.LES LECTEURS du Petit Monde de Don Camillo retrouveront ' ici leurs personnages favoris, en particulier ce prêtre et ce maire, toujours opposés extérieurement, mais toujours d\u2019accord dans le secret quand il s\u2019agit de rendre service à leurs semblables.L\u2019A.raconte, dès les premières pages, « comment sont nés Don Camillo et Peppone et comment ils continuent à vivre ».N\u2019allez pas croire, ajoute-t-il, « que je me donne des airs de créateur.Je n\u2019ai fait pour ma part que leur donner une voix.C\u2019est le Bas-Pays qui les a créés.Je les ai rencontrés; j\u2019ai passé mon bras sous leur bras et je leur ai fait tout raconter de long en large et de A jusqu\u2019à Z » (p.10).Dans ces récits remplis d\u2019humour et de saine naïveté, c\u2019est bien ce qui frappe et demeure: une impression de spontanéité, de pris sur le vif.Des morceaux comme « La fable de Sainte-Lucie » et « Le moinillon » ne peuvent pas ne pas toucher les cœurs, tant ils sont finement écrits.On les dirait tirés du Moyen Age; c\u2019est pourquoi ils reposent à notre époque de feu et d\u2019acier.Tout l\u2019ouvrage est de la même veine et procure une agréable récréation.Richard Arès.Roger BÉSUS: Cet homme qui vous aimait.Roman.\u2014 Paris, Éditions du Seuil, 1953, 455 pp., 19 cm.TTISTOIRE d\u2019un jeune curé luttant pour arracher les parois-siens de son village à la corruption que vient aggraver l\u2019établissement chez eux d\u2019un centre de recherches atomiques.Dans son ministère, le prêtre ne trouve appui qu\u2019auprès d\u2019une vieille femme, sa ménagère, et d\u2019une jeune châtelaine par lui miraculeusement guérie.Il s\u2019attaque résolument à la conversion du maire, de l\u2019instituteur, du directeur du centre.Résultat dérisoire.L\u2019opposition grandit.La défaite s\u2019annonce.Bientôt la déroute est achevée.« Celui qui les aimait » meurt abandonné de tous.Thème de grand roman.Exécution décevante.Longueurs: explications d\u2019états d\u2019âme que le dialogue avait bien dégagés (l\u2019A.n\u2019écrit cependant pas pour des enfants: nombreuses scènes de séduction minutieusement décrites); pléthore de personnages qui alourdit et embrouille la marche du récit.Surtout, le personnage du prêtre est lamentable et faux.Géant extraordinairement doué, il fait du miracle: ne mange pas, ne dort pas, multiplie les démarches auprès des irréductibles.Mais ce drôle de saint s\u2019occupe peu des gens qui, moins endurcis, répondraient à son dévouement; faiblit devant la tendresse de la jeune châtelaine; s\u2019émeut jusqu\u2019au péché pour une fille de cour bien en chair; appelle maman sa ménagère à qui il recourt autant qu\u2019à Dieu.Mélange de mysticisme et de niaiserie qui contraste avec l\u2019image du sacerdoce que propose l\u2019Église et que montre la vie.Plus simple, le héros eût été plus vrai, plus efficace et plus intéressant.Ici, on a l\u2019impression d\u2019un mauvais pastiche des curés de Bernanos.Maison Bellarmin.Wilfrid Gariépy.JUILLET 1954 Dans les LAURENTIDES CLINIQUE LE BOSQUET Repos ou convalescence Mesdemoiselles Boulanger infirmières licenciées Sainte-Agathe-des-Monts\tTéléphone : 288 L\u2019ÉCOLE UE FORMATION SOCIALE aura lieu, cette année, du 17 au 22 juillet, à la Villa Saint-Jean-de-la-Lande, Saint-Jean, Qué.Le sujet : J^Ltat} Aon tôle, AeA devoixA Un feuillet, exposant la méthode adoptée et donnant des renseignements d\u2019ordre pratique, est envoyé sur demande S\u2019adresser à L\u2019Institut Social Populaire 25 ouest, rue Jarry - Montréal-14 Téléphone: VE.2541 UNIVERSITÉ D\u2019OTTAWA FACULTÉ DE DROIT (préparant aux examens du Barreau de la province de Québec) FACULTÉ DES SCIENCES (Cours complet de génie chimique) \u2022 S'adresser au Secrétaire général Université d\u2019Ottawa, Ottawa, Ont.Ctmrtionneau Htmttée Fabricants de BISCUITS, CONFISERIES et PÂTES ALIMENTAIRES T 1800, RUE NICOLET Tel.FAIkirk 1116 MONTREAL\tEchange privé 211 Henri QUEFFÉLEC: Celui qui cherchait le soleil.Roman.\u2014 Paris, Stock, 1953, 316 pp., 19 cm.QUEFFÉLEC vaut mieux que son œuvre, et ses intentions dépassent la portée réelle de ses romans.L\u2019écran, qui a popularisé Dieu a besoin des hommes, a du même coup fait ressortir la profondeur de vie religieuse cachée dans une de ses premières productions, Ln recteur de Vile de Sein.Faudrait-il encore que le prestige d\u2019un scénario bien monté nous aide à découvrir, en la précisant et en l\u2019isolant, l\u2019âme que veut nous révéler Celui qui cherchait le soleil?Car cette âme, celle du héros Lucien Coteau, belle et apostolique, est écrasée par un décor de laideurs et d\u2019égoïsme brutal.Le milieu décrit, un milieu ouvrier parisien (l\u2019impasse Guérigny), exhale une telle odeur de turpitude qu\u2019il devient impossible de respirer le parfum de fraîcheur surnaturelle qui traverse, en passant, ce cloaque.La charge est trop évidente pour être une réalité, un fait quotidien.L\u2019accumulation des détails infects nous dérobe presque entièrement le spectacle d\u2019une pensée qui fait cependant le fond de ce roman: le besoin que les âmes ont de Dieu, les âmes du moins qui ont une ressemblance avec celle du héros.Pourquoi faut-il que l\u2019observation et la description trop crue et trop lourde de ce milieu en pleine perdition et en plein oubli des valeurs divines aillent jusqu\u2019à nous faire douter du salut même de l\u2019homme ?Si c\u2019est là l\u2019intention de l\u2019A., son roman est encore plus immoral.Non seulement il attriste et déprime, par un pessimisme qui ressemble à la noirceur d\u2019une nuit sans étoiles, mais il trompe en cachant l\u2019évidence même du soleil.Après ces remarques, serait-il convenable de louer le style de nombreuses pages ?Albert Brossard.Maison Bellarmin.F.W.Caviezel: Qui donc a tué?Roman.\u2014 Mulhouse, Éditions Salvator, 1954, 304 pp., 19 cm.UN DRAME en trois actes: trois personnages d\u2019avant-scène, porteurs de germes mortels, s\u2019empoisonnent moralement à tour de rôle; physiquement, un seul en mourra.Qui donc a tué?L\u2019A., par le sous-titre, nous annonce qu\u2019il s\u2019agit du vrai sens de l\u2019amour conjugal; mais il se contente de présenter la faillite d\u2019un ménage, occasionnée, d\u2019une part, par l\u2019avarice, de l\u2019autre, par l\u2019influence de l\u2019alcool et des stupéfiants, le tout compliqué d\u2019un amour défendu.L\u2019A.met en garde; c\u2019est quelque chose; au lieu d\u2019apprendre à vivre, il apprend comment ne pas se tuer.Est-ce suffisant?Disons, pour être juste, que le récit est rempli de remarques psychologiques très pertinentes, parfois frappantes de finesse; au point que ce quatrième roman\u2014sans lien avec les précédents \u2014 est peut-être le plus intéressant de l\u2019A.Il nous en reste pourtant une impression pénible.Des trois personnages principaux, un seul est attachant: il semble avoir le cœur en santé, il n\u2019est pas naturellement un monstre, et s\u2019il ne pratique pas sa foi mieux que les autres, seul du moins il est homme de devoir; il est même charitable jusqu\u2019à périr, en somme, victime de sa bonté.Mais seul aussi, hélas! il ne connaîtra pas le retour à la lumière, car il devient ignoble et meurt comme un rat.Les autres, les criminels, les antipathiques, ont tendance à s\u2019auréoler dans les dernières pages.Il faut être Dieu pour comprendre et, partant, pour se réjouir.Maison Bellarmin.Paul Fortin.Bernard COUTAZ: Quand les ventres parlent.\u2014 Paris, Témoignage Chrétien, 1953, 268 pp., 18.5 cm.T~\\ANS ce court roman, le jeune auteur qu\u2019est Bernard Cou-taz dépeint en traits vigoureux la situation des immigrants nord-africains à Paris.Sa manière réaliste, la profonde sympathie que lui inspirent la misère et les souffrances de ces déracinés, le courage avec lequel il dénonce les abus dont ils souffrent rappellent irrésistiblement Maxence van der Meersch.Ce tableau poignant suscitera dans des cœurs jeunes le désir de se dévouer au service des plus pauvres et des plus délaissés.Livre à lire.Jacques Bésineau.U Immaculée-Conception, Montréal.Pierre MoiNOT: La Chasse royale.Roman.\u2014 Paris, Gallimard, 1953, 22e édit., 1953, 269 pp., 19 cm.TTÉLÈNE, amante vraie de la nature, de ses fleurs, de ses fêtes, passe ses journées en courses dans les bois pour en observer la vie secrète.Tous ceux qui violent la nature, chas- seurs ou braconniers, elle les déteste.Un jour, s\u2019amène Philippe, qui vient prêter main-forte à son ami Henri, concessionnaire du territoire de chasse, et au vieux garde Metzer.Ils entreprennent et gagnent une rude bataille contre un groupé de braconniers, ces « vendeurs de viande », qui ravagent la chasse, tuant tout ce qui passe à portée de fusil.Mais Hélène et Philippe aussi sont vaincus.Elle renoncera à son goût de la solitude pour suivre Philippe, un chasseur.Lui abandonne ses amis et surtout la chasse, qui, pensait-il, représentaient le seul bonheur stable.Par la sincérité, on pourrait dire la profondeur des descriptions, l\u2019A.suggère bien l\u2019enracinement de certains êtres dans la nature primitive.Peut-être aurait-il gagné en abrégeant, ici ou là, les récits de chasse pour mieux serrer l\u2019intrigue.Les pages qui racontent le conflit intime d\u2019Hélène et de Philippe introduisent de façon vraiment touchante l\u2019amour et l\u2019humain en des scènes de superbe sauvagerie.Maurice Ruest.V Immaculée-Conception, Montréal.CANADIANA W.Stewart Wallace: The Pedlars from Quebec and Other Papers on the Nor\u2019 Westers.\u2014 Toronto, The Ryerson Press, 1954, 101 pp., 21.5 cm.T\u2019AUTEUR est un spécialiste de la traite des fourrures dans le Nord-Ouest après la conquête anglaise de 1760.La Société Champlain publiait; en 1934, son livre intitulé Documents Relating to the North West Company.Ici, il nous raconte tout d\u2019abord comment les marchands anglais installés à Québec ont repris peu à peu le commerce des fourrures abandonné par les Français en 1760.Puis, il nous présente les grandes figures de la Compagnie du Nord-Ouest: Peter Pond, Simon McTavish, Alexander Mackenzie, etc.L\u2019A.a eu accès à de nouveaux documents; il s\u2019en sert en historien consciencieux et familier avec son sujet.De la petite histoire, mais intéressante et vivante.Richard Arès.Province de Québec, Paradis du touriste.\u2014 Montréal, Société nouvelle de publicité incorporée, 1954, 906 pp., 20.5 cm.UN GUIDE touristique ne sert pas seulement aux étrangers.Que de gens ignorent leur pays, leur province! Le Québec est vaste comme un pays.Apprenez à le connaître en lisant le volume que viennent d\u2019éditer MM.Léopold Savard et J.-Gilles Belley.Tout y est: renseignements sur les douanes, le climat, les ressources, institutions, sports, arts et spectacles; sur les consulats, agences de voyage, routes, moyens de communication; sur les hôtels, restaurants, chalets (luxueux ou confortables) et leur cuisine; sur les « choses à voir »; et cela, pour toutes les régions québécoises: Montréal, Québec, Laurentides, Gaspésie, Cantons de l\u2019Est, etc.On a judicieusement omis les mauvais lieux, clubs et cabarets, déshonneurs de la civilisation.Les illustrations sont nombreuses, les explications, abondantes et bilingues; le français pourrait être plus soigné; mais l\u2019ensemble est une réussite dont il convient de féliciter les auteurs.M.-J.d\u2019Anjou.Louis-Philippe AUDET: Ceux qui nous servent.\u2014 Québec, Éditions de l\u2019Érable, 1953, 189 pp., 23.5 cm.TES AUDITEURS de Radio-Collège doivent se rappeler les causeries de l\u2019A.et ne douteront pas que le présent ouvrage puisse les intéresser.L\u2019A.passe en revue les animaux domestiques, consacrant à chacun d\u2019eux un court chapitre.Chaque sujet est développé selon un même plan: note historique sur l\u2019animal, classification, description, mœurs et, pour terminer, bref aperçu sur la place qu\u2019il occupe dans la littérature.L\u2019intérêt est soutenu, le style aisé, alerte même et sans prétention.L\u2019allure générale est didactique sans être déplaisante.L\u2019ouvrage est d\u2019ailleurs rempli d\u2019excellentes illustrations et saura plaire non seulement à tous ceux qui ont le goût de mieux connaître les animaux familiers, mais encore aux instituteurs désireux de donner à leurs élèves l\u2019intelligence du monde qui les entoure; n\u2019est-ce pas, en somme, la base de la vraie culture ?Chrysologue Allaire.L\u2019 Immaculée-Conception, Montréal.212 RELATIONS Collège Jean-de-Brébeuf Pensionnat, demi-pensionnat et externat, sous la direction des Pères Jésuites.J4umanitéâ g,xêco-latine A Cours de 8 ans Examens d'admission : à 9 h.tous les lundis à partir du 21 juin.Communiquer avec le P.Préfet Tel.: RE.8-1161\tMontréal, 26 COLLÈGE SAINTE-MARIE Pour les mieux-doués qui ont terminé la 5e année primaire: une classe spéciale d Eléments latins.Groupe homogène.Professeur jésuite,expérimenté.Pour les mieux-doués qui ont 12 ou 13 ans d age et une forte préparation : une classe accélérée d\u2019Eléments latins.Au seuil de la Versification après deux ans.Examen standardisé d\u2019aptitudes aux études classiques, par un spécialiste, M.l\u2019abbé Lauzon.Dates : le 30 juillet et le 31 août, à 9 heures du matin.Pas de formalités préalables.On n\u2019a rien à apporter.Circulaire sur demande.Frais de l'examen : $3.00 payables à M.Lauzon.\u2022 COLLÈGE STE-MARIE UN.1-2315 (Préfet des études) 1180, rue Bleury UN.1-2039 (Préfet de discipline) Montréal-2\tUN.1-3437 (Portier) Nécessité de l\u2019éducation coopérative \u2022\tL\u2019éducation est un des principaux animateurs de toute vie coopérative.\u2022\tIl n\u2019y a pas de coopératives solides sans coopérateurs éclairés et fidèles.\u2022\tIl n\u2019y a pas de coopérateurs éclairés et fidèles sans éducation coopérative.\u2022\tPu isque la coopération est une for-mu le démocratique d\u2019organisation économique et sociale qui veut remettre au peuple le soin de ses propres affaires et le contrôle des entreprises mises à son service, c\u2019est exiger nécessairement de ce peuple qu\u2019il sache bien exercer ce contrôle et qu\u2019il veuille le bien exercer.LA COOPÉRATIVE FÉDÉRÉE DE QUÉDEC achète bien qui achète dupuis^* MONTREAL 206, rue du Pont LA CiE Tel.: 4-5257 QUEBEC FABRICANTS D'ASCENSEURS Atelier de Mécanique générale Forge \u2014 Modelage \u2014 Soudure Fonderie : Acier, Fonte, Cuivre, Aluminium Ascenseurs de tous genres Matériaux d'aqueduc \u2014 Bornes-Fontaines Treuils (Winches) \u2014 Guindeaux A BON VIN POINT D'ENSEIGNE .et à bonne Maison, pas de meilleure réclame que les travaux qu\u2019elle a exécutés.Nos nombreux travaux en chauffage-plomberie pour hôpitaux, églises, institutions religieuses, établissements industriels et commerciaux parlent par eux-mêmes.Pourquoi ne pas vous prévaloir de nos techniciens et ouvriers spécialisés?Ils allient théorie et pratique.000 Pionniers du véritable chauffage par rayonnement au Canada MArquette 4107 360 est, rue Rachel - Montréal ''«To*'' «/ C.Gucùy q fôète 11 h i t r r *\t11 m i t s \u2022 Spécialité : Construction d'édifices religieux Collèges - Couvents - Séminaires - Hôpitaux - Etc.6900, chemin de la Côte-des-Neiges Montréal\tTel.: RE.7-3651 Gilles Forget Jacques Forget Maurice Forget FORGET & FORGET Membres de la Bourse de Montréal Membres de la Bourse Canadienne 51 ouest, rue Saint-Jacques BE.3951 Lpargnez tout en protégeant les vôtres avec un plan de Ha Üs>atibegarbe COMPAGNIE D'ASSURANCE SUR LA VIE $&g« social : Montréal ATCMir Le plus vaste magasin canadien-français de meubles pour bureaux, écoles et hôpitaux 261 est, rue Craig Montréal LAncaster 3262 TOUS LES ACCESSOIRES ÉLECTRIQUES (Strictement en gros) « Le Temple de la lumière » Belrnd INCORPOREE BEN BELAND, prés.\tJEAN EELAND, Ino P-, sec.-trés.7152, boul.Saint-Laurent, Montréal - GR.2465* a J^elationâ \u201d vouà plait, paxlez-en à voà antiâ ftreffisTWi 11 IMPRIMERIE OU MESSAGER, MONTRÉAL "]
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