Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Droit d'auteur non évalué

Consulter cette déclaration

Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Octobre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichier (1)

Références

Relations, 1955-10, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
[" uance juvenile Marc LECAVALIER Horizon international\t¦ Drame et musique ¦\t¦ Les catholiques et le cinéma i Joseph-H.LEDIT Jean-Paul LABELLE I Jules GODIN Face aux communistes : dix règles de conduite Luigi d'APOLLONIA « Merci pour notre survivance » Albert PLANTE L\u2019autonomie des collèges classiques Pierre ANGERS Expériences d\u2019une ouvrière du vêtement Rita BERGERON La délin 'uvénile à Montréal REVUE DU MOIS SOMMAIRE OCTOBRE 1955 Editoriaux 253 Articles S.Exc.Mgr Béliveau.\u2014 « L\u2019esprit de Genève ».Articles FACE AUX COMMUNISTES : DIX RÈGLES DE CONDUITE.Luigi d\u2019Apollonia 254 EXPÉRIENCES D\u2019UNE OUVRIÈRE DU VÊTEMENT.Rita Bergeron 257 L\u2019AUTONOMIE DES COLLÈGES CLASSIQUES.Pierre Angers 259 LA DÉLINQUANCE JUVÉNILE À MONTRÉAL.Marc Lecavalier 262 DRAME ET MUSIQUE .Jean-Paul Labelle 265 Commentaires.266 Finances scolaires.\u2014 Mise de fonds et logement.\u2014 Enseignement catholique pour tous.\u2014 Presse, radio, cinéma, télévision.Au fil du mois.268 Les Acadiens du Cap-Breton.\u2014 M.Nehrou à Moscou.\u2014 Athéisme officiel.\u2014 Problème de liberté humaine.« MERCI POUR NOTRE SURVIVANCE ».Albert Plante 269 LES CATHOLIQUES ET LE CINÉMA .Jules Godin 272 HORIZON INTERNATIONAL .Joseph-H.Ledit 273 Les livres.276 Clefs pour la sainte Écriture .Paul-Émile Racicot Sainte Thérèse de Lisieux.Jean-Paul Demers Saint François de Sales et ses Amitiés .Béatrice Clément Valeurs chrétiennes Rapport 1953-1954 Le Prêtre d'après le vénérable Libermann .Dialectique de VAgir.Destinée et Valeur.Educazione e Personaliià .Guides en éducation De l\u2019adolescence à la maturité L'Hygiène sociale Docteur, je souffre Fécondité et Continence périodique Médecine et Guérisseurs .M.-J.d\u2019Anjou .Wilfrid Girouard Jean-Paul Dallaire .Jean Racette Jean-Paul Labelle M.-J.d\u2019Anjou En trois mots 280 Société\t\"S3\t\tMO.4-3501 ^Nouvelle\t\tJ«-Cha$« Martel, Inc» de Publicité 3nc.\t\tBOIS ET MATERIAUX DE CONSTRUCTION 1610 ouest, rue Sherbrooke, Montréal\t\tAttention particulière aux communautés \t\treligieuses Editeurs de : «VEDETTES » (Who's Who en français)\t\t «DISQUES DU FOYER CHRÉTIEN»\t\t Province de Québec «PARADIS DU TOURISTE»\t\t809a, BOUL DES LAURENT1DES\t-\tPont-Viau, Que.NOUS BLANCHISSONS TOUT\tPRIX SPÉCIAUX Broderies, dentelles, lainages\tCommunautés, fabriques, hôpitaux Buanderie Betgeton d^i\tmitée Recommandée par les Religieuses du Bon-Pasteur\t Par camion à la ville\t6830, rue Hochelaga Par chemin de fer à la campagne\tMontréal, TU.9251 Autorisé comma envoi postal de la deuxième classe.Ministère des Postes, Ottawa XV* année, N° 178 Montréal Octobre 1955 ÉDITORIAUX S.Cxc.yücft (Keliveau L\u2019ÉGLISE CANADIENNE a perdu un illustre repré-' sentant en la personne de S.Exc.Mgr Arthur Béliveau, archevêque de Saint-Boniface.Il a été digne des grands évêques qui l\u2019ont précédé.Le Service d\u2019information de la Conférence catholique canadienne a souligné qu\u2019en succédant à Mgr Langevin, Mgr Béliveau recueillait « l\u2019héritage d\u2019un grand défenseur des droits scolaires dans l\u2019Ouest canadien ».Droits scolaires des catholiques.Droits scolaires des Canadiens français qui furent des pionniers à la Rivière-Rouge comme dans les autres régions de l\u2019Ouest.En 1922, au congrès de l\u2019Association d'Éducation des Canadiens français du Manitoba, Mgr Béliveau prononça des paroles qui s\u2019appliquent aux Associations d\u2019Éduca-tion de toutes les provinces: « L\u2019Association d\u2019Éducation n\u2019est pas un rouage d\u2019attaque, mais de défense nationale.Elle veut tout ce que veulent légitimement les autorités scolaires.En gardant à ses enfants la culture française et la foi catholique, elle a conscience de rendre un double service à la nation tout entière.» En plus d\u2019avoir beaucoup travaillé, S.Exc.Mgr Béliveau a beaucoup souffert.En pensant à lui, on évoque spontanément le souvenir d\u2019un autre illustre archevêque, Mgr Paul Bruchési, qui fut glorieusement marqué, lui aussi, du sceau de la croix.A Son Excellence Mgr Baudoux, qui succède à Mgr Béliveau, Relations présente respectueusement ses vœux.\u201caQ\u2019eâpx U de Qenève L\u2019HEURE est à l\u2019euphorie.De la guerre froide on ' voyait clairement les dangers; de la détente on ne voit que les avantages.C\u2019est peut-être là un danger plus grand.Car de la guerre froide à « l\u2019esprit de Genève », au juste qu'y a-t-il de changé ?Les mots, non les choses.Parce que les hommes d\u2019État ne se regardent plus oculis torvis comme des chiens de faïence, on attribue à ce changement de style diplomatique un changement de continuité dans la politique communiste.La grande presse de l\u2019Ouest, seule libre d\u2019exprimer la passion de tous les peuples pour la paix, y inclus les peuples qui souffrent violence, consacre à l\u2019opération de l\u2019optimisme des articles caracolants et des manchettes sur huit colonnes.De la conversation des Quatre sortirait la détente; de la détente, l\u2019entente; de l\u2019entente, le désarmement; et du désarmement, la paix universelle.Comme si c\u2019était la toute première fois, et non la treizième, que les Quatre se rencontrent, sans qu\u2019on ait levé encore le rideau de fer! Qui sait?cette fois, le miracle se produira.« C\u2019est le péril et l\u2019honneur de la liberté, écrivait M.Georges Bidault à ce sujet {Monde nouveau, juillet 1955), que de permettre à la générosité d\u2019engendrer l\u2019illusion.» Pendant ce temps, la Pravda (16 juillet), qui donne le la à toute une presse asservie, a soin de rappeler à ses fidèles lecteurs, la veille de Genève, que « l\u2019U.R.S.S.,.dans l\u2019intérêt de la paix et du mouvement ouvrier international, travaille en bloc à l\u2019achèvement de son dessein final ».Si la conférence des ministres des Affaires étrangères, après la conférence des Quatre Grands, convainc l\u2019Ouest que les États-Unis ne veulent pas de la guerre, elle ne fera que dissiper un épouvantail dressé par les communistes eux-mêmes; si elle sert à prouver au monde que l\u2019Union soviétique ne veut pas d\u2019une paix véritable et de la coexistence dans la vérité et la liberté, elle ne fera que prouver une fois de plus ce qui a déjà été prouvé tant de fois.D\u2019autre part, « l\u2019esprit de Genève » peut servir à merveille la tactique communiste.Maintenant que MM.Edgar Faure et Kroustchef, MM.Eisenhower et Boulganine se serrent cordialement la main, pourquoi, en Italie et en France, MM.Nenni et Mollet, socialistes, quittant toute réserve, n\u2019en feraient-ils pas autant avec MM.Togliatti et Duclos, communistes, et ne trinqueraient-ils pas à la résurrection des fronts populaires?La manœuvre n\u2019est-elle pas déjà com- cA Son Cxcellence -Monseigneur Jfaurent Jlorin, nommé auxiliaire de Son Cminence le cardinal JÇéger, \u201cRelations\u201dprésente SeS hommages et ses voeux. mencée?Après avoir signé avec l'Autriche une paix qu\u2019ils refusaient depuis plus de dix ans, les Russes sont allés à Genève dans le dessein de préparer à long terme, aux mêmes conditions de neutralisation militaire, un rapprochement germano-soviétique.L\u2019U.R.S.S.sait attendre et finasser: M.Adenauer ne sera pas toujours le chancelier de l\u2019Allemagne, et demain, on espère avoir affaire à un autre parti politique.« Probabilité, possibilité, dira-t-on; il est dangereux et amer de jouer le rôle de prophète.» Avançons donc sur un terrain tout à fait certain.« L\u2019esprit de Genève » servira à parasiter « fraternellement » chez nous comme en Europe les groupements qui acceptent l\u2019association avec les organisations communistes et para-communistes.Il fera se multiplier également les missions commerciales, agricoles, sportives, culturelles, qui n\u2019auront jamais lieu sur une base de réciprocité parfaite.Il favorisera les rencontres où la vérité essentielle \u2014 la cause de la liberté syndicale, celle de la liberté politique et surtout celle de la liberté religieuse \u2014 sera toujours escamotée, de peur de blesser des susceptibilités, de manquer aux bienséances et d\u2019affaiblir les chances de la paix.La détente alors, ou « l\u2019esprit de Genève », se définirait exactement l\u2019affaiblissement de la résistance de l\u2019Ouest.Dans la pensée communiste, c\u2019est sûrement cela.FACE AUX COMMUNISTES: DIX RÈGLES DE CONDUITE Luigi d'APOLLONIA, S.J.NOTONS, pour commencer, que l\u2019Église ne s\u2019inféode à aucun parti politique ni à aucun système économique; qu\u2019elle n\u2019a partie liée avec aucune culture ni aucune civilisation, mais qu\u2019elle les embrasse toutes dans ce qu\u2019elles ont de conforme avec la destinée étemelle de l\u2019homme.L\u2019Église est le sacrement du Christ qui donne le Christ au monde.Sa mission est de sauver les âmes.Ce n\u2019est donc que par le biais de sa mission surnaturelle ou, comme nous disons ordinairement, de la morale appliquée qu\u2019elle s\u2019intéresse aux problèmes temporels ou qu\u2019elle intervient sur le plan politique.Il faut toujours tenir présent à l\u2019esprit, cependant, que le communisme dont nous parlerons ici est plus qu\u2019un système économique ou une doctrine politique: il est une explication totale de l\u2019homme, de l\u2019univers et de l\u2019histoire.Les règles qui suivent sont très simples.Elles n\u2019ont pas la prétention de cerner tout le problème de nos rapports avec les communistes, ni de suffire à tous les cas d\u2019espèce.Elles peuvent aider, croyons-nous, en ces temps de « bonne entente », à définir le comportement chrétien et à mieux juger les événements.La première règle est de se rappeler que, conformément au décret du Saint-Office (1er juillet 1949), ceux qui professent le communisme sont des excommuniés.Le texte du décret se présente sous la forme de quatre questions dont nous nous bornons ici à reproduire la dernière.« Les fidèles qui professent la doctrine matérialiste et antichrétienne des communistes et surtout ceux qui la défendent ou la propagent encourent-ils de plein droit, comme apostats de la foi catholique, l\u2019excommunication réservée au Saint-Siège ?» La réponse est: oui.La deuxième règle est de se rappeler la raison profonde de l\u2019anathème du Saint-Siège.« Doctrine matérialiste et athée », dit le décret d\u2019excommunication; et l\u2019encyclique Divini Redemptoris de Pie XI porte comme sous-titre: sur le communisme athée.Dans la pensée marxiste, la notion de Dieu n\u2019est que le « reflet » des institutions sociales, comme celles-ci, à leur tour, ne sont que le « reflet » d\u2019un système économique.L\u2019acte d\u2019adoration, qui est l\u2019acte par excellence de la religion, est une aliénation, un opium, une lâcheté de l\u2019homme qui a peur de sa propre grandeur, refuse de prendre en main sa destinée, abdique sa souveraineté sur le mouvement de l\u2019histoire.L\u2019homme, du reste, n\u2019est lui-même que matière en évolution dialectique.L\u2019Église a pu se réconcilier avec les structures politiques issues de la révolution française, parce que ces structures n\u2019étaient pas liées intrinsèquement avec la « philosophie des lumières » et avec la volonté de la majorité érigée en norme dernière du bien et du mal.On pourrait faire des considérations analogues sur l\u2019aristotélisme, purifié par saint Thomas, ou sur le freudisme, dont la négation de Dieu, « complexe paternel », n\u2019est pas une base ni même un corollaire, mais une super-structure adventice.Il en va tout autrement du marxisme.Celui-ci est intrinsèquement pervers, déclare l\u2019Église.Le matérialisme athée en constitue le dynamisme intérieur; il est cause première et dernière du monde, principe et fin de l\u2019homme, alpha et oméga de l\u2019histoire, promesse d\u2019un paradis terrestre d\u2019où c\u2019est Dieu, cette fois, qui sera chassé.Mais parce qu\u2019il est intrinsèquement pervers et qu\u2019il est lié au matérialisme athée comme le feu à l\u2019enfer, il ne faut pas conclure que tout est erreur dans le marxisme.Le faux pur n\u2019existe pas.Le marxisme charrie des éléments de vérité; il exprime de légitimes aspirations.Intrinsèquement pervers veut dire que Vessentiel de la doctrine est pervers, et que ni les circonstances ni les bonnes intentions n\u2019y peuvent changer quoi que ce soit.Si l\u2019Église devait, un jour, se réconcilier avec le com- 254 RELATIONS munisme, c\u2019est que le communisme, arborant le même nom, aura cessé d\u2019être essentiellement le communisme.La troisième règle est donc de se rappeler que le chrétien s\u2019oppose fondamentalement au communisme pour toutes autres raisons que des raisons de privilèges, de classe, de commerce, de politique, de défense nationale, de patriotisme, quelque respectables (ou méprisables) que puissent être ces raisons.Qu\u2019il ne s\u2019opposera pas d\u2019abord au communisme parce que celui-ci ambitionne de créer un ordre nouveau plus humain.La raison dernière du refus du chrétien, c\u2019est qu\u2019il croit en Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, etc.« L\u2019homme nouveau » que lui promet le marxisme au terme de l\u2019évolution matérialiste de l\u2019histoire, il sait qu\u2019il est déjà venu dans la personne du Christ Jésus, et qu\u2019en Lui nous sommes tous déjà des « hommes nouveaux », non par la volonté de la chair ni par la volonté des hommes, mais par le baptême.De la sorte le chrétien évitera tout anticommunisme intéressé, passionnel ou vulgaire.La quatrième règle est de se rappeler que ce refus du communisme étant total, « on ne peut, selon l\u2019avertissement solennel de Pie XI, admettre sur aucun terrain la collaboration avec lui de la part de quiconque veut sauver la civilisation chrétienne ».C\u2019est la conséquence même de ce que nous venons de dire.Il serait insensé, en effet, pour quiconque veut sauver la foi, d\u2019aider une doctrine qui entend effacer toute foi et même tout vestige spirituel de la face de la terre.« Si quelques-uns, continue Pie XI, induits en erreur, coopéraient à la victoire du communisme dans leur pays, ils tomberaient, les premiers, victimes de leur égarement; et plus les régions où le communisme réussit à pénétrer se distinguent par l\u2019antiquité et la grandeur de leur civilisation chrétienne, plus la haine des sans-Dieu se montrera dévastatrice.» Qu\u2019on ne crie pas trop vite à l\u2019évidence.Qu\u2019on se rappelle plutôt que, de l\u2019encyclique Qui plurihus (9 nov.1846) au décret d\u2019excommunication de Pie XII (1er juillet 1949), il y a eu cent ans d\u2019avertissements répétés et de patience paternelle.Et depuis la promulgation du décret d\u2019excommunication, qu\u2019on songe à la mise à l\u2019index de la Quinzaine, à la tentation constante du « progressisme » qui poursuit toujours le mirage d\u2019un accord illusoire, au drame spirituel des prêtres-ouvriers, de ceux-là surtout qui, rebelles à la réponse de Rome, ont fait le rêve orgueilleux de sauver l\u2019Église contre l\u2019Église.La cinquième règle est de se rappeler que le refus d\u2019admettre sur aucun terrain la collaboration avec le communisme n\u2019exige pas du chrétien qu\u2019il prenne partout et toujours le contre-pied de tout ce que propose le communisme.Nous venons de dire que le communisme contient des éléments de vérité.Ce que l\u2019encyclique Divini Redemptoris interdit, c\u2019est de coopérer « à la victoire du communisme ».Il ne peut donc y avoir l\u2019ombre d\u2019un doute que l\u2019expression opera adjutrix dont se sert Pie XI \u2014 et que nous traduisons tant bien que mal en français par le mot collaboration \u2014 interdit au chrétien toute collaboration ordinaire avec les communistes, et cela « même en des choses, comme dit Pie XI, entièrement conformes à l\u2019esprit chrétien et à la doctrine de l\u2019Église », par exemple, l\u2019assainissement du régime capitaliste ou du système colonial.A plus forte raison, peut-on conclure, le chrétien refusera-t-il tout soutien aux communistes en des choses strictement temporelles et d\u2019importance secondaire pour la civilisation.Le jeu n\u2019en vaut pas la chandelle.Ce qui ne signifie pas, encore une fois, qu\u2019il faille s\u2019opposer à tout ce que feront les communistes.Il n\u2019y a pas lieu, au pays, par exemple, de cesser de faire campagne pour un hymne national, un drapeau canadien, un pipeline tout canadien d\u2019Edmonton à Montréal parce que la Canadian Tribune de Toronto et le parti communiste demandent la même chose à tort et à travers.On pourra poursuivre les mêmes fins immédiates pour d\u2019autres motifs et par des voies parallèles, afin de se prémunir autant que possible contre le danger toujours présent de voir les communistes utiliser à leur profit une convergence d\u2019action même limitée.Une collaboration extraordinaire pourra parfois s\u2019imposer.Nous avons vu l\u2019alliance en temps de guerre.Nous avons vu la collaboration dans le maquis.Nous avons vu, au lendemain du conflit mondial, les hommes politiques italiens et tchèques participer à des gouvernements de coalition avec le parti communiste.L\u2019Église ne les a pas condamnés.Pour légitimer ces audaces, les conjonctures elles-mêmes doivent être extraordinaires; les buts immédiats, nettement précisés; les moyens, définis avec une prudence toujours aux aguets, des oui ou des non lucides.Car l\u2019enjeu est tragique.Pour ne parler pas de Yalta et de Potsdam, si, en Italie, l\u2019aventure ne tourna pas mal avec un de Gasperi, en Tchécoslovaquie, elle tourna au pire; en Chine aussi.C\u2019est Joseph Fclliet, je crois, qui compare ces coalitions politiques aux parties de poker du Far-West, où la règle veut qu\u2019on joue cartes et revolvers sur table.La sixième règle est de se rappeler que les communistes viennent vers nous comme des loups déguisés en brebis.« Ainsi encore, dit Pie XI, sous divers noms qui ne font même pas allusion au communisme, ils fondent des associations et des revues dans le but de faire pénétrer leurs idées en des milieux dont l\u2019accès leur eût été difficile autrement; bien plus ils tentent, avec perfidie, de s\u2019infiltrer jusqu\u2019en des associations franchement catholiques et religieuses.» La place des chrétiens n\u2019est donc pas dans des organisations para-communistes, qu\u2019elles soient nationales ou syndicales, culturelles ou sportives, pour la paix et contre les armements atomiques, pour les minorités et contre Ottawa.Croire qu\u2019on réussira à parasiter et à noyauter ces organisations, c\u2019est tout ignorer du réalisme communiste.OCTOBRE 1955 255 Nous avons vu, ici, dans le Québec, soixante-dix municipalités signer l\u2019Appel de Stockholm, et même des curés s'y laisser prendre.Les feuilles portaient le fleurdelysé; les pétitionnaires se recrutaient parmi les membres de la Société Saint-Jean-Baptiste, voire parmi les ligueurs du Sacré-Cœur.Ces honnêtes gens pouvaient du moins plaider bonne foi et circonstances atténuantes.Ils le prouvèrent d\u2019ailleurs par la suite.Mais que dire d\u2019une revue comme Cité libre qui ouvre ses pages (déc.1952) à un leader intellectuel du parti communiste pour qu\u2019il y expose son programme?Naïveté pour le moins.La septième règle est de se rappeler que, pour cacher ses desseins, le communisme ne parle jamais net et franc.Même les membres des comités nationaux du parti sont souvent tenus dans le noir.Les témoignages de Louis Budenz et de Bella Dodd, qui ont siégé tous les deux au comité national du parti communiste américain, sont formels sur ce point.A plus forte raison, les communistes dans les rangs ne savent-ils rien.Fils de celui qui fut « menteur dès le commencement », le communisme agit, lui aussi, en séducteur.Ses propositions paraissent non seulement inoffensives, mais encore pleines d\u2019attraits.Il use de mots-clés, de slogans et de tout un vocabulaire ambivalent: paix, démocratie, liberté, libération, coexistence, etc.Il enveloppe sa pensée dans des formules susceptibles d\u2019une interprétation acceptable, et conformes, si la tactique le veut, aux principes catholiques: on aurait mauvaise grâce de ne pas au moins écouter;.qui sait, cette fois peut-être.Mais, dans Vexécution et Vengagement, cette fois encore, le communisme utilise son sens et ses principes.Le mensonge consiste ici, pour les communistes, à faire accepter aux chrétiens des mots, des thèses et des actes d\u2019après leur sens obvie, puis à appliquer ces mots, ces thèses et ces actes d\u2019après leur sens à eux, qui est toujours le sens marxiste.Comme est vrai seulement ce qui s\u2019aligne sur l\u2019état présent de la révolution en marche, qui est le mouvement de l\u2019histoire, est faux tout ce qui en dévie.Ainsi le communisme, mentant toujours, ne ment jamais.Quoi qu\u2019il arrive, il a toujours raison.Il est même inconcevable qu\u2019il puisse se tromper.Il est infaillible.Les tribunaux du régime ont pour première fonction de faire admettre leurs erreurs aux inculpés.Ce qui est mensonge et duplicité pour nous, le marxiste en fait les moments souples et successifs d\u2019une même vérité.Ajoutons que pareille perversion du langage révèle une présence invisible et infernale.Au serpent, Valéry fait dire: Dore, langue, dore-lui les Plus doux des dits que tu connaisses! Allusions, fables, finesses.La huitième règle est de se rappeler que même si, de groupes à groupes et de gouvernement à gouvernement, les relations peuvent se justifier, celles-ci sont toujours semées d\u2019embûches et de ruses, et pleines d\u2019amertume 256 dans leurs résultats, même quand elles paraissent pleines d\u2019affabilité dans le dialogue.Les discussions de personne à personne avec des communistes doctrinaires, instruits et formés, donneront la plupart du temps si peu que rien, car la dialectique fournit au communiste intellectuel mille subterfuges.Avec eux, mieux vaudra toujours être chrétien que parler chrétien.Là-dessus également le témoignage des convertis est clair.Le mensonge, la lutte et la haine finissent par décevoir l\u2019âme.Il faut qu\u2019à l\u2019heure de souffrance l\u2019Église apparaisse comme le lieu de la charité et le havre de la paix.Avec les communistes perdus dans les rangs et brûlants de ferveur, la discussion bien menée, dans une atmosphère fraternelle, peut aboutir.Puisqu\u2019ils ignorent le vrai but du communisme, qui est l\u2019asservissement de l\u2019homme dans un système totalitaire, et les vrais moyens employés à cette fin, à savoir le mensonge, le régime policier, la persécution religieuse, les camps de concentration, etc., des réponses claires, des explications précises, des faits avérés peuvent éclairer ou du moins semer le doute dans l\u2019esprit.On a vu, lors du pacte germano-soviétique de 1939, nombre de communistes, remplis de dégoût, abandonner le parti.La paix soviétique apparut soudain à ces âmes droites et généreuses comme une vaste escroquerie.La neuvième règle est de se rappeler que l\u2019anticommunisme par surenchère, électoral ou même syndical, cause plus de tort que de bien et renforce le communisme qu\u2019il prétend affaiblir.Le communisme tient à des racines sérieuses: la faim, la guerre, l\u2019exploitation coloniale, l\u2019insécurité, la condition prolétarienne, l\u2019injustice sociale.Ces racines, il faut travailler à les arracher avec d\u2019autant plus d\u2019énergie que les communistes accusent volontiers les chrétiens de chercher dans le ciel un alibi aux difficultés de la terre.Mais la cause la plus profonde du communisme reste, il ne faut pas l\u2019oublier, l\u2019apostasie pratique du monde contemporain qui croit qu\u2019il croit en Dieu alors qu\u2019il nie son existence dans sa vie privée et publique.C\u2019est le monde laïque, le monde sans âme, le monde cassé.Le communisme apparaît ainsi comme le miroir où se réfléchit la figure affreuse de nos religions académiques.Le remède souverain au communisme sera donc de donner à notre monde apostat le sens de Dieu, de sa grandeur, de sa majesté, de sa souveraineté, et d\u2019abord de son existence, se rappelant que c\u2019est nier pratiquement Dieu que de l\u2019exclure de quelque coin que ce soit de l\u2019activité humaine.« Comme aux époques des plus violentes tempêtes de l\u2019histoire de l\u2019Église, écrit Pie XI, aujourd\u2019hui encore le remède fondamental consiste dans une rénovation sincère de la vie privée et publique selon les principes de l\u2019Évangile chez tous ceux qui se glorifient d\u2019appartenir au Christ, afin qu\u2019ils soient vraiment le sel de la terre et préservent la société humaine de la corruption totale.» Combattre le communisme qui est d\u2019abord athée, c\u2019est d\u2019abord vivre de telle manière que la vie elle-même n\u2019aurait pas de sens RELATIONS et ne vaudrait pas la peine d\u2019être vécue si Dieu n\u2019existait pas.La dixième règle, enfin, est de se rappeler qu\u2019il ne faut pas trembler devant les hommes, mais seulement devant Dieu, et que l\u2019espérance chrétienne commence là précisément où défaillent toutes les raisons humaines d\u2019espérer.Car l\u2019espérance chrétienne est une vertu théologale qui a Dieu pour motif \u2014 et rien d\u2019autre \u2014 et Dieu pour fin \u2014 et rien d\u2019autre.Cette espérance, Expériences d\u2019une ouvrière du vêtement Rita BERGERON SI, POUR CERTAINS, la mode est un art, pour les manufacturiers et les ouvriers du vêtement, elle est un commerce et une industrie.Industrie saisonnière, qui vise à faire des vêtements nouveaux, afin de forcer la demande en rendant démodés les vêtements des saisons précédentes.M.Eubinski, président de l\u2019Union internationale des Ouvriers du vêtement pour dames, a déclaré: « Creation of new fashion means business in our trade La création d\u2019une mode nouvelle active notre commerce.» D\u2019après un employeur, la femme du Québec serait toujours de deux ans en retard.Montréal compte au delà de quatre cents ateliers de confection de robes pour dames.Ce sont en général de petits ateliers.Tous les propriétaires sont des Juifs, excepté peut-être une dizaine de Syriens et une copropriétaire canadienne-française.Nos employeurs s\u2019occupent en général du choix des modèles (avec les dessinateurs), de l\u2019achat des tissus et de la vente des vêtements; quelquefois ils sont eux-mêmes dessinateurs et gérants d\u2019atelier.Leur formation ?Certains étaient vendeurs; d\u2019autres, coupeurs (métier qui exige un assez long apprentissage); d\u2019autres, expéditeurs (shippers).Quand ils ont suffisamment de capitaux, ils louent un local, achètent des machines, embauchent des ouvriers compétents, et les voilà en affaires.Ils achètent leurs patrons ou leurs croquis à New-York; le public acheteur n\u2019est-il pas convaincu que l\u2019étiquette New York est le chic du chic ?La campagne entreprise en 1940 par les manufacturiers de New-York, avec l\u2019Union internationale des Ouvriers du vêtement pour dames (International Ladies Garment Workers' Union, I.L.G.W.U.), pour remplacer Paris comme centre mondial de la mode (World Fashion Center), a porté fruit grâce au budget de $1,500,000 qui avait été prélevé à cette fin.Les dessinateurs au service des manufacturiers canadiens n\u2019ont donc pas de création proprement dite OCTOBRE 1955 c\u2019est l\u2019Église qui en est la gardienne, comme elle l\u2019est de la foi et de la charité.Si épaisses que soient les ténèbres qui couvrent la terre, le chrétien n\u2019exige aucune autre garantie dans la nuit que la promesse même de son Dieu à son Église.Se poser même la question: l\u2019Église a-t-elle encore une chance?l\u2019Église est-elle démodée?est un non-sens théologique; y céder serait un péché contre la foi et l\u2019espérance.Le communisme est un ennemi terrible.Mais l\u2019Église en a vu d\u2019autres.Mlle Bergeron fait partie depuis douze ans du local 262 (Montréal) de V Union internationale des Ouvriers du vêtement pour dames (Fédération américaine du Travail et Congrès des Métiers et du Travail du Canada).Elle a participé aux travaux des divers comités de son local.Elle s\u2019est occupée aussi d\u2019action sociale et d\u2019action catholique.à faire.Ils font des patrons d\u2019après des croquis de New-York, ou font des combinaisons d\u2019où sortent plusieurs modèles.Pour les robes de qualité, le dessinateur, durant certaines périodes, va à New-York toutes les quinzaines: il lui faut être à jour.Pour la robe à bon marché, c\u2019est beaucoup plus rare; il arrive même que certains ateliers se contentent de copier des modèles plus chers, que d\u2019aucuns font acheter par les ouvrières dans les grands magasins.Inutile de dire qu\u2019ils sont la bête noire des autres employeurs, qui ont dû débourser des sommes considérables pour se procurer ces modèles.On peut deviner l\u2019impression que produisent sur certains ouvriers, qui en sont témoins, des tactiques de ce genre.La préparation de la production dépend en grande partie du dessinateur.Il doit choisir les styles en tenant compte du prix de son secteur, du tissu et des objets d\u2019ornementation disponibles, enfin de la quantité de tissu requis par le patron.Il doit, de plus, préparer le travail afin que celui-ci soit le plus économique possible.Il doit faire les patrons d\u2019après des mesures types que lui prescrit la charte de l\u2019atelier qui l\u2019emploie.C\u2019est donc la faute de la charte si les femmes trouvent que les tailles ne sont pas bien proportionnées! Il paraît que ça ne paierait pas le manufacturier de faire des robes adaptées à la taille des femmes d\u2019une région.Il y a déjà un certain effort d\u2019adaptation quant à la longueur des vêtements destinés aux clientes des provinces de l\u2019Ouest; ils sont plus longs, paraît-il, que ceux qui sont réservés à la province de Québec.Les mannequins d\u2019ici mesurent ordinairement cinq pieds et sept ou cinq pieds et huit pouces.La Canadienne française moyenne ne mesure probablement que cinq pieds et quatre pouces.D\u2019après une dessinatrice, 80% des dessinateurs sont des Canadiens français, si l\u2019on exclut les dessinateurs qui sont à la fois employeurs.Certains d\u2019entre eux ont fait des études assez sérieuses: anatomie, modes 257 diverses, dessin des patrons, styles destinés à certaines catégories de personnes, drapé, affaires, relations extérieures (avec les employeurs et avec les ouvriers).Il n\u2019existe pas d\u2019associations de dessinateurs à Montréal.L\u2019organisation de la production dépend du gérant ou de la contremaîtresse, de son talent d\u2019organisation et de son expérience.Les méthodes ne changent pas beaucoup d\u2019un atelier à l\u2019autre, ni d\u2019une année à l\u2019autre.Il semble que la principale façon d\u2019augmenter la productivité est d\u2019acheter des machines plus rapides; il semble aussi que les ouvrières peuvent endurer une vitesse illimitée.Les plus récentes machines à coudre \u2014 l'usage n\u2019en est pas encore généralisé \u2014 font 6,000 points à la minute.Meme les meilleurs gérants ne semblent pas se soucier d\u2019éliminer les saisons mortes.Dès qu\u2019une commande arrive, il faut la remplir au plus vite.C\u2019est ainsi que nous sommes toujours entre une période de travail urgent et une de chômage.Durant les saisons mortes, rares sont les ateliers qui se soucieront de déranger un minimum d\u2019ouvrières à la fois pour exécuter une petite commande, ce qui permettrait à l\u2019autre groupe de retirer les prestations d\u2019assurance-chômage alors que les salaires sont insuffisants pour les responsabilités financières normales.Les employeurs tiennent à avoir une réserve de main-d\u2019œuvre à leur disposition.Et elle n\u2019est pas souvent à sec.Les ouvriers sont convaincus qu\u2019ils sont interchangeables et qu\u2019ils occupent une place négligeable dans l\u2019atelier.Certains d\u2019entre eux n\u2019eurent qu\u2019à assister au déménagement de leur atelier qui s\u2019agrandissait pour perdre toute illusion à ce sujet; alors que les bureaux, la salle de montre et le bar étaient lavés et peinturés, que les planchers étaient recouverts de tapis épais et les murs capitonnés, on ne faisait pas le moindre lavage dans l'atelier.Au même endroit, si la direction décide d\u2019avoir un certain nombre de machines et que le local est trop petit, pas de problème! Coupons les tables! Il importe peu que les ouvriers soient trop à l\u2019étroit.Il y a des employeurs qui ne saluent jamais leurs ouvriers.Pourquoi saluer des numéros, dont on note l\u2019absence seulement quand la production ne sort pas, même si l\u2019on doit passer auprès des ouvriers cent fois par jour ?Avant l\u2019avènement du syndicat, nulle limite aux heures de travail: on pouvait peiner douze, quinze heures par jour, six jours par semaine ; les salaires étaient à la discrétion de l\u2019employeur, comme la distribution du travail.Nous avons maintenant la semaine de quarante heures, et les salaires sont bons, quand il y a travail.La distribution du travail est beaucoup plus juste qu\u2019autrefois.Il y a naturellement des exceptions, là où l\u2019esprit syndical est moins développé; pour certaines ouvrières, faire partie de l\u2019union signifie simplement payer sa cotisation régulièrement; sans cela, pas de paye de vacances, pas d\u2019assurance-maladie, pas d\u2019admission au centre médical, pas de service de placement ni de service des agents d\u2019affaires.L\u2019attitude des hommes est sensiblement différente; d\u2019ailleurs, la plu- part sont de nationalité juive.Sans doute à cause des mises en garde faites, au moment de la fondation de l\u2019union, par nos classes dirigeantes à l\u2019endroit des unions neutres, celles de nos ouvrières qui avaient une éducation et une formation plus soignées se sont éloignées de la vie active de l\u2019union; elles ont payé leur cotisation et se sont ensuite lavé les mains, de peur d\u2019être contaminées.Résultat: les ouvriers canadiens-français qui étaient moins bien préparés pour cette tâche ont pris, avec nos camarades juifs, les rênes du local.Ils ont reçu leur formation, tant syndicale que sociale, de New-York, directement ou indirectement, parce que personne des nôtres ne s\u2019est occupé d\u2019eux.A présent, ils ne sentent plus le besoin d\u2019une formation adaptée à leur groupe ethnique.Et si quelqu\u2019un s\u2019avise de leur suggérer quelque amélioration à nos conditions, ils répondent tout naturellement: « Impossible, ça ne se fait pas à New-York.» Notre gérante, qui est aussi la directrice du service d\u2019éducation, est une Canadienne française.Elle a commencé à travailler à dix ans dans les fleurs artificielles; à douze ans, elle travaillait dans l\u2019industrie de la robe.Elle est d\u2019une intelligence bien au-dessus de la moyenne et elle s\u2019acquitte avec beaucoup de soin de sa fonction de directrice.Elle reconnaît elle-même que, si son instruction avait été plus poussée, elle aurait pu rendre de plus grands services encore aux ouvriers.C\u2019est également le cas pour certaines de ses compagnes, devenues des personnalités du mouvement ouvrier.Nos dirigeants de nationalité juive ont un avantage sur les nôtres: ils sont souvent des personnalités au sein des mouvements de leur nationalité.Ils jouent là un rôle important et se sentent soutenus, appuyés.Ainsi, l\u2019adjoint du gérant du comité conjoint de notre union est directeur national, pour le Canada, de YHistradut (Fédération syndicale de Palestine) et vice-président du Jewish Labor Congress.Nos Canadiens français ont ordinairement de l\u2019incompréhension et des critiques pour partage, tant à l\u2019intérieur qu\u2019à l\u2019extérieur de l\u2019union.Les chances ne sont pas égales; nous sommes moins bien armés.A cause de cette situation, la structure de notre union n\u2019a pas été pensée par nous ni pour nous.C\u2019est Bernard Shane, Juif russe arrivé en Amérique à l\u2019âge de seize ans et formé pour l\u2019action syndicale à New-York, qui a d\u2019abord organisé les ouvriers de la robe à Montréal; comme beaucoup d\u2019autres, il croit que les besoins de tous les hommes sont identiques et n\u2019admet pas les différences de mentalité.Il faut reconnaître cependant qu\u2019il a fait, avec les collaborateurs qu\u2019il a choisis, un travail extraordinaire, autant pour obtenir des conditions plus humaines de travail que pour détruire l\u2019incompréhension entre les différentes nationalités.(Parmi ces collaborateurs, mentionnons M.Claude Jodoin, qui sortait des cadres du service civil et qui est devenu, depuis lors, un important chef ouvrier.) Nous ne travaillons pas les jours de fêtes 258 RELATIONS catholiques et juives, et sommes libres de chômer les jours de fête légale.Naturellement, si tout le monde s\u2019était occupé de l\u2019union, les conditions que nous avons encore à déplorer seraient tout autres.Cette indifférence peut être attribuée à trois causes: a) notre défiance, amenée par les mises en garde dont il a été question plus haut; b) l\u2019inertie féminine (notre industrie est féminine dans une proportion de 90%); c) le manque de stabilité de cette main-d\u2019œuvre.Il y a diverses causes au travail féminin.Des femmes travaillent en attendant de se marier; d\u2019autres, pour acheter soit une maison, soit des meubles, soit une automobile; d\u2019autres, afin d\u2019aider à défrayer l\u2019instruction de leurs enfants; d\u2019autres, jusqu\u2019à ce que le mari ait un emploi plus stable; d\u2019autres enfin travaillent en attendant leur pension.Il est inutile de faire des efforts pour améliorer les conditions de travail quand on prévoit qu\u2019on ne travaillera pas longtemps.Notons deux autres causes d\u2019indifférence à l\u2019égard de l\u2019union: la différence de langue et notre ignorance des façons de procéder.Il n\u2019y a pas d\u2019édition française de la constitution de l\u2019Union internationale des Ouvriers du vêtement pour dames, et notre convention collective est rédigée uniquement en anglais.Nous devons à notre union une assurance-maladie, dont les trois quarts sont payés par les patrons, et un centre médical entièrement à leur charge.Une précision s\u2019impose ici; à peu près tout le monde mange sur sa machine à coudre, pleine de poussière, parce qu\u2019il n\u2019y a pas de salle à manger.Or, une salle à manger n\u2019est-elle pas plus importante, en un sens, qu\u2019un centre médical ?La paye de vacances est versée par les employeurs à un fonds administré conjointement par l\u2019Union des Patrons et l\u2019Union des Ouvriers, avec le résultat que le temps des vacances est limité à la période s\u2019étendant du 15 juin au 15 août; la raison invoquée pour l\u2019établissement de ce fonds, c\u2019était la protection de la paye L\u2019autonomie des collèges classiques Pierre ANGERS, S.J.A L\u2019HEURE ACTUELLE, les collèges classiques ont à remplir un rôle très important, \u2014 à nos yeux, L un rôle capital, \u2014 dans l\u2019évolution de l\u2019éducation canadienne.Devant la concentration croissante des grandes universités, où la recherche toujours plus poussée spécialise et morcelle les disciplines, il se trouve que les équipes de maîtres des collèges, plus réduites, mieux fondues par l\u2019intensité des échanges de vues, peuvent plus aisément maintenir la synthèse du savoir.de vacances des ouvriers dont l\u2019employeur a fait faillite durant l\u2019année.Notre union nous a obtenu le travail à la pièce parce que c\u2019est plus facile à contrôler, paraît-il; d\u2019autres prétendent, au contraire, que c\u2019est très difficile à régler.C\u2019est un comité, composé de deux ou trois ouvrières et de l\u2019employeur ou de son représentant, qui fait les prix; on y discute âprement chaque modèle de vêtement avant d\u2019en arriver à un accord; c\u2019est ce qu\u2019on appelle le marchandage (bargaining system).Ces rencontres sont considérées par les employeurs comme une discussion d\u2019affaires.Les ouvrières, elles, trouvent ces discussions inutiles et énervantes, d\u2019autant qu\u2019elles ont souvent à subir les critiques des autres ouvrières quand celles-ci jugent que le comité n\u2019a pas obtenu un juste prix.Aussi, il est très difficile de recruter des membres pour ces comités.Le temps que ces membres perdent ainsi est défrayé par les ouvrières qui se cotisent dans ce but.Si on ajoute la cotisation de $2.50 par mois, c\u2019est un système qui devient onéreux.C\u2019est à nos camarades juifs que nous devons d\u2019avoir stabilisé l\u2019industrie du vêtement et d\u2019avoir établi une union viable; notre union avait été organisée par Y International Ladies Garment Workers' Union, dont le siège social est à New-York.Lorsque les Canadiens français de notre union mettront autant d\u2019ardeur et de compétence que les Juifs à améliorer nos conditions de travail, nous ferons un autre pas en avant.On a pu remarquer au cours de cet article certaines des améliorations susceptibles d\u2019être apportées dans ces conditions de travail.Celles-ci ne résument pas tous les besoins des syndiqués; il y a les problèmes d\u2019éducation et de formation spirituelle.Il existe des cours de formation syndicale pour les membres de notre union; bien peu nombreux sont ceux qui s\u2019en prévalent.Quant à la formation spirituelle, elle est inexistante.Ce sont autant de problèmes à étudier avec la plus grande attention.Le P.Angers est professeur de littérature française à V Université de Montréal et il est attaché à la direction des études au Collège Jean-de-Brébeuf.Devant l\u2019hypertrophie des fonctions administratives, où risque de se dénouer l\u2019amitié des maîtres et des élèves, les communautés collégiales, dans la mesure où elles s\u2019adonneront au travail créateur, sont appelées à devenir les foyers par excellence où s\u2019éveillent les forces de l\u2019esprit et où s\u2019épanouissent les valeurs morales de l\u2019homme.Deux éducateurs éminents ont attiré l\u2019attention du public canadien sur ce sujet.Dans le discours qu\u2019il prononça au centenaire de l\u2019Université d\u2019Antigonish, S.Exc.M.Vincent Massey jugeait indispensable la présence dans notre société de collèges nombreux et OCTOBRE 1955 259 animés d\u2019une grande vitalité culturelle pour compenser les écueils du nombre et de la dispersion des tâches qui menacent les vastes concentrations universitaires d\u2019aujourd\u2019hui.En juin dernier, au congrès annuel de la Conférence nationale des Universités canadiennes, réunie à Toronto, M.Sidney Smith signalait le même danger et souhaitait le maintien des petites communautés de maîtres et d\u2019étudiants.L\u2019éducation ne s\u2019accommode ni des inscriptions de masse, ni des cadres administratifs trop rigides.La nature des choses suffit à en laisser voir la raison.L\u2019éducation consiste dans un éveil de l\u2019intelligence et du cœur (au sens pascalien).Cet éveil se produit par les contacts personnels et nombreux du maître et du disciple; il résulte d\u2019une action de présence, d\u2019une communication des esprits, d\u2019un dialogue cordial, animé, jamais entièrement interrompu entre les professeurs et les élèves.L\u2019influence du maître sur l\u2019élève, la docilité du jeune esprit à la parole et à la vie du maître sont ici les facteurs essentiels qui forment la personnalité.Et ainsi, la communauté collégiale, avec ses dimensions restreintes, ses occasions multiples de rencontres, son atmosphère de cordialité, est destinée, comme par sa nature même, à conduire les jeunes esprits à découvrir pour eux-mêmes la vérité et à y consacrer leurs énergies.Plus que jamais, la nation et l\u2019Église canadiennes ont besoin, à côté des grandes universités, de foyers de création spirituelle.Et lorsque, regardant la carte des institutions d\u2019enseignement au Canada, on cherche celles qui peuvent assumer cette responsabilité, on songe naturellement aux collèges classiques.Il est normal qu\u2019ils remplissent ce rôle.Mais ils n\u2019atteindront à cet idéal qu\u2019en retrouvant le sens de la culture traditionnelle et en l\u2019adaptant aux exigences du monde nouveau.Ils n\u2019y parviendront vraiment que s\u2019ils possèdent la liberté d\u2019action qui leur permette de diriger eux-mêmes leur propre vie académique en conformité avec les objectifs qu\u2019ils sont seuls à pouvoir définir et réaliser pleinement.Cette autonomie académique est d\u2019ailleurs le trait distinctif d\u2019un collège et la clé du succès de son effort éducatif.Examinons de plus près les données de ce problème.* Un collège d\u2019humanités est plus qu\u2019une maison d\u2019enseignement.Il est plus qu\u2019un établissement où des professeurs transmettent à des élèves un programme de connaissances acquises.Moins encore est-il un vase clos.Le collège est d\u2019abord un foyer de culture, c\u2019est-à-dire un milieu où la vie intellectuelle est aimée et vécue pour elle-même, une école de sagesse où la vérité, le réel, l\u2019homme et Dieu sont aimés et respectés comme des valeurs et où les matières de l\u2019enseignement sont choisies et enseignées en fonction de ces valeurs.260 Comment décrire l\u2019atmosphère de ces foyers où vivent des hommes qu\u2019un idéal commun anime et réunit; une équipe de maîtres et de chercheurs dont la vie entière est consacrée aux disciplines des sciences et des humanités; des esprits formés à la réflexion, éveillés aux problèmes les plus variés de l\u2019heure présente, capables d\u2019en percevoir et d\u2019en discuter les données; des hommes aux écoutes du monde en marche et ambitieux de partager, en pleine intelligence et amitié, les aspirations les plus élevées de l\u2019Église et de la nation ?Ces foyers-là, où ils existent, devraient se présenter comme des points de condensation de la vie nationale et des centres de vitalité dans la chrétienté.Telle est, dans la tradition occidentale, la mission des grandes écoles d\u2019humanités; tel est le sens premier d\u2019un collège, selon l\u2019acception fondamentale du terme.Le collège est constitué par une communauté de maîtres formant équipe, et celle-ci repose sur un accord des esprits et des volontés réunis dans une intelligence commune des problèmes que posent nos rapports avec Dieu, la société, l\u2019univers.Cette communauté de vues, qui associe étroitement les maîtres dans la poursuite d\u2019un même idéal, est à la source de tous leurs efforts d\u2019éducateurs et de l\u2019enseignement qu\u2019ils donnent.La même vision que chacun partage inspire la conception de l\u2019éducation et l\u2019activité académique de l\u2019institution.De ces vues découlent le choix des matières et l\u2019importance relative accordée à chacune dans l\u2019ensemble du programme, le choix des grands écrivains qui seront commentés et les options philosophiques et religieuses de base.Ces vues inspirent aussi le principe d\u2019admission des élèves en fonction de leurs aptitudes, le choix des maîtres en fonction de leur compétence et de leur valeur spirituelle, l\u2019établissement des normes scolaires, la conception des examens, le jugement prononcé sur les élèves au terme du cours.Les dirigeants et les maîtres de l\u2019institution établissent eux-mêmes cette politique à tous les degrés de l\u2019échelle et dans tous ses détails; ils en sont pleinement responsables; ils sont capables d\u2019en prendre eux-mêmes la défense s\u2019ils rencontrent des contradicteurs, car ils en sont les auteurs; ils sont toujours libres de modifier certaines positions et certains programmes, selon les circonstances et selon qu\u2019ils le jugent à propos.Ils sont entièrement engagés dans une œuvre dont ils ont établi les objectifs, dont ils ont déterminé l\u2019orientation, dont ils ont créé les cadres et où toutes les étapes relèvent de leur libre initiative.Cette pleine responsabilité des éducateurs est la vertu, faite de clairvoyance et d\u2019énergie devant la vie, qui leur permet de faire mûrir l\u2019homme libre et adulte dans l\u2019adolescent qu\u2019ils ont entre les mains.Us ont à former un homme pour qu\u2019il affronte la vie en comprenant son sens et en s\u2019y engageant.Eux-mêmes se présentent à leurs élèves comme des hommes responsables de leurs positions devant la vie, \u2014 la vie natio- RELATIONS nale et religieuse, \u2014 de leur façon de l\u2019entendre, de la manière dont ils préparent d\u2019autres hommes en vivant leur vie d\u2019éducateurs librement devant de futurs hommes.Tout, dans le collège, dépend d\u2019eux; non seulement la façon de voir la matière, mais le choix de celle-ci; non seulement l\u2019enseignement donné pour passer un examen qu\u2019un autre a préparé, mais l\u2019examen lui-même; non seulement la direction des jeunes, mais le jugement définitif sur leur échec ou leur succès.Ceci est le point capital: ce qui importe pour la formation d\u2019un homme, tel que la poursuit l\u2019enseignement des humanités, ce n\u2019est pas surtout la substance du programme, la matière enseignée, la rigueur des cadres scolaires; c\u2019est l\u2019engagement d\u2019un maître qui a choisi librement ce qu\u2019il fait, qui transmet ses vues sur l\u2019homme et qui en prend la responsabilité devant ses élèves, eux-mêmes engagés par cet exemple de leur maître.C\u2019est l\u2019influence exercée sur le disciple par le maître et la communauté des maîtres.Là est l\u2019essentiel de l\u2019éducation.On pourrait aussi faire la preuve par l\u2019analyse de la situation inverse.Lorsqu\u2019un collège d\u2019humanités reçoit d\u2019une institution extérieure les questionnaires d\u2019examens, les normes académiques et le jugement d\u2019aptitude au diplôme, apparaît toujours le risque du primat des fonctions administratives sur l\u2019effort éducatif.La liberté indispensable à l\u2019effort d\u2019éducation de la personnalité est étouffée ou tout au moins notablement réduite.Si bénigne qu\u2019on la conçoive, cette forme de contrôle \u2014 qu\u2019il vienne de l\u2019État ou de l\u2019université, peu importe, car les fruits ne varient guère \u2014 a toujours pour résultat de faire obstacle à l\u2019initiative des maîtres et de les soustraire à une part des responsabilités qui normalement leur appartiennent.Une institution qui ne désigne pas elle-même ses candidats au diplôme n\u2019a pas la liberté de déterminer sa politique académique; elle est soumise à l\u2019agrément de celle qui confère le parchemin.Une institution qui ne prépare pas elle-même ses examens, mais qui reçoit d\u2019une autre les questionnaires se voit privée de la faculté d\u2019aménager ses programmes selon l\u2019idéal d\u2019enseignement qu\u2019elle a conçu: elle sera contrainte de modifier le contenu et parfois les méthodes de son enseignement selon les normes des examens finals; et la liberté du maître, qui est le ressort principal de l\u2019éducation libérale, sera contrariée jusque dans la substance et l\u2019orientation du cours.Une institution qui n\u2019a pas la faculté de pourvoir elle-même à la correction des copies n\u2019est plus juge du mérite de ses candidats; elle n\u2019est qu\u2019à demi responsable de leur succès ou de leur échec.Elle est dépossédée de certains privilèges académiques qui, en vertu des fonctions qu\u2019elle exerce, devraient relever de sa compétence.* Mais, dira-t-on, ne serait-il pas possible d\u2019organiser un système scolaire où les collèges, tout en étant soumis OCTOBRE 1955 au contrôle d\u2019une institution extérieure, jouiraient d\u2019une ample latitude dans l\u2019application des programmes, le choix des manuels, la disposition des horaires ?Sans doute.Mais alors, on ne saurait parler de liberté authentique.En réalité, ce sont là des broutilles.Le véritable terrain de l\u2019autonomie académique est ailleurs: dans l\u2019orientation générale de l\u2019enseignement, dans la conception des programmes, dans le choix des disciplines, dans l\u2019institution des examens donnant suite aux études qui en déterminent le contenu.Ces principes seuls commandent l\u2019esprit d\u2019un collège; seuls, ils engagent en plénitude la responsabilité dont il est souhaitable que soient chargés des hommes adultes appelés à former de futurs adultes.Il y a lieu d\u2019évoquer encore d\u2019autres effets d\u2019un système administratif trop fortement centralisé.Il peut arriver alors qu\u2019une institution glisse imperceptiblement dans la routine et s\u2019habitue à cette condition de tutelle.Elle cesse d\u2019en sentir le poids; elle s\u2019en trouve bien, comme d\u2019un abri contre ses insuffisances; elle s\u2019y soumet avec l\u2019inconsciente satisfaction d\u2019éviter les responsabilités les plus lourdes de sa tâche d\u2019éducation.Il importe de préciser un point sur lequel des malentendus pourraient se produire.Les réflexions que nous faisons ici ne s\u2019adressent à aucune institution particulière.Nous ne discutons que de doctrines générales en examinant les conséquences auxquelles un régime scolaire de contrôle extérieur trop accentué risque de conduire, au détriment de la valeur de l\u2019enseignement.L\u2019écueil que nos propos cherchent ici à signaler, c\u2019est la remise entre les mains d\u2019un organisme étranger de responsabilités qui, par leur nature, devraient appartenir à la communauté enseignante.Il nous semble plus normal qu\u2019un collège de maîtres, s\u2019il est qualifié pour enseigner, porte lui-même la pleine responsabilité de son œuvre et possède les droits pour l\u2019accomplir.La privation de ces droits ne va jamais sans servitude.Cette situation entraîne souvent avec elle un affaiblissement de l\u2019effort d\u2019intelligence sur les problèmes majeurs de l\u2019enseignement libéral.La communauté des maîtres, n\u2019ayant plus la faculté de composer les programmes, prend pour acquises les matières imposées et cesse de remettre en question les problèmes pédagogiques les plus importants.L\u2019activité de la pensée, la réflexion sur les besoins du milieu social, économique ou religieux, l\u2019adaptation des humanités et des sciences, toujours à recommencer dans le monde si mobile de l\u2019heure présente, ont tendance à diminuer dans l\u2019équipe des maîtres, ou elles sont sérieusement entravées par l\u2019influence attardante des filières multipliées.On entend aussi formuler une autre objection: toutes les institutions ne sont pas mûres pour accomplir leur œuvre sous un statut d\u2019autonomie.Elles ne possèdent un personnel ni assez stable, ni suffisamment qualifié.L\u2019objection est sérieuse et mérite qu\u2019on s\u2019y arrête.261 Il existe sans doute au Canada des collèges de fondation récente et dont l\u2019équipe encore jeune ne possède pas de traditions longuement établies.Qu\u2019ils soient aidés durant leurs années de croissance et soumis à des contrôles extérieurs, ce sera évidemment le meilleur moyen de les faire atteindre rapidement à une éducation de bonne tenue.En cela, les universités peuvent rendre de grands services en encadrant ces institutions par des modes variés d\u2019affiliation ou de fédération.Mais ce statut devrait être reconnu comme un état de choses provisoire.Un régime d\u2019affiliation devrait conduire normalement et progressivement à un régime de liberté.D\u2019autre part, il existe au Canada des institutions déjà anciennes, pourvues de traditions élaborées peu à peu par plusieurs générations de maîtres.Pourquoi ne jouiraient-elles pas de l\u2019autonomie académique?Dans une attitude qui tendrait à limiter cette autonomie, ne sent-on pas comme un déni de confiance?Notre société canadienne devrait avoir une confiance assez ferme dans ses collèges et ses universités pour revendiquer à l\u2019égard de ceux qui en sont capables une entière liberté académique comme son bien le plus précieux.Des personnalités adultes, des croyants avertis, des consciences éclairées et soucieuses du bien commun seront mieux formés par des éducateurs qui ont accepté de prendre la pleine responsabilité de leur oeuvre éducative.Nous touchons là aux conditions premières d\u2019une société d\u2019hommes libres.* Reste un dernier point.Le corps enseignant, dans la mesure où il est libre, est obligé en conscience au bien La délinquance juvénile à Montréal Marc LECAVALIER, prêtre DEPUIS QUELQUES ANNÉES, les sciences positives ont fait des progrès tels qu\u2019aujour-d\u2019hui elles ont changé à plusieurs points de vue la façon de considérer certains aspects du problème social.L\u2019apport du service social et de la psychologie dynamique nous a permis de mieux connaître le problème humain des anomalies sociales.L\u2019enfance malheureuse a eu sa large part d\u2019attention.Plus spécifiquement, la délinquance juvénile a fait l\u2019objet de sérieuses recherches qui ont facilité, par la suite, le travail de rééducation.A Montréal, de multiples organismes privés et publics ont fait jusqu\u2019ici de remarquables efforts pour commun.Dans la mesure où une fonction de première importance est confiée à son initiative, il est obligé en conscience de remplir sa mission avec compétence et de pourvoir à l\u2019intérêt général de la société.Il ne saurait revendiquer des droits sans du même coup assumer les responsabilités qu\u2019ils impliquent.Et ce qu\u2019il faut bien voir ici, c\u2019est que l\u2019éducation vit de qualité.Un collège n\u2019exerce une influence éducative bienfaisante sur les jeunes esprits que dans la mesure où il est animé d'une volonté résolue de progrès, de conquête exigeante et d\u2019amélioration continuelle.Le grand ennemi, en ce domaine, est la médiocrité, sous quelque forme qu\u2019elle apparaisse.Il n\u2019y a qu\u2019une manière d\u2019être réaliste pour une communauté d\u2019enseignants, c\u2019est de poursuivre sans relâche un idéal toujours plus élevé et de tendre de tous ses efforts à l\u2019excellence.Voilà précisément, à notre sens, ce qu\u2019assure, mieux que tout autre régime scolaire, le statut d\u2019autonomie.L\u2019institution qui désigne elle-même ses candidats au diplôme se porte garante du grade qu\u2019elle décerne, et par cette sanction publique, elle s\u2019engage devant la nation.Elle est ainsi sujette au contrôle des faits.Elle ne saurait longtemps, sans mettre en péril son prestige et par là même son existence, tolérer des échecs nombreux chez ses anciens élèves inscrits dans les facultés universitaires.La cote qu\u2019elle méritera jouera d\u2019elle-même en sa faveur ou à son détriment.Et en cas d\u2019incapacité notoire, le collège se verra contraint, dans un avenir prochain, ou de relever ses normes ou de fermer ses portes.La régulation sur l\u2019œuvre éducative s\u2019exerce alors de façon naturelle, non par l\u2019intervention d\u2019une institution étrangère, mais par l\u2019influence spontanée d\u2019un ordre culturel stable qui reflète la vie entière de la nation.M.l\u2019abbé Lecavalier, qui a obtenu sa maîtrise en service social à la faculté des sciences sociales de l'Université de Montréal, est attaché à la Clinique^ d\u2019aide à l\u2019enfance {Montréal) du ministère du Bien-Être social et de la Jeunesse.circonscrire et déraciner ce fléau social.Mais il y faut plus qu\u2019une campagne d\u2019opinion.Il faut un travail soutenu, méthodique, accompli par un personnel dirigé et compétent.Les facteurs en jeu sont tellement nombreux, subtils et apparentés qu\u2019on ne saurait aborder le problème par un seul côté à la fois.C\u2019est donc le phénomène global qu\u2019il importe d\u2019étudier, avec les données de base que comporte la délinquance chez les enfants.Nous ne traiterons ici ni les questions de rééducation, ni les questions de méthodes adaptées à cette fin.Nous exposerons surtout les faits tels qu\u2019ils se présentent.Étudions d\u2019abord l\u2019enfant délinquant dans son contexte individuel: sexe, âge, mois pendant lequel 262 RELATIONS il a commis un délit, enfin, nature même du délit commis.LE SEXE La population juvénile de l\u2019île de Montréal, de cinq à dix-neuf ans, se répartit comme suit: Ile de Montréal Ensemble.292,023 Garçons .146,700 Filles.145,323 Il y a donc 1,377 garçons de plus qu\u2019il n\u2019y a de filles.Cuand on examine la population globale, par sexe, soit dans l\u2019île de Montréal, soit dans le Québec, on voit que l\u2019élément féminin dépasse de beaucoup l\u2019élément masculin.Mais lorsqu\u2019il s\u2019agit de la population juvénile, le sexe masculin l\u2019emporte.Tenant compte de ce facteur, comparons maintenant le nombre des délinquants, par sexe, pour une année : Délinquants, par sexe, pour une année Ensemble.1,690 Garçons .1,521 Filles.169 Le nombre des jeunes délinquants est neuf fois plus élevé que celui des jeunes délinquantes.Il semble difficile de trouver une explication à ce phénomène.Serait-ce que la jeune fille est moins exposée au délit que le jeune garçon ?On n\u2019a pas le moyen de l\u2019affirmer.Nous savons cependant que les filles sont plus souvent jugées en vertu de la Loi de protection qu\u2019en vertu de la Loi des jeunes délinquants.Il semble aussi que les délits commis par les jeunes filles sont moins graves que ceux dont on accuse les garçons.Ceux-ci ont beaucoup plus d\u2019audace; ils bravent plus volontiers le péril.Disons que, le plus souvent, dans les grandes villes, le nombre des délinquantes est inférieur à celui des délinquants.l\u2019Âge Les premiers délits se commettent d\u2019ordinaire entre sept et neuf ans.A cet âge, l\u2019enfant commence à s\u2019adapter plus ou moins à la société.C\u2019est à cet âge qu\u2019on pourrait prévenir la délinquance, car il est facile de déceler les pré-délinquants.Le facteur âge a donc son importance, car il conditionne souvent le choix du lieu où l\u2019on tentera la rééducation de l\u2019enfant.On sait que, pour comparaître à la cour du Bien-Être social, les enfants doivent avoir moins de dix-huit ans.Le tableau suivant donne la répartition, par âge et par sexe, des délinquants à Montréal, pour une année.En examinant ce tableau on constate que, de sept à dix-sept ans, la délinquance progresse, pour ainsi parler, avec l\u2019âge; de plus, entre six et quatorze ans, un enfant sur cent, à Montréal, est délinquant; entre quinze et dix-neuf ans, deux sur cent sont délinquants.Ajoutons que la période de quatorze à dix-sept ans cumule 75.6% du total des délinquants.Âge\tEnsemble\tGarçons\tFilles \t1690\t1521\t169 7\t3\t3\t0 8\t7\t6\t1 9\t11\t11\t0 10\t42\t41\t1 11\t55\t52\t3 12\t106\t97\t9 13\t126\t111\t15 14\t176\t163\t13 15\t277\t246\t31 16\t361\t334\t27 17\t382\t338\t44 18\t31\t20\t11 19\t2\t1\t1 20\t3\t1\t2 non donné\t108\t97\t11 MOIS OÙ SE COMMETTENT LES DÉLITS Y a-t-il des mois où les délinquants sont plus actifs ?Des éducateurs croient que certains mois \u2014 mars et avril, octobre et novembre, les saisons mortes comme on dit \u2014 favorisent la délinquance.Les données suivantes ne confirment que partiellement cette hypothèse.Une autre question se pose: les garçons commettent-ils des délits aux mêmes saisons que les jeunes filles ?Voici la répartition, par mois, des cas de délinquance, pour une année, à Montréal : Ensemble\tGarçons\tFilles Mois\tNombre\tMois\tNombre\t\tMois\tNombre\t juin\t\t.186\tjuin\t\t.170\tnovembre.\t.21 avril\t\t.171\tavril\t\t.156\tjanvier\t\t.18 novembre\t.161\tmai\t\t.145\tfévrier\t\t.18 mai\t\t.155\tnovembre .\t.140\tjuin\t\t.16 janvier.\t.155\tjanvier.\t.137\tmars\t\t15 février .\t.147\tmars\t\t.130\tavril\t\t.15 mars\t\t.145\tfévrier.\t.129\tdécembre.\t.15 décembre.\t.141\toctobre.\t.127\tseptembre.\t.14 octobre.\t.140\tdécembre .\t.126\toctobre\t.13 septembre\t.129\tseptembre.\t.115\tmai\t\t10 juillet.\t.85\tjuillet\t\t.75\tjuillet\t\t.10 août\t\t.75\taoût\t\t.71\taoût\t\t.4 On voit que les mois d\u2019avril et de juin comptent le plus de délinquants au total.Les mois d\u2019été, juillet et août, en comptent le moins.Si nous divisons l\u2019année en deux, nous constatons que les six premiers mois ont amené à la cour 959 délinquants, tandis que les six derniers en ont amené 731.Mais on obtiendra une idée plus juste du phénomène en comparant, par groupes de trimestres, le nombre des délinquants pour quatre années: 1949, 1950, 1951 et 1952.OCTOBRE 1955 263 \tProv.de Qué.\tProv.de Qué.\tProv.de Qué.\tMontréal \t(1949)\t(1950)\t(1951)\t(1952) Mois\tNombre\tNombre\tNombre\tNombre \t1486\t1548\t1248\t1690 Décembre )\t\t\t\t Janvier > Février J\t.204\t356\t234\t443 Mars'!\t\t\t\t Avril > .Mai J\t.400\t451\t418\t471 Juin J\t\t\t\t Juillet > .Août J\t.344\t363\t316\t346 Septembre)\t\t\t\t Octobre Novembre J\ty .328\t378\t280\t430 Ce tableau révèle clairement que le trimestre mars, avril, mai, pour une période de quatre ans, compte plus de délinquants que les autres.C\u2019est donc au printemps que les délinquants sont le plus actifs.LES DÉLITS Quoi qu\u2019on dise, la nature même du délit, voilà ce qui caractérise le jeune délinquant.Les facteurs sociaux, familiaux et psychologiques, il est vrai, de même que le milieu, le compagnonnage, les loisirs, le comportement habituel, nous aident à comprendre le jeune délinquant.Il ne faut pas l\u2019oublier cependant: si l\u2019enfant est déclaré jeune délinquant, c\u2019est qu\u2019il a enfreint la loi.Nombreux sont les délits pour lesquels on traduit des jeunes en cour.Nous en énumérons seize qui révèlent exactement la qualité des délits commis par des jeunes, pendant une année, à Montréal.Délits\t\tDélinquants\t Genre\tEnsemble\t\tGarçons\tFilles (1690)\t\t(1521)\t(169) Vol\t\t168\t160\t8 Vol et recel\t\t233\t223\t10 Vol avec effraction\t\t170\t168\t2 Vol à main armée\t\t14\t14\t0 Vol d\u2019automobiles\t\t230\t227\t3 Tentative de vol\t\t84\t83\t1 Voies de fait graves\t\t14\t13\t1 Voies de fait simples\t\t36\t34\t2 Dommage à la propriété.\t15\t14\t1 Évasion\t\t40\t19\t21 Immoralité\t\t83\t48\t35 Incorrigibilité\t\t90\t55\t35 Infraction aux règlements\t\t\t municipaux\t\t362\t320\t42 Infraction aux lois scolaires\t12\t7\t5 Meurtre\t\t2\t2\t0 Autres délits\t\t36\t35\t1 Non donné\t\t111\t109\t2 Comme on le voit, les délits les plus nombreux s\t\t\t nomment:\t\t\t infractions aux règlements municipaux\t\t\t.362 vols et recels\t\t\t\t.233 vols d\u2019automobiles\t\t\t\t.230 vols avec effraction\t\t\t\t.170 vols.\u201e\t\t\t\t.168 Dans une ville comme Montréal, les règlements municipaux sont nombreux.Les enfants sont donc amenés à la cour pour des motifs très variés.Un adolescent qui flâne dans la rue à une heure tardive enfreint les règlements municipaux.Un enfant de treize à quatorze ans qui ne résiste pas au désir de tirer la gâchette d\u2019un avertisseur d\u2019incendie sera, si on le prend, déclaré jeune délinquant.L\u2019enfant ne pense pas toujours à la gravité de ses actes; souvent, il a moins l\u2019intention d\u2019enfreindre la loi que de jouer un bon tour.La gravité du délit paraît cependant plus évidente lorsqu\u2019il s\u2019agit du vol.Or, de toutes les plaintes portées contre des jeunes, 875, soit une proportion de 61%, avaient pour cause le vol.On remarque aussi que les délits commis par les jeunes filles diffèrent des délits commis par les garçons.Ainsi, aucune jeune fille n\u2019a touché à une arme à feu; par contre, les infractions aux règlements municipaux, l\u2019immoralité, l\u2019incorrigibilité ont une large part dans les délits féminins.Il y a beaucoup plus de vols qui sont commis par des garçons: ceux-ci ont plus d\u2019audace, plus d\u2019agressivité que les jeunes filles.Les vols commis par des jeunes filles ont pour objets d\u2019ordinaire les cosmétiques et les menues choses destinées à satisfaire leur coquetterie, leur vanité, leur désir de paraître, ou tous autres articles pouvant servir à leur usage personnel.Lorsqu\u2019on parle d\u2019incorrigibilité, chez un enfant, on veut dire que l\u2019enfant est difficile, qu\u2019il n\u2019obéit plus à ses parents, qu\u2019il est grossier, enfin, qu\u2019il a besoin de rééducation.Ce terme légal nous paraît excessif.En effet, si des parents, se sentant dépassés par la difficulté d\u2019éduquer leur enfant, recourent au tribunal pour renflouer leur autorité, il se peut que le mal ne soit aucunement ou du moins pas uniquement imputable à l\u2019enfant.A propos des vols d\u2019automobiles, les interrogatoires démontrent que les adolescents sont prêts à bien des risques pour parvenir à leurs fins.La plupart déclarent qu\u2019ils n\u2019avaient pas l\u2019intention de garder l\u2019auto en leur possession; qu\u2019ils voulaient simplement se promener un jour ou deux.Certains avouent candidement qu\u2019ils n\u2019en sont pas à leur premier délit du même genre.Les plus âgés (seize ou dix-sept ans) affirment qu\u2019ils n\u2019ignoraient pas la peine de douze mois d\u2019emprisonnement dont ce délit est passible aux termes du code criminel.D\u2019autres n\u2019hésitent pas à dire que l\u2019occasion du vol fut simplement la constatation que telle auto n\u2019était pas fermée à clef, ce qui rendait la tentation plus forte et l\u2019aventure plus facile.Quant au délit de conduite immorale, il faut savoir que les quatre-vingt-trois cas examinés par nous signifient seulement que des jeunes ont commis un acte public répréhensible devant la loi.Il ne faut donc pas, d\u2019abord, confondre délit et perversion.De plus, parce que le délit a une répercussion sensible dans l\u2019ordre moral, il n\u2019y a pas toujours lieu d\u2019en grossir la gravité 264 RELATIONS sur le plan juridique.Si l\u2019on en juge par les statistiques, les jeunes qui commettent semblables délits deviennent rarement un danger public.D\u2019ailleurs, le taux des délits de cette nature n\u2019a jamais beaucoup augmenté.On aurait donc tort de prétendre, comme certaines gens, que toute délinquance prend racine dans une anomalie d\u2019ordre moral.Un jeune délinquant n\u2019a pas nécessairement plus de propension au vice qu\u2019un autre.D\u2019après l\u2019expérience clinique, il n\u2019y a pas plus de troubles de la personnalité résultant de déviations DISQUES DE CHOIX morales chez le jeune délinquant que chez le non-délinquant.Chose certaine, une fois que le juge s\u2019est prononcé dans un cas de conduite immorale, le traitement approprié relève du conseiller moral, du travailleur social et du psychologue beaucoup plus que des agents assignés par la loi pour maintenir l\u2019ordre.Nous croyons que ces quelques observations sur les délits des jeunes permettent de mieux situer les jeunes délinquants dans leur contexte de vie et peuvent servir à mieux organiser le travail de leur redressement.DRAME ET MUSIQUE Jean-Paul LABELLE, S.J.EN ÉCOUTANT Otello, de Verdi, inspiré de la tragédie du même nom composée par Shakespeare, ce qui frappe, c\u2019est le caractère italien de cet opéra, dû au fait qu\u2019il est chanté dans sa langue originale.Otello est une œuvre sombre.On y respire la haine, la vengeance, l\u2019amour coupable.D\u2019autre part, ces passions provoquent la jalousie, le meurtre, le suicide.L\u2019histoire, loin de nous rendre ces laideurs séduisantes, nous les présente dans ce qu\u2019elles ont de plus repoussant.Le libretto se ramène aux traits suivants: Iago, pour se venger d\u2019Otello, un rival, décide de ruiner le bonheur conjugal de ce dernier et complote avec Cassio une intrigue de basse classe qui est censée profiter à Roderigo, amant de Desdé-mone (épouse d\u2019Otello).La tragédie vient de ce que Des-démone, parfaitement fidèle, est de plus en plus soupçonnée par son mari jaloux.Les événements prennent une autre tournure que celle qu\u2019a prévue Iago: Roderigo est tué en duel par Cassio, Otello se suicide après avoir assassiné sa femme.Cassio, qui devait servir d\u2019homme de paille, est celui qui profite de cette série de malheurs.Opéra puissant.A l\u2019écrire, Verdi, âgé de soixante-quatorze ans, consacra toute son expérience et tout son enthousiasme.L\u2019orchestre et les chœurs se fondent harmonieusement avec les partitions des solistes.L\u2019ensemble est impressionnant.Le libretto, rédigé par Arrigo Boito, est ferme; il suit parfaitement la marche de la grande pièce de Shakespeare: ni longueurs, ni bavures.L\u2019enregistrement du disque est supérieur.Excellent chœur, orchestre accordé au rythme des voix, surtout solistes exceptionnels: Mario del Monaco, dans le rcle d\u2019Otello, et Renata Tebaldi, dans celui de Desdémone, dominent un groupe de chanteurs comme il ne s\u2019en rencontre pas souvent.La reproduction technique est aussi d\u2019une rare valeur.Un bel album (London, LLA-24).L\u2019Enfant et les Sortilèges, de Maurice Ravel, est français.Il nous introduit au pays de l\u2019enfance.Un petit garçon refuse d\u2019obéir à sa maman et fait une vilaine colère.Alors, les choses autour de lui se révoltent et menacent l\u2019enfant coupable.Cette fantaisie permet à Ravel d\u2019animer une horlogerie de rêve avec des personnages de porcelaine d\u2019une telle délicatesse et d\u2019une telle fraîcheur que nous avons peur de les briser.Ansermet, par sa direction intelligente, exprime tout le spirituel de cette œuvre.Je ne parle pas de sève surnaturelle, car ici, l\u2019univers est celui de Colette, strictement naturaliste.L\u2019orchestre de la Suisse romande et le Chœur de Genève (de Jacques Homeffer) rendent admirablement cette bluette ruisselante de poésie (London, LL.1180).Enfin, les poèmes de Jehan Rictus, dits par Maurice Chevalier, compléteront ce triptyque plus ou moins assorti.Jehan Rictus est le poète des pauvres de Paris; dans l\u2019argot parisien, l\u2019ancêtre de notre Jean Narrache canadien.Fils de patricien, il a voulu souffrir avec les poètes rejetés par la société à la fin du xixe siècle.Il a vraiment souffert de la faim et du froid.Dans ses textes vibre un accent de sincérité qui ne trompe pas.Le vagabond, la vieille dont le fils a mal tourné, le gamin à la foire avec sa mère, l\u2019adolescent qui confie \u2014 avec quel sérieux! \u2014 son premier amour: tous ces personnages ont une vérité qui vous saisit à la gorge et ne vous lâche pas.On se prend à souhaiter qu\u2019il y ait moins de misère pour des gens qui ont tant de cœur.Maurice Chevalier est simple, vrai, ce qu\u2019il fallait qu\u2019il fût (London, International, TW.91065).Compréhension /xatexnelL SIGNES DES TEMPS Devant le bouleversement du monde, les chrétiens pourraient-ils n\u2019être que des témoins?Ils ne sauraient être, vous le devinez, ni accrochés à ce qui s\u2019écroule, ni hésitants devant la hardiesse des transformations qui s\u2019imposent, ni oublieux des principes essentiels de charité évangélique et d\u2019authentique justice que l\u2019Église de Jésus-Christ garde inviolablement au milieu de ce confluent tumultueux d\u2019aspirations contradictoires.Notons, en premier lieu, qu\u2019il doit y avoir, de la part de ceux qui veulent agir, un souci d\u2019attitude et de langage: et ce serait une grande erreur que de ne pas le croire essentiel.Il y a des façons protectrices de se présenter et de parler que les générations actuelles ne supportent plus.Faut-il le leur reprocher?Je voudrais être bien sûr que ceux qui le leur reprochent agiraient différemment si les rôles étaient renversés.Est-il sur- prenant, d\u2019autre part, que les pauvres, les malheureux, les victimes de l\u2019injustice soient aussi jaloux, plus jaloux quelquefois de leur dignité que de leur bien-être?Que penser d\u2019un chrétien qui ne l\u2019accepterait pas?Il faut donc tout faire pour donner à nos frères éprouvés le sentiment qu\u2019ils sont compris, aimés, que notre compassion n\u2019est pas une pitié un peu dominatrice, qu\u2019elle n\u2019est pas superficielle ni verbale, que .nous souffrons nous-mêmes fraternellement de ce qui les fait souffrir.Ainsi faisait le Christ.Ainsi faisait saint Paul qui a pu se rendre ce témoignage qu\u2019il se faisait tout à tous pour les sauver tous.(Discours de S.Ém.le cardinal Gerlier au xxxvi® Congrès eucharistique international, Rio-de-Janeiro, juillet 1955.) OCTOBRE 1955 265 FINANCES SCOLAIRES IES JOURNAUX du premier septembre nous apprenaient que la ville de Montréal allait demander à la Commis-^ sion Tremblay que le champ complet de l\u2019impct financier g' néral soit laissé à la municipalité civile et que le gouvernement provincial se charge de plus en plus du coût de l\u2019instruction publique.Le même jour, une autre nouvelle disait que le congrès de la Fédération canadienne des Maires et Municipalités venait d\u2019adopter une résolution par laquelle on propose de laisser au gouvernement fédéral et aux provinces le coût de l\u2019instruction publique et du bien-être public.Le problème n\u2019est pas nouveau.La suggestion non plus.Parmi les trois suggestions que faisait, en octobre 1944, le président du Comité exécutif de Montréal, M.J.-O.Asselin, pour l\u2019amélioration de la situation financière de la cité, se trouvait celle-ci: le coût de l\u2019enseignement primaire mis entièrement à la charge du gouvernement provincial.Dans un éditorial qu\u2019il intitulait: « Regarder avant de sauter » (le Devoir, 28 octobre 1944), M.Orner Héroux commentait le discours de M.Asselin et notait que transférer les responsabilités financières des écoles, c\u2019était appesantir sur celles-ci la mainmise gouvernementale.L\u2019idée exprimée par M.Asselin continua de faire son chemin.En mars 1947, lors de la discussion^au Conseil législatif du projet de loi sur la Commission des Écoles catholiques de Montréal, M.Pamphile Du Tremblay déclarait: Je suis d\u2019opinion que le gouvernement provincial devrait se charger de plus en plus des frais de l\u2019enseignement.Le système actuel de taxation scolaire est injuste.A Montréal, les propriétaires diminuent beaucoup en nombre.(La Patrie, dimanche 30 mars 1947.) De son côté, M.Adélard Godbout affirmait en août 1947: Un des premiers gestes de mon prochain gouvernement sera de faire disparaître la taxe scolaire dans la province de Québec tout en respectant la liberté de nos commissions scolaires.(La Presse, 4 août 1947.) Au congrès de la Chambre de Commerce de la province de Québec, tenu à Ottawa en novembre 1952, M.Paul Dozois donna une conférence sur « les problèmes financiers des municipalités ».Il y disait: Les taxes scolaires tarissent actuellement une source de taxation qui a toujours appartenu aux municipalités.Ne serait-il pas juste qu\u2019on libère les villes d\u2019une obligation qui n\u2019est plus de leur ressort?.Je vous ai donc signalé trois fonctions qui ont grandement évolué.Deux de ces fonctions, l\u2019éducation et le bien-être social, ont, à mon avis, perdu leur caractère local et sont maintenant d\u2019un caractère provincial et devraient être assumées entièrement par la province.La troisième, la voirie, a maintenant un caractère régional, et les municipalités devraient avoir des revenus supplémentaires pour y faire face.Il faut admettre, comme l\u2019a affirmé le maire de Montréal dans son intéressante conférence du 7 septembre dernier devant les membres de YOntario Municipal Association, réunis à North-Bay, que « la situation actuelle des municipalités du Canada est tout simplement alarmante et qu\u2019à moins d\u2019un sérieux coup de barre, cette situation ira en se détériorant jusqu\u2019au jour, peut-être pas tellement lointain, de la mise en tutelle de nos cités et villes ».Mais la mise en tutelle des commissions scolaires n\u2019est pas plus saine que celle des cités et des villes.A notre avis, il y aurait un sérieux recul si le gouvernement provincial prenait un jour entièrement à sa charge le coût de l\u2019enseignement primaire.La meilleure façon de régler tout le problème comprend deux facteurs complémentaires: 1° une meilleure répartition des sources de revenus entre le fédéral et les provinces; 2° concession, par les provinces, de plus généreuses sources de revenus aux municipalités et aux commissions scolaires.AVEC OU SANS COMMENTAIRES MISE DE FONDS ET LOGEMENT De la correspondance relative à l'habitation, voici un large extrait qui intéressera nos lecteurs.ON A BEAUCOUP traité du problème de la mise de fonds afin de provoquer la construction de maisons domiciliaires.Certains ont réclamé une législation provinciale ou fédérale et même une réglementation municipale afin de supprimer toute mise de fonds.La mise de fonds est indispensable dans presque tous les cas, qu\u2019elle soit fournie en argent ou en travail.Il y a cependant des personnes qui ont obtenu des prêts pour le plein montant du coût de la construction, mais ce sont là des cas d\u2019exception, et il ne saurait être question d\u2019en tirer une règle générale.Les prêteurs n\u2019y consentiraient jamais, pas plus que l\u2019État fédéral et les provinces.Voici cependant une nouvelle d\u2019importance.Un journal américain (Miami Daily News) a publié durant plusieurs mois des annonces signalant que des maisons pouvaient être acquises sans mise de fonds ou avec une mise de fonds infinitésimale.Ces avantages s\u2019offraient surtout aux anciens combattants américains.On annonçait d\u2019autres maisons dont l\u2019achat comportait un déboursé initial de $300, de $390, etc.Le même journal a fait savoir, le 31 juillet dernier, que le gouvernement américain a décidé de freiner cette tendance.Il annonce aussi les changements suivants: 1° la période du remboursement de l\u2019hypothèque est réduite de trente ans à vingt-cinq ans; 2° le montant minimum d\u2019argent requis est augmenté de 2% (en maints cas, rien n\u2019était exigé); 3° les prêts octroyés par l\u2019organisme fédéral comporteront désormais un paiement initial d\u2019environ 7% sur le premier montant de $9,000 de la valeur estimée, plus 27% de l\u2019excédent de $9,000.Pour l\u2019année écoulée, le minimum, en de tels cas, était de 5% sur les premiers $9,000 et de 25% sur le solde.En d\u2019autres termes, ces cottages ou logements individuels pouvaient être acquis surtout par des anciens combattants, grâce à une mise de fonds minime; en certains cas, l\u2019appui de l\u2019entrepreneur éliminait la mise de fonds.Il est bien évident qu\u2019un solde du prix de vente pouvait être exigé de l\u2019entrepreneur-vendeur.Faisons, à ce propos, trois remarques.: a)\tLa pratique inaugurée en certains milieux de ne pas exiger de mise de fonds de l\u2019acquéreur éventuel est dangereuse et de nature à provoquer de l\u2019emballement.Les entrepreneurs prennent, d\u2019ailleurs, un arrangement avec l\u2019acquéreur pour le paiement de toute somme en plus de l\u2019hypothèque.En soi, il n\u2019y a rien là de condamnable, bien au contraire; mais Washington vient de constater l\u2019abus qui paraît résulter en certaines régions de l\u2019absence de mise de fonds ou d\u2019une mise de fonds trop minime.Cette législation, édictée pour les anciens militaires et pour une classe moyenne de gens, semble avoir été faussée dans son application par des entrepreneurs désireux de construire non pas en regard du besoin de logements, mais en raison du profit.b)\tLa réduction de la durée du prêt semble chose peu heureuse, bien qu\u2019on allègue que cette décision fut prise pour diminuer plus rapidement le montant des hypothèques en cours aux États-Unis.c)\tSi l\u2019omission de toute mise de fonds n\u2019est pas en soi une règle à préconiser, il semble bien que la mise de fonds puisse, en nombre de cas, être diminuée, et c\u2019est là-dessus que les efforts devraient porter.Il ne faut pas demander que la mise de fonds soit supprimée, mais qu\u2019elle soit minime.C\u2019est dans cette perspective que le problème de l\u2019habitation doit être envisagé.Il ne faut pas demander de prêter 100% du coût, quelle que soit l\u2019assurance-garantie qui puisse être émise pour protéger le prêteur; car, s\u2019il n\u2019y a aucune mise de fonds ou si elle est trop réduite, l\u2019aspirant-propriétaire aura tendance à bâtir une maison trop coûteuse.Concluons.Si, dans le pays par excellence du crédit en abondance, on en vient à penser qu\u2019il faut une mise de fonds raisonnable de l\u2019aspirant-propriétaire, ou une mise de fonds accrue, l\u2019heure n\u2019est pas propice pour réclamer chez nous des prêts s\u2019élevant à 100% du coût total de la construction.Cela ne veut pas dire que, dans des cas d\u2019exception, on ne puisse pas prêter 100% ou 95% du coût d\u2019une maison.Tout dépend de la valeur individuelle, de la garantie morale de l\u2019aspirant-emprunteur, de la stabilité de son emploi, de son âge, etc.Il faut cependant insister sur le fait que, même en se prévalant de la Loi nationale d\u2019habitation, la mise de fonds demandée est souvent trop élevée.Bref, tout le problème du logement doit être repensé, et les personnes compétentes en ce domaine devraient formuler des suggestions pertinentes qui se fondent sur la réalité.C\u2019est par le concours de tous, prêteurs de tout genre, gouvernement fédéral, gouvernements provinciaux et municipalités, que le problème de l\u2019habitation sera réglé.Si des lecteurs ont le goût de nous communiquer leurs impressions sur ce problème, ils sont les bienvenus.ENSEIGNEMENT CATHOLIQUE POUR TOUS 1.Pour les non-catholiques.\u2014 Ce n\u2019est pas la première fois que nous soulignons l\u2019existence et l\u2019importance du Forum catholique (Inquiry Forum), centre d\u2019enseignement de la religion catholique, situé près de l\u2019église et de la salle du Gesù.Nos lecteurs auront à cœur, cette année encore, d\u2019avertir leurs amis non catholiques, dont l\u2019âme est en quête de vérité, qu\u2019il se donne au Forum catholique, le lundi et le vendredi soir, à huit heures, des explications en anglais du dogme catholique.On doit faire savoir aussi qu\u2019un service d\u2019information et d\u2019entrevues privées, une bibliothèque et une salle de lecture sont à la disposition du public non catholique, tous les jours de la semaine, de midi à neuf heures du soir, et que tout cela \u2014 cours et services \u2014 est absolument gratuit.Il ne faut pas négliger de donner l\u2019adresse du Forum catholique (1182, rue Bleury, Montréal, 2) et son numéro de téléphone (UN.1-3105).2.Pour les catholiques.\u2014 Les catholiques, eux, qui désirent approfondir leurs connaissances religieuses, ne manqueront pas de suivre les conférences que le R.P.Marcel Marcotte, S.J., prédicateur du carême au Gesù, donne gratuitement dans la salle du Gesù, tous les lundis soir, à huit heures et demie.OCTOBRE 1955 PRESSE, RADIO, CINÉMA, TÉLÉVISION IA DERNIÈRE Semaine sociale de France a porté sur « les techniques de diffusion dans la civilisation contemporaine ».Sujet qui, selon les mots du Pape au président Flory, « évoque les plus belles espérances et les inquiétudes les plus justifiées ».C\u2019est pourquoi le Pape engage les catholiques» à participer activement au développement de ces techniques,.comme aussi à les garder des désordres qu\u2019elles peuvent engendrer ».Elles peuvent, en effet, « être utilisées pour le meilleur ou pour le pire », pour « favoriser la diffusion du vrai, du beau et du bien » ; ou, au contraire, « être des moyens de corruption individuelle ou collective ».Le danger actuel, c\u2019est « celui de l\u2019emprise démesurée que l\u2019instrument.tend à prendre.sur la personne humaine ».L\u2019irruption des techniques modernes de diffusion « menace l\u2019homme dans son autonomie spirituelle », car elle « parvient à façonner à son insu la conscience de l\u2019individu; elle envahit peu à peu son univers mental et détermine des comportements qui se croient spontanés ».Ce péril « pèse sur la jeunesse,.il pénètre jusqu\u2019au fond des campagnes, et l\u2019élite intellectuelle.n\u2019échappe point à son atteinte ».Des « observateurs avertis ont pu voir, dans ce phénomène, les symptômes d\u2019ün renouvellement des rapports humains et des formes traditionnelles de civilisation ».Dans ces conjonctures, « la première tâche des catholiques.est de rappeler qu\u2019il existe des règles morales de la diffusion, et de les faire prévaloir ».Or, la moralité des techniques de diffusion « ne réside pas seulement dans la valeur vraie ou fausse, bonne ou mauvaise de ce qui est transmis;.elle porte aussi sur le mode de la diffusion, c\u2019est-à-dire sur la façon dont on traite l\u2019homme auquel on s\u2019adresse ».Ici, le principe est qu\u2019il faut « renforcer et élever l\u2019homme dans la conscience de sa dignité ».Or « n\u2019est-ce pas manquer à ce respect que d\u2019user des.moyens de propagande.pour violenter une conscience peu formée,.aviver en elle des passions malsaines, abuser de sa confiance par une présentation erronée ou tendancieuse des faits » ?Servir l\u2019homme, non l\u2019asservir, tel est le devoir du journal, de la radio, etc.Devoir complexe, vu l\u2019influence d\u2019agences de presse sans scrupule et les pressions exercées d\u2019en bas par un public difficile à satisfaire.Alors, « l\u2019apostolat coordonné des catholiques » doit viser à assainir l\u2019exercice des techniques de diffusion, à les « libérer.de servitudes néfastes », que celles-ci viennent de puissants intérêts particuliers ou du pouvoir public.Parlant de ce dernier, le Pape déclare que « le responsable du bien commun doit, le premier, donner l\u2019exemple du respect de l\u2019opinion: qu\u2019il l\u2019éclaire sans la forcer, qu\u2019il la préserve sans l\u2019étouffer, qu\u2019il l\u2019écoute sans en être l\u2019esclave; en un mot, qu\u2019il favorise son éducation progressive ».Hélas 1 il suffit de jeter un coup d\u2019œil sur nos journaux de parti pour déplorer l\u2019abêtissement auquel on semble chercher à mener le lecteur.Une réaction est nécessaire.En démocratie, l\u2019opinion publique, formée par des organes libres et sains, doit obtenir que les moyens de diffusion soient confiés à des « hommes conscients de leurs graves responsabilités » et deviennent ainsi « les instruments d\u2019une saine formation de la personnalité du lecteur, de l\u2019auditeur ou du spectateur ».On en revient toujours à la même conclusion: l\u2019œuvre urgente par excellence est l\u2019éducation.Il faut former le sens critique de la jeunesse, à l\u2019âge où elle s\u2019ouvre à la vie sociale, non pour flatter son goût de tout juger et favoriser son esprit d\u2019indépendance, mais pour lui apprendre à « garder la maîtrise de son jugemenf; et de ses sentiments contre tout ce qui tend à dépersonnaliser l\u2019homme ».Quel thème de graves réflexions pour les dirigeants de la presse, de la radio, du cinéma, de la télévision et pour les autorités civiles! 266 RELATIONS 267 Au fil du mois Les Acadiens Les voyageurs de la Liaison française n\u2019ou-du Cap-Breton blieront pas la soirée organisée à l\u2019hctel Ile-Royale de Sydney par les Acadiens de la ville et de la région.Comme prise de contact qui permet de connaître l\u2019essentiel d\u2019une situation, ce fut un modèle du genre.L\u2019animateur de la soirée était M.William Boudreau, frère de M.Alexandre Boudreau, de la Commission fédérale du Service civil et gérant de district à Sydney de la Mutual Life.D\u2019une belle famille acadienne de Chéticamp, le plus important centre acadien du Cap-Breton, M.Boudreau, qui a fait son cours à Lévis, a été le premier Acadien de l\u2019île à bénéficier d\u2019une bourse dans un collège du Québec.Lui et le Dr Jean Cormier, spécialiste réputé de Sydney qui a étudié à l\u2019Université Laval et en Europe, ont dit en peu de mots ce qu\u2019il fallait dire.Trop modestement, M.Boudreau affirma: « Nous n\u2019avons ni héros, ni experts, mais nous sommes des Acadiens de cœur et d\u2019âme.Nous avons fait des sacrifices, nous n\u2019avons pas fait de miracles.» Les 20,000 Acadiens du Cap-Breton vivent surtout dans les comtés de Richmond et d\u2019Inverness, celui-ci comprenant à lui seul sept paroisses acadiennes, dont celles de l\u2019île Madame où se trouve Arichat.« La foi a été conservée intégralement.La langue a fléchi ici et là, mais il y a eu une reprise ces dernières années, grâce à l\u2019action des curés, des religieuses et des inspecteurs d\u2019écoles.C\u2019est surtout dans les centres industriels qu\u2019il y a tendance à l\u2019anglicisation.Et c\u2019est principalement à Sydney que se fait sentir le fléchissement dans l\u2019entêtement à rester soi-même.» La situation des Acadiens du Cap-Breton n\u2019est pas facile.D\u2019après M.Boudreau, elle serait la plus difficile de toute l\u2019Acadie.« Notre groupe a besoin des Canadiens français.» Il venait de déclarer gentiment: « Quand on voit un permis de la province de Québec, ça fait quelque chose; à plus forte raison, quand on reçoit de la visite comme vous.» M.Boudreau m\u2019avait dit, l\u2019après-midi, que S.Exc.Mgr MacDonald, évêque d\u2019Antigonish, se montrait sympathique aux Acadiens et prouvait cette sympathie par des gestes concrets.Il est impossible de parler de la soirée de Sydney sans mentionner que les voyageurs ont fort apprécié la chorale d\u2019enfants et surtout le tout jeune talent qui a si bien chanté /\u2019Hirondelle messagère.L\u2019excursion en autobus à Chéticamp (comté d\u2019Inverness), à une centaine de milles de Sydney, en plus de manifester aux voyageurs un centre acadien parfaitement homogène et de leur prouver l\u2019hospitalité de ses habitants, leur a révélé les splendeurs du chemin de ceinture, appelé Cabot Trail, dont ils n\u2019ont parcouru qu\u2019une partie.Ce chemin de ceinture serait supérieur à celui de la Gaspésie, d\u2019après la taquinerie du Père curé de Chéticamp.Ce que les voyageurs en ont vu leur permet de penser que la taquinerie n\u2019est pas sans fondement.A.P.M.Nehrou M.Nehrou est donc allé au pays des soviets, à Moscou (( Yisite d\u2019amitié », arborait l\u2019éditorial des Temps nouveaux (n° 24, 1955), porte-parole officiel du communisme mondial.Le pandit Nehrou est beaucoup plus qu\u2019un comparse sur la scène internationale.Il est une manière de spécialiste des contacts avec les régimes communistes.Rejeton logique de sa théorie de la non-violence, sa politique de neutralisme aboutit dans les faits à traiter également des dangers inégaux.Elle s\u2019est gagné bien des amitiés tant à l\u2019étranger que chez nous, mais toujours et uniquement dans les pays libres de l\u2019Ouest, qu\u2019il s\u2019agit de diviser sans toutefois toucher à l\u2019Est.C\u2019est ce qui s\u2019appelle travailler pour la paix.Aussi les partis communistes prêtent partout au neutralisme leur « précieux concours ».Dire de l\u2019accueil fait à Nehrou qu\u2019il fut royal ou princier eût été insulter les « démocraties populaires ».Temps nouveaux écrit donc qu\u2019il fut « hospitalier et solennel ».« Des dizaines de milliers de Moscovites étaient massés à l\u2019entrée de l\u2019Aérodrome central, le long de la chaussée de Léningrad, de la rue Gorki et des autres artères de la capitale pour saluer l\u2019éminent homme d\u2019État indien et ses compagnons.En leur personne, les soviétiques rendaient hommage au grand peuple pacifique de l\u2019Inde.» Après avoir déposé une couronne sur le tombeau de Lénine et de Staline, Nehrou, du 11 au 21 juin, parcourt l\u2019U.R.S.S.Il est partout ovationné, partout comblé d\u2019éloges, partout couvert de fleurs.A son retour à Moscou, il tient une conférence de presse et annonce que Boulganine accepte de rendre visite à l\u2019Inde.Le même jour, il s\u2019adresse à une foule de 80,000 personnes, au stade Dynamo où, croyons-nous, seuls, avant lui, des communistes chevronnés ont porté la parole.Le discours ne détonne pas du haut de cette chaire marxiste.Nehrou souligna les points de rencontre entre son idéal et l\u2019idéal communiste.Il data de la révolution d\u2019octobre la lutte finale qui devait donner à l\u2019Inde son indépendance.Temps nouveaux avait écrit dans son important éditorial: « La victoire de la grande révolution socialiste d\u2019octobre en Russie insuffla des forces nouvelles au peuple indien dans sa lutte pour la libération nationale.» Nehrou cependant ajouta: «.quoique, sous Gandhi, nous ayons suivi une voie différente, nous admirions Lénine et trouvions chez lui une source d\u2019inspiration ».Nehrou ne citait plus personne.Il répétait simplement ce qu\u2019il avait dit et redit dans son livre, la Découverte de V Inde : « Je croyais fermement que la révolution soviétique avait fait faire un grand bond à la société humaine, allumé une flamme brillante qu\u2019on ne pourrait plus étouffer et posé les fondements d\u2019une nouvelle civilisation vers laquelle le monde s\u2019acheminerait.» L.d\u2019A.Athéisme officiel Docile aux ordres de M.Kroustchef, l\u2019Académie des Sciences de l\u2019Union soviétique a créé une commission pour propager l\u2019athéisme « scientifique ».Le président est V.D.Bontch-Bruevitch.S\u2019agit-il de Vladimir Dmitrievitch, fécond vers 1910, ami de Lenin, évaporé sous Stalin, crânant devant la mort et le jugement ?De fait, ses brochures font penser au xixe siècle plutôt qu\u2019à celui-ci.Il a mobilisé les diverses « sciences naturelles » dans son équipe, composée de S.P.Tolstoy, V.Kukar-kin, T.Stepanian, A.Studitskij, V.Sukhotin, N.Figurovskij, L.Gaponenko, O.Nikitnikova et I.Gerasimov.Cet assor timent d\u2019athées coordonnera ce qui se fait dans les établissements scientifiques et « humanitaires » (sic !) de l\u2019Académie.L\u2019Institut d\u2019Histoire, auquel appartient V.D., publie les « Questions de l\u2019histoire de la religion et de l\u2019athéisme ».Deux recueils ont paru (j\u2019en ai un, de 420 pages) ; un troisième est en voie d\u2019impression; deux autres suivront.Les philosophes élaborent un volume sur « l\u2019importance de la théorie des réflexes de Setchenov et Pavlov pour consolider l\u2019athéisme ».Pavlov vécut et mourut en chrétien, mais ça ne dérange pas nos « philosophes ».L\u2019Institut d\u2019Ethnographie, accouplé à celui de « Culture matérielle », est chargé de « l\u2019origine de la religion ».L\u2019Institut orientaliste cherche dans Karl Marx et ailleurs des matériaux sur la « religion de l\u2019Inde antique »; la citoyenne Charevska s\u2019illustrera en décrivant « les croyances et les cultes des peuples de Polynésie »; Yakimov gagnera sa pitance en compilant un tome sur « le bouddhisme en Mon- 268 RELATIONS golie », tandis que son collègue Belaief pâlira dans la contemplation des « sectes musulmanes ».Le même Bontch-Bruevitch, au nom de son Institut d\u2019Histoire, annonce une série de « brochures populaires » (sic !) sur: le marxisme et la chrétienté, Lenin et la religion, l\u2019origine de la chrétienté, les légendes du Christ, l\u2019Église et les insurrections anti-féodales en Russie.Il resterait dix titres à copier, mais épargnons le papier! Bontch-Bruevitch, qui ne veut pas mourir avant d\u2019avoir fait contre Dieu un effort suprême, aiguillonne les autres instituts de l\u2019Académie pour qu\u2019ils pondent eux aussi leurs « brochures populaires ».La liste sera longue, et l\u2019ennui, mortel.On rééditera d\u2019Holbach, Diderot, et le vieux Lucien, oublié depuis ma syntaxe, quand je traduisais son Dialogue des morts (expurgé!).L\u2019Académie des Sciences a son musée d\u2019histoire de la religion et de l\u2019athéisme, qui a quatre sections; et le musée produit aussi des publications.Pour que les « savants » bolcheviques puissent amonceler ces moisissures sur la sainte Russie et le monde, les chrétiens forçats travaillent dans les chantiers de l\u2019Oural et de l\u2019Arctique.C\u2019est le moment que nos pays ont choisi pour prêter notre or à ces blasphémateurs, et ça donne la mesure de notre « civilisation ».Au moment où je relis les épreuves de ce texte, m\u2019arrive la nouvelle que Vladimir Dmitrievitch Bontch-Bruevitch est mort à 83 ans.C\u2019était bien lui! « Durant les dix dernières années, commente la Pravda (16 juillet), il fut directeur du musée d\u2019histoire de la religion et de l\u2019athéisme auprès de l\u2019Académie des Sciences.Il fut un propagandiste infatigable des connaissances de l\u2019athéisme scientifique.» Quelle épitaphe! Dire que, depuis lors, le malheureux a rencontré celui qu\u2019il a infatigablement attaqué! Une prière pour lui, s\u2019il vous plaît.\tT tj t J.-ri.JL.Problème de Semblable en cela à l\u2019homme de tous les liberté humaine temps, l\u2019homme moderne tient à sa peau.Il tremble devant les déchaînements possibles de l\u2019énergie atomique, d\u2019autant plus que les savants lui promettent un monde fabuleux où la radio-activité serait l\u2019esclave infatigable de ses besoins et où l\u2019arbre de la science procurerait à ses désirs toutes sortes de fruits « beaux à voir et bons à manger ».La domination de la matière pose à l\u2019homme moderne d\u2019immenses problèmes, mais qui prennent tous racine dans la liberté qui lui est laissée d\u2019user ou d\u2019abuser des dons de la création.Tout dépend de l\u2019homme et de la maîtrise qu\u2019il possède de lui-même.C\u2019est lui le vrai problème.C\u2019est pourquoi d\u2019autres découvertes, moins fulgurantes que celle de la fission nucléaire, telles que la presse, la radio, le cinéma, la télévision, nous paraissent plus importantes.Car les techniques de diffusion exercent leur action non sur la matière, mais sur l\u2019intelligence et la volonté mêmes de l\u2019homme.En cela elles diffèrent de toutes les autres découvertes.Elles peuvent soit orienter le progrès matériel vers des applications bienfaisantes, soit, au contraire, le dévier vers l\u2019asservissement des esprits et des oeuvres de mort.Pour banale que soit cette réflexion, elle souligne l\u2019actualité du thème traité à la dernière Semaine sociale de France (Nancy, 19-24 juillet 1955).On pourra lire, pour s\u2019en convaincre, la lettre adressée, au nom du Saint Père, à M.Charles Flory, président des semainiers, ou, à défaut du texte intégral, les extraits commentés plus haut (p.267).\t_\t,.«MERCI POUR NOTRE SURVIVANCE » Albert PLANTE, S.J.1ES VOYAGES de la Liaison française ont un cachet parti-culier.Les voyageurs s\u2019en vont vers des frères d\u2019une autre région afin de les mieux connaître.Initiés à leurs problèmes, ils en entretiendront, à leur retour, parents et amis.Le contact avec un groupe minoritaire est ordinairement une révélation.Il est si facile de se connaître superficiellement quand on vit loin les uns des autres! Et il est si facile de passer de cette connaissance superficielle à des jugements sans nuances! Le voyage de cette année avait un sens encore plus profond.Les fêtes du deuxième centenaire de la déportation des Acadiens allaient aider à revivre le fait le plus tragique de l\u2019histoire canadienne.L\u2019étape Montréal-Moncton était assez longue pour permettre à ceux qui s\u2019y sentaient portés une méditation historique.* Visitant l\u2019Acadie en 1685, l\u2019intendant de Meulles l\u2019avait trouvée très bien située « pour se rendre maîtresse de toute l\u2019Amérique septentrionale ».Frontenac, de son côté, avait pressenti, comme le note Robert Rumilly, le grand intérêt d\u2019avenir en jeu dans les rivalités des colonies françaises et anglaises, où la guerre était quasi toujours latente, même quand les deux métropoles étaient officiellement en paix.Cet intérêt d\u2019avenir, de Meulles le précisait dans un rapport de 1686, où il affirmait que posséder l\u2019Acadie, c\u2019était, pour le Canada, tant une protection qu\u2019un éventuel tremplin pour des attaques contre les colonies anglaises.Les Anglais avaient autant de flair;.en 1657, sir Thomas Temple, gouverneur de la Nouvelle-Écosse, soulignait à Cromwell l\u2019importance de l\u2019Acadie.Aussi l\u2019Acadie était-elle destinée, de par sa position même et ses richesses, à être une cible de choix.La victoire anglaise de 1710 place les Acadiens dans une position délicate.La France ne les oublie pas, parce qu\u2019ils sont ses enfants et que leur pays a une valeur stratégique inégalable; les conquérants se méfient d\u2019eux parce qu\u2019ils savent que les vaincus restent unis de coeur à la France et qu\u2019ils connaissent les sentiments de la France à l\u2019égard des vaincus et de l\u2019Acadie.Si on ajoute à ce facteur politique le facteur religieux, qui fait que le conquérant protestant ne prise pas plus qu\u2019il ne faut les nouveaux sujets papistes, et le facteur économique, qui va porter à promouvoir la colonisation britannique dans une région où les plus belles terres sont déjà occupées, il est aisé de comprendre la situation terriblement difficile des Acadiens.Infortunés Acadiens! Ils sont attachés à leurs terres fécondes, qu\u2019ils ont fait fructifier en les défendant, au besoin, contre les marées par ces ingénieux aboiteaux qu\u2019admirent encore aujourd\u2019hui les connaisseurs; s\u2019ils n\u2019ont pas émigré en masse au Cap-Breton, comme le désirait la politique française, c\u2019est non seulement à cause de l\u2019opposition des Anglais, mais aussi parce qu\u2019ils ne se sentent guère attirés par un sol peu fertile.Ils restent cependant attachés à leur foi et à leurs frères; jamais ils ne consentiront à prêter un serment d\u2019allégeance qui comportera une OCTOBRE 1955 269 atteinte à quelque point de leur foi ou qui les exposera à se trouver dans l\u2019obligation de prendre les armes contre les Français; c\u2019est dire que, s\u2019il le faut, ils seront prêts à partir malgré leur attachement à leur coin de terre et leur crainte de l\u2019inconnu.Mais ils estiment possible un serment d\u2019allégeance qui tienne compte à la fois de leurs sentiments religieux et de leur sang français ainsi que de leur légitime soumission à leur nouveau souverain.La neutralité des Acadiens ne les sauvera pas de la déportation.Cette neutralité succombera devant les trois facteurs politique, économique et religieux, combinés ensemble.L\u2019abcès de la déportation avait commencé à se former dès après la capitulation de 1710.En route vers l\u2019Acadie, des voyageurs se posaient peut-être la question, qui devait être discutée avec chaleur par quelques-uns d\u2019entre eux vers la fin du voyage: Pourquoi la Providence a-t-elle permis la déportation?N\u2019accablons pas la Providence.Les hommes sont libres et ils portent la responsabilité de leurs actes.Ce qui est non moins vrai toutefois, c\u2019est, selon l\u2019expression vigoureuse d\u2019une sainte, que « Dieu a fait le monde et le bouleverse uniquement pour faire des saints ».Les déportés acadiens, comme les déportés de tous les temps, ont été invités par l\u2019Esprit Saint à se rappeler le mot de saint Paul aux Romains: «.j\u2019estime que les souffrances du temps présent sont sans proportion avec la gloire à venir qui sera manifestée en nous ».Quant aux Acadiens ¦qui sont revenus et qui ont été les artisans de la renaissance, ils ont montré ce que la faiblesse humaine peut accomplir quand elle unit la confiance surnaturelle à la ténacité.L\u2019histoire acadienne est une source d\u2019émerveillement.C\u2019est de cet émerveillement que jaillit le mot \u2014 souvent cité \u2014 de S.Exc.Mgr Antoniutti: « Surge, Acadia mea, et veni.Lève-toi, mon Acadie, et viens.» * Les fêtes ont gravité autour de quatre noms: Moncton, où était célébrée l\u2019Acadie de 1955; Memramcook, où on commémorait les Acadiens de 1855, qui venaient de franchir un long siècle d\u2019effacement et se préparaient à entrer dans le siècle de la renaissance; Grand-Pré, dont le nom seul rappelle la déportation de 1755; Annapolis Royal, où on se reportait à la fondation de Port-Royal, en 1604.On comprendra que cet article ne puisse tout dire.Dès l\u2019inauguration des fêtes, qui eut lieu sur le parvis de la cathédrale de l\u2019Assomption, à Moncton, se manifestèrent les deux traits dominants de ces journées du souvenir: joie intense pour la vitalité acadienne et collaboration des autorités religieuses et civiles.Dans son discours d\u2019ouverture, M.le sénateur Calixte Savoie déclara: « Une heure solennelle vient de sonner au cœur de l\u2019Acadie.» S.Exc.Mgr Robichaud récita la belle prière du deuxième centenaire: .Nous sommes agenouillés dans un geste de foi et de reconnaissance.Il y a deux cents ans, nos aïeux étaient chassés de leur pays.Vous savez, vous, ô mon Dieu, ce qu\u2019ils ont enduré et souffert.Vous ne les avez pas abandonnés.Vous avez donné le courage aux martyrs, l\u2019espérance aux captifs, la résignation aux mourants et la grâce de pardonner.Vous avez béni leur descendance.Vous avez rebâti le peuple acadien et vous lui avez donné comme héritage la foi catholique.Merci, mon Dieu.Merci pour nos épreuves, merci pour notre survivance.En présentant, en anglais et en français, les hommages de ses compatriotes, M.Parlee, ministre des Affaires municipales du Nouveau-Brunswick et ancien maire de Moncton, affirma que le deuxième centenaire était une fête non seulement acadienne mais canadienne.Parmi les diverses manifestations de Moncton, pageant historique, soirée de folklore, concert des artistes acadiens, le pageant mérite une mention spéciale.Il a donné une image exacte et émouvante de l\u2019histoire de l\u2019Acadie, de ses origines à nos jours.C\u2019était une leçon rapide mais substantielle.Le Conseil de la Vie française avait réservé, cette année, aux Acadiens ses décorations de l\u2019Ordre de la Fidélité française.Il y avait quatre récipiendaires: S.Exc.Mgr Robichaud, M.l\u2019abbé Nazaire Poirier, curé d\u2019Egmont-Bay (Ile-du-Prince-Édouard), M.Henri-P.Leblanc, un des gouverneurs de la Société mutuelle l\u2019Assomption, M.le professeur Willie Belliveau, de Pointe-de-l\u2019Église (N.-E.).Parlant au nom du Conseil, M.Adrien Pouliot déclara: « Aucune institution n\u2019est plus heureuse de s\u2019unir à vous de cœur et d\u2019esprit, parce qu\u2019aucune n\u2019est plus fière de votre glorieux accomplissement.» Le premier ministre du Nouveau-Brunswick parla en anglais et en français.Il rendit aux Acadiens un hommage qui correspond parfaitement aux faits: « Ils se sont montrés, durant toute leur longue histoire, un peuple dévoué et patient, de bons voisins, des citoyens coopérateurs, des détenteurs de nobles idéaux, des bâtisseurs de sociétés fortes, partout où ils ont vécu et travaillé.» Comme l\u2019histoire acadienne, les fêtes furent imprégnées de surnaturel Moncton avait eu sa messe pontificale, célébrée par S.Ém.le cardinal McGuigan, avec sermon par S.Exc.Mgr Labrie.Memramcook eut la sienne, célébrée par S.Exc.Mgr Camille Leblanc, avec sermon par S.Exc.Mgr Albert Cousineau.L\u2019après-midi, sur le parterre de l\u2019Université Saint-Joseph, le peuple acadien fut salué par des représentants des groupes français du Canada et des États-Unis.Le représentant de la plus importante minorité française canadienne, Me Gaston Vincent, président de l\u2019Association canadienne-française d\u2019Éducation d\u2019Ontario, décora trois éducateurs acadiens: M.Gérard De Grâce, surintendant adjoint au ministère de l\u2019Éducation du Nouveau-Brunswick, M.Henri Blanchard, de Charlottetown, et M.Louis d\u2019Entre-mont, de Pubnico-Ouest.Le message de M.John Fisher, commentateur radiophonique bien connu, ne fut certes pas le moins original.Il fut particulièrement remarqué.Le soir, on se faisait poser la question: « Avez-vous entendu M.Fisher?» C\u2019est qu\u2019il avait soulevé, en peu de mots et avec beaucoup de sympathie, le problème de la montée française au Nouveau-Brunswick et des rapports entre Canadiens anglais et Canadiens français.Nous voici rendus maintenant à un point intéressant du développement régional.Cette balance moitié-moitié de la population sera une occasion de montrer notre respect mutuel des droits et de l\u2019orgueil légitime de l\u2019autre.Le jour viendra où la province aura un premier ministre acadien et où le poste du lieutenant-gouverneur alternera entre un Acadien et un citoyen de langue anglaise.Citons cet autre passage: Si les Acadiens n\u2019avaient pas été optimistes, nous ne serions pas réunis ici pour ces glorieuses fêtes.La déportation fut un sombre chapitre de l\u2019histoire de nos provinces Maritimes, mais je crois sincèrement que les écrivains de langue anglaise et que les historiens des deux langues ont tenu le flambeau trop longtemps allumé.Ils ont oublié et mis de côté la plu3 belle partie ae l\u2019histoire.La déportation fut imposée aux Acadiens, mais leur retour fut de leur propre chef.Ce fut un acte positif de foi.La remarque sur les écrivains est juste, pourvu qu\u2019elle soit bien comprise.Si des gens écrivent des faussetés, il faut 270 RELATIONS que d\u2019autres leur répondent.C\u2019est là une exigence de la vérité.M.George Frederic Clarke n\u2019aurait vraisemblablement pas écrit Vérité sur les Acadiens (voir le numéro spécial du deuxième centenaire publié par le journal VÊvangéline, 15 août, pp.66 et suiv.) si M.Marcus Van Steen n\u2019avait pas écrit dans Liberty une monumentale bourde historique: « The Man who saved Nova Scotia from a blood-bath, L\u2019homme qui épargna à la Nouvelle-Écosse un bain de sang.» La journée du 15 août était consacrée à Grand-Pré.Les déportés acadiens ne venaient pas tous de Grand-Pré, pas plus que la déportation ne se fit au cours de la seule année 1755.Mais l\u2019attention spéciale portée, cette année-là, à la riche et populeuse région de Grand-Pré, ainsi que les détails contenus dans le journal de Winslow, chargé de la déportation à cet endroit, ont contribué à rendre ce lieu cher à tous les Acadiens.Le parc historique, la croix érigée avec les pierres de l\u2019ancienne église, l\u2019église-souvenir, la statue d\u2019Évan-géline, qui jette un dernier et nostalgique regird à son pays, et, depuis cette année, le monument de Longfellow, tout cet ensemble porte au recueillement et à la réflexion.Les voyageurs attendaient impatiemment le 15 août.Ils étaient bien un peu inquiets, la pluie ayant gâté la splendeur des jours précédents, surtout à Moncton, où elle avait nui \u2014 sans l\u2019empécher \u2014 au défilé des chars allégoriques.Une mauvaise température à Grand-Pré, cela signifiait la faillite totale de la journée à cause de l\u2019exiguïté de la chapelle-souvenir: il aurait fallu se transporter à quelques milles plus loin pour trouver un local approprié.Mais tous espéraient, parce que tous avaient la conviction que Notre Dame de l\u2019Assomption, la patronne de l\u2019Acadie, obtiendrait un ciel clément pour cette journée du 15 août, le point culminant des fêtes.Il fit beau et chaud.Personne n\u2019oubliera la messe pontificale, célébrée par S.Exc.le délégué apostolique sur une estrade majestueuse, érigée dans le parc-souvenir, non plus que le sermon de S.Ém.le cardinal Léger.Est-il besoin de dire avec quelle attention fut écouté le message du Saint Père, en réponse aux vœux qui lui avaient été envoyés ?.Que le souvenir de ces événements soit.pour nos chers fils, rassemblés autour de leurs pasteurs dans l\u2019évocation de ce passé mémorable, un pressant motif d\u2019affirmer en leurs âmes les convictions d\u2019une foi inébranlable et d\u2019un indéfectible attachement au siège de Pierre; qu\u2019il leur soit aussi un motif de persévérer unanimes dans les belles traditions familiales qui demeurent aujourd\u2019hui encore la force et l\u2019honneur de leur peuple.S.Exc.Mgr Panico encouragea lui aussi les Acadiens à demeurer un peuple fidèle au passé et vaillant dans les tâches présentes.Tous auront apprécié la consigne, qui prolonge celle de son prédécesseur: « Restez catholiques et Acadiens.» Au début de l\u2019après-midi, M.Hicks, premier ministre de la Nouvelle-Écosse, dévoila un buste du poète américain Longfellow, dont le poème Êvangéline, paru en novembre 1847 et traduit en un nombre incroyable de langues, fit con-naître l\u2019Acadie au monde entier.Depuis lors, le nom d\u2019Évan-géline a incarné les souffrances de la dispersion.Le buste, érigé par le gouvernement de la Nouvelle-Écosse, porte une inscription, éloquente dans sa brièveté.Êvangéline.Son évocation poignante d\u2019amoureux acadiens exilés de Grand-Pré a consacré pour jamais dans le cœur des hommes le souvenir d\u2019événements tragiques survenus il y a deux siècles.Les discours ne manquèrent pas tout le long des fêtes.Grand-Pré eut sa part, après la cérémonie du dévoilement.Les orateurs n\u2019eurent pas la consolation de parler devant une assistance compacte, car peu nombreux furent ceux qui osèrent utiliser les bancs, complètement exposés à un soleil pénétrant.Les gens recherchaient l\u2019ombrage.Un excellent système de haut-parleurs portait heureusement le son dans tous les coins du parc.Le docteur Georges Dumont, président de la Société nationale l\u2019Assomption et du Conseil de la Vie française, présidait l\u2019assemblée.L\u2019archevêque de Moncton fut le dernier orateur.Son allocution révéla la préoccupation qui l\u2019animait: « Tout cet enthousiasme, qui dure depuis bientôt une année, va-t-il s\u2019éteindre avec le dernier discours, le dernier feu d\u2019artifice, la dernière poignée de mains de la séparation?» Monseigneur espère que non.Il est convaincu que ces magnifiques célébrations auront ravivé chez ses compatriotes la conscience des richesses de leur patrimoine ancestral, « la volonté de les faire fructifier et d\u2019en faire profiter avec largesse le prochain ».Pour arriver à ces résultats, les Acadiens de 1955 auront à pratiquer la grande et forte leçon de foi, d\u2019espérance et de charité qu\u2019ont laissée « au prix de tant de labeur, de souffrances et de courage » les Acadiens de 1655, de 1755 et de 1855.Cette action surnaturelle les aidera à être fidèles aux tâches actuelles.Trois mots les résument: unité, coopération, éducation.L\u2019unité protégera le peuple acadien contre « un particularisme qui dépasse parfois les bornes d\u2019un régionalisme sain et de bon aloi ».La coopération, en fortifiant la vie économique, aidera puissamment la vitalité acadienne.A propos d\u2019éducation, Mgr Robichaud souligna discrètement mais fermement une lacune fondamentale: « A peu près dans tous les milieux où vivent les Acadiens, l\u2019enseignement officiel a trop longtemps méconnu leur langue, ignoré les besoins de leur mentalité particulière et négligé de satisfaire les plus légitimes aspirations des parents par rapport à l\u2019éducation de leurs enfants.» Le soir, ce fut le banquet du deuxième centenaire à l\u2019Université Acadia de Wolfville, à quelques milles de Grand-Pré.Grand succès.Après Grand-Pré, Port-Royal.La visite à l\u2019Habitation de Champlain permit de constater, en observant les alentours, que les découvreurs avaient de l\u2019œil et du goût.Des allocutions tirèrent les leçons de cette réunion, présidée par M.le juge Vincent Pottier.Me Paul Massé, président de la Société du Bon Parler français, remit des décorations à six Acadiens.Les fêtes n\u2019étaient pas finies pour les voyageurs de la Liaison française.Après la cérémonie de Port-Royal, départ pour Yarmouth, avec arrêt au Collège Sainte-Anne, de la Pointe-de-l\u2019Église, tenu par les Pères Eudistes; il y eut chant, musique et conférence par Me Paul Massé, qui décora des Acadiens de la région.Le lendemain, ce fut Pubnico-Ouest.Après un joyeux dîner, il y eut dévoilement d\u2019une plaque rappelant le deuxième centenaire de la dispersion.Dès l\u2019arrivée à Pubnico, les voyageurs avaient pu apprécier la spontanéité et l\u2019amabilité du premier ministre de la Nouvelle-Ecosse, qui se mêla à eux bien simplement.Son allocution à la cérémonie du dévoilement fut très applaudie.M.Hicks dit le rôle important joué par les Acadiens dans la vie de la province et affirma qu\u2019il aurait été regrettable d\u2019oublier les faits d\u2019il y a deux cents ans.« Regardless of race we must never forget history as long as we can profit by it.» Des réceptions chez le docteur J.-E.Leblanc et chez M.Louis d\u2019Entremont accentuèrent la note d\u2019intimité et aidèrent à oublier la température maussade.Puis, ce fut un dernier banquet, qui clôturait les fêtes pour la Baie-Sainte-Marie et le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse.Il y eut plus de chant que de discours.Les voyageurs emportaient comme dernier souvenir de belles mélodies acadiennes.S.Exc.Mgr Leménager, malade, fut présent aux fêtes seulement d\u2019esprit et de cœur.On me disait que le sacrifice était très lourd.La Providence en fera rejaillir les fruits sur OCTOBRE 1955 271 le jeune diocèse de Yarmouth.Dignitaires ecclésiastiques, clergé, fidèles et visiteurs se sont souvenus de Mgr Leménager.Leur pensée s\u2019est également portée vers un autre évêque acadien, retenu chez lui par la maladie, S.Exc.Mgr Gagnon, d\u2019Edmundston.* Ce qui précède n\u2019épuise pas l\u2019itinéraire des voyageurs de la Liaison française, qui se rendirent aussi à Halifax et au Les catholiques et le cinéma Jules GODIN, S.J.C\u2019EST À L\u2019IRLANDE que revenait, cette année, l\u2019honneur de recevoir, dans son accueillante capitale, les délégués de vingt-trois pays, pour les Journées d\u2019Études internationales de l\u2019O.C.I.C.(Office catholique international du Cinéma).Les directeurs du Centre national du Cinéma d\u2019Irlande (The National Film Institute of Ireland) ont fait preuve, à cette occasion, d\u2019un sens remarquable de l\u2019organisation, en même temps que d\u2019une politesse et d\u2019une amabilité exquises à l\u2019endroit de leurs visiteurs aussi nombreux que variés.De l\u2019avis de tous les délégués, les Journées d\u2019Études internationales de 1955 (2-7 juillet) ont obtenu un succès de premier ordre.Un mot d\u2019histoire nous aidera à mieux situer le congrès de Dublin.Lorsque, en 1936, le pape Pie XI, par son encyclique Vigilanti cura, demandait aux évêques de créer dans tous les pays un office national du cinéma, il prévoyait évidemment la coordination des organismes nationaux sur le plan international.Cette coordination est précisément la raison d\u2019être de l\u2019O.C.I.C.C\u2019est en 1928 que des personnalités intéressées aux problèmes du cinéma, et représentant à cette époque quinze nations, jetèrent les bases d\u2019un organisme international.Animé par l\u2019apôtre audacieux que fut le chanoine Brohée, de Belgique, son fondateur et son premier président, l\u2019O.C.I.C.devint rapidement l\u2019organisme mondial chargé de promouvoir la classification morale des films, la culture et l\u2019action cinématographiques parmi les catholiques, et de stimuler à travers le monde l\u2019étude des problèmes du cinéma sous la direction de l\u2019Église, notamment de la Commission pontificale pour le cinéma.Depuis 1953, son siège social est établi définitivement à Bruxelles.L\u2019O.C.I.C.a déjà organisé, \u2014 c\u2019est même une de ses principales et de ses plus efficaces réalisations, \u2014 de concert avec les pays qui s\u2019y sont rattachés (ils sont maintenant près de quarante), six congrès internationaux du cinéma.En 1949, à Londres, les délégués des divers pays étudièrent « la participation des catholiques à la profession cinématographique ».En 1951, à Lucerne, ils abordèrent le problème de « la responsabilité des critiques cinématographiques chrétiens devant le public ».En 1952, à Madrid, ils envisagèrent les différents aspects de « l\u2019éducation cinématographique de la jeunesse, des milieux dirigeants et de la masse ».En 1953, à Malte, on traita « du problème du cinéma en pays de missions ».En 1954, à Cologne, ce qui retint l\u2019attention, ce fut « la classification morale des films »; en 1955, à Dublin, ce fut la diffusion et l\u2019influence de cette classification.Cap-Breton.Mais il faut terminer cet article.Fermons-le sur l\u2019idée exprimée au début: l\u2019importance de ces voyages, qui contribuent à unir plus étroitement les divers groupes français.Nos minorités ont leurs problèmes.Dans la même province, ces problèmes varient parfois avec les régions.Si, en certains endroits, la situation est moins réjouissante, en d\u2019autres, elle est réconfortante.Retenir ce fait, qui peut paraître banal à exprimer mais qui est chargé de conséquences pratiques, c\u2019est déjà travailler à l\u2019union et à une meilleure compréhension des forces françaises.Le P.Godin, directeur adjoint du Centre catholique du Cinéma de Montréal, est allé, Van dernier à Cologne, cette année à Dublm, prendre part au congrès de l'Office catholique international du Cinéma.Son article s'inspire de ces deux participations.Mais l\u2019action de l\u2019O.C.I.C.ne se résume pas à l\u2019organisation, si importante soit-elle, de ces congrès.L\u2019Office adresse aux pays « membres » et aux pays « correspondants », pour les aider dans leur travail, un bulletin d\u2019information rédigé en trois langues.Il publie en outre une revue de grande classe, la Revue internationale du Cinéma, qui se distingue par sa présentation et par la qualité de sa rédaction; elle paraît en trois langues (française, espagnole, allemande), et elle est très haut cotée dans les milieux professionnels du cinéma.Cette publication a pour but de propager à travers le monde, en même temps que la culture cinématographique, la pensée et les directives de l\u2019Église sur le cinéma.Depuis 1947, l\u2019O.C.I.C.attribue également, lors des festivals annuels de Cannes et de Venise, un prix et, depuis 1953, un grand prix, très appréciés de la production, aux films qui, par leur inspiration et leur qualité, contribuent le mieux au progrès spirituel et au développement des valeurs humaines.Cette année, à Cannes, le film américain Marty a reçu le prix de l\u2019O.C.I.C.A Dublin, c\u2019est On the Waterfront, autre film américain, qui obtint le grand prix.Au dernier congrès international catholique du cinéma, tenu à Dublin, comme aux deux précédents tenus à Malte et à Cologne, prirent part plusieurs Canadiens.Le sujet à l\u2019étude, qui faisait suite à celui de l\u2019an dernier, était « la diffusion de la classification morale des films auprès des catholiques et l\u2019influence de cette classification sur le public en général, sur la profession cinématographique en particulier ».Les langues officielles des congrès de l\u2019O.C.I.C.sont le français, l\u2019anglais et l\u2019espagnol, sans omettre la langue du pays qui reçoit les congressistes.Pour faciliter le travail et accroître l\u2019efficacité de ces rencontres, la direction du congrès a inauguré, cette année, les carrefours linguistiques.Après la présentation des rapports qui devaient servir de base à l\u2019étude, rapports que chacun pouvait lire dans sa langue, les délégués se divisèrent en commissions, selon leur langue respective, pour discuter le sujet proposé; ils revinrent ensuite discuter en réunion plénière les conclusions présentées par les présidents des divers carrefours.Il y eut trois de ces carrefours linguistiques au cours du dernier congrès.Le premier étudia « les méthodes de diffusion de la classification morale»; le deuxième, «l\u2019influence de la classification sur le public »; le troisième, « l\u2019influence de la classification sur la profession cinématographique ».De ces études très élaborées, faites par des gens rompus aux méthodes de l\u2019apostolat cinématographique, et qu\u2019avait précédées, dans chacun des pays représentés, une enquête détaillée sur tous les points en question, il ressort clairement 272 RELATIONS que le système de classification des films (sujet du premier carrefour), grâce au travail accompli par les centres nationaux, offre actuellement aux catholiques, du moins dans la majorité des pays, non seulement sur le plan national, mais à l\u2019échelle locale, le moyen de connaître rapidement la valeur morale des films.A ce propos, la publication hebdomadaire du Centre catholique du Cinéma de Montréal, les Films de la semaine, et le répertoire intitulé 6,000 Titres de films avec leur cote morale ont été remarqués par les délégués et très favorablement appréciés par la direction de l\u2019O.C.I.C.Toutefois, en vue d\u2019accroître l\u2019efficacité pastorale et apostolique des procédés de diffusion des cotes morales dans le pays qu\u2019ils ont mission d\u2019aider et de servir, il a été demandé aux centres nationaux de tout mettre en œuvre pour atteindre la grande masse des spectateurs.A cette fin, on a suggéré : a) de créer des services diocésains et paroissiaux qui prolongent et monnayent l\u2019action des centres nationaux; b) de publier les cotes destinées à l\u2019usage national d\u2019une manière qui en permette un classement méthodique et une consultation facile, sur le plan local, au moment où le film est projeté; c) de tenter l\u2019impossible pour que les journaux publient les cotes morales; d) enfin, d\u2019engager les critiques cinématographiques chrétiens, vu la responsabilité qu\u2019ils assument, à respecter le jugement moral des organismes mandatés par l\u2019Église et à en informer leurs lecteurs, comme vient de le leur demander le Saint Père, dans la lettre qu\u2019il fit parvenir au président de l\u2019O.C.I.C., à l\u2019occasion du congrès de Dublin.Quant au problème proposé au deuxième carrefour, \u2014 « l\u2019influence de la classification morale des films sur le public », \u2014 il a fallu admettre que les moyens d\u2019enquête utilisés présentement par les centres nationaux ne permettent pas de formuler des conclusions satisfaisantes.C\u2019est pourquoi les délégués ont prié l\u2019O.C.I.C.de poursuivre et d\u2019élargir cette enquête en se servant, dans la mesure du possible, de méthodes plus scientifiques et en recourant à l\u2019aide des spécialistes dans ce domaine.De toute façon, on se devait de faire appel à la conscience des fidèles en cette matière; on a donc demandé que les mouvements d\u2019Action catholique et les autres organismes d\u2019apostolat laïque participent avec ardeur, dans tous les pays, à la campagne de diffusion des cotes morales.On a aussi exprimé le souhait que le clergé et les éducateurs s\u2019intéressent davantage aux problèmes du cinéma et de l\u2019éducation cinématographique et, pour cela, que l\u2019occasion leur soit donnée de voir certains films et de recevoir eux-mêmes, dans les séminaires et les institutions religieuses, une sérieuse formation cinématographique.A propos de « l\u2019influence de la classification morale des films sur la profession », thème du troisième carrefour, on a constaté avec plaisir que, dans les pays où l\u2019on a réussi à éveiller les catholiques à ce problème et à les guider dans le choix des films honnêtes et bien faits, la production a réagi et manifesté, quoique dans une proportion minime, un certain souci des exigences du public catholique.De plus, on a fait remarquer que des exploitants commerciaux de plus en plus nombreux prennent conscience de leur responsabilité et vont parfois jusqu\u2019à souscrire à des engagements précis quant à la valeur morale des films projetés dans leurs salles.Ën France, plusieurs propriétaires de salles de cinéma ont promis de ne jamais montrer de films cotés à proscrire par la Centrale catholique du Cinéma de Paris.Pour compléter ces heureux résultats, le congrès a invité tous les centres à collaborer positivement avec les producteurs et les distributeurs en vue d\u2019assurer le succès des films de réelle valeur.Les milieux professionnels du film ne peuvent demeurer indifférents à l\u2019influence des catholiques, là surtout où ceux-ci comptent pour une bonne part dans la clientèle des salles obscures.Comme on peut le constater par ce bref compte rendu, il s\u2019est accompli à Dublin un travail sérieux et fort utile.L\u2019exposition des publications et de tous les imprimés des divers centres nationaux, qui accompagnait ces Journées d\u2019Êtudes internationales, a permis de mesurer l\u2019immense effort réalisé pour informer le public et promouvoir son éducation cinématographique.Le Centre catholique du Cinéma de Montréal et la Fédération des centres diocésains du Cinéma récemment fondée ont participé activement au congrès de Dublin: un des délégués canadiens a présidé un carrefour; tous ont profité des séances d\u2019études, de la documentation exposée par les divers pays et des contacts pratiqués à cette occasion.Leur action apostolique en sera certainement accrue auprès du public catholique canadien, préoccupé par les problèmes que suscitent, chez nous comme ailleurs, les progrès et l\u2019influence du septième art.HORIZON INTERNATIONAL PEUPLES ET GOUVERNEMENTS IA VISITE des agriculteurs soviétiques au Canada nous sert d\u2019occasion pour examiner divers clichés qui ornent les journaux et la radio d\u2019Êtat.1.Un porte-parole du ministère canadien des Affaires extérieures vient d\u2019épancher sa douleur devant les « déplorables » manifestations qui accueillirent les soviétiques.On avait tout prévu, sauf ça, et on a perdu la face.On attribua le tapage aux Néo-Canadiens, sans peut-être se douter que les Ukrainiens, qui manifestèrent à Winnipeg de façon organisée, sont au Canada depuis plusieurs générations.D\u2019ailleurs, a-t-on besoin d\u2019être néo-canadien pour avoir des idées claires et fermes sur les avantages ou les désavantages de festoyer avec les bolcheviques?Quant aux Néo-Canadiens stricto sensu, avait-on vraiment cru que leurs sentiments les plus légitimes et les plus humains étaient sujets aux fluctuations de la bourse, susceptibles de se laisser berner par quelque obscur espoir de contrats fumeux, plus ou moins avantageux pour les « paléo-Canadiens » ?Les chaleurs de l\u2019été ont-elles affecté les esprits à ce point ?Si la désolation du porte-parole du ministère des Affaires extérieures est navrante, imaginez-vous l\u2019accablement et l\u2019incompréhension de ceux qui se firent huer! Dans leur pays, dès qu\u2019ils paraissent en public, on les proclame créateurs et sauveurs de la nouvelle humanité.Ils ne permettent jamais que des accidents arrivent à leurs hôtes, eux! Quand ils promènent ces privilégiés de la bienveillance soviétique dans les usines, les kolkhoses, voire dans les prisons montrables, ou leur offrent un tour, l\u2019après-midi, au Parc-de-la-Culture-et-du-Repos-du-Nom-de-Gorki, tous ne rencontrent que sourires, n\u2019entendent qu\u2019amabilités.Quiconque risquerait de faire une scène a disparu de la circulation dans quelqu\u2019une de ces oubliettes collectives qui s\u2019étalent de Magadan à OCTOBRE 1955 273 Solovki, de Vorkuta à Karaganda.Qu\u2019en U.R.S.S.toutes les manifestations plus ou moins humaines soient stéréotypées, cela se sait, se comprend, et se maudit.Qu\u2019il y ait eu des non-bolcheviques pour s\u2019attendre à ce qu\u2019au commandement sourie le Canadien, néo, moyen ou fossile, cela dépasse toute imagination! Le Vestnik de Toronto, qui s\u2019est fait (et pour cause) le champion des visiteurs, parla du « banditisme » des D.P.Les D.P.seraient ces Folonais, Ukrainiens, Russes, etc., qui commirent le crime de préférer le Canada à l\u2019Union soviétique ou à leur patrie torturée et qui, pour cette raison, se font tancer par quelques « paléo-Canadiens », qu\u2019on eût cru plus souples d\u2019esprit.On nous assure que des Canadiens de souche anglaise ou française n\u2019auraient jamais commis ce crime de lèse-hospitalité ! Est-elle assez piquante, cette distinction entre citoyens kosher et citoyens pas kosher, mime si elle a un relent qui remonte au Lévitique et qui étonne ou détonne au Canada ?Le journal russo-torontonien était pourtant dans son rôle en traitant de bandit quiconque ne s\u2019aplatissait pas devant les soviétiques.D\u2019après le code criminel soviétique (art.58), quiconque s\u2019efforce de « miner l\u2019autorité du gouvernement » est passible de dix ans de travaux forcés.Ces pauvres gens, qui manifestèrent à Winnipeg et ailleurs, non pas contre le gouvernement canadien, mais contre quelques fonctionnaires soviétiques, étaient donc, dans le sens soviétique, des « bandits », puisque le gouvernement soviétique a des aspirations mondiales; mais cet argument prouverait au plus que le Vestnik n\u2019est pas un journal canadien, mais soviétique.D\u2019après le Larousse, un bandit est un « individu en révolte ouverte contre les lois et qui vit d\u2019attaques à mains armées ».Les gens paisibles qui manifestèrent contre les « bourreaux » soviétiques observent les lois canadiennes.Ils avaient le droit d\u2019exprimer leur opinion.De plus, qui avait organisé ce voyage ?En avait-il été question au parlement ?Le peuple avait-il été consulté?Avait-on au moins sondé l\u2019opinion publique?Faut-il, désormais, trouver merveilleuse toute initiative qui émane de quelque fonctionnaire?2.Pour éclaircir le point suivant, rappelons quelques notions élémentaires propres au matérialisme historique ou au droit constitutionnel soviétique: les deux domaines se compénètrent.Dans le système soviétique, tout État est une dictature.C\u2019est la dictature de la classe dominante.« L\u2019État est la force organisée de la classe dominante », déclare la Théorie de l\u2019État et du droit (Moscou, 1949).Il ne peut y avoir d\u2019État politique que là où il y a des classes.Le jour où le communisme aura complètement triomphé dans tout l\u2019univers et sera entré dans les mœurs, il n\u2019y aura plus d\u2019État, mais la société sans classes et sans État dont rêvent les marxistes.Tant que le communisme n\u2019aura pas triomphé dans l\u2019univers, il y aura nécessairement un État soviétique, afin que la « classe dominante », qu\u2019on dit être le « prolétariat » (quoiqu\u2019il ne comprenne pas 5% de la population), puisse déraciner, annihiler, liquider, anéantir, etc., les vestiges des anciennes classes.C'est pourquoi l\u2019État soviétique, dictature du prolétariat, réclame des pouvoirs encore plus grands que l\u2019État impérialiste ou fasciste qu\u2019il veut détruire.Et c\u2019est logique.Quant aux pays démocratiques, toujours d\u2019après les mêmes auteurs, leur Etat est également une dictature, instrument des impérialistes pour écraser le peuple.Ceci vaut pour le Canada comme pour les États-Unis.Lisez, par exemple, le chapitre II de l\u2019ouvrage de Tim Buck, Pravda o Kanade (Moscou, 1950).Il y développe la « transformation du Canada en État impérialiste » (pp.55-104).Les mêmes idées ou affirmations se trouvent au dernier chapitre du mémoire présenté par Gui Caron à la Commission Tremblay (pp.266-274).Si l\u2019État capitaliste écrase le prolétariat, il est évident (toujours d\u2019après les auteurs soviétiques, bien entendu) qu\u2019il crée un fossé entre le gouvernement et le peuple.C\u2019est pourquoi, disent-ils, nos démocraties sont de fausses démocraties.Le peuple, dans son immense majorité, serait ami des soviétiques; les gouvernements, par contre, prôneraient la guerre préventive, la destruction atomique du monde, l\u2019esclavage des peuples, le pillage des matières premières pour l\u2019enrichissement des individus aux dépens des masses, etc., etc.Telle serait, dans ses grandes lignes, la thèse soviétique.Or, si les manifestations de Winnipeg, de London, de Montréal et d\u2019ailleurs ont prouvé quelque chose, c\u2019est bien que la conception bolchevique était étriquée, sans fondement et fausse.On a certainement vu, ces derniers jours, qu\u2019il y a une différence radicale entre l\u2019attitude des ciceroni assignés aux soviétiques et celle du « peuple », tout au moins des manifestants.Sans doute, les organes de publicité relevant de l\u2019État, comme Radio-Canada, et les journaux sensibles au vent qui souffle du ministère des Affaires extérieures claironnèrent que les « vrais » Canadiens étaient en faveur de cette stupide visite, que les manifestants n\u2019étaient pas des « vrais » Canadiens, qu\u2019ils étaient des hôtes qui auraient dû flairer plus vite quelle était la ligne du parti, et s\u2019y conformer.Cette version officieuse, qu\u2019on respire partout comme une mystérieuse omniprésence, a-t elle convaincu l\u2019ensemble de l\u2019opinion publique?On serait enclin à conclure que non: on aurait plutôt l\u2019impression que ceux qui créèrent cette situation se défilent à qui mieux mieux et renvoient la crasse au voisin un peu moins habile.Si les régimes dictatoriaux ont prouvé quelque chose, c\u2019est que l\u2019intervention de l\u2019État dans le moulage de l\u2019opinion publique est un instrument à deux tranchants.Dans les pays où cette intervention est d\u2019une violence décisive, comme en Chine ou en Russie, elle empêche toute pensée d\u2019éclore en dehors du potager officiel.Où l\u2019intervention d\u2019État ne peut s\u2019imposer de façon absolue, comme ce fut le cas en Allemagne nazie et en Italie fasciste, elle creuse un abîme entre la « vérité » officielle, c\u2019est-à-dire le mensonge qffion veut faire avaler au peuple, et la vérité tout court.L\u2019État, qui n\u2019entend plus l\u2019autre son de cloche, croit que le peuple pense comme la propagande lui dit de penser.Le peuple se tait jusqu\u2019à ce qu\u2019un incident le mette hors de lui.Alors, il éclate.Le chef des « agriculteurs » soviétiques proclama que le gouvernement canadien n\u2019était pas responsable des manifestations antisoviétiques.Cette déclaration, qui accentua le désaccord entre la pensée officielle et l\u2019opinion publique, fut la pire de toutes les gaffes: c\u2019était, sans allusion désobligeante, le pavé de l\u2019ours! Lors de la dernière visite soviétique officielle, en juin 1946, la situation était un peu différente.Les journalistes Ehren-burg, Galaktionov et Novikov vinrent au Canada comme hôtes du gouvernement Mackenzie King.La situation exigeait alors une prudence consommée, car le procès de Fred Rose battait son plein; le député communiste de Montréal, alors en prison, fut condamné par le juge Wilfrid Lazure, le 20 juin.Deux jours avant, dans son inoubliable conférence de presse (que le Devoir, plus avisé alors qu\u2019aujourd\u2019hui, passa complètement sous silence), Ehrenburg déclara que le « peuple » canadien était du côté des espions.La réaction populaire fut telle que les journalistes durent quitter la province de Québec avec quelque précipitation.Depuis lors, Ehrenburg a déversé beaucoup de bile sur les États-Unis.Il a traité le Canada avec un respect dont nous apprécions la valeur.Quant au gouvernement, que ces journalistes 274 RELATIONS avaient sottement tâché de dissocier du pouvoir judiciaire et du peuple, il tarda neuf ans avant d\u2019inviter à nouveau des hôtes aussi impossibles.3.La troisième partie de notre discussion est plus difficile que les deux précédentes.Disons tout de suite que la seule chose qui nous intéresse, c\u2019est de faire la lumière sur une situation qui a besoin d\u2019éclaircissement.Tel missionnaire qui revient de Chine assure que les communistes de là-bas apprécient hautement les efforts du ministère canadien des Affaires extérieures pour faire reconnaître la Chine rouge par Ottawa.D\u2019autre part, le Bulletin mensuel du même ministère (mai 1955, p.162) contient, sur l\u2019inopportunité d\u2019admettre la Chine rouge aux Nations Unies, une phrase qui ne cadre guère avec le récent discours prononcé par M.Pearson devant le Women's Club de Vancouver (25 août 1955).Quelques textes nous permettront-ils de nous retrouver ?A Saskatoon, le 9 juin 1949, presque sept mois avant la fin de la guerre civile de Chine, l\u2019hon.Lester Pearson déclara que, « si les communistes chinois établissaient leur pouvoir dans une partie importante de la Chine, le Canada reconnaîtrait de facto leur gouvernement ».Cette nouvelle, qui ne semble pas avoir été relevée par la presse montréalaise, reçut une étonnante confirmation dans une dépêche de la Presse Canadienne, que je copie dans le Devoir du 11 juin 1949.L\u2019espace me manque pour la transcrire tout entière; ceux qui gardent les journaux auront intérêt à s\u2019y reporter pour en méditer le texte intégral.Voici Yincipit : Ottawa, 11 (C.P.).\u2014 Les milieux gouvernementaux canadiens laissent entendre qu\u2019il s\u2019écoulera encore au moins un mois ou deux avant que notre pays songe à reconnaître de facto le nouveau régime communiste en train de s\u2019établir en Chine.Avant d\u2019agir, Ottawa fait comprendre qu\u2019il veut savoir si les futurs maîtres absolus de ce pays entendent assumer une dette de $60,000,000 contractée par le gouvernement nationaliste chinois il y a trois ans.Au fait, qu\u2019arriva-t-il à cette dette de $60,000,000 ?Ceux qui connaissent l\u2019histoire de la compagnie Ming Song et de ses agissements durant la récente guerre de Corée arrondiront encore le total des pertes canadiennes.Continuons notre lecture.Dans l\u2019entre-temps, révèle-t-on, notre ambassade demeurée à Nankin s\u2019occupe d\u2019explorer les possibilités pour les nôtres d\u2019entreprendre du commerce avec les communistes.Ce commerce rouge! Il n\u2019était pas question, bien sûr, de protéger les propriétés de nos missionnaires, ni même les religieux et religieuses du Canada, emprisonnés et terriblement humiliés par les communistes.Que diable étaient-ils allés faire en Chine, in the first place, pensait-on dans les milieux qui inspiraient cette dépêche?Mais voici la fin du texte: De toute façon, on croit qu\u2019Ottawa attendra pour agir que Londres ait d\u2019abord précisé son attitude envers les communistes chinois.Les Britanniques tiennent pour leur part à assurer avant tout (je souligne cette petite révélation) que leur colonie de Hong-Kong ne courra aucun danger.Et voilà! Relisez ce petit paragraphe et quand vous aurez fini, relisez-le encore, mais deux fois plus lentement.Pesez-en chaque mot, et vous verrez s\u2019il en dit long! C\u2019était donc le 11 juin 1949.Depuis lors, le ministère des Affaires extérieures travaille à réaliser ce programme avec une ténacité extraordinairement persévérante.La guerre de Corée fut un intermède embarrassant.Peu après la fin des hostilités, survint le discours de M.Saint-Laurent à Manille (9 mars 1954); la réaction populaire fut très vive, si bien qu\u2019on attendit plus d\u2019un an avant que les déclarations de M.Pearson à Vancouver ne proposent le même programme.Néanmoins, cette décision sur laquelle on revient toujours est constamment retardée.Pourquoi ?Comment ?Voici une explication que nous hasardons, et nous le faisons en rendant hommage au prestige que l\u2019hon.premier ministre a su gagner dans le Québec, dans le pays tout entier et à travers le monde.M.Saint-Laurent, autrement sensible aux réalités traditionnelles du pays que son entreprenant ministre des Affaires extérieures, sait que les missionnaires canadiens représentent, autant dans le milieu anglais que chez les Français, une force considérable.C\u2019est par centaines qu\u2019il faut les compter; leurs parents, les parents de leurs confrères, eux, sont déjà des milliers! Mais voici plus impressionnant.On sait que, presque chaque dimanche, il y a quelque missionnaire (Clerc de Sainte-Croix ou de Saint-Viateur, Rédemptoriste, Oblat, Jésuite, prêtre des Missions étrangères, etc.) en tournée de quête dans les paroisses.Ce missionnaire parle de ce qu\u2019il connaît; les gens écoutent et donnent.Quand on donne son argent à une cause, on cède un peu de son cœur.On a des opinions très arrêtées, sur la Chine rouge, dans les campagnes et les faubourgs populeux du Canada, et c\u2019est là une partie considérable de la population sur laquelle les journaux, ministériels ou autres, n\u2019ont aucune prise.Brimer ces citoyens honnêtes, pour favoriser quelque commerçant, c\u2019est jouer très gros jeu.On est tenté de penser tout haut: si Ottawa avait employé, pour persuader les francs-maçons canadiens de l\u2019opportunité de reconnaître de facto le Saint-Siège, un peu de cette ténacité consacrée à nouer des rapports diplomatiques avec tous les rouges qui viennent de gagner une révolution, la paix du monde aurait peut-être fait un peu plus de progrès.Quels sont donc les rouages obscurs qui mettent en branle des initiatives aussi inexplicables dans un pays aussi chrétien que le Canada ?En tout cas, si l\u2019on prétend qu\u2019il y a désaccord au Canada entre le « gouvernement » et le peuple au sujet du bolchevisme, il faudrait beaucoup d\u2019effronterie pour prétendre que le peuple canadien a de la sympathie pour les grands et petits mogols du Kremlin.Joseph-H.Ledit.13 septembre 1955.P.S.\u2014 Dernière heure.Le Vestnik du 10 septembre rapporte d\u2019Ottawa, « de source informée », que « dans les établissements du gouvernement, on discute la question d\u2019accorder à l\u2019Union soviétique le traitement de faveur réservé aux nations particulièrement amies.Jusqu\u2019ici, parmi les pays socialistes, la Tchécoslovaquie, la Pologne et la Chine ont joui de ce traitement de faveur ».La nouvelle parut également dans la Canadian Tribune, mais non, à ma connaissance, dans les autres journaux.Cela suggère une première question: Pourquoi cette primeur à une presse qui défendait avec tant de vigueur, durant la guerre de Corée, ceux qui luttaient contre le Canada?En voici d\u2019autres: Quand ce privilège a-t-il été accordé à la Chine « socialiste » ?Avant, pendant ou après la guerre de Corée ?Avant, pendant ou après l\u2019emprisonnement, le brain-washing et la torture de centaines de missionnaires canadiens?Avant, pendant ou après que des porte-parole des « établissements du gouvernement » eurent dit que la Chine n\u2019avait pas encore prouvé par sa conduite qu\u2019elle pouvait siéger avec les nations civilisées?A-t-on obtenu en échange quelque chose de la part des Chinois rouges?Pourquoi cette sombre affaire n\u2019a-t-elle jamais été discutée en public ?J.-H.L.OCTOBRE 1955 27 LES LIVRES RELIGION G.-E.Closen: Clefs pour la sainte Écriture.Coll.« Renaissance et Tradition».\u2014 Bruges, Beyaert, 1954, 311 pp., 22 cm./\"''ES CONSIDÉRATIONS théologiques sur les idées reli-gieuses de l\u2019Ancien Testament renferment une doctrine vaste et profonde.Au lieu de proposer des directives et des modes d\u2019interprétation, l\u2019A.présente de beaux modèles de commentaires bibliques.Il ne s\u2019attache pas aux passages souvent cités, il explique plutôt des textes que le message du Nouveau Testament vient éclairer de sa lumière.Sans invitation motivée à la lecture de la Bible, il tranche directement dans le pain de la doctrine.Le procédé consiste à situer le passage scripturaire dans son contexte, à en donner une explication littérale et à dégager ensuite le contenu spirituel.Dans la Genèse, il y a une leçon que met en relief la confusion de Babel opposée à l\u2019échelle céleste de Jacob.Le sacrifice d\u2019Isaac apparaît dans toute la puissance de sa signification, grâce au sacrement eucharistique.Dans l\u2019histoire de Joseph, comme chez les hommes de notre temps, on retrouve un chercheur avide de Dieu.Les prophètes pressentent le Messie avec exactitude.Nathan entrevoit l\u2019éternité du royaume.Isaïe décrit la Passion en termes de témoin.L\u2019allégorie de la vigne revient dans les psaumes et les livres d\u2019Isaïe ou d\u2019Êzéchiel avec des accents que le Christ reprendra.Le roi Azarias compose une prière pleine de repentir sincère.Daniel prépare l\u2019expression « Fils de l\u2019Homme », et Michée salue la patrie de Bethléem.Les psaumes que chantait le peuple de Dieu contiennent les traits modernes du Christ-Roi et du Christ-Prêtre.On y retrouve une conception du type humain idéal, du Dieu doux et bon comme le berger, et de la prière confiante, joyeuse et repentante.Le livre débute par un aperçu sur le mystère de l\u2019Écriture et se termine par l\u2019idée de la Croix cheminant tout au long de l\u2019ancienne Alliance.Ouvrage fort beau et intéressant, qui met au profit de la chrétienté la recherche scientifique du docteur.Paul-Émile Racicot.Maison Bellarmin.Louis CHAIGNE: Sainte Thérèse de Lisieux.Coll.« Le Livre chrétien».\u2014 Paris (18, rue du Saint-Gothard), Arthème Fayard, 1953, 128 pp., 19 cm.Prix: 150 fr./^E COURT RÉCIT abondamment illustré nous présente une image à la fois simple, joyeuse et singulièrement émouvante de Thérèse Martin.L\u2019A.insiste sur le milieu familial qui a disposé l\u2019âme de Thérèse aux grâces de la sainteté, mais souligne également tout ce qu\u2019il y eut d\u2019héroïque dans la collaboration de cette enfant, comblée^ d\u2019affection et de dons naturels, aux invitations austères de l\u2019Époux crucifié.Rien ne déçoit dans ce portrait d\u2019une sainte dont les traits ont été si souvent dessinés.Cette réussite affirme une fois de plus le talent de l\u2019auteur.Jean-Paul Demers.Maison Bellarmin.Maurice Henry-CoÜANNIER: Saint François de Sales et ses Amitiés.\u2014 Tournai (Paris), Casterman, 3® édition, 1954, 384 pp., 21.5 cm.DANS UN STYLE accordé le plus heureusement du monde aux nombreuses citations qui émaillent ses pages, l\u2019A.ressuscite pour notre joyeuseté toute une génération de figures captivantes, en centrant l\u2019intérêt sur saint François de Sales.Paysages et villes, costumes et coutumes du xvne siècle, décrits avec un fourmillement de détails et d\u2019anecdotes, créent une ambiance on ne peut plus sympathique.A la suite de Monseigneur de Genève, nous rencontrons le Vert-Galant et Richelieu, Théodore de Bèze et Angélique Arnauld, Mme de Chantal et M.de Paul, des princes intrigants, de saintes servantes.On disait du grand docteur qu\u2019il était « éloquent jusque dans son silence », tant la charité inspirait chacun de ses gestes et rayonnait de sa personne.L\u2019A.agit de même: n\u2019adjoustant pas un brin à la vérité, il se satisfaict de nous montrer le gratieux pasteur parmy ses brebis.De vray! c\u2019est desjà toute une prédication.Page d\u2019histoire, sujet de méditation, peinture des mœurs d\u2019un âge curieux et attachant, ce livre est tout cela à la fois.On le lit d\u2019un trait, tellement il séduit; on le reprend pour en goûter davantage le charme; on le relit pour le méditer à loisir.Béatrice Clément.Boucherville, Qué.Chan.Jacques Leclercq: Valeurs chrétiennes.\u2014 Tournai, Casterman, 1952, 207 pp., 19.5 cm.TE LECTEUR exigeant, qui a prisé les ouvrages savants ou ¦*-' provocants de l\u2019A., risque ici de s\u2019impatienter.Qu\u2019il se fasse humble et petit, comme le peuple pieux, et il goûtera maintes réflexions, formulées sans paradoxe, mais riches de méditation.« Comprendre la souffrance et la mort dépend davantage de la qualité de notre vie morale que de la puissance de notre esprit.» (P.10.) Souffrance et mort: thèmes majeurs de ce livre, avec celui du péché qui en est la cause, et celui de la providence qui nous oriente, par la souffrance et la mort, vers la conversion et le salut.Le mal.c\u2019est le péché, répète l\u2019A.(pp.26, 35, 45, 68, 88, 129.): puisse-t-il nous persuader! Supprimer le péché, ce serait supprimer la souffrance, même physique (p.80).Hélas!.Acceptons donc la souffrance: elle est la recette du succès réel, qui se nomme sainteté.Malheur à celui dont la vie est facile (p.121): l\u2019homme à qui tout réussit a rarement une forte personnalité (p.87).Car les nourritures terrestres rendent terrestre (p.115).La vraie paix est du cœur; elle réclame plus que la justice: l\u2019amour (p.102), dont le Christ seul a le secret (p.142).Joie d\u2019être les hommes du Christ dans le monde d\u2019aujourd\u2019hui (p.147).Êtes-vous de ceux que ces vérités ne toucheraient pas ?Marie-Joseph d\u2019Anjou.La Société canadienne d'HiSTOiRE de l\u2019Église: Rapport 1953-1954.\u2014 Ottawa, Université, 1954, 260 pp., 23 cm.ON TROUVE ici le texte des travaux présentés à la réunion que la Société canadienne d\u2019Histoire de l\u2019Église a tenue au Cap-de-la-Madeleine, les 12 et 13 août dernier.L\u2019ensemble (152 pages en français, 108 en anglais) constitue une petite somme de l\u2019histoire de la dévotion mariale au Canada, depuis les origines jusqu\u2019à nos jours.Entre tant d\u2019études rédigées par des spécialistes, comment faire un choix ?Lisez, par exemple, « La foi de l\u2019Église de Québec en l\u2019immaculée Conception au temps de Mgr de Laval » (Mgr Vandry), « Mgr Bourget et la définition du dogme de l\u2019immaculée Conception » (Mgr Maurault), « Marie, Ville-Marie » (chan.Groulx), « Origines de la dévotion au Cœur Immaculé de Marie au Canada » (R.P.H.Cormier, C.J.M.), « Aux origines de la Congrégation des Enfants de Marie au Canada » (R.P.R.Laurin, O.M.L), et vous aurez le goût de lire les autres chapitres; après quoi vous posséderez une haute idée du culte que le Canada n\u2019a cessé de rendre à la Vierge Marie.Pareil ouvrage a sa place dans toutes nos bibliothèques catholiques.Marie-Joseph d\u2019Anjou.Abbé J.SIMON: Le Prêtre d\u2019après le ^vénérable Libermann.\u2014 Mulhouse (Porte du Miroir), Éditions Salvator, 1952, 184 pp., 18 cm.Prix: 450 fr.TUIF CONVERTI en 1826, à l\u2019âge de vingt-quatre ans, J ordonné prêtre en 1841, fondateur de la Société missionnaire du Sacré-Cœur-de-Marie pour l\u2019évangélisation des peuples d\u2019Afrique (société qui se fusionna, en 1848, avec la Congrégation du Saint-Esprit), décédé en 1852, M.Jacob Libermann (François-Marie-Paul à son baptême), durant les onze ans de son sacerdoce, eut une immense influence sur ses contemporains tant par ses prédications publiques et sa correspondance privée que par son action directe sur les membres de sa société religieuse.Comme l\u2019action sacerdotale du P.Libermann s\u2019est surtout exercée dans la formation des futurs ou des jeunes prêtres missionnaires, on a voulu réunir en un volume toute sa doctrine sur la formation et l\u2019activité du prêtre.« C\u2019est.le maître en vie intérieure qui parlera dans les pages qu\u2019on va lire.Les textes relatifs aux prêtres y figurent en totalité.De plus, tout ce 276 RELATIONS qu\u2019on y lira sera uniquement pensée du Père Libermann; il ne faudra pas y chercher un exposé en tout point complet sur la nature et l\u2019activité du sacerdoce.» (P.19.) Textes à lire, à méditer pour tout prêtre qui veut s\u2019élever au-dessus de la routine et redonner du mordant aux principes de son sacerdoce.Villa Matirèse, Québec.Wilfrid Girouard.PHILOSOPHIE André Marc, S.J.: Dialectique de P Agir.Coll.« Problèmes et doctrines ».\u2014 Lyon (3, Place Bellecour), Emmanuel Vitte, 1954, 585 pp., 22.5 cm.A PRÈS une philosophie de l\u2019homme (Psychologie réflexive, 1950), puis de l\u2019être (Dialectique de VAffirmation, 1952), l\u2019A., pour achever sa trilogie, présente une philosophie de la moralité, appliquant « à l\u2019agir humain, en tant qu\u2019il résulte de l\u2019existence humaine, les lcis générales de l\u2019être et de l\u2019agir ou de l\u2019acte » (p.5).Il se justifie de traiter le sujet du strict point de vue philosophique (pp.9-11).Toutefois, il n\u2019oublie ni de souligner ni de scruter les implications historiques et théologiques de notre agir.L\u2019ouvrage a trois parties: la finalité, l\u2019obligation morale, la personne morale.Partant du contraste qui oppose l'universalité de notre pensée et de notie amour à l\u2019étroitesse de nos choix et de nos réalisations (p.24), l\u2019A.se propose d\u2019expliquer, à la lumière de la raison, comment cette tendance au dépassement existe en l\u2019homme sans aboutir par le fait même à la destruction de soi.Pour être entièrement lui-même, l\u2019homme veut devenir parfaitement tout; il s\u2019agit de savoir comment il atteindra « vraiment ce qui le dépasse au point de réussir à le posséder, puisque, par définition, c\u2019est au delà de sa portée » (p.6).La réponse ne peut être qu\u2019une présence de Dieu à la fois transcendante et immanente, de Dieu se donnant à nous, sans nécessité de sa part, sans droit de la nôtre.Nous retrouvons dans ce précieux livre les qualités des précédents: sclidité de la doctrine, ampleur de l\u2019information, connaissance bienveillante des conceptions contemporaines, surtout don magistial des analyses fouillées et des formules synthétiques bien frappées.On pourrait relever quelques longueurs qui du reste manquent un peu de clarté, de même qu\u2019une certaine faiblesse de la dernière partie par rapport aux deux premières.Mais dans le chaos actuel, où trop d\u2019esprits, désorientés par tant d\u2019élucubrations décevantes, ont perdu le sens de l\u2019existence et de la destinée humaines, cette étude offre une raison de vivre solide et totale.Ceux qui la liront y puiseront la lumière dont ils ont besoin pour perfectionner leur agir dans leur marche vers leur dernière fin, vers Dieu.Collège Saint-Charles-Garnier, Québec.Jean-Paul Dallaire.Jules Pirlot: Destinée et Valeur.La philosophie de René Le Senne.\u2014Namur (59, rue de Bruxelles), Facultés universitaires, 1953, 222 pp., 25 cm.INSPIRÉE par l\u2019idéalisme de Hamelin et par l\u2019intuitionisme de Bergson, la philosophie de René Le Senne, dent la morale semble beaucoup plus développée que la métaphysique, est tout à la fois réaliste, spiritualiste et optimiste.Elle est réaliste en ce qu\u2019elle se propose dé décrire intégralement et sans parti pris la structure complexe du moi incarné et la situation spatio-temporelle dans laquelle il se trouve engagé.D\u2019où l\u2019importance accordée par Le Senne à l\u2019étude du caractère, « squelette dynamique de l\u2019activité mentale ».Elle est spiritualiste, posant en principe qu\u2019il n\u2019y a rien d\u2019irréductible à l\u2019esprit, reconnaissant qu\u2019il se trouve sollicité par des valeurs ou réalités désirables en soi, irrécusables et fécondes, qui nous contentent en provoquant en nous un nouveau mouvement vers elles.C\u2019est le rôle de la métaphysique d\u2019établir l\u2019objectivité de ces valeurs, auxquelles aspire naturellement et nécessairement l\u2019esprit, et de montrer qu\u2019elles ont une source unique et infinie, la Valeur, qui est Dieu.Enfin, le spiritualisme de Le Senne est optimiste.Si le sentiment du moi menacé est chez lui à l\u2019origine de la philosophie, il a confiance, il croit que la conscience peut retrouver le sens de sa puissance spirituelle, le goût de sa destinée et le moyen fondamental de la réaliser.Si Y obstacle vient toujours briser la spontanéité naïve du moi, c\u2019est lui qui nous fait naître à la conscience de nous-mêmes et de nos besoins, au sens^de notre destinée.Vichy IjanrffiEl Huit adultes sur dix ont un foie fatigué, encombré, donc déficient.Va-t-il falloir comme tant d'autres vous astreindre à un régime \"triste\"?RAREMENT nécessaire, si vous prenez la régulière précaution et si agréable de votre VICHY CELESTINS quotidien.Son action bien connue et ses propriétés diurétiques contribuent à stimuler les multiples fonctions du foie et des reins et exercent un effet des plus salutaires sur le système digestif en général.Demandes l'aria de votre médecin.èfu \u201c&e*t CE LESTONS (AU MINÉRALE NATUREUE PROPRIÉTÉ DE L\u2019ÉTAT FRANÇAIS RECOMMANDÉE PAR LE CORPS MÉDICAL DANS LE MONDE ENTIER Méfiez-vous des imitations!!! Exigez < CÉLESTINS » Importateurs: HERDT » CHARTON INC., Montréal \u2019aubeprïie ASSUR ANCE-VIE 451/*, rue BEECH (Est) - SUDBURY (Ont.) Léo Vigneault, gérant OSbrn 3-2910 Cn ttoiâ ntotâ H Le journal VÊvangéline mérite des félicitations pour son numéro spécial du deuxième centenaire.Document important pour l\u2019histoire acadienne.*[[ Le principal hôtel de Sydney, exploité par des intérêts privés, s\u2019appelle Ile-Royale.Ce nom français dans une ville anglaise paraît bien rappeler le nom que portait l\u2019île du Cap-Breton sous la domination française.Belle leçon pour M.Gordon! TI Une magnifique brochure touristique sur le Québec, portant sur la couverture l\u2019emblème des Chemins de fer nationaux, contient une photograbhie du projet de terminus ayant pour noyau la gare Centrale de Montréal.Le nom du prochain hôtel se détache nettement au coin supérieur de la page.Ce nom est celui que défend avec opiniâtreté M.Gordon.C\u2019est dire que l\u2019opinion publique ne doit pas cesser d\u2019être vigilante.Il faut que Montréal ait son Château Maisonneuve! If Le Catholic Digest américain fait l\u2019éloge de notre Foyer de Charité, où Dieu est Amour.Il admire la façon de le construire: déjà, 9,000 travailleurs y ont donné de leur temps et de leurs talents, depuis l\u2019architecte jusqu\u2019au simple journalier.Par centaines, peintres, électriciens, plombiers, menuisiers et autres y ont bien travaillé.H Le chancelier Adenauer, grand homme, patriote et sauveur de son Allemagne, fut d\u2019abord limogé comme maire de Cologne par les Américains, qui le trouvaient trop vieux pour bien relever sa ville.Au lieu de bouder, Adenauer fonda le parti social-chrétien, qui releva tout son pays.If Un petit livreur de journaux lança son papier dans une porte au moment où elle s\u2019ouvrait.L\u2019abonné reçut le paquet en plein visage.Mais le jeune tourna si bien ses excuses que l\u2019offensé mit le garçon dans un collège catholique, où il se convertit et d\u2019où il sortit pour prendre la soutane au séminaire.If D\u2019une femme de Montréal, pendant la canicule: « A voir tant de femelles s\u2019exhiber sans pudeur dans les rues, on a honte d\u2019être femme.» Est-ce mieux à la campagne?If On se demande ce qu\u2019Évangéline aurait pensé des majorettes venues de Louisiane pour célébrer le deuxième centenaire de la déportation.RELATIONS REVUE DU MOIS publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus Directeur : Albert Plante Rédacteurs : Joseph-P.Archambault, Joseph-H.Ledit, Alexandre Dugré, Émile Gervais, Luigi d\u2019Apollonia, Richard Arès, Léon Lebel.Secrétaire de la rédaction : Marie-Joseph d\u2019Anjou Administrateur : Jules Émery Directeur de la publicité: M.Alvarez Vaillancourt \u2022 Prix de l'abonnement :\tA l'étranger : $3.50 $3.00 par année\tPour les étudiants : $2.50 \u2022 8100, BOUL.SAINT-LAURENT, MONTRÉAL-11, CANADA Tél.: VEndôme 2541 280 .RELATIONS BEN BELLAND, Prés.\tJEAN BELAND, Ing.P., sec.-frés.7152, boul.Saint-Laurent, Montréal - GR.2465* TOUS LES ACCESSOIRES ÉLECTRIQUES (Strictement en gros) « Le Temple de la lumière » Béldnd INCORPORÉE Bonne chère rend le coeur joyeux .et le chauffage par rayonnement fait les maisons confortables, gaies, \u2014 les maisons où l\u2019on aime vivre! Si vous êtes soucieux du bien-être des vôtres, vous ne pouvez vous passerdece prodigieux modeie chauffage moderne.Demandez notre brochurette explicative ou visitez notre immeuble chauffé par rayonnement.Installateurs experts en tous genres de plomberie sanitaire et d\u2019appareils de chauffage CHAUFFAGE-PLOMBERIE Pionniers du véritable chauffage par rayonnement au Canada MArquelte 4107 360 est, rue Rachel - Montréal .»\u2019\u2022\te°*r.'»\u2022 {\u2022*' %/, Gua# % fôê&e UNITtl » l I N I T ( I Spécialité : Construction d'édifices religieux Collèges - Couvents - Séminaires - Hôpitaux - Etc.6900, chemin de la Côte-des-Neiges Montréal\tTel.: RE.7-3651 Epargnez tout en protégeant les vôtres avec un plan de ïa ê>aubegartic COMPAGNIE D\u2019ASSURANCE SUR LA VIE Siège social: Montréal QUE FEREZ-VOUS DE VOS FILS ?Jbeâ médecin* ?
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.