Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Droit d'auteur non évalué

Consulter cette déclaration

Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Février
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichier (1)

Références

Relations, 1969-02, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
[" REVUE DU MOIS NUMÉRO 335 MONTRÉAL FÉVRIER 1969 PRIX 600 Le bill 85 (Le problème des langues au Québec) Le bill 56 (Institutions privées et écoles publiques) Sécularisation et mort de Dieu (\u201cDeux prêtres en colère\u2019\u2019) Une fête manquée (L\u2019occupation du CEGEP) SOMMAIRE Février 1969 Méditation : Pour le jour de la Présentation .\t.Paul Fortin 34 Éditoriaux.35 Cet homme debout dans la tempête .\u2014 Prophétisme et autorité.\u2014 Paradoxe humiliant ! Articles Sécularisation et mort de Dieu: \u201cDeux prêtres en colère\u201d Julien Harvey 37 Le BILL 85 ET LE PROBLEME DES LANGUES AU QUEBEC François Gauthier 43 Le bill 56: Selon leur conviction.ou selon leur état DE FORTUNE.Émile Robichaud 46 Une fête manquée: l\u2019occupation du CEGEP Léon Debien\t49 Chroniques La vie de l'Église : Conversations entre catholiques et anglicans.Joseph Ledit 51 Au service du français : P onctuation-2 .Joseph d\u2019Anjou\t53 La télévision : Autour des téléromans .Émile Gervais\t54 Le théâtre : \u2018\u2018La Nuit des Rois\u201d .Georges-Henri d\u2019Auteuil\t56 Au fil du mois : Une messe bien rythmée Jean-Marie\tArchambault\t58 Avec ou sans commentaires.58 Les devoirs du journaliste catholique (Paul VI).\u2014 \u201cÉglise, mon foyer maternel\u201d (Yves Congar).Les livres.60 Notes bibliographiques.62 Ouvrages reçus.63 RELATIONS REVUE DU MOIS publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus Directeur: Richard Arès.Rédacteurs: Luigi d\u2019Apollonia, Marcel Marcotte.Collaborateurs: Joseph d\u2019Anjou, Georges-Henri d\u2019Auteuil, Irénée Desrochers, René Dionne, Fernand Potvin, Jean-Paul Rouleau.Secrétaire de la rédaction: Georges Robitaille.Administrateur: Albert Plante Rédaction et abonnements : 8100, boul.Saint-Laurent, Montréal-351.Tél.: 387-2541 M.Jean-Robert Gendron est autorisé à solliciter des abonnements pour la revue.Relations est une publication des Editions Bellarmin, 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal-11.Téléphone: 387-2541.Prix de l\u2019abonnement: $6 par année.Le numéro: $0.60.Relations est membre de YAudit Bureau of Circulations.Ses articles sont répertoriés dans le Canadian Periodical Index, publication de l\u2019Association canadienne des Bibliothèques, et dans le Répertoire canadien sur l\u2019éducation.Le Ministère des Postes, à Ottawa, a autorisé l\u2019affranchissement en numéraire et l\u2019envoi comme objet de la deuxième classe de la présente publication MÉDITATION POUR LE JOUR DE LA PRÉSENTATION Lessentiel n\u2019est pas de me tracasser pour savoir en détail comment je pourrai aimer Dieu jusqu\u2019au bout de ma route, sans ne jamais m\u2019en séparer.L\u2019essentiel, c\u2019est de vouloir l\u2019aimer aujourd\u2019hui comme hier, en lui laissant le soin des jours à venir.Pour nourrir le courage, en effet, Dieu ne donne pas, en une seule journée, tout le pain nécessaire à la vie entière.Il donne celui d\u2019aujourd\u2019hui, et conserve pour chacun celui du lendemain.Les sept pains de la semaine sont là, dans sa main, sept fois quotidiens et sept fois mon soutien.L\u2019essentiel, c\u2019est de me présenter à lui, chaque matin, pour lui offrir mon bon vouloir de marcher, à son gré, mon bout de chemin; l\u2019essentiel, c\u2019est de me présenter à lui, chaque matin, afin de recevoir, de sa main, ma portion de soutien.Pour moi, tous les jours sont jours de présentation.Dans ma poursuite de Dieu, l\u2019essentiel n\u2019est pas de me tracasser sur le détail de mon itinéraire.Il me faudra souvent avancer par voies confuses, connaître des renversements de situations.Les plans divins ne seront pas toujours les miens.Comment alors faire le pointillé de ma route, si Dieu seul en connaît le tracé ?Je pense à la Vierge ! Petite fille, elle avait choisi de consacrer sa vie à la prière.Et quand, selon la Tradition, elle est partie pour le Temple, c\u2019était assurément pour y chercher l\u2019Epoux et vivre seul avec lui.Ses desseins, oui, ont connu le succès, mais au-delà et contrairement à sa pensée, car si, elle, elle avait résolu de se séparer de tout pour aller vivre chez lui, Dieu, lui, avait résolu de la ramener pour aller vivre chez elle.C\u2019est pourquoi nous les retrouvons aujourd\u2019hui, encore ensemble dans le Temple, au jour de la Présentation de son Fils.Elle est épouse de l\u2019Epoux, elle est vierge toujours, mais elle est mère aussi.Pour elle, tous les jours sont jours de présentation.Je suis en route vers Dieu, et l\u2019essentiel n\u2019est pas de me tracasser pour savoir en détail comment je pourrai aimer Dieu; je suis son enfant, il est mon Père.Pour mes pas comptés d\u2019avance, il a mesuré la distance; il a pesé le poids de ma force pour la fatigue d\u2019un jour, multiplié le don de sa grâce par l\u2019inconnu de son amour.Sa volonté, consciente de mes moyens et de ses demandes, est toujours là, exprimée sous une forme ou l\u2019autre, et prête à se révéler en termes simples de directives quotidiennes.Je me présente donc à la journée, comme à la table paternelle, pour y manger le pain ainsi qu\u2019il m\u2019est coupé, sans permettre à mon caprice d\u2019en juger la valeur apparente et sans regarder par la fenêtre le couvert, appa- remment mieux servi, de mon voisin.Ma présence à la journée devrait être, comme l\u2019invitation acceptée de manger à la table du Père, une autre occasion concrète pour la rencontre de deux amours.Pour chacun, tous les jours sont jours de présentation.Pa-ul Fortin.Nos sommes reconnaissants à nos lecteurs d\u2019avoir accepté avec tant de bienveillance l\u2019augmentation du prix de l\u2019abonnement.Plusieurs ont même tenu à compléter le paiement de $5 qu\u2019ils nous avaient déjà envoyé. montréal numéro 335 février 1969 pm CENTRE DE DOCUMENTAI tüi't 4^/ corporation des enseignants du Québer relations £ditotiaux.Cet homme debout dans la tempête.Dans le regard rétrospectif qu\u2019elles ont porté sur l\u2019année écoulée, la plupart des revues à grand tirage, tant de langue anglaise: Life, Time, Newsweek, U.S.News and World Report., que de langue française: Paris-Match, Express ., n\u2019ont pas manqué d\u2019attirer l\u2019attention de leurs lecteurs sur la crise qui, en 1968, s\u2019est développée au sein de l\u2019Église catholique.À les lire, il s\u2019agirait de la pire crise qu\u2019ait connue l\u2019Église depuis des siècles, depuis la Renaissance et la Réforme en particulier, et cette crise, dont les réactions à ]\u2019encyclique Humanœ Vitæ sur la régulation des naissances ont révélé l\u2019ampleur, aurait maintenant dégénéré en une crise d\u2019autorité qui menace d\u2019ébranler la Papauté elle-même.On nous peint donc en Paul VI un Pape inquiet, tourmenté, désemparé devant la contestation qui semble vouloir s\u2019installer à demeure dans l\u2019Église; un Pape qui multiplie les mises en garde et les avertissements, les professions d\u2019orthodoxie et les appels à l\u2019obéissance.On le compare tantôt à un Hamlet n\u2019arrivant pas à se décider, tantôt à une sorte de Louis XIV tranchant tout par lui-même dans la conviction que \u201cl\u2019Église, c\u2019est moi\u201d.Bref, pour ces revues, Paul VI est un homme traqué, submergé par les événements, enclin au pessimisme et voyant tout en noir, craignant sans cesse pour son autorité et l\u2019orthodoxie de la foi.Telle est l\u2019image qu\u2019une certaine grande presse présente de Paul VI.Or, celui qui se donne la peine de lire en entier les discours que le Pape prononce presque chaque jour \u2014 et non pas seulement les quelques lignes mises en vedette par les journaux à sensations \u2014 retient de Paul VI une tout autre image, un tout autre visage, où s\u2019affirment l\u2019équilibre de la pensée, la profondeur de la foi et une robuste sérénité d\u2019âme; en dépit de la tempête qui gronde partout, en dépit des responsabilités qui l\u2019assaillent, il se tient debout comme un rempart, comme un phare.Deux exemples.Son Message de Noël 1968.La grande presse y a vu le plus sombre discours que Paul VI ait prononcé depuis les débuts de son pontificat.Et pourtant, si on le lit en entier et avec attention, on découvre vite qu\u2019il est essentiellement un message d\u2019espérance.Le Pape veut faire saisir que \u201cle Christ est la vraie, la plus haute espérance de l\u2019humanité\u201d.Pour ce faire, il décrit les problèmes que la société industrielle et technique pose à l\u2019homme moderne et constate que ce dernier n\u2019arrive pas par ses seules forces à les résoudre.Le Pape en tire la conclusion que l\u2019humanité est incapable de se sauver par elle-même et qu\u2019elle a besoin d\u2019un Sauveur.S\u2019il insiste sur les difficultés de l\u2019heure présente, ce n\u2019est pas pour nourrir l\u2019inquiétude et le pessimisme, c\u2019est pour amener ses auditeurs à découvrir la véritable espérance de l\u2019humanité et le sens profond du mystère de Noël: \u201cNous le faisons, dit-il, pour vous faire mieux comprendre et apprécier le joyeux message d\u2019espérance que Noël apporte avec lui.\u201d De même, l\u2019allocution du 23 décembre aux cardinaux.C\u2019est une vieille coutume vaticane, qu\u2019en réponse aux vœux du Sacré Collège, le Souverain Pontife fasse, en fin d\u2019année, la revue de la situation de l\u2019Église.Cette fois, Paul VI a noté que, sur ce point, les uns sont optimistes, les autres, pessimistes; quant à lui, il a constamment cherché à discerner les côtés positifs et les aspects négatifs dans les événements survenus dans la vie de l\u2019Église.S\u2019étant posé la question, il y répond en ces termes: Optimiste alors, ou pessimiste dans Notre appréciation de la situation présente de l\u2019Eglise et de sa vie dans l\u2019année presque écoulée ?Nous vous dirons que, grâce à Dieu, il Nous semble pouvoir distinguer en elle une mesure de bien et d\u2019espérance bien plus grande que ce qui peut être considéré comme négatif; et que, même pour ce négatif, il est permis d\u2019avoir une bonne confiance de reprise.L\u2019inclinent à cet optimisme les témoignages de fidélité que lui ont manifestés, dans la présente crise, tant d\u2019évêques, de prêtres et de laïcs.S\u2019il a dû, au cours de l\u2019année, insister sur les sujets qu\u2019il jugeait \u201cfondamentaux pour l\u2019orthodoxie doctrinale et la bonne organisation de FÉVRIER 1969 35 l\u2019Église\u201d, le motif en a été, \u201cnon une vision craintive des choses\u201d, mais le souci \u201cde sauvegarder le dépôt sacré de vérité et de règles qui a été confié à l\u2019Église par son Fondateur\u201d, la conviction aussi que l\u2019unité dans la vérité est la condition pour que \u201cl\u2019Église puisse exercer à plein sa mission de lumière et de sanctification parmi les hommes\u201d.Sur ce point le Pape ne peut lâcher; pour le reste, compréhension et sympathie sont de règle.L\u2019Eglise est consciente des transformations qui surviennent.Elle soutient les ferments de liberté et encourage les conquêtes de la science et de la technique.Elle sent jusqu\u2019en elle-même le besoin d\u2019être dûment dynamique .Ces nouveaux ferments qui pullulent dans l\u2019Eglise peuvent certes susciter des appréhensions et des troubles, mais ils sont aussi des ferments de vie et des signes non équivoques d\u2019une profonde vitalité.Plutôt que de les étouffer, il faudra les canaliser et les insérer dans la contexture du Corps mystique.Sont-ce là les propos d\u2019un homme désemparé et rongé par le pessimisme, qui ne songe qu\u2019à affirmer et à sauvegarder son autorité ?Attentif à la violence de la tempête qui se déchaîne, Paul VI s\u2019emploie de toutes ses forces à sauver et à fortifier l\u2019essentiel; en l\u2019occurrence, c\u2019est la foi: la foi du peuple chrétien en Dieu, au Christ et en son Église.Au milieu d\u2019un monde en désarroi et d\u2019une Église elle-même ébranlée, il se tient debout à son poste, intrépide dans la foi, fidèle à sa mission et à son devoir qui est d\u2019affermir ses frères.Prophétisme et autorité On n\u2019aura jamais tant vu de prophètes en Israël.Ils se tiennent aux portes de toutes les villes, dénonçant le passé, contestant le présent, annonçant l\u2019avenir \u2014 tous poussés, à les entendre, par le souffle de l\u2019Esprit.On parlera même de \u201cgroupes charismatiques autonomes\u201d.Oui, assurément, puisque nous croyons en l\u2019Esprit-Saint \u201cqui est Seigneur et qui donne la vie\u201d; qu\u2019il \u201ca parlé par les prophètes\u201d et continue à le faire.Nous croyons aussi qu\u2019il n\u2019est nullement besoin d\u2019être évêque pour recevoir ce charisme, qu\u2019il est donné aux laïcs comme aux clercs, aux femmes comme aux hommes, et même aux enfants, car l\u2019Esprit souffle où il veut, a dit le Seigneur.Le Seigneur nous a également mis en garde contre un autre Esprit, Esprit de mensonge et de ténèbres, dont le plus grand triomphe est de se faire passer pour l\u2019Esprit de vérité et ange de lumière.Nous voilà donc avertis de nous méfier: il y a Esprit et Esprit, prophète et prophète.Et pour les distinguer l\u2019un de l\u2019autre il faudra plus qu\u2019une perspicacité humaine, le propre même du faux prophète étant de revêtir les apparences de l\u2019Évangile, de citer les Écritures, de se lancer dans la mêlée au nom de la justice, de la charité, de la liberté des enfants de Dieu, de parler un langage si \u201ccaptieux\u201d, nous a dit encore le Seigneur, que les \u201célus\u201d eux-mêmes s\u2019y laisseront prendre.Dès lors, qui discernera les \u201cesprits\u201d ?Qui lèvera ce qu\u2019on est en droit d\u2019appeler l\u2019ambiguïté du prophétisme ?Les prophètes eux-mêmes ?Mais ils sont tous sûrs de leurs \u201cvoix\u201d.La sincérité de leur accent nous le dira peut-être ?Mais la sincérité n\u2019est pas un critère de vérité, ni le zèle des réformes, ni le jeune âge, ni l\u2019ancienneté.Le succès ?Qu\u2019entendre par succès quand il s\u2019agit d\u2019une sagesse qui est folie aux yeux du monde, d\u2019une croix qui est scandale ?Encore une fois, qui discernera le vrai prophète du faux prophète, la brebis du \u201cloup ravisseur, vêtu de peau de brebis\u201d, sinon ceux qui ont reçu, dans l\u2019Église, la mission d\u2019enseigner, de sanctifier, de commander, l\u2019autorité doctrinale et pastorale, c\u2019est-à-dire la Hiérarchie ?Aussi, un des aspects les plus troublants d\u2019un certain prophétisme est qu\u2019il conteste précisément cette mission essentielle de la hiérarchie.On n\u2019hésite pas à mutiler la pensée du Saint-Père par des exégèses sophistiques, à élever sa protestation contre une encyclique sur le célibat ecclésiastique ou sur la vie humaine, à déclarer sans valeur un décret du Concile sur l\u2019éducation chrétienne ou sur les missions.On en appellera démocratiquement à des sondages, à une enquête sociologique, à la grande presse -\u2014 cymbale retentissante ! \u2014 ou, superbement, par-delà l\u2019institution ecclésiale \u2014 car c\u2019est ainsi qu\u2019on parle désormais \u2014 à \u201cla conscience de l\u2019Église\u201d qui n\u2019est rien d\u2019autre souvent que la voix d\u2019un petit groupe d\u2019intellectuels, plus hommes de lettres que théologiens, plus théologiens qu\u2019hommes de prière et de foi.Jusqu\u2019à la volonté du Saint-Père d\u2019exhorter plutôt que de sévir, de proclamer la vérité plutôt que de condamner l\u2019erreur qui ne soit détournée de son sens évangélique.Ce n\u2019est sûrement pas le moyen de réussir cet aggior-namento que tout le monde pourtant désire.L\u2019Église ne peut répondre aux espérances de ses membres et du monde que si lui sont assurées l\u2019unité et la vérité, ce qui est la fonction même du Magistère, de la Hiérarchie.Paradoxe humiliant ! 1e langage bouleversant de ces chiffres fournis par l\u2019O.N.U.: de 20,000 à 25,000 Biafrais, la plupart, des enfants, sont morts de faim, le jour de Noël ! Ainsi donc ni les grandes ni les petites puissances, ni l\u2019O.N.U., ni la Croix-Rouge, ni le Saint-Siège, ni le Conseil des Églises, ni les efforts de la diplomatie, ni même la charité d\u2019un grand nombre n\u2019ont pu empêcher cette tragédie.Paradoxe ! Voici que l\u2019homme parle et voit d\u2019un bout du monde à l\u2019autre, pèse l\u2019atome et l\u2019étoile, transplante des cœurs, affronte les périls de l\u2019espace, gravite autour de la lune, mais est impuissant à arrêter ces hécatombes d\u2019enfants, indignes de vivre s\u2019ils ne sont pas nigérians.A Noël, nous avons réussi le prodigieux exploit d\u2019envoyer, sans accroc et sans besoin de correction, un vaisseau habité vers la lune, mais nous n\u2019avons pu réussir cette chose si simple d\u2019apporter un verre de lait à un enfant qui mourait de faim.Paradoxe, en effet ! Paradoxe humiliant ! Au fond, c\u2019est une vieille histoire: le progrès matériel est plus facile à notre espèce que le progrès spirituel, et que le combat contre soi-même.36 RELATIONS \u201cDEUX PRÊTRES EN COLÈRE\u2019 SÉCULARISATION ET MORT DE DIEU Julien Harvey, S.J.* 1.Situation de l\u2019ouvrage Time Magazine du 22 octobre 1965 portait une couverture noire, sur laquelle s\u2019étalait un titre écrit à la brosse en rouge sombre: God is Dead ! On présentait ainsi au grand public, sous la rubrique d\u2019 \u201cathéisme chrétien\u201d ou de \u201cDeath-of-God Theology\u201d l\u2019œuvre de quatre théologiens américains: Gabriel Vahanian de l\u2019Université de Syracuse (The Death of God.The Culture of our Post-Christian Era, 1961), Paul M.van Buren de Temple University (The Secular Meaning of the Gospel, 1963), William Hamilton de Colgate-Rochester Seminary (The New Essence of Christianity, 1961) et Thomas J.J.Altizer de Emory University (Mircea Eliade and the Dialectic of the Sacred, 1963, œuvre continuée depuis lors dans: The Gospel of Christian Atheism, 1966).Ce n\u2019était pas là la naissance du mouvement, mais son entrée dans le grand public.11 avait eu ses prédécesseurs, connus surtout des spécialistes.En particulier, Ronald G.Smith (The New Man, 1956) et surtout Friedrich Gogarten (Destinée et espérance des temps modernes, 1953; L\u2019homme entre Dieu et l\u2019univers, 1958, tous deux en allemand).Et il a eu depuis lors sa seconde génération, en particulier avec Harvey Cox (The Secular City, 1965), Michael Novak (Belief and Unbelief, 1966), Leslie Dewart (The Future of Belief, 1967).L\u2019œuvre de J.A.T.Robinson (depuis Honest to God, 1963, jusqu\u2019à Exploration into God, 1967) se rattache d\u2019une certaine façon aux mêmes préoccupations, tout en se montrant très critique à l\u2019égard de certains théologiens de ce groupe.Plusieurs bons ouvrages critiques sur le mouvement et ses conclusions ont déjà paru, en particulier: Thomas W.Ogletree, (The Death of God Controversy, 1966), E.L.Mascall (The Secularization of Christianity, 1965), C.W.Williams (Faith in a Secular Age, 1966), et E.Schillebeeckx (Dieu et l\u2019homme, 1965, surtout pp.144-186).De plus, les ouvrages de Robinson, de Cox et de Dewart ont été suivis d\u2019un \u201cDebate\u201d publié (1964, 1966 et 1967).C\u2019est dans ce contexte que je veux tenter d\u2019évaluer l\u2019introduction canadienne (-française !, car Dewart est torontois) à ce mouvement peu connu encore dans les milieux non-spécialisés de langue française, l\u2019ouvrage de Lambert et Bouchard, Deux prêtres en colère.* Dans cette étude, l\u2019A., qui est professeur d\u2019Ecriture Sainte à l\u2019Université de Montréal et doyen de la Faculté de Théologie S.J., tente d\u2019évaluer et de situer l\u2019ouvrage de MM.Charles Lambert et Roméo Bouchard: Deux prêtres en colère, publié en 1968, à Montréal, aux Editions du Jour.Il profite de l\u2019occasion pour aborder quelques-uns des problèmes religieux les plus importants de l\u2019heure présente.2.Orientation du mouvement Remarquons dès le départ que le slogan qui caractérise cette école, théologie de la mort de Dieu, a été choisi délibérément pour faire choc, pour devenir la phase \u201cjournalistique\u201d de ce qui s\u2019appelle plus techniquement la théologie radicale.C\u2019était, disait William Hamilton dans un article donné à la revue Playboy (août 1966), \u201cune formule insoluble dans l\u2019eau bénite, même quand elle est prononcée avec extrême onction\u201d ! Le mouvement se réclame surtout de l\u2019œuvre de Dietrich Bonhoeffer, un théologien exécuté par Hitler, et de Paul Tillich.Il se caractérise d\u2019abord par le fait qu\u2019il veut prendre très au sérieux la civilisation dans laquelle nous vivons, au point d\u2019en faire le terrain commun (l\u2019expression est de Tillich) sur lequel l\u2019homme et le croyant entendent bien demeurer.En réaction contre l\u2019œuvre théologique de Karl Barth, qui précisément posait au départ que la civilisation doit se convertir en se soumettant à la foi et au message de Jésus, le mouvement part des exigences de la civilisation occidentale moderne et tente d\u2019y accommoder la foi chrétienne.Les résultats de cet accommodement sur un terrain commun, défini par l\u2019homme moderne, seront assez divergents, selon le degré d\u2019accommodations et par conséquent de concessions sur l\u2019Évangile.Pour certains, par exemple, la divinité de Jésus apparaîtra inacceptable à l\u2019homme critique d\u2019aujourd\u2019hui et donc elle devra être abandonnée (Hamilton, van Buren), à d\u2019autres elle apparaîtra comme le cœur indéracinable de la foi et de l\u2019espérance chrétienne et comme la seule affirmation de foi qui donne une espérance à l\u2019homme de tous les temps (Robinson, Altizer, Vahanian, Novak, etc.) Pour le premier groupe, l\u2019espérance en une vie éternelle apparaîtra comme une utopie dépassée, pour le second elle continuera d\u2019être un élément vital de leur compréhension religieuse du monde et de l\u2019homme.Si bien qu\u2019il faut distinguer deux niveaux de cette école de pensée: au premier niveau, le mouvement cherchera une purification et une correction de l\u2019image de Dieu, de la vie chrétienne et de l\u2019espérance, essaiera d\u2019éliminer les fausses localisations de la pensée religieuse et surtout les utilisations de Dieu pour combler les imperfections de notre connaissance scientifique (le Dieu \u201cqui comble les fissures\u201d, selon leur expression).Au second, la réflexion, aidée de la philosophie moderne du langage (Russell, Hare, Wittgenstein première manière, etc.), éliminera totalement l\u2019idée de Dieu, ou l\u2019identifiera totalement à l\u2019homme.C\u2019est en particulier le cas de van Buren (on lira une étude attentive dans l\u2019ouvrage cité de EL.Mascall).FEVRIER 1969 37 3.\tLambert et Bouchard et la mort de Dieu Dans ces perspectives, l\u2019ouvrage de Lambert et Bouchard se laisse difficilement situer.C\u2019est qu\u2019il se meut constamment du premier niveau au second; ils appelleront eux-mêmes leur ouvrage un \u201clivre d\u2019action\u201d (p.179), ce qui explique sans doute qu\u2019il s\u2019occupe à la fois de théologie radicale au niveau tout spécialement de van Buren, et de critique des erreurs de perspective concrètes dans la vie religieuse populaire de chez-nous.Il serait par conséquent tentant pour un théologien de suggérer que les auteurs auraient dû écrire deux livres, un sur leurs options théologiques de base et un second sur les correctifs qu\u2019il faut apporter à la vie chrétienne canadienne-française pour qu\u2019elle puisse être acceptable à l\u2019homme d\u2019ici après la révolution tranquille.Mais nous avons l\u2019ouvrage devant nous et il faut le prendre tel qu\u2019il est.Tel quel, il constitue une sorte d\u2019encyclopédie de la contestation religieuse moderne, un livre qui soulève presque à chaque paragraphe une question qui exige une réponse élaborée.Sur le plan professionnel, c\u2019est là une faiblesse: on n\u2019a pas le droit d\u2019être aussi \u201cchallenging\u201d sur des questions vitales sans fournir des preuves à l\u2019appui, surtout dans un ouvrage destiné à un public non-spécialisé.Je me propose ici d\u2019évaluer successivement: 1)\tla confession des auteurs dans les cinq premiers chapitres; 2)\tla description qu\u2019ils proposent du processus de la mort de Dieu dans l\u2019histoire; 3)\tleur présentation des diagnostics sur ce processus et des rapatriements de valeurs dans la sécularisation; 4)\tleur description de la foi séculière; 5)\tleur esquisse de l\u2019Église de l\u2019avenir.Je tenterai ensuite d\u2019évaluer l\u2019ouvrage et de montrer ses valeurs et les voies qui permettraient de sortir de ce que je considère comme insuffisamment analysé dans le livre.4.\tLa confession des auteurs et la théologie canadienne Une confession doit toujours être traitée avec respect.Celle-ci est franche.Elle ne cache pas que le livre impliquera une apologie constante (p.12).Elle est sereine aussi: il n\u2019y a guère que le titre qui soit en colère dans ce livre.Elle est surtout importante en ce qu\u2019elle nous révèle la base d\u2019expérience des deux auteurs: une jeunesse de pensionnaires dans nos séminaires d\u2019il y a 15 ans, dix années de formaion religieuse, cinq (pour l\u2019un des auteurs,) sept ans de vie sacerdotale dans la pastorale scolaire d\u2019un collège de chez-nous.Ceci constitue une zone précise d\u2019expérience dont il faut sans cesse tenir compte en lisant le livre: l\u2019homme moderne directement rencontré dont il sera question est d\u2019abord et essentiellement l\u2019homme de Jonquière, surtout l\u2019adolescent, et sans doute aussi le collègue dans l\u2019enseignement.La problématique vécue sera donc celle qui provient d\u2019un milieu industriel très éveillé de chez-nous, une des formes de ce qu\u2019Ernest Gagnon appelait \u201cl\u2019homme d\u2019ici\u201d.38 À ce moment, les auteurs nous le disent nettement (pp.31-32), apparaissent les théologiens de la mort de Dieu.Si les questions proviennent de Jonquière, les réponses proviennent très largement des U.S.A.et d\u2019Angleterre.Ce fait ne les rend nullement négligeables, mais exige un traitement à part, différent de celui de l\u2019expérience directe.Il ne peut évidemment pas être question de juger une confession; on l\u2019accueille.Mais je crois qu\u2019elle suggère une réflexion sur la théologie canadienne: le livre nous fait prendre plus vivement conscience que les questions s\u2019accumulent plus vite chez-nous que les réponses et les voies de progrès.Si bien que nous devons importer les réponses dans la plupart des cas, avec tous les risques de l\u2019importation dans ce cas; un livre se situe dans une tradition et dialogue avec un milieu, si bien qu\u2019il n\u2019offre de vraie réponse, ou même de vraie tentative de réponse, que dans le milieu d\u2019où il provient.À moins qu\u2019on n\u2019importe en même temps tout un contexte qui ferait voir les points où des malentendus se produisent.Il y a ici une invitation à l\u2019étude.5.\tLe processus historique de la mort de Dieu Après le credo qui termine la confession et qui déjà résume tout le livre, et le résume mieux en fait que la conclusion explicite de l\u2019ouvrage, nous abordons une longue section qui relève surtout de l\u2019histoire des religions.On nous y montre que depuis les débuts de l\u2019histoire, trois phases fondamentales ont été parcourues: l\u2019âge des dieux, depuis les débuts de l\u2019histoire (concrètement, depuis la moitié du quatrième millénaire avant Jésus-Christ), l\u2019âge de Dieu, ou du monothéisme, depuis le 6ème siècle av.J.-C., et enfin l\u2019âge de l\u2019homme, depuis la Renaissance et surtout depuis le 20ème siècle.Cette démonstration s\u2019appuie sur le parallélisme des structures sociales et de la pensée religieuse; les structures sociales elles-mêmes dépendent de la plus ou moins forte liaison entre la nature et l\u2019homme.Il y a donc dépendance totale de l\u2019homme par rapport au cosmos depuis les débuts de l\u2019humanité jusqu\u2019au 6ème siècle av.J.-C., libération progressive à travers la société impériale, qui accompagne l\u2019urbanisation et la naissance du commerce, libération accélérée dans le monde des techniques et de la démocratie depuis le 20ème siècle.À ces types de structure religieuse correspondent trois types de foi: foi primitive, foi impériale, foi séculière.Et naturellement aussi trois types de communauté ou d\u2019Eglise: communauté familiale primitive, Eglise impériale, Eglise-forum séculière.Cette description du processus historique est très élaborée (pp.65-99) et qualifiée de diagnostic nouveau.Il faudrait nuancer cette qualification.Cette synthèse était faite déjà à la fin du 19ème siècle; elle est dans Feuerbach, dans Marx, d\u2019une certaine façon dans Hegel; elle a été reprise à l\u2019intérieur de l\u2019école de l\u2019histoire des religions, chez Schleiermacher, Ritschl, chez des sociologues de la religion comme Lods, chez des experts de la pensée religieuse grecque, comme Gilbert Murray et Jane Harrison.Par exemple, l\u2019œuvre entière d\u2019un croyant engagé comme Christopher Dawson est centrée sur ce schéma et s\u2019en RELATIONS accommode parfaitement à l\u2019intérieur de la foi (The Age of the Gods, 1933; Progress and Religion, 1938; Religion and the Rise of Western Culture, 1950).Et ce qu\u2019il faut souligner, c\u2019est que ce schéma est normal et ne pose aucun problème ni aucune contradiction à l\u2019intérieur de la foi.Dans une saine perspective évolutive, la pensée humaine sur l\u2019Absolu doit suivre le processus de la conquête du monde.Les forces qu\u2019on expérimente comme contrôlant l\u2019activité humaine (terre, ciel, soleil et lune, plus tard les astres lointains, etc.) sont senties comme localisation de l\u2019absolu.Quand ensuite l\u2019autorité centralisée se révèle utile à la survie et au progrès du groupe, il est également normal qu\u2019on sente plus vivement l\u2019urgence d\u2019un monothéisme.Et enfin, lorsque le progrès des techniques élargit le domaine que l\u2019homme contrôle, il est normal que les fausses localisations de Dieu et de son action soient éliminées.Ceci dit, il faut cependant remarquer que le schéma, même normal, ne s\u2019applique pas aussi bien que l\u2019on pourrait croire; ainsi, le monothéisme hébreu est déjà démontrable au 13ème siècle avant J.-C., dans une société qui n\u2019a pas d\u2019autorité impériale, et non pas seulement au 6ème siècle.Mais ce qui fait le plus de difficulté dans cetfe section de l\u2019ouvrage est le saut dans le 3ème âge, celui de l\u2019homme.L\u2019âge de Jésus-Christ est inclus tout simplement dans l\u2019âge de Dieu, sans qualification précise (pp.75-79).Or, depuis les débuts de la recherche historique sur le christianisme, et de façon renouvelée depuis Karl Barth, on a de plus en plus sou1 igné que la venue de Jésus marque la fin d\u2019un certain type de religion.Barth lui-même a souvent répété qu\u2019il serait souhaitable de ne pas appeler le christianisme une religion, pour éviter les malentendus; pour lui, le christianisme introduit un nouveau tyve d\u2019existence, et non pas une façon nouvelle de louer ou de servir Dieu.Il faut regretter ici que les auteurs, qui ont accepté largement les thèses des théologiens de la mort de Dieu, et spécialement celles de van Buren, n\u2019aient pas senti davantage le besoin d\u2019importer la pensée de Barth, qui serait indispensable pour interpréter les théologiens dont ils importent les conclusions.Si Lambert et Bouchard l\u2019avaient fait (la dogmatique de Barth est traduite en français et en anglais), je crois qu\u2019ils auraient été amenés à une analyse très différente des débuts de l\u2019âge de l\u2019homme: ce n\u2019est pas à la Renaissance, ni au 20ème siècle, que l\u2019âge de l\u2019homme commence dans la pensée religieuse, mais bien avec Jésus-Christ.Que des résidus tenaces, et parfois nocifs, de la pensée impériale soient rentrés dans le christianisme est évident; mais ce n\u2019est pas par un renversement simpliste de toutes les valeurs qu\u2019on peut les éliminer.À cette occasion, il faut vraiment regretter des affirmations indémontrables et même contredites par l\u2019ensemble de la recherche sérieuse du dernier siècle et du nôtre; ainsi, au sujet de l\u2019influence de la pensée grecque sur la première pensée chrétienne (p.76): il est actuellement indémontrable, sur le terrain même de l\u2019histoire des religions, que l\u2019affirmation de Jésus comme incarnation du Verbe est d\u2019origine grecque, ni l\u2019idée de Trinité, ni la théologie de la grâce et du péché, ni l\u2019idée de vie éternelle contre-distinguée de celle d\u2019immortalité de l\u2019âme.Nous rencontrons ici des faiblesses d\u2019information sérieuses; même Rudolph Bultmann, pourtant si radical dans certaines de ses pages, n\u2019accepte jamais des simplifications aussi radicales.Nous souhaiterions vivement que les auteurs continuent ici leur recherche; sans vouloir fournir ici une documentation complémentaire, l\u2019ouvrage de E.L.Mascall, cité auparavant, contient une excellente discussion.Mais il faut en venir au point décisif.Dans le credo qui termine la confession (p.40), la divinité de Jésus a été mise en doute, sinon niée.Cette question capitale revient en position-clé (pp.115-118 surtout).La position des auteurs semble nette: pour eux, cette affirmation de la divinité de Jésus provient de l\u2019influence de la pensée hellénique sur la première Église, alors que Jésus lui-même n\u2019aurait pas préfendu être Dieu.Cette position se retrouve, avec des modalités diverses, chez Paul van Buren et W.Hamilton, qui partent tous deux de bases philosophiques dont on ne trouve aucune trace chez Bouchard et Lambert.La philosophie anglo-saxonne du langage, au moins dans une de ses phases contemporaines (Wittgenstein première manière, Hare, etc.), ne permet pas d\u2019éfendre le langage et sa signification au-delà de ce qui est vérifiable par l\u2019observation, et par conséquent ne permet ni à ces auteurs ni à van Buren d\u2019admettre que Jécus lui-même, et à plus forte raison les apôtres, ait pu parler de Dieu de façon significative.Si bien qu\u2019il faudra conclure, au nom d\u2019une limitation de méthode, aue des affirmations bibliques antérieures mêmes à saint Paul sur la divinisé de Jésus ne peuvent pas avoir de sens (cf.Rom 10,9; 1 Cor 12,3; Col 1,19; 2,6.9; Act 10,36 rattaché à Deut 10,17; etc.).Nous venons en fait de rencontrer le \u201cpoint of no return\u201d dans l\u2019ouvrage que nous lisons.Quand ils nous disent \u201cnous ne savons pas d\u2019où vient ce Notre Seigneur\u201d (p.40), malgré des affirmations en sens opposé déjà en milieu sémitique avant les années 50 ap.J.-C., et donc avant l\u2019influence hellénique des Églises de Paul, ils nous disent qu\u2019ils ont abandonné, au nom d\u2019une base philosophique qui n\u2019est pas la leur, la présence de l\u2019Absolu en Jésus.À partir de ce point, la mort de Dieu devient non seulement possible, mais recommandable.Il ne reste plus qu\u2019une religion de l\u2019homme, un humanisme et un sécula-risme.qui en fait n\u2019est qu\u2019une morale.Je regrette ici que Lambert et Bouchard n\u2019aient pas davantage étudié APizer, qu\u2019ils citent pourtant comme une de leurs sources (p.32); ils auraient au moins abouti au modahsme, ce qui est déjà un progrès par rapport à leur svnthèse actuelle.Pour Altizer, Dieu est mort, mais précisément parce qu\u2019il s\u2019est \u201cvidé\u201d en Jésus, si bien oue la seule existence de Dieu est dorénavant Jésus et l\u2019Église qui est une avec lui (Phil 2.7 est ici radicalisé, aux dépens sans doute du reste de l\u2019Évangile).Ceci constaté, il ne reste qu\u2019une coupe transversale très mince de la pensée de Jésus dans le livre de Lambert et Bouchard; ils pourront dire des choses très pertinentes, et que nous écouterons avec soin, mais leur option a éliminé tellement de réalité que l\u2019homme, croyant ou non, n\u2019y trouve plus d\u2019explication véritable de lui-même.Éton- FEVRIER 1969 39 namment, à Ja fin du livre, une série de valeurs seront récupérées, mais de façon intellectuellement inexplicable: ce sont des valeurs chrétiennes que les auteurs vivent toujours, même si leur démarche intellectuelle les a superficiellement, et, je crois, provisoirement, abolies.Le même phénomène se retrouve chez van Buren.Il y a là une voie de progrès pour leur recherche, et je souhaite qu\u2019ils continuent de nous la communiquer, malgré le ton définitif de leur abandon au début de leur nouvelle carrière (p.11): des hommes intellectuellement exigeants ne peuvent fermer un domaine entier de la pensée au milieu de leur existence.6.Diagnostics et rapatriements Car je crois que certains domaines ont été relativement peu explorés par eux.Je songe par exemple à leur description des divers diagnostics portés sur la situation présente.Le diagnostic des réformistes (pp.58-62), qui est le diagnostic de ceux qui demeurent dans la foi et tentent de vivre en hommes modernes sans fermer de portes à l\u2019espérance critique, est bien sommairement esquissé: \u201cSur ce terrain, il faut bien l\u2019avouer, nul ne détient de certitudes absolues\u201d (p.59).Nous ne trouvons, par exemple, que quatre noms de témoins: Liégé, Congar, Schille-beeckx et Grand\u2019Maison.On aurait aimé trouver à côté de ces noms ceux d\u2019autres réformistes plus engagés encore dans la perspective propre à Lambert et Bouchard, en particulier ceux de Karl Rahner (Écrit théologiques, etc.), Jean-Baptiste Metz (Anthropologie chrétienne, etc.), Jean Mouroux (L\u2019expérience chrétienne), et surtout une plus précise attention à Gaudium et Spes.La description de ce que Lambert et Bouchard appellent les \u201crapatriements\u201d (pp.79-96) suggère la même observation.Elle est bien faite, meilleure même, à mon avis, que celle de Harvey Cox.Elle montre successivement les domaines où la science moderne a éliminé de fausses localisations de la pensée religieuse: rapatriement de l\u2019univers par les sciences exactes.Ici, les auteurs passent malheureusement sous silence la question de la création; ils ne nous diront jamais clairement si, oui ou non, pour eux le monde est créé.Il faudrait bien que dans une œuvre subséquente ils s\u2019en expliquent et nous offrent une explication convaincante de l\u2019origine du réel, du mouvement évolutif tout spécialement.S\u2019ils se refusent à le faire, leurs observations sur la prise en main du cosmos par l\u2019homme sont bonnes, mais elles demeurent totalement détachées d\u2019une sécularisation radicale comme ils la préconisent.Vient ensuite le rapatriement de l\u2019âme par la psychologie.Nous y trouvons de très bonnes observations, dont tout croyant moderne doit être conscient.Mais en même temps, on ne nous montre pas ce qu\u2019est pour les auteurs la personne humaine; je renvoie simplement à Karl Stern, par exemple, pour une démonstration plus croyable de la purification de la pensée religieuse par une psychologie soigneusement appliquée.Les deux rapatriements décrits ensuite sont ceux de l\u2019histoire par les sciences humaines et de la responsabilité par la société démocratique; tous deux sont bien observés, mais ici encore nous sommes au niveau de l\u2019immédiat, sans que rien de radical soit touché.Les auteurs ne nous diront pas comment ils réconcilient, ou voient que les sciences réconcilient, l\u2019espérance toujours croissante de l\u2019espèce humaine, espérance qu\u2019ils partagent, et l\u2019espérance de la personne dans cette histoire de la collectivité humaine.Le reproche de \u201csupranaturalisme\u201d, qu\u2019ils font à ceux qui pensent encore à la destinée éternelle de la personne humaine, est fondé, s\u2019il suscite une évasion ou un affaiblissement de la responsabilité; mais il porte à faux s\u2019il exige plus qu\u2019une purification de la pensée croyante; on ne guérit pas un simplisme par un simplisme inverse.Le rapatriement suivant, celui de la culture par la mort de la philosophie me semble peu profondément abordé; je dis \u201cme semble\u201d parce que je ne suis pas professionnellement philosophe; mais les points que je connais mieux, comme par exemple le mystère du mal et de la souffrance (p.92), dans les quelques lignes qui lui sont consacrées, n\u2019est vraiment pas sérieusement traité.La même observation vaut pour le rapatriement de la liberté par la morale immanente et le rapatriement du quotidien par la vie urbaine: nous y trouvons des critiques saines, mais que, par exemple, \u201cla morale apprend donc elle aussi à se passer de Dieu\u201d ne découle pas des réflexions, saines par ailleurs, qui ont été faites; nous attendons ici qu\u2019on fonde la morale sur autre chose que sur une nouvelle mythique inexprimée.Ici, les auteurs auraient dû plus soigneusement lire Vahanian et Cox, qui font partie de leurs sources, et qui pourtant arrivent sur le même point à des conclusions beaucoup plus prudentes.Sur les deux points que nous venons d\u2019examiner, diagnostics et rapatriements, il me semble donc qu\u2019il faut porter un double jugement: ces points importants, car ils constituent la base de faits observés qui normalement devraient porter les conclusions qui sont à venir, sont bien observés d\u2019une part, mais n\u2019appuient pas d\u2019autre part les conclusions.Quand l\u2019existence humaine tout entière et son sens sont en jeu, une démarche plus rigoureuse s\u2019impose ou du moins des conclusions plus prudentes.Nous avons par ailleurs constamment trouvé des conclusions utiles mais qui dépassent considérablement la base de faits qui les supporte.7.Qu\u2019est-ce qu\u2019une foi séculière?Arrivés ici (pp.101-119), nous sommes déjà engagés très loin dans les options des auteurs.On pourrait a priori prévoir que cette description de la foi séculière s\u2019écartera encore davantage.Cependant, la situation se présente de façon plus complexe.D\u2019abord, nous rencontrons le langage de la foi.Cette section n\u2019est pas originale, mais s\u2019inspire de van Buren, qui, comme nous l\u2019avons déjà remarqué, s\u2019appuie, et assez rigoureusement, sur la philosophie du langage, spécialement sur la \u201cBlik philosophy\u201d de Hare (une langue sans analogie ne peut plus parler de Dieu).Mais à partir de ce point, Lambert et Bouchard s\u2019engagent dans une voie jusqu\u2019ici imprévisible.Nous sommes relatifs, vivons le relatif et n\u2019en sortons pas.Mais devant l\u2019énigme de la vie, nous devons opter entre une aventure humaine pleine ou vide (p.104); si nous optons pour le vide et l\u2019absence de signification, nous optons pour l\u2019in- 40 RELATIONS croyance; si au contraire nous choisissons de conférer à la vie un sens, nous avons la foi.À ce moment, on opte pour l\u2019homme, pour \u201cDieu passé dans l\u2019homme\u201d (p.108) et qui s\u2019appelle maintenant l\u2019homme tout simplement.En même temps, on refuse de considérer ce Dieu immanent comme une personne et on met entre parenthèses la vie éternelle, tout en admettant qu\u2019\u201cil nous apparaît que l\u2019homme est, d\u2019une façon impossible à définir, immortel\u201d (p.110).La conclusion sera que \u201cla foi séculière, c\u2019est donc la foi en l\u2019homme, la prise au sérieux sans restriction de l\u2019homme, de la cité, de l\u2019histoire\u201d (p.112).Nous retrouvons donc ici le besoin d\u2019une foi.Mais ici encore nous sommes déçus de ne pas trouver de position claire.L\u2019influence de van Buren et Hamilton se fait sentir d\u2019une part, mais aussi celle de Altizer.Et il est impossible de dire si on a opté pour l\u2019un ou pour l\u2019autre.Si on a opté pour van Buren, la foi est purement foi en l\u2019homme et on ne peut savoir si l\u2019espérance en une immortalité est immortalité de l\u2019espèce humaine ou de la personne.Si on a opté pour Altizer, nous sommes en plein modalisme, mais il demeure une réalité de Dieu.Et alors ce qui nous est présenté comme foi séculière, seule adaptée à l\u2019homme moderne, est la foi du \u201ctroisième homme\u201d, celle que décrit le paragraphe 16 de la Constitution conciliaire sur l\u2019Église, en parlant de ceux qui n\u2019ont pas encore entendu le message de l\u2019Évangile et \u201ccherchent le Dieu inconnu .et s\u2019efforcent de mener une voie droite\u201d.Ceci a tout de même une valeur.Mais ce qui fait difficulté, c\u2019est d\u2019en faire une situation normale et même meilleure.Et il est dommage que les auteurs ne nous offrent pas ici une explicitation de la base philosophique sous-jacente à cette option; en fait, en comparant leur texte à ceux de Altizer et van Buren, on doit constater que cette base est dans Hegel (voir par exemple Christian Atheism, de Altizer, pp.63-69 et 88-89), et plus spécialement dans sa Phénoménologie de l\u2019esprit.Ici encore, il est dommage que Lambert et Bouchard importent des conclusions sans nous fournir la base qui, semble-t-il, les supporterait.Quand ils affirment ensuite (p.112-119) que cette foi séculière est encore une foi chrétienne, et donc une foi en Jésus, ils nous offrent forcément un des plus faibles chapitres de leur livre.Ils tentent d\u2019abord de montrer une sécularisation à l\u2019œuvre déjà dans la Bible; en cela, ils ont raison, à la suite de Cox: l\u2019Ancien Testament déjà élimine largement le mythe, ne l\u2019utilisera qu\u2019à l\u2019état brisé (\u201cbroken myths\u201d, selon l\u2019expression de John L.McKenzie).Ce qui est dommage, cependant, c\u2019est qu\u2019arrivés à Jésus (p.115) la démythisation est appelée \u201cconfusion\u201d (\u201ccette confusion ou démythification s\u2019accentue encore avec Jésus\u201d).Si bien que la conclusion sera à la fois orientée correctement et arbitraire dans son extension.Après nous avoir raconté de nouveau, sans nouvel élément de preuve, comment l\u2019Église primitive a remythifié Jésus en le déclarant Dieu, après avoir admis que certaines paroles de Jésus prêtaient flanc à cette tendance (p.116), on dira: \u201cCe qu\u2019il y a de significatif pour l\u2019homme séculier dans le christianisme, nous semble-t-il, c\u2019est précisément sa démythi- FÉVRIER 1969 fication religieuse, son insistance à détourner l\u2019homme de tout mythe, de toute religion et de toute théologie rassurante, pour le tourner vers une pauvreté, une disponibilité, une responsabilité humaine, une foi dans l\u2019histoire et une qualité d\u2019amour inconditionnels.C\u2019est un rapatriment de Dieu dans l\u2019action et l\u2019histoire humaine, une foi dans le sérieux inépuisable de l\u2019existence.A notre avis, ce sont ces aspects du christianisme qu\u2019il faut retenir et laisser aller ce qui relève des schèmes primitifs ou impériaux dans lesquels est encore structuré le christianisme officiel.C\u2019est ce que signifie une approche historique du christianisme\u201d (p.117).Cette conclusion est parallèle à celle de van Buren.Dans van Buren elle est appuyée sur une philosophie, celle qui se refuse à trouver un langage sensé s\u2019il ne s\u2019applique pas à des objets immédiatement présents et observables dans notre expérience du monde.Chez Lambert et Bouchard, nous ne trouvons aucune justification autre que \u201cnous semble-t-il\u201d et \u201cà notre avis\u201d.Dans une situation aussi vitale pour la structure de leur livre, il semble évident qu\u2019on attendrait davantage.S\u2019il faut faire un tri dans les données claires de l\u2019Évangile, et même au niveau de ce que la recherche contemporaine considère comme venant directement de Jésus, il faut fournir des critères de choix et tenter de les justifier.Nous attendons cette justification d\u2019ouvrages ultérieurs de Lambert et Bouchard.Un paragraphe suit, concernant la Résurrection de Jésus (p.118): \u201cNous ne voulons pas entrer dans les problèmes complexes que posent la Résurrection et quelques autres récits d\u2019événements miraculeux de la vie de Jésus.Dans le contexte d\u2019une réflexion aussi élargie que celle que nous avons adoptée, ce genre de problème nous semble beaucoup moins fondamental qu\u2019il ne paraît aux hommes d\u2019Église\u201d.Ici encore, on aimerait une pensée nette: quand on songe que la recherche actuelle la plus critique, même chez des historiens non-croyants, arrive jusqu\u2019à l\u2019historicité du tombeau vide (qui, bien sûr, n\u2019est pas la même chose que l\u2019affirmation de la résurrection de Jésus), et qu\u2019on constate que de l\u2019avis des meilleurs experts de l\u2019analyse littéraire du Nouveau Testament, la référence à la résurrection fait partie de la plus ancienne couche de rédaction évangélique, celle des récits de la Passion, qu\u2019elle a donc été présentée, et sous forme écrite, à des contemporains de Jésus et des apôtres sans susciter de polémique ni donner naissance au moindre culte d\u2019un tombeau de Jésus qui contiendrait toujours son corps, alors on se met à regretter que Lambert et Bouchard, même dans un contexte de réflexion \u201célargie\u201d, négligent autant ce paragraphe.Car malgré l\u2019élargissement de la réflexion, il s\u2019agit toujours de deux choses vitales pour l\u2019homme: d\u2019abord, est-ce que l\u2019homme est personnellement éternel en avant ou non ?et ensuite, est-ce que Jésus est Dieu ou s\u2019il n\u2019est qu\u2019un symbole humain chargé de sens ?Dans ce contexte, Jésus sera comparé à René Lévesque (p.155); il y a là un aspect exact, et que sans doute René Lévesque ne désavouerait pas: le caractère messianique des deux existences comparées, la réponse à des espérances de l\u2019homme.Mais le salut apporté se situe, dans les deux cas, à des niveaux différents.En fait, tout le problème s\u2019est déjà joué lorsque dans le credo de la page 40 la divinité de Jésus a été mise de côté.Depuis 41 lors, nous évoluons à travers une anthropologie stimulante, mais partielle, dans laquelle la foi vécue des auteurs ramène occasionnellement des fragments authentiquement chrétiens.8.L'Église séculière Sur la base que nous venons d\u2019examiner, nous entreprenons une critique de l\u2019Église et une description de son avenir (pp.123-172).La critique est centrée sur une notion connue: l\u2019Église impériale.La notion est ancienne, mais elle est renouvelée ici par une observation aiguë de l\u2019Église canadienne.Cette Église post-constantinienne a progressivement assumé les traits de l\u2019empire romain, a souvent identifié inconsciemment sa hiérarchie à la communauté entière, s\u2019est peu préoccupée du respect de la liberté, a parfois accumulé les devoirs et les obligations au-delà de ce que souhaitait Jésus.Il y a beaucoup à prendre dans cette image accentuée, dessinée d\u2019une main où il y a peu de tendresse, et que ses auteurs appellent une caricature.Beaucoup des éléments qui rendent moins acceptable l\u2019image du Christ dans l\u2019Église de chez nous sont une fois de plus dévoilés; et nous saurons en faire notre profit.Mais en même temps il faut bien constater que, sur la base déjà posée, où Jésus n\u2019est plus celui pour qui le monde a été fait et par qui l\u2019homme trouve son sens, il est impossible de rien reconstruire qui soit meilleur que cette structure si vulnérable à la critique.Beaucoup de traits de l\u2019Église-forum qui est décrite seront chrétiens; mais ce n\u2019est qu\u2019accidentellement, surtout à travers la réintroduction non-logique d\u2019éléments chrétiens conservés vitalement par les auteurs.Que cette Église-forum, sous une forme ou l\u2019autre, soit viable, cela est possible (David Stanley montrait dans un récent article de Catholic Biblical Quarterly qu\u2019une forte démocratisation des structures peut être supportée même par des textes de Paul), mais les traits qu\u2019on lui attribue: plus préoccupée de l\u2019homme que de Dieu, ne prétendant pas avoir réponse à tout, efficace, libre sur le plan moral, possédant une foi inductive et sans dogme, démocratique, accueillante à tous, anonyme, a-religieuse, tous ces traits ne pourront être chrétiennement qualifiés qu\u2019une fois réintroduite la signification cosmique absolue de Jésus, homme et Dieu.Cette Église-forum des hommes responsables décrit certainement un aspect de l\u2019Église qui est à se faire dans l\u2019après-concile, qui sera de moins en moins impériale et de moins en moins \u201cmère\u201d au sens péjoratif que donnent constamment les deux auteurs à ce mot.Mais son rôle d\u2019animation de la terre des hommes (ici Lambert et Bouchard citent avec bonheur l\u2019épître à Diognète: christiani anima mundi, les chrétiens sont l\u2019âme du monde) ne sera pas le fait de chrétiens sans credo, de chrétiens anonymes, ni de chrétiens sans culte, mais d\u2019authentiques témoins du Christ qui acceptent que la foi soit coûteuse.Que la tolérance doive s\u2019élargir considérablement, que le chrétien anonyme puisse plus qu\u2019à présent se sentir chez soi dans l\u2019Église, même s\u2019il ne s\u2019engage que minimalement et accueille une foi confidentielle qui ne lui coûte, vitalement, rien, que l\u2019influence ou l\u2019autorité du clergé et des religieux doive aller diminuant, tout cela me semble prévisible, normal et fécond.Mais dans la complexité croissante de notre aventure d\u2019hommes, il serait étonnant qu\u2019une structure aussi falote que celle de l\u2019Église-forum décrite ait des chances de s\u2019établir, de survivre, et de servir l\u2019homme.Je ne crois pas nécessaire d\u2019ajouter des réflexions sur le processus \u201cpour éviter les massacres\u201d (pp.175-192), ni sur les quatre réformes urgentes proposées en conclusion (pp.195-197).Beaucoup des observations faites ici sont justes et méritent toute l\u2019attention des chrétiens, mais sont en même temps compromises par l\u2019option faite auparavant contre la divinité de Jésus.Les quatre réformes immédiates proposées (1.suppression de l\u2019obligation du célibat sacerdotal; 2.suppression du caractère obligatoire du culte dominical et autre; 3.suppression de la propriété ecclésiastique; 4.suppression des mesures de contrôle sur la doctrine, le mariage et les engagements par vœu) sont toutes certainement possibles (elles relèvent toutes de la discipline ecclésiastique), probablement souhaitables (à des degrés divers pour chacune) et se réaliseront dès que les chrétiens en forte majorité les désireront; je songe par exemple à des referendums de type suisse, où s\u2019exprimerait vraiment la pensée du peuple de Dieu, après information et réflexion.9.Conclusion Nous avons constaté au cours de l\u2019analyse une série de faits: l\u2019ouvrage a le mérite de regrouper, et en français, une grande partie des réflexions des auteurs américains et anglais du groupe de la mort de Dieu.11 les isole malheureusement, dans la plupart des cas, de leur base philosophique et théologique plus profonde.Il a aussi le mérite de se fonder, pour poser ses questions, sur l\u2019expérience concrète de la vie dans l\u2019Église du Québec, et il apporte ici de très utiles réflexions, qui devront être entendues de tous.Quand je regarde maintenant l\u2019ensemble, j\u2019avouerai qu\u2019il m\u2019apparaît comme une théologie pour un jeune adulte en bonne santé, relativement prospère.En d\u2019autres termes, comme une théologie qui ne rend compte que d\u2019une partie de l\u2019expérience humaine, qui ne résiste pas au choc de la pauvreté, de la souffrance, de la vieillesse ni de la mort.L\u2019espérance humaine au niveau de l\u2019espèce n\u2019est pas réconciliée avec l\u2019espérance de la personne.Et donc une théologie comme celle de Lambert et Bouchard ne peut se tenir que dans le sillage du christianisme réel, tout comme Tunitarianisme, qui est d\u2019ailleurs la véritable classification technique de ce type de pensée.Car de plus elle réintroduit subrepticement les valeurs chrétiennes auparavant niées, mais dont le besoin est momentanément senti.Je ne voudrais pas que les auteurs considèrent comme un reproche négatif, mais plutôt comme un éloge, la phrase qui me semble le mieux résumer mon jugement d\u2019ensemble: ils valent mieux que leurs idées.Ou si l\u2019on veut, ils vivent encore plus de christianisme que leur pensée claire n\u2019en accepte.Devant me classer moi-même dans la catégorie des \u201créformistes au diagnostic généreux\u201d, j\u2019avoue être sympa- 42 RELATIONS thique à l\u2019expérience des auteurs.Ce sont vraiment des hommes chrétiens de chez nous, qui ont beaucoup souffert et le disent; ils ont dû passer d\u2019une théologie de manuels pré-conciliaires à la grande contestation des théologiens de la Death of God Theology et à la non moins grande contestation de la jeunesse canadienne-française en révo- lution plus ou moins tranquille.Ceci est une expérience terrible, que tout théologien, même réformiste, ressent et doit respecter, même lorsqu\u2019il doit se dissocier franchement d\u2019une option qui tronque radicalement la signification de l\u2019homme en abandonnant la réalité de Dieu et de l\u2019Église en Jésus-Christ.LE BILL 85 ET LE PROBLÈME OES LANGEES AE QUÉBEC François Gauthier Le problème des langues au Québec n\u2019est pas nouveau.Un projet de loi récent, le bill 85, présenté par le gouvernement de l\u2019Union Nationale, n\u2019aura contribué qu\u2019à le mettre encore un peu plus en lumière.Actuellement, on sait que le fameux bill 85 n\u2019a pas encore été approuvé par la \u201cnouvelle\u201d Assemblée nationale du Québec.On sait aussi que la Commission Gendron est en train d\u2019examiner plus à fond non seulement ce projet mais aussi le problème général des langues au Québec.Le problème des langues au Québec est intéressant pour plusieurs raisons.D\u2019abord, parce qu\u2019on en parle déjà depuis plusieurs années; en second lieu, parce que la majorité des députés québécois, aussi bien ceux de l\u2019Union Nationale que ceux du parti libéral, semblaient d\u2019accord avec les principes contenus dans ce bill.Enfin, ce problème des langues du Québec intéresse parce qu\u2019il concerne la qualité et la nature du développement futur du Québec.Examinons ces trois raisons qui font actuellement du problème des langues l\u2019un des plus controversés.Un vieux problème Une langue se construit lentement.De plus, son rythme de développement dépend beaucoup, d\u2019une part, du degré de son utilité à l\u2019intérieur d\u2019une société donnée, et, d\u2019autre part, de la capacité de création de la société où elle est utilisée.Ainsi, la langue doit d\u2019abord servir de moyen de compréhension et de communication entre les individus et entre les groupes.Ainsi, elle favorise la mobilité verticale, c\u2019est-à-dire les possibilités de promotion au sein d\u2019une société puisqu\u2019elle constitue une sorte de dénominateur commun.En plus, une langue doit être un instrument de création et de pensée.Pour cela, il est essentiel non seulement que le désir et la capacité de création soient élevés mais aussi qu\u2019il existe des facteurs suffisamment nombreux et importants pour qu\u2019une langue donnée soit l\u2019instru- NDLR.Sur ce délicat problème des langues au Québec, nous publions un premier point de vue: celui d\u2019un économiste, professeur à la Faculté d\u2019Administration de l\u2019Université Laval.Nous aurons bientôt l\u2019occasion de revenir sur le sujet.ment de cet effort créateur.En d\u2019autres termes, il existe une sorte de causalité circulaire entre l\u2019utilité d\u2019une langue dans les divers domaines de l\u2019activité humaine et son degré d\u2019utilisation dans les domaines de la création, de la recherche et aussi dans les centres de décision importants qui orientent le devenir d\u2019une société.La coupure profonde et prolongée du Québec d\u2019avec la France au cours des deux cents dernières années, la faible participation des Canadiens d\u2019expression française au sein des centres de décision importants, surtout dans le domaine économique, le peu d\u2019importance accordée à la recherche dans le passé, l\u2019absence de motivations profondes qui auraient pu renforcer la langue française comme instrument de promotion sociale et économique, le fait de ne pas avoir toujours donné à l\u2019enseignement une grande importance, tous ces éléments constituent quelques raisons parmi plusieurs autres par lesquelles on explique souvent l\u2019état de la langue française dans notre milieu.Tous ces facteurs sont suffisamment sérieux pour qu\u2019on ait pu parler dans certains milieux d\u2019un état de crise de la langue française au Québec.Ainsi, en 1960, M.Paul-Gérin Lajoie, alors ministre du gouvernement québécois.Mais le problème de la langue n\u2019a pas retenu seulement l\u2019attention des hommes politiques.Beaucoup d\u2019observateurs ont remarqué ou déclaré qu\u2019il fallait faire quelque chose et que le gouvernement du Québec avait en ce domaine des capacités et surtout des responsabilités: représentant de la majorité au Québec, seul lieu au Canada où les Canadiens français constituent une société organisée et où ils peuvent raisonnablement utiliser leur langue quotidiennement, le gouvernement du Québec est censé établir des politiques et prendre des moyens susceptibles de corriger une situation que l\u2019on trouve justement pitoyable.Lors d\u2019une conférence prononcée en 1967 devant la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec, le professeur Yaccarini mettait bien en lumière les responsabilités qui adviennent au gouvernement du Québec en raison du processus accéléré et semble-t-il inexorable de minorisation des Québécois d\u2019expression française au Québec même: FÉVRIER 1969 43 Qui niera, par exemple, l\u2019importance, la tragédie quoditienne du problème de la langue ! J\u2019ai bien peur que sur ce problème l\u2019on ne soit en présence de ce dilemme inexorable: ou bien on opte définitivement pour un unilinguisme continental nord-américain, c\u2019est-à-dire un unilinguisme anglais, ou bien il faut admettre avec lucidité et fermeté non seulement le droit, mais l\u2019obligation pour l\u2019Etat québécois d\u2019intervenir de toute urgence afin de rétablir, dans les principes et dans les faits, non seulement la priorité du français, mais son exclusivité à tous les échelons de la vie politique et surtout économique.Dans la situation dans laquelle nous vivons au Québec, et il faut le dire tout haut, la liberté linguistique que suppose le bilinguisme officiel est un leurre.La liberté n\u2019a de sens que lorsqu\u2019elle se manifeste dans un cadre d\u2019égalité réelle.Inégalité et liberté ne peuvent aboutir qu\u2019à la négation de cette dernière.La suprématie de fait de l\u2019anglais au Québec, due surtout à l\u2019origine des capitaux qui y sont investis, fait, comme personne ne l\u2019ignore, qu\u2019au sein de l\u2019entreprise industrielle et commerciale, l\u2019anglais est la langue principale de travail, le seul pôle d\u2019attraction linguistique, non seulement pour l\u2019étranger qui vient résider au Québec, mais aussi pour le Canadien français lui-même.Cette réalité tragique, qui n\u2019est pas nouvelle au fond, n\u2019émerge au niveau des inquiétudes collectives que depuis peu de temps.Ce qu\u2019on appelle aujourd\u2019hui le processus de minorisation du peuple canadien-français au Québec même est trop vrai et trop évident et je ne crois pas nécessaire de vous faire part des témoignages et des opinions des sociologues, des démographes et des statisticiens sur ce sujet.Il incombe à l\u2019Etat québécois, puisque tout le monde admet qu\u2019il est l\u2019Etat et le gardien naturel de la nation canadienne-française et puisque la langue constitue un des principaux éléments constitutifs d\u2019une civilisation et d\u2019une culture, d\u2019adopter sans tarder une politique à long terme à cet effet, une politique de salut public qui devrait, cela va de soi, tenir compte des délais de transition nécessaires.Le fameux bill 85 Le bill 85 constituerait-il une réponse à l\u2019attente des Québécois qui veulent que la situation et les conditions générales de la langue française s\u2019améliorent au Québec ?Ce bill, on le sait, visait à garantir les droits de la minorité anglophone au Québec et, en particulier, à laisser aux parents la liberté de choisir la langue d\u2019enseignement de leurs enfants.Il suffit d\u2019un minimum de bon sens pour comprendre que ce projet de loi n\u2019aurait eu pour effet, à toute fin pratique, que de rendre légale une situation de fait, la possibilité qu\u2019ont déjà les immigrants de s\u2019intégrer et de s\u2019assimiler au groupe anglophone, que de favoriser la minorisation progressive des Québécois d\u2019expression française, et même l\u2019établissement et la disparition des facteurs qui font du français, au Québec et surtout à Montréal, une langue de plus en plus folklorique.Il est aisé de comprendre ce processus de minorisation.En effet, le pouvoir réside essentiellement dans la prise de décision; plus précisément, il appartient à ceux qui prennent des décisions aux centres importants de nos grandes institutions privées et publiques.Or, on sait presque intuitivement, par de nombreuses études déjà publiées (même par un communiqué de presse récent qui résumait une étude faite pour la Commission B.B.), que les Canadiens d\u2019expression française sont pratiquement absents des centres de décision importants, aussi bien dans les grandes sociétés industrielles et commerciales qu\u2019au sein de la fonction publique fédérale et des institutions fédérales qui s\u2019y rattachent, comme la Banque du Canada, la Banque d\u2019Exposition Industrielle, Polymer, etc.Le Canada est un pays où domine une petite élite 1 essentiellement d\u2019origine britannique; la mobilité verticale, disons la possibilité d\u2019accéder aux postes clefs, est limitée pour ceux qui n\u2019appartiennent pas déjà à cette élite.Ceci est également vrai même au Québec: la minorité numérique d\u2019expression anglaise constitue la majorité véritable; pour s\u2019en convaincre, il suffit de constater que l\u2019Assemblée nationale cherche d\u2019abord à protéger la minorité numérique.Il n\u2019est pas agréable d\u2019émigrer.Il faut pour le faire de bonnes raisons.Et, d\u2019une façon très générale, les immigrants choisissent un pays d\u2019accueil en fonction des perspectives d\u2019amélioration de leur bien-être matériel.Parce qu\u2019ils n\u2019ont pas la passion des langues, il va de soi qu\u2019ils prennent les meilleurs moyens pour améliorer leur situation économique.Pour arriver à cette fin au Québec, ils s\u2019intégrent naturellement et presque spontanément à la vraie majorité du Québec.En apprenant la langue anglaise, ils acquièrent un moyen de communication qui est en Amérique du Nord universellement compris et un moyen de promotion sociale et économique.Car ils viennent le plus souvent s\u2019établir en Amérique du Nord et non au Québec; les divisions administratives et juridiques ne les intéressent pas, comme en témoigne le nombre considérable de nos immigrants qui vont s\u2019établir aux États-Unis, là où les salaires, paraît-il, sont plus élevés qu\u2019au Canada.Si la région de Montréal était d\u2019une importance secondaire au point de vue économique et au point de vue de la concentration de la population d\u2019expression française du Québec, si le nombre d\u2019immigrants y était faible, s\u2019il n\u2019existait pas de grandes inégalités dans le partage du pouvoir de décision, si la majorité des Québécois d\u2019expression française était convaincue .qu\u2019elle doit viser à l\u2019excellence dans l\u2019utilisation de sa langue et si elle avait la motivation nécessaire pour utiliser cette langue dans tous les domaines de son activité, si, enfin, les Québécois d\u2019expression anglaise apprenaient le français (en plus de leur langue), le problème des immigrants n\u2019existerait pas et le bill 85 serait inutile.Mais aucune de ces conditions n\u2019est réalisée.Dès lors, on conçoit que ce bill soit inacceptable et qu\u2019il est indéfendable.En effet, les Québécois d\u2019expression anglaise ne sont aucunement menacés par le français: n\u2019ayant pas besoin du français pour gagner leur pain, ils pratiquent généralement un parfait unilinguisme anglais; d\u2019autre part, les Québécois d\u2019expression française doivent être bilingues, c\u2019est-à-dire être en mesure pour se faire comprendre de parler anglais.Quant aux immigrants, ils font généralement comme la minorité d\u2019expression anglaise.Une politique rationnelle des langues Nous nous limitons ici au territoire du Québec.En effet, le problème des langues au Canada est un faux problème; il n\u2019existe que dans l\u2019esprit de quelques politiciens qui refusent de voir les vrais problèmes d\u2019une façon prospective, et chez les moins jeunes.Le Canada, il faut bien se rendre à l\u2019évidence, est un pays d\u2019expression 1.Voir par exemple: John Porter, \u201cThe Power Structure in Canadian Society\u201d, dans Revue de l\u2019Institut d\u2019Administration du Canada, vol.VI, no 2, (juin 1963), p.140.44 RELATIONS anglaise.Le fait français est essentiellement un fait régional, qui peut aisément échapper à l\u2019attention d\u2019un observateur quelque peu distrait qui viendrait au Canada et même à Montréal, comme beaucoup de visiteurs de l\u2019Expo ont pu le constater.L\u2019idée selon laquelle le Canada serait ou devrait être un pays bilingue et biculturel est affaire d\u2019illusions et manque de réalisme.Il semble inutile de parler de changer une telle situation car elle ne peut être changée.C\u2019est du moins ce qu\u2019en pense l\u2019économiste Pauline Jewett lorsqu\u2019elle déclare, dans un langage trop savoureux, que les forces de la centralisation et des grandes entreprises militent contre l\u2019épanouissement du français: Quebec alone has continued to resist this gradual erosion of provincial powers.She has refused to rent her tax rights to Ottawa (although she now accepts equalization payments); she has refused until very recently to enter the Trans-Canada highway agreement; she has cautioned her universities against accepting federal grants (although she has now made arrangements for the province to do so); she has until very recently declined the attractions of federal hospital insurance.She feels that her whole culture would be dwarfed by an English-speaking mapority, were she to succumb to the blandishments of Ottawa.Her fears are, no doubt, greatly exaggerated but there is substance to them all the same.Certainly the long-run trends on this continent are neither French nor Catholic.It is unlikely, however, that Quebec will long maintain her stand.The forces making for centralization \u2014 in public finance, in the growing interdependence of the economy, in the changing attitudes of big business are just too strong.Even the courts have been disposed, on the few occasions that they have been called upon, to view federal powers in a more favourable light.And it is entirely possible that they will continue to do so.2 Dans le même ordre d\u2019idée, M.Bennett, premier ministre de la Colombie Britannique, un des rares chefs d\u2019État canadiens à dire ce qu\u2019il pense vraiment, déclarait récemment qu\u2019il ne voulait pas, dans sa province de citoyens de deuxième ou de troisième classe, de minorités françaises ou d\u2019autres types de minorités.M.Bennett a raison, tant il est évident que les citoyens de cette province n\u2019ont besoin que de la langue anglaise pour s\u2019épanouir pleinement dans ce milieu.D\u2019ailleurs, les jeunes ne le contestent pas, comme en témoigne leur assimilation rapide dans cette province.À l\u2019automne 1967, M.Bennett disait encore au sujet des Canadiens français du Québec: \u201cLeurs hommes politiques provinciaux et fédéraux, leurs étudiants universitaires et leurs professeurs les ont trompés au sujet de leurs problèmes réels.S\u2019ils veulent élever leur niveau de vie en Amérique du Nord, il faut qu\u2019ils parlent anglais\u201d.Ainsi, selon ce dernier, il existerait une relation de cause à effet entre la langue, le niveau de vie et, implicitement, la possibihté de réussir matériellement, c\u2019est-à-dire la possibilité d\u2019accéder aux postes importants, aux postes bien rémunérés.En d\u2019autres termes, la langue anglaise serait le moyen par excellence de s\u2019ouvrir pleinement à la culture nord-américaine, et ainsi d\u2019éviter la différenciation et, par conséquent, la discrimination et la violence, physiques ou morales.On peut devant de tels propos réagir de diverses façons.Une chose est certaine: pour que les Canadiens français vivant hors du Québec 2.Pauline Jewett, Canadian Economie Policy, The MacMillan Company of Canada, pp.297-298, 1961, Pauline Jewett est l\u2019auteur du chapitre 14 qui s\u2019intitule \u201cPolitical and Administrative Aspects of Policy Formation\u201d.Le livre a été édité par T.N.Brewis, H.E.English Anthony Scott et Pauline Jewett.(Ontario, Italie, Californie) puissent s\u2019épanouir pleinement, il est essentiel qu\u2019ils possèdent parfaitement la langue du pays.D\u2019ailleurs, pour les aider à s\u2019épanouir pleinement, les gouvernements provinciaux, par exemple, ceux de l\u2019Ontario et de la Colombie Britannique, prévoient à tous les niveaux de l\u2019enseignement une formation en anglais.Une telle politique est normale et souhaitable parce qu\u2019elle permet à tout citoyen d\u2019être avec les autres sur un pied d\u2019égalité: chacun a les moyens essentiels lui permettant d\u2019avoir les mêmes possibilités fondamentales et chacun a le droit d\u2019apprendre une ou plusieurs autres langues (le latin, le français, l\u2019espagnol, etc.).Ce que M.Bennett ne voit pas, en raison sans doute de son éloignement du Québec, c\u2019est que la même situation qu\u2019en Colombie Britannique devrait exister au Québec: la majorité française du Québec devrait pouvoir se servir de sa langue dans tous les domaines et la minorité d\u2019expression anglaise devrait apprendre le français.Mais revenons au Québec où les conditions de vie ne sont pas franchement incompatibles avec la survie et le développement de la majorité d\u2019expression française.Ici encore, mais beaucoup moins que dans les autres provinces, la langue anglaise est importante et il faudrait manquer de réalisme pour ne pas saisir qu\u2019une bonne connaissance de cette langue est au Québec une nécessité.En effet, tout Québécois d\u2019expression française qui aspire aux postes importants dans les grands centres de décision, aussi bien dans l\u2019industrie privée que dans la fonction publique fédérale, devrait bien connaître la langue anglaise.Actuellement, un des problèmes fondamentaux des Québécois d\u2019expression française est leur absentéisme des centres de décision importants.Deux cents ou trois cents ans ne semblent pas avoir été suffisants pour leur permettre de s\u2019intégrer à ces grandes institutions modernes que sont les grandes entreprises industrielles et commerciales et les centres de décision fédéraux importants et bien rémunérés.D\u2019après une enquête personnelle récente, environ 66 des 100 plus grandes entreprises canadiennes ont des installations manufacturières au Québec: les actifs de ces 100 géarTs excèdent dans chaque cas $50 millions.L\u2019existence de firmes de grande dimension, dont les activités sont réparties dans tout le Canada, qui sont souvent possédées et contrôlées par l\u2019étranger (le plus souvent les États-Unis), qui sont souvent multinationales et font généralement partie d\u2019une structure verticale, impliquent que notre jeunesse de maintenant et de demain devra connaître la langue anglaise si elle doit faire partie des états majors de ces grandes unités de production.Mais parce que la langue anglaise est un instrument essentiel à certains niveaux élevés dans les grandes organisations3, il ne s\u2019ensuit pas, comme on est trop tenté de le faire, que la langue anglaise soit au Québec la clef de toute promotion 3.Soulignons que cela est également le cas dans presque tous les pays du monde dont le développement a été tributaire d\u2019une façon importante d\u2019importations de capitaux étrangers qui ont pris la forme d\u2019une participation étrangère, par exemple, d\u2019investissements directs.Faisons remarquer aussi que dans la plupart des pays la classe dirigeante connaît généralement une ou plusieurs langues étrangères non seulement parce que cela constitue un apport culturel mais aussi parce que cela lui est utile dans la pratique normale des affaires avec l\u2019étranger.FEVRIER 1969 45 sociale et économique.En effet, même si de nombreuses entreprises ont été et sont encore irrespectueuses de nos caractéristiques propres, en particulier, de la langue de la majorité québécoise, il ne faut pas croire qu\u2019une telle situation soit irréversible.Il n\u2019y a pas de raison valable pour que les habitants du Québec ne puissent pas faire du français la langue d\u2019usage dans le domaine des affaires.D\u2019ailleurs, l\u2019utilisation du français en ce domaine est la seule raison qui puisse m\u2019inciter à penser que le français ne cessera pas de vivre au Québec éventuellement.Pour intensifier la qualité de la langue française et pour permettre à tous les habitants du Québec de se comprendre ou tout au moins de communiquer entre eux, il n\u2019y a pas de meilleur moyen que de leur enseigner une langue commune.Et la meilleure façon de faire connaître le français à tous les Québécois est de le leur apprendre.Cet apprentissage doit se faire à l\u2019école.L\u2019enseignement du français et surtout d\u2019un bien meilleur français devrait être obligatoire dans toutes les institutions d\u2019enseignement au Québec.Bien plus, le degré de connaissance de la langue française au Québec devrait être tel qu\u2019un Canadien français puisse s\u2019épanouir partout et dans tous les domaines avec sa langue.Dans un tel climat, le français serait une langue utile et, par conséquent, une langue d\u2019usage.Elle serait aussi de meilleure qualité.De ce fait, la langue française pourrait être plus qu\u2019un instrument de communication; elle pourrait être un instrument de création et de pensée.Non seulement les Québécois d\u2019expression anglaise devraient forcément apprendre le français pour mettre un terme à une situation franchement intolérable mais tous les immigrants devraient normalement et naturellement être intégrés au système d\u2019enseignement de la majorité comme cela se fait partout dans le monde et même dans les neuf provinces anglaises du Canada.On admettra que de telles mesures concernent surtout la jeunesse actuelle: il serait trop coûteux, voire inutile, d\u2019enseigner le français aux moins jeunes qui ont jusqu\u2019à ce jour vécu dans le mépris de la majorité numérique.L\u2019important, c\u2019est que tous les enfants actuels et futurs du Québec puissent se comprendre.Si l\u2019on me demandait d\u2019indiquer ce qui a le mieux caractérisé ou ce qui caractérise le plus actuellement les discussions qui ont trait aux problèmes du Québec dans le domaine des langues ou dans la plupart des autres domaines, je dirais que c\u2019est l\u2019incapacité apparente et parfois décourageante dont font preuve les élites québécoises, qui disposent d\u2019un certain pouvoir de décision, à se mettre d\u2019accord sur l\u2019essentiel, sur les objectifs légitimes qu\u2019une société comme la nôtre peut avoir comme n\u2019importe quelle autre société et sur les moyens, mêmes impopulaires, nécessaires pour faire de cet essentiel une réalité.Après tout, les décisions qu\u2019il faut prendre dans le domaine des langues au Québec ne requièrent aucun changement dans le degré de centralisation ou de décentralisation au Canada, aucune conférence fédérale-provinciale et aucun référendum, tant la chose est évidente.46 LE BILL 56 selon leur conviction.ou selon leur étut de fortune Émile Robichaud * \u201cLa contradiction était autrefois la pire ennemie de la logique, elle est maintenant un principe de la logique du conditionnement \u2014 c\u2019est la caricature grossière de la dialectique.\u201d Herbert Marcuse 1 1E 17 décembre dernier, nos députés à l\u2019Assemblée nationale ont adopté, avec la plus grande unanimité, ^ le bill 56 ou loi de l\u2019enseignement privé.Les maisons d\u2019enseignement qui, depuis huit ans, incarnaient l\u2019oppression bourgeoise et constituaient les châteaux forts de la réaction ont, par un savoureux retour des choses, repris leur cote originale à la bourse des valeurs québécoises.Nos députés se sont livrés à une surenchère d\u2019éloges dithyrambiques à faire rougir le \u201cciel bleu\u201d de Paul Mauriat.Assaisonné de la \u201clibre concurrence\u201d si chère à une certaine conception socio-économique de la société que d\u2019aucuns croyaient en perte de vitesse, l\u2019éloge des collèges privés fait par des politiciens qui ont, par ailleurs, et avec la même unanimité, lancé l\u2019école publique dans le marasme du gigantisme et, par là-même de l\u2019inefficacité, nous offre le plus bel exemple de ce que Marcuse appelait \u201cla caricature grossière de la dialectique\u201d.Le fameux choix Le bill 56 s\u2019inspire d\u2019un attendu du bill 60 qui rappelait le \u201cdroit des parents de choisir les institutions qui selon leur conviction assurent le mieux le respect des droits de leurs enfants\u201d 2.Intention fort louable, d\u2019autant plus que, comme le soulignait le ministre de l\u2019Éducation, \u201cIl (le bill 56) permet en même temps au Québec de conserver un certain nombre de traditions auxquelles les Québécois tiennent\u201d 3.Mais quels Québécois ?Monsieur Lesage, pour sa part, \u201ca approuvé sans réserve le principe de la loi qui, à ses yeux, apporte aux parents la garantie de pouvoir choisir pour leurs enfants les institutions qu\u2019ils veulent, savoir celles du secteur public ou encore celles du secteur privé, les secondes, probablement et la plupart du temps, avec un léger supplément, qui lui semble raisonnable\u201d 4.* Directeur de l\u2019école secondaire Sainte-Louise-de-Marillac (CECM) et co-auteur avec Gilles Laprade de Adolescents en détresse, Editions du Jour, (Montréal 1968).1.\tHerbert Marcuse, L\u2019Homme unidimensionnel, Les Editions de Minuit (Paris, 1968), p.114.2.\t2e attendu de la loi instituant le ministère de l\u2019Education, 12-13 Elisabeth II, bill 60.3.\tLe Devoir, mercredi, 18 décembre 1968.4.\tIbid.RELATIONS Le \u201cléger supplément\u201d, si \u201cléger\u201d qu\u2019il n\u2019a même pas attiré l\u2019attention des chroniqueurs de l\u2019éducation, vient préciser et limiter singulièrement l\u2019extension de ce que monsieur Cardinal a appelé \u201cles Québécois\u201d et monsieur Lesage \u201cles parents\u201d.Ces \u201cQuébécois\u201d et ces \u201cparents\u201d, ce seront des gens que la fortune a favorisés et que les hasards de la vie auront fait s\u2019établir en des lieux privilégiés où survivent encore des collèges qui ont pu attendre la salvatrice loi-cadre.Fait à remarquer, ces \u201cQuébécois\u201d, ces \u201cparents\u201d chanceux à qui la fortune (et le bill 56) apporteront la garantie de pouvoir choisir pour leurs enfants les institutions qu\u2019ils veulent, se recrutent souvent parmi les plus acharnés défenseurs de \u201cla démocratisation de l\u2019enseignement\u201d.Esprits dichotomiques qui exaltent le gigantisme, la polyvalence à tout prix mais se gardent bien de servir la médecine qu\u2019ils colportent à leurs propres enfants ! L\u2019auteur de ces lignes, qui œuvre au secteur public depuis douze ans, a dû souventes fois, essuyer le feu des batteries \u201cdémocratisantes\u201d et ce pour la raison toute simple qu\u2019il voulait (et veut encore) pour ses élèves ce qu\u2019il souhaite donner à ses enfants.C\u2019est ce qui lui faisait souhaiter, lors du dernier congrès de la Fédération des associations de parents de l\u2019enseignement privé (FAPEP) que toutes les maisons privées disparaissent pour qu\u2019enfin tous ceux qui préconisent des formules d\u2019éducation inhumaines soient touchés dans leurs propres enfants et comprennent le drame de l\u2019école publique, drame que Daujat décrit fort bien quand il écrit: \u201cla grande maladie sociale d\u2019aujourd\u2019hui, c\u2019est la substitution de l\u2019administration aux communautés naturelles, le cancer de l\u2019administration rongeant en parasite le tissu de la vie sociale\u201d 5.Marcuse pose d\u2019ailleurs le même diagnostic: \u201cLa domination prend l\u2019aspect d\u2019une administration\u201d c.Voilà le monstre, le cancer auquel tant de gens veulent soustraire leurs enfants, avec raison d\u2019ailleurs.Mais pourquoi faut-il qu\u2019au bout du compte ce soient encore les moins nantis qui fassent les frais de l\u2019opération ?Car si j\u2019habite Outremont, je n\u2019ai que l\u2019embarras du choix entre Brébeuf, Stanislas, Notre-Dame et le collège de Montréal, mais si mes moyens financiers m\u2019interdisent d\u2019habiter \u201cl\u2019ouest\u201d, il ne me reste plus que l\u2019école publique que des gens bien, de \u201cl\u2019ouest\u201d ordinairement, ont voulu géante, fonctionnelle .mais pour les enfants des autres.En résumé, et en bref, le jour où les gens bien consentiront à donner à mes élèves ce qu\u2019ils donnent à leurs enfants je serai au paradis ! Mais au rythme où vont les choses, je risque bien d\u2019être au paradis (ou à l\u2019autre extrémité) bien avant que ce miracle ne se produise et ce, pour une raison toute simple: le bill 56 permettra aux artisans du gigantisme et de tous les \u201cismes\u201d d\u2019échapper aux conséquences de leurs actes.Ils pourront, au petit 5.\tJean Daujat, le Christianisme et l\u2019homme contemporain (Manie, 1962), pp.56 et 57.6.\tMarcuse, op.cit., p.57.écran, à la radio, dans les pages des journaux et des revues, houspiller les \u201cméchants réactionnaires\u201d qui n\u2019ont pas compris le sens profond de la réforme; leurs enfants seront à l\u2019abri .Une formule différente Entendons-nous bien.Les défenseurs des collèges privés ne se recrutent pas tous parmi les \u201cdichotomiques\u201d.11 s\u2019en faut de beaucoup.Mais tous ont une préoccupation en commun: l\u2019excellence, préoccupation qui est tout autant celle des professeurs que des parents.Dans une lettre au journal La Presse, des professeurs du collège de Lévis écrivaient: \u201cIl faut croire que les professeurs ne sont pas les seuls à penser que les institutions privées ont encore une valeur d\u2019excellence.En effet, il est assez significatif de constater quel choix font pour leurs propres enfants certains responsables de l\u2019administration publique dans tous les domaines et même dans celui de l\u2019éducation\u201d.Et ces professeurs ajoutaient: \u201cLes témoignages recueillis des élèves nouvellement arrivés nous portent à croire qu\u2019il n\u2019existe pas \u201cchez-nous\u201d ce fameux problème de l\u2019anonymat ou de \u201cl\u2019impersonnalisation\u201d comme le déclarait un étudiant à la télévision récemment\u201d \u2019.Or il existe un lien étroit entre l\u2019excellence et la personnalisation: c\u2019est ce qu\u2019ont compris les parents qui désirent voir leurs enfants fréquenter une maison d\u2019éducation à mesure humaine.Cet argument toutefois a bien peu de poids dans une société de consommation qui exalte les \u201cgadgets\u201d et réussit à faire édifier par ses victimes leur propre instrument d\u2019asservissement.Krishnamurti pose d\u2019ailleurs bien clairement les conditions d\u2019une authentique révolution: Si les parents aiment vraiment leurs enfants, ils s\u2019emploieront à obtenir une législation leur permettant de fonder de petites écoles ayant un personel adéquat; et ils ne se laisseront pas décourager du fait que les petites écoles sont chères et les vrais éducateurs difficiles à trouver.Ils devront toutefois savoir d\u2019avance qu\u2019ils rencontreront une forte opposition provenant des puissances d\u2019argent, des Etats et des Eglises, car de telles écoles ne manqueront pas d\u2019être profondément révolutionnaires.La vraie révolution n\u2019est pas de celles qui sont sanglantes: elle se produit par le développement de l\u2019intégration et de l\u2019intelligence en des individus qui, par leur vie même, produiront des changements radicaux dans la société.5 Telles sont, fondamentalement, les raisons qui poussent des parents à inscrire leurs enfants dans des collèges privés.Le milieu, l\u2019atmosphère, bref la vie scolaire y est tellement plut attirante que l\u2019anonymat des \u201cusines fonctionnelles\u201d qui s\u2019érigent un peu partout.Les collèges privés existent donc parce qu\u2019ils présentent \u201cune formule différente\u201d, une formule de rechange qui permet aux parents qui le désirent d\u2019opter pour un milieu plus humain.Mais alors, s\u2019il s\u2019agit d\u2019un droit, si l\u2019État désire défendre le \u201cdroit des parents de choisir les institutions qui, selon leur conviction, assurent le mieux le respect des droits de leurs enfants\u201d 7 8 9, pourquoi ce droit serait-il lié à l\u2019état 7.\tLa Presse, samedi, 7 décembre 1968.8.\tKrishnamurfr', De l\u2019Education, Delachaux et Niestlé, (Neuchâtel, Suisse, 1965), pp.85 et 86.9.\t2e attendu de la loi instituant le ministère de l\u2019Education, 12-13, Elisabeth II, bill 60.FEVRIER 1969 47 de fortune des gens ?Serait-ce que l\u2019argent seul permet de faire respecter ses convictions ?Pour une authentique socialisation L\u2019État se doit d\u2019assurer à tous les membres de la société l\u2019exercice des droits fondamentaux.Or, en votant le bill 56, l\u2019Assemblée nationale a reconnu le droit des parents au choix de la \u201cformule\u201d d\u2019éducation de leurs enfants.Si l\u2019État se contente maintenant de laisser jouer \u201cla libre concurrence\u201d et \u201cla saine émulation entre les deux secteurs: privé et public\u201d dont parlaient les honor-rables députés, nous vivrons en pleine société libérale.Quand monsieur Lesage dit: \u201cQu\u2019il y ait entre les deux secteurs une certaine concurrence ne peut qu\u2019être profitable\u201d 10, il omet de dire à qui.Laisser agir les forces économiques, cela veut dire que les gens qui en ont déjà les moyens pourront, eux, exercer le fameux \u201cdroit\u201d au choix.Ils pourront, eux, et ils seront les seuls, avoir la conviction que le collège privé, à effectifs limités, est plus intéressant que la grosse école polyvalente.Voilà, il me semble, une socialisation de l\u2019enseignement bizarre, insensée, grotesque.Une socialisation authentique devrait corriger les inégalités écono- 10.La Presse, mercredi, 18 décembre 1968.Export A au RÉGULIÈRES ET \"KING\u201d miques et assurer à tous les membres de la société l\u2019exercice d\u2019un droit reconnu comme essentiel.Pourquoi les gens moins fortunés mais qui ont la conviction, eux aussi, qu\u2019une maison d\u2019éducation autre que l\u2019école qu\u2019on leur propose donnerait une meilleure formation à leurs enfants, ne pourraient-ils pas exercer le même droit que les gens plus en moyens ?Cela supposerait que l\u2019État prenne sur lui de créer, là où elles n\u2019existent pas, des maisons d\u2019éducation qui viennent corriger le monolithisme qui est en train d\u2019enfermer l\u2019éducation nationale dans une camisole de force.Cela supposerait surtout que l\u2019État conservât les maisons d\u2019éducation valables qui existent déjà et qui ont fait leurs preuves.Je pense, entre autres, aux sections classiques publiques qui ont su, depuis près de quinze ans, créer une tradition, un milieu, des équipes.Il est plutôt cocasse de constater que ces sections classiques publiques, créées pour corriger les inégalités sociales, sont les premières victimes d\u2019une socialisation de l\u2019enseignement qui assure, par ailleurs, le maintien des collèges privés dont les dites sections étaient le pendant \u201cprolétarien\u201d ! On objectera que le cours classique disparaît; mais il disparaît aussi des collèges privés ! Pourquoi alors conserver les collèges si les sections disparaissent ?Parce qu\u2019ils ont des traditions de formation, des équipes, etc.?Et les écoles publiques, croit-on que certaines n\u2019en ont pas qui mériteraient d\u2019être conservées et qui disparaîtront, noyées dans le gigantisme, l\u2019anonymat ?Marcuse écrivait: \u201cElle (la culture) ne peut devenir démocratique qu\u2019à travers l\u2019abolition de la démocratie de masse, c\u2019est-à-dire que lorsque la société sera parvenue à restaurer les prérogatives du privé en les accordant à tous et en les protégeant pour chacun\u201d n.Socialiser l\u2019éducation, c\u2019est accorder à tous les membres de la société le droit de choisir pour leurs enfants une école qui soit un milieu de vie enrichissant.Or il semble bien que plusieurs membres de la société québécoise tiennent à voir leurs enfanfs fréquenter des maisons d\u2019éducation autres que celles que leur offre le secteur public monolithique.Plusieurs membres qui se recrutent très souvent parmi les plus lucides, ce qui est bien, et parmi les mieux nantis, ce qui est moins bien.Car la lucidité n\u2019est pas toujours attachée à l\u2019état de fortune.À moins que l\u2019on veuille nous prouver le contraire.Dans ce cas, il faut continuer le travail amorcé: le bill 56 aura prouvé une fois de plus que l\u2019on ne prête qu\u2019aux riches.Au fait, il faudra bien aussi trouver un moyen quelconque de faire naître les enfants qui aiment vivre dans le calme et la chaleur humaine près d\u2019un collège privé et dans une famille \u201cbien\u201d.Et dire qu\u2019il s\u2019en trouve encore pour craindre la socialisation ! 11.Marcuse, op.cit., p.268.48 RELATIONS UNE FETE MANQUEE: L\u2019QCCUPATIQN DU CEGEP Le mouvement d\u2019octobre dans les CEGEP a suscité de nombreux ^ commentaires tant dans les journaux et les revues qu\u2019à la radio et à la télévision.Ces commentaires ont témoigné de l\u2019intérêt et quelquefois de l\u2019inquiétude; ils ont essayé de dégager les lignes de force de la contestation étudiante, de les relier au mouvement mondial, d\u2019en percevoir les particularités québécoises.Un problème mérite d\u2019être étudié avec une attention plus grande, celui de la participation.Le désir de participation à une société qui ignore la jeunesse et la rejette est peut-être la cause majeure de tout ce mouvement.Dans une société dominée par la technique, l\u2019homme risque de n\u2019être qu\u2019un numéro ; dans des Régionales de plusieurs milliers d\u2019étudiants, celui-ci n\u2019est personne; dans un collège de 1200 étudiants, ce dernier ne veut pas répéter l\u2019expérience antérieure, il ne veut plus être anonyme.La pseudolibération que doit apporter le savoir ne conduirait-elle qu\u2019à une aliénation plus grande ?Le problème de la participation ne s\u2019exprime pas d\u2019abord par la manifestation du pouvoir étudiant, mais par un vouloir-vivre.Retrouver l\u2019individu, la chaleur de petites communautés à taille humaine, telle est l\u2019aspiration première des étudiants.Et cette aspiration ne pouvait se réaliser que par la participation à une fête qui donnerait à chacun le pouvoir d\u2019être, de faire, de créer.Inventer la cérémonie créatrice qui redonnerait à la société la pureté de sa première jeunesse; aller vers les dieux, devenir même ces dieux; ne plus être un enfant, telle me semble être la signification de l\u2019occupation des CEGEP.Quelques faits Mardi le 8 octobre, le Collège Lionel-Groulx est occupé.Les étudiants n\u2019ont pas choisi la grève; ils ont choisi de mettre les administrateurs * Directeur des Services pédagogiques au CEGEP Lionel-Groulx.Léon Debien * dehors en se barricadant dans leur collège .en prenant possession de la belle cabane par la force, les étudiants bousculent tout et font fi du système social et du statut que ce système leur donne.Bref ils basculent (de battre et cul cf.Larousse) non seulement les administrateurs mais aussi le gouvernement, les idées reçues de papa, la tradition, la matraque, la loi qui bâillonne .et ipso facto la vieille marde.Il y a là l\u2019esquisse du premier projet révolutionnaire:\tDETRUIRE L\u2019ORDRE ETABLI ET PRENDRE LE POUVOIR.! Vendredi le 18 octobre, l\u2019assemblée générale des étudiants vote la fin de l\u2019occupation physique du collège pour une occupation permanente.Le même soir, je me rends au collège pour la première fois depuis dix jours.J\u2019y entre d\u2019ailleurs avec une certaine appréhension.Quelques étudiants en sortent, portant sac de couchage sous le bras.Ils me saluent.Ils semblent fatigués, mais heureux.Le vaste corridor de l\u2019administration est vide.Le bureau du directeur général ouvert.Il n\u2019y a personne.Dans le salon adjacent, il y a beaucoup d\u2019animation.Mon bureau est vide lui aussi.Tout est en ordre, sauf pour une disposition différente des meubles.Dans les bureaux voisins, l\u2019ordre est bon, mais il est habité par l\u2019entrelacement de nombreux fils qui serpentent et vont se perdrent dans le corridor et par l\u2019accumulation de documents sur quelques tables.Aux murs, plusieurs affiches percutantes.Deux étudiants travaillent dans le secrétariat pédagogique.Je cause avec eux et j\u2019apprends qu\u2019ils sont intégrationnistes.Très peu longtemps, car on vient me chercher.Déjà on sait que je suis dans le collège.On m\u2019invite à la salle du conseil où un groupe de parents et d\u2019étudiants réunis désire ma présence.On m\u2019accueille avec une certaine chaleur et un peu de curiosité.Je serre quelques mains, très peu.La discussion continue.Le sujet: la formation d\u2019une association de parents.Le groupe est animé par un étudiant.On discute lon- 1 .Le Thérésien, 16 décembre 1968, p.2.guement des buts de l\u2019association, de sa composition, de la date de la prochaine réunion.J\u2019écoute, apporte quelques précisions.Pas plus.Je suis un membre du groupe, de cet atelier de travail.Le dernier.Après une heure, le groupe se sépare.Les parents quittent, les étudiants de même, sauf quelques-uns.Je reste avec eux et passe dans le bureau du directeur général.Ils sont six ou sept.On cause.Us parlent beaucoup.Quelle volubilité ! Ils disent leur aventure, ces jours qu\u2019ils viennent de vivre.Dans leurs voix, une chaleur, une intensité, une sincérité.Pour la première fois depuis trois, quatre ou cinq ans, ces étudiants se sont sentis chez eux dans un collège.Pour la première fois, ils ont vécu avec des camarades, ils ont senti le coup de coude dans les côtes et la main amicale sur l\u2019épaule.Pour la première fois, ils ont vécu avec un nom et non plus un numéro.Us n\u2019étaient plus personne.Je participais maintenant à leur joie et aussi à leur angoisse.Quelques-uns enthousiastes comptaient poursuivre cette aventure humaine, cette fête, cette expérience communautaire; d\u2019autres plus pessimistes, se sentaient las, inquiets de l\u2019avenir.Je pose quelques questions, très peu, afin de ne pas briser la communication.Pendant la conversation quatre étudiants entrent, s\u2019installent au bureau du directeur et commencent une partie de cartes.U est près d\u2019une heure.Quelques-uns parlent d\u2019aller dormir.Mais avant de se quitter, on m\u2019invite à assister à leur \u201cprière du soir\u201d.En quelques secondes, tout est prêt.Un étudiant portant une longue croix noire clamant \u201cPouvoir étudiant\u201d arrive, suivi de deux acolytes.La prière débute.\u201cMonsieur Cardinal qui êtes au Ministère Que votre nom soit massacré Que votre règne finisse .etc.\u201d Je crois en l\u2019éducation, mais pas [en Cardinal Impuissant créateur des troubles [sur cette terre .etc.\u201d FEVRIER 1969 49 Durant cette scène, je me sens quelque peu mal à l\u2019aise, surtout lorsqu\u2019ils parodient les directeurs du collège.Mais chez eux, aucun respect humain.Au contraire, encore là, une chaleur, une sincérité, une certaine foi.Puis vient le chant révolutionnaire.Un chant vibrant.Ils sont debout.Hors du monde.La prière terminée, on se quitte.On n\u2019a pas parlé du retour au collège, de la reprise des cours.Rien de cela.Le quotidien a été ignoré.Ils ont parlé de leur vie, de leur aventure, de leur action.De leur foi.Dans ce groupe d\u2019étudiants, il n\u2019y avait aucun \u201cleader\u201d reconnu de la contestation.C\u2019étaient des étudiants qui avaient été anonymes, avec qui je n\u2019avais jamais causé; c\u2019étaient des étudiants transformés par une aventure et une vie communautaire; des étudiants qui avaient connu la grande fête, celle de la naissance.Dans ce collège qui avait connu l\u2019occupation, tout était changé, maintenant.Ce n\u2019était plus un collège anonyme, froid, où les voix se perdent dans les longs corridors.Le désordre des chaises et des tables dans l\u2019entrée centrale, l\u2019éparpillement des papiers froissés, lui enlevaient son air austère.Il avait une personnalité, un peu gavroche, il est vrai.La vie collective fait fi d\u2019un corridor impeccable et de l\u2019ordre des chaises.C\u2019était un collège épuisé par la fête.La fête Pendant plus de dix jours, ces étudiants venaient de vivre pour la première fois une expérience communautaire unique, une fête dont ils se souviendraient.Ces dix jours d\u2019occupation avaient été une grande fête collective permettant tous les excès libérateurs.L\u2019étudiant passif et distrait, l\u2019étudiant ignoré et perdu, l\u2019étudiant incompris et dominé était devenu un directeur, un animateur, un participant.L\u2019opprimé était devenu seigneur; l\u2019esclave, roi.Pendant dix jours, ils avaient été des dieux.Ils n\u2019avaient pas été obligés à la rentabilité, ni à l\u2019efficacité, ni à la productivité.Ils avaient vécu hors du temps et du quotidien, dans un autre monde, soutenus et transformés par une force inconnue.Cette nouvelle vie tranchait par son paroxysme sur les soucis de la vie 50 quotidienne.Ils pouvaient, enfin, parler, dire, exprimer ce qu\u2019ils pensaient, avoir des camarades pour les écouter; ils pouvaient, enfin, administrer, distribuer des repas à prix minimes, manger à satiété.Ils possédaient, enfin, les pouvoirs de cette société.Et les chaises pivotantes des directeurs tournaient, les machines à imprimer claquaient, la centrale téléphonique ne dérougissait pas:\tQuébec, Montréal, Jonquière, Chicoutimi recevaient leurs messages.Et les journalistes avec leur micro et leur caméra étaient là, à cette fête.Toutes ces manchettes dans les journaux, ces colonnes à la une, ces instantanés.Derrière ces masques carnavalesques, on pouvait reconnaître ces dieux modernes.Le cuisinier était prodigue; le directeur affairé, col échancré, ingurgitait café et sandwich; le secrétaire posait ses pieds sur le bureau et ses jambes en V clamaient victoire.D\u2019autres personnages maniaient leur walkie-talkie, se cachaient derrière d\u2019immenses écouteurs, distribuaient une quantité inépuisable d\u2019imprimés.Ces ateliers de travail parmi les mégots de cigarettes; ces longs palabres, la nuit; ce sommeil inconfortable dans un sac de couchage; mais cette joie, ce bonheur nouveau.Joie et bonheur d\u2019avoir levé les interdits, d\u2019avoir rejeté le quotidien.Et à la place des règles habituelles, cette nouvelle discipline assurée par d\u2019autres personnages: des brigadiers aux brassards rouges.Vivre une fois dans sa vie ce \u201cJe est un autre\u201d.Et, devant cette fête, ces spectateurs envieux.Que ne pussent-ils, eux aussi, revêtir ces masques carnavalesques, vivre leur jeunesse, hurler leur angoisse ?Ils assistaient à la fête, s\u2019exclamaient devant la beauté des costumes, disaient leur admiration, sans comprendre qu\u2019ils étaient parodiés.De l\u2019impossibilité de la véritable fête Dans son ouvrage L\u2019Homme et le Sacré, Roger Caillois écrit: Si la fête permet un exutoire aux contraintes quotidiennes et à l\u2019agressivité, elle peut aussi jouer un rôle de stabilisateur.Elle ouvre alors la porte du monde des dieux, permet la métamorphose, provoque la régénération.Dans notre société moderne, le gigantisme des cités et des institutions, la présence continuelle d\u2019événements dramatiques qui bouleversent le monde empêchent l\u2019existence de véritables fêtes.La fête menace de manquer:î.Il n\u2019existe plus aujourd\u2019hui de cérémonies, de fêtes où la jeunesse est conviée, où la jeunesse est célébrée.Au contraire, on utilise la jeunesse, on en profite.Laissée à elle-même, celle-ci tente de s\u2019organiser, de redonner un sens à sa force, de sacraliser son groupe.La nécessité de la technique et de la socialisation a négligé l\u2019intériorité de la personne.L\u2019étudiant ne se retrouve plus au collège d\u2019unité sociale; ni dans sa classe de groupe communautaire.Quand les adultes ne peuvent inventer de véritables fêtes qui permettent créativité et expression de soi, les jeunes le font avec tous les dangers que cela comporte.Ce danger consiste à vivre une vie communautaire fermée, alors qu\u2019elle devrait être ouverte.Lorsqu\u2019un groupe non structuré vit l\u2019intensité d\u2019une vie communautaire, limitée par le temps, lorsque ce groupe manifeste par une action irrémédiable un vouloir-vivre, ce groupe risque une fixation émotive trop grande qui le handicapera davantage lors du retour au quotidien.Les nombreuses défections, les crises dépressives, les départs du collège sont les principaux exemples.Après une fête, un groupe qui ne peut plus se redéfinir est condamné à l\u2019assèchement ou au suicide éclatant.Solidarité ne veut pas dire confusion.Aussi, à Lionel-Groulx, le désarroi s\u2019est installé chez les contestataires à la fin de l\u2019occupation: A la vie régulière, occupée aux travaux ciuotidiens, paisible, prise dans un système d\u2019interdits, toute de précautions,_ où la maxime quieta non movere maintient l\u2019ordre du monde, s\u2019oppose l\u2019effervescence de la fête.2 Le groupe de contestataires a été frappé d\u2019un dur sentiment de frustration et de dépossession.Après avoir détenu le pouvoir total, il se découvrait complètement démuni.Après avoir créé un monde parallèle, il se faisait ravaler par le monde dont il s\u2019était dissocié.C\u2019est ici que l\u2019on voit jusqu\u2019à quel point l\u2019occupation avait été pour ce groupe le moyen de vivre une expérience communautaire, et non pas un moyen de rejoindre la masse des désengagés ou un moyen de pression sur le ministère.Car le 22 octobre, il ne perçoit pas la fin de l\u2019occupation comme l\u2019avènement d\u2019une nouvelle situation, d\u2019un nouveau type de rapports entre lui et les RELATIONS groupes extérieurs (étudiants, ministère, administration).II la ressent brutalement comme une entrave à son propre épanouissement, comme une injustice.Il a le sentiment de s\u2019être fait rouler.2 3 4 Dorénavant, ce groupe d\u2019étudiants vivra dans le souvenir de cette fête qui leur a procuré un temps d\u2019émotions intense.Temps chrysalidaire.11 vivra aussi dans l\u2019expectative d\u2019une autre fête.Dans cette attente, le groupe manifestera son vouloir-vivre par des chants, des parades, du chahut, espérant trouver dans la répétition et la reprise d\u2019actes fériés une garantie du lendemain qu\u2019il chante.Telle que vécue, l\u2019occupation a été une impasse.En occupant le collège, les étudiants ont voulu poser un acte révolutionnaire, ce fut un acte manqué et un mimétisme de la révolution culturelle chinoise ou castriste.La révolution n'est pas une fête On a beaucoup parlé du mouvement de contestation comme d\u2019un mouve- 2.\tColl.\u201cIdées\u201d, p.123.3.\tVoir L'Express, 30 déc.1968, p.31-33.4.\tLe Thérésien, 16 déc., p.4.ment révolutionnaire.Dans le premier texte cité plus haut, on dit que l\u2019occupation était \u201cl\u2019esquisse du premier projet révolutionnaire\u201d.On a aussi souvent fait mention de l\u2019influence de Mao et de sa révolution chinoise, de celle de Castro ou de Guevara.L\u2019influence est certaine.Cependant, les révolutions dirigées et animées par ces hommes sont de véritables révolutions.Elles ne sont pas des fêtes grotesques.Elles se sont accomplies et continuent de se faire dans l\u2019austérité.Le 2 janvier de cette année, le peuple cubain a fêté le dixième anniversaire de la révolution dans la plus grande austérité.Dans son discours, Castro a dit que la révolution ne permet aucun gaspillage, aucun excès: En ces dix ans, nous n\u2019avons pas obtenu notre diplôme de fin d\u2019études révolutionnaires.Seulement celui de l\u2019enseignement primaire.Nous entrons maintenant dans l\u2019enseignement secondaire, et dix nouvelles années ont commencé.Nous n\u2019avons pas voulu gaspiller un seul litre d\u2019essence, ni une seule minute de travail.5 5.\tLa Presse, 3 janvier 1969, p.35.La révolution est exigeante.Il aura fallu à Mao entreprendre une longue marche dans la montagne et combattre durant vingt-deux ans, avant de fonder la République chinoise.Et cette fameuse \u201crévolution culturelle\u201d, comme on la désigne en Occident, ne serait-elle pas une grande fête inventée par Mao pour éviter l\u2019usure de la Révolution et redonner à la Chine un nouvel essor ?En inventant cette fête hors du temps, en permettant les excès et la violence, Mao savait que, de l\u2019explosion et de l\u2019épuisement de cette jeunesse, naîtrait une vigueur nouvelle.De cette génération d\u2019adolescents, il voulait une nouvelle promotion d\u2019hommes, prêts au travail.Les usines et les champs attendaient.Il n\u2019avait qu\u2019à fermer les universités.Au Québec, les usines et les champs sont repus; seules les autoroutes attendent.L\u2019occupation des collèges a voulu jouer la mort du soleil qui giclait rouge sur les feuilles d\u2019octobre.Ce fut une fête manquée car cette quinzaine a vu, à chaque aube, le soleil éclater.LA VIE DE L\u2019ÉGLISE CONVERSATIONS ENTRE CATHOLIQUES ET ANGLICANS Joseph Ledit, S.J.Après la visite de l\u2019archevêque de Canterbury au pape Paul VI, *\u201c¦ en mars 1966, il se forma une commission composée de 12 catholiques et de 12 anglicans \u2014 cinq évêques et sept théologiens de chaque côté, qui tinrent leurs sessions conjointes à Gaz-zada (9-13 janvier 1967), Hunter-combe (31 août - 4 septembre 1967) et Malte (30 décembre 1967 - 3 janvier 1968).Après la troisième session, les membres remirent leur Malta report (2 janvier 1968) qui soulignait les différences qui existaient depuis le 16e siècle, les points communs, et suggérait la voie pour arriver à une unité plus profonde.Le 10 juin 1968, au nom de Paul VI, le Secrétariat pour l\u2019Unité écrivit au Dr Ramsey, juste avant la conférence de Lambeth.Une lecture attentive de la lettre du cardinal Bea et du rapport conjoint montre que le Saint-Siège a accepté beaucoup de points de ce dernier, mais que pour certains autres, les choses ne semblaient pas être suffisamment mûries.Par exemple: D\u2019autres recommandations pratiques, néanmoins, comme des accords pour l\u2019usage commun ensemble (joint use) des églises, des accords pour partager des moyens d\u2019éducation théologique et un échange temporaire d\u2019étudiants exigent une étude ultérieure et surtout la consultation d\u2019autorités responsables (les conférences épiscopales et l\u2019autorité compétente à Rome.) Et le cardinal Bea d\u2019énumérer les points acquis et ceux qui restent encore à étudier.Voici un autre important paragraphe: En ce qui a trait à la publication du rapport de Malte, nous sommes d\u2019avis qu\u2019il vaut mieux ne pas donner ce rapport à la presse pour publication.Quelques-unes des phrases ne semblent pas formulées avec assez de clarté et d\u2019exactitude.La publication dans la presse risquerait de créer l\u2019impression que le rapport n\u2019est pas seulement celui d\u2019une commission préparatoire, mais donnerait aux évêques l\u2019impression que le rapport a été déjà approuvé dans tous ses détails par les autorités compétentes et qu\u2019il leur est communiqué pour être mis à exécution.En fait, nous en sommes encore au stade d\u2019études et nous préférons attendre des développements qui viendront après une étude attentive et l\u2019approbation des autorités officielles des deux côtés.Bien sûr, nous n\u2019avons pas l\u2019intention d\u2019empêcher Votre Grâce de communiquer le contenu de ce rapport aux membres de la Conférence de Lambeth si vous pensez que la chose est opportune afin d\u2019avoir leur réaction, leurs idées sur la continuation du dialogue et leur coopération.La lettre du Secrétariat était signée par Mgr Willebrands et le cardinal Bea.Le cardinal Bea mourut le 16 novembre 1968.FÉVRIER 1969 51 Le Tablet de Londres décida de publier la lettre du Secrétariat pour l\u2019Unité et le rapport de Malte dans son numéro du 30 novembre 1968.Dans le même numéro, parut un éditorial intitulé The road to unity dans lequel il justifie son indiscrétion.Il blâme d\u2019abord la Curie romaine (en l\u2019espèce, il s\u2019agit du Pape, du cardinal Bea et de Mgr Willebrands) d\u2019avoir empêché jusqu\u2019ici la publication du document à cause du still largely feudal and authoritarian temper of the Roman Curia (tempérament encore largement féodal et autoritaire de la Curie romaine).Ce document, nous dit le rédacteur en chef, est tombé dans les mains d\u2019autres journaux qu\u2019il ne nomme pas et le Daily Express du 22 novembre en aurait donné des extraits qui ne lui rendent pas justice.À deux reprises, il nous dit que la commission ne représente que les espoirs des individus qui la composent, et que ces individus sont des représentants responsables de leurs Églises respectives.Il pense que les négociations devraient être toujours publiques; l\u2019unité chrétienne, dit-il, est chose trop sérieuse pour être laissée aux seuls théologiens; s\u2019il faut attendre jusqu\u2019à ce que des négociateurs arrivent à une formule d\u2019accord qui sera ensuite présentée aux fidèles, on risque d\u2019attendre longtemps; il présente ensuite son propre programme.Il veut manifester au monde l\u2019union primitive de l\u2019âge apostolique; alors les théologiens finiront par rejoindre la pensée de l\u2019Église, qui est the temper of the People of God.Or ça, c\u2019est intraduisible car on ne conçoit pas qu\u2019un peuple de Dieu agisse avec son temper.Il doit vivre et agir avec foi.Deux évêques écrivirent au Tablet pour dire qu\u2019ils n\u2019aimaient pas cette publication.Mgr B.C.Butler, auxiliaire de Westminster et membre de la commission, pense qu\u2019il y a des situations où il est préférable qu\u2019on puisse travailler sans qu\u2019on ait à le proclamer à tout le monde.Il était plutôt fier du rapport et il avait hâte à la publication, mais il lui semblait que cette décision appartenait au Pape et à l\u2019archevêque de Canterbury.L\u2019archevêque de Cardiff, Mgr John A.Murphy, n\u2019appartenait pas au comité, mais il avait été président d\u2019une réunion semblable avec le Conseil Méthodiste mondial.Il exonère d\u2019abord le rédacteur du Tablet d\u2019avoir suivi le slogan irresponsable publish and be damned.Il pense plutôt que sa publication est due au fait qu\u2019un autre journaliste ayant fait une gaffe, tout le monde se précipite pour en faire autant.Il estime qu\u2019il est important, pour des théologiens et évêques autorisés de travailler en toute liberté et pense que des scoops de journalisme peuvent faire du tort à cette amitié nouvelle qui est si consolante dans les réunions interconfessionnelles.Il n\u2019est pas nécessaire d\u2019examiner le nouvel éditorial paru en réponse à NN.SS.Murphy et Butler.Le document du cardinal Bea fut distribué aux évêques anglicans de la Conférence de Lambeth ((ils étaient plus de 500) et, sans doute, aux observateurs catholiques qui s\u2019y trouvaient; aucun de ces prélats ne contraria le désir du Secrétariat pour l\u2019Unité.Il y a là une leçon d\u2019autodiscipline qui peut être utile.Il paraît plus important d\u2019essayer de dégager la notion de Peuple de Dieu et de tirer quelques leçons.Le Peuple de Dieu n\u2019est évidemment pas une cohue, organisée suivant les idées sociologiques ou autres de qui exerce l\u2019influence la plus bruyante.Dans le désert, Dieu conduisait un peuple uni par la main de Moïse et d\u2019Aaron.Les châtiments réservés à ceux qui brisaient l\u2019unité du Peuple de Dieu étaient terribles.Aujourd\u2019hui, le Peuple de Dieu est conduit par la main du Pape qui, de son côté, a de très lourdes responsabilités, mais il doit rendre ses comptes à Dieu et nous devons l\u2019aider dans sa tâche, non entraver son action.L\u2019œcuménisme, décrété par Vatican II, le 21 novembre 1964, a de nombreuses modalités; il y a l\u2019action des commissions conjointes qui font dans l\u2019ombre et le recueillement un excellent travail; la charité locale de gens qui s\u2019entr\u2019aident, et de grands mouvements comme le congrès d\u2019Upsal (4-19 juillet 1968), sur lequel nous avons eu de bons articles dans les périodiques (notamment dans le Tablet des 13 et 27 juillet) et le journal d\u2019Annie Per-chenet (Desclée, 1968).Il y eut toute espèce de choses au congrès d\u2019Upsal dont une présence assez vigoureuse de jeunes et moins jeunes contestataires; les plus loquaces furent conduits au poste.Ne nous en étonnons pas trop car il se trouvera toujours du monde pour essayer de s\u2019emparer des organisations créées par autrui.Les catholiques eurent quinze observateurs nommés par le Secrétariat pour l\u2019Unité et cette représentation fut aussi cosmopolite que distinguée.À coté de Vanis-tendael, qu\u2019on connaît bien au Canada, il y eut notre Père Tillard, O.P., ce magnifique vétéran de Vittorio Veronese, et le président de Pax Romana, M.Joseph Yakubu, qui est une personnalité internationale très connue (il est lui-même du Ghana).Deux orateurs firent une très forte impression: le P.Roberto Tucci, S.J.présenta une conférence qui fut une des sensations du congrès, et Lady Jackson (Barbara Ward) parla des Nations riches et des Nations pauvres avec la compétence qu\u2019on lui connaît.Les orthodoxes y furent universellement représentés.Toutes ces présences entraînent évidemment des problèmes.J\u2019aimerais attirer l\u2019attention sur deux aspects de cette question.Les membres du Conseil mondial des Églises, les Protestants, etc.ne s\u2019intéressent pas beaucoup à des catholiques qui diluent leur religion afin de la rendre plus acceptable, parce qu\u2019ils savent que ces gens-là ne représentent qu\u2019eux-mêmes.Ils veulent collaborer avec une Église catholique qui soit vraiment elle-même, conduite par le Pape et ses services, qui, eux-mêmes, cherchent la volonté divine dans la prière et la méditation.Pour un catholique la première condition pour travailler à l\u2019œcuménisme de façon efficace, c\u2019est d\u2019être un bon catholique.Il y a des gens qui ont des désirs personnels et manœuvrent pour les imposer.Cette phrase d\u2019Annie Perche-net m\u2019a intrigué: \u201cLa plupart des catholiques présents avaient dû jouer des coudes pour être là, je veux dire saisir l\u2019occasion, la bonne, l\u2019emportant parfois sur un ami malchanceux\u201d (181).Sans doute le Saint-Esprit peut se servir de ces opportunistes, mais leur action est sujette à caution.Les catholiques et les anglicans, dûment mandatés, nous laissèrent une quadruple consigne: l\u2019urgence d\u2019accomplir la volonté de Dieu, pénitence pour avoir laissé les divisions se maintenir, actions de grâces pour les résultats déjà acquis, décision d\u2019aller jusqu\u2019au bout dans la recherche et l\u2019accomplissement de la Volonté divine.52 RELATIONS AU SERVICE DU FRANÇAIS Ponctuation \u2014 2 Joseph d\u2019Anjou, S.J.Le point simple.\u2014 \u201cEn toute chose, il faut considérer la fin\u201d, suggère le bonhomme La Fontaine, philosophant à la manière d\u2019Aristote et de saint Thomas, comme M.Jourdain faisait de la prose: sans le savoir ou le vouloir.On commence toujours par le point final quand on parle de ponctuation.Voyez les dictionnaires et les grammaires.En réalité, il n\u2019y a pas un, mais des points.Et l\u2019on ne saurait traiter chacun de final.Certains, qu\u2019on appelle d\u2019exclamation, d\u2019interrogation, de suspension, ne terminent pas toujours une phrase.Au point final lui-même on donne plusieurs sens, l\u2019un figuré, les autres propres.Pour clore une discussion verbale, l\u2019interlocuteur las d\u2019ergoter ajoutera à l\u2019argument qu\u2019il croit décisif ou veut sans riposte: \u201cPoint\u201d, ou, afin d\u2019insister davantage: \u201cPoint final.\u201d Les Anglais se contentent de dire: \u201cPeriod.\u201d Inutile, alors, de rétorquer, tranche la personne qui recourt ainsi au point final.Mais au sens propre, le point final et simple désigne, dans l\u2019écriture, imprimée ou non, plusieurs sortes de fins: celles d\u2019un ouvrage, d\u2019une dictée donnée à des élèves ou à une sténographe, d\u2019une phrase dans laquelle se trouvent divers points, soit un point-virgule ou deux points, des points de suspension, d\u2019interrogation ou d\u2019exclamation.L\u2019usage du point simple, distinct des autres qui peuvent se placer au bout d\u2019une phrase, ne pose guère de difficulté.Il laisse même une bonne marge à la fantaisie.On l\u2019utilise d\u2019ordinaire après le dernier mot des phrases qu\u2019on juge complètes: phrases banales (quant à leur construction) ou complexes (si elles comptent un ou plusieurs signes de ponctuation).Exemples de phrases simples.Paul a vendu sa maison.L\u2019acheteur a versé comptant la somme de quinze mille dollars.Mais il ne pourra jouir de sa nouvelle propriété s\u2019il ne répare d\u2019abord la partie de la toiture que la foudre a endommagée.Exemples de phrases complexes.Avant la création de l\u2019homme, vivaient sur la terre, depuis cent, mille ou dix mille siècles, végétaux et animaux de toute espèce.\u2014 Qu\u2019as-tu décidé ?demanda Pierre, inquiet des sentiments de sa fiancée.Elle ne voulut pas répondre immédiatement; son front barré, son regard fuyant trahissaient de l\u2019angoisse; elle tapota nerveusement le livre resté ouvert sur la table du salon.\u2014 Quoi ! tu voudrais partir ?interrogea-t-il avec un accent d\u2019épouvante.Nombre d\u2019écrivains mettent souvent un point, pour eux final, après un ou quelques mots qui ne forment pas une phrase complète.Procédé de style par lequel ils visent à obtenir un effet ou à traduire une insistance, la confirmation de ce qui précède dans leur texte.Au théâtre, il ne s\u2019agit même pas de procédé; le dialogue naturel se déroule de cette manière: par monosyllabes ou par répliques syncopées, dont l\u2019auditeur perçoit les sous-entendus grâce à la mimique ou aux gestes de l\u2019acteur.Dans tous les romans, on peut lire des dialogues comme celui-ci: \u2014 Tu viens ?demanda René.\u2014 Non.\u2014 Qu\u2019est-ce qui te prend ?\u2014 Rien.\u201411 y a quelqu\u2019un dans le groupe dont la présence te déplaît, je parie.Thérèse haussa les épaules et soupira.\u2014 Dis.Je verrai si nous pouvons arranger les choses.\u2014 Bernard.\u2014 Bernard ?Je vous croyais très liés tous les deux.Il n\u2019y a là aucun procédé, au sens péjoratif du mot.Hors du dialogue, le procédé apparaîtrait évident si un auteur abusait de la même écriture elliptique ou heurtée.Exemple.Il connaissait la route.Sa Cadillac, suffisamment rodée, Paul la maîtrise comme une bicyclette.Même à une vitesse de cent milles à l\u2019heure, il ne craint rien.Rien.Mais Jacqueline, elle, ne cesse de trembler.D\u2019affolement.Orthographe et ponctuation.\u2014 Il y a des cas où le point simple concerne l\u2019orthographe, non la ponctuation.Sigles et abréviations ressortissent à l\u2019orthographe.Mettre ou omettre un point simple après une signature peut intéresser orthographe et ponctuation.Dans Au service de nos écrivains, le P.Poirier signale et propose la plupart des abréviations d\u2019usage courant.M.Dagenais, dans son Dictionnaire des difficultés de la langue française au Canada, s\u2019occupe des sigles et des abré- viations.En observant leurs directives, on a chance de ne pas fauter.Je note ici quelques détails seulement, parce que trop de gens les négligent ou les oublient.De plus, les Anglais ont leurs habitudes; elles diffèrent souvent des nôtres; il nous arrive de les imiter incongrûment.Distinguons d\u2019abord abréviations et sigles.Abréviations:\tMgr (monsei- gneur), Dr (docteur), Me (maître: titre d\u2019avocat), Mme (madame), Mlle (mademoiselle), av.(avenue), boul.(boulevard), d.ph.(docteur en philosophie), 1.th.(licencié en théologie), v.g.(vicaire général).Sigles, habituellement en majuscules: I.H.S.(Iesus, hominum salvator: Jésus, sauveur des hommes), O.N.U.(Organisme des Nations-Unies), S.S.J.B.(Société Saint-Jean-Baptiste), D.T.C.(Dictionnaire de Théologie catholique) .Première remarque.Des abréviations exigent le point; d\u2019autres, non.Dans les abréviations communes, avec point, on garde la première syllabe du mot et la première consonne de la syllabe suivante: av.(avenue), boul.(boulevard), juill.(juillet) .En abrégeant les titres, on met un point ou on n\u2019en met pas selon que l\u2019abréviation ne présente pas ou présente la dernière lettre du mot: M.(monsieur), Mgr (monseigneur), Mme (madame), Dr (docteur) .En anglais, toutes les abréviations s\u2019accompagnent d\u2019un point.Deuxième remarque.Des abréviations relatives aux mesures (de poids, de durée, etc.) s\u2019écrivent sans point, même si elles n\u2019ont que la première syllabe, même si on les traduit par une seule lettre: 6 pi 3 po (six pieds et trois pouces), 18 h 45 (dix-huit heures et quarante-cinq minutes) .Troisième remarque.Dans les ouvrages techniques ou savants, on transcrit parfois sans aucune ponctuation les abréviations et les sigles qui désignent des noms d\u2019auteurs, des titres d\u2019ouvrages, de revues, de périodiques, les sigles d\u2019organismes connus: Jo ou Jn (évangile de saint Jean), NRT (Nouvelle Revue théologique), OR (Osser-vatore Romano), ONU, UNESCO FÉVRIER 1969 53 LA TELEVISION JÆiitoiir des téléromans Émile Gervais, S.J.(qu\u2019on écrit quelquefois avec des minuscules: Unesco, parce que le sigle, d\u2019origine anglaise, forme un mot exprimable en français; ainsi pour notre Acelf:\tAssociation canadienne des Éducateurs de langue française).Orthographe, en somme, que tout cela.Mais ponctuation, l\u2019emploi ou l\u2019omission du point simple après la signature d\u2019une lettre, d\u2019un article de revue ou de journal.Distinguons encore.Si le nom de l\u2019auteur apparaît au début du texte, sous un titre reproduit, comme il se doit, sans point, on n\u2019a pas besoin de ponctuer.Exemple: L\u2019adolescent dans un foyer authentique Claire CAMPBELL Mais, à la fin d\u2019une lettre ou d\u2019un article, il convient (pour ma part, je pense qu\u2019il est nécessaire) d\u2019ajouter un point au bout du nom de l\u2019auteur.Constatez que notre revue garde cette règle dans la section des comptes rendus de livres et dans la rubrique \u201cAu fil du mois\u201d.Si l\u2019on ajoute S.J.après un nom d\u2019auteur, orthographe et ponctuation concourent, en ce sens que la virgule, après le nom, et le point final relèvent de la ponctuation, tandis que l\u2019orthographe commande les majuscules et les points propres au sigle S.J., qui désigne la Compagnie de Jésus.Sur l\u2019enveloppe, l\u2019adresse d\u2019une lettre peut se passer du point final, pourvu qu\u2019elle ne se termine pas par une abréviation.Maison Bellarmin 25, rue Jarry (Ouest) Montréal (351) Mais au début de la lettre que vous écrivez, vous reproduisez la même adresse avec virgules au bout des premières lignes et point final au bout de la dernière.De ce bref exposé, qu\u2019on veuille retenir surtout deux choses.Premièrement, le point simple a plusieurs significations; mais il marque toujours la fin d\u2019un ouvrage, d\u2019un discours, d\u2019une dictée, d\u2019une phrase (complète ou elliptique), d\u2019une signature.Deuxièmement, sans boucler toujours une phrase complète par elle-même, le point simple manifeste l\u2019arrêt d\u2019une pensée affirmative ou négative, la pause que requiert l\u2019expression d\u2019un sentiment ordinaire et précis.Les autres points \u2014 d\u2019exclamation, d\u2019interrogation, de suspension \u2014 comportent des nuances dont nous parlerons la prochaine fois.54 La télévision au Canada français fait appel depuis ses débuts aux auteurs de chez nous: elle souhaite qu\u2019ils fournissent les œuvres originales et conformes à notre génie particulier, en nombre suffisant pour remplir un horaire de plus en plus étendu.C\u2019est une aubaine et aussi une exigence.Les téléromans ont toujours eu parmi ces créations une place d\u2019honneur.Pendant des années, ils en furent même les vedettes.On se rappelle encore l\u2019emprise exercée sur une grande partie de la population par La Famille Plouffe de Roger Lemelin, Le Survenant de Germaine Guèvremont, Le Cap-aux-Sorciers de Guy Dufresne.Depuis, ils ont été supplantés dans la faveur du grand public par des œuvres comiques et dramatiques d\u2019une seule émission et surtout par les chansons de tout rythme et de toute couleur.Ils ont cependant conservé leurs partisans, moins nombreux peut-être mais aussi fidèles qu\u2019autrefois.Les téléromans que Radio-Canada a mis à l\u2019horaire de 68-69 posent à la réflexion quelques problèmes dont l\u2019étude nous permettra de mieux apprécier les émissions elles-mêmes.D\u2019abord, une question d\u2019ordre général: pourquoi la télévision d\u2019État a-t-elle seule inscrit des téléromans au programme de cette année?Télé-Métropole, qui prétend être sensible au moindre mouvement de la faveur populaire, considère-t-il ce genre d\u2019émissions passé de mode ?Il aurait tort.Radio-Canada a raison d\u2019estimer que les téléromans tiennent encore en haleine une clientèle pas du tout négligeable.Un mystère de longévité Prenons le téléroman de Claude-Henri Grignon, Les Belles Histoires des Pays d\u2019en-haut.À premièère vue, sa longévité tient du mystère.Voici une histoire qui revient au petit écran cha- que semaine depuis des années, après avoir ému quasi tout un peuple chaque soir à la radio pendant plus de vingt ans! Et, c\u2019est un fait, elle conserve toujours une haute cote d\u2019écoute.S\u2019il en était autrement, ni Radio-Canada ni les commanditaires ne la maintiendraient à l\u2019horaire et surtout ne lui feraient les honneurs de la double demi-heure et de la production en couleurs.À cette étonnante fidélité d\u2019un public, assez capricieux d\u2019ordinaire, ajoutez l\u2019incroyable persévérance de l\u2019auteur qui continue de produire des émissions dramatiques sur le même sujet après plus d\u2019un quart de siècle, alors que les auteurs les plus féconds après quelques années démissionnent complètement épuisés.Pourtant, à y regarder de plus près, l\u2019attachement du public actuel aux Belles Histoires ne paraît pas si inexplicable.Si l\u2019on établissait l\u2019âge moyen de ses partisans, on trouverait sans doute qu\u2019il se place aux environs de quarante ans.Or les gens de cette génération, et plus encore ceux de la précédente, sont tout près de leur jeunesse campagnarde ou des origines paysannes de leur famille.Tout ce qui rappelle ce passé leur tient à cœur: langage, coutumes, mœurs familiales, sociales ou politiques, dévotions et manifestations religieuses.Les clients des Belles Histoires trouvent tout cela dans leur émission préférée dans une atmosphère fortement dramatique.Ils se prennent d\u2019intérêt en particulier pour les personnages qu\u2019ils aiment revoir, malgré qu\u2019ils en détestent parfois les actions et le caractère.Personnages au reste joués avec grand art par nos meilleurs interprètes.Mais là n\u2019est pas, je crois, la raison profonde de la popularité constante des Belles Histoires.Elle réside dans les qualités dramatiques de l\u2019émission et dans son singulier pouvoir de renou- RELATIONS vellement.L\u2019auteur y déploie toutes les ressources de son talent.Don de camper des personnages en quelques traits vigoureux, de les faire vivre et s\u2019affronter.Il sait également modifier insensiblement ses personnages sans les défigurer.Ainsi, avec les années, Séraphin manifeste des qualités nouvelles de chef politique et de meneur d\u2019hommes, son avarice devient moins hargneuse et laisse percer un amour véritable pour Donalda, son épouse.Sous l\u2019influence de la vie conjugale, Alexis prend une conscience plus aiguë de ses responsabilités de père de famille et de citoyen; il triomphe du démon de la boisson et domine son tempérament toujours prêt à exploser au moindre choc.Par-dessus tout, Grignon a le talent de bâtir une intrigue autour d\u2019un fait ou d\u2019un thème central.Exemples.L\u2019épisode de l\u2019arrivée dans la paroisse d\u2019une fille publique et de son expulsion d\u2019autorité par Monsieur le maire Séraphin Poudrier, avec les réactions en chaîne des habitants de la localité, selon les lignes de force ou de faiblesse de leur tempérament.Surtout, le drame de la maladie qui conduisit Donalda aux portes de la mort.Toute la paroisse vit dans l\u2019angoisse et fait assaut de bonne volonté pour rendre tous les services possibles.Alexis et Séraphin se retrouvent unis par la même détresse d\u2019un commun amour, nostalgique et plein de vénération chez Alexis, brûlant et passionné chez Séraphin, jusqu\u2019à lui arracher des larmes et à triompher, dans un sursaut de générosité, de sa soif de l\u2019argent.Cette intrigue, Grignon trouve moyen de la renouveler et de la relancer au bon moment.Ainsi, il en a changé l\u2019orientation générale.Ce n\u2019est plus le drame de Séraphin qu\u2019on nous présente dans Un Homme et son péché, mais la chronique de son entourage et de son temps dans Les Belles Histoires des Pays d\u2019en-haut.Et l\u2019auteur varie le thème et le rythme de sa chronique par un fait nouveau ou par l\u2019introduction d'un personnage qui influence les destinées de la paroisse ou du canton.Innovations presque toujours heureuses.Une seule exception jusqu\u2019ici, mais d\u2019importance: l\u2019arrivée de l\u2019abbé Rau-din, ce jeune \u201cCuré d\u2019Ars\u201d égaré en pays de colonisation.Séraphin et ses FÉVRIER 1969 co-paroissiens ont grande peine à comprendre leur nouveau pasteur.D\u2019où cascade d\u2019événements et de réactions qui alimentent la chronique.Les spectateurs ne comprennent pas davantage et ne parviennent pas à avaler le nouveau personnage.Grignon est peut-être à même de se convaincre sur pièces qu\u2019il est fidèle à l\u2019histoire et qu\u2019il y eut chez nous de tels prêtres.Le public ordinaire n\u2019a pas les moyens de se faire une telle conviction.D\u2019ailleurs, le vrai n\u2019est pas toujours vraisemblable.Pour le spectateur, un tel curé, étranger à toutes préoccupations matérielles et uniquement occupé de réalités intellectuelles et spirituelles, en pays de colonisation à la rude époque du Curé La-belle, est une invraisemblance et un défi au bon sens.L\u2019interprétation donnée au rôle par l\u2019acteur n\u2019est pas de nature à le rendre sympathique: sérénité marmoréenne sans vibration humaine, ton monocorde, regard sans éclat.L\u2019artiste, dont le talent est bien connu, ne serait-il pas victime d\u2019une erreur de distribution?Des images fidèles de notre société?C\u2019est un problème apparemment étranger à la critique de télévision que soulèvent les deux téléromans, Rue des Pignons, du regretté Louis Morisset et Paradis terrestre, de Réginald Boisvert: présentent-ils des images fidèles de notre société ?Cette question surgit naturellement à l\u2019esprit quand on voit que la publicité officielle de Radio-Canada proclame Paradis terrestre \u201cune reconstruction de la vie en banlieue\u201d et qu\u2019elle présente Rue des Pignons comme la peinture de la \u201cvie quotidienne des familles ouvrières habitant un quartier populaire de la métropole.\u201d À en croire nos deux téléromans, il n\u2019y a pas chez nous de grandes différences entre les milieux populaire et bourgeois.On y parle la même langue, plus châtiée chez les femmes.Les maisons sont également meublées dans un luxe qui correspond au revenu ou aux prétentions des habitants.Les parents partagent les mêmes inquiétudes devant l\u2019émancipation de leurs enfants.Ceux-ci, garçons et filles, s\u2019amusent aux mêmes jeux du flirt et de l\u2019amour naissant.Dans les deux téléromans, une famille chrétienne, unie dans la joie et la peine, brille et se détache sur la grisaille de foyers plus ou moins exemplaires.Pourtant, selon les mêmes téléromans, des différences profondes séparent ces deux classes de notre société.Il suffit de comparer les deux familles qui sont au centre de chacune des histoires.Au Paradis terrestre, c\u2019est la dynastie Damphouse et surtout le couple Gilles et Gaétane Damphouse.Les autres membres de la dynastie ne partagent pas tous les vices du couple, mais ils en subissent la mauvaise influence et suivent son sillage, malgré eux parfois.Aux yeux de Gilles, l\u2019argent est tout.Pour le conquérir, il ne recule devant aucune intrigue ou combine.Gaétane, l\u2019épouse négligée, tâche d\u2019oublier sa solitude dans des conquêtes d\u2019un autre genre.Le foyer est depuis longtemps brisé et l\u2019amour conjugal, éteint.Peu importe: on s\u2019inquiète seulement de sauver les apparences.Sur la Rue des Pignons, nous trouvons la famille Jarry, ses enfants si sympathiques, surtout la mère au cœur simple et fort, au dévouement sans défaillance.L\u2019intrigue tourne autour de ce foyer où règne l\u2019amour, autour de la vie personnelle et sentimentale des enfants plus âgés, en particulier de l\u2019aînée, Jeanine.On a pu dire des personnages du téléroman qu\u2019 \u201cils se distinguent.par leur gentillesse\u201d.C\u2019est chez eux l\u2019écho de la bonté et de la grandeur de leur sentiments.Louis Morisset a donné à ses héros quelque chose de sa délicatesse et de sa grandeur d\u2019âme.Tout comme dans ses œuvres antérieures à la radio et à la T.V., il exalte dans Rue des Pignons l\u2019amour et le tranquille courage de la mère de famille.S\u2019il faut en croire les deux téléromans, les classes de notre société se ressemblent par bien des points.La principale différence qui les distingue, d\u2019ordre moral, est nettement à l\u2019avantage des milieux populaires.On voit alors l\u2019intérêt de la question: cette peinture est-elle une image fidèle de notre société ?Aux sociologues de le dire.À la recherche de son identité Le benjamin des téléromans, Les Martin, a débuté au petit écran, le 2 octobre 1968.Je me promettais de 55 LE THEATRE \"Ja Yl.it
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.