Relations, 1 mai 1973, Mai
[" MONTRÉAL NUMÉRO 382 CPQ-PQ: la bataille des manifestes entre le Conseil du patronat du Québec et le Parti québécois \u2014 Irénée Desrochers OUI A LA VIE! les handicapés dans la famille humaine \u2014 Julien Harvey les USA et l\u2019avortement libre \u2014 Marcel Marcotte ONU 1974: les problèmes de population les politiques « implicites » d\u2019Ottawa en matière de population \u2014\tGuy Bourgeault LE RAPPORT GENDRON et sa demi-révolution .tranquille \u2014\tRichard Arès \u201cKAMOURASKA\u201d Anne Hébert ou Claude Jutra .ou Michel Brault ?\u2014 Yves Lever \u2014relations______________________________________ revue du mois publiée par un groupe de membres de la Compagnie de Jésus COMITÉ DE RÉDACTION : Irénée Desrochers, directeur Guy Bourgeault, secrétaire Richard Arès, Albert Beaudry, René Champagne, Jacques Chênevert, Gabriel Dussault, Michel Dussault, Julien Harvey, Marcel Marcotte, Yves Vail-lancourt.ADMINISTRATION : Albert PLANTE RÉDACTION, ADMINISTRATION \u2022! ABONNEMENTS : 8100, boul.Saint-Laurent, Montréal 351 \u2014 tél.: 387-2541.PUBLICITÉ et RELATIONS PUBLIQUES : Pauline HOULE, C.P.565, Station « H », Montréal 107.Tél.: 387-2541.numéro 382 mai 1973 SOMMAIRE Le CPQ et le PQ La bataille des manifestes: le Conseil du patronat du Québec et le Parti québécois.Irénée Desrochers 131 Oui à la vie ! L\u2019aventure évangélique aujourd\u2019hui \u2014 à propos d\u2019un livre récent de Jean Vanier.Julien Harvey 135 Le Rapport Gendron (111) Le Rapport Gendron et ses recommandations pour faire du français la langue de travail au Québec .Richard Arès 136 Église et politique La survivance du Canada et l\u2019Église .Raymond Lemieux 140 Dossier Avortement La Cour suprême des États-Unis et l\u2019avortement libre Marcel Marcotte 144 ONU 1974 Les politiques « implicites » d\u2019Ottawa en matière de population.Guy Bourgeault 149 Billet Visions de mai.Paul Fortin 152 Chroniques Littérature: Un cercle enchanté \u2014 l'Élan d'Amérique, d\u2019André Langevin.Gabrielle Poulin 153 \u2014 Poètes d\u2019hier et d\u2019avant-hier (2) .\t.René Dionne 158 Théâtre: Rire.ou ne pas rire ?Georges-Henri d\u2019Auteuil 155 Cinéma: Kamouraska, un film de Claude Jutra .Yves Lever 157 Ouvrages reçus.143 Relations est une publication des Éditions Bellarmin.Prix de l\u2019abonnement: $7 par année.I^e numéro: 75g.M.Jean-Robert Gendron est autorisé à solliciter des abonnements pour la revue.Relations est membre de Y Audit Bureau of Circulations.Ses articles sont répertoriés dans le Canadian Periodical Index, publication de l\u2019Association canadienne des Bibliothèques, et dans le Répertoire canadien sur l\u2019éducation.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.Courrier de la deuxième classe \u2014 Enregistrement no 0143.Nouveautés HAUTS FAITS DU CANADA FRANÇAIS relevés et commentés par des Anglophones par SÉRAPHIN MARION de la Société royale ISBN-0-7766-1301-4 15 x 22 cm., 208 pages \u2014 Prix: $4.80 DU LANGAGE A.Martinet et M.Merleau-Ponty par GHYSLAIN CHARRON ISBN-0-7766-1011-2 15,5 x 23,5 cm., 200 pages \u2014 Prix : $4.50 ANTOINE DU PERIER LES AMOURS DE PISTION ET DE FORTUNIE Texte critique avec Introduction et Notes par ROMÉO ARBOUR ISBN-0-7766-4152-2 15 x 22 cm., 152 pages \u2014 Prix: $3.75 En vente chez votre libraire et aux : ÉDITIONS DE L\u2019UNIVERSITÉ D\u2019OTTAWA Ottawa, Ontario, Canada, K1N 6N5 un peu plus par-ci.Çü donne un peu plus par-là.\tbeaucoup plus avec laBCN LESE Banque Canadienne Nationale 130 La bataille des manifestes le Conseil du patronat du Québec et le Parti québécois par Irénée Desrochers\tDes escarmouches Je me proposais de poursuivre sereinement l\u2019étude des problèmes abordés par le manifeste du Conseil du patronat du Québec (CPQ), Détruire le système actuel ?C\u2019est à y penser (oct.1972).On en a si peu parlé au Québec qu\u2019il est passé à peu près inaperçu; mais son importance relative, au moins a priori, à cause de l\u2019importance même des forces que veut représenter le CPQ, était demeurée intacte à mes yeux.Les centrales syndicales, CSN, FTQ, CEQ, avaient publié, chacune, leur manifeste.Le CPQ, trouvant que « bon nombre de penseurs marxistes québécois s\u2019en prennent au régime d\u2019entreprise privée » (son manifeste, p.50), invitait la population à y penser deux fois avant de détruire le système économique actuel.Manifeste contre manifestes, voilà qui promettait une session d\u2019étude assez utile, sinon agréable, d\u2019autant plus que M.Jean Gérin-Lajoie, directeur des métallos et vice-président de la FTQ, avait participé à la mêlée en publiant, en août dernier, une longue déclaration-manifeste intitulée « Le syndicalisme québécois à la recherche d\u2019une orientation » 1.Mais le CPQ a décidé d\u2019élargir le champ de bataille.Le Parti Québécois avait publié, à peu près en même temps que le CPQ publiait le sien, un manifeste intitulé Quand nous serons vraiment chez nous, préparé par le Conseil exécutif du PQ, en vue du congrès national du parti.Ce congrès du PQ ayant eu lieu à la fin de février dernier, le CPQ était prêt à mener une attaque contre le manifeste de l\u2019Exécutil du PQ et certaines résolutions votées à ce congrès national du parti.1.Jean Gérin-Lajoie, « Où va le syndica- lisme québécois ?», Le Devoir, 21 et 22 août 1972; Le Métallo, août 1972.Ce fut donc la conférence présentée à la Chambre de commerce de Montréal par M.Charles Perrault, président du CPQ, le 20 mars, une semaine exactement après celle qu\u2019avait faite à la même tribune M.René Lévesque, chef du PQ2.Dans un éditorial du Devoir, le 22 mars, M.Claude Ryan exprimait l\u2019avis que M.Charles Perrault avait fait une lecture superficielle et incomplète du programme du PQ, quand il n\u2019en faussait pas carrément le sens.L\u2019intérêt de ce débat s\u2019est mis à grandir à partir du moment où M.Perrault adressa une longue réponse à M.Ryan, parue dans le Devoir du 27 mars.Une première lecture rapide de cette réponse, contenant plusieurs citations assez longues, pouvait, en effet, laisser l\u2019impression que cet éditorialiste s\u2019était peut-être fait, comme on dit, « rentrer un coin ».Cela promettait de devenir vraiment intéressant: M.Ryan allait certainement répondre ! Avant de m\u2019engager plus à fond, au centre de la vraie bataille des manifestes, dans l\u2019étude plus sérieuse du manifeste publié par le Conseil du patronat lui-même, il valait donc la peine d\u2019examiner ces récentes escarmouches.Le retour au texte même du manifeste de l\u2019Exécutif du PQ et des résolutions votées au dernier congrès national du parti permet de relire, d\u2019un œil beaucoup plus attentif, les attaques de M.Perrault contre certaines positions du PQ, et surtout sa réponse à M.Ryan.Il est question de la nationalisation des banques à charte privées.Dans sa réponse à M.Ryan, M.Perrault donne une longue citation d\u2019environ vingt lignes tirée des pages 81-82 du manifeste du PQ.(Il n\u2019y a qu\u2019une seule édition de ce manifeste; nous avons donc la même édition que M.Per- Je distingue ici bien nettement les questions de fond elles-mêmes de la façon d\u2019argumenter qu\u2019utilise ici et là M.Perrault.Pour ce qui est des questions de fond, il est inévitable que je veuille plus tard en aborder quelques-unes; cette fois, je veux m\u2019en tenir, pour mieux apprendre à lire les textes du CPQ, à relever seulement quelques exemples du style d\u2019attaque de M.Perrault.M.Ryan avait donc reproché à M.Perrault de n\u2019avoir pas informé objectivement son auditoire et le publie.Il lui signalait un certain littéralisme qui incline à dramatiser des bouts de textes isolés du cadre général dans lequel ils s\u2019inscrivent.Surtout, il ajoutait: « Lorsque ce littéralisme va jusqu\u2019à tronquer les textes et à leur faire dire des choses qui ne s\u2019y trouvent point, il perd toute crédibilité.» M.Perrault s\u2019était donc fait dire, bien explicitement, le danger de « tronquer les textes ».Très malheureusement, même après cette remarque de M.Ryan, M.Perrault, se fiant peut-être trop aux ciseaux de ses secrétaires et assistants, a cité de façon fort curieuse certains textes du PQ, dans la réponse qu\u2019il a voulu faire à M.Ryan.Le lecteur jugera lui-même si ces textes ont été tronqués, si leur sens a été changé.Remarquons bien qu\u2019il ne s\u2019agit pas ici, immédiatement, de la valeur des positions présentes ou futures soit du PQ soit du CPQ; il s\u2019agit, en toute hypothèse, de la valeur du type d\u2019argumentation utilisé ici et là par M.Perrault.rault.) Voici cette citation au complet; le texte en caractère ordinaire est celui qu\u2019a présenté M.Perrault à ses lecteurs; les parties du texte qui sont en italique sont celles que M.Perrault a supprimées.Il est certes permis et, dans bien des cas, même louable, d\u2019omettre des passages, afin de ne pas Premier exemple MAI 1973\t13! surcharger la lecture, pourvu que ces omissions n\u2019aient pas de conséquence pour le sens du passage, ni pour la ligne d\u2019argumentation qu\u2019on veut en tirer.Quel est ici le cas ?.Il serait également utile que le gouvernement du Québec acquierre [ici M.Perrault corrige une faute de français en mettant « acquière »] le contrôle d\u2019une ou deux de ces banques à charte, parmi les plus importantes, afin que cette ou ces banques [M.Perrault spécifie en ajoutant « à charte »] puissent, en particulier, servir à changer les règles de la concurrence si le besoin s\u2019en fait sentir.Enfin, on peut songer à laisser l\u2019une ou l\u2019autre des banques sous contrôle d\u2019intérêts privés non communautaires, si tant est que l\u2019on veuille maintenir une certaine variété de formules et d\u2019attitudes dans un domaine aussi stratégique que le crédit.De plus, il est important de réserver une partie minoritaire du capital-actions des banques au petit épargnant, et une autre à la Caisse de Dépôt.Le contrôle réel, lui, se partagera dans la plupart des cas entre les organismes communautaires d\u2019épargne et l\u2019Etat.Ainsi se trouvera rapatrié d\u2019un coup tout le cœur du système financier, sur lequel le contrôle sera désormais exercé par les pouvoirs publics, les coopératives d\u2019épargne et les citoyens, dans des proportions qui varieront selon les institutions.Ne nous faisons d\u2019ailleurs aucune illusion sur le rôle que pourrait jouer, à la limite, le quart du capital-actions détenu à l\u2019étranger.Face à un contrôle solidement établi au Québec, il sera vraisemblablement mis en vente.Il ne présenterait, en effet, plus guère d\u2019intérêt pour son détenteur.[3] Une telle transformation du système bancaire n\u2019exigera pas des sommes considérables.La nationalisation pure et simple de tout le système bancaire coûterait moins que le montant de la nationalisation des compagnies d\u2019électricité en 1962.Comme la Caisse de Dépôt est déjà un actionnaire important de toutes les banques à charte, que les Caisses Populaires ont déjà une partie appréciable du capital-actions d\u2019une d\u2019entre elles, et compte tenu des propositions ci-dessus, il devient évident que le coût pour l\u2019Etat québécois de la transformation [ici le mot transformation est remplacé par « l\u2019opération »] suggérée serait moins cher qu\u2019un barrage de taille moyenne de l\u2019Hydro-Québec.(pp.81-82.) Dans sa présentation personnelle du texte qu\u2019il va citer, M.Perrault parle de nationalisation pure et simple de tout le système bancaire.Le manifeste, lui, parle de laisser l\u2019une ou l\u2019autre des banques sous contrôle d\u2019intérêts privés non communautaires, si tant est que l\u2019on veuille maintenir une certaine variété de formules et d\u2019attitudes dans un domaine aussi stratégique que le crédit; mais M.Perrault supprime en entier ce paragraphe.En plus de son importance propre, ce pas- sage particulier qui est omis pourrait éclairer le lecteur pour qu\u2019il comprenne plus facilement ce qui va suivre.Le manifeste parle, au conditionnel, de ce que « coûterait » la nationalisation pure et simple de tout le système bancaire; M.Perrault garde forcément le conditionnel dans le corps de cette longue citation, mais il le supprime dans son propre texte où il présente cette citation, laissant ainsi l\u2019impression au lecteur que le manifeste du PQ, à l\u2019affirmatif, parle plus précisément de « nationalisation (c\u2019est M.Perrault qui souligne) pure et simple de tout le système bancaire ».Certainement que le manifeste en parle, mais au conditionnel, dans le but de donner une perspective générale permettant d\u2019évaluer un peu le coût de la transformation particulière que prône le manifeste; il peut s\u2019agir d\u2019une « opération », mot qu\u2019on trouve dans la version de M.Perrault, mais pas dans le sens qu\u2019il s\u2019agirait en fait, dans l\u2019intention des auteurs du manifeste, d\u2019une opération Il s\u2019agit, cette fois, de la façon de voir le rôle du gouvernement.Dans sa réponse à M.Ryan, M.Perrault est en train de tirer sa conclusion finale.Il écrit: « Quand je lis finalement dans le manifeste .le gouvernement est partout devenu le surveillant, le régulateur et en fait le responsable du fonctionnement de l\u2019économie (manifeste, p.55) je ne peux qu\u2019en conclure qu\u2019un pareil encadrement n\u2019offre pas grand chose de bon pour l\u2019avenir de l\u2019entreprise privée au Québec.» Que comprendront nombre de lecteurs en lisant cette citation du manifeste du PQ, telle que présentée par M.Perrault ?Vu la façon dont M.Perrault encastre cette citation particulière dans sa propre conclusion, à savoir qu\u2019il ne peut qu'en conclure (de ce rôle du gouvernement) qu\u2019un pareil encadrement n\u2019offre pas grand chose de bon pour l\u2019avenir de l\u2019entreprise privée au Québec, beaucoup de lecteurs seront portés à croire que, dans cette citation du manifeste, il s\u2019agit de l\u2019application suivante: le gouvernement (constitué par le PQ au pouvoir dans un Québec indépendant) est partout (c\u2019est-à-dire dans tous les secteurs et recoins de l\u2019économie du Québec) devenu le surveillant, le régulateur et en fait le responsable de l\u2019économie d\u2019achat global de tout le système.La phrase dans laquelle le manifeste parle, non au conditionnel, mais au futur, donc à l\u2019affirmatif, de la transformation particulière que le manifeste a décrite longuement plus haut (cette phrase est la suivante: « Une telle transformation du système bancaire n\u2019exigera pas des sommes considérables »; c\u2019est moi qui souligne), cette phrase-là, M.Perrault l\u2019a tout simplement biffée.M.Perrault donne certainement l\u2019impression qu\u2019il veut ainsi nous faire croire que le manifeste du PQ prône tout simplement la nationalisation pure et simple de tout le système bancaire.Encore une fois, il ne s\u2019agit pas ici de la valeur même des positions du PQ ou de celles de M.Perrault, mais de la façon dont il argumente.A la fin de cette longue citation abrégée comme l\u2019on sait, M.Perrault ajoute candidement: « Je n\u2019argumente pas.Je lis simplement le manifeste du PQ.» (comme si le Québec indépendant deviendrait, à ce point de vue du rôle du gouvernement, une exception à côté d\u2019autres pays comme les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France, etc.).Il suffit de donner au complet la citation utilisée par M.Perrault, pour voir que le sens est tout autre.Le manifeste dit en effet: A une époque où le gouvernement est partout devenu le surveillant, le régulateur et en fait le responsable du fonctionnement de l\u2019économie, cette attitude [le 2.\t« René Lévesque aux hommes d\u2019affaires: Arrêtez de faire peur au monde ! », Le Devoir, 14 mars 1973, p.3.\u2014 « Selon le président du Conseil du patronat, le programme économique du PQ marquerait l\u2019arrêt de mort de l\u2019entreprise au Québec », Le Devoir, 21 mars 1973; d\u2019assez larges extraits de cette conférence de M.Perrault furent publiés dans Le Devoir, 22 mars 1973, p.5; voir aussi la réponse que fit M.René Lévesque à la conférence de M.Perrault, « René Lévesque conteste les faits allégués par le président du CPQ », Le Devoir, 22 mars 1973, p.2.3.\tLes deux dernières phrases, au sujet du « quart du capital-actions détenu à l\u2019étranger », s\u2019expliquent par un passage donné plus haut, à la page 80 du manifeste: « La première [démarche] serait de transcrire dans la législation du Québec les dispositions de la loi fédérale prescrivant qu\u2019un actionnaire ne peut être propriétaire de plus de 10%, et que les non-résidents ne peuvent ensemble disposer de plus de 25% du capital-actions d\u2019une banque à charte.» Deuxième exemple 132 RELATIONS .\u2014__\u2014\t\"\" \u2014.\u2014 - contexte indique qu\u2019il s\u2019agit de « mentalité de colonisé » et de l\u2019acceptation de nos « rois nègres »] est sans doute la cause principale du retard à moderniser et à réorganiser celle du Québec.(C\u2019est moi qui souligne.) Le texte du manifeste veut donc dire: à une époque où le gouvernement est partout devenu, c\u2019est-à-dire dans tous les pays modernes, tels les Etats-Unis et les pays de l\u2019Europe de l\u2019Ouest dont il est question au bas de cette même page 55; partout, c\u2019est-à-dire « dans toute société contemporaine » où l\u2019Etat remplit « ce rôle de moteur central » (voir p.22 du manifeste); partout devenu le surveillant, le régulateur et en fait le responsable du fonctionnement de l\u2019économie, c\u2019est-à-dire que dans ces pays modernes, tels les Etats-Unis et les pays de l\u2019Europe de l\u2019Ouest, les centres de décision majeurs de Y économie (nous sommes dans un chapitre où il est question de l\u2019économie générale du Québec, et non d\u2019abord de l\u2019entreprise elle-même) sont à l\u2019intérieur même de ces sociétés, alors que, dans le cas du Québec, ces décisions découlant des centres de décision majeurs sont presque toutes prises à l\u2019extérieur de la société québécoise (p.54).Du point de vue particulier dont il est question dans cette citation, c\u2019est-à-dire du rôle du gouvernement, le manifeste du PQ demande donc que le Québec soit comme ces autres pays modernes et cesse d\u2019être une exception.Faudrait-il croire que, à l\u2019avis de M.Perrault, l\u2019encadrement qui existe dans des pays comme les Etats-Unis et les pays de l\u2019Europe de l\u2019Ouest n\u2019y offre pas grand chose de bon pour l\u2019avenir de l\u2019entreprise privée ?Dans le paragraphe d\u2019où les deux lignes en question sont extraites, il s\u2019agit, immédiatement, d\u2019un énoncé de principe général, et non pas des applications diverses et discutables qui pourront ou pourraient en être faites.En tant que tel, cet énoncé de principe général, par rapport au rôle de l\u2019Etat intervenant dans le fonctionnement de l\u2019économie, est passablement répandu au Québec, et probablement admis par plus d\u2019un patron ou dirigeant d\u2019entreprise.Ce phénomène de psychologie sociale est dû, en partie, au fait que, depuis bien des années, dans le milieu du Québec, certains passages de Qua-dragesimo anno et de Mater et magis- 4.\t« Le pouvoir aux travailleurs ?Le PQ répond: oui, non, non, oui », Le Devoir, 26 février 1973, p.7.5.\tArthur Bédard, « Des propos qui donnent raison à René Lévesque », Le Devoir, 11 avril 1973, p.4.MAI 1973 tra, pour ne pas parler d\u2019autres textes des Papes, ont flotté pour ainsi dire dans l\u2019air que nous respirons.Il n\u2019est peut-être pas inutile d\u2019en citer l\u2019un ou l\u2019autre, vu la façon dont M.Perrault a utilisé cette citation de deux lignes qu\u2019il a tirée du manifeste du PQ.Quand on dit que le gouvernement est partout devenu, pour affirmer qu\u2019il doit donc devenir au Québec aussi, « le surveillant, le régulateur et en fait le responsable du fonctionnement de l\u2019économie », est-on si loin de Quadra-gesimo anno ?Pie XI décrit les deux aspects, négatif et positif, du principe de subsidiarité: il rappelle que « l\u2019objet naturel de toute intervention en matière sociale est d\u2019aider les membres du corps social, et non pas de les détruire ni de les absorber » (n.87), et il ajoute que l\u2019autorité publique pourra dès lors assurer plus librement, plus puissamment, plus efficacement les fonctions qui n\u2019appartiennent qu\u2019à elle, parce qu\u2019elle seule peut les remplir: diriger, surveiller, stimuler, contenir, selon que le comportent les circonstances ou l\u2019exige la nécessité (n.88).Est-on si loin de la pensée de Mater et M agis tra ?Jean XXIII y écrit au n.53: Cette intervention de l\u2019Etat pour encourager, stimuler, coordonner, suppléer et intégrer s\u2019appuie sur le principe de subsidiarité, formulé par Pie XI dans l\u2019encyclique Quadragesimo anno (et suit une citation de QA, n.86).Jean XXIII, sans doute, fait précéder et suivre ce passage de paragraphes où il cherche à décrire un équilibre entre l\u2019initiative privée et l\u2019intervention des pouvoirs publics en matière économique (nn.51 et 52); il insiste cependant: Il est vrai que, de nos jours, le développement des sciences et des techniques offre aux pouvoirs publics de plus amples possibilités de réduire les déséquilibres entre les divers secteurs de l\u2019économie, entre les différentes régions d\u2019un même pays et même entre les diverses nations du monde.Il permet aussi de limiter les désordres consécutifs aux fluctuations de la conjoncture et de mettre en œuvre des remèdes efficaces pour empêcher le chômage massif.C\u2019est pourquoi on demande avec insistance aux pouvoirs publics, responsables du bien commun, d\u2019exercer dans le domaine économique une action plus variée, plus vaste et mieux ordonnée qu\u2019autrefois, et d\u2019adapter à cette fin leurs institutions, leurs organes, leurs moyens et leurs méthodes (n.54).M.Perrault sera peut-être sur un terrain plus solide, s\u2019il s\u2019en prend à d\u2019autres passages du manifeste du PQ, surtout quand il est question de diverses applications de principes généraux; mais sa façon d\u2019utiliser ces quelques lignes du manifeste où il est question d\u2019un énoncé de principe général sur le rôle de l\u2019Etat l\u2019a placé sur un terrain un peu trop glissant.Encore une fois, les ciseaux qui ont servi à couper le début de la citation sont de trop sur le pupitre de ses secrétaires.Un débat public nécessaire Ces malheureux exemples de citations « retravaillées » donnent l\u2019impression que le dialogue avec M.Perrault peut être une expérience assez difficile.Peut-être va-t-il ainsi jusqu\u2019à briser lui-même ce dialogue: c\u2019est un fait que M.Ryan n\u2019a pas répondu à sa réponse.M.Perrault a pourtant des points de vue importants à faire valoir.On aimerait, dans le débat public qui devrait avoir lieu, le voir défendre ces points de vue, avec une habileté de bon aloi, particulièrement sur l\u2019application de certains principes généraux à la situation historique du Québec.Une plus grande confiance en ces valeurs que représente la fonction d\u2019entrepreneur et de dirigeant d\u2019entreprise privée, à la condition, difficile à réaliser, que l\u2019efficacité économique de celle-ci et sa finalité sociale soient toutes deux respectées, aiderait à rendre le dialogue plus calme et plus assuré.La peur énerve et demeure mauvaise conseillère.Le Parti Québécois, de son côté, peut craindre de faire peur à un trop grand nombre d\u2019électeurs, avec certaines de ses résolutions, telle cette première résolution sur le pouvoir des travailleurs dans l\u2019entreprise, que le congrès national a d\u2019abord effectivement votée, puis, à la demande de certains membres de l\u2019Exécutif du parti, a finalement rejetée, samedi soir le 24 février dernier 4.Mais il y a malheureusement un peu trop de vrai, \u2014 comme le concédait aussi un représentant du monde patronal6, \u2014 dans la remarque cinglante que M.René Lévesque avait faite aux hommes d\u2019affaires, lors de sa conférence à la Chambre de commerce de Montréal: « Arrêtez de faire peur au monde ! » Il est évident que le PQ est en recherche sur les modalités de participation dans la vie économique au niveau de l\u2019économie du Québec et au 133 niveau de l\u2019entreprise.Dans les résolutions du dernier congrès national du PQ et même dans le manifeste 6 de son Conseil exécutif, il y a, au-delà des fautes de style, assez de passages restés obscurs, assez de problèmes complexes qui sont fort discutables, et d\u2019ailleurs fort discutés au sein même de ce parti politique, pour que le Conseil du patronat du Québec ait ample matière à poursuivre un dialogue vigoureux et éclairant.Le public ne demande pas mieux.A M.Ryan qui affirmait que « les secteurs qui demeureraient ouverts à l\u2019initiative privée sous un régime pé-quiste seraient, du moins d\u2019après les indications actuelles, plus nombreux et plus importants que ne veut le faire croire M.Perrault », ce dernier he ferait plus, je crois, la demande suivante, vraiment trop globale: « Mais indiquez-moi, je vous prie, dans le manifeste du PQ et dans les résolutions du congrès de février dernier, sur quoi vous basez cette affirmation.» Une Changement ou « no change » ?lecture beaucoup plus attentive, moins alarmiste, de l\u2019ensemble des textes du PQ, ferait découvrir le rôle qui, dans la pensée actuelle du PQ, est départi à l\u2019entreprise privée.Cette découverte se fera sans doute à travers des accents que veut mettre ailleurs le parti, pour mieux protéger ce qui lui paraît le bien commun supérieur.Les membres du CPQ pourraient assez facilement fournir cet effort de lecture, s\u2019ils reconnaissaient d\u2019abord que nous en sommes tous là: les différentes parties prenantes, on le sait, ont chacune leur chanson, et chacune y va de ses propres accents, le CPQ comme les autres, d\u2019ailleurs.Le texte de la répohse de M.Perrault à M.Ryan semble l\u2019indiquer assez.La lecture du manifeste du CPQ lui aussi suppose pour bien des lecteurs, très habités par le souci du progrès social et des exigences du bien commun général, et qui viennent d'autres horizons que celui du CPQ, toute une acclimatation et même un effort de lecture, à travers les accents que met le CPQ sur la liberté et l\u2019efficacité de l\u2019entreprise privée.Il faudrait aborder des questions de fond pour discuter de la valeur de l\u2019affirmation suivante de M.Perrault: « Le PQ nous présente une vision de la grande entreprise privée qui n\u2019est guère conciliable avec l\u2019entreprise privée telle que nous la connaissons au Québec à l\u2019heure actuelle » (c\u2019est moi qui souligne).Disons simplement que non seulement, dans le grand public, bien des gens pensent que la grande entreprise « telle que nous la connaissons au Québec à l\u2019heure actuelle » doit changer, et que, pour eux, cela crève les yeux, mais que bien des Canadiens français du Québec qui sont des patrons, des dirigeants d\u2019entreprise et des cadres importants le pénsent également.L\u2019un d\u2019eux, M.Arthur Bédard, ancien président du Centre des dirigeants d\u2019entreprise et l\u2019un des promoteurs de la fondation du CPQ, vient d\u2019exprimer cet avis, dans la réponse qu\u2019il vient d\u2019adresser à M.Perrault7.Le Centre des dirigeants d\u2019entreprise n\u2019est probablement pas, lui non plus, entièrement satisfait de certaines positions du PQ, mais, au lieu de se rabattre sur l\u2019entreprise privée « telle que nous la connaissons au Québec à l\u2019heure actuelle », il se permettait à son récent congrès, en décembre der- nier, d\u2019étudier un programme d\u2019action du patronat pour transformer de façon pratique l\u2019entreprise en un instrument au service de la société 8.Par la conférence et surtout la réponse de M.Perrault, le CPQ vient de projeter une image d\u2019immobilisme, alors que d\u2019autres mouvements patronaux, au Québec et en Europe, non seulement prennent conscience de nouvelles aspirations et reconnaissent avec réalisme qu\u2019il y a de nouveaux pouvoirs, mais se posent des questions fondamentales et se mettent à la recherche d\u2019un nouvel équilibre, pour plus de progrès économique et social.La révélation qu\u2019a faite M.Arthur Bédard 9 au sujet des sources de financement du CPQ explique peut-être, pour une bonne part, l\u2019attitude du CPQ: environ 94% de ses dépenses sont payées, non pas par des associa-t/om'-membres, mais par un certain nombre d'entreprises.Sans plus de renseignements permettant d\u2019analyser les chiffres dans le détail, on peut, en effet, soupçônner, jusqu\u2019à preuve du contraire, que le plus grand nombre des Canadiens français qui paient se retrouvent dans ces associations-membres, où ils représentent une part relativement modeste du pouvoir économique global dans le Québec, et que, dans les entreprises en question (qui paient 94% du budget à elles seules), domine, de façon générale, on s\u2019en doute, l\u2019influence du pouvoir économique des anglophones et du pouvoir économique des capitaux étrangers.Cette hypothèse vraisemblable ne ferait, évidemment, que renforcer la position que le PQ et d\u2019autres soutiennent, au sujet de la nécessité d\u2019une intervention, dans l\u2019économie du Québec, de la part de la société québécoise, et particulièrement de sein principal instrument, le gouvernement du Québec.Ceci dit, en attendant la réponse savoureuse que le CPQ fera peut-être à M.Arthur Bédard, j\u2019essaie de me remettre, cette fois, à l\u2019étude du manifeste du Conseil du patronat du Québec, avec autant de sérénité qu\u2019aupara-vant.19 avril 1973.6.\tCe manifeste n\u2019est pas une position officielle du Parti lui-même, comme le sont les résolutions votées au dernier congrès national; c\u2019est un texte important, sans doute, mais qui reste un instrument de réflexion préparé par le Conseil exécutif, en vue de ce congrès.7.\tArthur Bédard, Le Devoir, 11 avril 1973, p.4.8.\t« Le CDE propose un programme d\u2019action sociale au patronat », La Presse, 8 déc.1972,\tp.D-l.9.\tArthur Bédard, Le Devoir, 11 avril 1973,\tp.4.134 RELATIONS L\u2019AVENTURE ÉVANGÉLIQUE AUJOURD\u2019HUI \u2022 à propos d\u2019un livre récent de Jean Vanier: Ouvre mes bras (Paris, Fieurus, 1973, 157 pages).\u2022 à l\u2019occasion de la Journée nationale pour le respect de la vie, le 20 mai 1973 : les handicapés : OUI A LA VIE ! (Les handicapés dans la famille humaine) \u2014 documentation de l\u2019Office nationale du bien-être et de la santé de la Conférence catholique canadienne (1225, boul.Saint-Joseph Est, Montréal 176 \u2014 (514)274-3658), un cahier de 111 pages.\u2022 « Comme la vigne qu\u2019on émonde pour qu\u2019elle porte des fruits plus abondants, la vie de l\u2019handicapé, en apparence meurtrie, connaît une plé-niture parfois ignorée des bien portants.» (Françoise Vandermeersch.) L\u2019œuvre de Jean Vanier est d\u2019abord action.Mais elle se double d\u2019une œuvre écrite qui devient de plus en plus significative.Après Ton silence m\u2019appelle, qui connut un grand succès, Ouvre mes bras se présente comme un recueil de conférences récentes et il connaîtra sans doute le même succès.Je voudrais ici dégager ce qui me semble être l\u2019inspiration de base à la fois de l\u2019ouvrage et de l\u2019entreprise de réhabilitation des handicapés psychologiques que dirige Vanier, d\u2019abord en France, puis en Inde et chez nous, à Toronto et Ottawa.Jean Vanier possède d\u2019abord une vision dévastatrice de notre société, une vision qui aurait facilement fait d\u2019un autre homme un révolutionnaire: au centre de notre monde, il y a un mur, élevé par les hommes, entre les riches, les normaux, les compétents, d\u2019une part, et les pauvres, les handicapés, les inutiles, de l\u2019autre.Par dessus ce mur, « On jette de l\u2019argent ou des biens matériels.on ne veut surtout pas voir ou toucher.On envoie des roses, on ne les donne pas mais on les jette de l\u2019autre côté du mur.elles sont fanées, presque mortes .Mais qu\u2019importe, c\u2019est pour faire plaisir à eux .les autres.les pauvres là-bas ».Et, des deux côtés du mur, depuis que les communications sont devenues constantes, les blocs se sont durcis; pauvres et riches sont de plus en plus fortement ligués pour se défendre les uns des autres.Vanier ne prêche cependant pas la révolution.Il prêche la réponse loyale à l\u2019appel de l\u2019Esprit saint.Et cela, avec une méthode précise dont il est important de voir les implications.Vanier n\u2019est pas un homme du rêve, mais du projet.Ses points d\u2019appui sont simples et précis.La communication vraie, c\u2019est le toucher.Par conséquent, on n\u2019aide pas de loin.« Le jour doit arriver \u2014 et s\u2019il ne vient pas nous serons étouffés sous un courant de violence et de désespoir \u2014 où les hommes d\u2019affaires, mus par l\u2019Esprit de Dieu, partageront comme des frères avec leurs ouvriers et non pas comme des bienfaiteurs éloignés; où les avocats, les médecins et les hommes de carrière libérale vivront parmi les membres les plus pauvres de leur communauté, créant des relations mutuelles d\u2019amitié et de confiance.» On croirait rêver, si Vanier lui-même n\u2019avait pas eu le courage de faire ce qu\u2019il propose, et beaucoup d\u2019autres avec lui.Sa parole n\u2019aurait pas la portée qu\u2019elle a, si elle n\u2019était d\u2019abord praxis, pensée née de l\u2019action.Si la révolution que préconise Vanier se réalise un jour, ou mieuk si elle se propage à partir de l\u2019Arche et des autres centres qu\u2019il a fondés, ce sera d\u2019abord une révolution géographique: on ne peut éviter de changer de pensée et de conduite si oh touche les pauvres, si on vit à portée des vieillards, des malades, des prisonniers.A ce moment-là, on ne prêche plus l\u2019aumône, on prêche la dépossession, on annonce une société où la richesse, dans tous les sens du terme, serait déshonorée.Une deuxième conséquence de cette intuition de base se révèle plus clairement dans Ouvre mes bras: c\u2019est que la véritable communauté de l\u2019avenir n\u2019est pas une communauté, fût-elle religieuse, de personnes qui aident et qui se situe à côté de son œuvre; c\u2019est une communauté formée de l\u2019aide mutuelle et de la proximité réelle de ceux qui sont dans le besoin et de ceux qui veulent les aider, il y a là un défi de grande taille.Mais Vanier le rend « croyable ».Il ne parle pas de vœux, ni de séparation des communautés; il parle de vie partagée, de prière partagée, de présence de l\u2019Esprit saint, dans une communauté dont le plus pauvre, le plus handicapé et aussi le moins religieux fait autant partie que le plus compétent et le plus spirituel.Communauté de pauvres, communauté avec les pauvres, beaucoup plus que communauté pour les pauvres.Cela, c\u2019est du neuf pour beaucoup d\u2019entre nous.Cette vision, qui est pour lui expérience vécue depuis déjà de nombreuses années, est ce qui fait de Vanier un apocalypticien optimiste.Il peut ensuite nous parler de changement des cœurs sans révolution, car il y a là un tel changement des structures qu\u2019il équivaut à une révolution, qui ne peut se faire que par propagation à partir de centres qui, comme celui qu\u2019il dirige, ont eu le courage chrétien de risquer le tout.Et Vanier est trop intelligent pour se laisser prendre dans ce cercle vicieux qui consisterait à faire fonctionner les communautés nouvelles avec les aumônes des riches.« Il faut être aussi malin en ce qui concerne l\u2019Esprit-Saint qu\u2019un directeur d\u2019industrie pour faire marcher son commerce .Certes, il ne faut pas trop nous organiser, mais savoir où trouver l\u2019Esprit, travailler pour être constamment dans cette disponibilité par rapport à Lui.Car nous ne deviendrons des hommes de Dieu que si nous travaillons pour le Royaume avec énergie; avec humilité, certes, mais avec décision et avec force.» Beaucoup parmi nous ont été fascinés par le Regain de l\u2019Amérique de Charles Reich, même si Reich nous laisse parfois l\u2019illusion d\u2019une croissance spontanée et facile de la « troisième conscience »; Vanier nous montre, déjà commencé, un regain de l\u2019Amérique dont on voit clairement l\u2019exigence et dont on pressent le moteur, qui est l\u2019Esprit du Christ.Julien Harvey.16.4.73.MAI 1973 135 LE RAPPORT GENDRON et ses recommandations pour faire du français la langue de travail au Québec _____par Richard Arès____________ Après avoir longuement décrit la condition déplorable faite au français en tant que langue de travail au Québec et analysé les causes qui ont donné naissance à une pareille situation et s\u2019opposent encore aujourd\u2019hui à un redressement, la commission Gendron entreprend la partie positive de son rapport, celle où elle énonce ses principales recommandation (il ne s\u2019agit ici que de celles du Livre I dont Le Devoir a publié le texte).Elle procède en trois étapes: elle fixe tout d\u2019abord l\u2019objectif à atteindre, précise ensuite les moyens d\u2019atteindre cet objectif et indique enfin comment pourrait se faire la mise en œuvre des recommandations qu\u2019elle vient de formuler.Nous allons la suivre dans son cheminement et dire au passage notre accord ou notre désaccord.I.L\u2019OBJECTIF À ATTEINDRE: le français, langue commune des Québécois La situation actuelle, répète la Commission, fait du français une langue marginale, une langue sans prestige et désarmée dans la lutte qu\u2019elle doit mener pour faire valoir son utilité dans cet immense espace économique que constituent le Canada et les Etats-Unis.Les alnglophones ne ressentent pas le besoin de l\u2019apprendre et de l\u2019utiliser, les immigrants la délaissent pour l\u2019anglais, qui « leur donne accès, en Amérique, à des biens économiques et culturels autrement plus variés et abondants >, et les francophones eux-mêmes ont, depuis des décennies, fait de la nécessité de savoir l\u2019alnglais « une sorte de leit-motiv familial et collectif ».Que faire pour remédier à cette situation et permettre au français de survivre et de s\u2019épanouir sur le continent nord-américain ?La réponse de la Commission est claire: il faut, sur le territoire du Québec, donner au français le maximum de chance et de protection et en faire l\u2019instrument de communication utile pour tous.Proposition générale à laquelle on ne peut que souscrire.Mais la mise en œuvre d\u2019une pareille proposition exige l\u2019intervention de l\u2019Etat québécois, ' « autrement, la partie qui se joue entre le français et l\u2019anglais continuerait d\u2019être par trop inégale ».Cet Etat devra donc intervenir pour faire du français la langue commupe des Québécois, en affirmant d\u2019abord aux yeux de tous, Québécois et non-Québécois, sa propre personnalité linguistique, en conférant au français le prestige et la considération qui lui font actuellement défaut, en le rendant utile dans les communications de travail, en contrant les effets négatifs d\u2019une structure socio-économique beaucoup trop favorables aux anglophones, en faisant de sa connaissance une condition d\u2019accès à l\u2019exercice des métiers et professions au Québec, etc.L\u2019objectif à atteindre est donc nettement formulé: le français doit devenir la langue commune des Québécois, c\u2019est-à-dire, la « langue que tous connaissent et sont capables d\u2019utiliser, de telle sorte qu\u2019elle puisse servir naturellement, sur le territoire du Québec, de moyen de communication entre Québécois de toute langue et de toute origine ».Poursuivre cet objectif, notent les Commissaires, ce n\u2019est pas vouloir priver les citoyens non francophones du Québec du droit à leur langue maternelle, c\u2019est simplement leur demander d\u2019avoir une connaissance d\u2019usage du français et de donner la préséance au français dans les situations de contact avec les francophones; c\u2019est, en somme, renverser les rôles et leur demander de trouver normal que le français, au lieu de l\u2019anglais, leur serve de lien avec la population francophone.En conséquence, la Commission présente ainsi sa première recommandation: Nous recommandons que le gouvernement du Québec se donne comme objectif général de faire du français la langue commune des Québécois, c\u2019est-à-dire, une langue qui, étant comme de tous, puisse servir d\u2019instrument de communication dans les situations de contact entre Québécois francophones et non-francophones.Tant avec cet objectif général qu\u2019avec les motifs doht s\u2019est inspirée la Commission pour le formuler, je me sens pleinement d\u2019accord.Rien ne servirait mieux la cause du français que sa promotion au rang de langue commune des Québécois, de langue par conséquent que tous doivent apprendre, comprendre et au besoin utiliser.Actuellement, l\u2019anglais tend à jouer ce rôle; si un coup de barre n\u2019est pas donné en faveur du français, il s\u2019y installera définitivement, et personne, pas même l\u2019Etat, ne pourra plus l\u2019en déloger.II.LES MOYENS À PRENDRE Le français, c\u2019est évident, ne deviendra la langue commune des Québécois que si l\u2019on prend les moyens de lui donner le prestige qui lui manque et de le rendre vraiment utile et nécessaire dans les activités de travail au Québec.Ces moyens, quels sont-ils ?A les énoncer, la Commission consacre une trdntaine de recommandations.Comme il serait beaucoup trop long de les prendre une à une pour en faire la critique, je dois ici me contenter de les présenter sommairement, en les partageant en trois catégories: les générales, les particulières et les complémentaires.136 RELATIONS Les recommandations générales J\u2019entends par là les recommandations qui visent à rehausser le prestige et à accroître l\u2019utilité du français tant dans l\u2019ensemble de la province que dans les milieux de travail.Sur le papier, elles sont au nombre de quatre, mais se réduisent facilement à deux, en pratique.La première, la plus générale et la plus importante, propose de faire du français la seule langue officielle du Québec.Il est nécessaire, explique la Commission, que le Québec définisse clairement sa personnalité linguistique, et cela pour les trois raisons suivantes : D\u2019abord, pour les Québécois non francophones qui peuvent mettre légitimement en doute la préséance du français sur toute autre langue, aussi longtemps que l\u2019Etat n\u2019a pas affirmé qu\u2019il apporte son soutien à l\u2019une d\u2019elles en particulier; ensuite, pour les Canadiens et les immigrants qui n\u2019apprendront jamais à faire les distinctions linguistiques qui s\u2019imposent entre le Québec et le reste du Canada, aussi longtemps que le Québec ne se sera pas défini officiellement comme un Etat français; enfin, pour les gens de l\u2019extérieur, surtout les investisseurs, qui continueront à ignorer le fait français au Québec, aussi longtemps que leurs conseillers juridiques ne pourront pas leur dire qu\u2019il existe des dispositions législatives qui font du français au Québec la seule langue officielle de l\u2019Etat, avec tout ce que cela implique pour les échanges officiels et pour l\u2019administration juridique et financière des entreprises.On ne saurait mieux dire, ni mieux exposer les raisons qui plaident en faveur d\u2019une proclamation du français seule langue officielle du Québec.Seulement \u2014 car, il y a un seulement \u2014, les Commissaires proposent en même temps et du même souffle de faire de l\u2019anglais l\u2019une des deux langues nationales du Québec.Proposition qui a déjà soulevé de dures critiques de la part des francophones qui, avec raison, se demandent si les Commissaires ne retirent pas d\u2019une main ce qu\u2019ils viennent d\u2019accorder de l\u2019autre, si le fait de proclamer l\u2019anglais langue nationale au même titre et au même rang que le français au Québec ne revient pas, en pratique, à recommander que l\u2019Etat québécois se donne une façade officielle française mais laisse le champ libre à l\u2019anglais à l'intérieur de l\u2019édifice, c\u2019est-à-dire à l\u2019intérieur de la société québécoise.Ce mot « national », d\u2019ailleurs, est des plus mal choisi pour caractériser la situation de l\u2019anglais en milieu québécois: anglophones et francophones ne s\u2019entendent pas sur le sens précis à lui donner.A quelle « nation » ce mot se rapporte-t-il concrètement: à la nation canadienne, à la nation canadienne-française ou à la nation québécoise ?Les trois sont en usage aujourd\u2019hui et, quelle que soit la réponse que l\u2019on donne à cette question, on ne dissipera pas la confusion, on risque même, étant donné l\u2019état des esprits, de l\u2019augmenter et de transformer le fouillis en guêpier (voir à ce sujet l\u2019article du professeur Léon Dion dans Le Devoir du 27 février 1973).Mieux vaut donc abandonner ce vocable de « national » et en chercher un autre pour caractériser la situation de l\u2019anglais au Québec.Rien n\u2019empêche qu\u2019il soit reconnu comme « langue seconde prioritaire », comme « langue protégée » ou encore comme « langue seconde à statut particulier », etc.A cette première recommandation générale, la Commission en ajoute une autre, qu\u2019elle formule en trois propositions, ayant toutes et chacune le même but: faire du français la langue des communications internes dans les mi-ieux de travail du Québec.La seule motivation profonde, explique-t-elle, que les non-francophones puissent avoir pour utiliser quotidiennement le français, c\u2019est d\u2019être mis en situation de s\u2019en servir constamment dalns les communications de travail, mais, pour cela il faut que le français devienne la langue de ces communications.Une précaution, cependant: l\u2019opération, disent les Commissaires, devra « s\u2019étaler sur des années » et se faire par étapes, afin de rendre « le changement concevable pour les dirigeants et acceptable pour les gens en place, car dans la mesure du possible les droits acquis ne devraient pas être lésés ».De plus, « ce programme d\u2019implantation du français devrait être négocié et non imposé ».Ici, les Commissaires \u2014 avaient-ils lu le rapport Fantus ?en tout cas ils arrivent à la même conclusion \u2014 avouent qu\u2019ils ont dû tenir compte de l\u2019opinion des dirigeants d\u2019entreprises, tant francophones qu\u2019anglophones, lesquels ne conçoivent de changements substantiels chez eux en faveur du français qu\u2019à long terme, par la persuasion et n\u2019allant pas jusqu\u2019à déplacer l\u2019anglais au niveau supérieur de la gestion.Adoptant en grande partie ce point de vue, la Commission recommande au gouvernement du Québec de procéder par étapes dans l\u2019implantation du français, « en négociant avec les établissements chacuin des stades de la transformation ».Ces étapes seraient les suivantes : d\u2019abord, faire du français la langue de travail des francophones, puis la langue commune des échanges verbaux entre francophones et anglophones, enfin en faire, dans les milieux de travail, la langue des échanges écrits.Sur le principe et les modalités de ces recommandations, il ne serait pas difficile de tomber d\u2019accord.La difficulté vient d\u2019ailleurs, c\u2019est-à-dire de leur mise en pratique.Vu les obstacles énormes que ces recommandations vont rencontrer en certains secteurs fort importants de la vie économique, même de la part des francophones, comment ne pas se poser la question: seront-elles, dans le concret, autre chose que des « souhaits pieux », des « désirs de papier », des vœux sans lendemain ?Les recommandations particulières Les Commissaires, eux, sont optimistes.Du moins, ils poursuivent avec assurance l\u2019énoncé de leur programme visant à faire du français la langue interne de l\u2019entreprise.Les recommandations particulières qu\u2019ils font dans ce but peuvent se ramener aux six suivantes: 1 ° La bilinguisation des cadres anglophones unilingues.Les entreprises y parviendront, si elles procèdent par étapes, adoptent une politique de bilinguisation strictement adaptée aux besoins de leurs cadres et de leurs autres employés et font clairement connaître à tous la politique qu\u2019elles entendent désormais poursuivre.2° La francophonisation des cadres moyens et supérieurs de l\u2019entreprise privée.Il faudra pour cela promouvoir davantage de francophones aux niveaux moyens et supérieurs de la hiérarchie administrative, car il est prouvé que la « francisation » des communications de travail et la bilinguisation des cadres anglophones passent par la « francophonisation », c\u2019est-à-dire par une présence plus nombreuse de francophones à tous les niveaux administratifs.Là où les cadres sont en majorité anglophones, il faudra, en conséquence, créer un climat linguistique favorable à la francophonisation, « soit en bilinguisant un certain nombre de ces cadres, soit en engageant des cadres francophones bilingues compétents ».MAI 1973 137 3° La prise en charge par le gouvernement du coût de la bilinguisation des cadres anglophones, au moins dans la petite et la moyenne entreprise, et cela pour inciter leurs dirigeants à s\u2019engager dans cette voie.4° La régionalisation administrative et technique des entreprises, et cela pour atténuer les effets de l\u2019intégration continentale de l\u2019économie du Québec, intégration qui a favorisé, d\u2019une part, les anglophones et, d\u2019autre part, l\u2019usage de l\u2019anglais dans les communications administratives et technologiques.5° La diffusion du français dans les entreprises, à la fois comme langue technique, comme langue d\u2019usage des opérations courantes du personnel et comme langue de l\u2019administration juridique et financière.Dans ce but, le gouvernement devrait s\u2019entendre avec les entreprises pour élaborer une politique qui favorise l\u2019emploi d\u2019une terminologie courante française et pour faire du français la langue de ses communications avec elles.6° La connaissance d\u2019usage du français comme exigence pour l\u2019exercice d\u2019un métier ou d\u2019une profession.Déjà une réglementation existe en ce sens pour l\u2019accès à certaines professions, il faut l\u2019étendre à toutes et faire de la connaissance d\u2019usage du français une condition à l\u2019exercice de toutes, « sans quoi, on ne brisera jamais la barrière de la langue qui sépare les anglophones des francophones ».Recommandations intéressantes et valables, à condition de ne pas demeurer sur le papier ! On les a qualifiées de « vœux pieux », est-ce vrai ?Je répondrais en employant la distinction que les Commissaires font eux-mêmes entre le souhaitable et le possible : elles se situent certainement dans la ligne du souhaitable, mais pour qu\u2019elles deviennent possibles, donc réalisables, il faudra, de la part des entrepreneurs, une forte dose de bonne volonté, qui ne s\u2019est guère manifestée jusqu\u2019ici et, de la part du gouvernement, un courage, une fermeté et une ténacité dont nous n\u2019avons guère eu de preuve jusqu\u2019à maintenant.Les recommandations complémentaires En plus de ces recommandations, les Commissaires en formulent d\u2019autres, appelées complémentaires et se rapportant à trois catégories spéciales de sujets: les sièges sociaux, les maisons d\u2019enseignement supérieur et les postes de radio et de télévision.Les sièges sociaux étant d\u2019une importance indéniable, en particulier pour Montréal, le Québec a toutes les raisons de chercher à les garder, toutes les raisons « de ne rien négliger pour en augmenter le nombre et surtout de ne rien faire qui serait de nature à entraver leur développement ».Malheureusement, ils se sont montrés jusqu\u2019ici peu hospitaliers pour les francophones; ceux-ci, même parmi le personnel de soutien \u2014 celui qui gagne $10,000 et moins \u2014 y sont minoritaires (33%), alors qu\u2019ils constituent pourtant 64% de la main-d\u2019œuvre de la région montréalaise.Et plus on monte dans la hiérarchie administrative, plus leur pourcentage diminue.Rien d\u2019éton-nant que le français, en tant que langue interne de communication, y fasse figure d\u2019enfant pauvre.Pareille situation, disent les Commissaires, ne peut indéfiniment durer.Il faut que les entreprises ayant leur siège social au Québec se définissent une politique linguistique qui fasse une place plus grande aux francophones et à la langue française.Le premier pas à faire est de « modifier sensiblement la composition linguistique de leur personnel de soutien en introduisant graduellement, et plus qu\u2019elles ne l\u2019ont fait jusqu\u2019ici, un plus grand nombre de francophones bilingues ».Aux maisons d\u2019enseignement supérieur la Commission demande davantage.Elle leur trace même tout un programme destiné à préparer leurs étudiants à entrer, avec toute la compétence requise, sur le marché du travail, en particulier dans l\u2019entreprise privée.Dans quel but ?Afin de participer activement à la francisation et à la francophonisation de ces milieux, de ceux surtout qui ont trait à l\u2019industrie, au commerce et à la finance.Aux postes de radio et de télévision de langue anglaise, elle demande de refléter davantage auprès de leur public la réalité québécoise, afin que « leurs auditeurs anglophones réalisent encore plus qu\u2019ils vivent dans un milieu francophone et qu\u2019ils puissent s\u2019en imprégner ».A ceux de langue française, elle recommande de respecter leurs auditeurs et, pour cela, de toujours utiliser un français correct et de ne tolérer aucun laisser-aller d\u2019ordre linguistique dans leurs émissions.De ces trois catégories de recommandations, il ÿ a peu à dire, sauf qu\u2019elles ne brillent guère par leur nouveauté et ne laissent guère espérer de changements pour le mieux.Les répéter donne bonne conscience mais n\u2019empêche pas la situation du français d\u2019empirer.III.LA MISE EN ŒUVRE DES RECOMMANDATIONS Les Commissaires se disent assurés que l\u2019ensemble des mesures qu\u2019ils proposent pour améliorer la situation du français en tant que langue de travail sont équitables et efficaces.A condition, évidemment, qu\u2019on parvienne à les mettre en œuvre.Cette tâche, à leurs yeux, revient d\u2019abord à l\u2019Etat, puis à l\u2019entreprise privée.Le rôle de l\u2019Etat québécois En tant qu\u2019agent principal du changement et de grand protecteur du français, l\u2019Etat québécois a un rôle extrêmement important à jouer.Il s\u2019en acquittera, dans le concret en ce qui concerne le problème du français-langue-de-travail, d\u2019une triple façon: en adoptant une loi sur le statut des langues, en améliorant en ce sens le Code du travail et en apportant des amendements à la loi régissant les corporations professionnelles.Le premier geste à poser par le gouvernement du Québec est d\u2019adopter une loi sur le statut des langues, loi qui définira sa politique linguistique et en sera l\u2019instrument principal.Cette loi, par exemple, déterminera la place et le rôle du français et de l\u2019anglais comme langues d\u2019usage dans les activités et les institutions qui ont le support de l\u2019Etat; elle assurera la présence prioritaire du français dans l\u2019emploi public (affichage, étiquetage, etc.) des langues et établira le droit du consommateur d\u2019être servi en français, sans pour autant empêcher qu\u2019il le soit en anglais, etc.Pour veiller à l\u2019observation de cette loi, les Commissaires suggèrent que le gouvernement crée une régie d\u2019Etat, jouissant de la plus grande indépendance possible vis-à-vis des pouvoirs publics et dont les membres seraient nommés par l\u2019Assemblée nationale pour un mandat de cinq ans.Cette régie qu\u2019on pourrait appeler « Commission pour la diffusion de la langue française », devrait être assistée « d\u2019un comité consultatif et de trois directions générales, dont deux vouées à la diffusion du français, et une, à la solution 138 RELATIONS des problèmes d\u2019ordre linguistique soulevés par le programme de diffusion de la Commission ».Le tout devrait être complété par la création d\u2019un poste officiel de commissaire aux langues, avec le statut que détient actuellement le protecteur du citoyen (ombudsman).Il faudrait aussi que le gouvernement amende le Code du travail pour établir clairement les règles du jeu dans l\u2019élaboration, la rédaction et l\u2019application des conventions collectives.Les négociations de ces conventions collectives de travail, de même que toutes les étapes s\u2019y rattachant, comme toutes les propositions, tous les documents écrits s\u2019y rapportant, « devraient se faire ou être rédigés en français, à moins que le groupe accrédité n\u2019indique son intention d\u2019utiliser l\u2019anglais ».Si la convention collective est rédigée dans les deux langues, « le texte français devrait prévaloir dans tous les cas de conflit d\u2019interprétation ».De même, le gouvernement doit modifier la Loi régissant les corporations professionnelles et y insérer une nouvelle clause qui fasse de la connaissance d\u2019usage du français une condition à l\u2019admission et à l\u2019exercice d\u2019une profession, autrement le français ne deviendra jamais la langue commune des Québécois.Au sujet de ces recommandations concernant le rôle de l\u2019Etat à l\u2019égard du français, je partage, pour ma part, l\u2019avis des Commissaires: le premier et principal geste à poser est que l\u2019Etat québécois se définisse enfin tel qu\u2019il veut être, qu\u2019il définisse sa personnalité et sa politique linguistique et qu\u2019il s\u2019efforce ensuite, s\u2019il en a le courage, d\u2019y conformer sa conduite.Sa tâche n\u2019en sera peut-être pas plus facile, mais au moins il saura \u2014 et toute la population avec lui \u2014 vers quoi il se dirige et ce qu\u2019il lui faut faire.Le rôle des entreprises Cette tâche de restaurer la condition du français, langue de travail, l\u2019Etat ne peut l\u2019accomplir seul; il lui faut susciter la collaboration des milieux de travail, tout particulièrement des dirigeants de l\u2019entreprise privée industrielle, commerciale et financière.Ces dirigeants, remarquent les Commissaires, se disent prêts à collaborer, mais veulent savoir dans quelle direction orienter leur action et quelles seront les limites du programme de changement auquel on va les inviter à participer.Les entreprises établies au Québec, notent-ils encore, ont tout intérêt à s\u2019identifier davantage au milieu où elles sont implantées; il y a là pour elles une responsabilité sociale à laquelle elles sont appelées à s\u2019éveiller de plus en plus.Il y va de leur intérêt immédiat, car « elles ne peuvent ignorer les réclamations du milieu où elles œuvrent, sans créer des tensions sociales qu\u2019elles sdnt les premières à déplorer comme néfastes à la bonne marche du commerce et de l\u2019industrie ».Le milieu social québécois, en effet, est différent de tout autre milieu nord-américain, par le fait que la majorité de sa population est de langue et de culture françaises, et « qu\u2019elle a développé une mentalité qu\u2019il faut comprendre et accepter si l\u2019on veut que règne une certaine concorde.Il n\u2019y a pas de solution au problème sans cet effort de compréhension ».Et la Commission de reprendre alors presque une à une les recommandations qu\u2019elle a déjà formulées en vue de faire du français la langue interne des entreprises.Aux dirigeants de celles-ci, elle recommande, par exemple, de créer leur propre comité permanent qui élaborera la politique linguistique appro- priée à chacune d\u2019elles, de porter cette politique à la connaissance de tous leurs employés, de soutenir ouvertement ce comité permanent, de nommer des recruteurs francophones ou anglophones bilingues, de déterminer les exigences linguistiques attachées à chaque fonction, etc.Ce renforcement des positions du français comme langue des communications au sein de l\u2019entreprise, ajou-te-t-elle en conclusion, est nécessaire pour contrebalancer la contrainte qu\u2019exerce le milieu nord-américain en faveur de l\u2019anglais.C\u2019est le seul moyen de rétablir l\u2019équilibre dans les secteurs où, entre l\u2019anglais et le français, la partie n\u2019est pas égale.Une fois réalisé cet équilibre, les jeunes francophones seront mieux disposés à l\u2019égard de l\u2019anglais, langue qui, trop souvent, aujourd\u2019hui, « leur apparaît comme un instrument de domination et non comme un simple outil dont il faut apprendre le maniement pour gagner éventuellement sa vie ».Ce rôle que la Commission assigne aux dirigeants d\u2019entreprises est satisfaisant en théorie, mais il serait naïf de croire qu\u2019ils vont accepter de le jouer uniquement pour faire plaisir aux francophones québécois et tant que durera notre laisser-faire linguistique.Une demi-révolution?Selon M.Gendron, la Commission dont il a été le président, loin d\u2019avoir fait preuve de faiblesse, a proposé toute une révolution dans le domaine linguistique.Je suis d\u2019accord avec lui sur les deux points suivants: sur l\u2019objectif de faire du français la langue commune de tous les Québécois et sur les deux principales recommandations de proclamer le français langue officielle du Québec et langue des communications internes de l\u2019entreprise.Je le suis beaucoup moins sur les moyens pratiques que suggèrent la Commission pour atteindre cet objectif et mettre en œuvre ces recommandations.La révolution annoncée tourne court: d\u2019une part, elle s\u2019accompagne de propositions « nébuleuses » visant à atténuer l\u2019effet de la recommandation principale, par exemple: il faut faire du français la langue officielle du Québec, mais en même temps proclamer l\u2019anglais langue « nationale » au même titre et au même rang que le français; d\u2019autre part, pour une révolution, elle a trop tendance à se cantonner dans le domaine du vœu, de l\u2019exhortation et de l\u2019incitation, domaine qui n\u2019a guère donné de résultats concluants jusqu\u2019ici.Peut-être, bien consciente de la situation politique du Québec, la Commission a-t-elle cru qu\u2019elle ne pouvait aller plus loin ni se faire plus pressante, plus contraignante dans ses recommandations.En ce cas, ne faut-il pas alors se demander si ce n\u2019est pas cette situation politique qui est d\u2019abord à modifier et si l\u2019Etat québécois, tel qu\u2019il existe aujourd\u2019hui, n\u2019est pas à la fois trop incomplet et trop faible pour imposer la mise en pratique des recommandations de la Commission Gendron et ainsi assurer l\u2019avenir du français ?C\u2019est, en tout cas, la question qu\u2019on ne peut pas ne pas se poser à la lecture de la première partie de ce rapport sur la condition du français au Québec.MAI 1973 139 Du 23 au 25 février 1973, un colloque réunissait à Toronto quelque 200 participants de toutes les régions du Canada pour discuter du rôle des Eglises face au problème de la « réconciliation nationale » et, plus globalement, face à «l\u2019avenir du Canada».The Survival of Canada and the Christian Church \u2014 tel était le thème général du colloque, et tel est celui du texte publié ici, qui présente le point de vue d\u2019un sociologue québécois.Nouvelle pièce versée au dossier, ouvert depuis plusieurs mois par Relations, sur Eglise et politique.LA SURVIVANCE DU CANADA ET L\u2019ÉGLISE par \u2014Raymond Lemieux *______ Le titre même de la conférence propose une problématique: la survivance du Canada et l\u2019Eglise.Ces mots laissent au moins entendre qu\u2019une certaine réalité, appelée Canada, est remise en question.Mais que signifie cette remise en question ?Cette survivance du Canada est-elle une valeur à défendre, un but à atteindre, ou vraiment une simple problématique de discussion pour nous amener sur le terrain de l\u2019engagement de l\u2019Eglise et de son impact sur le monde politique.Si nous considérons la question comme proposant une valeur, c\u2019est-à-dire comme une « qualité transcendentale capable de répondre à nos attentes profondes », ou plus simplement comme une « manière d\u2019être que comme collectivité, nous reconnaissons idéale, et qui nous est donc, par conséquent, rendue désirable » 1, nous devons alors engager notre discussion dans un sens bien précis.L\u2019Eglise, elle-même collectivité, ne peut être indifférente à aucune valeur vécue par des hommes en situation.Son enracinement dans un évangile qui prétend transcender les situations l\u2019oblige à se définir par rapport à toutes les autres transcendances que se donnent les hommes, donc par rapport à leurs éthiques et leurs politiques.Elle a, parce que collectivité, une fonction soit d\u2019attestation, soit de contestation ou de protestation, devant les * Sociologue, l\u2019a.est membre du Centre de recherches en sociologie religieuses et professeur à la Faculté de Théologie de l\u2019Université Laval, à Québec.objectifs que se donnent les hommes pour assurer leur mieux-être.Elle doit donc, en premier lieu, établir avec clarté son propre ordre de valeurs de façon à savoir situer par rapport à celui-ci les valeurs de « survivance du Canada » ou de « réconciliation nationale » que lui propose la vie sociale.Nous nous engageons alors dans une réflexion d\u2019ordre éthique.Ou bien, la survivance du Canada est un enjeu politique vis-à-vis duquel l\u2019Eglise se pose comme indifférente.Il s\u2019agit purement et simplement d\u2019une « forme sociale », neutre du point de vue éthique, par rapport à laquelle le jugement ne peut être que fonctionnel.Cette forme sociale assure-t-elle mieux que d\u2019autres la poursuite de certains objectifs que se donnent les hommes qui en utilisent les services ?Le jugement porte alors sur l\u2019instrument, non sur les finalités ou les valeurs.Et com- me tout instrument peut être utilisé en bien ou en mal, indifféremment de sa portée instrumentale, on reste neutre à son égard.Cette alternative peut représenter, dans une vue grossière de la situation canadienne, le point de vue québécois par rapport au point de vue canadien.Il est assez naturel, pour un Québécois, de considérer la structure fédérale du Canada comme un instrument qui n\u2019a pas de valeur particulière.Il cherchera alors ce que certains partis politiques ont appelé le « fédéralisme rentable » ou il critiquera ce fédéralisme précisément pour sa non-rentabilité.Le point de vue « Canadian » est autre en ce qu\u2019il porte la discussion au niveau d\u2019une valeur reconnue à l\u2019unité confédérale et à la cohésion « nationale » qui peut s\u2019en suivre.Entre l\u2019inaction et la compromission Cette alternative de discussion, que me paraît poser le titre même de la rencontre, représente aussi la double tentation qui assaille l\u2019Eglise.Au nom de la prise de conscience de sa mission spirituelle, voire au nom d\u2019une toujours équivoque mais combien utile séparation des pouvoirs, l\u2019Eglise peut fort bien dire que le problème d\u2019une éventuelle survivance du Canada ne la regarde pas.Le Canada est un instrument politique neutre, utilisable en bien ou en mal.Inaction politique.D\u2019autre part, l\u2019Eglise possède une longue tradition de censure envers des régimes politiques avec lesquelles elle est historiquement entrée en conflit, ou de bienveillance active, quand elle permet précisément au pouvoir en place de se donner une caution morale qui va jusqu\u2019à en fonder la sacralité.L\u2019histoire ecclésiale peut même, sans doute, être considérée comme une oscillation entre ces deux orientations, selon les situations.Nous sommes alors en pleine compromission politique.La question est une épine au pied de l\u2019Eglise.Quand elle est trop proche du pouvoir, ou trop critique à son égard, on lui reproche de « faire de la politique ».Quand elle s\u2019en éloigne et se retire dans ses terres, on lui reproche son silence politique.Il est remarquable que l\u2019après-guerre canadien a été une assez longue période d\u2019un tel silence.Pourtant, certains signes surgissent actuellement, montrant la recherche d\u2019un nouveau langage politique, chez certains groupes d\u2019évêques, au Québec tout au moins.Le Rapport Dumont, en autant qu\u2019il est endossé par l\u2019assemblée épiscopale, représente aussi une telle recherche.Or voici précisément la question que j\u2019aimerais poser à l\u2019occasion de ce débat.Devant un problème politique aussi précis que l\u2019est la possibilité de changer de forme politique pour un pays (je ne dis pas de se désagréger politiquement, parce qu\u2019il peut aussi bien s\u2019agir d\u2019un développement que d\u2019une désagrégation), quel type de langage politique est accessible à l\u2019Eglise?Quel langage politique tient-elle nécessairement et quel est celui qu\u2019elle peut et doit par ailleurs tenir ?La réponse à cette question comporte, à mon avis, trois niveaux, qui représentent autant de discours politiques possibles de la part de l\u2019Eglise.Ces trois niveaux, cependant, ne proviennent pas d\u2019une analyse de la situation politique comme telle, mais d\u2019une réflexion sur l\u2019intégration sociale de l\u2019Eglise dans notre société.1.Guy ROCHER, Introduction à la sociologie générale, I, Montréal 1969, p.56.140 RELATIONS Un discours politique Le premier type de discours politique de l\u2019Eglise est celui qui est lié à l\u2019état institutionnel de celle-ci.L\u2019Eglise parle alors en tant que groupe d\u2019intérêts, au nom de ses membres, quand les intérêts de ceux-ci sont remis en cause par telle ou telle initiative politique, ou quand la poursuite d\u2019intérêts communs par ses membres met en cause la structure sociale globale dans son expression politique.Ainsi en est-il d\u2019une Eglise qui revendique, par exemple, un rôle à jouer dans l\u2019éducation ou' dans la santé publique, défendant les intérêts et les valeurs des chrétiens (ou qui se soumettrait à une loi statuant, par exemple, sur la rémunération du clergé).Nous connaissons de très nombreux exemples de ce type de discours politiques dans notre histoire nationale, du moins en autant que l\u2019Eglise catholique francophone est concernée.L\u2019Eglise doit alors être considérée comme un agent social proprement politique et l\u2019analyse de son langage doit être elle-même politique.Parce qu\u2019elle représente une collectivité humaine en situation, et que cette situation est toujours politique, l\u2019Eglise a nécessairement un rôle à jouer, qui est le même que celui de tout autre groupe d\u2019intérêts: défendre ses membres quand ils sont politiquement atteints dans leur appartenance religieuse, promouvoir une structure sociale qui favorise sa mission, selon l\u2019expression qu\u2019elle donne à celle-ci à un moment donné de l\u2019histoire.Le discours politique qu\u2019elle tient alors, à notre sens, éclaire peu sa mission religieuse comme telle.Mais il est un discours nécessaire au fonctionnement de la société politique elle-même, du moins dans la forme de démocratie que nous connaissons.En effet, c\u2019est en autant que de tels groupes d\u2019intérêts s\u2019expriment, et s\u2019expriment librement, qu\u2019une démocratie est possible au sens où on l\u2019entend en Amérique.Si l\u2019Eglise refusait, pour une raison quelconque, de jouer ce jeu, on serait en droit de penser qu\u2019elle en joue un autre: celui de la puissance occulte, du lobying, du contrôle officieux des prises de décisions.2.\tJ.A.SHUMPETER, Capitalisme, socialisme et démocratie, Paris, Payot, 1969, 433 p.3.\tCf.Texte préparatoire à la conférence sur « La survivance du Canada et l\u2019Eglise chrétienne ».Toronto, 1973.Cependant, ce jeu démocratique des groupes d\u2019intérêts possède ses propres règles, et quand l\u2019Eglise s\u2019y compromet, elle les accepte.Shumpeter2 a bien montré comment la démocratie américaine n\u2019était possible qu\u2019à l\u2019intérieur de l\u2019acceptation d\u2019un certain ordre de valeurs, et que ces valeurs sont généralement celles du groupe dominant.Refuser ces valeurs dominantes conduit à l\u2019incapacité de jouer le jeu démocratique.Aussi toute critique du système actuel par l\u2019Eglise, au nom des intérêts qu\u2019elle y véhicule, est-elle une critique fort limitée, et quelquefois reflétant une compromission fondamentale avec les groupes dominants.Cependant, comme nos églises sont loin du radicalisme dans leur ensemble, le discours politique que nous venons d\u2019évoquer y paraît le plus commun.Traduit en termes concrets, face au problème de la survivance du Canada, ce langage politique est facilement identifiable, même dans une conjoncture de silence politique d\u2019une Eglise particulière.On y retrouve facilement, par exemple, les intérêts de l\u2019Eglise romaine et des Eglises réformées.Même quand leurs positions idéologiques sont très proches les unes des autres, elles représentent des collectivités différentes.Dans le cas de l\u2019Eglise romaine, une très grande proportion de son membership et de ses responsables est francophone.On peut donc y supposer une certaine empathie face aux revendica- Le deuxième niveau du langage politique d\u2019une Eglise situe celle-ci non plus comme groupe d\u2019intérêts mais plus précisément comme lieu d\u2019une expérience religieuse.Par cette expérience religieuse, un groupe humain, débordant très souvent les limites de l\u2019appartenance juridique à une institution, appréhende un univers fait d\u2019absolu, de sacralité, en dehors de toute remise en question.Il y formule en quelque sorte ce que j\u2019appellerai l\u2019appréhension limite de son expérience humaine, cette frontière entre ce qui lui est concevable, explicable, et contrôlable, et cette autre réalité qui sera pour lui l\u2019Altérité.Les Eglises sont alors le lieu privilégié par lequel les groupes ainsi sociologiquement constitués, structurent leur personnalité et fondent dans l\u2019absolu leurs interventions dans la marche des affaires humaines.Dans ce sens, Ronald tions politico-culturelles provenant du Québec.Les groupes protestants sont plus ou moins en osmose culturelle avec l\u2019ensemble du continent nord-américain.De là ce sentiment de sécurité du majoritaire, cette empathie envers tout ce qui apparaît fondamental dans la culture américaine.On a toujours classé les Canadiens, du moins à partir de Québec, en deux catégories : franco-catholiques et anglo-protestants.Par ailleurs, il n\u2019est pas sûr que l\u2019Eglise catholique, ayant acquis un statut canadien remarquablement prestigieux, ne se sente pas très insécurisée devant les nouvelles montées du nationalisme québécois.Celles-ci, à l\u2019instar de celles qui les ont précédées au XIXe siècle, sont très largement sécularisées par rapport au catholicisme.Elles représentent la jeune bourgeoisie émancipée qui, d\u2019une part, se sent capable d\u2019appréhender des valeurs américaines et mondiales plutôt que canadiennes, et sent le besoin de s\u2019articuler comme société par rapport à la société nord-américaine, et, d\u2019autre part, prétend à une auto-identification dans cette société, sans le support d\u2019une superstructure dont les valeurs seraient définies ailleurs, en l\u2019occurrence à Rome.Cette jeune bourgeoisie a plus souvent que d\u2019autres rejeté la pratique religieuse traditionnelle.Elle l\u2019a remplacée par le culte de l\u2019efficacité.Il n\u2019est pas sûr que l\u2019hypothèse d\u2019un gouvernement nationaliste à Québec représente un gain de prestige pour l\u2019Eglise catholique; au contraire.SUTHERLAND a pu parler de « Canadian Mystique » retrouvée dans la littérature anglophone 3.Les situations de conflits sociaux fournissent les meilleurs indicateurs du langage politique alors tenu par des groupes religieux.Nous avons étudié dans ce sens, par exemple, la grève de l\u2019amiante en 1949, au Québec, grève qui allait être le point de départ des mouvements sociaux qui ont amené la révolution tranquille, une dizaine d\u2019années plus tard.Que s\u2019y passe-t-il ?Deux groupes bien polarisés sont en conflit, et fondent tous deux leurs actions sur des convictions religieuses.Pour le patronat, une idéologie d\u2019ordre et de force sociale se fonde dans l\u2019absolu de l\u2019autorité qui vient de Dieu.Pour l\u2019action populaire, la revendication syndicale, s\u2019affirme une idéologie de participation, Un discours sacral/sociologique MAI 1973\t141 du « maître chez soi », qui se fonde sur l\u2019absolu de la personne humaine, de l\u2019amour fraternel qui lui aussi vient de Dieu.Ainsi s\u2019affirment des langages politico-religieux dont l\u2019analyse relève d\u2019une sociologie des cultures et des sous-cul-tures alors en ébullition.Ces langages sont la recherche, dans l\u2019inaltérabilité d\u2019un absolu, du principe d\u2019une cohérence politique.Face à la survivance du Canada, on trouve également de tels langages.La patrie sacrée, dans sa constitution juridique « par la grâce de Dieu », est précisément cette formulation d\u2019un langage politique.Les discours différents tenus par les évêques catholiques et les Eglises réformées, lors du centenaire de la Confédération, sont de ce point de vue très significatifs.Les premiers, divisés quant à la portée religieuse de structures politiques actuelles, ont tenu un discours d\u2019ordre éthique, proposant certaines prises de conscience jugées fondamentales.Les seconds ont continué d\u2019attester religieusement un certain ordre politique.Ils ont remercié Dieu pour 100 ans de Confédération.Quand nous considérons les langages politiques tenus par des groupes religieux à ce niveau, nous sommes en présence de théologies politiques différentes, c\u2019est-à-dire de justifications d\u2019actions politiques données, justifications recherchées au niveau des visions religieuses du monde véhiculées par les groupes.Quand un groupe a en même temps une grande homogénéité culturelle, comme c\u2019était le cas dans l\u2019opposition catholiques-protestants au Canada, il y a quelques dizaines d\u2019années, il est habituel qu\u2019il pèse de tout son poids sur la marche des affaires politiques, obligeant chaque acte politique à se reposer dans la lumière d\u2019une formulation religieuse fondamentale.Ainsi, par exemple, les débats sur l\u2019éducation au Québec, il y a vingt ans, sur les écoles séparées dans l\u2019Ouest du pays, au début du siècle, sont vite devenus des débats religieux.Pourtant, il s\u2019agissait essentiellement de questions politiques.Quand un objectif politique se déclare tel, il se trouve toujours un langage religieux qui peut le prendre en charge, serait-ce dans une théologie de la sécularisation.En tant que lieu d\u2019appréhension et de prise de conscience des valeurs, idéaux et mythes qui animent la vie politique, la vie religieuse conditionne et oriente nécessairement cette vie politique.Dans le débat actuel, il suffit de chercher quelles valeurs risquent d\u2019ac- 142 quérir une portée religieuse.Cela peut fort bien être le cas, par exemple, des valeurs d\u2019autonomie et d\u2019identité nationale au Québec, peut-être en dehors d\u2019un catholicisme resté assez largement fixé à des structures différentes.Ce peut-être le cas des valeurs sociétaires du Canada anglophone, celles de la technique et de l\u2019efficacité telles que proposées par la culture américaine, ou même des valeurs d\u2019uniformité culturelle, telles que vécues par le Canada anglais en communauté d\u2019intérêts avec l\u2019ensemble du continent nord-américain.La plupart du temps, les implications politiques du langage tenu par un groupe religieux à ce niveau sont inconscien- tes.Il s\u2019agit plutôt de l\u2019utilisation d\u2019un symbolisme religieux ayant valeur en soi et dont on ne voit pas la portée politique.On prétendra facilement ne pas « faire de la politique » parce qu\u2019on ne discute pas au niveau des stratégies elles-mêmes.Quand le langage religieux s\u2019avère être une attestation d\u2019une situation politique donnée, il est encore plus probable que sa portée politique soit inconsciente.Le problème, pour une Eglise, n\u2019est pas de chercher la voie d\u2019un éventuel silence politique, silence d\u2019ailleurs fort hypothétique, mais de devenir consciente, par une analyse rigoureuse de son environnement politique et des valeurs religieuses qu\u2019elle défend, de la nécessaire portée politique de tout langage religieux.Un langage théologique Nous avons appelé « sociologique » ce deuxième niveau du langage politique de l\u2019Eglise, parce que c\u2019est dans son acceptation, en tant que collectivité humaine, de certaines valeurs comme pouvant être fondées dans un absolu, que le groupe religieux tient alors un langage politique.Un troisième niveau nous apparaît possible, et nous l\u2019appellerons niveau proprement théologique.Il est sans doute beaucoup plus difficile à percevoir dans la réalité, mais il en existe déjà dans notre société nord-américaine des manifestations bien concrètes.C\u2019est le type de langage politique, critique ou attestations des institutions, qui consiste à évaluer une situation par rapport au sens qu\u2019elle peut avoir en Jésus-Christ.C\u2019est évidemment un langage spécifiquement chrétien.Ce langage a ceci de spécifique par rapport aux deux autres qu\u2019il ne prend pour acquis aucune situation politique ni aucune valeur, mais se propose comme une critique radicale de toutes valeurs et de toutes situations.Il exige donc a priori une analyse systématique des situations et des valeurs, analyse qui peut d\u2019ailleurs être faite en dehors de l\u2019Eglise.Mais, s\u2019il exige cette analyse, c\u2019est précisément pour montrer la relativité de toutes les situations, et la nécessité de prendre distance par rapport aux politiques mêmes que l\u2019on poursuit.Le danger d\u2019une guerre civile, dans un pays comme le nôtre où une majorité de la population se caractérise par son indifférence face au défi majeur de la vie politique, ne vient pas des antagonismes conscients ni de la pluralité culturelle.Il vient précisément de l\u2019incapacité de critiquer dans laquelle est noyée cette majorité.La majorité silencieuse est une majorité qui atteste n\u2019importe quoi, et qui est ainsi radicalement compromise politiquement.L\u2019Eglise ne peut être silencieuse justement parce qu\u2019elle ne peut attester de tout.Avant d\u2019être un lieu politique, l\u2019Eglise est un lieu théologique.Comme lieu théologique, elle est témoin, c\u2019est-à-dire qu\u2019elle atteste de quelque chose.Ce quelque chose, ou Quelqu\u2019un (que je n\u2019ai pas à définir ici ne faisant pas œuvre de théologien), se traduit lui-même en valeurs de justice, de fraternité, de réconciliation, qui permettent précisément de le distinguer du droit, de l\u2019uniformité culturelle, d\u2019un modus vivendi national qui en sont des expressions sociologiques particulières.Je dirais même que ces valeurs de justice, de fraternité, de réconciliation n\u2019ont pas d\u2019expressions juridiques qui leur soient nécessaires.Elles s\u2019expriment toujours dans le relatif des situations.Mais elles sont, à travers cette relativité même qu\u2019elles critiquent une recherche, une tension constante, une insatisfaction radicale.Il me semble que c\u2019est là le rôle privilégié de l\u2019Eglise.En autant qu\u2019une théologie politique, qu\u2019un langage politique lui est possible au-delà de la poursuite d\u2019intérêts particuliers et de la justification sacrale des actions posées de part et d\u2019autre, ce langage est nécessairement celui d\u2019une prise de distance, donc d\u2019une critique.C\u2019est le langage qui sait, pour prendre une expression traditionnelle dont il faudra retrouver le sens, dire le péché là où il est, dans les structures de domination RELATIONS du riche envers le pauvre, du majoritaire envers le minoritaire, de la culture forte envers la faible, de celui que le jeu démocratique favorise envers celui que le même jeu défavorise, bref, en tout pouvoir.Un tel langage politique, qu\u2019on m\u2019entende , bien, n\u2019est jamais un langage absolu.Il est, au contraire, une constante recherche.Il doit d\u2019ailleurs savoir se critiquer lui-même, quand il devient justification d\u2019actions concrètes, quand ses formulations risquent de prendre des accents étrangers à sa mission.Encore une fois, il ne revient pas au sociologue de définir ce que j\u2019appellerai le langage politique spécifique de l\u2019Eglise.C\u2019est là une fonction réflexive appartenant à l\u2019Eglise elle-même.C\u2019est pourquoi je parle d\u2019une théologie (ce qui ne veut pas dire non plus langage sophistiqué), d\u2019une prise de conscience Vis-à-vis de l\u2019avenir du Canada, il y a d\u2019abord l\u2019Eglise québécoise, puis les Eglises canadiennes (catholiques et protestantes) comme groupes d\u2019intérêt, liées à 1\u2019évolution des sociétés diverses dans lesquelles elles s\u2019insèrent.Pour une même unité ecclésiale, du moins pour l\u2019Eglise du Québec, ces intérêts eux-mêmes sont désormais diversifiés.On ne peut plus arriver à en donner une expression unique, par voie d\u2019autorité par exemple.Cependant, ce n\u2019est qu\u2019en leur permettant de s\u2019exprimer le plus librement possible que le jeu de la démocratie a quelque chance de réussite.Mais cette défense de ses intérêts est nécessairement un langage ambigu, compromission avec les règles du jeu d\u2019une société où le pouvoir est concentré dans les groupes d\u2019intérêts les plus forts.Il y a par ailleurs les valeurs et significations religieuses mises en question par la prétention à l\u2019indépendance d\u2019un groupe de plus en plus important de Québécois, et peut-être aussi bientôt par d\u2019autres groupes, ailleurs.Ces significations religieuses vont de la sacralité de la patrie à celle de la liberté de l\u2019homme de choisir, de s\u2019auto-détermi-ner, de l\u2019identité culturelle jusqu\u2019à la 4.\tTexte publié dans le précédent numéro de Relations.5.\tRévolution dans la paix, Seuil, Paris, 1970.6.\tCf.P.GREEN et S.LEVINSON, Power and Community, Dissenting Essays in Political Science, New-York, Pantheon Books, 1969.faite par une communauté.Cette théologie se traduit d\u2019ailleurs immédiatement dans une action éducative, au sens même dans lequel Gregory Baum le rappelle dans le dernier paragraphe de son texte4, ou bien comme Dom Hel-der Camara la définit par le terme « conscientisation » 5: elle n\u2019a partie liée à aucun objectif particulier, mais vise normalement à permettre aux hommes d\u2019exprimer avec le maximum de clairvoyance leurs propres objectifs.« Political silence or Political salience », comme le disait un jeune politicologue américain, à propos d\u2019une autre question: la science 6.C\u2019était là le sens de notre question initiale.Celle-ci reste d\u2019autant plus prégnante que le silence politique risque d\u2019être, considérant l\u2019Eglise comme réalité sociale, de la fausse représentation.pérennité du droit constitutionnel.Il y a là un appel à la réflexion morale qu\u2019aucune Eglise ne peut non plus négliger, sous peine de faire le jeu des groupes dominants.Encore ici, l\u2019Eglise atteste ou conteste, mais elle ne peut être neutre.Souvent elle atteste et conteste à la fois.C\u2019est son langage religieux lui-même qui est politique, et dès lors, source et fondement de conflits.Il y a enfin la volonté de découvrir, au-delà des conflits mais sans en minimiser l\u2019importance, les voies de meilleures conditions d\u2019existence pour tous, du respect de l\u2019autre, la réflexion collective sur la responsabilité, le dialogue, l\u2019amour, etc, qui ont des résonances pratiques en termes de participation, de réaménagement des structures mêmes du pouvoir.Il y a la critique permanente du pouvoir, de tout pouvoir, qu\u2019il faut assurer.Ces trois langages politiques sont inséparables de la réalité quotidienne de l\u2019Eglise.Ils ont sans doute, cependant, un ordre d\u2019importance qu\u2019il revient aux collectivités religieuses elles-mêmes de décider.H serait dommage, là encore, que l\u2019ombre fût prise pour la proie ou que le « political salience » devienne «political silence », au nom d\u2019une hypothétique paix chrétienne qui risque de n\u2019être qu\u2019un très vieux mythe.ZZZZ OUVRAGES REÇUS Arneguy, Michèle: Une Fille de la lagune.Roman.\u2014 Tournai, Casterman, 1973, 256 pp.Béla IR, Michel: Le nouveau théâtre québécois.Col.« Dossiers ».\u2014 Montréal, Leméac, 1973, 205 pp.Belbenoit, Georges : Le Sport à l\u2019école.Col.« E 3 », 25.\u2014 Tournai, Casterman (Poche), 1973, 170 pp.Bordier, Rober: Le Progrès: pour qui?Col.«Mutations-Orientations », 26.\u2014 Tournai, Casterman (Poche), 1973, 139 pp.Bresard, Suzanne: Le Couple sans enfant.Col.« Psychoguides », 23.\u2014 Paris, le Centurion, 1973, 160 pp.Chagnan (Bernard Assiniwi) et Ka-hon-hes (John Fadden) : Les Iroquois.Col.« Chicouté » (4-8 ans).\u2014 Montréal, Leméac, 1973, 47 pp.Chagnan et Ka-hon-hes: Makwa, le petit Algonquin.Col.«Chicouté» (4-8 ans).\u2014 Montréal, Leméac, 1973, 47 pp.Cheminements pénitentiels communautaires (ouvrage collectif).\u2014 Lyon, Ed.du Chalet, 1973, 189 pp.Clairvaux, Henry: Au risque de vivre.\u2014 Paris, Ed.Fleurus, 1973, 124 pp.Clifford, Francis : Reviendrez-vous demain ?Roman.\u2014 Tournai, Casterman, 1973, 234 pp.Dubé, Marcel: Médée.Col.«Théâtre canadien», 27.\u2014 Montréal, Leméac, 1973, 124 pp.Gilbert, Roger: Les Idées actuelles en pédagogie.Col.« Paidoguides », 7.\u2014 Paris, le Centurion, 1973, 302 pp.Jarlot, Georges: Pie XI.Doctrine et Action sociale (1922-1939).\u2014 Roma, Université Gregoriana Ed., 1973, 468 pp.Lambergeon, Dr Solange: Racisme et sexualité.Col.« Via», 25.\u2014 Tournai, Casterman (Poche), 1973, 149 pp.Lambert, Marguerite: Amour vécu.Journal d\u2019une conseillère conjugale.\u2014 Paris, Ed.Resma, 1973, 199 pp.Laplace, Jean: Une expérience de la vie dans l\u2019Esprit.10 jours dans la tradition des Exercices spirituels.\u2014 Lyon, Ed.du Chalet, 1973, 158 pp.Leenhardt, Pierre: L\u2019Enfant et l\u2019expression dramatique.Col.« E 3 », 26.\u2014 Tournai, Casterman (Poche), 1973, 142 pp.Le point théologique, 5: Orientations.\u2014 Paris, Beauchesne, 1973/1, 106 pp.Maillet, Antonine, Scalabrini, Rita: L\u2019Acadie pour quasiment rien.Guide historique, touristique: et humoristique d\u2019Acadie.\u2014 Montréal, Leméac, 1973, 135 pp.Manaranche, André: L\u2019Existence chrétienne.\u2014 Paris, Ed.du Seuil, 1972, 320 pp.Melville, Thomas et Marjorie: Le Cri de la terre.Du couvent à la guérilla.\u2014 Paris, Marne, 1973, 349 pp.Mirande, Jacqueline: A l\u2019ouest, un cavalier.Roman.\u2014 Tournai, Casterman, 1973, 238 pp.Morin, Ghislain: Introduction à l\u2019étude de Jacques Leclercq.Col.« Recherches et synthèses », section morale, 10.\u2014 Paris, J.Duculot, 1973, 126 pp.Patrix, Georges: Desing et environnement.Col.« Mutations-Orientations », 25.\u2014 Tournai, Casterman (Poche), 1973, 171 pp.Pour que s\u2019élève la flamme: Les congrégations religieuses et la promotion de la justice par l\u2019éducation.\u2014 Rome, Educ International (Via Aurelia 511), 1973, 194 pp.Richard, Jean-Jules: Le Voyage en rond.Roman.\u2014 Montréal, le Cercle du Livre de France, 1973, 295 pp.Roland-Michel, Marianne: L\u2019Art et la sexualité.Col.«Via», 24.\u2014 Tournai, Casterman (Poche), 1973, 218 pp.Rousseau, Jean-Jacques: Discours sur l\u2019origine et les fondements de l\u2019inégalité parmi les hommes, suivi de La Reine fantasque.Introduction et notes de A.Kremer-Marietti.\u2014 Paris, Aubier Montaigne, 1973, 191 pp.Scalabrini, Rita: L\u2019Acadie et la mer.bol.« Chicouté » (10-14 ans).\u2014 Montréal, Leméac, 1973, 46 pp.Trebossen, Paul-Gilles: Il est vivant.\u2014 Paris, le Centurion/le Cerf, 1973, 119 pp.Ternon, Dr Yves, Helman, Dr Socrate: Les Médecins allemands et le national-socialisme.Les métamorphoses du darwinisme.\u2014 Tournai, Casterman, 1973, 219 pp.Way, Lewis : Comprendre Alfred Adler.\u2014 Toulouse, Ed.Privât, 1973, 222 pp.La convergence des discours MAI 1973 143 La cour suprême des États-Unis et l\u2019avortement libre ______par Marcel Marcotte______________ L\u2019une était célibataire et habitait au Texas, l\u2019autre était mariée et vivait en Géorgie.Chacune devint enceinte d\u2019un enfant qu\u2019elle n\u2019avait pas désiré; chacune fut forcée par la loi de mener sa grossesse à terme.Les deux enfants, adoptés dès leur naissance, l\u2019avaient échappé belle.Mais les mères, outrées de l\u2019intrusion des pouvoirs publics dans leur « vie privée », décidèrent de prendre la Cour suprême à témoin de l\u2019injustice dont elles avaient été les victimes.Gardienne et interprète de la Constitution \u2014 d\u2019une Constitution qui est censée tout savoir et avoir tout prévu \u2014 la Cour mit treize mois à peser, mûrir et rédiger sa décision.Puis, le 22 janvier 1973, du haut du tribunal, la sentence \u2014 incroyable \u2014 tomba, comme le couperet d\u2019une guillotine: désormais, d\u2019un bout à l\u2019autre des Etats-Unis, toute femme, durant les six premiers mois de sa grossesse, aura « le même droit à l\u2019avortement qu\u2019à n\u2019importe quelle autre intervention chirurgicale mineure ».Plus précisément, la Cour suprême déclare inconstitutionnelles toutes les lois sur l\u2019avortement qui, dans chacun des cinquante Etats de l\u2019Union, ne se conformeraient pas aux normes suivantes: \u2014\tdurant les trois premiers mois de la grossesse, toute décision d\u2019avorter repose entièrement entre les mains de la mère et de son médecin; \u2014\tau cours des trois mois qui suivent, l\u2019Etat peut intervenir, mais seulement dans la mesure où la protection de la santé maternelle l\u2019exige (en requérant, par exemple, l\u2019hospitalisation des mères dans une institution accréditée); l\u2019avortement lui-même ne peut pas être refusé; \u2014\tà partir du moment où l\u2019enfant à naître devient viable, c\u2019est-à-dire apte à vivre hors du sein maternel, l\u2019Etat peut interdire l\u2019avortement, sauf dans les cas où il est médicalement requis pour sauver la vie de la mère ou pour préserver sa santé.(La santé maternelle, notion fort élastique, suffit donc à autoriser l\u2019avortement \u2014 en fait la mise à mort \u2014 d\u2019un fœtus viable.) Le Quatorzième Amendement La cause reposait tout entière sur l\u2019interprétation à donner au Quatorzième amendement de la Constitution des Etats-Unis.Plus exactement au passage qui décrète qu\u2019 « aucun Etat ne doit priver une personne quelconque de sa vie, sa liberté ou sa propriété sans un procès en bonne et due forme ».En 1857, dans une cause célèbre (Dret Scott Decision), la Cour suprême de l\u2019époque avait jugé que les esclaves noirs d\u2019Amérique n\u2019étaient pas tout à fait des humains; qu\u2019ils n\u2019étaient pas du moins, au sens de la Constitution, des « citoyens » à part entière.Et qu\u2019on pouvait donc, à la rigueur, les lyncher sans commettre, juridiquement, un meurtre véritable.Dix ans, une guerre et plus d\u2019un million de morts plus tard, le Quatorzième amendement étendit à toute « personne » née ou naturalisée aux Etats-Unis la pleine protection de la loi: les noirs, au Sud comme au Nord, pourraient enfin dormir en paix dans leurs cases.Hélas ! le même amendement qui, en 1868, a servi à sauver les noirs, est utilisé, en 1973, pour condamner à mort des millions d\u2019êtres humains sans défense.« L\u2019enfant à naître, dit la Cour suprême, n\u2019a jamais été reconnu par la loi comme une « personne » au sens plénier du terme .Le mot de « personne », selon la Constitution, ne s\u2019applique qu\u2019après la naissance.» D\u2019où il suit que, aux termes du Quatorzième amendement, le droit de la mère à la « liberté » \u2014 sous l\u2019étiquette récente de droit à « la vie privée » (privacy) \u2014 l\u2019emporte, juridiquement, sur le droit du fœtus à la « vie ».C\u2019est une conséquence que Lincoln, assurément, n\u2019avait pas prévue et avec laquelle, peut-être, il ne serait pas d\u2019accord aujourd\u2019hui.Jamais encore, dans aucun pays occidental, on n\u2019est allé aussi loin dans la libéralisation de l\u2019avortement.Le juge en chef Burger a beau protester que, « de toute évidence, la Cour ne prétend aucunement que la Constitution impose l\u2019avortement sur demande », les initiés, des deux côtés de la barricade, comprennent qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019un désaveu plus verbal que réel: ce que la Cour suprême a mis en force, à l\u2019encontre des lois actuelles d\u2019au moins quarante-six Etats sur cinquante, c\u2019est l\u2019avortement libre, pur et simple.Avec, en plus, cette circonstance aggravante: en sanctionnant l\u2019avortement thérapeutique, par delà le seuil de viabiüté du fœtus, la Cour aboutit, du même coup, à légitimer, techniquement, l\u2019infanticide.« Il n\u2019y a pas le moindre doute, dit John Noonan, que, pour les premiers six ou sept mois de la vie fœtale, la Cour a fait de l\u2019avortement sur demande un droit constitutionnel.» Quant à l\u2019infanticide, bon gré mal gré, la Cour l\u2019accrédite et l\u2019instaure « en refusant, d\u2019une part, la qualité de personne au fœtus viable, et en élargissant, d\u2019autre part, la définition de la santé maternelle.» J\u2019ajouterai: en désignant sous le nom d\u2019avortement une intervention qui, au regard de la médecine, est évidemment l\u2019accouchement provoqué d\u2019un enfant avant terme.1 l.a) Entre le foetus viable et l\u2019enfant né prématurément, à l\u2019hôpital, il n\u2019y a de différence que sous le rapport du « site » qu\u2019ils occupent \u2014 le sein de la mère ou un incubateur.Techniquement, l\u2019expulsion d\u2019un foetus viable n\u2019est pas un avortement, c\u2019est un accouchement prématuré provoqué.Un enfant naît qui, dans l\u2019état actuel de la médecine, est normalement capable de survivre.Le faire ou le laisser mourir, c\u2019est commettre un infanticide.La limite médicalement admise entre l\u2019avortement et la prématurité se situe présentement aux environs de 26 semaines.Mais un récent rapport d\u2019experts de l\u2019Organisation mondiale de la Santé a proposé de la fixer à 20 semaines.(Rapport technique no 461, pour l\u2019année 1970).b) L\u2019emploi par la Cour du mot avortement, en lieu et place du mot accouchement prématuré provoqué, donne à penser que l\u2019enfant ainsi né avant terme devrait, dans l\u2019intérêt de la vie ou de la santé de la mère, être laissé sans soins.La question du moins reste en suspens.A charge peut-être pour les Etats de la régler par une législation ad hoc qui pourrait, en plus des soins obligatoires à dispenser, prévoir, par exemple, des procédures d\u2019adoption à l\u2019intention des prématurés survivants.144 RELATIONS Les opinions minoritaires Fait étonnant: des neuf juges appelés, d\u2019office, à prendre part à la décision, deux seulement ont senti le besoin de s\u2019en dissocier.Mais ils l\u2019ont fait avec éclat.Le juge Rehnquist, d\u2019abord, qui conteste que « le droit à la vie privée », tel qu\u2019invoqué par la Cour pour étayer son jugement, « ait quelque chose .à voir dans la présente cause », et qui soutient que, « pour parvenir à ses fins, la Cour a nécessairement dû trouver, dans la visée du Quatorzième amendement, un droit qui, apparemment, était tout à fait étranger à ceux qui l\u2019ont rédigé ».Mais davantage encore le juge White (expressément appuyé par Rehnquist) qui écrit: La Cour, en gros, soutient que, durant la période antérieure à la viabilité du foetus, la Constitution accorde plus de valeur au bien-être, aux caprices, aux lubies de la mère qu\u2019à la vie du foetus .Je ne trouve rien dans le langage ou l\u2019histoire de la Constitution pour étayer pareil jugement.La Cour ne fait que fabriquer et proclamer un nouveau droit constitutionnel à l\u2019usage des mères enceintes et, sans guère de raisons ni d\u2019autorité à l\u2019appui, elle confère à ce droit la force requise pour mettre en échec la plupart des lois en vigueur dans les Etats .A mes yeux, ce jugement comporte un emploi imprudent et exorbitant du pouvoir de révision judiciaire que la Constitution confère à la Cour.Bref, aux yeux des deux juges dissidents, la décision du 22 janvier n\u2019est, sous le couvert d\u2019une notion de droit mal établie et indûment étendue à l\u2019avortement libre, qu\u2019un abus de pouvoir ( « raw judicial power » ) commis par la Cour au détriment de la compétence législative des Etats.Pis encore, c\u2019est un empiétement sur les droits de l\u2019opinion publique en démocratie.Le juge White le dit sans ambages: Cette question, en majeure partie, devrait être laissée entre les mains de la population et réglée à l\u2019intérieur des processus politiques que le peuple a prévus pour gouverner ses affaires.2.\tUne enquête Gallup des premiers jours de janvier 1973 a révélé que, à cette date, 46% de la population américaine était favorable et 45% défavorable à l\u2019idée de laisser la décision d\u2019avorter à la mère et à son médecin durant les trois premiers mois de la grossesse.(La Cour étend cette liberté à six mois.) Par comparaison avec les chiffres de 1970, la cote de popularité de l\u2019avortement libre aurait baissé, en deux ans, de presque dix points de pourcentage.3.\tVoir mon article de Relations, septembre 1972, « L\u2019avortement libre: des chiffres et des faits ».Ou le chapitre de mon livre: L\u2019Avortement libre?qui reproduit cet article, p.15-40.Aussi bien, un des aspects les plus déroutants du verdict rendu par la Cour suprême, c\u2019est son décalage par rapport à l\u2019état réel de l\u2019opinion publique américaine, le peu de cas qu\u2019il fait des vrais rapports de force entre les partisans et les adversaires de l\u2019avortement libre aux Etats-Unis.Certes, là comme ailleurs, la question divise profondément les esprits.En deux partis de taille à peu près égale, si les « sondages » sont exacts.Mais deux partis dont \u2014 à la veille de l\u2019ordonnance du 22 janvier \u2014 l\u2019un se renforçait à vue d\u2019œil, tandis que l\u2019autre s\u2019affaiblissait à proportion.2 Depuis 1970, en effet, les partisans de la libéralisation de l\u2019avortement ont été en constante perte de vitesse dans l\u2019opinion publique et sur le terrain politique.Au point que l\u2019année 1973, de l\u2019avis des observateurs de la scène américaine, aurait sans doute vu confirmer d\u2019éclatante façon le mouvement de ressac qui, en 1972, avait déjà freiné, ou même renversé; d\u2019un bout à l\u2019autre du pays, les tendan- Curieusement, c\u2019est à l\u2019abri du « pluralisme » et sur la base d\u2019une opinion minoritaire formulée par le juge Holmes, en 1905, que la majorité, cette fois, a élaboré sa décision.La Constitution, disait Holmes, est faite pour des gens dont les vues sont fondamentalement différentes, et le fait que nous trouvions certaines opinions naturelles et familières, ou bien nouvelles et même choquantes, ne doit pas clore notre jugement quand il s\u2019agit de savoir si les lois dans lesquelles ces opinions prennent corps sont contraires à la Constitution des Etats-Unis.A la bonne heure ! Mais le pluralisme bien compris n\u2019exige-t-il pas que, dans une situation de conflit, l\u2019arbitre ménage les deux parties au procès en leur accordant à l\u2019une et à l\u2019autre \u2014 comme l\u2019a fait, justement, le Parlement canadien \u2014 un minimum de satisfactions ?La Cour, a-t-on dit, n\u2019avait pas le choix.Une fois saisie du débat, il lui fallait jeter son poids du côté des partisans de l\u2019avortement à outrance puisque, de toute façon, les contraintes légales étaient vouées, concrètement, à rester sans effet.Sans effet auprès de la « moitié » qui les récuse et qui trouverait moyen de les contourner; sans effet auprès de la « moitié » qui les réclame et qui n\u2019en a pas besoin pour ces proabortives, prétendûment irréversibles, qui avaient triomphé les années précédentes.Dans l\u2019Etat de New York, notoirement, les jeux politiques étaient faits, et le gouverneur Rockefeller n\u2019aurait pas pu \u2014 ou pas osé \u2014 bloquer d\u2019autorité, une nouvelle fois, le rappel (voté de justesse en 1972) d\u2019une loi permissive à l\u2019extrême qui, en seulement deux années d\u2019exercice, avait étalé à la face du pays les résultats dramatiques et les aspects hideux de l\u2019avortement Jibre.De même, dans la majorité des Etats, les défenseurs de la vie prénatale menaient la course et les législateurs s\u2019apprêtaient, un peu partout, à leur emboîter le pas.3 Comment, dans ces conditions, ne pas voir dans la décision de la Cour suprême un vrai coup de force judiciaire et constitutionnel qui, en obligeant les Etats récalcitrants à s\u2019aligner, en pratique, sur la législation newyorkaise, fausse les règles du jeu démocratique, rompt l\u2019équilibre des forces politiques et aboutit, sur un point d\u2019importance vitale, à creuser un fossé infranchissable entre deux moitiés du pays ?régler sa conduite.A 116 ans de distance \u2014 c\u2019est drôle ! \u2014 le raisonnement des esclavagistes de 1857 refait surface.« Ceux qui croient que c\u2019est un meurtre de tuer un nègre n\u2019ont qu\u2019à ne pas tuer de nègre », disait-on à l\u2019époque.Aujourd\u2019hui, on dit: « Ceux qui pensent que l\u2019avortement est un crime n\u2019ont qu\u2019à ne pas commettre d\u2019avortement.» Car l\u2019important, dans une société pluraliste, c\u2019est que chacun soit libre d\u2019agir selon ses convictions; et donc que personne ne puisse, sous le couvert de la loi, imposer à quelqu\u2019un d\u2019autre ses « croyances » particulières.Comme si, dans le cas présent, la neutralité apparente de la loi n\u2019aboutissait pas à imposer à ceux qui pensent que l\u2019avortement est un « crime abominable » (Vatican II), les « croyances » de ceux qui les combattent.Comme si de retirer à la vie prénatale les protections légales qui l\u2019entouraient naguère ne constituait pas, de soi, un encouragement à la traiter désormais comme une valeur tout à fait négligeable.Comme si, enfin, ceux qui font aux enfants à naître \u2014 autant qu\u2019aux noirs d\u2019antan \u2014 la justice et l\u2019honneur de les considérer comme des humains à part entière, pouvaient rester cois et les bras ballants face à l\u2019hécatombe qui se prépare.Un pluralisme à sens unique MAI 1973 145 « Nous rejetons cette décision de la Cour » Les catholiques américains, en tout cas, paraissent bien résolus à reprendre le combat et à le mener jusqu\u2019au bout.Très actifs au sein des mouvements « Pro-life » qui, regroupant sur une base non-confessionnelle les forces antiabortives du pays, ont eu, ces derniers temps, le vent en poupe, ils entendent utiliser leur momentum, leur nombre, leurs solidarités nouvellement acquises, pour obtenir, éventuellement, l\u2019abrogation de la décision du 22 janvier, voire même l\u2019insertion dans la Constitution d\u2019un amendement inédit qui reconnaîtrait expressément au fœtus la qualité et les droits d\u2019une vraie « personne ».Il ne s\u2019agit pas là d\u2019ambitions privées et d\u2019initiatives locales sans avenir, mais d\u2019un objectif à long terme que l\u2019Episcopat des Etats-Unis a pleinement assumé.Dans sa Déclaration du 13 février dernier, le Comité administratif de la Conférence épiscopale engage nettement les 48 millions de catholiques de son obédience à fournir, en accord avec « tant d\u2019autres Américains émus par le problème », « des efforts concertés et soutenus pour obtenir Yannulation de la décision de la Cour suprême », « pour assurer une assise légale et constitutionnelle à la vérité fondamentale selon laquelle l\u2019enfant à naître est une « personne » dans tous les sens du terme, à partir du moment de la conception ».Fait inouï dans l\u2019histoire d\u2019un corps qui, depuis sa constitution officielle, en 1789, s\u2019est toujours montré respectueux à l\u2019extrême \u2014 et peut-être à l\u2019excès 4 5 \u2014 de l\u2019autorité et des lois du pays, la hiérarchie catholique, cette fois, condamne « comme erronée, injuste et immorale, l\u2019opinion de la Cour suprême des Etats-Unis » et invite carrément les catholiques à la contestation, voire, au besoin, à la désobéissance civile.Nous rejetons cette décision de la Cour parce que, pour reprendre les paroles de Jean XXIII, « si les pouvoirs publics viennent à méconnaître ou violer les droits de l\u2019homme, leurs dispositions sont dépourvues de toute valeur juridique » (Pacem in terris, 61).Chaque fois qu\u2019un conflit surgit entre la loi de Dieu et une loi humaine quelconque, nous sommes tenus de suivre la loi de Dieu .Personne n\u2019est obligé d\u2019obéir à une loi civile qui impose l\u2019avortement.A ce geste dramatique, je vois trois raisons \u2014 ou trois intentions \u2014 principales.a)\tLa première est d\u2019ordre proprement moral et religieux: les Evêques tenaient à rappeler aux catholiques que, sur une question aussi vitale que celle de l\u2019avortement, « qui est une grave violation de la loi de Dieu et a toujours été considéré comme telle », il n\u2019y avait pas, pour la conscience croyante, d\u2019accommodements possibles avec l\u2019opinion, la mode, le « way of life » collectif, et que, après la décision de la Cour suprême comme avant, ils restaient \u2014 sous peine « d\u2019excommunication » \u2014 moralement obligés de se conformer à « la loi de l\u2019Eglise » qui, dans le cas présent, n\u2019est que l\u2019expression de la « loi de Dieu ».b)\tLa seconde raison est d\u2019ordre politique: les Evêques ont voulu reprendre en main, galvaniser et rallier, en vue d\u2019une action de masse à long terme, l\u2019opinion des catholiques qui, assaillis de toutes parts par la propagande pro abortive et trop mollement encadrés par une partie de leur intelligentsia, n\u2019ont pas présenté, face aux c)\tLa troisième intention de la « déclaration » épiscopale correspond à des nécessités pratiques et concerne avant tout le personnel médical et hospitalier.Sous le nouveau régime légal patronné par la Cour suprême, il n\u2019y aura plus, de fait comme de droit, de protection efficace pour l\u2019enfant à naître hors celle que le médecin, à chacune des trois étapes du développement fœtal distinguées par la Cour, choisira de lui accorder.C\u2019est en compagnie de son médecin que, durant les trois premiers mois, la mère doit décider du sort de sa grossesse.C\u2019est encore le médecin qui, durant les trois mois suivants, est chargé d\u2019appliquer les normes que chaque Etat, dans le seul intérêt de la santé maternelle, aura le droit d\u2019édicter.C\u2019est au médecin enfin que, dans le cas du fœtus viable, il revient de juger si la prolongation de la grossesse met en péril la vie ou la santé de la mère.Tant et si bien que, comme l\u2019a compris le docteur Anthony Walsh, « l\u2019opposition à une législation de ce type doit venir de l\u2019intérieur de la profession médicale ».L\u2019Episcopat américain le croit aussi, et il espère que « les médecins et le personnel soignant amèneront leurs pairs à voir une valeur dans toute vie promoteurs de l\u2019avortement libre, ce front compact et sans fissure contre lequel, probablement, la Cour suprême n\u2019aurait pas pu \u2014 ou pas osé \u2014 se dresser 6.En rappelant aux catholiques qu'il vaut mieux obéir à Dieu plutôt qu\u2019aux hommes, en faisant de cette obéissance un test décisif de leur fidélité, en les mobilisant pour la lutte contre les pouvoirs, la Conférence épiscopale assume un double risque: celui d\u2019aggraver, à l\u2019intérieur du catholicisme américain, les tensions entre les « progressistes » et les « traditionalistes », et celui d\u2019isoler davantage l\u2019Eglise dans un pays où, déjà, comme dit un protestant, « l\u2019anticatholicisme est l\u2019antisémitisme des intellectuels ».Mais ces risques valaient d\u2019être courus.Vient un moment où, entre l\u2019Evangile et le « monde », il faut choisir, sous peine de sombrer dans la contradiction et l\u2019impuissance; un moment où les valeurs à préserver sont tellement importantes que, à travers elles, c\u2019est la civilisation même que le chrétien doit défendre.Pour les évêques américains, cette heure de vérité a sonné le 22 janvier: « Sans le droit à la vie, il n\u2019y a plus de liberté possible.» humaine, y compris celle de l\u2019enfant à naître, au cours de la grossesse tout entière » \u2014 « qu\u2019ils refuseront de céder à la pression sociale en pratiquant l\u2019avortement ».Mais il ne fait pas qu\u2019espérer, il oblige: « Ceux qui persuadent d\u2019autres de subir un avortement, et ceux qui procèdent à l\u2019avortement sont coupables de rupture avec la loi de Dieu.» 4.\tA la vigueur de la prise de position du catholicisme officiel sur l\u2019avortement libre, certains opposent la tiédeur qu\u2019il a manifestée \u2014 au détriment de sa « crédibilité » dans la lutte actuelle \u2014 lors des derniers grands débats sur les droits civils et sur l\u2019engagement militaire des Etats-Unis au Vietnam.5.\tLa division de l\u2019opinion chrétienne (si- non de l\u2019opinion catholique) quant au caractère humain du fœtus a clairement pesé sur la décision de la Cour.« Nous n\u2019avons pas, dit-elle, à résoudre la question difficile des commencements de la vie.Quand les spécialistes de la médecine, de la philosophie et de la théologie sont incapables d\u2019arriver à un consensus quelconque, le tribunal, dans l\u2019état actuel des connaissances humaines, n\u2019est pas en mesure de hasarder une réponse.» Excuse spécieuse: les divergences réelles ne portent que sur les premiers stades de la vie fœtale; les experts sont d\u2019accord pour reconnaître qu\u2019un fœtus de six mois, à fortiori un fœtus viable, est vraiment un être humain.Pour la liberté de la médecine 146 RELATIONS A l\u2019arrière-plan de cet interdit, un souci majeur de l\u2019Eglise américaine se profile.Il y a actuellement aux Etats-Unis 718 hôpitaux catholiques qui, en 1972, ont traité 23 millions de patients.Ces hôpitaux sont des institutions privées qui, dans bien des cas, n\u2019en émargent pas moins au budget de l\u2019Etat pour fins de construction, d\u2019entretien, de recherche, et, de ce fait, paraissent vulnérables à une législation qui pourrait un jour les forcer à mettre, tout comme les hôpitaux publics, leur personnel et leurs installations au service de l\u2019avortement libre.En faisant aux médecins et au personnel soignant catholiques une obligation morale rigoureuse de refuser leur collaboration, les Evêques leur procurent à l\u2019avance un statut officiel d\u2019objecteurs de conscience, lequel, dans un pays traditionnellement très soucieux de la liberté religieuse et des droits personnels, les protège \u2014 en même temps que les institutions qu\u2019ils dirigent \u2014 contre les pressions possibles de l\u2019opinion, des tribunaux et des gouvernements.Ces précautions ne sont pas vaines.Bien que, dans la moitié de sa « décision » consacrée à la critique de la législation géorgienne, la Cour suprême ait explicitement reconnu le droit des individus et des institutions à refuser, pour des motifs moraux ou religieux, toute participation à l\u2019avortement, la question n\u2019est pas réglée et le danger demeure.Car il reste à savoir si, dans les Etats où la loi ne comporterait pas, comme en Géorgie, une « clause de conscience », médecins et hôpitaux catholiques seraient pareillement à l\u2019abri des vexations et des poursuites.Des experts avaient prévu que, très tôt, devant les tribunaux locaux et les législatures d\u2019Etat, les tentatives se multiplieraient pour éprouver le bien-fondé et mesurer la portée de cette ordonnance particulière de la Cour.L\u2019entreprise est en marche.En Orégon, où la législature est saisie d\u2019un projet de loi visant à forcer les hôpitaux catholiques à ouvrir leurs portes aux candidates à l\u2019avortement.Au Wisconsin, où il est proposé de retirer leur licence 6.\tConsultation de Dennis J.Purtell, de Milwaukee, à l\u2019intention du « Community Hospital » de New London, Wisconsin (en manuscrit).7.\tVoir là-dessus Commonweal, 23 mars 1973, « Abortion: Next Round ».8.\tJames B.Kahn, du « U.S.Public Health Service », a établi que, en 1970, dans la seule ville de New York, le nombre des avortements, officiellement fixé à 165,000, avait atteint, en réalité, à quelque 500,000.Et la vague abortive commençait à peine à déferler.aux médecins et aux membres du personnel infirmier qui refuseraient leur coopération à l\u2019avortement légal.J\u2019en passe.A ce train, par delà les droits de la conscience morale et professionnelle (qui valent bien le « droit à la vie privée » ), c\u2019est l\u2019existence même des hôpitaux catholiques qui est mise en péril.Quel sort fera-t-on à ceux de ces hôpitaux qui desservent, seuls, une aire géographique donnée ?Leur sera-t-il permis d\u2019appliquer leurs critères particuliers à toute une population qui, majoritairement peut-être, ne les accepte pas ?Sinon, à quelle extrémité seront-ils acculés ?Au Montana, un hôpital catholique envisage déjà de fermer, au besoin, ses services de maternité et d\u2019obstétrique, plutôt que de prêter la main aux pratiques abortives.La solution est drastique, mais serait-elle sage ?A l\u2019échelle du pays, les retombées de pareils refus ne risquent-elles pas de gravement compromettre tout l\u2019avenir de la médecine catholique ?Bref, les questions pullulent et l\u2019inquiétude est à son comble.« Pour le moment, dit un juriste, nous sommes d\u2019avis qu\u2019un hôpital a droit d\u2019imposer ses règles propres en la matière.Mais tant et aussi longtemps que Cependant, plus que la contestation des individus, des groupes, des partis, des Eglises, ce sont les faits, sans doute, qui imposeront, à plus ou moins longue échéance, l\u2019annulation de la décision du 22 janvier.Les Américains ont la réputation, l\u2019habitude et les moyens de ne pas faire les choses à moitié, même le pire, et une fois lancés sur le chemin de l\u2019avortement libre, ils ne s\u2019arrêteront probablement, comme au Vietnam, qu\u2019au bord du gouffre.Le jour même où la Cour suprême a rendu sa décision publique, le cardinal Krol, président de la Conférence épiscopale, déclarait: Le jugement rendu aujourd\u2019hui est une indicible tragédie pour notre pays.Il est difficile de trouver dans les deux siècles de notre histoire une décision entraînant des conséquences plus désastreuses pour la stabilité d\u2019une société civilisée comme la nôtre.Pareille mesure sape à la base la garantie du droit à la vie prévue par la Constitution et met en branle une évolution aux perspectives terrifiantes.A court terme, les conséquences à redouter concernent l\u2019augmentation rapide du nombre des avortements et l\u2019influence de cette augmentation sur la natalité américaine.Depuis l\u2019année la Cour ne se sera pas prononcée sur le litige, il n\u2019existera aucune réponse définitive \u20ac.» Le sénateur Frank Church, pourtant, paraît avoir opté pour une approche différente en déférant la cause au comité sénatorial du Travail et du Bien-être, qui devrait en discuter sous peu, à Washington, dans le cadre d\u2019audiences publiques du sous-comité de la Santé présidé par Edward Kennedy.La proposition de Church, pour l\u2019heure, paraît jouir d\u2019un large support chez les politiciens de toute allégeance.La perspective d\u2019un affrontement majeur entre l\u2019Eglise catholique et l\u2019Etat n\u2019a rien de réjouissant pour personne6 7.D\u2019autant que le leadership de l\u2019Eglise, en l\u2019absence de toute opposition aussi fortement structurée, se trouve à incarner les aspirations et à canaliser l\u2019indignation d\u2019une portion importante de la population non catholique.En quoi la Déclaration de la Conférence épiscopale prend son sens et atteint son but: installer d\u2019un coup, en principe, le quart de la nation américaine dans la désobéissance civile, c\u2019était peut-être le meilleur \u2014 et le dernier \u2014 moyen de faire entendre la voix des innocents sur la terre de la liberté.1968, où l\u2019avortement a commencé d\u2019être libéralisé dans un petit nombre d\u2019Etats, le chiffre annuel des avortements légaux est passé, pour l\u2019ensemble du pays, de 18,000 à 700,000.Encore ne s\u2019agit-il là que des chiffres officiels.On sait fort bien, par exemple, que, dans l\u2019Etat de New York, le chiffre admis de 310,000 avortements, en 1972, devrait être multiplié par trois pour rendre compte de la réalité, tant médecins, cliniques et hôpitaux sont avares de statistiques et tant les contrôles gouvernementaux sont difficiles 8.Dans cette hypothèse, l\u2019Etat de New York aurait connu, l\u2019année dernière* au moins 900,000 avortements.Réduisons ce chiffre de plus de la moitié, pour tenir compte du fait que de 50 à 60 pour cent des avortements newyorkais ont été pratiqués sur des femmes en provenance d\u2019autres Etats (et même du Québec, comme chacun sait).Reste que, sous les auspices d\u2019une législation très proche de celle que la Cour suprême vient d\u2019étendre à tout le territoire américain, le nombre réel de résidentes newyorkaises qui, en 1972, ont eu accès à l\u2019avortement, doit se situer aux environs de 400,000.Reporté sur l\u2019ensemble de la popula- Des « perspectives terrifiantes » \u2014 l\u2019incidence démographique MAI 1973\t147 tion américaine (203,000,000), ce chiffre, correspondant à la population de l\u2019Etat de New York (18,186,000) s\u2019élèverait, abstraction faite des variables susceptibles d\u2019affecter les calculs, à quelque 5,000,000 9.En comparaison de quoi la guerre du Vietnam, avec ses 46,000 morts américains, n\u2019aurait été qu\u2019une escarmouche.Dans un peuple déjà saigné à blanc par le recours massif à la contraception (anovulants, ligature tubaire, vasectomie, etc.) et dont le taux de natalité, l\u2019an dernier, est tombé \u2014 à la grande joie des militants de la « Croissance nulle » (Zero Population Growth) \u2014 en dessous du taux normal de remplacement, pareille hémorragie ne manquera pas d\u2019avoir, au cours des futures années, des effets dramatiques.Les mêmes, sans doute, que ceux dont la Diète japonaise, après deux décennies d\u2019avortement libre, s\u2019inquiète si fort \u2014 A long terme, ce qui menace d\u2019être atteint et corrodé par les législations nouvelles, c\u2019est Y ethos, la fibre morale du peuple américain.Le respect de la vie est un tout qui ne souffre pas de partage, une sorte d\u2019absolu qui ne tolère pas d\u2019exception.Une fois légalisé l\u2019avortement libre et oblitéré dans le cœur des foules \u2014 par contagion, lassitude, accoutumance \u2014 le sens du caractère sacré de la vie prénatale, la 9.\tAntérieurement à l\u2019expérience newyor-kaise, des démographes avaient prévu que, en régime d\u2019avortement libre, ce chiffre s\u2019établirait, après cinq ans, aux alentours de 2,000,000.Les faits donnent à penser qu\u2019il sera largement dépassé.Surtout si, aux Etats-Unis comme ailleurs, l\u2019avortement \u2014 « la contraception des pauvres » \u2014 tend à supplanter les pratiques anticonceptionnelles courantes.10.\tAlarmisme ?Envie de « faire peur au monde »?Je pourrais citer des dizaines d\u2019opinions et de textes scientifiques \u2014 de sociologues, de psychologues, de médecins, d\u2019économistes \u2014 allant explicitement dans le sens de la même « solution finale » \u2014 du « Death Control » comme on commence à dire couramment.Un exemple entre d\u2019autres, tiré des conclusions d\u2019une étude importante sur la vieillesse: « A l\u2019intérieur d\u2019une conception plus rationnelle et moins contaminée par la superstition que celle qui a cours présentement, il se peut qu\u2019on accorde à l\u2019euthanasie une considération plus sérieuse qu\u2019au-jourd\u2019hui.Autrement.le sort de bien des vieillards risquerait de ressembler à celui.des « demi-morts » de Kipling .dont la seule apparition avait pour effet l\u2019affaiblissement du goût de vivre.» (Joseph J.Spen-gler, « The Aged and Public Policy », dans Busse-Pfeiffer, Behavior and Adaptation in Late Life, 1972, p.375.) mais si vainement \u2014 aujourd\u2019hui: répartition anormale de la population suivant l\u2019âge, disproportion croissante entre le nombre des adultes actifs et celui des jeunes et des retraités, pénurie de main-d\u2019œuvre, problèmes de troisième âge, augmentation des charges sociales, etc.La « pilule » semble devoir être, pour les Américains, beaucoup plus fatale que la bombe atomique ne l\u2019a été pour les Japonais.Ils ont sur eux-mêmes lancé cette bombe, beaucoup plus destructive, et ils l\u2019ont lancée sur tous les peuples qui s\u2019amé-.ricanisent.Raymond Ruyer, Les Nuisances idéologiques (Calmann-Lévy, 1972), p.130 La pilule ?Bagatelle ! Dans la logique implacable de la « sélection éliminante » (Ruyer), l\u2019explosion de l\u2019avortement libre, sous le ciel d\u2019Amérique, ne risque-t-elle pas de déclencher, comme au Japon, d\u2019autres destructions plus massives ?voie n\u2019est-elle pas ouverte à des tolérances morales et légales encore pires ?Parlant de la guerre (mais le propos s\u2019applique à l\u2019avortement), Daniel Ber-rigan écrivait: Qu\u2019arrive-t-il à l\u2019homme qui verse le sang d\u2019un autre homme ?Que se passe-t-il dans la tête de ceux qui apprennent à traiter le meurtre comme une technique sociale ?Dans la tête des dirigeants, des intellectuels, des entrepreneurs, des étudiants, quand on fait de la mort un mode de vie ?Les conséquences du sang versé, les bouleversements psychologiques et la corruption de l\u2019esprit qu\u2019il engendre, voilà la vraie question, la question tragique, celle qui mérite d\u2019être posée.Daniel Berrigan, No Bars to Manhood, 1970.Historiquement, le respect de la vie fœtale paraît avoir marché de pair avec celui des vies faibles, amoindries, misérables.A l\u2019inverse, les peuples chez qui l\u2019avortement fut de pratique courante ont couramment aussi jeté les enfants à l\u2019égout et \u2014 parfois \u2014 les vieillards à la voirie.Il n\u2019en va pas autrement aujourd\u2019hui.Les mêmes gens \u2014 les mêmes « moralistes » \u2014 qui applaudissent à l\u2019avortement libre envisagent de supprimer les enfants mongols et flirtent avec l\u2019euthanasie.Ces idées, pour l\u2019instant, se discutent à huis-clos, entre spécialistes, et le peu qu\u2019il en filtre au dehors \u2014 comme hier l\u2019idée de l\u2019avortement sur demande \u2014 suscite encore des protestations indignées.Mais laissez agir le temps, elles sortiront de l\u2019ombre, elles feront leur chemin, elles déboucheront sur la place publique.Et peut-être finiront- elles par obtenir, à leur tour, la sanction de l\u2019opinion et de la loi.C\u2019est par la tête que le poisson pourrit, dit un proverbe chinois.A partir du moment où le principe de l\u2019égalité fondamentale des vies est remis en question et journellement violé au chapitre de la vie prénatale, il n\u2019y a pas de raison de s\u2019arrêter sur la pente glissante.Pas de raison de refuser, comme on dit, « de repenser la morale de la mort en fonction des vivants ».Aujourd\u2019hui, c\u2019est un fœtus qu\u2019on tue; demain, ce sera peut-être un enfant difforme; après-demain, un incurable, un fou, un vieillard cachexique.Il n\u2019y a que la première gorgée qui coûte 10.Et nous?Il est difficile d\u2019évaluer l\u2019impact possible de la « Décision » américaine sur la législation canadienne en matière d\u2019avortement.La protection des droits civiques \u2014 en l\u2019occurrence ceux de la mère enceinte 'et ceux de l\u2019enfant à naître \u2014 n\u2019est pas, dans notre pays, du ressort de la Cour suprême, mais du Parlement.D\u2019un Parlement qui ne paraît pas d\u2019humeur, pour l\u2019instant, à réviser la loi de 1968, dont le ministre de la justice, M.Otto Lang, estime qu\u2019elle est déjà appliquée chez-nous de façon « trop libérale ».N\u2019empêche que, en régime parlementaire, c\u2019est au niveau de l\u2019opinion publique, en fin de compte, que le sort des grands débats se décide.Et là, le prestige de la Cour suprême des Etats-Unis risque de peser lourd dans la balance.Non seulement dans les milieux anglophones, où les retombées de la culture américaine sont forcément très sensibles, mais également au Québec, où la propagande proabortive, c\u2019est trop clair, s\u2019abreuve aux mêmes sources, joue sur les mêmes thèmes et cultive les mêmes mythes qui l\u2019ont alimentée outre-frontière.Mais quand bien même la « Décision » du 22 janvier n\u2019aurait sur notre sort collectif aucune influence directe, la « tragédie indicible » qu\u2019elle inaugure ne laisse pas de nous concerner tous.Du fond de sa prison de Birmingham, Martin Luther King, mort d\u2019avoir cru que tous les hommes \u2014 toutes les vies \u2014 ont la même valeur, nous l\u2019a crié de toutes ses forces, en 1963: «L\u2019injustice, n\u2019importe où, est une menace à la justice partout.Nous sommes pris dans un réseau inextricable de solidarité, enveloppés dans les plis d\u2019un unique destin.Le coup qui frappe l\u2019un directement atteint indirectement .tous les autres.» 20.4.73.L'érosion du respect de la vie 148 RELATIONS Les politiques \u201cimplicites\u201d d\u2019Ottawa en matière de population \u2014 à propos des travaux préparatoires à la Conférence mondiale sur les problèmes de population (ONU, 1974) __ par Guy Bourgeault_______________________________ explicite concernant les problèmes de population » ; mais qu\u2019il a cherché et cherche encore à « encourager la croissance économique ».L\u2019orientation générale de la déclaration, à mon sens, est ainsi implicitement suggérée, après avoir été implicitement prise, en dépit de l\u2019apparente objectivité des statistiques derrière laquelle on se réfugiera ensuite3.L\u2019ensemble du mémoire en porte la marque.Ses accentuations et ses silences trouvent leur explication Nos nouveaux « définisseurs » On a fortement contesté, dans le Québec des dix ou vingt dernières années, le rôle de définisseurs des valeurs et des projets collectifs que s\u2019étaient attribué chez nous, au nom de la collectivité, le clergé et certaines élites aristocratiques.Ces , « définisseurs » traditionnels ont été peu à peu supplantés par les grands investisseurs et leurs publicistes, et par une nouvelle élite technocratique.Pour le meilleur et pour le pire, et peut-être davantage pour le pire que pour le meilleur.Qui « définit » chez nous nos politiques de population \u2014 ces politiques « implicites » dont les technocrates d\u2019Ottawa semblent tenir à ne pas expliciter les dessous idéologiques ?En avril 1970, la résolution 1486 du Conseil économique et social des Nations Unies invitait tous les Etats membres à participer à une deuxième enquête sur la croissance de la population et le développement \u2014 la première ayant été réalisée en 1963.Donnant suite à cette résolution, le secrétaire général de l\u2019ONU, M.Kurt Waldheim, annonçait, en septembre 1972, que 1974, « année mondiale de population », réunirait des participants de tous les Etats membres pour une conférence mondiale sur les problèmes (et politiques) de population.Chaque pays-membre était alors invité à préparer, en réponse au questionnaire de Traitant des problèmes de population en rapport avec le développement économique et social, le texte de la « troisième rédaction », conformément au plan du questionnaire de la « deuxième enquête », est grosso modo divisé comme suit: 1) situation actuelle, 2) prospective: population, développement et la « deuxième enquête » et en préparation de la conférence mondiale, un « rapport » ou « mémoire » national faisant état de la situation locale, eu égard à la croissance de la population, et exposant comment cette situation affecte les programmes et plans de développement économique et social1.En novembre 1972, on demandait au Canada de préparer son mémoire pour la conférence de 1974 et d\u2019en faire parvenir le texte à l\u2019ONU pour le 1er mars 1973.Les citoyens canadiens \u2014 qui constituent, si je ne me trompe, « la population » du Canada \u2014 n\u2019ont jamais été informés par leur gouvernement de la préparation de l\u2019étude demandée; ils n\u2019ont jamais été invités à participer à cette préparation.Celle-ci fut confiée (par qui ?) à un « groupe de travail interdépartemental » anonyme (i.e.dont la composition n\u2019est pas connue des citoyens canadiens) et dont je ne sache pas qu\u2019il ait reçu mandat direct ou indirect de la population canadienne 2.La troisième rédaction du rapport de ce groupe de travail, portant la date du 14 mars 1973, est intitulée: « Third Draft Reply to The Second Inquiry on Population Growth and Development prepared by The Interdepartmental Working Group on Canada\u2019s Country Statement for The World Population Conference 1974 ».C\u2019est ce texte que je voudrais ici présenter et critiquer.environnement, 3) programmes d\u2019action.Dès l\u2019introduction, où la situation canadienne globale est rapidement évoquée, on signale que « le gouvernement canadien n\u2019a pas, jusqu\u2019à présent, jugé nécessaire d\u2019adopter une politique 1.\tOn a demandé à chaque Etat-membre de préparer « a country statement summarizing their situation and outlook with respect to population growth and how this may affect their programs and plans for economic and social development » : l\u2019enquête s\u2019intéresse donc exclusivement \u2014 du moins directement \u2014 à la croissance de la population et à Yinfluence de cette croissance sur le développement économique et social.Cette approche unidimensionnelle d\u2019un problème complexe a été critiquée par divers groupes, ici comme à l\u2019étranger.Je me contente de citer ici le Groupe de travail sur la population du Bureau international catholique de l\u2019enfance (65, rue Lauzane, 1202 Genève, Suisse), dans un document portant la date du 5 février 1973; le Center of Concern (3700, 13th St., Washington, D.C.20017), dans un memorandum de William F.Ryan daté du 15 mars 1973; le Family Life Bureau de la Conférence catholique canadienne (CCC, Ottawa), dans un texte de Bernard M.Daly, le 6 mars 1973.Il est abusif et tendencieux de laisser croire que la croissance de la population est la cause des problèmes du développement socioéconomique.L\u2019orientation en ce sens déjà donnée par le questionnaire même de la « deuxième enquête », à cause de sa problématique trop étroite et unidimensionnelle, risque de biaiser tous les rapports.Le mémoire canadien, du moins à l\u2019étape de sa troisième rédaction, en porte la marque, ainsi qu\u2019on le verra plus loin.2.\tAux questions posées, à la Chambre des communes, par Mr.Brewin (q.1660), le ministre Mitchell Sharp répondait, le 20 mars 1973: a) que le Canada participerait à la Conférence de 1974; b) qu\u2019on avait demandé que le « country statement » soit préparé pour le mois de mars 1973; c) que la préparation de ce mémoire (country statement) avait été confiée à un « comité interdépartemental »; d) que le mémoire serait déposé à la Chambre; e) que le temps avait manqué pour requérir la collaboration d\u2019organismes non rattachés au gouvernement fédéral à la préparation de ce mémoire: « Due to the extremely short deadline imposed by the United Nations there was insufficient time actively to request participation of non-federal government organizations in the preparation of the paper but a number of unsolicited submissions by interested groups were taken in account.The matter of further consultations on this subject is under consideration.» La résolution du Conseil économique et social des Nations Unies date pourtant d\u2019avril 1970; et la demande d\u2019une réponse à la « seconde enquête », de l\u2019automne 1972 ! De sorte que le temps n\u2019a pas vraiment manqué pour assurer une plus large participation à la préparation du mémoire canadien.Le texte: ce qu\u2019il dit et ce qu\u2019il ne dit pas MAI 1973 149 dans cette option inavouée qui privilégie un certain « bien-être » socio-économique à l\u2019intérieur d\u2019un système social et économique qu\u2019on ne veut pas remettre en cause .parce qu\u2019il « profite » à ceux qui en profitent ! \u2014 Situation actuelle La situation actuelle est d\u2019abord analysée en termes statistiques: recensements, courbes de natalité et de mortalité, évolution de l\u2019immigration, montée de l\u2019urbanisation, etc.Le ton est neutre: les auteurs du mémoire ne se posent pas de questions quant aux enjeux collectifs sous-jacents aux profils statistiques accumulés.Le développement du Canada aux plans économique et social est, lui aussi, « évalué » avec l\u2019objectivité (?) des statistiques: accroissement de la force de travail (notamment par l\u2019entrée sur le marché du travail des femmes et d\u2019un nombre considérable de jeunes travailleurs), développement du secteur tertiaire (services) et régression des secteurs primaire et secondaire (agriculture et industrie), hausse du PNB, montée des investissements.Rien n\u2019est dit des transformations socioculturelles impliquées par cette évolution du monde du travail au Canada et des enjeux collectifs sous-jacents aux données statistiques recueillies.Un court paragraphe signale la hausse du chômage, « nonobstant » la santé de l\u2019économie canadienne.Mais on tait ce qui a trait aux conflits de travail, à la non-participation des travailleurs dans la gestion de l\u2019entreprise, à la domination économique découlant des investissements faits au Canada par les sociétés multi-nationales ayant leurs maisons-mères aux USA, etc.Au chapitre de Véducation, on accumule encore des statistiques réconfortantes concernant l\u2019accès élargi à l\u2019enseignement supérieur grâce à des investissements considérables (les plus élevés dans le monde développé ! ).Mais on tait les crises multiples que nous avons connues dans le monde scolaire, les remises en cause des programmes d\u2019étude, la critique d\u2019une conception de l\u2019école trop directement orientée vers le marché du travail, les compromissions de la recherche universitaire avec les grandes compagnies et le Pentagone, etc.Au sujet des services sociaux et de santé, on énumère les lois et les programmes d\u2019aide gouvernementaux, mais on ne dit rien des enjeux sous-jacents et des options « implicites » de ces mêmes lois et programmes.On ne dit rien, non plus, de l\u2019exploitation de la santé par les fabricants de produits pharmaceutiques, des coûts peut-être excessifs de certains services, des « intérêts » qui amènent souvent à investir davantage dans les constructions et les équipements que dans l\u2019embauche d\u2019un personnel mieux qualifié, etc.On rappelle les lois « libéralisant » le divorce et la contraception (1968) ou soustrayant au code criminel l\u2019avortement thérapeutique (1969); mais on ne dit pas que les requêtes pour un tribunal de la famille, pour l\u2019établissement de centres d\u2019aide à la famille ou aux femmes enceintes contre leur gré, etc.n\u2019ont jamais été vraiment considérées avec tant soit peu d\u2019attention.Et on ne dit mot, non plus, des cliniques médicales ou d\u2019aide juridique établies par des comités de citoyens dans des quartiers ou régions défavorisés, ni des luttes que ces comités ont du mener pour assurer la simple survie des institutions qu\u2019ils avaient créées.On signale, en fournissant quelques données statistiques, la permanence de la pauvreté au Canada (16% des familles et 38% des citoyens sans charge familiale); mais on ne dit rien des projets de revenu minimum garanti (celui de C.Caston-guay pour le Québec, par exemple) auxquels on a préféré la hausse, électo-ralement plus rentable, de certaines pensions ou allocations.On signale que des études sont en cours, au Canada, concernant la malnutrition; mais sans rien dire de la hausse des prix des aliments que le gouvernement ne veut pas enrayer ou ne réussit pas à freiner.On signale \u2014 sans fournir de statistiques, cette fois, \u2014 que les conditions de logement sont parfois inadéquates, et l\u2019évolution de l\u2019habitation vers le « bloc-appartements » fait l\u2019objet d\u2019un rapide constat; mais on ne pose aucune question à ce sujet, se contentant plutôt d\u2019affirmer que « certaines initiatives récentes du gouvernement canadien témoignent de son souci de fournir des logements plus nombreux aux familles à faible revenu, de travailler à la restauration des vieux logements, de préserver l\u2019intégrité de l\u2019environnement et de planifier les développements résidentiels » ! On donne des statistiques diverses concernant le transport et le développement des réseaux de communication au Canada; mais on n\u2019aborde pas le problème des coûts pour les travailleurs, les personnes âgées, etc.\u2014 le Canada demeurant un des rares pays où des mesures sociales n\u2019ont pas été prises à cet égard.On consacre un abondant paragraphe au programme de formation et de perfectionnement de la main-d\u2019œuvre élaboré et géré par le Ministère de la main-d\u2019œuvre et de l\u2019immigration (dont un membre doit faire partie du « groupe de travail interdépartemental ».!); mais on n\u2019évoque même pas les critiques dont il a été l\u2019objet à maintes reprises, au cours des dernières années, ni \u2014 évidemment \u2014 son échec, son incapacité à redresser vraiment la situation qu\u2019il visait à corriger.\u2014 Prospective Le chapitre consacré à la prospective \u2014 The Future: Population, Development and Environment \u2014 ne compte que trois pages.Sa teneur confirme l\u2019affirmation faite en introduction : « le gouvernement canadien n\u2019a pas, jusqu\u2019à présent, jugé nécessaire d\u2019adopter une politique explicite concernant les problèmes de population ».Les rapides orientations données dans cette partie de la « troisième rédaction » laissant entendre qu\u2019il s\u2019agit simplement de continuer ce qui a été amorcé, c\u2019est-à-dire de continuer à laisser faire et à laisser jouer les pouvoirs (financiers) et les intérêts qui, dans le régime libéral qui est le nôtre, définissent eux-mêmes « nos » politiques (implicites) de population.Il est cependant possible de dégager quelques perles : \u2014 Les futures réformes dans le domaine des services sociaux et de santé « tiendront aussi compte de certains principes concernant la qualité de la vie: accès égal à des services de haute qualité, meilleure protection des droits des femmes et des enfants », etc.Mais qu\u2019entend-on par cette « qualité de la vie » ?est-elle ou non, dans l\u2019esprit des auteurs de cette « troisième rédac- 3.C\u2019est peut-être après avoir pris connaissance des critiques dont fait état la note 1, ci-dessus, que les auteurs de la « troisième rédaction » ont jugé bon d\u2019introduire dans l\u2019introduction du texte le paragraphe suivant: « The Canadian Government is conscious also that the degree of severity of certain problems results, not from population size as such, but from the interplay of technology, consumption and population proper.It considers, therefore, that it would be only judicious for the Conference to take a broad view of such problems.» Mais l\u2019observation est faite, me semble-t-il, sans conviction.Surtout, ce qui est suggéré ici ne laisse pratiquement aucune trace dans le reste du document.\u2014 Les critiques faites ici portent sur le texte de la « troisième rédaction ».Il est possible qu\u2019une quatrième rédaction y apporte certains compléments et certaines retouches; il ne semble pas, cependant, qu\u2019il faille s\u2019attendre à des corrections majeures.150 RELATIONS tion », réductible à ce que l\u2019on appelle plus justement le « niveau de la vie » et qui est défini par la capacité ou le pouvoir de consommation (motoneige ou 2e automobile « à crédit » ! ) ?et de la vie de qui s\u2019agit-il ici ?et qui va définir \u2014 et pour qui ?\u2014 cette « qualité de la vie » ?etc.\u2014 On signale l\u2019urgence de services à la famille.Mais on ne sent pas le besoin de formuler quelque suggestion concrète.\u2014 On fait appel, comme en aparté, à la nécessaire participation de la population ou des « citoyens ordinaires » à l\u2019élaboration des programmes d\u2019action (policy making) dans l\u2019ordre des services sociaux.On aimerait que cet appel soit « rétroactif » et qu\u2019il ait pu amener à entreprendre d\u2019autre façon le travail du « groupe interdépartemental » qui nous livre dans le présent mémoire sa conception de la vie sociale .Les « citoyens ordinaires » ont déjà dit ce qu\u2019ils pensaient et voulaient à Mont-Laurier, à Cabano, à la Pointe-Saint-Charles et en bien d\u2019autres régions du Canada.La « troisième rédaction » n\u2019en porte guère la marque.\u2014 La population canadienne est devenue une population urbaine, constate-t-on.De sorte que les programmes de l\u2019avenir devront s\u2019adresser à une population urbanisée ! Sans doute; mais l\u2019évolution constatée est-elle inévitable ?et comment pourrait-elle être planifiée de façon humaine ?\u2014 Au chapitre de l\u2019écologie et de la qualité de l\u2019environnement, on se contente de recommander .des études, dont on reconnaît qu\u2019elles sont devenues urgentes ! Mais n\u2019y a-t-il pas des mesures qu\u2019il serait possible de prendre immédiatement pour rationaliser l\u2019exploitation de nos ressources et assurer la préservation de la qualité de l\u2019environnement ?Ce serait sans doute porter atteinte au système économique libéral qui est le nôtre que d\u2019oser seulement les proposer .\u2014 Programmes d\u2019action Sur la base d\u2019une évaluation de la situation actuelle qui s\u2019en tient aux statistiques pour n\u2019avoir pas à faire face aux enjeux collectifs \u2014 anthropologiques et culturels tout autant que socioéconomiques \u2014 sous-jacents, et d\u2019une prospective pratiquement inexistante, il n\u2019est guère possible de proposer des programmes d\u2019action.Il ne faut donc pas s\u2019étonner du fait que les quatre dernières pages du mémoire « troisième rédaction » n\u2019en suggèrent pas.Au fond, on ne veut rien décider.Vraisemblablement parce qu\u2019on ne le peut pas, ou, du moins, parce qu\u2019on ne le peut pas sans remettre en cause le système d\u2019économie libérale qui est le nôtre et qui, je le répète, définit « nos » politiques sociales.Implicitement, bien sûr.C\u2019est d\u2019ailleurs plus sûr ainsi: on n\u2019a aucun intérêt à avouer l\u2019inavouable.Sans rien décider, donc, puisque tout est décidé d\u2019avance, on suggère de poursuivre les études qui pourront aider les individus (comme si les enjeux n\u2019étaient pas ici collectifs !) à prendre ultérieurement des décisions plus éclairées; de poursuivre le travail « d\u2019information et d\u2019éducation » des centres et services de planning familial; de contrôler l\u2019immigration en fonction de l\u2019emploi.Les problèmes de la natalité et du planning familial, des déplacements des travailleurs consécutifs aux changements technologiques, de l\u2019urbanisation croissante, etc.sont considérés \u2014 et je cite \u2014 « comme relevant proprement de la décision \u2018individuelle\u2019 des familles ».C\u2019est pourquoi \u2014 et je cite encore \u2014 « malgré que le gouvernement canadien soit intéressé à toutes ces questions, il n\u2019y a pas lieu d\u2019élaborer une politique de population qui soit explicite ».Mais comment une famille peut-elle « choisir » de travailler là où les usines se ferment ?ou « choisir » de donner la vie à des enfants qu\u2019il sera impossible de loger convenablement et Un document final qui serait de la même veine que le texte de la « troisième rédaction » ne peut légitimement être présenté à la Conférence mondiale de 1974 comme le « Canada\u2019s Country Statement ».Parce que les questions fondamentales y seront soigneusement évitées, qui risqueraient de remettre en cause les privilèges de ceux qui tirent profit du régime socio-économique présent au Canada.Et parce que les citoyens canadiens n\u2019auront pas participé à sa préparation.Les hauts fonctionnaires d\u2019Ottawa sont air service de la population canadienne.Il ne leur appartient pas de définir les aspirations de la collectivité.Tout au plus pourrait-on accepter que ce texte soit envoyé comme réponse à la deuxième enquête sur la croissance de la population et le développement.Mais, avant que soit présenté le mémoire canadien, (et non pas gouvernemental) à la Conférence de auxquels on ne pourra pas assurer une éducation décente ?ou « choisir » de vivre en forêt pour échapper à la pollution des centres urbains ?Dans toutes ces pages, l\u2019homme n\u2019a guère sa place; comptent plutôt le travailleur et le consommateur.en fonction d\u2019un développement économique que l\u2019on qualifie abusivement de social et qui est implicitement présenté comme la mesure d\u2019une croissance normale de la population.Le tout, dans une perspective de « population control policy » plutôt que de « population development policy ».Mais, si le Canada est incapable de reconnaître les aspirations et les droits de ses propres citoyens \u2014 et de ceux-là surtout qui appartiennent au « tiers-monde » canadien et que l\u2019on appelle les « défavorisés » comme si leur situation était le fruit d\u2019une quelconque mauvaise fortune et non pas d\u2019une exploitation \u2014 et s\u2019il ne réussit pas à élaborer les politiques nécessaires pour corriger l\u2019injuste distribution de l\u2019avoir et du pouvoir ici, qu\u2019ira-t-il faire entendre de simplement « croyable » à une conférence internationale ?que pourra-t-il y dire, devant les représentants des pays du tiers-monde, qui ait chance de contribuer à l\u2019établissement d\u2019une justice moins irréelle sur notre planète ?1974, il faudra voir à ce que sa préparation soit canadienne .pour que le texte puisse exprimer le moins mal possible les problèmes, aspirations et projets des Canadiens.Ce qui implique: 1° que le texte préparé par le groupe de travail interdépartemental soit rendu public dans les plus brefs délais; 2° qu\u2019il soit déposé comme document de travail devant une commission parlementaire mandatée pour recevoir officiellement critiques et compléments; 3° que les étapes ultérieures du travail de préparation du mémoire canadien pour la Conférence de 1974 soient ainsi précisées que la participation des citoyens à ce travail puisse être réelle \u2014 par la médiation, notamment, des syndicats, des universités, des comités de citoyens, etc.officiellement invités à faire connaître leurs positions.Un document irrecevable MAI 1973 151 Les spécialistes à l\u2019emploi du gouvernement canadien auront, dans ce travail, des services importants à rendre: il leur appartiendra, notamment, de fournir les informations \u2014 non seulement statistiques \u2014 dont ils disposent.Mais il faudra voir à ce qu\u2019ils n\u2019outrepassent pas leur mandat et ne cherchent pas subrepticement à s\u2019ériger LE DÉVELOPPEMENT EXIGE LA JUSTICE La terre pourrait fournir à l\u2019humanité actuelle un ensemble suffisant de richesses si celles-ci étaient équitablement réparties et si l\u2019équilibre n\u2019était pas rompu par notre consommation effrénée et notre odieux gaspillage.Les pauvres du monde, y compris ceux du Canada, se scandalisent avec raison de l\u2019écart qui s\u2019élargit continuellement entre eux et les riches.Ils réclament la justice et non la charité; la dignité dans l\u2019autonomie et non la dépendance permanente.Le moment est venu pour le Canada de choisir: ou il poursuit la course actuelle vers une croissance sans fin, pour des revenus toujours plus élevés en vue d\u2019une consommation accrue, ou il s\u2019engage avec le pauvre dans la lutte pour un juste partage des responsabilités, des' revenus et du pouvoir décisionnel.La justice dans le monde est le problème.Nous établirons la justice en rétrécissant le fossé qui sépare le riche du pauvre; en réduisant l\u2019excès de production et de consommation de façon que les ressources et la productivité canadiennes tournent à un usage plus juste; en favorisant la recherche et l\u2019action pour préciser les pouvoirs des corporations privées et des agences publiques engagées dans l\u2019investissement, l\u2019aide et le commerce internationaux.La justice requiert le développement de tous les peuples ! La gloire de Dieu, c\u2019est l\u2019homme pleinement épanoui ! Dr.N.B.McLeod, (Eglise unie du Canada), Mgr W.E.Power (Conférence catholique canadienne), Dr.M.V.Putnam et Dr.D.C.MacDonald (Eglise presbytérienne), M.Rev.E.W.Scott (Eglise anglicane du Canada), Dr.John Zimmerman (Conseil luthérien du Canada).Mars 1973.en nouveaux « définisseurs » des aspirations collectives.J\u2019ai, à cet égard, davantage confiance \u2014 malgré les limites de ma confiance \u2014 aux chefs syndicaux qu\u2019aux technocrates: les premiers, quoi qu\u2019on en dise, sont plus « proches » des « citoyens ordinaires » que les seconds.Et aussi que les députés et les ministres.(D\u2019ailleurs, les politiques de population apparemment élaborées par les technocrates sont « implicitement » mais réellement définies par les grands financiers et les investisseurs.) Malgré les apparences, les problèmes qui seront débattus dans le cadre de la Conférence de 1974 sur la croissance de la population ne sont pas d\u2019ordre statistique et « scientifique » d\u2019abord, mais bien d\u2019ordre éthique4.Une éthique sociale est sous-jacente à la « troisième rédaction » dont j\u2019ai fait ici la critique: même si leurs options sont discrètement tenues cachées derrière l\u2019écran des statistiques accumulées, les membres du groupe de travail interdépartemental qui ont préparé cette « troisième rédaction » sont \u2014 et se montrent \u2014 profondément imbus de l\u2019idéologie libérale de notre société de consommation.Il ne leur appartient pas de décider que cette idéologie, qui sous-tend leurs options personnelles, est compatible avec les aspirations réelles des citoyens canadiens.20.4.73\t¦¦¦¦ 4.C\u2019est pourquoi les Eglises canadiennes, à mon avis, ont ici un rôle à jouer.Non pas tant pour contester une fois encore certains programmes de planning familial ou les pressions faites en faveur de l\u2019avortement libre, que pour éveiller la conscience sociale à la perception des véritables enjeux socio-culturels et socio-économiques sous-jacents.Lors du séminaire sur les politiques de population au Canada organisé conjointement par la CCC et les Pères Paulistes, du 5 au 9 juin 1972, ces « dessous anthropologiques ou culturels et sociaux » avaient été signalés par Jacques Grand\u2019Maison, dans un effort pour re-centrer le débat et faire éviter « la constante dérive des véritables enjeux » qu\u2019on a toujours tendance à ravaler aux plans où notre maîtrise statistique et technique nous donne l\u2019illusion de pouvoir agir avec efficacité (cf.Relations, 373, juillet-août 1972, p.207).Plus récemment, le mémoire présenté aux Canadiens par les chefs des cinq Eglises participant à la tournée « Dix jours pour le développement », mémoire intitulé Le développement exige la justice, touche lui aussi à ces enjeux sociaux et cherche à éveiller la conscience sociale.J\u2019ajouterai que ce mémoire me semble plus riche et plus stimulant que la « troisième rédaction » des technocrates d\u2019Ottawa.Qu\u2019il s\u2019agisse ici d\u2019un débat proprement éthique, Arthur J.Dyck (Department of Population Sciences, Harvard University) l\u2019a bien fait voir dans une étude intitulée Population and National Responsibility.U.S.\u2014 An Ethical Analysis of the Report of the Commission on Population Growth and the American Future.Les véritables questions dont il s\u2019agit, signale-t-il, par delà les apparences de l\u2019objectivité scientifique et statistique, ont trait à la qualité de la vie, à la liberté, à la justice.\u2014 Peut-être faudrait-il relire, 10 ans après sa publication, Pacem in terris prônant une vie et une paix sociale fondées sur la vérité, la justice, la solidarité, la liberté (cf.l\u2019article d\u2019Irénée Desrochers, dans Relations, 381, avril 1973, pp.99-101).VISIONS DE MAI C\u2019est le joli mois de mai, le mois le plus beau, disait le cantique ! Au ciel, sur terre et dans mon âme, tout me parle de retour à la vie et m\u2019invite à rechanter l\u2019alléluia de Pâques.Après des heures et des jours de la peine la plus lourde, le printemps aussi s\u2019est arraché du sol ! Par chemins de misères il s\u2019est dégagé de l\u2019ombre de galeries froides, et le voilà ressuscité, alléluia ! La levée des aubes, en robes de fêtes, célèbre son travail obscur, aujourd\u2019hui couronné de lumière.Mon âme aussi, je le crois, après sa longue marche de misérable nuit, ressuscitera en pleine clarté pour entonner l\u2019alléluia de sa foi.Au ciel, sur terre et dans mon âme, tout me parle de vision et d\u2019éternelles joies, alléluia ! Le printemps, c\u2019est la résurrection de la nature; celui de mai, c\u2019est le temps des manifestations de sa nouvelle vie, la période des merveilleuses apparitions, alléluia, pour le charme de l\u2019homme, la fascination de ses yeux et l\u2019enchantement de son imagination.Il est là au ciel, sur terre et dans mon âme, avec ses promesses de relâche au travail et d\u2019embauche au repos.Le printemps de mai, c\u2019est un paradis nouveau ! Comme si le Créateur, après avoir refait la première nuit, refaisait le premier jour.Ensorcellement, bien sûr, car le Seigneur n\u2019a pas refait le premier jour uniquement ! La vérité est plus belle encore, il a refait tous les autres aussi et le chemin qui, par eux, mène à la vision, source d\u2019éternelles joies, alléluia ! Au mois de mai, c\u2019est le sacre d\u2019un autre printemps ! Le renouveau dans la nature, la beauté, tout autour, qui lève jeune et fraîche, après l\u2019austérité de l\u2019hiver, tout invite au chant de l\u2019alléluia: celui des ascensions.L\u2019assomption des fleurs fait un signe à mes yeux de lever le regard; un signe à mon esprit, d\u2019élever sa pensée; un signe à mon âme, de croire et d\u2019espérer.Des signes partout en traits de couleurs, tracés sur le vert symbolique des sous-bois et des parterres: message en images de la condition heureuse de l\u2019homme, après le renouvellement.Après l\u2019arrachement du sol, après l\u2019achèvement du long travail en moi, patiemment, un peu tous les jours, ce sera, je l\u2019espère, mon ascension et la vision, source d\u2019éternelles joies, alléluia ! A la nature du printemps de mai, c\u2019est le temps de la floraison; pour mon âme, c\u2019est le temps de faire, en sa solitude, le bouquet des grandes révélations et de l\u2019offrir à mon cœur.Le Christ de minuit d\u2019un certain soir achève son chemin de vie et son chemin de fleurs ! Lui aussi a grandi dans le silence, à travers mille difficultés de terre; lui aussi est apparu pour le bien de tous et le charme de plusieurs; lui aussi a payé de sa vie le prix de sa grâce; lui aussi, on l\u2019a coupé de l\u2019existence pour l\u2019offrir, hommage d\u2019un Cœur à l\u2019autre.Ressuscité, apparu, remonté, il est le printemps de la vie nouvelle, tige d\u2019une infinité de fleurs.N\u2019oublions pas, au mois de mai, de fêter la plus belle ! Paul Fortin.152 RELATIONS LITTÉRATURE Un cercle enchanté \u2014 l\u2019Élan d\u2019Amérique, d\u2019André Langevin par Gabrillle Poulin Longtemps au pays de Québec, l\u2019image de la mère s\u2019est profilée sur celle de la patrie.Une patrie qui n\u2019était rien d\u2019autre qu\u2019un coin de terre à labourer, à engraisser, à ensemencer au rythme des saisons et, surtout, à conserver intacte.Dans ces deux valeurs sûres, les romanciers pour leur part trouvaient le symbole polyvalent et poly-forme essentiel à leur inspiration.Ainsi ont-ils écrit des romans « nationalistes » dans lesquels assez curieusement est décrit et chanté un pays qui n\u2019a pas d\u2019autre nom que celui de la terre familiale transmise de père en fils, terre-mère possessive et jalouse, qui en assurant aux siens la subsistance, les empêchait d\u2019agrandir leur horizon.Elle ne pouvait permettre à ses fils de s\u2019émanciper, car son destin était lié à leur fidélité; sa fécondité, à leur piété filiale.Puis, un jour, tout a changé au pays de Québec.S\u2019arrachant à l\u2019emprise du symbole qui la condamnait, elle aussi, au cycle des saisons, la femme a secoué la terre collée à ses pieds, à ses mains, tranché le nœud œdipien et, du même coup, libéré ses fils.Détachés de la terre-mère, ceux-ci se sont mis à désirer un pays dont ils n\u2019avaient même pas soupçonné l\u2019existence aussi longtemps qu\u2019ils n\u2019avaient pas su insuffler une forme à l\u2019argile qu\u2019ils pétrissaient.Le pays qu\u2019ils poursuivent maintenant dans des aventures politiques ou idéologiques et dans les rêves des romanciers ou des poètes, ne se laisse encore atteindre ni posséder autrement que dans la fièvre créatrice qui donne un corps aux fantômes.Le roman « nationaliste » moderne ne peut plus identifier la mère et la terre, car ces symboles, au long des ans, se sont métamorphosés comme les réalités qui les sous-tendaient.Désormais, la femme refuse d\u2019être considérée comme une possession sûre et parfaitement délimitée ou comme la gardienne sédentaire d\u2019un patrimoine sacré.Le romancier moderne a-t-il pour autant renoncé à la traditionnelle alliance femme-pays ?Au contraire.Jamais la ressemblance ne lui a paru aussi parfaite entre ce pays fuyant qu\u2019il désire et ne peut s\u2019approprier et la femme infidèle mais toujours attirante, non pas la mère de ses enfants, mais la compagne de ses plaisirs; non pas une possession tranquille mais, comme en témoigne particulièrement le roman québécois de 19722, un mirage toujours évanoui et toujours renaissant.Pour Jacques Ferron3, Marguerite n\u2019est pas l\u2019ange du foyer, mais l\u2019ange et l\u2019idole du Saint-Elias, ce pays-navire sur lequel s\u2019embarquent les rêves et les désirs des Batisca-nais.La Jeanne-D\u2019Arc de Victor-Lévy Beau-lieu 4, elle, a déserté le grand lit légué par les parents, la maison de la rue Monselet, l\u2019ivresse et la folie de son mari pour se confier, avec son pays apeuré, à la garde des forces de l\u2019ordre.Quant à Mireille, la secrétaire qui tape le manuscrit de Jacques-Thomas D\u2019Amour-Godbout 5, elle veut avoir sa juste part dans le pays-roman que la littérature est en train de se donner.Les écrivains sont sévères et impatients envers la femme-pays qu\u2019ils poursuivent de leurs propositions et de leurs avances et qui leur résiste: tout serait tellement plus simple si le Québec cessait de se prostituer avec des dieux étrangers et si sa nation, enfin fidèle, rentrait à la maison, sur un coin de terre bien délimité ! Quel romancier n\u2019a rêvé d\u2019écrire un véritable roman d\u2019amour qui serait sa propre idylle avec son pays sédentaire et sage de la sagesse des mères d\u2019autrefois, le roman d\u2019un pays possédé exclusivement, jalousement, et d\u2019un peuple enfin soumis .et libre ! L\u2019Élan d\u2019Amérique Au triptyque nationaliste de 1972 que forment Un rêve québécois, Le Saint-Elias et D\u2019Amour P.Q., André Langevin, ce « rassembler de terres » a ajouté un volet d\u2019une très grande beauté; le couple femme-pays y reçoit un éclairage mystérieux, qui lui donne à la fois des dimensions irréelles et une intensité de vie extraordinaire.Au pessimisme de Beaulieu, à l\u2019humour de Ferron et au ton burlesque de Godbout, qui découvrent en la dénonçant l\u2019impasse dans laquelle le Québec est coincé, est venu se joindre le rêve d\u2019André Langevin: les désirs, les échecs, les cauchemars que transcende la lumière poétique s\u2019inscrivent dans des images vivantes, très belles de cette beauté « convulsive » dont parle Breton.En surgissent, non pas le pays qui manque aux Québécois, mais le désir et la fureur sans lesquels toute aventure littéraire ou politique sombre dans le verbiage et l\u2019éloquence.Les héros de Langevin ont vécu dans des espaces immenses, ouverts, et ils étouffent quand il leur faut s\u2019enfermer entre les murs d\u2019une maison, d\u2019une métropole ou d\u2019un pays.L\u2019espace les habite comme une soif Ils sont faits à la mesure d\u2019un continent.Et si l\u2019on essaie de les emprisonner, de les détruire en même temps qu\u2019on tente de les priver de l\u2019espace infini, ils reconstruisent dans leur esprit, avec la complicité du temps, un « temps circulaire, totalement lisse, sans point de rupture possible6 » la mer, la forêt, le continent tout entier vers lequel ils s\u2019évadent et s\u2019échappent du néant.Le cercle enchanté S\u2019il fallait trouver pour définir l\u2019Elan d\u2019Amérique une image qui rendît compte à la fois de sa structure et de son dynamisme, c\u2019est à l\u2019image du cercle qu\u2019il faudrait songer.En effet, chacune des parties de ce récit comme chacun des événements forment des figures qui s\u2019inscrivent dans celle d\u2019un cercle enchanté, lui-même tournant autour d\u2019un point fixe et ramenant « les mêmes images toujours, que rien ne lie l\u2019une à l\u2019autre, qui crèvent comme bulles à la surface de la vase mouvante de la mémoire 7 ».Images du désir, images oniriques qui font de ce roman un véritable récit surréaliste.Une première lecture, si attentive soit-elle, ne peut prétendre épuiser les sens de cette œuvre qui a toute la densité d\u2019un poème: elle peut être même assez frustrante pour le lecteur qui cherche avant tout une histoire avec une chronologie rassurante et des personnages présentés et décrits systématiquement, des personnages à la Balzac.L\u2019histoire, mais cela nous ne pouvons le savoir qu\u2019à la deuxième lecture, commence par la fin ou plutôt, comme un cercle, en n\u2019importe quel point de la circonférence, en n\u2019importe quel instant arbitraire au cadran d\u2019une montre, en n\u2019importe quel automne au cycle des saisons.Cette histoire, les personnages ne la font pas, ils la vivent ou la revivent, au rythme même que leur impose le mouvement irrépressible de leur sang, mouvement circulaire lui aussi qui crée l\u2019orbite sur laquelle ils se déplacent et viennent en contact les uns avec les autres, un instant, pour une étreinte sanglante avant de retomber dans l\u2019immense solitude qui les ramène vers le silence et les entraîne vers la mort.La seule liberté qui soit laissée à Antoine, Hercule, David, comme à l\u2019orignal qui rassemble et résume la force instinctive et la puissance du mâle, son besoin d\u2019espace et de liberté, c\u2019est celle de cet instant unique où, établis dans une attente qui ressemble à celle du veilleur, ils croisent dans la lumière trompeuse d\u2019octobre une non moins trompeuse chimère qui ressemble au printemps et à la vie, qui s\u2019appelle l\u2019amour et qui les précipite dans le froid et le gel de la mort.« Les grandes marées d\u2019octobre restituent au sable blanc sa virginité des premiers âges 8.» Le lieu qu\u2019ils habitent, lui aussi, s\u2019inscrit dans un cercle, celui que forme cette moitié de la terre qui s\u2019appelle l\u2019hémisphère occidental, ou encore l\u2019Amérique, parcouru comme par un réseau sanguin de tous ces cours d\u2019eau qui gardent de leur contact avec l\u2019immensité de la mer une pureté et une vigueur toujours renouvelée.Où qu\u2019ils soient dans l\u2019aire de cette Amérique, fût-ce à Montréal, les héros de Langevin se sentent exilés, voués à l\u2019errance et à la solitude, rejetés du passé, inquiets dans l\u2019instant, rayés de l\u2019avenir.L\u2019immensité les attire comme la mer et comme l\u2019amour et ils découvrent que le cercle de l\u2019amour et celui de la vie se touchent eux aussi en un point précis qui les plonge dans la mort, à « l\u2019arête de la chute verticale de l\u2019océan sur d\u2019invisibles espaces9 ».Ce lieu qu\u2019ils hantent, dans lequel ils tentent de se recréer un espace vital au sein de cette vie humaine qui les rejette, n\u2019a pas plus de réalité que le cercle enchanté créé par les pas de la dansense et qui s\u2019efface dès que celle-ci a exhalé comme un soufle son dernier pas de danse.David exigeait que l\u2019eau vive remonte la pente.Il ne pouvait savoir qu\u2019elle ne pouvait savoir que l\u2019eau se colore des MAI 1973 153 rives qu\u2019elle touche, que sa limpidité doit se payer de pierre nue et du plein soleil qui menace de la tarir.Elle avait fui en tous sens, parce qu\u2019elle avait jailli ainsi, terrorisée par la précarité de la source.Il s\u2019appelle Antoine.Un nouveau lit.Et elle meurt en un peu d\u2019écume sur le sable où elle retombe, et qui la boit.Mr Stephen Peabody était veuf avant le départ, et Maria n\u2019a jamais battu de ses pieds nus les marbres du palais 10.Ainsi en est-il de l\u2019abri que l\u2019oiselet avait trouvé dans les mains de Claire: l\u2019oiselet meurt de la chaleur même qu\u2019il communique.Dans la chambre du phare, les prunelles se heurtent sur les murs et « sombrent dans une eau silencieuse, glaciale * 11 ».Le marécage dans lequel Antoine a aperçu pour la première fois l\u2019orignal que la nuit avait peu à peu apeuré sent « la pourriture et la mort lente des choses englouties 12 ».L'impossible enracinement « Un continent fantôme a pris le large, fait basculer dans un inaccessible lointain le phare, la maison du promontoire et la noyade laiteuse de Claire Smith dans un exil sans retour 13.» Ainsi s\u2019estompent peu à peu la ville, la forêt, la campagne qu\u2019on avait cru reconnaître à la lueur d\u2019un octobre trompeur.Dans tous les romans de Langevin, les lieux dans lesquels les êtres semblent prendre naissance et qui sont intensément présents quand commence le drame (qu\u2019il s\u2019agisse de la ville minière de Poussière sur la ville, de l\u2019Hôtel de la Rivière verte « où l\u2019on ne faisait que passer » et du camp de bûcheron du Temps des Hommes) s\u2019estompent peu à peu comme ces villages victimes de catastrophes cosmiques qui disparaissent à tout jamais, entraînant dans le gouffre qu\u2019ils creusent les rêves et les désirs des hommes qui les habitaient.Les héros dé Langevin fuient d\u2019instinct la terre qui se dérobe sous leurs pieds.Les fenêtres et la porte ainsi barricadées, la maison avait tout de suite eu un air d\u2019abandon définitif.Elle avait basculé d\u2019un coup dans le désert environnant, où s\u2019enlisaient des granges effondrées, des clôtures couchées dans l\u2019herbe haute, des maisons emportées pièce à pièce par le vent, la neige, l\u2019eau, qui, l\u2019automne, subissaient les outrages des chasseurs, des maison en démence, disaient les gens 14.Tout le passé s\u2019écroule avec le pays abandonné et Hercule s\u2019enfuit en avant: « C\u2019est pas de partir qui est le pire, mais de voir que tout ça va peut-être mourir avant toi.comme si tu n\u2019avais pas eu de vie ! 15 » Mais aucun des héros de Langevin n\u2019atteint jamais un lieu de tranquille possession.David s\u2019abandonne au flot purificateur de la mer pour échapper à la chambre du phare où l\u2019amour a su vaincre le temps mais n\u2019a aucun pouvoir sur la mort.Claire, quand elle a retrouvé, grâce à l\u2019étreinte d\u2019Antoine, le fil qui la ramène hors des ténèbres de la douce démence qui lui permettait de vivre, se laisse couler à pic dans un chemin mouvant qui la reconduira vers la mer.Et Antoine lui-même, qui refuse d\u2019assister à l\u2019envahissement et à la décomposition de son pays originel, entreprend sous la conduite de l\u2019Indien, un voyage de non retour; car il porte en lui, comme l\u2019orignal qui a tourné en rond pendant des jours autour du marécage où il s\u2019est finalement effondré, le germe d\u2019une mort inévitable dont l\u2019amour lui a été, à lui aussi, le révélateur.Et ce roman s\u2019achève dans un vide immense qui est aussi une attente sans objet.Langevin l\u2019a intitulé l\u2019Elan d\u2019Amérique.« L\u2019élan d\u2019Amérique ! Antoine sent les muscles de sa bouche qui se relâchent.Et il rit sous le mouchoir de l\u2019Indien.Le bond de Maria dans l\u2019or pâle, au plus profond d\u2019un regard couleur de mer, l\u2019arrache au vertige de la nuit*6.» L\u2019orignal est mort; morte aussi la femelle en qui il a désespérément déposé un germe de résurrection.Maria est morte tuée par l\u2019amour, et morte doublement puisque le regard couleur de mer dans lequel Antoine a cru l\u2019apercevoir une dernière fois s\u2019est fermé lui aussi.Seule demeure l\u2019Amérique immense et intangible et l\u2019élan qui la traverse, un élan qui n\u2019est pas à la mesure des hommes du passé.Une Amérique inaccessible comme l\u2019amour qui, ainsi que Claire, tüe tout ce qui la touche.« Un continent fantôme a pris le large » sur lequel personne n\u2019a de prise, qui est l\u2019image même du destin.Une roue qui tourne inlassablement, un hémisphère qui entraîne dans son mouvement des êtres qui, leur sang épuisé, n\u2019ont plus d\u2019autre élan que celui-là qui les précipite dans la mort.Mais la fin du récit de Langevin ne met pas un terme à l\u2019attente et au désir qui sont à sa source et l\u2019ont traversé de part en part.Attente et désir témoignent de la parfaite disponibilité nécessaire pour que la rencon- tre ait lieu et que surgisse enfin la merveille.Il suffit que, comme le buck des anciens, elle occupe un moment l\u2019aire où l\u2019on désespérait pour que soit recréé l\u2019espace magique où tout devient possible.Le romancier qui a su recréé cet espace garde en lui assez de puissance pour que le lecteur québécois soit justifié d\u2019attendre et de désirer le rencontrer de nouveau, fût-ce, après de longues années, dans l\u2019élan et la fièvre d\u2019un nouvel octobre.1.\tAndré Langevin, L\u2019Elan d'Amérique.\u2014\tMontréal, le Cercle du Livre de France, 1972, 239 pp.2.\tVoir Relations, 32 (1972): 341-343.3.\tJacques Ferron, Le Saint-Elias, coll.« Les Romanciers du Jour », p.85.\u2014 Montréal, les Editions du Jour, 1972.4.\tVictor-Lévy Beaulieu, Un rêve québécois, coll.« Les Romanciers du Jour », p.83.\u2014\tMontréal, les Editions du Jour, 1972.5.\tJacques Godbout, D\u2019Amour, P.Q.Hur-tubise HMH/Editions du Seuil, 1972.6.\tL\u2019Elan d\u2019Amérique, 8-9.7.\tIbid., 13.8.\tIbid., 13.9.\tIbid., 7.10.\tIbid., 27.11 .Ibid., 12-13.12.\tIbid., 82.13.\tIbid., 19.14.\tIbid., 101.15.\tIbid., 103.16.\tIbid., 239.Tournez vos regards vers le nord.vraiment le nord Là dans l\u2019Arctique .presqu\u2019enfouies sous la neige et entourées de glace et de rochers .vous apercevrez nos seize missions esquimaudes.Plus de quarante missionnaires, répandant la parole de Dieu et semant l\u2019amour et l\u2019espérance, doivent continuellement lutter contre les éléments d\u2019un pays glacial, cruel et sans pardon.Et pour rendre leur travail encore plus difficile, leur source de revenus est pratiquement inexistante.Ne laissez pas ces missionnaires oeuvrer seuls.S.v.p., donnez-leur un coup de main.Votre support sera si précieux.MISSIONS ESQU-OMI C.P.89, Otterburne, Manitoba ROA IGO LES MISSIONS LES PLUS AU NORD DU GLOBE TERRESTRE (Une lettre personnelle accusera réception de votre don et un reçu officiel pour fins d\u2019impôt vous sera envoyé.) 154 RELATIONS : T H É Â T R E\t'\t- Rire.ou ne pas rire?Georges-Henri d\u2019Auteuil par Un Chinois.vietnamien « C\u2019était pendant l\u2019horreur d\u2019une profonde nuit.» En effet, on a l\u2019impression d\u2019assister à la répétition d\u2019une sorte de songe d\u2019Athalie.En pleine nuit, un jeune Chinois \u2014 qui d\u2019ailleurs est Vietnamien \u2014 se promène comme chez lui dans la demeure des parents de sa petite amie d\u2019université, pendant que ceux-ci, couchés dans le grand lit conjugal, au lieu de dormir, échangent des propos incohérents et loufoques sur les riens de la vie, interrompus, ici et là, par la visite de leur fille, Christine, qui vient se coiffer ou consulter un livre.Le monde du banal quotidien traversé par l\u2019insolite.C\u2019est tout.Et c\u2019est le Chinois, pièce de Michel Faure, mise en scène par Buissonneau, au théâtre de Quat\u2019Sous.A moins que nous tombions irrémédiablement dans la barbarie, on étudiera toujours VAthalie de Racine, pas le Chinois de Faure.Le quotidien n\u2019a rien de passionnant et l\u2019insolite est vite périmé.Et il y a tellement de Chinois qui se ressemblent tous, même s\u2019ils sont Vietnamiens ! Ce n\u2019est pourtant pas qu\u2019on s\u2019ennuie à cette pochade absolument sans intrigue.La mise en scène est alerte et, surtout, il y a Hélène Loiselle, d\u2019un naturel désarmant et d\u2019un tel « abattage » qu\u2019on oublie ce qu\u2019elle dit pour s\u2019arrêter à la drôlerie avec laquelle elle le dit.Certainement une éclatante performance de comédienne qui a donné une consistance à ce Chinois.Une Tempête.à la canayenne ! D\u2019abord, je n\u2019en croyais pas mes oreilles.Et puis, il fallut bien me rendre à l\u2019évidence: Prospero, duc de Milan, parlait en canayen, comme un brave débardeur de la rue Wolfe.Et tous de l\u2019imiter à qui mieux mieux, avec une prononciation molle, vulgaire, inarticulée.Et cela, par choix aberrant de Michel Garneau, metteur en scène pour l\u2019Ecole nationale de Théâtre de la Tempête de Shakespeare, qu\u2019on a récemment présentée au Monument National.Pour plusieurs, la Tempête passe pour le chef-d\u2019œuvre du génie inventif, poétique et humain de Shakespeare.Après une période de sombre pessimisme, un peu le fruit des malheurs de sa propre vie, le grand dramaturge semble avoir voulu terminer sa car- rière artistique par une lumineuse échappée sur le bonheur possible des hommes dans la sereine réconciliation et le pur amour, récompense d\u2019une loyale sincérité.Oeuvre d\u2019une haute fantaisie où s\u2019allient heureusement les forces de la nature pour déjouer les projets malicieux de l\u2019ambition et, par là, favoriser les aspirations à la joie et à la liberté de victimes innocentes.Tantôt solennel, tantôt gracieux, émouvant ou comique, le ton s\u2019adapte toujours aux circonstances et aux personnages qui baignent dans une atmosphère magique et surnaturelle où se jouent de la vulgaire réalité les subtils esprits évoqués par le magicien Prospero.L\u2019interprétation des élèves de l\u2019Ecole nationale, selon la direction reçue de Michel Garneau, a trop souvent ravalé ce ton si juste de la pièce, dissipé l\u2019enchantement de cette atmosphère, au point que, à certains moments, on se serait cru sur une scène médiocre de collège.Du Shakespeare traînant, maussade, suintant l\u2019ennui au lieu de l\u2019allégresse, de l\u2019agilité, du raffinement même que suppose le texte et que seule la jeune Monic Vigneault a pu réaliser, avec bonheur, par son interprétation d\u2019Ariel, le génie de l\u2019air.Sans elle, nous aurions dû nous contenter des grosses farces, dignes de leur emploi, du bouffon Trinculo et de l\u2019ivrogne Stephanio.Même l\u2019admirable scène d\u2019amour entre Miranda et Ferdinand a bien failli tomber dans la pure fadeur, accompagnée d\u2019ailleurs des remarques platement débitées du Prospero de Denis Mercier.Il y a tout de même eu un effort méritoire et ordinairement réussi de la part des personnages mythiques, habilement et ingénieusement dirigés par Roger Blay, qui peut se féliciter de la discipline et du savoir faire de ses jeunes comédiens.Quant à Caliban, monstre de méchanceté et de laideur devenu un personnage classique dans la littérature, joué par Marie-Michèle Desrosiers, il n\u2019a pas justifié l\u2019importance que les analystes de Shakespeare lui donnent dans la pièce.Fruit de l\u2019accouplement du diable et d\u2019une sorcière, Caliban, d\u2019une nature foncièrement viciée, contraste radicalement avec la nature plaisante et sympathique d\u2019Ariel, tous deux au service de Prospero, celui-ci pour l\u2019aider, celui-là pour lui nuire.Cette opposition entre les deux personnages n\u2019a pas été assez marquée, à mon sens, Ariel l\u2019emportant d\u2019emblée sur son rival Caliban.Un récent commentateur pense « qu\u2019il vaut mieux lire la Tempête que de la voir figurée ou défigurée sur les planches ».De la figure que nous a dessinée Michel Garneau, le moins qu\u2019on puisse dire c\u2019est qu\u2019elle avait besoin de fortes retouches.Un Neveu bien sérieux Parmi les écrivains importants du XVIIIe siècle français, appelé le Siècle des Lumières, Denis Diderot est surtout célèbre comme philosophe et, spécialement, animateur convaincu de l\u2019Encyclopédie.Pourtant, il avait aussi un faible prononcé pour le théâtre.Il en a été le théoricien dans son ouvrage le Paradoxe sur le comédien.Il prônait, entre la comédie et la tragédie, un genre nouveau dit « théâtre séfieux », qui a eu beaucoup de vogue au siècle suivant sous le costume de la comédie et du drame bourgeois.Curieusement, ce ne sont pas ses pièces qui ont mis Diderot à la mode d\u2019aujourd\u2019hui, mais une toute récente adaptation sur la scène parisienne d\u2019un conte satirique posthume, le Neveu de Rameau, où brilla Pierre Fresnay.C\u2019est cette œuvre que Jean-Louis Roux a offerte à son public du Théâtre du Nouveau Monde, pour nous prouver, sans doute, que lui aussi pouvait être sérieux.En effet, c\u2019est sérieux en diable, ce long monologue à deux personnages qui analysent, dissèquent, critiquent les idées morales et philosophiques chères à Diderot.Deux personnages: le Philosophe (Diderot lui-même) et un bohème fantasque, paresseux, pique-assiette, paillard, artiste et intelligent, le Neveu du célèbre musicien Rameau.Pendant deux heures, directement ou par le truchement de son interlocuteur, Diderot, dans une langue alerte, savoureuse, piquante, égrillarde par endroits, nous déballe \u2014 du plus profond de lui-même, on le sent bien, \u2014 ses opinions, ses sentiments, ses jugements sur l\u2019homme et sur la vie.Fort intéressant pour l\u2019esprit, mais à cent lieues du théâtre, même si, sur un plateau savamment éclairé, un monsieur fait part de ses réflexions, qu\u2019il croit pertinentes, à un autre monsieur qui les approuve ou les ridiculise, dans une mise en scène sûrement ingénieuse, mais fatalement artificielle.Gaston Baty conclurait que c\u2019est vraiment le triomphe de « Sire, le Mot ».Ce Neveu de Rameau, dans sa présentation scénique, est une sorte de tour de force pour tâcher de rendre concret, figuratif, l\u2019abstrait dense et difficile.L\u2019effet produit est parfois lourd et pas toujours convaincant, en dépit de l\u2019effort considérable exigé des interprètes pour faire passer la rampe à ce débat de salon, effort qui frise la pure virtuosité, la recherche du jeu pour le jeu.Le Philosophe de Jean-Louis Roux et surtout le Neveu de Marcel Sabourin ont réussi à capter notre attention et à nous rendre plausible leur personnage: résultat qui mérite notre admiration et nos éloges.MAI 1973\t155 Auguste Favreau Un autre tour de force.Technique, cette fois: monter un chapiteau et une piste de cirque sur la scène du Gesù ! C\u2019était pour les représentations de la pièce du tchécoslovaque Pavel Lohout, Auguste, Auguste, Auguste, que la Nouvelle Compagnie Théâtrale offre en fin de saison.On sait que Auguste est le surnom de clown, un clown naïf, plutôt bête et qui devient le jouet de tout le monde.Bien sûr, Auguste fait rire par ses balourdises, ses pitreries manquées, ses mésaventures, mais il est aussi pitoyable et l\u2019exploitation dont il souffre souvent lui attire notre sympathie, car c\u2019est tout de même un homme capable de s\u2019apercevoir qu\u2019en faisant rire les gens c\u2019est aussi de lui qu\u2019il fait rire.Cette exploitation d\u2019un clown par son directeur de cirque, voilà ce que dégage graduellement Kohout par les péripéties de sa pièce, qui, commencée dans le fol amusement, se termine cruellement dans la tragédie.Parce que cette œuvre, composée en 1966, a été créée l\u2019année suivante, on peut y voir comme une annonce prémonitoire et quasi prophétique de l\u2019espoir de libération du peuple tchécoslovaque, brutalement étouffé sous les tanks russes.En fait, Auguste, Auguste, Auguste n\u2019a pas besoin de la caution des tristes événements du « Printemps de Prague » pour établir sa valeur, qui présente un caractère d\u2019universalité.D\u2019ailleurs, pourquoi, tout simplement, Pavel Kohout, fervent communiste, même stalinien convaincu, mais aussi intelligent et lucide, n\u2019aurait-il pas désiré exprimer un certain désenchantement face au régime tracassier et opprimant imposé à son pays, par le biais du symbole du théâtre ?La fantaisie du cirque lui ouvrait un champ illimité.Avec bonheur, cette fantaisie, les comédiens de la Nouvelle Compagnie Théâtrale l\u2019ont manifestée à plein sous la direction de Roland Laroche.Dans le vif chatoiement des couleurs et des lumières, au rythme enlevant d\u2019une musique originale de Ginette Bellavance, Marc Favreau, un merveilleux Auguste, a entraîné le spectacle dans une farandole endiablée, joyeusement accompagné de ses copains, Jean-Louis Millette, Louisette Dussault, André Monmorency; Gilles Pelletier et Ronald France jouant les vilains.On ne peut imaginer un Auguste supérieur à Favreau: un phénomène.C\u2019est tout dire.L\u2019atelier qui donnera à vos imprimés un caractère de distinction IMPRIMEURS \u2022 LITHOGRAPHES STUDIO D'ART 8125, B0UL.SAINT-LAURENT MONTREAL (351'), QUEBEC 388-5781 Camus la chute CoNiis ÿ V'' Des \u201cCLASSIQUES\u201d publiés avec préface, documents, notes, aux AUTEURS les plus ACTUELS, FOLIO édite 25 titres par mois ! Gallimard Ltée, Montréal Sartre Les mois §| | «OUW M POUfTI I TT SOCIÉTÉ NATIONALE DE FIDUCIE L'ÉCONOMIE MUTUELLE D'ASSURANCE SOCIÉTÉ NATIONALE D'ASSURANCES À VOTRE SERVICE DANS LE GROUPE DE POINTE \u2022\tASSURANCE-VIE \u2022\tRENTES VIAGÈRES \u2022\tASSURANCE COLLECTIVE L»\tC O N O M I E MUTUELLE D'ASSURANCE 385 est, rue Sherbrooke, Montréal 129\t\u2014 Tél : 844-2050 DRUMMONDVILLE - GRANBY - JOLIETTE - LAVAL - LONGUEUIL MONTRÉAL - OTTAWA - QUÉBEC - SHERBROOKE 156 :C I N É M A\t¦¦\t¦ \" ¦ ¦\t.\u201cKAMOURASKA\u201d \u2014 un film de Claude Jutra par Yves Lever L\u2019inscription du nom d\u2019Anne Hébert au générique du film fait qu\u2019on peut difficilement en parler sans évoquer le roman inspirateur.Une partie des spectateurs va d\u2019ailleurs au film pour voir comment Jutra s\u2019en est tiré dans l\u2019adaptation, tandis qu\u2019une autre partie va lire le roman par après.Le plus souvent, les deux expériences artistiques ne feront qu\u2019un tout ou bien susciteront une série de comparaisons.Mais si on s\u2019en tenait strictement au film ?Personnellement, j\u2019ai lu le roman il y a trois ans et n\u2019en conserve que le souvenir \u2014 vague, mais agréable, \u2014 d\u2019une assez forte émotion ressentie alors.Quelques images, fruits de mon imagination, demeuraient aussi, mais je ne crois pas qu\u2019elles aient influencé ma perception du film à laquelle je veux m\u2019en tenir dans cette analyse.Démystifier Claude Jutra Il y a quelques années, le référentiel d\u2019un film renvoyait surtout au nom de la vedette principale.Aujourd\u2019hui, on parle plus volontiers des réalisateurs; et on a bien raison, car ce sont eux les véritables responsables de la qualité des films.Depuis Mon oncle Antoine surtout, Claude Jutra a pris le rang de grande vedette cinématographique.Cette réputation me semble un peu surfaite.Nul doute qu\u2019avec les années Jutra ait acquis un certain métier et qu\u2019on ne craigne plus de le voir tomber dans le kétaine.Nul doute, non plus, qu\u2019il possède cette faculté rare de s\u2019entourer des meilleurs collaborateurs et techniciens.Mais, pour moi, il n\u2019a pas encore manifesté un esprit d\u2019invention et un talent créateur d\u2019une pensée en images qui sont la marque des grands réalisateurs de cinéma.Pas plus dans Kamouraska que dans A tout prendre, son premier long métrage.Mon oncle Antoine était plus un film de Clément Perron (scénario), de Michel Brault (caméra) et de Jean Duceppe (comédien) que de Jutra.Kamouraska nous en dit plus sur Michel Brault (caméra) et Anne Hébert (co-scénariste) que sur Jutra.Au sortir de la projection, on demeure ébloui par les merveilleuses images que Brault a su capter, aussi bien en plein soleil qu\u2019au beau milieu de la nuit ou dans des appartements sombres.Geneviève Bujold nous a aussi donné quelques bonnes émotions.Mais, auparavant, on a « décroché » plusieurs fois durant le film.Surtout à cause de la direction d\u2019acteurs: le parler et les gestes de Rosalie contredisaient son appartenance paysanne; une mauvaise stylisation des trois tantes les rend plutôt insignifiantes (pensons à ce que Gilles Carie a fait avec ses trois vieux dans La vraie nature de Bernadette); la fille d\u2019Elisabeth joue et récite avec une monotonie pénible; Nelson prend trop allure d\u2019adolescent timide, alors que ce rôle deviendrait plus « croyable » dans une personnalité très sensible, mais forte et mystérieuse (on comprend mal d\u2019ailleurs comment il se fait qu\u2019Elisabeth s\u2019éprend d\u2019un être si flegmatique et apeuré).Français Tassy et Elisabeth prennent une certaine densité, mais pour avoir vu jouer Geneviève Bujold ailleurs, on a l\u2019impression que son immense talent demeure sous-exploité.Le montage bouscule aussi un peu trop l\u2019enchaînement des faits (je ne dis pas la chronologie, car il va de soi qu\u2019il ne saurait en être question dans ce genre de film).On accepte facilement la convention du flashback, mais, dans Kamouraska, certains manquent de développement (ceux de la sortie du procès, de la première rencontre avec Nelson) alors que d\u2019autres (ceux de l\u2019adolescence) s\u2019allongent inutilement.Le flash-forward du début (vision de Tassy mort et saignant sur la neige) m\u2019apparaît inutile et, de plus, incompréhensible à ce moment-là, si on ne connaît pas déjà l\u2019histoire pour avoir lu le roman; d\u2019ailleurs, peu de personnes remarquent ce plan.Mais tout cela pourrait encore s\u2019accepter comme défauts mineurs.Plus profondément, on a l\u2019impression que l\u2019essentiel manque dans ce film.L'émotion Avec Kamouraska, il ne faut pas chercher d\u2019abord une description d\u2019un milieu, l\u2019analyse d\u2019un courant féministe ou la référence à un événement historique (même s\u2019il y.en a un dans notre histoire).Il appartient plutôt à ce genre de films qui veulent procurer une émotion forte et grauite en faisant vibrer au tragique d\u2019une expérience humaine profonde et radicale.Si le spectateur peut « embarquer ï> et participer à la dramatique vécue par le héros ou l\u2019héroïne, il sera à son tour soulevé par les mêmes émotions et revivra symboliquement, mais efficacement, les mêmes morts et résurrections.Cela requiert une grande puissance d\u2019évocation visuelle, une sonorisation enlevante (principalement la musique) et une bonne utilisation des silences.Rares sont ceux qui y réussissent aussi bien que Hitchcock ou Widerberg avec Elvira Madigan.Parce qu\u2019il est trop bavard et qu\u2019il veut trop en dire en paroles plutôt qu\u2019en images, Kamouraska ne donne pas le temps d\u2019intérioriser les sentiments.Parce que les personnages ne savent pas contrôler leur bougeotte, il étourdit et disperse.Surtout, la musique ne participe pas du tout à l\u2019action.Au contraire, on dirait qu\u2019il y a comme un parti-pris de dédramatisation par une musique très discrète et souvent en contre-point.Sous cet aspect, les moments les plus ratés sont sans doute les séquences de François et Elisabeth sur la grève de Kamouraska et la course de Nelson vers sa victime.Ce qui manque, finalement, c\u2019est un lyrisme visuel et sonore qui aurait créé plus d\u2019émotion que les fausses larmes d\u2019Elisabeth, les grimaces et les cris nerveux des tantes et la placidité de Nelson.L\u2019essentiel qui manque, c\u2019est ce souffle lyrique qui, dans le cinéma (ou la musique), permet de représenter non seulement les douleurs ou joies exceptionnelles, mais aussi celles de la quotidienneté.MAI 1973 157 Toutefois, dans la production québécoise de ce genre, où l\u2019on ne compte encore que quelques titres, Kamou-raska s\u2019élève pas mal au-dessus de ses concurrents.Comparativement à Quelques arpents de neige (Héroux), par exemple, il représente un très grand progrès.Un monde de mort A un autre niveau d\u2019analyse, il faut regarder aussi la classe sociale de l\u2019héroïne.Kamouraska nous fournit une représentation assez intéressante de notre monde bourgeois.La mort domine tout au long de ce film.Pas seulement parce que le ra-paillage des souvenirs s\u2019effectue pour Elisabeth au chevet de son mari mourant, mais parce qu\u2019Elisabeth représente elle-même cette bourgeoisie secrétant sa propre mort.L\u2019image la plus caractéristique de tout le film est sans doute celle d\u2019Elisabeth écartant un coin de rideau pour regarder dehors.Mais elle ne voit rien de ce dehors; elle ne retrouve que ses souvenirs, ne laisse rien pénétrer d\u2019autre.A aucun moment de sa vie, elle ne semble avoir été disponible au pays (les gens et les choses).La beauté des paysages, le fleuve, la terre, les couleurs, la chaleur, le blanc de la neige n\u2019entrent pas en elle.Pas plus que les gens : Elisabeth semble ignorer qu\u2019il se passe des choses importantes dans le pays, ne rencontre jamais les paysans qui la font vivre, met tout le monde à son service, même ses maris et son amant.Au lieu de vivre au grand vent (et il y en a à Kamouraska) et de s\u2019en imprégner, elle se veut le centre vers lequel tout doit converger.Tout prendre, mais ne rien donner.Accaparer toute la vie des autres, mais ne jamais réussir à en enrichir la sienne.Détruire les autres pour finalement s\u2019auto-dé-truire.Le raffinement du langage et des vêtements, les bals chez le gouverneur, les courbettes et les formules de politesse, le savoir-vivre ne remplacent jamais le savoir-être et ne satisfont jamais le goût de la vie.Ne serait-ce que pour se convaincre de cela, il vaut la peine d\u2019aller voir Kamouraska.LITTÉRATURE Poètes d\u2019hier et Rina Lasnier De tous nos poètes contemporains, Rina Lasnier est certes celui dont la démarche relie et concilie le mieux notre hier et notre aujourd\u2019hui poétiques, et aussi bien notre passé et notre présent collectifs.Aucune oeuvre de valeur ne s\u2019enracine aussi profondément, c\u2019est-à-dire de façon aussi intensément personnelle, dans notre terroir catholique et français; aucune, non plus, n\u2019a autant poussé à leurs limites les exigences modernes du bien-dire poétique.Aussi n\u2019était-ce que justice qu\u2019elle entrât tout de suite dans la collection de nos classiques, ce que Fides vient de faire en l\u2019éditant dans la collection du «Nénuphar».En deux volumes, intitulés très simplement Poèmes 8, nous est livré l\u2019essentiel de l\u2019œuvre de Rina Lasnier.Viendra sans doute s\u2019y ajouter, un jour, la Salle des rêves 9, son dernier recueil, que suivront, nous le souhaitons vivement, de nombreux autres (ne seraient-ils composés que des inédits actuels de l\u2019auteur, nous en serions quand même ravi).Et pourquoi pas aussi, dans la même collection, un volume de son théâtre, où affleure de façon presque continue une poésie délicate ?Et un recueil de prose, dont nous possédons un si merveilleux avant-goût dans Miroirs10 ?On nous permettra de regretter un peu que, d\u2019images et proses et de Madones canadiennes, Poèmes ne reproduise que des morceaux choisis.Sans doute la sélection a été faite d\u2019une main experte et, comme telle, on n\u2019y peut rien redire, sauf qu\u2019on l\u2019aurait désirée moins mince; même qu\u2019on aurait voulu retrouver au complet ces deux recueils: ils contiennent, en effet, à son meilleur la poésie croyante des humbles et des simples de chez nous.On voit également mieux, à partir d\u2019Images et proses (1941) et de Madones canadiennes (1944), quel itinéraire poétique et spirituel Rina Lasnier a parcouru avant d\u2019en arriver au magnifique Chant de la montée (1947), que nous nous plaisons, malgré la volonté actuelle de son auteur, à qualifier de mystique.Que l\u2019expérience là racontée n\u2019en ait pas été une de toute la personne-créature avec le Tout-Créateur, c\u2019est évident; mais, même avortée, cette tentative d\u2019amour comblant et fusionnant reste mystique dans sa visée et sa portée.Surtout, ce Chant, avec la retombée qui suit: Escales (1950), est exemplaire, à travers l\u2019aventure du poète, de cet envol religieux que notre peuple connut pendant un siècle ( la seconde moitié du dix-neuvième et la première du vingtième) avant de se rendre compte qu\u2019il n\u2019était pas, comme on le lui avait fait accroire et comme il l\u2019avait prétendu, le meilleur des peuples, la Marie préférée par Dieu entre toutes les Marthes de la terre.Eût-elle réfléchi davantage à cette exemplarité de sa propre démarche, Rina Lasnier n\u2019eût probablement pas éprouvé le besoin de composer 1\u2019 « avant-dire » que nous trouvons au début de Poèmes et qui fait peine à lire, parce que l\u2019on y sent trop le désarroi d\u2019un poète qui se croit à la fois assez peu et assez d\u2019avant-hier (2) mal aimé de notre temps.Sans que l\u2019on eût besoin de la rassurer sur l\u2019amour qu\u2019on lui porte aujourd\u2019hui, et qui est plus profond et plus large qu\u2019il y a quelques années, elle aurait compris que la « Présence de l\u2019Absence » est toujours là, parmi nous, qui œuvre d\u2019une façon invisible et mystérieuse, mais sûre.L\u2019amour du poète Lasnier s\u2019est-il appauvri, lui, d\u2019avoir touché terre dans Escales et cherché des sentiers d\u2019ici dans les recueils suivants ?Non, bien au contraire; il a trouvé à même les ténèbres épaisses de l\u2019existence quotidienne et commune des richesses nouvelles qui ont ajouté au poids de son cœur, découvert à même le regard poreux de tous les êtres charnels la source de la lumière qui, de bas en haut tout autant que de haut en bas, éclaire d\u2019espérance, de bonté et de charité l\u2019Unique monde, l\u2019univers entier « sauvable » et sauvé.Et nous avons eu droit, après Mémoire sans jours (1960), à une poésie qui, d\u2019avoir fréquenté les Gisants (1963), ne s\u2019en évadait qu\u2019 « au comble du souvenir », puis, à travers l\u2019Homme de l\u2019Arbre blanc (1966), s\u2019en remettait au Père et trouvait, dans la Salle des rêves (p.105), « la paix de l\u2019épouse »: Tu es en moi le puits creusé jour à jour, dors, remontée en moi comme les anneaux de l\u2019eau .L\u2019aventure de l\u2019œuvre n\u2019est pas différente de celle du poète: Ah ! qui croit prendre la mer sans mordre le sel, qui croit s\u2019y jeter sans la dénouer tout entière et la tarir de toutes parts plus que le soleil, qui croit regarder l\u2019amour sans s\u2019engouffrer dans le regard, qu\u2019il se masque de sable comme l\u2019autruche ! (Poèmes, 2:255.) Ne faut-il pas aux « verbes du verbe » cette confiance têtue de la pierre: La pierre qui se dispute cent ans avec l\u2019épaisseur et pousse peu à peu son épaule jusqu\u2019à la surface, cette aveugle diligente qui garde maigre la terre, ayant surmonté la horde des sources elle écoute enfin ce ciel qui l\u2019entend durer.(Ibid., 257.) René Dionne.Département de lettres françaises, Université d\u2019Ottawa.8.\tTome I: Images et proses, Madones canadiennes, Le Chant de la montée, Escales, Présence de l\u2019absence; tome II: Mémoire sans jours, Les Gisants, L\u2019Arbre blanc, Poèmes anglais.\u2014 Montréal, Fides, 1972, 322 et 322 pp., 21.5 cm.Le tome I est précédé d\u2019un « avant-dire » de l\u2019auteur (pp.7-18).Les Poèmes anglais (285-313) regroupent les pièces en langue anglaise qui avaient paru dans Présence de l\u2019absence (39-40), Mémoire sans jours (95-103), les Gisants (59, 68, 93, 94, 102), L\u2019Arbre blanc (20-24, 69-73) et «Three Poems for Young Lovers ».9.\tColl.« Sur parole ».\u2014 Montréal, HMH, 1971, 113 pp., 18 cm.10.\tMontréal, les Editions de l\u2019Atelier, 1960, 129 pp., 19.5 cm.158 RELATIONS Ouvrages parus à Bellarmin depuis la fin de 1972 L\u2019avortement libre ?, par Marcel Marcotte, S.J.\u2014 L\u2019avortement est une des grandes questions de l\u2019heure.Question d\u2019autant plus importante qu\u2019elle met en cause la vie et la mort des individus, le bonheur des familles et l\u2019avenir de la collectivité.Des valeurs humaines et spirituelles fondamentales s\u2019y trouvent engagées.Ce sont ces valeurs que l\u2019auteur met en évidence.Format livre de poche.131 pages.$1.50.La femme dans la vie et dans l\u2019Église, par Hélène Fruchet.\u2014 Coédition Le Sénevé, Paris / Bellarmin.L\u2019auteur, une religieuse française, reprend, à grands traits, l\u2019histoire faite de progrès et de régressions de la femme dans la société.Est-elle, de nos jours, parvenue à conquérir la place qui doit être la sienne ?C\u2019est la \u201cbonne santé\u201d de la société tout entière qui en dépend.Quel fut le rôle de l\u2019Église dans cette promotion laborieuse?Et que peut-elle faire maintenant?5% x 7%.92 pages.$2.40.Les jongleurs du billochet, par Germain Lemieux, S.J., directeur de l\u2019Institut de Folklore de l\u2019Université de Sudbury.\u2014 L\u2019ouvrage porte en sous-titre : \u201cConteurs et contes franco-ontariens\u201d.Le Service de presse de l\u2019Office des Communications sociales écrit que cette étude \u201cconstitue une merveilleuse illustration, en même temps qu\u2019une définition, de ce que peut être la recherche ethnographique\u201d et qu\u2019elle \u201cest une bouffée d\u2019air frais dans un domaine parfois plus sévèrement traité\u201d.5% x 8%.134 pages.$3.00.Les longs chemins de l\u2019homme.Poèmes: Gilles Cusson.Photos : Paul Hamel.\u2014 Ce livre est composé d\u2019une quarantaine de courts poèmes qu\u2019accompagnent autant de belles photos en noir et blanc.Rina Lasnier écrit : \u201cJ\u2019ai aussi lu et vu l\u2019album des images des chemins de l\u2019homme.Je dirais que les poèmes sont des ponctuations reposantes, quand l\u2019œil fait respirer le cœur et la parole le renvoie à l\u2019âme .Un ouvrage de ce genre devrait se vendre, car il est fraîcheur et vérité\u201d.7x8.97 pages.$3.00.Monseigneur Bourget et son temps.Tome III, l\u2019Évêque de Montréal, deuxième partie : la marche en avant du diocèse (1846-1876), par Léon Pouliot, S.J.\u2014 L\u2019auteur écrit dans l\u2019avant-propos: \u201cFaire mieux connaître le grand homme d\u2019Église que fut le deuxième évêque de Montréal, l\u2019esprit qui l\u2019animait, l\u2019influence qu\u2019il a pu exercer sur le milieu, tel était à l\u2019origine et tel est encore aujourd\u2019hui le but de Monseigneur Bourget et son temps.\u201d 61/s x 8%.197 pages.$5.00.La première mission des Jésuites en Nouvelle-France (1611-1613) et Les commencements du Collège de Québec (1626-1670), par Lucien Campeau, S.J.\u2014 Ce livre inaugure une collection, les \u201cCahiers d\u2019histoire des Jésuites\u201d, qui se propose de divulguer des études historiques sur l\u2019activité des Jésuites au Canada.Le premier sujet de ce Cahier illustre les difficultés des missionnaires dans un pays inculte, au milieu d\u2019aventuriers parfois hauts en couleur, mais de commerce peu facile.La seconde étude est une tentative de rassembler et de construire en histoire cohérente les bribes éparses d\u2019information qu\u2019on possède sur le collège de Québec.Cinq planches, dont une carte géographique.51/8 x 7%.128 pages.$3.00.Vraies et fausses apparitions dans l\u2019Église, par Bernard Billet, Joaquin-Maria Alonso, Boris Brobrin-skoy, Marc Oraison et René Laurentin.\u2014 Coédition Lethielleux, Paris / Bellarmin.Ce volume rassemble les exposés de la Session annuelle de la Société française d\u2019Études mariales, tenue à Pontmain (Mayenne, France) les 9, 10 et 11 septembre 1971.Les apparitions de la Vierge posent à l\u2019Église un problème épineux et complexe.De tels \u201cfaits\u201d sont-ils vérifiables ?Quelle en est la portée ?Comment les situer en toute vie chrétienne, puisque la hiérarchie ne les présente jamais comme articles de foi et, en cas de décision négative, n\u2019interdit pas toujours le culte ou le pèlerinage né de \u201cmanifestations\u201d ?51/4 x 814.204 pages.$5.70.Notre catalogue est envoyé sur demande LES ÉDITIONS BELLARMIN 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal 351 Tél.: (514) 387-2541 \u2018'/isi-jp'y.Bientôt le studio 42 de la nouvelle maison de Radio-Canada sera en mesure de recevoir 650 téléspectateurs HP\"** "]
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