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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Juillet - Août
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1978-07, Collections de BAnQ.

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[" des cibles pour Vécole par J.Grand\u2019Maison l\u2019immigration au Québec par R.Arès, R.Chagnon P.Lazo et F.Rodriguez où va l\u2019eurocommunisme?par A.P.Donneur JUILLET-AOÛT 1978 $1.00 no 439 juillet-août 1978 André P.DONNEUR Jacques GRAND\u2019MAISON Richard ARÈS Roland CHAGNON Pablo LAZO Francisco RODRIGUEZ Nathalie LABRECQUE Jean-R.ÉTHIER Réjean ROBIDOUX Georges-H.D\u2019AUTEUIL SOMMAIRE Le courrier Où en est l'eurocommunisme?Un peuple ne vaut pas plus que l\u2019éducation qu 'il se donne Evolution démographique et immigration au Québec Pour une politique québécoise de l\u2019immigration images, formes, symboles André Rublev et l\u2019icône de la Trinité Cinéma et culture Gabrielle Roy: la merveille du retour à la source Quatre scènes vol.38 no 439 195 197 201 205 209 212 217 219 222 J 1 üluUUIId\t1\t\tNouveautés revue du mois publiée sous la responsabilité\t\tCanada\u2019s Anti-Inflation Program d\u2019un groupe de membres de la Compagnie de Jésus\t\tpar O.J.Firestone Directeur: Robert Toupin\t\t15,5 x 23 cm., 274 pages.Prix: $7.50 Conseil de Direction: Bernard Carrière, Jean-Louis D\u2019Ara-\t\tLe Bas-Canada gon, Jean-Guy Saint-Arnaud, Jacques Saint-Aubin.\t\t1791-1840 Comité de rédaction: Albert Beaudry, secrétaire, Jacques\t\tChangements structuraux et crise Chênevert, Irénée Desrochers, Roger Marcotte, Robert Toupin.\t\tpar Fernand Ouellet Dessin: Sylvie Corbeil.\t\t15 x 23 cm., 542 pages.Prix: $15.00 Administration: Maurice Ruest.\t\t Rédaction, Administration et Abonnements:\t\tLanguage Maintenance 8100, boul.Saint-Laurent, Montréal H2P 2L9\t\tand Language Shift in Canada.Tél., 387-2541.Publicité: Liliane Saddik,\t\tPaul Lamy (éd.) 1700, rue Allard, Ville Brossard.Tél.: 678-1209\t\t15 x 23 cm., 114 pages.Prix: $3.75 Relations est une publication des Editions Bellarmin.Prix de l\u2019abonnement: $10 par année.Le numéro: $1\t\tThe E.J.Pratt Symposium \t\tReappraisals: Canadian Writers Les articles de Relations sont répertoriés dans le Répertoi-\t\tGlenn Clever (éd.) re analytique d\u2019articles de revue du Québec (RADAR) de la\t\t15 x 23 cm., 188 pages.Prix: $4.80 Bibliothèque nationale du Québec, dans l\u2019Index analytique de\t\t périodiques de langue française (PERIODEX), dans le Cana-\t\tEn vente chez votre libraire et aux: dian Periodical Index, publication de l\u2019Association canadien-\t\t ne des Bibliothèques, et dans le Répertoire canadien sur l\u2019é-\t\tCrlîtiAne Ha ducation.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.\t\tcuiuunb 06 On peut se procurer le microfilm des années complètes de\t\tl\u2019Université d\u2019Ottawa Relations en s\u2019adressant à University Microfilms, Ann Ar-\t\t bor, Michigan 48106 U.S.A.\t\t65, avenue llastey, ISSN 0034-3781\t\tOttawa, Ont.\tCourrier de la deuxième classe - Enregistrement no 0143.\t,\t\tK1N6N5 194 RELATIONS LE COURRIER Nous sommes heureux de publier les réactions de nos lecteurs aux articles de Relations.Les textes de Jean-Pierre Richard et d\u2019Irénée Desrochers ont suscité beaucoup d\u2019intérêt.En voici un écho.A la suite de la parution de l\u2019article de Jean-Pierre Richard sur l\u2019affaire de la silicose, Saint-Rémi d'Amherst il y a 30 ans ou: l\u2019atroce surprise (no de mars, pp.77-81), M.Murray Ballantyne, journaliste proche de Mgr Charbonneau, nous a envoyé la note suivante.V____________________________________J Le 10 mai 1978 Le rédacteur, Relations.Monsieur, Au sujet de l\u2019article paru dans votre numéro de mars de Jean-Pierre Richard, il est bon que l\u2019auteur se serve des expériences de sa famille pour nous rappeler le sort tragique des victimes de St-Rémi d\u2019Amherst.Mais ce qu\u2019il écrit à propos des relations entre feu Monseigneur Charbonneau et la rédaction de RELATIONS est tout à fait faux.Monseigneur Charbonneau était horrifié d\u2019apprendre que RELATIONS était en train de publier la rétractation écrite par les avocats des compagnies.Comme archevêque, il a interdit formellement la publication.En conséquence, Monsieur O\u2019Donnell, un catholique convaincu, avait demandé la permission de poursuivre la rédaction à la cour pour libelle.Avant de donner sa permission, Monseigneur avait commandé des conférences chez lui pour peser les deux côtés de l\u2019affaire.La défense des représentants de RELATIONS était si faible que l\u2019Archevêque n\u2019avait pas de choix que de donner sa permission.Dès ce moment, l\u2019affaire est restée entre les mains des compagnies et des autorités jésuites.On connaît le résultat.Je connais ce dont je parle car j\u2019étais là.Veuillez agréer l\u2019expression de mes sentiments les plus sincères, Murray Ballantyne Voici la réponse de l\u2019auteur de l\u2019article aux objections de M.Ballantyne.Jean-Pierre Richard est journaliste au quotidien La Presse.Montréal, le 8 juin 1978 Monsieur Ballantyne, Vous êtes un gentilhomme.De plus, vous faites partie de cette étroite fraternité qui a défendu les gens de Saint-Rémi.Pour ces raisons, la sécheresse de votre lettre à Relations m\u2019étonne.Permettez à un fils de Saint-Rémi de relever certains points dans votre lettre.L\u2019auteur ne se \u201csert\u201d pas des expériences de sa famille, il est au service de sa famille, de son village, de ses morts, de ses survivants, de son souvenir.Je m\u2019étonne de vous voir penser que ce que j\u2019écris à propos des relations entre Mgr Charbonneau et Relations est complètement faux.Vous avez été, dit-on, le conseiller du malheureux archevêque de Montréal.Il est normal que vous lui soyez fidèle.La fidélité, cependant, nous la devons également à l\u2019Histoire et vous êtes historien.C\u2019est d\u2019ailleurs à une sorte de piété filiale de votre part à l\u2019égard de Mgr Charbonneau que je choisis d\u2019attribuer certaines contradictions évidentes dans votre lettre.Vous écrivez, d\u2019une part, que Mgr Charbonneau \u201cétait horrifié d\u2019apprendre que Relations était en train de publier la rétraction écrite par les avocats des compagnies.Comme archevêque, il a interdit formellement la publication\u201d; d\u2019autre part, vous affirmez que Mgr Charbonneau avait \u201ccommandé des conférences chez lui pour peser les deux côtés de l\u2019affaire\u201d.Reprenons cela, cher Monsieur.Ainsi, Mgr Charbonneau aurait interdit la publication de la rétractation écrite par les compagnies, il aurait été assez hésitant pour estimer devoir encore \u201cpeser les deux côtés de l\u2019affaire\u201d et acceptait d\u2019étudier la possibilité de permettre à M.Hugh O\u2019Donnell de \u201cpoursuivre la rédaction à la cour pour libelle\u201d.Cher Monsieur Ballantyne, votre version des faits me paraît confuse ou, pour le moins, susceptible de créer de la confusion, et sur l\u2019état d\u2019esprit de Mgr Charbonneau et sur les faits eux-mêmes.Permettez-moi également de vous faire remarquer que votre description de M.Hugh O\u2019Donnell est pour le moins incomplète.Vous écrivez que c\u2019était un catholique convaincu, je n\u2019en doute pas quoiqu\u2019il s\u2019agisse ici d\u2019un sujet difficilement mesurable.Permettez cepen- dant à un fils de Saint-Rémi de vous rappeler que M.Hugh O\u2019Donnell était le gendre de Louis Saint-Laurent et un des avocats, non le moindre, de la société \u201cNoranda Mines\u201d.Voilà des sujets plus mesurables.Il était donc doublement lié à l\u2019establishment: au pouvoir politique par des liens de famille et au pouvoir économique par des liens d\u2019intérêt.Nous sommes tous humains donc imparfaits.M.Hugh O\u2019Donnell n\u2019était donc pas uniquement \u201cun catholique convaincu\u201d.Vous écrivez ensuite que la défense de Relations était faible.Là-dessus, voici le fruit de mes recherches: il n\u2019y avait pas à y avoir de défense puisque tout ce que M.Burton Ledoux avait écrit était rigoureusement exact.Vouloir dénigrer son article en se basant sur son manque de prudence à l\u2019égard des fictions juridiques dont le trust minier avait entouré son appareil meurtrier à Saint-Rémi, relève tout simplement de l\u2019argument spécieux.Je laisse cela à Polonius.dans le numéro de septembre de RELATIONS \u2022 un dossier sur l\u2019université \u2022 immigration et économie \u2022 l\u2019épiscopat latino-américain à PUEBLA JUILLET-AOUT 1978 195 De plus, et cela me paraît plus grave, vous attribuez à la prétendue faiblesse de la défense de Relations l\u2019existence d\u2019une situation dont la preuve documentaire n\u2019est pas établie: Mgr Charbon-neau \u201cn\u2019avait pas le choix que de donner sa permission\u201d de poursuivre.On est en droit de se demander si les agissements de M.Hugh O\u2019Donnell ne relevaient pas purement et simplement de la tentative d\u2019intimidation.Vient ensuite ce que je considère comme la phrase-clé de votre lettre: \u201cJe connais ce dont je parle car j\u2019étais là\u201d.Affirmation lapidaire qui me force à vous poser un certain nombre de questions: vous étiez où?avec qui?quand étiez-vous \u201clà\u201d?à quel titre?qu\u2019avez-vous fait ou dit?Permettez-moi de me faire plus précis.Quel a été votre rôle exact dans ces \u201cconférences\u201d que Mgr Charbonneau avait commandées \u201cchez lui\u201d?En attendant des éclaircissements sur des conférences qui se déroulaient dans les salles feutrées du palais de l\u2019archevêque, je pourrais vous donner des détails précis sur les souffrances et les injustices subies par les gens de Saint-Rémi.Je ne le ferai pas, justement parce que mon expérience de fils de Saint-Rémi, petit-fils, fils et neveu de silicosés et de morts de la silicose, m\u2019a appris qu\u2019il n\u2019y a pas de comptabilité de la douleur.Il n\u2019y a que le souvenir, la fidélité aux humbles et aux innocents et, au-delà, à l\u2019Histoire.Veuillez agréer, Cher Monsieur Bal-lantyne, l\u2019expression de ma haute, quoique inquiète, considération, Jean-Pierre RICHARD Lettre aux évêques de l\u2019Alberta v: Un groupe de chrétiens de la région de Sorel-Tracy nous a envoyé cette lettre ouverte à la suite de l\u2019article d\u2019Irénée Desrochers, Les Eglises et \u201cl\u2019unité canadienne\u2019\u2019.Chers évêques, Nous avons eu l\u2019occasion de lire votre message sur \u201cl\u2019unité canadienne\u201d destiné aux catholiques de l\u2019Alberta.Nous croyons que ce message constitue une invitation indirecte mais réelle à réaliser l\u2019unité canadienne au sein de la Confédération.\"Notre but, écrivez-vous, doit viser une réconciliation et une entente fraternelles entre les membres de notre grande famille canadienne pour que chacun puisse se sentir chez lui dans toutes les régions du Canada.Consacrons-nous à cette tâche avec l\u2019amour patient et constant du Christ.\u201d Tout en tenant compte de l\u2019intention positive qui a guidé votre démarche, per- mettez-nous cependant de diverger d'opinion avec cette approche plus ou moins attentive et respectueuse, à notre avis, de l\u2019opinion réfléchie et démocratique de centaines de milliers de Québécois en faveur de la souveraineté politique du Québec, assortie ou non d\u2019une association avec le Canada.Nous regrettons que cette question socio-politique, cruciale pour le peuple québécois, ait été si superficiellement abordée dans votre lettre, sans analyse réelle des divers enjeux et sans cette ouverture d\u2019esprit destinée a sensibiliser et à préparer la population albertaine et canadienne à respecter, le moment venu, le verdict démocratique qu\u2019auront à poser les Québécois lors du prochain référendum ou après.Votre message omet en particulier de rappeler les droits et principes\u2019 fondamentaux auxquels les Albertains devront souscrire advenant une décision québécoise contraire à leurs attentes mais néanmoins souhaitable pour le peuple du Québec.Par ailleurs nous estimons qu\u2019il n\u2019y a pas qu\u2019une façon de poser la question de l\u2019unité, qu\u2019il n\u2019y a pas qu\u2019un mode de créer l\u2019unité.Autrement dit, et en demeurant au plan strictement socio-politique, nous croyons que l\u2019unité entre deux ou plusieurs peuples distincts peut se réaliser de multiples manières et pas nécessairement dans le seul cadre fédéraliste.Le fédéralisme à la canadienne n\u2019a-t-il d\u2019ailleurs pas suffisamment fait ses preuves pour que l\u2019on puisse conclure qu\u2019il s\u2019avère être loin d\u2019une panacée! Pour nombre de Québécois, le modèle politico-économique d\u2019unité dans la diversité offert par les pays Scandinaves, les pays du Bénélux (où prévaut depuis 1944 une union douanière qui s\u2019est élargie en union économique en 1958) ou même le Marché commun européen apparaît beaucoup plus probant et prometteur puisqu\u2019il fonde son (leur) succès d\u2019abord et avant tout sur une égalité pleine et entière de chacun des membres, dans le respect intégral de leur volonté ou non d\u2019adhésion et donc de leur souveraineté politique et économique respective.Ces unions librement voulues ont contribué beaucoup mieux, nous semble-t-il, à instaurer un climat de respect, de paix, de justice et d\u2019harmonie que l\u2019ensemble pancanadien où la minorité francophone fondatrice de ce pays n\u2019a jamais eu la chance et l\u2019honneur, suite à des conditionnements historiques connus, de prendre en mains ses propres destinées et de véritablement s\u2019autodéterminer.Au plan religieux il nous semble d\u2019autre part risqué et malencontreux que vous ayez glissé dans le piège de confondre ou d\u2019aborder parallèlement l\u2019unité chrétienne, d\u2019essence évangélique, avec une certaine \u201cunité canadienne\u201d.L\u2019Histoire, la Tradition pourtant nous l\u2019enseigne, il est impérieux pour la pureté du Message de l\u2019Evangile de ne point associer, de près ou de loin, le riche concept d\u2019unité évoqué en régime chrétien avec \u201cl\u2019unité canadienne\u201d ou tout autre type d\u2019unité politique que des citoyens, notamment des chrétiens, peuvent un jour rejeter avec raison et en toute connaissance de cause.En réalité il n\u2019appartient pas à l'Eglise de favoriser ou de soutenir telle option politique plutôt que telle autre lorsque les valeurs évangéliques ne sont pas directement mises en cause.Ce serait alors s\u2019exposer à créer des dissensions en son sein et à exclure éventuellement les tenants de la thèse minoritaire.Face à des options politiques légitimes mais contraires, le rôle des évêques, en tant que bâtisseurs d\u2019unité et solidaires entre eux dans une même Eglise, consiste plutôt à promouvoir les valeurs essentielles qui doivent prévaloir dans l\u2019arène politique.Parmi ces valeurs, notons plus spécialement la justice, la démocratie, les droits de l\u2019Homme, tant individuels que collectifs, la paix, la liberté et la tolérance.La valeur \u201cliberté\u201d, pour une, constitue une grave lacune dans votre message puisque vous n\u2019y faites même pas allusion.Il eût été utile et opportun, pastora-lement parlant, de rappeler tout au moins la déclaration des évêques du Canada d\u2019avril 1972 à l\u2019effet que \u201ctoutes les options\u201d politiques respectueuses de la communauté humaine sont libres, tant au plan individuel que collectif\u201d, ceci incluant évidemment l\u2019option de la souveraineté politique du Québec.Car, nous devons le souligner, la valeur chrétienne que représente la liberté collective s\u2019applique pertinemment au cas du Québec et à sa décision référendaire prochaine et il est donc plus que souhaitable d\u2019en faire explicitement mention puisqu'elle rejoint directement le droit fondamental et inaliénable des peuples à l\u2019autodétermination.Le silence de nombreux évêques canadiens à ce sujet est malheureusement très lourd de signification.La valeur \u201cjustice\u201d n\u2019y trouve pas davantage son compte puisque le bien commun de la \u201cminorité\u201d et son droit concomitant et inviolable à la liberté collective ne sont même pas mentionnés.Votre message nous semble donc présenter une vision et une conception de la réalité politique canado-québécoise quelque peu étriquées, sinon tronquées et qui finalement peuvent faire violence aux vrais principes chrétiens.L'Eglise se doit, de par la mission qui lui a été confiée, de travailler à faire l\u2019unité des chrétiens en Jésus-Christ.Les évêques ont en particulier comme 196 RELATIONS fonction, au milieu du pluralisme idéologique et de la diversité des options et engagements socio-politiques légitimes, de bâtir une communauté de croyants unie sous l\u2019autorité d\u2019un seul Seigneur, dans un même Corps et rassemblée par une même Eucharistie.Il convient pour ce faire de prier le Seigneur non pas pour qu\u2019il bénisse telle option politique, qu\u2019elle soit fédéraliste ou souverainiste, mais pour que son Règne d\u2019amour, de justice et de liberté s\u2019accomplisse.Il est en outre fondamental pour l\u2019Eglise de ne pas servir de façade d'une manière ou d\u2019une autre à telle ou telle propagande, même pro-fédérale, afin de ne point prêter le flanc au danger d\u2019avilir ou de réduire le 1.Dans Relations (avril 1978) 117-121 Message du Christ.Dans son article intitulé \u201cl\u2019Eglise catholique et l\u2019unité canadienne\u201d, Irénée Desrochers cite avec justesse les \u201créflexions\u201d suivantes du cardinal Maurice Roy, primat de l\u2019Eglise canadienne, sur Pacem in Terris: Si l\u2019Eglise, comme c'est sa vocation, se veut signe et \u201csacrement\u201d de la paix dans le monde et pour lui, elle doit donc opérer ce \u201cdiscernement des esprits\u201d auquel nous invite l\u2019approche des signes des temps.C\u2019est cette purification à l\u2019égard du politique qui constituera sa plus certaine efficacité.(1 ) C'est de fait beaucoup plus dans le respect intégral des options politiques librement et démocratiquement choisies et voulues par le peuple que dans son acoquinement avec une certaine propa- gande contraire que l\u2019Eglise conservera intacte la vraie et \u201csaine doctrine\u201d.(1 Tm 1:10; Tt 1:9; 2:1,7; etc).Bien à vous, Michel Rancourt (M.A.théologie), Henri Laplume (curé) Benoit Côté (B.th.), Jacques Couture (séminariste), Denis Lëpine (vie.), L.P.Phénix (ptre, pastorale ouvrière), Paul Lamoureux (diacre permanent), Maurice Langevin (diacre et conseiller syndical), Claude Lëveillë (curé de St-Denis-sur-Richelieu), Joachim Bouchard (diacre permanent), Laurent Auger (ofm, vie.), Bertrand Jodoin (B.\tTh.), Gèrald Ouellette (prêtre vie.) Réal Proulx (ptre).où en est Veurocommunisme?_____________________________par André Pierre Donneur1 Comme en Europe, on s\u2019interroge en Amérique du nord sur l\u2019avenir de l\u2019eurocommunisme au lendemain de deux événements majeurs: \u2014\tles élections françaises qui ont consacré non seulement la défaite de la gauche mais aussi sa division, \u2014\tl\u2019enlèvement et l\u2019assassinat d\u2019AIdo Moro suivis des élections municipales italiennes marquées par une avance substantielle de la démocratie chrétienne et d\u2019un recul du parti communiste.Mais qu\u2019est-ce que l\u2019eurocommunisme?Le vocable est né sous la plume de journalistes italiens au moment de la rencontre, en novembre 1975, de MM.Enrico Berlinguer et Georges Marchais, secrétaires généraux des partis communistes italien (PCI) et français (PCF).On voulait désigner par là une orientation commune du PCI, du PCF, du parti communiste d'Espagne (PCE) et de quelques petits partis communistes d\u2019Europe occidentale (Grande-Bretagne, Suède, Suisse, .) et du Japon, qui se distingue- * Professeur de Science politique à l'Université du Québec à Montréal, André Donneur a été président de la Société canadienne de Science politique et président du Conseil canadien de recherche en Sciences sociales.En 1978-79, il occupera à Paris le poste de directeur d'études à l\u2019Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales.JUILLET-AOUT 1978 rait du communisme à la russe.Même si ce vocable journalistique présente des inconvénients - (\u2019\u201ceurocommunisme\u201d n\u2019est pas un phénomène purement européen, puisque le parti communiste japonais se range sous sa bannière - il est désormais passé dans le langage courant et même, après réticence, dans celui des partis communistes (depuis le 3 juin 1976 par la bouche de M.Berlinguer).Il est malaisé de cerner le contenu de l\u2019eurocommunisme, chaque parti prétendant que son programme lui est spécifique et que l\u2019eurocommunisme ne signifie pas la création d\u2019un nouveau centre du communisme international.Pourtant, il y a des traits communs que la déclaration des trois partis communistes d\u2019Espagne (PCE), français (PCF) et italien (PCI), publiée le 3 mars 1977 à la fin de la rencontre des secrétaires généraux de ces partis, a notamment mis en lumière.Les trois partis y exprimaient leur volonté de \u201créaliser le plus large accord des forces politiques et sociales prêtes à contribuer à une politique de progrès et de renouveau\u201d.Ils précisaient aussi qu\u2019ils voulaient mettre en oeuvre un \u201csocialisme dans la démocratie et la liberté\u201d, soit \"la construction d\u2019une société nouvelle dans la pluralité des forces politiques et sociales, dans le respect, la garantie et le développement de toutes les libertés collectives et individuelles.\u201d Tout en conservant l\u2019objectif de créer une société caractérisée par l\u2019appropriation étatique des moyens de production, les partis eurocommunistes insistent donc sur le respect des libertés, qualifiées par les mêmes partis, il y a quelques années encore de libertés \u201cformelles\u201d propres aux démocraties \"bourgeoises\u201d et qui ne soutenaient pas la comparaison avec celles des pays \u201csocialistes\u201d de l\u2019est européen.Or précisément, aujourd\u2019hui, cette intention déclarée de préserver les libertés des démocraties pluralistes, voire même de les élargir, va de pair avec une critique des manquements aux libertés dans les pays de l\u2019est.Cette attitude critique, surtout en ce qui concerne le parti communiste français (PCF), est nouvelle.Elle est récente encore l\u2019époque (1974) où le PCF dénonçait l\u2019antisoviétisme de ceux qui louaient Soljénitsyne et sa dénonciation du Goulag, tout en faisant de subtiles distinctions entre les restrictions des libertés en Russie et leur utilisation en France, non seulement par les conservateurs et les libéraux, mais également par les socialistes.Par delà les quelques traits communs qui définissent l'eurocommunisme, il convient d'examiner les caractéristiques spécifiques des trois partis principaux qu'on range sous ce vocable.Et surtout de tester leur pratique eurocommuniste à la lumière des événements récents.197 .en France Les élections françaises \u2014 et surtout la période qui les a précédées \u2014 ont largement fait douter de la volonté réelle du parti communiste français (PCF) de mettre en oeuvre une politique réellement eurocommuniste.L\u2019attitude du PCF est d\u2019autant plus inquiétante que l\u2019adoption d\u2019un eurocommunisme à la française avait fait suite déjà à une virulente campagne contre le parti socialiste, de l\u2019automne 1974 à l\u2019automne 1975.La déclaration Marchais-Berlinguer de novembre 1975 et surtout les résolutions du XXIIème Congrès du PCF de février 1976 semblaient marquer un tournant.Le PCF y avait solennellement abandonné la référence à la dictature du prolétariat dans son programme pour bien marquer son attachement à la démocratie.La campagne engagée dès après les élections municipales de mars 1977 pour une \u201cactualisation\u201d du programme commun de la gauche, le \u201cdiktat\u201d posé à ses partenaires socialiste et radical (libéral) de gauche en septembre 1977 et les violentes attaques proférées contre le parti socialiste jusqu\u2019au premier tour des élections législatives de mars dernier font sérieusement douter des intentions du PCF.Qui plus est, le contenu des propositions avancées pour l\u2019\u201cac-tualisation\u201d du programme commun tendait à replier l\u2019économie française dans une politique autarcique et à mettre sérieusement en péril son appartenance à la Communauté économique européenne.Entendons-nous bien! Le PCF professe un attachement aux institutions de la Communauté économique européenne et le respect du Traité de Rome, mais, en même temps, ses économistes avancent toute une série de mesures de restriction des importations pour protéger la production nationale et supprimer la dépendance vis-à-vis de l\u2019Allemagne fédérale, pays dénoncé régulèrement dans l\u2019Humanité, le quotidien du parti, si bien que pratiquement le Marché commun européen serait lettre morte.De même, sur le plan de la défense, le parti communiste proclame son respect de l\u2019Alliance atlantique, mais propose une politique de défense tous azimuts, y compris pour se protéger d\u2019alliés, membres de l\u2019Alliance atlantique, soit les Etats-Unis et l\u2019Allemagne fédérale.Autres faits qui cadrent peu avec la volonté eurocommuniste: le comportement des élus municipaux communistes après les élections de 1977.Le parti socialiste avait accepté de rompre partout ses coalitions avec des libéraux se réclamant du président Giscard d\u2019Estaing pour appliquer nationalement une politique d\u2019union de la gauche sur le plan municipal.Cet accord fut suivi d\u2019une grande victoire électorale qui bénéficia certes aux socialistes, mais permit surtout aux communistes de pénétrer dans de très nombreux gouvernements municipaux.Or sitôt installées, les municipalités d\u2019union de la gauche rencontrèrent de nombreuses difficultés: partout où les socialistes sont minoritaires, les communistes les excluent des décisions importantes et leur font jouer un rôle de figurants: impuissants, ils assistent à la pratique systématique d\u2019un patronage communiste qui va de l\u2019engagement du moindre employé municipal, qui doit avoir la carte du PCF, aux places dans les camps de vacances organisés par la municipalité, pour lesquelles les parents ont avantage à être proches du PCF \u2014 oh! personne ne les force d\u2019adhérer, mais des \u201csuggestions\u201d, des pressions \u201cdémocratiques\u201d leur font comprendre qu\u2019adhérer ou militer dans une des nombreuses organisations annexes du PCF \u2014 organisations de femmes, de jeunes, syndicale (CGT), de sport, .\u2014 facilite les choses.Par contre, là où les communistes sont minoritaires, ils harcèlent la majorité socialiste, refusant souvent de voter le budget municipal, se livrant à des manoeuvres de division.Les socialistes les plus unitaires, notamment parmi les militants chrétiens qui ont rallié le parti socialiste de 1971 à 1974, ont révisé leurs attitudes vis-à-vis des communistes et ont appris par l\u2019expérience combien il est difficile de travailler avec eux.Les communistes français partagent avec leurs camarades soviétiques le goût pour le respect à la lettre des accords passés, alors qu\u2019ils en violent l\u2019esprit constamment.On insistera, par exemple, sur l\u2019application stricte de la proportionnalité dans la confection des listes pour les élections municipales et on se vantera de l\u2019esprit démocratique du parti communiste, mais on fera ensuite jouer un rôle de figurants aux élus socialistes des municipalités dominées par le PCF.Ces comportements augurent mal de ce que pourrait être un gouvernement dominé par les communistes français et font immédiatement penser aux figurations d'hommes politiques d\u2019autres partis maintenus dans des démocraties \u201cpopulaires\u201d comme l\u2019Allemagne de l\u2019Est.Plus fondamentalement, les mesures économiques précisées par le parti communiste durant les négociations d\u2019\u201cac-tualisation\u201d du programme commun con- duiraient progressivement, pour être mises en oeuvre, à des contrôles qui fatalement restreindraient les libertés démocratiques pour lesquelles on professe son attachement dans un autre chapitre du même programme.L'échec de la négociation entre les trois partenaires de l\u2019union de la gauche et la rupture du 23 septembre 1977 ne tiennent pas tant au respect à la lettre de tel ou tel aspect du programme commun \u2014 comme le PCF l\u2019a sans cesse proclamé \u2014 mais bien à l\u2019esprit qui a présidé à l\u2019\"actualisation\u201d.Dès le départ (31 mars 1977), le PCF l\u2019a placée sous le signe du combat pour contraindre le parti socialiste à s'engager à des mesures très précises.Toutes les méthodes éprouvées de communisme international ont été mises en oeuvre: envois de télégrammes et de délégations au siège du parti socialiste, manifestations d'appui aux positions du PCF dans les usines et dans des réunions publiques, accusations violentes de \"trahison\u201d à l\u2019égard du parti socialiste, notamment dénoncé comme lié au parti social-démocrate allemand.L\u2019Allemagne fédérale est devenue d'ailleurs une sorte d\u2019épouvantail monstrueux aux yeux du PCF .Tout cela n\u2019est pas très \u201ceurocommuniste\u201d et contraste avec l\u2019attitude pleine de nuances du parti communiste italien (PCI) qui entretient des relations avec le parti social-démocrate allemand.La défaite électorale de la gauche aux élections législatives de mars dernier a donné lieu, au sein du PCF, à des critiques de la part d'une minorité d\u2019intellectuels de sa \u201cdroite\u201d, comme l\u2019historien Jean Ellenstein, et de sa \u201cgauche\u201d, comme le philosophe Louis Althusser.Ces deux courants, très minoritaires, s\u2019entendent pour dénoncer l\u2019absence de véritable démocratie au sein du parti communiste.Leur manifeste et la revue qu\u2019ils s\u2019apprêtent à lancer avec d\u2019autres gens de gauche ne rencontrent toutefois qu\u2019un écho feutré dans un parti dont les organisations de base sont strictement cloisonnées et n\u2019ont qu'un lien vertical assurant la prédominance au centre qui sait et dirige.Cette direction du parti s\u2019est donné, par le truchement d\u2019un comité central unanime, un satisfecit quant à la politique suivie depuis un an.Le PCF sort, en effet, de l\u2019union de la gauche renforcé dans les municipalités et les usines.Sur le plan électoral, après avoir accru ses sièges aux élections cantonales de 1976 et municipales de 77, il a aussi gagné quelques sièges supplémentaires à l\u2019Assemblée nationale en mars dernier.Même s\u2019il a légèrement reculé en voix, il a arrêté la croissance du parti socialiste.Il ne l\u2019a pas laissé aller au pouvoir parce qu\u2019il ne lui donnait pas suffisamment de garanties de 198 RELATIONS faire d\u2019aures gains intéressants.Le PCF est aujourd\u2019hui plus fermé sur lui-même que jamais.On ne peut déceler son \u201ceurocommunisme\u201d ni à ce qu\u2019il propose un \u201cmodèle\u201d de société fondamentalement différente de celles que les communistes ont établies dans l\u2019est de l\u2019Europe ni dans une politique étrangère qui correspond en tous points aux intérêts de l\u2019Union soviétique ni encore dans son fonctionnement interne de parti.Seules ses critiques à l\u2019égard des manquements aux libertés à l\u2019est est une marque de son \u201ceurocommunisme\u201d.Encore que ces critiques soient surtout à usage tactique vis-à-vis du public français: ne me tenez pas responsable de ces actes répressifs! .en Italie En Italie, l\u2019enlèvement puis l\u2019assassinat d\u2019AIdo Moro, leader de la démocratie chrétienne, faisait suite à une crise gouvernementale déclenchée par le parti communiste italien (PCI) en décembre 1977.A la suite des élections législatives de juin 1976 qui avaient vu une avance substantielle du PCI, le parti démocrate-chrétien (PDC) avait été contraint de tenir compte de cette puissance.Certes, il n\u2019avait pas conclu un \u201ccompromis historique\u201d tel que le demandait le PCI depuis l\u2019automne 1973, c\u2019est-à-dire la formation d\u2019un gouvernement comprenant des communistes aux côtés des démocrates-chrétiens, des socialistes et des libéraux de gauche.Mais le parti démocrate-chrétien (PDC) avait accordé la présidence de l\u2019Assemblée nationale à un communiste et, surtout, le gouvernement démocrate-chrétien consultait de puis lors le parti communiste sur tout projet de loi important.En contrepartie, les communistes s\u2019abstenaient au lieu de voter contre les projets qui ne leur agréaient pas.En décembre 1977, la direction du PCI a exigé davantage.Elle voulait un accord en bonne et due forme ainsi qu\u2019une participation à un gouvernement d\u2019\u201cunité démocratique\u201d.En janvier dernier, la crise gouvernementale éclatait.Une négociation difficile s\u2019engageait dans laquelle l\u2019infortuné Aldo Moro joua un rôle crucial.Le nouvel accord, conclu en mars \u2014 qui n\u2019est pas encore le \u201ccompromis historique\u201d \u2014 s\u2019en rapproche un peu plus.Cette fois, le parti communiste fait partie de la majorité parlementaire.Avec les socialistes et les libéraux de gauche, il soutient un gouvernement démocrate-chrétien minoritaire.Les projets de lois sont élaborés et discutés au préalable par les partis qui sou- JUILLET-AOUT 1978 tiennent le gouvernement.Durant la terrible crise suscitée par l\u2019enlèvement d\u2019AIdo Moro, le PCI a soutenu vigoureusement le gouvernement et la direction du parti démocrate-chrétien (PDC), en recommandant la fermeté.Les élections municipales de mai dernier ont vu la démocratie-chrétienne avancer de 37,5% (en 1972) à 42,5% et le parti communiste stagner \u2014 26,5% par rapport à 25,8% \u2014 alors qu\u2019il avait recueilli 35,6% des voix aux élections législatives de 1976.Les deux partis socialistes, qui avaient fait de mauvais résultats aux élections législatives \u2014 PSI (socialistes de gauche et du centre) : 9,2°/ et PSDI (socialistes de droite): 3,3% \u2014 ont fait une remontée substantielle, en glanant respectivement 13,3% et 4,5% des voix.Enfin, le petit parti républicain (libéral de gauche) a progressé de 2,8% (en 72) à 3,2%.Le PCI a donc vu tous ses partenaires de la majorité parlementaire augmenter leurs suffrages, alors que lui reculait par rapport aux élections législatives.Il pouvait craindre que le parti démocrate-chrétien (PDC) utilise la situation pour provoquer des élections anticipées et se débarasse de lui.Toutefois, rien de tel ne s\u2019est produit.La démocratie-chrétienne sait très bien qu\u2019elle a besoin du PCI pour qu\u2019un minimum de consensus et d\u2019ordre règne dans le pays et parce qu\u2019en tout cas la moitié de la classe ouvrière fait confiance au PCI.D\u2019autre part, celui-ci n'est pas tenté par un retour à l\u2019opposition.Sa stratégie de \"compromis historique\u201d, n\u2019est pas un expédient.Solennellement adoptée après le coup d\u2019état chilien qui avait écrasé la gauche, elle plonge ses racines dans la politique de front national, préconisée dès 1944 par Togliatti, l\u2019ancien leader du PCI mort en 1964.On n\u2019a pas oublié la participation au gouvernement de 1944 à 1947 et que la constitution italienne actuelle résulte d\u2019un compromis \u2014 déjà \u2014 entre la démocratie-chrétienne et le PCI.Le PCI ne se départit pas d\u2019une politique eurocommuniste également dans ses relations avec le mouvement communiste international.Là encore, c\u2019est Togliatti qui dès 1956 avait lancé l\u2019idée d\u2019un polycentrisme dans le mouvement communiste international.Cette idée préfigurait le résultat de la conférence européenne des partis communistes de juin 1976 où les partis eurocommunistes, menés par le PCI, ont imposé au parti communiste soviétique l\u2019abandon de la notion d\u2019\u201cinternationalisme prolétarien\u201d qui, pour eux, signifie l\u2019ingérence du parti communiste soviétique dans les affaires des autres partis et un rôle de leader.Le PCI, qui ne ménage pas depuis longtemps ses critiques au régime interne de l\u2019URSS, de la Tchécoslovaquie et de l\u2019Allemagne de l\u2019Est, ne s\u2019est pas privé non plus de s\u2019étonner de l\u2019attitude du parti communiste français (PCF) vis-à-vis du parti socialiste.Sans s\u2019immiscer dans les affaires d\u2019un parti frère, les communistes italiens estiment que le PCF, s\u2019il voulait réellement un accord avec les socialistes et les libéraux de gauche, aurait dû faire des concessions et surtout avoir un autre type de comportement.Le PCI a maintenu de bonnes relations avec le parti socialiste français.en Espagne Le parti communisme d\u2019Espagne (PCE) a eu une réaction encore plus nette à propos de la désunion de la gauche en France.Un membre de sa direction nationale, Manuel Azcàrate n\u2019a pas hésité à dire que les communistes français n\u2019ont peut-être pas appliqué les principes de l\u2019eurocommunisme qui impliquent \u201cun large accord entre les classes sous-privilégiées et la classe moyenne\u201d.Cet accord, le parti communiste d'Espagne (PCE) l\u2019a conclu en octobre 1977.Le \"Pacte de la Moncloa\u201d, dans la conclusion duquel Santiago Cari Mo, secrétaire général du PCE, a joué un rôle déterminant, comprend un programme économique commun et un programme de réformes politiques.Le programme économique, destiné à lutter contre l\u2019inflation et à relancer l\u2019économie, repose sur une discipline des partenaires sociaux (patronat et salariés); il a été signé et ratifié par les partis de gauche (parti socialiste ouvrier et PCE), du centre (Union démocratique du centre, libérale et formant le gouvernement) et de la droite (Alliance populaire, conservatrice).Par contre, le programme de réformes politiques, qui met l\u2019Espagne à l\u2019heure de l\u2019Europe occidentale en supprimant diverses entraves aux libertés, survivances rétrogrades de l\u2019époque franquiste, n\u2019a été approuvé que par la gauche et le centre.Le PCE joue à fond la carte de la consolidation de la démocratie et s\u2019est rallié à la monarchie constitutionnelle.Parallèlement, il a accentué son caractère eurocommuniste en supprimant, lors de son récent congrès (19-23 avril 1978), la référence au léninisme.Il a conservé, toutefois, le \u201ccentralisme démocratique\u201d, ce cloisonnement à la base, qui permet à la hiérarchie du parti de conserver son pouvoir.Toutefois, les critiques ont pu se faire entendre jusqu\u2019au sein du congrès lui-même, ce qui est une \u201cpremière\u201d dans le mouvement communiste international.199 .du côté Est de l\u2019Europe Il apparaît donc que, si l\u2019eurocommunisme marque le pas en France, il continue son développement en Italie et en Espagne.Mais on oublie trop souvent que, dans l\u2019est de l'Europe, on suit avec attention ce développement.En Yougoslavie et en Roumanie, ce sont les partis communistes qu enregistrent avec plaisir l\u2019autonomie croissante des partis communistes occidentaux vis-à-vis de Moscou.La Ligue des communistes yougoslaves entretient des liens particulièrement étroits avec le parti communiste italien (PCI), n\u2019oubliant pas que Togliat-ti s\u2019était rapproché d\u2019elle dès 1956.Notons que Tito avait suscité un premier ferment d\u2019eurocommunisme en refusant de se soumettre au diktat de Staline en 1948.Quant au parti communiste d\u2019Espagne (PCE), il a joui depuis le milieu des années cinquante de l\u2019hospitalité de la Roumanie, d\u2019où il diffusait des émissions radiophoniques de propagande vers l\u2019Espagne jusqu\u2019à sa légalisation en 1977.De plus, le parti communiste roumain l\u2019a soutenu lorsque le PCE est entré en conflit avec le parti communiste russe après qu\u2019il eut condamné l\u2019intervention militaire en Tchécoslovaquie.On notera que le PCE et le PCI se sont abstenus de critiquer les atteintes aux libertés en Roumanie et en Yougoslavie, ce qui montre d\u2019ailleurs les limites de leur attachement à ces libertés.Les relations des partis eurocommunistes avec le parti communiste hongrois sont excellentes.Le dirigeant hongrois Janos Kadar a encouragé, ces derniers mois, les eurocommunismes.Seul pays de l\u2019est sans prisonniers politiques, pratiquant une planification économique décentralisée laissant une marge d\u2019action aux entreprises ainsi qu\u2019une politique de coopération et d\u2019échange économiques avec l\u2019ouest, la Hongrie voit dans l\u2019euro-communisme à la fois un facteur qui accentue l\u2019autonomie des divers partis dans le mouvement communiste international et, d\u2019autre part, des éléments de libertés qu\u2019elle introduit prudemment chez elle.Le paradoxe est que bien des ferments de l\u2019eurocommunisme d\u2019aujourd\u2019hui ont pris naissance précisément lors de la révolution hongroise de 1956 qui a été tragiquement écrasée par la Russie.M.Kadar, déjà alors secrétaire général du parti communiste hongrois, justifie aujourd\u2019hui son appel aux troupes soviétiques comme le seul moyen d\u2019éviter la guerre civile, estimant que le gouvernement de coalition dirigé par son camarade Imre Nagy ne contrôlait plus la situation intérieure.Mis en place 200 sous la protection des troupes soviétiques, le régime Kadar a réussi avec le temps à réaliser une partie des changements que se proposait la révolution à l\u2019exception \u2014 de taille \u2014 du pluralisme des partis et de la démocratie industrielle incarnée dans les conseils ouvriers.Les dissidents polonais, dont les leaders sont notamment les historiens Adam Michnik et Jacek Kuron, ce dernier porte-parole du Comité de défense des ouvriers, n\u2019ont pas oublié que la Pologne a eu ses conseils ouvriers en 1956 avant la Hongrie.Les réformes qu\u2019avait concédées alors Gomulka, ont été, pour leur plus grande part, retirées peu à peu et l\u2019on sait qu\u2019à la fin de 1970 et au début de 1971 des émeutes durement réprimées ont éclaté sur les chantiers navals de la Baltique et ont amené la chute de Gomulka et son remplacement par M.Gierek.On sait aussi que de nouvelles grèves et émeutes ont eu lieu en Pologne en juin 1976 et c\u2019est alors que fut créé le Comité de défense des ouvriers par des intellectuels désireux de se rapprocher des travailleurs.Mais c\u2019est incontestablement dans le printemps de Prague qu\u2019il faut chercher un des fondements de l\u2019eurocommunisme.Le cas du parti communiste d\u2019Espagne (PCE) est patent puisque, à la suite de sa condamnation de l\u2019invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes du Pacte de Varsovie, le parti communiste soviétique a soutenu durant quelques années un parti communiste espagnol scis-sioniste.En Italie, le PCI a été très critique.Il est significatif qu\u2019il entretient, comme le PCE, des relations étroites et amicales avec plusieurs exilés tchécoslovaques, notamment Znedek Mlynar - secrétaire du comité central du parti communiste tchécoslovaque durant le printemps de Prague - et Jiri Pelikan - directeur de la télévision tchécoslovaque à la même époque.En Pologne, en Tchécoslovaquie et en Allemagne de l\u2019Est où bien des traditions politiques et culturelles s\u2019apparentent à celles de l\u2019occident - surtout en Tchécoslovaquie , les dissidents saluent l\u2019eurocommunisme comme un espoir.Ils voient cette nouvelle tendance du communisme comme une solution pour la transformation de leur société en un régime à la fois vraiment socialiste et démocratique, où le pluralisme des idées et des tendances pourrait s\u2019épanouir.Les accords d\u2019Helsinki issus de la première conférence sur la sécurité et la coopération en Europe, ont donné lieu à une activité intense des dissidents en faveur du respect du chapitre sur les droits humains auxquels leurs gouvernements ont souscrit en contrepartie de la consé- cration du statu quo territorial en Europe et aussi d\u2019avantages économiques.Le mouvement de la Charte soixante-dix-sept en Tchécoslovaquie, celui du Comité de défense des ouvriers en Pologne et de la Ligue des communistes démocratiques en Allemagne de l\u2019Est agissent dans ce sens et font tous appel aux partis eurocommunistes pour qu'ils exercent une pression au sein du mouvement communiste international.Ces revendications se sont étendues à l\u2019URSS où un Comité de surveillance des accords d\u2019Helsinki est fort actif.Les partis communistes est-européens \u2014 surtout le tchécoslovaque et l\u2019est-allemand \u2014 mis en cause ont réagi durement, faisant chorus avec le parti communiste russe qui s'inquiète de cet aspect de l'eurocommunisme.Le parti communiste d\u2019URSS est fort dérouté par l\u2019eurocommunisme.Tantôt, il a félicité les partis eurocommunistes de chercher une \u201cvoie au socialisme\u201d adaptée aux conditions spécifiques de leurs pays, tantôt il s\u2019inquiète des révisions théoriques qui ont vu successivement le PCF supprimer la référence à la \u201cdictature du prolétariat\u201d et le PCE celle au léninisme.Mais, d\u2019un autre côté, le parti communiste d\u2019URSS continue à entretenir des relations \u201cfraternelles\u201d avec les partis eurocommunistes.Il sait que leurs positions sont convergentes avec la sienne sur pratiquement toutes les questions de politique étrangère, mises à part les relations avec la Chine, mais y compris l\u2019Europe, car même en professant un respect pour la lettre des traités, les partis eurocommunistes n'en préconisent pas moins un accord de sécurité régionale qui laisserait, avec le retrait américain, l\u2019Europe occidentale désarmée face à la puissance militaire soviétique.Tout au plus, peut-on noter des nuances sur la question du Marché commun européen où les partis espagnol et italien, mais non le français, sont plus intégrateurs que ne le voudrait l\u2019URSS.L\u2019eurocommunisme se présente donc comme un mouvement encore plein d\u2019ambigüités et de contradictions.Ferment d\u2019espoir pour les \u201cdissidents\u201d ou oppo-sitionnels de l\u2019est européen, il présente des caractères divers dans les trois pays où les partis eurocommunistes jouent un rôle important.Soutiens du régime italien en difficulté et du régime espagnol en construction et ouverts dans ces deux cas à de grands compromis, il est, au contraire, en France encore largement une façade d\u2019un parti rigide, replié sur ses acquis.RELATIONS Un peuple ne vaut pas plus que l\u2019éducation qu\u2019il se donne I.\u201cJE N\u2019ATTENDS PLUS RIEN DE CE MONDE-LA\u201d J\u2019ai entendu tant de fois cette remarque à propos de l\u2019école publique.Elle me fait frémir à chaque fois.Voilà l\u2019institution où nous avons le plus investi depuis la révolution tranquille, et nous en serions là! Une machine compliquée à souhait, enroulée sur elle-même.Une structure riche, souvent dans un environnement plus ou moins pauvre.Un monde encombré où tout le monde se pile sur les pieds.\u201cOn ne sait plus par quel bout commencer\u201d, disent experts et profanes.Au sortir de tout ce brassage d\u2019opinions et d\u2019expertises autour du Livre vert, nous nous retrouvons en face de mille et un objectifs, de mille et une critiques.Les parents cherchent encore leur place.Les professeurs se perçoivent comme des boucs émissaires.Les commissaires d\u2019école défendent leur statut et leur pouvoir de taxation.Le ministère suggère la décentralisation et invite au projet éducatif local, mais se prépare à envoyer une nouvelle avalanche de dossiers, cette fois des programmes détaillés au poil.Et les batailles continuent.Après celles des structures, des pouvoirs, de la sécurité d\u2019emploi, on va bientôt se chicaner autour de la confessionnalité.\u201cD\u2019une année à l\u2019autre, me disait un père de cinq enfants, qui a choisi l\u2019école publique par conviction, il y a toujours des nouvelles raisons pour paralyser l\u2019école au point de compromettre l\u2019année scolaire; c\u2019est devenu insupportable.non, je n\u2019attends plus rien de ce monde là\u201d.Et que dire des jeunes eux-mêmes! On n\u2019a pas évalué les conséquences de cette foire d\u2019empoigne chez eux.Le pouvoir \u201cfou\u201d S\u2019agit-il de changements qualitatifs importants, on ne compte plus les normes juridiques, administratives, syndicales, professionnelles, financières et autres qu\u2019il faut prendre en considération.Tant parler de créativité et se retrouver en face d\u2019une situation de neutralisation quasi systématique.Et pourtant que de moyens à notre disposition! Apprendrons-nous enfin à vivre des pratiques démocratiques capables de créer des chantiers collectifs valables, ou pour le moins aptes à assumer d\u2019une façon plus intelligente et plus politique les conflits inévitables de la société ouverte?L\u2019exaspération actuelle semble tourner bien des gens vers des solutions peu ou pas démocratiques.Et cela m\u2019inquiète beaucoup.Je trouve dans tous les secteurs, y compris les syndicats, un exercice du pouvoir qui se veut unique et décisif.Imaginez cela dans un service public comme l\u2019école où il y a au moins quatre ou cinq composantes pour partager démocratiquement le pouvoir.Un petit peuple comme le nôtre, peut-il faire son histoire sans aménager des solidarités démocratiques plus justes et plus efficaces, des compétences communes plus constructives?Un esprit de contradiction invétéré Mais en deçà du \u201cproblème démocratique\u201d, ce sont les visées mêmes de l\u2019éducation qui sont brouillées.Je sors de tous ces dossiers avec l\u2019impression d\u2019être confronté à des positions irréductibles où tout se pose en noir et blanc.Particulièrement chez les experts, on oppose d\u2019une façon simpliste: enseignement ou apprentissage, méthodes ou programmes, administration ou pédagogie, école de la famille ou école de la société, école traditionnelle ou école nouvelle, école de la transmission ou école du développement, école pour préparer l\u2019avenir ou école pour une vie d\u2019enfant et d\u2019adolescent, école de l\u2019individuel ou école du collectif, école de la classe dominante ou école de la masse, école uniformisée ou école autonome et diverse.On caricature l\u2019une ou l\u2019autre pour défendre son modèle pur, absolu, exclusif.L'esprit de contradition est à son comble.par Jacques Grand\u2019Maison sociologue et professeur à la faculté de théologie de l'Université de Montréal Faut pas aimer la vie pour s'enfermer dans des dilemmes et des culs-de-sac semblables, alors que dans la majorité des cas, il s\u2019agit de dimensions complémentaires qui représentent les divers aspects de la réalité.Par exemple, on peut décentraliser certaines fonctions et en centraliser d\u2019autres, tel le mécanisme étatique de péréquation des ressources et celui d\u2019une autonomie locale relative et \u201cresponsable\u201d.Avons-nous des positions cohérentes sur la démocratisation, sur la décentralisation?Tour à tour nous passons de l\u2019esprit de clocher à l\u2019étatisme et vice versa avec un simplisme désarmant.Des démarches collectives peu éducatives Ainsi l\u2019éducation qui a beaucoup à voir avec le monde de l\u2019intelligence et du coeur est soumise à des débats et des combats qui défient une sagesse minimale.Certes, l\u2019éducation sera toujours une tâche difficile, surtout dans une société de changement, dans une société ouverte et pluraliste, dans une société mobile qui risque de déclasser les moins bien équipés.Dans notre situation de profonde transition où nous nous découvrons tout à coup assez différents les uns des autres, nous devons comprendre la nécessité d\u2019un apprentissage au pluralisme démocratique et à des conflits de points de vue.Rien de pire, dans les circonstances, que cette bataille de modèles purs, telles l\u2019école de l\u2019héritage, opposée à l\u2019école de l\u2019auto-développement ou à l\u2019école faite sur la mesure du marché du travail.L\u2019imbroglio actuel devrait amener les irréductibles, pour ne pas dire les fanatiques, à des positions plus humbles, plus ouvertes, plus près du réel.Peut-on maintenir le système confessionnel ac- JUILLET-AOUT 1978\t201 tuel?Peut-on passer du jour au lendemain à une école laïque?Peut-on abolir par un décret gouvernemental les écoles privées?Peut-on réduire l\u2019Etat à n'être qu\u2019un simple pourvoyeur de fonds sous prétexte qu\u2019il a abusé de la centralisation?Peut-on ajouter services sur services, multiplier le personnel, sans une évaluation sérieuse de nos possibilités économiques et de nos priorités sociales?Et les pratiques de nos objectifs?Plus profondément encore, se pose le défi du style d\u2019éducation lui-même.Avons-nous compris les exigences et les conséquences d\u2019un style d\u2019éducation plus libre qui vise l\u2019auto-développe-ment?C\u2019est la carte la plus difficile.Elle commande le plus d\u2019investissement en temps et en énergie tant chez les parents et les professeurs que chez les jeunes eux-mêmes.Elle implique une pédagogie beaucoup plus exigeante.Avons-nous développé les pratiques correspondantes à ces objectifs?Voilà le problème majeur.Il serait faux et peu sage de retourner au modèle d\u2019hier.Les adultes y trouveraient une sécurité, mais les jeunes en seraient peut-être très malheureux.Un style d\u2019éducation plus libre, plus créateur est entré dans nos moeurs.Il faut lui donner des appuis plus solides et plus cohérents, dans la mesure où l'on n\u2019avance plus sur rails dans ce genre de démarche qui exige cent fois plus d\u2019intelligence, de sagesse et aussi de coeur à l\u2019ouvrage.Est-ce bien le cas?Après vingt ans d'éducation en ce sens, je sais comme bien d\u2019autres la lourde facture qu\u2019il faut payer en sueur et en courage, surtout dans le champ de la promotion éducative et collective des milieux populaires.La critique livresque de la Centrale des enseignants du Québec ne m\u2019impressionne guère.Elle a bien peu de mains.Elle est même mystificatrice dans la mesure où elle maintient un ensemble de pratiques syndicales de travail en contradiction flagrante avec ses objectifs.Tel le travail minuté dans un calendrier annuel où l'on travaille un jour sur deux (180 jours ouvrables).Quel prolétaire va croire que la C.E.Q.est dévouée corps et âme, sueurs et sous, à son service?J\u2019y reviendrai, car c'est trop grave.Une double vocation difficile Certes, la question de l\u2019éducation déborde l\u2019école.Qu\u2019en est-il du style é-ducatif de la famille, de la télévision, de la publicité, des luttes syndicales-patronales, de la politique?Quels exemples donnons-nous aux jeunes dans nos débats incohérents, dans nos combats si peu démocratiques?Il ne s\u2019agit pas de créer une école isolée de la société réelle.Tous les grands courants la pénètrent de toutes parts.Mais il me semble qu\u2019une sagesse éducative pourrait nous inciter à maintenir un minimum de distance pour que les jeunes ne soient pas moyens, terrains ou victimes de certaines situations conflictuelles aberrantes.Car c\u2019est le paradoxe de l\u2019école: elle doit être du pays réel pour le transformer et en même temps distante pour permettre l\u2019accès progressif, prolongé et libre à l\u2019ensemble des richesses du patrimoine humain et de l\u2019histoire.Une école assez distante aussi pour permettre une vraie vie d\u2019enfant et d\u2019adolescent.Une école assez distante pour dégager un espace d\u2019avenir.Et en même temps une école profondément enracinée dans le milieu, partie prenante avec les autres institutions locales, mais toujours dans sa ligne éducative propre.Voilà un paradoxe difficile à maîtriser.On ne saurait l\u2019assumer avec une école: centre d\u2019achat de cours à la carte, ou club privé, ou instrument d'un parti idéologique, ou commune libertaire.Fi, le modèle unique Cela dit, il y a place pour plusieurs styles d\u2019éducation et d\u2019école.Je pense à des expériences intéressantes chez nous.Elles sont déjà passablement différentes les unes des autres.Elles portent la marque particulière des milieux urbains et des régions.Elles pointent la possibilité d\u2019unités locales avec leur personnalité propre.Autant d\u2019indices qui nous invitent à plus de souplesse et d\u2019imagination, à plus de pertinence et de réalisme.En certains endroits, il y aura possibilité d\u2019un consensus pédagogique, en d\u2019autres, il faudra aménager u-ne diversité de styles éducatifs.Prenons, à titre d\u2019exemple, le point chaud de la confessionnalité.Dans quelle mesure le processus d\u2019exemption de l\u2019enseignement religieux n\u2019est-il pas trop négatif, et parfois humiliant et discriminatoire?Ne gagne-t-on pas à dé-confessionnaliser les structures scolaires dans la logique même d\u2019une cité séculière qui a déconfessionnalisé tous les autres services publics?Quitte à bien assurer une place légitime au sein de l\u2019horaire de base pour les divers enseignements religieux et moraux; ce que la C.E.Q.refuse bien peu démocratiquement.Je crains ici les oppositions simplistes et irréductibles que j'ai mentionnées plus haut.Faut-il se rabattre sur une neutralité qui réduit l\u2019école à être un lieu d\u2019instruction?On sait les pièges particulièrement en ce domaine.Bon gré, mal gré, il y a toujours une certaine transmission idéologique, fût-ce le choix des textes dans l\u2019apprentissage de la langue.Nous n\u2019éviterons pas la tâche démocratique et délicate d\u2019aménager d\u2019abord un premier consensus de base, puis une diversité de cheminements.Toute position rigide au départ, toute recherche du modèle unique bloqueront la mise en place de solutions qui comportent d\u2019inévitables compromis, c\u2019est le lot d\u2019un contexte démocratique.Cette transition ne sera pas facile.Je viens de terminer une étude sur la question morale chez nous, dans un ouvrage intitulé Une société enquête d\u2019éthique.On risque de se retrouver tout à l\u2019heure dans un autre conflit incohérent où s\u2019affrontent les partisans de la morale libertaire, de la morale socialiste, de la morale traditionnelle et de la morale chambrée des classes moyennes.Aurons-nous assez de sagesse pour discerner ce qui doit assurer une continuité de l\u2019expérience historique, ce qui mérite une rupture radicale, ce qui exige ou dépassement ou création nouvelle?Les solutions pures, surtout uniformisées, nous amèneraient au même cul-de-sac de la confessionnalité imposée à tout le monde.Sans compter la diversité des milieux et des régions.L\u2019idée d\u2019écoles neutres à côté d\u2019écoles confessionnelles est peu réaliste en bien des milieux.Elle a aussi le désavantage d\u2019isoler les enfants de la situation pluraliste de notre société.Je souhaite, comme bien d\u2019autres, des aménagements démocratiques qui résistent à notre tentation de passer d\u2019un extrême à l\u2019autre.Il y aurait tant de nuances à apporter dans cette question qui rejoint nos options les plus profondes.J'ai le goût de rappeler aux confessionna-listes rigides, religieux ou laïques, qu\u2019ils doivent se souvenir des guerres douloureuses qu\u2019ont connues tant de pays en ce domaine.L\u2019école publique, test de maturité politique Mais ce débat sera en porte-à-faux si on ne s\u2019entend pas sur l\u2019école tout court d\u2019une façon minimale, si le com- 202 RELATIONS bat autour de l\u2019aqueduc ignore le secret de la source.Education, \u201ce-ducere\u201d, faire jaillir la source.Voilà le grand défi! Il se pose avant tout dans l\u2019institution locale là où se vit l\u2019action éducative comme telle, là où se trouvent les jeunes et les agents directs de l\u2019éducation.En terminant cette première étape, je voudrais signaler une des conséquences du pluralisme actuel.D\u2019une part, l'éducation comme telle atteint les cordes les plus sensibles de nos diverses philosophies de la vie et même de nos options politiques; les uns et les autres accepteront difficilement un style d\u2019école en désaccord profond avec leurs o-rientations majeures, d\u2019où l\u2019inévitable débat scolaire.D\u2019autre part, un service public porte la visée démocratique du vivre ensemble dans une même société, par exemple d\u2019une école pour tous sans discrimination, sans exclusive idéologique, sans privilèges, sans ghetto pour pauvres ou pour riches.Dans un contexte aussi complexe, il n\u2019y a pas de solution toute faite, idéale.Il faut de sages compromis, ouverts, démocratiques, \u201crévisables\u201d et les plus justes possibles.En ce domaine, plusieurs experts et idéologues d\u2019ici font souvent preuve d'un jugement douteux et d\u2019une piètre philosophie politique en jouant tantôt de l\u2019exclusive idéologique, tantôt de l\u2019homogénéité imposée, tantôt du débat manichéen en noir et blanc, tantôt d'une rationalité étroite faussement identifiée au réel ou même à la Vérité.Certes, il y a des priorités évidentes, telle celle de la promotion des classes infériorisées tant en éducation que dans les autres domaines.Mais cet objectif ne saurait être atteint, par delà les combats nécessaires, sans des démarches démocratiques où les jeunes de cette société pourront faire une certaine expérience commune qualitative à l\u2019école publique.Celle-ci porte un test de vérité politique, plus que tout autre service dans la société.A l\u2019hôpital ou au bureau de poste, les diverses philosophies de la vie entrent beaucoup moins en ligne de compte.Dans cette perspective, je crains des solutions scolaires faites sur mesure pour un groupe social ou idéologique.Elles n\u2019aideront pas les jeunes à vivre dans la société réelle, même si elles portent un projet politique de changement radical pour l\u2019ensemble de cette même société.Par exemple, l\u2019école de la C.E.Q.peut être aussi contestable qu\u2019un certain style d\u2019école privée.JUILLET-AOUT 1978 Mais il existe bien d\u2019autres aspects dont on doit tenir compte.Tel celui des niveaux.A l'élémentaire, par exemple, la proximité éducative de l\u2019école et de la famille exige peut-être une diversité de modèles plus près des choix que pourraient faire des groupes de parents, alors qu\u2019aux autres paliers, la communauté éducative pluraliste s\u2019impose davantage.Toutes ces nuances, ces questions, ces options ne devront pas être soumises uniquement à des grandes confrontations politiques globales, mais aussi à ce qui est possible dans l\u2019institution scolaire locale, à Montréal, à Trois-Rivières ou à St-Faustin.II.DES CIBLES A NE PAS MANQUER Dans cette seconde étape, je voudrais attirer l\u2019attention sur un ensemble de points de repères qui m\u2019apparaissent prioritaires.Repères qui risquent d\u2019être négligés dans l\u2019incroyable fouillis de mille et une critiques, de mille et un objectifs.Est-il une seule utopie éducative qu\u2019on n\u2019ait pas flirtée chez nous?Et dire que certains esprits dits progressistes flairent déjà une contre-réforme, uniquement parce que bien des citoyens veulent s\u2019arrêter un moment pour mieux savoir où ils s'en vont.Et si c\u2019était le cas des jeunes eux-mêmes.Ont-ils eu le temps de souffler, de vraiment se construire?\u201cJ\u2019ai toujours été à l\u2019essai\u201d Voici ce qu\u2019un jeune travailleur social de 25 ans me disait récemment: \u201cma mère m\u2019a élevé avec le dernier livre du docteur Spock.De la maternelle jusqu\u2019au doctorat, j\u2019ai subi une enfilade interminable de programmes, de méthodes à l\u2019essai.Au travail depuis trois ans, je retrouve le même tataouinage.j\u2019ai toujours été à l\u2019essai\u201d.Il me disait ces choses avec une sorte de tristesse rageuse, comme s\u2019il reprochait aux a-dultes de ne pas lui avoir transmis ce qu'ils devraient avoir en propre: maturité, cohérence, sagesse, expérience mûrie, capacité de faire des choix quelque peu durables et d\u2019aller au bout des engagements correspondants.Nos institutions, du moins celles que nous contrôlons, sont à notre image.Poser la question de l\u2019école, et surtout celle de l\u2019éducation, c\u2019est accepter d\u2019interroger ce qu\u2019il y a de plus profond en nous, nos façons individuelles et col- lectives de vivre, nos vrais objectifs et surtout nos pratiques en regard de nos discours.Les jeunes ont une drôle de lucidité pour nous juger, parents et professeurs particulièrement.Voilà un premier point de repère: c\u2019est le monde adulte qui doit d\u2019abord se questionner lui-même.Ce que seule l\u2019école peut faire Voilà un autre repère pour nous aider à alléger l\u2019institution scolaire qui s\u2019est chargée de rôles, de programmes, de spécialistes au point de devenir paradoxalement une sorte de petit village traditionnel enroulé sur lui-même, un monde en soi! J\u2019insiste, parce qu\u2019on ne dit pratiquement jamais que l\u2019encombrement actuel est une des causes de la crise.Une équipe américaine de chercheurs révélait récemment que la qualité éducative avait baissé au même rythme que l\u2019enrichissement de la structure scolaire, de plus en plus a-lourdie en équipement, en personnel et multiples fonctions secondaires.Le temps est venu d\u2019alléger l\u2019appareil, de le recentrer sur sa vocation propre, sur ce qu\u2019il est seul à pouvoir faire.Tels ces longs apprentissages de base que je viens de mentionner.La vie urbaine est faite d\u2019expériences courtes.Rien ne sert de la concurrencer dans ce qu\u2019elle a de positif: mobilité, dynamique de changement, adaptation, etc.A l\u2019inverse, l\u2019homme urbain ne sait plus se situer dans la durée.C\u2019est un impatient qui ignore le long terme, le mûrissement intérieur, la structure é-prouvée, les valeurs qui font durer, la conscience historique.Je crois que l\u2019école doit se délester, se distancer même des à-coups urbains pour assurer cette formation de base.Une mentalité purement utilitaire et sur mesure sera vite dépassée par les changements, tout en sacrifiant de plus profondes fondations, aptes à assumer des constructions nouvelles.L\u2019importance des fonctions d\u2019intégration Ce repère précise les trois autres.Rappelons-nous les références-clés de la réforme scolaire: polyvalence, décloisonnement, mobilité, diversité, pluralisme, créativité, choix, etc.Voilà des valeurs indéniables surtout dans la cité moderne.Mais il est un autre registre de valeurs et de fonctions qui a été le parent pauvre, à savoir l\u2019intégration des apprentissages; le suivi dans l\u2019itinéraire éducatif; la cohérence entre les étapes, entre les institutions aux divers cycles; la stabilité minimale des méthodes et programmes; l\u2019unifi- 203 cation des expériences de l\u2019étudiant; le temps nécessaire au processus d\u2019identification, d'appartenance, etc.Comment a-t-on pu sous-estimer cette énorme requête d\u2019unité et de cohésion, alors qu\u2019on savait très bien l\u2019état de dispersion sociale, mentale et morale auquel s\u2019ajoutait la situation d\u2019éclatement psychologique de l\u2019adolescent.Il faut à tout prix assurer des lieux, des moments et des processus d\u2019intégration.Certes, cela peut se réaliser de diverses façons: titulariat, tutorat, cellules-communautés, etc.A cette tâche majeure, on devra accorder des périodes déterminées.Il existe déjà des expériences intéressantes.Mais c\u2019est aussi la cohésion minimale de l\u2019institution qui est en cause.Cohésion des agents d\u2019éducation, des normes administratives, syndicales et professionnelles.On n\u2019a pas encore mesuré les conséquences très graves de la transposition bête du scénario conflictuel patronal-syndical dans des institutions aussi fragiles que l\u2019école et l\u2019hôpital.La santé et l\u2019éducation ont des exigences d\u2019organicité qui se prêtent mal aux mécaniques d\u2019administration, de spécialisation et de convention collective d\u2019inspiration industrielle.C\u2019est l\u2019ensemble de la personne que l\u2019institution scolaire ou hospitalière doit assumer.On devrait définir l\u2019institution, les agents et même les conflits de statuts, de pouvoirs et d\u2019intérêts en assurant d\u2019abord cette première cohésion de base, à savoir l\u2019expérience unifiée du jeune ou du malade.Hélas,on emprunte si souvent la démarche contraire.D\u2019abord le personnel, puis les clients ensuite.Pire encore, les moyens définissent les fins.Un monde aberrant! Décentralisation et démocratisation Comme on le voit, tous ces points de repère s\u2019articulent les uns aux autres dans le but de façonner une structure et une philosophie de base qui m\u2019apparaissent une priorité pour l\u2019avenir.Aussi faut-il centrer davantage l\u2019attention sur l'unité locale, là où l\u2019action éducative se déroule.Nous avons trop agi à partir et en fonction des superstructures: ministère gouvernemental, commissions scolaires, centrales syndicales, bureaux d\u2019experts, sciences de l\u2019éducation, etc.Intervenants et commettants de l\u2019unité locale ont été marginalisés dans cette bataille d\u2019états-majors lourds et compliqués.Le décrochage de bien des jeunes et des professeurs est en partie tributaire de ce déplacement inadmis- sible du centre de gravité de l\u2019experien-ce éducative.On n\u2019en finit plus de reredéfinir les paliers, les juridictions, les pouvoirs.Cela dit, il faut être conscient des dangers d\u2019un retour à l\u2019esprit de clocher et aux solutions artisanales.Un système d\u2019éducation qui serait une somme d\u2019unités locales, subventionnées par l\u2019Etat, sans un cadre politique de planification et de péréquation, ne pourait jouer son rôle légitime de démocratisation.Pensons aux disparités régionales, aux inégalités de classes, de milieux.De plus, l\u2019intense mobilité dans la société moderne exige une certaine continuité institutionnelle pour permettre le passage d\u2019une unité locale à l\u2019autre.Par exemple, un jeune doit pouvoir se retrouver dans son itinéraire éducatif, si sa famille se déplace en un autre endroit.Le pluralisme et l\u2019autonomie des é-coles ont leurs limites.Il peut donc arriver que certaines formes de décentralisation bloquent une judicieuse démocratisation.Sans compter des pièges trop peu connus.Par exemple, les cégeps publics qui sont pratiquement constitués comme des institutions privées sont classés selon des règles plus ou moins secrètes par les universités.Précisément, parce que plusieurs départements cégépiens sont autant de fiefs corporatistes qui ne répondent qu\u2019à eux-mêmes.La bataille actuelle de la C.E.Q.en matière d\u2019évaluation peut conduire à la même chausse-trappe au grand dam des jeunes eux-mêmes.Tout cela va contre la logique même de son idéologie politique, ou encore d\u2019un système public où il y a plusieurs partis en présence.Sans compter la nécessité d\u2019un minimum de normes communes dans un tel contexte démocratique.Comment concilier aussi ces exigences avec la sécurité absolue d\u2019emploi, avec le contrôle professionnel exclusif en matière de compétence et de division du travail?Que de contradictions il faudrait signaler, telles ces batailles pour un pouvoir exclusif, et cela dans un système public dit démocratique et pluripartite.Voilà autant d\u2019indices qui nous mettent en garde contre l\u2019isolement d'un processus ou l'autre: décentralisation ou démocratisation.Par exemple, le Japon a su conjuguer une forte démocratisation scolaire et des exigences poussées d\u2019excellence chez les étudiants comme chez les enseignants.De même, on doit éviter des oppositions simplistes qui empêchent de discerner ce qui mérite d\u2019être décentralisé et ce qui nécessite la centralisation.Nos batail- les d\u2019exclusives défiant trop souvent non seulement un sens politique minimal, mais aussi la sagesse tout court.Une stérilisation systématique où toutes les parties y perdent et plus encore les jeunes eux-mêmes.Pédagogie populaire, alternance éducation-travail L\u2019école, structure riche et bloquée, enfermée dans la copie conforme de l\u2019homme moyen, n\u2019arrive pas à sortir de ce cul-de-sac.Elle n\u2019est ni de la société nouvelle à faire, ni des classes sociales à libérer.Renforcer cette structure riche dans les milieux dits défavorisés en multipliant les équipements et les professeurs, ne fera que transposer le même problème et l\u2019accentuer davantage.Il m\u2019est avis que la pédagogie populaire ne relève pas seulement d\u2019une position idéologique et politique en vue d\u2019une promotion collective prioritaire.Ce peut être un déblocage pour l\u2019ensemble du système d'éducation.Je me suis longuement expliqué là-dessus dans un ouvrage récent: Une pédagogie sociale d'auto-déveioppement en éducation (Stanké, 1976).Dans les milieux populaires, il est impossible d\u2019éduquer avec pertinence et efficacité sans tenir compte de la situation du milieu et de ses diverses composantes: famille, travail, loisirs, santé, etc.La tâche éducative doit s\u2019inscrire dans cette trame sociale.Tout se passe comme si l\u2019on était amené au réalisme le plus brutal pour penser et articuler des rapports judicieux et féconds entre éducation et travail, formation générale et formation professionnelle.Ce qu\u2019on a beaucoup trop dissocié dans les réformes récentes.Les besoins éducatifs des milieux populaires rejoignent le mouvement actuel qui se dessine, à savoir l\u2019alternance é-ducation-travail.Ce qu\u2019on appelle en termes savants la récurrence.Encore là, les solutions trop sophistiquées empruntées ailleurs ne mordront pas sur notre propre trame socio-économique et politique, si nous ne regardons pas les choses au plan des besoins, des attitudes et des pratiques de base que nous révèle le monde populaire.Il existe en lui moins de pressions artificielles pour recourir à l\u2019école.Celle-ci doit être autrement plus pertinente.Elle n\u2019est pas un rituel obligé comme dans les classes moyennes ou bourgeoises.La pédagogie populaire nous plonge aussi dans ce formidable problème politique d'un ensemble de conditions disqualifiantes: locataires, consommateurs, 204 RELATIONS exécutants ou chômeurs, téléspectateurs usagers.Du coup, c\u2019est poser le défi d\u2019une pédagogie à la fois éducative, socio-économique, culturelle et politique.On ne peut donc redéfinir l\u2019école uniquement à partir d'elle-même.Contenus éducatifs et idéologies Je voudrais d\u2019abord relier ce dernier repère au précédent.En effet, les diverses orientations éducatives sont tributaires en partie des différentes lectures globales de la société, comme de la situation sociale et politique que je viens d\u2019évoquer.Certains plaidoyers sur le pluralisme réduisent celui-ci à une question d\u2019opinions privées dans des structures neutres.C\u2019est ignorer la signification première d\u2019une démarche i-déologique qui a toujours une portée globale.Celle-ci existait bien avant la lutte de la C.E.Q.par exemple.Qu\u2019il s\u2019agisse de l\u2019idéologie dominante ou de la confessionnalité.Certains ne voient d\u2019idéologique que le projet céquiste d\u2019une école d\u2019inspiration socialiste.C\u2019est une critique en porte-à-faux.Ce qu\u2019il y a de neuf, c\u2019est l\u2019émergence d\u2019une véritable diversité idéologique, avec ses nouvelles exigences démocratiques, avec sa jeune démarche critique.Inutile de nous mettre la tête dans le sable.L\u2019idée d\u2019amener les différents milieux à se définir un projet éducatif, renforcera la prise de conscience de cette situation relativement neuve.On sort à peine de la chrétienté.Mais déjà, certains critiquent le choix d\u2019un texte, par exemple, dans l\u2019apprentissage de la langue, et cela à partir de leur orientation idéologique.Ceux qui croient résoudre le problème en faisant de l\u2019école un lieu exclusif d\u2019instruction se font illusion.De même ceux qui prétendent promouvoir une pédagogie de processus indifférente aux divers contenus.De même aussi ceux qui veulent soumettre la liberté de l\u2019enseignement à la liberté de l\u2019enseigné.La question que je soulève, reste entière.Nous entrons dans un nouvel âge politique et éducationnel, chez nous.Un âge qui exigera beaucoup de discernement, de maturité démocratique, de qualité éthique.Dans les circonstances, je crains ceux qui ont déjà érigé leur i-déologie particulière en Vérité indiscutable et en Science irréfutable.Certes, nous n\u2019éviterons pas des confrontations plus ou moins radicales.J\u2019ose espérer qu\u2019elles aussi nous les vivrons sous un mode éducatif, tout en cherchant des solutions plus justes sans sacrifier la liberté, l\u2019excellence et la créativité.Voilà un ensemble de cibles que nous ne saurions manquer.Evolution démographique et immigration au Québec\tpar Richard Arès Au début d'avril 1978, certaines données tirées de la Revue statistique du Canada faisaient la manchette des journaux: la population du Québec était entrée dans une période de déficit, et cëla parce que les départs de ladite province se révélaient plus nombreux que les arrivées.Commentant ces statistiques, la correspondante à Ottawa du quotidien Le Devoir, Lise Bissonnette, écrivait: Même en faisant des bébés et en attirant des immigrants de l'étranger, les Québécois ont commencé à diminuer en nombre depuis le milieu de l'année 1977, à cause des déménagements vers les autres provinces.Sans reprendre toute la question ni aborder de plein front le problème des migrations interprovinciales, en particulier extra-québécoises, au sujet desquelles les statistiques sont à la fois difficiles à trouver et pas toujours très sûres, je me contente de présenter ici quelques tableaux permettant de mieux saisir, en la dernière décennie, d'une part, l'évolution démographique de la population du Québec et, d'autre part, ce que l'immigration lui a apporté.I.L'évolution démographique du Québec En général, dans un pays aux frontières fermées, la ou il n'y a ni immigration ni émigration, trois facteurs en- JUILLET-AOUT 1978 trent en ligne de compte dans l'évolution démographique: les naissances, les décès et l'excédent des premières sur les seconds, qu'on appelle l'accroissement naturel.Jetons un regard sur l'évolution, en cette dernière dizaine d'années, de chacun de ces trois facteurs.Et d'abord, les naissances.Le Québec s'est longtemps distingué par le nombre élevé de ses naissances et ç'a même été l'un des éléments les plus efficaces de sa difficile survivance.Sans remonter bien loin, je signale qu'en 1959 encore leur nombre s'élevait à 142.383 et leur taux par mille habitants à 28,3, taux qui plaçait le Québec au-dessus de la moyenne canadienne (27,4) et au troisième rang, à égalité avec le Nouveau-Brunswick, de toutes les provinces du Canada, après Terre-Neuve (33,6) et l'Alberta (30,5).Depuis ce temps, les choses ont bien changé; les dernières statistiques connues montrent que le Québec, par suite de son bas taux de naissances, est tombé au-dessous de la moyenne canadienne et qu'il occupe maintenant le dernier rang de toutes les provinces.Voici un premier tableau permettant de suivre de près la courbe des naissances au Québec durant les dix dernières années pour lesquelles les statistiques sont connues.205 Tableau I: les naissances au Québec Année 1967 1968 1969 1970 1971 1972 1973 1974 1975 1976 Nombre 101 471 96 622 95 610 91 757 91 841 84 921 86 161 87 157 93 318 95 420 Taux 17.3 16.3 16,0 14,0 15.2 14,0 14.2 14,0 On constate que depuis 1959 le taux des naissances québécoises a diminué environ de moitié et que leur nombre, au lieu de dépasser largement les 100,000 par année comme autrefois, se maintient en-dessous de ce chiffre depuis quelques années, en dépit de l'augmentation numérique de la population, même si un certain redressement s'annonce dans les dernières années.Contrairement aux naissances, les décès enregistrés dans cette décennie demeurent relativement stables d'année en année, comme le montre le tableau suivant.Tableau II: Les décès au Québec Année\tNombre\tTaux 1967\t38 665\t6.6 1968\t39 537\t6.7 1969\t40 103\t6.7 1970\t40 392\t6.8 1971\t41 192\t6.8 1972\t42 525\t7.0 1973\t43 052\t7.1 1974\t43 337\t 1975\t42 270\t\t 1976\t42 750\t- En dépit\tde sa stabilité relative, le nombre\tdes décès augmente\tsensiblement: est-ce un signe du\tvieillisse- ment de la population québécoise et du sort réserve l'avenir?\t\tque nous Tableau III: L'accroissement naturel au Québec\t\t Année\tNombre\tTaux 1967\t62 806\t10,7 1968\t57 085\t9,6 1969\t55 507\t9,3 1970\t51 365\t8,6 1971\t50 649\t8,4 1972\t42 396\t7,0 1973\t43 109\t7,1 1974\t43 840\t\t 1975\t51 048\t\t 1976\t52 670\t- 206\t\t Dans les années 50, l'accroissement naturel au Québec, c'est-à-dire l'excédent des naissances sur les décès, dépassait largement le nombre de 100,000, mais à partir de 1962 il va tomber au-dessous et même plus tard en bas de 50,000.Les statistiques à ce sujet, données dans le tableau qui suit, sont significatives et font réfléchir quant à l'avenir démographique du Québec.L accroissement naturel au Québec touchait son plus bas niveau en 1972, puis il remonte lentement par la suite.Est-ce suffisant pour que la population québécoise suive I accroissement qui se manifeste dans certaines autres provinces, comme l'Ontario et l'Alberta?Poser la question, c'est soulever le double problème des migrations interprovinciales et de l'immigration proprement québécoise.J'ai déjà dit que les statistiques concernant les premières sont à la fois difficiles à trouver et douteuses.Je dois donc me borner à celles qui concernent l'immigration proprement québécoise.II.L'apport de l'immigration Le nombre à la fois des naissances et de l'accroissement naturel ayant considérablement diminué au Québec, reste à savoir et à déterminer jusqu'à quel point l'immigration étrangère est capable de combler le vide et de rétablir l'équilibre.A cet égard, l'expérience nous apprend qu'il ne faut pas trop se fier au nombre d'im-migrants: la plupart viennent au Canada en général plutôt que dans une province en particulier, surtout s'il s'agit d'une province à majorité francophone,- de plus, pour un bon nombre le pays ou la province choisis ne sont qu'un lieu provisoire de passage en attendant de trouver mieux, n'empêche qu'il est bon et instructif de connaître de tels chiffres.Tableau IV: l'immigration au Québec Année\tNombre\tPourcentage 1967\t45 717\t20,1 1968\t35 506\t19,3 1969\t28 477\t17,5 1970\t23 228\t15,8 1971\t19221\t15,8 1972\t18 583\t15,3 1973\t26 871\t14,6 1974\t33 458\t15,3 1975\t28 042\t14,9 1976\t29 282\t19,6 Une\tpremière constatation est à signaler:\tle Québec qui, durant cette décennie, comptait pour environ 27 à 28 p.cent de la population canadienne, n'a jamais obtenu plus que 20 p.cent \u2014 et la plupart du temps beaucoup moins \u2014 du nombre d'immigrants venus au Canada, alors que l'Ontario en obtenait habituellement plus de 50 p.cent.Autre constatation: l'année 1972 a marqué un creux dans le nombre d'immigrants, lequel n'a même pas at- RELATIONS teint la moitié de celui de 1967, soit 18,583 d'une part, et 45,717 d'autre part.Ces immigrants qui arrivent au Québec, où s'en vont-ils?Plus précisément, quelles régions choisissent-ils?Les statistiques connues ditinguent entre la région de Montréal, celle de Québec et les autres régions.Celle de Montréal est la plus importante et mérite une attention particulière.Tableau V: Destination des immigrants admis au Québec vers la région de Montréal Année\tNombre\tPourcentage 1968\t28 836\t81,2 1969\t22 077\t77,5 1970\t18 044\t77,7 1971\t14471\t75,3 1972\t13 807\t74,3 1973\t22 623\t84,2 1974\t28 179\t84,2 1975\t23 176\t82,7 1976\t23716\t81,0 On voit que, sauf pour les quatre années qui vont de 1969 à 1972, la région de Montréal a attiré à elle plus des quatre cinquièmes des immigrants admis au Québec, pourcentage qui ne laisse que peu de place, d'une part pour la région de Québec, laquelle n'a obtenu que 2 a 3 p.cent, et, d'autre part, pour les autres régions, dont le pourcentage d'immigrants a fluctué entre 13 et 23 p.cent pendant la même période.D'où viennent ces immigrants?Le Bulletin statistique annuel, publié par le ministère de l'Immigration du Québec, distingue à ce sujet les pays de naissance, les pays de citoyenneté et les pays de dernière résidence.Pour ne pas trop alourdir cet article, je me contenterai de donner les statistiques concernant les pays de naissance, non pas toutes, mais seulement celles du pays qui, chaque année, a occupé la tête de la liste.Tableau VI: Pays de naissance des immigrants admis au Québec Année\tPays en tête\tNombre\tPourcentage 1971\tEtats-Unis\t2 099\t10,9 1972\tEtats-Unis\t2 215\t1 1,9 1973\tEtats-Unis\t2 788\t10,4 1974\tHaiti\t4 856\t14,5 1975\tHaiti\t3 422\t12,2 1976\tHaiti\t3 094\t10,6 Ainsi, durant trois ans, les immigrants admis au Québec venant des Etats-Unis ont occupé la premiere place, mais depuis 1974 ils en ont été délogés par les immigrants venus d'Haiti, et la même chose s'est produite en 1975 et en 1976.Pour compléter quelque peu ces statistiques, indiquons que la seconde place était détenue, JUILLET-AOUT 1978 en 1971, par les immigrants venus de la Grèce, en 1972 par ceux venus du Portugal, en 1973 par ceux venus d'Haiti, en 1974 des Etats-Unis, en 1975 de la France et en 1976 encore des Etats-Unis.Le même Bulletin statistique annuel, publié par le ministère de l'Immigration du Québec, indique non seulement le nombre d'immigrants venus de chaque pays de naissance, mais encore le total d'immigrants venus de chaque continent.Par exemple, en 1976, l'Afrique fournissait 2594 immigrants au Québec, l'Amérique, tant du Nord que du Sud, 9 034, l'Asie 8 448, l'Europe 9 079 et l'Océanie 1 27.Quelles langues parlent ces immigrants en arrivant au pays?Au Canda, il y a, en principe, deux langues officielles: l'anglais et le français; au Québec, qui est une province à majorité francophone, il vaut mieux savoir et parler le français.La réponse à cette question nous est donnée, du moins pour les années 1968-1974, par les deux tableaux suivants.Tableau VII: Pourcentage des immigrants parlant français admis au Québec, 1968-1974 Année\t\tTotal\tFrançais\tFrançais et \t\t\tseulement\tanglais 1968\t\t35,0\t24,1\t10,0 1969\t\t29,7\t18,1\t1 1,6 1970\t\t30,7\t17,8\t12,9 1971\t\t28,6\t14,8\t13,8 1972\t\t29,2\t14,5\t14,7 1973\t\t31,2\t20,0\t1 1,2 1974\t\t37,3\t27,6\t9,6 1968-74\t\t30,1%\t19,5%\t10,6% Ainsi,\ten\tces sept années, la moyenne\t\td'immigrants admis au\tQuébec parlai\t\tnt français n'atteignait pas même\t le tiers, soient.\tEt\tles autres?\tVoici comment il\ts se répartis- Tableau\t\tVIII: Pourcentage des immigrants admis\t\t au Québec ne parlant pas le français,\t\t\t\t1968-1974 Année\t\tTotal\tAnglais\tNi anglais \t\t\tseulement\tni français 1968\t\t65,0\t30,0\t35,0 1969\t\t70,3\t38,6\t31,7 1970\t\t69,3\t39,1\t30,2 1971\t\t71,4\t38,9\t32,5 1972\t\t70,8\t40,0\t30,8 1973\t\t68,8\t41,8\t27,0 1974\t\t62,7\t37,8\t24,9 1968-74\t\t68,3\t38,0\t30,3 Ainsi,\ten\tces années\t, plus des deux tiers des immi-\t grants venus au Québec ne savaient pas le français.En 1976, la situation s'était quelque peu améliorée, mais encore en cette année les immigrants admis au Québec savaient le français à 41,7% et l'ignoraient à 58,3%.207 Quels sont les pays qui fournissent au Québec une majorité d'immigrants parlant français?L'Annuaire du Québec de 1975-1976 nous donne une liste des dix principaux pays en la matière.En voici le tableau.Tableau IX: Pays fournissant au Québec une majorité d'immigrants parlant français, 1968-1973 Pays\tFrançais\tFrançais\tTotal \tseulement\tet anglais\t% France\t13813\t3 312\t95,4 Haiti\t4 159\t1 114\t93,4 Egypte\t1 365\t1 304\t65,8 Suisse\t1 239\t1 305\t68,9 Liban\t480\t1 040\t51,0 Belgique\t1 489\t630\t91,8 Maroc\t1 821\t162\t90,5 Vietnam du Sud\t192\t346\t84,6 Ile Maurice\t32\t185\t70,2 Tunisie\t137\t76\t93,0 De cette longue et sèche série de tableaux statistiques, quelle conclusion tirer?Jusqu'à maintenant, pour maintenir et même augmenter sa population, le Québec pouvait compter d'abord et surtout sur l'accroissement naturel que lui procurait le nombre élevé de ses naissances, alors que la plupart des autres provinces se fiaient au nombre considérable d'immigrants qu'elles réussissaient à attirer chez elles.La roue a tourné et, pour le Québec, l'heure est venue d'imiter, à son avantage et bénéfice, la politique d'immigration dont ont bénéficié tant d'autres provinces.En termes concrets, cela veut dire, entre autres choses (voir l'article en ce même numéro \"Pour une politique québécoise de l'immigration\"), que le Québec doit s'efforcer, d'une part, d'attirer de plus en plus d'immigrants sur son territoire et, d'autre part, non seulement de les conserver, mais encore de les intégrer définitivement au milieu québécois.L'entrée des immigrants au Québec L'Acte de 1867, qui nous sert toujours de Constitution, partage les pouvoirs législatifs touchant l'immigration entre les deux ordres de gouvernement.L'article 95 stipule que le Parlement du Canada possède le pouvoir général de légiférer dans toutes les provinces, et que celles-ci possèdent un pouvoir particulier, chacune dans et pour son territoire, avec cette clause limitative que la loi qu'elles pourraient adopter concernant l'immigration \"n'y aura d'effet qu'aussi longtemps et autant qu'elle 1.Sur les difficultés que rencontre l'immigrant qui cherche à s\u2019intégrer à la société québécoise, voir le tout récent volume de Roger Alacoque, Les importés.Essai-témoignage sur l\u2019immigration au Québec.Sherbrooke, Ed.Naaman, 1977.ne sera pas incompatible avec une loi du Parlement du Canada\".Le Québec a attendu jusqu'en 1968 pour s'intéresser directement à l'immigration et créer son propre ministère en la matière.Aussitôt s'est posé le problème de la collaboration avec Ottawa.Un premier accord, intervenu en 1971 entre les ministres Otto Lang, du Canada, et François Cloutier, du Québec, ouvrait la porte à cette collaboration.Quatre ans plus tard, soit en 1975, une autre entente intervenait entre les ministres Robert An-dras du Canada et Jean Bienvenue du Québec, entente qui permettait à un agent du Québec de donner un avis sur la pertinence des candidatures à destination du Québec.Enfin, le 20 février dernier, le ministre de l'Immigration du Québec, M.Jacques Couture, et son homologue fédéral, M.J.S.D.Cullen, signaient une autre entente, laquelle, cette fois, reconnaissait au Québec le pouvoir de sélectionner \"les ressortissants qui s'établissent sur son territoire de façon permanente ou temporaire\".L'entente reconnaît même que \"l'établissement des ressortissants étrangers au Québec doit contribuer à l'enrichissement socio-culturel du Québec compte tenu de sa spécificité française\".Il n'en demeure pas moins que le gouvernement fédéral se réserve toujours le droit, avant de les admettre, de soumettre tous les immigrants, nant, il veut faire plus: avec la collaboration financière de la sécurité nationale et de l'hygiène ou de la santé.L'intégration à la société québécoise ( 1 ) Pour le Québec, cas particulier et singulier parmi toutes les provinces canadiennes, il ne suffit pas de pouvoir accueillir sur son territoire un nombre toujours plus considérable d'immigrants, il faut encore leur offrir les moyens de s'intégrer le plus rapidement et le plus fermement possible à la société québécoise.Pour avoir des chances de succès, une pareille intégration suppose et exige au moins deux conditions: d'abord, à l'étranger un choix plus judicieux, ensuite, à l'arrivée, un dispositif d'accueil pour aider et préparer l'immigrant à mieux s'adapter à la société québécoise.Dans les deux cas, le Québec d'aujourd'hui est encore dans sa période de noviciat et a beaucoup à apprendre.Le Québec d'autrefois, ce n'est un secret pour personne, s'est rarement intéressé soit à la quantité soit à la qualité des immigrants que le hasard, semblait-il, amenait sur son territoire.Depuis une dizaine d'années, cependant, en particulier depuis la création au Québec, en 1968, d'un ministère de l'Immigration, l'intérêt n'a cessé de se manifester et de grandir, d'autant plus que, d'entente en entente avec le gouvernement d'Ottawa, de 1971 à 1975, et de 1975 à 1978, le Québec, reprenant en mains des pouvoirs que lui confère l'Acte de 1867, en est venu à partager pour la première fois le pouvoir décisionnel sur la sélection des immigrants, entendant ainsi \"se prononcer sur la venue des ressortissants étrangers de manière à sélectionner ceux qui pourront s'intégrer rapidement et avec succès à la société québécoise\".208 RELATIONS Déjà on a commencé de mettre en pratique ce pouvoir décisionnel reconnu au Québec par l'entente de 1978.Lo rs de son voyage en Europe, en mai dernier, le ministre québécois de l'Immigration a signé plusieurs accords dans différents pays lui permettant de dire son mot dans le choix des futurs immigrants se destinant au Québec.En plus d'une sélection à l'étranger plus judicieuse, une autre étape, déjà signalée auparavant, se révèle non moins importante.- l'arrivée au Canada, plus particulièrement en terre québécoise.Longtemps le Québec ne s'est guère soucié du sort des nouveaux arrivants sur son territoire: tout simplement il les ignorait ou se contentait de les inviter à se débrouiller eux-mêmes.Maintenant, il veut faire plus: avec la collaboration financière du gouvernement fédéral, il a mis sur pied un dispositif plus efficace d'accueil et d'intégration, ce qu'on appelle les C.O.F.I.ou les Centres d'orientation et de formation des immigrants.Là, ces derniers reçoivent des cours de langues, leur permettant d'apprendre à parler soit le français soit l'anglais; là, on leur enseigne tout ce qu'ils doivent savoir afin de mieux connaître et comprendre le Québec et les Québécois,- là, on leur fournit l'information, les connaissances et les contacts leur permettant de s'intégrer plus facilement à la société québécoise.La seule réserve à faire à ce sujet est que tous les immigrants ne peuvent pas fréquenter ces C.O.F.I.Pour stimuler l'intérêt à l'égard de l'immigration au Québec, je me suis contenté de mettre de l'avant des raisons à la fois démographiques et socio-culturelles,- je reconnais volontiers que celles-ci frisent quelque peu l'é-goisme, surtout dans les circonstances actuelles où priment les raisons humanitaires.Tant de gens aujourd'hui, se sentant mal à l'aise et inquiets, voire persécutés et torturés, aspirent à quitter leur pays d'origine! Pour le Québec, le moment est venu d'ouvrir le plus largement possible ses portes et d'accueillir avec générosité, pour autant que la chose dépende de lui, ces gens qui de loin l'appellent à leur secours.Pour une politique québécoise Les signataires de cet article sont respectivement membres du Conseil d\u2019administration et Directeur Général de la Maison Internationale de la Rive-Sud.La M.I.R.S.est un organisme établi sur la Rive-Sud de Montréal.Elle regroupe au niveau de son conseil d\u2019administration et de ses membres des Québécois d\u2019origine et des Néo-Québécois aux origines diverses.Ses objectifs sont l\u2019intégration des Néo-Québécois à la communauté québécoise, la promotion des diverses cultures représentées sur la Rive-Sud et l\u2019ouverture des Québécois aux richesses qu\u2019elles représentent.Le Conseil d\u2019administration de la M.I.R.S.a fait sien officiellement le contenu de ce texte.A de / immigration par Roland Chagnon Pablo Lazo et Francisco Rodriguez Un peu d\u2019histoire On ne peut aborder le sujet de l\u2019immigration au Canada et au Québec sans faire un peu d\u2019histoire.L\u2019histoire nous apprend ici comme ailleurs à cultiver le sens du relatif.Aux Canadiens appartenant à l\u2019un ou l\u2019autre des deux \u201cpeuples fondateurs\u201d et qui se targueraient d\u2019une prétendue supériorité sur les \u201cNéo-Canadiens\u201d, elle rappelle qu\u2019ils descendent eux-mêmes d\u2019immigrants de souche européenne qui, un jour, ont pris possession du territoire au nom du roi de France ou d\u2019Angleterre.Au-delà de la conquête anglaise de 1760, au-delà de la prise de possession française de 1534, l\u2019histoire évoque une première tentative de colonisation européenne du Canada par les moines islandais autour des années 875-880.Elle sait aussi qu\u2019avant les Français, Portugais, Anglais, Norvégiens, Vikings venaient longer les côtes de l\u2019Amérique pour y pratiquer la pêche.L\u2019histoire de l\u2019Amérique, qui est presqu\u2019exclusivement une histoire de blancs, sait aussi que les Amérindiens étaient les premiers propriétaires du sol, même si leurs cultures ignoraient notre concept de propriété judirique du territoire.On pourrait découper trois grandes étapes dans l\u2019histoire de l\u2019immigration canadienne.La première débute avec la colonisation française de l\u2019Amérique avec Jacques-Cartier en 1534 pour aller jusqu\u2019à la conquête anglaise de 1760.La seconde va de 1760 à 1960, année qui ouvre l\u2019époque de la Révolution tranquille.Enfin, la troisième époque va de 1960 à nos jours.En ce qui concerne la première époque, on sait d\u2019elle que l\u2019immigration française y fut très réduite.Les Français craignaient, entre autres choses, la rigueur de nos hivers, les difficultés du voyage, l\u2019animosité des Amérindiens.Malgré les primes offertes par le roi ou par les administrateurs de la colonie à ceux qui acceptaient d\u2019immigrer au Canada, l\u2019immigration française fut toujours assez réduite.Si les Français du Canada connurent un accroissement de 2,500 habitants en 1663 à 60,000 habitants en 1763, moment où fut signé le traité de Paris qui léguait officiellement JUILLET-AOUT 1978 209 le Canada à l\u2019Angleterre, ils le durent surtout au fort taux de natalité qui les caractérisait.(1 ) A partir de la conquête de 1760, l\u2019objectif prédominant de la politique d\u2019immigration canadienne fut de promouvoir l\u2019immigration britannique pour compenser la supériorité numérique des Français et parvenir à les assimiler.Elle n'atteignit jamais son but grâce surtout à la forte natalité des Canadiens français et au lent démarrage de l\u2019immigration britannique vers le Canada.En 1783, la Révolution américaine a contribué à injecter 40,000 Américains, 20,000 s\u2019installèrent en Nouvelle-Ecosse, 10,000 au Québec et 10,000 en Ontario.Les difficultés de l\u2019agriculture irlandaise, entre les années 1846 et 1854, ont activé le flot de l\u2019immigration au Canada en y amenant 500,000 britanniques.En 1871, les Canadiens français forment 30% de la population globale.La fin du XIXe siècle et les deux premières décennies du XXe furent particulièrement favorables à l\u2019immigration.Puis, la crise de 1929 contraignit le Canada à prendre des mesures restrictives face à l\u2019immigration.De 1931 jusqu\u2019à 1945, seuls les immigrants d\u2019origine britannique ou américaine pouvaient se voir ouvrir les portes du pays.La période d\u2019après-guerre fut témoin d\u2019une forte expansion industrielle qui accrut la demande d\u2019une main-d\u2019oeuvre qualifiée.On vit donc les lois et règlements de l\u2019immigration canadienne s\u2019assouplir en 1950.Avec les années 1960, le Canada et le Québec connaissent une période d\u2019accélération intense de leur histoire.Au Québec, c\u2019est le début de la Révolution tranquille caractérisé par les phénomènes de l\u2019industrialisation, de l\u2019urbanisation, de la démocratisation de l\u2019éducation, de la transformation des mentalités, des valeurs et des comportements.Une nouvelle élite accède au pouvoir, soucieuse de faire la preuve que les 1 ) Recensements du Canada (1665-1871), Statistiques du Canada, vol.IV, Ottawa\u2019 1976.2)\tEntrée des immigrants au Québec depuis 1960: 1960: 23,774 1961: 16,920 1962: 19,132 1963: 23,264 1964: 25,973 1965: 30,346 1966: 39,198 1967: 45,717 1968: 35,481 1969: 28,230 1970: 23,261 1971: 19,222 1972: 18,592 1973: 26,871 1974: 33,458 1975: 28,042 Sources: Annuaire du Québec, 1972, p.194 Rapport annuel 1975/76, Ministère de l\u2019immigration, p.31 3)\tSource: Recensements du Canada Répartition en pourcentage (%) de la population selon le groupe ethnique, Canada (1901-1971) (3) \tC/5 ©\t\t\t\tcn \t3\tc/5 CO\t=:\t\t
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