Relations, 1 mai 1980, Mai
[" g# Ilf \u2022**t««**îi jC+* i^pjjUy 'r,''iVï^!5!î'v tÉfl^ ¦ ¦¦ accordez-vous au Gouvernement du Québec le mandat de négocier l\u2019entente proposée entre le Québec et le Canada?sSWïtîï âsaUî' âü mmi Hi Ih ±Xg rttîÇ EStR®] E+VtttX5Hl SAV8& attîffln+ffivnffi mm rails illlilli ra&B^lSœa tx*P ttn++Tit tohw £8 R® a+raJI ËSbotS® i®«Jgrma a±m +tît+trn S&8& fttc R®»® itJ+tür œm gffisæ WËmm ffi8ffiB»£B8ï28 liBili 58®£ 82888 &&&& i2832888r S&gs.mm mvxm ftS®W» W; ttuitttt ~3^tiofewai^-T0C>- $1,00 no 459 r MAI 1980\tSOMMAIRE\tvol.40 no 459\t ÉDITORIAL\tLe référendum, un pas dans la bonne direction\t131 FACE À (\u2019ACTUALITÉ\tUn travailleur vs une multinationale (D.L.).La faim est une affaire de pouvoir (G.P.).Pour une pastorale ouvrière (A.B.).Pour la défense des droits des catholiques dans l\u2019Église\t \t(R.B.).Pour s\u2019épanouir, l\u2019Église a besoin des femmes (G.B.).\t134 LIMINAIRE\tLE RÉFÉRENDUM\t137 Jean-Paul L\u2019ALLIER\tLa politique est toujours un rapport de force\t137 Guy SAINT-PIERRE\tParticiper à l\u2019héritage que nous ont laissé nos ancêtres\t140 Pierre HARVEY\tDéveloppement économique et développement culturel\t142 Pierre VADEBONCOEUR\tLe Québec en devenir\t144 Léon DION\tMettre le cap sur l\u2019essentiel *\t145 \t* * Des jeunes travailleurs et le référendum\t149 Charles TAYLOR\tLe centre du débat s\u2019est déplacé\t149 Richard ARÈS\tEst-il possible de bâtir un Canada à deux?\t150 Luis MORFIN\tRisques et avantages du référendum\t151 Gilbert PILOT\tLe référendum à distance\t152 Pierre GOLDBERGER\tDes franco-protestants et le référendum *\t153 Irénée DESROCHERS\t* * La CSN, la question nationale, et le oui au référendum *\t155 Anselmo LEONELLI\t* * La mort de Mgr Oscar Romero\t158 Jean-René ÉTHIER\tKramer vs Kramer\t158 rrelations\u2014:-, revue du mois publiée sous la responsabilité d\u2019un groupe de membres de la Compagnie de Jésus Directeur: Albert Beaudry Conseil de direction: Jean-Louis D\u2019Aragon, Jean-Paul Rouleau, Jacques Saint-Aubin, Roger Sylvestre.Comité de rédaction: Albert Beaudry, Raymond Bourgault, Ginette Boyer, assistante, Jacques Chênevert, Irénée Desrochers, Roger Marcotte, Luis Morfin, Robert Tou-pin.Illustrations: Jean Villemaire.Photos: Paul Hamel.Graphiste: Dominique Desmarais.Administration: Maurice Ru est Abonnements: Hélène Desmarais Adresse: 8100, boul.St-Laurent, Montréal, H2P 2L9 tél.: (514) 387-2541 Relations est une publication des Editions Bellarmin.Prix de l\u2019abonnement: $10 par année.Le numéro: $1 ( NOUVEAUTÉ FREUD ET LE PROBLÈME DE LA CULPABILITÉ par Ghyslain Charron Les questions qui constituent le fil conducteur du présent livre sont de savoir ce que Freud entendait par \u201csentiment de culpabilité\u2019\u2019 et quel est le statut épistémologique du discours où il tente de décrire, d\u2019analyser et d\u2019expliquer ce sentiment.J 'N Les articles de Relations sont répertoriés dans le Répertoire analytique d\u2019articles de revue du Québec (RADAR) de la Bibliothèque nationale du Québec, dans l\u2019Index analytique de périodiques de langue française (PERIODEX), dans le Canadian Periodical Index, publication de l\u2019Association canadien' ne des Bibliothèques, et dans le Répertoire canadien sur l\u2019éducation.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.On peut se procurer le microfilm des années complètes de Relations en s\u2019adressant à University Microfilms, Ann Arbor, Michigan 48106 U.S.A.ISSN 0034-3781 Courrier de la deuxième classe \u2022 Enregistrement no 0143.J 15 x 23 cm., 200 pages\tPrix: $6,75 En vente chez votre libraire et aux: Éditions de l\u2019Université d\u2019Ottawa 65, avenue Hastey Ottawa, Ontario K1N 6N5 v______________________________________________J 130 RELATIONS LE REFERENDUM : ÜM PAS DAMS LA BONNE DIRECTION Éditorial Nous y voici.Quelques jours encore et le fameux référendum sera chose faite.Enfin?Au fond, nous découvrons le prix de la liberté d\u2019opinion et de la participation démocratique.Pour mobiliser les militants, pour \"faire passer le message\u2019\u2019, pour toucher l\u2019homme de la rue et entrer dans les cuisines, il faut dramatiser le débat, hausser le ton, répondre durement aux insinuations de la partie adverse.La température monte.Mais ces accès de ferveur ou de déprime ne sont que passagers.Ils ne doivent pas nous servir de prétexte pour éviter de réfléchir avec lucidité et de choisir avec courage.L\u2019événement que nous sommes en train de vivre collectivement est vraiment important: à cause des enjeux qu\u2019il comporte et des solidarités qu\u2019il permet de nouer.Le choixque nous ferons devra tenir compte des deux voies qui nous sont proposées et de la portée efficace du vote que nous déposerons le 20 mai.L\u2019IMPORTANCE DU DÉBAT Le référendum est un événement historique, non seulement parce qu\u2019il représente un exercice authentique de liberté démocratique, mais par la prise de conscience collective dont il devient l\u2019instrument.En effet, au niveau \u201cdes valeurs fondamentales et des principes qui ne se prêtent à aucun troc\u201d (pour reprendre les mots du Livre beige), niveau des enjeux, plus profond que celui des solutions politiques en discussion, le consensus entre souverainistes et fédéralistes est peut-être plus large que le débat ne le laisse voir.Les enjeux \u2014 \"Nous, Québécois et Québécoises, écrit René Lévesque dans l'Appel au peuple du Québec qui conclut le Livre blanc, sommes une nation, la plus profondément enracinée du continent\u201d.Et l\u2019on peut résumer ainsi la thèse qu\u2019il en déduit: nous sommes dépendants et minoritaires dans la fédération canadienne; en vertu du principe de l\u2019égalité des peuples, nous revendiquons les pouvoirs politiques et fiscaux qui garantiront notre souveraineté, tout en voulant \"maintenir avec le Canada une association économique\u201d.Rapprochons maintenant ces grandes lignes du projet de souveraineté-association de quelques affirmations de principe tirées de \u201cl\u2019avant-propos\u201d du document officiel du Parti libéral du Québec, Une nouvelle fédération canadienne.1 ) l\u2019affirmation de l\u2019identité nationale du Québec, qui for- me \u201cà l\u2019intérieur de l\u2019ensemble fédéral canadien une société distincte par la langue, la culture, les institutions et le style de vie\u201d, société qui \"possède tous les attributs d\u2019une communauté nationale distincte.\u201d (p.13) 2)\tla perception d\u2019une situation d\u2019injustice.\"Seuls des rapports (entre les deux peuples fondateurs) fondés sur une égalité franchement acceptée de part et d\u2019autre eussent pu assurer que chacun serait raisonnablement satisfait.Or, les francophones, parce qu\u2019ils étaient moins nombreux et trop souvent exclus des centres de décision, ont eu l\u2019impression que l\u2019égalité jouait à sens unique et demeurait dans leur cas un mot vide de sens.\u201d (p.14) 3)\tla revendication de pouvoirs élargis pour le Québec.\u201cLe Québec d\u2019aujourd\u2019hui doit posséder et contrôler dans toute la mesure du possible les leviers économiques, sociaux, administratifs et politiques grâce auxquels il pourra réaliser ses aspirations légitimes de peuple adulte.\u201d (p.1 5) 4)\tle refus de l\u2019isolement économique et militaire, compte tenu de l\u2019accroissement de \u201cl\u2019interaction économique et technologique des économies\u201d et de l\u2019intensification des tensions politiques et idéologiques (p.15).Évidemment, c\u2019est dans l\u2019adaptation du lien fédéral que les Libéraux cherchent pour le Québec un avenir international.Ces points de convergence fondamentaux définissent l\u2019objectif à atteindre; il faudra encore examiner quelle voie politique, quelle option constitutionnelle, pourra nous y conduire.Des témoins \u2014 À côté de ces grands textes, d\u2019autres témoignages nous rappellent la légitimité du référendum, la gravité de ses enjeux et l\u2019importance de l\u2019étape historique qu\u2019il représente.1 / Dans leur message pastoral du 1 5 août dernier, les évêques du Québec ont voulu éclairer les croyants sur les implications évangéliques des options qu\u2019on leur propose (N.4).Tout en soulignant, au niveau des moyens ou des voies, \"qu\u2019aucun des choix politiques qui s\u2019offrent présentement au Québec pour son avenir constitutionnel ne s\u2019impose au nom de l\u2019Évangile\u201d (N.29), l\u2019Assemblée des évêques a rappelé un certain nombre de faits fondamentaux, de l\u2019ordre des objectifs.\u201cLes francophones du Québec constituent sûrement un peuple par leur langue, leur personnalité, leurs traditions, leur sentiment de solidarité et leur \u2018vouloir-vivre collectif\u2019\u201d (N.7).\u201cIl est normal que le peuple québécois cherche à déterminer par lui-même ce qu\u2019il veut être dans l\u2019avenir\u201d (N.11 ).\"Les Québécois ont des raisons sérieuses de se montrer insatisfaits des institutions politiques actuelles et du comporte- MAI 1980 131 ment de leurs partenaires\u201d (N.22).\u201cLes peuples qui forment une unité politique doivent toujours être prêts à définir ou redéfinir, négocier ou renégocier, les termes de leur cohabitation\u201d (N.19).2/ Les revirements, réalignements, prises de position plus ou moins attendus de plusieurs hommes publics ne sont pas simplement imputables à l\u2019opportunisme ou au calcul partisan.Certain cynisme \u2014 trop bien enraciné dans la tradition politique québécoise \u2014 fait oublier que des citoyens qui choisissent de consacrer aux affaires de l\u2019État une part importante de leur existence ne peuvent s\u2019empêcher de prendre très au sérieux la perspective d\u2019une négociation constitutionnelle sur l\u2019avenir du Québec.Les raisons qu\u2019ils invoquent et le courage civique qu\u2019ils affichent quand ils font connaître leur option méritent d\u2019être pesés avec respect.3/ Parallèlement, l\u2019inquiétude que suscite ce débat dans les milieux anglophones, et l\u2019inquiétude qu\u2019engendre cette inquiétude chez de nombreux francophones, sont un autre indice de l\u2019importance des enjeux du référendum.Si l\u2019histoire d\u2019une note de service interne à la rédaction du quotidien The Gazette nous a rappelé que des intérêts de nature suffisamment différente, mais considérables sont mobilisés derrière l\u2019une et l\u2019autre option, les déclarations de plusieurs Anglo-québécois sont là pour indiquer que quelque chose a vraiment commencé à bouger au Québec et qu\u2019il est possible que de nouveaux rapports s\u2019établissent entre anglophones et francophones, même dans le cadre de la souveraineté-association.4/ Autre fait éloquent: l\u2019attitude de la Fédération des francophones hors Québec.Organisme pan-canadien, subventionnée par le gouvernement fédéral \u2014 au moins par périodes \u2014, porte-parole de ces communautés qui subissent une situation minoritaire dont le Québec n\u2019en finit plus d\u2019essayer de se garantir, la FFHQ \u201ca résolu de ne pas appuyer le NON\u201d, quitte à constater une évolution de ses membres vers le OUI.Plusieurs membres de la Fédération \u2014 c\u2019est le cas, entre autres, de la Société franco-manitobaine \u2014 estiment qu\u2019il est essentiel d\u2019administrer \u201cun autre choc\u201d au Canada anglais, pour que s\u2019ébauche une réforme constitutionnelle qui garantisse efficacement les droits des minorités francophones.Chose certaine, on espère beaucoup d\u2019une position de force du Québec et on ne s\u2019estimerait pas \u201ctrahi\u201d par un OUI vigoureux.5/ Deux centrales syndicales, dont les effectifs regroupent plus de cinq cent mille travailleurs québécois, ont tenu à prendre position et à intervenir publiquement dans le débat référendaire.La Confédération des syndicats nationaux l\u2019a fait dans une déclaration de son conseil confédéral, le 11 avril, la Fédération des travailleurs du Québec en convoquant un congrès spécial, le 19 avril.Les deux centrales ont donné leur appui au OUI; mais les deux ont tenu également à bien distinguer la question référendaire de la question nationale.1 Dans cette perspective, la victoire du OUI représente un pas dans la bonne direction, mais un pas seulement, une étape dans la construction de la nouvelle société québécoise.Ces témoignages pointent dans la même direction: un Québec nouveau doit naître, libéré des complexes de la 132 minorité et de la dépendance, disposant des instruments politiques et constitutionnels qui lui permettront de réaliser un projet de société qui soit le sien, et capable de vivre harmonieusement son intégration géographique, politique et économique au continent nord-américain et à l\u2019ensemble canadien.Si le but ressort clairement, les moyens d\u2019y arriver sont précisément l\u2019objet du référendum.LE CHOIX À FAIRE La question à laquelle nous répondrons, le 20 mai, ne porte pas directement sur des valeurs fondamentales, telles que l\u2019identité nationale, la coexistence multiculturelle ou le projet de société, mais bien sur les moyens politiques de réaliser ces enjeux dont nous avons vu qu\u2019ils font déjà l\u2019objet d\u2019un consensus important.De fait, la population du Québec se voit proposer deux voies, deux stratégies politiques, dont il s\u2019agit de jauger les implications et l\u2019efficacité pour décider laquelle assurera le mieux l\u2019épanouissement culturel, politique et économique du peuple québécois.Le Livre beige \u2014 En publiant les propositions de sa commission constitutionnelle et en les approuvant officiellement lors de son dernier congrès, le Parti libéral du Québec a transformé la dynamique et jusqu\u2019à l\u2019objet du prochain référendum.Car, en réalité, la publication du Livre beige est venue donner un contenu positif au NON.Parce qu\u2019une très faible proportion de l\u2019électorat francophone du Québec se dit favorable au statu quo constitutionnel, le PLQ a voulu éviter que le Livre blanc et le projet gouvernemental de souveraineté-association n\u2019apparaissent comme la seule formule plausible de changement, et il s\u2019est hâté de proposer une alternative.Comme le Livre blanc, le Livre beige est rédigé en vue d\u2019une négociation: le deuxième chapitre suggère d\u2019ailleurs l\u2019esprit dans lequel devraient se dérouler ces conversations en vue d\u2019une réforme en profondeur de la constitution canadienne.À l\u2019encontre du Livre blanc, toutefois, le document du PLQ se situe dans une perspective pan-canadienne.Le point de départ des négociations est l\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord britannique, la Loi de 1867, qu\u2019il s\u2019agit d\u2019amender; \u201cl\u2019égalité foncière des deux peuples fondateurs\u201d en matière de droits linguistiques doit être reconnue \u201cà travers tout le paye\u201d, et l\u2019article 133 de l\u2019AANB imposé au Nouveau-Brunswick et à l\u2019Ontario.L\u2019union économique est déjà donnée et le gouvernement central doit conserver des pouvoirs assez importants pour \u201cgérer efficacement l\u2019espace économique commun\u201d, voir à appliquer des \u201cpolitiques nationales dans le domaine de l\u2019industrie et du commerce\u201d, \u201cassu- 1.\tÀ propos de la distinction entre question nationale et référendaire, on pourra se reporter à l\u2019article qu\u2019lrénée Desrochers consacre à la prise de position du Conseil confédéral de la Confédération des syndicats nationaux (p.155).2.\tDans la section de notre dossier consacrée au débat politique sur la question référendaire, les interventions de MM.Jean-Paul L\u2019Allier et Léon Dion expriment très clairement les réserves et les critiques que des fédéralistes opposent au Livre beige.RELATIONS rer une redistribution raisonnable de la richesse entre les provinces et entre les individus\u201d.Le projet libéral a déçu de nombreux fédéralistes2, qui se demandent s\u2019il tient suffisamment compte de l\u2019expérience de ces quinze dernières années (depuis la Commission Laurendeau-Dunton).Est-il réaliste de croire que les provinces anglaises voudront s\u2019engager, en enchâssant cette obligation dans la Constitution, à protéger leurs minorités francophones?Et que le gouvernement central tolérera la présence au-dessus de lui d\u2019un Conseil fédéral?Les approbations polies et les appuis calculés qu\u2019a reçus le document dans les autres capitales canadiennes, en tout cas, semblent indiquer qu\u2019il ne répond pas aux préoccupations et aux aspirations du Canada anglais.Par ailleurs, n\u2019est-il pas dangereux, pour le Québec, d\u2019accepter une tutelle étrangère (fût-ce celle de la Charte de la nouvelle fédération canadienne et de la Cour suprême chargée d\u2019en protéger l\u2019application) en des domaines essentiels à son identité, comme ceux de la langue, de la culture, des communications et des politiques sociales?Et dans la perspective de négociations à entreprendre, cette position de départ n\u2019est-elle pas trop faible?Protège-t-elle suffisamment les exigences indiscutables du Québec?La question référendaire fondée sur le Livre blanc traite de la souveraineté-association.Il est important de le rappeler, le projet de souveraineté-association est présenté, lui aussi, en vue de futures négociations.C\u2019est dire qu\u2019au lendemain d\u2019un référendum où les OUI l\u2019emporteraient, le gouvernement du Québec ne pourrait aucunement promulguer la souveraineté-association, encore moins proclamer l\u2019indépendance.Le OUI majoritaire envoie le gouvernement négocier une \u201cnouvelle entente\u201d avec le reste du Canada et aucune modification du régime constitutionnel \u2014 \u201caucun changement de statu politique résultant de ces négociations\u201d, dit maintenant le texte de la question \u2014 ne sera mise en vigueur avant d\u2019avoir été sanctionnée par un deuxième référendum.\u201cLa souveraineté assure une entière autonomie, affirme le Livre blanc, en ce sens que l\u2019État jouit de la pleine liberté juridique dans tous les domaines; que son autorité s\u2019exerce, à l\u2019exclusion de toute autre, dans les limites de son territoire; et qu\u2019il peut être présent dans la communauté des nations.\u201d (p.54) En pratique, cela signifie \u201cfaire ses lois, percevoir ses impôts, établir ses relations extérieures\u201d.Mais, poursuit le Livre blanc, \u201cl\u2019État souverain peut, de son propre gré et sans aliéner sa souveraineté, accepter d\u2019en limiter la portée ou d\u2019en déléguer une partie dans certains domaines précis\u201d.C\u2019est ce qu\u2019impliqueraient l\u2019association économique et l\u2019union monétaire avec le Canada.La perspective des négociateurs est ici exclusivement québécoise.À tel point que le régime d\u2019association économique qu\u2019il s\u2019agirait de mettre au point serait régi, non 3.Cette prise de position, faut-il le souligner, n\u2019engage que l\u2019équipe de rédaction de RELATIONS, \u201crevue publiée sous la responsabilité d\u2019un groupe de membres de la Compagnie de Jésus\u201d.MAI 1980 plus par une loi ou par une charte fondamentale, mais par un traité: \u201cce traité aura un statut international et liera les parties de la manière et pour la durée qui y seront déterminées\u201d.(p.62) On a soulevé plusieurs objections contre la formule \u201cpolitiquement instable\u201d de l\u2019association et on a mis en doute l\u2019efficacité des structures bilatérales esquissées par le Livre blanc.Le gouvernement québécois lui-même ne considère pas ces propositions définitives, mais préalables aux négociations.Il lui importe surtout, avant de s\u2019engager dans un processus de discussions constitutionnelles, d\u2019établir clairement que le Québec n\u2019acceptera pas de négocier de un à dix, mais seulement en tant que société juridiquement et politiquement égale à la société anglo-canadienne.Quant au \u201crefus de négocier\u201d la souveraineté-association annoncé par certains hommes politiques canadiens, il n\u2019a de sens qu\u2019avant la tenue du référendum, pour influencer l\u2019électorat québécois, ou comme première attitude de négociation, pour imposer à l\u2019interlocuteur une attitude plus conciliante.Après une victoire du OUI, cependant, pareils propos équivaudraient à mépriser le droit à l\u2019autodétermination et la volonté démocratiquement exprimée du peuple québécois.Le sens démocratique et le pragmatisme anglo-saxons inciteront les plus endurcis à réexaminer leur \u201crefus\u201d.Le choix \u2014 Ce qu\u2019il nous faut maintenant décider, c\u2019est la \u201cvoie politique\u201d à emprunter pour atteindre plus sûrement les objectifs fondamentaux poursuivis par notre peuple: le maintien et l\u2019essor de sa langue, de sa culture, de son identité; la conquête d\u2019une véritable égalité par rapport à ses partenaires canadiens; l\u2019exercice d\u2019une autonomie accrue et légalement garantie; une insertion harmonieuse dans le contexte économique canadien.Ces enjeux sont légitimes.Le choix de l\u2019une ou l\u2019autre des deux voies ne se déduit pas directement de l\u2019Évangile ou des principes mêmes de la morale.Mais pour notre part \u2014 je m\u2019exprime ici au nom du comité de rédaction de RELATIONS \u2014 nous sommes d\u2019avis3 1)\tqu\u2019au niveau des valeurs essentielles, le projet de souveraineté-association représente un moindre risque: il s\u2019expose moins, traitant d\u2019égal à égal, à transiger sur ce qui ne saurait être objet de marchandage; 2)\tque, pour sortir de l\u2019impasse où se trouve le débat constitutionnel, il importe d\u2019administrer au Canada anglais un autre \u201cchoc\u201d, pour faire comprendre à nos partenaires que la négociation est urgente et qu\u2019elle ne pourra s\u2019engager qu\u2019entre interlocuteurs égaux; 3)\tque, même si le référendum n\u2019est pas le dernier mot de la question nationale, la plupart de ceux qui travaillent à construire au Québec une nouvelle société reconnaissent dans l\u2019affirmation collective du OUI un pas dans la bonne direction: nous nous voulons solidaires de leur recherche.Albert Beaudry 133 FACE À L\u2019ACTUALITÉ UN TRAVAILLEUR >$ UNE MULTINATIONALE Quarante mois d\u2019incertitude et de courses fébriles! Quarante mois d\u2019assurance (de gain en gain) mêlée de méfiance (de remise en remise)! Quarante mois de ténacité et d\u2019espoir! C\u2019est le combat à mener pour résoudre une cause lorsqu\u2019un requérant ignore tout des dédales de l\u2019appareil judiciaire.Lentement, graduellement, justice peut se faire.Cette longue attente au désert, expérience vive d\u2019un petit salarié de Québec, vient de se terminer (ou presque).Pas moins de trois média de la presse écrite du 22 mars dernier rapportaient la nouvelle à l\u2019effet que «la Cour suprême du Canada en confirmant \u2014 la réintégration avec pleine compensation du militant syndical Benoît Fortin, conformément aux dispositions de l\u2019article 14 du code du travail \u2014 , met fin à une longue bataille juridique entre M.Fortin, son syndicat et l\u2019hôtel Flilton de Québec».Nous avons rencontré M.Fortin.À l\u2019emploi du Québec-Hilton depuis 1975, il travaille «correctement» au sous-sol (dans la cave) de l\u2019hôtel dans des conditions difficiles.En décembre de l\u2019année suivante, sans avertissement, on l\u2019accuse d\u2019être le rédacteur et le distributeur d\u2019un tract «humoristique» dénonçant le syndicat dans le mauvais exercice de ses fonctions et offensant insidieusement l\u2019employeur.Congédié temporairement, il sera licencié définitivement dix jours plus tard.Ce journalier n\u2019accepte pas de se soumettre; il fait appel à la justice.Après enquête, le commissaire du travail émet une ordonnance en sa faveur.La compagnie n\u2019obtempère pas à ce jugement rendu.Il est sommé de se présenter tour à tour devant le Tribunal du travail, la Cour supérieure, la Cour d\u2019appel et finalement la Cour suprême.Tous ont confirmé les conclusions du commissaire enquêteur: sa cause ne sera néanmoins terminée que lorsque les magistrats lui auront octroyé sa pleine compensation («fixer le quantum»).Depuis mai 1 978, par injonction de la Cour supérieure, il a repris son poste bien qu\u2019il soit l\u2019objet d\u2019une minutieuse surveillance de la part des «boss».De plus, en constant rapport avec les différents procès, Benoît Fortin a dû subir l\u2019intimidation de certains «agents» au compte de l\u2019entreprise et les longs délais de cour qui exigent du requérant qu\u2019il use d\u2019initiatives afin d\u2019accélérer les procédures (téléphones, lettres.).Conclusion: avec détermination, on parvient souvent à ses fins.Mais cet événement demande à être interprété; quels sont les véritables enjeux de cette lutte?On peut le regarder comme un cas parmi tant d\u2019autres sans pour autant se laisser instruire par cette nouvelle brève.Car, le fond de tout ce débat et la visée à long terme n\u2019indi-quent-ils pas la recherche collective d\u2019une société nouvelle et équitable pour tous?Une fois le règlement publié, ne tournons pas la page pour passer au suivant.C\u2019est l\u2019ensemble de ces situations-limites qui interférera favorablement dans la promotion des droits des travailleurs.Faut-il s\u2019en laisser parler! Car, à partir de simples incidents comme celui-ci, on fait faire de grands pas à notre jurisprudence.Abordons l\u2019événement directement; les dessous de l\u2019affaire révèlent qu\u2019une dizaine d\u2019employés, dont Benoît Fortin, réclamaient de leur syndicat une participation massive et plus soutenue de tous les employés dans l\u2019élaboration de leur convention collective.L\u2019Union des employés d\u2019hôtels, motels, clubs, local 382, affiliée à la FTQ, ne s\u2019affichait pas devant ses membres (syndicat fantôme).Toutes les tractations se ratifiaient avec la partie patronale sans l\u2019intervention des employés.Choc.Signant de nouvelles cartes syndicales, les employés recourent à une autre organisation afin de faire valoir leurs privilèges.De son côté, l\u2019employeur actionne la «machine à répression».Le conflit est engagé.Ceux qui sont considérés comme «dangereux» sont repérés et l'on tente sous n\u2019importe quel prétexte de les évincer.Benoît Fortin est victime de ce chantage; il en appellera de ses droits.Devant le litige, le commissaire enquêteur doit «apprécier la cause juste et suffisante» qui a mis à pied l\u2019employé; il la trouve injustifiée.Dorénavant, l\u2019entreprise devra invoquer des motifs sérieux pour effectuer le renvoi d\u2019un salarié; ce qui écarte les présomptions faciles dont se prévalaient trop souvent les patrons.Pour déclencher tout ce processus, Benoît Fortin a dû faire preuve de grandes qualités.Somme toute, il est le pivot autour duquel l\u2019action s\u2019est déroulée.Il a pris les devants; il voulait que justice se fasse et ce, en manifestant à ses amis son besoin d\u2019appuis.Benoît Fortin sait ce qu\u2019il en coûte à celui qui veut se défendre contre plus fort que lui.Il n\u2019était pas dupe, ni dépourvu: frère capucin, militant syndical engagé, il s\u2019interroge présentement à savoir comment un père ou une mère de famille, comment un travailleur, soucieux de son gagne-pain quotidien et n\u2019étant pas en mesure d\u2019investir en temps et en argent, peuvent se lancer dans ces interminables rouages judiciaires et espérer parvenir à l\u2019oasis de la justice dans un monde de privilégiés?Denis Lalonde LA FAIM EST UNE AFFAIRE DE POUVOIR Durant la période qui a précédé Pâques, le théâtre\tgion métropolitaine, une courte pièce d\u2019animation so- Parminou a présenté, à plusieurs reprises, dans la ré-\tciale intitulée: La faim justifie les moyens.À partir des 134 RELATIONS clichés habituels sur la faim, les trois acteurs amenaient peu à peu leur public à situer la faim dans le contexte politique qui l\u2019entretient et le développe.La faim cessait d\u2019être une simple conséquence de la pauvreté ou de la rareté.Elle avait partie liée avec les multinationales et les élites nationales.Bref, derrière la faim, il fallait voir, non pas le manque de ressources, mais l\u2019absence de pouvoir.Cette perspective rejoint tout à fait celle de /'Institute for Food and Development Policy de San Francisco.Dans un communiqué récent, les responsables critiquent fondamentalement le rapport préliminaire d\u2019une commission présidentielle américaine sur la faim dans le monde.\"L\u2019aide étrangère, souligne l\u2019Institute, n\u2019a pas joué un rôle de transformation dans les pays concernés.Elle ne le peut pas.Au contraire, l\u2019aide étrangère officielle renforce les relations de pouvoir qui existent déjà\u2019\u2019.À moins de confronter la réalité du pouvoir qui est en place, l\u2019aide américaine (on pourrait ajouter cana- dienne), même triplée, continuera d\u2019être récupérée par ceux qui occupent déjà les positions privilégiées dans leur pays.Ce qui me paraît neuf, dans de telles perspectives, c\u2019est qu\u2019elles situent le problème de la pauvreté et de la faim, non plus dans le domaine de l\u2019économique, \u2014 car nous avons les moyens, \u2014 mais bien dans celui du politique.Pour les chrétiens et les groupes qui se solidarisent avec le tiers-monde, il y a là un indice de plus qu\u2019il leur faudra développer rapidement la dimension politique de leur charité.Que le spectacle du théâtre Par-minou ait été commandité par Développement et Paix, un organisme ecclésial, n\u2019est pas, dans ce contexte, pour nous déplaire.Comme le disait un spectateur, après la représentation: \"L\u2019Église a tellement habitué les gens à subir leur sort, que je suis content qu\u2019elle prenne, ce soir, le parti de ceux qui veulent changer leurs situation\".Guy Paiement POUR UNE PASTORALE OUVRIERE \"Il est facile de rêver l\u2019Église pour les travailleurs (à leur place), mais eux, à quoi rêvent-ils quand ils pensent à l\u2019Église?\" \"Le simple travaileur vit une grande indifférence face à l\u2019Église; il ne se sent pas accroché.Les permanents d\u2019Église ont perdu droit de parole sur lui et ils ont beaucoup de difficulté à rejoindre le travailleur sous l'angle du travail.Ils sont plus habiles à parler de l\u2019individuel ou du familial que du collectif.\u201d \"Nous n\u2019avons plus à nous conter d\u2019histoires! L\u2019Église n\u2019est plus sur le chemin des travailleurs; elle parle un langage différent, de réalités étrangères.Elle devra consentir à descendre sur le terrain du travailleur si elle veut devenir une Bonne Nouvelle pour lui et les siens.C\u2019est avec cette préoccupation que nous avons entrepris notre démarche du C.A.P.M.O.\u201d Le 29 mars dernier, le C.A.P.M.O., entendez le Carrefour des agents de pastorale en monde ouvrier de Québec, lançait son Manifeste pour une pastorale ouvrière.Une brochure d\u2019une quarantaine de pages, dont on appréciera à la fois le ton franc, direct, pressant, et l\u2019effort d\u2019attention particulier à l\u2019histoire et à la culture du monde ouvrier de la région de Québec.Avant de s\u2019attaquer à l\u2019immense problème de la distance qui se creuse entre le milieu des travailleurs et le discours de l\u2019Église, on prend le temps d\u2019évoquer l\u2019histoire de l\u2019industrialisation et de la syndicalisation dans la région (Québec et environs, Beauce, Région de l\u2019amiante) et de brosser un tableau des principales transformations du milieu socio-économique.C\u2019est dans ce contexte, et à la lumière de \u201cl\u2019héritage du passé\u201d (rappel des différentes attitudes de l\u2019Église face au phénomène de l\u2019industrialisatiçn), qu\u2019on dégage de grandes orientations pour une Église \u201csolidaire du monde ouvrier\u201d: déménager pour s\u2019intégrer au milieu d\u2019intervention, être attentif au vécu des travailleurs, passer de la parole aux actes, promouvoir de nouvelles manières de vivre en Église.C\u2019est ce que les agents pastorale du Carrefour proposent à l\u2019Église de Québec comme projet de pastorale ouvrière, c\u2019est aussi ce qu\u2019eux-mêmes ont déjà commencé d\u2019appliquer et d\u2019expérimenter dans les différents secteurs de leur intervention \u201cen monde ouvrier\u201d: la paroisse, le quartier, le mouvement d\u2019action catholique, la vie de travail.Ce manifeste sent le travail, même le travail pastoral, bien fait.Une réflexion enracinée dans la région, le souci d\u2019une bonne perspective historique, un amour de l\u2019Église qui pousse à l\u2019interpeller sans complaisance et surtout le témoignage de chrétiens engagés en première ligne font de ce manifeste un \u201csigne des temps\u201d, un appel prophétique adressé à notre Église.Albert Beaudry POUR LA DÉFENSE DES DROITS DES CATHOLIQUES DANS L\u2019ÉGLISE Le 9 mars dernier, à Milwaukee dans le Wisconsin, à l\u2019initiative des professeurs L.Swidler et G.Sloyan de la Temple University de Philadelphie, a été fondée l\u2019Association pour les droits des catholiques dans l\u2019Eglise (Association for the Rights of Catholics in the Church, ARCC).Au moins un évêque s\u2019est à l\u2019avance déclaré favorable à cette fondation.Les 35 délégués, qui venaient d\u2019une dizaine de grandes villes américaines, envisagent de rédiger une charte de ces droits.Ils ont aussi des buts plus immédiats, comme de faire des recherches MAI 1980 135 sur ces droits et sur les procédures qui les garantissent, de conscientiser les fidèles là-dessus, de défendre les droits déjà reconnus quand ils sont violés.Ainsi, les laïques catholiques américains, surtout universitaires, ont éprouvé le besoin de s\u2019organiser pour faire valoir leurs droits.Il est clair qu\u2019ils se distancent ainsi d\u2019une institution, d\u2019une Église pyramidale et autoritaire, d\u2019une certaine conception de la hiérarchie et du pouvoir à l\u2019intérieur de la catholicité.On devine qu\u2019ils la jugent souvent autocrate et parfois même injuste.Après d\u2019autres, ils s\u2019efforcent de passer d\u2019une éthique des commandements, de l\u2019obéissance, du devoir, du respect de l\u2019ordre établi, à une éthique des droits, de la responsabilité, du mouvement social, d\u2019une amélioration de l\u2019ordre existant.Avec loyauté mais dialectiquement, ils veulent travailler à changer les pratiques judiciaires ecclésiastiques.Leur initiative s\u2019inscrit dans ce que J.Moltmann a appelé l\u2019histoire occidentale de la li- berté.Il y a certainement quelque chose d\u2019évangélique là-dessous.Nos évêques ne sont plus des princes et ils doivent abandonner bien des \u201cpouvoirs\u201d que leurs services dans l\u2019Europe médiévale légitimaient mais que notre modernité endure mal.Ce mouvement devrait aider à l\u2019aggiornamento des catholiques, à reconvertir le pouvoir en service.Il a déjà pris contact avec des groupes semblables au Canada, en Allemagne et en France et, s\u2019il s\u2019étend et s\u2019impose un peu partout comme une nécessité dans une Église qui tarderait à prendre le tournant de la modernité, sans doute verrons-nous apparaître un nouveau charisme: celui d\u2019avocat laïc des fidèles qui se croient injustement traités par les autorités ecclésiastiques.On doit seulement espérer que \u201cles frères trouveront des sages parmi eux pour arbitrer leurs conflits\" (1 Co 6,5) et qu\u2019ils n\u2019auront pas recours aux tribunaux civils.Raymond Bourgault POUR S\u2019ÉPANOUIR, L\u2019ÉGLISE A BESOIN DES FEMMES Il y a de petits événements qui méritent d\u2019être signalés.Le récent colloque du CEP (Chrétiens pour une Église populaire) sur la place de la femme dans l\u2019Église est de ceux-là.Une centaine de participantes et de participants s\u2019étaient donné rendez-vous autour des thèmes suivants: la femme et la paroisse, les communautés de femmes religieuses, la situation de la femme au temps de Jésus, le corps de la femme et l\u2019Église et enfin, l\u2019atelier le plus couru, les femmes et le pouvoir dans l\u2019Eglise.Du flot des discussions, fort intéressantes d\u2019ailleurs, nous avons retenu quelques axes majeurs que nous résumerons brièvement.Les luttes des femmes dans l\u2019Église ne sont pas étrangères aux luttes des femmes dans la société.Par conséquent, il est important que les femmes chrétiennes et féministes soient solidaires des efforts de toutes celles qui veulent faire disparaître la discrimination fondée sur le sexe.Les luttes des femmes dans l\u2019Église ne sont pas ponctuelles.Il ne s\u2019agit pas tant, par exemple, de réclamer l\u2019accession des femmes au sacerdoce que de mettre en chantier un autre projet d\u2019Église \u2014 et de société.Ce que l\u2019on définit déjà par ailleurs comme l\u2019Église populaire n\u2019est certes pas étranger aux désirs et visées exprimés.Religieuses ou laïques, et donc sous-représentées aux instances décisionnelles, les femmes ne font pas que travailler à leur \u201cpromotion\u201d: elles lancent un défi que l\u2019Église ne peut pas se permettre d\u2019éviter.Il en va de la qualité de la présence chrétienne dans le monde et de la qualité de la recherche théologique.Comme le disait une intervenante: \u201cPour s\u2019épanouir, l\u2019Église a besoin des femmes.\u2019\u2019 Quelles sont les pistes d\u2019action pour faire advenir cette Église?D\u2019abord, retrouver nos racines: l\u2019histoire est une source d\u2019inspiration inépuisable, et l\u2019histoire des femmes est encore à faire.Créer des regroupements qui tenteront d\u2019incarner ces projets est une autre tâche primordiale.Regroupements autonomes (i.e.pour femmes seulement) ou mixtes?La question est ouverte.Mais avant de chercher des arguments théoriques pour asseoir une position, il serait bon de prendre connaissance d\u2019autres expériences, en Belgique notamment, où.le groupe Hommes et femmes dans l\u2019Église fonctionne depuis quelques années.Enfin, il semble urgent que les femmes assument le leadership de ce mouvement si elles ne veulent pas être tout simplement récupérées par l\u2019institution (il n\u2019y a qu\u2019à regarder ce qui se fait dans les gouvernements, les syndicats et les partis politiques des pays occidentaux).Au terme de la rencontre, Gisèle Turcot, récemment nommée secrétaire générale de l\u2019Assemblée des évêques du Québec, prenait la parole pour rappeler que l\u2019accession d\u2019une femme à ce poste, traditionnellement masculin, reflétait les transformations historiques en cours.Pour notre part, nous aimons voir dans cette nomination, tout comme dans ce colloque, le dynamisme des pratiques de libération des femmes et l\u2019annonce de nouveaux bouleversements dans l\u2019Église.Ginette Boyer Denis Laionde, jésuite, est impliqué dans un quartier populaire de Montréal; Guy Paiement est professeur à la faculté de théologie de l\u2019Université de Sherbrooke; on peut se procurer un rapport détaillé du colloque sur la place de la femme dans l\u2019Église en s\u2019adressant au C.E.P., Succursale Saint-Sauveur, C.P.305, Québec, G1K 6W3; le manifeste pour une pastorale ouvrière est disponible au C.A.P.M.O., rue du Roi, Québec, tél.: (418) 525-6187.136 RELATIONS LIMINAIRE Il est toujours un peu risqué de gloser sur une image, l\u2019illustration s\u2019avérant toujours plus suggestive et plus directe que les commentaires qu\u2019on peut en faire.Pourtant, je ne résiste pas au plaisir de commencer ce liminaire en partant de la vignette de Jean Villemaire qui orne la page couverture de notre numéro spécial.Ce qui me frappe d\u2019abord, c\u2019est le jeu deSsJéttres R et Q, qui se construisent l\u2019une l\u2019autre: un peu comme si le mouvement divergent des idées et des publications, mis en branle par l\u2019exercice référendaire, aboutissait finalement à la croissance et à la formation du Québec.Ce mouvement de maturation et de prise de conscience entraîne le \u201cmonde ordinaire\u201d (la serveuse) tout autant qu\u2019il se fonde sur sa volonté collective, démocratiquement exprimée.Depuis plusieurs mois, RELATIONS a essayé de réfléchir sur les événements et les documents qui ont prépare le référendum du 20 mai.À l\u2019heure du choix, nous avons quand même tenu à proposer à nos lecteurs un dossier plus étoffé et plus structuré.Il comporte quatre parties.Après l\u2019éditorial, qui présente la position du comité de rédaction sur la question référendaire, s\u2019ouvre un débat politique.Nous avons invité cinq Québécois éminents, fédéralistes et souverainistes, connus et respectés pour le sérieux avec lequel ils participent au débat sur le problème constitut onnel mais absents de l\u2019Assemblée nationale, à répondre aux trois questions suivantes, que nous intitulons OUI OU NOM; L\u2019OBJECTION TACTIQUE et L\u2019ESSENTIEL.1)\tQuelles est votre position face à la question dù'référen-dum ?Quelle raison fondamentale inspire votre vote ?2)\t(si oui) Quels sens y a-t-il à gagner un référendum en vl d\u2019une négociation, alors que l\u2019interlocuteur annonce qu\u2019il refu- sera de discuter sur la frasé du projet de souveraineté-association ?(si non) Est-ce que le meUJeur moyen d\u2019amener les gouvernements fédéral et provinciaux à \u201crenouveler\u201d le fédéralisme, ne serait pas la situation d\u2019urgence créée par un oui majoritaire au prochain référendum ?3)\tLëTeférendum met en jeu l\u2019avenir du Québec à divers niveaux, léà deux modèles constitutionnels de la souveraineté-association et du fédéralisme renouvelé ont des implications et des retombée politiques (structures gouvernementales Québec-Canada), économiques (les impôts et la péréquation), sociétés (rapports de classes, projet de société), et culturelles (langue, culture et identité nationales).Que les dimensions de l\u2019avenir du Québec sont pour vous décisives dans la position que vous adoptez aujourd\u2019hui sur le problème constitutionnel?Poui^ faire pendant à cette discussion entre spécialistes, une section de \u201ctémoignages\u201d.À ces intervenants, dont plusieurs se rattachent à des groupes minoritaires au sein de la population québécoise, nous avons simplement demandé: qu\u2019est-ce que le référendum représente pour vous?Enfin, l\u2019article d\u2019Irénée Desrochers en écho aux déclarations du Conseil confédéral de la CSN complète une réflexion sur la dimension sociale de l\u2019événement, amorcée en janvier (\u201cLa FTQ et le référendum\u201d) et continuée en mars (\u201cLe référendum et la question s< Si modesjterrfent que ce soit, nous espérons sincèrement que cette livraison pourra vous aider à vivre le référendum.A.B.par Jean-Paul L\u2019Allier M.L\u2019Allier, avocat, ex-ministre du gouvernement libéral (1970-1976), est conseiller en communications et en affaires publiques.EST TOUIOURS UN RAPPORT DE FORCE LA POLITIQUE Je considère le Livre beige en conscience, dans son ensemble, dans ses orientations et dans ses fondements mêmes, comme contraire à l\u2019histoire, aux aspirations et à l\u2019intérêt profond et premier des Québécois et même contradictoire avec le développement d\u2019un fédéralisme vigoureux et efficace.Le Parti libéral de Claude Ryan aurait pu présenter une position qui soit une alternative à celle offerte par le Parti québécois mais en se plaçant du même côté de la table de négociation, face au gouvernement fédéral et à l\u2019ensemble des provinces.Il a choisi plu- tôt, comme il en avait d\u2019ailleurs parfaitement le droit, de se faire avant tout pour ne pas dire exclusivement le porte-parole de l\u2019intérêt canadien auprès des Québécois, le traducteur de la position patronale dans le cadre d\u2019une éventuelle négociation.Le Livre beige Il faut dire non, un gros \u201cnon\u201d québécois, au Livre beige, parce que même s\u2019il devait être accepté intégralement par le gouvernement fédéral et par l\u2019ensemble des provinces, ce qui est impensable, il conduirait inexorablement à un pays centralisé et uniformisant par la concentration à Ottawa des pouvoirs de décision sur les questions essentielles, malgré le mirage de la \u201cdélégation\u201d massive d\u2019exercice de pouvoirs fédéraux qui pourraient en découler.Ce Canada des minorités plutôt que des \u201ccollectivités\u201d est tout aussi utopique que celui auquel rêvent les indépendantistes \u201cpure laine\u201d: les deux sont l\u2019envers de la médaille l\u2019un de l\u2019autre.Le Livre beige pose comme hypothè- MAI 1980 137 se que le Québec ne peut se développer qu\u2019à l\u2019intérieur du système fédéral et que, partant, c\u2019est d\u2019abord le Canada qu\u2019il faut prolonger, assouplir et étirer comme une pâte à tarte ou un vieux vêtement, à quelque prix que ce soit et en imaginant des volontés de réforme en profondeur là où il n\u2019y a finalement qu\u2019acceptation de certains aménagements du statu quo.Faisant appel à la raison et aux bienfaits \u201cchiffrés\u201d du fédéralisme passé, le Livre beige invite les Québécois à devenir avant tout citoyens canadiens, résidents d\u2019une province somme toute déjà devenue comme les autres, des Canadiens raisonnables et conscients de leur dimension réelle, qui acceptent que \u201cassez c\u2019est assez\u201d et que si tout le monde rentre à l\u2019usine, les conditions de travail changeront pour le mieux, foi de contremaître.Ils passent non seulement à côté de la question mais, en reconnaissant les problèmes, nient les solutions.Appliqué tel que proposé, le Livre beige favorise dans les faits la bilingui-sation du Québec et le statu quo linguistique pour le reste du pays.En matière de culture et de communication, il \u201cefface\u201d le problème en reconnaissant dans chaque cas une double juridiction, la continuation des chevauchements et des concurrences et, surtout en communication, la prédominance du rôle fédéral.Il se contente d\u2019un droit de veto et du droit, d\u2019une efficacité douteuse, de donner son avis à Ottawa alors que c\u2019est de moyens de liberté et d\u2019action que le Québec a besoin.Il fait confiance alors qu\u2019en politique, tout n\u2019est finalement qu\u2019intérêts, même les plus nobles, et rapport de force.Cette concentration politique effective et réelle mettrait un terme à bien des aspirations québécoises, même les plus modestes.C\u2019est dans cette optique que la somme des concessions qu\u2019est prêt à faire le PLQ au gouvernement central en regard des revendications traditionnelles du Québec est impressionnante: elle ne devrait pas manquer de susciter une acceptation empressée par Ottawa au cours des dernières semaines avant le vote référendaire.Les quelques garanties qui sont cependant exigées en retour, tels un conseil fédéral sans représentation des élus fédéraux et un comité dualiste non paritaire pour le Québec, sont et demeureront inaccep- tables sinon à une majorité de provinces du moins au gouvernement Trudeau.Car, de deux choses l\u2019une: ou le conseil proposé par monsieur Ryan est efficace et se saisit effectivement et à temps des projets d\u2019intervention susceptibles d\u2019affecter les provinces, et il constitue alors une \u201ctutelle\u201d inacceptable pour les légitimement élus d\u2019Ottawa, même s\u2019il n\u2019a pas un droit d\u2019initiative mais un simple droit de \u201cveto\u201d; ou il n\u2019est saisi que des grandes orientations et il est inefficace car c\u2019est dans le quotidien des politiques administratives que le chevauchement se fait, les résultats négatifs en étant presque toujours perçus trop tard.Il ne remplit pas alors son rôle.Quand au comité dualiste, il n\u2019y a qu\u2019à penser que les francophones \u201chors Québec\u201d y seraient nommés par leur gouvernement respectif pour entretenir des doutes sérieux.Si on considère par ailleurs, à titre d\u2019exemple, que le Fédéral se verrait imposer par le Livre beige l\u2019obligation d\u2019intervenir pour réduire les inégalités de chance \u201cpour les individus, les provinces et les régions dans l\u2019accès au développement économique, social et culturel\u2019\u2019, qu\u2019il pourrait continuer d\u2019utiliser son pouvoir de dépenser dans le domaine culturel, outre des \u201ccompétences spécifiques requises pour la protection et le développement du patrimoine de l\u2019ensemble des Canadiens\u201d, sans être soumis au comité dualiste mais uniquement à l\u2019approbation des deux tiers du conseil fédéral, comment peut-on dire que l\u2019on traduit la réalité?Même Pépin-Robarts et Laurendeau-Dunton allaient plus loin.Or, le Livre beige est vu par tous les partenaire du PLQ comme \u201cune base de discussion\u201d.Qu\u2019en restera-t-il donc après que Marc La-londe y aura mis la dent?Le rapport de force Mais, un peu naïvement, le Livre beige ne se veut pas un objet de confrontation mais plutôt la base de discussion entre \u201cpartenaires ayant un égal désir de changement\u201d.Il ne faut pas s\u2019y tromper.La politique est toujours, dans le partage du pouvoir, un rapport de force.Le gouvernement fédéral re- connaîtra avec délices les concessions faites dans les domaines de la langue, de la culture, des communications, etc.Il n\u2019en cherchera pas moins par la suite à minimiser les revendications du Livre beige et à consolider son propre pouvoir en proposant par exemple un déluge de délégations d\u2019exercices de l\u2019autorité qui lui aura par ailleurs été reconnue et cédée, même au-delà de ce qu\u2019on peut imaginer.Ce n\u2019est pas du partage des pouvoirs mais de celui de la gestion dont Ottawa a toujours été prêt à discuter.On voit mieux ainsi qu\u2019il lui serait facile d\u2019accepter un conseil fédéral qui aurait le \u201cpouvoir\u201d! de donner des avis.C\u2019est la seule voie de réforme acceptable à Pierre Trudeau et aux siens.Il est bon de se souvenir, à titre d\u2019exemple, que Jean Chrétien exigeait qu\u2019Ottawa devienne propriétaire de l\u2019éventuel parc fédéral du Saguenay avant d\u2019y investir un sou.Québec, par Claude Simard et avec l\u2019appui unanime du Cabinet, offrait un bail de 99 ans: ce n\u2019était pas assez.Il n\u2019y eut pas de parc, pas d\u2019investissement.C\u2019était avant le P.Q., entre gouvernements fédéralistes.Peut-on croire, aujourd\u2019hui, ces mêmes ministres fédéraux qui promettent l\u2019exclusivité aux libéraux provinciaux des réformes \u201cen profondeur\u201d en échange d\u2019un gros non au référendum et à la condition qu\u2019ils gagnent l\u2019élection qui suivra si jamais le oui passait?Ce n\u2019est pas que le fédéralisme en soi et comme système de gouvernement soit par définition mauvais, bien au contraire.Tout en étant un système de gouvernement délicat et complexe, toujours coûteux, le fédéralisme demeure sans doute un bon cadre politique pour les peuples que la géographie et l\u2019intérêt invitent à cohabiter mais à la condition qu\u2019ils y soient avant tout égaux, que les rapports de force ne favorisent pas systématiquement sur le plan démographique, économique ou culturel l\u2019un des deux et que le gouvernement central qui en émane soit ultimement, pour ses mandats sinon pour sa légitimité, sous l\u2019autorité des composantes sans pouvoir se permettre de les nier.On ne peut plus croire aujourd\u2019hui qu\u2019il puisse en être ainsi pour le Québec dans l\u2019avenir.L\u2019intérêt du Canada, du gouvernement fédéral et des politiciens fédéraux à court terme, est de faire battre le référendum et, si possible, par la 138 RELATIONS suite le Parti québécois à l\u2019élection; c\u2019est de faire disparaître la menace de grève et peut-être le droit de grève, sans aller jusqu\u2019à rêver tout haut de voir disparaître le syndicat pour enfin revenir à la \u201cnégociation tranquille\u201d qui, dans le passé, s\u2019est toujours soldée par la consolidation du pouvoir fédéral et l\u2019enracinement d\u2019une présomption qui veut que ce soit finalement les provinces, presque par définition, qui soient les ennemies de ce pays.L\u2019intérêt du Québec est au contraire, tant pour sa survie et son développement que pour une saine et plus vigoureuse participation à l\u2019ensemble économique canadien, d\u2019être reconnu une fois pour toutes comme un partenaire égal et d\u2019en arriver à cette nouvelle entente qui lui en donnera les moyens, quelles que soient ultimement la forme et les étiquettes que l\u2019on pourra donner au résultat.Cette entente ne peut se situer ni dans l\u2019optique ni dans le sens du Livre beige.Elle n\u2019a pas de chance de se réaliser (il faut l\u2019admettre aujourd\u2019hui et tout y converge, de l\u2019entêtement fédéral à la volonté de changement des Québécois) autrement qu\u2019à partir de l\u2019orientation et des principes du Livre blanc.Derrière le Livre blanc, derrière le Livre beige, deux pays différents s\u2019esquissent pour l\u2019avenir: le Canada des collectivités ou celui des individus; un pays de la libre association de partenaires égaux ou un pays intégré; un pays de minorités dans lequel la seule majorité viendrait du dénominateur commun à la somme de ces minorités ou une \u201ccommunauté de communautés\u201d.Le Livre blanc nous invite sans équivoque à choisir d\u2019abord le Québec dans toute la plénitude de ce qu\u2019il peut et veut être.Le Livre beige nous invite à choisir le Canada d\u2019abord en nous promettant que nous y serons la mieux traitée de toutes les minorités.Les deux se réclament d\u2019objectifs identiques, les deux sont légitimes et ne devraient susciter ni mépris ni intolérance chez l\u2019opposant: mais peut-on atteindre un même but par des moyens contraires?Le temps n\u2019est pas aux nuances, aux raffinements de l\u2019esprit, aux médiations préventives.Claude Ryan lui-même comme René Lévesque invitent à l\u2019engagement clair.Tous les éléments sont maintenant en place.OUI ou NON Dire non au référendum, c\u2019est dire oui aux vieilles ornières et retourner, en le choisissant cette fois volontairement, à l\u2019épuisant processus d\u2019érosion qui conduit des conflits en chevauchements à la concentration des pouvoirs politiques réels entre les mains de l\u2019autorité fédérale,et à la dislocation politique des provinces à qui il devient alors logique, au fur et à mesure que les pouvoirs leur échappent, d\u2019en déléguer l\u2019exercice pour fins d\u2019efficacité, de bonne gestion et même d\u2019image pour le peuple.Dire oui au référendum, c\u2019est d\u2019abocd dire non au Livre beige et refuser l\u2019illusion d\u2019optique, le mirage.C\u2019est éviter le pire.Ce n\u2019est pas chercher un appui stratégique à un quelconque fédéralisme remodelé mais fondamentalement ancré dans la problématique traditionnelle; c\u2019est aborder la question à neuf mais avec une bonne mémoire, c\u2019est reconnaître la réalité sans pleurer sur le passé, c\u2019est accepter, dans son objectif et ses attributs principaux, la souveraineté-association comme étant finalement la seule direction à suivre à la recherche d\u2019une solution politique stable, efficace et viable pour le Québec comme pour la communauté canadienne.Dire oui au référendum, c\u2019est choisir une démarche irréversible en quête d\u2019une égalité réelle entre les deux majorités ou peuples fondateurs du Canada; c\u2019est dire non à un pays qui, pour se construire, exigera jour après jour le démantèlement des régionalismes et des communautés culturelles en niant la légitimité des volontés de faire collectives, l\u2019édifice commun ne pouvant être réalisé que par l\u2019intégration des individus et des institutions, la concentration des pouvoirs politiques jusqu\u2019à la négation d\u2019une situation de plus en plus évidente.Cette situation, depuis au moins trois générations, a amené les Premiers ministres du Québec, y compris Robert Bourassa, à rappeler avec constance et insistance que, dans la mesure où les foyers de décisions politiques susceptibles de déterminer ou d\u2019affecter en profondeur la \u201cspécificité\u201d québécoise sur les plans culturel, social et même économique échappent pour l\u2019essentiel au seul gouvernement auquel les Québé- cois s\u2019identifieront toujours majoritairement.Quels que soient les partis, les règles de la démocratie fédérale (telles que traduites et acceptées par le Livre beige) constituent dans la même mesure un risque plus évident que jamais et un danger à proscrire.Les mots n\u2019ont à peu près rien changé depuis L.B.Pearson qui, lui, semblait comprendre.Dire oui au référendum, c\u2019est accepter que le Canada ne soit pas le point de départ mais plutôt le résultat d\u2019une entente qui devra, pour être viable et stable, être largement acceptée et acceptable par les Québécois et les Canadiens, au-delà des rêves, des ambitions et des technocraties politiques, tout comme un contrat est l\u2019aboutissement d\u2019une négociation et d\u2019une entente entre partenaires égaux, au moins dans leur rapport de force et d\u2019intérêt.L\u2019ESSENTIEL C\u2019est parce que je suis convaincu, au-delà des lignes de partis et compte tenu de ma propre expérience du fédéralisme, de la gestion des affaires politiques et de la confiance que j\u2019ai en nous et dans le Québec, que les éléments de solution sont nettement plus dans la voie qui nous est proposée par le Livre blanc et par la démarche référendaire que dans le Livre beige et l\u2019attitude fédérale, que je dirai oui et que je travaillerai à la reconnaissance ultime de l\u2019égalité des deux peuples et du droit, pour le Québec, d\u2019avoir un gouvernement responsable de faire ses lois, de lever ses impôts et de traduire dans un projet de société ses choix et ses aspirations; un gouvernement \u201cmaître d\u2019oeuvre\u201d sur son territoire.Il est vrai que la meilleure négociation, malgré la patience et la bonne foi, d\u2019une entente devant conduire à la souveraineté-association, pourrait, en cas d\u2019échec, mener logiquement à l\u2019indépendance pure et simple; mais il est également vrai que l\u2019aboutissement d\u2019une négociation faite à partir du Livre beige aurait toutes les chances de conduire à la dislocation de la collectivité québécoise, à la dilution de ses moyens politiques et à son intégration irréversible et définitive à l\u2019ensemble canadien.Même s\u2019il y a 56 raisons de dire oui, cette dernière hypothèse, lorsqu\u2019on l\u2019envisage, le justifierait à elle seule.\tni-1 MAI 1980 139 par Guy Saint-Pierre PARTICIPER À L\u2019HÉRITAGE QUI NOUS ONT LAISSÉ NOS ANCÊTRES M.Saint-Pierre, ex-ministre de l\u2019Education et de l\u2019Industrie et du Commerce sous le gouvernement Bourassa, oeuvre dans le secteur privé des affaires depuis vingt ans.Le référendum qui aura lieu bientôt est certainement un acte politique important pour l\u2019avenir du Québec et pour l\u2019avenir du Canada.Les Québécois ne sont pas tous d\u2019accord sur l\u2019avenir de l\u2019un ou de l\u2019autre.OUI ou NON Certains espèrent beaucoup d\u2019un lien confédéral transformé afin de laisser plus d\u2019espace vital aux régions, aux provinces, ce qui pourrait permettre au Québec, d\u2019une part, la possibilité de s\u2019épanouir librement suivant son génie propre et, d\u2019autre part, la chance de participer en même temps, sans renoncer à son identité, aux avantages et aux défis d\u2019une société plus large et plus riche.D\u2019autres souhaitent davantage d\u2019indépendance pour le Québec, estimant que le prix économique de cette solution se.-mesure raisonnablement à la valeur d\u2019une affirmation politique plus rigoureusement nationaliste.Je répondrai NON à la question, car je favorise le maintien d\u2019un lien fédéral, généré non seulement par des intérêts économiques communs, mais aussi par la revendication d\u2019un espace territorial qui va véritablement de l\u2019Atlantique au Pacifique, et qui a vu, au cours du siècle dernier, l\u2019édification d\u2019une mosaïque humaine dont le dynamisme des diverses ethnies n\u2019a eu d\u2019égal que le respect et l\u2019amitié que le pays tout entier s\u2019est mérité de par le monde.On comprendra que j\u2019attache une importance secondaire au texte même de la question.Il faut aller plus loin que celle-ci et tenter de cerner les intentions de ceux qui nous la posent et le bout de chemin qu\u2019ils escomptent parcourir avec une réponse affirmative.La démarche est facile puisque les déclarations et les gestes passés des principaux dirigeants du PQ nous éclairent sur ce que l\u2019avenir peut nous réserver.Faut-il citer les premiers articles de la Constitution du Parti québécois pour se convaincre que la raison d\u2019être et l\u2019objectif premier de ce parti politique est la souveraineté, l\u2019indépendance politique du Québec?On désire un nouveau pays, on veut se séparer du Canada.Inutile dans les circonstances de parler de déblocage, de nouvelle entente, d\u2019un Canada à refaire, de lutte pour la continuité de nos demandes passées, etc.Car un oui à ce premier référendum signifiera un oui à l\u2019indépendance du Québec.Revoyons quelques faits.À la fin d\u2019octobre 1978, dans une lettre adressée aux responsables de son parti, M.René Lévesque écrivait ceci: \u201cUn OUI au référendum nous donnera le mandat de réaliser la souveraineté et l\u2019association\u2019\u2019.De même, dans le Livre blanc, La nouvelle entente Québec-Canada, le gouvernement disait clairement qu'\u201cun vote affirmatif des Québécois sera donc, dans les faits, un mandat confié au gouvernement de réaliser, par le moyen de négociations, cette nouvelle entente.\u2019\u2019 (p.84).Le Québec est, avec d\u2019autres, propriétaire dans l\u2019entreprise.Il faut regarder froidement le bilan de celle-ci et convenir, avec les autres partenaires, des mesures à prendre pour assurer la relance.Parlant à Chicoutimi, le 13 avril dernier, Claude Ryan nous \u201cprévenait qu\u2019une éventuelle victoire du OUI amènerait une crise majeure au Canada dont le Parti québécois voudrait profiter pour atteindre son but réel, l\u2019indépendance politique du Québec\".Il a non seulement raison mais j\u2019avouerai même qu\u2019un oui, même faiblement majoritaire, nous amènera un Québec indépendant d\u2019ici cinq ans.La raison est fort simple.Cette première victoire deviendra le signal de départ pour les 20% de la population du Québec qui désirent l\u2019indépendance comme option politique, de réclamer des mesures qui s\u2019éloigneront du concept de l\u2019étapisme.Ayant accepté de jouer depuis 1975 un scénario très modéré qui visait à ne pas faire peur au monde, on n\u2019hésitera point à faire peur aux Anglais! Les quinze mois de pouvoir restant au PQ fourniront plus d\u2019une occasion pour prouver qu\u2019il n\u2019y a rien à faire de bon dans ce pays et que rien ne doit nous empêcher de poursuivre cette route dictée par l\u2019histoire et le Général de Gaulle: le Québec libre! Je voterai NON car j\u2019ai la ferme conviction de mieux servir les vrais intérêts et la véritable égalité du peuple québécois.Ce choix reflète l\u2019attachement que j\u2019éprouve pour le Québec, ma patrie et le Canada, mon pays.Les raisons qui militent en faveur de ce choix sont nombreuses et fondamentales.J\u2019en rappelle quelques-unes.140 RELATIONS Quelques raisons Le Canada est un grand pays, aux richesses innombrables, aux espaces immenses, aux horizons illimités, aux ressources énergétiques abondantes.Pourquoi se priver d\u2019un droit de participation à cet héritage que nous ont laissé nos ancêtres?Le régime politique qui nous régit a permis au Québec de connaître un essor nouveau au cours des trente dernières années.Je crois que ce régime est assez souple pour se prêter aux changements de structure que requiert la crise que nous traversons.Les différents sondages réalisés au Québec ont toujours indiqué que, parmi plusieurs options, les Québécois ont toujours préféré celle du fédéralisme renouvelé parce que celle-ci offrait le plus de garanties de progrès certain face aux défis que nous réserve l\u2019avenir.Par les mécanismes de poids et de contre-poids que le système fédéral de gouvernement établit, ce régime politique est une garantie plus sûre des vraies libertés politiques, individuelles et collectives.D\u2019ailleurs le ministre Claude Morin nous rappelle que l\u2019action du PQ depuis douze ans aurait été jugée illégale dans 90% des pays du globe.Un tel pays mérite qu\u2019on résiste à ceux qui veulent le détruire.C\u2019est la vision d\u2019un pays qui doit en valoir d\u2019autres.Et c\u2019est la vision d\u2019une réalité qui me paraît malgré tout bien supportable à comparer aux tensions nationales, ethnocentriques, religieuses, qui secouent constamment des pays déchirés comme l\u2019Irlande, l\u2019Iran, le Cambodge, l\u2019Afghanistan, plusieurs pays d\u2019Afrique Noire, etc.partager le même fondement social, sa langue, ses coutumes, ses paysages, sa culture, son patrimoine, son histoire.S?**'* Si j\u2019évoque ces pays, ce n\u2019est pas pour tirer un parallèle avec le \u201cQuébec après le oui\u201d, mais pour rappeler que le nationalisme chauffé à blanc (dixit Doris Lussier) mène à bien des abus dont le prolétariat assume souvent seul les coûts.La réalité canadienne, en contrepartie de certains inconvénients, offre un blindage considérable contre tous les problèmes qui préoccupent une petite planète aux ressources limitées.Une réalité qui offre en plus de ressources abondantes, généreuses, un niveau élevé de tolérance, une habitude de respect des minorités, un mode de vie à tendance égalitaire où les classes sociales sont moins impénétrables les unes aux autres que dans les régimes européens plus MAI 1980 structurés, ou les régimes totalitaires de gauche comme de droite.Bref la réalité canadienne est associée pour moi à une vision politique large et fondée et non pas à une approche pragmatique à courte vue.L\u2019ESSENTIEL Historiquement et dans la réalité politique d\u2019aujourd\u2019hui, le Québec ne peut se permettre de provoquer une situation d\u2019urgence pour le seul plaisir d'amener les gouvernements fédéral et provinciaux à renouveler le fédéralisme canadien.Pour reprendre l\u2019analogie des tenants du OUI, le Québec n\u2019est pas un syndicat qui doit présenter des demandes astronomiques au patron pour obtenir un règlement satisfaisant.Le Québec est, avec d\u2019autres, propriétaire dans l\u2019entreprise.Il faut regarder froidement le bilan de celle-ci et convenir, avec les autres partenaires, des mesures à prendre pour assurer la relance.Je crois qu\u2019il est faux de prétendre à l\u2019avance que l\u2019exercice est voué à l\u2019échec.Déjà en 1976, un large consensus existait parmi les provinces sur la plupart des points.Depuis ce temps, le rapport Pépin-Robarts, celui de la Commission constitutionnelle du PLQ, les travaux de différentes provinces ont abordé globalement tous les aspects de la question, incluant l\u2019épineux problème du partage des pouvoirs et celui de la réforme des institutions fédérales.N\u2019y a-t-il pas là des jalons importants qui pourraient esquisser la solution à la crise canadienne?Si on croit au fédéralisme canadien, on ne peut se permettre de donner un mandat à ceux qui n\u2019y croient plus.Ceux qui votent NON tout en étant membres du PQ doivent compter parmi les brebis égarées du Premier ministre.Ceux qui appartiennent à un parti fédéraliste et qui appuient le OUI ont négligé de réfléchir sur la cohérence de leurs démarches politiques ou sur la portée de leur assentiment.Ceci dit, je souhaite cependant que personne dans le débat qui est amorcé n\u2019oublie que nous sommes en quelque sorte condamnés à partager le même fondement social, c\u2019est-à-dire le territoire du Québec, avec ses caractéristiques propres, avec sa langue, ses coutumes, ses paysages, sa culture, son patrimoine, son histoire.Aussi, et c\u2019est le souhait ardent que je formule, personne de tous les Québécois ne devrait s\u2019engager à tel point dans ce débat politique qu\u2019il ne soit plus capable par la suite de vivre avec ses adversaires.Notre société commune est petite.Elle devra survivre au référendum, les vainqueurs et les vaincus devront accepter le verdict populaire avec sérénité.Question de survie?Peut-être.Le Québec comme entité sociale pourrait être sérieusement atteint si, après le référendum, on assistait à une cassure profonde entre les groupes sociaux qui composent le Québec et qui ont déjà suffisamment de peine à trouver un terrain de consensus minimum.?EEEE1 141 DEVELOPPEMENT ECONOMIQUE ET DÉVELOPPEMENT CULTUREL OUI ou NON On ne se surprendra pas du fait que ma décision de voter OUI au prochain référendum ait un fondement d\u2019abord économique.Dans les débats que suscite l\u2019évolution du Québec depuis la Révolution tranquille, l\u2019économie occupe une place fort importante et le concept de souveraineté-association a l\u2019avantage de constituter une forme générale de réponse aux questions économiques soulevées par le problème constitutionnel.Quand les Québécois font la critique de la fédération canadienne, ils ne contestent pas, en effet, le fait que leur niveau de vie matériel compte parmi les plus élevés du monde.Ils ne contestent pas, non plus, le fait que l\u2019espace économique canadien ait pu engendrer, peut-être, un certain surplus dû lui-même à l\u2019intégration.Mais les Québécois protestent contre la forme que prend pour eux le partage de ces avantages possibles: des versements au titre de la péréquation et une part plus que proportionnelle de l\u2019assurance-chômage plutôt qu\u2019une croissance suffisante pour assurer un niveau d\u2019emploi satisfaisant.Bien sûr certains répondront qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019un problème régional que d\u2019autres régions du Canada connaissent aussi de façon chronique.Ce qui est vrai.Mais le problème économique du Québec, même s\u2019il a la forme extérieure d\u2019un problème régional, déborde largement cette dimension étriquée.Les provinces anglophones où sévit le sous-emploi peuvent, en effet, résoudre celui-ci, du moins en partie, par le départ des chômeurs vers les zones à développement plus rapide.Les programmes fédéraux de mobilité de la main-d\u2019oeuvre visent précisément cet objectif.La mobilité s\u2019effectuera alors à l\u2019intérieur d\u2019un même ensemble culturel, ce qui réduit sensiblement les coûts psychologiques individuels de l\u2019opération.Bien entendu, la culture de la collectivité concernée ne sera en aucune manière mise en cause par ce mécanisme d\u2019adaptation.Pour les Québécois francophones qui se trouvent dans la même situation, c\u2019est une toute autre histoire.Émigrer hors Québec signifie d\u2019abord pour les francophones, accepter de vider progressivement leur seule base culturelle solide, le Québec.Mais ne pas émigrer c\u2019est accepter la permanence d\u2019un statut collectif de dépendance, statut concrétisé justement par les versements au titre de la péréquation et de l\u2019assurance-chômage.Dans les deux hypothèses, émigration ou non-émigration, la culture se M.Harvey, économiste, professeur à l\u2019École des hautes études commerciales, est membre de l\u2019exécutif national du parti Québécois.trouve, à terme, menacée.Le développement économique autonome du Québec constitue donc la condition fondamentale du dynamisme de la culture française en Amérique du Nord.D\u2019où l\u2019on peut immédiatement conclure d\u2019ailleurs, que la souveraineté culturelle assortie de l\u2019abandon des leviers du développement économique autonome, ne pourra toujours constituer qu\u2019un slogan vide de sens ou une dangereuse illusion.D\u2019autre part, il est maintenant admis par tous (sauf les tenants les plus étroitement doctrinaires d\u2019un libéralisme d\u2019un autre âge) que l\u2019État moderne se trouve investi d\u2019une fonction économique essentielle, en termes de développement, de redistribution et de stabilisation économique, ces trois domaines étant fortement reliés les uns aux autres d\u2019ailleurs.Ce qui explique que la modernisation de l\u2019État canadien, depuis la seconde guerre mondiale en particulier, se soit traduite par une forte propension à la centralisation des pouvoirs de décision, malgré l\u2019illusion contraire que peut donner le fait qu\u2019Ottawa abandonne souvent aux provinces l\u2019administration de ses propres décisions.Les' Canadiens ont voulu, et avec raison, se donner, à l\u2019occasion de cette évolution, l\u2019État central fort qui leur paraissait nécessaire pour assurer le développement du Canada selon le modèle qu\u2019ils souhaitaient.L\u2019avenir de la culture passe par le dynamisme économique qui en est la condition essentielle.À son tour, ce dynamisme économique nécessaire à l\u2019épanouissement culturel suppose résolue la question des structures gouvernementales.Mais la modernisation de l\u2019État québécois, depuis la Révolution tranquille en particulier, s\u2019est elle aussi traduite par un effort parallèle pour constituer, à Québec, l\u2019État fort, jugé avec raison aussi, nécessaire au plein développement de la société québécoise.D\u2019où le dilemme fondamental que le Québec, et le Québec seul, pose à l\u2019ensemble canadien: la nécessité de voir se développer deux gouvernements \u201ccentraux\u201d dotés tous les deux de tous les moyens qu\u2019exige un État moderne.Ce qui rend tout fédéralisme, renouvelé ou pas, radicalement non fonctionnel dans les circonstances.La formule de la souveraineté-association, par contraste, fournit une solution fonctionnelle à ce dilemme.C\u2019est là ce qui fonde mon adhésion à l\u2019idée de souveraineté-association.142 RELATIONS L\u2019OBJECTION TACTIQUE Par ailleurs, il est tout à fait normal que le Canada anglais annonce à l\u2019avance qu\u2019il n\u2019entend pas négocier une telle proposition: il ne fait alors que défendre une formule (le fédéralisme) perçue, à tort probablement d\u2019ailleurs, comme ayant permis le développement d\u2019un Canada largement conforme à ses voeux.Aussi longtemps que le Québec n\u2019aura pas manifesté clairement son intention de résoudre le dilemme signalé plus haut, il n\u2019y a pas de raison pour que change l\u2019attitude du Canada anglais: l\u2019employeur qui n\u2019a pas encore de syndicat et qui en est menacé ne se comporte pas autrement.Mais c\u2019est une chose de brandir le refus de négocier, comme moyen de pression, et c\u2019est une autre chose que de refuser de négocier devant un mandat ferme, donné par une population sûre de son bon droit.Car alors, de deux choses l\u2019une: ou le Québec constitue un poids mort pour le Canada et on ne comprend pas pourquoi ce dernier s'acharne à vouloir garder le Québec en son sein; ou le Québec constitue un actif pour le Canada et celui-ci devra bien alors faire les concessions nécessaires pour ne pas perdre cet actif.Il est bien difficile et même impossible de démontrer que les diverses régions du Canada, le Québec moins que toute autre, ont retiré un avantage économique net quelconque de l\u2019intégration économique issue de l\u2019A.A.N.B.Le Canada anglais accepte d\u2019emblée, sauf protestations \u201crégionales\u201d, que le résultat soit positif.Il a donc intérêt à sauvegarder cet avantage, donc à négocier.En fait, c\u2019est probablement là une illusion: d\u2019une part, il est loin d\u2019être démontré que le résultat soit positif et d\u2019autre part, il est à peu près certain qu\u2019un abandon du mode actuel d\u2019intégration n\u2019amènerait que de très faibles perturbations (1,5 à 2% du PIB) sur de très courtes périodes.Mais ce qui importe dans de tels domaines, lorsqu\u2019il s\u2019agit de négociation, c\u2019est moins la réalité des faits que l\u2019impression qu\u2019en ont les protagonistes.L\u2019ESSENTIEL Par ailleurs, ce qui est d\u2019abord en cause, dans ce référendum, c\u2019est l\u2019avenir de la culture.Tel que j\u2019ai essayé de l\u2019expliquer dans les lignes précédentes, cette sécurité culturelle passe cependant par le dynamisme économique qui en est la condition essentielle.À son tour, le dynamisme économique nécessaire à l\u2019épanouissement culturel suppose résolue la question des structures gouvernementales.Sur ce dernier point s\u2019opposent, à l\u2019heure actuelle au Québec, deux philosophies politiques: l\u2019une, la philosophie libérale, héritière des vieux schèmes individualistes du XIXe siècle, ne conçoit les libertés que sous leurs dimensions individuelles.Cette philosophie fait donc abstraction, non seulement des solidarités tout à fait normales qui peuvent unir des individus partageant la même langue et la même culture, mais elle veut aussi ignorer la résistan- MAI 1980 ce des institutions dont le mode d\u2019opération lui-même est souvent conditionné par ces mêmes solidarités.Qu\u2019on songe, sous ce rapport, à la résistance des institutions à la politique de bilinguisme.Il n\u2019est pas surprenant alors de constater à quel point une telle philosophie peut rester désincarnée, sans emprise sur le vécu.::: :: Par contraste, a toujours subsisté chez nous un sentiment collectif puissant.Tous les groupes manifestent de telles attitudes.Les Québécois francophones plus que d\u2019autres peut-être, en raison d\u2019un certain sentiment de précarité, dû probablement aux origines pionnières, à l\u2019étroitesse de la base démographique d\u2019origine, au traumatisme de la conquête, au sentiment d\u2019insularité culturelle dans ce que l\u2019on a coutume d\u2019appeler la mer anglo-saxonne nord-américaine.Les propositions de réorganisation politique avancées par le Parti québécois constituent la forme la plus moderne et la plus fonctionnelle qu\u2019a pris l\u2019effort séculaire des francophones pour appuyer leurs libertés individuelles sur les solidarités étroites suscitées par l\u2019histoire du groupe.C\u2019est là ce qui justifie l\u2019in-terrelation suggérée entre la réorganisation politique, le dynamisme économique et la vitalité culturelle, cette dernière constituant l\u2019objectif, la réorganisation politique, le moyen d\u2019action et le dynamisme économique, la condition centrale à créer pour que puisse être atteint l\u2019objectif proposé.Bien sûr, le Parti québécois est aussi porteur d\u2019un Programme qui constitue un projet de société dont les lignes principales sont fixées, de deux ans en deux ans, par les congrès nationaux.Les Québécois qui voteront OUI ne sont pas tous membres du Parti québécois et ils peuvent donc accepter ou non le projet de société représenté par le Programme.Ce qui veut dire qu\u2019après le référendum et même une fois terminée la négociation d\u2019une nouvelle entente, la vie démocratique gardera tous ses droits et les différents projets de sociétés qui font déjà l\u2019objet des préférences des différents groupes continueront d\u2019être proposés à la population par les différentes formations politiques, de gauche, du centre ou de droite.Le Québec sera alors devenu une société normale: il pourra discuter de ces divers projets sans que ne s\u2019interpose la sempiternelle question nationale.?EEEE1 143 LE QUÉBEC EN DEVENIR par Pierre Vadeboncoeur écrivain OUI ou NON Je répondrai oui au référendum exactement pour la même raison que' je dirais non si, le Québec étant déjà un pays souverain, on lui proposait de devenir la province d\u2019un autre État.Absolument pour la même raison.Une telle proposition faite par ses nationaux à un pays déjà souverain serait absurde?Parfaitement, mais ni plus ni moins que celle des fédéralistes québécois, puisque c\u2019est objectivement la même! Quiconque prétendrait que son pays, État souverain, devrait céder à un autre État la moitié de ses pouvoirs et en particulier les plus importants, mettre son peuple en situation de minorité par rapport à l\u2019autre, le soumettre à des lois qui seraient votées par une majorité qui ne serait pas la sienne, rendre l\u2019autre État dépositaire de la Constitution, conférer à celui-ci le pouvoir de décider pour les deux que certaines richesses du premier sont d\u2019intérêt général et doivent être partagées à la guise et aux conditions en définitive fixées par le second, (et je pourrais continuer.), eh bien! Ce politic ie n- là, qui n\u2019existe nulle part au monde et pour cause, ne proposerait pas en cela autre chose que ce que préconisent nos fédéralistes, qui affirment que c\u2019est la situation la meilleure.On n\u2019en sort pas.Les deux propositions que je viens d\u2019évoquer, lorsqu\u2019on les compare, on voit d\u2019évidence qu\u2019elles sont identiques.L\u2019une serait absurde, mais l\u2019autre serait raisonnable?En vertu de quoi?L\u2019OBJEC T ION TA C TIQUE La seconde question a quelque chose de scolaire en ce qu\u2019elle fait abstraction du devenir et de la mouvance des choses.Quel sens y avait-il à réclamer le gouvernement responsable, dans le premier tiers du XIXe siècle, puisque les autorités coloniales le refusaient opiniâtrement et annonçaient qu\u2019elles le refuseraient encore?Or, cette revendication, péremptoirement écartée par le pouvoir, avait un sens, n\u2019est-ce pas?Puisqu\u2019elle fut effectivement satisfaite dans l\u2019espace de quelques dizaines d\u2019années.Si gagner le référendum n\u2019avait pas de sens, comme semble l\u2019objecter la question que Relations pose aux partisans du oui, on ne voit pas pourquoi les fédéralistes se démèneraient comme tous lep dipoles pouf obtenir un non.Il est sens est jugé d\u2019aî que les fédéralistes mobiliser tout ce ter defo%cè$?Quel est m assen position fÇndame ment québ sociation.lissant ecânefa d\u2019e fédéral d\u2019esc constitué (pour ne pa me Celui q Lest in et que ce Je poids pour ?nt jugent de ' ip- tbQrd d\u2019obtenir lue pour la gqtiverne-jraineté-as-Jsurer uj que ation\"rîî possibilité pour le pter des arrangements nels de complaisance e complicité) compose M.Ryqjn ou celui rts-Péc louvan-fruit/ Elle ne jt, mais mp-te, dé-ale-r un s.et e ui uverai-hose on qui rtance.L\u2019importance ut avoir ique: elle vise à inflé- ce.U rie p tient d\u2019au te.d\u2019une mocra ment, acte s marq d\u2019au des tè qu\u2019ils ne n neté-asso et, à la limit n\u2019a aucune im rcT et purement ta chir le vote.Mais pour l\u2019avenir, pour la suite du temps, dans un certain devenir justement, elle est sans portée.Elle vise à donner un mauvais coup au mouvement dans une phase réputée cruciale pour celui-ci.Je ne dis pas qu\u2019Ottawa négociera demain matin.Je nifester une fore erainiste, mais r de l\u2019édifier et par oint dans l\u2019hist rébarerail.\u2019hi listes dise ~s (Te dis que progressivement nous l\u2019amenons bon gré mal gré dans une situation où il devra négocier.Il faut voir les choses en perspective.Elles ne sont pas statiques.L\u2019ESSENTIEL D\u2019abord éliminons cette notion de fédéralisme renouvelé, qui n\u2019est rien mais un discours.On la retrouve dans la troisième question.Dans la réalité, il n\u2019y a pas de fédéralisme renouvelé; il n\u2019y a qu\u2019un fédéralisme se défendant contre le souverainisme en agitant une image, une image réformée?Non, une image retouchée de lui-même, et cette diplomatie, qu\u2019on devrait bien voir non comme une politique mais comme la diplomatie d\u2019une politique, dure depuis quinze ans.Le fait est que les avocats du \u201cfédéralisme renouvelé\u201d n\u2019ont jamais \u2014 c\u2019est un constat \u2014 ni conçu, ni formulé, ni offert, ni promis, ni même fait reluire une grande réforme du fédéralisme en faveur du Québec, et le fait est qu\u2019ils s\u2019en sont gardés comme de la peste.La cause devrait être entendue.Elle dit déjà et depuis longtemps ce qui attend les prétendus réformistes du fédéralisme.Il n\u2019y a qu\u2019un \u201cfédéralisme\u201d plus ou moins hégémonique.Voilà ce qu\u2019il y a.Il n\u2019a jamais produit une seule proposition ayant un rapport quelconque avec l\u2019ampleur dramatique du problème passé, actuel et surtout futur du Québec et des Québécois.En outre, ce qui est consternant, c\u2019est de voir certains politicologues raisonner sur le fédéralisme renouvelé comme si les choses se jouaient dans un cercle d\u2019étude et non dans la politique.Dans la politique, le \u201cfédéralisme renouvelé\u201d est une pente destinée à nous amener dans une négociation perdante.Tout négociateur sait cela d\u2019instinct.Le fédéralisme hégémonique avalera tout rond le fédéralisme renouvelé, lequel, d\u2019ailleurs, pour plus de sûreté, n\u2019existe encore sur aucun papier.Ceci dit, la question 3 demanderait de longs développements, impossibles ici, et même une vingtaine ou une tren- 144 RELATIONS taine de phrases lapidaires ne suffiraient pas à couvrir le terrain, tout en paraissant gratuites faute d\u2019explications.Une bibliothèque entière est déjà consacrée à la critique du fédéralisme canadien et à la nécessité de la souveraineté québécoise.Quoi qu\u2019il en soit, il faut toujours revenir à cette idée centrale, à savoir que la fédération nous tient dans un état de subordination inadmissible, et à cette autre, plus fondamentale encore: que l\u2019accélération de l\u2019histoire nous place comme peuple dans une situation de minoritaires promis à une désintégration équivalant à un génocide, avec tout ce qui s\u2019ensuit, à moins que nous ne rassemblions ici tous les pouvoirs possibles, à commencer par les pouvoirs politiques, sous réserve des ententes relatives à la gestion de certains domaines.Les faits passés et actuels, de même que la prospective, crient cette évidence, laquelle par ailleurs s\u2019appuie sur un axiome universellement compris, article premier de toute politique: le pouvoir est nécessaire, le pouvoir est la première des conditions.Le temps vient pour nous de nous assurer de lui et simultanément le temps passe où nous pourrons le faire.La forme de la question 3 fragmente le problème, qu\u2019il faut pourtant saisir aussi globalement, c\u2019est-à-dire dynamiquement, c\u2019est-à-dire organiquement.\u201cQuelles dimensions de l\u2019avenir du Québec\u201d sont pour moi \u201cdécisives\u201d demande cette question.Je réponds: toutes.Il s\u2019agira dans un proche avenir de régler la question politique nationale en nous mettant en situation de pouvoir.Voilà pour la \u201cdimension politique\u201d.Mais celle-ci est évidemment ¦ en rapport avec les autres (et je néglige ici les questions de tuyauterie).L\u2019économique?Nous avons le plus grand problème de développement, particulièrement en ce qui touche le secteur secondaire, dont le progrès s\u2019est opéré ici d\u2019une manière distordue, faussée, désavantageuse par suite de l\u2019attraction de ce qui est devenu le coeur industriel du Canada, lequel a été nettement favorisé par ce dernier.Nous avons besoin d\u2019une politique nationale de développement, donc des pouvoirs économico-politiques concentrés nécessaires pour l\u2019établir et lui donner une suite constante.Nous avons le plus grand besoin d\u2019une national policy.Nous sommes actuellement \u2014 toutes proportions gardées, bien entendu \u2014 par rapport à l\u2019Ontario dans la situation d\u2019un pays sous-développé dont les politiques sont plus ou moins dictées par un autre pays, surdéveloppé et gouvernant en fonction de ses propres intérêts par le biais d\u2019Ottawa.Le développement court chez celui qui est déjà avantagé, cependant qu\u2019il stagne chez celui qui retarde et est retardé.Dans le cas du Canada, la région favorisée jusqu\u2019ici oppose au Québec non seulement son poids spécifique, ses atouts naturels, son avance déjà acquise, mais en surplus, (par la fédération qu\u2019elle domine par le nombre et l\u2019influence, sans parler même des affinités culturelles et des préférences suspectes), le pouvoir juridique et constitutionnel de prendre les décisions qui lui conviennent! Le social?Les rapports de classes?Deux mots seulement sur ce point.Le Canada se présente comme un pays rêvé pour l\u2019impérialisme: impossible d\u2019y concevoir d\u2019un océan à l\u2019autre un mouvement populaire, c\u2019est trop vaste et en même temps trop divisé par les cultures, sans mentionner la diversité des pouvoirs et leur répartition.L\u2019échec du socialisme démocratique le prouve depuis cinquante ans.Les courants idéologiques, qu\u2019ils viennent d\u2019ailleurs ou qu\u2019ils originent d\u2019ici, ne franchissent ni dans un sens ni dans l\u2019autre la ligne de l\u2019Outaouais.Au surplus, le problème national des Québécois draine les énergies de ces derniers et il en sera ainsi tant qu\u2019il n\u2019aura pas été résolu par la souveraineté du Québec.Le culturel?Sur ce sujet, je n\u2019aurais pas besoin d\u2019insister.Le sentiment d\u2019identité nationale lui-même est atteint dans une certaine mesure.Quiconque, d\u2019ailleurs, ne voit pas l\u2019immense danger couru par la langue et la culture des Québécois sous les effets conjugués de l\u2019ambiguïté politique où ils se trouvent et de l\u2019avenir galopant qui nous investira, celui-là ne voit vraiment pas grand-chose.Langue, culture, mais aussi conscience de l\u2019identité, mais aussi force morale, psychologie verticale, sentiment de soi et de sa valeur, énergie et entreprise: c\u2019est tout cela qui est en jeu.Et les fédéralistes veulent commencer par une défaite?Point besoin de conclusion, sauf peut-être par un mot.Nous avons pendant vingt ans édifié patiemment une force politique légitime, précieuse, capitale.Les fédéralistes, sans sourciller, en demandent le démantèlement.Je dis: cette attitude est affreuse, irresponsable.Elle est basse.Elle est impolitique.Elle est aveugle.À moins qu\u2019elle ne voie très clair, mais pour d\u2019autres.C\u2019est ce dont je suis du reste convaincu.MKÊÊIÊÊÊÊÊIÊÊÊÊIÊÊÊÊ^ÊÊÊÊKKÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊ^IÊÊÊÊIÊIÊÊÊÊÊÊIÊ^ÊKKÊÊÊÊÊIÊÊÊIÊKÊÊ^ÊBÊÊÊÊÊÊÊKÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊIÊÊÊÊIÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊIÊÊÊKKKÊÊÊÊÊÊÊÊÊIÊIÊÊÊ^KÊKÊÊÊÊKÊÊÊÊÊÊÊÊIÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊIKKÊÊ^KIÊIÊÊÊÊÊKÊÊÊÊÊ^ÊKKÊÊÊÊÊÊÊIÊÊÊÊÊÊÊÊÊM METTRE LE CAP SUR L\u2019ESSENTIEL \u201c3! À la mi-avril, le professeur Léon Dion, du département de science politique de l\u2019Université Laval, publiait aux Éditions Québécor un important ouvrage sur le débat constitutionnel en cours et sur son option référendaire.Le Québec et le Canada: les voies de l\u2019avenir regroupe des analyses sur les principaux documents politiques des trois dernières années en matière de révision constitutionnelle, du projet de loi fédéral (C-60) au Livre beige du Parti libéral du Québec en passant par le rapport de la Commission Pépin-Robarts et le Livre blanc du gouvernement québécois.Le dernier chapitre du livre est inédit.Intitulé \u201cLe choix\u2019\u2019, il retrace le cheminement intellectuel qui a amené un fédéraliste convaincu à opter pour le \u201coui\u2019\u2019 au référendum.En juin dernier, RELATIONS (39/449, p.173-178) publiait une longue interview du professeur Dion sur ces questions.En comparant cet article-là aux propos qui suivent, nos lecteurs pourront mesurer à la fois la cohérence des options fondamentales de l\u2019universitaire (négociation d\u2019égal à égal sur tout ce qui touche l\u2019identité culturelle et linguistique du Québec, importance d\u2019un référendum clair et d\u2019une revendication unanime du Québec) et l\u2019évolution de son attitude à l\u2019égard des positions constitutionnelles du Parti libéral du Québec.Tel que convenu avec notre hôte, nous ramenons sous la rubrique de nos trois questions-repères les réponses qu\u2019il nous accordait en interview, le 3 avril dernier.MAI 1980 145 OUI ou NON REL.Léon Dion, vous vous êtes toujours présenté comme un fédéraliste.Dans les années \u201960, vous avez participé aux travaux de la Commission Lau-rendeau-Dunton sur le bilinguisme et le biculturalisme; plus récemment, vous alliez témoigner devant le Comité mixte du Sénat et de la Chambre des communes sur la Constitution canadienne et vous collaboriez aux recherches de la Commission Pépin-Robarts.Depuis les premières années de la Révolution tranquille, vous avez été pour le Parti libéral du Québec à la fois une personne-ressource respectée et un interlocuteur aussi objectif que bienveillant.Il y a un an, vous formuliez dans nos pages des réserves sévères à l\u2019endroit du projet de référendum du Parti québécois.Or, dans \u201cLe choix\u201d, l\u2019essai que vous venez d'écrire et qui conclut votre dernier livre, vous annoncez que vous voterez \"oui\u201d au référendum.Avez-vous changé d\u2019idée?L.D.C\u2019est difficile, pour un Québécois qui y pense un peu, de voter non .Pour moi, ce ne sont pas les régimes politiques qui sont premiers, ce sont les structures des sociétés: la langue, la culture, les besoins et les aspirations des citoyens et des collectivités qui forment une société.Les structures politiques, elles, sont de l\u2019ordre des moyens: elles fournissent un cadre juridique qui doit s\u2019adapter aux exigences concrètes des sociétés qu\u2019elles régissent.Or, à mon avis, le fédéralisme est la formule politique la plus \u201céconomique\u201d, celle qui peut s\u2019adapter le plus facilement \u2014 par le chemin le plus court \u2014 aux structures sociales, non seulement du Canada dans son ensemble, mais également du Québec.Le régime fédéral est justement conçu pour répondre aux besoins d\u2019une communauté politique divisée, d\u2019un État dont les populations sont marquées par des différences essentielles et qu\u2019elles tiennent à préserver sans pour autant que ces divergences les empêchent de vivre ensemble.Je pense que ce régime pourrait permettre à deux peuples de cultures, de langues et d\u2019aspirations différentes, de cohabiter politiquement.Mais j\u2019ai dit, aussi, que je suis un fédéraliste fatigué, parce que je trouve qu\u2019on manque d\u2019imagination et qu\u2019on prend beaucoup de temps pour mettre au point une formule d\u2019ajustement du fédéralisme qui réponde aux structures sociales canadiennes et québécoises.REL.Et pourtant, vous allez voter oui, même si le projet de souveraineté-association, que le gouvernement québécois espère recevoir le mandat de négocier, se situe à l\u2019opposé de l\u2019option fédéraliste, et affirme que le peuple du Québec doit se constituer en État souverain, quitte à s\u2019associer au peuple canadien dans le cadre d\u2019une association économique régie par un traité international ou, si vous voulez, dans une forme de confédération d\u2019états souverains.L.D.Je l\u2019entends bien aussi.Si je vote oui, néanmoins, c\u2019est à la suite de la publication du document de travail de la commission constitutionnelle du Parti libéral du Québec, qu\u2019on appelle communément le Livre beige, Une nouvelle fédération canadienne.Ce texte nous est présenté comme LA formule fédéraliste capable de concilier les aspirations des peuples du Canada.Dès sa parution, j\u2019ai dit non au Livre beige et j\u2019ai demandé qu\u2019on le retire pour lui substituer un autre document, qui tienne compte davantage de l\u2019orientation du rapport de la Commission Pépin-Robarts, adaptée au Québec.Mon attitude a provoqué des réactions assez vives dans le grand public, mais aussi au sein de PLQ où, depuis une vingtaine d\u2019années, on avait pris l\u2019habitude de me considérer non comme un partisan \u2014 je ne suis pas partisan \u2014 mais comme un interlocuteur valable.Les critiques m\u2019ont obligé à faire le point et j\u2019ai entrepris de rédiger un essai en revenant sur les articles que j\u2019ai pu écrire ces dernières années sur le problème constitutionnel.Ce retour en arrière m\u2019a ouvert les yeux: depuis deux ou trois ans, je n\u2019ai plus confiance dans le Parti libéral du Québec; ce n\u2019est pas lui qui pourra produire un document constitutionnel valable pour le Canada et pour le Québec.Une fois établi ce constat, il me fallait réexaminer l\u2019alternative, que j\u2019avais rejetée jusque-là.Car s\u2019abstenir, ça n\u2019a aucune valeur: c\u2019est absolument une position d\u2019impuissance.En analysant le Livre blanc du gouvernement du Québec, j\u2019avais admis son orientation fondamentale, j\u2019avais même dit que \u201cle cap était mis sur l\u2019essentiel\u201d.Mais je l\u2019avais rejeté parce que la formule juridique qu\u2019il propose, la souveraineté-association, me paraît inapplicable: il s\u2019agit d\u2019une confédération d\u2019États, et, dans l\u2019histoire, aucun régime politique de ce genre n\u2019a survécu.REL.Vous estimez que la mécanique juridique de la souveraineté-association est radicalement instable parce qu\u2019elle tend à multiplier les conflits entre États associés ou confédérés, et qu\u2019elle aboutit nécessairement, soit à l\u2019indépendance complète des deux partenaires, soit à un rapprochement au sein d\u2019une structure fédérative.Par contre, toujours au plan de la mécanique juridique, vous reprochez au Livre beige du PLQ d\u2019imposer au gouvernement central une tutelle inacceptable, d\u2019accorder aux provinces anglaises des pouvoirs et des juridictions qu\u2019elles n\u2019ont jamais demandés et dont elles n\u2019auraient que faire et d\u2019entamer l\u2019autonomie du Québec dans des secteurs essentiels.L.D.Oui.Mais c\u2019est dans son orientation même que le Livre beige est faussé.Pour ce qui est de la mécanique juridique, ou de la tuyauterie constitutionnelle, le jour où les Québécois seront bien d\u2019accord sur l\u2019orientation qu\u2019ils veulent donner aux négociations, il suffira de trois semaines pour mettre au point une nouvelle constitution.Les Américains l\u2019ont fait en deux mois.C\u2019est justement la mécanique juridique qui est la partie faible du Livre blanc.Et le PQ est presque d\u2019accord, puisqu\u2019il présente son document comme un ensemble de suggestions en vue d\u2019une négociation: ce n\u2019est pas encore un projet final.Le Livre beige, au contraire, se présente comme la solution complète et achevée.Vous avez raison de dire que je trouve déficients les cadres juridiques proposés par les deux options, mais tandis que je m\u2019oppose à l\u2019esprit du Livre beige de façon définitive, catégorique 146 RELATIONS et inconditionnelle, j\u2019estime que dans son esprit le Livre blanc met le cap sur l\u2019essentiel.Je ne crois pas que la formule proposée par le Livre blanc puisse être acceptée telle quelle par les provinces anglaises et le gouvernement fédéral, mais après tout il y aura une négociation! Or, dans une perspective de négociation, le Livre beige concède déjà trop, et sur des points intouchables à mon avis, tandis que le Livre blanc se situe encore en amont d\u2019une position acceptable par le Québec.Quand je lis le Livre blanc, je dois bien constater que je ne suis pas souverainiste (je continue de croire plus \u201céconomique\u201d une formule fédéraliste); néanmoins, je trouve valable son orientation essentielle, et j\u2019estime que le gouvernement du Parti québécois s\u2019est imposé suffisamment d\u2019entraves pour qu\u2019on n\u2019ait pas à le soupçonner de vouloir imposer d\u2019autorité, brusquement et à l\u2019encontre de la volonté du \u201cLe nationalisme du PO est de même souche que celui du PLQ des années 1960.Il représente le mode d\u2019expression idéologique de la nouvelle petite-bourgeoisie d\u2019intellectuels, de professeurs, de fonctionnaires et d\u2019artistes devenue consciente d\u2019exister comme classe au cours des années 1950 et qui a goûté aux fruits juteux du pouvoir poz litique depuis lors.\u201d peuple, des solutions constitutionnelles qui équivaudraient à proclamer du jour au lendemain l\u2019indépendance du Québec.Finalement, s\u2019il ne devait pas y avoir de négociations, ou si les négociations devaient s\u2019enliser, le gouvernement devrait revenir devant l\u2019électorat.Si, alors, le peuple du Québec, consulté démocratiquement, accordait à son gouvernement l\u2019autorité de proclamer l\u2019indépendance, j\u2019endosserais une telle décision.C\u2019est pourquoi je suis prêt à travailler dans le cadre du Livre blanc, même s\u2019il ne correspond pas à MA formule de départ pour une révision constitutionnelle.Quant au PLQ, étant donné l\u2019orientation qu\u2019il a prise depuis quelques années et l\u2019attitude de son chef, je n\u2019en attends plus grand\u2019chose.MAI 1980 L'OBJECTION TACTIQUE REL.Vous n\u2019êtes pas souverainiste.Votre oui n\u2019est pas un oui au Parti québécois non plus qu\u2019à la souveraineté-association.Mais vous êtes prêt à endosser le Livre blanc comme instrument de négociation.Justement, y aura-t-il des négociations, puisque les interlocuteurs éventuels du gouvernement québécois affirment déjà qu\u2019ils refuseront de négocier sur la base du projet de souveraineté-association?L.D.Mais vous savez pourquoi ils peuvent se permettre de parler ainsi.Les négociations seront impossibles aussi longtemps que deux partis politiques se partageront à peu près également le vote populaire des Québécois sur la question nationale.Comme je l\u2019écris dans mon ouvrage, ce n\u2019est pas la nature des demandes présentées par le Québec qui compte, c\u2019est le fait que les Québécois ne soient pas suffisamment \u201cunanimes\u201d.De ce point de vue, le Livre beige serait encore moins représentatif de l\u2019opinion des Québécois \u2014 et donc encore moins négociable \u2014: je ne crois pas qu\u2019il pourrait recueillir plus de 35% du vote (les anglophones et 1 5% des francophones), au cas où il serait soumis à un référendum.La seule chose qui compromettrait vraiment l\u2019amorce d\u2019éventuelles négociations constitutionnelles, c\u2019est le manque d\u2019unanimité des Québécois.Et à cet égard, les partis politiques québécois, depuis 1965-66, portent une grave responsabilité: celle d\u2019avoir polarisé l\u2019opinion publique et de l\u2019avoir divisée sur la question nationale.Là-dessus, je me reporte à ce que répétait fréquemment le vieil abbé Groulx: \u201cIl faut se méfier de l\u2019esprit de parti.L\u2019esprit de parti tue.L\u2019Esprit vivifie, mais l\u2019esprit de partie tue.\u201d REL.N\u2019empêche qu\u2019il faudra bien un jour \u201cse mettre à table\u201d.L.D.Je ne crois pas que la nouvelle constitution naîtra des conférences fé-déral-provinciales.Les partis politiques québécois sont en train d\u2019en donner la preuve: les élus, laissés à eux-mêmes, ne négocieront rien d\u2019autre que des arrangements à très court terme, répondant à des visées électo-ralistes.J\u2019aurais aimé, par exemple, que le Conseil du référendum serve justement à élever le débat référendaire au-dessus de l\u2019affrontement des partis, qu\u2019il voie à formuler la question et qu\u2019il surveille le déroulement du débat.On comprend que le PQ n\u2019ait pas voulu renoncer au privilège de poser la question.C\u2019est compréhensible, mais si jamais le résultat de la consultation populaire aboutissait à une impasse, il faudra bien se reprendre autrement.De même, pour la poursuite des négociations entre le Québec et ses partenaires canadiens, il faudra plus que des conférences fédéral-provinciales.C\u2019est pourquoi j\u2019ai proposé l\u2019idée d\u2019une Assemblée constituante.La Constituante n\u2019exclut pas les élus du peuple, mais elle inclut d\u2019autres personnes que les députés: des gens qui ne sont pas hommes de partis, des \u201csages\u201d si vous voulez, qui peuvent penser la société à construire et concevoir des cadres constitutionnels adaptés.Il nous manque encore une dernière Commission d\u2019enquête, mais qui soit véritablement fédéral-provinciale celle-là (la Commission Laurendeau-Dun-ton était parvenue à le devenir un peu, en dépit du fait qu\u2019elle était une commission fédérale d\u2019enquête): cette commission verrait à dégager les éléments essentiels du futur projet constitutionnel: des principes clairement énoncés, une analyse concrète de la situation, un projet de société articulé, une décision politique cohérente.Sur la base des travaux de cette commission, l\u2019Assemblée constituante aurait tôt fait d\u2019élaborer une nouvelle constitution.L'ESSENTIEL REL.Pour justifier votre oui au prochain référendum, comme pour rejeter le Livre beige du Parti libéral, vous renvoyez à \u201cl\u2019essentielle Livre blanc, dites-vous, \u201cmet le cap sur l\u2019essentiel\u201d, tandis que le Livre beige en dévie gravement.Pour vous, qu\u2019est-ce donc qui est \u201cl\u2019essentiel\u201d?L.D.C\u2019est la reconnaissance de la francophonie du Québec comme collectivité, collectivité qui doit disposer des cadres institutionnels qui lui conviennent.Cette collectivité est placée dans un environnement où elle se trouve minoritaire, situation précaire qu\u2019elle ressent sous le mode d\u2019une 147 profonde insécurité.Les cadres politiques qu\u2019il lui faut tendront à réduire cette situation de minorité pour enrayer le plus possible l\u2019insécurité qui travaille notre collectivité.C\u2019est pourquoi l\u2019essentiel, c'est d\u2019abord l\u2019idée d\u2019égalité.Non pas l\u2019égalité des économies ou des populations \u2014 elles sont inégales \u2014, mais l\u2019égalité des sociétés, ce que la Commission Lauren-deau-Dunton avait réussi à bien définir: les deux sociétés qui existent au Canada sont égales, en tant que telles, au plan politique et au plan juridique.Il s\u2019ensuit que toute négociation en vue d\u2019une future constitution doit être menée d\u2019égal à égal.Je l\u2019ai dit souvent à des auditoires anglophones: il est inconcevable pour le Québec de discuter sur une autre base, au moins en ce qui concerne ses structures sociales essentielles, ce qui le fait différent (la langue, la culture, les communications, les affaires sociales, sans doute aussi l\u2019immigration).Et je prends au sérieux le principe de l\u2019égalité.Et ceci doit valoir, évidemment, non seulement pour les mécanismes et les cadres de la négociation, mais aussi dans les résultats.La Commission Pépin-Robarts introduit des éléments d\u2019un régime structuraliste (à deux) avec son fédéralisme asymétrique: contrairement au Livre beige, elle a reconnu que le Québec doit pouvoir légiférer de façon exclusive dans le domaine de la langue, de la culture et des communications, sans lui jeter dans les jambes l\u2019article 133 de l\u2019AANB.Quelle mesure d\u2019égalité assurer au Québec?Je ne pense pas qu\u2019il faille aller aussi loin que le Livre blanc, quî exige deux États, mais je suis convaincu que l\u2019égalité garantie par la constitution doit être suffisante pour réduire substantiellement l\u2019insécurité de la collectivité québécoise.le 3 avril 1980 revue ^\t^ s,**\" ^ critère ^ o\tprintemps 1 980 LA RECHERCHE DU 2.Le Québec (no 28, 233 p.) PAYS 1.Francophones d'Amérique! (no 27, 245 p.) Vie culturelle Des textes de Guy Boulizon, Bernard Courteau, Jean-Claude Marsan, Hélène Pelletier-Baillargeon, Guy Bertrand, Pierre Dumas, Jean-Paul Lafrance, Grégoire Mathieu.Enquête sur les associations pan-canadiennes Survie et Développement Des textes de Aurélien Leclerc, Robert R.Bourbeau, Norbert Robitaille, Yolande Lavoie, Francine Lalonde, Michel Bastarache.Perspectives politiques Des textes de Lucien Campeau, André Patry, Jean Roy, André J.Bélanger, Jean Proulx, Jacques Dufresne, Pierre Vadeboncoeur, Yves Martin, Jean-Paul L\u2019Allier, Mireille Simard.Perspectives économiques Des textes de Camille Bronsard, Claude Montmar-quette, Pierre Fortin, François Vaillancourt, Bernard Landry, Pierre Vennat, Jean-Jacques Rivier.Liminaire [extrait] D\u2019abord faire le point.Où en sommes-nous dans notre implantation et notre évolution comme minorité francophone en Amérique.Des hommes et des femmes, avant nous, ont posé des gestes et rythmé des chants qui ont marqué les étapes de croissance d\u2019une identité.Une vie culturelle a dessiné les traits d\u2019une personnalité particulière dont on doit tenir compte dans l\u2019élaboration de tout projet collectif qui entend répondre à des aspirations fondamentales.L\u2019histoire est là pour nous rappeler ces voix et ces comportements qui ont délimité la topographie du paysage intérieur d\u2019un peuple.Mais il y a davantage.En ces jours où l\u2019occasion nous est offerte, non plus de subir, mais de choisir un destin, avec ce que cette projection dans l\u2019avenir comporte de conséquences, nous avons cru nécessaire de nous adresser à des démographes, des économistes, des politicologues, des historiens pour établir les faits et poser les bases objectives d\u2019une réflexion féconde.Car c\u2019est cela l\u2019important: nous savons bien qu\u2019on ne retrouve jamais son chemin, on ne peut que le créer par la trajectoire qu\u2019on décide d\u2019imprimer à chacun de ses pas.\u201d Disponible chez votre libraire REVUE CRITÈRE, Collège Ahuntsic, 9155, rue St-Hubert, Montréal, H2M 1Y8 (Tél.: 389-9068).148 RELATIONS DES JEUNES TRAVAILLEURS ET LE RÉFÉRENDUM Nous sommes de jeunes travailleurs, actifs ou sans emploi, et des étudiants du secteur professionnel; nous sommes regroupés dans le mouvement de la J.O.C.(Jeunesse ouvrière chrétienne).Comme les autres intervenants, nous entendons parler du référendum.Nous voulons présenter notre manière d\u2019aborder la question référendaire entre nous et avec d\u2019autres jeunes travailleurs et travailleuses.D\u2019abord, notre réalité Comme finissants de cours du secteur professionnel, nous sommes inquiets de notre avenir.Plusieurs d\u2019entre nous avons même changé plusieurs fois d\u2019options durant nos années d\u2019étude.Pourrons-nous trouver un emploi?Travaillerons-nous dans le métier que nous avons appris?Comme jeunes chômeurs, nous formons la catégorie la plus nombreuse: un chômeur sur deux est un jeune.\u2018\u2018Être si jeune et ne pas travailler\u201d nous dit-on souvent avec un regard plein de pitié.De plus, l\u2019assurance-chô-mage a raffiné ses moyens pour nous couper les prestations.Quand nous permettra-t-on l\u2019accès au travail?Comme jeunes travailleurs et travailleuses, nous vivons l\u2019insécurité d\u2019emploi.Nous sommes les derniers à être engagés et les premiers à être congédiés.C\u2019est toujours à nous qu\u2019il revient de commencer au bas de l\u2019échelle: on y commence et on y reste.Les patrons profitent de notre inexpérience et du grand nombre de jeunes qui cherchent un emploi pour nous donner de bas salaires, nous obliger à faire du temps supplémentaire ou des heures coupées, ou nous maintenir comme travailleurs à temps partiel.Voilà nos conditions de travail comme travailleurs et travailleuses en usine, dans les bureaux, les restaurants, les services d\u2019entretien, etc.C\u2019est ainsi que nous, les jeunes de la classe ouvrière, avons vite appris à \u201cprendre notre trou\u201d, à vivre dans la peur, l\u2019insécurité, l\u2019isolement.Nous sommes dans une société déjà organisée, et nous n\u2019avons aucun contrôle Un groupe de militants de la J.O.C.* sur nos conditions de vie.Cette situation est celle de toute la classe ouvrière.Où nous a-t-on donné un vrai droit de parole?Quand a-t-on fait appel à notre solidarité, à notre générosité?Dans quelles circonstances nous a-t-on permis d\u2019être une force de changement et de développer notre fierté?Les capitalistes ont tout organisé pour faire taire nos aspirations, nous isoler, pour développer entre jeunes l\u2019esprit de compétition, l\u2019individualisme et la consommation.C\u2019est cette réalité-là que nous devons vivre tous les jours.OUI à une société autre Comme jeunes militants de la J.O.C., nous avons eu la chance de nous regrouper, de nous organiser, de partager ensemble notre réalité et surtout de comprendre le système d\u2019exploitation dans lequel nous vivons.Nous ne sommes pas surpris de constater que beaucoup de jeunes travailleurs et travailleuses dans nos milieux de travail et nos quartiers ne s\u2019intéressent pas facilement au référendum.Ils sentent facilement que le pouvoir politique ne rejoint pas souvent leurs intérêts.Plusieurs ont même peur de perdre ce qu\u2019ils n\u2019ont même pas.Si aujourd\u2019hui nous sommes motivés pour lutter afin de bâtir une société autre, c\u2019est que nous avons mieux compris comment la société est organisée et que nous avons identifié nos intérêts en solidarité avec toute la classe ouvrière.Notre OUI au référendum s\u2019appuie sur les intérêts de la classe ouvrière.Nous croyons que c\u2019est dans la direction du OUI que les conditions seront meilleures pour continuer la lutte à partir des intérêts des travailleurs.Les appuis que les multinationales donnent au NON nous aident à réaliser de quel côté sont nos vrais intérêts.* Ce texte est l\u2019oeuvre d'un groupe de jeunes travailleurs montréalais, membres et militants de la Jeunesse ouvrière chrétienne.LE CENTRE DU DÉBAT S\u2019EST DÉPLACÉ par Charles Taylor* Depuis que le gouvernement a opté pour une question \u201cmolle\u201d qui n\u2019engage pas définitivement, le centre du débat s\u2019est déplacé.On ne discute plus des mérites ou inconvénients de la souveraineté-association, ou de ceux des autres solutions possibles à notre imbroglio constitutionnel.Mais dieu sait qu\u2019on était loin d\u2019être entièrement MAI 1980 clair sur cette question.On ne nous avait pas encore expliqué comment une association étroite avec un partenaire économiquement plus puissant pourrait éviter les maux présumés de la constitution actuelle: le statut minoritaire du Québec, et son manque de liberté de manoeuvre.Mais voilà qu\u2019on ne nous invite plus à voter pour la souveraineté-association, mais pour les aspirations du Québec, ou contre le statu quo.On nous invite à voter dans le sens des revendications historiques du Québec, à continuer l\u2019oeuvre de nos devanciers, bref à rester fidèles à nous-mêmes.C\u2019est vague à souhait.On en retire l\u2019impression qu\u2019il faudrait être contre le Qué- 149 bec pour voter \u201cnon\u201d.On oublie que la question sur le bulletin est tout de même un peu plus précise, qu\u2019elle nous demande de donner au gouvernement le mandat d\u2019aller chercher un régime spécifique.Mais la stratégie du gouvernement pourrait très bien réussir.Chez un peuple qui a vécu longtemps le statut de minorité en Amérique du Nord, qui a subi une pression assimilatrice constante, il existe des réflexes de défense.On peut les appeler des réflexes de solidarité si on veut les valoriser, ou de tribalisme si on les trouve néfastes.En vérité ils sont probablement un mélange surdéterminé des deux, et peut-être d\u2019autres mobiles encore.De toute façon on peut parfois s\u2019en servir pour des fins politiques.Et c\u2019est ce que le gouvernement semble faire bien habilement.C\u2019est efficace, mais malsain.Et cela pour deux raisons.D\u2019abord parce que ça implique une démission.Jouer le réflexe de solidarité lors d\u2019un choix de régime c\u2019est inviter à ne pas réfléchir, à courir tête baissée dans un avenir mal compris sous prétexte qu\u2019il est le seul compatible avec notre passé et nos aspirations séculaires.Mais le nfonde est complexe et en changement constant; et le régime qu\u2019on va choisir pourra, en fin de compte, durer longtemps.C\u2019est le moment entre tous où il faudra être clairvoyant, peser le pour et le contre.Il surprend de voir que même les intellectuels peuvent se laisser happer par ce climat surchauffé.Un Léon Dion, par exemple, un des politicologues les plus respectés du Québec, fait une critique du Livre beige du PLQ dans Le Devoir.Je ne discute pas ici des mérites du Livre beige, mais j\u2019étais frappé par le fait que Dion n\u2019en discute pas vraiment non plus.Il était en effet très peu question, dans son texte, des avantages et inconvénients du régime proposé dans le Livre beige; la critique portait principalement sur le soi-disant manque de fidélité du document Ryan envers les revendications formulées par ses prédécesseurs.À supposer que cela soit vrai, est-il interdit de repenser nos objectifs constitutionnels, quelle que soit l\u2019évolution du monde et de notre société?Est-ce que la fidélité au passé doit nécessairement être aveugle et irréfléchie?S\u2019il en est ainsi, c\u2019est bien le désastre qui nous attend.Mais jouer le réflexe de solidarité lors du débat référendaire est aussi malsain à un autre titre.Car c\u2019est faire appel à une présumée volonté commu- ne pour stigmatiser les partisans du \u201cnon\u201d d\u2019adversaires du Québec.On veut faire de l\u2019adhésion au clan des \u201coui\u201d le critère du \u201cvrai québécois\u201d.Dorénavant il y a les vrais québécois et les autres, ceux dont les titres de \u201cquébécité\u201d sont suspects.Un jour peut-être, on commencera de parler de \u201ctraîtres\u201d.Espérons que ce jour ne viendra jamais.Les leaders du Parti québécois affirment souvent leur désir de bâtir un Québec ouvert.On ne saurait douter de leur sincérité.Mais avec une naïveté extraordinaire, ils semblent croire que les bonnes intentions suffisent, qu\u2019ils peuvent se servir de n\u2019importe quel argument, faire appel à n\u2019importe quel sentiment, même les plus chauvins, sans que cela affecte le moins du monde la qualité de notre vie collective future.Tout ça peut être très efficace pour la campagne en faveur du \u201coui\u201d; mais c\u2019est en même temps très irresponsable.J\u2019espère que nous n\u2019aurons pas tous à payer les pots cassés.* M.Charles Taylor, du département de science politique de l\u2019Université McGill, a été plusieurs fois candidat du Nouveau Parti démocratique.EST-II POSSIBLE DE BÂTIR UN CANADA À DEUX?Richard Arès* Y a-t-il quelque chose à ajouter à tout ce qui s\u2019est dit à l\u2019Assemblée nationale du Québec durant les trente-cinq heures du débat référendaire en mars dernier?Je ne le pense pas, mais puisqu\u2019on me demande mon avis, je le donne et, voulant être conséquent avec moi-même et avec ce que j\u2019ai déjà écrit dans la revue Relations, je mé permets d\u2019abord de rappeler deux de ces articles.Le premier a paru dans le numéro de juillet-août 1 967 et s\u2019intitulait \u201cLes Canadiens français et la Confédération\u201d.Cet article tentait, au cours de l\u2019année du centenaire, de dresser un bilan des bienfaits et des méfaits qu\u2019avait valus au peuple canadien-français le régime fédératif.En voici les grandes lignes seulement.D\u2019abord , les trois bienfaits qu\u2019en principe on escomptait: \u201c1.La réunion en un seul pays et sous un même État de tous les groupements français de l\u2019Amérique du Nord britannique.; 2.La présence de certaines garanties constitutionnelles concernant la langue et l\u2019école.; 3.La possession par le Québec de véritables pouvoirs étatiques .\u201d À la suite de ces bienfaits théoriques, le même article énumérait les méfaits qu\u2019en pratique le régime fédératif avait valus au peuple canadien-français.Le tout se ramenait à un triple refus: \u201c1.Le refus de reconnaître à la communauté canadienne-française le droit d\u2019exister comme telle en dehors du Québec.; 2.Le refus d\u2019accorder, dans les organismes fédéraux, l\u2019égalité de traitement et de chances à la langue et à la culture de la communauté canadienne-française.; 3.Le refus de respecter l\u2019autonomie et le caractère différent du Québec.\u201d.À propos de ce dernier refus, l\u2019article précisait: \u201cLe Québec.n\u2019est pas une province comme les autres.Il est la première partie d\u2019une communauté homogène, qui y est enracinée depuis trois siècles et y a toujours formé l\u2019immense majorité de la population.Pour lui, l\u2019autonomie provinciale n'est pas une affaire de luxe, c'est une question de responsabilité vitale à l\u2019égard de la communauté nationale dont il a la charge.\u201d L\u2019année suivante, soit en février 1968, se tenait à Ottawa une conférence constitutionnelle où allaient s\u2019affronter deux Canadiens français, l\u2019un tenant pour un seul Canada, l\u2019autre revendiquant un Canada à deux.Dans le numéro de mars de Relations de la même année sous le titre \u201cLa colossale entreprise de rebâtir un Canada à deux\u201d, je notais tout d\u2019abord que le sens profond de cette conférence m\u2019apparaissait comme \"une tenta- 150 RELATIONS f/Ve de renverser le courant de l'histoire et de rebâtir un Canada à deux\u201d.J'expliquais par la suite: \u2018\u2018Depuis la conquête de 1760, un double courant traverse et compose à la fois l\u2019histoire du Canada: le courant de l\u2019unité ou du Canada à un, et le courant de la dualité ou du Canada à deux.Ces deux courants rivaux ne cessent de se disputer la suprématie; en gros, on peut dire que le courant de la dualité a prévalu durant le premier siècle après la Conquête et que le courant de l\u2019unité l\u2019emporte depuis la Confédération.De l'Atlantique au Pacifique, le courant dit de l\u2019unité nationale déferla sur le pays et toutes les provinces à l\u2019exception du Québec, se proclamèrent, de fait sinon de droit, unilingues et uniculturelles.Le Canada à deux se réduisit au Québec; là, francophones et anglophones coexistèrent comme peuples, jouissant des mêmes droits linguistiques et scolaires.Longtemps le Québec s\u2019est contenté de protester contre cette assimilation massive des siens, puis, un bon jour, tout récemment, il a pris conscience qu\u2019il était gravement menacé et qu\u2019il lui fallait aussi faire son unité s\u2019il voulait survivre.Puisque, se sont dit certains, toutes les autres provinces ont rejeté le projet d\u2019un Canada à deux, pourquoi le Québec persisterait-il à se vouloir bilingue et biculturel, pourquoi y aurait-il encore demain un Québec à deux, voire un Québec canadien?\u201d Aujourd\u2019hui, à la veille d\u2019un référendum où, pour la première fois de son histoire, le peuple québécois aura l\u2019opportunité et la chance de se prononcer sur son avenir politique, la même question à laquelle n\u2019a pu répondre la conférence d\u2019Ottawa de 1968 se pose encore: est-il possible de rebâtir un Canada à deux?La réponse concerne, non seulement le gouvernement, mais tout le peuple du Québec; sans l\u2019appui de ce dernier, l\u2019expérience historique l\u2019a prouvé, le premier risque encore une fois, en se rendant à Ottawa, de se heurter à un refus de négocier et à l\u2019impossibilité d\u2019obtenir quoi que ce soit.Pour ces raisons, et bien d\u2019autres encore, il me paraît clair que tout Québécois qui se sent solidaire de son peuple et que n\u2019aveugle pas l\u2019esprit de parti surtout s\u2019il est francophone ne peut répondre que par l\u2019affirmative à la question posée par le gouvernement sur \u201cLa nouvelle entente Québec-Canada\u201d.* On ne présente pas aux lecteurs de RELATIONS, le Père Richard Arès qui a dirigé la revue de 1956 à 1969.RISQUES ET AVANTAGES DU RÉFÉRENDUM par Luis Morfin L.* Permettez-moi, d\u2019abord, de préciser quel est mon \u201cpoint d\u2019observation\u201d.Ce que je m\u2019en vais dire se fonde, je m\u2019en rends bien compte, sur un profond intérêt et une amitié véritable pour le peuple québécois.Pour son passé, pour ce qu\u2019il est présentement et pour sa recherche des voies qui lui permettront d\u2019être fidèle à ses aspirations légitimes.Cette amitié, comme toute amitié sincère, ne rend pas aveugle; elle ne m\u2019empêche pas d\u2019être objectif, et je suis certain qu\u2019elle me permet, plutôt, d\u2019accompagner \u201cl\u2019autre\u201d loyalement dans la recherche de son propre destin.Je ne suis ni diplomate, ni fonctionnaire; je ne suis le représentant \u201cofficiel\u201d d\u2019aucun gouvernement; je suis-parfaitement libre de m\u2019exprimer ouvertement et avec respect.La diplomatie me semble tenir un autre langage.Le gouvernement français, par exemple, avec sa formule de non-ingérence et non-indifférence me paraît bien essayer de calmer sa mauvaise conscience (pour le passé) et de protéger ses intérêts (pour l\u2019avenir).Et je suis convaincu que le gouvernement mexicain, par le soin que prendra son président, lors de sa prochaine visite au Canada, d\u2019éviter tout contact \u201cofficiel\u201d MAI 1980 avec le Québec, manifeste clairement qu\u2019il a conscience de son peu de légitimité et qu\u2019il craint même d\u2019être mis en présence d\u2019un processus authentiquement démocratique.Il ne fait aucun doute qu\u2019il escompte bien pouvoir \u201cnégocier\u201d, éventuellement, avec le vainqueur.En comparaison, ma position est beaucoup plus libre.Tout bien considéré, il ne convient pas, je crois, que je me prononce ici pour le OUI ou pour le NON.Je préfère risquer une interprétation que j\u2019estime plus profonde, et qui viserait à identifier les risques et les avantages dur référendum, quel qu\u2019en soit le résultat.D\u2019abord, ses bienfaits.J\u2019en suis convaincu, c\u2019est un immense privilège pour le Québec \u2014 et pour nous tous qui faisons présentement avec lui l\u2019expérience du référendum \u2014 que de vivre un tel processus de questionnement, de quête d\u2019identité, de recherche des voies de l\u2019authenticité.À une époque où les caprices de la société de consommation et l\u2019importation frénétique de modes et de modèles étrangers paraîtraient la norme utli-me de survie, le seul fait d\u2019être exposé à un pareil effort d\u2019autenticité, où l'on répond à des questions telles que \u201cqu\u2019est-ce que je suis?où est-ce que je m\u2019en vais?vers quoi?par quel chemin?\u201d, et ceci par l\u2019entremise des moyens de communication les plus divers et à tous les niveaux de la société, cette expérience, j\u2019insiste, représente un immense privilège.Deuxièmement, c\u2019est la vie démocratique qui s\u2019affirme ici comme moyen d\u2019expression de la volonté.La démocratie, cependant, bien comprise comme préséance accordée au bien commun sur l\u2019intérêt particulier, et non pas comme le cumul mesquins d\u2019égoïsmes individuels qui se sentent menacés, ce qui aboutit au désordre organisé, au système américain dont nous constatons qu\u2019il devient chaque jour moins vi-vable et moins supportable.Le référendum confirme la valeur de la démocratie bien comprise.Troisième avantage: l\u2019apprentissage douloureux et difficile, mais d\u2019autant plus fécond, de la convivialité dans le pluralisme: le fait de devoir aller au-delà des accords superficiels et des approbations de politesse, pour exposer et défendre son point de vue, mais en même temps de respecter l\u2019opinion d\u2019autrui en partant de l\u2019humble conviction qu\u2019on ne peut embrasser tout l\u2019ho- 151 rizon des implications de la question référendaire.Quant aux risques ou aux dangers, j\u2019en vois deux principaux: d\u2019abord, une préoccupation excessive pour la \u201cquestion nationale\u2019\u2019, qui finirait par isoler le Québec et par le couper d\u2019un mouvement beaucoup plus vaste, plus universel: la lutte des peuples pour leur libération.On peut trouver un indice de cette tendance isolationniste dans le temps considérable que réservent les bulletins d\u2019information à la question référendaire par rapport aux nouvelles internationales.Le deuxième danger me paraît être celui de confondre le temps individuel, local, et le temps social.Si important que soit l\u2019événement du référendum, il reste secondaire par rapport aux transformations profondes qui rendront possible l\u2019existence authentique du Québec dans son ensemble et celle de chaque Québécois.Un oui ou un non ne peuvent en eux-mêmes remplacer ce processus de formation personnelle et sociale, l\u2019apprentissage des mécanismes qui permettent à un peuple de grandir et de trouver sa juste place dans le concert des nations.Au fond, il y a plusieurs tâches normales, plusieurs étapes, que le référendum implique, et qui vont bien au-delà du résultat du scrutin.Je termine sur une conviction personnelle: la connivence profonde qui inspire mon amitié pour le peuple québécois n\u2019est pas un simple relent d\u2019humanisme (\u201cje suis homme et rien d\u2019humain ne m\u2019est étranger\u201d).Mais je crois que toute situation qui porte atteinte à la dignité de l\u2019homme, qui l\u2019empêche de manifester ce qu\u2019il est, qui soutient l\u2019injustice sous quelque forme que ce soit, est anti-chrétienne et freine la construction du Royaume.Or ce qui se passe au Québec est, au fond, un épisode de la lutte universelle des peuples pour leur libération.Montréal, le 13 avril 1980 Jésuite mexicain, Luis Morfin réside au Québec depuis trois ans.Il est membre du comité de rédaction de RELATIONS.LE RÉFÉRENDUM À DISTANCE par Gilbert Pilot, porte-parole du Conseil des Montagnais de Sept-lles \u2014 Maliotenam Le Conseil des Montagnais (le Chef et neuf Anciens) anime et représente une population de 1300 personnes, qui réside sur les réserves de Sept-lles et de Maliotenam (à une quinzaine de kilomètres de Sept-lles).Pour les Montagnais, et plus particulièrement pour le Conseil des Anciens, on peut difficilement parler d\u2019\u201cévéne-ment\u201d à propos du prochain référendum sur la souveraineté-association.Le fait que parmi la population québécoise se dessine un mouvement important pour renégocier la constitution canadienne représente tout au plus, vu des deux réserves, un incident lointain.Nous avons toujours été placés sous la tutelle du gouvernement fédéral; nous avons toujours dépendu d\u2019Ottawa pour les services publics et pour les programmes d\u2019aide et de développement social.C\u2019est un fait que nous ne sommes pas satisfaits des services que nous recevons.Mais lorsque le gouvernement du Québec nous assure que les Amérindiens vont sûrement bénéficier du changement du statut politique qu\u2019il espère recevoir le mandat de négocier, pourquoi devrions-nous le croire?Nos problèmes resteront les mêmes, quel que soit le régime constitutionnel que choisiront les Québécois, indépendance, souveraineté-association ou fédéralisme renouvelé.Problèmes au niveau du territoire, problèmes au plan du développement socio-économique et des services qu\u2019on nous accorde.152 Sur nos territoires nous réclamons le droit de passage, d\u2019occupation, d\u2019exploitation, et le droit de décider des projets de développement qui y sont mis en chantier.Faut-il rappeler Nos problèmes resteront les mêmes, quel que soit le régime constitutionnel que choisiront les Québécois.que nos territoires sont présentement exploités par des multinationales, qui profitent de larges subventions du fédéral et du provincial?Ces terres ont été simplement occupées par les nouveaux venus.Il n\u2019y a jamais eu d\u2019entente conclue entre la nation montagnaise et un gouvernement blanc.Au plan politique, nous voulons pouvoir établir nous-mêmes, à l\u2019intérieur de notre communauté, les solutions aux problèmes que nous affrontons, puis présenter nos propositions au gouvernement.À partir des fonds énormes qu\u2019il retire de l\u2019exploitation de nos territoires, celui-ci devrait nous offrir des services qui répondent aux besoins que nous aurons définis.Peu nous importe, alors, de savoir quel gouvernement financera ces services.Au fond, cela ne fait pour nous aucune différence, car nous nous battons contre un système: que celui qui l\u2019administre se dise libéral, québécois ou conservateur ne change strictement rien.Par conséquent, la question d\u2019avoir à opter pour le OUI ou pour le NON ne se pose pas pour nous.Nous nous abstiendrons.Et cette abstention a un sens bien précis.Même si le proverbe enseigne que \u201cqui ne dit mot consent\u201d, il ne s\u2019applique que pour quelqu\u2019un qui est directement impliqué dans un débat.Notre situation est différente, car la \u201cconsultation populaire\u201d organisée par le gouvernement du Québec ne nous concerne pas.Pour nous, ne pas aller voter, le 20 mai, ce n\u2019est pas appuyer tacitement l\u2019une ou l\u2019autre des positions en présence, c\u2019est dire que nous refusons de reconnaître le système en place, que nous contestons le régime qui nous est imposé.Après tout, le problème linguistique et le problème de la défense de l\u2019identité nationale, nous les vivons quotidiennement.Pourquoi devrions-nous nous solidariser avec ceux qui mettent en péril notre langue, nos institutions, nos ressources et notre mode de vie?Nous avons une langue et nous pouvons l\u2019écrire.Advenant que nous présentions des revendications, elles seront rédigées en montagnais.Propos recueillis le 16 avril dernier.RELATIONS DES ERANCO-PROTESTANTS ET LE RÉFÉRENDUM par Pierre Goldbergh On m\u2019a donc demandé, parmi d\u2019autres, de rendre compte de l\u2019enjeu référendaire dans mon milieu de vie.Clarifions deux choses: la nature de ma réponse au référendum et l\u2019identification de mon milieu d\u2019appartenance.La réponse au premier volet est claire: je dirai oui à l\u2019enjeu et à la question référendaire, et ce, pour des raisons personnelles que je ne développerai pas ici, mais dont on pourra percevoir, en filigrane, des éléments majei La réponse au second volet es\\ laïus complexe.Pasteur de l\u2019Église Urne Canada, une église \u201cnationale\u201d à très grande majorité anglo-protestante jusqu\u2019à tout récemment encore jpas- teur d\u2019une corn testants, maint lège de théologie de l\u2019Église Unie affi- lié à McGill \u2014 essentiellemen lations me dem en relation ave unauté de franco-pro-nant directeur du Col- c\u2019est-à-dire un anglophone \u2014, j\u2019î comprendre quf les rédacteurs de ndaient de m\u2019expr : ce dernier miliei ilieu cru Remer Et ils seront déçus.Car, réflexion faite, c\u2019est dans la communauté réformée francophone que plongent mes appartenances et mes racines vitales.DqTâr aussi, surgit ma solidarité avec le pro-\u201c jet québécois de souveraineté d\u2019égalité des peuples.Coup d\u2019oeiTstn^nos racines Pour cette infime minorité de.Quêbé-cois franco-protestants dont je suis, 60 000 d\u2019après le dernier recensement \u2014 en grattant tous les fonds de tiroir), l\u2019enjeu référendaire se lit et se vit à travers une double expérience mino-/ ritaire, qui a connu sçs'moments pression puis d\u2019assif Nos racines sont québécoises guenotes.Nul besoin aujourd\u2019hui d\u2019étre apologétique ou \u201canti-.\u201d, même si la hache de l\u2019histoire a été mise sur ces racine^ Mais moi aussi, aujourd\u2019hui, \u201cje me souviens\u201d.Au coeur de la colonisation de la Nouvelle-France, il y a des huguenots.Ce n\u2019est pas étonnant.1.Hervé Fines, Album du protestantisme français en Amérique du Nord (Montréal, L\u2019Aurore, 1 972), p.1 5.D\u2019une part, c\u2019est parmi la population côtière de France qu\u2019on retrouvait une forte concentration de protestants.Leur présence dans la \u201cMarine royale\u201d était marquée.D\u2019autre part, Henri IV voulait faire du \u201cCanada\u201d un refuge pour les réformés, refuge que leur avaient refusé la vieille Europe et ses inquisitions.EUfc\u2019était bi£A-pafti.car nous lavons ioire de leur présence et d^ cer-fins de leurs noms.De la Roque, Seigneur |de RpberJ val, Lieutenant général des Terres Neuves; Champlain, baptisé protestant, convert au catholicisme et qui un oeil favorable pour les huguenots; Lescarbot, avocat de la Rochelle, embarqué avec un prêtre et un pasteur, lesquels meurent au cours du voyage; Lescarbot lit l\u2019Évangile régulièrement à la communauté rassemblée.(.pré-oecuménisme!); Guillaume de Caen, son neveu Emery, suivis de la Mothe, Chargés par le roi, selon certains historiens \"d\u2019établir le catholicisme au Québec\", paradoxe que Ghampfërirr sembte êctairer; \u201cd'ëSf qu\u2019il se présentait pas assez de catholiques qui voulussent tant hasarder; il en résultait que l'on reçut des prétendus réformés, mais on ne leur permit de célébrer leur culte.\" (1) Puis js tard (vers 1760), François Mou-nier; Pierre du Calvet, interné deux ans par Haldimand, qui ira par la suite plaider à Londres pour une monarchie tionnelle contrôlée par le peuple; Lotbinière, qui défend la place de la langue française et dont l\u2019arrière pe-ft-fils Henri^oly, sera Premier ministre Conrad Gugy, membre de la premiè/e assemblée législative de 1775; Abraham Martin, qui a laissé son nom aux \u201cmornes plainps\u201d de,-Québec; le parlement de 1 792 corn-.rend plusieurs députés d\u2019origine guenote dont de Boucherville, seau; vers 1800, les pasteurs Jean de îûii^yi^t^ÙÜYlfiR^FeHefrerRoussy qui se réfugient aux États-Unis après la révolte des Patriotes, pour revenir fonder pour leurs enfants une école à Pointe-aux-Trembles; le fils de Papineau, Louis-Joseph, patriote, ardent défenseur des droits de son peuple, qui fait construire sur son domaine de Montebello une chapelle pour le culte réformé.Mais arrêtons là ce défilé de noms qui renvoient aussi à une \u201cfoi en-souchée\u201d au Québec.Si la coexistence, bien plus, la collaboration s\u2019était affermie et avait perduré, le Québec aurait pu prendre un tout autre visage historique et spirituel.Il aurait pu être une société d\u2019emblée ,pluraliste et accoucher d\u2019un christia-)e ouvert, peut-être de type hollan-îst-àrdire bâti sur une recon-»anqe^ei des défis évangéliques jroques.vague ié s lor >pé une \\CaV lai hache luremenl.te et su rtc sionnaire suï années 1830.rait peut-être évité montaine qui a as-ips le Québec, et dé-îté autre, ouverte plu-ïb c/itique et la res-.Mais tout cela îse gratuite, car préci-autre histoire, îté m/se aux racines.Et >t Rjthelieu, l\u2019interdic-t de culte pour les pro-velle-France, larconfis-leürs biens, le tout coïn-l\u2019àrrivée de§Z Jésuites! \u2014 Bref, à quelques indivi-st la fin des huguenots en ?e., Jusqu\u2019à lajConquê-'aiympuv0ment mis-belge des Pas de lamer nir d\u2019une expéri mée, prise en ét entre les liens atiôns.n.ce is un souve-orité oppri-foi et culture, 3èc les Britan-t les frères ca- niques colonisateu nadiens catholiques romains, exclu sifs et sur la défensive.Dans cet étau, un sursaut de courage: en 1839, des écoles sont fondé^s-par des franco-protestanjs québécois pour accueillir les enfants des Patriotes excommuniés ou exclus de la vie civile et reli-et ce, à la fois au grand dam /dd^aiitorités de l\u2019Empire et des autori-îs de l\u2019Eglise catholique romaine de l\u2019époque.Sur les registres de mon ancienne paroisse, on lit le nom de Louis-Joseph Papineau rHsT4>afmi celui d\u2019autres patriotes.Tassés sur la bande Depuis la résurgence réformée au Québec vers 1830, un autre front de MAI 1980 153 lutte et de partage comme minoritaires: celui qui se joue avec nos frères dans la foi anglophones.Car, faisant partie de grandes Églises \u201cCanadian\u201d anglophones, on s\u2019attendait, quasi \u201cnaturellement\u201d, souvent sans malice, à ce que les franco-protestants ne soient que la copie conforme de l\u2019intelligence qu\u2019ont d\u2019eux-mêmes, de leur vision de l\u2019Église, du pays et du monde, les anglo-protestants.Grincements.Car \u201cnous\u201d étions de nouveau les témoins, \u201ctassés sur la bande\u201d, du télescopage aveugle de la foi et de la culture que nous expérimentions par ailleurs dans la société catholique québécoise.Tout cela accompagné d\u2019une assimilation \u201cstructurelle\u201d, commandée par la nature confessionnelle des écoles, et où l\u2019éducation protestante, \u2018\u2018il va de soi\u201d devait se faire en anglais.À l\u2019intérieur même de nos \u201cÉglises nationales\u201d, les synodes, comités et autres instances ecclésiastiques étaient \u201cnaturellement\u201d conduits en anglais, avec, bien entendu, des présupposés historiques, culturels, politiques qui devaient apparaître évidents à tous, dont l\u2019unité du Canada tel quel.Beaucoup d\u2019entre nous ont vécu le glissement \u201cinnocent\u201d de la prière d\u2019action de grâce et d\u2019intercession pour l\u2019unité des chrétiens et pour l\u2019unité du Canada.Ce n\u2019était pas évangile pour tout le monde, nous étions bien placés pour le savoir.Enfin, dans notre \u201cmission\u201d, nous avons vécu, jusqu\u2019à la dernière décennie, une appartenance ecclésiale ambivalente.D\u2019une part nous étions soutenus financièrement \u2014 nous le sommes encore, mais différemment \u2014 par nos frères et soeurs anglo-protestants, d\u2019autre part nous étions freinés dans notre témoignage.Pourquoi?Parce que les grands entrepreneurs canadiens, membres de nos Églises, ne tenaient pas à voir les réformés causer des \u201ctroubles sociaux\u201d en indisposant les autorités catholiques romaines qui avaient main mise sur le \u201ccheap labor\u201d québécois \u2014 essentiel pour des hommes d\u2019affaires.Et maintenant.Que cela suffise donc pour évoquer nos racines.Plusieurs d\u2019entre nous partons de là pour faire face à l\u2019enjeu que pose la souveraineté du Québec, car c\u2019est à travers notre propre expérience de domination et de citoyens doublement minoritaires, que nous pourrons aujourd\u2019hui rejoindre profondément les aspirations à l\u2019égalité et à l\u2019indépendance de nombreux Québé- 154 cois.De plus, sur le plan spirituel, Vatican Il et l\u2019ouverture oecuménique au Québec ont rendu aux réformés francophones, cette solidarisation non seulement facile mais évidente.Car parmi le peuple québécois, les catholiques sont nos frères et nos soeurs dans la foi en Jésus-Christ.Leur espérance est la nôtre, leurs aspirations les nôtres, quand bien même, pour un temps encore indéterminé, notre témoignage chrétien empruntera résolument encore la voie réformée.Et puis il y a sans doute aussi, traînant dans l\u2019arrière-conscience de nombreux protestants, cette affirmation centrale dans la Réforme, que l\u2019on retrouve notamment chez Luther et chez Calvin, de la souveraineté de Dieu.De cette souveraineté dont il découle \u2014 arguent-ils \u2014 , qu\u2019aucun de ses enfants Il y a au Québec une société à refaire.C\u2019est une tâche continue.Tant qu\u2019il y aura dominations et injustices.n\u2019est désormais condamné à être un \u2018\u2018sujet taillable et corvéable\u201d, soumis à d\u2019autres hommes et instances dominantes: Notre expérience chrétienne de l\u2019Évangile en tant que réformés minoritaires, nous a appris à lire l\u2019histoire à la lumière de ses victimes et de ses dominés, à la lumière de la croix.Pour nous, concrètement, le peuple du Québec se présente, à la fois comme minoritaire et dominé.Certes, pour ceux d\u2019entre nous qui répondront \u201coui\u201d, il ne s\u2019ensuit pas que l\u2019on puisse dériver tout tranquillement de l\u2019Évangile une réponse positive pour la souveraineté du Québec.Une telle réponse relève de l\u2019exercice de la liberté et de la conscience responsable du chrétien dans le monde.Liberté responsable à laquelle nous appelle l\u2019Évangile, mais devant qui nous devons prendre le risque historique (ceux du \u201coui\u201d comme ceux du \u201cnon\u201d) de dire que la souveraineté du Québec est une façon de structurer l\u2019avenir de ce peuple, pour une justice plus grande, pour une dignité plus affirmée, pour une responsabilité plus manifeste.Courir ce risque, nous en trouvons le mandat dans l\u2019Évangile de la liberté.Clarifier nos appartenances Le référendum \u201cnous\u201d contraint de façon salutaire à prendre le Québec, sa société, son devenir, au sérieux et ce, en tant que Québécois, chrétiens et franco-protestants.Nous sommes, nous, réformés, à clarifier nos appartenances: oui, plusieurs dont je suis, sommes solidaires de l\u2019histoire, des aspirations à la liberté et à la justice de ce peuple dominé.Cette expérience de domination nous rejoint et nous nous y inscrivons de façon particulière à travers notre propre domination et notre soif de liberté.Par ailleurs, nous avons à confirmer notre solidarité avec nos frères et soeurs et coreligionnaires anglophones, ce qui n\u2019entraîne pas, ni que nous \u201cvotions\u201d comme eux, ni que nous leur soyons \u201cinfidèles\u201d en ne le faisant pas.Le référendum nous force à clarifier la nature du lien entre l\u2019Évangile et la culture, la nature du lien confessionnel à la lumière de notre incarnation dans l\u2019histoire du peuple québécois, de ses luttes et des nôtres.Affirmer le Québec, c\u2019est pour certains de nous, tourner le dos à l\u2019assimilation morale ou linguistique, culturelle et politique.C\u2019est aussi cesser de loucher entre Montréal et Toronto \u2014\tle siège de nos églises \u2014 pour reconnaître et vouloir que le champ privilégié de notre témoignage et de nos apports s\u2019incarne et vise le peuple au Québec.C\u2019est enfin affirmer que le Québec reste à faire, et que dans ce projet d\u2019espérance, nous, réformés, portons \u2014\tavec d\u2019autres \u2014 le dossier des minoritaires, de ceux qui sont \u201ctassés sur la bande\u201d de la société, \u2014 indiens, travailleurs, femmes, immigrants, et bien sûr des anglophones \u2014 et dont le relèvement et la place qui leur est faite témoignent, selon l\u2019Évangile, de l\u2019humanité d\u2019une société et de la présence de signes du Royaume, déjà parmi nous.Il y a au Québec une société à refaire.C\u2019est une tâche continue.Tant qu\u2019il y aura dominations et injustices.C\u2019est à cause de nos racines, du \u201csemper reformanda\u201d que plusieurs d\u2019entre nous, réformés québécois, répondons \u201coui\u201d à la souveraineté du Québec.Nous la vivrons ensemble.\t\u2014¦ RELATIONS LA CSN, LA QUESTION NATIONALE ET LE OUI AU RÉFÉRENDUM En une réunion spéciale, le 11 avril dernier, les quelque 160 délégués du Conseil confédéral, la plus haute instance entre les congrès, représentant l\u2019ensemble des fédérations et des conseils centraux de toute la Confédération des syndicats nationaux, décidèrent d\u2019appuyer, à peu près unanimement (à environ 97% des voix), la proposition suivante: \u201cLa CSN, dans le respect de l\u2019opinion de chacun des membres, et tout en conservant son autonomie, considère qu\u2019il est dans l\u2019intérêt des travailleurs et des couches populaires de voter OUI au référendum.\u201d Cette résolution ne dicte rien.La CSN dit simplement qu\u2019elle «considère» que ce OUI est dans l\u2019intérêt de ceux qu\u2019elle représente.C\u2019est l\u2019un des aboutissements d\u2019une longue démarche, surtout depuis trois ans.Recherches, réflexions, débats, réunions d\u2019information, de formation et de consultation, dans de nombreuses instances et à tous les niveaux, ont vraiment manifesté l\u2019existence concrète d\u2019une vie démocratique à l\u2019intérieur de cette centrale qui compte plus de 200 000 membres et qui aime s\u2019appeler une centrale «québécoise».La CSN ayant l\u2019habitude de parler avec une franchise que quelques-uns estiment déconcertante, dans un milieu où des groupuscules d\u2019extrême gauche prônent des positions qui ne sont pas les siennes, il importe que le public observateur prenne le temps de réfléchir loyalement sur les positions de la centrale-elle-même.La recherche globale de la CSN sur de grands problèmes fondamentaux n\u2019est pas figée.Non seulement s\u2019impose-t-il de ne pas préjuger, quand il s\u2019agit de la réalité de l\u2019analyse et des solutions recherchées, mais aussi de ne pas attacher plus d\u2019importance à certains mots qu\u2019à la réalité elle-même.Il arrive que des lecteurs soient en danger de se scandaliser trop facilement ou trop rapidement.FACE À LA QUESTION NATIONALE La question nationale est distincte de la question référendaire.Pour la CSN, la question nationale, c\u2019est le règlement fondamental du sort d\u2019un peuple, quel que soit le pouvoir, à travers une période de temps pendant laquelle le pouvoir pourrait changer de main mais le sort du peuple serait toujours en jeu.La présente question référendaire, à un moment précis, touche un point plus particulier, le mandat de négocier une nouvelle entente.Mais le parti politique au pouvoir qui avance une option constitutionnelle porte aussi un projet social.Il faut donc différencier ce projet du gouvernement péquiste et la réponse globale qu\u2019il faut apporter à la question nationale.MAI 1980 La question nationale a comme fondement une histoire d\u2019injustices, un statut de minorité dont de plus forts ont abusivement profité.Pour décrire cette réalité, les militants syndicaux utilisent sans gêne un mot qui en effarouche quelques-uns: c\u2019est une oppression nationale.La question nationale existe parce qu\u2019elle repose sur une domination subie par la nation québécoise.Pour ces syndiqués, cette domination par une autre nation est une forme particulière d\u2019exploitation due à un système dans lequel le gros capital exerce une influence permettant à une classe dominante et privilégiée d\u2019abuser.Alors que d\u2019autres parleront de ploutocratie, eux diront que ce système se nomme capitaliste et que l\u2019oppression nationale est une forme particulière de l\u2019exploitation capitaliste.Les travailleurs n\u2019ont pas les mêmes intérêts que la classe dominante.Pour eux, la question nationale n\u2019est pas neutre.Il y a des formes de cette oppression qui affectent l\u2019ensemble de la nation québécoise.Dans son existence et son épanouissement, la défense de sa langue et de sa culture, dans sa vie politique, sociale et économique.Les travailleurs et les masses populaires subissent leur part de ces formes générales que prend l\u2019oppression et en souffrent avec les autres citoyens.Mais les travailleurs du Québec sont vivement conscients que les manifestations de l\u2019oppression nationale atteignent principalement les travailleurs et les classes populaires, car pour cette tranche de la société les manifestations ne sont pas les mêmes que pour les autres classes sociales: on n\u2019a qu\u2019à penser aux problèmes du chômage, des revenus trop bas, de l\u2019accès à l\u2019éducation, à la santé, au logement, etc.La CSN ne craint pas de tirer la conclusion: il faut lutter pour faire reculer ces manifestations de l\u2019oppression nationale.N\u2019ayant pas les mêmes intérêts à défendre que la classe dominante, les travailleurs ne peuvent pas envisager les mêmes solutions.Pour eux, la question nationale n\u2019est pas neutre, elle n\u2019est pas indifférente.Ni le fédéralisme, même dans sa forme optimale de fédéralisme renouvelé, ni la souveraineté-association ne répondent aux véritables besoins des couches populaires et ne peuvent résoudre le problème de l\u2019oppression telle qu\u2019elles la vivent.Le fédéralisme renouvelé Pour la CSN, les porte-parole de l\u2019option fédéraliste représentent les intérêts de la classe capitaliste canadien- 155 ne, refusent de reconnaître l\u2019existence de l\u2019oppression nationale du peuple québécois, et défendent la politique de développement du capital pan-canadien soutenue par l\u2019État fédéral.L\u2019option mise de l\u2019avant par le Livre beige du PLQ implique une concentration accrue des pouvoirs économiques à Ottawa, ne remet pas en question la dépendance économique du Canada face aux États-Unis, et constitue un pas en arrière en ce qui concerne les revendications traditionnelles du peuple québécois sur les communications, la culture, etc.Beaucoup plus, cette option consacre le statut de minorité de ce peuple à l\u2019intérieur du Canada.De plus, pour des gens habitués comme le sont des syndiqués aux techniques et aux pressions dans des négociations, l\u2019approche du Livre beige pour entamer des négociations constitutionnelles favorise le statu quo et constituera un sérieux recul de la lutte contre l\u2019oppression nationale, tant au plan politique, économique et social que culturel.En maintenant l\u2019essentiel des pouvoirs du gouvernement central, son application, au lieu de diminuer les manifestations économiques de l\u2019oppression nationale vécues par les travailleurs québécois, accentuerait toutes les attaques qu\u2019ils ont subies ces dernières années de la part d\u2019Ottawa.La souveraineté-association Pour la CSN, les porte-parole de la souveraineté-association représentent les intérêts d\u2019une classe dominante, cette fois de la classe capitaliste québécoise.Ces porte-parole reconnaissent qu\u2019il existe une oppression nationale, mais ils laissent croire que cette oppression est vécue de la même façon par tous et défendent la politique de développement du capital québécois soutenue par l\u2019État québécois.Une appropriation des institutions créerait de meilleures conditions pour accroître la démocratisation et bâtir une nouvelle société.Cette option implique une concentration accrue des pouvoirs économiques à Québec, mais ne remet pas en question la dépendance économique du Québec face aux États-Unis et ne vise pas essentiellement à faire reculer les manifestations de l\u2019oppression telles que vécues par le peuple.La CSN n\u2019est donc pas d\u2019accord avec le projet de la souveraineté-association pris dans son ensemble.L\u2019indépendance ?Pour comprendre l\u2019attitude de la CSN devant ces options, il est bon de se rappeler que la position de la cen- trale n\u2019est pas entièrement fixée.Elle s\u2019oriente bien plutôt, de façon autonome, dans la direction d\u2019un nouveau projet de société, en cherchant, bien au-delà de la question référendaire, une solution globale au problème de l\u2019oppression nationale telle qu\u2019elle la voit.Pour la poursuite de cette démarche, le congrès spécial de juin 1979, loin de décider définitivement que la CSN s\u2019abstiendrait de prendre position au référendum, a approuvé une résolution demandant que continue \u201cla démarche de réflexion sur la question nationale, particulièrement en clarifiant les enjeux et les conséquences pour les travailleurs de l\u2019indépendance politique dans le cadre de notre projet de société\u2019\u2019.La CSN a reconnu que cette lutte pourrait entraîner la nécessité de l\u2019indépendance du Québec.Le choix de l\u2019indépendance n\u2019est pas jusqu\u2019ici, pour la centrale elle-même, une position ferme (bien que ce le soit déjà pour certaines instances, tel le Conseil central de Montréal); il reste à l\u2019étude.Ces remarques aideront à mieux saisir le sens de l\u2019argumentation du Conseil confédéral spécial qui décidait de prendre position sur la question référendaire.FACE À LA QUESTION RÉFÉRENDAIRE En partant de son approche de la question nationale, la CSN conclut que la question posée au référendum, même si elle n\u2019est pas le résultat de la démarche des travailleurs, même si elle n\u2019est pas formulée dans leurs termes, même si elle ne vise pas à résoudre l\u2019oppression nationale en changeant fondamentalement la situation des couches populaires, a l\u2019avantage de poser tout de même le problème.Prendre position ou se taire ?Ce fut la première question que les délégués du Conseil confédéral eurent à débattre.Trois raisons surtout motivèrent leur décision.Première raison.La démarche de la CSN a toujours consisté à maintenir dans tout débat la défense des intérêts des travailleurs et des couches populaires et, à ce moment-ci, ces intérêts sont en jeu.Or le débat sur la question référendaire est présentement dominé par des partis politiques qui ne défendent pas les intérêts des travailleurs.Que ces partis soient tenants du OUI ou du NON, la CSN ne peut pas leur laisser prendre en main ces intérêts, en leur laissant le soin de définir la signification et les enjeux de la lutte contre l\u2019oppression nationale.Elle a donc la responsabilité militante de dire ce que honnêtement et franchement elle croit être l\u2019intérêt réel des travailleurs et de continuer à lutter pour des changements politiques possibles en ce sens, au plan des droits individuels et collectifs.Se taire, ce serait faire le jeu des intérêts dominants.156 RELATIONS Deuxième raison.La CSN, ayant tenu à formuler son propre projet de société sur ses propres bases, d\u2019une manière autonome et indépendante de tous les partis politiques sans exception, estime avoir dégagé une distance critique suffisante pour pouvoir intervenir sur la question référendaire sans se soumettre au projet politique, social, économique et culturel du Parti québécois en particulier, celui-là même dont le gouvernement pose la question.Dans ces conditions, le projet de la CSN étant distinct, dans son ensemble, du projet de souveraineté-association, la centrale a confiance qu\u2019elle peut prendre position de façon autonome.Troisième raison.Pour la CSN, le référendum, étant un moment seulement dans la lutte globale, ne termine pas le débat sur la question nationale elle-même.La lutte des syndiqués contre l\u2019oppression nationale, loin de se terminer, devra au contraire se poursuivre avec intensité.La CSN voit donc qu\u2019elle a une responsabilité syndicale d\u2019être présente à la fois dans le débat sur la question nationale et dans celui sur la question référendaire, et de s\u2019exprimer clairement.Au Conseil confédéral du 11 avril, les délégués débloquèrent leur réunion en appuyant d\u2019abord, par un vote des deux tiers, la proposition qu\u2019il était opportun pour la CSN de prendre position.La voie était maintenant ouverte pour un appui au OUI, un appui qui s\u2019est révélé massif.Un oui au référendum Première raison: l\u2019appropriation nécessaire à la solution de la question nationale.Selon la CSN, le peuple québécois doit prendre en main, s\u2019approprier, les pouvoirs et les institutions politiques, économiques et culturelles, nécessaires à la solution de la question nationale.Or le projet de nouvelle entente manifeste une volonté d\u2019accroître l\u2019emprise du peuple québécois sur ses institutions.' On peut, à l\u2019encontre, faire valoir le fait que cette volonté demeure très limitée, dans la mesure où elle ne permet pas une réappropriation réelle de la maîtrise du développement, puisque l\u2019ensemble des institutions proposées reste marqué par le maintien des forces économiques qui dominent le peuple québécois, consacrant ainsi le rapport de force actuel; mais, en réponse à cette objection, dit la CSN, il faut voir que le projet de souveraineté-association vise déjà à circonscrire le lieu, le cadre politique et l\u2019État où l\u2019on sera plus en mesure de trouver un règlement à la question nationale, car ce projet tend à rapprocher les lieux du pouvoir et créerait des conditions différentes pour la poursuite de la lutte contre l\u2019oppression nationale.Deuxième raison: une démocratisation à améliorer.Cette appropriation des pouvoirs et des institutions nécessite à son tour, pour qu\u2019elle soit réelle, la démocratisation de ces mêmes pouvoirs et institutions.C\u2019est un processus par lequel, à l\u2019intérieur du peuple québécois pris dans son ensemble, la très grande majorité de la population, que constituent effectivement les travailleurs et les couches populaires, finit par obtenir un accroissement de son emprise sur la société québécoise.MAI 1980 Il s\u2019agit d\u2019obtenir, par de nouvelles formes de démocratie, l\u2019élargissement des droits et libertés des travailleurs et de leurs organisations, de même que le développement de la capacité d\u2019intervention des masses populaires.Or un Oui au référendum peut favoriser ce processus de démocratisation.On peut faire valoir l\u2019objection qu\u2019il y a, du point de vue de ce type d\u2019amélioration du contrôle démocratique, des faiblesses dans le projet proposé au référendum.La CSN perçoit cependant que, malgré ces points faibles, une appropriation des institutions créerait à son tour de meilleures conditions pour la lutte visant à accroître l\u2019emprise des travailleurs et des classes populaires sur toutes les dimensions de leur vie.Troisième raison: une société nouvelle à construire.Pour la CSN, la solution de la question nationale s\u2019inscrit dans sa démarche vers une société nouvelle, bâtie par la très grande majorité du peuple, en fonction de ses besoins et de ses aspirations.C\u2019est ce que la CSN appelle une société socialiste et démocratique.Le mot qui fait peur à certains citoyens est donc lâché: une société socialiste.Les textes officiels des congrès et des hautes instances de la CSN multiplient pourtant les expressions comme celles qui suivent: sa formule d\u2019une nouvelle société n\u2019est pas achevée ou figée; elle veut rendre possible de vivre et de travailler autrement que dans la société actuelle; elle n\u2019est pas un modèle étranger; elle s\u2019oppose à toutes les déviations totalitaires et évacue la dictature du prolétariat; c\u2019est un socialisme démocratique, au sujet duquel la CSN conclut toujours: «nous avons beaucoup de réflexion et de débats à faire».La troisième raison, c\u2019est donc qu\u2019un OUI au référendum s\u2019inscrit pour la CSN dans son orientation vers la transformation qu\u2019appelle son projet de société nouvelle.Quatrième raison.La CSN est favorable à un OUI au référendum parce que, dans cette orientation, la solution de la question nationale permettrait au peuple québécois de nouer des liens de solidarité avec les autres peuples, sur une base d\u2019égalité.Cinquième raison.Enfin, la CSN considère qu\u2019il est dans l\u2019intérêt des travailleurs et des couches populaires de voter OUI au référendum parce que le référendum, constituant un moment seulement dans le règlement de la question nationale, ne termine pas le débat mais permet de mieux poursuivre la lutte contre l\u2019oppression nationale.La lutte se poursuivra On le voit, le OUI de la CSN et le caractère «critique» et «tactique» de son OUI au référendum sont entièrement compris dans sa propre approche de la question nationale globale.À la réunion spéciale du Conseil confédéral, pas une seule voix ne s\u2019est élevée pour défendre le NON au référendum.\tnr=-i 157 LA MORT DE MGR OSCAR ROMERO 24 mars 1980, Mgr Oscar Romero, archevêque de San Salvador, est assassiné à l\u2019autel, au moment de l\u2019élévation.L\u2019assassinat d\u2019un évêque catholique en Amérique Latine n\u2019est pas un fait isolé: il faut l\u2019interpréter en tenant compte du contexte historique récent, de la répression de l\u2019ensemble des peuples de ce continent, répression qui découle d\u2019une politique globale.Sans prétendre en faire une analyse exhaustive, nous voudrions ici fournir quelques pistes de réflexion pour aider à comprendre cet événement.Pour ce faire, nous situerons l\u2019assassinat de Mgr Romero dans l\u2019ensemble du processus de répression appliqué actuellement contre la hiérarchie de l\u2019Église.En fond de scène, il est bon de se souvenir du Plan Banzer, divulgué en septembre 19761, dans lequel la CIA organisait systématiquement la répression contre l\u2019Église de Bolivie.ARGENTINE \u2014 4 juillet 1976: cinq prêtres et séminaristes assassinés à Buenos Aires.1 8 juillet 1 976: deux prêtres assassinés à Chamical, dans le diocèse de La Rioja.Mgr Angelelli, évêque de ce diocèse, s\u2019installe à Chamical, au lendemain de la découverte des cadavres.Le jour de son retour à La Rioja, le 4 août 1976, il est tué dans un \u201caccident\u201d.Mgr Angelelli était l\u2019un des rares évêques argentins à avoir pris parti pour les pauvres, à les défendre.Ce fait, passé sous silence par la presse de pays comme le Canada, n\u2019a pas connu de répercussions, ni provoqué de solidarités internationales.2 BRÉSIL \u2014 22 septembre 1976: Mgr Adriano Hipolito, évêque de Nova Iguaçu, est enlevé.Ses kidnappeurs le jettent sur la banquette arrière d\u2019une voiture, lui passent une cagoule sur la tête et des menottes aux mains.Ils essaient de lui faire avaler une bouteille d\u2019alcool.Ils crient qu\u2019ils sont de \u201cl\u2019Alliance anticommuniste brésilienne\u201d.Ils ont ensuite barbouillé l\u2019évêque de peinture rouge, pour l\u2019abandonner, nu et ligoté, loin de la ville.Mgr Hipolito est aussi un évêque qui a pris la défense des pauvres.La Conférence épiscopale brésilienne a endossé ses interventions et s\u2019est portée à sa défense.3 ÉQUATEUR \u2014 13 août 1979: à Riobamba, le diocèse de Mgr Proano, 17 évêques venus de l\u2019Équateur, du Chili, du Brésil, du Paraguay, de l\u2019Argentine, du Véné-zuéla, du Mexique et des États-Unis, s\u2019étaient réunis pour discuter de pastorale.Cette réunion était convoquée au su du Vatican et du CELAM.Ces dix-sept évêques et une vingtaine de prêtres, religieux, religieuses et laïcs ont été arrêtés et mis en prison sans aucune explication.Le jour suivant, on les a obligés à quitter le pays.Les deux délégués du Chili ont été reçus à Santiago par une contre-manifestation organisée par la Police.4 L\u2019affaire de Riobamba nous montre bien que la répression contre l\u2019Église est orchestrée au niveau continental, puisqu\u2019il n\u2019y avait aucune raison qui pouvait justifier l\u2019arrestation et l\u2019expulsion de tous les délégués.On en voit aussi les objectifs: arrêter les évêques qui travaillent dans une pastorale engagée pour les pauvres.De même, nous pouvons mesurer la solidarité des évêques envers leurs confrères arrêtés et emprisonnés.Le silence éloquent du Vatican et les termes \u201cprudents\u201d des déclarations des Conférences épiscopales en disent long sur cette \u201csolidarité\u201d! Riobamba est certes un fait isolé, mais il n\u2019a pas réussi à faire réagir l\u2019ensemble de l\u2019Église latino-américaine.5 C\u2019est dans ce processus de répression que s\u2019inscrit l\u2019assassinat de Mgr Romero.Au Salvador même, on avait déjà tué 7 prêtres, dont 6 du diocèse de Mgr Romero.L\u2019assassinat de l\u2019évêque de San Salvador est la conséquence logique de cette escalade.D\u2019où venaient les balles?De toute évidence du même côté que les kidnappeurs de Mgr Hipolito, les assassins de Mgr Angelelli et les policiers de Riobamba.\u201cMoi, ils peuvent me tuer, disait Mgr Romero, le 10 mars, mais ils ne pourront pas étouffer le cri du peuple pour la justice.\u201d Anselmo Leonelli du Comité chrétien pour la défense des droits humains en Amérique latine (4725, Saint-Denis, Montréal, H2S 2R9).1.\t\u201cNueva\u201d Quito (Équateur) No 14, décembre 1974, p.79.2.\tDIAL No 329 \u2014 30 septembre 1976.3.\tCommuniqué des Évêques à propos de la situation d\u2019insécurité et de violence.Rio de Janeiro, le 25 octobre 1976.4.\tSolidaridad.Publication du Vicariat de la Solidarité.Santiago (Chili).5.\tIglesia, Êstado y Fuerzas armadas.Cet ouvrage sur l'affaire de Riobamba est l\u2019oeuvre de Rafael Roncagliolo et Fernando Reyes Matta.par Jean-René Ethier j_^\t\\ LA SOUPE À KRAMER Certains critiques ont trouvé là un art sublime, un film exceptionnel qui trouve son climat, son centre de gravité et sa poésie dès la première image qui engendrera d\u2019autres images, sans jamais démentir l\u2019élan initial.C\u2019est un fait que la nuance y est, que la mise en scène est sobre mais pourtant vive et chaleureuse.Cela va droit au coeur.Cela manipule le coeur, dirai-je.C\u2019est l\u2019oeuvre de Robert Benton, un tout jeune réalisateur qui promet, c\u2019est évident.Il faut aussi admettre que c\u2019est vraiment bien fait.Le film procède par 158 RELATIONS une suite de scènes, croquées sur le vif quotidien, et qui évoquent avec acuité des problèmes de relations humaines, sans jamais appuyer indûment, et tout en réservant les minimums d\u2019éléments essentiels à la vérité des personnages et des situations, inutile d\u2019ajouter que c\u2019est joué à la perfection.Mais, voilà! c\u2019est trop beau! C\u2019est trop bien fait pour qu\u2019on n\u2019y flaire pas le piège.Et le piège, c\u2019est précisément la manipulation.Car, pour dénoncer une morale qu\u2019il ne partage plus, le film s\u2019engage lui-même dans la structure de cette morale.C\u2019est sa contradiction, comme la contradiction de tout ce qui refuse l\u2019ordre établi au nom de cet ordre.Car le film étale une difficulté humaine, dénonce ses contraintes, appelle un autre ordre moral sans jamais le polariser sur une valeur assomptive.Il emprisonne son sujet dans le cadre même qu\u2019il dénonce.C\u2019est une question d\u2019abord et avant tout de récit cinématographique, d\u2019esthétique de la parole filmique.Dans Kramer vs Kramer, le discours narratif masque, au fond, en voulant le mettre en lumière, le discours éthique.Or, il s\u2019agit, dans la mentalité actuelle sur le mariage ou le divorce, de dénier la responsabilité morale au profit d\u2019une morale qui n\u2019arrive pas à se préciser, à clairement définir ses pôles critériolo-giques.Le film veut montrer que l\u2019incompréhension, la rupture ne sont plus devenues qu\u2019un accident de parcours dans la vie des humains, que c\u2019est quantité négligeable.Que la rupture sé justifie par elle-même.Qu\u2019elle n\u2019enlève aucun des droits contractés en fonction de la non-rupture.Or, cette façon, dans le film, de manipuler le jugement en jouant avec l\u2019affectivité, en la déplaçant au profit de la thèse à démontrer!.Car, dès les premières séquences, c\u2019est à la mère que va la sympathie du spectateur, tellement le père apparaît grotesque et inconscient.Mais, sitôt la cause de la mère gagnée pour le spectateur, la caméra se dépêche de donner maintenant au père cette sympathie qui lui a été déniée: il devient un père modèle.Peu à peu, l\u2019impatience du père devant son enfant, fait dévier encore une fois, le discours cinématographique vers l\u2019enfant.Finalement, quand la mère revient, la sympathie revient aussi vers la mère, de telle sorte que le spectateur ne peut plus ravir l\u2019admiration qu\u2019il donne à tous et chacun.C\u2019est l\u2019approbation ici qui fait la valeur morale: Elle devient le jugement qui détermine ou absout la responsabilité.Par ailleurs, les fragments narratifs du film (qui procède par tableaux successifs) pervertissent la vraie narration en l\u2019évacuant complètement.Car cette façon de mettre en tableaux, de ne livrer de la vie du couple mari-femme, père-enfant que les moments discriminatoires ou gratifiants, a comme effet de détruire le jeu causal des rapports humains responsables.C\u2019est-à-dire de ne jamais chercher, dans le fil des évolutions et des rapports constants, les responsabilités réelles mises en cause.C\u2019est un film sur des responsabilités qu\u2019il ne dit pas.La narration Kramer vs Kramer pathos et clichés du travail bien fait cinq Oscars.et une contradiction viscérale ici est vicieuse, parce qu\u2019elle ne se contente que de dire sans jamais fouiller plus loin.On ne sait pas de quoi souffre exactement la mère: cherche-t-elle son émancipation?Est-elle frustrée de la stabilité inconsciente de son mari?Agit-elle par caprice de petite fille?Quels sont ses lieux de résistance à l\u2019épreuve, d\u2019assumation de son état?Et le père: comment peut-il trouver tout à coup une force de renouvellement alors que tout le décrivait comme inconscient et égoïste?Et le bambin: comment ne pas l\u2019aimer avec son charme et sa beauté, sa sagesse et sa malléabilité?Nous voici en face d\u2019un monde de non-coupables qui deviennent les victimes d\u2019une situation qui, elle, devient la vraie coupable.La responsabilité a glissé des personnes à la situation.Jusqu\u2019ici, la morale de situa- On ne saurait atteindre une plus grande perversion du discours éthique à travers le cinéma et au sujet d\u2019une réalité qui est en train de dénaturer la société elle-même.Le film se veut un témoignage des difficultés de vivre en notre monde: mais il franchit sa limite, dénature le témoignage, force le jugement et impose sa propre éthique.Par l\u2019absence de narration continue, par le déplacement continuel de l\u2019émotion qui, par bonds successifs, se promène de scènes en scènes discontinues, la manipulation du spectateur devient le discours éthique régulateur.Ce ne sont plus les personnages qui sont responsables, donc moraux, c\u2019est la caméra qui se substitue à eux et qui juge de tout.C\u2019est la caméra qui, en voulant témoigner, impose un nouvel ordre moral en réconfortant le spectateur et en le rassurant sur lui-même et sur les autres.On comprend que le film trouvera une large audience: sa petite solution moralisatrice finale réconciliera tout le monde, en masquant le véritable enjeu moral.Peu importe: comme on aura beaucoup pleuré (et enfin, de vraies larmes qui ne seront pas mélo), on aura beaucoup compris.On aura compris que la rupture n\u2019est pas si grave.Qu\u2019on s\u2019en tire aisément.Que l\u2019enfant n\u2019en est pas tellement blessé.Que tout peut s\u2019arranger.Que tout n\u2019est qu\u2019ac-cident de parcours vite effacé.On pleurera, bien sûr: mais, les larmes, n\u2019est-ce pas un bienfait catalyseur du coeur humain?Pleurons donc en paix! NE MANQUEZ PAS UN SEU ABONNEZ-VOUS! 1 an: $10,00 Veuillez trouver ci-inclus la somme de $.pour un abonnement de.année(s) à la revue RELATIONS, commençant avec le numéro du mois de.1980 NOM:.ADRESSE:.RELATIONS .code postal 8100, St-Laurent, Montréal H2P2L9 MAI 1980 159 9767 JÉSUS AUJOURD\u2019HUI historiens et exégètes à Radio-Canada Des milliers d\u2019auditeurs ont suivi ces 39 émissions au réseau FM de Radio-Canada.Les plus grands spécialistes francophones du monde ont participé à ces émissions.Les textes, révisés par les auteurs, sont présentés en trois volumes: «ftoriens et exégètes à Radio-Canada' t.Sources.Méthodes et Milieu V :: .BELLARMIN * 1.\tSources, méthode et milieu: les problèmes que pose l\u2019interprétation de l\u2019Évangile; conditions sociales où se déploient la vie et l\u2019action de Jésus.2.\tVie, message et personnalité: l\u2019enfance de Jésus, les grands thèmes de sa prédication, la passion et la résurrection.Chaque volume: $6,95 3.\tHéritage, image et rayonnement: l\u2019image de Jésus dans chacun des grands écrits du Nouveau Testament; l\u2019Église et les disciples; l\u2019empreinte de Jésus sur la culture de notre temps.Les Éditions Bellarmin 8100, bout.Saint-Laurent Montréal H2P 2L9 Tél.: (514) 387-2541 "]
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