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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Mars
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1990-03, Collections de BAnQ.

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[" Haro sur les politiques L sociales ! ¦ relations mars 1990\t3,00$ no 558 ^ \u2014\u2014\t\\a commission Monsieur Hs-iSS £ fMHWSis® »&æ P\u201eSonSÆsvW-da\"S,e\tGisèle Turcot sanctionne.\t-\u2014 le 30 janvier 199° relations revue du mois publiée par le Centre justice et foi, sous la responsabilité d\u2019un groupe de membres de la Compagnie de Jésus.DIRECTRICE Gisèle Turcot SECRÉTAIRE À LA RÉDACTION Fernand Jutras COMITÉ DE RÉDACTION Gregory Baum, Joseph Gi-guère, Julien Harvey, Roger Marcotte, François Moris-sette, Guy Paiement, Jean-Paul Rouleau, Francine Tardif.COLLABORATEURS André Beauchamp, Michel Beaudin, Ginette Boyer, Marie-France Cyr, Richard Dubois, Pierre-André Fournier, Yves Lever, Annine Parent-Fortin, Jacques Racine, Jean-Pierre Richard, Nicole Riberdy, Maryse Robert, Henri Sader.BUREAUX 8100, boul.St-Laurent Montréal H2P 2L9 tél.: (514) 387-2541 ABONNEMENTS Hélène Desmarais 10 numéros (un an): 19,00 $ (à l\u2019étranger: 24,00 $) abonnement de soutien : 40 $ Les articles de Relations sont répertoriés dans Points de repères et dans le Canadian Periodical Index, publication de Info Globe.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 On peut se procurer le microfilm des années complètes de Relations en s'adressant à University Microfilm, Ann Arbor Michigan 48106, USA.Courrier de la deuxième classe.Enregistrement no 0143.34 relations mars 1990 face à \u2014l\u2019actualité Grève à Hydro-Québec Un phénomène : le Championnat d\u2019orthographe Louis Muhlstock, dessinateur de la beauté LE LABYRINTHE mon père aimait taquiner ma mère (née Beaucage), en rappelant que chez les Beaucage on ne pouvait pas jouer aux cartes.Le schéma (névrotique ?) était toujours le même.Un des garçons Beaucage lançait l\u2019idée, en apportant un jeu de cartes neuf, et ses frères et soeurs applaudissaient à la perspective d'une bonne partie.Selon le rythme, les enjeux, la chance, le hasard, les erreurs, le ton montait et tôt ou tard la bagarre prenait.Alors, la grand-mère prenait le jeu de cartes et le jetait dans le poêle ! Depuis quelques mois, Hydro-Québec et ses employés jouent aux cartes.Les employés veulent de meilleurs salaires et surtout semblent vouloir protéger les emplois permanents (la fameuse sous-traitance).La direction veut bien concéder des avantages économiques à ses employés, mais tient à gérer avec plus de rigueur (il y a depuis longtemps du relâchement à Hydro) et obtenir plus de marge dans sa gestion, compte tenu des pressions générales exercées sur Hydro et de ce que l\u2019on peut désigner comme une espèce de vieillissement de l\u2019institution, ou que l'on pourrait appeler des effets systémiques.Progressivement, le climat s\u2019est détérioré et l\u2019on en est venu à l\u2019étape ultime : la grève.J\u2019écris ce texte le 17 janvier 1990.Après des grèves locales, les employés d\u2019Hydro ont convenu de faire une grève générale d\u2019une journée (15 janvier).Expliquant que les employés n\u2019ont pas assuré les services essentiels, Hydro demande le retrait du droit de grève.Madame Bacon, ministre de l\u2019Énergie et des Ressources, et par le fait même ministre tuteur d'Hydro, pense qu\u2019elle devra maintenant s\u2019en mêler.Tout est en place.Je prédis que la situation ne peut pas prendre fin, qu'il y aura panne générale et qu\u2019au terme du conflit, une part de l\u2019Hydro sera vraisemblablement démantelée.Le conflit ne peut pas prendre fin de lui-même.La psychologie entraînera les employés à une grève de plus en plus dure.Chaque jour de grève augmente la frustration, et la pression monte.Or, tant que le service est rendu et que les gens ont de l\u2019électricité, il n\u2019y a aucune raison que la grève cesse.Pour qu\u2019une grève soit efficace, il faut qu\u2019elle fasse mal, c\u2019est-à-dire que les services ne soient pas rendus.Mais si les « services essentiels » font que nous avons de l\u2019électricité, le service n\u2019est pas suffisamment perturbé et la grève n'atteint pas sa fin.Il faut donc qu\u2019il y ait une ou des pannes vraiment importantes, accidentelles ou provoquées.Provoquées intentionnellement et anonymement, comme les autobus de la CTCUM actuellement ou les fils de Bell, il y a deux ans (on soupçonne alors plus les employés que les patrons, mais les deux parties peuvent se livrer à des actes de ce type pour en finir), ou plus simplement provoquées par véritable accident, parce qu\u2019à force de laisser le tout se délabrer, la machine finira bien par avoir un raté (un peu de grésil, suivi d\u2019un bon froid.).La panne est nécessaire, parce qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019enjeu, ni relations mars 1990 35 pour les boss qui ne perdront pas leur job et qui, après la grève, empocheront avec supplément les gains des employés, ni pour les employés, parce qu\u2019eux non plus ne perdront pas leur job et qu\u2019ils auront une bonne augmentation.Les monteurs d'Hydro, mieux payés, mieux équipés, sont enviés par les monteurs de Bell Canada, les préposés aux comptes sont mieux payés à Hydro que chez Bell et probablement qu\u2019à Gaz Métro, les ingénieurs du Gouvernement rêvent d\u2019être embauchés par Hydro, ainsi que les agents de communications.La liste pourrait s\u2019allonger.Les chances d\u2019avancement, les cours, le perfectionnement.Qu\u2019est-ce qui ne va pas chez Hydro ?Je pense que c\u2019est la déprime.Pendant si longtemps Hydro a porté le mythe du Québec, mythe d\u2019excellence, de nouveauté, de modernité, d\u2019efficacité.Comme me dit un de mes amis : Hydro, ça marche à la japonaise.Mais depuis cinq ans au moins, l\u2019érosion est amorcée.Guy Coulombe a essayé le virage clientèle sans trop de succès.Hydro a investi dans les grands projets et le réseau vieillit.En 1982, la vocation d\u2019Hydro a été modifiée et personne n'a semblé s'en apercevoir.La critique sociale se lève.Le dossier environnemental a pris beaucoup de plomb dans l\u2019aile.Le réseau de transport a connu des pannes spectaculaires.Les gaffes s\u2019accumulent, les politiques changent sans cesse, mais aucune enquête approfondie, publique et transparente, ne permet d\u2019aller jusqu\u2019aux causes.Hydro est de moins en moins notre affaire et de plus en plus un instrument stratégique aux mains du Gouvernement, moins que jamais démocratique.Il y a du brouillage dans l\u2019image d'Hydro.Tout le monde est en maudit, mais personne ne sait trop pourquoi.Tout le monde souhaite la panne qui donnera au Gouvernement la légitimité pour intervenir.Comme le climat est à la droite et que la crise s\u2019en vient, la loi interdira la grève et les employés perdront.On peut prévoir que le Gouvernement, qui a déjà commencé à autoriser des centrales privées de faible puissance, continuera à privatiser d\u2019autres sections d\u2019Hydro, précisément celles où le pouvoir syndical aura davantage reculé.Il y a 30 ans, au début de la Révolution tranquille, les grèves du secteur public ont fait avancer le pouvoir syndical.Maintenant, les grèves et conflits de ces secteurs font reculer le pouvoir syndical, précarisent l\u2019emploi et accentuent le retour au privé.Moi, qui suis là-dessus un utopiste, je pense que la chance de salut d'Hydro-Québec, ce serait plutôt sa démocratisation.Les syndicats ne doivent pas avoir peur d\u2019un débat public.En attendant, ne remplissez pas vos congélateurs, munissez-vous d\u2019un poêle à bois.Quand nous serons enfin dans le noir, alors nous pourrons voir clair.Et grand-papa Robert confisquera le jeu de cartes jusqu\u2019à la prochaine partie.¦ André Beauchamp LA DICTÉE dans le décor vaste et grandiose de la Bibliothèque nationale de Paris, on entendrait une mouche voler.Assis derrière leurs pupitres, un peu anxieux, deux cent quarante-sept «élèves », de tous âges et venus de quarante-six pays différents, attendent que le maître commence.Ça y est, il ouvre la bouche : « La littérature à l\u2019estomac.Je répète : La littérature à l\u2019estomac.» Si vous étiez l\u2019un des 36 000 spectateurs qui regardaient Radio-Québec, le 2 décembre dernier, vous aurez reconnu la grande finale des Championnats mondiaux d\u2019orthographe de la langue française.Lancée en 1985 par Bernard Pivot, le célèbre animateur du magazine littéraire Apostrophe, l\u2019idée d\u2019un championnat d\u2019orthographe a d\u2019abord connu un grand succès en France (50 000 participants dès la première année), avant de s\u2019étendre à certains pays voisins dès 1986 et de devenir des championnats mondiaux à partir de 1988, regroupant maintenant (1989) 46 pays, dont 26 non francophones.Le Québec, par le biais de Radio-Québec, s\u2019est joint aux Championnats dès 1988, se permettant même de remporter l\u2019un des titres mondiaux (celui de champion junior pour les pays francophones autres que la France), à la fois en 1988 et en 1989.Que peut bien signifier ce soudain engouement pour la dictée ?S\u2019agit-il d\u2019une mode passagère ?Ou cela traduit-il un courant d\u2019évolution plus profond ?Si l\u2019on examine le phénomène, on est obligé de reconnaître qu\u2019il a pris une certaine ampleur.D\u2019abord le nombre de pays CONSERVEZ RELATIONS Protégez votre collection de 1989.-\tUn volume relié, pour le lecteur qui nous fait parvenir ses 10 numéros : 20$ (frais d\u2019envoi compris, si un chèque accompagne la commande) ; -\tUn volume relié, quand nous fournissons les numéros de la revue : 30$ (frais d\u2019envoi compris, si un chèque accompagne la commande) ; -\tUn cartable : 12$, taxe et frais d\u2019envoi compris.RELATIONS, 8100, St-Laurent, Montréal, H2P 2L9 ; (514) 387-2541.36 relations mars 1990 participants de même que celui des participants dans chaque pays a progressé de façon rapide.En plus des participants « grand public » (recrutés au Québec grâce aux tests publiés dans le Journal de Montréal et le Journal de Québec, généralement vers le début d\u2019août), on a organisé en France la « Filière scolaire » depuis quelques années et on fera de même au Québec à partir de cette année (1990).C\u2019est dire qu\u2019environ 24 000 élèves de Secondaire III et IV de partout à travers le Québec participeront à une série de tests éliminatoires à partir du 15 janvier, pour en arriver à déterminer les vingt lauréats qui se mesureront aux juniors de la catégorie « grand public », lors de la demi-finale mondiale (la finale québécoise), en octobre prochain.De même, on assiste à d\u2019autres initiatives semblables, comme le concours J\u2019épelle avec Larousse, organisé par Radio-Canada pour les jeunes du secondaire, à la fois à la radio (Montréal Express) et à la télévision (pour la finale).Et on peut se demander si, à l\u2019instar de la Ligue nationale d\u2019improvisation ou de Génies en herbe, la dictée ou les concours de vocabulaire ne deviendront pas, au moins pour un temps, une sorte de jeu de société que l\u2019on reprendra dans les écoles ou dans certaines fêtes de famille.Mais si le phénomène est encore relativement jeune, on peut déjà chercher à comprendre ce qu\u2019il peut bien signifier.Et parmi les explications possibles, j\u2019en retiendrai quatre qui tiennent à la fois aux courants de fond qui nous traversent et aux caractéristiques de notre société hautement médiatique.D\u2019abord, le nouveau « souci de l\u2019excellence ».On l\u2019a constaté un peu partout dans le système d\u2019éducation : intérêt accru pour les écoles privées (même dans le secteur public), retour des systèmes d\u2019émulation (« honneur au mérite »), utilisation nouvelle des « bonnes vieilles méthodes du passé » (examens, dictées, périodes d\u2019études après l\u2019école), etc.Ce retour vers « l\u2019excellence » est d\u2019ailleurs en lien avec le virage néo-libéral que prend notre société (privatisation, désengagement de l\u2019État, etc.) et poussé également, même indirectement, par l\u2019excellence que manifestent de nombreux nouveaux arrivants au Québec (les « premiers de classe » sont très souvent immigrants, particulièrement d\u2019origine asiatique).1.On pourra lire, à ce sujet, L'effet Pivot, publié par Edouard Brasey aux éditions Ramsay, Paris, octobre 1987 : 370 pages.Ensuite, une certaine défense de la francophonie.Devant la mondialisation des communications et l\u2019hégémonie grandissante de l\u2019anglais (on en est rendu à publier de grandes revues scientifiques françaises en anglais I), on assiste à un sursaut du monde francophone qui cherche à s\u2019organiser pour ne pas peu à peu disparaître : Sommets de la francophonie, Réseau mondial des télévisions francophones, etc.S\u2019ajoute à cela, dans le cas du Québec, la défense de la spécificité culturelle de la majorité francophone, avec ou sans sa dimension proprement nationaliste : « ne touchez pas à la loi 101 », entre autres.Deux autres facteurs contribuent, indéniablement, à l'essor de ces Championnats d\u2019orthographe : l'événement médiatique que l\u2019on a su créer autour d\u2019eux et le phénomène Bernard Pivot.Ce n\u2019est pas le lieu d\u2019analyser l\u2019ampleur et le pourquoi du phénomène Pivot dans le monde de la littérature1.Mais force est de constater que sa personnalité et sa réputation internationale contribuent pour beaucoup à la crédibilité et au succès de l\u2019entreprise.Ce n\u2019est d\u2019ailleurs pas un hasard si on parle beaucoup plus, dans le langage courant, de la « dictée de Bernard Pivot » que de celle des Championnats mondiaux.Et c\u2019est d\u2019ailleurs sans doute ce « phénomène Pivot » qui a contribué le plus à faire des Championnats d\u2019orthographe un véritable événement médiatique : appuyé par des commanditaires prestigieux, il a réussi, en quelques années à peine, à faire de ces Championnats une « organisation » qui fonctionne dans plus de 46 pays, (et donc qui administre autant de championnats nationaux), y compris dans une majorité de pays non francophones et de pays du tiers monde, un « événement » qui rassemble pendant quelques jours près de 250 finalistes à Paris et un « spectacle » qui est diffusé, presque simultanément, dans plusieurs dizaines de pays à travers le monde.Avouons que c\u2019est peu banal pour quelque chose d\u2019aussi austère et compliqué (d\u2019autres diront : aussi beau) que les mille et un pièges de la langue française ! Jusqu\u2019à quel point cet engouement pour la dictée est-il un pur produit de consommation, une mode lancée et popularisée par les médias (comme le sont trop souvent devenus les best-sellers, certains spectacles, films ou pièces de théâtre) ?Il est trop tôt pour le dire.Mais pour Radio-Québec, l\u2019organisateur de ces Championnats ici, c\u2019est avant tout une entreprise éducative, qui est là pour durer et se développer, quels que soient ses résultats en termes de cote d\u2019écoute.¦ Dominique Boisvert LOUIS MULHSTOCK au Centre Saïdye Bronfman, du 10 octobre au 13 novembre 1989, était présentée une rétrospective des dessins de Louis Muhlstock1.Ce peintre qui a maintenant atteint l\u2019âge vénérable de quatre-vingt-cinq ans n\u2019est pas aussi connu qu\u2019il le devrait, surtout chez les francophones, bien qu\u2019il soit un québécois « pure laine », comme il le dit lui-même.C\u2019est qu\u2019il a sciemment échappé au marchandage de ses oeuvres, aux commandites et, ce qui est plus important, à la mode.1.Louis Muhlstock : Un dessinateur était le thème de cette exposition rétrospective de 109 dessins de Muhlstock.La conservatrice invitée était Jennifer Couëlle.En 1930, peu d\u2019artistes échappaient à l\u2019influence des automatistes et à un certain nihilisme existentialiste récurrent.Il était bien contemporain de Borduas, de Pellan, d\u2019Hector de S.-Denys-Garneau aussi, mais il a choisi d\u2019être fidèle à l\u2019émotion ressentie face à la « condition humaine », à la compassion qu\u2019il éprouvait face à tout ce qui souffre, face aux victimes et à l\u2019atmosphère de la Crise qui se peignait sur tous les visages.Ici la beauté ne se réduit pas à une démarche esthétique pure ou abstraite, à laquelle tels de nos contemporains nous auront habitués : sorte de point extrême d\u2019un arc tendu de significations où l\u2019humain a peine à prendre racine et à s\u2019orienter.L\u2019univers de Louis Muhlstock est souverainement habité, et relations mars 1990 37 c'est légende maintenant de parler de ces portraits d'ouvriers, de sans-logis et de malades que le peintre a dessinés, dès son retour d\u2019Europe, alors que le Québec faisait face à la Crise.Citons quelques oeuvres de cette période qui se sont détachées de l\u2019egregore constitué au Centre Saïdye Bronfman : Les sans-logis de Fletcher\u2019s Field (1930), Paranka couchée (1940) et Soudeur se penchant vers l\u2019avant (1943).Or, fait étrange, il n\u2019y a ici aucun misérabilisme : même chez Jos Lavallée (1932), la Victime d'une méningite (1935) ou la Psychose toxique (1940), qui constituent des sujets-limites, on chercherait en vain quelque représentation pathétique de la douleur.Le regard de Louis Muhlstock les préserve du gouffre et les élève.Et cela se reconnaît à la joie paradoxale qui nous pénètre à mesure que nous avançons dans cet univers : ce paradoxe est le mystère dont cette oeuvre tire sa véritable substance.La seule charnelle beauté, encore, habite les nus de femmes et pas plus qu\u2019elle ne s\u2019accolait tantôt avec la morbidité, la beauté ne racole ici avec une quelconque sensualité, bien que, la plupart du temps, les formes soient là, opulentes, lourdes, richesses étalées comme bonne terre offerte au soleil d\u2019été : grosses, en attente de toutes semences, espérantes.En effet, on aurait tort d\u2019y voir, après les soi-disant « sujets de la Crise, de nouveaux sujets : ici, c\u2019est la recherche de la forme COLLOQUE INTERNATIONAL DE THÉOLOGIE à l\u2019occasion du 25e anniversaire de CONCILIUM dimanche 9 septembre - vendredi 14 septembre 1990 à l\u2019Université de Louvain AU SEUIL DU TROISIÈME MILLÉNAIRE Le thème du colloque est articulé en trois sections Les souvenirs préjudiciables et libérateurs du passé de l\u2019Église et du monde Orateurs : E.Schüssler Fiorenza et C.Duquoc Le choix de la vie et de la mort Orateurs : J.Moltmann et D.Tracy Les formes religieuses et théologiques de parler de Dieu et de la venue de son royaume comme salut et bonheur de/et/pour l\u2019humanité Orateurs : H.Küng et G.Gutiérrez mardi soir 11 septembre 1990 Échange de vue La situation actuelle de la théologie dans le monde TOUS CEUX QUI SONT INTÉRESSÉS PAR LE COLLOQUE SONT INVITÉS À Y PRENDRE PART EN QUALITÉ D\u2019OBSERVATEURS Prière d\u2019envoyer son inscription au secrétariat de Concilium do Mrs E.Duindam-Deckers.Prins Bernhardstraat 2, 6521 AB Nijmegen, Pays-Bas.Des indications peuvent être données sur des logements peu onéreux, voisins de l\u2019université.L\u2019inscription à la conférence est de US $ 15 Les conférences seront imprimées dans le cahier spécial de Concilium, cahier 227, qui permettra ainsi de mettre l\u2019accent sur les groupes de discussion et les séances plénières durant le colloque.Les SIX CAHIERS DE 1990 227\t- Au seuil du Troisième Millénaire - Congrès international de théologie 228\t- L'éthique des religions du monde et les Droits de l'Homme 229\t- Demander et rendre grâce 230\t- La collégialité à l'épreuve 231\t- Face à l'échec 232\t- La voix des victimes Abonnement 1990 : France 240 F (ttc) - Etranger 315 FF - Le cahier 67 FF BEAUCHESNE, 72, rue des Saints-Pères - 75007 PARIS Tél.: 45 48 80 28 - CCP Paris 39-29-B qui commence d\u2019advenir pour elle-même : signes avant-coureurs de la peinture de la dernière période (1980-1989), les Inscape, peinture qualifiée à tort d\u2019abstraite et de non objective, comme si elle avait déjà été concrète et objective.C\u2019est le retour réflexif qui nous permet de prendre conscience qu\u2019il y a ici l\u2019exploitation du même paradoxe : pour rendre compte de ce que nous voyons et vivons, il faut aller jusqu\u2019à dire que les personnages féminins disparaissent derrière - comment dire sans éluder le mystère - l\u2019expérience d\u2019une forme de présence, humaine, à la fois masculine et féminine, et au-delà, d\u2019un hymne qui ne peut être que chanté, et chanté dans le créé.Cet hymne, il est joyeux dans Nu couché en chien de fusil, il exulte dans Nu de dos, il épouse à son plus proche l\u2019imaginaire de l\u2019artiste dans Deux nus couchés, où nous retrouvons la même forme que dans Les sans-logis de Fletcher's Field, même forme aussi, si on consent enfin à prendre distance des sujets-objets, que dans Parenka couchée, ou encore dans une oeuvre plus récente, justement, Paysage laurentien (1982).Parenka couchée2, le portrait d\u2019une malade de l\u2019Hôpital général de Montréal, est un guide privilégié ici : la forme, plus exactement l\u2019harmonie de la forme, se met au service d\u2019une expérience de la beauté comme amour du monde, comme assomption du monde.Regardons-la de plus près : les lignes anguleuses du visage disent l\u2019état général squelettique ; les cheveux hirsutes suggèrent quatorze années de longs sièges sur l\u2019oreiller ; les lèvres sont closes : l\u2019être fait ses adieux au monde en silence ; le regard n\u2019est ni vide, ni hiératique, il est le dernier survivant.Puis, comme une tendresse, comme une neige douce qui vient arrondir toutes choses sous son manteau, les draps, légers, soulevés, c\u2019est la main de l\u2019artiste qui esquisse un geste, une caresse salutaire, sans pour autant toucher au corps de douleur : ainsi, de quelques lignes habiles surgit l\u2019omniprésente façon obscure de la terre de celer l\u2019ineffable luminosité qui l\u2019habite.Et voilà de quoi parlent ces multiples têtes, bustes, mains, corps exposés, vus de dos, dos à dos, ces outils, vêtements, lieux de travail ; dans ces sujets et bien au-delà de ces sujets, se fourbit une forme, la forme d\u2019une beauté qui vient du monde - aucune peinture n\u2019est moins dualiste - qui vient du monde et qui l\u2019assume, qui assume tout ce qui appartient au monde et qui est ferment d\u2019éternité : les grossesses, le dur labeur, la maladie, la négritude et jusqu\u2019à la mort.Telles, ce que nous pourrions appeler ces « assomptions » d\u2019oiseaux morts, dans Pigeon mort (1982), dans ces deux petits dessins d\u2019oiseaux morts, saisis à mi-chemin entre ciel et terre, nimbés de nuages bleutés ; tels aussi, ces « visages » du Phoque au soleil, de la Chèvre se grattant (1955) et jusqu\u2019à cette forme typique chez Muhlstock, nettement représentée dans Deux veaux.Comment ne pas se souvenir de cette citation d\u2019Hôderlin en tête de I\u2019Hyperion : « Ne pas être refréné par le plus grand, être contenu par le plus petit : voilà qui est divin ».Bref, la beauté de l\u2019oeuvre de Louis Muhlstock réside dans îassomption des figures, certes rendue possible par l\u2019harmonie interne des formes où réside l\u2019art du dessinateur, mais cet art est d\u2019abord un art transité par une totale dévotion à toute la création.Quand le moindre petit oisillon tombé du nid est tendrement protégé de l\u2019oubli et comme sauvé de la mort par le dessin d\u2019un artiste, on se retrouve chaudement dans l\u2019habitat terre.C\u2019est là peut-être, la première nécessité de cette oeuvre, aujourd\u2019hui.¦ Lise Bourcier écrivain 2.On trouvera une photo de ce magnifique portrait à la page 53 du présent numéro.0 38 relations mars 1990 DOSSIER Haro sur les politiques sociales Canapresse HARO SUR LES POLITIQUES SOCIALES par Gisèle Turcot Si vous êtes fonctionnaire fédéral de haut niveau et si vous voulez vous perfectionner dans les politiques sociales et économiques, vous avez des chances de vous retrouver, comme des dizaines de vos collègues, à la Harvard Business School (Boston).La nouvelle pensée du gouvernement canadien s\u2019aligne dorénavant sur la « creative destruction » qui vient de cette institution.Le maître à penser est le professeur Michael Porter ; ses travaux1 portent sur la façon dont les entreprises individuelles peuvent livrer concurrence, au pays comme à l'étranger.Il a mis au point un cadre d'analyse des entreprises, afin de mesurer leur compétitivité, de voir si elles exploitent au maximum leurs avantages comparatifs et de déterminer où se situent leurs solutions de rechange les plus rentables.Aucun milieu n\u2019échappe à sa grille d\u2019analyse, pas plus celui des assurances que celui de la bière ou de l\u2019industrie aérospatiale.La nouvelle philosophie de la concurrence s'applique aux entreprises et va bientôt s'appliquer à la grande industrie.Elle met indéniablement l\u2019accent sur le développement de la technologie de pointe.Du point de vue de la gestion des dépenses publiques, le grand objectif est de réduire au maximum la part du gouvernement en employant des méthodes différentes : -pour les grandes entreprises actives au niveau international, on parle de rationalisation, de restructuration (fabrication décentralisée, au besoin, par la main-d\u2019oeuvre à bon marché dans le tiers monde) ; -dans le secteur des services, l\u2019État se désengage des services sociaux, de l\u2019assurance-chômage, pour laisser place à la privatisation des entreprises, au communautaire, à la formation des ressources humaines, à la rationalisation ; -au niveau de l\u2019économie locale et 40 informelle, on accorde quelques subventions ; des emplois précaires sont distribués entre des villes et des régions, qui compétitionnent pour décrocher des contrats.Sur le terrain des politiques sociales, l\u2019objectif gouvernemental est également de réduire les dépenses publiques et les engagements de l\u2019État.Michael J.Prince2 en fait la démonstration, quand il dresse une liste d\u2019une dizaine de stratégies imaginées pour sortir le Canada du système d\u2019État-providence, où il s\u2019est engagé depuis les années 19403.Le gel des prestations, la cessation des contributions gouvernementales, la privatisation et le recours aux organismes communautaires caractérisent les principales méthodes et les approches budgétaires de ce gouvernement de restriction.Les autres stratégies consistent à gruger dans l\u2019universalité des programmes, à établir des critères d\u2019admissibilité plus élevés, bref à s\u2019acheminer vers des contrôles qui assurent une bonne sélection des candidats (si seulement la Banque fédérale de développement en faisait autant !).Sur ce terrain, le système patriarcal n\u2019a pas dit son dernier mot, comme le soulignent Lucie Bélanger et Ginette Boyer, dans ce dossier.Avec la réforme de l\u2019assurance-chômage, nous sommes en présence du premier effet direct de l\u2019Accord de libre-échange.Les États-Unis considéraient en effet qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une subvention déguisée : le gouvernement canadien se retire donc du financement de ce programme.Tout est en place pour briser une des formes essentielles de la solidarité avec l'ensemble des travailleuses et des travailleurs et pour instaurer, selon Henri Sader, les conditions du « salaire de la peur », tout en laissant les milieux urbains se débrouiller avec les affamés, comme l\u2019illustre Guy Paiement.Les choix économiques que nous avons faits au cours des années 80 témoignent d\u2019une crise spirituelle.À l\u2019intérieur même des Églises chrétiennes, relations mars 1990 on constate un affaiblissement du sens critique, voire un abandon même des positions stratégiques.N\u2019est-ce pas mettre entre parenthèses la dimension prophétique de la tradition judéo-chrétienne ?C\u2019est en effet la dignité d\u2019un peuple qui fonde les sociétés démocratiques comme elle fonde aussi l\u2019exercice des droits et des responsabilités qui en découlent.La tâche n\u2019est pas mince : à une culture de la compétition et de la concurrence, résister par la culture de la solidarité.Devant l'information transmise par les médias, pratiquer une saine distance critique, dans la mesure même où les grandes entreprises de presse partagent l\u2019idéologie dominante de la privatisation et jouent le jeu des dizaines de relationnistes embauchés par les grandes entreprises.La sortie de l\u2019État-providence sonne-t-elle le glas de la fin de la société de compassion ?Il faut le craindre.Cette crainte est partagée non seulement par les gens épris de solidarité sociale, mais aussi par celles et ceux qui s'intéressent à l\u2019avenir de la démocratie à l\u2019Ouest.L\u2019analyse sociale et l\u2019éducation populaire continueront donc d\u2019être des tâches essentielles que les comités de justice sociale des communautés chrétiennes et des congrégations religieuses devront soutenir encore pendant bien des lunes ! ¦ 1.\tCentre canadien du marché du travail et de la productivité, « Les nouveaux profils de l\u2019industrie d\u2019ISTC et la pensée qui les inspire », Notes de recherche (Direction syndicale), no 6, avril 1989.(9 116 rue Albert, Ottawa, Canada K1P 5G3.Tél 613-234-0505, FAX 613-234-2482) 2.\tMichael J.Prince, How Canada Spends, 1987-88.Ottawa, Methuen, 1987, introduction : \u201c Restraining the State : How Canada shrinks ».3.\tVaillancourt, Yves, L'évolution des politiques sociales au Québec, 1940-1960 (2e chapitre), Presses de l\u2019Université de Montréal, 1988. LE SALAIRE DE LA par Henri Sader L\u2019enfer, c'est la vérité perçue trop tard.John Locke On sait que la nouvelle loi sur l\u2019assurance-chômage est entrée en vigueur.Peut-être pensez-vous que le chômage, ça n\u2019arrive qu\u2019aux autres ?Si vous êtes dans le quintile des revenus les plus élevés (avec nos gouvernants !), vous avez très probablement raison et pouvez passer à une autre lecture.Pour le commun des mortels, soit 80 % de la population, les chances sont moins bonnes.En descendant l\u2019échelle des revenus, elles deviennent même très mauvaises, pour ne pas dire nulles.Conséquence, à un moment ou à un autre des péripéties de notre vie active et travaillante, nous risquons fort de goûter à certains des effets du « Bill C21 » Couper dans le gras L\u2019adoption de la Loi C21 n\u2019est pas un simple fait divers.Ottawa vient de franchir une nouvelle étape dans la redéfinition de ses responsabilités économiques et sociales.Le tout s\u2019inscrit en continuité avec la politique d\u2019austérité1, menée dans le contexte du libre-échange avec les États-Unis.En se mettant en « harmonie » avec notre voisin, nous pourrons aussi partir d\u2019un meilleur pied pour gagner la guerre des exportations qu\u2019il faudra livrer aux autres blocs commerciaux pour la conquête du marché mondial.Il nous faut donc res- 1.\tVoir dans Relations (nos 549 et 550), les articles de A.Parguez sur les effets pervers d'une telle politique qui ne pourra à terme que consacrer la société duale et entraîner encore plus d'austérité, au mépris de la justice sociale.2.\tLa loi sur l\u2019assurance-chômage avait été votée par le parlement fédéral en 1941.taurer notre compétitivité, en générant progressivement une panoplie de lois qui vont qu\u2019elles accomplissent.Mais ceci super:\tpose l\u2019existence d\u2019un vigoureux rapport de force politique entre les femmes et l\u2019État.L\u2019enjeu serait l\u2019amélioration de tout un éventail de mesures sociales, juridiques et fiscales qui ont une incidence sur la reconnaissance économique du travail de maternage et, du coup, sur l\u2019autonomie financière des femmes.Voyons-les rapidement.-\tAméliorer les services offerts dans les écoles, les garderies et les services de santé, tout comme développer des politiques de logement et de loisirs familiaux, contribuerait certainement à améliorer d\u2019autant les conditions d\u2019exercice du travail de maternage.-\tQuoi qu\u2019en disent les gouvernements, il existe des alternatives au régime fiscal actuel : fiscalité sur une base individuelle plutôt que familiale, conversion des exemptions en crédits d\u2019impôt personnels, indexation systématique des prestations, imposition de mesures universelles des contribuables à revenus plus élevés (toujours sur la base du revenu personnel), etc.-\tL\u2019accès au travail salarié peut certainement constituer une voie privilégiée dans l\u2019acquisition de l\u2019autonomie financière, en autant que l'on crée des emplois stables, que l\u2019on prenne en considération les acquis des femmes à travers leur travail de maternage et qu'on leur offre des salaires décents.Il existe d\u2019ailleurs plusieurs autres enjeux pour les femmes en cette matière : équité salariale, formation en milieu de travail, congés-éducation, syndicalisation, etc.-\tOrganiser le travail de façon que celles et ceux qui mettent des enfants Mme Suzanne Renaud, Rimouski.Le Centre des femmes de Rimouski.au monde ne soient pas pénalisés est également essentiel.La situation des femmes chefs de famille monoparentale appelle des supports sociaux spécifiques et une souplesse certaine des conditions de travail : le partage des tâches n\u2019est pas la panacée, et ce, même pour les familles biparentales ! - Enfin, même si le « salaire au travail ménager » n\u2019a pas bonne presse, il n\u2019en demeure pas moins une alternative attrayante pour bien des mères, principalement les plus pauvres, comme l\u2019a démontré Renée B.Dandurand, de l\u2019Institut québécois de recherche sur la culture.Dans cette perspective, il nous apparaît donc indispensable de revendiquer la multiplicité des modes de reconnaissance économique du travail de maternage, si l\u2019on désire à la fois améliorer les conditions dans lesquelles les femmes accomplissent actuellement le travail de maternage, favoriser le transfert de la part de travail de « paternage » qui revient aux pères et, ultimement, libérer les femmes de la responsabilité exclusive du travail de maternage et de ce qui s\u2019ensuit.Car une fois de plus, il s\u2019avère que « le privé est politique ».¦ 8.Z.R.Eisenstein, Feminism and Sexual quality, New York, Monthly Press Review, 1984, p.94 (traduction : Relations).50 relations mars 1990 Regroupement des Centres de femmes A propos de la désinstitutionnalisation LES « NOUVELLES PAUVRETÉS » Une entrevue avec Robert Castel M.Robert Castel.C '3 _o CQ cr o aî a l\u2019occasion du colloque « Pauvreté et santé mentale » (Cosame, septembre 1989), le réputé sociologue de la santé, Robert Castel, était à Montréal.M.Castel s'est longtemps intéressé aux questions posées par la gestion sociale des problèmes de la santé mentale'.Il est présentement membre d\u2019un laboratoire de recherche (le Groupe de recherche et d\u2019analyse sur le social et la sociabilité) à l\u2019Université de Paris VIII.Il s\u2019intéresse notamment à la question de l\u2019émergence d\u2019une « nouvelle pau- 1.On lui doit notamment L'ordre psychiatrique (Éditions de Minuit, Paris, 1976), La société psychiatrique avancée (en collaboration avec Françoise Castel et Anne Lovell, Grasset, Paris, 1979) et La gestion des risques (Éditions de Minuit, Paris, 1981), trois ouvrages importants qui étudient le fonctionnement des services de santé mentale dans la société.Mentionnons aussi deux articles récents, « Réflexions sur la prévention » (Perspectives, no 9, mai 1987, p.623) et ¦ « De l\u2019intégration sociale à l\u2019éclatement vreté ».Ce phénomène est en croissance partout dans nos sociétés industrielles1 2.M.Castel a bien voulu répondre à quelques questions sur les thèmes de la pauvreté et des services en santé mentale.Relations :\tPauvreté et problèmes de santé mentale : deux problématiques qui se croisent souvent, semble-t-il.Pourriez-vous nous expliquer le lien qui peut s\u2019établir entre ces deux domaines ?du social : l\u2019émergence, l\u2019apogée et le départ à la retraite du contrôle social » (Revue internationale d\u2019action communautaire, automne 1988, p.67-77).2.On apprenait récemment - glasnost oblige-qu\u2019on déplore, même à l\u2019Est, la présence d\u2019itinérants dans les grandes villes.À Léningrad, on déporte des jeunes désoeuvrés issus des campagnes, tandis qu\u2019on inaugure des soupes populaires à deux pas de Varsovie (cf.Le Devoir, 12 et 25 octobre 89).relations mars 1990 Robert Castel :\tLa loi de 1838 sur les aliénés a été, en France, la première loi d\u2019assistance publique, c'est-à-dire donnant une sorte de droit au secours à une catégorie particulière d\u2019individus, ceux qui étaient réputés aliénés.Les aliénés ont été les premiers reconnus comme ayant droit parce qu\u2019ils étaient visiblement incapables de se prendre en charge.Par contre, depuis l\u2019ancien régime, la position de quelqu\u2019un qui est indigent et apte au travail, c\u2019est-à-dire qui devrait travailler, mais qui très souvent ne le peut pas, a toujours été difficile, instable ; dans un premier temps, en tout cas, tout ce qu\u2019on a trouvé à faire à son égard, c\u2019est plutôt de la répression.On pense ici en particulier aux vagabonds.Il y a donc eu une sorte de stigmatisation de l'indigent qui ne travaille pas tout en ayant la capacité psychique et physique de le faire, même si ce chômage n\u2019est pas de sa faute.Avec les années, on se retrouva conséquemment avec deux blocs institutionnels en charge des problèmes de pauvreté : l'assistance 51 pour les inaptes au travail et l'assurance pour les autres, dans la mesure où le fait de travailler donnera, en principe, un certain nombre de garanties, de droits à la sécurité et donc, théoriquement, permettra de sortir de l\u2019indigence.FIEL.:\tEn quoi se distingue le système de l'assurance ?R.C.:\tLe système de l'assurance s'est développé en Europe à partir de la fin du XIXe siècle.La question insoluble de l\u2019indigent valide a trouvé une première solution par l\u2019intermédiaire justement d\u2019une assurance associée au travail.Cette assurance donne un certain nombre de garanties mais, en contrepartie, il faut que la personne travaille pour y avoir droit.Je crois que la question rebondit aujourd\u2019hui, étant donné les problèmes de chômage.Il y a un nombre croissant de personnes qui théoriquement pourraient travailler et ne le peuvent pas et qui sont un peu replacées dans la situation de ces vagabonds de l\u2019ancien régime.Que peut-on faire pour eux ?Ils sont valides, aptes au travail et, en ce qui concerne l\u2019aide dont ils peuvent avoir besoin, ils ne relèvent donc pas de l\u2019assistance.Ils ne relèvent pas non plus de l\u2019assurance, puisqu\u2019en ne travaillant pas, ils ne sont pas couverts par celle-ci.Cette situation d\u2019entre-deux devient un problème de plus en plus important.C\u2019est le cas en France, c\u2019est le cas dans la plupart des pays occidentaux ou industrialisés et, je crois, le cas au Québec aussi.Les nouveaux pauvres REL.:\tDoit-on s\u2019attendre à une forme d\u2019institutionnalisation spécifique pour cette « nouvelle pauvreté » ?R.C.:\tOn peut être tenté d\u2019assimiler ces « nouveaux pauvres » au quart-monde, terme à la mode il y a dix ou quinze ans pour désigner ces populations restées en marge du progrès et incapables de s\u2019y adapter.On considérait qu'il s\u2019agissait d\u2019une pauvreté résiduelle, héritée du passé.Mais je crois que ce qu\u2019il y a de nouveau et d\u2019inquiétant dans cette « nouvelle pauvreté », c\u2019est qu\u2019elle fait apparaître un nouveau type de population qui n\u2019est pas, justement, composée de ces gens qui étaient restés complètement en marge de la croissance, du progrès.Ce sont plutôt, vous le savez, des gens jeunes ou encore des chômeurs de longue durée, et donc qui n\u2019ont 52 pas le profil quart-monde, si je puis dire, d\u2019une partie de la pauvreté traditionnelle.Dans les périodes de développement de ce que l\u2019on a appelé l'État-providence, la puissance publique a eu tendance à prendre en charge de plus en plus de catégories de populations ; dans cette logique, on aurait pu supposer que la nouvelle pauvreté aurait été prise en charge par les appareils publics.Mais depuis une dizaine d\u2019années, on assiste plutôt à un désistement de l'État par rapport à ces situations.Donc il me semble que l\u2019hypothèse d\u2019interventions étatiques qui couvriraient toutes ces populations et les prendraient en charge semble moins aisée à faire aujourd'hui.La tendance au désistement de l\u2019État à l\u2019égard des populations démunies est trop bien enclenchée pour_ que l\u2019on puisse imaginer un retour à l\u2019État-providence.Ce que l\u2019on observe de plus en plus, c\u2019est une tendance à renvoyer au local la prise en charge de ces questions ; celles par exemple de la délinquance, de la folie ou de la pauvreté.Cette mobilisation de la société civile, cet appel aux ressources communautaires est certainement préférable à un encadrement étatique.Mais force est de constater que ces réformes se font sur le mode du « bricolage », où il est davantage question de gérer la pénurie immédiate et de laisser chacun se débrouiller dans son coin que d'améliorer le mode d\u2019exercice de la solidarité sociale.REL.:\tQuelles mesures sociales pour- raient contribuer à endiguer cette émergence d\u2019une nouvelle pauvreté ?R.C.:\tEn France, le gouvernement propose un Revenu minimum d'insertion (RMI), revenu qui est associé à des mesures d\u2019intégration sociale des personnes aptes au travail.Cette forme d\u2019aide est toute récente et personne ne peut en garantir l\u2019efficacité.Le revenu minimum d\u2019insertion, s\u2019il marche, sera mis en place à un niveau local.La personne aidée de cette manière devrait s\u2019engager dans une sorte de contrat d\u2019insertion dont le contenu demeure d\u2019ailleurs très vague.Le risque inhérent à une telle mesure est de renforcer la propension à des formes de travail sous-payé, au bricolage, aux emplois intermittents.Mais, pour l\u2019instant, on ne peut pas faire une évaluation du RMI en France, puisque c\u2019est une mesure décidée il y a moins d\u2019un an et qui se met en place maintenant.Le RMI est aussi une façon de reconnaître que le plein emploi est une espèce de mythe et que l\u2019insertion ne passe pas toujours par le travail.Mais relations mars 1990 le risque demeure, notamment celui qu\u2019on tombe dans le moralisme et qu\u2019on demande aux gens de donner des gages de bonne volonté, gages qui seront d\u2019ailleurs sous le contrôle des personnes chargées d\u2019administrer ce RMI.REL.:\tNe risquons-nous pas d\u2019en arriver à une forme de discrimination entre « bons pauvres » et « mauvais pauvres » ?R.C.:\tLe « mauvais pauvre », juste- ment, c\u2019est presque toujours quelqu\u2019un qui pourrait théoriquement travailler.Dans la mesure où il ne le fait pas, la société est tentée de lui coller l\u2019étiquette d\u2019oisif, de fainéant, de vicieux, d\u2019alcoolique.On risque de retrouver sous des formes un peu euphémisées quelque chose de cet ordre dans la distinction entre valide et invalide.Au fond, celui qui ne travaille pas est toujours soupçonné d\u2019être responsable, même s\u2019il n\u2019y peut pas grand-chose dans une période de chômage massif.La désinstitutionnalisation REL.:\tEn terminant, dans le domaine spécifique de la santé mentale, en quoi la gestion sociale actuelle des problèmes de santé mentale et la désinstitutionnalisation contribuent-elles à l\u2019émergence de la nouvelle pauvreté ?R.C.:\tJe crois qu\u2019on peut essayer de comprendre ce problème à partir de la notion de cumul des handicaps.C\u2019est un fait que si on est pauvre, isolé, sans beaucoup d\u2019instruction, mal logé, et si, de plus, on a des troubles psychiques, on est dans cette catégorie de gens qui sont spécialement défavorisés ; on est encore plus défavorisé que les plus défavorisés ! Dans cette espèce de configuration de gens qui ont actuellement des problèmes de survie, il y a différentes sous-espèces.Il y a des femmes, il y a des jeunes très isolés, il y a des chômeurs d\u2019un certain âge, il y a des gens du quart-monde et il y a les gens qui ont des problèmes psychiques, soit qu\u2019ils aient déjà été institutionnalisés et ensuite remis à la rue, comme c\u2019est beaucoup le cas aux États-Unis, soit qu\u2019ils n\u2019aient jamais été institutionnalisés.Il leur est évidemment beaucoup plus difficile de se débrouiller du fait de ces troubles psychiques.Mais j\u2019aurais plutôt tendance à penser que cela s\u2019ajoute à d\u2019autres handicaps, plutôt que de constituer quelque chose de complètement spécifique.Il y a ÇGjSjY, Douleur et lassitude du pauvre.« Parenka couchée », par Louis Muhlstock.\u2018*wèi*»;î des tas de gens qui sont un peu à la frontière.On ne sait pas trop s\u2019ils sont dans cette situation parce qu\u2019ils ne sont pas trop équilibrés, ou parce qu\u2019ils ne travaillent pas, ou parce qu\u2019ils sont émigrés, etc.Pour ce qui est de l\u2019impact même de la désinstitutionnalisation, je crois qu\u2019il faut nuancer.J\u2019aurais tendance à dire qu\u2019il y a deux types de désinstitutionnalisation.Celle, pour caricaturer un peu, à l\u2019américaine, ou à la Reagan du temps où celui-ci était gouverneur de Californie - mais il n\u2019a pas été le seul -, et qui consiste pour des raisons essentiellement budgétaires à fermer les hôpitaux psychiatriques et à mettre les gens dans la rue.Cela pose effectivement des problèmes assez dramatiques.Mais il y a un autre type de désinstitutionnalisation, que je nommerai, pour poursuivre ma caricature, à l\u2019italienne, et où cette désinstitutionnalisation est préparée.La personne qui sort de l\u2019hôpital est accueillie par la communauté ; dans cette situation, dans la mesure où cet accueil a été fait - ce qui n\u2019a d\u2019ailleurs pas toujours été le cas en Italie -, la désinstitutionnalisation n\u2019a pas posé de problème.Je crois que certains font preuve d\u2019une espèce de mauvaise foi en coiffant sous un unique concept une désapprobation de la désinstitutionnalisation, comme si elle était en elle-même responsable des difficultés rencontrées.Je crois qu\u2019il faut distinguer.Je pense que dans la plupart des cas le système des hôpitaux psychiatriques est un système archaïque, qui n\u2019est pas à la hauteur de ce qu\u2019on peut faire aujourd\u2019hui pour les personnes souffrant de troubles de santé mentale.Il faut continuer à désins titutionnaliser, au sens de sortir de relations mars 1990 l\u2019hôpital psychiatrique la plupart des gens qui y sont.Mais cela ne veut pas dire simplement les vider, comme on met des gens au chômage, et les jeter à la rue.J\u2019ai pas mai participé à ces mouvements de désinstitutionnalisation.Je pense qu\u2019on a été, à un certain temps, un peu trop optimistes ou trop utopiques, sur les capacités spontanées des populations, des quartiers, de prendre en charge des gens qui avaient des problèmes, parce que justement, s\u2019ils étaient institutionnalisés, c\u2019est souvent que la communauté ou la famille les avaient rejetés.La désinstitutionnalisation, la vraie, suppose des formes d\u2019aide souples et actives.¦ Propos recueillis par Jean Gagné, intervenant communautaire, et Mario Poirier, psychologue.53 Collection privée de M.Louis Muhlstock LA FAIM A MONTREAL par Guy Paiement Centre Saint-Pierre, Montréal Une petite quantité des « surplus » alimentaires (ce que jettent des compagnies, des restaurants, .) est actuellement recyclée par les réseaux de dépannage alimentaire, comme le Chic Resto-Pop.y a-t-il des gens qui souffrent de la faim à Montréal ?Si l\u2019on s\u2019attend à retrouver les images éprouvantes de la télévision nous montrant des foules squelettiques de l\u2019Éthiopie, la réponse est non ! Nous sommes un grand pays industriel, en croissance économique, nous assure-t-on, et les « filets de sécurité » de l\u2019aide sociale s\u2019occupent des personnes incapables de pourvoir à leurs besoins.La réalité, pour nous, est moins rose, mais peu de gens semblent accepter de la regarder.Il en va de la faim comme de la pauvreté : on préfère la cacher, car elles mettent toutes deux en cause la bonne image que nous avons de nous-mêmes, notre organisation sociale et nos choix politiques.Beaucoup de personnes qui vivent difficilement hésitent à parler de leur réfrigérateur vide.Les voisins aussi l\u2019ignorent ou ne s\u2019en préoccupent guère.On a même vu des travailleurs sociaux minimiser la sous-alimentation chronique de certains enfants et n\u2019intervenir auprès de la Direction de la protection de la jeu- 54 nesse que lorsque les enfants ont des « bleus »! Toute une conspiration du silence tend ainsi à nous faire croire qu\u2019il n\u2019y a pas de problème de la faim à Montréal et que, si jamais certains clochards avaient faim, ils auraient toujours la possibilité d\u2019aller manger une soupe à la « Maison du Père ».1.\tCet article reprend un document qui a été préparé par les membres du Comité d\u2019intervention publique de la Table de concertation sur la faim à Montréal.En font partie, outre le rédacteur, Anne Laroche (Garde-Manger du Sud-Ouest), Louise Lépine (Coalition sur l\u2019alimentation Hochelaga-Maisonneuve), Diane Norman (Comité des cuisines collectives de la Table) et Micheline Morency (Office de pastorale sociale du Diocèse de Montréal).La Table de concertation sur la faim à Montréal regroupe une vingtaine de personnes, représentantes de tables de concertation de quartier ou d\u2019organismes à vocation relations mars 1990 Des pavés dans la mare Même si nous ne disposons pas encore d\u2019enquête tous azimuts sur la faim à Montréal, nous avons accumulé, depuis des années, suffisamment d\u2019indices pour prendre la parole et montréalaise, toutes désireuses de faire connaître la situation de la faim à Montréal, de travailler à la concertation entre les divers organismes de dépannage alimentaire et de promouvoir des solutions à moyen et à long termes.2.\tDiane Brunet-Norman, Les bébés à petit poids, Montréal, CLSC Centre-Sud, mai 1986.3.\tDominique Béliveau et Louise Lépine, École Baril : résultats du sondage sur le petit déjeuner, Montréal, CLSC Hochelaga-Maisonneuve, 1987.Des contacts avec d'autres quartiers tendent à montrer que la situation décrite se Paul Hamel dénoncer ce que l'on veut encore tenir caché1.Au CLSC-Centre-Sud, une enquête, ces dernières années, révélait avec une certaine gêne que le poids des nouveaux-nés du quartier était très en deçà de la moyenne et se comparait à celui des enfants nés dans le tiers monde2.Dans plusieurs écoles situées dans les quartiers moins favorisés, on calcule que 10% des enfants du primaire ne déjeunent pas le matin3.Plusieurs jeunes se livrent à la prostitution, la dernière semaine du mois, pour se payer la nourriture qu\u2019ils ne peuvent s\u2019acheter.De fil en aiguille, ils prendront ensuite de la drogue pour oublier ce qui s\u2019est passé et la dégringolade suivra.Il y a deux ans(1987), les Sociétés Saint-Vincent-de-Paul ont constaté que le nombre de personnes qui venaient demander des « tickets » de nourriture avait augmenté de 22 % depuis les cinq dernières années, soit 6600 demandes représentant près de 20 000 personnes.Après vérification, elles ont découvert que les gens qui faisaient cette demande devaient payer des loyers toujours à la hausse.Pour y arriver, ils coupaient alors sur la nourriture et, à la fin du mois, se voyaient obligés, la mort dans l\u2019âme souvent, de venir quêter de quoi acheter une « commande d\u2019épicerie » pour leur famille4.Dans son énoncé récent de politique sur l\u2019habitation, l\u2019administration municipale reconnaît qu\u2019« un ménage sur cinq consacre plus de la moitié de son revenu au loyer5.», ce qui renvoie sans doute aux mêmes catégories de personnes qui vont voir les représentants de la Saint-Vincent-de-Paul.En 1988, la Table de concertation sur la faim à Montréal lançait une enquête auprès des 374 organismes qui oeuvrent dans le domaine du dépannage alimentaire.De celle-ci, il ressort que 60 % de tous les organismes existent depuis 1970, ce qui signifie, selon toute vraisemblance, que les besoins ont grandi brusquement depuis cette période6.L\u2019organisme Moisson-Montréal, qui distribue des surplus de nourriture à la 1JITS'-,, Pour arriver, on coupe sur la nourriture, à la fin du mois.plupart de ces organismes, doit actuellement faire attendre pas moins de 75 nouveaux groupes qui réclament ses services7.Selon la même enquête de la Table de concertation (page 13), la moitié des organismes alors recensés survivaient avec un budget annuel de moins de 10 000$.Pas étonnant, dès lors, que Centraide vienne de retenir, parmi ses cinq priorités, le dépannage alimentaire8.retrouve dans les quartiers du Centre-Sud, du Sud-Ouest et de Rivière des Prairies.4.\tConseil central de la Société Saint-Vincent-de-Paul, La pauvreté et l\u2019habitation, Montréal, le 20 mai 1987.5.\tLa Ville de Montréal, Habiter Montréal, énoncé de politique d\u2019habitation, Montréal, février 1989, p.36.6.\tLa Table de concertation sur la faim à Montréal, Certains résultats du sondage, avec la collaboration du Service aux collectivités de l\u2019UQAM, Montréal, 1988, p.2.7.\tD\u2019après les renseignements fournis par Moisson-Montréal, en octobre 1989.8.\tJean-Guy Bissonnette et Michel Giroux, L'avenir de notre société est en cause, Montréal, Centraide, 1989.9.\tVoir : Alimenti, Phase III, Jocelyne Leduc-Gauvin, Rapport préliminaire présenté aux organismes de Saint-René-Goupil, Montréal, DSC Hôpital du Sacré-Coeur, juin 1988, p.2ss.10.\tL\u2019allocution du maire Jean Doré à la Conférence européenne et nord-américaine sur la sécurité et la prévention de la criminalité en milieu urbain, dont La Presse du lundi 16 octobre 1989 a publié de larges extraits en B-3.Or, il faut ajouter que, toujours selon la même enquête (page 7), 40 % de la clientèle référée aux organismes de dépannage l\u2019a été par un CLSC.Ce qui amène certains à se demander si les services gouvernementaux ne refilent pas le problème à la population de leur quartier.Ajoutons, d\u2019ailleurs, que la population des hôpitaux psychiatriques qui a été « désinstitutionnalisée » se retrouve de plus en plus nombreuse chez les organismes de dépannage alimentaire.Mais l\u2019argent supposément épargné par les institutions hospitalières n\u2019a pas suivi les ex-patients.C\u2019est donc encore le milieu, avec des moyens de famine, qui doit répondre aux besoins alimentaires d\u2019un bon nombre de ces personnes.Enfin, une enquête récente, effectuée dans deux quartiers contigus, l\u2019un à faibles revenus, l\u2019autre à revenus moyens, montre que les produits des magasins d\u2019alimentation sont plus chers dans le quartier pauvre et la qualité des fruits ou des légumes plus discutable9.Les gens appauvris doivent ainsi s'appauvrir pour se nourrir.Les coupures qu\u2019ils doivent faire n\u2019améliorent évidemment pas leur situation.La mauvaise alimentation s\u2019installera comme une fatalité et la faim continuera d\u2019être silencieuse.La faim comme symptôme Si nous mettons maintenant ensemble tous ces indices, il s\u2019en dégage l'image peu flatteuse d\u2019une société malade, cassée en deux, la partie la plus pauvre se débattant avec des revenus insuffisants, obligée de mal s\u2019alimenter, de s\u2019adresser de plus en plus à des organismes de dépannage alimentaire eux-mêmes peu subventionnés, voyant leurs enfants en subir les conséquences dans leur croissance et souvent dans leurs résultats scolaires, avant de les voir continuer le cycle trop connu de l\u2019abandon des études, du manque de préparation au monde du travail, du chômage plus ou moins prolongé, de l\u2019aide sociale, à moins que ce ne soit la délinquance ou la violence qu\u2019on appellera alors « gratuite » dans les médias.Dans ce dernier cas, soulignons qu\u2019une étude toute récente de la Ville de Montréal montre que la violence est en augmentation depuis quatre ans dans la métropole et qu\u2019il faudra y voir si l\u2019on ne veut pas qu\u2019elle devienne incontrôlable10.relations mars 1990 55 Or, ce n\u2019est peut-être pas la répression ni même la prévention contre la drogue qui seront la solution adéquate à un tel problème social.Le problème, même si l\u2019on veut le cacher, est là.Il est rattaché à l\u2019appauvrissement de toute une population et c\u2019est vraisemblablement une approche globale qui pourra le résoudre.La faim demeure le symptôme de cette situation d\u2019ensemble.La cacher, c\u2019est se rendre incapable de saisir le dépérissement accéléré de plus de 20 % de la population de Montréal.Il est plus que temps que nous prenions des mesures concertées pour changer la situation et sauver notre première ressource nationale : les personnes.Des solutions pour demain Parmi les solutions, nous croyons qu\u2019il faut continuer de mieux connaître l\u2019étendue de la faim à Montréal et toutes ses conséquences sociales et économiques.Est-il illusoire de penser qu\u2019un tel sujet pourrait intéresser quelques-uns de nos universitaires ?Nous croyons aussi que, sans attendre la réforme en profondeur de toute notre société, il est possible de travailler à changer déjà la situation concrète des milliers de gens qui souffrent de la faim dans notre ville.Nous savons tous que les ressources alimentaires sont abondantes.Nous savons aussi que beaucoup d\u2019entre elles sont jetées par les différentes compagnies d\u2019alimentation et leurs distributeurs.Une petite quantité de ces « surplus » est actuellement recyclée par les réseaux du dépannage alimentaire.Mais il n\u2019y a pas de raison valable pour que cette quantité n\u2019augmente pas dans les prochaines années.Il y faudrait la collaboration du milieu alimentaire et des amendements législatifs relativement simples (nous pensons en particulier à une version québécoise de la loi dite du bon Samaritain)\".Mais ce dépannage a ses limites.On sait que la faim vient d'un manque de revenus suffisants.C\u2019est en privilégiant la création d\u2019emplois que l\u2019on pourra casser le cycle actuel de la pauvreté.Cependant, l\u2019expérience des dernières années nous a montré qu\u2019il n\u2019est pas suffisant de créer des emplois dans un quartier, car ce sont des gens de la banlieue, mieux préparés, qui viendront les occuper12.Il n\u2019est pas utile, non plus, de mettre en place des mesures 56 d\u2019employabilité, si celles-ci n\u2019aboutissent pas à donner des emplois réels et utiles à ceux et celles qui s\u2019y sont prêtés13.Il nous faut plutôt, à l\u2019avenir, adopter pour les quartiers plus défavorisés une perspective d'écologie sociale, qui favorisera la concertation entre les divers intervenants.Il nous faut, en particulier, créer des emplois sur mesure pour la population de ces quartiers, avec les mesures d\u2019employabilité qui leur seront adaptées.Deux expériences-pilotes Nous savons que les responsables de la Ville de Montréal partagent ces préoccupations et ont certains projets d\u2019intervention14.Nous leur proposons de soutenir, dans certains quartiers, de petites expériences pilotes en collaborant avec les ressources du milieu.Elles consisteraient à mettre sur pied des micro-usines de transformation des surplus alimentaires, dont les produits pourraient profiter aux personnes âgées ou en perte d'autonomie du quartier.En plus de fournir du travail à plusieurs personnes qui vivent actuellement de l\u2019aide sociale, de telles initiatives auraient ainsi des retombées locales15.L\u2019objectif à long terme est d\u2019inverser la culture actuelle de non-emploi ou d\u2019emplois précaires par une culture de l'emploi et de l\u2019emploi socialement utile.Ces micro-usines commenceraient par faire la congélation des surplus alimentaires et pourraient évoluer, avec le temps et la formation sur mesure, vers la cuisson sous vide, qui ouvre des possibilités pratiques prometteuses.Une autre expérience qu\u2019il faudra soutenir a trait aux cuisines collectives.Il 11.\tLes banques alimentaires canadiennes sont d'avis que la récupération pourrait être grandement facilitée par l\u2019adoption d\u2019une loi limitant la responsabilité des donateurs en cas de poursuite légale.Une telle loi est en vigueur partout aux États-Unis depuis 1987, avec différentes modalités selon les États.Voir : Claude Waters et Marie-France de Montigny et Denis Poulin, Étude de faisabilité d'un centre de récupération et de redistribution alimentaire dans le quartier Centre-Sud, Montréal, Comité social, 1989, p.28-29.12.\tSe rappeler l'expérience récente du Comité de relance de l'Est de Montréal.Les emplois nouvellement créés n'ont pratiquement pas touché les gens du quartier.relations mars 1990 s\u2019agit d\u2019un petit groupe de personnes femmes monoparentales très souvent qui se mettent ensemble pour se préparer des repas en prévision de la dernière semaine du mois, ce temps entre tous redoutable pour les personnes à faibles revenus.Plus de quinze cuisines existent déjà, qui forment des lieux où les personnes reprennent en main leur initiative.Des intervenants et des intervenantes du milieu collaborent déjà à faire de ces expériences des « lueurs d\u2019espoir ».Il faudrait que de telles initiatives soient soutenues financièrement par les gouvernements et par la population.Elles présentent, nous en sommes convaincus, de meilieures formes de prévention de la violence que l\u2019augmentation des effectifs policiers et coûteraient sûrement moins cher que la pension des personnes incarcérées16.En guise de conclusion Soulignons, en terminant, que l\u2019article 25 de la Déclaration universelle des droits humains reconnaît le droit à toute personne « à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l\u2019alimentation ».Pourrons-nous, à l\u2019aube des grandes fêtes du tricentenaire de Montréal, après avoir investi dans le béton, le métro et la banlieue, parier enfin sur les personnes qui habitent cette ville et sur leur avenir ?Chose certaine, pour y arriver, il nous faudra bien commencer par cesser de cacher la faim et tout ce qui l\u2019accompagne.Nous pourrons ainsi construire une ville où le droit le plus élémentaire, celui de manger, cessera d\u2019être un voeu abstrait, car on lui aura donné des mains.Les nôtres.¦ 13.\tVoir l'Enquête sur l'employabilité à Pointe-Saint-Charles, préparée par le Programme économique de Pointe-Saint-Charles, mars 1988, p.74.14.\tC\u2019est, du moins, ce qu'affirmait M.Robert Perreault, vice-président du Comité exécutif de la ville de Montréal au journal Les Affaires, semaine du 9-15 septembre 1989, p.4.15.\tClaude Waters et alii, op.cit., p.122.16.\tL'Office des droits des détenus estime à 37 000$ par année le coût de l'incarcération d'une personne détenue.Sur les cuisines collectives, voir : Anne-Marie Lecomte, « Cuisines collectives : une réponse à la faim », dans Santé-Société, vol.11, numéro 4, automne 1989, p.46-48. LE BRESIL par Caroline Jarry Candidat du Parti des travailleurs à la présidence du Brésil, le socialiste Luis Inacio « Lula » da Silva a été battu de justesse par Fernando Collor, le 17 décembre 1989.Pour la première fois depuis 1960, le Brésil a pu élire directement son nouveau président, en la personne de Fernando Collor de Mello, un populiste de droite.Élu au terme d\u2019un deuxième tour très « chaud », le 17 décembre dernier, Fernando Collor a finalement battu de justesse le socialiste Luis Inacio « Lula » da Silva et doit maintenant entrer en fonction le 15 mars.Avec la plus importante dette extérieure en Amérique latine (109 milliards de dollars) et un taux d'inflation qui a atteint 1765 % en 1989, le Brésil et ses 145 millions d\u2019habitants attendent maintenant de leur nouveau président qu\u2019il redresse, tel que promis, la situation économique du pays.Mais que peut bien signifier le concept de « redressement de la situation économique » dans un pays où non seulement l\u2019inflation et l\u2019endettement échappent à tout contrôle, mais où, en plus, la distribution de la richesse est l\u2019une des plus inégales au monde ?Au Brésil, les 20 % les plus riches de la population gagnent 33 fois plus que les 20 % les plus pauvres, alors qu\u2019en 1.José Odelso Schneider est maître en sociologie et Rafael Carboneil de Masy, d\u2019origine paraguayenne, est docteur en sciences économiques.Corée du Sud, par exemple, les 20 % les plus riches gagnent sept fois plus que les plus pauvres et à Taiwan, la proportion est de quatre fois plus.Quelques semaines avant les élections dans leur pays, les Jésuites José Odelso Schneider et Rafael Carboneil de Masy1 étaient de passage à Montréal et ont bien voulu s\u2019entretenir avec Relations de la situation du Brésil.On remarquera que leurs propos sont très concrets et dénués des références idéologiques habituelles.Relations :\tQuel héritage le gouvernement Sarney laisse-t-il au nouveau gouvernement ?José Odelso Schneider : Sur le plan démocratique, il ne fait pas de doute que Sarney a fait avancer des choses.Il n\u2019y a jamais eu autant de liberté d\u2019opinion et de critique que sous son gouvernement.La nouvelle constitution est un exemple de ce progrès : elle a été approuvée par l\u2019Assemblée constituante en 1988, après deux années de travail marquées par une grande participation du mouvement populaire.Cette constitution a des lacunes, notamment en matière de réforme et de politique agraires, mais ses conquêtes sont grandes au chapitre des droits sociaux et des droits des travailleurs sans oublier la décentralisation administrative.Ainsi, autrefois, sur tous les revenus fiscaux recueillis dans le pays, relations mars 1990 57 pas moins de 76 % étaient reçus, contrôlés et administrés par le gouvernement fédéral, tandis que 27 % seulement allaient aux gouvernements provinciaux et 2 ou 3 % aux municipalités.La nouvelle constitution a établi que désormais 53 % seulement du total des revenus fiscaux tomberaient sous la coupe du gouvernement fédéral ; le reste étant administré directement par les gouvernements provinciaux et les municipalités.Cela est très important.Sur le plan économique, le bilan est nettement moins bon.À la suite de l\u2019escalade inflationniste, Sarney a lancé en 1986 le premier plan Cruzado (gel des prix et des salaires), qui a échoué quelques mois plus tard.Puis ce fut un deuxième plan Cruzado, puis le plan Bresser, suivi du plan Verano, et ainsi de suite.Aujourd\u2019hui nous nous retrouvons avec une inflation de plus de 50 % par mois.Nous attribuons une telle inflation fondamentalement à l\u2019absence d\u2019autorité et de légitimité politiques du gouvernement, qui se trouve incapable d\u2019imposer, par conséquent, des mesures de lutte réelle contre l\u2019inflation.REL.:\tComment analysez-vous le processus de retrait des militaires brésiliens de la scène politique ?Rafael Carbonell de Masy : Contrairement au cas argentin, où les dirigeants militaires ont dû laisser le pouvoir en sachant pertinemment qu\u2019ils allaient être jugés, il n\u2019en fut jamais question au Brésil.Les militaires brésiliens ont abandonné le pouvoir aux civils graduellement, en réalisant des élections municipales, puis l\u2019élection des gouverneurs d'État, puis des élections fédérales.Ils savaient qu\u2019en se retirant ainsi, ils seraient plus tranquilles.Comment sortir de la dette ?REL.:\tPris entre la dette extérieure, l\u2019inflation et les conditions imposées par le FMI, quels autres choix reste-il au Brésil et à l\u2019Amérique latine en général pour favoriser un développement économique équitable ?J.O.S.: Je pense qu\u2019en tout premier lieu, il doit y avoir un gouvernement réellement choisi et consacré par la volonté populaire.Les problèmes sont si graves que seul un gouvernement vraiment légitime pourra avoir la force nécessaire pour amorcer les changements qui s\u2019imposent.Quels sont ces changements ?D\u2019abord, il faut un impôt progressif sur le revenu.Lors d\u2019un passage au Brésil, l\u2019économiste John Kenneth Galbraith l\u2019a bien dit : le prochain gouvernement devra courageusement imposer des impôts draconiens sur les plus hauts revenus, à partir desquels il pourra puiser les ressources nécessaires à la mise en place d\u2019une politique de développement et d\u2019emploi.Autre mesure nécessaire : une réforme de la politique salariale.La différence entre le salaire minimum d\u2019un travailleur et le salaire maximum d\u2019un cadre d'entreprise est de 100 pour un.Même le Pérou, qui est en pleine révolution sociale, n\u2019affiche pas une telle concentration des revenus.Autre mesure importante : la réduction draconienne des dépenses publiques.À titre d\u2019exemple : 70 % de la dette extérieure a été contractée par des entreprises publiques, dont plusieurs ont une politique d\u2019emploi basée sur l\u2019embauche de clients et d\u2019amis.Même la presse de gauche est d\u2019accord : la première mesure pour contenir l\u2019inflation devrait donc être la réduction des dépenses publiques.À partir de là, il faut investir l\u2019argent directement dans des activités productives, tout en mettant un frein à la spéculation financière, qui est très importante : en effet, en raison d\u2019un taux d\u2019intérêt encore plus élevé que le taux d\u2019inflation, un grand nombre d\u2019entrepreneurs préfèrent placer leur argent et s\u2019enrichir, plutôt que d'investir dans des activités productives.R.C.de M.:\tIl faudrait préciser que le débat n\u2019est pas néces- sairement entre un État plus gras ou plus maigre ; il y a des choses que l\u2019État doit faire et il ne les fait pas, et d\u2019autres qu'il ne doit pas faire et qu\u2019il fait : c\u2019est ça qui est grave.La sécurité sociale, la santé, l\u2019éducation et d\u2019autres secteurs importants doivent bien sûr demeurer responsabilité de l\u2019État ; le problème, c\u2019est que maintenant l\u2019État assume un peu trop la fonction d\u2019agent économique.REL.:\tQue sont devenus les grands modèles qui ont mobilisé l\u2019Amérique latine, tels que la substitution des importations, le nationalisme économique ou la révolution cubaine ?R.C.de M.:\tCes modèles n\u2019ont offert aucune solution au Brésil, car ils ne résolvaient pas le problème de la distribution des richesses.Chez nous, la politique de substitution des importations paraissait intéressante et le gouvernement l\u2019a encouragée au cours des années 50, en rendant plus difficile l\u2019accès de nombreux produits de l\u2019extérieur au marché brésilien.Cette politique s\u2019est révélée favorable pour de nombreuses entreprises, nationales et multinationales, qui se sont donc établies au Brésil pour avoir accès à son marché.Cette politique avait cependant des limites, car les prix des produits augmentaient alors que le pouvoir d\u2019achat restait très limité.Le Brésil a donc modifié sa politique et tenté, dans les années 60, comme d\u2019autres pays latino-américains, de stimuler les exportations de matières premières, surtout de fer et de soja.L\u2019État a subventionné l\u2019achat de machinerie agricole pour stimuler la mécanisation dans le domaine agricole.Résultat de cette mécanisation : un grand nombre de travailleurs agricoles sans travail ont dû partir pour la ville, grossissant le bassin de la main-d\u2019oeuvre bon marché et favorisant du même coup l\u2019industrialisation.Encore là, un seul critère, celui de l\u2019expansion ; c\u2019est ce critère qui fut appliqué à l\u2019industrialisation.De telle sorte qu\u2019aujourd\u2019hui, 80 % de la valeur des exportations du Brésil provient de produits industrialisés ou semi-industrialisés.Mais ce modèle, basé largement sur l\u2019exportation, rencontre lui aussi rapidement ses limites, car nos exportations entrent en compétition avec d\u2019autres et alors les prix baissent.À cause de cette chute des prix, le Brésil ne peut pas payer sa dette extérieure.Il a stimulé les exportations, mais parfois à l\u2019aide de lourdes subventions qu\u2019il n\u2019est plus en mesure de soutenir.Où en sommes-nous aujourd\u2019hui ?Je crois que ce qui peut sauver l\u2019économie du Brésil et de l\u2019Amérique latine est un critère de rationalisation plutôt que d\u2019expansion.REL.:\tComment cela pourrait-il se concrétiser ?R.C.de M.:\tNotamment par l'intégration économique du Brésil avec d\u2019autres pays d\u2019Amérique latine, déjà partiellement commencée.Et puis il faudrait ce que j'appelle un changement de mentalité : d\u2019abord de la moralité dans l'activité publique, mais aussi, simplement, l\u2019amélioration de la qualité des choses que l\u2019on produit et des services que l\u2019on offre.Si on peut faire les choses bien, pourquoi les faire mal ?Enfin, il faut assurer la participation de tous les acteurs économiques : le secteur privé doit prendre plus d\u2019initiatives et cesser d\u2019attendre paresseusement, comme il le fait depuis trop longtemps, les subventions de l\u2019État.Les syndicats doivent s\u2019intéresser non seulement au nombre de leurs membres, mais aussi à la qualité de ces membres, c'est-à-dire à leur formation professionnelle.Pour cela aussi il faut un changement de mentalité.¦ 58 relations mars 1990 en b En 1989, le Canada a réduit son aide au tiers monde de 400 millions de dollars.Les Canadiens consacrent plus d\u2019argent per capita à leurs animaux domestiques qu\u2019à l\u2019aide publique au développement ! L\u2019avenir ne s\u2019annonce guère meilleur puisqu\u2019il est possible qu\u2019une partie des fonds affectés aux pays de l\u2019Est soit prélevée sur notre contribution aux pays du Sud.Le mur Nord-Sud risque de durer bien plus que celui de Berlin ! (AQOCI, bilan 89) La nomination par Rome d\u2019un secrétaire général à la Confédération latino-américaine des religieux (CLAR), instance représentant les 45 000 religieux et 310 000 religieuses du continent, a entraîné la démission de l\u2019équipe qui travaillait au plan d\u2019évangélisation « Parole et Vie » et l\u2019abandon définitif par la CLAR de ce plan.Pour les responsables de la CLAR, imposer un « secrétaire de tutelle » est « un geste de défiance » qui ne respecte pas l\u2019autonomie de la CLAR, pourtant reconnue par le Saint-Siège, et instaure un climat de méfiance qui fait que « l\u2019organisme a été tué en pleine vitalité.» Pour le Cardinal Hamer, qui représente le Saint-Siège, « cette mesure exceptionnelle est la preuve de l\u2019intérêt, de l\u2019estime et de la sollicitude » avec lesquels ce dicastère suit la puissante et dynamique vie religieuse latino-américaine.(L\u2019actualité religieuse dans le monde, no 73) En prolongement de notre dossier sur la violence (.Relations no 557), ceux et celles qui voudront en savoir plus liront avec profit le no 73 d\u2019Alternatives non violentes, revue associée à l\u2019Institut de recherche sur la résolution non violente des conflits (France).Neuf articles de fond sont tirés de la mémoire de la revue (1973-1983) et fournissent autant de bons repères sur le sujet.À signaler l\u2019entretien avec Denise Van Caneghem, « Comment ritualiser notre agressivité ?», qui explique la différence entre l\u2019agressivité et la combativité.Le conseil de l\u2019Université Laval a nommé doyen de la faculté de théologie le professeur René-Michel Roberge.Directeur de la revue « Le Laval théologique et philosophique» depuis 1987, le professeur Roberge est vice-doyen à la recherche depuis 1988 et membre du conseil de l\u2019Université Laval depuis 1989.Il est l\u2019auteur de quelque 40 publications et a enseigné principalement la théologie des sacrements et la patristique.Félicitations ! Après des années de discussions et de tergiversations, le Cameroun est sur le point de l\u2019emporter sur le Zaire dans une compétition pour traduire dans les faits un rêve aussi vieux que celui du Concile africain : « Que nos propres efforts et ceux de toute la chrétienté nous permettent d\u2019ériger une Université catholique africaine.Dans ce milieu, la réflexion catholique trouverait un de ses haut lieux.Elle y respirerait l\u2019air âpre et salubre de la liberté, l\u2019austérité de la soumission au réel, de la vérité obtenue sans raccourci.Elle apprendrait la fécondité des différences.» (F.B.Eboussi, in Civilisation noire et Église catholique, Paris, Présence Africaine, 1978, p.370).À Yaoundé (Cameroun), on s\u2019apprête à commencer cette université par une faculté des sciences humaines.Les 14 et 15 mai, dix-huit mois après le traité de libre-échange, le Conseil canadien de développement économique et social (CCDS) organise avec l\u2019Université de Montréal un colloque dont le thème est l\u2019impact des politiques économiques et fiscales sur les politiques sociales au Québec.Le colloque ne manquera pas d\u2019intéresser l\u2019ensemble des réseaux économique, éducatif, politique et social, puisqu\u2019il les aidera à définir, dans ce contexte, leurs propres stratégies.Informez-vous auprès de Claude Quiviger, CCDS, 1074, rue Berri, Montréal H2L 4X2.Tél.: (514) 288-1687 Télécopieur : (514) 288-6723.En Algérie, au Maroc et en Tunisie, la poussée de l\u2019intégrisme islamique se manifeste par une lutte pour le port du voile.Le milieu scolaire est le terrain d\u2019élection des intégristes algériens, qui s\u2019expriment à travers le Front islamique du salut, qui compte plus de trois millions d\u2019adhérents.Il prône la suppression de la mixité et l\u2019abandon de la musique et de la danse, « disciplines offensantes pour les valeurs arabo-musulmanes ».En Tunisie, par contre, une circulaire du ministère de l\u2019éducation nationale interdit, depuis 1981, le port du voile dans les établissements scolaires.La fermeté a fait place à la souplesse, mais le président Ben Ali a refusé de reconnaître le Parti islamiste tunisien et considère qu\u2019il incombe à l\u2019État, et à lui seul, de « veiller à l\u2019épanouissement et au rayonnement de l\u2019Islam ».À l\u2019inverse de l\u2019Algérie et de la Tunisie, la bataille du voile est peut-être dépassée au Maroc, mais des problèmes très graves tels que ceux de la répudiation, de la polygamie, de l\u2019inégalité de la femme sur le marché du travail, sont toujours présents.(Bulletin d\u2019information africaine, no 159).¦¦ relations mars 1990 59 RECENSIONS DE MARS lectures André Corten: L\u2019État faible, Haïti et République dominicaine Marie Laberqe : Juillet Denis Monière : L\u2019année politique 1988-89 au Québec Guy Ménard : Jamàdhlavie L\u2019État faible aux marges de l\u2019Empire colonial espagnol, la République dominicaine, plus que toute autre région de l\u2019aire Caraïbe, a subi les contre-coups de la révolution haïtienne.Partageant un même territoire insulaire, les deux pays se constituèrent l\u2019un par rapport à l\u2019autre, en sélectionnant dans l\u2019histoire de leurs rapports les éléments les plus susceptibles de fonder l\u2019hostilité réciproque.Cette hostilité, selon Corten, prend sa source dans la confrontation entre deux identités nationales qui, par leur ignorance du cadre néo-colonial dans lequel elles se formèrent, ont été poussées jusqu\u2019à la caricature : déplacement de la lutte anti-coloniale commune sur le terrain fantasmatique d'une confrontation entre la culture négro-africaine et française d\u2019Haïti et celle soi-disant blanche, d\u2019origine européenne et de langue espagnole, du reste de nie.Le livre de Corten explore les diverses dimensions de cette relation « mimétique », qu\u2019il articule avec une théorie de l\u2019Etat périphérique faible.Cette faiblesse réside dans l\u2019indifférenciation sociale.Les deux pays se caractérisent aujourd\u2019hui par l\u2019émergence de mouvements populaires qui ne font pas de l\u2019État le principal destinataire des demandes et des revendications sociales dont ils sont porteurs.Cette faiblesse prend sa source 60 dans la société oligarchique, où la reproduction paysanne coïncide avec celle du petit lopin privé qu\u2019elle cultive pour assurer sa subsistance, tout en fournissant un travail non payé (rente) dans la production des denrées d\u2019exportation.L\u2019auteur montre que la reproduction alimentaire relève maintenant d\u2019un espace public qui n\u2019a pas pour autant été pris en charge par l\u2019État et donc, qui lui est demeuré extérieur.Le besoin d'une gestion nationale de l\u2019aliment, qui s\u2019accentue avec l\u2019urbanisation et que la société traditionnelle est incapable d\u2019assumer, s\u2019accompagne d\u2019une importance croissante de l\u2019aide alimentaire et crée les bases d'une société post-oligarchique, de moins en moins capable de retenir la rente et placée à toutes fins pratiques sous contrôle international.L\u2019émigration, le tourisme et les industries légères des zones franches constituent les axes d\u2019une transnationalisation de l\u2019économie ; ce phénomène se traduit au niveau politique par la dispersion des centres décisionnels et le rôle croissant joué par les instances internationales dans la gestion de l\u2019appareil économique.La dispersion de la demande sociale répond à celle des fonctions étatiques de l\u2019État post-oligarchique.Mais cette demande sociale est elle-même jusqu\u2019à un certain point, transnationalisée.Dans une large mesure, la société post-oligarchique est relations mars 1990 aussi une société moderne de consommation ; les goûts et les aspirations y sont profondément modifiés ; émigration et tourisme sont de puissants catalyseurs de changement.Simultanément, les effets de l'assistance internationale jouent dans le même sens, même lorsqu\u2019ils empruntent le langage des revendications populaires et souvent à leur insu.La faiblesse de l\u2019État serait le résultat de cette situation.Face à ces formes multiples de transnationalisation, la demande sociale n\u2019arrive pas à s\u2019incarner dans des groupes d\u2019intérêts précis pour qui l\u2019État prendrait une forme unitaire.On a beau avoir des demandes, on ne sait trop à qui les adresser, puisqu\u2019il n\u2019existe aucune entité légitimement constituée qui serait susceptible de les recevoir.Même les demandes sociales n\u2019arrivent pas à se constituer, dans la mesure où, selon l\u2019expression de l\u2019auteur, « réclamer » c\u2019est aussi se définir, se classer au sein de la formation sociale.On trouvera également dans ce livre une description détaillée des mécanismes traditionnels de transfert de la rente dans les secteurs du café et du tabac ainsi que des modifications entraînées par l\u2019exode rural vers la ville de Santiago.André Corten et Marie Blanche Tahon montrent la persistance d\u2019une communauté villageoise, traversée par de multiples processus de prolétarisation qui renouvellent la définition des rôles sexuels et des inégalités sociales en dépit d'un conservatisme apparent.On y trouvera également un chapitre sur la question des coupeurs de canne haïtiens.Le contrôle exercé par l\u2019armée sur la gestion des travailleurs haïtiens en dehors de toute supervision du pouvoir civil est, selon Corten, l'un des signes de la faiblesse de l'État.Il est, en même temps, le symptôme le plus grand de cette indifférenciation caractéristique des deux États, où les mouvements sociaux n\u2019arrivent à se constituer une identité propre qu'en retombant dans un antihaïtianisme ou un anti-dominicanisme primaires.Il faut dissocier dans ce livre deux niveaux, qui apparaissent plus ou moins intégrés l\u2019un à l\u2019autre.D\u2019une part, celui d\u2019analyses empiriques bien menées, où l\u2019interprétation demeure étroitement liée à la présentation de processus concrets.D'autre part, un objectif théorique beaucoup plus vaste, mais dont les a priori ne sont souvent guère explicités ; l\u2019auteur cherche à rompre avec les présupposés théoriques de la conception de l\u2019État comme État bourgeois, en s\u2019inspirant des travaux d\u2019un juriste proche de Lacan, Pierre Legendre, à qui il emprunte la notion de différenciation comme étant à la source même des rapports de pouvoir instaurés par l\u2019État.La faiblesse de l\u2019État serait, en ce sens, une faiblesse de la différenciation (p.186).Ce second niveau apparaît plus ou moins plaqué sur l\u2019ensemble et il nous est difficile de suivre le cheminement de l\u2019auteur et ce qu\u2019il veut dire.Aucune allusion n\u2019est faite au rôle particulier joué par Washington dans la région ; non plus qu'aux intérêts bien définis, eux, d\u2019une corporation multinationale comme la Gulf and Western, qui dans l\u2019association étroite qu'elle a établie avec les militaires dominicains au sein d\u2019organismes comme le Conseil d\u2019État du Sucre, a certes puissamment contribué à l\u2019affaiblissement du pouvoir civil en République dominicaine.Ces quelques réserves n\u2019enlèvent cependant rien à la qualité et à l\u2019actualité du livre.¦ Serge Larose Juillet Une « madame » du journal Le Soleil (je ne saurais dire autrement, tant la journaliste en question m\u2019a semblé lourdaude, épaisse et inculte) a daigné titrer d\u2019un « ROMAN RATÉ » le dernier livre de Marie Laberge, Juillet.Il paraît que les « unités >> de lieu, de temps et d\u2019action du livre, effectivement présentes et solidement imbriquées, auraient dû faire parler les personnages comme au temps de Corneille ou de Racine.Or, comme ni le sexagénaire Simon, ni sa femme Charlotte, ni la belle-fille Catherine, amoureuse et aimée de Simon, ne parlent « noble » ou « pointu », la madame du So/e/'/défaille.En fait, elle fait le raisonnement inverse : tant de prose, dit-elle, dans une structure romanesque aussi « noble ».Elle oublie simplement que Faulkner l\u2019a utilisée, et Dostoïevski, et trois cents autres, et que les trois « unités » en question font une sorte d\u2019armature universellement utilisée, justement pour sa haute teneur en émotions, pour le resserrement de l\u2019intrigue et sa dramatisation assurée des moments et actions du jour.Donc, une histoire banale : un homme marié, vivant à la campagne, attend son épouse, dont c\u2019est l\u2019anniversaire de naissance.Mais il aime la femme de son fils, attendue elle aussi aux agapes familiales.C\u2019est là le plus vieux ressort du monde : je veux l\u2019impossible, le défendu, je vais briser l\u2019interdiction, et je vais être puni.Et ça marche : puisque deux personnes au moins ont envie de se la casser.Chassé-croisé beaucoup plus complexe : le fils, David, vit avec son épouse le couple-qui-craque, avec sa mère une relation haine-amour, et avec son père la sensation physique du mépris, ou pire, de l\u2019indifférence.Et Laberge fait monter la pression, lentement, jusqu'à l\u2019insupportable, en demi-mots et quart-de-teinte : un sourire, silence, des regards fuyants ou dévorants, un geste esquissé, tout ici se passe dans la mue des corps qui se désirent âprement.C\u2019est là un beau livre - et j\u2019ajoute à l\u2019intention de « Madame » - une belle réussite de Marie Laberge.Le paroxysme du désir est certes une chose difficile à manoeuvrer : il y a toujours le danger des envolées ou de l\u2019eau-de-rose, ici évité.Je n\u2019en dirais peut-être pas autant de l\u2019autre piège : les longueurs - et c\u2019est mauvais quand le lecteur pense : mais allez-y, les agneaux, allez-y.Marie Laberge accumule les années avec chaleur, classe, et maîtrise.Puisse-t-elle éviter davantage encore la tentation de « l\u2019intelligence », cette peur de l\u2019écrivain que son lecteur ne comprenne pas, et qui le fait expliquer, expliquer.Je rêve d\u2019un livre qui dirait la chair vive et le coeur à vif, là exposés, sans relations mars 1990 commentaires possibles, puisque à ce niveau-là, n\u2019est-ce pas ?on est tous pareils.Tous.¦ Richard Dubois L\u2019année politique 1988-89 au Québec Ia mode est aux bilans qui nous permettent, en fin d\u2019année, de tenir les informations essentielles sur certaines situations et parfois même d\u2019obtenir un portrait-synthèse qui permet de saisir les lignes d\u2019une évolution.On connaît déjà bien les dossiers L'état du monde (La Découverte et Boréal), L\u2019état du Tiers Monde (La Découverte), L\u2019état des techniques (La Découverte).L'année politique au Québec vient combler un certain vide en nous permettant un survol du Québec.L\u2019année en question va de septembre à août, mais un court article de Denis Monière analyse les dernières élections provinciales (septembre 89).Vingt-quatre collaborateurs signent vingt-deux articles d\u2019inégale importance.Les sections les plus utiles seront sans doute le « Profil du Québec » (Robert Boily) et la « Chronologie de l\u2019année politique » (Robert Charland).Il y a aussi des données intéressantes sur le mouvement syndical (Jacques Rouillard).Le chapitre sur l\u2019administration publique (Jacques Bourgault et James Jain Gow) dresse un bilan de la vie des institutions.Sa première cible est l\u2019environnement.Malheureusement, j\u2019y ai découvert nombre d\u2019erreurs assez grossières qui me donnent à penser que le bilan est rédigé un peu vite, à partir de découpures de presse, sans connaissance suffisante des institutions.Avec les années, l\u2019instrument devrait se raffiner.Pour l\u2019instant, on est à mi-chemin entre l\u2019almanach et le reportage.Par ailleurs, le prix de vente (59,95$) est exorbitant.Espérons que tout s\u2019ajustera l\u2019an prochain.¦ André Beauchamp Jamâdhlavie Si l\u2019on a du goût pour les Lettres persanes de Montesquieu, pour ces « romans » qu\u2019écrivait Voltaire afin d\u2019amuser ses hôtes de Ferney, sans se 61 douter alors qu\u2019ils allaient être la pierre d\u2019angle de sa gloire future plus sûrement que le reste de sa production, pour les Bijoux indiscrets de Diderot et pour tant d\u2019autres ouvrages de facture analogue dont raffolait le XVIIIe siècle, c\u2019est à coup sûr avec délice qu\u2019on lira le Jamàdhlavie de Guy Ménard.Paru au printemps dernier, ce roman, qui tient davantage du conte philosophique comme les oeuvres énumérées ci-haut, constitue l\u2019un de ces tours de force dont la littérature du cru se montre peu coutumière.D\u2019ailleurs, ignorerait-on tout ou presque des récits de même inspiration qui ont foisonné au siècle des Lumières, pleins de clés pour serrures pseudo-orientales, qu\u2019on s'amusera tout autant à cette fable évoquant de façon ô combien imaginative l\u2019éternel conflit entre les communautés francophone et anglophone du Canada, auquel l\u2019accord - ou plutôt le désaccord - du lac Meech confère une criante actualité.Un vieil Alsacien sentant sa fin proche adresse à sa nièce nouvellement établie en Amérique, dans la dernière décennie du XVIIIe siècle, une relation circonstanciée de ses années de jeunesse passées en Jamàdhlavie, étrange pays d\u2019Europe orientale qui a laissé en lui une empreinte profonde et des souvenirs précieux comme des pépites d'or.Parti à dix-huit ans à la découverte de Byzance, il fut capturé chemin faisant par des brigands dhlaves qui s\u2019empressèrent de le vendre comme esclave à Tzëvedzïrh, grande cité marchande jamâdhlave.Acheté au prix fort par un faquir aux intentions moins impures qu\u2019il n\u2019imaginait et qui se révélera un maître des plus attachants, il apprend la langue des autochtones et se laisse initier avec la meilleure volonté du monde et une rare malléabilité aux us et coutumes de cette singulière contrée où cohabitent James et Dhlaves.(En des temps anciens ceux-ci ont été conquis par ceux-là, et depuis lors les deux communautés vivent côte à côte en s'ignorant de près.) Culte de l\u2019Arbre à Miel, curiosités de langage et de moeurs, rituel du Disque d\u2019Argent, histoire, légendes, géographie humaine et physique, bref rien de ce qui est dhlave ne reste étranger à cet Ingénu mâtiné d\u2019Usbek, ethnologue en herbe dont l\u2019enthousiasme facilite l\u2019apprentissage.Peu de fictions plus amusantes que celle-ci qui, sous ses oripeaux faussement orientaux, nous parle de nous de façon gentiment moqueuse.Car on aura reconnu derrière l\u2019Arbre à Miel l\u2019érable national, sous le rituel du Disque d\u2019Argent le sacro-saint hockey, etc.Superbement écrit, Jamàdhlavie exige cependant du lecteur qu\u2019il possède une foule de connaissances, ce qui revient à dire une solide culture, s\u2019il veut pouvoir en apprécier tout le sel.Les notes infrapaginales à elles seules, souvent négligées et qu\u2019on aurait grand tort de sauter cette fois, s\u2019avèrent tout spécialement hilarantes.Il n'est pas jusqu\u2019à la vie montréalaise, y compris la topographie de la ville, avec laquelle il faut avoir de la familiarité si l\u2019on tient à suivre l\u2019intrigue sans craindre d'en perdre le fil.En un mot, le roman de Guy Ménard s\u2019adresse d'abord et avant tout au public lettré d\u2019ici qui s\u2019en délectera.Sans doute beaucoup trouveront-ils regrettable cependant, après l\u2019avoir lu, qu\u2019une carrière étrangère soit à toutes fins utiles fermée à cet ouvrage qui mériterait vraiment une plus large audience.¦ Yvon Bernier Livres reçus Parmi les livres reçus ces derniers mois, Relations vous signale les ouvrages suivants : Maria Riley, Transforming Feminism, Kansas City, Sheed & Ward, 1989 ; 112 pages.Fédération des femmes du Québec, La pornographie décorée (1er cahier : information, analyse ; 85 pages, 2ième cahier : information, pistes d\u2019action ; 57 pages), 1989.Diffusé par la Fédération des femmes du Québec.Gregory Bateson, Mary Catherine Bateson, La peur des anges.Vers une épistémologie du sacré (traduit de l\u2019anglais), Paris, Seuil, 1989 ; 297 pages.Pierre Vadeboncoeur, Essai sur une pensée heureuse, Montréal, Boréal, 1989 ; 169 pages.Yolande Cohen, Les jeunes, le socialisme et la guerre.Histoire des mouvements de jeunesse en France, Paris, L\u2019Harmattan, 1989 ; 253 pages.Michel Clévenot, Haut-le-pied.Itinéraire d\u2019un homme de foi, Paris, Éd.La Découverte, 1989 ; 221 pages.Frédéric Lesemann et Claire Chaume, Familles-Providence.La part de l'État.Recherche sur le maintien à domicile, (Groupe d\u2019analyse des politiques sociales, Université de Montréal), Montréal, Éditions Saint-Martin, 1989 ; 287 pages.Micheline Cambron, Une société, un récit.Discours culturel au Québec (1967-1976).Essai, Montréal, L\u2019Hexagone, 1989 ; 208 pages.Melchior Mbonimpa, Idéologies de l\u2019indépendance africaine, Paris, Editions L\u2019Harmattan, 1989 ; 251 pages.Jean-Marie Romeder et coll., Les groupes d'entraide et la santé.Nouvelles solidarités, Ottawa, Conseil canadien de développement social, 1989 ; 142 pages.World Council of Churches, Sub-Unit on Women in Church and Society, Women, Poverty and the Economy, Genève (150, route de Ferny, 1211 Genève 2, Suisse), 1989 ; 55 pages._______________références André Corten,L\u2019État faible.Haïti et République dominicaine, Montréal, Éditions du Cidihca, 1989.Marie Laberge, Juillet, Montréal, Boréal, 1989 ; 221 pages.Denis Monière, L\u2019année politique 1988-89 au Québec, Montréal, Québec-Amérique, 1989 ; 315 pages.Guy Ménard, Jamàdhlavie, Montréal, Boréal, 1989 ; 448 pages.62 relations mars 1990 NOUVEAUTE CHEZ BELLARMIN V qn ANS DE RÉVOLUTION TRANQUILLE ENTRE LE JE ET LE NOUS ITINÉRAIRES ET MOUVEMENTS y Trente ans après la Révolution tranquille, que sommes-nous devenus ?Un regard lucide et courageux sur l\u2019âme, l\u2019héritage, la cité, le pays.G.Baum, B.Blanchet, C.Bonenfant, L.Gagné, J.Giguère, M.\tGratton Boucher, H.Guindon, J.Harvey, J.C.Icart, S.La Ferrière, M.Lesage, M.Pepin, A.Ricard, N.\tRichard, J.Robitaille, S.Rousseau, C.Saint-Pierre, F.Tardif, A.Touraine, G.Turcot, D.Vaugeois.BELLARMIN 223 pages 19,95$ dit ion 5 ûeUatmln relations mars 1990 63 relations mars 1990 3,00 $ no 558 \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\tMË\t \t\tppljl\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t Photographie de la page couverture : Michael Wilson (Canapresse) NOTRE PROCHAINE SOIRÉE RELATIONS Pour renseignements, écrire ou télépho- Surveiller l\u2019annonce qui paraît dans Le ner à Francine Tardif ou Pauline Roy :\tDevoir, le jour même de la rencontre.387-2541.Le lundi 19 mars 1990, de 19h30 à 22h00, à la Maison Bellarmin 25 Jarry ouest (métro Jarry).L\u2019entrée est gratuite.Mars (février) 1990 Courrier de la deuxième classe; enregistrement no 0143 Port payé à Montréal 8100 boulevard St-Laurent, Montréal H2P 2L9 "]
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