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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Mars
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1995-03, Collections de BAnQ.

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[" relations mars 1995\t3,55 $ no 608 la violence faite aux femmes UN HÉRITAGE À REFUSER 977003437800003 Quel pays poor daiaaiPPQuels\tla P3'\" el aSWSSÏ Ayjgass »\u201d»\u2022' « \u201c\u201c\"¦ \u201c*\u2022,\u201c¦=»»'« \u201c\u2022 «\u201c\tuns al»» qj l\u2019arrière-fond de ces a^'esTos collaborateurs remettent\tque Rg_ SSS^ ;Sp\u2014\u201c=« pp.» p\u2014 \u201c\u2018\u201d\"1\t,p, PPP.PP»\"\u2018 «\u2022rsÿsssssss»^ c.piypSP»P relations La revue Relations est publiée par le Centre justice et foi, sous la responsabilité de membres de la Compagnie de Jésus et d\u2019une équipe de chrétiens et de chrétiennes engagés dans la promotion de la justice.DIRECTRICE Carolyn Sharp SECRETAIRE A LA REDACTION Jean Périgny ASSISTANT À LA RÉDACTION Fernand Jutras COMITE DE REDACTION Gregory Baum, Jean-Marc Biron, Dominique Boisvert, Jacques Boucher, Céline Dubé, Joseph Giguère, Julien Harvey, Marc Lemire, Guy Paiement, Francine Tardif COLLABORATEURS André Beauchamp, Michel Beaudin, Alain Bissonnette, René Boudreault, Pierre-André Fournier, Vivian Labrie, Jean Pichette, Jean-Paul Rouleau, Shirley Roy BUREAUX 25, rue Jarry ouest Montréal H2P 1S6 tél.: (514) 387-2541 ABONNEMENTS Hélène Desmarais 10 numéros (un an): 26,00$ (taxes incl.) Deux ans: 47,00$ (taxes incl.) À l\u2019étranger: 27,00$ Abonnement de soutien: 50,00$ TPS: R119003952 TVQ: 1006003784 Les articles de Relations sont répertoriés dans Repères et dans le Canadian Periodical Index, publication de Info Globe.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 On peut se procurer le microfilm des années complètes en s'adressant à University Microfilm, 300 North Zeeb Road, Ann Arbor Michigan 48106-1346 USA.Envoi de publication - Enregistrement no 0143 34 relations mars 1995 face à \u2019actualité Quel pays pour demain?À l\u2019occasion des commissions régionales sur la souveraineté, sept de nos plus proches collaborateurs livrent leur pensée sur des enjeux fondamentaux de la société québécoise.SOUVERAINS ET COMMUNAUTAIRES S affirmer comme peuple, c\u2019est assumer que nous sommes différents, distincts, que nous possédons notre propre personnalité collective, qui n\u2019est assimilable à aucune autre.La poursuite de la souveraineté, associée ou autrement, procède de cette conviction vitale que nous vivrons mieux, que nous grandirons plus harmonieusement, que nous nous déploierons plus efficacement dans le monde, en nous appuyant sur ce que nous sommes plutôt qu\u2019en nous diluant dans la personnalité de quelqu\u2019un d\u2019autre.Le seul contrôle de nos appareils politiques et économiques n\u2019est toutefois pas suffisant pour assurer l\u2019expression et le développement de notre être collectif.Au-delà des droits historiques, des revendications identitaires et du partage territorial, c\u2019est par la volonté de vivre ensemble que celui-ci se manifeste ultimement.Une telle volonté ne s\u2019impose pas par la raison d\u2019État, ni ne surgit des lois du marché, mais se nourrit de la dynamique communautaire tissée à la base de la société, faite de gratuité et de confiance, de partage des mêmes valeurs fondamentales, de responsabilité, d\u2019éducation et de recherche pratique d\u2019équité.La patrie désirée ne trouvera son véritable sens et n\u2019atteindra l\u2019achèvement de son identité que dans la mesure où elle s\u2019inscrira résolument dans un mouvement d\u2019approfondissement de la démocratie.Encore plus que l\u2019autonomie et la souveraineté de l\u2019État, un tel processus de démocratisation doit fortifier l\u2019autonomie et la souveraineté des acteurs, individus et groupes, qui constituent la société civile.Le déploiement de la société civile québécoise, afin qu\u2019elle se pose comme un protagoniste central de la démocratie et du progrès économique, passe par la consolidation et le développement de ses organismes associatifs: populaires, coopératifs, syndicaux, mouvements sociaux, regroupements de gens d\u2019affaires, etc.; par l\u2019affirmation de ses identités locales et régionales, par la multiplication des concertations territoriales, par un vaste mouvement d\u2019éducation à la responsabilité sociale et à la citoyenneté et par le renforcement de sa culture communautaire.Une société civile organisée et suffisamment autonome pour répondre avec initiative aux problèmes des citoyens et citoyennes, quels que soient les endroits du territoire où ils se posent, doit par ailleurs trouver en face d\u2019elle un État en mesure de lui correspondre; donc, appelle une décentralisation politique.relations mars 1995 35 Quel pays pour demain?Dans un tel contexte, cette décentralisation doit alors apparaître pour soutenir, dans une relation partenariale, la mobilisation de la société civile et non pour la modeler selon la rationalité étatique.S\u2019il ne sert qu\u2019à mettre au monde un État traditionnel centralisé et à développer l\u2019économie libérale, le projet de souveraineté québécoise ne vaut pas la démarche aux urnes.En effet les inégalités sociales semblent les principaux fruits de l\u2019économie libérale tandis que l\u2019État traditionnel s\u2019avère désormais impuissant pour établir la justice.Dans la mesure où elle demeure liée à ces modèles, la démocratie elle-même se met en panne.En effet, quelle puissance de mobilisation lui reste-t-elle quand elle n\u2019est plus portée par l\u2019idéal de la justice?Sans autre horizon, la souveraineté n\u2019a pas d\u2019attrait.Comment intéresser un pauvre en lui disant que le Québec pourra prendre toutes ses décisions quand il sait trop bien qu\u2019aucune d\u2019elles ne viendra remédier à sa pauvreté?Cependant, si, comme il est souhaitable et possible, la souveraineté projetée, cristallisant le caractère communautaire de la société québécoise, devient l\u2019énergie d\u2019un développement de type nouveau, appuyé directement sur la mobilisation collective des citoyens et des citoyennes et inspiré par des valeurs de solidarité et de progrès durable, elle se transformera alors en une réponse non seulement pour le Québec, mais pour le monde.¦ Joseph Giguère UN BIEN-ÊTRE POUR TOUS ET TOUTES au fil des ans, le Québec s\u2019est donné un système économique mixte, dans lequel le libéralisme du marché s\u2019accompagne d\u2019une intervention de l\u2019État.Le libéralisme du marché l\u2019a emporté ces dernières années, avec comme conséquence une augmentation des exclus.Il nous faut maintenant renouer avec une intervention plus grande de l\u2019État pour assurer le bien-être de tous les gens de ce pays.La volonté de jouer la carte des régions ouvre actuellement la porte à une redistribution du pouvoir et des ressources qui tienne compte des disparités existantes.Il faut l\u2019ouvrir toute grande, en traduisant le principe de subsidiarité à tous les niveaux de pouvoir.Notre pays a des besoins nombreux.Il nous faut choisir de répondre en priorité aux besoins de base et orienter les investissements publics et privés dans des façons innovatrices d\u2019y répondre.Nous en ferons ainsi des lieux privilégiés de notre développement collectif.Nous pensons, à titre d\u2019exemples, aux transports publics, qu\u2019il s\u2019agisse du métro, du train ou de l\u2019autobus, à l\u2019agroalimentaire biologique, à l\u2019industrie du recyclage, à l\u2019industrie éolienne, à la recherche médicale appliquée, aux ressources de l\u2019informatique appliquées au décrochage scolaire ou aux petites écoles de campagne, aux centres de santé éloignés des grands centres, etc.Le développement de la solidarité doit devenir un objectif national, qu\u2019il s\u2019agisse du maillage des entreprises dans les différentes régions, de l\u2019épargne collective ou de la redistribution des richesses.L\u2019ensemble des mesures d\u2019assurance et d\u2019assistance sociale devrait se retrouver dans un ministère de la solidarité pour bien en indiquer la finalité.Ces mesures partiraient des besoins des gens et des milieux plutôt que de programmes uniformes pour toutes les régions.Notre système de santé, comme notre système scolaire, devrait pouvoir bénéficier de plus de souplesse et d\u2019initiative et s\u2019insérer dans les instances régionales de décision.Ils devraient tabler sur des formules plus légères, comme des unités mobiles de soins pour les régions éloignées, des équipes de parents et d\u2019éducateurs pour les devoirs après la classe, etc.Cet investissement dans des ressources plus mobiles permettrait une grande capacité d\u2019adaptation et tiendrait compte des différences qui existent dans les différentes régions.Le bien-être pour tous et pour toutes s\u2019accommode mal, en effet, des mesures «mur à mur» et du primat donné aux seules grandes institutions.¦ Guy Paiement RETROUVER L\u2019AUTRE MÉMOIRE Je me souviens», prétend le Québec.Sommes-nous pour autant au pays de la mémoire?Il semblerait bien qu\u2019ici comme ailleurs, on ait le souvenir plus ou moins discret.Dit autrement: il y a des zones ombragées dans la mémoire historique québécoise.Des zones où opère un curieux consensus en faveur de l\u2019oubli.À cet égard, le cas de la crise d\u2019octobre semble, plus que tout autre, révélateur.Car, si 1994 a vu le retour d\u2019octobre sur la scène médiatique (Octobre de P.Falardeau, La liberté en colère de J.-D.Lafond, ainsi que la réédition du Manifeste du FLQ), ce fut du même coup l\u2019occasion d\u2019un étrange constat: rares sont les personnes de moins de trente ans qui aient quelques connaissances objectives de l\u2019épopée politico-terroriste du FLQ ainsi que de la participation des pouvoirs à l\u2019état de crise.Les lacunes sont criantes, et fort gênantes.Nous soupçonnons que le voilement de ce chapitre de notre histoire relève moins d\u2019un quelconque désintérêt volontaire des jeunes, de mauvaise foi, que de la difficulté qu\u2019éprouvent leurs aînés à jouer leur rôle de transmetteurs.Vieux refrain certes, mais qui garde sa part de vérité.De là à dire que l\u2019école manque à sa responsabilité, il n\u2019y a qu\u2019un pas.Le franchir lestement serait suspect: il est trop facile de charger l\u2019école de tous les maux.Reste qu\u2019il y a un blocage, et il commande un temps de réflexion.Sans doute faut-il se résigner à pointer du doigt ceux dont la fonction consiste à éclairer les événements, à leur donner un sens: les intellectuels.Ainsi, on observe chez eux un flagrant manque de conviction dans la promotion de la mémoire, de l\u2019histoire donc.Feignent-ils volontairement d\u2019ignorer l\u2019importance de la mémoire dans une société?Ou sont-ils gagnés par l\u2019idée qu\u2019elle n\u2019est plus «le lieu où ça se passe»?Quand ont-ils oublié que 36 relations mars 1995 Quel pays pour demain?la mémoire met en jeu ce qu\u2019il y a de plus fragile dans l\u2019existence humaine, l\u2019identité?Encore faut-il se méfier de la mémoire.Il y a la mémoire qui ordonne le présent à un passé plus ou moins mythifié, pour qui le présent n\u2019est que nostalgie de l\u2019origine.Mémoire qui soumet les vivants aux morts.En contrepoint, on retrouve la mémoire qui ouvre le passé à l\u2019intelligence du présent, qui montre la possible filiation entre hier et aujourd\u2019hui, qui fait la généalogie du présent.Depuis au moins une décennie, le projet national québécois a été graduellement vidé de sa dimension historique au profit d\u2019un simple calcul des coûts et profits.En cette année référendaire, comprendre cette mise à l\u2019écart de la mémoire en général n\u2019est certainement pas inutile.Nul besoin d\u2019analyses pointues pour avancer que la mémoire nostalgique a jadis présidé à de nombreuses rhétoriques nationalistes.Heureusement, la réduction du Québec moderne à la logique binaire des plaines d\u2019Abraham, telle qu\u2019elle se donne à lire exemplairement dans le Manifeste du FLQ, a fait long feu.La violence qui s\u2019en dégage, son ressentiment, sa frustration - en deux mots, sa dialectique revancharde - y sont sans doute pour beaucoup.Mais il est remarquable que «l\u2019autre» mémoire, interprétante celle-là, ait été, elle aussi, évacuée de nos consciences.Peut-être le référendum de 1980 y est-il pour quelque chose: un nouveau commencement pour les uns, une certaine lassitude ou un sentiment de honte pour les autres.Mais dès lors qu\u2019on en a constaté l\u2019évanescence, comment re- AUTONOMIE dans leur quête mutuelle et effrénée d\u2019autonomie politique, le gouvernement du Québec et les Premières nations sont définitivement engagés dans une course contre la montre et nul ne sait encore s\u2019il s\u2019agit d\u2019une aventure qui mènera à une terre promise ou contre un mur de briques.Un sprint de qualification pour cette course a eu lieu avant les Fêtes et nous a donné un avant-goût amer des règles du jeu qui risquent d\u2019affecter la qualité de l\u2019exercice et de l\u2019ampleur des meurtrissures qui pourront en résulter.En cours de campagne électorale et dès son arrivée aux rênes de l\u2019«État», en septembre dernier, le Parti québécois a énoncé ses prémisses rapidement et avec autorité: il n\u2019y a qu\u2019un seul ordre juridique au Québec et c\u2019est celui de la majorité; l\u2019intégrité du territoire est une donnée fondamentale préalable à toute discussion et la force sera utilisée si nécessaire pour préserver la légitimité de «l\u2019État».Dans ce contexte seulement, des aménagements seraient possibles pour des gouvernements autochtones qui pourront avoir accès à certaines juridictions déléguées.La réplique à ce premier croc-en-jambe n\u2019a pas tardé à venir de la part des Premières nations.En novembre, à Lac-Delage, en banlieue de Québec, une résolution unanime des chefs présents a condamné l\u2019approche québécoise et rappelé la préséance du droit inhérent des peuples autochtones à se gouverner ainsi que de leurs droits ancestraux sur le territoire.On a aussi annoncé une lutte sur les tribunes internationales pour faire valoir ce point de vue.Le 6 décembre 1994, le gouvernement du Québec a dévoilé son «astucieux» avant-projet concernant la Loi sur la souveraineté du Québec.Ce projet contient, entre autres, une disposition à l\u2019effet que la future constitution du Québec doit reconnaître aux nations autochtones le droit de se gouverner sur des terres leur donner ses droits à cette mémoire interprétante?Mieux: comment resituer le projet national dans une perspective historique ouverte, non dogmatique?Ces questions ne sont pas un luxe, elles mettent en cause la dignité d\u2019un peuple, la conscience de son devenir.En renonçant à envisager la filiation entre le passé et le présent, on appauvrit notre capacité à tracer les formes du futur.Le statu quo politique et social, en somme.Bien des gens s\u2019en réclament (souvent pour des raisons platement financières), mais, pour les jeunes, cela signifie surtout l\u2019impossibilité d\u2019avoir une quelconque prise sur la destinée de la société, d\u2019être des agents de son évolution.Un chemin qui mène directement au cynisme.Si, en plus, ils n\u2019ont pas d\u2019histoire.Mais tout n\u2019est pas noir dans ce paysage.Les dernières élections provinciales nous ont permis de constater que le Parti québécois reconnaît l\u2019importance de l\u2019histoire dans la formation scolaire, puisqu\u2019il envisage de «réinstaurer l\u2019enseignement de l\u2019histoire nationale et universelle».Pareil projet passe vraisemblablement par les fameux états généraux de l\u2019éducation.Sur cette question, comme sur beaucoup d\u2019autres, il nous tarde déjuger les actes du nouveau gouvernement.L\u2019indigence du gouvernement précédent en matière d\u2019éducation a accentué nos attentes à l\u2019endroit du PQ.Gardons-nous de penser que nous en exigeons trop.¦ Marc Lemire TERRITOIRE appartenant en propre, mais que cette garantie et cette reconnaissance s\u2019exercent dans le respect de l\u2019intégrité du territoire québécois.Encore une fois, la réplique autochtone a été vive; d\u2019abord les Inuits qui, le 9 décembre, par la voix de leur porte-parole, Zebedee Nungak, ont requis les services du «sauveur» fédéral en lui rappelant sa responsabilité constitutionnelle, légale et fiduciaire envers eux.Ils ont qualifié d\u2019antidémocratique la démarche québécoise et énoncé leur crainte d\u2019être séparés de leurs frères canadiens dans un Québec souverain.Peu de temps auparavant, le leader cri, Mathew Coon-Come, avait dénoncé, dans la capitale américaine, les politiques «racistes» du gouvernement péquiste.Les Premières nations du Canada ont renchéri lors d\u2019une rencontre planifiée stratégiquement à Québec, les 13, 14 et 15 décembre derniers.Alors que Mathew Coon-Come poursuivait sa diatribe anti-Québec et que le Grand chef Max Gros-Louis faisait appel au sens des responsabilités et à la diplomatie, les chefs du Canada ont adopté une résolution dénonçant l\u2019avant-projet de loi québécois et rappelant au gouvernement fédéral ses obligations historiques.En réaction à ces propos, le porte-parole du gouvernement du Québec, David Cliche, a certainement dû se tourner la langue sept ou huit fois avant de tenter d\u2019amenuiser les propos vitrioliques de Mathew Coon-Come et de quelques autres chefs importants; il soulignait la volonté gouvernementale de régler de façon pragmatique des dossiers majeurs, tels celui de la revendication territoriale globale des Atikamekw et des Montagnais, et l\u2019actualisation du traité de la nation huronne-wendat.Respectant sa parole, le gouvernement du Québec a déposé, à la veille du long congé des Fêtes, une proposition complète de règlement du contentieux global des peuples atikamekw et relations mars 1995 37 Quel pays pour demain?montagnais: création de «domaines» autochtones totalisant 4000 km2, de zones d\u2019activités traditionnelles et de zones de ressources à gestion partagée totalisant 40 000 km2, d\u2019aires de conservation totalisant un maximum de 10 000 km2, de perspectives d\u2019autonomie gouvernementale, de développement économique et de financement à partir de revenus des ressources naturelles et de compensations, etc.Les chefs montagnais et atikamekw ont répondu jusqu\u2019à maintenant de façon plutôt négative et stratégique à cette offre.Certains éditorialistes et groupes d\u2019intérêt québécois ont mal digéré cette offre gouvernementale, soulignant la précipitation du gouvernement Parizeau à vouloir acheter la paix de peuples autochtones qui s\u2019opposent viscéralement aux objectifs souverainistes, et ce, au détriment des intérêts de la grande industrie et des acteurs du développement régional.Il faut se demander si l\u2019impression qu\u2019ont les Québécois de donner la lune sera un jour conciliable avec l\u2019impression permanente de se faire flouer qu\u2019ont les Autochtones et le goût de certains d\u2019entre eux pour le victimisme chronique! Dans une conjoncture de crise des finances publiques et d\u2019affirmation na- L\u2019INDISPENSABLE reconnaissons qu\u2019il est difficile de parler de la liberté.Ce n\u2019est pas une réalité, mais une qualité de la vie; ce n\u2019est pas d\u2019abord un singulier, mais un pluriel, comme nous le rappellent constamment les chartes des droits et libertés; ce n\u2019est pas une valeur uniquement psychologique et personnelle, même si elle est aussi cela; mais elle ne se réalise en pratique qu\u2019avec l\u2019appui des institutions et de la société.C\u2019est aussi une richesse dont on se vante plus facilement qu\u2019on ne la réalise; et ce sont souvent les tyrans et les gouvernements totalitaires qui s\u2019en réclament avec le plus d\u2019insistance.Nous tenons tous et toutes à la liberté.Et il n\u2019y a rien de plus déconcertant et de plus démobilisant que de constater que certains, par exemple bon nombre d\u2019Amérindiens, d\u2019Anglo-Québé-cois et de Québécois d\u2019arrivée récente, ont peur du projet de Québec souverain parce qu\u2019ils croient que la liberté, personnelle tionale, y a-t-il une niche possible pour la justice historique à laquelle ont droit les peuples autochtones, par-delà les réactions de majorité possédante d\u2019une majorité de Québécois et de Québécoises?Est-ce si difficile pour les analystes chevronnés de comprendre que les peuples autochtones du Québec ne veulent simplement pas se faire jouer le même tour que le Québec, en 1982, et se faire « rapatrier» ici une constitution qui ne leur a pas, auparavant, garanti la protection de leurs droits constitutionnels?Chose sûre, le discours que tiennent et que tiendront les uns et les autres, d\u2019ici le jour «J» du Québec, conditionne et conditionnera nos relations mutuelles pour les années à venir.Les leaders autochtones et québécois ont tout à perdre à vouloir utiliser une autre arme que celle de la diplomatie, de la modération et de la négociation.Le temps des développements séparés semble révolu, malgré l\u2019acharnement de certains leaders autochtones à le promouvoir.Une voie commune d\u2019évolution doit aussi être identifiée et le plus tôt sera le mieux, si on veut éviter le mur de briques.¦ René Boudreault LIBERTÉ SENSÉE et sociale, est davantage possible dans le Canada.Bien sûr, quelques maladresses de grande envergure, comme celle de dire et d\u2019écrire que la phase d\u2019entrée dans l\u2019indépendance réclamera de limiter la liberté d\u2019expression de la presse, ont pu accréditer cette crainte; mais il y a certainement plus que cela, car l\u2019impression persiste depuis longtemps.Pourquoi?Probablement d\u2019abord parce que nous avons trop longtemps attendu pour prendre notre liberté.On nous perçoit trop souvent comme des coloniaux frustrés, qui cherchent une reprise, et qui la cherchent dans la division et dans la crainte.Et donc qui risquent de refuser aux autres - les minorités anglaises, les Premières nations, les communautés culturelles plus consistantes -ce que nous réclamons pour les Québécois français de vieille tradition.Sans doute aussi parce que plusieurs des institutions qui garantissent la liberté sociale, la liberté sensée, ont échappé de Souveraineté et projet de société une table-ronde sur les enjeux de la souveraineté À Montréal: Dans le cadre des Soirées Relations du Centre justice et foi le lundi, 20 février 1995, de 19h30 à 22h00 À la Maison Bellarmin (métro Jarry) 25, rue Jarry Ouest, Montréal Pour renseignements: Pauline Roy ou Jean- Marc Biron, au (514) 387-2541 À Québec: En collaboration avec l\u2019Office des Milieux du diocèse de Québec le mardi, 28 février 1995, de 19h30 à 22h00 Au Carrefour Jeunacte 103, rue Racine, Loretteville Pour renseignements: Marie Chrétien, au (418) 688-1211 Disponible sur vidéo-cassette 38 relations mars 1995 Quel pays pour demain?puis longtemps à notre contrôle.Au temps de la conquête et encore au temps de la confédération, la philosophie politique anglaise réservait au palier fédéral les grands cadres économiques et sociaux des colonies, trésor, commerce, immigration, armée, concédant aux provinces les domaines plus familiaux, éducation, culture, santé, petite industrie, terres et forêts, municipalités.On a un peu raison, par conséquent, de se demander comment nous prendrons la relève, au lendemain du référendum.Le Québec en projet doit répondre à cela, et plus qu\u2019en parlant de beau risque.Il semble qu\u2019il faut d\u2019abord répondre en parlant de droit, d\u2019État de droit.C\u2019est par là que l\u2019on passe de la liberté arbitraire à la liberté sensée.C\u2019est la seule alternative à l\u2019usage de la force et même de la violence, contre la liberté.Notre culture publique commune, qui a toutes les chances de devenir notre lien principal de solidarité, doit être une culture du droit, une culture qui permet d\u2019être différents les uns des autres, mais sur le même pied.Finie la mosaïque verticale.Ce qui est un défi majeur, surtout dans une société qui demeurera capitaliste, même si elle conserve des traits socio-démocratiques.Seul un contrat social intelligent, appuyé sur une base plus large que la simple compétition économique, permettra un projet de société où la liberté sera possible à tous et à toutes, dans la solidarité.Pour cela, la Charte des droits et libertés actuelle est infiniment précieuse; mais il importe qu\u2019elle soit révisée, à la fois du côté des droits collectifs, si difficiles à formuler que certains en nient l\u2019existence même, et du côté des droits des plus faibles et des institutions qui les protègent.Nous devrions être capables de vivre libres en étant tous libres.Et libres d\u2019une liberté sensée, fraternelle, capable de porter les devoirs comme les droits de la liberté.¦ Julien Harvey LA JUSTICE AU COEUR DE L\u2019AVENIR depuis longtemps, le Québec est un État de droit.Malgré des insuffisances et des bavures (rares mais toujours trop nombreuses), nos institutions nous protègent de l\u2019arbitraire.Comme individus, citoyens et collectivité, nous jouissons librement de nos droits et sommes appelés à assumer nos responsabilités.Ce sont là des acquis importants dont nous ne mesurons pas toujours la valeur.Mais un État de droit ne peut, à lui seul, garantir une société juste - pas plus que l\u2019adoption d\u2019une charte des droits et libertés ne suffit, en elle-même, à assurer égalité et équité.La quête de justice ne se réduit jamais au juridique et à l\u2019adoption de «meilleures» lois; elle suppose toujours l\u2019engagement politique réel des citoyens et des citoyennes, comme de leurs représentants élus.Depuis quelques années, les communautés autochtones ont bousculé les fondements de la justice au Québec.En remettant en cause les règles de ce qu\u2019elles nomment la «justice des Blancs» et en forçant une redéfinition des bases d\u2019un règlement acceptable de leurs revendications, les communautés autochtones ont rappelé que la justice exigeait bien davantage que l\u2019application rigoureuse des règles et qu\u2019elle imposait d\u2019abord un premier consensus sur les critères qui permettront d\u2019établir le dialogue ou d\u2019arbitrer les conflits.Dans d\u2019autres contextes, les femmes ont déjà mené des luttes semblables en contestant la «justice mâle» et en réclamant, par exemple, l\u2019équité salariale, l\u2019accès à l\u2019égalité, etc.Pareilles remises en questions ne se font pas sans heurts.Elles n\u2019en garantissent pas moins la vitalité de notre recherche collective de justice.Parallèlement à cette recherche d\u2019une solution juste aux revendications autochtones, le Québec, comme les autres sociétés occidentales contemporaines, doit aussi tenter de résoudre la tension qui oppose le principe de l\u2019universalité des droits à celui du respect des particularismes ethniques, religieux, culturels.Que ce soit en matière de laïcisation du système scolaire, de régionalisation des services de l\u2019État ou de participation des groupes minoritaires à l\u2019espace public, le Québec devra bientôt prendre position.Dans la majorité des cas, le principe de l\u2019universalité demeure le meilleur garant de l\u2019égalité de tous et de toutes; il constitue aussi la meilleure protection des plus faibles, trop facilement condamnés à la «différence».Toutefois, il est impératif que le débat reste ouvert.S\u2019il peut s\u2019avérer raisonnable de restreindre l\u2019expression de particularisme au bénéfice d\u2019un mieux-être collectif, on ne doit jamais oublier que ce sont les luttes «particularistes» qui ont permis d\u2019ouvrir «l\u2019universel» et que ce sont les revendications des groupes «marginaux» - femmes, syndicats, minorités.- qui ont mené à la reconnaissance des droits que nous concevons maintenant comme universels.Plus que d\u2019autres sociétés, le Québec peut être fier des liens maintenus ici entre droits individuels, sociaux et collectifs.Cependant, il reste beaucoup à faire pour que l\u2019on reconnaisse pleinement la portée pratique, concrète et indivisible des droits.Il faut encore le rappeler à certains: ces acquis ne sont pas des privilèges, mais bien le résultat de luttes longues et difficiles.En ces matières, l\u2019État assume des responsabilités fondamentales et le rôle du Protecteur du citoyen est crucial, notamment en matière du respect de la vie privée, d\u2019accessibilité des services ou d\u2019imputabilité des fonctionnaires.Dans un autre registre, trop de Québécois et de Québécoises n\u2019ont plus confiance dans le système judiciaire.C\u2019est un phénomène très grave qui devrait inciter les autorités concernées à trouver des réponses énergiques aux récentes critiques formulées à l\u2019endroit de la magistrature et des corps policiers.Et s\u2019il est absolument nécessaire d\u2019éviter les dérives déjà observées aux États-Unis, où les tribunaux se transforment en plateau de cinéma, en loterie ou en arène politique, il est tout aussi nécessaire de garantir l\u2019accessibilité de la justice.Déjà, les frais inhérents à certaines poursuites civiles en font des «luxes» trop coûteux pour la majorité.Dans les faits, sinon en théorie, nous n\u2019avons pas tous un accès égal aux tribunaux.Le Québec a déjà adopté des mesures originales en ce domaine (recours collectif, assistance juridique), mais il doit continuer d\u2019innover.Révision des fondements de la justice, tension entre universalisme et particularisme, portée concrète des droits, indépendance et accessibilité du système judiciaire; autant de pans de la vie collective - il y en a beaucoup d\u2019autres - qui ne doivent pas être confiés aux seuls juristes.À l\u2019heure des choix constitutionnels, la recherche d\u2019une plus grande justice individuelle et sociale doit donc retrouver sa place au coeur des débats politiques.¦ Francine Tardif relations mars 1995 39 Quel pays pour demain?UNE PAIX EN DEDANS COMME AU DEHORS état souverain ou province canadienne, le Québec n\u2019échappera pas, au cours des années qui viennent, aux défis redoutables de la paix sociale.Diversité culturelle, linguistique et religieuse croissante due à une nouvelle vitalité des Premières nations et à une immigration importante, écarts grandissants entre les performants et les exclus, tant chez les individus et les collectivités qu\u2019entre les régions, entraînés par les impératifs néo-libéraux de la concurrence planétaire, mutation profonde des valeurs traditionnelles qui, temporairement du moins, prive des balises et des repères sécurisants communément acceptés: autant de facteurs qui rendent déjà, et qui vont rendre encore davantage notre vie collective complexe, difficile et parfois périlleuse.Ce serait une erreur grave de croire que le Québec et le Canada ont une tradition démocratique, une histoire de tolérance et une garantie de bien-être pour l\u2019éternité.Le monde change sans cesse, et de plus en plus rapidement, ici comme sur le reste de la planète.C\u2019est sans doute à propos de la paix sociale que le projet de souveraineté québécoise pose le plus de questions à court terme.Car il soulève inévitablement les passions et les tensions qu\u2019impliquent généralement à la fois le nationalisme et toute remise en cause du statu quo.Comment discuter et décider sereinement de notre avenir comme peuple, alors que les intérêts objectifs des divers groupes (peuples des Premières nations, minorité historique anglophone, nombreux groupes d\u2019immigrants et de réfugiés récents, majorité francophone d\u2019origine) sont en apparence si différents?Défi redoutable, la souveraineté québécoise trouve néanmoins tout son sens dans l\u2019occasion privilégiée qu\u2019elle offre, à toute la population du Québec, de déterminer et de choisir librement son vouloir-vivre commun: sommes-nous, pour le meilleur et pour le pire, les héritiers captifs d\u2019une histoire qui nous échappe ou voulons-nous devenir les acteurs responsables d\u2019un projet de société que nous aurons défini ensemble?Construire la paix dans un Québec souverain, c\u2019est choisir de refaire, prioritairement, le tissu social 6e plus en plus distendu ou effiloché de notre vie moderne: favoriser, à tous les niveaux (de l\u2019école aux régions, en passant par le voisinage, les quartiers et les municipalités), les moyens et les projets qui rassemblent les personnes autour d\u2019objectifs communs.Construire la paix dans un Québec souverain, c\u2019est bâtir avec tous les partenaires une culture publique commune, autour des valeurs essentielles de notre héritage en y intégrant les apports riches et multiples des nouveaux arrivants.Construire la paix dans un Québec souverain, c\u2019est chercher, de toute urgence, les moyens de ré-inclure les exclus de notre société: revalorisation des tâches socialement utiles mais exclues du travail commercialisé, redécouverte de modes de vie moins coûteux et moins compétitifs, réinsertion des individus dans des réseaux communautaires, répartition plus équitable de la richesse sociale, etc.Construire la paix dans un Québec souverain, c\u2019est aussi prendre notre part de responsabilité dans la paix du monde.L\u2019histoire du Québec est riche d\u2019inspiration pour notre devoir de solidarité internationale: présence de missionnaires et de coopérants à l\u2019étranger, accueil de réfugiés, secours d\u2019urgence, missions d\u2019appui et d\u2019observation dans des régions troublées, etc.Comme Etat souverain, le Québec devra prolonger et amplifier l\u2019appui concret donné par les ONG d\u2019ici aux efforts de développement et de justice faits à la base dans les pays appauvris du tiers-monde.Construire la paix dans un Québec souverain, c\u2019est enfin innover dans les efforts de paix internationaux.C\u2019est développer une alternative civile à l\u2019approche traditionnellement militaire de la défense et de l\u2019armée.C\u2019est choisir de se donner des ressources, humaines et matérielles, pour prendre notre juste part des responsabilités du monde (Nations Unies, alliances, traités et accords internationaux), mais dans une perspective nouvelle et différente de résolution non violente des conflits, de conciliation, de résistance pacifique à l\u2019agresseur, de secours humanitaires, etc.Choisir la souveraineté du Québec, ce n\u2019est certes pas une solution de facilité.Mais ce peut être un défi enthousiasmant à relever pour bâtir chez nous une paix véritable et contribuer aussi à une planète moins meurtrie.¦ Dominique Boisvert PAROLES POUR PRIER La prière à l\u2019école de l\u2019Ancien Testament (Jean-Pierre Prévost) Un outil précieux pour découvrir et goûter les prières de la Bible Prix régulier: 12$; PRIX RÉDUIT: 5$ + TPS 0,35$ = 5,35$ Commandes postales: 8,03$ (frais d\u2019envoi et TPS inclus) Commandez à: S0CABI Société catholique de la Bible, 7400 boul.Saint-Laurent, Montréal H2R 2Y1, tél.: (514) 274-4381 ; téléc.: (514) 274-5184 40 relations mars 1995 DOSSIER un héritage ___à refuser______ la violence faite aux femmes Jean-François Leblanc/STOCK UN HÉRITAGE À REFUSER par Céline Dubé1 menaces et insultes.Empoignades et gifles.Étranglements et coups de feu.Tant de violences auxquelles font face de trop nombreuses femmes.Hélas, vingt ans après l\u2019ouverture des premières maisons d\u2019hébergement au Québec, la violence faite aux femmes demeure une question d\u2019actualité.Mettre fin à ce fléau constitue un défi majeur de notre société, comme pour tout peuple qui vise des objectifs de justice, de liberté et d\u2019égalité.La terrible complexité des situations de violence que vivent des femmes met en évidence les liens avec les autres formes de discrimination et d\u2019oppression.De même, cette violence n\u2019est pas seulement physique, mais elle a aussi des dimensions psychologiques et affectives, économiques et sociales.De plus, cette problématique déborde le Québec.Au Nord comme au Sud, la violence est une manifestation d\u2019un système de contrôle qui s\u2019exerce sur les femmes.C\u2019est pour cela que lors de la dernière Conférence mondiale de Vienne sur les droits humains, en 1993, les États membres des Nations unies ont reconnu, sous la pression des groupes de femmes et des organisations non gouvernementales, les droits des femmes en tant que droits humains.Conséquemment, la violence faite aux femmes est une violation fondamentale des droits humains.La violence conjugale, le viol, le harcèlement et les agressions sexuelles, les avortements de foetus femelles, le trafic des femmes sont autant de visages de cette violence dénoncée.Cette question est aussi inscrite à l\u2019ordre du jour de la quatrième Conférence mondiale sur les femmes qui aura lieu à Beijing, en Chine, au début de septembre 1995.La question de la violence envers les femmes dépasse ainsi les frontières et les cultures.C\u2019est pourquoi tant de groupes de femmes cherchent à unir leurs forces au-delà des cultures et des religions, pour contrer les effets de la violence et détruire ses racines partout sur la planète.C\u2019est pourquoi aussi la protection des femmes victimes de violences réfugiées au Canada est devenue prioritaire pour le mouvement féministe.De plus en plus, les Églises aussi sont conscientes de l\u2019importance de cette question, et de notre lourd héritage reli- 42 gieux.Au Québec, la publication, en 1989, de Violence en Héritage a marqué un point de rupture avec ce passé où, au nom de l\u2019indissolubilité du mariage et de la sainteté de la famille, l\u2019Église a prêté une oreille sourde aux plaintes des femmes battues.Depuis, des centaines d\u2019agents et d\u2019agentes de pastorales ont participé à des sessions de formation organisées par les Répondantes diocésaines à la condition des femmes.En août 1994, les artisanes de ces sessions se sont jointes à l\u2019Association des religieuses pour la promotion des femmes et au Réseau oecuménique des femmes du Québec pour mettre en commun leurs expertises, approfondir les causes struc- Mettre fin au fléau de la violence constitue un défi majeur de notre société, comme pour tout peuple qui vise des objectifs de justice, de liberté et d\u2019éaa- lité.turelles de l\u2019oppression des femmes et imaginer des stratégies de changement.En juin 1995, un colloque provincial continuera la réflexion et examinera des actions possibles pour rendre l\u2019Église solidaire des femmes violentées.Et nous retrouvons la lutte contre la violence inscrite comme priorité à l\u2019intérieur de la décennie «Les Églises solidaires des femmes» (1988-1998), proclamée par le Conseil oecuménique des Églises.Notre dossier propose une réflexion sur les causes structurelles de la violence faite aux femmes.Nous avons choisi de donner la parole à des femmes qui ont une longue expérience d\u2019intervention dans ce domaine et une expertise développée sur le terrain.Ainsi espérons-nous ouvrir des possibilités de changement, grâce à la solidarité des femmes et des hommes qui se reconnaissent mutuel- relations mars 1995 lement une même dignité.Dans le premier article, Diane Prud-homme montre l\u2019ambiguïté des normes sociales actuelles, qui refusent la violence conjugale de façon explicite, mais qui justifient de manière implicite le rapport de force acquis entre les hommes et les femmes, invitant à comprendre l\u2019agresseur et à blâmer les victimes.Un deuxième texte, de Claudette Champagne et Louise Leboeuf, fait le lien entre la violence conjugale et le processus d\u2019appauvrissement des femmes.La pauvreté ne crée pas la violence.Mais une femme dépendante économiquement est plus vulnérable.C\u2019est pourquoi l\u2019autonomie financière est une condition de base pour rétablir un équilibre dans les rapports entre les femmes et les hommes.Il ne s\u2019agit pas d\u2019échapper au contrôle du mari pour retomber sous le contrôle de l\u2019État qui, dans ses lois ou ses projets de réforme des programmes sociaux, considère les femmes comme dépendantes ou esclaves sociales.L\u2019on comprendra enfin que les religions, comme institutions souvent modelées sur le modèle patriarcal des sociétés, ne peuvent échapper à la critique des femmes qui ont subi les impacts des justifications apportées pour maintenir un certain ordre social.Lucie Lépine aborde courageusement quelques interprétations véhiculées dans le christianisme - et montre l\u2019impact de ces interprétations sur le vécu des femmes et sur le rôle qu\u2019on leur attribue dans l\u2019Église actuelle.Enfin, au fil de la lecture, des pistes de réflexion et d\u2019action invitent les hommes et les femmes de bonne volonté à se serrer les coudes pour mettre fin à ce fléau social de la violence faite aux femmes.Changer les mentalités et les structures qui fomentent cette violence nous conduira sans nul doute à respecter la dignité de tout être humain, quel qu\u2019il soit, sans distinction d\u2019âge, de race, de sexe, de langue ou de religion.Car nous sommes appelés ensemble à nourrir la vie et à bâtir un monde d\u2019interrelations et de connivences.¦ 1.Céline Dubé est permanente au Réseau oecuménique des femmes du Québec et ex-présidente de l\u2019Association des religieuses pour la promotion des femmes. LA VIOLENCE CONJUGALE par Diane Prudhomme1 c wm i V y:: Une analyse biaisée nous fait passer à côté de la nécessité de changer les mentalités et entretient la violence conjugale.O O I\u2014 c/) Vingt ans après l\u2019éclatement au grand jour de la violence faite aux femmes, où en sommes-nous aujourd\u2019hui?Qu\u2019en est-il de la lutte contre la violence conjugale?Reconnaissons que, depuis ce temps, la vision sociale et politique de la violence conjugale s\u2019est beaucoup modifiée.Des actions significatives ont été réalisées: une sensibilisation accrue, une médiatisation de la problématique, l\u2019élaboration de politiques gouvernementales et la judiciarisation du phénomène; on a mis en place des programmes de prévention, des maisons d\u2019hébergement pour les femmes et leurs enfants, des groupes pour les hommes agresseurs.Des recherches universitaires ont été faites; des directives ont été données 1.\tL\u2019auteure est adjointe à la coordination du Regroupement provincial des Maisons d\u2019hébergement et de transition pour femmes victimes de violence conjugale.2.\tL\u2019enquête sur la violence envers les femmes, Statistique Canada, novembre 1993.3.\tDerrière les chiffres 1991-92, Regroupement provincial des maisons d\u2019hébergement et de transition pour femmes victimes de violence conjugale, 1992, p.11.dans les ressources sociales et de santé.Malgré tous ces efforts, comment autant de femmes et d\u2019enfants peuvent-ils encore être victimes de violence conjugale2?Malgré le fait que les femmes tolèrent moins longtemps la violence qui leur est faite et la dénoncent plus rapidement3, la violence conjugale persiste et se manifeste tout autant, sinon plus.Que se passe-t-il?Sommes-nous passés à côté des vraies solutions?L\u2019engrenage est-il si bien rodé qu\u2019il devient impossible d\u2019arrêter la machine?Comment on entretient la violence conjugale Voyons d\u2019abord la façon dont la violence est actuellement entretenue dans le couple.Il y a d\u2019abord un homme qui croit détenir le pouvoir conjugal, qui désire et s\u2019attend à ce que sa femme ainsi que la vie de couple soient centrées sur lui, sur ses humeurs, ses besoins, ses émotions, ses intérêts.Pour ce faire, il doit avoir le contrôle de tout son monde.Il y a aussi une femme qui croit avoir la responsabi- LE CYCLE DE LA VIOLENCE\t \tClimat de menace (homme) \tPeur (femme) \t Rémission (h)\tAgression (h) Espoir (f)\tSentiment d\u2019outrage (f)
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