Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Droit d'auteur non évalué

Consulter cette déclaration

Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Mai
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichier (1)

Références

Relations, 1996-05, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
[" ^\t'\\C; \u2022Vr-< 55 ans de revue mensuelle de l\u2019actualité mai 1996\t3,75 $ no 620 V A I VIRAGE DROITE 977003437800005 relations La revue Relations est publiée par le Centre justice et foi, sous la responsabilité de membres de la Compagnie de Jésus et d\u2019une équipe de chrétiens et de chrétiennes engagés dans la promotion de la justice.DIRECTRICE Carolyn Sharp SECRÉTAIRE À LA RÉDACTION Jean Périgny ASSISTANT À LA RÉDACTION Fernand Jutras COMITÉ DE RÉDACTION Gregory Baum, Jean-Marc Biron, Dominique Boisvert, Jacques Boucher, Céline Dubé, Joseph Giguère, Julien Harvey, Marc Lemire, Marie-Paule Malouin, Guy Paiement, Jean Pichette, Francine Tardif COLLABORATEURS André Beauchamp, Michel Beaudin, Alain Bissonnette, René Boudreault, Pierre-André Fournier, Vivian Labrie, Jean-Paul Rouleau, Shirley Roy BUREAUX 25, rue Jarry ouest Montréal H2P 1S6 tél.: (514) 387-2541 téléc.: (514) 387-0206 ABONNEMENTS Hélène Desmarais 10 numéros (un an): 27,00$ (taxes incl.) Deux ans: 48,00$ (taxes incl.) À l\u2019étranger: 28,00$ Abonnement de soutien: 50,00$ TPS: R119003952 TVQ: 1006003784 Les articles de Relations sont répertoriés dans Repères et dans Y Index de périodiques canadiens, publication de Info Globe.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 On peut se procurer le microfilm des années complètes en s'adressant à University Microfilm, 300 North Zeeb Road, Ann Arbor Michigan 48106-1346 USA.Envoi de publication - Enregistrement no 0143 La convocation du Sommet sur le devenir social et économique du Québec indique la volonté ferme de Lucien Bouchard de prendre un recul temporaire sur la question de la souveraineté, pour se consacrer entièrement à la relance économique du Québec.Il y a à peine un an, lors des Commissions régionales sur l\u2019avenir du Québec, s\u2019exprimait l\u2019aspiration collective du peuple québécois à se doter d\u2019un projet de société distinctif.Depuis ce temps, la société québécoise est passée des grands rassemblements des Commissions régionales à la table des intimes que représente le récent Sommet à Québec.Du coup, nous sommes passés de la parole libre et parfois débordante qui avait caractérisé les consultations populaires, à la parole restreinte et stratégique des huis clos.Que faut-il penser de ces passages?Faut-il conclure que l\u2019idée d\u2019un projet de société pour le Québec doit être mise en veilleuse, ENTRE DEUX SOMME en attendant le moment propice pour rouvrir le débat sur la souveraineté?Ces questions ne sont pas sans fondement.D\u2019abord, notons les absents du récent Sommet.Les jeunes, à qui on avait accordé leur propre commission itinérante, furent représentés uniquement par les fédérations étudiantes.Dans une société où les questions culturelles sont au coeur même de notre survie collective, il est également regrettable que les représentants du milieu culturel aient été tenus à l\u2019écart d\u2019une rencontre si importante.Enfin, les écologistes, qui auraient sans doute questionné un modèle de relance économique axé sur une consommation accélérée, n\u2019ont pas reçu d\u2019invitation.Ne faut-il pas aussi déplorer que le «social», évoqué dans l\u2019appellation de ce Sommet, ait été tant occulté par les préoccupations étroitement économiques qui ont dominé les assises, et cela malgré les efforts du milieu socio-communautaire?Oui, les questions économiques sont importantes pour l\u2019avenir de toute société.Néanmoins, il ne suffit pas de définir le social à partir de l\u2019économique.La solidarité est plus qu\u2019un slogan qui permette de mieux digérer l\u2019amère pilule du redressement fiscal et des compressions dans les services essentiels.Les sacrifices immédiats et concrets que le gouvernement Bouchard nous invite à faire ne peuvent se justifier uniquement au nom de vagues promesses.Ils exigent des engagements clairs et précis, ainsi qu\u2019une répartition équitable des efforts.Un deuxième Sommet est prévu à la fin d\u2019octobre.Alors que les principaux acteurs sont redescendus au bas de la montagne, réussirons-nous à remettre le projet de société au coeur des délibérations?Carolyn Sharp 98 relations mai 1996 face à l\u2019actualité avec André Beauchamp, Dominique Boisvert, Guy Paiement et René Simard LE SOMMET ET LA BASE Pour des solutions neuves à notre avenir économique, ne serait-il pas plus sage de faire confiance à la population ordinaire plutôt qu\u2019à l\u2019élite financière?Plusieurs observateurs ont vu une bonne différence entre le document gouvernemental préparatoire au Sommet social et économique de Québec et le discours du Premier ministre, lors de l\u2019ouverture de la conférence.Le document parlait abondamment de la situation économique du Québec et beaucoup moins de l\u2019emploi.Dans le discours inaugural, on avait décidé d\u2019inverser l\u2019insistance.De plus, le document brossait un tableau si sombre de la situation économique que certains se sont demandé comment on avait pu la cacher à la population quand on lui parlait d\u2019arriver rapidement à la souveraineté.Somme toute, les astuces politiques sont ici présentes et personne ne devrait trop s\u2019en étonner.Mais les fuites que le Conseil des ministres n\u2019a pu colmater ont révélé des divisions qui dépassent de beaucoup l\u2019habilité politique du Premier ministre.On a vu un courant très économiste s\u2019opposer à un autre courant plus social.Une telle opposition n\u2019est certes pas tragique si elle signifie la recherche commune de solutions originales et neuves.Elle est au contraire inquiétante si elle révèle un alignement sur l\u2019idéologie néo-libérale qui cherche un peu partout à se présenter comme la seule légitime.Et c\u2019est ici que le bât blesse.On cherche en vain, dans le document préparatoire, des perspectives neuves pour ce qui a trait à l\u2019avenir de notre situation économique.Il faut nous aligner sur nos voisins, nous affirme-t-on sans détour, comme si la tendance à la baisse qui se met actuellement en place un peu partout était devenue la seule solution rationnelle.Comme si le pensa- ble s\u2019était restreint aux impératifs émis par l\u2019OCDE, il y a quelques années, et que la plupart des États ont avalisés.Tout se passe comme si le Québec n\u2019avait vraiment pas d\u2019autre choix que celui de gérer la crise actuelle de la dette, mais sans toucher à ceux qui en profitent.J\u2019en veux comme indice l\u2019absence de propositions sur les banques et les bourses.Le pouvoir financier tire de plus en plus les ficelles et notre gouvernement le laisse faire.Une partie de notre dette appartient à l\u2019étranger et nos gouvernements ne songent pas un instant à la rapatrier chez nous.Pourtant, la création de la Caisse de dépôt avait permis, lors de la Révolution tranquille, d\u2019avoir un levier de développement économique qui a fait l\u2019envie du reste du Canada.Pourtant, la FTQ et la CSN, le mouvement Desjardins administrent les épargnes de milliers de Québécois et Québécoises et représentent une force économique qui pourrait faire corps avec la Caisse.Pourtant l\u2019émission de nouvelles obligations pourrait permettre une mobilisation nationale pour récupérer une partie substantielle de notre dette.Il est inquiétant de ne trouver aucune trace d\u2019une telle volonté et le manque d\u2019imagination semble bien trahir ici une démission devant les marchés financiers.Mais le mal est peut-être ailleurs.Il est dans l\u2019oubli de cette conscience populaire qui s\u2019est manifestée lors des commissions régionales sur l\u2019avenir constitutionnel du Québec.Le gouvernement avait été plus ou moins forcé d\u2019en tenir compte et d\u2019y faire une place dans le préambule du projet de loi sur la souveraineté soumise à la consultation populaire.On dirait que l\u2019amnésie, relations mai 1996 99 face à l\u2019actualité depuis ce temps, a fait des ravages au gouvernement.Ce dernier semble oublier qu\u2019il est difficile de faire appel à l\u2019ensemble de la population et de lui demander de se serrer la ceinture sans tenir compte de la volonté majoritaire d\u2019être différent.La différence recherchée et attendue ne se limite guère à la question de la langue.Elle n\u2019est pas davantage dans une velléité de sauver une certaine «qualité de vie», comme le Premier ministre semble nous le faire croire.Le désir d\u2019être différent s\u2019appuie sur l\u2019expérience de milliers de citoyens et de citoyennes qui souffrent quotidiennement des conséquences de la mise en place d\u2019un projet économique néo-libéral.Tous ces gens voient très bien ce qui se passe ailleurs autour d\u2019eux et s\u2019aligner sur de telles expériences n\u2019a rien de mobilisateur.De plus en plus de personnes comprennent que notre société fait face à une crise fondamentale du travail et que ce n\u2019est pas en mettant le plus de monde possible au travail à «n\u2019importe quel prix» qu\u2019on pourra changer la précarité actuelle.Beau- coup se demandent aussi pourquoi ne part-on pas résolument des besoins fondamentaux des gens et des régions et des possibilités d\u2019y répondre collectivement au lieu de partir d\u2019abord des programmes gouvernementaux et de la nécessité de les réduire pour éponger la dette.Qu\u2019il s\u2019agisse du rapatriement de notre dette étrangère, des réponses neuves aux besoins de base de la population ou de la gestion collective de l\u2019innovation sociale, c\u2019est un retour sérieux à la population la plus ordinaire et la plus nombreuse qui s\u2019impose.Cette population a manifesté un désir de changement qui va beaucoup plus loin que les intérêts de l\u2019élite économique, financière ou technocratique.En s\u2019appuyant sur cette réalité socio-culturelle, le gouvernement aurait de meilleures chances de convaincre la population des efforts requis.Autrement, il s\u2019expose, et toute la société avec lui, à des lendemains fort agités.¦ Guy Paiement Centre Saint-Pierre DES OUBLIÉS: LES JEUNES ADULTES DU QUÉBEC Mis sur la voie d\u2019évitement par le gouvernement au dernier Sommet, ces jeunes s\u2019interrogent sur leur rôle d\u2019acteur social.Une Conférence sur le devenir social et économique du Québec se déroulait les 18, 19 et 20 mars.Au nombre des «évités» de cette Conférence organisée et mise en scène par le gouvernement: les jeunes adultes du Québec.En fait, pour être plus précis, les jeunes qui ne sont pas aux études.En effet, seules la Fédération étudiante collégiale du Québec et la Fédération étudiante universitaire du Québec ont eu l\u2019insigne honneur d\u2019être invitées à participer aux délibérations.Est-ce dire que, pour le gouvernement, les étudiants sont les seuls jeunes qui méritent d\u2019être entendus?Ou est-ce dire que, pour le gouvernement, les jeunes ne peuvent être ailleurs qu\u2019aux études?Deux interrogations qui laissent perplexes.D\u2019abord, de quelle jeunesse parle-t-on?Au temps où nos élus ont grandi, la jeunesse s\u2019arrêtait à la sortie des études.Avec la fin de la fréquentation scolaire, se terminait le temps où il fallait bien vivre sa jeunesse.S\u2019amorçait alors une vaste entreprise orientée de façon à atteindre la réussite professionnelle, financière et familiale.Le tout grandement facilité par l\u2019empressement avec lequel les employeurs engageaient leurs effectifs.De plus, bénéficiant d\u2019un poids démographique important, les jeunes des années 1950 et 1960 représentaient une source d\u2019inspiration et de changements pour toute la société.Or, cette époque est révolue.Avec l\u2019allongement généralisé de la période nécessaire à l\u2019intégration sociale et professionnelle dans les années 1980 et 1990, la jeunesse a pris d\u2019autres visa- RETRAITE BIBLIQUE DE SOCABI «Je suis venu accomplir les Écritures» (Matthieu 5,17) Animateur: Gérard Blais, bibliste Date: du 7 au 12 juillet 1996 Lieu: Centre de réflexion chrétienne, Joliette Information et inscription: SeCABI Société catholique de la Bible, 7400 boul.Saint- Laurent, Montréal H2R 2Y1, tél,: (514) 274- 4381 ; téléc.: (514) 274- 5184 100 relations mai 1996 face à l\u2019actualité ges et s\u2019est complexifiée jusqu\u2019à devenir.un problème social! Les jeunes font maintenant face à une pénurie d\u2019emplois, à la précarité du travail, à la diminution des moyens mis à la disposition des institutions d\u2019enseignement et à la révision à la baisse de nombreux programmes sociaux.Autre temps, autres moeurs: les jeunes mêlent volontiers la poursuite simultanée des études et du travail à temps partiel, demeurent plus longtemps chez leurs parents, et remettent au lendemain leur projet de fonder une famille.Qui plus est, les 15-30 ans ont délogé les aînés comme groupe d\u2019âge le plus pauvre du Québec.Enfin, contrairement à la majorité des pays occidentaux, au Québec, ce sont les jeunes qui se suicident le plus.L\u2019évitement dont les jeunes ont été victimes lors de la Conférence démontre bien que l\u2019idée que l\u2019on se fait des jeunes et de la jeunesse varie selon leur âge et leur statut social.Environ 40% des 15 à 29 ans sont aux études à temps complet.Évidemment, il est tout à fait légitime que les étudiants et que les étudiantes participent pleinement à tout débat d\u2019envergure.D\u2019ailleurs, ces jeunes ont un rôle social défini et reconnu, de même qu\u2019une réelle capacité d\u2019organisation et de représentation.Peut-on considérer pour autant que les autres personnes de ce groupe d\u2019âge sont incapables de faire valoir leur point de vue ou sont automatiquement représentées par d\u2019autres institutions sociales?Rien n\u2019est moins sûr.Par exemple, plusieurs observateurs sont d\u2019avis que les centrales syndicales sont en mesure de bien représenter les jeunes travailleurs et travailleuses et les jeunes sans emploi.Or, en scrutant de près la si- tuation des jeunes qui sont sur le marché du travail, on se rend compte que la grande majorité d\u2019entre eux ne sont pas syndiqués (environ 80% des jeunes qui travaillent) et sont victimes de la précarité du travail; deux enjeux qui se retrouvent hors des préoccupations syndicales immédiates.La voix de ces jeunes se fait davantage entendre à l\u2019intérieur d\u2019un vaste ensemble d\u2019organismes communautaires, fragiles et relégués à la marge des débats sociaux et économiques, mais combien utiles pour les jeunes de tous les milieux.Ces organismes (on en dénombre près de 1400) se rassemblent pour constituer un réseau de près d\u2019une centaine de regroupements nationaux.Les jeunes adultes ont donc une véritable base de représentation.Elle est par contre ignorée des gouvernements et de leurs «partenaires» socioéconomiques, car elle n\u2019existait pas à l\u2019époque où nos dirigeants avaient entre 20 et 30 ans.À leur époque, n\u2019existaient que les associations étudiantes, celles-là même qu\u2019ils ont daigné inviter à leur Conférence.Les jeunes, la jeunesse et la société toute entière ont bien changé depuis les années 1950 et 1960, c\u2019est ce que le Conseil permanent de la jeunesse tente de faire comprendre à ceux et celles qui dirigent le Québec d\u2019aujourd\u2019hui.Est-il concevable de parler du devenir du Québec en l\u2019absence de ceux et celles qui le feront et le vivront?¦ René Simard Agent de recherche au Conseil permanent de la jeunesse FAUT-IL ÊTRE AMÉRICAINS POUR RÉUSSIR?Culture, sport, économie: le modèle américain est-il incontournable pour qui veut connaître le succès?Pouvons-nous être différents et pourtant réussir?La question est importante, et pas seulement pour des raisons de souveraineté culturelle, économique ou politique.Mais aussi pour des raisons de gros sous.Car le modèle américain est essentiellement celui de la richesse, de la puissance et de la démesure: the best, the most and the biggest.Que ce soient les effets spéciaux au cinéma, les salaires des acteurs ou des athlètes professionnels, les budgets publicitaires ou les techniques de mise en marché, il semble évident que personne ne peut vraiment rivaliser avec eux à armes égales.L\u2019évolution récente du sport professionnel ne va-t-elle pas dans le même sens?Les «petits marchés» n\u2019arrivent plus à suivre les grands et sont peu à peu éliminés de la compétition.Contrairement à l\u2019image de fatalité que charrient beaucoup les médias («en période de mondialisation, avec les progrès de la technologie, nous n\u2019avons d\u2019autre choix que la compétitivité»), je crois que les Québécois (les Canadiens aussi, d\u2019ailleurs) ont encore le choix.Et quand on regarde de près autour de nous, on constate que ce choix d\u2019être différents est déjà là, qu\u2019il est possible et qu\u2019il donne de bons résultats.Dans le sport professionnel, nos équipes de Montréal font la preuve, depuis plusieurs années, qu\u2019on peut trouver ailleurs que dans l\u2019argent de quoi rivaliser avec les budgets fabuleux de nombreuses équipes américaines: les Canadiens, au hockey, misent sur la fierté d\u2019une longue tradition d\u2019excellence, tandis que les Expos réussissent, grâce à leur exceptionnel réseau de formation de jeunes joueurs.Quant à nos athlètes amateurs, malgré des budgets comparativement très modestes, ils arrivent, grâce à leur talent et à leur persévérance, à occuper une proportion remarquable des podiums d\u2019honneur.Dans le domaine culturel, nos réalisations n\u2019ont rien à envier à l\u2019étranger, surtout si l\u2019on tient compte de la taille de notre population et de notre marché.Le cirque, qui ne bénéficiait ici d\u2019aucune tradition, a rapidement développé, à partir de presque rien, une façon bien à lui de renouveler le genre, avec le succès que l\u2019on sait: le Cirque du Soleil est devenu une très grosse entreprise à succès; mais on a aussi développé une École nationale de cirque qui attire les étudiants de partout, et a donné naissance à de nombreux petits cirques dont le petit dernier, le Cirque Éloize, connaît à son tour beaucoup de succès aux États-Unis avec une formule très différente de celle du Soleil, une toute petite équipe et de tout petits moyens.Même dans un domaine aussi anglo-saxon que les musicals, nous avons fait la preuve, ces dernières années, que nous pou- relations mai 1996 101 face à l\u2019actualité vions apporter notre contribution originale: non seulement en montant en français, avec des artistes d\u2019ici, des grands succès d\u2019ailleurs comme Les Misérables, mais aussi en fabriquant nos propres spectacles à grand déploiement, comme La fabuleuse histoire du Royaume et sa suite, joués au Saguenay depuis des années et transportés en France, et la récente production professionnelle de Demain matin Montréal m\u2019attend.L\u2019industrie, la finance, la politique et des tas d\u2019autres domaines pourraient fournir des exemples de contributions originales et réussies au patrimoine commun.Que ce soit la créativité de nos inventeurs (J.A.Bombardier), la solidarité du mouvement coopératif (les caisses populaires d\u2019Alphonse Desjardins), les règles de financement populaire des partis politiques (adoptées par le gouvernement de René Lévesque), le développement des logiciels de pointe en informatique ou l\u2019invention du «bras canadien» pour les missions spatiales, nous ne sommes pas dépourvus de moyens pour tenir notre place au soleil, sans pour autant avoir besoin de nous aligner sur nos puissants voisins du Sud.D\u2019ailleurs, nous avons bien d\u2019autres richesses: non seulement «naturelles», grâce à notre vaste et riche territoire, mais humaines, grâce à une population de plus en plus diversifiée, aux hé- ritages multiples, et aussi culturelles comme en témoignent nos créateurs, écrivains, dramaturges, cinéastes, danseurs, poètes et chansonniers.Et le choix de vivre debout, différents, au coeur de l\u2019Amérique, est déjà là: qu\u2019on se rappelle les débats sur la situation du français au Québec, avant ce choix que fut la Loi 101 ; et que l\u2019on mesure le chemin parcouru, malgré les fragilités et les irritants qui subsistent.Au point que la France en est rendue à nous envier notre protection du français (voir la Loi Toubon et les récents débats sur les quotas de chansons françaises à la radio)! Il est possible d\u2019être soi et de bien vivre, même dans le grand village planétaire que devient la Terre.La mondialisation et les progrès technologiques ne nous enlèvent ni nos choix, ni nos responsabilités.Ils imposent tout au plus de nouvelles contraintes, qu\u2019il nous appartient de transcender.Nous avons le talent et les ressources nécessaires: le reste n\u2019est qu\u2019une question de fierté et de volonté, celles de nos dirigeants certes, mais surtout celles de tout un peuple.¦ REQUIEM POUR UN FORUM?Comme le faisaient les Grecs et les Romains, nous continuons d\u2019engendrer des dieux.Le onze mars 1996, j\u2019ai, comme bien d\u2019autres, regardé à la télévision la cérémonie d\u2019adieux à l\u2019ancien Forum de Montréal, inauguré en 1924.Voilà bien des mois qu\u2019on nous annonçait l\u2019événement, qu\u2019on mettait en évidence les hauts faits de ce haut-lieu.Là les plus grands sont venus: des athlètes surtout, mais aussi des gens du spectacle.Les médias n\u2019en finissaient plus de nous le rappeler: même Radio-Canada a fait des émissions depuis le Forum et est entré dans la louange.Malgré de spasmodiques protestations des lèvres pour sauver ses scrupules, Joël Le Bigot en remettait, le douze mars au matin, pour rappeler la beauté et la grandeur des héros du passé.Le rituel d\u2019adieu, lors de la dernière partie des Canadiens, est digne de mention.Un défunt (Roger Doucet) a chanté l\u2019hymne national.Par bonheur, les Canadiens ont gagné.Puis vint le moment de la glorification des héros.On fait venir les anciens joueurs membres du Temple de la renommée (Hall of Fame), en excusant les morts de leur absence (Bill Durnan, Jacques Plante, Toe Blake, etc.), puis ceux qui ne pouvaient être présents ce soir-là (Geoffrion, Robinson, etc.).Il en est resté une vingtaine à être présentés à la foule: Émile Bouchard, Elmer Lach, Guy Lafleur, Yvan Cournoyer, Dickie Moore, Lome Worsley, etc.).Pour chacun, de brefs rappels visuels de la grande époque.Puis en s\u2019avançant à l\u2019endroit désigné, l\u2019ovation de la foule.On atteint le paroxysme à la présentation de Maurice Richard: ça n\u2019en finissait plus.Tout le monde voulait pleurer.À la fin, le plus vieux capitaine présent, Émile Bouchard, est allé chercher la flamme dans le vestiaire des Canadiens et l\u2019a transmise à l\u2019autre génération: Béliveau, Richard, Savard, Cournoyer, Gainey, Carbon-neau, Turgeon.Même Carbo, l\u2019expulsé, y était, dans un beau geste de pardon.Même Savard, le mal aimé de l\u2019automne 95, a été applaudi.Au moment de voir cet immense rituel, beau et poignant, le hasard a fait que je venais de parcourir le livre de Jean-Pierre Mohen: Les rites de l\u2019au-delà (Paris, Éditions Odile Jacob, 1995).Quand quelqu\u2019un meurt, il échappe à notre monde et entre dans le monde des ancêtres, où il devient plus grand que nature, un héros, un dieu.«Il a atteint les portes du ciel, le village où le deuil est éternel.Ses ancêtres sont joyeux maintenant.Il sera un Dieu, il deviendra le grand Tout» (p.24).Mohen rappelle aussi le processus d\u2019héroïsation chez les Grecs: peu deviennent des héros: ils doivent avoir affronté des épreuves, montré leur bravoure et leur générosité, souvent être morts violemment.Il sied mal aux héros de mourir dans leur lit.Je regardais les vingt Glorieux du vieux Forum, certains fort fatigués et possiblement pauvres, presque oubliés.Ils furent des héros dans leur jeunesse.Ils sont devenus immortels.La cérémonie du Forum était probablement la plus grande cérémonie religieuse vécue à Montréal depuis dix ans.Cérémonie ambiguë évidemment, puisque ce sport-là n\u2019est qu\u2019un commerce.Il faudrait remplir le Centre Molson et, qui sait, passer le flambeau à Turgeon et à ses coéquipiers pour gagner une autre couple Stanley.Il nous faut d\u2019autres Glorieux, d\u2019autres Immortels.Le 12 mars au soir, les reliques ont été vendues à l\u2019encan.On en a vendu pour 726 550$.Depuis les temps antiques, le sport et la guerre sont la matrice des héros.Quoi qu\u2019en disent la science et le scepticisme, nous n\u2019avons pas fini d\u2019engendrer des dieux.¦ André Beauchamp 102 relations mai 1996 dossier Danger: virage à droite! Danger: virage à droite! Danger: virage à droite! Danger: virage à droite! Si les années 60 sont réputées pour avoir été une époque d'effervescence de la gauche, les années 90 se démarquent par la multiplication des mouvements de droite.relations mai 1996 103 dossier LE FONDAMENTALISME AU POUVOIR?par Carolyn Sharp Si les années 60 sont réputées pour avoir été une époque d\u2019effervescence de la gauche, les années 90 se démarquent par la multiplication des mouvements de droite.À côté d\u2019un néo-libéralisme froid et rationnel, soumettant l\u2019ensemble de la vie humaine aux calculs d\u2019économistes et de financiers, nous voyons poindre un foisonnement de mouvements réactionnaires.En Algérie, en France, aux États-unis et ailleurs, nous constatons leur présence, craignons leur influence, appréhendons leur rayonnement.Parfois ils renversent des gouvernements, que ce soit par les bulletins de vote ou par la force.En d\u2019autres occasions, ils s\u2019imposent comme un élément incontournable sur la scène politique, s\u2019infiltrant dans les coalitions, contrôlant des blocs d\u2019influence.Ainsi, le succès mitigé du fondamentaliste Patrick Buchanan dans les primaires présidentielles américaines se traduira en un droit de regard sur le programme électoral d\u2019un Robert Dole néolibéral.En même temps, Dole se servira de la menace extrémiste que représente Buchanan pour se positionner comme un modéré.Hautement médiatisés, hostiles aux tendances émancipatrices de la modernité, tantôt alliés au néo-libéralisme, tantôt en réaction contre lui, ces mouvements s\u2019appuient avec une fréquence alarmante sur une vision religieuse de type fondamentaliste.Malgré la grande diversité des différentes droites fondamentalistes à travers le monde, nous pouvons tout de même esquisser certains traits communs.1 ) Les fondamentalismes sont des phénomènes modernes.Ils naissent surtout au début du siècle, au moment où l\u2019ébranlement des certitudes religieuses traditionnelles provoque un repli intellectuel sur soi.Une lecture réductrice, sinon faussée, de la tradition dont on se réclame favorise une nouvelle rigidité doctrinale.2) Une méfiance profonde à l\u2019égard de la culture et des institutions de la modernité amène une absolutisation des enjeux moraux de la société contemporaine.Sur le plan politique, les préoccupations morales se substituent à la réflexion sociale.Or, dans ce contexte, il ne faut pas s\u2019étonner que la question du statut des femmes devienne centrale; leur émancipation devient un symbole de la modernité que l\u2019on refuse.3) La dissolution des structures traditionnelles d\u2019autorité et d\u2019appartenance donne lieu à une nouvelle insistance sur l\u2019adhésion personnelle, tout en créant les conditions nécessaires à l\u2019émergence d\u2019un mouvement de masse.En outre, ce sentiment d\u2019appartenance personnelle crée une dynamique propre à durcir les frontières entre croyants et non-croyants, entre «nous» et «eux».Politiquement, ce durcissement peut se traduire par des politiques d\u2019exclusion, la xénophobie et le racisme.Au Québec, la réalité est plus difficile à Hautement médiatisés, ces mouvements s\u2019appuient avec une fréquence alarmante sur une vision religieuse de type fondamentaliste.cerner.En dehors du domaine scolaire, nous pouvons difficilement parler d\u2019une droite religieuse organisée.Certes, il existe des mouvements religieux des plus divers.Parmi ceux-ci, on retrouve des regroupements que nous pouvons qualifier d\u2019intégristes ou de fondamentalistes, mariant une rigidité doctrinale à une vision politique conservatrice, sinon réactionnaire.Cela dit, il faut bien comprendre qu\u2019avoir des prétentions politiques n\u2019équivaut pas à jouir d\u2019un poids politique réel.Les Bérets blancs, avec leurs voitures ornées de drapeaux, leur créditisme primaire et leur antisémitisme vulgaire, appartiennent davantage au folklore qu\u2019à la vie politique actuelle.De même, avoir une vision conservatrice ou même théocratique du monde ne se traduit pas nécessairement par une volon- té d\u2019imposer cette vision à l\u2019ensemble de la société.Des groupes tels les Témoins de Jéhovah et les Adventistes expriment leur rejet de la modernité en se retirant le plus possible de la société, quitte parfois à avoir recours aux armes que cette même société met à leur disposition pour protéger leur liberté de conscience et leur choix de vie, notamment la Charte des droits et libertés.Les droites religieuses semblent surtout atteindre le Québec par ricochet.Nous en entendons des échos sur le plan international.Nous recevons des appels à la solidarité.Mais aussi, nous ressentons indirectement leur influence quand certaines idées, détachées de leur contexte original, pénètrent anonymement notre discours politique.Ainsi, certains préjugés à l\u2019égard des jeunes mères monoparentales sont peut-être le reflet des idées issues de la droite religieuse américaine.Les mouvements islamistes suscitent notre intérêt, à cause de leur présence dans des pays francophones, telle l\u2019Algérie1.La politisation du fondamentalisme protestant nous inquiète, car celui-ci touche nos voisins, américains et canadiens.L\u2019émergence d\u2019une extrême-droite en France nous préoccupe, car nous partageons la même sphère culturelle.Or, c\u2019est précisément de ces droites qui nous entourent dont il est question dans notre dossier.Dans un premier article, Gregory Baum se penche sur deux mouvements fondamentalistes qui suscitent une inquiétude particulière au Québec: le fondamentalisme protestant et le fondamentalisme islamique.Il souligne la nécessité, dans une société pluraliste, de distinguer entre les mouvements fondamentalistes politisés et les adhérents conservateurs de ces traditions.Dans un deuxième article, le politicologue canadien-anglais Brian Tanguay examine le populisme du Parti Réformiste.Enfin, Anne Duvivier, rédactrice en chef adjointe à l\u2019hebdomadaire français Témoignage chrétien, nous parle de l\u2019extrême-droite française.Bonne lecture.¦ 1.Emile Poulat, « La France, l\u2019Algérie et l\u2019Islamisme», dans Relations, mars 1996, p.51.104 relations mai 1996 POUR MIEUX COMPRENDRE LE FONDAMENTALISME par Gregory Baum1 o O CO *l/| *T v \u2022 i \t La méfiance envers les fondamentalismes religieux, tant chrétiens que musulmans, ne doit pas nous faire mettre dans le même sac les partisans d\u2019un simple renouveau religieux et les fondamentalistes intransigeants que nous présentent les médias.Même si la frontière entre les deux est parfois délicate.Le retour de la religion sur la place publique, surtout sous une forme intransigeante et agressive, a été une grande surprise pour les sociologues.La plupart avaient prédit que, dans la société moderne, la religion survivrait uniquement comme recherche spirituelle, chez quelques personnes à l\u2019âme noble.Mais ce que l\u2019on observe prouve le contraire.À notre époque, dans toutes les grandes traditions religieuses, nous rencontrons le phénomène déconcertant de courants intolérants et politisés qui réagissent contre certains aspects de la culture sécularisée et 1.Membre de notre comité de rédaction, l\u2019auteur est professeur de théologie et d\u2019éthique sociale à l\u2019Université de McGill.se démarquent du courant principal de la tradition religieuse dont ils font partie.Les fondamentalistes protestants s\u2019engagent dans les mouvements politiques de la droite aux États-Unis.Les intégristes catholiques, en France, appuient le parti politique de M.Le Pen.Des juifs religieux extrémistes cherchent à renverser le processus de paix au Moyen-Orient.Des musulmans intransigeants et agressifs luttent pour le pouvoir politique afin de libérer leur pays de l\u2019influence occidentale et d\u2019y installer la «charia», l\u2019antique droit islamique.Même dans l\u2019Hindouisme et le Bouddhisme, traditions ouvertes au pluralisme religieux, nous retrouvons des courants extrémistes et politisés.Pour des raisons historiques, deux mou- vements fondamentalistes présentent un intérêt spécial pour les gens du Québec: le fondamentalisme protestant et le fondamentalisme islamique.Mais il est difficile de donner une définition précise de ces courants intransigeants et agressifs, parce que tous les deux s\u2019insèrent dans un grand mouvement d\u2019éveil plus tolérant et plus paisible, et avec lequel ils sont souvent confondus.La frontière n\u2019est pas toujours claire entre ces fondamentalismes et les mouvements religieux plus répandus, et les chercheurs spécialisés n\u2019arrivent pas toujours aux mêmes conclusions.Le fondamentalisme protestant Il serait tout à fait injuste d\u2019identifier les fondamentalistes protestants avec les «évangélistes».Les chrétiens qui se désignent ainsi croient que la vraie foi est générée par une rencontre spirituelle avec le relations mai 1996 105 dossier Christ, par une expérience de renaissance (born again), par la reconnaissance profondément ressentie d\u2019être aimés par Jésus.Dans les grandes Églises, la foi chrétienne est médiatisée la plupart du temps par le baptême des petits enfants, la catéchèse et la participation à la liturgie sacramentelle.Pendant que les évangélistes expérimentent la foi chrétienne comme conversion, et donc comme une rupture avec leur passé, les chrétiens des Églises classiques ont tendance à regarder la foi adulte comme la croissance et le développement de la foi de l\u2019enfant.Les évangélistes se voient en désaccord avec le monde, tandis que les chrétiens des Églises traditionnelles reconnaissent une certaine continuité entre la révélation et la raison, entre la foi et la culture.En Amérique du Nord et en Grande-Bretagne, beaucoup d\u2019évangélistes restent dans leurs Églises.On en compte dans l\u2019Église anglicane, dans l\u2019Église unie du Canada et dans l\u2019Église presbytérienne.Le mouvement charismatique, dans l\u2019Église catholique, a, lui aussi, des caractéristiques évangélistes.Mais la majorité des évangélistes n\u2019appartiennent pas aux Églises principales: ils ont organisé leurs propres Églises.Quelques-unes ont une histoire séculaire, comme les baptistes; et d\u2019autres sont d\u2019origine plus récente, comme les pentecôtistes.Beaucoup d\u2019évangélistes ne sont liés à des congrégations locales que temporairement: ils se nourrissent spirituellement de sermons et de services religieux transmis par la télévision.Il est bien connu que certains «entrepreneurs» évangélistes ont fait un commerce lucratif de leurs programmes religieux télévisés: mais QUI SONT LES «FONDAMENTALISTES»?Ce terme fut d\u2019abord employé dans un contexte américain très précis.À partir de 1910, un groupe de protestants conservateurs, aux États-Unis, prônait une lecture littérale de la Bible et s\u2019opposait à la nouvelle critique biblique et à d\u2019autres tendances libérales répandues dans les Églises protestantes classiques.Appuyés sur une interprétation littérale du récit biblique de la création, ces protestants conservateurs contestaient la théorie scientifique de l\u2019évolution enseignée dans les écoles.Ils rejetaient l\u2019humanisme laïc qui, selon eux, avait envahi les grandes Églises protestantes.Pour mettre leur point de vue bien clair, ils dressaient une liste des croyance fondamentales, y compris l\u2019inerrance historique de la Bible, et se déclaraient fièrement des «fondamentalistes».Les fondamentalistes se percevaient comme un mouvement chrétien n\u2019ayant aucun parti pris politique.Ils insistaient même sur la séparation radicale entre religion et politique.Quand, au nom de la justice sociale, les Églises protestantes libérales et, plus tard, le Conseil national des Églises ont appuyé certaines politiques, comme par exemple les droits civils des Noirs américains et la lutte contre le racisme, les fondamentalistes les ont accusés d\u2019avoir corrompu, par ces engagements politiques, la pureté de l\u2019Évangile.Mais, à partir de 1979, sous l\u2019influence du Rév.Jerry Fallwell et d\u2019autres chefs de file, les Églises fondamentalistes ont commencé à se politiser.Le projet politique fondamentaliste le plus connu fut la «Moral Majority», qui voulait libérer la république américaine de l\u2019humanisme laïc omniprésent et rechristianiser la population et sa culture publique.La «Moral Majority» a été dissoute en 1989, mais le mouvement politique qu\u2019elle a inspiré est devenu encore plus fort.Aujourd\u2019hui, il appuie la «Christian Coalition».Le fondamentalisme américain promeut une culture conservatrice et s\u2019oppose à l\u2019émancipation de la femme.Il soutient l\u2019économie de libre marché et s\u2019oppose au rôle régulateur de l\u2019État et à toutes mesures social-démocrates.Il exalte la gloire des États-Unis et supporte toute manifestation du pouvoir américain dans le monde.Il favorise un retour à une société chrétienne qui, tout en reconnaissant la liberté personnelle des non-croyants et des membres d\u2019autres religions, ne leur concéderait aucune place dans la vie publique! Devrait-on appliquer le terme «fondamentalisme» aux courants intransigeants et agressifs que l\u2019on retrouve dans les autres religions?Ces courants partagent plusieurs caractéristiques: les non-croyants sont considérés comme des adversaires, on excommunie la majorité tolérante de sa propre tradition, on condamne certains aspects de la culture laïque et on réduit le monde au noir et blanc, en le divisant entre alliés et ennemis.La question est de savoir si on peut appliquer un terme dérivé de l\u2019expérience historique américaine à des mouvements qui, à travers le monde, ont des racines tout à fait différentes?Ne serait-ce pas une nouvelle façon d\u2019universaliser l\u2019expérience occidentale?Après tout, ces mouvements sont très divers.Le fondamentalisme protestant, par exemple, loue le système capitaliste (Jerry Fallwell le croit même révélé dans la Bible), tandis que le mouvement islamique désire remplacer le capitalisme par un système économique basé sur des principes islamiques.Dans le catholicisme, on s\u2019en souvient, le courant conservateur le plus extrême a été nommé «intégrisme», une expression inventée au début du XXe siècle quand un groupe de catholiques encore plus conservateurs que Pie X ont créé un système de délation, afin d\u2019espionner des prêtres et des enseignants pour savoir s\u2019ils étaient influencés par le modernisme.Cette question a été longuement discutée par un groupe de plus de cent scientifiques, créé à l\u2019Université de Chicago pour étudier les manifestations contemporaines d\u2019une religion intransigeante et agressive.Ce groupe a décidé qu\u2019il était nécessaire d\u2019avoir un seul terme pour désigner tous ces mouvements religieux.Comme les journalistes et les politologues parlaient déjà de «fondamentalisme», on a gardé cette expression.Ce groupe a publié - sous la direction de Martin Marty et Scott Appleby - une oeuvre scientifique de cinq gros volumes, de plus de 800 pages chacun, intitulée The Fundamentalist Project, sur le phénomène universel du fondamentalisme.Un petit livre, adressé aux lecteurs non spécialisés, présente les conclusions de cette recherche1.1.Vol.1.Fundamentalism Observed, vol.2.Fundamentalism and Society, vol.3.Fundamentalism and the State, vol.4.Accounting for Fundamentalism, vol.5.Fundamentalism Comprehended, tous publiés par I\u2019University of Chicago Press, 1991-1995.Le petit livre, écrit par Martin Marty et Scott Appleby, intitulé The Glory and the Power: The Fundamentalist Challenge to the Modern World, Boston: Beacon Press, 1992.106 relations mai 1996 La grande majorité des musulmans du Québec appartiennent au courant principal de l\u2019Islam: ils pratiquent leur religion tout en respectant le pluralisme religieux de la société moderne.ces prédicateurs sont fortement critiqués par des évangélistes plus sérieux.En général, on peut dire que les évangélistes sont des protestants conservateurs: ils fondent leur foi sur les Écritures saintes, ils les interprètent suivant les anciens credos, et ils mettent l\u2019accent sur l\u2019écart existant entre la lumière du Christ et la noirceur du monde.Ils se méfient du mouvement oecuménique et du dialogue interreligieux, parce que ces courants ecclésiastiques ne leur semblent pas assez centrés sur le Christ.Ces mouvements conservateurs protestants se répandent actuellement à une grande vitesse en Amérique du Nord et du Sud, provoquant l\u2019étonnement des sociologues et la frustration des Églises classiques.Le grand succès des sectes fondamentalistes s\u2019explique, au moins partiellement, par le fait qu\u2019ils offrent aux gens seuls et isolés par la fragmentation de la société la participation à une communauté chaleureuse qui les appuie et les valorise.Ils offrent aussi une certaine sécurité spirituelle, en donnant des réponses claires et nettes à des questions complexes posées par la science et par la crise actuelle de société.Ce serait une grande erreur d\u2019identifier tous les évangélistes aux fondamentalistes.En réalité, le mouvement évangélique est pluraliste.Nous appelons «fondamentalistes» les évangélistes étroits qui insistent de façon rigide sur l\u2019inspiration littérale de la Bible, qui refusent tout dialogue avec la pensée moderne, qui adoptent une attitude antioecuménique et souvent anticatholique, et qui n\u2019hésitent pas à caricaturer les croyances tenues par les autres.Un grand nombre de ces fondamentalistes, comme je l\u2019ai expliqué, appuient une politique de droite, procapitaliste, antisociale, et peu favorable au pluralisme.Les évangélistes, il vaut la peine de le répéter, représentent un phénomène religieux pluraliste.Le réseau évangélique canadien, «The Evangelical Fellowship of Canada», poursuit une voie modérée.Un coup d\u2019oeil sur la liste des membres révèle une gamme considérable d\u2019organisations ecclésiastiques.Il existe également une association canadienne de théologie évangéliste, qui publie «The Canadian Evangelical Review».Nous pensons parfois que le protestantisme francophone au Québec se com- 2.Consulter l\u2019article de Glenn Smith dans Oecuménisme, décembre 1995, pages 16-21.pose de sectes évangélistes intolérantes, antioecuméniques et hostiles au catholicisme.C\u2019est un fait moins connu que, depuis quelques décennies, s\u2019est développé au Québec un protestantisme francophone ayant un caractère plus ouvert.Je parle d\u2019un mouvement chrétien conservateur qui est engagé dans un dialogue intelligent avec la société, qui cherche des ressources théologiques plus développées, et qui se questionne sur la façon de réagir, en fidélité à l\u2019Évangile, devant les injustices sociales de la société néo-libérale2.Il est donc important de distinguer, parmi les évangélistes francophones, les groupes fondamentalistes et les milieux plus ouverts qui sont en quête d\u2019une réponse valable aux problèmes de la société moderne.Ce qui rend cette distinction parfois difficile, c\u2019est le fait, mentionné plus haut, que la frontière entre les fondamentalistes et le mouvement évangélique plus étendu n\u2019est pas toujours clairement définie.Le fondamentalisme islamique Le fondamentalisme islamique est un mouvement radical ayant des racines dans le passé.Il cherche à libérer les pays isla- relations mai 1996 107 Jean-François Leblanc/STOCK dossier miques de l\u2019humiliation imposée par les empires coloniaux occidentaux et à les sauver de l\u2019admiration qu\u2019ils ressentent, malgré leur passé colonial, pour la culture occidentale et ses institutions politiques et économiques.Ce fondamentalisme est intransigeant, agressif et antidémocratique.Il désire imposer la «charia», le dur et antique droit islamique, et il est prêt à utiliser la répression culturelle, la contrainte légaliste et les attaques violentes contre ses ennemis.Pourtant, ce courant fondamentaliste se situe dans un mouvement islamique plus étendu, un renouveau islamique qui préconise une plus grande fidélité à l\u2019Islam traditionnel parmi les populations influencées par l\u2019esprit moderne.Ce réveil islamique a Les citoyens musulmans du Québec sont souvent exposés à des préjugés et à la discrimination parce que les rapports journalistiques sur le fondamentalisme islamique d\u2019outre-mer offrent une image déformée de l\u2019Islam.un but spirituel et social.Il communique aux gens ordinaires, spécialement aux pauvres, une grande confiance en Dieu, un sens de la dignité personnelle, le désir de s\u2019aider mutuellement et la volonté de créer une communauté morale.Les chefs de file de ce mouvement de renouveau prétendent que le courant dominant de l\u2019Islam, donc la majorité des musulmans, est devenu trop tolérant et donc trop séculier.Mais les chefs mènent leur mission de façon paisible, utilisant la persuasion et l\u2019entraide des quartiers pauvres, se distinguant ainsi des fondamentalistes qui se vouent au renouveau islamique de façon belliqueuse.Mais la frontière entre les fondamentalistes islamiques et le pacifique renouveau islamique n\u2019est pas plus claire que celle entre les fondamentalistes protestants et les évangélistes.Les chercheurs, avouons-le, ne sont pas d\u2019accord dans leur jugement sur le renouveau islamique.Certains pensent que même les pacifiques mouvements de réveil trahissent l\u2019esprit tolérant et l\u2019adaptabilité du courant principal de l\u2019Islam, constituant ainsi, en dépit de ses déclarations, un danger politique.Ces auteurs ajoutent que les mouvements de renouveau sont organisés par des musulmans bien instruits, formés en Occident et appartenant souvent à une élite technocratique, avec l\u2019intention de se créer une forte base populaire pour conquérir et exercer un pouvoir politique.Ces auteurs reconnaissent les expériences religieuses authentiques dans le mouvement islamique de renouveau, mais ils y détectent aussi des signes de manipulation.D\u2019autres chercheurs rejettent cette interprétation.Selon eux, le renouveau islamique est un mouvement religieux et culturel pacifique, qui devient intransigeant, agressif et violent seulement quand il est réprimé par l\u2019État.Leurs études démontrent que le renouveau islamique, accepté comme partie du processus politique en Egypte et en Jordanie, est resté un courant modéré, tandis que la dure répression qu\u2019il a subie en Algérie et en Iraq l\u2019a transformé en un mouvement agressif et violent.Cette absence d\u2019unanimité est inquiétante.Mais ce qui est pertinent pour les lec- teurs et les lectrices de Relations, c\u2019est que les citoyens musulmans du Québec sont souvent exposés à des préjugés et à la discrimination parce que les rapports journalistiques sur le fondamentalisme islamique d\u2019outre-mer offrent une image déformée de l\u2019Islam.La grande majorité des musulmans du Québec appartiennent au courant principal de l\u2019Islam: ils pratiquent leur religion tout en respectant le pluralisme religieux de la société moderne.Même les femmes et les hommes musulmans qui sont influencés par le renouveau islamique ont peu de sympathie, à part un petit nombre, pour la politique intransigeante et agressive des fondamentalistes en Afrique ou en Asie.Si certains musulmans veulent se retirer de ce monde et vivre entre eux de façon séparée, ils ont le droit de le faire, tout comme les juifs hassidiques et les mennonites de l\u2019ordre ancien.À cause de l\u2019image négative de l\u2019Islam que la télévision nous véhicule, nous nous devons d\u2019assurer les musulmans et les musulmanes qui vivent parmi nous de notre respect et de notre admiration devant leur fidélité.¦ Bibliographie FONDAMENTALISME, INTÉGRISME ET CONSERVATISME -\tMoingt, Joseph, «Religions, traditions et fondamentalismes», dans Études, 373,3, septembre 1990, pp.215-226.-Entrevue de Pierre Lathuilière, «Questions sur le fondamentalisme chrétien», dans Masses ouvrières, no 427, sept-oct.1989, pp.49-55.-\tNavaro, Pascale, «Poser des limites à la tolérance», Féminisme et extrémismes religieux, dans Gazette des femmes, novembre-décembre 1995, pp.18-20.-\tLefebvre, Marcel, «Le fondamentalisme», Aperçu historique, dans L\u2019Église canadienne, 23, no 3, 8 février 1990, pp.77-78.-\tEn collaboration, «Le fondamentalisme dans les religions du monde», dans Concilium, no 241, mars 1992 (tout le numéro).-\tEn collaboration, «Le courant fondamentaliste chrétien», dans Lumière et Vie, no 186, mars 1988 (tout le numéro).-\tMaurice, Antoine, «Le retour du fondamentalisme», dans Choisir, no 363, mars 1990, pp.16-24.-\tMoingt, Joseph, «Aux sources du fondamentalisme», Composantes sociales et religieuses des mouvements fondamentalistes, dans Cahiers pour croire aujourd\u2019hui, no 77, 1991, pp.5-10.-\tMoingt, Joseph, «Séductions fondamentalistes», dans Études, 369,6, décembre 1988, pp.667-679.-\tManier, Bénédicte, «Les conservatismes religieux, obstables à l\u2019universalité des droits?» dans Transversales Science Culture, no 36, nov-déc.1995, pp.21-22.-\tGroupe national «Pastorale et Sectes», «La montée des intégrismes, des fondamentalismes, des conservatismes», dans Documentation catholique, no 2017, 9 décembre 1990, pp.1073-1074.108 relations mai 1996 LE PARTI REFORMISTE LE POPULISME DE DROITE par Brian Tanguay1 m i Lag Ouest canadien a «son» opposition officielle à Otta-## wa, le parti de M.Manning.Un spécialiste décrit pour nous ce parti opportuniste qui sait profiter ha-I bilement du courant populiste et dont le chef semble se soucier plus du pouvoir que de ses convictions.C\u2019est à Winnipeg, à l\u2019automne de 1987, que fut tenue l\u2019Assemblée de fondation du Parti réformiste du Canada.Preston Manning, fils de l\u2019ancien premier ministre du Crédit social en Alberta, E.C.Manning, y fut couronné chef du nouveau parti.Le catalyseur immédiat pour la création du Parti réformiste fut la décision du gouvernement Mulroney d\u2019accorder le contrat d\u2019entretien des CF-18, valant plusieurs millions de dollars, à Canadair de Montréal plutôt qu\u2019à Bristol Aerospace de Winnipeg, malgré la soumission moins coûteuse et technologiquement supérieure de cette dernière.Cette décision a choqué la plupart des gens de l\u2019Ouest et les a convaincus 1.L\u2019auteur est professeur de sciences politiques à l\u2019Université Wilfrid Laurier de Waterloo, en Ontario.Cet article a été traduit de l\u2019anglais par Relations.que les Conservateurs n\u2019étaient pas mieux que les Libéraux pour défendre les intérêts de l\u2019Ouest, surtout quand des votes du Québec étaient en jeu.Pour plusieurs, seul un parti entièrement neuf pouvait donner une voix à la protestation de l\u2019Ouest; le premier slogan du Parti réformiste, «L\u2019Ouest veut sa part» (The West Wants In), exprimait très bien ce sentiment d\u2019aliénation de l\u2019Ouest.Deux questions fournirent à M.Manning l\u2019occasion d\u2019étendre l\u2019influence du Parti réformiste au-delà des Prairies: l\u2019opposition à la taxe du gouvernement Mulroney sur les produits et services (TPS) et la campagne contre les Accords constitutionnels du Lac Meech et de Charlottetown.Le mépris apparent du gouvernement Mulroney pour l\u2019opinion des citoyens ordinaires sur ces questions a aidé à transformer le Parti réformiste, d\u2019un mouvement de protestation de l\u2019Ouest, en une alternative nationale de droite aux Conservateurs et aux Libéraux.En 1991, un référendum auprès des membres du parti approuva l\u2019idée de se développer en Ontario et dans le Canada atlantique (ce qui était jusque-là interdit par la Constitution du parti).Et aux élections fédérales de 1993, Preston Manning et son parti ont exploité un important ressentiment anti-partis et anW-establishment pour récolter 52 sièges et presque 19% des suffrages exprimés, formant de fait l\u2019opposition officielle du Canada anglais.Et même si presque tous les sièges réformistes furent remportés dans l\u2019Ouest - l\u2019Alberta et la Colombie Britannique à eux seuls en fournissant 46 -, le parti réussit quand même à recueillir 20% du vote en Ontario, remportant un siège et se classant deuxième dans 57 circonscriptions.Un parti populiste?Le Parti réformiste est-il un parti populiste?Il comporte certes une ressemblance réelle avec certains mouvements populistes antérieurs, surtout avec le Parti pro- relations mai 1996 109 dossier ! i ! LE VIEUX REVE DES MANNING La fondation du Parti réformiste concrétisait, pour une grande part, un rêve vieux de vingt ans que Preston Manning et son père avaient d\u2019abord exprimé dans leur livre, publié en 1967, «Le réalignement politique: un défi pour les Canadiens sensés» (Political Realignment: A Challenge to Thoughtful Canadians).Dans ce manifeste, les Manning affirmaient que le système canadien de deux partis politiques et demi n\u2019était pas fonctionnel, puisque les deux principaux partis n\u2019offraient aucune véritable alternative aux électeurs, ne développaient pas de politiques significatives et s\u2019enfermaient dans une partisanerie mesquine, divisant ainsi des citoyens qui auraient pu, autrement, être d\u2019accord sur des questions importantes comme, par exemple, le caractère sacré du libre marché.Quant au NPD, il était écarté en tant que champion du «socialisme réactionnaire», considéré comme une philosophie politique extrême et obsolète.Les Manning proposaient que le Parti progressiste-conservateur soit transformé en véhicule pour une philosophie de droite cohérente, qu\u2019ils nommèrent «conservatisme social», qui combinerait les impulsions humanitaires avec une adhésion stricte aux «valeurs de la liberté d\u2019activité économique et de l\u2019entreprise privée éclairée».Ce Parti conservateur reconstitué pourrait alors rallier tous les citoyens s\u2019opposant au collectivisme insidieux adopté par les Libéraux et le NPD.Et ce n\u2019est qu\u2019en cas d\u2019échec de cette réforme du Parti conservateur qu\u2019on devrait envisager la création d\u2019un nouveau parti.C\u2019est exactement ce qui se produisit, vingt-cinq ans après la parution de Political Realignment, quand les gens de l\u2019Ouest abandonnèrent en foule le Parti conservateur.gressiste qui fit éclater le système bipartite canadien aux élections fédérales de 1921.Comme les Progressistes d\u2019alors, le Parti réformiste accuse les partis établis de faillite intellectuelle et de soumission aux «intérêts établis».Les deux partis ont d\u2019ailleurs surgi comme véhicules de l\u2019aliénation de l\u2019Ouest, et comme protestation contre la domination politique et économique du Canada central sur les prairies de l\u2019intérieur.Et comme les Progressistes, le Parti réformiste prescrit une forme de délégation ou de démocratie directe qui vise à revitaliser le système des partis, favorisant un plus grand usage des mécanismes de désaveu des députés, de référendums et d\u2019initiatives des citoyens, dans le but de briser l\u2019impasse de la démocratie représentative contemporaine qui, selon eux, subverts la volonté du peuple.Ce thème populis- te est d\u2019ailleurs enchâssé dans la Constitution du Parti réformiste: «Nous croyons au bon sens des gens ordinaires, et à leur droit d\u2019être consultés en matière de politiques avant que toute décision importante ne soit prise.» Mais, malgré la glorification des «gens ordinaires» faite par le Parti réformiste, il y a au moins trois bonnes raisons pour se demander si la qualification de «populiste» est bien légitime.- D\u2019abord, les députés du Parti réformiste n\u2019ont pas encore résolu les problèmes à la fois logistiques et philosophiques qui se posent quand on essaie de déterminer la «volonté du peuple».Si le parti a mis un téléphone spécial et un télécopieur à la disposition des gens qui veulent soumettre des suggestions pour la période quotidienne de questions en Chambre (les utili- sateurs doivent défrayer eux-mêmes les frais d\u2019interurbains), il n\u2019a pas été beaucoup au-delà de ce genre de gestes symboliques.Il est exact que le Parti réformiste a fait plus que tout autre parti fédéral en expérimentant ses «agoras électroniques» (electronic town halls) et d\u2019autres formes de télédémocratie, mais les résultats de ces efforts ont été jusqu\u2019ici peu impressionnants.Une étude de Darin Barney2 conclut que ces agoras électroniques sont «des spectacles cyniques, soigneusement organisés».La participation des citoyens à ces événements a été faible et décevante.Par exemple, en juin 1994, le député réformiste Ted White (Vancouver Nord) a tenu un référendum sur la Loi des jeunes contrevenants, auquel seulement 6% des électeurs inscrits de la circonscription ont participé.Malgré cela, White considéra l\u2019opinion de cette minorité comme représentative de son comté, peut-être parce qu\u2019elle était très majoritairement favorable à un durcissement de la loi contre les jeunes contrevenants.Val Meredith, députée réformiste de Surrey, en Colombie Britannique, a voté contre la législation du gouvernement libéral sur le contrôle des armes à feu, en se basant sur un sondage téléphonique de ses électeurs, auquel participèrent seulement 2800 des 100 000 voteurs inscrits (moins de 3%); et pourtant, une bonne majorité de ces 3% était en faveur de l\u2019enregistrement des armes à feu, auquel s\u2019opposaient férocement Meredith et plusieurs autres députés réformistes.En avril 1994, Preston Manning a participé à une agora électronique sur la question du suicide assisté, auquel il est personnellement opposé.Un échantillonnage téléphonique aléatoire de 700 personnes, réparties dans cinq circonscriptions de Calgary, a révélé une forte majorité (70%) en faveur du suicide médicalement assisté; pourtant, M.Manning a refusé d\u2019y voir la «volonté du peuple».Il affirma qu\u2019il devait d\u2019abord obtenir la répartition exacte des ap- Jacques Gaillot, évêque de Parténia Pourquoi aller sur Internet?Comment vivre sous les projecteurs des médias?Quel livre de la Bible le nourrit face aux défis du monde?Où apprendre la liberté en Église?Lisez notre entrevue avec Jacques Gaillot, évêque de Parténia, dans notre numéro de juin.110 relations mai 1996 pels afin de connaître les résultats pour sa seule circonscription, et non pas pour tout Calgary.Et si une solide majorité (60% ou 65%) de ses électeurs appuyait ce type d\u2019euthanasie, il a admis qu\u2019il serait obligé d\u2019accéder aux voeux de ses mandants, tout en ajoutant qu\u2019il continuerait de discuter la question avec les électeurs afin de les convaincre que cela n\u2019était pas une bonne idée.Les actes de M.Manning révèlent une conception du rôle du député beaucoup plus proche de celle d\u2019Edmond Burke que de celle que prêche l\u2019idéologie du Parti réformiste.- La deuxième raison pour mettre en doute le caractère populiste du Parti réformiste est le rôle joué par Preston Manning lui-même dans la vie interne du parti.Même s\u2019il n\u2019y a, a priori, aucune raison pour que le populisme et une direction de parti forte (ou même autocratique) ne puissent coexister, la pré-éminence de M.Manning dans son parti jette de fait quelques doutes sur l\u2019image soigneusement entretenue d\u2019un Parti réformiste qui soit l\u2019expression de la démocratie à la base.Aucun autre chef de parti n\u2019est autant impliqué que lui dans tous les détails de la vie quotidienne du parti; et aucun autre leader politique n\u2019a une autorité morale équivalente au sein de son organisation.Preston Manning a pu puiser dans la foi inébranlable de ses fidèles pour renverser la politique du parti (décision de se développer dans l\u2019Est du Canada), pour atténuer d\u2019autres politiques (sur la TPS), ou simplement pour imposer ses propres vues dans certaines questions cruciales (comme la décision de ne pas créer d\u2019organisations 2.\t«Pushbutton Populism: The Reform Party and the Real World of Teledemocracy», conférence présentée à l\u2019Assemblée annuelle de l\u2019Association canadienne de sciences politiques, Université du Québec à Montréal, 6 juin 1995.3.\tPreston Manning and the Reform Party, Formac Publishing, Goodread Biographies, Halifax, 1992.Le politicologue Torn Flanagan, ancien directeur de la recherche du Parti réformiste, a écrit son propre livre sur Manning et le Parti réformiste, Waiting for the Wave, Stoddart, Toronto, 1995.Tout en niant que M.Manning soit un «dictateur», Flanagan reconnaît qu\u2019il «exerce un contrôle à peu près complet sur la politique du parti» (p.29).4.\tWaiting for the Wave, p.32.5.\tDavid Laycock, «Reforming Canadian Democracy?Institutions and Ideology in the Reform Party Project», in Canadian Journal of Political Science, 27: 2,juin 1994, p.216.provinciales du parti, mal acceptée par bien des militants de la base).Une étude critique du Parti réformiste, publiée par Murray Dobbin2 3, a exposé en détail les nombreuses façons dont M.Manning a cherché à bâillonner certains des membres les plus zélés de son parti, tout en continuant de vanter les mérites de la démocratie interne de parti.L\u2019utilisation de référendums parmi les membres du parti, avec des questions soigneusement rédigées pour obtenir les réponses souhaitées par les bonzes du parti; les agoras électroniques; les groupes-témoins (focus groups); les questionnaires détaillés pour enquêter sur la vie privée des candidats potentiels du parti, afin d\u2019éliminer tous ceux qui pourraient se révéler des francs-tireurs: telles sont quelques-unes des techniques utilisées par Preston Manning et son cénacle de conseillers pour garder le contrôle de ses militants.Tom Flanagan note sarcastiquement que «le populisme de Manning est fluide.Il parle au nom du bon sens des gens ordinaires, mais il est le seul qui est autorisé à l\u2019exprimer et il a diverses manières, pas toujours compatibles d\u2019ailleurs, de découvrir cette sagesse insaisissable4».Bien que certains aient rouspété contre le style autocratique de leadership exercé par M.Manning, cela est demeuré essentiellement limité et inefficace.- Autre raison qui rend l\u2019étiquette populiste quelque peu inadéquate pour le Parti réformiste: la nature des «élites de l\u2019esta-blishment» auxquelles les Réformistes s\u2019attaquent.Contrairement à ses prédéces- Ces politiques attirent surtout ces groupes de la société qui se sentent les plus menacés par les profondes transformations sociales et économiques qui marquent cette fin de XXe siècle.seurs populistes, comme les Progressistes et les membres du Crédit social, le Parti réformiste «n\u2019identifie aucun segment de la classe capitaliste comme l\u2019ennemi principal du peuple5».Le Crédit social, par exemple, ciblait les banques et le système financier canadien comme la principale cause de la Deborah Grey fait partie du noyau dur des députés de droite réformistes.Leur pensée extrémiste s\u2019apparente à celle de la droite chrétienne aux États-Unis.relations mai 1996 111 Fred Chartrand/CANAPRESSE dossier misère économique durant la Grande dépression; d\u2019autres partis populistes ont concentré leurs attaques contre les monopoles et les fiducies.Le Parti réformiste, lui, vise plutôt les «groupes d\u2019intérêts» - les lobbies féministes, ethniques et linguistiques, les syndicats et les nombreux autres groupes qui se sont engraissés aux frais du public - de même que la bureaucratie gouvernementale boursouflée, comme les véritables ennemis des gens ordinaires et les principaux obstacles à une saine administration démocratique.Le monde des affaires est aussi visé, dans une certaine mesure; Preston Manning a écrit, par exemple, que «des groupes de lobby d\u2019affaires.ont réussi à obtenir, dans certains secteurs, des niveaux d\u2019avantages, de concessions fiscales et de subventions qu\u2019une majorité des contribuables désapprouveraient si on leur donnait la chance d\u2019exprimer leur opinion6».Mais en même temps que le programme du parti (le Livre Bleu) engage le Parti réformiste à éliminer toutes les subventions et les avantages fiscaux aux milieux d\u2019affaires, il réaffirme aussi sa foi dans « la valeur de l\u2019entreprise et de l\u2019initiative» et sa conviction que «la création de la richesse et des emplois productifs pour les Canadiens se réalise au mieux à travers le maintien d\u2019une économie de libre entreprise, responsable et largement établie, dans laquelle la propriété privée, la liberté de contrat et les lois du libre marché sont encouragées et respectées7».La droite populiste des années 90 L\u2019attitude du Parti réformiste à l\u2019égard des affaires et de l\u2019État le distingue peut-être des mouvements populistes antérieurs, mais elle est en parfaite harmonie avec la forme dominante de la protestation populiste de droite des années 90.L\u2019étude du populisme de droite en Europe de l\u2019Ouest, réalisée par Hans Georg Betz, a montré que des partis comme le Parti de la liberté en Autriche, la Nouvelle démocratie en Suède, le Front national en France et les Républicains d\u2019Allemagne chantent tous les louanges du libre marché et s\u2019en prennent à l\u2019État-providence et à son écrasant fardeau fiscal8.Ces partis, comme le Parti réformiste au Canada, ont tiré leur popularité d\u2019une vague de cynisme et de volatilité de l\u2019électorat, de même que de son hostilité à l\u2019égard des mécanismes traditionnels de la démocratie représentative et, en particulier, des «vieux partis».Ils appellent à la modernisation à la fois les «perdants» - ceux qui sont relégués de force dans les formes marginales de l\u2019emploi par l\u2019économie globale des années 90, comme ceux qui sont simplement révoltés contre les excès de la modernité, avec sa prolifération de styles de vie alternatifs et sa décadence de la moralité traditionnelle - et les «gagnants».Et parmi ces derniers, on trouve surtout les nouveaux professionnels, qui peuvent s\u2019attendre à obtenir le petit nombre d\u2019emplois très bien payés et hautement qualifiés qui sont générés par la nouvelle économie, et qui ne veulent surtout pas que des bureaucrates d\u2019un État-providence redistribuent quelque partie que ce soit de leur revenu durement gagné.Contrairement aux partis populistes radicaux d\u2019Europe occidentale, le Parti réformiste du Canada a surtout réussi, jusqu\u2019ici, à faire appel à la modernisation des «perdants», et non (du moins, pas encore) à celle des «gagnants».Le parti est opposé à certains dadas fédéraux, comme le bilinguisme officiel ou le multiculturalisme; il est profondément préoccupé de maintenir la loi et l\u2019ordre (convaincu qu\u2019il est que le système légal canadien est beaucoup trop clément envers les criminels); et il fait appel à une identité canadienne «sans trait d\u2019union», selon laquelle aucun individu ne peut recevoir de privilèges particuliers sur la base de son appartenance à un groupe.Ces politiques attirent surtout ces groupes de la société qui se sentent le plus menacés par les profondes transformations sociales et économiques qui marquent cette fin de XXe siècle, surtout les hommes blancs protestants plus âgés de la classe moyenne, qui voient leur monde familier mis sens dessus dessous par un fatras de programmes gouvernementaux et par une volée de groupes d\u2019intérêts.6.\tPreston Manning, The New Canada, Macmillan, Toronto, 1992, p.320.7.\tParti réformiste du Canada, Principles and Policies: The Blue Book, Calgary, 1991,13, 20.8.\tHans-Georg Betz, «The New politics of Resentment: Radical Right-Wing Populist Parties in Western Europe», Comparative Politics, 25, juillet 1993, pp.413-427.Les SIX CAHIERS DE 1996 263\t- LES THÉOLOGIES FÉMINISTES DANS LES DIFFÉRENTS CONTEXTES 264\t- LA PLACE DE NOS ENFANTS 265\t- LES MOUVEMENTS DE PENTECÔTE 266\t- LE PÈLERINAGE 267\t- DE LA VIE AU DROIT 268\t- LA REDÉCOUVERTE DE JÉSUS Abonnement 1996 France 320 FF Étranger 405 FF Le cahier 72 FF CONCILIUM - 262 SOCIOLOGIE DE LA RELIGION Éditorial par Jokn COLEMAN et Miklôs TOMKA I.\tLE NATIONALISME DANS L\u2019HISTOIRE PROFANE ET L'HISTOIRE DES ÉGLISES Heinrick SCHILLING.Confession et identité politique dans l\u2019Europe de la modernité naissante.Victor CONZEMIUS.Foi ckrétienne universelle et nationalisme.Miklos TOMKA.Sécularisation et nationalisme.II.\tPATRIOTISME, NATIONALISME ET CITOYENNETÉ Heinrick SCHNEIDER.Patriotisme et nationalisme.Jokn COLEMAN.Une nation de citoyens.III.\tLE RÔLE DE LA RELIGION DANS LES CONFLITS NATIONAUX Srdjan VRCAN.La religion,, les Eglises et la guerre post-yougoslave.David SELJAK.Religion, nationalisme et fracture du « Canada ».Laszlo ÀSZÔDl & Georgius FRATER.De profundi s.La religion soutien des minorités.IV.\tRELIGION ET NATIONALISME DANS LE MONDE Gregor)' BAKM.Quelle sorte de nationalisme ?Distinctions éthiques.Ashis NaNDY.Le 1 aïcisme, le nationalisme hindou et la peur du peuple.Ziauddin SARDAR.Islam et nationalisme.CONCILIUM Kl Vi l IN I I UN A I l( >\\Al I DI I I II i >1 ( X ,11 NMO RBJGÏ0N57 112 relations mai 1996 Une alternative aux vieux partis?Peut-on dire que le Parti réformiste offre une véritable alternative de droite aux grands partis traditionnels canadiens?Pas tout à fait.Car il y a des tensions évidentes dans le parti au sujet de l\u2019idéologie, la plus évidente opposant Preston Manning et les éléments les plus radicaux de sa base.Tom Flanagan, l\u2019auteur de Waiting for the Wave, a quitté le parti parce qu\u2019il craignait que M.Manning essaie de le pousser trop vers le centre du spectre idéologique.Pour lui, les «instincts» économiques de M.Manning étaient fondamentalement centristes, contrairement à ceux de Ronald Reagan ou de Margaret Thatcher.Et il est vrai que M.Manning a fait bien des ajustements sur certaines questions économiques centrales, comme la TPS et les plans du parti pour éliminer le déficit fédéral.Malgré tout, les positions de M.Manning en matières économiques demeurent bien à droite de celles que défendent la plupart des députés progressistes conservateurs, même si elles ne se conforment pas parfaitement à l\u2019orthodoxie de la libre entreprise que prônent, par exemple, le Fraser Institute au Canada ou Newt Gingrich aux États-Unis.Mais c\u2019est sur les questions sociales et culturelles que l\u2019opposition est la plus grande entre les Réformistes modérés (y compris M.Manning) et l\u2019aile radicale de droite du parti.Ces divisions se sont exprimées sur des questions comme le multiculturalisme, les droits autochtones, l\u2019avortement, le contrôle des armes à feu, et le projet de loi C-41 (déposé par le ministre de la Justice, Allan Rock, pour augmenter les pénalités dans les cas de crimes haineux, entre autres les crimes contre les homosexuels).Quelques-uns des commentaires faits sur ces questions par le noyau dur des députés de droite réformistes - Myron Thompson et Deborah Grey d\u2019Alberta, Mike Scott, Val Meredith et Sharon Hayes de Colombie Britannique - ressemblent beaucoup aux points de vue extrémistes exprimés par des éléments de la droite chrétienne aux États-Unis.M.Thompson, par exemple, a été acclamé lors d\u2019un rassemblement réformiste quand il a affirmé que s\u2019il ne haïssait pas les homosexuels, il haïssait cependant l\u2019homosexualité.Mike Scott, de son côté, voyait dans le plan d\u2019enregistrement des armes à feu, proposé par le ministre de la Justice, rien de moins que le premier pas vers une «dictature élue», po- sition tout à fait semblable à celle qui est défendue par les milices américaines d\u2019extrême-droite.Il y a un groupe de chrétiens évangéliques au sein du Parti réformiste; Sharon Hayes, une ancienne enseignante de la Bible, préside le comité du parti sur les va- Le Parti réformiste est une expression véritablement moderne du populisme de l\u2019Ouest canadien, dirigé par un individu pragmatique et quelque peu autocratique qui garde l\u2019oeil sur le gros lot: le pouvoir.leurs familiales et fait régulièrement front commun avec d\u2019autres députés ouvertement religieux (dont certains, comme Torn Wappel et Roseanne Skoke, appartiennent au Parti libéral au pouvoir) dans le but de protéger les valeurs familiales traditionnelles contre l\u2019empiétement de l\u2019État.De façon générale, toutefois, l\u2019influence de la droite chrétienne au sein du parti est limitée par deux facteurs.D\u2019abord, le pragmatisme de Preston Manning et son désir irrésistible de transformer le Parti réformis- te en une organisation centriste inclusive, ayant une chance réaliste de prendre le pouvoir, l\u2019ont amené à mettre son propre héritage évangélique au second plan et à se tenir à distance des éléments plus extrêmes du parti.De plus, l\u2019engagement formel du parti à permettre à ses députés de voter, sur les questions «morales», selon les souhaits de leurs électeurs peut être utilisé pour diluer l\u2019influence politique de la faction évangélique.Sur des questions comme l\u2019avortement, le contrôle des armes à feu ou le suicide médicalement assisté, les députés représentant des circonscriptions urbaines peuvent invoquer les voeux de leurs électeurs pour adopter des positions différentes de celles que défend l\u2019aile droite du parti.?En somme, le Parti réformiste est une expression véritablement moderne du populisme de l\u2019Ouest canadien, dirigé par un individu pragmatique et quelque peu autocratique qui garde l\u2019oeil sur le gros lot: le pouvoir.Avec pour conséquence que, dans l\u2019avenir immédiat du moins, l\u2019influence des éléments d\u2019extrême-droite dans le parti, y compris de sa faction évangélique, sera circonscrite.Mais on peut prédire avec certitude que les tensions entre Preston Manning et les Réformistes religieux vont régulièrement refaire surface, comme par le passé, rendant ainsi plus difficile pour le chef de réaliser son but primordial: faire du Parti réformiste un parti «présentable» aux yeux d\u2019une majorité des électeurs canadiens.¦ relations mai 1996 113 Tom Hanson/CANAPRESSE dossier LA MAREE MONTANTE DE LA DROITE par Anne Duvivier1 En France, les effets de la crise économique entraînent une telle insécurité que des personnages d\u2019extrême-droite apparaissent comme des figures rassurantes.Les partisans du Front national, de l\u2019Opus Dei ou d\u2019autres groupes intégristes occupent de plus en plus de terrain, sans qu\u2019on puisse leur résister.Phénomène nouveau, les succès électoraux remportés par l\u2019extrême-droite, qui affecte de jouer le jeu de la démocratie, lui permettent désormais en France (mais aussi en Belgique, en Autriche, en Italie) de participer directement à la gestion des affaires publiques, surtout dans les instances municipales et régionales.Phénomène nouveau aussi, la composition sociologique de son électorat connaît de notables changements, avec un enracinement inquiétant au coeur des classes populaires traditionnellement acquises à la gauche (et au parti communiste en particulier).Phénomène nouveau encore, des réseaux se constituent, se ramifient, se travestissent selon une stratégie qui ne laisse rien au hasard, pour mieux infiltrer toutes les strates de la société.Les plus visibles d\u2019entre eux, «skinheads» néonazis ou commandos intégristes anti-avortement, n\u2019hésitant pas à recourir à la violence.Face à cette dangereuse et inquiétante dérive, force est de constater que ni les partis démocrates ni l\u2019Église hiérarchique n\u2019ont trouvé pour l\u2019instant de réponse adaptée.Le Front national (FN), une stratégie payante Aux élections municipales de juin 1995, trois importantes villes du Sud de la France sont tombées dans l\u2019escarcelle du FN (principale composante de cette droite radicale), tandis que d\u2019autres communes comptent désormais des conseillers municipaux de la même obédience dans leurs rangs.Comme frappés de stupeur, les médias ont alors braqué tous les projecteurs sur l\u2019événement, - pour le plus grand bénéfice finalement de Jean-Marie Le Pen, chef charismatique du mouvement - puis, l\u2019été passé, ont trouvé d\u2019autres sujets d\u2019intérêt, laissant ces élus d\u2019un genre particulier entreprendre impunément de vérifier leurs théories dans ce qu\u2019ils appellent eux-mêmes leurs «laboratoires».Cette prise de pouvoir à l\u2019échelon local a été préparée de longue date.Contrairement aux partis traditionnels (droite et gauche confondues), essoufflés et ravagés par les querelles internes ou l\u2019usure du pouvoir, qui ne renouent avec une dynamique offensive que le temps d\u2019une campagne électorale, le FN ne relâche jamais l\u2019action militante.Chaque commune convoitée fait l\u2019objet d\u2019un minutieux quadrillage, et des milliers de tracts portant sur les questions aussi bien locales que nationales ou internationales sont diffusés sur les marchés, lieux de prédilection pour toucher un auditoire populaire, souvent mal informé ou peu cultivé, donc facile à convaincre.D\u2019autant que les nouveaux élus, choisis pour leur profil atypique soigneusement entretenu (l\u2019adhérent FN restant pour beaucoup aisément identifiable à son apparence, crâne rasé, tenue vestimentaire, etc.), affichent une apparence de courtoisie, de modération, bref une façade de respectabilité qui fait merveille.Cependant, chassez le naturel, il revient au galop.N\u2019est-ce pas le même Jean-Marie Le Pen qui intente un procès en diffamation à quiconque l\u2019accuse d\u2019être d\u2019extrême- droite, qui qualifie les chambres à gaz de «point de détail» de l\u2019histoire, ou qui écoute, hilare, son «ami» russe Vladimir Jirinovski «dont les idées ne lui paraissent pas spécialement extrémistes» déclarer: «Si la guerre éclate, nous enverrons des Tchétchènes au combat.La France enverra ses nègres.Jean-Marie sera à Paris en train de siroter du vin blanc et moi, à Moscou, en train de boire de la vodka.De temps en temps, nous nous téléphonerons pour faire le compte des Tchétchènes et des nègres tués de part et d\u2019autre2 3 4 5 6».Autre arme efficace: une utilisation politique des associations (extrêmement nombreuses en France, et, depuis la Loi de 1901, très faciles à constituer), particulièrement dans le domaine caritatif.À chaque type de problème correspond donc, localement, une association qui ne dit évidemment pas son origine.Distributions de denrées alimentaires, de vêtements, mais aussi regroupement d\u2019écologistes, d\u2019anciens combattants ou même de femmes.Simplement, cette assistance s\u2019adresse aux Français de souche à qui on prodigue aussi la bonne parole.Ainsi, à Toulon, une des trois villes du Sud conquises par le FN, l\u2019une des conseillères municipales estime-t-elle: «L\u2019épanouissement des femmes n\u2019est pas à chercher dans une pseudo- 1.\tAnne Duvivier est rédactrice en chef adjointe à l\u2019hebdomadaire français Témoignage chrétien.2.\tLe Canard enchaîné, 14 février 1996.p.8.3.\tVirginie Martin, Toulon la noire, le Front national au pouvoir, Denoël, Paris, 1996, p.177.4.\tÀ Toulon, «la Fraternité française est financée par la Banque alimentaire, via le Parlement européen: «Ça nous a coûté zéro franc, cet organisme est considéré d\u2019utilité publique».Cité par Virginie Martin, op.cit.p.95.5.\tFrançois Normand, «Garde blanche du Vatican, la troublante ascension de l\u2019Opus Dei», Le Monde diplomatique, no.498, septembre 1995, pp.1,22, 23.6.\tLe Canard enchaîné, 5 juillet 1995.114 relations mai 1996 émancipation, mais dans la possibilité d\u2019accomplir leur destin biologique dans la transmission de la vie, et leur destin social dans l\u2019éducation de leurs enfants3».Les associations contre le chômage sont les plus florissantes, d\u2019autant que leur financement bénéficie d\u2019étranges facilités4.Il s\u2019agit de «caser», chez des sympathisants ou militants FN, des demandeurs d\u2019emploi français que la gratitude - endoctrinement aidant - doit en toute logique pousser à l\u2019engagement.Au centre de tout cela, un slogan, toujours le même, «préférence nationale», anti-constitutionnel, bien sûr, mais connaissant une popularité tellement croissante que les édiles FN se disent prêts à affronter les tribunaux pour défendre cette option, certains de recueillir le soutien massif de leurs administrés.Car, si le FN a été longtemps le refuge des couches moyennes (artisans, commerçants, agriculteurs), il gagne maintenant les ouvriers, c\u2019est-à-dire ceux qui ressentent le plus durement les effets de la crise: chômage ou précarité de l\u2019emploi, exclusion des nouvelles technologies, relégation dans des banlieues déshéritées et en proie à l\u2019insécurité, menaces sur le système de protection sociale, perte d\u2019audience des syndicats et, plus généralement, éclatement des structures sociales mises en place après la Seconde Guerre mondiale, au profit de la transnationalisation de l\u2019économie; tout cela met à mal notre idéal républicain d\u2019« égalité » et de «fraternité», d\u2019autant que quatorze ans de gestion socialiste n\u2019ont pas réussi à enrayer la courbe du chômage, sur laquelle chacun a les yeux rivés, et qui frappe indistinctement tous les secteurs d\u2019activité.Dans tous les cas, le bouc émissaire est clairement désigné: l\u2019immigré (non européen), coupable de tous les maux.De nombreux «incidents», allant jusqu\u2019à plusieurs meurtres de jeunes maghrébins, ont émaillé ces derniers mois les manifestations du FN ou ses campagnes électorales.Le syndicat de policiers FN nouvellement créé ayant réalisé un score remarquable, aux dernières élections professionnelles, le prochain objectif clairement affirmé du FN est maintenant de conquérir les lycées et les facultés.Car, outre le discours sur la perte d\u2019identité nationale, décliné sur tous les tons, le FN se plaît à porter la polémique sur le terrain de la morale, invoquant à tout instant quelque fantasmatique décadence des moeurs.; et l\u2019on voit ses thèses trouver d\u2019étranges échos chez des catholiques intégristes de plus en plus actifs et de mieux en mieux organisés.L\u2019incontournable Opus Dei.Difficile de parler des réseaux intégristes dans la perspective de leurs relations avec l\u2019extrême-droite, leurs membres avançant généralement à visage couvert.Ce qui suscite d\u2019ailleurs, s\u2019il faut en croire une rumeur tenace, une belle pagaille au sein du Front national, où païens et chrétiens se disputeraient âprement l\u2019hégémonie sur le parti.Parmi les organisations intégristes les plus en vue, l\u2019Opus Dei occupe une place de choix.«Si l\u2019intégrisme musulman fait la une des journaux, les activités de la droite chrétienne s\u2019effectuent souvent dans l\u2019ombre, comme en témoigne la troublante ascension de l\u2019Opus Dei.Milice religieuse au comportement de secte, héritière d\u2019un anticommunisme militant, puissance à la fois économique et politique, l\u2019Oeuvre exerce une influence multiforme sur l\u2019Église, mais aussi sur les pouvoirs temporels, qu\u2019elle cherche à infiltrer.On retrouve ses proches jusque dans le gouvernement de M.Alain Juppé».Inquiétant constat dressé par le très austère et très officiel Monde diplomatique, après les révélations du Canard enchaîné (publication satirique mais remarquablement informée) qui étalait une liste nominative impressionnante des ministres, secrétaires d\u2019État et députés entretenant des liens plus ou moins étroits avec des associations anti-avortement, comme Lais-sez-les vivre ou La trêve de Dieu, où ils côtoient d\u2019importantes figures du Front national.Le Président Chirac lui-même apparaît au comité d\u2019honneur de l\u2019Association des amis du professeur Lejeune, mort en 1994, virulent croisé de la lutte anti-avortement, et dont le gendre, Hervé Gaymard, est à la $ fois l\u2019animateur d\u2019une Fondation Jérôme £ Lejeune, et a charge du portefeuille de la z Santé dans l\u2019actuel gouvernement6.Son P nom revenant avec insistance lorsqu\u2019on | évoque les «opusiens», l\u2019intéressé a fina-| lement démenti cette appartenance, sans ^ convaincre cependant.«Qu\u2019il soit impossi-£¦ ble de vérifier n\u2019est guère surprenant: le mouvement cultive le secret depuis ses origines», note le Monde diplomatique, qui rappelle les grandes orientations de Jean-Marie Le Pen, président du Front national.Sous une apparence de courtoisie, de modération, de respectabilité, son parti d\u2019extrême-droite représente un réel danger pour la démocratie.relations mai 1996 115 dossier l\u2019Oeuvre, fondée à Madrid en 1928 par un jeune prêtre franquiste convaincu, José Maria Escriva de Baiaguer, béatifié en 1992 (seulement dix-sept ans après sa mort) par Jean-Paul II7.Ce dernier, contrairement à ses prédécesseurs, a accordé à l\u2019Oeuvre un statut extrêmement privilégié de «pré-lature personnelle», lui conférant les attributs d\u2019un véritable diocèse sans limination territoriale, et la soustrayant de fait à l\u2019autorité des évêques diocésains, bien que théoriquement ses membres laïcs dépendent toujours juridiquement de leur évêque.Évoquant la commission d\u2019enquête parlementaire sur les sectes à laquelle il appartient, le député Jean-Pierre Brard constate à propos de l\u2019Opus Dei: «(.) le seul hiatus par rapport à la définition de la secte - si bien que dans le cadre d\u2019une législation prudente comme je la propose, cela Prête-noms, sociétés écran, scandales financiers, «la sainte mafia» qui jongle avec des millions de dollars s\u2019emploie désormais à infiltrer les organisations internationales comme les Nations unies, l\u2019Unesco, ou l\u2019OCDE.lui permettrait certainement de rester en dehors du champ d\u2019application - c\u2019est ce qui la met, si j\u2019ose dire, à couvert8».Prête-noms, sociétés écran, scandales financiers, «la sainte mafia» qui jongle avec des millions de dollars s\u2019emploie désormais à infiltrer les organisations internationales comme les Nations unies, l\u2019Unesco, ou l\u2019OCDE.«Le Parlement européen à Strasbourg et la Commission à Bruxelles sont ses lieux de prédilection, et le nouveau président de la Commission, M.Jacques Santer, un ami9».Elle édite, sans le label Opus Dei et avec une subvention de la Commission de Bruxelles, une publication hebdomadaire, Europe Today, en français, anglais et espagnol, envoyée depuis Bruxelles dans le tiers monde et qui reprend les thèses les plus réactionnaires de la droite catholique.En France, on cite des personnalités du monde politique aussi bien que des affaires qui donnent des conférences au Centre Gamelle, à Paris, ainsi que dans la trentai- ne de centres et d\u2019associations affiliés, disséminés sur le territoire.Des langues se délient pourtant.D\u2019anciens membres de l\u2019Opus ou des familles dénoncent ses pratiques «sectaires».Chaque témoignage publié suscite en réaction un «droit de réponse» courtois et ferme, et la Conférence épiscopale française reste bien silencieuse.Et les autres.On peut faire remonter l\u2019introduction du concept d\u2019«intégrisme catholique» en France, à la publication de l\u2019encyclique Rerum Novarum, en 1891.Schématiquement, on peut dire qu\u2019il y a alors affrontement entre ceux qui acceptent la société nouvelle, issue de la Révolution et des Droits de l\u2019Homme, et ceux qui refusent en bloc la modernité et la liberté de conscience, la séparation de l\u2019Église et de l\u2019État.Cette appellation recouvre en fait aujourd\u2019hui des réalités plus diverses: nostalgiques du régime de Vichy, opposants au Concile de Vatican II et tenants du latin à la messe, qui s\u2019autodésignent «traditionalistes», partisans de l\u2019évêque schismatique Mgr Lefebvre (1905-1990), excommunié en 1988; monarchistes même.En ce sens, on l\u2019aura compris, la politique de Jean-Paul II n\u2019arrange rien, et les festivités prévues pour la commémoration prochaine du baptême de Clovis (assimilé hâtivement par le Vatican au baptême de la France, ce que nuancent, pour le moins, nombre d\u2019historiens) ajoutent encore à cette ambiguïté10.Ainsi, Jean-Marie Le Chevallier, maire FN de Toulon, ne craint-il pas d\u2019affirmer que cet anniversaire consacrera «quinze siècles de préférence nationale* 11 » tandis que Bernard Antony, du journal Présent (publication catholique intégriste particulièrement virulente) et membre du bureau politique du FN, affirme: «la substance spirituelle intellectuelle et morale, mais aussi biologique de notre pays s\u2019en va.La France est diminuée, envahie, occupée, avilie» et seule une «résistance nationale et chrétienne» peut la sauver12! Fonctionnant comme des sociétés secrètes, ces groupements disposent donc d\u2019un encadrement, souvent de type paramilitaire, d\u2019un patrimoine immobilier conséquent (opulentes abbayes), de réseaux financiers, de moyens de communication et de relais puissants.et alternent l\u2019action souterraine et la visibilité à outrance, comme ces commandos de plus en plus nombreux qui s\u2019enchaînent aux tables d\u2019opération dans les hôpitaux pratiquant l\u2019avortement.En guise de conclusion provisoire.Aucune des tentatives de résistance à cette marée montante n\u2019a vraiment fait ses preuves, d\u2019autant que le front anti-fasciste est profondément divisé.Le rappel de l\u2019histoire, qui souligne la filiation entre les thèses de Le Pen et les pires heures de l\u2019occupation nazie, ne soulève que peu d\u2019échos chez une population qui voit dans les notables du FN des figures rassurantes.L\u2019exaltation de l\u2019antiracisme et de la solidarité ne soulève pas non plus d\u2019enthousiasme chez des individus aigris par le chômage et marginalisés.Le boycott des villes tombées aux mains du FN, en prenant le risque d\u2019en culpabiliser les habitants, peut les conduire à se ra-dicaliser plus encore.Alors?Alors, un espoir pourrait venir du prochain pontificat.Mais cette question dépasse largement les limites hexagonales.En revanche, la gauche française (partis, associations, individus) porte une responsabilité terrible.Ou elle est capable de se restructurer en profondeur, d\u2019inventer de nouvelles solidarités et de proposer aux citoyens un projet alternatif crédible, centré sur la personne et non sur la seule quête du pouvoir, ou l\u2019ascension de l\u2019extrême-droite continuera inexorablement.¦ 7.\t«Le jeune Escriva de Baiaguer vécut la guerre civile en Espagne comme une lutte entre catholiques et communistes, en qui il voyait l\u2019incarnation du mal.Sa vision du monde en fut déformée, et tout comme Pie XII, il minimisa l\u2019horreur du nazisme et même la gravité de l\u2019holocauste, y voyant un rempart providentiel contre le communisme».Le Monde diplomatique, art.cit., p.22.8.\t«Légiférer à froid», Témoignage Chrétien, no.2689, 26 janvier 1996, p.8.9.\tLe Monde diplomatique, art.cit, p.23.10.\tOn sait aussi que Jean-Paul II a prévu, lors de sa venue en France, de se rendre en Vendée, terre de contre-révolution par excellence.11.\t«Le Front national, la tache d\u2019huile,» Enquête par Béatrice Houchard», La vie, no.2636, 7 mars 1996, p.22.12.\tCité par Christian Digne, in « Front national, l\u2019offensive qui inquiète», Futurs, no.86, 22 février 1996, p.1.116 relations mai 1996 Le statut de Jérusalem est un défi majeur dans les négociations israélo-palestiniennes.Dans le numéro de février 1996 de Solidarité, publication du Centre international de solidarité ouvrière (CISO), la question est abordée sous le titre: Paix et justice pour Jérusalem.Ce dossier sur Jérusalem, réalisé par Chantal Mantha, mis en pages par Louise Gravel, précise les enjeux, dresse un historique, analyse la situation aujourd\u2019hui, nomme les atteintes aux Conventions et au droit international.Le dossier débouche sur des solutions qui pourraient permettre de partager, sans diviser, un patrimoine commun.Idéalement, libérer Jérusalem signifie assurer le libre accès à la ville et aux lieux saints pour tous, garantir la tolérance religieuse, la liberté de culte et la coexistence, et faire de Jérusalem la capitale de la Paix, une ville-symbole de la paix.Les évêques catholiques du Nouveau-Brunswick adressaient, en janvier dernier, un message clair aux membres du gouvernement du Canada, à savoir que l\u2019actuelle réforme de l\u2019assurance-chômage était bien mal engagée.C\u2019est ce qui se dégage des importantes manifestations qui se sont déroulées au Nouveau-Brunswick.Ce sont des cris de détresse qu\u2019il faut écouter attentivement et qui appellent une réponse appropriée, à trouver avec les gens concernés, disent les évêques.Le problème du chômage rend plus évidente que jamais la nécessité d\u2019un changement social.Avant tout, ce sont des emplois qui sont réclamés.En rappelant l\u2019importance du travail pour le développement des individus et de la société, les évêques attirent l\u2019attention des gouvernants sur la situation particulière des travailleuses et des travailleurs saisonniers ou occasionnels, notamment dans les domaines des pêches, de la forêt, de la construction et du tourisme.Trois fois par année, le Réseau oecuménique des femmes du Québec (ROF/WEN) publie Le trait d\u2019union, un bulletin destiné à faire connaître les visions, les actions et les luttes des femmes ainsi que leurs préoccupations d\u2019unir justice et foi.Cette publication se veut, pour ce collectif de femmes chrétiennes et féministes, un outil privilégié pour ouvrir un chemin de dialogue et de solidarité avec les femmes de différentes appartenances religieuses qui vivent au Québec.Pour des informations sur le Réseau ou pour un abonnement au bulletin, vous pouvez contacter Céline Dubé, au (514) 387-2541.La situation de la santé en Haïti demeure l\u2019une des plus critiques du continent américain.C\u2019est ce qui ressort d\u2019une enquête-sondage réalisée par l\u2019Institut haïtien de l\u2019enfance (IHE), qui désire intensifier les mesures visant à contrer les trois principales causes de décès de très jeunes enfants: la diarrhée (37%), la sous-nutrition (32%), qui mène aussi à des retards de croissance, et les infections respiratoires aiguës (25%).En matière de santé, il y a des défis urgents à relever.Sur 1000 enfants vivants à la naissance, 131 décèdent avant d\u2019atteindre leur cinquième anniversaire.Cette enquête, menée sur le terrain auprès de 4818 ménages, de 5356 femmes âgées de 15 à 49 ans et de 1610 hommes âgés de 15 à 59 ans, précise qu\u2019on devra faire campagne pour accroître la proportion d\u2019enfants vaccinés, intensifier l\u2019éducation dans les domaines de la santé, de la sexualité et de la «parenté responsable».Le Vlème Congrès de l\u2019Association internationale pour la recherche interculturelle (ARIC) se tiendra à l\u2019Université du Québec à Montréal, du 21 au 25 mai 1996, et la Chaire Concordia-UQAM en études ethniques en sera l\u2019hôte.Le titre donné à ce congrès précise les multiples réalités enjeu: Dynamique(s) interculturelle(s): Diversité des espaces, spécificité des pratiques.Nous pouvons rappeler ici que T ARIC est une association internationale pluridisciplinaire rassemblant théoriciens et praticiens des pays du Nord et du Sud; ces derniers se consacrent à l\u2019analyse et la compréhension de l\u2019ensemble des phénomènes liés aux contacts et interactions entre groupes socioculturels historiquement différenciés et à l\u2019intervention en milieu pluriethnique.Pour de plus amples informations, tél.: (514) 987-6689.À l\u2019occasion de la journée des femmes, le 8 mars 1996, le Centre des femmes de Montréal lançait la publication du document intitulé «Les outils de sélection en emploi et les femmes immigrantes».Cet ouvrage s\u2019adresse à tous les employeurs et vise à débusquer les préjugés et les différences culturelles qui aboutissent à la discrimination dans l\u2019emploi.Cette discrimination réfère donc à l\u2019existence de « ghettos d\u2019emplois» partout dans le monde du travail, ghettos formés notamment par l\u2019héritage culturel.Cet ouvrage peut être un outil précieux pour les personnes qui luttent pour l\u2019équité en emploi.Pour informations, contacter le (514) 842-1066 ou le relations mai 1996 117 À tour de rôle, les membres du comité de rédaction de Relations écrivent au personnage de leur choix sur la mise en crise de PÉtat-providence.#4 Cher Monsieur Landry M.Bernard Landry Assemblée nationale Gouvernement du Québec Cher Monsieur, Les événements récents nous rappellent la très grande diversité idéologique qui existe au sein du mouvement souverainiste.Lors du dernier Conseil national du Parti québécois, vos propos ont de nouveau démontré votre option pour une souveraineté néo-libérale.Quant à moi, je soutiens que souveraineté et néo-libéralisme ne peuvent faire bon ménage, non seulement à cause des failles morales du néo-libéralisme, mais surtout à cause d\u2019une incompatibilité fondamentale.Nous parlons souvent de la crise de l\u2019Etat-providence comme d\u2019une crise de la solidarité sociale, de la compassion et de «Vassistancialisme».Et nous débattons souvent de la dimension fiscale de cette crise.D\u2019aucuns prétendent que nous vivons au-dessus de nos moyens; d\u2019autres, qu\u2019une élite accapare plus que sa juste part de notre richesse collective.Mais nous ne nous arrêtons pas suffisamment sur le fait que la crise de VEtat-providence est aussi une crise de l\u2019Etat.Nous vivons à l\u2019époque de l\u2019effritement de l\u2019Etat-nation.L\u2019Etat, comme expression démocratique de la volonté collective d\u2019un peuple, subit une désagrégation progressive.Dans un article paru dans le Monde diplomatique, que je n\u2019arrive plus a retracer, j\u2019ai trouvé une image forte de cet effritement de VEtat-nation.Alors que nos parlements siègent quelques centaines d\u2019heures par année, les marchés financiers fonctionnent vingt-quatre heures par jour, 365 jours par année ! Les processus démocratiques d\u2019un gouvernement sont lents.Ils exigent consultation et débat, discussion et compromis.Or, à l\u2019instant même où un gouvernement dépose son budget ou annonce une politique, les marchés financiers réagissent selon leur propre logique et sans égard pour le bien commun, le bien-être collectif ou les besoins fondamentaux de la population.Si un gouvernement s\u2019écarte du bon chemin, le marché le punit, baisse sa cote de crédit ou attaque la valeur de sa monnaie.De même, si un Etat se conforme sagement aux conseils de savants économistes, le marché va le récompenser.Une telle situation ne rend-elle pas vaine toute notion de démocratie?De même, que veulent dire «partenariat», «concertation» ou «consensus social», quand le marché, juge et partie, s\u2019érige en arbitre final à qui seul revient le droit d\u2019évaluer la performance des Etats?Je suis une lectrice insatiable.Parmi celles de mes lectures bigarrées qui parfois m\u2019effraient, il y a cet article du financier japonais Kenichi Ohmae (Foreign Affairs, Spring 1993, p.78-87).M.Ohmae fait partie de ces gens qui se méfient de l\u2019Etat, de son aspiration à améliorer les conditions de vie de l\u2019ensemble des citoyens, de sa tentation de modeler l\u2019économie équitablement pour sa population.Sa thèse est relativement simple.Dans un monde sans frontières, V Etat-nation, parce qu\u2019il ne représente aucune communauté authentique d\u2019intérêts, est une unité artificielle; elle chambarde les alliances naturelles qui, par la concertation des intérêts communs, sont susceptibles de favoriser l\u2019effort économique.Il propose alors de remplacer les Etats-nations par des zones économiques, qu\u2019il surnomme les États-régions.Développés autour d\u2019une ville clé (par exemple, Singapour, Sao Paolo ou Seattle), sans égard aux frontières nationales, parfois transnationales ou infranationales, ces Etats-régions sont des créations de la main invisible du marché.La proximité géographique des infrastructures favorise un climat économique fébrile, axé sur Vefficacité, la flexibilité, la productivité et la consommation.Prospère, leur population, qui n\u2019est ni trop grande ni trop petite (de 5 ci 20 millions), se désintéresse des débats politiques inutiles pour se concentrer sur la poursuite de la richesse.Je ne sais pas si M.Ohmae peut pointer Montréal sur une carte du monde.Dans son article, il n\u2019en parle pas.Sur no- Alors que nos parlements siègent quelques centaines d\u2019heures par année, les marchés financiers fonctionnent vingt-quatre heures par jour, 365 jours par année! tre question nationale, une seule remarque: dans le nouveau contexte national, il s\u2019agit d\u2019un faux problème.L\u2019avenir des grands centres canadiens (il parle de Vancouver et de Toronto) réside dans leur intégration dans les différents Etats-régions américains.D\u2019ailleurs, demande-t-il, a quoi sert le français quand c\u2019est vers l\u2019Asie qu \u2019ilfaut se tourner?Alors, que deviendra Montréal?Une banlieue de Plattsburg?Et même si elle devenait une ville périphérique rayonnant au sein d\u2019un Etat-région bostonnais, quelle dynamique économique représentera-t-elle pour l\u2019ensemble du Québec?Japonais, M.Ohmae ne serait peut-être pas effrayé de voir la population québécoise se concentrer sur l\u2019île de Montréal, y créant une densité semblable à celle de Tokyo.Mais quant a 118 relations mai 1996 gouvernement qui prône la souveraineté nationale, vous êtes appelé a élaborer des orientations gouvernementales qui favorisent ce virage.Le virage que j\u2019évoque rend possible certains choix.Ainsi, par exemple, au nom de la fierté nationale, nous pourrions viser une plus grande nationalisation de la dette, afin d\u2019accroître notre marge de manoeuvre.Dans cette optique, l\u2019émission de bons du trésor spéciaux, un peu comme ceux que le gouvernement a vendus lors de la guerre, pourrait permettre à la population de participer à cet effort.Un peuple fier veut léguer à ses enfants non seulement des finances équilibrées, mais aussi une qualité de vie (un ami bi- Le saumon vous dirait qu\u2019il n\u2019y a aucun avenir pour ceux qui suivent le courant! bliothécaire me rappelle que Duplessis ne nous a pas laissé de dette, mais.pas beaucoup de bibliothèques non plus!).L\u2019accès universel ci l\u2019éducation, à la culture, aux loisirs, aux soins de santé, ci la sécurité sociale sont les fondements d\u2019une société qui se respecte.Sur le plan international, le Québec a aussi un rôle à jouer.Il faut puiser dans l\u2019ouverture de notre société sur le monde (savez-vous qu\u2019une moitié des missionnaires canadiens à l\u2019étranger sont des Québécois?).Il faut favoriser des concertations internationales qui permettent de limiter les pouvoirs des marchés financiers.Par exemple, pourquoi ne pas promouvoir la «taxe Tobin», qui pénaliserait les spéculations boursières afin de ralentir les déplacements abusifs des capitaux?De même, nous ne pouvons ignorer la nécessité d\u2019une charte internationale des droits sociaux.Notamment, il faut prévoir des normes minimales en matière d\u2019emploi: droit a la syndicalisation, à la négociation collective, salaire minimum pour assurer les besoins fondamentaux, standards universels de santé et sécurité.Peut-être me direz-vous que ce que je propose, c\u2019est de nager à contre-courant, une activité hasardeuse contre laquelle vos cours de la Croix-Rouge vous ont sans doute mis en garde.Maispermettez-moi de vous rappeler un autre contexte.Au CRIACQ, ci Québec, on invoque l\u2019exemple des poissons qui remontent le courant.Le saumon vous dirait qu \u2019il n\u2019y a aucun avenir pour ceux qui suivent le courant.Le document préparatoire du récent Sommet sur le devenir social et économique du Québec annonçait que «les sociétés sont toutes confrontées, un jour ou l\u2019autre, a des moments de vérité».En effet, nous arrivons à un moment où il faut choisir: nous laisser aller doucement avec le courant vers les eaux chaudes, pour mourir, ou entreprendre le voyage périlleux de remonter les multiples obstacles de la rivière jusqu 'aux eaux fraîches, où il fait bon vivre.C\u2019est ainsi d\u2019ailleurs que la vie continue.Carolyn Sharp moi, je ne suis pas le moindrement attirée par une telle perspective.Permettez-moi de préciser que je ne rêve pas de créer un petit village gaulois, ni de faire du Québec le paradis du Nord.Je comprends que des contraintes, dans la vie, ça existe (d\u2019ailleurs, si je ne comprenais pas la nécessité de vivre selon nos moyens, il y aurait des photos en couleurs dans Relations/).Mais je crois aussi h la capacité humaine de dépasser nos limites, de résoudre nos problèmes, d\u2019inventer des solutions inédites.Encore plus, je crois que le peuple québécois, qui a su préserver sa langue alors que les autres colonies européennes se fondaient dans l\u2019unilinguisme anglais, est capable de défier les tendances historiques que certains prétendent inévitables.Nous arrivons h la croisée des chemins.Si nous voulons éviter de disparaître au sein d\u2019une économie mondialisée, il va falloir cultiver consciemment notre fierté nationale comme ressource première pour imaginer et réaliser un projet de société autre.C\u2019est seulement de cette façon que nous pourrons survivre comme société capable défaire des choix.J\u2019admets qu \u2019un tel virage ne peut pas être réalisé par décret gouvernemental.Cependant, comme ministre des Finances d\u2019un relations mai 1996 119 hors-dossier TRAVAIL ET COHÉSION SOCIALE: UN MYTHE?par Michel Quevillon1 Le travail est-il la clé du bonheur sur terre, le garant d\u2019une paix sociale vitale?Ou ne serait-ce pas plutôt notre angoisse humaine devant les conflits qui nous a poussés à en faire une valeur objective de la cohésion sociale?En puisant dans l\u2019oeuvre de l\u2019écrivain Primo Levi, Si c\u2019est un homme, l\u2019auteur nous amène à revoir notre attachement au concept de travail comme lieu par excellence de la cohésion sociale.Primo Levi, en racontant, dans Si c\u2019est un homme2, son année passée au Lager d\u2019Auschwitz, en huis clos avec la mort, nous renvoie une image inquiétante de la vie en société.Dans l\u2019entrelacs des pages où il accompagne ses camarades d\u2019infortune à la mort, Primo Levi s\u2019arrête longuement aux détails de la vie quotidienne des camps: «Nous voudrions faire observer à quel point le Lager a été, aussi et à bien des égards, une gigantesque expérience biologique et sociale».C\u2019est à sa sortie des camps qu\u2019il comprend pourquoi sa mémoire conserva tout: «Vous aurez là ce qu\u2019il peut y avoir de plus rigoureux comme champ d\u2019expérimentation, pour déterminer ce qu\u2019il y a d\u2019inné et ce qu\u2019il y a d\u2019acquis dans le comportement de l\u2019homme confronté à la lutte pour la vie» (p.113 et 144).Pour ces raisons, le travail fut au centre de son observation pénétrante.Ce travail qui rend libre?Monowitz, près d\u2019Auschwitz, est un Arbeitslager, un camp de travail à l\u2019entrée duquel trône le slogan Arbeit Macht Frei, le travail rend libre.Le prisonnier pèse rapidement la charge de sordide que transportent ces mots, magnifiés par une idéologie totalitaire.Le travail ne le libérera pas; il comprend que s\u2019il manoeuvre bien dans ce cloaque, le travail lui permettra au mieux d\u2019atténuer ses souffrances et retardera le jour où il rejoindra ceux «qui meurent ou disparaissent sans laisser de trace dans la mémoire de personne».Dès lors, Levi consacre toutes ses énergies à survivre.Le travail s\u2019insère dans la règle de survie incontournable du Lager: chacun pour soi.Si un prisonnier ne peut la mettre en pratique, il n\u2019a d\u2019autre choix que de succomber pour mettre un terme à la souffrance; pour cela, «il suffit d\u2019exécuter tous les ordres qu\u2019on reçoit, de ne manger que sa ration et de res- pecter la discipline au travail et au camp» (p.117).Lévi apprend alors à profiter des petites magouilles que son affectation lui permet.Dans un entretien qu\u2019il eut plus tard avec Ferdinando Camon3 4, l\u2019écrivain raconte sa déception de ne pas avoir trouvé de solidarité chez les Juifs d\u2019Auschwitz.Si le travail est ce lieu privilégié de la solidarité, dans les camps de la mort, pourquoi les Juifs n\u2019ont-ils pas mis leurs énergies en commun pour survivre aux terribles exigences du travail?Évidemment, dans les conditions qui sévissaient dans le Lager, surtout au début lorsque les corvées étaient grossièrement inutiles - par exemple: creuser des tranchées et les combler ensuite -, le travail ne pouvait avoir de valeur.Mais s\u2019il permettait aux plus débrouillards de mieux survivre, pourquoi ceux-ci n\u2019aidaient-ils pas leurs frères incapables de réussir aussi bien qu\u2019eux?La reconnaissance de l\u2019autre, la cohésion du groupe ne pouvaient s\u2019accomplir dans la production du travail en tant que tel, mais s\u2019il avait été l\u2019«activité humaine» fondamentale pour laquelle on le prend généralement aujourd\u2019hui, il aurait dû nourrir un espoir collectif: survivre jusqu\u2019à une éventuelle libération.Ce fut tout le contraire.Il encouragea l\u2019atomisation de la communauté juive, l\u2019exploitation sans vergogne de son frère.Avec une grande sincérité, Primo Levi raconte comment il abusa de la naïveté et de la force d\u2019un camarade pour préserver ses forces lors d\u2019une corvée particulièrement éprouvante: «Je vais essayer de faire équipe avec Resnyk, qui m\u2019a l\u2019air d\u2019un bon travailleur; et puis comme il est grand, ce sera lui qui supportera la plus grande partie du poids.Mais je sais que je dois m\u2019attendre à ce que Resnyk me repousse avec dédain et se mette avec quelqu\u2019un de sa taille(.)» (p.85).À sa grande surprise, la ruse marche.Sa débrouillardise au travail, sa jeunesse et beaucoup de chance permirent au chimiste écrivain de sortir vivant de l\u2019enfer du Lager.Rien d\u2019autre.Surtout pas une solidarité de groupe forgée par le travail.Le témoignage de Levi met donc à l\u2019épreuve cette qualité d\u2019«activité humaine» fondamentale que nous prêtons volontiers au travail.Celui-ci ne servit jamais spontanément à conserver une dimension humaine aux rapports atrophiés dans l\u2019espace clos, en deçà des barbelés «où rien ne subsiste de notre mon- 1.\tL\u2019auteur est étudiant au doctorat en littérature comparée, à l\u2019Université de Montréal.2.\tPrimo Levi, Si c\u2019est un homme, Julliard, Paris, 1994.Dans la suite de notre texte, les pages indiquées entre parenthèses référeront à cet ouvrage.3.\tFerdinando Camon, Conversations avec Primo Levi, Gallimard, Paris, 1987, 75 pages.4.\tTodorov en parlant du travail: «Celui-ci apporte, de toute évidence, un surcroît de reconnaissance: on m\u2019estime dans la société parce que je suis bon spécialiste, mes collègues me respectent, les dis- relations mai 1996 120 hors-dossier f, ç iar m *1 j 1 Ceux qui réfléchissent sur le rapport entre le travail et le lien social posent avec acuité le caractère utopique du plein emploi et la nécessité de trouver des moyens qui permettront à l\u2019individu de se réaliser en s\u2019impliquant par d\u2019autres façons dans la société.* O O \\\u2014 CD de moral» (p.112).Ce livre nous force à revoir notre attachement au concept de travail comme lieu par excellence de la cohésion sociale.Le mythe du travail et de la cohésion sociale Aujourd\u2019hui, le travail se trouve au coeur de nos préoccupations individuelles et collectives, d\u2019autant plus qu\u2019il devient rare.Mais la crise du travail ne serait que le symptôme visible d\u2019une autre crise, larvée et menaçante: l\u2019effritement de la cohésion, du ciment social, dont le travail, malgré ses déboires actuels, reste l\u2019un des principaux régulateurs.Médiateur qui donne accès à la reconnaissance d\u2019autrui, selon Todorov, le travail est créateur du lien social* * * 4.Fonction primordiale qui subsume celle d\u2019assurer à l\u2019individu sa subsistance en acquérant, selon ses capacités et sa contribution, sa juste part des richesses collectives.ciples affluent, du reste je suis bien payé pour cela, or l\u2019argent me permet d\u2019accéder à d\u2019autres gratifications encore».Notons au pas- sage que le travail est ramené à l\u2019exclusive production d\u2019un bien ou d\u2019un service.(Tzvetan Todorov, La vie commune.Essai d\u2019anthro- pologie générale.Paris, Le Seuil, 1995, p.161.5.Dominique Méda, «La fin de la valeur travail», Esprit, no 9, sept.1995, p.80.Méda se demande si le travail ne serait pas «plutôt une catégorie profondément historique construite, dont les attributs n\u2019ont été ajoutés qu\u2019au fil des siècles et regroupés tardivement dans une unique notion» (p.80).Force est d\u2019admettre que cette vision du travail rassure.Même dans notre société, dite postmoderne, où les institutions sont remises en cause, celle du travail tient bon.Et si elle résiste encore, c\u2019est que, dans les plis de notre inconscient collectif, s\u2019agite l\u2019utopie de la société hédoniste.Malgré nos difficultés actuelles, nous pensons qu\u2019une politique du plein emploi dissipera la morosité ambiante et nous relancera à «la poursuite de l\u2019abondance», projet rassembleur que chacun endosse.Nous sommes convaincus qu\u2019il est «une catégorie anthropologique, un invariant de la nature humaine, l\u2019activité humaine par excellence5».Si l\u2019homme a toujours travaillé pour améliorer ses conditions d\u2019existence, cette réalité permet-elle d\u2019affirmer que le monde s\u2019est humanisé et civilisé grâce au travail?Dominique Méda montre que cette représentation généralisée du travail prend en vérité sa source au XVIIle siècle.Les théoriciens de l\u2019économie politique sont, en effet, les premiers à considérer le travail comme le «moyen d\u2019accroître la richesse et comme facteur d\u2019émancipation de l\u2019individu».Mais c\u2019est au siècle suivant que le travail acquiert ses lettres de noblesse.Ou disons le succinctement: c\u2019est au XIXe siècle que naît une idéologie du travail.L\u2019étude attentive de la genèse de cette idéologie éclaire sur le rôle étonnant que la pensée de Marx joua dans son élaboration.Le philosophe, préoccupé, comme d\u2019autres, par les conditions de travail inhumaines dans la société industrielle, pensait qu\u2019en libérant le travail des chaînes du capitalisme, un «ordre social» basé sur la participation volontaire des individus à une «oeuvre collective» se mettrait en place.Méda écrit qu\u2019avec l\u2019avènement de cette théorie du travail, «on peut sans doute soutenir que sur la sphère de la production se sont fixées soudaine- relations mai 1996 121 ment toutes les attentes et toutes les énergies utopiques: d\u2019elle viendra non seulement l\u2019amélioration des conditions de vie matérielles mais aussi la pleine réalisation de soi et de la société6».En considérant le travail, dans sa dimension la plus matérialiste, la production de biens, en tant que force dialectique, Marx annonce la pleine réalisation de l\u2019Homme avec la fin de l\u2019Histoire.Dès lors, cette conception du travail, entendu comme activité fondamentale, sera marquante non seulement dans la pensée socialiste, mais aussi chez les libéraux qui récupéreront à leur compte cette idée que le travail conduit à la réalisation d\u2019une société d\u2019abondance, donc réalisée dans sa plénitude.Mais leur paradigme reste essentiellement celui décrit ici.L\u2019histoire politique du XXe siècle confirme que le travail consolida sa position de «rapport social central».Ce rappel historique devrait nous alerter quant à l\u2019incapacité du travail à remplir seul ce rôle essentiel de garant de la cohésion sociale; à une époque où une croyance collective des plus tenaces se transforme rapidement en utopie inaccessible: la politique du plein emploi.Le travail dans l\u2019essor de la société Il nous apparaît important de «revoir la place du travail comme institution centrale de notre société et lieu privilégié de la socialisation des individus7».Et il semble inévitable qu\u2019en lançant le débat, l\u2019angoissante question soit posée: le travail est-il vraiment ce lieu privilégié de socialisation de l\u2019individu?Les différents intervenants qui réfléchissent sur le rapport entre le travail et le lien social posent avec acuité le caractère utopique du plein emploi et la nécessité de trouver des moyens qui permettront à l\u2019individu de se réaliser en s\u2019impliquant par d\u2019autres façons dans la société.Le consensus autour du partage du «temps de travail» et de la richesse rassemble de plus en plus les syndicats, les mouvements sociaux et les groupes populaires.Ces intervenants réfléchissent, depuis une décennie, sur les moyens mis en oeuvre pour y parvenir, y discernant le moyen de «libérer» l\u2019individu qui pourra alors explorer d\u2019autres voies de réalisation de soi et de participation à l\u2019«essor» de la société.Mais sans la distinction entre emploi et travail, la réflexion n\u2019est-elle pas vouée à l\u2019échec?D\u2019une part, les leaders syndicaux préconisent le partage du travail.Mais la «base», elle?Le travailleur est-il prêt à partager ce temps de travail, qui lui garantit un pouvoir d\u2019achat, au nom d\u2019une solidarité sociale qu\u2019il discerne mal en cette ère du «chacun pour soi»?Le dossier alarmant du travail supplémentaire parle de lui-même.L\u2019employeur qui encourage cette pratique trouve preneur.D\u2019autre part, qu\u2019espèrent trouver les démunis en réintégrant - ou en intégrant - le marché du travail?Un sentiment de solidarité?Ou.un pouvoir d\u2019achat?La reconnaissance de l\u2019autre, que nous croyions mériter par notre travail, ne s\u2019achè-terait-t-elle pas, plutôt, avec des dollars, en cette folle époque de consommation?Ce n\u2019est pas le moyen, mais son produit qui procure l\u2019estime de soi et des autres, croit-on, aujourd\u2019hui8.Happés dans cette spirale, l\u2019assisté social et le chômeur ne peuvent se préoccuper, en obtenant un emploi, de savoir s\u2019ils prendront la place d\u2019un autre qui viendra le remplacer dans la file d\u2019attente au guichet du Ministère où l\u2019on distribue les chèques.L\u2019État lui-même semble s\u2019être retiré de la question.Ce qui fait dire à certains qu\u2019un autre acteur social manque cruellement à l\u2019ap- pel et semble en panne d\u2019imagination: l\u2019État9.Ouant au travailleur, il n\u2019est pas disposé à voir son revenu amputé.Ne se justifie-t-il pas sur la litanie néo-libérale qui réduit la socialité à un darwinisme primaire: il y a du travail, c\u2019est aux plus vaillants d\u2019entre nous de faire leur place au soleil?Primo Levi nous a montré que si ténue que fut la solidarité dans les camps maudits, elle ne passait pas par le travail.La raréfaction des emplois nous pousse chaque jour un peu plus vers un espace social qui impose un individualisme diviseur.S\u2019il fut un temps, utile à notre société, où croire que le travail possédait la vertu lénifiante de créer la cohésion sociale, force est d\u2019admettre qu\u2019aujourd\u2019hui la révolution technologique défait son oeuvre.Bien des groupes communautaires et des forces sociales tentent de tisser, avec leurs moyens souvent limités, un lien social S\u2019il fut, un temps, utile à notre société, où croire que le travail possédait la vertu lénifiante de créer la cohésion sociale, force est d\u2019admettre qu\u2019aujourd\u2019hui la révolution technologique défait son oeuvre.qu\u2019ils savent vital.Le sens du travail aujourd\u2019hui passe par une critique «qui se situe plus dans le champ de la culture, des valeurs, (et qui) est une remise en cause du travail comme tel, dans sa forme salariée, comme lieu d\u2019insertion sociale et de réalisation humaine10».C\u2019est une voie à suivre, pour espérer que les travailleurs libérés puissent «s\u2019adonner à des activités autonomes de production pour soi et pour les autres».C\u2019est dire que notre monde peut être vivable et que le travail n\u2019est qu\u2019un des moyens pour participer à la vie sociale.Cela laisse entendre aussi que la cohésion sociale s\u2019articule dans un espace public accessible au plus grand nombre de citoyens possible.Mais ces nouvelles formes de socialité resteront du domaine de l\u2019utopie jusqu\u2019à ce que nous changions les «normes sociales de la pensée et du langage» (Élias).Sinon nos efforts équivaudront à ceux du baron de Münchhaussen qui tentait de se tirer d\u2019un marécage en tirant sur sa tresse! Comment se sortir de notre bourbier?Méditer sur le rapport complexe entre le travail et l\u2019éducation?.¦ 6.\tIbid., p.82.7.\tGuy Paiement, in Relations, mai 1993, p.105.8.\tUrsula Franklin explique comment la révolution industrielle du XIXe siècle contribua à l\u2019effritement du tissu social.« En 1840, les promoteurs de la technologie^.) ne semblent pas avoir compris qu\u2019une production massive, obtenue avec un minimum de travailleurs, nécessitaient un grand nombre d\u2019acheteurs.Mais depuis, la technologie et ses promoteurs ont dû créer l\u2019institution du consommateur pour résoudre le problème de plus en plus épineux de l\u2019automatisation».Elle cite dans la page suivante Lewis Mumford qui résume l\u2019impact de ce fait social en ces quelques lignes: «La gloutonnerie, l\u2019envie et la luxure devinrent des constants aiguillons pour l\u2019industrie».(Ursula Franklin, Le nouvel ordre technologique, Bellar-min, Montréal, 1995, pp 82, 83.) 9.\tVoir Jacques Boucher, in Relations, mai 1993, p.109).10.\tJacques Boucher, op.cit., p.108.relations mai 1996 122 lectures du mois avec André Beauchamp, Dominique Boisvert, Marie-Paule Malouin et Carolyn Sharp ENJEUX ET DYNAMIQUES D\u2019UN CONCLAVE Giancarlo Zizola, Le successeur, Paris, Desclée de Brouwer, 1995; 364 p.Je ne spécule pas sur la mort des vieillards».Voilà ma réponse habituelle aux journalistes qui s\u2019informent de mes prédictions quant au successeur de Jean-Paul II.En effet, je m\u2019intéresse peu à ce jeu de devinette auquel se livrent des médias depuis quelque temps.D\u2019une part, connaissant la complexité de l\u2019Église et les errances imprévisibles de son histoire, je doute fortement que ces commérages médiatiques réussissent.Après tout, qui aurait cru que l\u2019élection d\u2019Angelo Roncalli aurait abouti à la convocation d\u2019un Concile susceptible de bouleverser profondément l\u2019Église?D\u2019autre part, je ne crois plus à la thèse selon laquelle un nouveau pape pourrait résoudre toutes les difficultés auxquelles est confrontée l\u2019Église.Naguère, devant des blocages postconciliaires, certains parmi nous ont attendu avec espoir un successeur de Paul VI, plus jeune et plus dynamique.Nous avons fini par donner raison à ceux qui ont prédit que nous le regretterions.C\u2019est donc avec une certaine réticence que j\u2019ai lu Le successeur, du journaliste ita- lien Giancarlo Zizola.En vérité, je n\u2019ai accepté d\u2019ouvrir ces pages qu\u2019à la suite d\u2019une conversation avec une amie théologienne, qui me l\u2019a chaleureusement conseillé.Or, à ma plus grande surprise, il s\u2019agit d\u2019un merveilleux livre.Informatif et intelligent, il trace un portrait des enjeux et des dynamiques qui habitent l\u2019Église et qui, éventuellement, sont susceptibles d\u2019informer le choix du successeur de Jean-Paul II.La papauté est une institution ancienne et le choix du titulaire dépend d\u2019un processus complexe, fortement marqué par son histoire.Certaines pratiques et traditions, qui visent à protéger l\u2019autonomie du Collège des cardinaux, remontent aux époques où les grands de ce monde désiraient influencer, sinon contrôler, l\u2019élection papale par la force de l\u2019argent ou des armes.De même, plusieurs rites qui assuraient la solennité de l\u2019interrègne, et qui peuvent à nos yeux aujourd\u2019hui sembler des plus bizarres, sont issus des époques où la profanation du corps du pape défunt et le pillage du palais pontifical étaient courants.Zizola raconte cette histoire, non comme une série de faits divers et curieux, mais pour situer le présent en lien avec son passé.Ce faisant, il nous fait découvrir le conclave, sous l\u2019aspect d\u2019une institution politique, parfois capricieuse, souvent traversée par des controverses, mais toujours maîtresse de ses décisions.Vatican II a aussi laissé sa marque sur ce processus.La période postconciliaire a vu une modification significative du Collège des cardinaux.Du groupe sélect d\u2019euro- péens, surtout italiens, qu\u2019il a été jusqu\u2019à l\u2019élection de Paul VI, il est devenu majoritairement constitué des gens d\u2019ailleurs, dont 40% provenant du tiers monde.Si certains reprochent à Jean-Paul II d\u2019avoir laissé la Curie romaine raffermir son pouvoir, appauvrissant ainsi la vision conciliaire d\u2019une collégialité épiscopale efficace, il faut néanmoins reconnaître sa contribution à ce changement qui, selon Zizola, sera un des facteurs les plus déterminants dans le choix de son successeur.Or, c\u2019est précisément sur cette diversité régionale que Zizola se concentre, dans la deuxième moitié de son livre.Il nous offre une analyse géopolitique de l\u2019Église, soulignant les débats qui sont présents sur chaque continent, les difficultés et forces des Églises nationales, les chefs de file des différentes tendances, la relation avec la Curie romaine et la capacité à résister aux forces centralisatrices.Les «papabili» de chaque région attirent son intérêt, non pour évaluer leurs chances de remporter la victoire, car, après tout, plusieurs risquent de mourir avant Jean-Paul II, mais pour mesurer comment les tendances qu\u2019ils représentent influenceront la dynamique du prochain conclave.De cette analyse, nous pouvons retirer trois leçons.Première leçon: il a toujours été hasardeux de prédire qui serait choisi par le conclave.La densité des nouvelles dynamiques géopolitiques rendent un tel exercice impensable.Deuxième leçon: l\u2019origine régionale d\u2019un prélat ne détermine point son alignement politique.Celui qui relations mai 1996 123 lectures du mois serait pas nécessairement réactionnaire.Troisième leçon: l\u2019Église est une institution politisée; nous y retrouvons divergences et controverses, ainsi que coalitions et alliances.L\u2019élu du prochain conclave sera issu de cette dynamique et, sans doute, représentera un compromis entre les différentes forces en présence.Collaborateur régulier à l\u2019Actualité religieuse dans le monde, journaliste chevronné à la plume limpide, Zizola a produit une pièce maîtresse digne du regretté vaticano-logue anglais Peter Hebbletwaite.D\u2019ailleurs, dit-on, c\u2019est à lui que la maison d\u2019édition aurait souhaité confier ce livre.¦ Carolyn Sharp UNE ÉCOLE POUR LES FILLES OU POUR LES GARÇONS?Claudine Baudoux, La gestion en éducation, Une affaire d\u2019hommes ou de femmes ?Cap-Rouge, Presses Inter-Universitaires, 1994; 557 p.Publié aux Presses inter-universitaires, à la fin de 1994, ce livre démontre sans conteste un aspect très discriminatoire de notre système scolaire pour les femmes - situation dont le récent rapport des États généraux sur l\u2019éducation ne parle pourtant pas.Responsable du Groupe de recherche sur l\u2019accès en éducation (GRADE), Claudine Baudoux montre qu\u2019en 1990-1991 les femmes représentent 67% du personnel enseignant au primaire et au secondaire.Elles n\u2019occupent par contre que 30% des postes de direction des écoles.Au collégial, seulement 15% des cadres sont des femmes.La réforme de l\u2019éducation, amorcée à la suite du Rapport Parent, n\u2019a pas profité autant aux femmes qu\u2019aux hommes, aux filles qu\u2019aux garçons.En 1958-1959, les femmes formaient 59% du personnel de direction des écoles.Depuis ce temps, leur proportion n\u2019a cessé de décroître dans les postes de direction.Informés de la situation, seule une minorité de commissions scolaires et de cégeps a mis sur pied, ces dernières années, des programmes d\u2019accès à l\u2019égalité.Claudine Baudoux, dans son ouvrage, tente de cerner les obstacles à la carrière des enseignantes.Elle cherche à livrer «l\u2019état des lieux» où s\u2019inscrit la discrimination et les modalités qu\u2019elle emprunte.Baudoux situe d\u2019abord son analyse dans une perspective historique.Elle montre que, depuis quatre décennies, les changements des structures scolaires nuisent aux femmes.La masculinisation de ces structures commence dès les années 50.Pour attirer plus d\u2019hommes en enseignement, on propose d\u2019augmenter les salaires.Cette hausse salariale profite certes aux femmes, mais elle se traduit aussi par l\u2019évacuation des religieuses hors des postes de responsabilité.Avec la réforme scolaire, le système d\u2019enseignement se bureaucratise.Et les fonctions et les tâches se hiérarchisent.Aux femmes, sont attribuées les tâches et fonctions les moins valorisées.En pratique, la discrimination subie par les enseignantes adopte diverses modalités.Les candidates à des postes de responsabilité sont, par exemple, jugées différemment des candidats.Il est mal vu qu\u2019une femme ait de l\u2019ambition et le montre.Qu\u2019elle étudie en administration scolaire.Qu\u2019elle pose des gestes très visibles.La candidate «idéale» sera effacée, se laissera couper la parole, manquera de confiance en elle, n\u2019aura que peu de pouvoir dans son milieu de travail, etc.Diverses procédures contribuent à l\u2019exclusion des femmes.Selon les résultats obtenus par Baudoux, les enseignantes posent aussi souvent leur candidature à des postes de direction que leurs collègues masculins.L\u2019élimination des femmes se produit en fait lors de l\u2019étape de la présélection, quand on décide qui sera convoqué en entrevue.Le tiers des postes d\u2019ailleurs est comblé sans comité de sélection, par cooptation.Or cette cooptation se produit, en général, à l\u2019avantage des hommes.Les postes temporaires de direction sont le plus souvent offerts à des hommes qui sont par la suite confirmés dans leurs fonctions.Quand des femmes accèdent à un poste de direction, leurs problèmes ne sont pas résolus.On attend d\u2019elles qu\u2019elles se comportent selon une image stéréotypée de la «femme-mère»; se montrer moins autoritaires, s\u2019occuper plus de questions de pédagogie que d\u2019administration, montrer plus souvent leur allégeance aux autorités, etc.Ce qui ne veut pas dire que ces femmes sont mères.En effet, les responsables scolaires engagent surtout, comme directrices, des femmes non mariées et non mères, qui considèrent leur travail plus important que leur vie familiale.Ces femmes dirigent des écoles plus petites (qui comman- dent donc des salaires moins élevés), avec moins de personnel et moins de services, dont les élèves sont plus jeunes et souffrent plus souvent de divers handicaps.Ces dirigeantes seront plus rarement consultées par les commissions scolaires, et ces rares consultations seront plus informelles.Comment ne pas comprendre, dans ce contexte, que de nombreuses directrices démissionnent et retournent à l\u2019enseignement?Celles qui restent adoptent diverses stratégies.Certaines nient la discrimination et se conforment aux stéréotypes; d\u2019autres ne comptent que sur leur compétence et leur sens de l\u2019humour; quelques-unes ne se gênent pas pour rappeler leur autorité formelle et essaient de développer des solidarités avec les autres femmes et avec des hommes, sympathiques à la promotion des droits des femmes.La diminution des préjugés, rappelle Claudine Baudoux, ne fera pas disparaître la discrimination.C\u2019est l\u2019éradication de la discrimination qui mettra un terme aux préjugés.Son ouvrage, volumineux et riche en informations, intéressera sans doute surtout les spécialistes en éducation.Mais il devrait également intéresser tous ceux qui se préoccupent des questions de discrimination qui touche toutes les minorités visibles.Dans le cadre de la réflexion actuelle sur notre système d\u2019éducation, cet ouvrage ne doit pas être ignoré.Il importe en effet que la prochaine réforme de l\u2019éducation ne bénéficie pas, elle aussi, avant tout et surtout à des garçons et à des hommes.Le système d\u2019éducation, demande Baudoux, ne doit-il pas présenter aux filles des modèles de femmes dotées de responsabilité?Or, il le fait fort peu.L\u2019école ne transmet-elle pas aux garçons un message qui les incite à ne pas la prendre au sérieux?Ce sont des hommes qui dirigent le milieu scolaire.Le message transmis aux garçons, c\u2019est qu\u2019ils ont le bon sexe pour accéder aux postes de prestige et de pouvoir.Et cela quelle que soit leur formation.Quant aux filles, ne leur dit-on pas qu\u2019elles devront travailler, et travailler fort, pour «réussir» au plan professionnel?Plus de filles travaillent et persévèrent à l\u2019école.Sans toujours en prendre conscience, elles savent que la vie ne leur fera pas de cadeau.Si on cessait, en milieu scolaire comme ailleurs, de faire autant de cadeaux aux hommes, peut-être des garçons cesseraient-ils de s\u2019exclure d\u2019eux-mêmes de l\u2019école?¦ Marie-Paule Malouin 124 relations mai 1996 lectures du mois LA MORT, UNE ÉNIGME PRIMORDIALE Jean-Pierre Mohen, Les rites de l\u2019au-delà, Paris, Éditions Odile Jacob, 1995; 329 p.Voici, à n\u2019en point douter, un livre majeur, que tous ceux et celles qui s\u2019intéressent à la mort et à la symbolique de l\u2019au-delà auraient profit à lire.C\u2019est un livre considérable, difficile, truffé de termes techniques.Un livre dérangeant, inquiétant, qui met beaucoup en cause notre approche scientifique de la mort et cherche à mettre en relief la symbolique de la mort chez les peuples que la science n\u2019a pas contaminés.L\u2019auteur refuse, avec raison me semble-t-il, le terme de «primitifs».Dès que l\u2019humanité émerge, déjà l\u2019espace symbolique est construit et la mort se dresse comme une énigme primordiale.On pourrait qualifier l\u2019approche de l\u2019auteur comme principalement muséale.Il s\u2019agit d\u2019étudier les tombes, les tumulus, les artéfacts des civilisations lointaines et, à partir de là, de proche en loin, de décrire les rites et les temps de la mort: comment l\u2019on meurt et les états intermédiaires entre la maladie et la mort réelle, surtout comment la communauté prend congé du mort, quel voyage le mort doit entreprendre au pays des ancêtres, comment on se protège du mort (car si l\u2019âme du mort voyage mal, elle deviendra néfaste aux vivants), comment on fête la mort dans une ivresse de danses, de boustifailles et de rites d\u2019une violence parfois insoutenable.Pour souligner l\u2019importance de la dimension muséale, l\u2019iconographie du livre est à souligner: j\u2019ai compté 75 illustrations, dont certaines sont troublantes, pour ne pas dire macabres.À la fois chronologique et diachronique, l\u2019hypothèse de l\u2019auteur est clairement exprimée dès le départ: «les rites ancestraux de la mort expriment malgré les phases d\u2019émotion, d\u2019abattement et de tension, non la mélancolie ou la tristesse comme nous pourrions le croire, mais la joie et l\u2019exaltation qui éclatent dans les fêtes» (p.9).Affirmation que sa démonstration oblige à nuancer, puisque la peur du mort et de son retour me semble très présente.On ne fête autant le mort que pour s\u2019assurer qu\u2019il est bien parti.D\u2019une manière globale, la démarche du livre est chronologique, puisque l\u2019on passe du paléolithique (il y a 100 000 ans) au chapitre 2, au mésolithique et au néolithique (-9000 à -2000 A.C) aux chapitres 3 et 4, à la période historique, avec les pyramides (chapitre 5), à l\u2019époque homérique (chapitre 6), et à l\u2019époque gréco-romaine (chapitre 7), au passage au christianisme, avec Augustin (chapitre 8) et à l\u2019histoire du moyen-âge jusqu\u2019à l\u2019époque moderne (chapitre 9), qui marque la victoire de la science et de l\u2019hygiène: «On décida aussi, pour des raisons d\u2019hygiène, de fermer les cimetières urbains et de construire à l\u2019extérieur de la ville des cimetières-parcs pour la visite des familles et l\u2019éducation de la population découvrant les monuments des hommes illustres.La sépulture, d\u2019acte religieux ecclésiastique, devient une opération relevant de la police et de la société publique.Le dialogue symbolique entre les vivants et les morts prenait une tournure moderne, en se limitant officiellement au traitement du corps et en remettant la responsabilité du salut de l\u2019âme à l\u2019initiative individuelle» (p.268).Deux chapitres proposent une conclusion générale: permanences des rites de l\u2019au-delà (chapitre 10) et une conclusion à caractère sociologique, fort inspirée de Baudrillard, cité dans son anti-psychologisme («tout ceci remet en cause l\u2019hypothèse même de l\u2019inconscient»: citation p.317).L\u2019auteur déplore surtout un «divorce entre la pensée symbolique et la pensée scientifique» (p.317): «ce qui manque le plus dans la pensée scientifique, c\u2019est de renouer un vrai dialogue global entre les vivants et les ancêtres pour en attendre une communication d\u2019information et d\u2019expériences inédites (.), pour en établir une dialectique active qui transformera la négativité du décès en pouvoir contrarié mais progressiste» (p.318).Par l\u2019ampleur de son information, la richesse de son iconographie, la solidité de ses analyses Les rites de l\u2019au-delà s\u2019impose comme un grand livre.L\u2019ouvrage est truffé de mots techniques et savants.Un lexique serait utile, de même que quelques tableaux chronologiques.Paradoxalement, là où l\u2019ouvrage m\u2019a semblé non pas faible mais insatisfaisant, c\u2019est dans la tradition moderne.Pas un mot sur les rituels juifs.Presque rien sur l\u2019Islam.Même les deux chapitres sur l\u2019histoire chrétienne m\u2019ont paru plutôt minces, alors que les sources sont maintenant nombreuses, tant du côté de l\u2019histoire des mentalités que de celui des religions populaires.relations mai 1996 L\u2019auteur évoque comment la notion de résurrection (souvent vue comme une réanimation du corps charnel) ouvrait la porte à «un fantastique imaginaire» (p.242), mais il n\u2019a pas poursuivi ce thème en profondeur, soit du côté de la préparation à la mort, soit du côté des rites funéraires eux-mêmes civils et religieux, soit du côté de la sépulture, soit du côté du deuil lui-même.Certes, nous ne pleurons pas longtemps nos morts et le rapport aux ancêtres ne semble pas beaucoup nous préoccuper.La «survie» paraît une question individuelle, en sorte que le rite, phénomène social, devient comme superflu.Je me demande, sur ce point, si l\u2019auteur n\u2019est pas plus soucieux de dénoncer notre époque (fort pauvre dans ses rites mais si riche dans sa production culturelle) que de la comprendre.L\u2019étrange et fascinant portrait qu\u2019il dresse des rites de l\u2019au-delà à travers l\u2019histoire et les peuples n\u2019en constitue pas moins une contribution désormais essentielle.¦ André Beauchamp REDÉCOUVRIR NOS PROPRES TRÉSORS Thomas Ryan, Guide pratique de vie chrétienne, L\u2019héritage des grandes religions, Bellarmin, Montréal, 1995, 287 p.Un an après sa parution, ce livre continue de m\u2019accompagner.Je l\u2019ai lu, lentement, en tirant mon profit personnel chapitre après chapitre.Puis j\u2019ai relu certains passages, certains chapitres, au fil des besoins ou de la vie.Car c\u2019est d\u2019abord de cela qu\u2019il s\u2019agit: d\u2019un guide pratique pour la vie chrétienne concrète de tous les jours.L\u2019auteur, qui a voyagé en s\u2019intéressant de près aux expériences proposées par les grandes traditions religieuses, est parti de l\u2019intuition suivante: les religions orientales proposent des méthodes, des disciplines, des moyens concrets de vivre que le christianisme a trop souvent négligés ou a peu à peu oubliés.Et pourtant, notre tradition a aussi ses trésors.C\u2019est donc en redécouvrant nos propres trésors, tout en puisant 125 mois largement dans la richesse du bouddhisme, de l\u2019Islam, du judaïsme ou de l\u2019hindouisme, que Thomas Ryan nous invite à ancrer notre vie spirituelle dans les gestes les plus quotidiens de nos vies.Une façon d\u2019incarner la mystique dans ce qu\u2019il y a de plus concret.Ce Guide pratique de vie chrétienne traite donc de la famille et des amis, du rythme de vie sabbatique, de l\u2019exercice et du jeu, de la prière, de la nourriture et du jeûne, du service de l\u2019autre.Avec, tout au long, de nombreux exemples, suggestions ou anecdotes tirés des propres expériences de l\u2019auteur.Car il s\u2019agit toujours de partir du concret pour aboutir au concret, et au concret actuel, celui d\u2019un monde moderne urbanisé, trépidant, éclaté.C\u2019est d\u2019ailleurs cela qui est particulièrement stimulant: quand l\u2019auteur parle du jeûne, par exemple, ce n\u2019est pas par nostalgie des carêmes d\u2019antan, mais bien comme choix positif pour aujourd\u2019hui.Cela peut surprendre, et l\u2019auteur s\u2019en explique dès le premier chapitre intitulé «Le sens de la discipline dans la vie chrétienne».Le mot discipline a plutôt mal vieilli dans notre société: pour la plupart, il n\u2019a gardé qu\u2019une connotation négative, synonyme de corvée ou de punition.Thomas Ryan entreprend donc de décaper le mot, lui redonnant toute sa richesse.Car, dans toutes les traditions religieuses, on ne devient disciple que par l\u2019apprentissage graduel, par l\u2019exercice répété, par les diverses formes de discipline.Thomas Ryan, prêtre d\u2019origine américaine, a dirigé le Centre canadien d\u2019oecuménisme pendant une dizaine d\u2019années.Il dirige maintenant le Centre UNITAS, situé au coeur de Montréal et consacré à la promotion oecuménique d\u2019une vie plus intériorisée.Avec son Guide pratique de vie chrétienne, il ne nous offre pas un livre de recet- tes mais un livre de chevet, un compagnon de route sur ce chemin de l\u2019intériorité.¦ Dominique Boisvert LIVRES REÇUS Voici quelques-uns des livres que les éditeurs ont fait parvenir à Relations au cours des derniers mois.-\tD.J.Roy, J.R.Williams, B.M.Dickens et J.-L.Baudouin, La bioéthique, ses fondements et ses controverses, St-Laurent, Du Renouveau Pédagogique, 1995; 548 p.-\tV.Despret, P.P.Gossiaux, C.Pugeault et V.Yzerbyt, L\u2019homme en société, Paris, PUF, 1995; 384 p.-\tJacques Lacoursière, Histoire populaire du Québec.Des origines à 1791, Sillery, Septentrion, 1995; 481 p.-\tAndrée Lévesque, Résistance et transgression.Études en histoire des femmes au Québec, Montréal, Du Remue-Ménage, 1995; 158 p.-\tMarie-Célie Agnant, La dot de Sara, Montréal, Du Remue-Ménage, 1995; 182 P- -\tBernard M.Daly, Se souvenir pour demain.Les cinquante ans de la Conférence des évêques catholiques du Canada 1943-1993, Ottawa, Conférence des évêques du Canada, 1995; 255 p.-\tGuy Lapointe, Études canadiennes en liturgie, numéro 7, Célébrer les sacrements.Donner corps à l\u2019histoire, Montréal, Office national de liturgie, 1995; 352 p.-\tColl, (sous la dir.de Denis Jeffrey et David Le Breton), Corps et sacré, Montréal, UQAM, revue Religiologiques, automne 1995; 338 p.-\tFrédéric de Coninck, Travail intégré, société éclatée, France, PUF, 1995; 289 p.-\tAlison Van Rooy, Une promesse partielle?Le soutien canadien au développement social dans le Sud, Revue L\u2019Institut Nord-Sud, Ottawa, Renouf Publishing, 1995; 93 p.-\tGérard Laverdure, Du dépannage à la justice sociale.Un parti pris pour les exclus, St-Laurent, Fides, 1995; 126 p.-\tColl, (sous la dir.de Gilles Thérien), Figures de l\u2019indien, Montréal, Typo, 1995; 398 p.-\tColl, (sous la dir.de Xavier Lacroix), L\u2019amour du semblable.Questions sur l\u2019homosexualité, Paris, Cerf, 1995; 228 p.-\tJean D\u2019Ormesson, Presque rien sur presque tout, France, Gallimard, 1995; 380 P- -\tJean-Pierre Collin, La Ligne ouvrière catholique canadienne 1938-1954, Montréal, Boréal, 1996; 253 p.-\tGabriel Gagnon, Au coeur des possibles, Montréal, Écosociété, 1995; 178 p.-\tMylène Jaccoud, Justice blanche au Nunavik, Montréal, Méridien, 1995; 386 p.-\tRaimon Panikkar, Éloge du simple.Le moine comme archétype universel, Paris, Albin Michel, 1995; 238 p.-\tHans Küng, Credo.La confession de foi des apôtres expliquée aux hommes d\u2019aujourd\u2019hui, Paris, Seuil, 1996; 247 p.-\tPierre Graveline, Une planète nommée Québec.Chroniques sociales et politiques 1991-1995, Québec, VLB, 1996; 346 P- -\tJean-Marie Muller, Le principe de nonviolence.Parcours philosophique, Paris, Desclée de Brouwer, 1995; 322 p.-\tGilbert Sinoué, Le Livre de Saphir, Louiseville, Denoël, 1996; 463 p.-Jean R.Rousseau, Venir à la rencontre.Les obstacles au développement, Québec, Sciences et Culture, 1996; 110 p.¦ à signaler ?La réussite à l\u2019école montréalaise: une urgence pour la société québécoise.Cet avis du Conseil supérieur de l\u2019éducation à la ministre de l\u2019Éducation constitue un enjeu éducatif, économique, social et culturel, non seulement pour l\u2019île de Montréal mais aussi pour tout le Québec.?Session sur l\u2019Amérique centrale, pour les stagiaires du CISO et toutes les personnes intéressées à faire le point sur les événements, les enjeux et les luttes dans cette région.Date: le samedi 4 mai, de 9h à 16h; lieu: Centre Afrika, 1644, St-Hubert, Métro Berri.?Journée internationale des travailleurs, le mercredi 1er mai.En 1886, à Chicago, 180 000 travailleurs protestent contre les journées de 14 et 16 heures.Plusieurs d\u2019entre eux sont tués ou blessés.Mais, depuis ce temps, la journée de 8 heures est un acquis.126 relations mai 1996 Le FONDS Campagne de financement au bénéfice du Centre justice et foi Objectif: 1,000,000 $ «jjéAMi w edt mm neueu/i.Jle devwmM rUMi la mcmtacfMe edt mm pwojet pxfiiiicj^Me Valide acuvi la p&iMe de j^aUie eeuiAv/i aujoM/id Juù.» Julien Harvey Le Centre justice et foi est un centre jésuite d\u2019analyse sociale.Créé en 1983, le CJF est l\u2019héritier d\u2019une longue tradition, commencée avec l\u2019École sociale populaire, en 1911, puis l\u2019Institut social populaire, en 1950.Le Centre est un lieu de rencontre, un laboratoire de recherche et un lieu de transformation de la réalité sociale.L'ÉQUIPE DU CJF Trois équipes y travaillent en étroite collaboration.\u2022\tRelations, revue mensuelle d\u2019analyse sociale, politique et religieuse, est engagée dans la promotion d\u2019un projet de société, depuis plus de 50 ans.\u2022\tLe Secteur des communautés culturelles porte son attention sur le défi de l\u2019accueil et de l\u2019intégration des réfugiés et des immigrants et sur la convi-vance entre Québécois de toutes origines.Il publie un bulletin de liaison de pastorale interculturelle, Vivre ensemble.\u2022 Le Secteur des programmes propose des activités publiques comme les Soirées Relations, des journées d\u2019étude et des sessions sur différents thèmes.LE FONDS JULIEN HARVEY Ce nouvel organisme sans but lucratif veut amasser un capital dont les intérêts serviront spécifiquement à soutenir le CJF dans la réalisation de sa mission.Supporté généreusement, depuis sa création, par la Compagnie de Jésus, le Centre éprouve le besoin de faire aujourd\u2019hui appel à d\u2019autres sources de financement.Un don au Fonds Julien Harvey exprime votre solidarité avec la mission du Centre justice et foi.Merci pour votre générosité! Formulaire d'adhésion Découper ou recopier l'essentiel de ce coupon Oui, je veux contribuer au Fonds Julien Harvey pour soutenir l'oeuvre du Centre justice et foi ?ami-e (moins de 25$); ?compagnon/compagne (25 à 500$); ?associé-e (500$ et plus) Nom: .Adresse:.Ville: .Code postal: Montant souscrit: Tel.: $ Reçu pour impôt (10$ et plus): ?oui ?non No enreg.: 0058214-20 Veuillez libeller votre chèque à l'ordre de: Centre justice et foi, Fonds Julien Harvey 25, rue Jarry ouest, Montréal H2P 1S6 relations mai 1996 127 relations mai 1996 3,75$ no 620 SOMMAIRE face à l\u2019actualité\t99 Le sommet et la base (G.P.) - Des oubliés: les jeunes adultes du Québec (R.S.) - Faut-il être Américains pour réussir?(D.B.) -Requiem pour un forum?(A.B.) dossier 103 Carolyn Sharp Gregory Baum Brian Tanguay Anne Duvivier\tDanger: virage à droite! Le fondamentalisme au pouvoir?Pour mieux comprendre le fondamentalisme Le Parti réformiste et le populisme de droite La marée montante de la droite\t104 105 109 114 \ten bref\t117 Carolyn Sharp Michel Quevillon\tarticles Cher Monsieur Landry Travail et cohésion sociale: un mythe?\t118 118 120 \tlectures\t123 \tConception de la page couverture: Fernand Jutras\t \t\t mai (avril) 1996 Envoi de publication - Enregistrement no 0143 Port payé à Montréal 25, rue Jarry ouest, Montréal H2P 1S6 "]
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.