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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Avril
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 2000-04, Collections de BAnQ.

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[" relations avril 2000 3,95$ no 659 LA VILLE: UN ESPACE À HABITER süüiir#:.À lire aussi dans ce numéro: Anne-Marie Aitken: L\u2019État, garant du bien commun?D.Delâge et J.-R Warren: Iroquoisie 977003437800004 relations La revue Relations est publiée par le Centre justice et foi, sous la responsabilité de membres de la Compagnie de Jésus et d\u2019une équipe de chrétiens et de chrétiennes engagés dans la promotion de la justice.DIRECTEUR Jean Bellefeuille RÉDACTEUR EN CHEF Jean Pichette SECRÉTAIRE À LA RÉDACTION Anne-Marie Aitken ASSISTANT À LA RÉDACTION Fernand Jutras COMITÉ DE RÉDACTION Gregory Baum, Michel Beaudin, Jean Bellefeuille, Normand Breault, Élisabeth Garant, Joseph Giguère, Françoise Nduwimana, Guy Paiement, Francine Tardif COLLABORATEURS André Beauchamp, Jean-Marc Biron, Dominique Boisvert, René Boudreault, Raymonde Bourque, Guy Dufresne, Jean-Marc Éla, Vivian Labrie, Jean-Paul Rouleau BUREAUX 25, rue Jarry ouest Montréal FI2P 1S6 tél.: (514) 387-2541 téléc.: (514) 387-0206 ABONNEMENTS Hélène Desmarais 10 numéros (un an): 28,00$ (taxes incl.) Deux ans: 49,00$ (taxes incl.) À l\u2019étranger: 29,00$ Abonnement de soutien : 75,00$ Visa et Mastercard acceptés TPS: R119003952 TVQ: 1006003784 Les articles de Relations sont répertoriés dans Repères et dans l\u2019Index de périodiques canadiens, publication de Info Globe.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 On peut se procurer le microfilm des années complètes en s'adressant à University Microfilm, 300 North Zeeb Road, Ann Arbor Michigan 48106-1346 USA.Envoi de Poste-publication - Enregistrement no 09261 Encore une fois, la montagne a accouché d\u2019une souris.Certes, le Sommet du Québec et de la Jeunesse s\u2019est terminé dans le consensus.Mais cela n\u2019est guère étonnant.Après tout, les négociations entre patron et syndicat pour le renouvellement d\u2019une convention collective se terminent le plus souvent par une bonne poignée de mains.Le problème, c\u2019est que l\u2019exercice tenu à Québec se prétendait politique, et que le gouvernement disait souhaiter «qu\u2019un vrai débat de société ait lieu», comme l\u2019affirmait dans son allocution d\u2019ouverture le ministre d\u2019État à l\u2019Éducation et à la Jeunesse, François Legault.Qui osera prétendre qu\u2019un tel débat a eu lieu?À moins qu\u2019il se soit déroulé derrière des portes closes, dans les séances à huis clos, là où les vraies négociations commencent.Mais comment LE CONSENSUS DU VIDE parler d\u2019un exercice démocratique si les «vraies choses» sont discutées à l\u2019abri des oreilles qui n\u2019ont pas été dûment invitées?Nos parlements sont remplis de gens élus - qui sont donc censés nous représenter - pour décider des grandes orientations à donner à notre société.On peut, et on doit, discuter des limites de cette forme de représentation.Mais suffit-il de réunir autour d\u2019une même table les représentants (souvent auto-consacrés) de différents groupes de la société civile pour éviter les écueils de la représentation parlementaire?«À chaque sommet, je me jure que c\u2019est le dernier», mentionnait le Premier ministre, Lucien Bouchard, à la fin d\u2019un troisième exercice du genre depuis son arrivée à la tête du gouvernement.Espérons avec lui que cette fois sera la bonne.Car la preuve a encore une fois été faite que les vrais enjeux sont balayés sous le tapis à l\u2019occasion de ces grandes kermesses, précisément pour maximiser les chances d\u2019en arriver à un consensus.Au fond, toute cette grande mise en scène ne sert qu\u2019à une chose: loin d\u2019ouvrir un espace de réflexion, elle le replie sur des questions étroites qui se résument le plus souvent à une affaire de gros sous.Peut-on ainsi prétendre que l\u2019éducation est sortie revalorisée du Sommet simplement parce que le gouvernement a décidé d\u2019y injecter davantage de fonds?L\u2019équation paraît pour le moins simpliste, d\u2019autant plus qu\u2019une question fondamentale ne semble même pas effleurer l\u2019esprit de nos dirigeants: de quelle genre d\u2019éducation voulons-nous?Est-il souhaitable d\u2019arrimer davantage l\u2019école au marché du travail, comme le clament de nombreuses personnes, jeunes et moins jeunes?Il y a là un enjeu qu\u2019une interrogation sérieuse sur le type de société qu\u2019on désire construire ne saurait taire sans se discréditer, a fortiori lorsque cette réflexion passe par le prisme de la jeunesse et de la place que la société désire lui faire.Mais ce genre de débat ne peut se faire en catimini.Jean Pichette 66 relations avril 2000 face à l\u2019actualité avec Gregory Baum, Éric Darier, Joseph Giguère et Vincent Greason POMME PROMISE, BANANE REÇUE.L\u2019action communautaire autonome est purement et simplement évincée de la proposition gouvernementale ! Depuis plus de dix ans, les organismes d\u2019action communautaire autonome (ACA) réclament une politique de reconnaissance et de financement.Le Parti québécois l\u2019avait promis dans sa campagne électorale de 1994.Et, aussi récemment que le 31 octobre dernier, le ministre de la Solidarité sociale porteur du dossier, André Boisclair, avait publié un communiqué promettant le dépôt imminent d\u2019une politique touchant l\u2019ACA.Or, «Le milieu communautaire: un acteur essentiel au développement du Québec», reçu des mains même du Ministre, le 20 décembre dernier, ne fut pas le cadeau de Noël que le milieu d\u2019ACA attendait.En effet, quelques heures avant le début des vacances, le ministre Bois-clair déposait une proposition gouvernementale de reconnaissance.de l\u2019action communautaire tout court! «Ce n\u2019est pas que j\u2019ai peur de prononcer le mot autonome et encore moins de l\u2019écrire» a déclaré le ministre lors du dépôt.Reste que tout en voulant reconnaître «les acteurs de l\u2019action communautaire» et «parler de l\u2019autonomie des groupes», l\u2019action communautaire autonome est purement et simplement évincée de la proposition gouvernementale.Approuvé par le Comité ministériel du développement social, Le milieu communautaire présente les engagements que le gouvernement entend mettre en place pour concrétiser «sa reconnaissance de l\u2019action communautaire».La Politique vise deux grands objectifs.D\u2019abord, elle veut «reconnaître formellement l\u2019apport de l\u2019action communautaire à l\u2019enrichissement de la collectivité, ainsi que sa contribution dans la lutte à l\u2019exclusion et à la pauvreté».Deuxièmement, elle souhaite «valoriser et favoriser davantage la participation des citoyens et des citoyennes à la vie démocratique et au développement socioéconomique des communautés».Pour réaliser ces objectifs, le gouvernement propose plusieurs orientations relatives aux relations qu\u2019il entend entretenir et développer avec le milieu communautaire, dont deux en particulier traversent toute la proposition gouvernementale.D\u2019une part, il veut accentuer les relations fondées sur la concertation et le partenariat (le mot qui revient 30 fois dans ce document de 50 pages); d\u2019autre part, il entend utiliser des services offerts par les organismes communautaires afin de permettre «une meilleure réponse aux besoins de la population, particulièrement à ceux qui apparaissent prioritaires».Lisons: qui apparaissent prioritaires aux yeux du gouvernement! C\u2019est la première fois que le gouvernement dépose un texte aussi détaillé et aussi étoffé sur sa vision de la place et du rôle que doit occuper un secteur de la société québécoise qui prend relations avril 2000 67 face à l\u2019actualité de l\u2019importance.S\u2019appuyant sur Louis Favreau et Jean-Louis Laville, la politique confirme que ce «tiers secteur», inscrit entre l\u2019économie capitaliste et l\u2019économie publique, «s\u2019oriente plus que jamais vers une implication croissante dans la production de services, la création d\u2019emplois et la revitalisation économique et sociale des communautés locales».Autrement dit: dans un contexte où des gouvernements, dont les néo-socio-démocrates comme le nôtre, se retirent de l\u2019offre directe de service, ils se tournent vers les organismes communautaires pour offrir ces mêmes services à moindre coût.C\u2019est d\u2019ailleurs dans ce contexte que prennent tout leur sens la différence entre l\u2019action communautaire et l\u2019action communautaire autonome, et le refus gouvernemental de reconnaître cette dernière.Alors que les organismes d\u2019action communautaire autonome (ACA) se définissent comme faisant partie d\u2019un large mouvement de transformation sociale, jouant un rôle social de formation à une citoyenneté critique, le gouvernement a choisi de produire une politique à large portée, s\u2019adressant à une myriade d\u2019organismes dont les organismes d\u2019ACA, mais surtout aux organismes dits «communautaires» qui oeuvrent soit en économie sociale, soit comme mandataires ou exécutants de l\u2019État (Carrefours Jeunesse Emploi, ressources externes de main-d\u2019oeuvre, etc.).Autonomes dans leur gestion, gérés par des conseils d\u2019administration issus possiblement de la communauté, ces organismes ne sont pas autonomes de l\u2019État.En réduisant l\u2019autonomie à une question de gestion, la politique gouvernementale évacue complètement la notion d\u2019autonomie politique et critique qui est essentielle au mouvement d\u2019ACA.La reconnaissance du rôle critique joué par celui-ci est abandonnée aux dépens d\u2019un nouveau rôle qu\u2019on veut faire jouer aux organismes communautaires comme partenaires économiques et sociaux.Action communautaire autonome et action communautaire: est-ce la même chose?Oui, dans la mesure où une pomme et une banane sont semblables.Dans les jours qui viennent, la question sera certes posée à monsieur Boisclair.Ose-t-on espérer qu\u2019il prendra une grande gorgée de jus de banane avant d\u2019y répondre?¦ Vincent Greason MÉPACQ DES CHRETIENNES ET DES CHRETIENS S\u2019INTERROGENT Une lettre à entendre comme une parole de compassion à l\u2019égard des «orphelins de Duplessis».L\u2019automne dernier, un groupe de six soeurs Auxiliatrices ayant réfléchi sur le livre Le feu sous les cendres.Une spiritualité pour la vie religieuse contemporaine, de Joan Chittister, décidaient d\u2019écrire une lettre collective pour exprimer leurs questionnements à l\u2019égard de l\u2019attitude des autorités ecclésiastiques dans le dossier des «orphelins de Duplessis».Cette parole audacieuse, s\u2019inscrivant dans le cadre d\u2019une spiritualité du risque, a été présentée à d\u2019autres chrétiens et chrétiennes, lors de la rencontre de Noël du CPMO.Le texte, signé par 64 personnes, a parla suite été envoyé à différents médias.Il n\u2019a cependant été publié par aucun journal.Relations a décidé de publier ce texte parce que la revue considère qu\u2019il constitue une voix importante, une parole de compassion, qui mérite d\u2019être entendue, et qui n\u2019a pu l\u2019être à ce jour.Cette décision éditoriale n\u2019atténue bien sûr en rien la complexité de ce dossier, qui soulève des questions fondamentales.Comment peut-on penser le lien entre l\u2019histoire, toujours ouverte, le droit, qui ponctue le temps de prescriptions pour un avenir qu\u2019il cherche à infléchir, et la morale, toujours en partie prisonnière de l\u2019air du temps qu\u2019elle respire?La mémoire collective peut-elle se conjuguer avec le pardon, et permettre d\u2019articuler un rapport entre le présent et le passé qui soit porteur d\u2019un avenir meilleur pour tous?Par delà ses méandres juridiques, le dossier des «orphelins de Duplessis» nous rappelle qu\u2019aucune société ne peut faire l\u2019économie de ces questions, auxquelles Relations consacrera une réflexion d\u2019ici quelques mois.*** Ce que notre Dieu attend: rien d\u2019autre que d\u2019accomplir la justice d\u2019aimer avec tendresse, de marcher humblement avec lui.(Michée 6,8) A l\u2019approche du jubilé nous invitant à la justice et au redressement des torts, nous souhaitons en tant que chrétiennes et chrétiens partager nos questionnements à propos de tout ce qui concerne les «orphelins de Duplessis».Le printemps dernier, l\u2019annonce de la consultation menée à ce sujet auprès des institutions d\u2019Église par l\u2019Assemblée des évêques du Québec, avait suscité en nous beaucoup d\u2019espoir.Nous nous attendions à un geste de réparation qui ferait justice aux victimes elles-mêmes et rendrait crédible la parole de compassion.Nous regrettons d\u2019avoir tardé à dire notre déception et notre grande tristesse devant la logique froide de la déclaration épiscopale et la position défensive qui la marque.Certes, on ne peut refaire l\u2019histoire mais n\u2019est-il pas important de la comprendre cette histoire?À cette époque, le gouvernement fédéral donnait des sommes d\u2019argent dans le cadre d\u2019une aide aux hôpitaux.Ce qui touchait à l\u2019éducation était exclu.Le gouvernement du Québec, pour profiter de la «manne» du fédéral, élabora une stratégie pour transférer les orphelins dans le secteur psychiatrique.Cela se fit avec la complicité des médecins qui ont posé volontairement de faux diagnostics de maladie mentale.Falsification honteuse de la part du corps médical.Les autorités ecclésiastiques concernées ont endossé cette position révoltante et obligé les communautés religieuses à s\u2019y 68 relations avril 2000 face a l\u2019actualité soumettre.Les autorités patriarcales ont eu ainsi raison de la résistance des communautés religieuses qui, elles, affirmaient leur priorité pour l\u2019éducation.Ce scénario dramatique a fait des victimes: trop de jeunes en sont demeurés traumatisés toute leur vie.Un bon nombre d\u2019entre eux réclament, toujours et encore, le respect de leurs droits et de leur dignité: la justice exige la reconnaissance des erreurs du passé et réparation.Accepterons-nous que les autorités gouvernementales, fédérales et provinciales, le Collège des médecins, les autorités ecclésiastiques se justifient et se «lavent les mains» sur le dos des communautés religieuses et, plus encore, sur le dos des victimes?La collusion qui a produit cette injustice historique s\u2019est organisée à partir de questions d\u2019argent.Aujourd\u2019hui les mêmes motifs empêchent-ils que justice soit faite?«Ce que notre Dieu attend» en cette année jubilaire?.«rien d\u2019autre que d\u2019accomplir la justice».Pour faire justice, des gestes concrets de toutes les instances concernées sont nécessaires: il y a eu la proposition du gouvernement du Québec mais qu\u2019en est-il du gouvernement fédéral?Du collège des médecins?Des autorités ecclésiastiques?«Aimer avec tendresse et marcher humblement» avec ce Dieu qui nous appelle, ne signifie-t-il pas, au nom des droits humains, reconnaître les «orphelins de Duplessis» comme des citoyennes et citoyens à part entière et leur fournir les moyens d\u2019exercer cette citoyenneté dans la dignité?Liste des noms des personnes ayant signé ce texte: Gisèle Ampleman, Hélène Arsenault, Marie Bareille, Jocelyne Barnabé, Michel Beaudin, Geneviève Benoît, Simonne Bernier, Dominique Boisvert, Cathy Boutin, Normand Breault, Louis Brillant, Agathe Brodeur, Andrée Brosseau, Aline Côté, Pauline Cournoyer, Charlotte Debonne, Linda Denis, Jean-Yves Desgagnés, Thérèse Dionne, Irène Dionne, Gérald Doré, Elisa Fernandez, André Fitzgibbon, Jeanne Fontaine, Raymonde Fournier, Louis-Marie Gagnon, Élisabeth Garant, Diane Gariépy, Lucie Gravel, Nicole Jetté, Jean Lachapelle, Pierrette Lafleur, Louise Lafortune, Brigitte Landry, Lorette Langlais, René Laperrière, Gertrude Lavoie, Marcel Lebel, Marie-Paule Lebel, Clotilde Lemay, Lucie Lépine, Michel Lessard, Lise Levert, Suzanne Loiselle, Berthe Marcotte, Camilla Martin, Céline Martin, Rafat Massad, Maureen McCollum, Bernard Ménard, Marguerite Métivier, Carmelle Michaudville, Gilles Morissette, André Myre, Germain Pelletier, Nicole Plante, Monique Robert, Jean Robitaille, Carolyn Sharp, Christiane Sibillotte, Marie Tétrault, Claude Thomasset, Yolande Tourigny, Yves Vaillancourt, Claudette Vermette.H VIRAGE À DROITE EN AUTRICHE Les gouvernements européens ont rapidement réagi.Ils redoutent que l\u2019avenir démocratique de l\u2019Europe soit mis en cause.Pour former le gouvernement autrichien, suite aux élections de février 2000, le Parti conservateur vient de s\u2019allier au Parti de la liberté, considéré comme un mouvement d\u2019extrême droite.Le chef de ce parti, Jôrg Haider, est un orateur populaire, voire même charismatique, qui allie le mépris de bien des Autrichiens envers le gouvernement précédent à la peur ressentie face à la présence d\u2019un grand nombre d\u2019immigrants et de réfugiés dans le pays.Haider représente la province de Carinthie, région isolée à la frontière de la Slovénie, nourrissant toujours un certain ressentiment contre Vienne, la capitale; et qui s\u2019est récemment opposée à l\u2019entrée de l\u2019Autriche dans l\u2019Union européenne.Pour gagner l\u2019appui de cette population, Haider n\u2019a pas hésité à faire des remarques humoristiques contenant un message contre les immigrants et le pluralisme, assurant ses auditeurs qu\u2019ils n\u2019avaient pas à se sentir gênés de leur appui à l\u2019Allemagne sous le régime d\u2019Hitler.Haider considère que critiquer son propre pays est un acte déloyal.Que son parti politique, dit de la liberté, fasse maintenant partie du gouvernement inquiète un grand nombre d\u2019Autrichiens attachés à la démocratie, au pluralisme et à l\u2019égalité de tous les citoyens.À Vienne, des manifestations ont eu lieu contre ce virage à droite, regroupant jusqu\u2019à 15 000 personnes.Les groupes engagés pour la défense des droits humains ont envoyé des messages - par l\u2019Internet et le courriel - aux groupes similaires d\u2019autres pays afin qu\u2019ils créent une opinion publique internationale contre la présence de l\u2019extrême droite dans le gouvernement autrichien.La réaction des pays européens a été très forte.Un numéro spécial du Nouvel Observateur est intitulé «L\u2019homme qui fait honte à l\u2019Europe».Mais la réaction des gouvernements européens, en particulier ceux de la France et de l\u2019Allemagne, n\u2019est pas dépourvue d\u2019ambiguïté.Tous ces pays ont des partis politiques d\u2019extrême droite qui vont beaucoup plus loin dans leur opposition au pluralisme et dans leur haine vis-à-vis des réfugiés et des immigrants que le parti politique de M.Haider.Le succès de la droite en Europe est lié à la croissance du chômage causée par l\u2019économie néo-libérale.Il faut ajouter que bien des gens prêts à travailler n\u2019ont pas la formation correspondant aux exigences de l\u2019informatique.Ceux qui se trouvent marginalisés par le système actuel sont vulnérables à une propagande qualifiant les immigrants et les femmes de voleurs de jobs.Il nous faut également reconnaître que, pendant des siècles, les pays européens ont été des sociétés homogènes et que la présence de tant de gens venant de l\u2019extérieur a produit une espèce de choc culturel.La situation géographique de l\u2019Autriche, aux frontières de l\u2019ex-Yougoslavie et d\u2019autres pays de l\u2019Est, explique pourquoi le pourcentage de réfugiés et d\u2019immigrants y est beaucoup plus élevé que celui des autres pays européens.Malgré cela, le taux de chômage est bas.Cette forte réaction des gouvernements européens et des gouvernements nord-américains contre l\u2019Autriche est-elle exagérée?La violence commise par la Russie en Tchétchénie et par la Chine au Tibet est infiniment plus dévastatrice, pourtant elle n\u2019attire pas l\u2019attention des pays européens et nord-américains.Il faut admettre, de plus, que l\u2019extrême droite en Autriche et en d\u2019autres pays européens n\u2019est pas un retour du nazisme allemand.Les Nazis étaient inspirés par une vision relations avril 2000 69 face à l\u2019actualité impérialiste, la volonté de conquérir toute l\u2019Europe, d\u2019éliminer certaines populations et de créer une nouvelle civilisation gouvernée par l\u2019Allemagne.Les soi-disant néo-nazis ne s\u2019intéressent qu\u2019à leur propre pays, où ils veulent installer certaines mesures pratiquées par les Nazis, comme la suppression des libertés civiles et l\u2019expulsion de ceux qu\u2019ils regardent comme des étrangers.Les gens de l\u2019extrême droite sont méchants et dangereux, mais ce ne sont pas les Nazis d\u2019il y a 60 ans.Malgré cela, la forte réaction des gouvernements européens est justifiée.Elle révèle, me semble-t-il, que toute l\u2019Europe se sent menacée par un virage à droite.Les gouvernements craignent que le succès du parti politique d\u2019extrême droite et son entrée dans le gouvernement autrichien n\u2019encouragent les mouvements parallèles dans les autres nations et puisse même y favoriser une victoire électorale.Même si M.Haider et ses partisans ne sont pas des Nazis, ils représentent un danger pour la civilisation européenne.Faisant partie du gouvernement, ils introduisent un discours public anti-démocratique, légitimant le ressentiment raciste, l\u2019opposition au pluralisme et la banalisation des droits humains.Si les gouvernements européens ne dénoncent pas la présence de l\u2019extrême droite dans le gouvernement autrichien, ils encouragent les courants de la droite dans leur propre pays et mettent en danger l\u2019avenir démocratique de l\u2019Europe.Le conflit politique actuel est une affaire européenne.Si d\u2019autres pays comme les États-Unis, le Canada ou Israël participent à cette réaction, ils devraient appuyer les initiatives européennes et ne pas agir sans consulter leurs partenaires en Europe.¦ Gregory Baum LA NÉGOCIATION DANS LE SECTEUR PUBLIC Tels des chirurgiens devant le succès des médecines douces, les ténors syndicaux laissent croire que la guerre a bien eu lieu.Les observateurs des relations de travail savent que, dans le joyeux monde de la négociation collective, la tâche de la partie qui s\u2019appelle le syndicat n\u2019est généralement pas une sinécure.Les victoires sans péril sont rarissimes.C\u2019est pourquoi le «bon règlement» survenu à l\u2019aube de l\u2019année dans les conventions du secteur de la santé, de l\u2019éducation et de la fonction publique, alors que les travailleurs avaient majoritairement refusé de suivre la recommandation de grève de leurs dirigeants, en a estomaqué plusieurs.Après la capitulation déchirante des infirmières, l\u2019été dernier, qui jouissaient pourtant d\u2019une cote d\u2019amour absolue auprès de la population, malgré l\u2019illégalité de leur grève, et le refus massif de la base du front commun, à l\u2019automne, de dresser les barricades de l\u2019arrêt de travail, une sortie peu glorieuse était prévisible.On s\u2019attendait à ce que, groupe par groupe, les travailleurs concernés finissent par passer à genoux sous les fourches Caudines du 5% pour trois ans du Premier ministre Lucien Bouchard.D\u2019un regroupement syndical à l\u2019autre, la satisfaction face à l\u2019entente obtenue, à quelques nuances près, est pratiquement mur à mur.Les commentaires des porte-parole sont éloquemment positifs, presque dithyrambiques: «Une bonne entente», «Des conclusions favorables», «Des gains majeurs», «Victoire sur toute la ligne».Non seulement le 5% a été largement dépassé, mais plusieurs demandes qui traînaient depuis longtemps comme la charge de travail, le mouvement de personnel, la sous-traitance, la précarité, la bonification du régime de retraite, l\u2019amélioration de l\u2019assurance collective.ont été solutionnées de façon concluante.Quand on cherche le pourquoi d\u2019un règlement aussi avantageux en l\u2019absence de moyens de pression lourds, les explications se font plus évasives.Tels des partisans de la chirurgie radicale un peu interloqués devant le succès des médecines douces, les principaux ténors syndicaux, qui quelques mois auparavant recommandaient la ligne dure, tendent à adopter un langage un tantinet ambigu, laissant croire que la guerre a quand même eu lieu.On dit que cela n\u2019a pas été facile, que le règlement a été concédé à l\u2019arraché, que même si la grève a été rejetée, la mobilisation était significative et soutenue.Marc Laviolette, président de la CSN, avec lequel nous avons voulu échanger sur la négociation en question et sur sa vision des enjeux syndicaux de l\u2019heure, n\u2019y va pas par quatre chemins pour expliquer la qualité du règlement intervenu.«Nous avions, il est vrai, un problème de rapport de force, précise-t-il d\u2019emblée, mais les résultats ont été bons parce que le gouvernement était aussi faible que nous.Nous avions besoin d\u2019une convention et lui avait besoin d\u2019améliorer son image.Il avait perdu des plumes avec les infirmières, avec les camionneurs aussi, que la population appuyait, la situation dans le secteur de la santé lui entrait dans le corps; le taux de satisfaction à son endroit était en chute, le parti libéral lui faisait la vie dure dans les sondages, Ottawa attaquait avec son projet de loi sur la clarté.Bref, politiquement, il avait besoin lui aussi d\u2019un bon règlement.» Pour ce nouvel acteur majeur sur la scène québécoise, qui vient à peine de fêter la moitié de sa première année à la présidence de la CSN, du «mouvement CSN», selon le langage interne de la centrale, le gouvernement actuel est trop collé sur le patronat et il est en train radicalement de s\u2019éloigner de la question sociale.Il observe que le gouvernement semble faire une équation entre la question nationale et l\u2019alliance avec les patrons.Selon lui, c\u2019est contre-productif.Cependant, cela n\u2019empêche pas notre protagoniste syndical d\u2019être lui-même un souverainiste vigoureux.À l\u2019heure où le Fédéral a les poches pleines de «cash» pour imposer sa vision du pays, il considère 70 relations avril 2000 face à l\u2019actualité la souveraineté du Québec plus nécessaire que jamais.Et, animé de la foi du charbonnier ou d\u2019un Jacques Parizeau, il ne doute pas qu\u2019elle se fera.Rien en lui de l\u2019adepte du pays incertain.Tout simplement et calmement, il compte: «40% de oui la première fois, 49% la deuxième fois, la troisième fois, on devrait normalement gagner».Malgré l\u2019importante érosion quantitative de la présence syndicale survenue au Québec au cours des dernières années, le nouveau président de la CSN ne voit pas de diminution de l\u2019influence réelle et du rôle social du syndicalisme.Pour lui, le syndicalisme est encore aujourd\u2019hui la principale contrepartie au discours néo-libéral, la véritable opposition, un moteur significatif de partage de la richesse.Dans l\u2019actuelle période d\u2019expansion économique, le partage de la richesse est une priorité pour lui.Dans son premier discours comme président de la CSN, en mai dernier, il proclamait: «Le temps des sacrifices est derrière nous.Les travailleuses et les travailleurs vont récupérer leur pouvoir d\u2019achat».Il en est encore plus convaincu aujourd\u2019hui.Conscientisé à la force de «l\u2019action collective» dès ses premières occupations étudiantes au Cégep de Valleyfield; ensuite par la mobilisation syndicale, notamment par son engagement dans l\u2019importante lutte contre la contamination au mercure à la Stanchem de Beauharnois (maintenant PPG-Canada) ou par la bataille qu\u2019il a menée comme président du syndicat pour la conversion industrielle de l\u2019usine de production militaire Expro, où les travailleurs se sont organisés en coopérative et sont devenus actionnaires, Marc Laviolette considère le syndicalisme comme un processus social dont le sens et l\u2019utilité ne sont souvent compris qu\u2019après coup.Évoquant l\u2019hommage rendu récemment par la population de Salaberry-Valleyfield aux travailleurs qui ont mené la lutte d\u2019organisation syndicale à la Montreal Cotton en 1946, où la syndicaliste Madeleine Parent a été emprisonnée, il affiche la détermination tranquille de ceux qui ont le sens de l\u2019histoire.Le président Laviolette manifeste aussi l\u2019angoisse du chef d\u2019entreprise réaliste qui sait que pour avoir historiquement raison, il faut s\u2019organiser.Préoccupé par la baisse des effectifs et par l\u2019organisation des non syndiqués, il suit de très près l\u2019évolution de l\u2019organisation des nouveaux syndicats.Le droit à la syndicalisation et la négociation est sa principale priorité.L\u2019expérience LA BIOSÉCURITÉ: UNE PREMIÈRE ANALYSE Le protocole international qui a vu récemment constitue un bon point de départ.Une cinquantaine de ministres de l\u2019Environnement et 180 délégations gouvernementales réunis récemment à Montréal (24-29 janvier) ont abouti à un protocole international sur la biosécurité, qui a pour objectif de préserver la biodiversité dans le cadre du commerce international d\u2019organismes génétiquement modifiés (OMG).Le protocole de Cartegena sur la prévention des risques lui révélant que l\u2019avenir du syndicalisme est dans le secteur privé, il est préoccupé par l\u2019énormité du défi que représente cet avenir dans la nébuleuse qu\u2019est devenu le monde du travail.Conçu pour les entreprises plutôt grandes et sédentaires, le modèle syndical doit ramer avec force et créativité pour s\u2019adapter à la mouvance actuelle.Même si elles font la loi, les grandes entreprises ne créent plus d\u2019emplois.Les nouveaux emplois se créent désormais dans les très petites entreprises, par la multiplication des travailleurs indépendants, autonomes, hors normes.La syndicalisation veut dire sortir des sentiers battus: regrouper plusieurs petits milieux de travail dans un même syndicat, aller vers les autonomes, les alternatifs, rassembler les statuts spéciaux.Ce n\u2019est pas un accident de parcours si on retrouve à la CSN des acuponcteurs et autres alternatifs et si on peut voir le président faisant des discours sur les lignes de piquetage des camionneurs indépendants.Cependant, bien que très réel, tout cela demeure encore informel parce que non prévu dans la loi.Pour que cela le devienne, la CSN prépare ses propositions et munitions pour une réforme en profondeur et en largeur du Code du Travail.Formé en animation culturelle à l\u2019UQAM, rompu à la pratique de l\u2019organisation communautaire, présentant une trajectoire syndicale éloquente et gagnante, connaisseur de la culture coopérative par son expérience à Expro, militant dans sa jeunesse du Parti communiste ouvrier, Marc Laviolette est aujourd\u2019hui un homme de 50 ans qui a la certitude que la «mobilisation réfléchie» peut changer les choses.A-t-il un projet de société alternatif?Est-il toujours socialiste?Dans l\u2019âme et dans la lumière intérieure qui le fait courir, c\u2019est évident qu\u2019il veut transformer la société.Mais comment exprimer cela aujourd\u2019hui?L\u2019économie sociale?Il croit en la capacité qu\u2019ont les milieux de se donner les moyens de résoudre les problèmes qui les concernent.Mais il ne veut pas d\u2019une économie sociale qui ait l\u2019air de cautionner le désengagement de l\u2019État.Son leitmotiv intérieur le plus consistant et le plus récurrent est finalement la démocratisation: le contrôle des milieux de travail par les travailleurs, des milieux de vie par les populations, bref, le développement d\u2019une culture de l\u2019autodétermination.¦ Joseph Giguère le jour à Montréal biotechnologiques est le résultat d\u2019une série de négociations laborieuses, rendues plus difficiles encore par les tentatives d\u2019obstruction d\u2019une faible minorité de pays exportateurs d\u2019OGM (Canada, États-Unis, Argentine) alliés à l\u2019Australie, le Chili et l\u2019Uruguay, qu\u2019on appelle le «groupe de Miami».Dans l\u2019ensemble, Greenpeace est satisfait du protocole parce qu\u2019il constitue une étape historique pour protéger l\u2019environnement relations avril 2000 71 face à l\u2019actualité et les consommateurs des risques liés au génie génétique.Bien qu\u2019imparfait, le protocole représente une base solide pour la prévention et l\u2019élimination de la pollution génétique.Le protocole comporte plusieurs éléments positifs et novateurs.-\tLa base pour la prise de décision sous le protocole est le principe de précaution.Ce principe est explicitement mentionné dans le préambule et les articles 1, 10(6) et 11(6).Les pays du groupe de Miami ont échoué dans leur tentative répétée de vider le principe de précaution de son contenu en suggérant que le fardeau de la preuve soit mis sur les importateurs d\u2019OGM plutôt que sur les compagnies biotechnologiques et les pays exportateurs.-\tLe protocole n\u2019est pas supposé être subordonné à l\u2019OMC (Organisation mondiale du commerce) mais devrait au contraire être complémentaire «en vue de l\u2019avènement d\u2019un développement durable».Le protocole sera désormais l\u2019accord international le plus pertinent dans le domaine des OGM.-\tLe protocole établit des procédures internationales «d\u2019accord préalable en connaissance de cause.avant le premier mouvement transfrontalier intentionnel d\u2019organisme vivant modifié (OVM)».Cet accord préalable inclut notamment des règles sur la notification, un accusé de réception formel, une procédure et un examen des décisions.Un des points positifs (pour les pays en voie de développement notamment) est que l\u2019absence de décision de la part d\u2019un pays importateur ne constitue pas un consentement (Art.10(5)).-\tLe protocole établit pour la première fois des règles internationales sur la manipulation, le transport, l\u2019emballage et l\u2019identification des OVM.-\tLe protocole prévoit aussi le développement de règles internationales sur la responsabilité et les réparations en cas de désastres écologiques causés par la pollution génétique résultant de mouvements transfrontaliers d\u2019OVM.-\tLe protocole inclut également des références explicites à la «conservation et l\u2019utilisation durable de la diversité biologique» et la santé humaine dans l\u2019évaluation des risques liés à l\u2019importation d\u2019OVM.Bien entendu, il existe un certain nombre de faiblesses et d\u2019ambiguïtés dans le protocole.-\tLe protocole ne porte que sur les organismes vivants modifiés (OVM).Il exclut les OVM «destinés à être utilisés en milieu confiné» et crée une distinction théorique entre OVM et les produits dérivés.Dans la réalité, il sera difficile de maintenir une distinction stricte entre des grains modifiés génétiquement et destinés à une transformation (en farine par exemple) et des semences génétiquement modifiées.Seul un cadre international strict pourra garantir le respect de cette distinction dans la pratique.-\tIl est trop tôt pour évaluer comment la «complémentarité» entre le protocole sur la biodiversité et les règles du commerce international va s\u2019appliquer dans la réalité.Au moins le protocole sur la biosécurité n\u2019est-il pas explicitement subordonné aux règles de l\u2019OMC! -\tDes sections importantes du protocole (comme l\u2019identification des OVM pour une utilisation directe dans la nourriture ou les règles de responsabilité et de réparation) ne prendront effet que quatre ans après sa ratification, qui elle-même ne se produira que lorsque 50 pays auront ratifié formellement le protocole.En terme réel, cela signifie que pendant cinq ou six ans au moins, il y aura un vide juridique que les compagnies biotechnologiques ne manqueront pas d\u2019exploiter.Néanmoins, le respect de l\u2019esprit du protocole devrait constituer une défense morale et politique importante.-\tLe groupe de Miami a arraché, à la dernière minute, une concession importante qui porte sur les règles d\u2019étiquetage des OVM destinés à une utilisation directe, comme nourriture ou comme matière première de transformation.L\u2019étiquetage inclura uniquement la mention vague: «Pourrait contenir des OGM» pour ce type d\u2019OVM importé.En conclusion, le protocole sur la biodiversité constitue un bon point de départ, mais dont l\u2019efficacité réelle sera mesurée par les résultats des négociations à venir et sa mise en place concrètement.Se basant sur le principe de précaution, Greenpeace maintient une position ferme contre la pollution génétique causée par les émissions d\u2019OGM.Greenpeace demande que le gouvernement canadien signe et ratifie le protocole dans les plus brefs délais.Au minimum, le gouvernement fédéral devrait enfin reconnaître qu\u2019une majorité croissante de consommateurs devraient avoir le droit de choisir des produits alimentaires sans OGM (étiquetage obligatoire).Pour leur part, les secteurs de l\u2019alimentation et de la distribution doivent (comme en Europe) s\u2019ajuster rapidement aux demandes des consommateurs afin de mettre fin aux incertitudes auxquelles le milieu agricole doit faire face.¦ Éric Darier Greenpeace LES SOIRÉES RELATIONS SUR CASSETTES VIDÉOS Quelques sujets disponibles (on peut demander la liste complète): \u2022 Allocation universelle (17-11-97) \u2022 Javier Giraldo: «Droits humains.en Colombie» (09-12-97) \u2022 Déclaration universelle des droits 1948-1998 (19-01-98) \u2022 Le Jubilé: on remet le monde en ordre! (16-02-98) \u2022 L\u2019Afrique: incapacité ou refus?(20-04-98) \u2022 La démocratie municipale à Montréal (21-09-98) \u2022 Solidarité internationale et libre-échange (19-10-98) \u2022 Faudra-t-il encore enseigner la religion dans une école déconfessionnalisée?(16-11 -98) \u2022 Projet de loi sur l\u2019élimination de la pauvreté (18-01 -99) \u2022 Nouvelle problématique de l\u2019écologie (15-02-99) \u2022 Diagnostic de notre système de santé (15-03-99) \u2022 Le suicide (12-04-99) \u2022 Défis posés à la transmission de la foi (18-10-99) \u2022 Pour mieux comprendre la justice réparatrice.Parlons du pardon (15-11 -99) \u2022 Sommet du Québec et de la jeunesse: place aux jeunes?(14-02-00) Achat: 27,00$ par cassette.Location (10 jours) : 9,00$ par cassette.Ces prix incluent la TPS et TVQ.Frais d\u2019expédition en sus.Chèques ou mandats-poste à l\u2019ordre du Centre justice et foi.Bien préciser le sujet de la cassette.S\u2019adresser à Pauline Roy.Centre justice et foi, 25 Jarry Ouest, Montréal H2P 1S6 Tél.: (514) 387-2541 72 relations avril 2000 (lie: i espace à habiter ACTION LOCALE ACTION MUNICIPALE par Guy Dufresne A l\u2019aube du XXIe siècle, le Québec compte plus de 1348 municipalités, dont l\u2019immense majorité (1145) regroupent moins de 5000 habitants.Cette situation explique la volonté du gouvernement du Québec de restructurer le paysage municipal.Pourtant, au-delà des préoccupations de fusions envisagées dans une stricte perspective d\u2019économies d\u2019échelle, les questions concernant l\u2019action citoyenne et la démocratie sont au coeur des enjeux de la restructuration du monde municipal.Les multiples dimensions qui constituent la trame d\u2019une collectivité municipale ne sont pas qu\u2019affaire d\u2019administration.Les relations politiques vécues à l\u2019échelle de ces collectivités locales impliquent les notions d\u2019appartenance et d\u2019identité.La réalité municipale apparaît alors moins économique que sociale et politique, elle concerne ainsi moins des clients que des citoyens.L\u2019implication des citoyennes et des citoyens dans le milieu local et dans les institutions municipales rend possible une expression authentique et pluraliste du milieu d\u2019appartenance.Ainsi, un dispositif de gouvernance locale, fondée sur le partenariat et l\u2019interdépendance, permet aux acteurs locaux d\u2019exercer une emprise sur leur milieu de vie.La situation des femmes, en particulier, permet de saisir et de préciser l\u2019importance de la gouvernance locale en terme d\u2019action dans le milieu et de rapports avec les instances municipales.Par son article «La gouvernance locale», Caroline Andrew vient éclairer la contribution et le rôle des femmes dans la construction du milieu local.Les pratiques novatrices de la gouvernance locale fondée sur le partenariat rendent possible un renforcement de l\u2019identité et de l\u2019appartenance locale.Les municipalités ont toutefois à explorer différentes formes de gouvernance locale, car en cette matière il n\u2019y a pas de modèle unique.Les collectivités locales sont en transformation.La vie des différents quartiers se modifie peu à peu, des formes nouvelles de solidarités et de «vivre ensemble» apparaissent comme autant de signes de pulsions de vie dans un univers de marché économique.L\u2019importance de l\u2019action citoyenne demande que cesse la méfiance des gouvernements envers la capacité d\u2019action démocratique des citoyens et que soit prise en compte la démocratie locale.Anne Latendresse nous invite à l\u2019accompagner dans son exploration de la citoyenneté locale montréalaise.À travers les nombreux réseaux en interactions, vivre ensemble sur un territoire implique de tisser des liens sociaux qui sont tout à la fois la source et le produit de l\u2019appartenance et de l\u2019identité collective.Le territoire municipal est dès lors un espace d\u2019action en raison des rapports que nouent les acteurs locaux, engagés dans sa construction incessante.Parallèlement à l\u2019émergence de diver- ses formes de gouvernance locale et de participation citoyenne, on assiste à une fragmentation de plus en plus grande de l\u2019aménagement urbain.Le risque est grand de voir se former des enclaves protégées du monde, des oasis ou des aquariums, servant de relais entre le centre d\u2019achat et le bureau.Les partisans de l\u2019autonomie de l\u2019île des Soeurs à l\u2019égard de Verdun sont souvent accusés de favoriser cette dynamique de la fragmentation et de l\u2019isolement des nantis.Alain Sterck retrace l\u2019histoire de ce mouvement autonomiste.Si celui-ci ne peut être comparé aux villes forteresses qui se développent aux États-Unis, il montre néanmoins que l\u2019action citoyenne locale peut parfois nourrir une conception étroite du bien commun.Dans un monde de plus en plus fragmenté, la dimension humaine qui fait la ville et les quartiers doit être renforcée en reconnaissant que des acteurs politiques de la communauté de première proximité sont nécessaires, et que les actions de cette collectivité fondamentale sont parfaitement légitimes.La gouvernance locale s\u2019inscrit au coeur de la redéfinition des pratiques du milieu pour permettre aux acteurs individuels et collectifs d\u2019assurer des choix et la mise en oeuvre de ceux-ci.L\u2019importance de l\u2019action citoyenne demande que cesse la méfiance des gouvernements envers la capacité d\u2019action démocratique des citoyens et que soit prise en compte la démocratie locale dans la restructuration du monde municipal au Québec.L\u2019organisation des instances municipales n\u2019est pas qu\u2019affaire de ministres et de fonctionnaires, la cité demeure avant tout un espace citoyen.¦ À LIRE DANS NOS PROCHAINS NUMÉROS Les «bonnes» affaires des compagnies minières canadiennes en Afrique Regard sur les réserves amérindiennes aux États-Unis Bouleversements médiatiques: quel espace pour la démocratie?74 relations avril 2000 LA GOUVERNANCE LOCALE par Caroline Andrew1 LM idée de «gouvernance» et l\u2019utilisation récente du mot J comportent de multiples significations.Comme tout terme à la mode, cette idée apporte ambiguïtés, I contradictions et richesses.La gouvernance permet de regarder l\u2019ensemble des moyens par lesquels une communauté se donne une direction face à l\u2019avenir.Elle déborde les institutions politiques formelles et inclut la reconnaissance de la multitude des acteurs - individus, organismes et agences - qui prennent part aux décisions pour donner une direction à cette communauté.De façon simpliste, on peut représenter la gouvernance sous la forme d\u2019un triangle composé de l\u2019État, du marché et de la société civile.La gouvernance réside dans l\u2019ensemble des interrelations qui se jouent entre les trois points du triangle.Je veux explorer cette notion en regardant la question du rôle des femmes dans l\u2019action locale et municipale.Le terme de gouvernance permet de mieux situer les femmes sur la scène locale.Nous connaissons depuis très longtemps le rôle joué par celles-ci dans toutes sortes d\u2019actions locales - ici et à travers le monde.Mais ces activités sont 1.L\u2019auteure est doyenne de la Faculté des sciences sociales à Ottawa.rarement incluses dans la sphère de la politique formelle.Elles ne «comptent» pas dans le gouvernement.Pire, souvent on ne les «voit» pas.Regardées sous l\u2019angle de la gouvernance, ces femmes deviennent un peu plus visibles.Les heures de travail passées dans les conseils d\u2019école, les conseils d\u2019administration des garderies, mais également les heures de travail consacrées à l\u2019organisation plus informelle de la surveillance des enfants dans les parcs et les terrains de jeux - sans parler des soins informels aux parents, aux enfants, aux voisins - prennent une autre dimension.Les commissions scolaires - structures politiques pourtant formelles - ont rarement été perçues comme faisant partie du gouvernement local.On les perçoit comme faisant partie de la gouvernance.Les informations présentées par le Secrétariat à la condition féminine confirment ces impressions; si les femmes n\u2019occupent que 10% des mairies et 22% des postes de conseillers municipaux, elles tiennent 37% des sièges des régies régionales de la santé et des services sociaux et 48% des postes de commissaires dans les commissions scolaires.Une autre manière de voir La «gouvernance» peut être une bonne nouvelle pour les femmes: elle permet de «montrer» que le gouvernement, et donc les décideurs politiques, n\u2019ont pas la capacité d\u2019organiser la société comme ils le veulent.Au niveau municipal, ce constat fait en sorte, par exemple, que la planification n\u2019est plus comprise comme un effort de contrôler et de modeler la ville, mais comme un effort de travailler avec les autres acteurs de façon à diriger les forces dans la direction voulue.L\u2019ancienne vision de zonage imposant une organisation du territoire unifonctionnelle cède la place à une vision moins basée sur l\u2019obligation et le contrôle.relations avril 2000 75 dossier Elizabeth Wilson, dans un très beau livre intitulé The Sphinx in the City (1991), démontre comment cette volonté d\u2019imposer un ordre sur la ville, de la diviser en zones étanches (résidentielles, industrielles, commerciales) est parallèle et très liée à la volonté masculine de contrôler les femmes, pour prévenir le danger du désordre qu\u2019elles représentent.Protéger les «bonnes» femmes, pénaliser les «mauvaises» - cette idée fait partie de la volonté d\u2019assainir les villes - mais en les contrôlant, en imposant un zonage qui segmente et qui cantonne.La nouvelle vision de la planification impliquerait donc de ne plus protéger ou pénaliser les femmes et de vivre l\u2019urbanité de la ville avec son désordre et ses juxtapositions incongrues.Elle impliquerait également l\u2019acceptation d\u2019une pluralité de fonctions et de populations, et donc l\u2019acceptation de la diversité.Les femmes en sortiraient évidemment gagnantes, parce que ce sont elles qui portent le plus lourdement le fardeau de la ville segmentée.Elles l\u2019ont toujours porté, mais avec leur entrée massive sur le marché du travail rémunéré, elles le portent encore davantage (tout en gardant la responsabilité première du travail domestique et des soins des enfants).Ce fardeau s\u2019est même alourdi récemment avec les coupures dans les dépenses publiques.Il entraîne une implication plus grande, assumée majoritairement par les femmes, dans les soins prodigués aux parents et aux proches.La «conciliation» du travail et de la famille passe encore par l\u2019organisation de la ville en quartiers monofonctionnels, avec des systèmes de transport public inflexibles et inadéquats.En théorie et en pratique, il faut reconnaître qu\u2019il est impossible de séparer le travail domestique, le travail communautaire et le travail rémunéré.Cette approche constitue alors une meilleure base pour penser la ville et la planification urbaine.Cette reconnaissance s\u2019opère plus facilement en partant de la gouvernance que du gouvernement, à la condition que les femmes - et les femmes dans toute leur diversité - prennent part aux processus de planification et de décision.Les femmes ont été très présentes dans de nombreux lieux de gouvernance locale, mais elles n\u2019ont pas été suffisamment visibles pour insister sur la légitimité de leurs besoins.Il est également important que toute la diversité des femmes soit reconnue et prise en compte.D\u2019ailleurs, une des idées qui sous-tend la gouvernance est l\u2019abandon d\u2019une vision hiérarchique de la société au profit d\u2019une vision autre, avec des réseaux horizontaux plus nombreux, plus forts et plus centraux dans les processus de décision.La gouvernance devrait impliquer la vraie reconnaissance de l\u2019autre et donner voix à ceux et celles qui n\u2019en ont pas: les groupes «exclus» de nos sociétés, les pauvres, les femmes âgées, les mères monoparentales.Et même si Montréal, et donc notre imaginaire collectif urbain, échappe partiellement, pour le moment, aux tendances fortes de polarisation que connaissent les grandes villes, ces tendances guettent toutes nos villes.Une plus grande place donnée à l\u2019action locale des femmes qui tentent de reconstruire nos villes comme des lieux où il est plus facile de vivre est donc un pas dans la bonne direction.Il est nécessaire de reconnaître que ces actions rendent la ville plus habitable pour tous.Elles sont indissociables d\u2019une reconnaissance de la diversité et donc, potentiellement de toutes les diversités: raciale, ethnique, d\u2019âge, d\u2019orientation sexuelle, d\u2019habilité, de classe, etc.Des paradoxes C\u2019est au moment de réfléchir aux mécanismes par lesquels cette reconnaissance peut s\u2019effectuer que les paradoxes de la gouvernance apparaissent.Comme Guy Chiasson le soulignait dans un récent numéro d\u2019Économie et Solidarités (30-2, 1999), la gouvernance a l\u2019avantage de décentraliser l\u2019État dans l\u2019analyse des processus de vie et de changement urbains, mais elle a parfois l\u2019inconvénient de trop le décentraliser, voire même de le perdre totalement.Dire que la gouvernance représente l\u2019acceptation du rôle des multiples acteurs de la vie sociale est une chose.Mais dire que la gouvernance revient à traduire le poids des acteurs privés les plus pesants dans toutes les décisions, politiques et sociales, en est une autre.La gouvernance peut malheureusement faciliter l\u2019acceptation d\u2019une multiplicité de lieux de décision, au détriment des véritables lieux de débat et de décision politiques.C\u2019est d\u2019ailleurs un piège particulièrement coûteux pour les femmes.Elles ont été si longtemps exclues du secteur public, et elles ont eu tant de difficulté à obtenir une place, qu\u2019il ne faudrait pas jeter le bébé avec l\u2019eau du bain.Il faut reconstruire et renforcer les lieux politiques locaux.Ce qui n\u2019exclut pas des processus d\u2019alliance, de partenariat et de collaboration entre l\u2019État, la société civile et le marché.Une société civile forte n\u2019implique pas nécessairement un État faible.Au contraire, la société civile a besoin d\u2019un État fort pour s\u2019épanouir et pour permettre sa pleine contribution.Nous arrivons donc à la politique municipale et à l\u2019importance pour les femmes d\u2019investir beaucoup plus massivement ce palier.Ce n\u2019est d\u2019ailleurs pas une coïncidence si le gouvernement du Québec, via son Secrétariat à la condition féminine, veut également encourager les femmes à investir les paliers locaux.Dans cette période de coupures budgétaires et de préoccupation fiscale, le gouvernement a mis cinq millions de dollars dans un programme de cinq ans, À égalité pour décider, afin de subventionner les projets de groupes de femmes locaux et régionaux (et autres groupes communautaires), axés sur l\u2019augmentation du nombre de femmes dans des postes décisionnels, au niveau local et régional.Les raisons sont claires.Le gouvernement du Québec veut, comme tous les gouvernements, décentraliser les responsabilités, pour assainir ses finances aux dépens des paliers plus locaux.Un des obstacles majeurs à la réalisation de cette stratégie au Québec est la crainte du mouvement des femmes par rapport à la décentralisation, crainte bien justifiée si on examine le bilan des municipalités sous l\u2019angle des rapports sociaux de sexe.Puisque le gouvernement a également des inquiétudes à l\u2019égard de l\u2019inflexibilité et de l\u2019inefficacité du fonctionnement actuel des municipalités, l\u2019idée d\u2019encourager les groupes de femmes à participer davantage au palier municipal peut viser deux objectifs: diminuer l\u2019opposition du mouvement des femmes à la décentralisation et améliorer le fonctionnement municipal par un élargissement et une démocratisation de la participation.Acheter la paix par rapport à la décentralisation avec une stratégie qui, en même temps, peut accroître la capacité municipale: voici une idée intéressante pour un gouvernement! Notre argument pour la participation accrue des femmes à la politique municipale n\u2019est pas identique à celui du gouvernement du Québec, mais il n\u2019est pas très différent non plus.Une participation accrue des femmes à la politique municipale aurait un effet de démocratisation, et même un effet pouvant aller bien au-delà de la vision gouvernementale.76 relations avril 2000 Par exemple, si la présence des femmes était beaucoup plus forte au palier municipal, il y aurait des pressions pour que les municipalités prennent en charge des dossiers dont elles n\u2019ont pas la charge maintenant, des dossiers qui intéressent les femmes.Les municipalités au Québec n\u2019ont à peu près aucune responsabilité dans les domaines sociaux.À cause de la division actuelle du travail et des responsabilités, ce sont des domaines qui intéressent les femmes et où les femmes sont massivement présentes.Les CLSC, les réseaux de garderies, tous les réseaux de services sociaux et de santé n\u2019ont à peu près aucun lien avec le palier municipal, à l\u2019heure actuelle, mais ce sont des secteurs d\u2019activité très importants pour la vie communautaire.Ailleurs dans le monde, ce sont des secteurs qui relèvent généralement de la responsabilité municipale.Les raisons pour lesquelles ce n\u2019est pas le cas ici au Québec relèvent d\u2019un mélange complexe d\u2019ingrédients.Cela tient à l\u2019importance politique accordée à l\u2019égalité, et donc à la centralisation; à la centralité politique et donc au pouvoir du gouvernement du Québec, mais également au personnel politique et administratif municipal, très lié aux dossiers de la profitabilité du développement immobilier local, et donc très sensible à l\u2019importance du rôle municipal dans le domaine des infrastructures.Au Québec, le personnel politique et administratif possède une forte vision de l\u2019importance des secteurs so- ciaux, tels l\u2019éducation, la santé, les services sociaux.La présence nettement plus grande des femmes dans le personnel politique municipal aurait un effet d\u2019entraînement sur le personnel administratif municipal et sur les dossiers municipaux - mais seulement à condition de réaliser une présence «nettement» plus grande des femmes.Il faut instaurer un pouvoir politique municipal qui ne soit pas une simple réflexion du pouvoir du marché.Nous avons suffisamment travaillé la question de la représentation minoritaire des minorités pour savoir qu\u2019elle n\u2019a pas grand effet.Il faut une représentation au moins substantielle des minorités pour changer les dynamiques de représentation.D\u2019ailleurs, un des obstacles à la présence accrue des femmes dans la politique municipale est justement les responsabilités actuelles des municipalités.Les décisions sur l\u2019emplacement des égouts sont, par exemple, d\u2019une importance capitale pour les femmes.Cela concerne la forme du cadre bâti de la ville et donc l\u2019organisation physique des activités rési- dentielles, commerciales, industrielles.Mais, dans la réalité quotidienne de nos vies actuelles, ce n\u2019est pas un domaine que les femmes investissent massivement.Il est étiqueté comme une question réservée aux ingénieurs et nous savons que le génie est le dernier bastion d\u2019études encore massivement masculin.Les femmes travaillent surtout dans les domaines de l\u2019éducation, de la santé et des services sociaux, et leurs responsabilités familiales touchent les mêmes domaines.Les femmes se sentent donc plus compétentes et plus préoccupées par les questions d\u2019éducation, de santé et des services sociaux.C\u2019est au moins une des raisons pour laquelle elles sont beaucoup plus présentes dans les CLSC et les commissions scolaires que dans les municipalités.Il faut donc insister sur la capacité du pouvoir municipal d\u2019influencer la qualité de vie de nos communautés, en rendant plus clairs les liens entre les égouts et la conciliation de la famille et du travail, mais en insistant aussi sur les compétences actuelles et possibles des municipalités par rapport au transport public, à la sécurité urbaine, à l\u2019emploi.Le concept de gouvernance est donc à manier avec circonspection.Ou, image plus heureuse, il faut être préparé à jongler avec l\u2019idée de gouvernance pour bien rendre compte de la réalité et des défis qui attendent les femmes par rapport à l\u2019action locale et municipale.La gouvernance nous permet de situer l\u2019action locale des femmes.Celle-ci n\u2019est plus invisible ou marginale, elle devient partie intégrante des processus par lesquels une communauté ou une société se donne une direction pour son développement.Mais, en même temps, il faut être certain que l\u2019État, comme partie du triangle de la gouvernance, ne se perd pas.Il faut instaurer un pouvoir politique municipal qui ne soit pas une simple réflexion du pouvoir du marché dans nos sociétés actuelles.L\u2019action locale des femmes doit déborder sur la scène politique locale et tranquillement transformer cette scène politique pour la démocratiser, l\u2019ouvrir à toutes les diversités et l\u2019investir de capacités accrues d\u2019agir sur l\u2019amélioration de la qualité de la ^ vie urbaine, en célébrant l\u2019urbanité de la 8 ville et en tentant d\u2019élargir les avantages de ^ l\u2019urbanité à des couches de plus en plus o grandes de la population.-o | Reconnaître, célébrer et renforcer l\u2019ac-| tion locale des femmes est une des voies 2 à privilégier dans notre désir de créer les £ villes que nous méritons.¦ Dans une ville, l'emplacement des égouts revêt une importance capitale, en particulier pour les femmes.Mais c'est un domaine qu'elles investissent peu.relations avril 2000 77 dossier dossier VIVRE ENSEMBLE EN VILLE par Anne Latendresse1 Montréal, comme tant d\u2019autres villes nord-américaines, est confrontée à un processus de transformations socioéconomiques liées à la mondialisation des marchés et à l\u2019avènement des technologies.Celui-ci entraîne la fragmentation sociospatiale, l\u2019accroissement de la pauvreté urbaine dans certains quartiers et l\u2019exclusion d\u2019une partie grandissante de la population dont des jeunes et des immigrants.Comme bon nombre d\u2019autres villes du Nord et du Sud, Montréal doit donc relever le défi de «vivre ensemble en ville».Il s\u2019agit là d\u2019une nécessité, voire d\u2019un impératif si l\u2019on désire que cette ville appartienne réellement à ses citoyens et citoyennes.Pourtant à l\u2019heure actuelle, la scène urbaine et municipale montréalaise semble frappée d\u2019une crise de désaffection et de perte de légitimité.Il est alors difficile de définir une citoyenneté locale reposant sur la démocratie participative, l\u2019équité, l\u2019inclusion à la fois socioéconomique, générationnelle et culturelle.Bref, la crise politique montréalaise ne facilite pas la constitution d\u2019un projet visant à favoriser la démocratie locale.De multiples réseaux Certes, Montréal est dotée de multiples réseaux d\u2019acteurs sociaux engagés à défendre des enjeux urbains.En effet, rappelons que dès les années 1960 et 1970, de nombreux comités populaires et organismes communautaires ont vu le jour soit pour assurer la défense des droits des citoyens, soit pour offrir des services à la communauté.Ces années sont des années de luttes et de mobilisation des résidants qui réclament davantage d\u2019appui et de ressources de l\u2019État.Elles marquent également l\u2019émergence de luttes contre les grands projets de développement qui menacent notamment les logements ouvriers des quartiers centraux de la ville comme le quartier Centre-Sud.Durant cette même période, diverses formes de logement social sont expérimentées.Les HLM et coopératives de logement voient le jour, de même que les organismes qui développent ces modèles et en font la promotion.D\u2019autres organismes populaires ou communautaires se mettent également sur pied.Ils interviennent sur des questions aussi diverses que la santé, l\u2019alimentation, l\u2019environnement, l\u2019éducation populaire, l\u2019alphabétisation, etc.Très actives, ces organisations se consolident tout au long des années 1980 et occupent une place dorénavant reconnue et légitimée par la population et les dirigeants municipaux et provinciaux.À la fin des années 1980, on dénombrait environ 1500 organismes communautaires oeuvrant sur le territoire montréalais2.Le milieu des années 1980 est également marqué par l\u2019émergence de réseaux d\u2019organismes qui se regroupent non plus autour d\u2019un enjeu commun, comme par exemple le logement social, mais plutôt sur une base intersectorielle.En fait, deux réseaux d\u2019organismes, soit les corporations de développement économique communautaire (CDEC) et les tables de quartier, se mettent en place et développent des pratiques de concertation intersectorielle à l\u2019échelle d\u2019un quartier (ou d\u2019un arrondissement).Les tables de quartier regroupent, sur une base permanente, des organismes intervenant sur des enjeux spécifiques à partir d\u2019approches différentes, afin de mettre en commun leur connaissance des problèmes du quartier, d\u2019échanger de l\u2019information et parfois d\u2019élaborer des solutions communes visant l\u2019amélioration des conditions de vie du quartier3 4.La concertation intersectorielle leur permet de développer une compréhension et une vision plus globale des problèmes du quartier.Certaines tables de quartier comme la Table pour l\u2019aménagement du Centre-Sud, par exemple, travaillent dans une vision intégrée de l\u2019aménagement comprenant l\u2019activité économique et commerciale, la vie culturelle, le logement social, les espaces verts, le développement communautaire, bref, tout ce qui contribue à l\u2019amélioration de la qualité de la vie d\u2019un quartier.Par ailleurs, l\u2019approche localiste adoptée par les tables de quartier repose sur l\u2019idée que le territoire local, soit le quartier, constitue la base de référence du sentiment d\u2019appartenance des résidants et du partage d\u2019une identité collective.Il existe aujourd\u2019hui une vingtaine de tables de quartiers sur le territoire couvert par la Ville de Mont- 1.\tL\u2019auteure est chercheure associée au Center for Urban and Community Studies à l\u2019Université de Toronto.Elle tient à remercier Eric Shragge et Richard Morin pour leurs précieux commentaires.2.\tLouis Favreau, Mouvement populaire et intervention communautaire de 1960 à nos jours.Continuités et ruptures.Montréal, Le Centre de formation populaire/Les Éditions du fleuve, 1989.3.\tRichard Morin, Anne Latendresse et Claude Piché, «Les tables de concertation intersectorielles de quartier et les corporations de développement économique communautaire à Montréal», Rapport préliminaire.Projet de recherche L\u2019évolution récente de la vie associative à Montréal: le retour du territoire.Montréal, UQAM et INRS-Urbanisation, 1998.4.\tRichard Morin et Anne Latendresse, «La concertation et le partenariat à l\u2019échelle des quartiers dans la ville de Montréal: une contribution à la démocratie participative?», 78 relations avril 2000 réal qui sont elles-mêmes regroupées au sein de la Coalition montréalaise des tables de quartier.Pour leur part, les premières CDEC, soit celle de Pointe Saint-Charles (connue aujourd\u2019hui sous le nom de RESO et qui recouvre maintenant l\u2019ensemble du territoire du Sud-Ouest), celle de Centre-Sud (connue aujourd\u2019hui sous le nom de Centre-Sud/Plateau Mont-Royal) et la CDEST (qui oeuvre sur le territoire des quartiers de Mercier Est, Mercier Ouest et de Hochelaga-Maisonneuve) décident Le territoire local, soit le quartier, constitue la base de référence du sentiment d\u2019appartenance des résidants et du partage d\u2019une identité collective.d\u2019agir face au chômage élevé qui frappe les populations des quartiers anciennement industrialisés.Ces nouveaux organismes de concertation qui regroupent des groupes d\u2019acteurs aux intérêts divergents (milieux institutionnel, des affaires, syndical, communautaire ainsi que des résidants du quartier) adoptent l\u2019approche du développement économique local communautaire déjà expérimentée dans certaines villes américaines.Les corporations de développement économique communautaire se donnent texte de la communication présentée au Séminaire international sur la démocratie participative tenu à Porto Alegre, Brésil en novembre 1999.5.\tJean-Marc Fontan et Eric Shragge, «CED in Montreal.Community versus State Control?» in Eric Shragge (dir.), CED in Search of Empowerment, Montréal, Balck Rose Books, p.87-109, 1997.6.\tRichard Morin, «Communautés territoriales et insertion socioéconomique en milieu urbain» in Juan Luis Klein et Benoît Lévesque (dir.), Contrer l\u2019exclusion repenser l\u2019économie, Ste-Foy, Presses de l\u2019Université du Québec et Association d\u2019économie politique, p.247-265, 1995.7.\tBenoît Lévesque, «Repenser l\u2019Économie pour contrer l\u2019exclusion sociale de l\u2019utopie à la nécessité» in J.L.Klein et B.Lévesque (dir.), Contrer l\u2019exclusion repenser l\u2019économie, Ste-Foy, Presses de l\u2019Université du Québec et Association d\u2019économie politique, p.17-44, 1995.trois missions: l\u2019employabilité, c\u2019est-à-dire l\u2019aide à la réinsertion sur le marché du travail des individus qui en sont exclus, le soutien aux entreprises dans le but de maintenir et de créer des emplois ainsi que la mobilisation des acteurs locaux en vue de mettre de l\u2019avant des projets de développement économique* * * 4.Si au départ, leur projet et approche semblaient prometteurs dans la mesure où les CDEC misaient notamment sur le développement de pratiques économiques alternatives reposant sur la participation et le renforcement des populations locales (empowerment), la nature partenariale des relations qu\u2019elles entretiennent avec les gouvernements les place dans un rôle de sous-traitant, ce qui limite leur autonomie et leur capacité d\u2019engagement politique5.Par ailleurs, des études ont également souligné la faiblesse de la vie démocratique au sein des CDEC, tables qui misent sur le partenariat avec des secteurs déjà organisés plutôt que de concentrer leurs énergies à renforcer la participation des populations marginalisées socioéconomiquement, pour qui elles disent vouer leur travail6.Malgré cela, avec l\u2019appui des trois paliers gouvernementaux (fédéral, provincial et municipal), on assiste à la mise sur pied de CDEC dans tous les arrondissements du territoire de la ville.Les sept CDEC montréalaises sont regroupées au sein de l\u2019Inter-CDEC.Ce bref portrait du mouvement urbain montréalais fait preuve de la capacité d\u2019adaptation des organismes qui développent de nouvelles pratiques.Cela démontre également la capacité créatrice des acteurs sociaux de participer à la prise en charge des besoins de la population.En 1999, on estimait qu\u2019il y avait environ 2000 organismes communautaires oeuvrant sur le territoire montréalais7.Le dynamisme de ces groupes n\u2019est pas à démontrer.De même que leur apport à l\u2019amélioration de la qualité et du cadre de vie des habitants de la ville n\u2019est pas à remettre en cause.Par exemple, une étude récente portant plus spécifiquement sur les tables de quartier a démontré que leur action en matière de mobilisation, d\u2019animation du débat public et de médiation avec différents interlocuteurs, tant à l\u2019intérieur des tables qu\u2019à l\u2019extérieur, porte dans plusieurs cas des fruits.L\u2019intervention de ces tables a souvent un impact direct et concret sur le cadre de vie.relations avril 2000 79 Photo: Jean-François Leblanc/STOCK dossier Toutefois, le mouvement urbain montréalais, qui s\u2019est transformé et professionnalisé, ne doit pas être exempté d\u2019un regard critique quant à certains aspects de son évolution.Les actions collectives menées par ces groupes reposent en grande partie sur le travail d\u2019équipe de permanents qui, au fil des ans, ont développé des expertises reconnues tant à l\u2019interne, par les membres de leurs organismes, qu\u2019à l\u2019externe, notamment par des segments de l\u2019appareil politico-administratif municipal, provincial et fédéral.Ces derniers connaissent leurs dossiers de façon pointue et ont acquis des habiletés à communiquer qui leur ont permis de devenir des interlocuteurs des fonctionnaires et des élus.Cependant, la professionnalisation des organismes communautaires, la complexité des questions qu\u2019ils traitent, l\u2019approche de services adoptée par un grand nombre d\u2019entre eux et leur mise en réseau au sein des tables de concertation induisent des effets pervers.En effet, les attentes et les critères imposés par les bailleurs de fonds, les brefs délais de temps dans lesquels les organismes doivent agir (ou réagir) font en sorte que très souvent seuls les permanents sont en mesure de prendre des décisions.Ces exigences liées à des contraintes de temps et de ressources financières (de nombreux groupes opèrent dans des conditions de précarité quasi permanentes qui entraînent une rotation de personnel et très souvent l\u2019utilisation de programmes d\u2019employabilité) limitent grandement la capacité des organismes communautaires à développer et renforcer la participation de la population pour qui et avec qui ils travaillent.Les participants aux activités des organismes communautaires sont d\u2019ailleurs souvent désignés comme des «clients» ou des «bénéficiaires».Les processus de consultation ou de prise de décision liés à l\u2019apprentissage de pratiques démocratiques se retrouvent parfois ainsi escamotés.Au dire même de certains permanents, il n\u2019est pas rare que la participation de leurs membres ne se réduise en fait à une participation à des cours, des activités et parfois à l\u2019assemblée générale annuelle.Entre-temps, la quotidienneté de l\u2019organisme repose sur les épaules des permanents avec, parfois, l\u2019aide de bénévoles.Ces critiques sont bien sûr à nuancer.Il ne s\u2019agit pas ici de remettre en cause la représentativité des organismes comme certains pourraient être tentés de le faire.L\u2019étude sur les tables de concertation intersectorielle démontre clairement que la légitimité des organismes communautaires provient notamment de leurs membres, de leurs pairs et de leurs interlocuteurs.De plus, il ressort clairement que les organismes communautaires contribuent au «vivre ensemble en ville», mais de façon fragmentée.Par exemple, les tables de quartier contribuent au «vivre ensemble» à l\u2019échelle de leur quartier.L\u2019apport à la vie démocratique de leur quartier des citoyens et citoyennes de Pointe Saint-Charles ou de Milton Parc n\u2019est plus à démontrer.Mais qu\u2019en est-il des quartiers d\u2019Ahun-stic ou de Parc Extension qui ne possèdent pas un tel héritage social et politique?Par définition, l\u2019approche localiste adoptée par les tables de quartier et les CDEC à l\u2019échelle des quartiers prêche pour «vivre ensemble» à l\u2019échelle du quartier.Mais qu\u2019en est-il de l\u2019arrimage aux autres quartiers ou à l\u2019ensemble de la ville?Les organismes communautaires et les tables de concertation se sentent-ils concernés à l\u2019idée d\u2019élaborer et proposer un projet ou une vision de «vivre ensemble» à l\u2019échelle de la ville?Cherchent-ils à rattacher leurs pratiques à un projet politique lié à la culture, la citoyenneté et la démocratie locale pour l\u2019ensemble de la ville?Enfin, y a-t-il à Montréal, un espace public où débattre collectivement des enjeux plus globaux concernant la ville?Existe-t-il un lieu pour développer une pensée urbaine montréalaise ou pour discuter collectivement des différentes propositions de restructuration municipale, dont la fameuse proposition «Une île, une ville», qui auront des impacts importants sur la démocratie locale et sur la citoyenneté locale?Une crise de légitimité Bien sûr, la Ville de Montréal possède encore des instances de consultation publique comme les commissions permanentes (dont la Commission de développement urbain) ou les conseils de quartier où les citoyens peuvent se faire entendre.Mais, au-delà des critiques abondantes et fortement médiatisées sur le faire-semblant de la politique de consultation de la Ville de Montréal, particulièrement en ce qui concerne la Commission de développement urbain, les chiffres compilés par la Ville de Montréal illustrent la défection des lieux de consultation par les citoyens.Ces données laissent faci- lement croire à un désintéressement de la politique municipale de la part des Montréalais.Pourtant les récentes mobilisations pour contester le projet de développement de la Redpath ou encore la construction du Lowblaws dans le quartier Ahunstic Le mouvement urbain montréalais ne doit pas être exempté d\u2019un regard critique quant à certains aspects de son évolution.illustrent l\u2019intérêt de la population pour les questions de développement urbain et de gestion des affaires municipales.Il n\u2019y a pas que la Ville de Montréal, en tant qu\u2019institution publique, qui fait face à une désaffection de ses ouailles.La politique municipale et les partis politiques municipaux semblent aussi être boudés par les résidants de Montréal.Il y a bien eu des tentatives de partis politiques municipaux comme le FRAP (Front d\u2019action politique), le RCM (Rassemblement des citoyens et citoyennes de Montréal), le parti Montréal écologique et la Coalition démocratique de Montréal qui ont élaboré des programmes comportant des dimensions liées à la démocratisation de la politique municipale et à la participation des Montréalais aux débats concernant la ville.Certes, le bilan de ces expériences reste à faire.Le RCM, le seul de ces partis porté au pouvoir, a cherché, avec des limites, à porter un projet visant à «vivre ensemble en ville».Toutefois, la désillusion et le désenchantement de nombreux organismes communautaires face à certaines décisions et pratiques adoptées par ce parti a causé une distanciation avec le RCM.Depuis, celui-ci n\u2019a pas été en mesure de retisser les liens avec le mouvement urbain.Les nombreux départs et querelles, qui ont ébranlé ce parti durant la dernière campagne électorale, n\u2019ont en rien contribué à redonner confiance aux militants et à la population en général.Cette crise de confiance et de légitimité a coûté cher aux Montréalais car, jusqu\u2019à maintenant, le scepticisme des groupes communautaires règne face aux partis politiques municipaux.80 relations avril 2000 À la lumière de cette brève analyse, il semble que ni la Ville de Montréal, ni les partis politiques municipaux, ni les groupes communautaires ne sont en mesure aujourd\u2019hui de constituer un espace public où les Montréalais pourraient définir le «vivre ensemble en ville».Pourtant face aux défis posés par les restructurations économiques sur la scène mondiale qui ont des impacts directs sur la scène locale, face à ceux soulevés par la présence grandissante de nouveaux arrivants et enfin, face à la crise de légitimité que traverse la politique municipale montréalaise, n\u2019est-il pas urgent de se pencher sérieusement sur les questions de citoyenneté et de démocratie?Relancer le débat urbain Dans ce contexte, des militants ont donné naissance à FOCUS-Montréal, forum sur la citoyenneté, la vie urbaine et la société.Celui-ci veut être un forum indépendant et non partisan pour réfléchir et débattre des enjeux municipaux et urbains dans une perspective progressiste.L\u2019ambition de cette initiative vise donc à constituer un espace public pour repenser la ville, la citoyenneté et la démocratie locale.L\u2019une des étapes nécessaires à ce travail consiste notamment à relancer le débat avec la base, c\u2019est-à-dire les organismes communautaires, syndicaux ainsi qu\u2019avec la population en général.FOCUS-Montréal n\u2019entend pas créer un nouveau parti politique municipal.De même qu\u2019il n\u2019entend pas être une composante d\u2019un parti déjà existant.Il se veut plutôt un espace pour élaborer une réflexion critique sur des enjeux de citoyenneté locale, d\u2019inclusion, de démocratie participative et aussi de résistance à la mondialisation.FOCUS-Montréal considère d\u2019ailleurs l\u2019élaboration d\u2019alternatives démocratiques de gauche au courant néolibéral actuellement dominant comme étant d\u2019importance première pour l\u2019avenir de Montréal.Malgré ses maigres ressources organisationnelles, cette nouvelle initiative 8.Voir Paul Cliche, «Pas d\u2019alternance sans alternative.Le scrutin proportionnel à Montréal.Un outil indispensable à la démocratisation de la vie politique municipale», Montréal, FOCUS-Montréal, 75 p., 1999.sur la scène urbaine montréalaise a déjà à son actif de nombreuses activités dont une série de forums sur des thématiques très variées: «Quelles alternatives à Bourque inc?», «Villes et mondialisation: quelles avenues pour la démocratie locale?», «Montréal métropole ou métropauvre?», «Démocratie participative et citoyenneté à Porto Alegre, Brésil: le budget du peuple!» et enfin, «Pas d\u2019alternance sans alternative.Le scrutin proportionnel à Montréal».FOCUS-Montréal a donc le vent dans les voiles et sans doute la capacité de constituer, avec les autres acteurs sociaux montréalais, cet espace pour repenser le «vivre ensemble en ville».Toutefois, il devra faire la preuve de sa volonté de tisser des liens de solidarité avec tous les autres secteurs populaires de Montréal, en accordant une priorité aux groupes plus difficilement rejoignables, dont les jeunes, les femmes, les immigrants et tous les autres groupes marginalisés socioéconomique- ment.«Vivre ensemble en ville» nécessite Q, un travail de longue haleine pour rebâtir un O projet alternatif, rassembleur et crédible.En ce moment même, des citoyens de villes comme Porto Alegre au Brésil mè- \" nent des expériences innovatrices en matière de démocratie participative, en matière de planification et de gestion urbaine.Il n\u2019appartient qu\u2019aux Montréalais de faire preuve d\u2019imagination, de créativité et de ténacité! Enfin, un tel projet, bien qu\u2019il devrait être porté par le mouvement urbain et ses diverses composantes, ne peut se faire de façon complètement indépendante des institutions publiques.Tous les acteurs sociaux à Montréal qui ont à coeur leur ville devront se mettre ensemble pour réclamer haut et fort une réforme de ses institutions démocratiques (dont l\u2019adoption d\u2019un système de scrutin proportionnel)8 et ainsi rétablir la légitimité de la politique municipale et développer une démocratie participative.¦ Existe-t-il à Montréal un espace public où débattre collectivement des enjeux globaux concernant la ville?¦ relations avril 2000 81 Photo: Jean-François Leblanc/STOCK dossier île des Soeurs et Verdun DIFFICILE COEXISTENCE par Alain Sterck1 La ville est-elle un lieu qui, en raison d\u2019un certain nombre de caractéristiques de densité et de diversité, tend à maximiser les avantages de cette concentration en favorisant les contacts entre individus hétérogènes et en assurant leur coexistence pacifique?Ou, au contraire, envisage-t-on la ville comme une mosaïque de communautés fonctionnellement et sociologiquement homogènes?Lors des dernières élections municipales qui se sont tenues à Verdun, le 2 novembre 1997, les résidants de l\u2019île des Sœurs ont élu deux conseillers favorables à l\u2019autonomie de l\u2019île.Cette victoire des candidats autonomistes avait été préparée depuis plusieurs mois par la mise sur pied d\u2019un comité d\u2019étude sur l\u2019autonomie de l\u2019île des Sœurs, formé de membres de l\u2019Association des propriétaires de l\u2019île des Sœurs (APIDS) et de l\u2019Association des locataires de l\u2019île des Sœurs (ALIS).En mars 1997, le comité jugeait l\u2019autonomie de l\u2019île souhaitable et réalisable et proposait de présenter deux candidats autonomistes en vue de faire des élections un référendum sur la question.Si l\u2019ALIS ne prit jamais position officiellement sur le document, l\u2019APIDS acceptait ces propositions et un mouvement distinct des deux associations, la Coalition des résidants pour l\u2019autonomie de l\u2019île des Sœurs (CORA), fut créé en vue de faire de la séparation de l\u2019île l\u2019un des principaux enjeux du scrutin.Après la victoire remportée aux élections municipales, l\u2019action de la CORA s\u2019est maintenue par l\u2019organisation d\u2019une série d\u2019activités dont le point d\u2019orgue fut la tenue d\u2019un référendum en octobre 1999.La vision implicite de l\u2019action municipale défendue par les autonomistes est proche des thèses des théoriciens de l\u2019école des choix publics.Ceux-ci mettent de l\u2019avant des structures de gouvernements locaux qui singeraient le plus possible les mécanismes de marché, en vue de permettre à des individus parfaitement mobiles de choisir une municipalité qui leur offrirait, en fonction des taxes exigées, l\u2019ensemble de biens et services locaux qui correspond le mieux à leurs souhaits.L\u2019individu est vu comme magasinant sa localisation entre des municipalités qui se font concurrence.Schématiquement, ce mécanisme aboutit à dégager le portrait type d\u2019une municipalité de petite taille, habitée par une population relativement homogène sur le plan des caractéristiques socioéconomiques.L\u2019objectif principal de son administration est de réaliser sur le plan strictement local le meilleur rapport taxes payées -services offerts, la fonction de redistribution des revenus étant réservée aux niveaux de pouvoirs supérieurs.Pour atteindre cet objectif, le maire, dont l\u2019image correspond à celle d\u2019un gestionnaire plus qu\u2019à celle de l\u2019homme politique, s\u2019adresse autant que faire se peut au secteur privé ou à d\u2019autres municipalités.Les arguments mis de l\u2019avant par les autonomistes recoupent largement cette conception du municipal.Le Comité d\u2019étude sur l\u2019autonomie de l\u2019île des Sœurs notait ainsi que «Tant sur le plan géographique que sociodémographique, l\u2019île des Sœurs et Verdun forment deux entités très différentes qui ont connu des évolutions divergentes.[.] Par conséquent, les attentes et les besoins des résidants de l\u2019île ont très peu en commun avec les attentes et les citoyens de Verdun2».Comme le prétendait un dépliant de campagne des autonomistes, «l\u2019île des Sœurs a tous les atouts pour être autonome : une population homogène, un territoire peu étendu, facile à desservir, des services partagés avec ses villes voisines de la Communauté urbaine de Montréal, une situation financière enviable».Pour les autonomistes, l\u2019île n\u2019est pas la solution aux problèmes de Verdun, «les taxes municipales servent à payer les services dus à la population.L\u2019aide aux moins nantis provient des budgets provincial et fédéral, donc de l\u2019impôt sur le revenu et des taxes payés aux deux paliers de gouvernement.En payant ces taxes et impôts, les insulaires contribuent largement à aider les plus démunis.La redistribution de la richesse n\u2019a jamais été du ressort des municipalités3».L\u2019autonomie permettrait, selon ses promoteurs, une diminution significative de la taxe foncière et de la taxe sur les immeubles non résidentiels, tout en offrant des services plus nombreux et de meilleure qualité.Elle serait également la condition sine qua non au contrôle de l\u2019aménagement de l\u2019île dans le sens souhaité par ses habitants.Au-delà de ces arguments discutables4 5, mais somme toute assez classiques, il importe pour bien comprendre la dynamique et la persistance d\u2019un mouvement autonomiste sur l\u2019île de dresser un bref historique du développement de l\u2019île, du rôle de la Ville de Verdun et des particularités du système de taxation en vigueur.En 1956, la Congrégation Notre-Dame vendit l\u2019île-Saint-Paul, qu\u2019elle utilisait depuis le XVIIIe siècle pour des activités religieuses et agricoles, à la Quebec Home and Mortgage Corporation (QHMC).Au moment des tractations de vente, la QHMC propose à la Ville de Verdun d\u2019annexer 1.\tL\u2019auteur est étudiant au doctorat à l\u2019INRS.2.\tL\u2019autonomie de /7/e des Sœurs: l\u2019affaire de tous les résidants.Comité d\u2019étude sur l\u2019autonomie de l\u2019île des Sœurs, p.16, juin 1997.3.\tIbidem, p.3.4.\tCf.J.P.Collin et P.J.Hamel (1993), «Les contraintes structurelles des finances publiques locales: les budgets municipaux dans la région de Montréal en 1991», Recherches sociographiques, vol.XXXIV, n° 3, p.439-467.5.\tAujourd\u2019hui île des Sœurs.82 relations avril 2000 l\u2019île.Le 11 janvier 1956, le comité des bills privés de l\u2019Assemblée législative autorise la Cité de Verdun à annexer l\u2019île-Saint-Paul5.Le 2 février, l\u2019île est effectivement annexée à la Ville de Verdun.La nouvelle charte de la Cité de Verdun de 1958 prévoit que les propriétés immobilières situées sur l\u2019île devront payer les taxes spéciales qui seront imposées pour tous les travaux capitaux et les améliorations locales requis pour les services publics nécessaires à l\u2019île, mais ne paieront aucune taxe spéciale pour les travaux capitaux et améliorations locales exécutés dans le territoire de la municipalité tel qu\u2019il existait avant l\u2019annexion.Par ailleurs, les propriétaires de toutes les propriétés immobilières sur l\u2019île devront néanmoins s\u2019acquitter de la taxe générale imposée annuellement pour l\u2019administration de la Ville.Ces dispositions résultent de la méfiance de nombreux conseillers de Verdun qui, à l\u2019époque, craignaient que les propriétaires de l\u2019ancienne partie de la ville doivent, lors de l\u2019annexion, supporter le remboursement d\u2019importants règlements d\u2019emprunt nécessaires à l\u2019aménagement de l\u2019île.Ainsi, dans une résolution adoptée en 1955, suite aux demandes effectuées en ce sens par les acquéreurs éventuels de l\u2019île et après plusieurs réunions tumultueuses du conseil municipal, le Conseil soutint l\u2019annexion de l\u2019île, à condition que tous les travaux capitaux et améliorations soient faits aux frais des propriétaires de l\u2019île.Verdun est depuis lors l\u2019une des rares municipalités au Québec qui impute des taux de taxe différents suivant les parties de son territoire.Au-delà d\u2019un taux de taxe foncière générale qui s\u2019applique à l\u2019ensemble de la municipalité et qui sert à financer les dépenses de fonctionnement et les investissements qui profitent à l\u2019ensemble de la municipalité, la Ville fixe un taux de taxe foncière spéciale spécifique pour l\u2019île des Soeurs et un autre pour la terre ferme, c\u2019est-à-dire le territoire de Verdun avant l\u2019annexion.Cette taxe foncière spéciale est destinée à financer les investissements qui ne profitent qu\u2019à l\u2019une des deux constituantes de la municipalité.À titre d\u2019exemple, les routes, parcs, piscines de l\u2019île n\u2019ont été financés que par les seuls propriétaires de l\u2019île.Toutefois au-delà de l\u2019apparente simplicité de la règle, les décisions sont en réalité prises au cas par cas et certains mécanismes tels que l\u2019affectation des excédents obscurcissent la répartition des dépenses d\u2019investissement entre les deux constituantes.Le centre communautaire et la bibliothèque de même que la caserne des Verdun présente un portrait contrasté.Alors que la partie historique de la municipalité a connu un appauvrissement et un déclin important de sa population, l\u2019île a vécu une évolution inverse.pompiers, qui a récemment été construite sur l\u2019île, sont payés par l\u2019ensemble des citoyens de la ville, car ils sont censés profiter à l\u2019ensemble des citoyens de Verdun.Cependant, les propriétaires de l\u2019île assument seuls les frais de doublement de la voie routière rendue notamment nécessaire par la localisation de la caserne.L\u2019achat du boisé de l\u2019île par la Ville s\u2019est réalisé en partie grâce à un règlement d\u2019emprunt financé à même la taxe foncière spéciale de l\u2019île, mais aussi en affectant une partie des surplus de la Ville.En contrepartie, d\u2019autres investissements ont également été financés sur la terre ferme grâce aux surplus.Jusqu\u2019en 1985, les propriétaires de l\u2019île ont aussi financé sous forme de taxe d\u2019amélioration locale, les égouts, aqueducs, éclairage, conduits électriques, pavage et fondation de rue.Ce système fut abandonné, suite à un mouvement de protestation des propriétaires de maison unifamiliale de trois rues qui ignoraient, au moment de leur achat, l\u2019existence de ces taxes et qui avaient vu, pour certains, $ doubler leur compte de taxe.Depuis cette g date, ce sont les promoteurs qui se char-| gent de ces tâches et les imputent aux ^ acheteurs lors de la vente.\u201cD (/) | Si la vente du terrain fut conclue en ^ 1956, le développement de l\u2019île ne com-! mença réellement qu\u2019en 1967, avec la % construction des premiers immeubles à | appartements.Elle correspond à l\u2019ouverture, cette même année, de l\u2019autoroute Bonaventure.Deux grandes phases Georges Bossé, l'actuel maire de Verdun en compagnie de Johannne Paquin, ancien commandant du poste de quartier 16./ \"/y >> « y *J ëjærJyy « MM.^ f f £ f » * :.i-\t« *'\t' æüsiï®* S I 0 * relations avril 2000 83 dossier dossier d\u2019urbanisation se dégagent.La première est marquée par la présence d\u2019un seul propriétaire foncier (QHMC) et d\u2019un seul développeur (Structures métropolitaines), liés par un bail emphytéotique signé en 1966.Le projet initial prévoyait la construction d\u2019une cité modèle selon le concept de la cité-jardin de plus de 50 000 habitants, sur le mode exclusif d\u2019appartements en location.Cependant, dès 1977, l\u2019unique propriétaire de l\u2019île décida de se départir d\u2019une partie des terrains.C\u2019est ainsi qu\u2019à la formule locative succède la formule de la copropriété.D\u2019autres types de logements, tels que des maisons unifamiliales, des condos de plus petite dimension, sont également proposés depuis lors.Jusqu\u2019à la deuxième moitié des années 80, le rôle de la Ville de Verdun fut extrêmement limité.Se contentant d\u2019adopter tel quel le plan d\u2019aménagement proposé par le promoteur, la Ville ne fit que réaliser les travaux financés à même les taxes d\u2019amélioration locales et les taxes foncières spéciales.Ce n\u2019est qu\u2019à partir de 1989 que cette dernière adopta une attitude nettement plus dynamique, avec la réalisation d\u2019un plan d\u2019urbanisme visant à renforcer le caractère distinct de l\u2019île des Soeurs.Cette attitude ne s\u2019est plus démentie depuis et les standards exigés sur l\u2019île aux promoteurs ainsi que ceux adoptés dans les réalisations de la ville diffèrent très nettement de ceux en vigueur sur la terre ferme.Ainsi, le coût des parcs réalisés sur l\u2019île est nettement plus élevé que ceux de la terre ferme et les normes urbanistiques y sont-elles aussi beaucoup plus exigeantes.À titre d\u2019exemple, les fils électriques doivent être enfouis dans un cas et pas dans l\u2019autre.Au terme de trente années de développement de l\u2019île, Verdun présente un portrait contrasté.Alors que la partie historique de la municipalité6 7 a connu un appauvrissement et un déclin important de sa population, l\u2019île a vécu une évolution inverse.Ainsi, entre 1961 et 1996, sa population est passée de 0 à 12 186 habitants, alors que la population de la terre ferme est passée de 78 317 à 47 528 habitants.Mais les différences entre ces deux parties du territoire verdunois ne se limitent pas à la croissance démographique; elles concernent bien d\u2019autres caractéristiques.Ainsi, en 1996, 17% de la population de la terre ferme était âgée de plus de 65 ans, mais seuls 9% des résidants de l\u2019île appartenaient à cette classe d\u2019âge; de même près de 47% de la population de l\u2019île des Sœurs avait obtenu un grade universitaire, mais cette catégorie ne représentait que 9% sur la terre ferme.Le revenu moyen annuel par ménage est plus de deux fois supérieur à celui enregistré sur la terre ferme et nettement supérieur à celui observé pour l\u2019ensemble de la région métropolitaine.Le taux de motorisation est de 0,68 véhicules par habitant pour l\u2019île, alors qu\u2019il n\u2019est que de 0,29 pour les autres citoyens de Verdun.Enfin, sur l\u2019île, malgré un développement caractérisé dans les premières années par le seul mode de la location, 40% des logements sont occupés par leur propriétaire, alors qu\u2019ils ne sont que 20% sur la terre ferme.La richesse foncière a également connu, de part et d\u2019autre, une Le lien que la population entretient avec Verdun est de type purement administratif.Les résidants de l\u2019île ne se rendent que très rarement à Verdun et vice-versa.évolution divergente.En 1996, l\u2019île ne comptait que 20% de la population de la ville, mais représentait 46% de l\u2019évaluation foncière.L\u2019évaluation imposable per capita est nettement plus élevée sur l\u2019île (82 047$) que sur la terre ferme (24 728$).Depuis son annexion en 1957, les relations entre les résidants de l\u2019île et la Ville de Verdun ne furent pas toujours des plus cordiales.C\u2019est principalement au cours de l\u2019année 1985 que la crise fut la plus grave et déboucha sur l\u2019élection d\u2019un conseiller, Arthur Benarroch, favorable à l\u2019annexion à la Ville de Montréal.Ce conseiller finit cependant par se rallier au parti d\u2019action municipale de G.Bossé et se fit élire, en 1993, en compagnie du candidat de ce parti dans l\u2019autre district.Ce fut le seul mandat où les conseillers de l\u2019île participèrent à la majorité au pouvoir à Verdun.De son côté, la Ville de Montréal eut à plusieurs reprises la volonté d\u2019annexer la Ville de Verdun.Les premières tentatives datent du début du siècle, mais cette volonté se manifesta également à des périodes cruciales dans les relations entre l\u2019île et Verdun.Ainsi, au moment où les tractations pour l\u2019annexion de l\u2019île à Verdun se déroulaient, Montréal souhaitait non seulement incorporer ce développement en devenir, mais également adjoindre à son territoire celui de Verdun.Le même schéma se reproduisit en 1985-86, au moment où les résidants de l\u2019île réclamaient leur annexion à Montréal.Récemment, le maire de Montréal a relancé le projet Une île, une ville.G.Bossé, Maire de Verdun et président de l\u2019Union des municipalités de banlieue de l\u2019île Montréal, est un farouche opposant à ce projet.De façon générale, il faut se garder d\u2019interpréter de façon univoque la présence de conseillers autonomistes sous le seul prisme de la question de la redistribution de la richesse et de son échelle optimale.C\u2019est en réalité à un questionnement plus large du rapport de la population à l\u2019espace urbain auquel nous conduit ce cas de figure.On peut supposer que l\u2019élection de candidats autonomistes est orientée par un fort souci identitaire de se démarquer de Verdun.Il est vrai que, comme le soulignent les autonomistes, le lien que la population entretient avec Verdun est de type purement administratif.Les résidants de l\u2019île ne se rendent que très rarement à Verdun et vice-versa.En dehors de l\u2019île, la plupart se dirigent vers Montréal, certaines municipalités de la CUM ou la rive Sud, pour l\u2019essentiel de leurs activités.Ainsi, plus de huit étudiants au secondaire sur dix fréquentent un établissement du réseau privé.De surcroît, une partie non négligeable des habitants de l\u2019île résident dans des condominiums haut de gamme, disposant d\u2019un ensemble d\u2019infrastructures sportives et récréatives, telles que salles de conditionnement physique, terrains de squash et tennis, piscines couvertes et de plein air, jardins privatifs, salles de réunion, tables de billard, destinés à leurs occupants et amis.Le souci identitaire se marque aussi dans les stratégies de communication de l\u2019adresse civique; tantôt île des Sœurs, tantôt Verdun, suivant l\u2019interlocuteur et l\u2019image que l\u2019on veut transmettre.Ce souci est parfois teinté d\u2019une aversion plus radicale envers l\u2019altérité.Cette peur s\u2019est déjà manifestée, en 1988, lorsqu\u2019un groupe de propriétaires des Verrières s\u2019était opposé à la 6.\tIl conviendrait pour être plus précis de nuancer la situation en séparant la terre ferme en différentes zones.7.\tLe Magazine, 14 octobre 1998, p.15.84 relations avril 2000 Il ne suffit pas que le pont Champlain passe au-dessus de l'île des Soeurs.Il faudrait d'autres ponts pour sortir de la protection et de la défensive.création d\u2019un parc de la CUM sur l\u2019île.Un communiqué avait été émis, soulignant qu\u2019un parc régional serait rapidement envahi parce que, contrairement aux autres, celui de l\u2019île situé à quelques minutes du centre-ville «amènerait une foule indésirable sur notre île tranquille [.].Des résidants craignaient de voir aménager un parc de roulottes et certains entrevoyaient même une plage remplie de nudistes7».Elle se traduit également par l\u2019utilisation, lors des campagnes électorales, de l\u2019argumentaire épouvantail de la construction d\u2019un pont entre le centre de Verdun et l\u2019île.Elle apparaît dans le ton de certaines déclarations des tenants de l\u2019autonomie décrivant la population de Verdun.Cependant, malgré ces particularités, il n\u2019est pas évident que l\u2019appui de la population de l\u2019île des Sœurs envers l\u2019autonomie soit aussi important que ne le laisse présumer les résultats des élections municipales et du référendum.D\u2019une part, le résultat des élections municipales a été marqué sur l\u2019île par un très faible taux de participation (34%), plus faible que celui sur la terre ferme (37%) et plus faible encore que lors du scrutin précédent (43%).Si les candidats autonomistes ont remporté la victoire sur les candidats du parti du maire (par 56,6% et 61,9%), le maire a obtenu à l\u2019île un score non négligeable (65%).Par la suite, lors des élections scolaires, marquées elles aussi par un absentéisme record, le candidat soutenu par la CORA a été battu.De même, lors du règlement d\u2019emprunt concernant l\u2019achat du boisé, la stratégie de la CORA a été renversée.Si le résultat du référendum organisé par la CORA fut marqué par la victoire de leurs partisans, 83% des électeurs se sont prononcés en faveur de l\u2019autonomie, il fut aussi et peut être surtout caractérisé par la faiblesse du taux de participation, seuls 16% des électeurs ont pris la peine de se déplacer.D\u2019autre part, contrairement aux velléités précédentes, un mouvement, le Regroupement des insulaires contre la séparation, hostile à la séparation de l\u2019île, a vu le jour.Par ailleurs, il ne faut pas sous-estimer l\u2019effet qu\u2019engendre, sur la population, la faible plausibilité d\u2019une scission, dans un contexte où le vent semble s\u2019orienter en faveur des regroupements de munici- palités.Cette tendance n\u2019a d\u2019ailleurs pas échappé à la CORA, qui y voit également pour l\u2019île une possibilité de «se libérer de Verdun».«Si les fusions municipales recommandées par la Commission Bédard sont acceptées, l\u2019île doit devenir un arrondissement de quartier, en raison de ses caractéristiques bien définies, et posséder ainsi une marge d\u2019autonomie suffisante pour répondre aux aspirations des résidants».Enfin certains électeurs, bien conscients de la faible plausibilité de l\u2019autonomie, ont voté en faveur des candidats soutenus par la CORA pour envoyer au conseil des «candidats de l\u2019île», ou une opposition au maire.Les résidants de l\u2019île semblent se mobiliser davantage sur des enjeux précis, tels que la suppression du golf en 1985, ou la question du boisé ces derniers mois, que sur la question spécifique de l\u2019autonomie.Les épisodes aigus de revendi-* cation ont d\u2019ailleurs souvent correspondu 8 avec des désaccords profonds entre la ^ population et l\u2019administration de Verdun, 0\tconcernant l\u2019aménagement de l\u2019île et ses ¦° perspectives de développement.Beaucoup 1\tde résidants perçoivent l\u2019île comme la z campagne à côté de la ville, une banlieue ° près de la ville et sans pont, comme un °\" compromis entre la banlieue et la ville et sont attachés au cadre de vie de l\u2019île en l\u2019état actuel de son développement.Dans ce cadre, l\u2019utilisation de la menace séparatiste peut, aux yeux de plusieurs électeurs de l\u2019île, constituer une arme pour obtenir une réponse favorable à leurs revendications.Il reste que la question de la sécession demeure probablement un enjeu relativement restreint pour les résidants de l\u2019île des Sœurs.En effet, que l\u2019île reste partie prenante de Verdun, qu\u2019elle constitue une municipalité autonome ou qu\u2019elle fasse partie d\u2019un regroupement plus large de municipalités, la plupart de ses habitants continueront à travailler et à effectuer une grande partie de leurs achats et de leurs loisirs sur l\u2019île ou au centre de Montréal.Quant à l\u2019effet à court terme sur le taux de taxe, la réponse est peut-être moins évidente qu\u2019il n\u2019y paraît.Le cas de Verdun illustre qu\u2019au sein d\u2019un même ensemble municipal coexistent deux, voire trois types de population dont la conception de l\u2019urbanité diffère sensiblement.Il témoigne cependant, malgré les difficultés, de la possibilité de cette coexistence.Mais Verdun constitue-t-elle pour autant la meilleure échelle pour l\u2019organiser?relations avril 2000 85 dossier Le bien commun est le rempart contre la privatisation du monde.En témoignent à tour de rôle les membres de notre comité de rédaction.L\u2019Etat, garant du bien commun?par Anne-Marie Aitken Selon la pensée de l\u2019Église catholique, l\u2019État est une instance chargée de promouvoir le bien commun, de veiller à la juste distribution des richesses et d\u2019améliorer la condition des plus démunis et des plus faibles.La raison d\u2019être des pouvoirs publics est de se porter garants du bien commun que chacun doit rechercher.Ceci pour les générations actuelles, mais aussi dans la perspective des générations futures.La notion de bien commun, quant à elle, qui nous vient d\u2019Aristote en passant par le Moyen-Âge, contient l\u2019affirmation que le bien de la communauté dépasse la somme des intérêts particuliers, individuels ou collectifs, souvent contradictoires entre eux.Le bien commun, en ce sens, est ce qui profite à tous en nuisant le moins possible à quelques-uns.Cette notion se présente comme un horizon vers lequel on tend, mais que l\u2019on n\u2019atteint jamais totalement.Elle invite chaque personne à s\u2019inscrire dans la communauté et interdit à la communauté d\u2019écraser ses membres.Principe en quelque sorte abstrait, le bien commun est une orientation, un dépassement qui permet aux personnes et aux groupes de trouver une plus juste articulation, au nom même d\u2019une commune humanité.Cette recherche du bien commun, selon l\u2019enseignement social de l\u2019Église, est inséparable de deux principes importants, régulateurs de la vie sociale: la solidarité et la subsidiarité.Le principe de solidarité rappelle que, d\u2019une part, nous ne sommes pas des individus isolés les uns des autres.Chaque personne est au contraire liée au destin de la société, de la planète, et n\u2019existe que par les autres.D\u2019autre part, cet enseignement affirme avec force que les biens de la terre sont destinés à tous, alors que l\u2019écart social ne cesse de se creuser et que les injustices et les inégalités sont le lot de tous les pays du monde.Le principe de subsidiarité renvoie à la participation des citoyens puisque l\u2019État ne doit jamais se substituer à l\u2019initiative et à la responsabilité des personnes et des communautés intermédiaires au niveau où elles peuvent agir.Jean XXIII affirmait dans Pacem in terris, en 1963: «Tous les individus et tous les corps intermédiaires sont tenus de concourir, chacun dans sa sphère, au bien de l\u2019ensemble.C\u2019est en harmonie avec celui-ci qu\u2019ils doivent poursuivre leurs propres intérêts et suivre, dans leurs apports - en biens et en services - les orientations que fixent les pouvoirs publics selon les normes de la justice et dans les formes et limites de leurs compétences» (n° 53).La fonction de l\u2019État est donc subsidiaire, au sens où son rôle est de garantir, protéger, promouvoir et suppléer.Pour l\u2019Église, l\u2019État n\u2019est pas le centre de la société, mais simplement situé au sommet de la pyramide sociale.Sa justification ultime ne peut se comprendre qu\u2019en référence au respect des personnes et des groupes qui forment sa base.La sphère centrale des pouvoirs n\u2019a de sens que si elle est soucieuse de faire grandir les Il faut repenser le rapport entre l\u2019État, le marché et la société civile; même si les rapports de force entre ces trois acteurs ne sont pas très égaux.multiples centres de décision qui naissent spontanément aux échelons les plus petits.C\u2019est dire que l\u2019État ne se conçoit pas sans une participation active de la société civile et des citoyens.Ces principes qui ont été élaborés à la période de l\u2019État providence, durant les «Trente Glorieuses» (1945-1975), se trouvent fortement remis en cause.Aujourd\u2019hui, le contexte néo-libéral, souvent analysé dans Relations, engendre de nouvelles dynamiques (libéralisation, déréglementation, privatisation).L\u2019État se met à la solde du monde économique et financier et abdique son rôle de défenseur du bien commun.Prétextant la faute de moyens pour assurer les services et les fonctions qui lui ont été dévolues au fil des temps (santé, services sociaux, éducation, transports.), il 86 relations avril 2000 Parlement de Québec.Photo: N.Bazin/Archives nationales du Québec \u2014 \u2014- cherche à se départir de certaines activités en les remettant, en tout ou en partie, à l\u2019entreprise privée.Le modèle de développement que nous avons connu depuis plusieurs décennies supposait l\u2019équilibre entre le marché pour la production de la richesse, et l\u2019État pour la régulation et la redistribution.L\u2019évolution de nos sociétés permet-elle de croire qu\u2019un nouveau partage des rôles, dans la poursuite du bien commun et dans la prise en charge de l\u2019intérêt collectif est possible entre le marché et l\u2019État?Comment maintenir le cap sur les objectifs que nous avons toujours défendus - droits de la personne, justice sociale, égalité, solidarité - alors que les moyens d\u2019hier ne peuvent plus être efficaces dans un monde qui a profondément changé?Certains affirment avec beaucoup d\u2019assurance que l\u2019État doit disparaître pour laisser toute la place au marché.Ainsi David Boaz, du Cato Institute de Washington, déclarait récemment dans une entrevue au journal Le Monde: « Le rôle de l\u2019État est de protéger les individus contre les violations de la loi et du droit.Concrètement, cela signifie que l\u2019intervention de l\u2019État n\u2019est nécessaire que dans les domaines de l\u2019armée, de la police et de la justice.Tout le reste peut être géré par le secteur privé.» D\u2019autres pensent que dans le contexte de la mondialisation, les États nations devraient céder la place à un gouvernement au niveau mondial et à une politique locale plus proche des citoyens.Dans ce cas l\u2019État nation n\u2019a plus d\u2019avenir.Pour ma part, je ne vois pas comment on pourrait vivre à l\u2019échelle mondiale ce que l\u2019on n\u2019arrive pas à mettre en place au niveau national.Ce qui est mort, ce n\u2019est pas l\u2019État, mais un certain État.Au lieu de considérer que l\u2019État providence doit réduire ses moyens pour s\u2019adapter à la crise économique, il faut penser de nouvelles formes d\u2019action de l\u2019État.Il faut repenser le rapport entre l\u2019État, le marché et la société civile; même si les rapports de force entre ces trois acteurs ne sont pas très égaux.Les sociétés civiles ont besoin pour s\u2019épanouir d\u2019États organisés, fondés sur les règles de droit et capables de traduire au plan international un certain nombre de revendications et de préoccupations.Les citoyens doivent aussi être associés au débat sur l\u2019avenir en multipliant les espaces de discussions sur les questions de vie quotidienne, mais aussi sur les questions concernant l\u2019avenir du monde.L\u2019État pourrait davantage prendre en compte les actions et les initiatives du terrain et montrer leur caractère innovateur en vue d\u2019une nouvelle société.Il deviendrait alors régulateur du débat social.Le véritable enjeu est donc d\u2019élargir les frontières du politique, de penser le politique par-delà l\u2019État.Après tout, le politique, c\u2019est l\u2019ensemble des affaires de la cité pour élaborer un vivre ensemble qui ait du sens.N\u2019est-ce pas cela le bien commun?Aujourd\u2019hui, nous en ressentons le manque.Espérons que ce manque pourra devenir un lieu de désir suffisamment fort pour faire changer le cours des choses.¦ relations avril 2000 87 hors-dossier IROQUOISIE par Denys Delâge et Jean-Philippe Warren1 Récemment paru en quatre tomes aux éditions Septentrion, cet ouvrage est en partie posthume.L'écrivain Léo-Paul Desrosiers en avait déjà publié le premier tome, il y plus de cinquante ans.Mais curieusement, cette oeuvre fut très tôt frappée par l\u2019oubli, sinon par l\u2019indifférence.Cela est d\u2019autant plus étonnant qu\u2019elle offre une interprétation passionnante des premiers temps de la colonie de la Nouvelle-France.Compte tenu du demi-siècle environ qui nous sépare des écrits de Desrosiers2, nous n\u2019avons que des louanges à adresser à l\u2019auteur quand vient le temps d\u2019apprécier la perspective globale qui fut la sienne3.Il faut noter, au premier chef, la grande minutie dans l\u2019écriture de l\u2019oeuvre et l\u2019établissement des faits.Aucun détail n\u2019est laissé au hasard, aucune documentation n\u2019est ignorée grâce à ce que l\u2019auteur appelle «une étude au microscope, patiente, attentive, minutieuse4» des archives.Desrosiers exploite toutes les sources disponibles, dont les écrits de Marie de l\u2019Incarnation, souvent sous-utilisés; des auteurs tenus à l\u2019index à l\u2019époque, tel Radisson ou Lahontan; et enfin, les archives coloniales hollandaises et anglaises.Aussi, le récit est-il essentiellement événementiel, collé au plus près des archives, recomposant les guerres iroquoises année après année, combat sur combat, ambassade sur ambassade.Desrosiers a lu la correspondance officielle, les journaux personnels, les mémoires, les comptes rendus d\u2019assemblées.Il convie le lecteur à le suivre, en lui pointant du doigt tous les passages significatifs.Il en résulte un récit dense où fourmillent une multitude de faits et d\u2019acteurs.L\u2019actualité de Desrosiers découle non seulement d\u2019une attention constante aux documents, elle s\u2019alimente aussi d\u2019une perspective particulière: celle de l\u2019histoire de longue durée.L\u2019auteur recourt tout le long de son ouvrage à un cadre d\u2019analyse qui, dégagé d\u2019une simple description au ras des pâquerettes, permet d\u2019accéder à une compréhension générale des règles du jeu.Il écrit l\u2019histoire un peu comme s\u2019il racontait une partie d\u2019échecs: il présente les acteurs, il énonce les règles, il montre les enjeux pour chacune des parties, il décrit les pièces en présence, il reconstitue les stratégies possibles.C\u2019est sur cette base que Desrosiers s\u2019est lancé dans le projet d\u2019une vaste histoire des relations entre les Iroquois et les Français, tout au long du XVIIe siècle, jusqu\u2019à la paix de Montréal de 1701.La perspective d\u2019une partie de l\u2019historiographie traditionnelle y est radicalement modifiée, puisque au lieu de se ranger du seul côté des colons exposés à l\u2019ennemi, l\u2019auteur, sans renoncer complètement à cette vision des choses, se place au- dessus de la mêlée.Il décrit la mécanique du système général dans lequel se trouvent placés les acteurs et comprend ainsi le jeu des forces ayant conduit aux affrontements comme aux compromis.Aux yeux de Léo-Paul Desrosiers, il ne saurait y avoir pleine compréhension de l\u2019objet étudié sans une mise en contexte global des rapports entretenus par les protagonistes du drame.Ce qui implique la prise en considération de tous les acteurs, Amérindiens compris, avec leur logique, leurs intérêts objectifs, leurs perceptions, leurs motivations, etc.Un regard nouveau À une époque où histoire et mission providentielle du Canada français se confondaient pour brosser le portrait d\u2019une race fière, dont le ciel avait marqué la carrière et dont le bras avait porté l\u2019épée et la croix, Desrosiers réitère les mobiles de fierté historique, mais en les subvertissant.C\u2019est qu\u2019il travaille inlassablement à objectiver les rapports sociaux, y compris sur les questions délicates de la religion et de la nature de «l\u2019ennemi».Auteur sensible à la réalité des autochtones, il les décrit comme des acteurs de l\u2019histoire de la Nouvelle-France, et non comme des prédateurs assimilables aux loups ou à l\u2019hiver.Dégageant le jeu d\u2019équilibre pratiqué par les Iroquois entre la France et l\u2019Angleterre pour éviter l\u2019asservissement, il note que, dans le jeu sanglant de la guerre, les Iroquois ne font pas seulement figure de victimes.Reconnaissant aux alliés autochtones un rôle inconcevable aux yeux de la plupart de ses contemporains, il qualifiera par exemple de décisif le rôle des Iroquois catholiques, domiciliés près de Montréal, dans la guerre contre la Ligue iroquoise.Il va jusqu\u2019à écrire que, empêchant peut-être la destruction de la jeune colonie, ils sont «des héros de la Nouvelle-France comme les Français».Pour Desrosiers, les guerres d\u2019Amérique ne sont pas seulement celles des métropoles, par Indiens interposés.Les Iroquois affichent «une espèce de conscience nationale», ils 1.\tDenys Delâge est professeur au département de sociologie à l\u2019Université Laval.Jean-Philippe Warren est étudiant au doctorat en sociologie à l\u2019Université de Montréal.2.\tLéo-Paul Desrosiers, Iroquoisie, Sillery, Septentrion, tomes 1 et 2, 1998, tomes 3 et 4, 1999.3.\tCet article reprend en grande partie une section d\u2019un article à paraître sous le titre «Iroquoisie.Considérations générales autour d\u2019une oeuvre de Léo-Paul Desrosiers», dans Recherches Sociographiques.4.\tLéo-Paul Desrosiers, «Préface», Iroquoisie, tome 1 (1534-1646), Montréal, Les Études de l\u2019Institut d\u2019Histoire de l\u2019Amérique Française, 1947, p.7.88 relations avril 2000 s\u2019opposent à la colonisation française par volonté de survie, parce qu\u2019elle est contraire à leurs intérêts.Ils résistent à la colonisation hollandaise, puis anglaise, parce qu\u2019elles visent leur soumission.Dans cette résistance, les Iroquois manifestent une grande habileté à brouiller les relations entre les Français et leurs alliés, de même qu\u2019à trouver un équilibre précaire entre les puissances colonisatrices rivales.Ils sont toujours bien informés, leurs attaques suivent une stratégie précise, quoique parfois Desrosiers écrit l\u2019histoire un peu comme s\u2019il racontait une partie d\u2019échecs: il présente les acteurs, il énonce les règles, il montre les enjeux pour chacune des parties, il décrit les pièces en présence, il reconstitue les stratégies possibles.téméraire.L\u2019équilibre entre la diplomatie et la guerre révèle en outre une analyse de politiciens avisés et tenaces.Il est vrai qu\u2019aux yeux de l\u2019auteur d'Iroquoisie, la confrontation sur le continent américain engage des peuples à l\u2019âge de fer et des peuples à l\u2019âge de pierre.Desrosiers souligne la différence des civilisations dans la différence des forces productives: avec le métal viennent les outils et les armes (du marteau au moulin à vent, de l\u2019épée au canon, de la charrette au voilier), tandis que la pierre engendre le grattoir, le casse-tête, l\u2019arc, le harpon.Si l\u2019Indien peut initialement manifester un émerveillement d\u2019enfant face aux objets européens, il ne mettra pas de temps à vouloir s\u2019approprier ces «nouveautés».Ce sont là des objets matériels qui lui font cruellement défaut.Mais pour Desrosiers, l\u2019Amérin-dien n\u2019est ni inférieur sur le plan intellectuel ni sur celui de l\u2019organisation sociopolitique.Au premier niveau des possessions matérielles, les peuples autochtones sont peut-être arriérés, mais au niveau des institutions il en va autrement.Les colonisateurs européens venus étendre leur empire en Amérique du Nord posent le pied sur un continent riche d\u2019une longue histoire, pourvu d\u2019une organisation complexe: réseaux de canaux et routes, relations commerciales, croyances, alliances politiques, guerres, communautés (tribus, ligues, confédérations) ayant une pleine conscience d\u2019elles-mêmes et de leurs intérêts.La perspective traditionnelle du vide faisant des Amérindiens des peuples sans feu ni lieu, sans foi, sans loi, sans roi, n\u2019est en rien celle de Desrosiers.Qu\u2019ils aient été alliés des Français, dans le cas des Flurons, ou alliés des Hollandais puis des Anglais, dans le cas des Iroquois, cela ne change rien au jugement porté sur la nature de ces civilisations d\u2019agriculteurs semi-sédentaires aux rituels sophistiqués et aux institutions politiques élaborées.L\u2019analyse de l\u2019auteur est assez fine pour distinguer nettement les Iroquois des Algonquins, tout particulièrement le groupe de chasseurs-cueilleurs, chez qui le politique est moins prédominant et entre qui les rapports d\u2019alliance étaient plus fluides.Cette sensibilité le pousse plus loin, elle lui fait évoquer la beauté des rites amérindiens, l\u2019intelligence de leur art militaire, la grandeur de leur courage.C\u2019est qu\u2019à ses yeux les nations «v ¦ j autochtones, acteurs au même titre que les nations européennes, défendent tout simplement leurs intérêts.Ce simple point de vue lui fait découvrir un monde fascinant, et il n\u2019a pas de difficulté à faire siennes les analogies des Jésuites à propos des Hurons ou de Frontenac à propos des Iroquois: les chefs indiens ont la prestance et la majesté des sénateurs romains.Il est frappé par la finesse de la politique iroquoise, par les qualités exceptionnelles des orateurs, par la beauté des rituels.Il s\u2019étonne de la perfection d\u2019une civilisation aux habitations magnifiquement ornées, aux outils de menuiserie élaborés.Il s\u2019étonne également de la force de cohésion d\u2019une société qui assimile ses captifs, y compris parfois les Français dont certains vont souhaiter y demeurer.Il admire un système politique qu\u2019il n\u2019hésite pas à qualifier de démocratique et où sont à l\u2019œuvre des factions, au sens de partis politiques, dont les forces évoluent constamment et où l\u2019absence d\u2019unité exprime précisément l\u2019absence du despotisme.Un rôle d\u2019intermédiaire Il est très surprenant de constater le nombre impressionnant de rencontres ou de négociations entre colons européens et tribus indiennes.On dirait que la Nouvelle-France passe la moitié de son temps en ambassades dans les pays d\u2019en haut, en délégations auprès des groupes autochtones, en négociation de traités.Nous savons la place que les Amérindiens occupent dans la vie débutante de la colonie, nous en avons la preuve à faire le décompte des alliances rompues et nouées dans les documents relations avril 2000 89 de cette période.Aux raids rapides succèdent les négociations, les présents et les colliers de porcelaine, puis d\u2019autres raids.Iroquoisie reflète l\u2019intensité des interactions entre Français et autochtones.Cette proximité des échanges semble d\u2019ailleurs aussi étroite entre alliés qui cohabitent qu\u2019entre ennemis qui se combattent.La tenue de conseils, la circulation des ambassades ne semblent pas avoir de cesse.Conseils, festins populaires autour des grandes chaudières où l\u2019on mange au son des tambours et des luths, et où les Français dansent à l\u2019indienne et les Indiens dansent à la française, réceptions au château Saint Louis, à la table du gouverneur, baptêmes de chefs avec le gouverneur lui-même pour parrain, rituels diplomatiques fortement indianisés, interprètes canadiens, coureurs de bois, captifs canadiens en Iroquoisie, captifs Iroquois vivant dans des maisons de colons.Des Amérindiens vont en France pour être reçus à la cour et suivre les campagnes militaires du roi, tandis que d\u2019autres sont réduits à l\u2019état de galériens.Le père Millet devient un chef iroquois.Il en résulte des transferts culturels de toute nature.Les Ursulines fabriquent des wampums (des grains de nacre plus précisément, comme l\u2019écrit Desrosiers), Frontenac chante la guerre, les Canadiens apprennent les méthodes de la guérilla et l\u2019art de la survie en forêt.Les Amérindiens apprennent à s\u2019ajuster à la mesure du temps des Français, exigée par la coordination des mouvements d\u2019une armée et des partis de guerriers, ils perfectionnent leurs palissades avec des batteries et des bastions, adoptent chevaux, porcs et vaches.Même lorsque la métropole aura décidé de fournir une aide militaire indispensable, il appartiendra aux Canadiens de promouvoir leur propre stratégie en soudant des alliances, en suscitant la division entre Iroquois et en passant à l\u2019offensive.lUrrrna*' r.Vro atwu Nous voyons ainsi, à partir des années 1640, l\u2019émergence d\u2019Onontio (nom que les Amérindiens donnaient au gouverneur) comme arbitre des conflits, détenteur du pouvoir d\u2019autoriser la guerre, de décider du lieu des conseils et de la distribution des captifs.Onontio profite des querelles pour espionner, faire parler les délateurs et étendre son pouvoir en prenant avantage du caractère peu centralisé et peu coercitif des organisations politiques autochtones.Il tente d\u2019unir les nations amérindiennes contre l\u2019Iroquois, il cherche à encadrer les guerriers indiens de Canadiens.Il nourrit, habille, protège les guerriers domiciliés et leurs familles, il verse des pensions militaires aux chefs, il cherche à réduire les uns et les autres au statut de mercenaires gratifiés de présents selon leur prestige, rétribués à la pièce (tant par chevelure, tant par prisonnier).Dans le même temps, il prend le contrôle, par la construction de forts, des passages stratégiques.L\u2019obtention du rôle d\u2019intermédiaire entre tribus amérindiennes et colonie française procurait des avantages irremplaçables pour les nations autochtones: l\u2019alliance commerciale soutenait le prestige et favorisait l\u2019ostentation, elle procurait une supériorité militaire décisive, éventuellement par la participation des alliés européens aux combats contre l\u2019ennemi, elle permettait progressivement le remplacement de la pierre par le métal dans la fabrication des flèches, sinon le remplacement tout court de l\u2019arc par l\u2019arme à feu.Enfin, elle procurait un avantage économique grâce aux possibilités de revente sur le mode du troc, soit des marchandises de traite aux alliés amérindiens, soit des fourrures de ces alliés aux Européens.Les nations amérindiennes, tel est bien le premier aspect à retenir, ont mené une lutte si violente et si meurtrière, avec l\u2019arrivée des Européens, afin d\u2019avoir accès au rôle d\u2019intermédiaire ou de le maintenir.À ce premier aspect, fondamental, de la traite des fourrures s\u2019ajoute l\u2019épuisement de la ressource, auquel la chasse intensive conduit presque fatalement.La pression de l\u2019économie de marché, doublée de l\u2019exploitation d\u2019une seule ressource apte au troc pour la multitude des marchandises européennes, partout conduit à la surchasse.Enfin, la nécessité d\u2019envahir de nouveaux territoires afin de poursuivre le commerce a aussi favorisé la multiplication des occasions de luttes, d\u2019où l\u2019appellation de «guerres des fourrures» pour désigner les luttes militaires de cette période5.Ici aussi, il semble réaliste de reprendre l\u2019impression de fatalité qui se dégage des écrits de Desrosiers, puisque les tribus qui auraient voulu renoncer à cette course en avant se seraient condamnées à rétrograder vers la civilisation «primitive», tout en laissant leurs ennemis s\u2019armer et recevoir le flot des marchandises européennes.Nous n\u2019en dirons pas davantage sur une oeuvre qu\u2019il faut absolument redécouvrir.Malgré des failles, des errements et des mésinterprétations évidentes (entre autres sur l\u2019effectivité juridique des conquêtes impériales), Iroquoisie demeure un ouvrage incontournable dans la compréhension des luttes passées, du développement de la canadianité, des relations avec les peuples des premières nations et des liens qu\u2019entretenait la pensée historienne de l\u2019immédiate après-guerre avec l\u2019image stéréotypée du monde autochtone.¦ 5.Bien d\u2019autres facteurs (géographique, armes à feu, migration, épidémies, etc.) entrent en ligne de compte si l\u2019on veut comprendre, dans toute sa complexité, la logique des guerres iroquoises.Desrosiers leur accorde une grande importance, mais nous ne pouvons nous y attarder ici.90 relations avril 2000 lectures du mois avec Anne-Marie Aitken, Jean-Marc Dufort et Jean-Claude Ravet UN COMMERCE LUCRATIF Jeremy Rifkin, Le siècle biotech.Le commerce des gènes dans le meilleur des mondes, Montréal, Boréal/La Découverte, 1998; 348 p.Le génie génétique, encore inconnu il y a vingt ans, se développe à un rythme accéléré en ce nouveau millénaire.Et se répandent à la même cadence les tests de dépistage, avec leurs conséquences socioéconomiques qui bouleversent la vie d\u2019un certain nombre, en inquiètent plusieurs autres, et soulèvent de graves problèmes de discrimination dans le monde de l\u2019emploi.Ce qu\u2019on peut d\u2019ores et déjà appeler la révolution biotechnologique n\u2019est pas sans soulever plusieurs questions laissées pour un temps sans réponses.Ce que l\u2019on sait, cependant, c\u2019est que l\u2019enjeu de ces questions touche la vie humaine elle-même, et que le génie génétique est à la fois porteur d\u2019aspirations et de terreurs.«La biotechnologie forge des outils de rêve qui nous confèrent le pouvoir de recréer l\u2019image que nous avons de nous-mêmes.» (11).Tel est l\u2019avertissement lancé par l\u2019auteur qui nous livre, en fin de volume, son invitation à la vigilance.Invitation motivée par des statistiques révélatrices et appuyée sur une documentation puisée à de multiples sources que seules les multinationales mépriseront.Ce que l\u2019on sait aussi, c\u2019est que la possibilité de breveter la vie obtenue grâce au génie génétique a ouvert, dès 1980, aux États-Unis, l\u2019exploitation commerciale du vivant et lancé l\u2019industrie pharmaceutique et l\u2019agroalimentaire vers les sommets de la fortune.Inutile d\u2019ailleurs de distinguer entre le vivant et l\u2019inanimé: un organisme génétique n\u2019est à toutes fins utiles qu\u2019un ordinateur perfectionné.Inutile aussi de mentionner les manoeuvres que suscite la concurrence entre ces entreprises, sans compter les innombrables procès qui s\u2019ensuivent et s\u2019ensuivront devant les tribunaux et les bureaux de brevets.Faut-il vendre le patrimoine génétique?Les pays du Sud et les multinationales -par ailleurs en concurrence - sont d\u2019accord dans leur volonté de privatisation, tandis que les ONG, avec certains États, soutiennent que ce patrimoine «doit rester à la disposition libre, gratuite et collective des générations» (85).Ce cas de savoir indigène est, comme celui du continent antarctique, réputé inestimable, et il doit demeurer à l\u2019abri de toute exploitation commerciale.De toute manière, une nou- velle genèse s\u2019amorce avec les nouvelles technologies de l\u2019âge génétique.On peut désormais imaginer le transfert des gènes entre espèces et la création d\u2019un nombre indéfini de vies nouvelles dans un bref intervalle.On doit encore imaginer leur «production en série, grâce au clonage» (100).Ceci dit, on peut prévoir la venue de catastrophes écologiques majeures et l\u2019arrivée d\u2019une pollution génétique qui remplacera la pollution pétrochimique et la pollution nucléaire.L\u2019usage éventuel d\u2019armes biologiques vient s\u2019ajouter à ces menaces de catastrophes.Dès 1955, on a publié une liste de dix-sept pays pouvant disposer d\u2019armes bactériologiques.Sans parler des accidents que l\u2019existence de pareils moyens de destruction peut entraîner.L\u2019opinion publique accorde de plus en plus d\u2019importance aux discussions sur les implications éthiques de la création d\u2019animaux transgéniques.Cette création est-elle qualitativement nouvelle, et si c\u2019est le cas, est-elle respectueuse de la «nature profonde» de ces créatures?On a remarqué que cette sélection de caractéristiques (gènes mutants) a modifié le patrimoine génétique d\u2019une foule d\u2019espèces en dépassant de loin les méthodes traditionnelles.Ici, nous arrivons au coeur du problème: «sur quelle base décider de la valeur, de la relations avril 2000 91 lectures du mois nature et de l\u2019essence des espèces et des organismes individuels?» (143).Quelles valeurs motivent alors les recherches?Serait-ce l\u2019utilité, l\u2019efficacité ou encore la rentabilité, toutes filles du «progrès» dont rêvent les commerçants de gènes?Ce qui paraît certain, c\u2019est que les centres de diversité végétale sont plus que jamais menacés par la recherche du gène unique.Bien sûr, la puissance des intérêts commerciaux explique en grande partie l\u2019occultation de ce danger.Également, «les entreprises chimiques rachètent les producteurs de semence dans l\u2019espoir de s\u2019approprier l\u2019or vert sans tenir compte de patrimoines génétiques à l\u2019enjeu».Le plus important chapitre de cet ouvrage, qui touche le fond du problème, est peut-être celui qui traite de la civilisation eugénique.Les nouveaux outils du génie génétique sont de cet ordre.Depuis plus de dix ans, on effectue avec succès des expériences de thérapie génique germinale sur le spermatozoïde, l\u2019oeuf et l\u2019embryon, sur des mammifères, en attendant de passer à l\u2019homme dans peu d\u2019années, au moins par des modifications ne portant que sur un seul gène.D\u2019autre part, «l\u2019eugénique parentale» se développe aujourd\u2019hui sous la forme du dépistage d\u2019anomalies génétiques (183).L\u2019évolution de ces dernières et une mauvaise information inspirent aux parents des choix erronés, baignant dans un climat de confusion.On a voulu dissiper ce climat par une nouvelle technique appelée «diagnostic de préimplantation».L\u2019évolution de ces techniques entraînera sans doute un changement de la relation parent-enfant et une redéfinition de la notion même de paternité et de maternité.Surgit alors une question de fond sur l\u2019horizon de la génétique: qu\u2019entend-on par «déficiences génétiques»?Daniel Callahan, une autorité en la matière, a cru voir dans cette façon de parler la recherche d\u2019une image idéale, celle de «l\u2019homme parfait», devenue obsession chez des parents et des spécialistes qui ne tolèrent ni «défauts» ni «erreurs».Même les troubles du comportement «sont de plus en plus perçus comme des déficiences biologiques: on le voit à la façon dont on classe ces anomalies et à la médication aujourd\u2019hui employée pour leur traitement (par exemple dans le cas de millions d\u2019enfants hyperactifs)».Ainsi voit-on se profiler à l\u2019horizon de l\u2019humain un nouvel eugénisme issu de la révolution technologique.Veut-on réduire la nature à un code génétique manipulate à volonté?La soumettre «aux forces du marché et aux valeurs du progrès»?Les choix paraissent souvent difficiles et le vertige s\u2019empare d\u2019une société tentée de désacraliser la vie.L\u2019exemple le plus frappant de cette tendance est celui de l\u2019ADN sur ordinateur.Le monde virtuel remplace le réel et, conséquemment, «le principe de réalité est supplanté par le principe de plaisir»; l\u2019imagination est au pouvoir.L\u2019auteur ne veut pourtant pas jouer les Cassandres au moyen de projections ou de prophéties.Il reste cependant, à son avis, que les manipulations génétiques relèvent non de l\u2019art, mais de l\u2019artifice et que ce genre de créativité se rapproche curieusement de la mentalité du consommateur.En effet, les gènes font de plus en plus l\u2019objet d\u2019un commerce.Ils nous offrent «la liberté de réinventer la nature pour satisfaire le moindre de nos caprices» (297).Chaque être humain a donc un intérêt immédiat à connaître la direction véritable de ces biotechnologies.Ce que l\u2019auteur espère, c\u2019est que l\u2019ensemble de la société s\u2019engage dans un débat riche et vigoureux sur l\u2019avenir que nous souhaitons pour nous-mêmes et pour les autres créatures avec lesquelles nous partageons cette planète.¦ Jean-Marc Dufort UNE CONSCIENCE DE L\u2019URGENCE DU TEMPS Michel Freitag et Éric Pineault (sous la dir.), Le monde enchaîné, Montréal, Nota bene, coll.«Essais critiques», 1999; 331 p.Les textes regroupés dans ce livre collectif proviennent d\u2019un séminaire du GIEP (Groupe interuniversitaire d\u2019étude de la postmodernité) tenu en janvier 1998, à l\u2019UQAM.Bien qu\u2019ils aient été remaniés pour leur publication, ils gardent - certains plus que d\u2019autres - une facture universitaire qui peut les rendre difficiles d\u2019approche.Ils n\u2019en demeurent pas moins importants et ce, pour plusieurs raisons.D\u2019abord, parce qu\u2019ils émanent d\u2019un des collectifs les plus stimulants et les plus critiques du milieu sociologique québécois.Les travaux du GIEP sortent du ronron fonctionnaliste et statistique des recherches habituelles qui, sous le couvert d\u2019étalage scientifique de chiffres, font dans la tautologie d\u2019idées reçues.Depuis plus de douze ans, ce groupe analyse, sous le nom de «postmodernité», la signification des profonds changements structurels en cours dans les sociétés contemporaines.Il cherche à cerner, sans complaisance (ils sont loin d\u2019avoir le gratin des subventions à la recherche), les signes de la transmutation de la société en un système autoréférentiel régulé par une logique opérationnelle, affranchie de sa base sociale et symbolique.Ces signes se retrouvent notamment dans le déclin du politique au profit d\u2019une gestion technocratique; dans l\u2019information devenue virtuelle et les théories de la communication pragmatique, sans sujet, délivrée du poids du corps; dans la dérive des universités emportées par la logique marchande, réduite en faire-valoir des entreprises; dans la procéduralisation du droit.Ensuite, parce que ce livre permet de mieux connaître certains grands intellectuels québécois - en particulier Michel Freitag et Gilles Gagné - dont la pensée n\u2019a pas le rayonnement qu\u2019elle mériterait.Le texte le plus riche de ce livre est, d\u2019après moi, celui de Freitag.Il est exceptionnellement clair, ce qui paraîtra étonnant à ceux qui connaissent la densité de ses textes théoriques.Et finalement, la troisième raison, et non la moindre, est que ce livre aborde un sujet crucial.L\u2019AMI (Accord multilatéral d\u2019investissement), comme le soulignent les auteurs, a une portée symbolique centrale que n\u2019abolit en rien son apparent échec.Ce projet d\u2019accord est en quelque sorte le Manifeste du capital financier spéculatif; la Charte des droits et libertés des seuls citoyens et nouveaux maîtres du monde: l\u2019«overclass» des investisseurs, les organisations multinationales; et la Constitution d\u2019un nouvel Ordre mondial: la «république économique».Présenté comme la continuation historique de la modernité démocratique, l\u2019AMI ne visait rien de moins que la dissolution de la société dans l\u2019économie, «irresponsable et totalitaire», et a fortiori de la démocratie fondée sur la participation délibérative des citoyens à la définition des finalités du vivre-ensemble (la «vie bonne», comme disaient les Grecs).92 relations avril 2000 lectures du mois É.Pineault le met très bien en évidence: l\u2019Accord cache une intention révolutionnaire dans le démantèlement des mécanismes de régulation politique -législatif, administratif et juridique - de l\u2019économie (État-providence), en faveur d\u2019une entière souveraineté du capital et des transnationales.Et d\u2019ajouter M.Frei-tag: «La dimension politique, culturelle, normative et identitaire de la société, bref toute la dimension de solidarité collective, devait, en vertu de l\u2019accord, s\u2019effacer derrière le fonctionnement autoréférentiel d\u2019un système économique globalisé auquel était reconnue une autonomie en principe absolue» (p.307).On est étonné, plus encore effrayé, à la lecture de ces analyses, par l\u2019aberrante vision du monde qui se dégage de l\u2019AMI.Car, il faut bien le dire, ceux qui ont mijoté ce projet ne sont pas d\u2019obscurs et anodins petits malfrats en mal de pouvoir.C\u2019est sous l\u2019auspice de l\u2019OCDE qui, avec le FMI et l\u2019OMC, est une des organisations les plus influentes dans l\u2019orientation des politiques économiques, tant nationales qu\u2019internationales, que d\u2019éminents économistes et représentants de multinationales l\u2019ont concocté en toute impunité (voir à ce propos le texte d\u2019É.Pineault et celui de D.Brunelle et C.Deblock).Effrayés, les auteurs semblent l\u2019être aussi, on le sent bien, devant ce qui est qualifié de menace sans précédent envers la démocratie, et plus encore envers l\u2019humanité, tant la description du processus de domination économique et technocratique semble implacable, totalitaire.La mobilisation populaire contre l\u2019AMI donne cependant espoir d\u2019un retournement possible.Michel Freitag, spécialement, revient sans cesse dans son texte, comme un leitmotiv, sur l\u2019exigence d\u2019une action politique collective comme seule voie à l\u2019endiguement de cette colonisation du réel par le virtuel, sous l\u2019égide du capital financier spéculatif.Il faudra lire, en ce sens, G.Gagné, surtout après avoir lu avec profit J.Pichette dans Relations de décembre dernier, qui en prépare la lecture aride, pour percevoir combien nous sommes emberlificotés dans les rouages de la «financiarisation».Ne serait-ce que pour ce petit bijou d\u2019écriture qu\u2019est sa métaphore porcine, caustique mais combien parlante, par laquelle il décrit l\u2019emprise du virtuel dans notre vie concrète quotidienne, allant jusqu\u2019à réduire notre subjectivité même en une simple «machine productive» (p.165).Le pronostic avancé par Freitag est presque sans appel: le «XXIe siècle sera, espérons-le, le siècle d\u2019une construction de la solidarité des sociétés contre la domination mondiale du capital; autrement, il risque de ne pas être du tout.Partout déjà, les sociétés ne sont-elles pas en train de se réveiller sous le choc» (p.26).C\u2019est finalement le grand apport de ces textes de nous saisir de ce choc, d\u2019en prendre la mesure et de nous faire éprouver l\u2019exigence pressante de s\u2019atteler à la tâche politique considérable de «ramener l\u2019économie à sa dimension humaine et terrestre» (p.293), de la harnacher à des finalités de solidarité et de justice.Tout le débat public entourant l\u2019AMI et ses avatars, dans lequel s\u2019inscrit la publication de ce livre, a quelque chose de réjouissant et de prometteur.Il n\u2019est pas inopportun de rappeler que les mêmes auteurs de ce livre sont sortis littéralement dans la rue pour dénoncer l\u2019Accord et soutenir la mobilisation populaire contre celui-ci, qu\u2019ils ont participé à la défense devant les tribunaux de manifestants arrêtés pour des actes de désobéissance civile, et écrit dans les journaux, dans les pages réservés aux lecteurs.On est peu habitué au Québec à cette présence d\u2019intellectuels sur la place publique.Une conscience manifeste de l\u2019urgence du temps, de la nécessaire réactivation de la capacité politique des citoyens, en est, de toute évidence, à la source.¦ Jean-Claude Ravet BIEN ENRACINÉES ET PLEINES D\u2019AUDACE Les soeurs auxiliatrices, Des femmes de convictions.50 ans de présence au Québec, Montréal, Francine Breton, 1999; 233 p.En 1999 - au siècle dernier! - les soeurs auxiliatrices ont fêté leurs cinquante ans de présence au Québec.À cette occasion, elles ont pris le risque de relire leur histoire et de la mettre sur la place publique, grâce à ce livre.La lecture en est passionnante.À travers la vie de leur Institut, c\u2019est relations avril 2000 l\u2019histoire du Québec qui se retrace.Mais pas de n\u2019importe quelle manière.Le mouvement social et ses retombées politiques y apparaissent clairement dans les engagements pris par l\u2019Institut et par chacune.Tout commence avec la rencontre des femmes de milieux défavorisés.Peu à peu, se tisse un réseau de relations, une ligne de conduite se dégage, précise et déterminée, qui prend toujours la défense de ceux et celles que la société tend à marginaliser.Cette défense ne se fait jamais sans eux, mais toujours avec eux.Les domaines d\u2019action sont multiples: soins à domicile, centre de bénévolat, regroupement des personnes assistées sociales, accueil des immigrants, mouvement des femmes, service social paroissial, hockey, déficients mentaux, quête de sens et quête spirituelle, prisons, pharmacie, soins dentaires.Jusqu\u2019à la solidarité internationale.On se demande comment un groupe de femmes, pas si considérable à comparer à d\u2019autres instituts, a pu faire autant de travail et parcourir autant de kilomètres, à pied, à bicyclette, en voiture ou en avion.Rien ne les arrête, ni les échecs, ni les imprévus, ni les obstacles qui se dressent sur leur route.Elles ont une foi à déplacer les montagnes.Quand le temps est venu de passer le relais à d\u2019autres, elles s\u2019effacent après s\u2019être assurées que la relève sera prise.Partout elles agissent en pionnières.Leur vocation est de défricher le terrain.Et le chemin parcouru s\u2019avère assez étonnant.En témoignent les pages centrales du livre où sont rassemblées quelques photos depuis les origines.Qui aurait cru que ces femmes, tout de noir vêtues, de pied en cap, et sous la protection du Sacré-Coeur, se retrouveraient un jour au côté des marcheuses de la marche Du pain et des roses, en 1995?En les regardant vivre, impossible de dire que la vie religieuse sent la boule à mites, comme certains voudraient le laisser croire! Leur vie témoigne d\u2019un souffle qui les pousse sans cesse en avant et les invite à sortir de leurs maisons ou à en ouvrir les portes.À la lecture de ce livre, on voit comment leur mission est d\u2019aider à ce que les personnes et les groupes vivent leurs souffrances comme un chemin de libération et de construire un monde plus juste et plus humain.Le Dieu dont elles témoignent épouse l\u2019histoire des hommes et des femmes d\u2019aujourd\u2019hui, sans itinéraire préétabli d\u2019avance.Il est en devenir.¦ Anne-Marie Aitken 93 lectures du mois PORTE OUVERTE SUR UN AUTRE MONDE André Beauchamp, L'instant divin, Montréal, Bellarmin, 1999; 112 p.Dans la prière, nous relisons la vie autrement.Nous scrutons un symbole.Nous cherchons des mots plus beaux qu\u2019à l\u2019ordinaire.Nous souhaitons que le miracle se produise, c\u2019est-à-dire qu\u2019une prière, si humble soit-elle, un psaume, un poème, une évocation, nous donne accès à l\u2019infini de Dieu.Une prière est toujours une porte ouverte sur un autre monde.Elle est toujours aussi une autre manière de comprendre sa vie et surtout de la raconter» (p.109).Voici une heureuse définition de la prière qui, en quelques mots bien concrets, met l\u2019accent sur l\u2019essentiel.Oui, la prière est récit et ouverture, et non d\u2019abord demande, imploration ou mainmise sur Dieu.Espace de gratuité, de poésie, elle humanise.C\u2019est un peu l\u2019expérience que nous pouvons faire si nous prenons le risque de nous couler dans les mots qui nous sont donnés ici.Un paysage s\u2019ouvre devant nous.Inutile de dire que ceux de l\u2019auteur sont bien connus: l\u2019eau, la neige, le téléphone, le printemps, le pauvre, le lever du jour, le métro.L\u2019expérience quotidienne devient dialogue avec une présence invisible, mais bien réelle.Les mots sont simples, ils font image.À la lecture, le coeur se simplifie, le regard se fait plus intérieur, l\u2019être se surprend à goûter le silence.Une lumière se faufile dans l\u2019obscurité.Mais l\u2019instant divin est, par définition, toujours éphémère et insaisissable.Il inscrit sa trace dans les profondeurs.La sobriété de la couverture et les pages de photos en couleur ajoutent au charme de ce petit livre.On y retrouve l\u2019environnement, la nature sous tous leurs angles.La beauté est au rendez-vous, manière aussi de regarder le monde autrement, sans nier pour autant la violence dont il est habité.Dans la conclusion de son livre, André Beauchamp nous confie avoir été influencé par un livre de Michel Quoist, intitulé Prières, dans lequel celui-ci établissait un lien entre le quotidien et l\u2019Étemel.Beaucoup de générations ont été marquées par ce livre qui nous dévoilait autant son auteur que celui auquel il s\u2019adressait.Michel Quoist est mort.André Beauchamp prend en quelque sorte le relais.¦ Anne-Marie Aitken LIVRES REÇUS Voici quelques-uns des livres que les éditeurs ont fait parvenir à Relations au cours des derniers mois: -\tRiccardo Petrella, Le bien commun.Éloge de la solidarité, Bruxelles, Labor, 1999; 93 p.-\tBernard Barthet, S\u2019enrichir en dormant.L\u2019argent et les religions, Paris, Des-clée de Brouwer, 1998; 182 p.-\tFrançoise Dolto, Andrée Ruffo.L\u2019enfant, le juge et la psychanalyste, Paris, Gallimard, 1999; 126 p.-\tMonica Townson, Malades d\u2019inégalité.Comment les facteurs socio-économiques influencent notre bien-être, Ottawa, Centre canadien de politiques alternatives, 1999; 140 p.-André Linard, Cuba.Réformer la révolution, Bruxelles, GRIP, 1999; 147 p.-\tFrédéric Demers, Céline Dion et l\u2019identité québécoise, Montréal, VLB, 1999; 190 p.-\tGénéral Morillon, Mon credo, Paris, Presses de la Renaissance, 1999; 172 p.-\tTim Guénard, Plus fort que la haine, Paris, Presses de la Renaissance, 1999; 274 p.-\tSimone Chalon, Au nom des enfants.Violences, pédophilie, maltraitances.40 ans de lutte, Paris, Le Pré aux Clercs, 1999; 254 p.-\tPascale Marson, Le guide des religions et de leurs fêtes, Paris, Presses de la Renaissance, 1999; 220 p.-\tColl., Et si on parlait du haschich.Des jeunes témoignent, Paris, Presses de la Renaissance, 1999; 138 p.-\tMarcel Boisot, La morale, cette imposture.Contournée, détournée, adaptée aux circonstances.Que reste-t-il de la morale?, Paris, Le Pré aux Clercs, 1999; 278 p.-\tVincent Bourguet, L\u2019être en gestation.Réflexions bioéthiques sur l\u2019embryon humain, Paris, Presses de la Renaissance, 1999; 398 p.-\tStan Rougier, Dieu écrit droit avec des lignes courbes, Paris, Presses de la Renaissance, 1999; 274 p.-\tMarie-France Hirigoyen, Le harcèlement moral.La violence perverse au quotidien, Paris, La Découverte/Syros, 1999; 214 p.-\tJacques Duquesne, Dieu expliqué à mes petits-enfants, Paris, Seuil, 1999; 64 p.-\tJean-Paul Mensior, Les chemins de la vie.Essai d\u2019anthropologie chrétienne, Montréal/Bruxelles, Novalis/Lumen Vitae, 1999; 140 p.¦ à signaler ?Le Québec dans l\u2019espace américain, Louis Balthazar et Alfred O.Plero Jr, Québec Amérique, Montréal, 1999.Le Québec s\u2019insère dans un ensemble nord-américain qui comprend bien sûr le Canada, mais également les États-Unis.Tant aux plans politique et économique que culturel, notre américanité ne fait aucun doute aux yeux des auteurs qui en mesurent l\u2019étendue dans cet ouvrage fort documenté.Un livre décapant, qui en dit long sur une réalité souvent occultée.?Le christianisme.Ce qu\u2019il est et ce qu\u2019il est devenu dans l\u2019histoire, Hans Küng, Seuil, Paris, 1999.Une somme passionnante d\u2019informations historiques, culturelles, théologiques, en particulier sur l\u2019orthodoxie, le protestantisme et le catholicisme.Pour comprendre et juger de façon nuancée et équitable vingt siècles de christianisme, pour entrevoir ce qu\u2019il sera demain, il faut oser se plonger dans ces 1232 pages! 94 relations avril 2000 I Le projet de loi 108, adopté le 15 décembre 1999, proclame, au Québec, le jour commémoratif de l\u2019Holocauste: Yom Hashoah, tel que déterminé par le calendrier lunaire juif.L\u2019Assemblée nationale du Québec a ainsi décidé de joindre sa voix à celle de la communauté juive pour rendre un hommage à tous ceux et celles qui ont péri dans l\u2019enfer nazi, ainsi qu\u2019à leurs familles et à leurs amis.Le jour commémorant l\u2019Holocauste, les professeurs pourront enseigner aux enfants, dans les écoles, les leçons qu\u2019il faut tirer de cet événement terrible pour que ce genre de crime ne voie plus jamais le jour.Le Président du Soudan Omar Hassan al-Bashir a donné l\u2019ordre aux gouverneurs des États de transformer les écoles primaires en écoles coraniques et d\u2019enseigner le Coran aux enfants.Bashir, en annonçant ce plan, a dit que «son gouvernement avait l\u2019intention de changer la société pour vivre selon l\u2019enseignement du Coran».Environ deux millions de gens du Sud déplacés sont estimés vivre dans la capitale et les chrétiens parmi eux sont alarmés par l\u2019ordre de Bashir.Le gouverneur de l\u2019État de Karthoum, Mazjoub al-Khalifa, a dit que son État «projetait de transformer toutes les écoles primaires en écoles coraniques pour le début de l\u2019année 2002.» Il y a maintenant 420 écoles coraniques dans l\u2019État de Khartoum, avec 41 722 élèves.Il y a près de 49 000 enfants dans les écoles pour enfants déplacés dans la banlieue de Khartoum.Sources: Vigilance Soudan, décembre 1999.Les femmes africaines apportent une contribution essentielle au développement de leur continent.L\u2019exposition du Musée de la civilisation de Québec, Femmes, «bâtisseurs» d\u2019Afrique, met en valeur leur dynamisme et fait comprendre au public les obstacles qu\u2019elles doivent surmonter.L\u2019exposition comporte une soixantaine d\u2019artefacts: objets rituels ou usuels, pièces artisanales, oeuvres d\u2019art contemporain, photographies et documents audiovisuels.Des bandes dessinées originales introduisent les thèmes abordés dans les trois zones de l\u2019exposition.Site Web: www.mcq.org.À la fin de l\u2019année 1996, d\u2019après des statistiques qui restent approximatives et fondées à la fois (Source: agence Fides), la population mondiale (5 740 000 000 habitants) se répartissait comme suit, du point de vue religieux: chrétiens 1 994 754 000, musulmans 1 088 500 000, sans religion 998 500 000, hindous 801 500 000, bouddhistes 396 500 000, athées 244 500 000, nouvelles religions 154 500 000, religions tribales 95 500 000, sikhs 22 500 000, juifs 21 500 000.Si les quatre principaux conflits qui ont endeuillé la planète, en 1999, sont des conflits en partie religieux, il ne faudrait pas pour autant oublier que les grandes religions répondent aux aspirations spirituelles des êtres humains, à la nécessité de croire en des valeurs élevées, et à leurs angoisses devant la peur, la souffrance et la mort.Elles disent le vrai, le beau, le bien et le juste et offre à chacun une morale pour interpréter le monde.Le Centre Saint-Pierre vient de réaliser une vidéocassette en prolongement de l\u2019Année internationale des personnes âgées: Le retour des sages.Elle nous invite à porter un regard neuf sur le vieillissement.Composée comme une symphonie en sept temps, on y voit défiler les personnes qui au Québec ont quelque chose de neuf à dire sur cette période de la vie: Marguerite Hogues-Charlebois, Guy Fournier, Benoît Lacroix, Paule Lebrun, Marguerite Lescop, Georges Letourneau, Claude Ryan.Pierre Maisonneuve fait apparaître le fil conducteur.Pour se la procurer: Yvan Poulin, au (514) 524-3561 poste 240.La Fédération des femmes du Québec et le mouvement des femmes ont lancé officiellement le volet québécois de la Marche mondiale des femmes de l\u2019an 2000, marche contre la pauvreté et la violence faite aux femmes.La Marche québécoise aura lieu du 9 au 17 octobre 2000.En tout, 17 comités régionaux d\u2019organisation et 70 comités locaux représentant plus de 360 groupes de femmes constituent l\u2019immense réseau d\u2019organisation de cette marche.Les femmes québécoises adressent 20 revendications au gouvernement du Québec.Elles marcheront pour obtenir des réponses satisfaisantes de la part du Premier ministre.On peut se procurer Le cahier de sensibilisation et d\u2019Éducation aux revendications québécoises, Le guide d\u2019animation sur les revendications québécoises et Le répertoire d\u2019outils d\u2019éducation populaire et de référence, à la FFQ, 110, rue Sainte-Thérèse, bureau 309, Montréal (Qc) H2Y 1E6.¦BIBianMMBHiaHiaMHBlHHMMHMIHHMHMMWHMMIMi relations avril 2000 95 \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\tTCI?\t\t\t \t\t\t \t\t\t Conception de la page couverture: Fernand Jutras.Photographies de la page couverture et de la page 73: Jean-François Leblanc/STOCK.NOTRE PROCHAINE SOIRÉE RELATIONS Le rôle de la communauté internationale dans les conflits Pour renseignements, contacter Françoise\tSurveiller l'annonce qui paraît dans Le Devoir, Nduwimana ou Pauline Roy: 514-387-2541.\tle jour même de la rencontre.Le lundi 17 avril 2000, de 19h30 à 22h00, à la Maison Bellarmin 25, rue Jarry ouest (métro Jarry).Contribution volontaire : 5,00$ avril (mars) 2000 Envoi de Poste-publication - Enregistrement no 09261 Port payé à Montréal 25.rue Jarry ouest, Montréal FI2P 1S6 "]
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