Le Courrier du Canada : journal des intérêts canadiens, 12 juin 1880, samedi 12 juin 1880
iBW lF*^Twr7PKy-r\ •• • .* - 34em .» » .a ÏIVÎ'Q No 8—Edition l f.i T*/ enne- 4eme pnnee Samedi 1» Juin 1880 * f£1î fl .ini < • • 0* • ¦ < \ 1 4 i » T : * i t JOURNAL DES INTERETS CANADIENS ET J'AIME.d PIK ii: L’Eglise de Franco et de la catholicité tout entière viennent de faire une grande perte : le cardinal Pie, évêque do Poitiers est mort subitement à Angoulème.Voici quelques détails biographiques puisés dans une étude de M.Eugène Veuillot, et complétés par un article du Courrier de.Bruxelles.I Louis-François-Edouârd Pic est né à Pontgouin, au diocèse de Chartres, le 20 septembre 1815.Le curé de Pontgoin l’avait do bonne heure distingué entre tous les enfants du village ; bientôt il l’admit au nombre de ceux qui servaient A l’autel.Après deux ou trois ans d’étude chez M.Brou, le jeune élève fut placé au petit séminaire du diocèse.Tl y prit tout de suite le premier rang en toutes choses : aucun de ses condisciples ne pouvait lutter contre lui,malgré l’avantage que leur faisait sa santé toujours chétive.Après la révolution de 1830, la renommée du jeune Pie était déjà si répandue à Chartres que plusieurs établissements universitaires tirent des démarches pour l’attirer.Au lieu de demander une pension à un pareil élève, on l’eût payé très volontiers.On en parla à Edouard : “ Les sots ! dit cet enfant de quinze ans.ils ne comprennent pas que si Dieu m’a donné quelques aptitudes, il me les retirerait dès que je changerais de route.” ., .Ordonné prêtre le samedi de la Trinité de l’an 1839, l’abbé Pie revint au diocèse de Chartres.Mgr Clauscl de Montais voulut l’élever immédiatement aux fonctions de vicaire général.Le jeune ecclésiastique refusa, alléguant qu’un honneur si précoce lui ferait, parmi ses confrères, une position insoutenable.L’évéque céda non sans résistance ni regret.L’abbé Pic fut nommé vicaire à la cathédrale.11 y aurait beaucoup à dire sur les premières années du ministère de l’abbé Pie.Le souvenir en est vivant à Chartres où il resta cinq années.En 1844, Mgr Clauscls de Montais to ru va le moment déci dominent venu de faire l’abbé Pie son vicaire général, le jeune prêtre travailla davantage.Sa santé toujours délicate l’obligeait à mille soins assujettissants ; il rachetait le temps par sa facilite merveilleuse.On le fit plus que jamais prêcher, non seulement à Chartres mais ailleurs, en particulier à Versailles, où il donna une ou deux stations, à Blois, à Orléans.C’est de cette époque que datentjles panégyriques si remarquables de Jeanne d’Arc et de saint Louis, ainsi que l’admirable discours prononcé à la colonie agricole do Bonneval, fondée dans une ancienne abbaye de Tordre •de saint Benoît.L’abbé Pie accompagnait le plus souvent Mgr de Chartres dans ses longues et laborieuses tournées épiscopales ; il l’aidait pour tous ses travaux, et prenait une grande part à l’administration générale du diocèse.C’est le 23 mai 1849 que l’abbé Pie fut nommé ù l’évêché de Poitiers.Il en fut plus surpris que personne, et troublé autant qu’une Ame de pareille trempe peut l’être d’une chose que Dieu lui-même voulait.Il y avait pour lui mille raisons de décliner cette charge : son affection filiale o pour l’évêque de Chartres, dont l’Age semblait encore augmentait la tendresse, et dont il augmenter certainement les besoins ; ses relations nombreuses avec tout le pays chartrain, et les facilités qu’elles lui donnaient pour mener à bien toutes sortes de bonnes œuvres ; ses goûts pleinement satisfaits par cette vie où l’action et l’étude avaient leur juste place; sa santé toujours faible, et qu’au dire de tous les médecins tout travail excessif devait nécessairement ruiner ; son Age surtout : il avait trente-trois ans.11 l’alléguait au vieil évêque.Celui-ci répondit : “ Que dites-vous.Monsieur ! (c’était sa manière d’appeler même ses plus chers amis) vous avez trente-trois ans : c’est l’Age où les grands hommes finissent ; il me semble que vous y pouvez bien commencer.” Ce mot dit assez qu’en présence d’un grand service à rendre à l’Eglise le vieil athlète ne savait plus penser A lui.Cependant la tentation du refus élait grande.On fit attendre la réponse deux ou trois jours.Enfin l’évêque et les vrais amis parlant, Dieu surtout et saint Hilaire aidant, l’abbé Pie accepta.Ce fut un deuil public A Chartres.II L’évêque de Poitiers prit possession de son siège en décembre 1849.Son premier mandement est un discours d’adieu prononcé dans la cathédrale de Chartres.Mgr Pie est là tout entier.Il n’a rien fait depuis lors qui ne soit l’harmonieux et fécond développement de ce magnifique exorde.Après deux ou trois phrases très sobres sur son élévation, il prenait possession de son autorité, il enseignait : “ Nous ne sommes pas assez étranger à l’observation des choses pour j nous arrêter à quelques surfaces qui peuvent encore éblouir ; nous ne saurions méconnaître que la société humaine est en proie A un mal plus intime, plus profond, plus dévorant qu’il n’est possible de le dire.La logique des passions, longtemps suspendue, retardée dans sa marche, à produit enfin les conclusions inévitables des principes qu’avaient posés les siècles précédents.Nous vivons dans la fatale période des conséquences, des conséquences extrêmes.Chaque jour, les dernières espérances s’évanouissent ; les terribles problèmes un instant écartés reviennent se poser en face ; toute solution humaine est désormais impossible.Il ne reste qu’une alternative : se soumettre A Dieu ou périr.” Le parti des transactions, qui aime A s’appeler le parti de la conciliation, essayait dès lors d’affaiblir la vérité, afin qu’elle consentît à respecter Terreur ; car un des progrès du temps est d’avoir découvert que Terreur doit être respectée.Lorsque les ténèbres deviennent puissantes, Dieu allume des phares ; l’Eglise de Poitiers put se dire, en entendant les premières paroles de son évêque, que l’obscurité ne prévaudrait pas dans son sein.De nos jours, l’action publique de l’évêque apparaît aux yeux de la foule sous deux aspects : l’homme du sanctuaire et l’homme de la lutte.Ces deux rôles ne sont assurément qu’un seul et même rôle, se résumant en un mot : le devoir.Mais la masse, surtout la masse aveuglée par les journaux libres-penseurs, ne voit pas le lien intime et absolu qui unit la prière au combat.Depuis douze ans, l’édifice catholique a été attaqué de toutes parts, et nul n’a été plus prompt que le successeur de saint-llilaire A se porter sur le point menacé.On ne pourrait citer une seule erreur qu’il n’ait signalée et confondue en temps opportun.III 1“ apôtres.Cependant, continue M.Quelques années plus lard, il fal- “ de ^orc, lc CnTdSal n° C°î.ltejtait ?."?“ M Circonstance actuelles, à prêter ‘‘°" ÎÏToLlï “u"1“ ainsi des armes à la malveillance et quçst.on capitale, Mgr 1 cvCqne «le „ - , calomnic.» JL outers l a traitée sous toutes sesl T) „ -, .i„0 r.,;io w J1 y aurait diverses choses adiré laces.Des doctrines, les laits, les cir-1 ,, 11 i y* * t i iur\.T „ ., .* ., I sur 1 ensenble des depeches de MM.constances, il a tout examine, toutlj^rp.________* .À , _ .Ju* • I I houvenoi et de Cadore ; maisi é-es vite in-1 •_______•___i ».______i .* .,J.a ' u ^ °* '1in* I cris une simple biographie, et je dois li T"ra?,"''c”cnl m'en tenir ai fait uni concerné l'év.V le Piémont.Dès le mois de juillet Kuo tln r°ltlers (a suivre.) Le m il il il «cri! «le SI.Pierre, ou la lin d'une mystification Les journaux du Canada ont pres- 1859, il s’écriait : “ La crise actuelle est moins politique ci internationale que religieuse et ecclésiastique.” Deux ans plus tôt, et alors que la paix régnait encore en Italie, il avait touché le fond de la question dans _ _ une instruction synodale sur Rome I que tous donné cours A la nouvelle considérée comme siège de la papauté.| assez étrange de la découverte faite A de l’apôtre w - i a.i _.i i i _ ________________i r» » ./.mi et que principes la meillei— -(1, , v.r , .té, même par le silence, à ces amoin- ! * action de 1 e\eque lut plus active.(lrisscments de la vérité que Ton I ^ aYa1^ discuté, averti, éclaire ; il Mgr Pie est l’homme des principes H y a 1» de péremptoires réponses à Jérusalem d’un évangile non de la tactique,—en admettant toutes les invectives dont le pouvoir Pierre, écrit de sa propre main sur je le respect constant et absolu des temporel du Saint-Siège a été et est papyrus, parfaitement conservé, et en •incipes ne soit pas une tactique, et j encore l’objet.vieux caractère hébreux fort élégants, meilleure.—Jamais il ne s’est pré-i Les événements se pressèrent, et Voici d’abord, en abrégé, les faits tels que le raconte le Courrier Bruxelles de voit se produire sous prétexte de / condamna.Un mandement dans le-1 Le 13 juillet de Tannée dernière conciliation.* quel il prenait a partie l’auteur d’une mourait à Jérusalem un vieil ermite r,, ., t, .w.v .; brochure célèbre intitulée la France, Agé de 109 ans, nommé Coré, pauvre L eveque de Toi tiers avait déjà si-j Rome €t l'Italie, fut déféré au conseil très connu dans toute la ville, et qui gliale en diverses rencontres le can- (pJ3tatr qui rendit, le 30 mars 1801, depuis cinquante ans ne parlait plus, ger des compromis, lorsqu il publia unc declaration d’abus.A défaut de parents, les autorités / » I I ut I W »* *\ i Kn I I a i n el i au • .I _ 4 ._ _ (juillet ISoo) sa belle instruction l’eu de temps après avoir été dele-1 locales s’emparent de ce qu’il laissait, synodale surtes principales erreurs dit r6 au conseil d’Etat, Mgr Pie était On visita sa grotte, située non loin temps present.Il y montrait I ennemi déféré au Souverain-Pontife.Le lait de Getlisémani et l’on y trouva des changeant de langage et modifiant le a(*téotnciellement établi par les pièces ton de- -1 — sente loppant échapper a la lumière, cédant même q jujilct 1S01, prescrit A M.le mat- une partie du terrain, et recourant qnjs de Cadore, chargé des affaires enfin a mille subteifuges pour gar- de France à Eome, de dénoncer au der un dernier retranchement.cardinal Antoneli, secrétaire d’Etat de L’évéque condamnait d’abord les Sa Sainteté, le langage tenu par Mgr contempteurs acharnés de tout ordre ; Tie • dans un sermon prononcé le puis il s’attachait à prémunir les jour de la Saint-Pierre.” iidèles contre ces adversaires réservés Après avoir proclamé le sagesse, le '¦ enveloppé de vieux journaux.Dans qui appartiennent au parti de la mo- bon sens et.la modération de la cour ' ce paquet, un cachemire usé et moisi, dération, et que beaucoup d’honnetes de Rome, M.Thouvenel déclarait que ' Ce chille renfermait les papiers de peaux de tigres et d’autres d’une grande valeur.Sous les peaux, une trappe conduisant par quelques marcher dans un souterrain de 5 mètres de long sur 3 ou 4 de haut.On ouvrit une caisse munie d’une armature en fer ; elle renfermait plus de 200,-, 000 lr.en monnaies diverses, pièces d’or, d'argent, de cuivre, fruit de ses économies et de sa mendicité, et sous cette couche de numéraire un paquet gens écoutent sans défiance.TJ îi avertissement lui paraissait d’autant plus nécessaire que ces modérés rêvaient alors un traité entre le christianisme et la philosophie.Les sages, pas plus que les exagérés, ne pouvaient accepter ces conditions d’une alliance radicalement impossible.On ne s’allie point A l’Eglise, il faut s’y soumettre.Cette magnifique instruction dessina plus nettement la position de l’évêque de Poitiers.On n’ignorait point de quel côté il était ; les hommes supérieurs ne veulent ni ne savent cacher leur pensée.Il n’y a pas çonna même Corée d’en être l’auteur.Mais il y a des savants à Jésusalem ; la question leur fut soumise, et après un long et mûr examen, ils se prononcèrent en faveur de l’authenticité.Selon eux, il était impossible à un auteur moderne d’écrire l’hébreu avec autant d’aisance, autant de propriété dans le choix des expressions, et avec cette lorme archaïque si digne de l’hébreu des mielleurs Ages.On y trouvait même des termes antiques, si vieux que la commission n’a pas môme réussi à les déchiffrer.La Société biblique de Londiee, émue d’une pareille decouverte, a envoyé sur les lieux une commission qui, après de longues recherches, a également reconnu l’authenticité du manuscrit comme étant l’œuvre personnelle de l’apôtre Pierre.Elle a offert Alla famille Corée de Stockholm, la somme de 500 000 fr.en échange de cet inestimable aittographe et la famille aurait refusé, mais en se déclarant disposée à concéder le droit de reproduction et de traduction.Voilà l’histoire ; elle est certainement jolie, elle le serait bien davantage si elle ne fourmillait pas d’in-vrnisemblances.Un manuscrit de l’an 30 de l’ère chrétienne, un parfait état de conservation, après dix-huit siècles de guerres, de ruines et de décombres ; inconnu tout ce temps aux Eusobe, aux saint Jérôme, aux évêques, aux savants, quand il y avait intérêt si majeur à liquider le6 Questions historiques et critiques (les Evangiles, de l’évangile primitif, de l’évangile des Hébreux ! Cette calligraphie, cette encre noii rc, si merveilleusement conservée, quand l’Evangile de saint Marc, qui est A Venise, est devenu illisible an point qu’on ne peut plus distinguer s’il est écrit en grec on en latin ! Ce juif, scrupuleux et jaloux gardien d’un livre qni condamne sa race cos mêmes sentiments étaient loin Coré, donnant son origine, son nom J ses doctrines ! “ malheureusement d’inspirer quel- et des détails sur sa famille, fort ; Ces autorités municipales de Jéru-“ ques-uns des prélats placés à la riche, qui est établie à.Stockholm.| salem, trouvant un trésor de 200.000 li tête du clergé français, que leur Enfin, sous ces papiers un volnmi- j francs [sans compter le manuscrit], “ position semblerait devoir préserver ' lieux manuscrit sur papyrus, enve- ] et s’ingéniant, contre toutes leurs tra-“ de certains entraînements contrai-1 loppé d’un morceaux de soie verte .dirions turques, à en chercher les “ res au caractère dont ils sont rêvé- j rongée par le temps et l’humidité, ' propriétaires, pour les découvrir en-“ tus.” Il ajoutait : “ ^’avons-nous qui tomba en lambeaux assitôt qu’on lin à 800 lieues de là ! pas surtout le droit de nous étonner le toucha.; La Société biblique de Londres “ de voir ce prélat (Mgr Pie), évo- Ce manuscrit a pour titre et en envoyant en Palestine ixne corn mis-“ quant les souvenirs (le la persécu- tête, en beaux caractères hébreux et sion d’enquête, dont personne n’a “ rion du prince des Apôtres sous le d’une encre très-noire : entendu parler, et faisait offrir un “ troisième Ilérode, aller chercher “ Pierre, pécheur, sectateur (ou demi-million, sans qu’on dise de quel “ disciple) de Jésus, fils de Dieu, et droit et de quel argent elle compte 11 continuateur de son œuvre, parle | payer ! “ aux peuple de la terre qui écorrtent j Enfin cette famille fabuleuse, qui 11 la parole du Seigneur, selon l’amour refuse les 500 000 fr., quand clic au- “ et au nom du Dieu très saint.” Il est signé de ces mots d’une écri- “ jusque dans le secours matériel que “ nous prêtons au Saint-Père un texte “ d'accusations contre Sa Majesté ?” plus d'équivoque dans leurs allures Le ministre parlait ensuite d aviser que d’incertitude dans leur esprit.au ™ov en de mettre im terme a des D’ailleurs, celui-ci avait déjà trop excitations am» passionnées.souvent et trop nettement parlé pour , ^ cardinal Antonelh fut sans turc elegante et bizarre .que le moindre doute fût possible.dou‘e ?6Se,z surP»s de la reclamation “ Moi, Pierre, pêcheur au nom de Néanmoins, ce nouvel acte, qui frap- lle M' le charge d atlaircs : ü n en tut ‘ Jésus, j ai fini d’écrire la parole de pait en plein les erreurs modernes aucunement embarrasse, \oici le ru-, ¦ amour, en 1 an 50 de mon Age, a la - sume de sa réponse, d apres.M.de , troisième paque apres la mort de Cadore : “ Son Eminence a paru se , “ mon Seigneur et de mon Maître “ refuser à croire que les intentions j “ Jésus-Christ, fils de Marie, et dans “ de Mgr Tic aieut été telles que le j “ la maison de Belieri, scribe, près du “ supposait le gouvernement de “ temble du Seigneur.” “ l’Empereur : ce n’étaient, suivant j Comme le papyrus ne se fabrique “ elle, que des citations hisloques ! plus, l’antiquité du manuscrit, s'il “ que chacun pouvait interpréter à 1 existe, serait hors de doute.Cepen-“sa manière, d’autant plus que l'u- dant la fraîcheur apparente de l’encre ta sur la brèche, toujours prêt à se “ sage est de faire, le jour de la Saint- aussi bien que la résistance et la porter où serait le péril le plus émi- “ Pierre, des sermons sur les persé- flexibilité du manuscrit, laissaient nent.“ curions subies par le prince des des doutes sur son origine.On soup- les plus chères aux modérés politi ques, produisit un effet exceptionnel et décisif.Si l’évêque (le Poitiers n’avait pas été trempé pour la lutte, s’il n’avait pas été avant tout l’homme des principes et du devoir, on lui eût imposé silence, on l’eût fait reculer.Il res- rait dû envoyer son acceptation par dépêche dans la crainte du lendemain ! Tout cela nous faisait croire qu’il y a eu un anachronisme, et que la nouvelle lancée en mars aurait dû être réservée pour les premiers jours d’avril.Deux choses ont tué cette légende.L’-une, c’est la découverte qni vient, d’être faite d’une fabrique d’autographes à Jérusalem, faisant des manuscrits, maintenant que la poterie (le Moab ne va plus.L’autre, c’est le démeuti formel et catégorique donné par la Société biblique de Londres à la part qni lui revient dans cette histoire.n il let on du COURRIER DU CANADA 12 Juin 1880.—No.8t! LES Par Lotus pk Iîki.t.kmatîk (Suite.) Sous l’impression de ces tristes pensées, les trois chasseurs ne parlaient plus, mais ils se résignaient à leur sort, plutôt que de songer à abandonner le malheureux blessé en essayant unc desconte sur l’une des rives.Fabian était aussi déterminé que ses compagnons à mourir ; ses espérances trompées, le profond découragement qui s’était emparé de lui,ôtaient à la mort son cortège habituel de terreurs ; néanmoins,l’ardeur de son sang lui faisait préférer une mort prompte, les armes à la main, à la mort ignominieuse et lente qui les attendait tous au poteau des Indiens.Il se décida le premier à rompre le silence mortel qui planait sur Pilot, au milieu de la brume nocturne.La profonde trnnquilité du fleuve et de ses bords n’était, aux yeux expérimentés du Canadien et de l’Espagnol, qu’un indice plus certain de l’invincible résolution de leurs ennemis ; mais elle paraissait à Fabian un symptôme rassurant, une faveur du ciel dont il fallait profiter.“ Tout dort maintenant autour de nous, dit-il ; non-seulement les Insur la rive, mais tout ce qui a vie dans les bois et dans les déserts, la rivière elle-même semble avoir ralenti son .cours.Voyez, les reflets des feux expirent bien loin de nous.Ne serait-ce par le moment (l’opérer une descente sur l’une ou l’autre des deux rives ?—Les Indiens dormir ! interrompit Pepe avec amertume, oui, comme cotte eau qui semble stagnante, mais qui n’en poursuit pas moins son cours jusqu’aux gouffres inconnus où ollc va se perdre.Vous n’anrez pas fait trois pas dans la rivière que vous verrez les Indiens s’y précipiter après vous, comme vous avez vu tantôt les loups s’y lancer à la poursuite du cerf.Navez-vous rien de mieux à proposer, vous, Bois-Rosé ?—Non ”, répondit brièvement le Canadien, tandis que sa main cherchait silencieusement colle de Fabian ; puis de l’autre, il montra le blessé qui continuait A s’agiter, tout en dormant, sur sa couche de douleur.Ce geste répondait à tontes les objections do Fabian.“ Mais A défaut d’autro chance, ré- Bois-cn ce mira- pondit celui-ci, nous aurions du moins celle de mourir avec honneur, côte à côte, comme nous voulons mourir.Si nous sommes vainqueurs, nous pourrons venir an secours de ce malheureurx qui n’a plus que nous pour défenseurs.Si nous succombons, Dieu lui-môme pourra-t-il nous reprocher, quand nous paraîtrons devant lui, d'avoir sacrifié à la vie (le l’homme qu’il avait confié à notre garde, lorque nous avons nous-mêmes exposé la nôtre dans l’intérêt de tons ?—Non, sans doute, répondit Rosé ; mais espérons encore Dieu qui nous a réunis par un râble ; nous avons du temps devant nous d’ici à ce que les provisions viennent à nous manquer.Aborder le rivage de quelque côté que ce fût serait marcher à unc mort certaine à présent que le nombre des Indiens a pins que triplé probablement.Mais peut-être serions-nous faits prisonniers,et je frémis à l’idée do l’horrible agonie qu’ils nous réserveraient.Oh ! mon Fabian bien-aimé, ces Indiens, du moins, dans leur intention de ne nous prendre que vivants, prolongent encore pour moi de quelques jours le bonhenr d’ôtre près de vous.” Le silence régna de nouveau parmi le groupe consterné/.Oetto idée de vivre encore près de son enfant était pour le Canadien comme le sursis accordé au condamné avant le supplice : mais bientôt, pareil à co malheureux qui, en songeant au moment fatal qui n’est que différé, secoue avec rage les barreaux de son cachot, Bois-Rosé, en devançant en imagination le jour terrible du dé-uoûmcnt, tourmentait convulsivement un dos troncs de l’ilot.Sous son étreinte puissante, File tremblait comme si elle allait être arrachée à sa base.“ Ah ! les misérables ! s’écria dans ce même moment l’Espagnol, qni ne put étouffer un cri de rage.Voyez ! ” Une lueur rougeâtre perçait insensiblement le voile de vapeurs étendu sur la rivière, et semblait avancer en grossissant, comme le reflet d’un incendie qui se propage.Et chose étrange ! l’incendie glissait sur les eaux.Quelque intensité qu’eût le brouillard presque palpable qui se dégageait de la rivière, la masse du feu que charriaient ses eaux les dissipait comme le soleil dissipe les nuages.Les trois chasseurs n’avaient pas encore eu le temps do s’étonner de l’apparition de cette clarté soudaine que déjà ils avaient pu en deviner la cause.Une longue pratique de la vie des déserts et des dangers toujours renaissants qu’elle entraîne avec elle, avait donné au Canadien une fermeté do muscles que l’Espagnol n’avait fias encore atteinte.An lieu do ne aisser emporter à l’élan do sa colère comme Pepe, Bois-Rosé avait gardé son calme habituel.Il savait qu’un danger qu’on envisage de sang-froid est presque à demi surmonté, tout effrayant qu’il puisse paraître, et son sang-froid redoublait d’ordinaire à l’approche du péril.“ Oui, dit-il en répondant à l’exclamation (le l’ex-miquelet, je vois ce que c’est tout aussi oien que si les indiens me l’avaient dit à l’avance.Veus parliez tout à l’huure de renards enfumés dans leur trou ; eh bien, les coquins veulent nous brûler dans le nôtre.” Cependant le globe de feu qui flottait sur la rivière grossissait avec une effrayante rapidité, et confirmait les paroles du Canadien.Déjà, au milieu des eaux empourprées par la flamme les roseaux, les pousses d’osier qui formaient la ceinture de l’ilôt commençaient à devenir distincts.“ C’est un brûlot, s’écria Pepe, avec lequel ils veulent incendier notre île.—Vive Dieu ! ajouta Fabian, mieux vaut encore lutter contre le feu que d’attendre ainsi la mort sans combat.—C’est vrai, dit Bois-Rosé, mais le feu est un terrible adversaire.Ici, les assiégés ne pouvaient rien opposé A l’action dévorante de la flamme, et le brûlot devait consumer la petite île, sans qu’il restât à ceux qui y étaient d’autre chance d’é-chappcr à l’incendie que de se jeter à l’eau.Dès lors les Indiens étaien maîtres d’en finir avec eux à coup! de fusil ou de les prendre vivants.Tel avait été le calcul du coureui indien.Tar son ordre, les Apachei avaient abattu un tronc d’arbre, gar ni de de son feuillage ; une épaissi couche d’herbes mouillées entrela cées dans ces branches formait uni sorte de plancher sur lequel empili tout le branchage dont on avait dé pouillé un pin résineux.Après avoii mis le feu à cette machine incendiai re, on l’avait confiée au cours de l’eai en lui donnant la direction de la pc tite île.Le radeau s’avançait, le pétille ment du bois résineux se faisait déj; entendre, et sous un dais do fuméi noirâtre qui s’élévait dans les airs e se mêlait au brouillard, brillait uni flamme dont la clarté augmentait d< moment en moment.Non loin de h rive, on pouvait de temps A autri apercevoir la silhouette rouge d’uni sentinelle indienne.Le Oanadiei épiait froidement le bloc de feu qui en s’échouant sur Filot, devait ei embraser les arbres desséchés.(A suivre.) tlM'i SOMMAIRE cardinal Pie.# Le manuscrit «le St.Pierre, oft la Sin done mystification.PcriLLETO.v :—Les cherclumrs d’or, par Louis do Bellemare.[à suivre ] Le congrès catholique.Echos du jour.Les debentures des chemins à hanîri»^.Echos de la chambre.Seance du Conseil de Ville Question scientifique.Chronique religieuse.De Sala berry.Petites nouvelles.Am«»f*s Nourelles.J.A.Langlais, libraire.Sel ! Sel ! '.—J.B.Renaud A Cie.Chemin de fer Intercolonial.—l).Potting*»*.Association Pharmaceutique de Québec, la St.Jean-Baptiste.—L$.Paradis.j Déménagement.—Casey A Cie.A la librairie de St.Rocb.—L.Drouin A 1-i- jv * J !*\ X.Lepage.Aux pèlerins.—XI.K.X.Marquis.• untrat du gouvernement.—C.AU*}»».Déménagement.—Behan Bros.l»->iilre de l itron âc Mrî."una.—
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