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Titre :
Le Courrier du Canada : journal des intérêts canadiens
Publié à Québec, ce journal d'information d'allégeance catholique et ultramontaine appuie les partis politiques conservateurs. [...]

Le Courrier du Canada est lancé à Québec le 2 février 1857 par Hector Langevin et Joseph-Charles Taché. La fondation du quotidien précurseur de la presse d'information catholique au Canada est subventionnée par l'archevêché de Québec. Le journal reçoit rapidement l'assentiment d'une grande partie du clergé de Québec dont la faveur était passée du Canadien au Journal de Québec.

Journal d'information locale, nationale et internationale, Le Courrier du Canada accorde une plus grande importance aux questions canadiennes, particulièrement à la défense du catholicisme et à l'épanouissement de la langue française en Amérique. La publication relaie les nouvelles de l'église romaine et appuie la papauté face à la montée de la question de l'unité italienne.

Le Courrier du Canada rejette la publicité pour des divertissements impies en échange de l'exclusivité des nouvelles émanant de l'évêché de Québec. Il milite pour le maintien des valeurs catholiques traditionnelles et le provincialisme, tandis qu'il s'oppose à la démocratie, au socialisme et à l'athéisme.

Hector Langevin quitte la rédaction du journal après seulement quelques mois pour se consacrer à la vie politique. Joseph-Charles Taché en devient alors le principal rédacteur. Conservateur opposé aux libéraux radicaux, il publie sous forme d'articles, du 7 juillet au 23 octobre 1857, un plaidoyer remarqué en faveur d'une confédération canadienne. Il quitte son poste en 1859 pour se consacrer à une carrière de fonctionnaire et d'auteur.

Auguste-Eugène Aubry, juriste français venu enseigner le droit romain à la nouvelle Université Laval, prend la relève à l'automne de 1859. Critiqué pour sa hargne à l'égard des anglophones et de la classe politique en général, il quittera ses fonctions au journal en 1863 et, après avoir repris l'enseignement, retournera en France en 1865, victime par association de la crise gaumiste, lutte opposant les fondamentalistes chrétiens aux partisans « libéraux » de l'enseignement des auteurs classiques.

Eugène Renault, qui écrivait déjà au journal, prend la relève de la rédaction de 1863 à 1873. Au nombre des collaborateurs présents durant ces années, on compte le musicologue Ernest Gagnon et Adolphe-Basile Routhier, homme de loi et auteur, notamment de l'Ô Canada. Guillaume Amyot (1873 à 1875) et Roch-Pamphile Vallée (1875-1880), tous deux politiciens conservateurs, se succèdent ensuite à la rédaction du journal. Homme aux mille talents et intérêts, Narcisse-Eutrope Dionne leur succède de 1880 à 1884 alors que le politicien conservateur Thomas Chapais tient la barre de 1884 à 1901.

Bien que basé à Québec, le journal est distribué dans toutes les régions du centre et de l'est du Québec et même au-delà, où il trouve des collaborateurs et des lecteurs en premier lieu parmi le clergé.

Le Courrier du Canada déclare des tirages de 1900 exemplaires en 1869 et 1500 exemplaires en 1898. Le journal s'éteint en 1901 faute de s'être adapté aux tendances émergentes en matière d'illustrations et de nouvelles à sensation.

BARNARD, Julienne, Mémoire Chapais, t. 2, 1961, Montréal, Fides, p.149-153.

« 25e anniversaire », Le Courrier du Canada, 1er février 1882, p. 1-6.

LAVOIE, Elzéar, « Les crises au Courrier du Canada : affaires et rédaction », dans Nive Voisine (dir.) Les ultramontains canadiens-français, 1985, Montréal, Boréal Express, p.143-159.

LAVOIE, Elzéar, « La clientèle du Courrier du Canada », Culture, vol. 30, no 4, déc. 1969, p. 299-309; vol. 31, no 1, mars 1970, p. 40-57.

SYLVAIN, Philippe, « Les débuts du Courrier du Canada et les progrès de l'ultramontanisme canadien-français », Les Cahiers des Dix, no 32, 1967, p. 255-278.

SYLVAIN, Philippe, « Auguste-Eugène Aubry [1819-1899] », Les Cahiers des Dix, no 35, 1970, p. 191-225.

Éditeur :
  • Québec,1857-1901
Contenu spécifique :
jeudi 20 juillet 1882
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
autre
Notice détaillée :
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Références

Le Courrier du Canada : journal des intérêts canadiens, 1882-07-20, Collections de BAnQ.

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C’e6t la France chrétienne tout entière qui reçoit l’outrage ; plus de trois millions de souscripteurs avaient apporté là leur obole bénie.Pierre à pierre avait été élevé ce monument •de suprême réparation, qui rappelait l’époque enthousiaste où le monde, joyeux d’avoir échappé à la date la-taie de l’an 1000, se répandait en actions de grâces, faites de marbre et de granit, pour porter plus près du ciel l’élan d’une pieuse reconnaissance.Et jeune encore, cette église, qui sortait à peine de ses souterrains, avait déjà comme une auréole rayon-ante.^ On y allait do partout déjà.C’était le pèlerinage choisi.Il y avait là toute une période de l’histoire de France, écrite sur les murs inachevés : c’était le passé qui l’apportait, radieux.Une telle œuvre devait tenter la République.Ce capitolc chrétien gênait l’immonde forum qui s’agitait au-dessous.Dieu semblait trop visible, il fallait le voiler.lït alors les députés de la France ont décrété que l’édifice tomberait,— que la prière ailée qui s’envolait de la pour la France serait étouffée brutalement.C’est une scélératesse de plus à l’actif ignoble de la République.Et nous sommes réduits à la remercier de s’étre si tôt prononcée, car elle aurait pu attendre que la Basilique fût meublée de ses escaliers d’or pour la mieux piller.C’est autant de gagné sous ce gouvernement de bandits.Et savez-vous comment cela s’est passé ! L’auteur de la proposition, un avocat nommé Delattre, qui parle à la façon d’un chaudronnier, était absent.On a cru un instant que l’affaire serait remise, suivant l’usage.Mais la majorité républicaine était excitée.Elle attendait cette bonne aubaine, et pour rien au monde, ayant une ignominie à commettre, elle ne pouvait la retarder d’un jour.Et on a discuté séance tenante.venu ; il ne se plaindra pas, si nous affirmons qu’il a rarement été aussi mauvais.La forme du plaidoyer a été tuée par la cause, qui était exécrable.11 ne veut pas qu’on élève sur la montagne Montmartre au monument expiatoire.Hélas ! si la droite ne s’était pas imposé le silence le plus absolu, pour n’ôtre pas accusée d’avoir, par ses protestations indignées, soulevé les fureurs de la majorité républicaine, comme elle aurait pu répondre qu’une église réparatrice n’était pas si mal placé sur ce calvaire où furent assassinés Lecomte et Clément Thomas ! Quoi qu’il en soit, l’attentat est consommé.La basilique nationale va diepa-iraître ; Montmartre, après cent ans, redevient le montmarat.Le bonnet phrygien remplace la croix de Jésus, et Dieu, encore une lois, est chassé de chez lui.Tous les catholiques de France ressentiront l’outrage.D’autant qu’il y a là cent députés qui ont voté par peur, et qui rougiront lorsqu’ils verront des larmes silencieuses tomber des yeux de leur mère, et leur femme, de leurs filles.plus de mal a la république qu avec , an f domcstiquef\ honte du 1 église elle-même.! ronég*t * Cet argument digne du bagne a Quant à nous, faisons ce que les failli ébranler la Chambre.Un ins- chrétiens font aux jour de la persécutant, on a cru l’église sauvée, non pas ! tions, réjuissons-nous ! à cause de la loi qui l’institue, non Plus nous serons frappés, plus pas à cause du droit qui la protège, nous bénirons Dieu d’épurer ainsi mais parce que les bons républicains notre foi et d’affermir nos croyances, pouvaient avoir peur de remettre un Ce n’est plus pour notre cause pareil capital aux mains des catholi- seulement que nous combattons, Dieu ques.a maintenant la sienne mêlée à la Quelle caverne, mon Dieu ! nôtre.11 est bon d’ajouter que de nom- Quel plus grand espoir peut-on breuses voix se sont fait entendre nourrir désormais, que celui que doit pour exiger qu’on ne rende pas l’ar- donner un tel allié ?gent.Il ne suffit pas à la République de Ce qui est à l’ennemi est bon à pren- s’en prendre aux dynasties humaines, dre, paraît-il.elle s’adresse plus haut, et montre le Aujourd’hui c’est la propriété pri- poing au ciel, vée qui devient la proie convoitée— .Soit ! et ce sera plus vite fini, on saisit le terrain acheté, l’édifice en Qui donc aujourd’hui, parmi ceux construction—cela leur semble tout ‘ naturel.A quand nos montres, chers collé- Le gouvernement avait décidé au’il s’opposerait à la prise en consi-ération.Il y avait de quoi surprendre.En effet, le petit Goblet est monté à la tribune, et, sous prétexte de défendre l’église du Sacré-Cœur, il l’a misérablement, lâchement livrée.Il a commencé par affirmer que la loi de 1873 était une loi inique.Puis il a ajouté que ce n’était pas au gouvernement à exproprier la basilique, mais que cela revenait de droit à la municipalité de Paris.C’était une nuance, comme les coquins les comprennent bien.L’école de Pilate sera éternelle.Je ne peux pas vous livrer cette église, dit Goblet, mais que la municipalité de Paris la demande, et je vous la donnerai.Il ne la refusait donc que parce que la demande était mal posée, et il se lavait les mains du reste.Défendue ainsi, l’église du Sacré-Cœur était perdue.Une seule chance restait, et il faut avouer que Goblet l’a tentée.Il a fait appel à tous les mauvais instincts de la Chambre, en observant que l’expropriation coûterait une quinzaine de millions, et que les catholiques feraient avec cet argent qui croient en Dieu, peut encore croire en la République ?” Paul de Cassais nac.I.n sni’tllne en France gués ?A quand nos porte-monnaie ?A quand nos mouchoirs, surtout ?Le petit Goblet a eu toutes les On s’était trop hâté de se lamenter peines du monde a leur faire com- gur ]a disparition de la sardine, altri-prendre que, si on prenait cela, il buée à une déviation du Gulf stream, fallait le payer, il fallait en restituer Nous lisons dans le Phare de la Loire: le prix.Vendredi, la pêche a été de 750 000 D’ailleurs, il a perdu sa peine, et 800 000 sardines ; le nombre de bails n’ont pas voulu comprendre.teaux sortis était de 180 à 200 ; samedi Puis est venu le rapporteur, M.je nombre de bateaux a dépassé 300, Massip, un rapporteur qui lit son et la pêche s’est élevée de 1 million à discours, ce qui ne s’était pas encore i 200 000 sardines ; presque toutes vu* a r .les usines prennent la sardine au Ce discours écrit est une série prix de 30 francs le mille le matin, d’énormités bêtes et féroces.25 francs l’après-midi et 20 francs le Cela sue la haine contre la reli- ! soir.gion.On y demande de remplacer la basilique par un monument élevé à la libre-pensée.Soit ! nous y mettrons un bastringue, et on vous donnera vos entrées, monsieur le rapporteur, vous y avez droit.Alors M.Clémenceau est inter- Eniin, l’espoir nous est complètement revenu, la baie de Belle-Ile est littéralement pleine de sardines.Ce qui nous assure une bonne pêche pour toute l’année, puisque la seule journée du 16 juin nous a valu plus de poissons que toute la saison de l’année dernière.ï.e Piipc est-il libre il Home ?Le garanties sont tout le contraire d’une immunité, ce qui ressort clairement de la démonstration suivante donnée par M.Emile Ollivier.“Loin d’équivaloir à l’immunité, les garanties en impliquent la négation.“ Elles ne supposent pas l’accord entre deux pouvoirs également souverains, accord qui entraînerait des obligations réciproques.Elles sont l’acte unilatéral de la souveraineté du gouvernement italien, auquel le consentement du chef de l’Eglise a paru aussi inutile que le serait celui d’un sujet italien quelconque à la règlementation du système électoral ou communal.“On ne reconnaît pas davantage aux gouvernements étrangers, pas mémo à ceux dont les sujets sont en majorité catholiques, le droit de participer à des arrangements rattachés à l’ordre intérieur du royaume italien.L’Italie décide seule et sans appel.Pro lege voluntas.Il faut se soumettre à ce quelle a trouvé bon et surtout utile à ses intérêts.“ On citerait difficilement un autre exemple d’une prétention aussi osée.Dans tous les temps, sauf sous le despotisme, le consentement de celui qui doit payer ou de son représentant a été nécessaire à l’établissement de l’impôt le plus exigu : “ Il n’y a roi “ ni seigneur de terre, dit Philippe “ de Cornalines, qui ait pouvoir de “ mettre un denier sur ses sujets “ sans octroy et consentement de “ ceux qui le doivent payer, sinon “ par tyrannie et violence.” “ Malgré ce principe, on ne prétend pas seulement taxer à merci le Pape, on dispose sans son consentement de sa personne, de ses biens ; d'autorité on règle ses relations avec les fidèles dont il est le pasteur ! “ Dès qu'il s’agit du moindre intérêt matériel, de la navigation du Danube ou de l’ouverture des détroits, de l’Egypte ou de la Tunisie, petits points sur la carte générale, aucune puissance n’a le pouvoir de décider seule : le concert européen est nécessaire.“ La Russie, après avoir soutenu une guerre difficile contre la Turquie, a dû soumettre au congrès de Berlin son traité de San-Stéfano, se résigner à une revision,et renoncer à plusieurs avantages si chèrement achetés.“ Quoiqu’il n’y eût en jeu à Tunis qu’un intérêt pnremennt français, les Italiens ont rempli les chancelleries de lamentations et les journaux de fureurs, de ce que le gouvernement français soit allé sans leur permission mettre de l’ordre sur notre frontière algérienne, et éteindre un foyer incandescent d’hostilités ! “ En même temps, ils trouvent naturel qu’en dehors d’eux, personne n’ait à opiner sur le régime organique d’une institution aussi vaste que la Papauté, et que quelques députés italiens, mandataires d’un peu plus de cent mille électeurs italiens, disposent légitimement, et sans qu’on ait mot à dire, du suprême pontificat à l'indépendance duquel des millions d’être humains répandus dans toutes les contrées du globe attachent la sé- curité de leur foi et la paix de leur conscience 1 On n’est pas plus incohérent ! “ L’honorable Bonghi, qui, en traduisant Platon et en préparant une histoire romaine monumentale, écrit sur les incidents quotidiens avec une sveltesse de plume et d’esprit comparable à colle de notre Benjamin Constant, des hautes sphères d’où il descend pour ses excursions pédestres sur le sol politique, a très bien aperçu cette incohérence ; et, comme il se moque des jugements de la secte, il l’a signalée dans un passage d’une ironie socratique : “ Elle n’est pas de mince impor-“ tance, dit-il, la prétention de régler, “ par un acte intérieur de notre gou-“ vernement, le mode d’existence de “ la Papauté dans la capitale du “ royaume italien.Ou la Papauté “ existe, et alors son mode d’exis-“ tence intéresse tous les Etats dans “ lesquels elle a de l’autorité ; ou elle “ n’existe pas, alors qu’on n’en parle “ plus.En déliant la Papauté de “ son domaine en Italie, nous lui “ avons pour ainsi dire enlevé la “ physionomie italienne qui lui a été “ propre pendant tant de siècles, “ nous avons rendu plus frappant “ son aspect universel.Vouloir après “ cela qu’elle reste, comme elle ne l’a “ jamais été et comme moins que ja-“ mais elle peut l’être, italienne en “ ceci seulement que son mode d’ex-“ istence soit soumis aux pouvoirs “ législatifs du royaume, c’est bien et “ surtout utile, mais il ne faut pas “ trop s’étonner que cela paraisse “ contradictoire aux autres.” “ Le plébiscite romain de 1870 ne supprime pas une telle contiadiction.Le droit incontestable d’un peuple à se constituer comme il entend, droit qu’il exerce par des plébiscites, n’est pas plus absolu que le droit individuel à la liberté ; ayant pour limite, comme celui-ci, le droit d’autrui, il doit se subordonner aux intérêts généraux de l’Europe et du monde.“ C’est ce qu’on a répondu aux Russes invoquant le vœu des populations en faveur de leur traité de San-Stéfano ; c’est ce qu’on répond aux Italiens quand ils tentent de justifier par le plébiscite de 1870 leur confiscation de la Papauté.N’avoir pas disputé aux Romains le pouvoir do débattre avec le Pape les conditions temporelles de leur régime indépendant et de le modeler sur les principes modernes, n’oblige pas à leur reconnaître la faculté de s’annexer sans le consentement général au royaume d’Italie.” Muiivê par récliufniMl Sous ce titre, la Lanterne raconte le fait suivant d’un intérêt fort drema-tique : On oublie bien vite, à Paris.Aussi, quand dix ans ont passé sur un nom.on peut dire qu’il se fait sur ce nom, une nuit singulièrement épaisse, il e6t donc probable que bien peu de nos lecteurs se souviennent encore d’un journaliste qui, avant la guerre, fut rédacteur du Siècle, de YOpinion nationale et de la Cloche, M.Eugène Soulfiau.11 ne manquait pas de talent, cepen- dant, et ses articles politiques étaient très remarqués.M.Soufflau est mort à l’asile de la Ville-Evrard, dans le service du doo teur Testu.Certes, nous n’aurions pas pensé à vous parler de ce disparu, sans les circonstances véritablement terribles dans lesquelles il avait été frappé d’aliénation mentale.M.Soufflau, qui s’était engagé comme franc-tireur pendant la guerre était resté à Paris pendant la Commune.Il ne s’y mêla point.Cela n’empêcha pas que le premier juin, il fut dénoncé, et arrêté chez lui, 28, rue Bonaparte.On le mit dans un convoi de prisonniers qu’on menait à la cour martiale du Père-Lachaise.Désespéré, M.Soufflau marchait tout à fait à l’arrière-garde.La nuit tombait.Comme il passait rue de la Folie-Regnault, l’idée lui vint qu’ il pourrait s’échapper.Il se jeta dans une encoignure et laissa passer le convoi.Puis il regarda.Il n’y avait plus dans la rue qu’un homme en bras de chemises, fumant sa pipe sur le pas d’une porte.Tl courut à lui : —Sauvez-moi, snpplia-t-il.On vent me fusiller, mais je suis innocent ! L’homme le regarda, puis : —Entrez, fit-il.En le saisissant par le bras, il le fit pénétrer dans un vaste hangar, loi indiqua un grand panier et lui dit de s’y fourrer.—On ne viendra pas vous chercher là, ajouta-t-il.Dormez tranquille.à demain matin.M.Soufflau se" précipita dans le panier.Pendant quelques minutes, il écouta, étouffant sa respiration.Il ne se faisait aucun bruit autour de lui.Le premier sentiment bien distinct qui lui vint, ce fut l’étonnement, d’être accroupi sur quelque chose de très doux.Il toucha et retira une poignée de son.Il promena ses mains autour de lui et perçut une sensation de froid.Le panier était doublé de métal.Instinctivement, sans qu’il sut pourquoi, il frissonna.Puis, poussé par une violente curiosité, il souleva doucement le couA'er-cle.Par terre il y avait une lanterne.Il la prit et regarda.Dans le hangar où il se trouvait, il vit d’abord une grande voiture de forme singulière, puis deux hauts poteaux noirs, et devant ces poteaux une planche à bascule.Il jeta un cri de terreur ; il venait de reconnaître l’endroit où il était— le magasin de l’exécuteur des hautes œuvres ! C’était un des aides qui l’avait recueilli, et fait cacher dans le panier où tombe le corps du supplicié ! Il courut à la porte,l’ouvrit violemment, et s’enfuit à travers la nuit.Machinalement, il retourna chez lui.Le lendemain, la folie se déclara, et depuis, MM.Legrand du Saulle et Testu, qui le soignaient, n’avaiest jamais pu le guérir.Le pauvre journaliste a eu douze ans d’une effroyable agonie, pendant lesquels il avait sans cesse la guillotine devant les yeux !.Feuilleton du COURRIER DU CANADA 20 Juillet 1882—No 05 % Par Mme Augustus Craven.(Suite) Malseigno réfléchit un moment, et hésita sur ce qu’il avait à faire.En lui disant tout, n’allait-il pas aborder le sujet interdit entre eux, et retourner à oette page du passé où elle no lui avait jamais, jusqu’à ce jour, permis de lire ?Et cependant il était nécessaire de ne rien lui taire.D’ailleurs elle était décidée à tout savoir, et il n’eût pu échapper à ses questions, “ Mcttezrvous là, dit-il enfin en approchant une chaise d’une grande table placée non loin du feu, qqi commençait à flamber, et lisez ceci avec attention.” 11 lui donna la lettre de Myriel.“ Jo puis vous affirmer que toute la vérité est là.” Eliano se jeta vivement sur un siège qu’il lui désignait, et prenant la lettre d’une main tremblante, elle la lut, d!un bout à l’autre avec une attention ardente.Arrivée à la fin, elle la recommença lentement, semblant eïi peser chaque parole, afin de les mieux comprendre.Pendant qu’elle lisait, Armand appuyé contre la cheminée, la regardait attentivement.Une vive rougeur couvrit d’abord son visage, car Myriel parlait de l’amonr et du chagrin qui avaient amené Raynald à Rome, et de la vie solitaire et studieuse qu’il y menait.Puis cette rougeur s’effaça, et ses yeux exprimèrent quelque surprise et bientôt un vif intérêt.Elle n’interrompit sa lecture j>ar aucune réflexion, et ce ne fut qu’après l’avoir achevée pour la seconde fois qu’elle releva les yeixx, et Malseigne vit alors que ce beau regard tout à l’heure si troublé avait repris sa placidité ordinaire.En effet, tout semblait facile à Eliane, maintenant que cette épine empoisonnée lui avait été arrachée du cœur, et que le passé si cher à sa mémoire demeurait inaltéré.“ Dieu soit loué ! dit-elle, vous avez raison.Il n’a trompé personne !.” et tandis qu’elle refermait lentement la lettre, elle ajonta d’an air pensif : “ Pourvu que sa mèro le comprenne et qu’elle soit indulgente !.” Armand secoua la tête.“ Vous la connaissez trop pour penser que jamais olle lui pardonne cet indigne mariage.—Indigne,oui,quant à la naissance, cela est certain ; mais enfin, dit-elle en se troublant encore un peu, cette pauvre fille me semble être tout à fait irréprochable, c’est bien quelque chose, j’imagine.—C’est beaucoup pour Raynald, à coup sûr, qu’il puisse estimer sa femme.Cela l’empêchera de jamais s’abaisser lui-même.Néanmoins un homme (et c’est juste) ne transgresse aucune loi impunément.Sans doute, les grandes lois humaines et divines peuvent être respectées, môme lorsqu’on viole une loi sociale ! mais cette dernière transgression, quoique moindre que les antres, n’aflranchit pas du châtiment.” La physionomie d’Eliane s’assombrit, et ses yeux roprirent cette expression désolée d’autant plus frappante qu’elle lui était peu habituelle.Elle serra ses deux mains jointes posées devant elle sur la table, et dit : “ Que de chagrins et de souffrances, et que la vie devient dilficile par moments !.’’ ' Elle se leva et se disposa à quitter la chambre.“ Voilà le jour tout à fait grand.Il est plus de huit heures, dans une heure vous pourrez la voir.Que Dieu vous inspire !.” ‘ Elle s’arrêta encore avant do quitter la chambre, et elle dit : “ Avez-vous jamais éprouvé, Armand, combien il est plus facile de souffrir soi-même que de voir souffrir les autres ?On est si fort quand il ne s’agit que d’endurer.; lorsqu’on voudrait consoler, oi\ se sent si faible, ai impuissant !.” Un singulier sourire effleura Us lèvres d’Armand.“ Oui, en effet, dit-il, mais ce qui est pire encore, c’est de ne pas même oser le tenter.c’est detre immobile et enchaîné, tandis qu’on voit souffrir ceux qu’on aime, ceux qu’on voudrait rendre heureux au prix de tout le bonheur de sa propre vie.” Il dit ces paroles d’un ton dont Eliane fut surprise.Mais les liens qui attachaient Armand aux Limin-ges étaient si étroits, qu’il ne lui fut pas difficile de les appliquer à sa tendresse pour eux, elle lui répondit : “ Vous vous trompez, vous pouvez beaucoup.Votre affection est pour tous, ici, un appui et un bienfait.” 11 ne donna pas à ces paroles une autre portée que cellequ’elles avaient réellement dans la bouche d’Eliane, et il la laissa sortir sans lui répondre.Lorsqu’il fut seul, il prit la place quelle venait de quitter, et, la tête appuyée sur ses deux mains, il demeura plongé dans ses réflexions pendant une heure presque tout entière.Neuf heures sonnèrent.Tout le monde était reveillé dans le château, et cependant Armand rêvait encore.Enfin un domestique vint mettre du bois sur le fou près duquel il était assis.Alors il lui dit d’aller prévenir Mme de Liminges qu’il désirait lui parler, et lui demander de le recevoir avant le déjeuner.En attendant la réponse de ce message, il relut encore une fois la lettre de Myriel qui allait passer de ses mains dans celles de la mère de Raynald,et il considéra avec anxiété celle qui l’accompagnait.Quels aveux, quels regrets, quelles explications dans lotte lettre cachetée de Raynald ?Quelles paroles avait-il trouvées capables de parvenir jusqu’au cœur de sa mère et de la désarmer ?Malseigne devait longtemps l’ignorer ; l’eùt-il su, eût-il pu lire en ce moment les lignes tracées par son ami d’une main agitée, il ne lui eût probablement pas été facile de prévoir quel en serait l’effet.Voici quel en était le contenu : “ Ma mère, je n’implore pas votre pardon, je sais que je ne l’obtiendrais pas.Je ne prétends pas à l’indulgence quo (lorsque tout vont vous sera connu) vous pourriez peut-être m’accorder, je sens que je vous ai trop offensée pour oser l’attendre ; mais je réclame votre pitié, car j’ai beaucoup souffert, et que je ne puis plus cesser de souffrir ; je la réclame aussi, ma mère, parce que, laissez-moi vous le rappeler, un jour, à genoux à vos pieds, je vous ai demandé de consentir au bonheur de ma vie.Jo vous l’ai demaudé, au nom de votre tendresse, an nom «lu salut de mon àme ; vous avez cru que j’exagérais, je disais vrai pourtant, quant à ma vie du moins.Quant à mon âme» une influence céleste a plané sur elle, et sa puissance sub- siste.Jo demeurerai digne de vous et d’elle, je l’espère, et lorsque le jour viendra (s’il vient jamais) où vous consentirez à me revoir, je pourrai reparaître devant vous sans rougir.O ma mère ! Est-ce adieu qu’il faut vous dire ?Adieu ! et j’aurais été si heureux de ne vous quitter jamais ! “ Raynald.” Malseigne n’attendit pas longtemps la réponse de la marquise.Elle était levée et prêto à le recevoir.Il monta lentement les marches du grand escalier de pierre couvert d’un épais tapis et éclairé par une grande fenêtre cintrée, sur laquelle étaient peintes les armes de Monléon.On y lisait aussi leur devise : le tou pour le tout, plusieurs fois répétée eu lettres transparentes à travers lesquelles le pâle soleil d’hiver jetait/ une lueur chaude et ambrée Il traversa le long corridor où se trouvaient à chaque pas des souvenirs historiques ou de grands tableaux de famille.Tout ce qui pouvait flatter l’orgueil de la marquise de Liminges, aussi bien que satisfaire sa tendresse maternelle, était réuni dans cette demeure, et elle ne pouvait jeter les yeux sur aucun objet qui ne l’en fit souvenir.Ce corridor, après s’être prolongé .assez loin, s’élargissait tout à coup, ! puis tournait à droite et se poursuivait ainsi jusqu’à l’autre extrémité du château, (A suivre) 'i-Ærf ¦ : H-.>.-i SOMMAIRE France.Là sardine eu France.Le Pupe est-il libre à Home.Sauvé par l'échafaud.Feuilleton :—Eliane (.4 suivre).Lettre de Montréal.Une réunion de famille.Europe.Afrique.France et Egypte.Amérique.Agriculture.Petites nouvelles."T* ANNONCES NOUVELLES Agrandissement du canal Welland—P Urandlev Dans la Cour Supérieure.—Ed.L.Burroughs.do do do do do Chapeaux en paille 1—.1.C Pateison.Importations pour les familles.— Gingrais '-v.r> • \ • : JSJ- WÇÏ L.K.COlittûlËK Dll CANADA d*0lre ilommé agent de la compagnie
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