Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
La revue trimestrielle canadienne
Revue universitaire qui a le mandat de stimuler et de diffuser la recherche scientifique et la recherche sociale réalisées à l'École polytechnique de Montréal et à l'Université de Montréal. [...]

La Revue trimestrielle canadienne est fondée en 1915 par un jeune professeur de l'Université Laval à Montréal et de l'École des hautes études commerciales, Édouard Montpetit, et les professeurs de l'École polytechnique Arthur Surveyer et Augustin Frigon. Ils en seront les principaux animateurs, durant quelques décennies. Le sulpicien Olivier Maurault se joindra à eux en sa qualité de recteur de l'Université de Montréal.

Publiée par l'Association des anciens élèves de l'École Polytechnique, la revue remplit le vide laissé par Le Bulletin de l'École Polytechnique et La Revue économique canadienne. Elle vise à stimuler l'étude des sciences appliquées et des sciences sociales, en premier lieu le génie civil et l'économie, ainsi qu'à informer et à servir les ingénieurs francophones. La technologie, l'économie politique, la médecine, la philosophie, la psychologie, l'enseignement et l'humanisme trouveront une place dans ses pages au cours des années.

Parce qu'elle est un des principaux organes de diffusion de la recherche francophone, la Revue trimestrielle canadienne est une ressource importante pour la connaissance de l'histoire des sciences au Québec. On y trouve par exemple une présentation rédigée par le frère Marie-Victorin du lancement de l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences (mars 1924), ainsi que de nombreux articles témoignant du développement des recherches sur le génie civil, l'électricité et l'électronique, dont des articles sur la télévision à partir de 1933.

Le spectre de la diffusion de la recherche y est très large. On y traite fréquemment d'hygiène sociale dans les années 1920 et 1930, et de façon constante de l'enseignement général et professionnel. La psychanalyse y est abordée dans une série d'articles d'Antonio Barbeau publiés en 1930 et 1931. On peut aussi lire en 1938 un retour du géologue Gérard Gardner sur la question complexe de la frontière du Labrador.

La Revue trimestrielle canadienne permet de connaître davantage la vie de l'École polytechnique jusqu'en 1954, dernière année où la revue est publiée. L'Association des anciens élèves y donnera suite avec L'Ingénieur, une revue résolument tournée vers le génie.

Source :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1982, vol. 5, p. 139-141.

Éditeurs :
  • Montréal :Association des anciens élèves de l'Ecole polytechnique de l'Université de Montréal,1915-1954,
  • Montréal :Association des diplômés de polytechnique
Contenu spécifique :
Décembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
quatre fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Bulletin de l'Ecole polytechnique de Montréal
  • Successeur :
  • Ingénieur
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (4)

Références

La revue trimestrielle canadienne, 1926, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
Hi! fp ;?v ¦ $s8ê$è sanées MONTRÉAL IX'ceinb.( 1926 Revue Trimestrielle Canadienne §P MB jm : K ¦ Art de ringéiiieur —Economie politique et sociale—Mathématiques Législation—Histoire-Statistique-—Architecture—Sciences Hygiène-Industrie—Forêts—Finances—Transports, SOMMAIRE Pages 373— I.L’Apogée de î'hlstoire grecque.Chanoine Emile Chartier 390— ÏI.Sorel.A.-ABrunctui, J.C.S.403—III.L’Urbanisme eu Europe .Victor Barbeau 422— IV.La Science et nous.Frère Mario Vlctorln 439— V.Notre Bilan Vie.Dr.J Baudouin 477— VI.Revue des Livres.§8 RM ASSOCIATION DES ANCIENS ÉLÈVES ÉCOLE POLYTECHNIQUE MONTRÉAL .s,.:; COMITÉ DE DIRECTION : Président: Mgr J.-Vincent Piette, Recteur de i’Université de Montréal, Membres : MM.Àurélien Boyer, Principal de l’École Polytechnique.Augustin Frigon, Directeur de l’École Polytechnique.Arthur Amos, Chef du service hydraulique de la Province de Québec.Victor Dosé, Professeur à l’Ecole des Hautes Etudes Commerciales.Alfred Fyen, Professeur à l’École Polytechnique.Léon-Mercier Gouin, Avocat.Théo.-J.Lafrenièbb, Professeur à l’École Polytechnique.Olivier Lefebvre, Ingénieur en chef, Commission des Eaux courantes.Olivier Maüeault, p.s.s.Professeur à l'Université de Montréal.Édouard Montpetit, Professeur à l’Université de Montréal Antonio Perrault, Professeur à l’Université de Montréal.Arthur Sürveyee, Ingénieur Conseil.COMITÉ D’ADMINISTRATION ET DE RÉDACTION : Président : Arthur Surveyer.Membres : MM.Édouard Montpetit, Arthur Amos, Augustin Frigon, Olivier Maukault, Théo.-J.Lafrenière, Antonio Perrault, Olivier Lefebvre, Léon-Mercier Gouin.Rédacteur en chef: Édouard Montpetit.Secrétaire de la rédaction : Léon-Mercier Gouin.LEPRIX DE L’ABONNEMENT EST FIXÉ a $3.00 DOLLARS POUR le CANADA BT LES ÉTATS-UNIS, A $4.00 DOLLARS POUR TOUS LES AUTRES PAYS.LE NUMÉRO 75 SOUS.La Revue Trimestrielle Canadienne paraît quatre fois l’an : en mars, juin, septembre et décembre.La Revue est accessible à la collaboration de tous les publicistes, spécialistes et hommes de profession.La Direction n’entend pas par l’insertion des articles assumer la responsabilité des idées émises.Tous les articles insérés donnent droit à une indemnité calculée par page de texte imprimée ou de graphiques.Les manuscrits ne seront pas rendus.La reproduction des articles publiés par la Revue est autorisée, à la condition de citer la source d’où ces articles proviennent.Il sera rendu compte de tout ouvrage dont il aura été envoyé un exemplaire d la Rédaction.Pour les abonnements, publicité, collaboration et autres renseignements, s’adresser au : Secrétaire gémirai : Augustin Frigon, École Polytechnique, 22S, rue Saint-Denis, Montréal am GRANGER Le magasin par excellence des Belles Etrennes LIVRES, Editions de Luxe, Beaux Arts.OUVRAGES ILLUSTRES pour la Jeunesse.LIVRES et Articles Religieux.ARTICLES de Fantaisie, Parfums.JEUX de Société, Jouets, Peintures.GARNITURES de Bureau, Encriers, etc.—‘en cuivre doré”.PLUMES-Fontaines, Crayons or, argent.BOITES de Papier à Lettre, de Cartes.CARNETS et autres Articles en cuir.ARTICLES pour Décorer, Drapeaux.CARTES de Fêtes, Calendriers français.GRAINGER FRÈRES LibRûÂRes, P:\petieRS, lmpoRtateuRs 32 Nûke-Dàme.Ouest, MontRéàl n BEVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE Ecole de Pharmacie Université de Montréal L’Ecole de Phermacle donne l’enxelgne-ment de toutes lee sciences pharmaceutiques et qualifie en tout point l’étudiant pour la licence ainsi que pour les ara des de bachelier et de docteur en pharmacie.Son programme comprend la matière médicale, la toxicologie, 1a botanique, la pharmacie théorique et pratique, la physique, la chimie minérale, organique et biologique, théorique et pratique ; travaux de laboratoire : analyses, esssds, titrages.Identifications, etc.A.i.LAURENCE, Directeur.FACULTE DE CHIRURGIE DENTAIRE UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL (Canada) Membre de l’Association nationale des Facultés dentaires américaines Cette Faculté est la seule en Amérique donnant l’enseignement dentaire en langue française.On y reçoit en 4ème année des diplômés étrangers, désireux d’obtenir le doctorat en chirurgie dentaire (D.D.S.).L’Université vient de consacrer une somme de trois cent mille dollars pour une nouvelle installation de l’enseignement dentaire en rapport avec le progrès de la dentisterie moderne.Pour prospectus et informations, écrire au Doyen, Le Dr EUDORE DUBEAU 380, rue ST-HUBERT, Montréal, Can.Pour vous tenir au courant du mouvement scientifique 1 isez les articles documentés de “LA SCIENCE MODERNE" Revue Mensuelle illustrée paraissant en France, en Belgique, en Suisse et au Canada.Université de Montréal ABONNEMENT: $3.50 Chez DEOM FRÈRE 251 Ste-Catherine est, Montréal ou aux bureaux de la Revue 365, ST,HUBERT, - - MONTRÉAL L’hôpital de l’Ecole Vétérinaire est ouvert tous les jours de 8 h.du matin à 4 h.de l’après-midi.CLINIQUE GRATUITE Tous les mardis et vendredis, de 8 h.à 12 h.du matin, (entrée $0.25).Sous la direction du professeur F.T.DAUBIGNY, M.V.Entrée générale 75, RUELLE PROVIDENCE , /Hôpital Est 4005.Telephones < j 1 i Ecole Est 7129 BEVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE III ECOLE DES Hautes Etudes Commerciales DE MONTREAL Préparant aux Situations Supérieures du Commerce, de l’Industrie et de la Finance.Bibliothèque Economique.Musée Commercial et Industriel.Délivre des diplômes de “LICENCIE EN SCIENCES COMMERCIALES”, de “LICENCIE EN SCIENCES COMPTABLES” et de “DOCTEUR EN SCIENCES COMMERCIALES.” Le diplôme de “LICENCIE EN SCIENCES COMPTABLES” donne droit à l’admission dans ‘TInstitut des comptables et auditeurs de la province de Québec” et dans “l'Association des comptables de Montréal” (Chartered accountants) .Des BOURSES DU GOUVERNEMENT sont accordées aux élèves méritants Cours spéciaux, le soir : Comptabilité théorique et pratique, Opérations de Banque, Correspondance commerciale, anglaise et française, Arithmétique commerciale, Algèbre, Economie Politique, Droit Civil, Droit Commercial.Langues étrangères (Espagnol, Italien, Allemand), etc.Pour tous renseignements, prospectus, inscriptions, etc., s’adresser au directeur des Etudes.399, Avenue Viger, Montréal. IT RK VUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE Le Tabac à priser est le meilleur au monde : PUR ET DÉLICIEUX PUR ET DÉLICIEUX « J» mm m- SNUFF Revue Trimestrielle Canadienne Art de l’ingénieur—Economie politique et sociale—Mathématiques Législation—Histoire—Statistique—Architecture—Sciences Hygiène—Industrie—Forêts—Finances—Transports.Volume xii Mars, Juin, Septembre, Décembre 1926 ASSOCIATION DES ANCIENS ÉLÈVES ÉCOLE POLYTECHNIQUE MONTRÉAL B}.- TABLE DES MATIÈRES VOLUME XII — ANNÉE 1926 Architecture.L’emploi des échelles infinies dans les constructions graphiques, par Jules Poisvert.67 L’urbanisme devant la loi, par Honoré Parent.317 A propos d'urbanisme, par Edouard Montpetit.349 L’urbanisme en Europe, par Victor Barbeau.403 Les transports urbains et le développement des villes modernes, par Paul Seurot.270 Art de l’ingénieur.L’emploi des échelles infinies dans la construction des graphiques, par Jules Poisvert.67 Les forces hydrauliques de la province de Québec, par Olivier Lefebvre.141 Optimisme chiffré, par Armand Circé.228 Les transports urbains et le développement des villes modernes, par Paul Seurot.270 L’Urbanisme devant la loi, par Honoré Parent.317 A propos d'urbanisme, par Edouard Montpetit.349 La science et nous, par le Frère Marie-Victorin.422 L’urbanisme en Europe, par Victor Barbeau.403 Biographie.Le juge Télesphore Fournier, par le juge Thibodeau Rinfret.1 Albert Prévost, par Edouard Montpetit.361 Economie politique et sociale.L'oblat civilisateur, par Edouard Montpetit.37 Notre Bilan Vie, par le Dr J.-A.Baudouin.82 et 439 Les forces hydrauliques de la province de Québec, par Olivier Lefebvre.141 Le paysan français, par le comte Serge Fleury.178 Les romanciers russes et la révolution, par Maurice Olivier.202 Optimisme chiffré, par Armand Circé.228 Le transport urbain et le développement des villes modernes, par Paul Seurot.,.270 La crise économique et sociale en Angleterre, par A.Lugan.287 IV TABLE DEB MATIÈRES L’urbanisme devant la loi, par Honoré Parent.317 A propos d’urbanisme, par Edouard Montpetit.349 L’urbanisme en Europe, par Victor Barbeau.403 Enseignement.Les humanités chrétiennes, par le Fr Dufour Magnovn.77 L’œuvre des bons livres, par Olivier Maurault, p.s.s.152 La jeunesse et le goût des sciences, par Dr Georges Baril.217 La science et nous, par Frère Marie Victorin.422 Finances.Optimisme chiffré, par Armand Circé.228 Histoire.Le juge Télesphore Fournier par le juge Thobideau Rinfret.1 Croquis acadiens, par Henri d’Arles.17 L’oblat civilisateur, par Edouard Montpetit.37 La France catholique, par Jacques de Dampierre.125 L’Oeuvre des Bons Livres, par Obvier Maurault, p.s.s.152 Les romanciers russes et la révolution, par Maurice Obvier.202 Vieibe France d'outre-mer, par Louis Gibet.253 Albert Prévost, par Edouard Montpetit.361 L’apogée de l’histoire grecque, par le chan.Emile Chartier.Sorcl, par A.Bruneau J.C.S.390 Hygiène.Notre Bilan-Vie, par Dr J.-A.Baudouin.82 et 439 Industrie.L’huître canadienne et son avenir, par L.-J.Laporte.55 La crise économique et sociale en Angleterre, par A.Lugan.287 Législation.L’urbanisme devant la loi, par Honoré Parent.317 Mathématiques.L’emploi des échelles infinies dans les constructions graphiques, par Jules Poisvert.Sciences.L’huître canadienne et son avenir, par L.-J.Laporte.55 La jeunesse et le goût des sciences, par le Dr Georges Baril.217 La science et nous, par Frère Marie Victorin. REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE V Statistiques.Notre Bilan-Vie, par Dr J.-A.Bcaudouin.82 et 439 Optimisme chiffré, par Armand Circé.228 Vie de l’école et de l’association.Rapports annuels pour 1925.112 Revue des périodiques.Septimanie.122 Technique.123 Revues, Bulletins et Magazines.248 Revue des livres.Les Jésuites à Québec.120 Etudes floristiques sur la région du Lac St-Jean, par Frère Marie Victorin.120 Sur quelques composées nouvelles, rares ou critiques du Québec oriental, par Frère Marie V'ictorin.120 Annuaire Statistique de Québec, 1925.120 François-Xavier Garneau, par Gustave Lanctôt.120 Au fil de la plume, par l’abbé Emile Lambert.121 Sources of Volcanic Energy, par John C.Soley.121 Brindilles pour rallumer la foi, par Francis Jammes.121 L’organisation du "Millieu Ouvrier” en Hollande, par Ch.du Bois de Vraylande.121 Le monde communiste, par Gustave Gautherot.121 Autour de la Méditerranée, par Paul Halflouts.122 Oui monsieur, pour l’amour de Dieu, par Henri Brochet.122 Notre diplomatie économique, conférences.122 On tourne, par L.Pirandello.122 Le passé radieux, par Jean Flahaut.246 Une enfance provençale, par Marie Gasquet.246 Manuel historique de la question d’Orient, par Jacques Ancel.247 Cuvier et la science de la nature, par Louis Roule.246 Les six boucles du lasso, par Maurice Rigaux.247 Maman, par Pierre Dumaine.247 Statistiques choisies et annotées, par Paul Gemahlin.247 Nos responsabilités sociales, par Albert Muller, s.j.247 Formules et tables numériques, par L.Potin.247 Tables numériques des équations de Lagrande.247 Traité de mécanique rationnelle, Tome V, par P.Appel.247 Combustibles artificiels et de remplacement, par P.Appel.247 Leçons sur les propriétés extrémales, par Serge Bernstein.247 Probabilités géométriques, par R.Deltheil.247 L’annuaire du Bureau des Longitudes pour 1926.248 La lumière et les radiations invisibles, par A.Boutario.248 VI TABLE DES MATIÈRES La théorie dos phénomènes colloïdaux, par J.Loch.Les confins de la science et de la foi, par l’abbé Th.Moreux.* Droits et devoirs de la médecine et des médecins canadiens-français par le Dr L.-A.Gagnier._ • Qu’est-ce que l’histoire de l’Église au Canada, par R.P.Geo.Simard.Structure et activité chimiques.—Institut Solvay.Dictionnaire de géologie, par Stanislas Meunier.Les origines du capitalisme moderne, par Henri Sée.Introduction à l’histoire sociale de la Russie, par Geo.Plekhanov.Education, Science, Patrie, par L.Poincaré.Mes voyages en Méditerranée, par Claude Farrère.Les heures du foyer, par Henriette Charasson.Au liquide, oxygène, azote, gaz rares, par Georges Claude.Les progrès commerciaux du Canada depuis dix ans, par Henry Laureys.Association des Médecins de langue française de l’Amérique du Nord—IXe Congrès, Montréal 1926.Documents relatifs à la monnaie, au change et aux finances du Canada, sous le régime français, par M.Adam Short.Les noms géographiques de la province de Québec.Emparons-nous du sol, par M.H.Magnan.L’œuvre sociale d’Albert de Mun, par H.Fontanule.Pour Debussy, par Jacques Salève.The Physical Sciences, par Edwin E.Slosson.• • • A un catholique d’Action Française, abbé Thellier de Ponchcville.L’Église et l’Action Française, par le R.P.J.Boulier, S.J.Les accords de Londres et de Washington, par L.Dubois.L’ocheomatique Le calcul vectoriel) par A.Egnell.Fonctions hypcrgéométriques et hypersphériques, par MM.T.Appel et J.Kampé de Fériet.Traité du calcul des probabilités et ses applications, par E.Borel.248 248 368 368 368 368 368 369 369 369 369 37 370 477 477 47 47 47 47 47 47 47 47 47 47 Revue Trimestrielle Canadienne MONTRÉAL DÉCEMBRE 1926 L’APOGÉE DE L’HISTOIRE GRECQUE Résumé: Les quatre périodes (VIII - Vie siècles; Ve siècle; 401-146; 146-31).— La grande époque ou le IVe siècle; les partis, celui de la paix, celui de la guerre; les deux chefs: Eschine (paix), Démosthène (guerre).— Les trois ambassades: 348,346,345.— Les trois actes du drame: procès de Timarque (345), procès d’Eschine (343), procès de Démosthène ou de la Couronne (337-330).— Le prétexte: décret de Ctésiphon (337) et sa signification; l’accusation par Eschine (336-330) et ses conséquences.— Le procès (330) : l’accusé apparent (Ctésiphon) et l’accusé réel (Démosthène); l’honneur d’Athènes elle-même, enjeu du conflit.— Le discours d’Eschine: partie juridique, partie politique, la vibrante péroraison.— La justification de Ctésiphon.— Le discours de Démos-thène: l’“étrange paradoxe”, la question personnelle, le serment par les ancêtres.— Le verdict: condamnation d’Eschine, adoption du décret de Ctésiphon, apothéose de Démosthène, glorification d’Athènes.— Conclusion : quelques leçons.Un coloriste peindrait facilement en quatre grandes fresques l’histoire de la Grèce ancienne.Du Ville au Vie siècle, le pays travaille à s’assurer l’indépendance territoriale et politique, à se constituer en une nation.L’aristocratie Spartiate se libère, lors des luttes en Messénie, des envahisseurs venus par le Nord.La démocratie athénienne, faiblement soutenue par cette aristocratie, évince du territoire, au cours des guerres dites médiques, le colosse perse.Alors apparaît en 374 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE pleine splendeur le triumvirat Thémistoclc - Cimon - Périclès, dans une Athènes sacrée par sa valeur capitale du nouvel empire.L’activité turbulente du Grec, n’ayant plus à s’exercer contre le dehors, s’agite au dedans.Jalouses l’une de l’autre, Sparte et Athènes luttent entre elles à qui possédera l’hégémonie de la Hel-lade.Sparte se prévaut de sa puissance continentale; Athènes, de sa thalassocratie, de sa “maîtrise” de la mer.Le conflit entre leurs prétentions à l’impérialisme constitue la guerre du Péloponnèse.Il occupe tout le Ve siècle et aboutit, en 403, à la chute d’Athènes.Privé de sa tête, le peuple grec devient alors le jouet de l’étranger.La Macédoine appuie ses efforts de conquête sur la rivalité qui pousse Sparte (401-375) et Thèbes (379-362) à se procurer une éphémère suprématie, sur l’impuissance d’Athènes paralysée par sa défaite.Tour à tour Philippe et son fils Alexandre dictent à la Grèce d’Europe comme à celle d’Asie (355-146) leurs volontés souveraines.Un jour enfin, l’empire de Rome, dont Tacite dira que “sa rapacité ne connaît de bornes ni sur terre ni sur mer (Agricola)”, parvient à ne faire qu’une bouchée de la glorieuse Hellade (146-31).La Grèce aura beau, selon le mot d’Horace, “dominer par son art le superbe vainqueur”, elle ne sera pas moins la captive de Rome.Du pays des dieux et des héros il restera un nom presque brillant, mais accolé pour longtemps à la majesté romaine.Aucune de ces quatre périodes ne l’emporte en intérêt, du point de vue politique et littéraire, sur la troisième, celle où se produisent, au IVe siècle, les fluctuations du pouvoir entre Sparte, Thèbes et la Macédoine.Athènes, qui a perdu l’autorité politique, régit alors la Grèce par sa puissance intellectuelle.Sparte et Thèbes, dans leur lutte, ne pensent qu’à elles-mêmes.Laissant les deux aspirantes métropoles à leur mesquine querelle, Athènes se retourne vers la Macédoine où l’attire l’encombrante personnalité de Philippe.La rivalité qui met aux prises, dans son sein même, deux grands partis, celui de la guerre et celui de la paix, donne à la politique d’Athènes l’air de se développer tout entière en fonction du Macédonien.Aussi bien les tentatives de l’envahisseur posent à la république une redoutable alternative.“Il s’agit pour elle de savoir si elle laissera ” la Macédoine dominer l’antique Hellade “ou si elle voudra ressaisir son rang d’autrefois.” Une partie de ses chefs prêchent le laissez - faire et réclament la paix à tout prix.Ce troupeau de pacifistes compte “des pessimis- l’apogée de l'histoire grecque 375 tes comme Phocion, qui méprisent leurs contemporains; de beaux esprits chimériques comme Isocrate, qui ne voient de danger que du côté de la Perse; des aventuriers comme Démade et Eschine, qui trouvent leur intérêt à se faire les avocats de la Macédoine; des financiers comme Eubule, qui redoutent pour la cité les lourdes dépenses de la guerre.” 1 Ces meneurs ont pour complices tous les Athéniens fatigués des luttes précédentes et désireux de s’en tenir au bien-être relatif de l’heure présente.A ce groupe assez hétérogène s’oppose un bloc homogène.Ses membres estiment qu’Athènes, sous prétexte de maintenir sa tranquillité, n’a pas le droit de renoncer à son rôle de boulevard de la liberté grecque, à la sauvegarde des intérêts communs de la Grèce (rà Koivà hiKaia rœv ‘EWijvwv).Si elle ne se sent pas de taille à repousser seule l’assaut du barbare macédonien, elle doit chercher des alliances à Sparte et à Thèbes, même en Perse au besoin.Ne trouvât-elle point d’alliés, elle a le devoir d’opposer à la politique de la résignation et du laissez-faire la politique de la résistance et de l’action.Ainsi pensaient les patriotes, un Lycurgue, un Hypé-ride, mais surtout Démosthène.Démosthène, la grande figure du parti de la guerre à outrance, a pour vis-à-vis Eschine, le porte-parole du parti de la paix à tout prix.Cet Eschine, tour à tour maître d’école, greffier des tribunaux inférieurs, acteur, greffier de l’Assemblée, rien ne l’avait préparé à un rôle politique.S’il lui arriva de jouer au diplomate, il y fut poussé par des personnes influentes.La faveur d’Eubule l’associe à la première ambassade, celle qui en 348 aborda Philippe à Mégalopolis, ainsi qu’à la deuxième , conduite en 346 par Philocrate.Ses concessions, au conseil national des Amphictyons, entraînèrent l’intervention de la Macédoine en Grèce, la prise d’Elatée et la défaite de Chéronée (338).2 Ses discours n’expriment aucune vue sérieuse, aucune conviction profonde; ils se réduisent à une attaque continuelle contre le parti militariste.Seulement ils brillent par la régularité de l’ordonnance, la fluidité de la pensée, le rythme de la phrase, la douceur et la grâce du langage, la finesse du trait et la mordante âpreté de l’ironie.Au contraire de ce prestidigitateur habile, Démosthène est un 1 Croiset: Histoire de la littérature grecque.! Eschine se vante de ses concessions (Contre Ctésiphon, 119-121).D’autre part, la défaite de Chéronée, qui était son œuvre, rejaillit sur le parti de la guerre et sur Démosthène. 376 BEVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE merveilleux organisateur.Déjà, de 355 à 352, il avait abordé les affaires publiques, particulièrement dans son discours Sur les classes (p~vnn.opîai).A partir de 351 et jusqu’à 340, il se lance à fond de train dans l’opposition à Philippe.Sa morale de conseiller du peuple préconisait “l’étroite union de l’intérêt avec l'honneur.” Il déclarait formellement “qu’il fallait chercher le bien avant toutes choses et s’efforcer d’y conformer ensuite l’intérêt.” 5 Cette morale fait le fond des discours qu’on a appelés les Sept Philippiques et qui comprennent la première Philippique (351) et les trois Olyn-thiennes (349-348), le discours sur la Paix (346), la deuxième Philippique (341) et le discours sur les Affaires de Chersonese (341).Ils se distinguent par l’unité du but, l’étendue des connaissances, l’optimisme des convictions, la solidité des procédés de discussion, la continuité de l’argumentation, la clarté de la langue et l’accent ému du style.Tant que deux hommes d’un pareil calibre ne se heurtaient pas sur un terrain commun, il était difficile de dire lequel l’emportait sur l’autre.Les circonstances devaient un jour les contraindre à s’affronter.Déjà les deux premières ambassades (348,346) les avaient mis en rapports.Démosthène eut vite reconnu dans son collègue un ambitieux, qui sacrifierait volontiers à son prestige personnel les intérêts généraux de la Grèce, un saltimbanque qui saurait voiler ses lâches compromissions de la magie de sa parole.De son côté, Eschine comprit alors ceci: jamais il ne parviendrait à aveugler le patriote que la grandeur de son idéal national fascinait jusqu’à l’oubli de soi.Il n’y avait donc, pour le réduire, d’autre moyen que d’écraser d’un même coup le parti de la guerre et son chef irréductible.L’occasion seule manquait.Elle surgit lors de la troisième ambassade qu’Athènes avait désignée, en 345, pour aller s’entendre avec Philippe.Apprenant qu’il y était associé encore avec le mol Eschine, le volontaire Démosthène décline l’honneur.Le duel est amorcé.Le premier acte du drame fut le procès de Tiinarque en 345.D’accord avec ce Timarque, Démosthène accuse Eschine d’avoir trahi sa patrie lors de la deuxième ambassade.Eschine, redoutant l’issue de l’accusation portée contre lui, prit les devants: il taxa d’inconduite l’associé de Démosthène.Malgré la vigueur de ce dernier, malgré la chaleur factice du demandeur, le discours d Es- s Croiset (Maurice): Idées morales de Démosthène, p.173. l’apogée de l’histoire grecque 377 chine émut la foule, attira sur Timarque la dégradation civique (àn/Aia) et entraîna pour Démosthène une première défaite.Celui-ci voulut se venger.En 343, il reprit l’accusation de trahison qu’il avait portée contre son rival en 345.Son discours sur les Prévarications dans Vambassade (yrepi tt apair peerfdeiaç) est le modèle de l’argumentation serrée, violente, même virulente.Mais l’habileté d’Eschine, dont la réponse, plus simple que l’attaque, fut cependant plus brillante, lui procura un acquittement à la majorité de trente voix.Le deuxième acte du drame s’achevait sur une seconde défaite pour Démosthène.Le troisième et dernier acte s’ouvre avec la bataille de Chéro-née, en 338.Cet échec lamentable annihilait à jamais la puissance d’Athènes et assurait en Grèce l’autorité du Macédonien.Or, de 340 à 339, le parti de la guerre avait dominé la république et Démosthène, inspirateur et porte-parole du parti, y avait été pendant tout ce temps le chef du pouvoir.Qui donc rendre responsable du malheur suprême de la patrie, sinon celui que ses fonctions mettaient à même de rendre à Athènes son prestige en l’équipant pour la victoire ?Seul, le prétexte manquait.Le décret de Ctésiphon, sur l’attribution d’une couronne d’or à Démosthène, allait le fournir.Après Chéronée, pour empêcher Philippe d’accroître ses succès, Athènes s’empresse de prendre contre lui des précautions: c’est au parti défait et non au parti vainqueur qu’elle se remit du soin de la protéger! En mai 337, l’Assemblée (eV/cXiyo-ta) décréta qu’on reconstruirait les fortifications de la ville et du Pirée, le port d’Athènes.Comme de coutume, elle confia la direction et la surveillance de l’entreprise à une commission de dix membres, un de chacune des dix tribus de l’Attique.Démosthène, choisi par sa tribu, fut nommé chef de la commission et aussitôt se mit à l’œuvre.Il fallait d’abord augmenter le fonds de construction.Pour inciter les autres à verser généreusement leur souscription, Démosthène donna l’exemple en faisant un don volontaire de cent mines ($2000 environ).En même temps, comme il était l’administrateur de la caisse des fêtes {6twpu« Piescaret fut baptisé aux Trois-Rivières le 30 Janvier 1641, il eut pour parrain M.deChamflours, le premier commandant du fort Richelieu (A.A.13.) >» Suite, Hist.C.F.t.2, p.21. SOREL 399 Le 18 juillet 1636, M.Duplessis (Bochart) part des Trois-Rivières pour monter à l’embouchure du Richelieu où deux ou trois cents sauvages l’attendaient.Le but de son voyage était de réconcilier les Montagnais et les Algonquins, au milieu desquels s’étaient élevées plusieurs dissensions.Il ne paraît être reparti de Sorel, pour les Trois-Rivières, que le dernier juillet, après avoir rétabli l'union et la bonne entente au milieu de ses alliés, et profité de cette occasion pour enseigner à ces peuplades errantes l’obéissance et la soumission qu’ils devaient aux missionnaires.C’est également, à cette occasion, qu’il fut élever sur les bords du Richelieu cette croix dont j’ai parlé précédemment, la première fois, probablement, que fut arboré l’étendard du Christianisme!20 Dans le cours de septembre 1637, M.de Montmagny, gouverneur, et le Père Lejeune, explorent la rivière des Iroquois, “M.de Montmagny nomma la grande île qui correspond à ce fleuve du nom de Saint-Ignace” 21 en l’honneur, sans doute, du grand fondateur de la Compagnie de Jésus.En août 1637, environ 500 Iroquois bien armés viennent camper dans les îles du lac Saint-Pierre, dans le dessein d’attaquer les Trois-Rivières.Voyant que le poste était bien gardé, et que leur but était découvert, et pressentant, probablement, la défaite qui les attendait, ils se retirent précipitamment à l’entrée du Richelieu, brisant la croix élevée, en 1636, par M.Duplessis, et dépeignant le portrait de ceux qu’ils avaient fait prisonniers, des Hurons s’en allant aux Trois-Rivières.Vers la fin d’avril 1641, 500 Iroquois partent de leur pays, ramenant avec eux deux Français, captifs depuis le mois de février, Marie Marguerie et Thomas Godefroy, sieur de Normanville, afin de proposer la paix aux Français.Un parti se dirige, dans ce but, vers les Trois-Rivières, et l’autre attend au passage les Hurons et les Algonquins , afin de les piller et les massacrer.Le 5 juin, les Iroquois étaient devant Trois-Rivières; ils dépêchent Marie Marguerie à M.deChampflour, commandant du poste.Marguerie informe ses compatriotes que les Iroquois sont bien armés, que leur intention est de faire la paix avec les Français seulement, afin de pouvoir massacrer plus librement et plus facilement les Hurons, Algonquins et Montagnais, tous alliés fidèles de la France.Normanville avait été retenu comme otage et Mar- 20 Rel.de 1636, t.1, p.64-65. 400 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE guerie devait retourner aussitôt avec la réponse faite aux propositions des Iroquois.M.de Champflour leur fait dire que le Gouverneur, actuellement absent des Trois-Rivières, sera bientôt de retour, qu'il ne peut de lui-même conclure une affaire aussi sérieuse sans son assentiment et demande, en conséquence, d’en différer la considération d’ici à l’arrivée d’Ononthio.Il dépêche immédiatement un canot à Québec afin de prévenir M.de Montmagny.Les Iroquois se fortifient en attendant.Dans l’intervalle, ils envoient de nouveau Marguerie et Normanville inviter M.de Champflour à parlementer.Ce dernier, trop prudent pour abandonner son poste, envoie le père Paul Ragueneau et Nicolet, tous deux très versés dans la langue huronne; ils sont reçus avec politesse et reçoivent des Iroquois l’assurance qu’ils désiraient cordialement la paix.M.de Montmagny accourait alors de Québec.A peine est-il arrivé qu’il jette l’ancre devant le fort des Iroquois.Après l’avoir royalement salué de 30 à 40 coups de fusils, les Iroquois lui envoient deux canots dans lesquels s’embarquent le Gouverneur, le Père Paul Ragueneau et Nicolet.On écoute les propositions de paix des Iroquois, mais après quelques jours de pourparlers, n’ayant pu les induire à inclure dans cette paix, les Algonquins, les Hurons et les Montagnais, les alliés des Français, les négociations furent rompues, le Gouverneur s’apercevant que cet “ennemi rusé et déloyal” n’agissait ainsi que par crainte des armes françaises et afiii de massacrer plus aisément ceux à qui ils avaient voué une haine éternelle! D’ailleurs, telle était la fourberie de ces barbares; pendant que les négociations pour la paix se poursuivaient, ils avaient attaqué et pillé quatre canots Algonquins et fait prisonniers une femme et son enfant.Pour réussir dans le stratagème qu’ils méditaient, les Iroquois avaient rendu les prisonniers, offert maints présents, dissimulé avec éloquence des sentiments contraires à ceux qu’ils nourrissaient dans leur cœur, et invité les Français à s’établir dans leur pays, leur promettant leur commerce de préférence aux Hollandais.Tel était l’Iroquois.Mais c’est après leur départ qu’on “reconnut leur ruse et leur adresse plus que jamais: ils avaient un fort assez proche des rives du grand fleuve, d’où ils nous parlaient; ils en avaient un autre secret plus éloigné dans les bois, mais si bien fait et si bien muni, qu’il était à l’épreuve de toutes nos batteries.Or, se doutant bien que nous en pourrions venir aux mains, dans la résolution qu’ils avaient de continuer la guerre avec les Sauvages nos alliés, ils mirent pendant la nuit leurs canots en sauveté; ils SOREL 401 transportèrent dans leur second fort tout leur bagage, où ils se retirèrent eux-mêmes en cachettes, et afin que nous pensassions qu’ils étaient dans le premier, contre lequel nous tirions, n’ayant pas connaissance du second, ils y tenaient toujours du feu allumé.22 Que de rencontres sanglantes entre les Iroquois, d’un côté, les Hurons, les Algonquins et les Montagnais, de l’autre, et dont l’embouchure du Richelieu fut le théâtre, mais que l’histoire n’a pu consigner! Ces attaques perfides, ces embûches cachées dans lesquelles les redoutables Iroquois se faisaient un plaisir de faire tomber leurs ennemis, eurent lieu principalement en 1622, en août 1637, en novembre 1640, en juin 1641.Ils en étaient arrivés à un tel point d’insolence, comme le remarque le Père Louis Lejeune dans sa Relation de 1641, qu’il fallait voir perdre le pays ou y apporter un remède prompt et efficace.Le 2 août 1642, Les Hurons reprenaient le chemin de leur pays, après avoir fait la traite aux Trois-Rivières, ramenant avec eux le Père Isaac Jogues qui les avaient accompagnés ainsi que Guillaume Couture, interprète, René Goupil, jeune chirurgien, et quelques autres Français.En arrivant, le 4, aux îles du lac Saint-Pierre, les voyageurs furent tout à coup attaqués par 80 Iroquois.Plusieurs des compagnons du Père Jogues se sauvèrent, le laissant sans défense, à la merci de ces barbares.Le Père Jogues aurait pu fuir, mais il se constitua prisonnier.Les terribles vainqueurs emmenèrent leurs prisonniers dans leurs pays, et pendant dix-sept jours, le Père Jogues fut traîné de villages en villages, de wigwams en wigwams, au milieu des insultes les plus grossières.Quant à Couture, qui avait tué un des chefs iroquois, dans la résistance qu’il avait opposée, il eut les ongles arrachés, les dents broyées et la main traversée d’une épée.2 3 Depuis longtemps déjà des voix autorisées se plaignaient de l’abandon dans lequel était laissée la colonie que la France voulait fonder en Amérique.On demandait avec instance des secours capables de réduire et paralyser les forces des Iroquois.Dès 1634, le Père Paul Lejeune proposait d’imiter la conduite qu’avaient tenue les Portugais, dans les Indes, en déployant un pouvoir qui aurait jeté "l’admiration bien avant dedans l’esprit des Indiens”.Le premier moyen qu’il suggérait était de se rendre redoutables aux " Rcl.de 1041, t.I, p.40 à 40.2 3 Pour plus amples détails sur la captivité du Père voir: Relations de 1642, 49; 1043, 61 il 70 et 74 il 82; 1044, 70; 1047, p.17. 402 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE Iroquois et d’arrêter leurs courses."Gagner ou exterminer” les Iroquois, telle était la politique qu’il fallait adopter, dans l’opinion du Père Vimont, Supérieur des Jésuites, à Québec; mais “on ne le comprit qu’après un quart de siècle de dévastations, d’horreurs et de souffrances inouïes.”24 Néanmoins, en 1642, tous les regards étaient tournés du côté de la France.On attendait des secours.L’espérance ne fut pas trompée, mais il aurait fallu davantage.La décision prise fut exécutée et l’on vint jeter à l’embouchure du Richelieu, sur l’emplacement actuel de Sorel, les bases d’un fort qui devait, dans la pensée de M.de Montmagny , arrêter les courses et les déprédations des Iroquois.2 5 A.-A.Bruneau, J.C.S Suite, Hist.C.F., t.3 p.21.21 La Revue Trimestrielle. L’URBANISME EN EUROPE L'urbanisme, comme bien d’autres sciences, se pratique souvent sans même qu’on s’en doute.Ainsi la courageuse ménagère qui, tous les vendredis ou samedis, lave le grand escalier dont l’a affligée un architecte bien terre à terre en dépit de ses prétentions vers les sommets, cette brave ménagère fait de l’urbanisme.Elle collabore à la propreté extérieure de la ville et si, d’autre part, cette ville est sale—ce qui peut arriver même chez nous—elle donne un cours pratique d’urbanisme à ceux de qui elle devrait en recevoir.C’est encore de l’urbanisme que d’orner sa fenêtre de quelques fleurs ou de quelques plantes, les autres jours que ceux où il passe des soldats; d’entretenir les maigres pelouses que ne dévore pas l’asphalte municipal; de respecter les arbres dans les parcs, même si on ne devait jamais avoir recours à leur ombrage; de ne pas vider ses poches dans les rues, de ne pas cracher sur les trottoirs.Je n’en finirais pas si je voulais énumérer toutes les occasions où chacun peut faire de l'urbanisme à bon compte et sans trop d’effort.Ces exemples suffisent, néanmoins, à, prouver que l’urbanisme n’est pas une science qui s’apprend exclusivement dans des écoles spéciales, une science difficile, complexe comme peut l’être, par exemple, la distillation clandestine de l’alcool.Au contraire, l’urbanisme est d’un abord facile et d’une fréquentation agréable.Si je ne craignais une comparaison oiseuse, je dirais que l’urbanisme ressemble à la politique.Tout le monde peut en faire sans l’avoir appris.Mais il a cet avantage sur la politique de demander moins de voix et d’imposer moins de fumée.Sans doute, tout l’urbanisme n’est pas contenu dans le peu que j’en ai dit; pas plus d’ailleurs que la préparation des confitures ne constitue toute la chimie.Il y a d’autres chapitres, d’autres applications d’un ordre supérieur.Étant donnée telle largeur de rue à quelle limite fixer la hauteur des maisons ?Vu le développement industriel d’une ville, comment répartir les usines diverses pour en assurer l’exploitation pratique et éviter à la population d’en être incommodée ?De quelle manière réglementer le transport dans les airs, par mer et par terre ?Quels espaces allouer aux terrains de jeux, aux parcs, aux expositions ? 404 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE Comment, embellir, refaire, agrandir, développer toute ville ou toute portion de ville?Il n’y a pas là qu’un souci esthétique.Nous entrons dans le domaine de l’hygiène sociale dont la principale fonction est de veiller à la santé des agglomérations humaines.A quoi, en effet, servirait, comme l’écrit si justement Charles Gide, de créer des logements salubres dans un milieu insalubre ?La diversité des problèmes qui se posent à l’urbanisme, qui constituent, pour mieux dire, l’urbanisme lui-même est donc grande.En vérité, on y doit faire rentrer tout ce qui concerne l’aménagement, et l’embellissement et la construction des villes.Ainsi en Hollande, c’est l’urbanisme qui a inspiré aux conseils municipaux des grandes villes de fixer la couleur des tulipes dont les propriétaires ornent le parterre de leur maison.C’est l’urbanisme qui, en France, fait instituer tous les ans un concours de façade et primer la plus belle.C’est l’urbanisme qui, en Italie, interdit aux chauffeurs de porter la barbe et défend Venise contre l’invasion des autos.Enfin, c’est l’urbanisme, ai-je besoin de vous le dire, qui, à Montréal, oblige les agents de police à porter des gants blancs l’été.Or, de tous ces différents aspects que peut revêtir l’urbanisme, lequel choisir?( Le titre de ce travail est ambitieux, présomptueux.L’Europe est vaste et mes moyens modestes.Il s agit donc de limiter le titic, du moins de le préciser.Ne vous attendez donc pas à une vaste synthèse de ce qu’on a fait, de ce qu’on fait et de ce qu’on fera en Europe pour ordonner ces territoires où l’homme plante son gratte-ciel et traîne sa caravane.Je n’en ai ni le souffle, ni le vouloir.Mon rôle, est tout simplement d’essayer de concentrer votre attention sur Paris, de vous inviter à y regarder pratiquement ce que peut-être jusqu’ici vous n’avez été porté qu’à juger esthétiquement; enfin de vous exposer comment les Français, qui passent pour des gens si étrangers à toute idée pratique, ont réussi à surmonter des difficultés que nous ne commençons qu’à saisir chez nous.Notre promenade, notre promenade-causerie se fera donc principalement dans Paris, quitte à emprunter aux gens bien informés les renseignements complémentaires dont nous pourrions av oii besoin.Mais il va sans dire que je n’ai pas davantage la prétention, encore moins le temps, de vous faire faire le tour de Paris.De L’URBANISME EN EUROPE 405 même que nous avons réduit l’Europe à la capitale de la France (et cela sans le moindre chauvinisme) de même nous allons être obligés de réduire celle-ci à quelques uns de ses aspects.Ce n’est pas que je mette en doute votre enthousiasme.Même ceux qui n’ont jamais mis les pieds à Paris savent sur la foi des cartes postales que c’est beau.Le décor de sa splendeur nous est à tous si familier que je me rappelle avoir entendu quelque Beauceron des nôtres dire qu’en y débarquant, il avait éprouvé une sensation de déjà vu.Oui, Paris nous est familier, connu.Et j’aurais certes mauvaise grâce à vous inviter à faire le tour d’un jardin dont tout le monde connaît si bien les plates-bandes.Reste donc à choisir de Paris ce qui est moins connu.L’histoire de l’urbanisme en France peut grossièrement se diviser en deux périodes.Nous pouvons d’abord considérer dans Paris la partie ancienne, je veux dire ses églises, ses palais, ses monuments et les plus importants de ses boulevards.En second lieu, nous pouvons étudier le Paris de la toute dernière heure, celui dont les problèmes sont contemporains des nôtres; le Paris des maisons ouvrières, des cités-jardins, le Paris de la circulation intense et de la propreté remarquable.C’est sous ces deux aspects, que je vous parlerai de Paris en m’excusant au préalable, d’apporter, au lieu de la compétence d’un ingénieur et d’un architecte, les modestes observations d’un esprit tout simplement épris de l’ordre des choses comme de celui des idées.Il est de règle d’invoquer à l’explication sinon à l’excuse des lenteurs administratives, en matière d’urbanisme, le dicton qui veut que Paris ne se soit pas fait en un jour.Paris s’est si peu fait en un jour que sous Louis XIV on y marchait encore dans la boue, les cendres, le fumier.Boileau s’en plaint sans nous dire toutefois les mesures prises pour assurer la propreté de l’antique Lutèce restée fidèle à son étymologie latine.En 1663, un arrêt, qui pourrait être ressuscité, ordonne à tous les bourgeois de balayer le devant de leur porte et d’y jeter de l’eau.Les immondices sont enlevés à sept heures du matin (coutume qui s’est conservée jusqu’à nos jours).Malgré cela, la princesse Palatine écrit en 1694: “Paris est un endroit affreux, les rues y ont une si mauvaise odeur qu’on ne peut y tenir; l’extrême chaleur y fait pourir beau- 406 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE coup de viande et de poisson et ceci cause une odeur si détestable qu’il n’y a point moyen de la supporter.” Louis XIV s’appliqua à faire disparaître ces odeurs et à améliorer la voie publique dont le pavage remontait à 1189.Ce fut sous Philippe-Auguste qu’en effet on commença à paver les rues en pierre.A cette époque les ruisseaux étaient dans le milieu de la rue.Et c’est de là que vient l’expression: céder le haut du pavé, c’est-à-dire la partie du pavé qui est du côté des murailles.Louis XIV s’appliqua aussi à enjoliver la ville en la dotant de places, comme celle qui porte aujourd’hui le nom de place de la Concorde, de jardins comme les Tuileries et, surtout, des Champs Elysées qui furent remaniés plus tard.Sous l’Empire, le visage de Paris se modifia davantage.A cette époque remontent l’Arc de Triomphe, la Madeleine etc.Mais c’est surtout depuis 1852 que Paris s’est agrandi et développé.C’est de cette époque qui s’étend jusqu’en 1870 et de là à nos jours que datent les rues nouvelles, les grands boulevards les principales avenues, d’Iéna, du bois de Boulogne, de Friedland.Le second Empire a aussi vu la création du jardin zoologique, l’ouverture du parc Monceau, du parc des Buttes Chaumont, du parc Monts-souris et du jardin du Trocadéro.De nouveaux ponts s’élancent sur la Seine, dont ceux de l’Alma, d’Auteuil, des Invalides.De nombreuses églises se construisent, d’autres se transforment.Les abords du Louvre sont dégagés, le Palais de justice est achevé, l’Opéra est terminé, l’Hôtel-Dieu est reconstruit.Après les Communes, bien des monuments durent être relevés.Et depuis lors Paris n’a cessé de s’agrandir, de se moderniser.Le contraste entre les vieux quartiers et les quartiers nouveaux du Champ de Mars et de l'Étoile, par exemple, est remarquable à ce sujet.Il n’y a pas, que je sache, de plus bel exemple d’urbanisme.Je ne veux pas dire que tout ce qui est vieux soit condamnable.L’ancien Paris renferme, au contraire, des coins uniques au monde.Mais, d’autre part, le nouveau Paris illustre d’une façon remarquable tout ce que l’art peut donner allié à une sage administration.Mais laissons là tout ce qui n’est pas d’aujourd’hui et venons-en aux problèmes de la toute dernière heure.Leur exposition importe d’autant plus qu’ils sont, à peu de choses près ceux qu’il nous faut ou, en tout cas, qu’il nous faudra bientôt résoudre.Les maux dont souffrent les grandes agglomérations sont près- L URBANISME EN EUROPE 407 que partout les mêmes.Toutes les villes d’importance ont des embarras de voitures; toutes souffrent de la crise du logement.Mais à côté de celles qui se contentent de souffrir, il y en a d’autres qui se refusent d’ériger l’empirisme en loi et qui demandent à la science ou plutôt à diverses sciences des remèdes aux maux existants comme à ceux qui pourraient naître.Ainsi, Paris menacé d’hydropisie a déjà consulté des spécialistes.Or, les remèdes ne nous intéressent pas moins que les maux.Nous parlerons donc des uns et des autres.Et voici pour mettre un peu d’ordre dans un domaine qui en demande beaucoup de quelle façon nous procéderons.D’abord la pathologie.Paris souffre ; de quoi ?Rues encombrées, moyens de transport insuffisants; habitations à bon marché en trop petit nombre; absence de parc assez vaste pour la tenue d’exposition.Ce n’est pas tout, mais nous nous en contenterons pour ne pas transformer en cours ce qui doit être qu’une causerie.Enfin le mal connu, de la thérapeutique.Que fait Paris pour activer, canaliser sa circulation ?Que fait Paris pour loger ses milliers d’ouvriers ?Enfin que fait Paris pour les expositions futures ?Incidemment, à propos de la circulation, nous parlerons du nettoiement des rues et, en guise de conclusion, nous examinerons très brièvement comment Paris projette de s’étendre quand l’heure en sera venue.CIRCULATION Quoique ce soit là un attrait de Paris que ne mentionnent pas les guides, je ne sais rien de plus curieux que le spectacle qu’offrent les Champs Elysées, le midi ou le soir, à quelqu’un qui y fait face de la place de l’Étoile.Ce grouillement continuel d’autos, de fiacres de triporteurs, de bicyclettes, de voitures à bras, d’autobus, a quelque chose d’hallucinant.Je n’exagère rien en disant qu’au bout de quelques minutes on s’imagine regarder une glace sur laquelle s’agitent sans pouvoir avancer des milliers d’insectes.C’est une armée, ce sont des armées de fourmis qui piétinent sur place.Si de l’Étoile, vous descendez sur les boulevards, rue du faubourg Saint-Honoré, rue Royale, avenue de l’Opéra, rue du Quatre Septembre, l’animation est, dans un cadre plus réduit, à lieu près la même.Tout le cœur de Paris et les principales artères qui y condui- 408 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE sent venant des gares et des stations de métro sont littéralement obstruées.Taxis et autobus n’avancent plus.Les piétons vont plus vite.Et cela est si vrai que les chauffeurs refusent de prendre en charge pour certaines directions à certaines heures données.Ai-je besoin d’insister ?Faut-il noircir le tableau, donner des statistiques, dire combien il passe de voitures dans un rayon de tant de mètres ?Nous avons là, ce me semble, assez de symptômes pour reconnaître un mal qui nous est familier et qui s’appelle même dans les villes sèches, l’embouteillage.Dans les pays où le peuple est roi, tout le monde est aussi médecin, du moins en ce qui concerne les maux de l’état.Et de même que chacun confie à son voisin ce qu’il ferait s’il était premier-ministre, de même l’homme de la rue réclame voix au chapitre en matière de voirie.Et qui entendrait-on après tout si on ne lui donnait la parole?(Je dois ici ouvrir une parenthèse pour vous dire qu’en France, comme en bien d’autres pays européens, l’usager ne sert pas qu’à fabriquer des dividendes.L’État le reconnaît, le consulte, se l’adjoint au besoin.Les usagers du téléphone, de l’eau, des chemins de fer sont une entité légale.Ce sont eux qui empêchent la démocratie de devenir une ploutocratie.M.Montpetit pourra peut-être nous le dire un jour si jamais il s’attaque au gros œuvre: l’éducation civique des hommes).Les usagers de la route à Paris ont donc eu la parole.Avant de demander à la ville ce qu’elle voulait faire pour diminuer la congestion des rues, les journaux ont interrogé les constructeurs d’autos, les chauffeurs de taxi, les cochers, les piétons et enfin les transports en commun.Chose incroyable, la Ville n’a pas dédaigné les conseils qui lui avaient été donnés.Elle s’est même empressée, au contraire d’en mettre quelques uns en pratique.Voyons d’abord les remèdes qui lui furent conseillés.1) Tout le monde s’est accordé à reconnaître, en premier lieu, qu’il est impossible de réglementer la vitesse.Pourquoi ?a) Parce que la vitesse est un élément de désencombrement: plus les voitures vont vite, plus la place est vidée; b) Une vitesse maxima signifie que chacun peut y marcher dans toutes les rues.Or, dans certaines rues, cela est dangereux; dans d’autres, ridicule de la suivre quand on peut aller plus vite; c) La vitesse doit donc varier selon les heures et les rues.Le L’URBANISME EN EUROPE 409 code de la route doit simplement stipuler que le conducteur doit toujours être maître de sa vitesse.C’est aux agents de siffler.En bref, il s’agit d’augmenter la surface en augmentant la fréquence.2) Ceci posé, l’opinion a été ensuite presque unanime à déclarer que le premier remède et le plus simple d’application est la limite du stationnement: a) Réglementer le stationnement des voitures des grands magasins, des voitures particulières, des voitures de messageries, des camions, etc.{,) Laisser la chaussée libre aux heures d’affluence.Procéder, par exemple, aux chargements avant onze heures du matin et api es six heures du soir.Aux Halles, le travail de nuit est de rigueur.c) Limiter à quinze minutes le stationnement des voitures particulières.d) Limiter les poids lourds; interdire les bandages rigides; limiter le gabarit et la longueur des camions; exiger les freins sur les quatre roues; vérifier le fonctionnement des freins et de la direction.3) Supprimer les tramways dans le centre.Ils ne sont pas très nombreux mais assez toutefois pour gâcher l’apparence de quelques unes des plus belles avenues, causer des embarras de voitures à l’Étoile où ils circulent dans le sens contraire.Sans doute n’est-ce pas chose facile que de supprimer les tramways, mais on a déjà commencé à le faire.4) Éduquer les agents d’exécution qui, par leurs fausses manœuvres, sont causes des encombrements.La signalisation mécanique vaut mieux ici que la signalisation humaine.5) L’agent n’est pas le seul qui doive être éduqué.Que dire du piéton ?Qui s’est promené une fois en auto sait quel degré d’inconscience des êtres présumés conscients peuvent afficher.Convaincre le piéton qu’il doit se mettre à sa place dans la circulation.6) Limiter la circulation des hippomobiles et des voitures à bras.Si les dernières sont à peu près inconnues chez nous, les premières y sont, par contre, très nombreuses.7) Activer les travaux de voirie.C’est là avec la réfection des voies, une des plaies de la circulation.8) Limiter les arrêts des tramways et des autobus.9) Généraliser le sens unique.10) Etablir les trams en circuit et supprimer les têtes de ligne 410 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE dans le centre.En d’autres termes, pas de gare centrale, véritable hérésie en circulation; pas de termini où les trams stationnent et où la foule se précipite.11) Améliorer la signalisation des rues.12) Décongestionner la circulation de surface en intensifiant celle des sous-sols; prolonger, par exemple, le métro hors de Paris.13) Faire disparaître les véhicules à marche lente.14) Etablir aux grandes artères des passages souterrains pour les rues transversales.Et même créer des rues souterraines.Je m’excuse d’une aussi longue énumération.Si le procédé manque d’élégance, il offre par ailleurs de grands éléments de clarté et de précision.Et c’est ce qui importe d’abord dans un problème aussi trouble.Voilà donc comment les usagers de la route entendent décongestionner Paris puisqu’il faut employer un aussi vilain mot.Il y a là dedans des remèdes d’application immédiate et des remèdes qui demandent une consultation.Quels sont ceux dont le Comité consultatif permanent de circulation de Paris-car il y a un organisme administratif spécial créé à cette fin,-quels sont ceux dont il a fait l’essai?Pour que Paris demeure une ville où les voitures puissent rouler sans écraser les piétons et où les piétons puissent marcher sans gêner les voitures, on a: 1) Multiplié les rues où la circulation n’est permise que dans un sens; 2) Interdit le stationnement des deux côtés des voies étroites; 3) Augmenté la signalisation lumineuse et sonore aux carrefours afin de réduire l’arrêt des voitures au strict minimum; 4) Interdit aux piétons sous peine de contravention de traverser certains carrefours.Des zones protégées sont instituées et les piétons doivent les emprunter pour aller d’un trottoir à l’autre.Appliqué aux Champs Elysées d’abord, le système va être ou est appliqué aux boulevards.Londres est sur le point d’en faire autant du moins en ce qui concerne le Piccadily Circus qu’on veut complètement interdire aux piétons.Ceux-ci devront gagner les rues qui y convergent par des passages souterrains laissant ainsi la chaussée entièrement aux véhicules; 5) Certaines têtes de ligne de tramways sont reportées le jour en dehors du centre de congestion; 6) Les voitures de camionnage, transport de matériaux de mm L’URBANISME EN EUROPE 411 construction, de déménagement; les voitures attelées marchant au pas; les voitures à bras, les autos dont le poids en charge est supérieur à 16,000 livres, les tracteurs avec remorque, en général toutes les voitures ne “pouvant pas suivre le flot” ne peuvent circuler entre trois heures et sept heures dans le périmètre formé des principales rues du cœur de Paris.Seules trois voies leur sont permises.7) Enfin on a refusé de réglementer la vitesse parce que l’excès n’en peut être définie exactement.Dans certaines artères rectilignes et peu fréquentées, une allure de 30 milles est moins dangereuse qu’une allure beaucoup moindre à un carrefour.En conséquence l’excès de vitesse n’existe pas à Paris.Voilà pour le plus urgent.Rien de radical, à l’exception de l'avant-dernière mesure qui, précisément parce qu’elle est la plus énergique, a donné le plus satisfaction.On ne circule pas encore à l’aise dans Paris, mais on a réussi à rendre tolérable une situation qui devenait intolérable.Parmi les mesures qu’on n’a pu appliquer immédiatement, mais que le comité de la circulation étudie et qui finiront sans doute par l’emporter, voici quelles sont les principales: a) Création de passages souterrains.Il en existe déjà à quelques endroits pour les piétons, notamment à la gare S.Lazare, et ils sont d’un très grand secours.Généralisant le procédé, on veut l’appliquer aux voitures.Au milieu de la chaussée, laissant le passage à droite et à gauche pour les voitures qui empruntent les voies adjacentes des souterrains seraient creusés permettant le passage direct sans arrêt aux croisements.C’est tout simplement l’adaptation aux rues de Paris des moyens employés pour supprimer les passages à niveau.Ce système activera le débit des voitures par la suppression des arrêts aux croisements, mais, d’un autre côté, il réduit le nombre de file car les passages doivent faire une emprise de 25 à 30 pieds sur la chaussée.b) Il a même été question de construire des passerelles au-dessus des boulevards, mais heureusement les Parisiens qui aiment leur ville ont tellement protesté que l’idée semble avoir été abandonnée.c) Pour un avenir plus éloigné, on envisage, pour supprimer les stationnement d’autos devant les magasins, les cafés, les restaurants, la construction de garages souterrains à plusieurs étages, comme notre hôtel-de-ville en a déjà un en miniature. 412 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE A Londres, on a résolu ce problème d’une autre manière.On a créé dans l’intérieur de la ville 70 stations de voitures.Le nombre de voitures à stationner à chaque endroit est limité.Des hommes préposés par la police délivrent à chaque voiture arrivant un numéro d’ordre qu’ils reprennent au départ.La durée du stationnement est fixée à deux heures au maximum.d) Il est aussi question, à Paris, d’obliger toutes les maisons de commerce d’avoir une cour intérieure assez spacieuse pour recevoir les voitures de livraison.Plus de chargement dans les rues.e) Enfin on multipliera les lignes de métro et on intensifiera la vie souterraine.Je crois avoir exposé là les principaux remèdes auxquels Paris a songé pour désencombrer ses rues.Des rapprochements s’imposent, des comparaisons s’établissent; que Montréal peut-il retirer de ces expériences ?D’autres le diront.Ma besogne plus facile était de vous dire ce qu’on a fait ailleurs.NETTOIEMENT.Au chapitre de la voirie qui est l’un des trois que nous avons à parcourir se rattache aussi le nettoiement.La toilette de Paris est une chose considérable.Elle est couverte au quart par une taxe spéciale dite du balayage.Une des choses qui frappent le plus l’étranger à Paris c’est l’efficacité (pour employer un mot bien en vogue en Amérique) l’efficacité de l’enlèvement des ordures ménagères.S’il n’a pas l’habitude de quitter l’hôtel avant 8 heures, jamais il ne pourra se rendre compte de la manière dont se fait cette toilette.Pas de poubelles dans les rues, pas de cendres, pas de papier, tout semble disparaître par enchantement.Et pourtant, la quantité d’ordures ramassées chaque jour varie de 1500 à 3000 tonnes en été, de 4 à 5000 tonnes en hiver, ce qui fait un tonnage annuel de 900,000 tonnes.De quelle manière se fait donc l’enlèvement des ordures ménagères 7 Relevés chaque matin dans des poubelles (et non dans des récipients de fortune) entre six heures et demie et huit heures, les détritus sont évacués par 825 camions à benne basculante sur quatre usines de traitement situées en banlieue.Chacune de ces autos qui est couverte peut porter cinq tonnes de charge utile. L’URBANISME EN EUROPE 413 La collecte se fait en un seul tour pour tout Paris, grâce aux 3,087 cantonniers qu’emploie la ville et dont les fonctions consistent principalement au chargement des ordures.Ces détritus sont traités et fournissent, avec les cendres, des engrais après fermentation.L’incinération des autres est employée par ailleurs à produire de l’énergie électrique.Les cantonniers dont je vous ai parlé n’ont pas qu’une seule besogne; ils balaient, tous les jours même le dimanche, les trottoirs, nettoient les édicules situés sur la voie publique; peignent les 7,814 bancs de la capitale disséminés tant dans les rues que dans les parcs; arrosent régulièrement les 86,430 arbres de la ville, lavent de temps en temps les 25,000 plaques de noms de rues, les boites postales, les avertisseurs d’incendie, répandent du sable sur la chaussée quand elle est humide et, l’hiver, saupoudrent les voies publiques de sel.En plus, la Ville de Paris possède 113 autos balayeuses et 154 autos mixtes qui accomplissent toutes les opérations du nettoiement.Toutes les chaussées ne sont pas cependant nettoyées tous les jours, à l’exception des caniveaux.On procède par roulement.On ne nettoie quotidiennement à la machine qu’un peu plus d’un tiers de la surface totale, c’est-à-dire toutes les grandes voies de circulation.Le reste n’est lavé que trois ou quatre fois par semaine.Ces données, bien qu’incomplètes, permettent de saisir l’effort considérable que doit faire une ville comme Paris pour assurer sa propreté.Elle y réussit d’ailleurs à merveille et ce n’est pas une des moindres leçons d’urbanisme que l'étranger peut lui demander.LOGEMENT.La crise du logement est aussi vieille que la civilisation, disait M.Charles Gide, dans son cours au collège de France, sur le logement et la coopération.C’est que de tous les besoins celui-là est le plus impérieux, le seul qui soit légalement obligatoire.Aucune loi n’impose aux hommes la nécessité de manger tandis que la loi punit les sans domicile.Pour des raisons que je ne peux indiquer ici, les loyers en Europe ont toujours été en augmentant depuis la guerre.Qu’en est-il résulté ?Surpeuplement, hausse de la mortalité, diminution de la natalité et même développement de l’immoralité. 414 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE Les statistiques divisent les logements en trois catégories: 1) suffisant—une pièce par personne.2) insuffisant—plus d’une personne par pièce.3) surpeuplement—plus de deux personnes par pièce.Or, d’après cette division, comment se classent les logements en France?Un sixième de la population vit dans des logements surpeuplés et un sixième dans des logements insuffisants.En gros, il n > a que la moitié de la population qui vit dans des conditions suffisantes.Avant la guerre, on comptait à Paris 400,000 logements composés d’une seule pièce.De ce nombre, 260,000 étaient occupés pai plus de deux personnes; 72,000 par plus de trois; 34,000 par quatie, 14,000 par cinq; 6,000 par six; 5,000 par plus de six; 350 par plus de dix.Voyons maintenant quelles ont été les répercussions de ce surpeuplement sur la vie physique, morale et sociale.Physique Dans les logements surpeuplés (c’est un fait dont on ne tient pas assez compte au Canada) la mortalité des petits enfants dépasse le quart de ceux qui y naissent.On peut même dire que la durée de la vie moyenne varie selon l’état du logement du simple au double.Ainsi à Glasgow, on a examiné 75,000 écoliers qu’on a mesurés et pesés et à qui l’on a demandé de combien de pièces se composait leur logis.Ceux qui habitaient un logement d’une pièce pesaient 52 livres et mesuraient 46 pouces; ceux de 2 pièces, 53 livres et 48 pouces; ceux de 3 pièces, 60 livres et 50 pouces.Morale Au point de vue moral, le surpeuplement n’est pas moins néfaste.Comme dit M.Gide, l’homme peut être heureux en étant mal habillé et en mangeant du pain noir, mais il ne peut pas l’être dans un logement sordide.Sociale Au point de vue social, la plus terrible influence est celle du déclin de la natalité.Le surpeuplement agit d’abord d’une façon directe en empêchant les familles nombreuses de se loger; d’une façon indirecte en empêchant les jeunes ménages logés à l’étroit d’avoir des enfants.Je n’ai pas besoin de vous dire que je résume là à l’excès des L’URBANISME EN EUROPE 415 données qui formeraient le fond de plusieurs cours.Je n’en serai pas moins obligé malheureusement de résumer aussi les efforts qu’ont tentés les législateurs pour combattre l’insalubrité des logements.Remèdes C’est l’Angleterre qui a lancé le mouvement par sa loi de 1895, modèle de toutes les autres.On a d’abord commencé par régler le minimum de place à donner, puis on s’est occupé de la ventilation et de l’insolation.En France, il existe dans chaque département une Commission d’hygiène de l’habitation qui fait entreprendre les travaux de réfection aux frais du propriétaire, quitte à saisir les loyers s’il refuse de les exécuter.Au besoin, on exproprie en payant une indemnité.Entre parenthèses, sachez qu’au Chili on ne paie pas d’expropriation parce qu’on y considère que la vie de l’homme et la santé publique sont au-dessus de la propriété privée.En Russie, les Soviets, selon leur manière ont eu recours à des moyens plus énergiques.Chaque habitant n’a droit qu’à un certain nombre de mètres carrés et à une pièce de plus pour chaque membre de la famille.C’est ainsi qu’à Moscou dont la population de 700,000 qu’elle était avant la guerre s’est élevée à 1,800,000 on a pu résoudre la crise du logement.Toutes les riches demeures qui auparavant n’abritaient que quelques personnes, souvent même un vieux couple impotent et socialement inutile, ont dû s’ouvrir pour recevoir des familles d’ouvriers.Mais le fait de démolir (et en Angleterre c’est par centaines de mille qu’ont été démolies les maisons insalubres) ne fait qu’augmenter la crise.Plus on diminue les logements, plus on augmente le surpeuplement et le taux des loyers.La solution la plus logique serait que la municipalité hébergeât ceux qu’elle expulse, mais avant d’en venir à ce remède voyons d’abord ce qu’a fait l’initiative privée.Cités ouvrières Les patrons ont été les premiers à s’occuper du logement de leurs ouvriers.C’est à leur initiative que nous devons les cités ouvrières qui s’appellent aussi cités-jardins.Vous connaissez tous de nom des admirables petites villes qui s’appellent Bournville, due à la munificence du grand chocolatier Cadbury, et Port-Sunlight 416 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE près de Liverpool construite par lord Leverhulme, le roi du savon, le fabricant du Lux.Bournville qui se trouve près de Birmingham réunit tout ce que le progrès moderne peut fournir de commodités et de bien-être.Tandis que dans la grande ville métallurgique, on compte plus de 13 décès pour mille habitants, à Bournville on n’en compte que sept.Entre parenthèses, il n’y a pas de buvette et 80% des ouvriers de la chocolaterie sont des abstinents.Bournville est une campagne tranquille un village presque sans réplique, possédant de larges avenues et des villas profusément ornées de fleurs et ayant chacune un jardin potager et un petit verger.En France, dans les régions dévastées, on peut maintenant voir de nombreuses cités ouvrières élevées par des compagnies de chemin de fer ou par de grands industriels.Elles n’ont pas la richesse des cités-jardins anglais, mais elles sont de beaucoup supérieures à toutes les prétendues commodités que l’Amérique se vante de procurer aux familles des travailleurs.Ces maisons appartiennent tantôt aux patrons, tantôt aux ouvriers.Dans le premier cas, le loyer ne représente que la moitié de la valeur locative; dans le second, les ouvriers deviennent propriétaires grâce aux compagnies qui leur avancent la somme nécessaire.Au même chapitre, nous devons citer les sociétés philanthropiques qui opèrent plutôt dans les grandes villes.Londres et Paris comptent des cités ouvrières dues à la munificence de quelques philanthropes.L’une d’elles à Londres a 16,000 pièces.Mais les Mécènes de cet ordre sont rares et les individus doivent compter d’abord sur eux-mêmes.C’est de là que sont nées les coopératives de construction qui fonctionnent en Angleterre, aux Etats-Unis, moins heureusement en France.Ces sociétés visent à rendre l’ouvrier propriétaire.État.Cette initiative personnelle fait souvent défaut.Les ouvriers n’entendent pas leur bien-être de la même manière.C’est pour cela que l’État doit intervenir.Nous avons vu tout à l’heure qu’au besoin il fait démolir des pâtés entiers de maisons.A la préfecture de la Seine l’on tient un registre spécial de tous les immeubles qui L’URBANISME EN EUROPE 417 devraient être démolis dans un avenir plus ou moins rapproché.Cela ne suffit pas; il faut aussi construire.Tout le monde depuis la guerre a entendu parler des logements ouvriers.On en a construit en Angleterre, en France et même au Canada où l’État avançait aux provinces les sommes nécessaires.D’ailleurs bien avant la guerre, la Suisse, la Belgique, la Suède avaient commencé à construire des habitations à bon marché; l’Allemagne aussi.M.Alfred Buckley a exposé, dans une conférence à McGill, la situation misérable faite à la classe ouvrière de New-York.Je mentionne le fait en passant pour vous rappeler que ce que nous appelons le confort n’est pas, comme certaines gens se l’imaginent naïvement, une invention encore moins une exclusivité américaine.Les hostilités terminées, le problème, en ce qui concerne Paris, était plus grave que jamais.Démobilisés, réfugiés, étrangers encombraient la capitale qui n’en pouvait mais.Il fallut se mettre à l’œuvre et en dépit de conditions économiques adverses on a pu construire plusieurs maisons ouvrières dont les logements comptent de deux à six pièces, ces derniers étant les plus nombreux puisque ce sont les grandes familles qui trouvent le plus difficilement à se loger.Construites en béton, répondant aux dernières exigences de l’hygiène, bien aérées, bien exposées, solides, propres, elles marquent une ère nouvelle pour les travailleurs jusqu’ici si mal partagés.La ville de Paris, dans l’occurence, n’a pas fait que grand, elle a également fait beau.Et ces immeubles qui s’élèvent dans différents quartiers se recommandent par leur sobre élégance; ils ne dépareraient aucune des belles avenues de la capitale.Extension.La circulation et l’habitation ne sont pas les seuls problèmes qui se posent aux édiles parisiens et à ceux de toutes les grandes villes.Il suffit d’avoir vécu quelques mois à Paris (même si on est tout à fait étranger à l’urbanisme) pour se rendre compte que Paris étouffe.C’est plus que de la congestion, c’est presque de l’étranglement.Plusieurs autres villes sont dans ce cas.Mais tandis que New-York trouve dans le ciel l’espace que lui refuse la terre, tandis que la Hollande se bâtit de la terre à même la mer, Paris fidèle à une 418 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE tradition qui assure précisément sa suprématie, cherche à se donner de l’air sans gâter son beau visage.Le remède, on l’appelle de ce côté-ci de l’océan le Greater New- York, le Greater Montréal; là-bas il se nomme tout simplement l’extension de Paris.Laissée à l’empirisme comme la chose se pratique trop souvent, la guérison de ce mal est parfois pire que le mal lui-même.Le désordre règne où devrait régner l’ordre.On construit sans songer si plus tard il ne faudrait pas démolir.Les écoles, les églises, les hôpitaux s’élèvent au petit bonheur.C’est le caprice des courtiers en immeubles qui fait loi.Et petit à petit se créent de nouveaux centres d’engorgement où non seulement les vertus de la nature ne sont pas mises à profit, mais où, au contraire, on les neutralise, on les détruit.L’extension des villes relève ou plutôt devrait logiquement relever de l’urbanisme, science, par définition, de l’aménagement et du développement des villes.La ville de Paris l’a bien compris qui, il y a quelques années, organisait un concours dit de l'extension de Paris.Plusieurs projets furent soumis et le conseil municipal a retenu celui de Léon Jaussely en lui accordant le prix qu’il avait institué.En 1911, Paris comptait environ 2 millions 900 mille habitants; des prévisions sérieuses portent ce chiffre à 6 millions pour 1961.Ce qui donnerait une surface de 36 pieds carrés par habitant.“Pour contenir une telle population, dit M.Jaussely, il faudrait diminuer l’espace des cours et tripler la hauteur de toutes les maisons”.Or, ce sont là deux solutions tout à fait impossibles.Réduire les cours intérieures qui servent de puits d’air à plusieurs immeubles à la fois serait moins laid que de surélever les maisons mais, par contre, plus condamnable au point de vue hygiénique.Le remède doit donc être cherché ailleurs.Selon Jaussely, l’avenir de Paris est étroitement lié au développement de son port de mer et à l’aménagement d’un réseau ferroviaire.Comme la première partie de ce problème ne nous intéresse pas puisque la nature nous a déjà pourvu d’importantes communications fluviales, vous me permettrez de ne pas y insister.Pour ce qui est du transport par terre, qu’il suffise de savoir que M.Jaussely entoure Paris de deux ceintures avec ramifications aux points importants.Il y a là pour nous de précieuses indications L URBANISME EN EUROPE 419 qui nous permettraient tout en augmentant la surface du centre de diriger sur le périmètre de la ville la masse des voyageurs.M.Jaussely, et c’est un autre point de la plus haute actualité pour nous, n’admet pas de gare centrale.Il trouve, avec raison, ce me semble, illogique d’accumuler tous les voyageurs sur un seul point.Ne convient-il pas, au contraire, de les égayer en un très grand nombre de stations.En 1913, les gares de Paris recevaient 213 millions de voyageurs par an et ce nombre s’accroît d’un million par année pour la gare Saint-Lazare seulement.Il s’agit donc de canaliser 600,000 voyageurs par jour.Pour cela M.Jaussely prévoit la construction de nouvelles gares, abolit les gares terminus et relie toutes ces stations par des lignes souterraines à six voies.Sur ce nombre deux voies sont réservées aux lignes de banlieue avec de multiples stations pour semer les voyageurs le long des rues et des boulevards à proximité de leur travail.Les habitants de la banlieue n’empruntent plus, par suite, le métro, l’autobus et le tram, et les grandes gares et les rues sont décongestionnées.Ajoutons que pour accélérer l’arrivée des courriers une gare souterraine est annexée à l’hôtel des postes.Pour le même service, le gouvernement anglais a projeté il y a quelques années de construire un métro exclusivement réservé au transport des courriers.Dirigés à l’hôtel des postes central ils devaient être ensuite par ce chemin de fer souterrain disséminés dans toutes els tâtions de la Métropole.Tout autour de Paris, M.Jaussely propose de créer d’immenses zones circulaires reliées par des voies radiales plantées en bois ou en jardins.Le long de ces zones seront distribués tous les deux milles de parcs de 15 à 20 hectares.Autour de ces voies se grouperont les cités jardins et devant la forêt de Saint-Germain le parc des expositions universelles.Sans vouloir revenir sur le sujet qu’a si clairement exposé le Dr Raoul Masson, qu’il me soit permis de dire que c’est précisément dans ces plans d’extension qu’entre l’achat de vastes étendues de terrains qui peuvent être transformés en parcs et en jardins.Toutes les grandes villes allemandes acquièrent les espaces libres et boisés qui entourent leurs agglomérations.Paris, sous ce rapport, est très bien partagé, ayant de nombreux bois et de riches forêts.M.Jaussely, pour revenir à son plan, ne change rien à l’esthétique de Paris; il y fait cependant quelques corrections au centre.Ainsi, il éloigne les Halles, la Sorbonne, du moins la faculté des 420 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE sciences et ses laboratoires, dans la campagne de Sceaux.En principe, dit-il, la plupart des services publics peuvent émigrer loin du centre.“Il faut sans doute des hôpitaux secondaires en plein Paris, mais les hôpitaux généraux, spéciaux, les maisons d aliénés sont rélégués vers la zone des forêts.Il n’y a pas jusqu’aux cimetières qu’il ne dissimule dans la campagne.Ce ne sont là que les grandes lignes du projet de M.Jaussely.Elles suffisent, à nous indiquer quelle conception on se fait en France de l’extension des villes.Je dois ajouter que toutes les villes françaises sont tenues d’avoir un plan et qu’elles ne peuvent y apporter d'améliorations sans l’autorisation de l'État.* * * A ce projet de M.Jaussely se rattache l’établissement d’un parc des expositions, foires et fêtes qui est actuellement en voie dans la commune de Vanves, aux portes même de Paris, dans la direction de Versailles.Les travaux ont été confiés à une société concessionnaire; la ville de Paris ne prenant à sa charge que la clôture du terrain, le nivellement du sol, la mise en état de viabilité, le premier établissement de l’éclairage des avenues, des égoûts, des canalisations et le premier aménagement des jardins.La société, locataire pour 60 ans, paiera un loyer annuel de $2,400 seulement, mais elle sera tenue d’effectuer annuellement pour $300,000 de travaux.Toutefois pour que le parc soit immédiatement utilisable, la société a été autorisée à construire des pavillons provisoires qui devront être enlevés dans un délai de dix ans et remplacés par des halls définitifs.Une porte monumentale marque l’entrée du parc.L esplanade centrale, dans l’axe de l’entrée, aura 1200 pieds de long et 510 pieds de large.Elle sera entourée de terrasses successives.De larges escaliers encadrés de bandes gazonnées donneront accès à la terrasse du fond qui constitue la partie la plus élevée de ce terrain et d’où l’on jouit d’une vue très étendue sur Paris.Toutes les manifestations annuelles, foires, concours, salons de l’auto, auront lieu dorénavant dans cet immense parc.Dans l’intervalle des fêtes, le parc sera ouvert au public.A l’expiration du bail, toutes les constructions feront retour à la Ville de Paris qui en sera dotée sans qu’il en soit résulté aucune charge nouvelle pour les contribuables. l’urbanisme EN EUROPE 421 Tout cela ne constitue pas encore une fois tout l’urbanisme.C’en est la plus modeste part, au contraire.Peut-être eut-il été plus dans le titre de ce travail de parler des splendeurs que le touriste va chercher en Europe.Mais, outre que j’ai corrigé ce titre, j’estime que c’est là un sujet dont il sera toujours temps de vous entretenir.Quelle que soit la foi, en effet, de ceux qui s’intéressent à l’établissement de Montréal, elle n’est pas encore de taille à soulever des arcs de triomphe et des tours Eiffel.Ils auront d’ailleurs, à l’heure voulue, les innombrables ressources du cinéma et des projections pour initier les bons citoyens aux richesses artistiques des grandes capitales.Mais si les cartes postales, si les guides nous décrivent sommairement ou minutieusement toutes ces beautés, il n’en va pas de même des chapitres d’économie intérieure que je viens d’indiquer.Pour être de la cuisine des villes, ils n’en sont pas moins de l’urbanisme.Et, si je ne m'abuse, c’est sur cette cuisine que doivent porter d’abord tous nos efforts.Et c’est pour toutes ces raisons que je vous ai parlé de nettoiement, de circulation et d’habitation lorsque peut-être vous vous attendiez, au contraire, à ce que je vous décrive l’élégance des parcs et des jardins français, à ce que je vous chante l’ordonnance des belles avenues de Paris et de ses monuments si riches et si avantageusement situés.J’ose espérer que ce n’est que partie remise et que l’Université, en attendant qu’elle institue un cours pratique d’urbanisme, comme il en existe un à Paris assidûment fréquenté par les fonctionnaires de la ville, les architectes, les ingénieurs, j’ose espérer, dis-je, qu’en attendant ce jour l’Université organisera d’autres conférences de ce genre où pourront être étudiés dans toute leur ampleur les problèmes nouveaux que posent les conditions nouvelles de vie.Il ne s’agit pas d’élever des villes européennes dans un cadre canadien.Mais, bien au contraire, d’élargir le cadre, de transformer la matière et de substituer au caprice des administrations qui passent l’art et la science des techniciens.Gardons notre âme, mais ne craignons pas de transformer notre visage.Victor Barbeau, Ancien élève de l'École des hautes études urbaines, Paris. LA SCIENCE ET NOUS(') QUESTIONS D’ATTITUDES Les règlements de la Société Canadienne d’Histoire Naturelle demandent que le président sortant de charge adresse à l’assemblée générale des membres un message verbal où, négligeant les thèmes ordinaires du discours de circonstance, il traite d’un sujet se rapportant aux buts et travaux de la Société.Votre serviteur a pensé accomplir son devoir envers la Société, et en même temps continuer une campagne d’idées qui lui est chère, en analysant brièvement, et très simplement, l’un des aspects de la situation scientifique en ce pays, ce que l’on pourrait peut-être appeler l’aspect psychologique de cette situation.Notre mentalité, notre attitude ou nos attitudes envers la science, tel sera le sujpt des simples remarques qui vont suivre.* * * Au premier rang de nos attitudes à l’endroit de la science, il en est une enfantine et naïve au point de mettre à mal celui qui la doit mentionner.On rencontre encore des gens, même instruits et nantis de parchemins, qui paraissent avoir fait leurs classes comme tout le monde, être passés par nos universités, et qui néanmoins manquent de géographie au point de croire que nous tenons une place importante dans le monde scientifique d'aujourd’hui.Il nous souvient d’un dîner dans un petit hôtel de village, là-bas, vers le golfe.Un médecin soutenait gravement, en frappant du couteau sur la table, que les Canadiens français n’ont rien à envier, au point de vue scientifique, à aucun pays du monde.Il y avait autour de la table, outre cet homme surprenant, un avocat politicien et un vieux prêtre fort instruit qui avait beaucoup voyagé.Nous nous regardions légèrement ahuris, et, le premier choc passé, nous essayâmes, mais en vain, de persuader à l’aimable docteur qu’il allait un peu fort.Peine perdue! Jamais nous ne pûmes faire descendre de sa position cet excellent homme qui, par ailleurs, paraissait absolument normal.( >) Discours prononcé devant l’assemblée générale des membres de la Société Canadienne d’Histoire Naturelle, le 9 octobre 1926. LA SCIENCE ET NOUS 423 Pour que cette attitude soit possible, ne faut-il pas que de pareilles idées soient un peu dans l’atmosphère ?Ne faut-il pas aussi que notre enseignement scientifique soit lamentablement garé sur quelque voie d’évitement, isolé de la ligne de transmission des idées, des recherches et des découvertes?Il importe de dire que d’aussi optimistes illusions ne sont pas possibles partout.De grands pays où la science est organisée depuis longtemps, hésitent cependant, et s’accusent.Ainsi, une Commission Royale, nommée pour s’enquérir de la situation scientifique en Angleterre (1018), commence son rapport par ces paroles qui causeraient sans doute une innocente joie au docteur X, s’il pouvait les lire: “Not for the first time, our educational conscience has been stung by the thought that we are, as a nation, neglecting science.” Point n’est besoin sans doute de s’amuser ici à discuter le jugement du docteur X.Déjà, en 1664, l’ancêtre Pierre Boucher écrivait des Canadiens: “Ils ont communément l’esprit assez bon, mais un peu libertin, c’est-à-dire qu’on a de la peine à les captiver pour les études.” Quoique nous ayons cessé d’être coureurs des bois, il nous reste bien de cette splendide époque de vie en plein air et de liberté aventureuse, un léger atavisme de paresse intellectuelle.Sans discuter la situation dans les autres domaines, il faut convenir qu’après trois siècles nous n’avons pas encore de milieu scientifique saisissable, pas d’émulation scientifique, pas d’échelle de valeurs.Même si un de nos compatriotes faisait une grande découverte, publiait un travail de haute portée, œuvre d’une vie, le public n’aurait aucun moyen d’en juger l’importance, puisque nous n’avons pas de presse scientifique, et que la presse d’information accorde au charlatan, à l’illuminé ou au simple faiseur, une réclame tapageuse qui noierait dans l’ombre l’éventuelle œuvre de génie.Sous prétexte d’idées générales nous réservons notre attention et nos encouragements aux seuls vulgarisateurs, oubliant que la vulgarisation marche dix ans en arrière de la science, qu’elle la déforme le plus souvent, et la discrédite, en lui faisant promettre plus qu’elle ne peut tenir: oubliant surtout que la vulgarisation n’est qu’un revenu que le grand public peut légitimement retirer quand il a préalablement fourni le capital, c’est-à-dire une élite de techniciens éprouvés et de chercheurs entraînés.Ce public, même cultivé, à force de n’entendre qu’une voix, en arrive à croire que ce qui lui arrive par le canal de la vulgarisation est le tout de la 424 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE science, est la science elle-même.Il finit par se persuader que celle-ci consiste surtout dans la construction de systèmes ingénieux et faciles à comprendre, et que le véritable savant est l’homme qu’il connaît, celui qui a le souci permanent du contact de la foule.Or, la vérité est tout autre.Déjà, au fond du lointain XlVe siècle, Guy de Chauliac, l’un de ces précurseurs scientifiques que l’on voit en pourpoint et en toque, au frontispice enluminé des vieux bouquins, disait avec infiniment de bon sens: “Les sciences sont faites par addition, n’étant possible qu’un même commence et achève.” Ce n’est pas en bâtissant hâtivement des systèmes plus ou moins ingénieux, mais en expliquant à fond des cas particuliers, que la science progresse.La démonstration et l’interprétation exacte du moindre fait exercent des répercussions infinies.Et si notre science occidentale était capable de l’oublier, l’Hindou, fort des résonance?mystiques de son passé mystérieux, viendrait nous dire que l’on peut montrer l’infini dans la plume d’un paon’ * * * Il y aurait beaucoup à dire sur l’isolement du travailleur scientifique en ce pays, sur le peu d’encouragement qui lui vient de ses chefs naturels, et des pouvoirs constitués.Le grand public lui-même s’empare sauvagement de son labeur, le cas échéant, pour en augmenter son bien-être, et oublie à l’instant, quand il ne l’écrase tout à fait sur la dalle noire de la misère, l’artisan de la découverte ou du perfectionnement.Mais il y a plus et pire, car il s’agit d’une erreur de principe, erreur féconde en applications désastreuses.Les maigres encouragements donnés à la science en ce pays ont presque toujours été accordés, non pas parce que la science est une noble et belle chose en elle-même, une organisation dans la recherche du vrai, organisation qui, avec la poursuite du bien moral, est le grand honneur de l’humanité, mais bien plutôt pour des motifs extrinsèques: souci utilitaire, concurrence économique, et surtout fierté de race.Que la science, expression des termes de notre intimité avec la nature, soit l’instrument des conquêtes économiques, on se lasse de le répéter, bien qu’un nombre surprenant de gens s’obstinent à l’ignorer pratiquement.Nous avons nous-même, dans diverses publications, trop insisté sur ce truisme pour y revenir aujourd’hui.Aussi bien, ce motif utilitaire, pourvu qu’il ne joue pas seul, est-il absolument légitime.Il en est de même de la fierté de race qui LA SCIENCE ET NOUS 425 fait naturellement désirer à notre petit peuple de jouer un rôle sur la planète que nous habitons, et qui nous fait ressentir cruellement une infériorité que nous sommes parfois forcés de toucher du doigt.Mais ces réserves faites pour éviter toute équivoque, il faut avoir la loyauté de convenir que, malgré la légitimité de ces sentiments et de ces préoccupations, il y a quand même dans le domaine des choses morales, des choses de l’idée, une hiérarchie nécessaire, et que, dans cette hiérarchie, la recherche désintéressée de la vérité et l’organisation de la connaissance, objets de la science, sont infiniment au-dessus de cette contingence qu’on appelle la race, contingence dont des préjugés millénaires ont, à l’envi, accentué l’importance.Les différences que la race établit entre les hommes d’espèce unique tiennent beaucoup plus aux circonstances de temps, de lieu et d’éducation, à ce qu’on appelle aujourd’hui l’environnement, qu’à des distinctions génétiques, réelles aussi, mais minimes.Or, tout ce qui ne tient pas au fonds biologique de l’homme ou à son fonds moral inné, est artificiel, passager, accidentel, et ne mérite pas qu’on lui sacrifie les réalités supérieures.Devant la grande fraternité des êtres, si chère au Poverello, devant la grande fraternité des hommes en Dieu, combien s’oblitèrent et s’évanouissent les bornes de race et de clan! Un déplacement de valeurs est donc à la base de cette attitude des nôtres envers la science, et envers ceux qui lui consacrent le meilleur de leur vie.Un redressement s’impose, et pour cela, il faut que nous apprenions à honorer, à encourager les travailleurs scientifiques indépendamment des services qu’ils peuvent rendre, simplement parce qu’ils sont de bons serviteurs de la vérité et qu’ils aspirent vers elle; parce qu’au milieu d’un monde, et au sein d’une époque, fatigués de changer si souvent d’erreur, et tout prêts à se draper dans l’attitude de Pilate, ils continuent de croire à l’intelligence, à la possibilité de saisir quelques parcelles de la vérité, et que cela constitue un ennoblissement de l’être humain, et donc un véritable apostolat social.Après cela, si tel ou tel des nôtres, — un Provancher, un La-flamme, un d’Hérelle, — arrive, après une vie d’efforts, à poser une pierre dans la structure du grand édifice, tant mieux, et réjouissons-nous! Mais ayons l’esprit assez dégagé pour comprendre que cela, après tout, est secondaire, et ne doit pas etre le motif principal qui déclenche les initiatives et les libéralités. 426 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE * * * Et que dire maintenant de cette autre attitude qui peut se définir un peu brutalement en deux mots: la peur de la science?Cette attitude ne se remarque pas dans le gros public, qui ne redoute guère que la baisse du salaire et la hausse du prix de la vie.Elle ne hante guère non plus la classe dite dirigeante, elle aussi d’une déconcertante indifférence pour tout ce qui a trait à l’idée pure.Elle se rencontre plutôt, — et de très bonne foi sans doute, — dans le monde de l’éducation.Les disciplines scientifiques n’ont rien à faire dans la formation de l’esprit humain, et donc de l’homme lui-même; elles ne sont pas partie intégrante de la culture générale; leur exercice empiète sur les précieuses heures de jeunesse, qui doivent être vouées au culte des lettres et de la philosophie proprement dite; la science enfle l’esprit et dessèche le cœur; la science éteint dans les âmes le sentiment religieux, le flambeau de la foi.Telles sont bien, si je ne me trompe, quelques-unes des opinions courantes qui servent à motiver cette méfiance à l’endroit de la science et des études scientifiques.Aussi bien que quiconque, nous sommes au fait des litres d’encre que cette question a fait couler, en France comme dans nos propres milieux éducationnels, et nous n’avons pas l’intention de rouvrir à fond le débat.Mais nous voulons seulement, fort de l’opinion des esprits les mieux cultivés chez nous, comme ailleurs, — M.le chanoine Emile Chartier, M.Edouard Montpetit, le R.P.Simard, pour n’en citer que quelques-uns, — fort aussi d’un contact personnel avec beaucoup d’hommes de culture différente, réaffirmer nos convictions qui sont bien, il nous semble, la contre-partie des poncifs énoncés plus haut.Une culture de l’esprit qui reste exclusivement littéraire, tout aussi bien qu’une culture exclusivement scientifique, ne peut décemment s’appeler culture générale.Les vérités scientifiques; les faits et les lois qui les relient entre eux; la mathématique, qui est l’expression de ces lois, font partie du capital spirituel de l’humanité, au même titre que les constructions et les analyses de la métaphysique et que les formes de langage par quoi les anciens ont exprimé l’âme humaine et ce qui émane d’elle: opérations, amours, admirations, haines, passions.Tout cela forme le milieu complexe qui enveloppe de toutes parts notre âme raisonneuse et sensible.Vouloir limiter arbitrairement les contacts de l’esprit en formation à LA SCIENCE ET NOUS 427 certains ordres de pensée, n’est-ce pas le déformer, le mutiler, j’allais dire le dévitaminer sans retour ?Tout récemment, M.l’abbé Philippe Perrier, qui, pour s’être donné à d’autres labeurs, n’a pas cessé d’être l’un de nos éducateurs les plus éclairés, disait à un congrès de l’enseignement ménager: “Vous savez que l’application des sciences naturelles joue un très grand rôle dans la vie, surtout dans celle d’une femme, si souvent aux prises, dans la famille et la société entière, avec les accidents, les maladies, les imprévus de toutes sortes.La jeune fille doit comprendre qu’il n’est rien de petit dans l’ordre naturel et que souvent pareille ignorance peut entraîner de terribles conséquences.Cette étude des sciences naturelles est un puissant remède contre la légèreté d’esprit des jeunes filles, contre l’excessive sentimentalité des rêveries vaines, qui font les neurasthéniques modernes.Celle qui doit élever les générations de demain, peut-elle ignorer la biologie et les lois de la vie ?” Il s’agissait, remarquons-le, de la jeune fille moyenne, de la mère de famille de demain, celle qui n’a aucune prétention à l’intellectualisme et au “bas-bleuisme”.Que ne doit-on pas demander alors de ceux qui doivent former, et armer, les dirigeants et les intellectuels ?Il faut bien répondre ici d’un mot à une objection cent fois liquidée mais toujours renaissante.Non! la science ne renie pas la discipline philosophique qui fut sa mère: elle lui demeure, au contraire, indissolublement associée dans ses progrès les plus certains.La rectitude de la formation scientifique consiste en effet à savoir exactement à quelles fonctions ou opérations fondamentales on doit faire appel, comment et dans quelle mesure on doit les faire intervenir, dans les diverses phases de la création ou de l’utilisation scientifique.Intuition ou esprit de finesse; logique, ou esprit géométrique; expérience, ou sens de l’observation, telles sont ces fonctions ou opérations fondamentales.Il reste à déterminer leurs combinaisons optima pour aboutir, dans le cas des sciences d’observation, à la plus haute intelligibilité, ou, dans le cas des sciences de réalisation, à la plus proche et à la plus complète efficacité.La science ne renie pas non plus les disciplines littéraires, le noble culte du verbe; elle y fait appel, au contraire, et constamment, pour formuler et répandre ses quotidiennes acquisitions.Par les habitudes de rigueur qu’elle communique à l’esprit, elle modère 428 REVUE TRIME8TRIELLE CANADIENNE les écarts des facultés imaginatives et met en garde contre la pipe-rie des mots, source de tant d’erreurs tenaces.De cette alliance heureuse et qui, sans doute, sera demain le partage d’un grand nombre, sont nés les hommes les plus complets, les plus vraiment humanistes de tous les temps.Aristote, dont on oublie trop parfois qu’il est l’immortel auteur de l’Histoire des Animaux, est le type parfait du lettré-savant.Et si ses œuvres philosophiques lui ont valu d'être l’arbitre de tout le moyen âge, son œuvre zoologique ne leur cède en rien, si bien que Cuvier pourra dire au cours d’une leçon au Collège de France: “Aristote est le géant de la science grecque; avant Aristote, la science n’existait pas; il l’a créée de toutes pièces.On ne peut lire son Histoire des Animaux sans être ravi d’étonnement.Sa classification zoologique n’a laissé que bien peu de choses à faire aux siècles qui sont venus après lui.Son ouvrage est un des plus grands monuments que le génie de l’homme ait élevés aux sciences naturelles.” N’allons pas croire que ce type admirable d’homme complet est unique, que cette variété luxuriante du roseau pensant n’embellit plus nos rivages terrestres.On pourrait, au contraire, en refaisant par la pensée le long chemin par où l’humanité monte à la connaissance, rencontrer encore à chaque tournant d’admirables esprits, également passionnés pour le vrai et le beau, ne se départant pas de la rigueur de la méthode, mais épris de la finesse de l’expression et de l’harmonie.Ils se nommaient Albert le Grand et Thomas d’Aquin; ils se nommaient Dante et Léonard de Vinci; ils se nommaient Pascal.Oui! dès cette période que l’on se plaît à appeler préscientifique, il s’est trouvé des hommes capables de formuler la loi du polygone de sustentation tout en œuvrant la Cène et la Joconde, d’écrire le Traité sur le Vide avec la plume qui avait couché les Pensées.Plus près de nous, c’étaient Gœthe, Spencer, Mendel, Pasteur, Fabre, De Lapparent, Termier.Et pour clore d’un nom cette liste trop courte, je veux rappeler ici, — puisque nous sommes entre naturalistes, — le nom d’un grand savant américain que la mort vient d’enlever à la science et aux gaspésiens qui, chaque année, depuis vingt-cinq ans, le voyaient interroger avidement le mystère du dévonien de Percé, du Cap Rosier, de Grande-Grève.Qui n’a pas connu John Mason Clarke, qui n’a pas ouvert ses petites lettres si fines, qui n’a pas lu The Heart of Gaspé, L'Isle Percée et James Hall of Albany, ignorera probablement ce que la poésie et l’art peuvent ajouter à des livres de science, et ce que la LA SCIENCE ET NOUS 429 science peut fournir de thèmes grandioses à cette poésie profonde qui ne réside pas entièrement dans le rythme des mots, mais qui s’accorde au rythme puissant des choses pour créer, émouvoir et transporter hors des routes banales de la pensée.Il a fallu qu’au seuil du XIXe siècle, un certain René de Châ-teaubriand vînt rappeler aux Français, catholiques depuis toujours cependant, que le christianisme, doctrine de vie, était capable de susciter la réaction créatrice de la poésie la plus vraie.Une évolution semblable se dessine aujourd’hui, qui nous donnera peut-être une véritable poésie scientifique.Le terrain est préparé.De toutes parts, se coupant et se recoupant, des sillons nouveaux sont ouverts.Les esprits modernes ont hérité des trésors amassés le long de l’étape, par cet homme universel qui, selon Pascal, apprend toujours.Fatigués de la viande creuse des fables, réfractaires désormais au merveilleux épique, ils écoutent maintenant la voix encore distante qui monte du fond des choses, la suprême harmonie du bruissement des êtres, et, sous les yeux ravis, s’organise l’étonnante mosaïque des phénomènes.A ce point, il ne faudrait plus que l’avènement d’un grand génie pour orienter définitivement la poésie vers les champs opulents de la science.Quelle moisson infinie et quel rajeunissement! Ajoutons que c’est précisément parce que nous croyons fermement à la valeur proprement “humaniste” d’un bon usage des sciences et de la méthode scientifique que nous croyons très important de développer parallèlement dans l’homme à la fois ce qui tient à son cœur et à son esprit, et ce qui est connaissance du monde matériel.Aussi ne voulons-nous en aucune manière favoriser l’affreux divorce des études scientifiques d’avec les disciplines littéraires et historiques.S’il est vrai que la méthode scientifique, discipline privilégiée de l’effort, contribue pour sa large part à former l’homme, il est également clair qu’elle ne saurait être la véritable cause de ce découronnement de l’âme qui aboutit à l’obnubilation finale du sentiment religieux.Cette accusation “d'incompatibilité d’humeur” entre la science et le sentiment religieux est ancienne.Elle date d’une époque où une jeune science, en crise de puberté, se croyait appelée à renouveler le ciel et la terre.On y revient souvent.La même question se posa naguère inopinément dans les coulisses du Théâtre des Arts, à Paris, à propos de “La Viveuse et le Moribond” de François de 430 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE Curel.Il en sortit la grande enquête du Figaro auprès des membres de l’Académie des Sciences de Paris.On connaît le résultat.A une immense majorité les réponses nient l’existence d’une véritable opposition entre le sentiment religieux et la science.Mais les enquêtes parisiennes ne reflètent pas nécessairement notre situation à nous.En notre pays, il nous faut heurter de front un préjugé, tenace bien que souvent inexprimé, qui a cours dans certains milieux.Ce préjugé s’appuie sur des défections, sur des coïncidences, sur des cas particuliers toujours.Toute une série de maximes, voire de textes sacrés, tendancieusement interprétés, aboutissent à accréditer dans les cerveaux jeunes l’idée monstrueuse sinon d’une incompatibilité théorique entre la science et la foi, du moins d’une sorte d’incompatibilité pratique, chez le même homme, d’une science étendue et d’un sentiment religieux intense.De là un penchant à canoniser facilement l’ignorance et l’insignifiance, à confondre, malgré les étymologies si expressives, la docilité et la vertu, et à assurer pratiquement le “bien penser” par le “ne pas penser du tout”.Loin de nous l’odieuse idée de dédaigner ceux qui, à un degré quelconque, ont été privés du pain de l’intelligence, et ont trouvé vides les coupes portées à leurs lèvres.La beauté de l’âme, sa bonté, la grâce divine qui habite en elle, sont des valeurs infinies, des clartés jaillies du dedans, d’un ordre supérieur aux pâles reflets que la culture de l’esprit peut projeter sur la personnalité humaine.Mais, puisque l’homme a le devoir, — et qui le contestera ?— d’étendre autant qu’il est en lui le champ de son intelligence, puisque telle et telle classe d’hommes ont reçu la mission de tenir le flambeau, personne n’a le droit de tamiser ou de masquer la lumière.On ne saurait donc trop s’élever contre cette méfiance, contre cette peur de la science qui a tant fait pour retarder nos progrès éducationnels.Non! faisons confiance à la vérité qui seule rend fort et libre, et croyons à l’action assainissante du travail, scientifique ou autre.Soyons persuadés qu’en ce siècle jouisseur qui détend tous les ressorts moraux, jamais les âmes ne seront mieux gardées, plus près de Dieu, que lorsque, obéissant à l’universelle loi du travail, elles auront devant les yeux , selon l’immortelle formule du poète, “.sans cesse, nuit et jour, “Ou quelque saint labeur ou quelque grand amour.” Ce sentiment de méfiance n’a d’ailleurs jamais hanté les meil- LA SCIENCE ET NOUS 431 leurs esprits de tous les milieux; de plus, nous assistons aujourd’hui, sous ce rapport, à un renouveau très consolant.Un peu partout, il se trouve de bons ouvriers pour battre en brèche le préjugé ancien, et les résultats apparaissent déjà.Qu’on me pardonne de ne pas in’étendre ici sur des faits qui me touchent de trop près et qui sont au crédit des autorités de l’Université de Montréal et des Supérieurs de l’ordre religieux auquel j’ai l’honneur d’appartenir.Je citerai plutôt quelques lignes d’une lettre circulaire du Général de l’une de nos plus méritantes congrégations enseignantes, la congrégation de Sainte-Croix: “Je m’empresse d’insister particulièrement sur la nécessité immédiate d’une coopération intelligente et harmonieuse entre le Supérieur-Général et les supérieurs provinciaux et locaux, au sujet de ces études dites de spécialisation, que tous les vrais éducateurs reconnaissent comme indispensables au succès de l’enseignement.Nous devons envisager ce problème bien en face, en toute franchise, en chercher la solution intelligente, à moins de renoncer à notre profession d’éducateurs.Tous seront prêts à réaliser, à cette fin, les sacrifices nécessaires d’hommes, d’argent et de temps.” * * * Il y a donc méfiance, peur, dans certains milieux; dans d’autres, mépris à peine déguisé.Nous avons souvent, en divers écrits, attiré l’attention sur ce qu’il faut bien appeler une sérieuse tare intellectuelle, et il est fâcheux de répéter toujours les mêmes doléances.Seulement, puisqu’une revue de nos attitudes envers la science serait incomplète sans la considération de celle-ci, rappelons que, pour beaucoup d’entre nous, la science est une amusette, un substitut au sport et à la lecture des romans ; les institutions scientifiques, un luxe pour plus tard; les savants ou simplement les chercheurs, des bonhommes légèrement ridicules.Pour un peu ils adopteraient le mot de la Révolution guillotinant Lavoisier: “La République n’a pas besoin de savants”.Cette incompréhension théorique, déjà regrettable, se traduit dans la pratique par une méconnaissance des valeurs qui ne manque pas d’odieux.Ne parlons pas des salaires des professeurs de l’enseignement secondaire, salaires inexistants, ni de ceux des professeurs de l’enseignement supérieur qui, le plus souvent, n’atteignent pas à ceux des maîtres-charpentiers et des chauffeurs de taxis.Même dans les services publics, une ancienne classification, qu'une 432 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE réforme récente est loin d’avoir complètement corrigée, donne à certaines classes dites libérales une prépondérance injustifiable sur l’économiste pur, l’ingénieur, le technicien, l’expert scientifique, quels que soient d’ailleurs les mérites respectifs et les études préalables.C’est le legs d’une époque que les hommes de cinquante ans ont vécue, où l’on ne concevait pas qu’une belle intelligence pût être appliquée à autre chose qu’au Droit, escalier qui mène à l’éminence politique, époque où un Edouard Montpetit, — pour ne citer qu’un nom, — eut été impossible.On pourrait ici accumuler les chiffres.On pourrait faire observer, par exemple, que le chimiste en chef de l’Agriculture est classé après les sous-secrétaires, que l’entomologiste provincial est relégué dans la classe B-6 avec un salaire de S2,000.et le botaniste provincial dans B-7 avec un salaire de §1,600.Pourquoi cette différence, et pourquoi ces deux spécialistes, sur qui reposent de lourdes responsabilités et dont la formation complète doit exiger d’immenses études, sont-ils classés bien au-dessous d’un “vérificateur”, d’un “surintendant de travaux à la journée”, d’un “aviseur légal de la voirie”, d’un “chef de la circulation”, et que sais-je?Deux anecdotes, avant de passer outre.Il y a quelques mois, on désirait, pour un certain service public, des candidats à deux positions.On demandait un jeune avocat, fraîchement promu à la pratique du droit, — expérience non requise, spécifiait-on, — et l’on offrait comme salaire initial, S3,000.D’autre part, on demandait un chimiste expert pour de délicates analyses, — on exigeait trois ou quatre ans d’expérience, — et l’on offrait comme salaire initial, SI ,000.Et d’une.La seconde anecdote est plus délicate à raconter, car il faut supprimer des noms bien connus.L’un de nos plus distingués techniciens, maigrement payé par la nation pour des services professionnels de premier ordre, se décide un jour à prêter l’oreille à la sirène, en l’espèce une grande compagnie désireuse de s’assurer une forte valeur professionnelle.Emoi dans le service, qui se voit subitement désorganisé.— Restez , je vous en prie! — Payez-moi! — Combien voulez-vous donc ?— Ce que l’on m’offre ailleurs.Tant. LA SCIENCE ET NOUS 433 — Vous n’y pensez pas.C’est plus que le salaire du sous-ministre! — Je m’en f.de votre sous-ministre.C’est à prendre ou à laisser.Prise à la gorge, la nation se décida à garder son homme, malgré le scandale.Étonnons-nous après cela que nos jeunes gens, même à vingt ans où la volonté est riche et le sang généreux, hésitent devant le seuil austère des carrières scientifiques! Après de longues années de préparation et d’effort, ils n’ont que la perspective de végéter leur vie durant, à maigre salaire, sous la férule d’une créature politique le plus souvent étrangère aux problèmes qu’elle est payée pour résoudre, et qui imposera au technicien, du haut de son incompétence, les solutions les plus déraisonnables.De là, sans doute, notre pauvreté en techniciens, et l’inénarrable inefficacité de certains services scientifiques provinciaux ou fédéraux.Ces paroles sont dures peut-être, mais aucun autre motif ne les dicte que d’obtenir pour le travailleur scientifique, — celui qui ne peut se payer le luxe d’oublier la société et ses injustices, — un peu de respect et un croûton de pain.* * * Une dernière attitude que nous voudrions examiner concerne non pas les rapports nécessaires de la science et de la croyance, mais les rapports entre ceux qui sont chargés ou qui se chargent eux-mêmes de défendre la seconde contre les prétentions éventuelles de la première.Ces rapports donnent lieu à de curieuses divergences de mentalité, qu’on pourrait illustrer par l’exemple qui suit.Les progrès de la biologie ont, depuis cinquante ans, concentré l’attention sur la question primordiale de l’origine des espèces.Une théorie séduisante et éminemment raisonnable, théorie d’après laquelle le règne animal et le règne végétal se seraient développés d’une manière continue et ordonnée, sous la gouverne de lois naturelles qui sont à rechercher, domine aujourd’hui le monde biologique.Cette théorie a pour elle une très grande probabilité et la quasi-unanimité des savants de la partie.Pour ces derniers, le fait de l’évolution n’est guère mis en doute; mais l’étendue de ce fait, son pourquoi et son comment sont encore du domaine de l’hypothèse. 434 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE A l’époque de Darwin, et longtemps après, certains adversaires du spiritualisme voulurent ériger la théorie nouvelle en arme de combat contre le spiritualisme lui-même et contre la Révélation.La préface à l’édition française de VOrigine des Especes (1S62) par Mlle Clémence Auguste Royer est topique à cet égard.Elle montre qu’à l’époque les incroyants de toute nuance accueillaient le transformisme comme une foi nouvelle destinée à remplacer l’ancienne, qui avait été bonne sans doute pour bercer pendant dix-neuf siècles les douleurs de l’humanité, mais qui ne pouvait plus convenir au positivisme des esprits modernes.Elle explique en même temps que les croyants, justement alarmés de cette attaque brusquée, se soient mis en défense et aient cru longtemps, en se claquemurant dans un fixisme très difficilement défendable, rendre gloire à Dieu.Mais cette époque de violence est passée.De part et d’autre, les esprits sincères ont fait les concessions qui s’imposaient, et surtout, pour le plus grand bien de tous et de la vérité elle-même, on a à peu près cessé de faire d’une sereine question de science pure, un curare destiné à empoisonner le sentiment religieux.Et, en l'an de grâce 1926, nombre de transformistes convaincus égrènent leur chapelet et nombre d’excellents prêtres, ayant dit la messe, font des cours sur l’évolution dans les universités catholiques.Ces universités catholiques, à l’occasion, — pourquoi ne pas citer ici Louvain ?— honorent Darwin et les meilleurs de ses émules, et les grands biologistes contemporains, à peu d’exceptions près, s’ils ne sont pas croyants eux-mêmes, s’inclinent avec respect devant l’idée religieuse.Ainsi en est-il pour l’Europe.En Amérique, cependant, nous assistons actuellement à un revival suranné où des politiciens genre Bryan, des clergymen protestants, écrivent des livres qu’ils croient décisifs sur la question la plus profonde de la biologie, et où des jurys, composés de fermiers du Tennessee, décident, à la majorité des suffrages, de l’origine des espèces.Disons tout de suite, à l’honneur du clergé catholique américain, qu’il s’est tenu soigneusement à l’écart de ce mouvement.Dans notre Canada français, il n’en est pas tout à fait ainsi.Par suite d’un contact insuffisant avec la science en marche, par suite aussi de l’absence d’un corps imposant de biologistes capables de former l’opinion publique toujours passive, nous en sommes encore un peu à l’attitude qui sévissait il y a quarante ans en Europe.Même pour des gens instruits, les mots de transformisme, d’évolu- LA SCIENCE ET NOUS 435 tion, sont encore des épouvantails.Périodiquement, nos grands journaux, qui tiennent, avec le succès que l'on sait, le rôle dévolu ailleurs à la presse scientifique, y vont de leur petite colonne sur le sujet.Sous on ne sait quelle inspiration, ils publient des articles, généralement “adaptés”, où il est gravement affirmé que les savants sérieux ne croient plus à l’évolution organique, devenue doctrine scientifique du passé.Pour cela, on emploie les procédés bien connus du plaidoyer unilatéral, du triage des autorités, de la mutilation des textes, et surtout du truc canaille qui consiste à citer les opinions que le célèbre X professait à trente ans, et à faire silence sur les convictions de sa maturité.Ces articles ne sont toujours d’ailleurs que de tendancieux empilements de citations “d’autori és”; jamais on n’entre dans le vif de la question pour peser des arguments véritablement biologiques.Belles armes, en vérité, à opposer à des gens généralement soucieux de montrer eux-mêmes le faible de leurs théories, et empressés d’ailleurs d’accueillir et d’examiner les objections et les faits qu’on peut leur opposer! Regrettables mœurs intellectuelles imputables à un certain esprit d’école, à un abus de dialectique, à une méconnaissance complète des méthodes positives de la science et de ce que j’appellerai la belle candeur des savants dignes de ce nom.Une anecdote, et ce sera tout.Tous les biologistes, et même les gens instruits, connaissent le nom du savant anglais Bateson, qui a consacré sa vie à révéler au monde la découverte géniale du moine augustin Mendel, à la développer et à constituer ce que nous appellerions volontiers la grammaire de l’hérédité.Or, le 28 décembre 1921, Bateson prononçait à l’Université de Toronto, devant VAmerican Association for the Advancement of Science, un discours remarquable qu’il intitulait: Evolutionary faith and modem doubts.Avec une complète indépendance d’esprit, il y montrait combien nous sommes peu avancés dans la voie d’une explication rationnelle de ce chapitre particulier de l’évolution qui concerne l’origine des espèces.Après avoir fait le bilan des obscurités et des difficultés, Bateson ajoutait que le fait de l’évolution ne comporte cependant aucun doute à ses yeux.A ce point il importe de citer les propres termes de Bateson, extraits du texte officiel de son discours: “I have put before you very frankly the considerations which have made us agnostic as to the actual mode and processes of evolution.When such confessions are made, the enemies of science see their chance.If we can not declare here and now, how species arose, they will 436 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE obligingly offer us the solutions with which obscurantism is satisfied.Let us then proclaim in precise and unmistakable language that our faith in evolution is unshaken.Every available line of argument converge on this inevitable conclusion.The obscurantist has nothing to suggest which is worth a moment’s attention.1 he difficulties which weigh upon the professional biologist need not trouble the layman.Our doubts are not as to the reality or truth of evolution, but as to the origin of species, a technical, almost domestic problem.Any day that mystery may be solved.The discoveries of the last twenty five years enable us for the first time to discuss these questions intelligently and on a basis of fact.That synthesis will follow on an analysis, we do not and cannot doubt.’' (Science, Jan.20th, 1922, Vol.45: 50-61.1922.) On peut penser comme Bateson, ou on peut différer d’opinion avec lui.On peut trouver sa foi évolutionniste robuste ou simplement raisonnable; mais, après avoir lu ce passage, est-il possible de vouloir de bonne foi invoquer le témoignage de Bateson pour affirmer que les savants ont abandonné la théorie de l’évolution ?Et cependant, quelques jours après le discours de Toronto, on pouvait lire en page éditoriale de La Presse (11 janvier 1922, page 4) ce qui suit: “La théorie de Darwin sur l’origine des espèces et sur leur évolution, en particulier sur la descendance de l’homme, ne peut être aujourd’hui acceptée par les savants; la science est impuissante à résoudre définitivement le problème, et elle le sera probablement toujours: telle est l’opinion exprimée par un savant biologiste anglais, le professeur William Bateson, à l’Université de Toronto, l’autre jour, devant les membres de l'Association Américaine pour l’Avancement des Sciences.“Cette théorie de Darwin a pu être acceptée il y a quelque quarante ans, mais aujourd’hui les savants en sont venus a la conclusion qu’il est impossible de se prononcer sur ce problème, bien qu’on ne puisse nier une certaine évolution parmi les êtres vivants.C’est parce que la science biologique a fait de tels progrès en ces dernières années et que l’on connaît beaucoup mieux les êtres vivants et tout ce qui les concerne qu’il est impossible maintenant de se prononcer sur leur origine ou sur leur genèse.“Cette opinion du savant biologiste anglais a une valeur incontestable, mais nous devons faire remarquer que les évolutionnistes les plus ardents ont depuis assez longtemps abandonné les principes surannés auxquels les faits, et la science plus profonde, LA SCIENCE ET NOUS 437 donnent de plus en plus le démenti.Comme l’écrivait il y a quelques années l’abbé Moreux, personne ne croit plus maintenant à l’influence du milieu qui crée l’organe, à la lutte pour la vie qui fait triompher le plus fort, à la sélection naturelle qui peu à peu crée les espèces.On ne croit plus à une descendance provenant d’une série linéaire unique, pas plus qu’on ne croit, avec Lamarck, aux séries distinctes évoluant séparément, etc., etc.” Et cela continue encore une vingtaine de lignes.Il n’y a certes là rien de bien original: mélange complexe de vrai et de faux; citations cuisinées; confusion constante des termes darwinisme et évolution; enfin et surtout, distorsion complète du sens général du discours de Bateson.Celui-ci, on le voit, avait prophétisé juste: “When such confessions are made, the enemies of science see their chance.” L’anonyme rédacteur d’occasion, non content d’utiliser au maximum les confessions biologiques de Bateson, avait tout simplement, pour corser sa thèse, biffé la phrase capitale: “Let us proclaim in precise and unmistakable language that our faith in evolution is unshaken.” Nous n’avons rien à reprocher au journal en question qui a sans doute agi de très bonne foi en cette matière qui dépasse sa compétence ordinaire.Mais l’inspirateur?Contre de pareils procédés, contre cette apologétique de quatre sous aussi révoltante qu’inutile, tous les esprits libres, tous les esprits sincères, se doivent de s’insurger.Et nous autres, catholiques, nous devons ressentir une certaine fierté et un affermissement de notre foi à penser que si l’Église du Christ n’était pas divine, elle s’écroulerait sous le poids des étais que lui appliquent malencontreusement certains de ses apologistes.D’ailleurs, toute cette apologétique dite scientifique est sujette à caution et doit être maniée avec beaucoup de prudence.Elle tente en effet d’accorder ou de superposer, à chaque instant, des vérités intégrales, éternelles et immuables, avec des schémas scientifiques qui peuvent bien enfermer de larges pans de vérité, mais qui restent toujours provisoires, approximatifs, en perpétuel devenir.A toutes les époques, et malgré les meilleures intentions du monde, ces tentatives concordistes, lorsque poussées un peu loin, ont nui à la religion aussi bien qu’à la science elle-même.Est-il besoin de rappeler la querelle Galilée; Luther dénonçant le chanoine Copernic comme un ignorant ennemi de la Bible; le jésuite Inchofer écrivant en 1631 que la théorie du mouvement de la terre est la plus abomi- 438 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE uable des hérésies; les contemporains de Newton lui reprochant de vouloir arracher Dieu de l’Univers pour le remplacer par une Loi?N’est-il pas beaucoup plus simple d'adopter le modus vivendi des pays éclairés, de laisser la science et la religion s’en aller par des chemins parallèles, vers leurs buts propres; de continuer d’adorer Dieu en esprit et en vérité, et de laisser les biologistes travailler paisiblement dans l’ombre de leurs laboratoires ?Les fausses doctrines scientifiques s’écroulent d’eües-mêmes, et nos bibliothèques sont leurs cimetières.Mais la théorie qui meurt contient généralement une parcelle de vérité; et cette parcelle, plus ou moins importante, survit, s’agglutine et s’incorpore à l’héritage que nous ont laissé les siècles, pour agrandir 1 ¦ domaine intellectuel de cet homme universel dont parle Pascal, de cet homme universel qui apprend toujours.Frère Marie-Victorin des Écoles Chrétiennes NOTRE BILAN VIE (suite) Ille ARTICLE Distributions de la population qui peuvent influer SUR LA MORTALITE A.AGE.La mortalité variant considérablement aux différents âges de la vie, il convient de répartir la population en groupes d'âges.Plusieurs classifications peuvent être faites.En autant que la distribution de nos décès nous le permet, nous adopterons la division proposée par les recenseurs fédéraux dans leur rapport de 1911.“La population est classifiée selon certaines périodes d’âge plus ou moins reconnues.Généralement parlant, par exemple, les années au-dessous de 5 ans sont considérées comme celles de l’enfance ; les années de 5 à 14 comme celles de l’âge scolaire; les années de 15 à 24 comme celles de l’apprentissage dans les métiers ou autres moyens de préparation aux luttes de la vie; les années de 25 à 44 comme celles de la force de l’âge; les années de 45 à 64 comme celles de l’âge mûr; et les années de 65 et au-dessus comme celles de la vieillesse”.Les deux dernières divisions sont modifiées dans nos tableaux afin de les rendre conformes à la répartition des décès qui figure dans les rapports statistiques de la province.La distribution de la population par périodes d’âge est illustrée dans le graphique suivant. 440 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE Graphique XXXII.CANADA NOUVEAU BRUNSWICK «BBBCSæL!.: ILE DU P.EOOUAKD SSESæQ ^WS^JSSaX^E3}HaM6i £S&£E3fflSHEB nouvelle Ecosse ONTARIO naBPaæ 111 H92H • • s- •-¦ Vf *V-I ^77 ¦ Krtt.Vît, eeirauTioN pom cent de la population pai (trouves d'aoe suite de ce tableau sur la page suivante NOTRE BILAN VIE suite du Tableau XXXII 441 ¦5ïS35323ffi |l.u COLOMBIE BRITANNIQUE ^ 33 442 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE Ce graphique démontre que la composition de la population n’est pas la même dans les différentes provinces.Les provinces qui ont les taux de natalité les plus élevés ont une plus foi te proportion de leur population dans les premiers groupes d’âge: de zéro à 1 an, de 1 à 4 ans, et de 5 à 14 ans.C’est ce que l’on remarque dans les provinces de Québec, de la Saskatchewan, du Nouveau-Brunswick, du Manitoba et de l’Alberta.Par contre, les provinces qui ont le plus bénéficié de l’immigration présentent les proportions les plus élevées du groupe d’âge de 25 à 44 ans de même que les pourcentages les plus bas du groupe d’âge de 70 ans et plus.Dans Ontario et dans les provinces de l’ouest, le groupe de 25 à 44 ans forme plus du quart de toute la population (il dépasse même le tiers dans la Colombie Britannique).Dans les provinces de l’est, au contraire, ce groupe forme du cinquième au quart de la population.Dans les provinces de l’est, y compris Ontario, la proportion des gens âgés de 70 ans et plus dépasse la moyenne du Canada; elle lui est inférieure dans les provinces de l’ouest.On voit ainsi que les immigrants qui viennent se fixer au pays sont des gens dans la force de l’âge.Il faudra retenir ces faits pour mieux apprécier les taux de mortalité de ces provinces, taux que nous étudierons dans la deuxième partie de ce travail.L’influence de la natalité est exprimée comme suit par le statisticien américain Louis I.Dublin, dans “The significance of the declining birth rate”: “Il est constant qu’un taux de natalité qui décroit diminue la proportion des jeunes et exagère ainsi celle des gens âgés.” En effet, si on compare, à ce point de vue, la France et la province de Québec, dont les taux de natalité sont si opposés, on constate que le quart de la population est au-dessous de 10 ans dans notre province contre 14 ans en France, que la moitié de la population est ici en-dessous de 21 ans contre 30 ans là-bas, enfin que les trois quarts de notre population est au-dessous de 39 ans contre les trois quarts de la leur inférieure à 49 ans.Nous gagnons ainsi 4 ans pour la population du premier groupe, 9 ans pour celle des deux premiers et même 10 ans pour la majorité de notre population.Le même phénomène se retrouverait au Canada s’il n’était modifié par l’intervention d’un autre facteur, celui du mouvement migratoire de la population.Ainsi, en 1921, on constate que le quart de la population est inférieur à 10 ans dans les provinces du Nouveau- NOTRE BILAN VIE 443 Brunswick, de Québec, du Manitoba, de la Saskatchewan et de l’Alberta, inférieur à 11 ans dans la Nouvelle-Ecosse, inférieur à 12 ans dans l’Ile du Prince-Edouard et dans Ontario et inférieur à 13 ans dans la Colombie Britannique.Les âges auxquels la moitié de la population est inférieure sont les suivants dans chaque province: 21 ans dans les provinces de Québec et de la Saskatchewan, 22 ans dans le Nouveau-Brunswick, 23 ans dans le Manitoba, 24 ans dans la Nouvelle-Ecosse et 1 Alberta, 2o ans dans 1 Ile du Prince Edouard, 27 ans dans Ontario et 30 ans dans la Colombie Britannique.Enfin, si l’on prend les trois quarts de la population on constate que cette proportion est au-dessous des âges suivants dans chaque province: 37 ans dans la Saskatchewan, 38 ans dans 1 Alberta, 39 ans dans les provinces de Québec et du Manitoba, 41 ans dans le Nouveau-Brunswick, 43 ans dans la Noüvelle-Ecosse et dans la Colombie-Britannique, 44 ans dans Ontario et 47 ans dans l’Ile du Prince-Edouard.L’émigration augmente indûment la moyenne d’âge de la population de l’Ile du Prince-Edouard tandis que l’immigration favorise les provinces de l’ouest, notamment cellesMu Manitoba, de la Saskatchewan et de l’Alberta.En d’autres termes, la proportion de la population du groupe d’âge de zéro à 14 ans permet de ranger les provinces dans l’ordre suivant.TABLEAU 19.1.Colombie Britannique.28.5 pour cent 2.Ontario.30.2 3.Ile du Prince-Edouard.32.5 — 4.Nouvelle-Ecosse.33.9 — 5.Nouveau-Brunswick.35.9 — G.Alberta.36.3 7.Manitoba.36.7 8.Québec.38.1 9.Saskatchewan.39.7 • Le rang qu’occupent les provinces est la résultante d’un côté de la natalité et de l’autre de la mortalité qui survient dans ce groupe d’âge.Le groupe d’âge de 15 à 44 ans donne les proportions suivantes dans les différentes provinces. 444 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE TABLEAU 20.1.Ile du Prince-Edouard 41.1 pour cent 2.Nouveau-Brunswick 42.8' — 3.Nouvelle-Ecosse 43.1 — 4.Québec 44.0 5.Ontario 46.4 — 6.Saskatchewan 46.7 7.Manitoba 47.1 8.Alberta 48.4 9.Colombie-Britannique 49.6 Les plus faibles proportions dans les provinces de l’est et les plus fortes proportions dans la province d’Ontario et de celles de l’ouest démontrent bien l’influence de l’émigration dans les premières et celle de l’immigration dans les secondes.Mais, pour répondre aux exigences de l’hygiène, nous pouvons pousser l’analyse plus loin et partager les habitations en trois groupes: celles de une et de deux pièces, celles de 3, 4 et 5 pièces, celles de 6 pièces et plus.Cette classification est illustrée par le graphique suivant.Enfin, la proportion de la population de 45 ans et plus est la suivante dans les différentes provinces.TABLEAU 21.1.Saskatchewan.2.Alberta.3.Manitoba.4.Québec.5.Nouveau-Brunswick.6.Colombie-Britannique 7.Nouvelle-Ecosse.8.Ontario.9.Ile du Prince-Edouard .13.6 pour cent .15.3 .16.2 .17.9 .21.3 .21.9 .23.0 .23.4 .26.4 Les provinces de l’ouest, de formation récente, donnent des proportions plus faibles.La proportion relativement basse de la NOTRE BILAN VIE 445 province de Québec résulte du chiffre élevé du premier groupe d’âge par suite du taux élevé de la natalité dans notre province.Inversement le taux plus élevé de la Colombie Britannique dépend de la faible natalité que nous y avons constatée.Enfin le taux de l’Ile du Prince-Edouard est indûment élevé à cause de l’émigration dont souffre cette province.De plus on peut se rendre compte du mouvement de la composition de la population au cours des deux dernières décades.Dans l’ensemble du pays tous les groupes d’âges, sauf trois, se maintiennent à des taux sensiblement uniformes.Par suite de l’immigration, le groupe de 15 à 24 ans a baissé légèrement tandis que le groupe suivant a augmenté dans des proportions correspondantes; le groupe des gens âgés de 70 ans et plus diminue quelque peu.Dans File du Prince Edouard, l’émigration que nous avons constatée se fait surtout aux dépens des groupes de 5 à 14 et de 15 à 24 ans qui ont diminué augmentant ainsi la proportion des personnes des groupes d’âges plus avancés.Dans la Nouvelle-Ecosse, la composition de la population n’a guère changé sauf dans les trois dernier's groupes qui démontrent une légère augmentation.Dans le Nouveau-Brunswick, ainsi que dans la province de Québec, on ne remarque pas de changements notables dans les proportions des différents groupes d’âge.Dans Ontario, comme généralement dans les provinces de l’ouest, le groupe de 15 à 24 ans diminue légèrement tandis que les groupes plus âgés vont en augmentant.C’est le groupement normal de la population qui tend à se constituer par suite du ralentissement du mouvement d’immigration.B.SEXE Un second facteur qui exerce une influence sur la mortalité générale c’est le sexe.Il est démontré, en effet, que dans tous les pays civilisés le taux de mortalité du sexe masculin dépasse celui du sexe féminin et cela à tous les âges de la vie.Il nous faut donc connaître la distribution masculine et féminine de la population dans les provinces.Elle est démontrée par le graphique suivant. 446 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE Graphique XXXIII.NOMBRE DU SEXE MASCULIN PAR 1000 DU SEXE FEMININ 1900 1600 1700 1600 1500 1400 1300 1200 IIOO IÛC0 900 300 700 600 500 400 300 CANADA COLOMBIE BRITANNIQUE ALBERTA UDSSfffiûi SASKATCHEWAN MANITOBA cbikdiuri NOUVEAU BRUNSWICK izansSfiSBiraBynsm; NOUVELLE ECOSSE im- cth i wj r r» trw ONTARIO rasa: h dto ILE PRINCE EDOUARD rx i : : euz : ; r 11 : eu» ; i i QUÉBEC EtUL XÆiiK *r\z\ t»*S£ 200 NOTRE BILAN VIE 447 Ce graphique démontre bien la prédominance marquée du sexe masculin sur le sexe féminin dans les provinces de l’ouest.Dans les provinces de l’est la population masculine ne dépasse que légèrement la population féminine.Nous avons là la démonstration que l’immigration dont les provinces de l’ouest ont bénéficié, surtout jusqu’en 1911, a été très fortement masculine.La diminution de l’excédent des hommes sur les femmes, constatée dans ces mêmes provinces en 1921, est le résultat du ralentissement du mouvement de l’immigration au cours de la dernière décade.La population tend ainsi à prendre la physionomie normale de tout pays avec une très légère prédominance du sexe masculin sur le sexe féminin.C’est ce que démontrent les deux graphiques suivants. L 448 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE Graphique XXXIV.S a * * LU 5 3 s Vllliu PftJNCE EDO LA RO 5 1390 POPULATION MASCULINE ANNEE 1921 NOTRE BILAN VIE 449 Graphique XXXV.2ro 5?QUÉBEC 450 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE Population masculine.Année 1921.Une étude plus complète nous démontre que, dans la province de Québec, la distribution de ces deux éléments de la population n’est pas régulière sur tout le territoire de la province.On constate, en effet, une légère prédominance féminine dans quelques comtés.Dans la région de Québec la population féminine forme 51.8 pour cent de la population.Cette proportion est de 51.4 dans la région de Montréal, de 51.2 dans les comtés de St-Hyacinthe-Rouville, de 51.1 dans le comté de Bagot, de 51.00 dans celui de Joliette, de 50.5 dans Beauharnois, de 50.4 dans Lévis, de 50.1 dans Richelieu-Yamas-ka et Chambly-Verchères.Partout ailleurs l’élément féminin est en minorité, descendant même jusqu’à 47.0 pour cent dans le comté d’Argenteuil.On peut expliquer ce phénomène par la migration féminine vers les comtés où sa demande est augmentée par certaines industries, le commerce, les travaux domestiques.C.URBANISATION Entendons par urbanisation la progression numérique des centres urbains.Or, au point de vue de l’hygiène publique, on pourrait comprendre par centres urbains ceux qui ont au moins quelques-uns des éléments de vie collective qui peuvent exercer une influence plus ou moins marquée sur la santé ou sur la vie des citoyens.Parmi ces facteurs communs à une partie plus ou moins importante des habitants d’une agglomération on peut citer l’approvisionnement d’eau, l’approvisionnement de lait, le drainage public, la proximité des logements, la réunion d’un grand nombre d’enfants dans une ou quelques écoles, les industries, etc.Au contraire, les centres ruraux seraient ceux dans lesquels les éléments de la vie collective manquent totalement ou à peu près.Chaque famille a plutôt une vie propre et individuelle.C’est ainsi qu’on peut, avec les recenseurs fédéraux, comprendre dans les centres urbains les cités, les villes et les villages.Toutes les autres municipalités forment les centres ruraux.Voyons maintenant quel a été le mouvement de la population des deux groupes urbain et rural.Il est démontré par le graphique suivant. NOTRE BILAN VIE 451 Graphique XXXVI.P ovulation urbaine par 1000 de population rurale.0 CANADA 1 ONTARIO EBB.BIU N QUEBEC III COLOMBIE BRITANNIQUE IV NOUVELLE ECOSSE V MANITOBA VI ALBERTA V(| NOUVEAU BRUNSWICK VIIISASKATCHEWAf^"™'' ilium iiiiiiiiitiin IX ILE PRINCE EDOUARD 452 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE Il est facile de constater que le pays s’urbanise à une allure rapide.Le Canada, de beaucoup plus rural en 1891, est devenu presque aussi urbain que rural en 1921.La province d’Ontario, de plus rurale en 1891, est devenue déjà plus urbaine en 1911 et encore plus en 1921.La province de Québec, de moitié plus rurale en 1891, s’est urbanisée régulièrement pour devenir plus urbaine que rurale en 1921.La Colombie Britannique, de plus rurale en 1891, est devenue plus urbaine en 1901 et en 1911 pour redevenir, en 1921, légèrement plus rurale qu’urbaine.Les provinces de la Nouvelle-Ecosse et du Manitoba, de très rurales en 1891, sont restées rurales jusqu’en 1921, mais la différence diminue rapidement.La province d’Alberta est encore plus rurale qu’urbaine mais elle l’est beaucoup moins en 1921 qu’en 1901.Les provinces du Nouveau-Brunswick et de la Saskatchewan s’urbanisent lentement mais sont encore, en 1921, plus de la moitié plus rurales.L’Ile du Prince-Edouard s’est quelque peu urbanisée mais, en 1921, plus des deux tiers de sa population étaient encore à la campagne._ Ainsi, la montée de la population des campagnes vers les villes semble autoriser actuellement la répartition des provinces en trois groupes.Le premier comprendrait les deux provinces d’Ontario et de Québec, plus urbaines que rurales.Dans le second on pourrait inclure les quatre provinces de la Colombie Britannique, de la Nouvelle-Ecosse, du Manitoba et de l’Alberta avec plus de 500 urbains par 1000 ruraux.Enfin, dans le troisième groupe prendraient place les trois autres provinces du Nouveau-Brunswick, de la Saskatchewan et de l’Ile du Prince-Edouard en grande partie encore rurales.C’est ce que démontrent les deux graphiques suivants. I ONTARIO II QUEBEC ill COLOMBIE BRITANNIQUE IV NOUVELLE ECOSSE V MANITOBA VI ALBERTA VII NOUVEAU BRUNSWICK VIII SASKATCHEWAN IX ILE PRINCE EDOUARD POPULATION URBAINE PAR 1000 D£ POPULATION RURALE ANNÉE 1921 1100 1200 1300 MOO .,VT ‘ •i/'o-' o S3 > *3 •—< .o cl M X X X < 51 o ?5 » K tr1 > S5 4*- Cn co 1 ONTARIO M QUEBEC III COLOMBIE BRITANNIQUE IV NOUVELLE ÉCOSSE V MANITOBA W ALBERTA VII NOUVEAU BRUNSWICK vin Saskatchewan IX ILE PRINCE EDOUARD POPULATION URBAINE ANNÉE 1921 POUR CENT BSSBnE S®** \ r • ‘ '* •*.• *• REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE NOTRE BILAN VIE 455 Mais, quels sont les facteurs qui interviennent dans l’urbanisation de notre population et quelle est leur importance relative ?L’urbanisation peut résulter: 1.Soit de l’augmentation plus rapide dans les villes que dans les campagnes; 2.Soit de l’augmentation de la population dans les villes et de sa diminution dans les campagnes; 3.Soit de la diminution de la population dans les campagnes; Le graphique suivant nous renseigne sur ces points.¦1 S B38S§ 8 § î § § 456 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE Graphique MOUVEMENT URBAINE 0 CAUADA HJ)UEBEC IV MUVEUE 1 ONTARIO III COLOMBIE BRIT.y MANITOBA few ••?»» -Ifill-llÛl.Ifûl-lWX 30 NOTRE BILAN VIE 457 XXXIX.DIS POPULATIONS RURAUE ECOSSE VI ALBERT* «Il SASKATCHEWAN VH «.BRUNSWICK.__ xi ju du P.Edouard. 458 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE Dans l’ensemble du pays la population a progressé légèrement dans les campagnes et rapidement dans les villes.Dans la province d’Ontario, la population de la campagne, après avoir légèrement diminué durant les décades 1891-1901 et 1901-1911, n’a repris qu’une petite augmentation durant la dernière décade tandis que, durant toute la période, la population des villes a augmenté à un taux élevé.Dans la province de Québec, la population rurale, après avoir été virtuellement stationnaire durant la décade 1891-1901, et avoir légèrement augmenté durant la décade suivante, a perdu toute cette avance au cours de la dernière décade.La population des villes, au contraire, a continuellement augmenté à une allure rapide.La Colombie-Britannique donne des taux très élevés d’augmentation de sa population rurale et des taux plus forts encore, excepté durant la dernière décade, de sa population urbaine.Dans la Nouvelle-Ecosse la population rurale ne cesse de diminuer tandis que la population urbaine augmente continuellement.Au Manitoba les deux groupes de population ont augmenté continuellement et rapidement mais le taux d’augmentation de la population urbaine a beaucoup dépassé celui de la population rurale au cours de la décade 1901-1911.Dans l’Alberta et la Saskatchewan le taux d’augmentation de la population rurale est vraiment phénoménal mais celui de la population urbaine le dépasse encore.Au Nouveau-Brunswick la population rurale a diminué au cours des deux premières décades et a en partie comblé ces pertes au cours de la dernière décade.La population urbaine, au contraire, a continuellement augmenté à des taux très élevés.Dans l’Ile du Prince-Edouard la population rurale diminue continuellement tandis que la population urbaine, après avoit été pratiquement stationnaire, a augmenté rapidement au cours de la dernière décade.Des faits importants se dégagent de cette analyse.Dans l’ouest, la population augmente rapidement et dans les villes et dans les campagnes.Dans l’est, les augmentations totales que nous avons constatées sont dues à l’agglomération de la population dans les villes.Dans les mêmes provinces de l’est, la population rurale est en diminution ou reste stationnaire. NOTRE BILAN VIE 459 Dans la province de Québec, notamment, on constate que l’augmentation totale de 17.72 pour cent de la dernière décade est entièrement due à l’accroissement des groupes urbains.Il faut noter de plus que la distribution de cette augmentation n’est pas également répartie dans les différents centres urbains.La région de Montréal, à elle seule, en a absorbé près de la moitié (48.5 pour cent).Puis viennent successivement la région de Québec avec 10.9 pour cent, la région de Trois-Rivières avec 8.6 pour cent, la région des cantons de l’est avec 5.8 pour cent, la région du nord-ouest de la province avec 4.4 pour cent, celle de Chicoutimi avec 3.8 pour cent, laissant une différence de 18 pour cent distribuée dans les autres centres urbains de la province.La situation dans la province de Québec peut être étudiée avec plus de détails par le graphique suivant. ¦ 460 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE Graphique XL.1911 1 JACCUiÛ ÈU3IZB-U1A1- rroi KCZTAuIK}-HOCÏEUaA- MAiscfiiionrs-jeairEiAi- BÏSWCOIT 2 BEAUEASBOIB 9 HCBTBOHEBCT-CHAHLEYOLX-PCaTBEÜP-'ÏJBMCÏCatTE)- güxazctnuï) 4 stasstzàh 9 cauffurs-aT kaubicx- 73013 RIVIZH33 6 LZTZS 7 CEUtSL Y-7Z3C ICZ223 6 BCXJVILLE-3T HTàCISTHÏ b ratine ST JÏAJ-IEE37II.LS 11 TERHZBam 12 MI33I30Ü0X is Ricmao-TiiasiA 14 CEI COÛT mi,UC ST JZAJ-SAGÛDUY 15 JCLIWTZ 16 TAtDETOIL-3a’UJaE3 17 HULL-UBELLS-L'ASSCMPriC*-OÎTABA-HCHTCAUI-PCSTUC-TiaiSClltaOUB ' 10 BZiUCE-JRCBTmC-CCMPrCB- Hicnaccu-taLi^-BBaœ-3HZEBaOOEE-SEEJTOEH-BZLIXCSA30S-D0BCHI8TE3 19 aïKCCSU-ttitAJE 20 BAOOT 21 rHUÎC-'CJO-AETBABASIA 22 A23arrnjn 23 TDU3COOAÎA 24 UrHAlHIWUPIMTILLZ 26 LOTBIIIZflS 26 CEA7EAOOCAT*HOST 19OUCH 27 vamuCKY 25 BICOLET 29 IQ7HIE&-MA3IIIC90Z 90 QA8PE 32 UXOURAEIA 32 L'ISLZT 33 MUTETTCHZ PROVINCE DE QUEBEC PROPORTION POUR CENT URBAINE DE LA POPULATION 1921i JS- >Tj O c! H f l-H
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.