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Titre :
Revue du Québec industriel /
Publiée par la compagnie Northern Electric de 1936 à 1941, la Revue du Québec industriel accorde une place centrale à la question de la production électrique et traite du développement industriel et commercial québécois sans pour autant négliger l'aspect historique du sujet.
Éditeur :
  • Montréal ; Québec :la Compagnie,1936-1940
Contenu spécifique :
Arts et métiers du terroir
Genre spécifique :
  • Revues
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeur :
  • Revue du Québec
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Revue du Québec industriel /, 1940, Collections de BAnQ.

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**4.* Revue g3» 2 COMPAGNIE NORTHERN ELECTRIC LIMITÉE VW\\\\# La fileuse, d’après un bois de Edwin Ilolgate dans “Vieilles Choses, Vieilles Gens” par Georges Bouchard.^ Avant-propos ?Nous sommes enchantés de l'accueil qu’a reçu dans tous les milieux le dernier numéro de cette revue et nous avons lieu de nous féliciter des commentaires élogieux qu’il a suscités.Dans le but de présenter certains aspects différents de la vie dans la province de Québec, nous avons commencé la publication d’une série d’articles se rapportant au développement culturel chez les Canadiens-français.Le dernier numéro .traitait du folklore et de la musique au pays de Québec.Dans celui-ci, des autorités en la matière parlent de nos métiers du terroir, de nos artistes en art rustique et présentent quelques spécimens de leur production.Nous espérons que vous lirez ces textes avec intérêt et que vous voudrez, comme pour le précédent, conserver ce numéro à titre de documentation sur un sujet qui tient au cœur de tous les Canadiens.Droits réservés 1940. REVUE DU QUÉBEC INDUSTRIEL 3 Nos arts populaires par Marius Barbeau OUS avons eu chez nous, depuis les débuts de la Nouvelle-France, une tradition d’arts et métiers qui, ailleurs en Amérique, n’a jamais été surpassée.Et cette tradition, qui malheureusement s’éteint, a déjà compris un grand nombre de sujets.Soit, d’après le seul recensement paroissial de Québec pour l’année 1744, ceux que comportent les noms suivants: Architecte, maçon, charpentier, menuisier, sculpteur, forgeron, serrurier, galfas, vitrier, couvreur, peinturier, tapissier, lanternier, ferblantier, bourrelier, matelassier, chaudronnier, perceur, faiseur de chaises ou chaisier, ébéniste, ramoneur, chandelier, potier, horlogeur, quincaillier, charbonnier, cordier, tanneur, correilleur, pouilleur, cordonnier, coutelier, tonnelier, teinturier, constructeur et charpentier de navire, navigateur, voilier, maréchal, tailleur, bouton-nier, manchonnier, perruquier, fari-nier, boulanger, cuisinier, pâtissier, boucher, cabaretier, charron, sellier, sage-femme, chirurgien, écrivain, ingénieur, maître d’armes, armurier, et orfèvre.Il y avait en sus, hors ce vieux recensement, les fondeurs de cloches, les fondeurs, les mouleurs de cuillers, les brodeuses, les couturiers, les tisserands en toile, les tisseuses, sans parler des luthiers ou faiseurs de violons ni des joueurs de marionnettes.Ces métiers furent pratiqués depuis les origines de la Nouvelle-France jusqu’à la naissance de l’industrie moderne, c’est-à-dire près de deux cents ans.Même après la disparition de la plupart, ils ont laissé après eux, chez les descendants de ceux qui les ont exercés de père en fils, une aptitude manuelle à l’artisanat qui a longtemps servi et qui est une précieuse ressource pour l’avenir.* * * L’architecture, la menuiserie et la sculpture constituent la plus importante de ces traditions manuelles et artistiques.Elles se rapportent toutes à l’habitation, à sa solidité, à sa durée, et à son embellissement.Donc elles sont de prime importance.Ainsi, la petite église paroissiale de Saint-Laurent de l’île d’Orléans peut servir d’exemple typique.Cette église, construite vers 1708, fut détruite en 1865.Comme les autres, elle fut l’œuvre de plusieurs artisans: du sieur Mailloux, entrepreneur de maçonne; d’Ignace Gosselin, maçon; de Marc Isabel, pour le colombage; de Jean Chabot, pour la charpente; de Robert Voyer, pour la couverture de la nef ; de Gassien, pour la couverture du clocher; de Paquier et de François Pouliot, pour les croisées et la grande porte; de Jean Amiot, pour les ferrements; et du Sieur LeVasseur, pour l’ameublement et la sculpture.Ces artisans étaient, les uns — Mailloux, Gassien, Amiot, et LeVasseur — des maîtres professionnels de Québec; les autres, des ouvriers qui avaient déjà fondé, à l’île même, des familles dont les noms se sont depuis perpétués sur place: Gosselin, Chabot et Pouliot.Cette jolie église témoignait de la plus saine tradition française et du meilleur goût chez les ouvriers qui l’érigèrent et l’embellirent.Qui était ce Mailloux, entrepreneur de maçonne, sinon Jean Mailloux, architecte de Québec, qui se distingua longtemps dans sa profession et qui “La dernière Cène”, oeuvre remarquable de Jean-Baptiste Côté.Cet artiste en a sculpté deux autres, de composition différente.11 r y IP V Intéressant spécimen de tapis crocheté exécuté par Madame Cimon, de la Baie St-Paul, un de nos nombreux foyers d’artisanat.WV/b iAA\àM * i np devint le chef d’une des meilleures familles d’artisans au pays; nous la retrouvons aujourd’hui à l’île aux Coudres.Et de qui héritait-il son savoir, sinon de ses prédécesseurs Claude Baillif et Janson dit LaPalme, maîtres maçons et architectes qui avaient, dès les premiers temps, implanté leur art sur les bords du Saint-Laurent ?Qui était ce Gassien dit Tourangeau, sinon l’un des membres de cette famille qui exercèrent leur métier de couvreur de bardeau à Québec et à Montréal depuis la fondation de la colonie, jusqu’au siècle dernier?Qui était ce LeVasseur qui décorait le retable et meublait le sanctuaire d’autels et de statues, sinon Noël ou François, descendants de Jean LeVasseur?Ce dit Jean LeVasseur était, dès 1649, le doyen d’une maîtrise à Québec ; il pourvoyait à la construction et, à la décoration de la chapelle de sainte Amie en l’église de Québec, qui servait à la Confrérie Vieilles lanternes de Vile d’Orléans comme en fabriquaient les anciens lanterniers.ou Corporation des maîtres charpentiers et menuisiers en Nouvelle-France; il venait d’une excellente famille de menuisiers-sculpteurs de Paris; et il était en voie de fonder, au pays, une des plus remarquables familles d’artisans qu’on ait connues.Les LeVasseur, en quatre ou cinq générations, furent nos meilleurs sculpteurs sur bois; ils étaient confrères et émules des Jourdain dit LaBrosse, et ils eurent pour successeurs Liébert, Emond, Quevillon, les Baillargé et leurs nombreux compagnons et apprentis.Ces familles d’artisans eurent d’amples ramifications ; quelques-uns de leurs membres passèrent à la pratique d’arts variés; tel un Levasseur — Michel — qui devint orfèvre ; telle, la branche rurale des Mailloux qui, après le siège de Québec, en 1759, allèrent s’établir sur la Côte de Beaupré, puis à l’île aux Coudres; les Mailloux de l’île aux Coudres et du Cap-aux-Corbeaux comptent parmi nos meilleurs chaisiers et nos meilleures tisseuses au métier.La main d’artiste qui a fait les jolies statuettes de l’Enfant-Jésus à Lorette a aussi façonné celle qui se tient sur une niche devant laquelle brille une lumière, où on lève toujours son chapeau, le long d’un vieux corridor au Séminaire de Québec.Elle en rappelle une autre — celle de LePrévost, ancien maître à l’Ecole du Cap-Tourmente et curé à Sainte-Foy après 1714 — qui a sculpté la statue aujourd’hui miraculée de Notre-Dame de Foy; ou celles, encore plus anciennes, de Leblond de Latour, premier maître sculpteur et directeur de la même école, qui a non seulement formé les premiers élèves et apprentis au Canada, mais nous a légué deux 4 belles statuettes de la Madone et de saint Joseph.Ces anciennes statuettes, après avoir passé de la Baie Saint-Paul (où Leblond fut curé) à Saint-Irenée, furent récemment remises à l’évêché de Chicoutimi, qui les conserve.A Lorette, le parement d’autel sculpté est une œuvre fort remarquable et le premier morceau qui, il y a 25 ans, nous ait fait entrevoir l’existence d’une tradition d’art au pays.Ce panneau, de 6 pieds de largeur sur 2]4 de hauteur, est orné de hauts-reliefs et de fines gravures au ciseau, recouverts de blanc de céruse et de dorures à l’antique.Occupant le centre du tableau, la madone et l’enfant sont entourés d’arabesques et de festons où, comme dans les broderies des Ursulines, la rose prédomine.Aux quatre coins, des têtes d’anges ailées encadrent la Madone; et, dans les interstices, des gravures recouvrent le champ plat de fleurs et d’arbres stylisés et d’un paysage curieux, le premier de son genre au pays.Il y en aurait long à dire sur les maîtres qui succédèrent à Leblond Statue de Saint Joachim, au portique de l’église de Sainte-Famille, île d’Orléans, sculptée vers 1880 par Jean-Baptiste Côté de Québec.Elle est aujourd’hui conservée au musée de Québec.V- -j jÊirL ¦ 5 et à LePrévost, les contemporains de Mgr de Laval; et ils furent nombreux.De 1720 à 1850 on compte plusieurs générations d’excellents sculpteurs qui firent les statues, les médaillons, les autels, les retables, les chaires, les bancs d’œuvre, les baptistères et les voûtes dans les églises et dans les chapelles des vieilles paroisses.Nous sommes aujourd’hui assez bien renseignés sur la plupart d’entre eux et nous avons retrouvé beaucoup de leurs œuvres un peu partout sur le parcours du Saint-Laurent.Quelques maîtres, héritiers des anciens sculpteurs, ont pratiqué leur art jusqu’aujourd’hui; ainsi, en 1925, le statuaire Louis Jobin, à Sainte-Anne-de-Beaupré, maniait encore le ciseau et le maillet; Henri Angers, qui fut l’apprenti de Jobin, fait toujours des statues et des meubles, dans son atelier de la rue Latourelle à Québec; ses belles statues et sa “Cène” dans le retable de la nouvelle église de Beauport, témoignent de son talent ; quelques autres sculpteurs et ébénistes subsistent ici et là, comme Lauréat Vallières, à Saint-Romuald, et Bourgault, à Saint-Jean Port-Joli.Visage d’apôtre sculpté par le grand artiste que fut Louis Jobin.On dit que cette pièce serait digne des plus grands musées d'Europe.W* l; f s \ /A A ÉÀ1 K \\ \ ¦ 3} ma.s \ ' eu.wœæ&ess.Mm '.> A ' - - Zi * T Grand plateau d’argent fait par l’orfèvre François Ranvoyzé, de Québec, (1739-1820).Ce plateau est conservé à Varchevêché de Québec.Le nom même des.ateliers d’ébénis-terie tombe dans l’oubli, bien que leur industrie ait été des plus importantes.La boutique de Vallières, au pied de la Côte-du-Palais, occupait un grand carré et employait environ cinquante sculpteurs et un plus grand nombre de menuisiers.Drum, un jeune ébéniste anglais, y commença comme bien d’autres sa carrière.Ayant de l’ambition, il finit par ouvrir boutique à son compte, et devint le concurrent de Vallières; ses ouvriers étaient d’ailleurs presque tous d’origine française.Une troisième boutique, de moindres dimensions, celle de “Pof” Roy, était réputée pour la fine qualité de ses meubles.Mais il ne reste plus aujourd’hui que quelques ébénistes de carrière — Trudelle, Montreuil, Vallières.La construction des bâtiments à voile fut, jusqu’en 1890, une des principales industries de Québec.Comme partout ailleurs, on avait l’habitude d’orner le haut de l’étrave des navires de statues et d’arabesques conventionnelles.Certains sculpteurs s’adonnaient de préférence à.ce genre; en particulier, un anglais nommé Black ou Blake, le sculpteur Narcisse Bertrand, et Jean-Baptiste Côté, le plus important de ces trois artisans.* * * Une de nos plus belles traditions d’arts et métiers, pour ne pas mentionner l’orfèvrerie (faute d’espace), est celle de la broderie, qui fut introduite au pays, dès 1639, par Marie de l’Incarnation et Mme de la Peltrie, fondatrices des Ursulines en Nouvelle-France.L’art ancien et aristocratique de la broderie, que ces saintes femmes et leurs religieuses enseignèrent pendant deux cents ans à leurs élèves, d’abord Peaux-Rouges, ensuite blanches, servit longtemps à la confection des ornements d’église, partant au gagne-pain de leur monastère.Jeanne Le Ber, la sainte recluse du Couvent de la Congrégation à Montréal (décédée en 1714), fut leur élève; elle introduisit la broderie à Montréal, et fut elle-même une des plus brillantes artistes qu’ait jamais produits sa ville.Pour s’en convaincre, il suffit de voir les anciens ornements d’autel au Musée de Notre-Dame et la splendide chasuble, que l’on conserve d’elle au monastère de la Congrégation.Le talent et les œuvres de ces saintes femmes — Marie de l’Incarnation et Mme de la Peltrie — attestaient des meilleures traditions de la mère-patrie, et le nouveau monde avec elles ne pouvait manquer de bénéficier de la culture française dans sa meilleure période.En effet, Mme de la Peltrie, qui était de la noblesse, naquit à Alençon, ville qu’ont, rendue fameuse ses toiles et ses dentelles, ce Vieilles lanternes de l’ile d’Orléans comme en fabriquaient les anciens lanterniers. 11 H MHjjj ymmmm.'¦-V mmm I qui a donné son nom au point d’Alençon.Quant à Marie de l’Incarnation, elle avait pour père un marchand de soieries, et, du côté maternel, était alliée à la notable famille des Babou de la Bourdaisière, qui fabriquait des tapisseries et qui présida à la fondation, à Fontainebleau, de la manufacture royale, plus tard rattachée aux Gobelins.Toute jeune, elle s’asseyait avec ses petites Remarquable spécimen de ceinture fléchée tissée dans la région de Berthier.compagnes aux pieds de sa mère et apprenait d’elle à broder.Sa mère était fort entendue dans ces ouvrages — et les mains des femmes, en ces temps, ne s’arrêtaient que pour la prière et le sommeil.On doit attribuer à cette origine et aux heureuses relations des fondatrices du séminaire indien l’influence de la civilisation française sur une grande partie de notre continent.La pauvreté força les Ursulines de Québec à profiter des ressources naturelles du pays.Tout comme Marie de l’Incamation avait appris des sauvages à faire la “sagamité”, ses disciples se mirent à confectionner des plats de bois et d’écorce de bouleau pour des fins domestiques, des plats d’écorce ressemblant à ceux que les Algonquins appelaient ouragans (ou-rayana).Le fil d’or, d’argent et de soie, pour la broderie, coûtait un haut prix; aussi les Ursulines durent-elles souvent lui substituer la laine et les perles ou “rassade” que l’on fabriquait alors à Nevers, en France.Elles se servirent aussi de fils rudes, de longs poils d’orignal et de piquants de porc-épic, inaugurant ainsi un genre de broderie qui passe maintenant pour être purement indigène.On conserve encore, au monastère des Ursulines de Québec, des paquets de poils d’orignal et de piquants de porc-épic teints, qui peuvent encore servir, comme jadis, à l’enseignement de cet art particulier aux jeunes Canadiennes.Autrefois, les arts et les métiers se répartissaient également entre la ville et la campagne.Il y avait les maîtres, les compagnons et les apprentis, dans les métiers ici organisés à la manière des corps de métiers en France.Dans une procession de la Fête-Dieu, à Québec, les Anvales des Ursulines rapportaient que huit corps de métiers étaient représentés; ces corps de métiers avaient chacun leur Coffret en bois sculpté, oeuvre d’Octave Morel, de Beaupré.Ce travail fut exécuté vers 1880.Madame Napoléon Lord, de St-Jacques de VAchigan, tissant une de ses ceintures fléchées, exécutées exactement comme autrefois.fête patronymique annuelle.Nous savons que celle des menuisiers fut abolie en 1837, par lettre pastorale de l’évêque de Québec, qui la condamna à cause de certains abus.Cette seule corporation avait duré près de 200 ans.Les traditions manuelles, dans_ces circonstances, étaient donc transmises au cours d’un apprentissage régulier, déterminé suivant l’usage et la loi; et ceux qui les pratiquaient étaient compétents, même souvent doués de talent.C’est ce qui explique chez nous: la beauté de la menuiserie, de la broderie, de l’orfèvrerie, et du travail ancien, lorsqu’ils nous sont parvenus; aussi l’habileté persistante de nombreux ouvriers, même longtemps après la déchéance de l’apprentissage professionnel.Il y avait aussi, dans les campagnes, des petits artisans qui, pour les fins domestiques, se suffisaient à eux-mêmes.L’artisanat rural, en particulier dans le tissage et le travail au crochet dans certains districts, a survécu jusqu’à nos jours.Pour mettre ceci en lumière, je vais terminer ici en donnant le seul exemple du Père Mailloux, chaisier, et de la mère Pednaud, tisseuse de “boutonnues” à l’île aux Coudres, qui comptent parmi nos bons artisans laurentiens.Une chaise berçante du Père Mailloux, dans la vieille maison des Leclerc, à la Baleine — c’est ainsi qu’on appelle la rive sud de l’ile aux Coudres — attira mon attention, il y a quelques années.Cette chaise, faite d’érable, est une œuvre d’art rustique de couleur laque ou rouge clair.Son dossier élevé, s’élargissant au haut, consiste en montants séparés les uns des autres, découpés en losanges, en S, en trèfles et en cœurs.Le siège, ingénieusement recourbé, relève un peu vers le devant, entre des accoudoirs terminés en têtes de violon d’une grande finesse.Les patins ou “châteaux”, longs et arqués, sont r ïï » X mm et les membres de leurs familles, depuis des générations, se marient entre eux.Ils sont parmi les familles les plus intéressantes et les plus industrieuses de l’île.Ces gens, isolés qu’ils soient dans leur île, ne sont pas pour cela d’extraction inférieure à celle de leurs voisins, même au cœur de Québec.Ainsi l’ancêtre des Mailloux était Jean Mailloux, qui, avant la Con- Louis Jobin, statuaire de Sainte-Anne-de-Beaupré, fut l’un des plus remarquables sculpteurs sur bois de la province de Québec.propres à bercer la paix et la rêverie.Les insulaires qui s’asseyaient dans cette chaise, pendant les longues soirées d’hiver, les pieds posés sur l’étroite planchette reliant les patins, aimaient à redire des contes merveilleux et à chanter des vieilles chansons.Avant qu’il ait été possible d’apprendre ce qu’était le “Père” Mailloux, Victoire Pednaud tira d’un coffre bleu et déploya un couvre-pied qu’elle nomma "paresse boutonnue”.Comme la chaise berçante, le couvre-pied était unique.Seul le génie inné, avec un sens étonnant du dessin et des valeurs, peut créer de ces choses.Je n’avais pas, ailleurs, encore vu son pareil.Dans un épais tissu de nuance crème fait au métier sont insérés de grands patrons de couleurs végétales vert sombre, jaune orange, indigo et rouge quinquina, et comme tracés à main levée, dont l’ensemble forme une brillante et joyeuse tapisserie, dont le coloris semble aussi frais qu’au jour de sa confection.Les couleurs de ce couvre-lit viennent de substances végétales — des plantes, des écorces d’arbres, et des racines sauvages; par exemple, les racines de savoyanne et la verge d’or, dont on tire un jaune brillant; le cormier qui donne un gris bleu; l'écorce de cerisier et le “bois de savanne” pour le brun, l’écorce de “plaine”, pour le bleu.Le rouge et les nuances de couleurs variées étaient tirés de pelures d’oignon, de feuilles de thé, d’écorce d’aune, d’oxyde de cuivre, de lessive, et de bois importés d’Amérique méridionale, tel le quinquina pour le rouge.Pour fixer la couleur on trempait la laine dans des mordants préparés à domicile, puis dans l’eau de source et l’eau salée de la mer.Ces procédés rendaient la teinture absolument durable, et en tout bien supérieur aux teintures anylines qui sont maintenant en usage.Depuis lors, j’ai découvert, à l’île aux Coudres, au moins quinze vieilles “boutonnues” qu’on est fier de conserver à la Galerie et au Musée En haut Sabots fabriqués par un sabotier de la région de Québec.En bas Coupe sculptée dans un noeud d’érable par un artisan inconnu.nationaux du Canada, à Ottawa, et de prêter souvent pour des expositions au Canada et à l’étranger.Tout comme la berceuse des Mailloux, le couvre-pied des Pednaud est une création d’un genre traditionnel; les Pednaud ne sont d’ailleurs pas les seuls à en avoir fait.Des vieilles femmes, pour la plupart apparentées les unes aux autres, en ont depuis longtemps tissé de semblables.Même les jeunes femmes, imitant tant bien que mal leurs aînées sans réussir aussi bien leurs dessins et leurs couleurs, en font encore aujourd’hui dans presque tout le comté de Charlevoix.Les portières et les couvre-pieds de la Malbaie sont d’ailleurs des imitations bien inférieures des “paresses boutonnues” ou des “boutonnées” de naguère, où l’on ménage la laine afin de les vendre moins cher aux touristes.Il fut impossible de savoir d’où venait cet art à la fois rustique et raffiné, sinon qu’il s’était depuis longtemps transmis dans l’île, en particulier chez les Pednaud et les Mailloux.En 1931 encore, la meilleure tisseuse était une Pednaud.Les Mailloux et les Pednaud sont voisins au Cap-à-la-Roche, au nord-est de l’île, en face des Eboulements, Vieille cruche en terre cuite, probablement sortie des ateliers des frères Dion, de Lorette, près de Québec.quête, était le meilleur architecte de Québec; et, comme les architectes d’alors étaient aussi sculpteurs sur bois, Jean dut être artisan et même former des apprentis.Deux femmes de sa famille, dont l’une, son épouse, Marie Amiot, apprirent la broderie et la tapisserie au couvent des Ursu-lines, où elles furent pensionnaires.Il n’est donc pas surprenant que les arts de la sculpture et de la tapisserie se soient transmis à leur postérité jusqu’à aujourd’hui même, après que celle-ci se fût éloignée de la ville, jusqu’à Charlevoix et à l’île aux Coudres. rv'lj , • ¦ * »£¦'} Vatelier de céramique à l'Exposition de Vile Ste-Hélène.4 gauche, l’un des jeunes collaborateurs de Louis Parent terminant une potiche.A droite, l’un des frères Hutchison.Au-dessus, quelques oeuvres de Louis Paren t.IL EST indéniable que les gens de chez nous ont des aptitudes exceptionnelles pour les travaux d’artisanat.Nos ancêtres n’étaient-ils pas tous à quelque exception près des agriculteurs et des artisans ?Aux premiers temps de la colonie, ils eurent à se suffire à eux-mêmes dans tous les domaines de l’activité industrielle.Monsieur Marius Barbeau nous a relaté, ici même, dans cette intéressante publication, l’adresse et la virtuosité exceptionnelles de certains sculpteurs, orfèvres, ferronniers, tisserands des premières années de notre existence comme groupe ethnique._ Je m’en voudrais de revenir sur ces faits.S’il est vrai que l’artisanat de chez nous a plutôt ralenti, que certaines techniques soient maintenant désuètes, que peu à peu l’industrialisation à outrance ait provoqué un certain recul dans le développement de notre artisanat canadien-français, il n’en reste pas moins certains chefs de file qui nous font encore honneur pour le maintien et la réputation des meilleures traditions de notre patrimoine national.L’artisanat,depuis quelques années, est devenu une question à l’ordre du jour; on semble s’attacher à ce problème et nos gouvernements autant que nos associations ont voulu montrer par différentes créations ou initiatives que l’artisanat méritait qu’on s’y arrêtât, qu’on l’étudiât, qu’on l’approfondît.Depuis dix ans, nous avons suivi la création de l’Ecole des Arts domestiques de Québec, celle de l’Ecole du Meuble de Montréal, l’ouverture d’un département de céramique à l’Ecole des Beaux Arts de Montréal, la récente orientation de l’Ecole des Beaux Arts de Québec vers les arts domestiques, la vive impulsion donnée à nos écoles ménagères, l’enquête provinciale sur l’artisanat en 1938 et 1939, sous les auspices du ministère du Commerce et de l’Industrie.Voilà autant d’actes officiels en faveur de l’artisanat de chez nous.L’Association Catholique de la Jeunesse canadienne - française, la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal ont organisé des expositions qui ont certainement contribué pour une large part à la diffusion d’idées qui nous sont particulièrement chères.En juin 1939, la Commission du Ille Centenaire de Montréal avait l’heureuse idée de réunir sous son égide tous les groupements qui se sont intéressés à cette question pour l’organisation de l’Exposition de l’Artisanat de chez nous à l’Ile Sainte-Hélène, en face de Montréal.Le geste ne pouvait être plus propice, ni l’endroit plus approprié.Aussi l’instigateur, M.Léon Trépanier, directeur général des fêtes du Me Centenaire, trouva-t-il spontanément réunis autour de lui, tous les adeptes enthousiastes de la cause, nos compatriotes de langue anglaise et de langue française.Quelques Québec d par .Jean-Marie Cauvrean.Il convient d’accorder une place de choix à la “Canadian Handicraft Guild” de Montréal dont l’expérience désintéressée de ses membres n’a pas peu contribué au succès de cette splendide manifestation artisanale, la première en qualité et en importance dans notre province.Cette exposition avait comme cadre les casernes restaurées de Elle Sainte-Hélène, par la coopération de nos deux gouvernements provincial et fédéral.Près de 40,000 personnes en moins de quinze jours visitèrent attentivement, cette exposition qui fut pour la plupart d’entre elles une révélation.On avait déjà admiré dans les comptoirs ou les foires certains produits de nos artisans, mais jamais on ne les avait vus à l’œuvre.Une trentaine d’artisans travaillèrent sous les yeux ravis des visiteurs, Quelle belle leçon d’orientation ce fut pour la jeunesse de nos écoles! Les arts du tissage étaient largement représentés dans leurs techniques nombreuses et souvent com- Jean-Julien Bourgault au travail à son atelier, à l’Exposition de l’Ile Ste-Hélène, l’été dernier.Il est entouré de quelques-unes des sculptures qui ont rendu célèbre l’école des Bourgault de St-Jean Port-Joli.rti§ans du iijoiird’liui irecteur de l’Ecole du Meuble plexes.Les céramistes-potiers, les sculpteurs-sur-bois, les marqueteurs-ébénistes, les relieurs, les repousseurs de métaux, les orfèvres, les lapidaires, les ferronniers purent à loisir faire œuvre vulgarisatrice et faire comprendre la valeur du travail manuel que ne peut rendre une machine si perfectionnée soit-elle.Parmi les artisans, il en est dont les noms méritent d’être particulièrement retenus; aussi ai-je l’intention dans les lignes qui vont suivre de vous donner sur leur œuvre des indications précieuses pour l’histoire de notre artisanat contemporain.Médard Bourgault, ce sculpteur sur bois, fils d’un menuisier de Saint-Jean Port-Joli, Co.de l’Islet, a eu le rare mérite de faire école.Je suis persuadé que les historiens de demain désigneront Médard Bougault comme le créateur de l’Ecole de sculpture-sur-bois de Saint-Jean Port-Joli.Médard Bourgault fut hanté très jeune par un moyen d’expression qui arriverait à traduire ce qu’il ressentait intérieurement.L’église de Saint- Jean Port-Joli, à la décoration de laquelle avait collaboré un de ses ancêtres maternels, un Charron, fut pour lui toute une formation et un premier motif d’inspiration.Il ne se lassait jamais de contempler les délicates sculptures, les arabesques, les frises décoratives de son temple paroissial, qui a une réelle valeur artistique.Bourgault, qui était navigateur de son métier et qui voyagea le long des côtes de France, d’Angleterre, d’Espagne et d’Afrique, ne perdait aucune occasion, ou cours des nombreuses escales qui lui laissaient des loisirs, d’aller admirer quelques-uns des chefs-d’œuvre d’architecture civile ou religieuse “des vieux pays”.Il essayait ensuite, avec les moyens qu’il avait à sa disposition, de traduire ses sentiments.C’est ainsi qu’il s’essaya d’abord en peinture.Celle-ci n’a jamais pu le satisfaire.Il délaissa donc la palette pour les ciseaux et les gouges.Des outils, il n’en avait point; il s’en fabriqua lui-même avec de vieilles limes et de vieux tiers-points qu’il forgeait et trempait lui-même “à la porte du poêle” pour nous servir de sa propre expression.Ses premières sculptures d’inspiration religieuse reflètent l’âme d’un mystique et, par leur naïveté sincèrement exprimée, rappellent certains bas-reliefs des bâtisseurs de cathédrales de l’époque romane ou médiévale.Vers 1930, Médard Bourgault, que la crise forçait à trouver une autre profession, décida avec son frère Jean-Julien d’ouvrir un atelier à Saint-Jean Port-Joli.Pour quelque temps un autre frère, André, travaillera avec eux avant d’avoir son propre atelier de sculpture sur bois; puis Yvonne Bourgault, sœur de Médard, et enfin son jeune fils Raymond travailleront tous ensemble à créer ces figurines de bois dont quelques-unes sont de véritables chefs-d’œuvre de finesse et d’observation des types de notre campagne canadienne-française.Ce sont des figures de vieilles et de vieux fumeurs ou tricoteuses, des forgerons, des joueurs de dames, enfin tout ce qui constitue les scènes si familières à nos villages de la campagne du Québec.Médard Bourgault, ce modeste qui se refuserait au titre de chef d’école, et qui ne se livre pas du premier coup, est aussi un sculpteur religieux qui s’est déjà affirmé dans des œuvres dignes de nos anciens maîtres.Ceux qui ont admiré ses sculptures de l’église Sainte-Anastasie de Lachute, la chaire de Saint-Jean Port-Joli, les œuvres du noviciat des Pères blancs à Saint-Martin de Laval, admettent sans peine que c’est son orientation définitive.Signalons que Médard Bourgault sculpte une statue de bois pour à peu près le même prix qu’une vulgaire reproduction de plâtre.Il a à cœur le développement de l’art religieux d’autrefois illustré par les Quevillon, les Baillargé, les Liébert et les Jobin. Médard Bourgault mettant la dernière main à une statue de sa composition qu’il a intitulée “Notre-Dame des Agriculteurs.” {Photo Tavi) Tout ce qu’il désire, c’est de gagner honorablement sa vie et celle de ses collaborateurs et de leurs familles.Eugène Leclerc, aussi de Saint-Jean Port-Joli, est un nom digne de mention parmi nos artisans contemporains.Son histoire extraordinaire nous fait toucher du doigt une fois de plus combien de carrières pourraient ainsi être ouvertes à plusieurs de nos compatriotes si une orientation nécessaire était systématiquement organisée pour le développement de notre artisanat.Leclerc, ancien pilote devenu menuisier à la suite d’un accident, avait fabriqué durant ses loisirs des longues veillées d’hiver à la campagne, un brick et une goélette.Au printemps ces deux articles sont déposés sur le perron de la maison à l’occasion d’un grand ménage.Ils attirent la curiosité de touristes qui les achètent et en commandent d’autres.Aujourd’hui, Eugène Leclerc, aidé de sa femme et de ses onze enfants, fabrique quelques centaines de bateaux miniatures de toutes sortes qui trouvent acquéreurs avant la fin de l’été," surtout quand la saison touristique est propice.A l’automne, il a toujours d’importantes commandes spéciales à remplir en plus de la production ordinaire pour la saison suivante.Leclerc a trouvé quelques imitateurs dans sa région ainsi qu’en Gaspésie.Quel n’a pas été mon étonnement que de retrouver dans une des pré- 10 sentations d’intérieurs du “New York World’s Fair” un des bateaux d’Eugène Leclerc de Saint-Jean Port-Joli! Qui n’a entendu parler du développement de la “P’tite Forge” des Trois-Rivières dirigée par deux diplômés de l’Ecole Technique de cette ville?Les Frères Lebrun se sont spécialisés dans la production des petits bibelots en fer forgé, et l’Exposition de lTle Sainte-Hélène avait le privilège de les inviter à y exposer et à y fabriquer sur place les articles de ferronnerie d’art qui les ont rendus célèbres.Les Frères Lebrun auront à opter désormais pour la ferronnerie décorative ou serrurerie de bâtiment ou pour le petit article qui trouve si facilement un marché auprès des amateurs.En parlant d’art religieux, à propos de Médard Bourgault, il est un autre nom qui nous vient tout naturellement à l’esprit.C’est celui de Gilles Beaugrand-Champagne.Ancien élève de l’Ecole des Beaux Arts de Montréal et boursier du gouvernement provincial en France, où il fut l’élève de Desvallières, d’Edgar Brandt et des Ateliers d’art sacré, Beaugrand, après un long et sérieux apprentissage, s’est spécialisé en orfèvrerie religieuse et civile.Il a voulu de plus faire œuvre nationale en incrustant de pierres canadiennes les calices, les ciboires, les ostensoirs qu’il réalise d’après des dessins de sa composition et du meilleur goût.Beaugrand est maintenant en mesure de concurrencer, au double point de vue qualité et prix, les meilleurs ateliers de France et de Belgique.Il n’a pas évidemment de gros et imposants catalogues pour faire sa réclame; c’est un artisan modeste et consciencieux que nous recommandons chaleureusement.Gilles Beaugrand-Champagne est le digne continuateur de la célèbre lignée des orfèvres que furent Ran-voyzé, Laurent Amiot, Sasseville, Salomon Marion et tous leurs émules dont les œuvres, malheureusement, ont été trop souvent dédaignées des nôtres au bénéfice des musées étrangers ou des collections particulières.Pour terminer ces notes trop courtes, mais déjà longues pour un simple article, je voudrais signaler qu’une renaissance de la céramique s’opère depuis quelques années dans le Québec.Les premiers élèves de Pierre-Aimé Normandeau, diplômé de l’Ecole des Beaux Arts de Montréal et de l’Ecole Supérieure Nationale de céramique de Sèvres, nous ont déjà fait voir à l’occasion d’expositions qu’ils savaient mettre à profit l’excellent enseignement qu’ils ont reçu suivant les meilleures traditions du métier.C’est ainsi que Jean-Jacques Spénard des Trois-Rivières produit des pièces qui sont du plus pur terroir et où le bon goût ne le cède en rien au caractère local de ses créations.A Montréal, les frères Hutchison ont ouvert un atelier, rue Saint-André, et les commandes dépassent leur capacité de production.Louis Parent, diplômé de l’Ecole des Beaux Arts, professeur de dessin à la Commission des écoles catholiques de Montréal, après deux stages d’études aux Etats-Unis et des recherches en chimie à l’Ecole des Hautes Etudes commerciales, veut lui aussi faire sa part pour le développement de la céramique canadienne.L’avenir de notre artisanat canadien-français sera ce que nous le ferons: accordons notre confiance aux jeunes dont l’enthousiasme, les sacrifices et surtout le savoir-faire, la compétence et le bon goût permettront le développement et l’épanouissement d’un véritable artisanat canadien-français.Il n’est, jamais trop tard quand il s’agit d’édifier sur des bases solides et nous croyons fermement que l’artisanat est une des pierres d’assise indispensables à notre structure économique.Eugène Leclerc, de Saint-Jean Port-Joli, montre à un visiteur une des superbes goélettes qui ont fait sa réputation d’artisan du terroir.{Photo Tavi.) K»*- Le mobilier régional au Canada français Ses origines, son expansion, sa décadence.Importance des musees OTRE chanson populaire n’a jamais prétendu être de la noblesse, ni de l’école, ni même de la ville”, écrivait Marius Barbeau récemment dans cette revue.Je serais tenté d’avancer la même opinion quant à notre mobilier populaire.Il est avant tout paysan; il n’a pas la finesse du mobilier de ville, quoiqu’il s’en soit fortement inspiré, mais il en a le caractère parce qu’il a puisé avec candeur et presque inconsciemment aux sources mêmes de la grande tradition des styles d’esprit fin Renaissance, Louis XIII, Louis XIV et Louis XV.Aux premiers débuts de la colonie, on ne se préoccupait guère d’agrémenter les objets usuels ou même de les styliser, il ne pouvait en être question.C’était l’époque rude du défrichement, du maniement continu de la hache, des huttes en bois rond, des tables, des lits, des chaises lourdement équarries.Ce n’est que plus tard, vers la seconde moitié et la fin du dix-septième siècle, à mesure que les habitants des environs de Québec par Jean Palardy ?reculaient la forêt et que le bien-être se fixait, qu’arrivèrent les premiers artisans, les menuisiers de ville et de village, dont plusieurs de Paris.Et à partir de ce moment jusqu’au premier quart du dix-neuvième siècle, l’artisan n’exécutera, pour les fermiers plus aisés, que des meubles dont l’inspiration remonte aux sources intarissables du mobilier régional français.Comme nos chansons, dont on trouve les sources dans presque toutes les provinces de France, notre mobilier s’inspirera lui aussi des styles qui sont la base de l’épanouissement du meuble paysan en Bourgogne, en Normandie, en Franche-Comté, en Provence, en Lyonnais, en Picardie, en Artois, etc., et même au pays Basque et Béarnais, témoin cette armoire à panneaux à disques ou à fond de bouteille (collection Hazlit) trouvée à Montmagny.Je ne veux pas, en écrivant ces lignes, donner l’impression de louer à outrance nos réalisations passées dans le domaine du meuble.Il faut bien admettre que nos meubles sont d’une exécution fruste, le plus souvent fabriqués d’une main hésitante et malhabile avec des moyens restreints et des outils primitifs.Il n’est pas question non plus de les comparer au grand meuble bourgeois aux bois exotiques.Telle commode bombée, telle armoire à panneaux à pointe de diamant ou à panneaux moulurés en pin ou en noyer tendre pris sur place, où l’on découvre sur la surface les coups de varlope, de gouge ou de bouvet, dégagent une savoureuse naïveté.Et c’est précisément cette naïveté, cette gaucherie qui, comme l'imagerie populaire, fait le charme de nos meubles.C’est pourquoi il sied de situer notre mobilier dans son atmosphère rustique et ne pas exagérer la qualité de l’exécution.Mais on ne peut nier sa valeur esthétique, car on y rencontre des meubles de grande beauté, aux lignes agréables, aux proportions justes.Tout en conservant la physionomie 1 -v; .I I Collection de meubles canadiens du 18ème siècle réunie dans une des salles du Château de Ramezay, à Montréal. 12 COMPAGNIE NORTHERN ELECTRIC LIMITÉE des meubles Louis XIII, Louis XIV et Louis XV, l’artisan parfois ajoute des détails secondaires d’ornementation ou même des motifs décoratifs de son cru, qu’il invente lui-même.Et c’est ici que, par la gaucherie du décor, une certaine raideur, de nouveaux motifs et même quelquefois une dissymétrie dans le dessin et dans le plan, il est permis de situer le meuble régional d’une autre province de France! la Nouvelle-France.Il y aurait tout un travail de recherche très intéressant de ce côté: celui de signaler l’expansion ou l’évolution du meuble régional français au Canada français.Les meubles familiers au dix-huitième siècle sont les chaises, fauteuils, lits, commodes, armoires, buffets, huches, coffres, berceaux, bancs, etc.Le banc-lit et la berceuse, ainsi que les lits à quenouille, ne feront leur apparition que plus tard, sous l’influence de la Nouvelle-Angleterre.Les bois employés étaient les bois du pays, surtout le pin (pin blanc ou pin jaune), le merisier, le bouleau, l’érable, le noyer tendre, rarement le chêne et quelquefois le cerisier pour les pieds des tables.Le bois, qui servait à la confection des meubles, une fois scié en madriers sur la “scie de long” hydraulique ou tout simplement équarri à la hache, était ensuite placé dans le grenier de la boutique ou en travers des “pôles” accrochées aux poutres de la grand’pièce, près du foyer.C’était maintenant au tour de l’artisan d’exécuter son meuble.Souvent il venait de loin, et, comme un charlatan, allait de village en village: c’était l’époque des artisans ambulants, spécialistes du meuble, ou constructeurs d’églises, qui n’apportaient avec eux que leur coffre d’outils et auxquels on donnait l’hospitalité.Ils passaient ainsi des semaines, des mois dans une maison à y fabriquer lentement, mais avec conscience et probité, ces meubles qui font encore aujourd’hui notre joie.Ce n’était pas chez eux un gagne-pain, un labeur rituel ou monotone, mais incontestablement un plaisir esthétique à la contemplation, une En haut—Intéressant spécimen d’ébé-nisterie canadienne.Petite commode à tiroirs bombés datant du 18ème siècle.(iCollection de l’Art Association de Montréal).En bas—Magnifique bahut-buffet de fabrication canadienne, 18ème siècle.Remarquer les panneaux à pointe de diamant et la corniche de style Renaissance.Le saint Pierre en semirelief que Von voit à gauche est l’oeuvre d’un sculpteur sur bois canadien.(iCollection de l'Art Association de Montréal).fois l’œuvre en marche ou terminée, d’un détail d’ornementation, d’un panneau ouvré ou d’une simple queue d’aronde (queue d’hironde).Mais ceci se passait à une époque où le sens esthétique existait.Cette tradition du meuble régional a persisté chez les menuisiers, jusque vers dix-huit, cent trente — après, c’est l’influencé américaine qui se fait sentir, ce ne sera plus qu’une déformation du meuble bourgeois américain, du style Adams, par exemple, et plus tard l’influence victorienne qui ne pouvait que conduire à la déchéance du métier.Il y a bien eu, dans une catégorie à part, cette lignée d’artisans-sculpteurs issus de l’école du Petit Cap à St-Joachin et qui continueront cette tradition presque jusqu’en notre siècle.Ces gens aussi savaient exécuter de beaux meubles; n’a-t-on pas trouvé un bahut remarquable signé d’un Baillargé ?Mais leur influence disparaîtra totalement avec l’industrialisation à outrance, le fabriqué en série, qui finissent par tuer toute originalité.Il existe encore aujourd’hui quelques artisans isolés, des paysans pour la plupart, qui façonnent des meubles d’une facture assez originale.Ce style baroque et peut-être un peu trop surchargé pourrait facilement servir de base à un art paysan caractéristique.Comment recréer ce sens esthétique du passé?Il ne s’agit pas de se figer dans cette contemplation, mais de s’en inspirer pour les besoins et les aspirations de notre temps.Et sans perdre une minute, sous l’impulsion de l’Etat, dresser un inventaire de notre mobilier régional à la manière de “l’Index of American Design”, institution des W.P.A.Projects et qui déjà a contribué à amasser une documentation considérable de motifs traditionnels, qui serviront de modèles aux artisans américains.Je le répète, il n’y a pas un instant à perdre, nos meilleures pièces ont passé la frontière et nos habitants, par ignorance, achèvent de les débiter en bois de chauffage.Ils n’apprécient plus ces objets parce qu’on a cessé de leur enseigner à les apprécier.Quant à certains des nôtres, il est regrettable qu’ils ne soupçonnent même pas l'existence d’un tel art et ne semblent manifester aucun intérêt à son endroit.Il faut connaître nos motifs traditionnels, mais pour bien les connaître, il est nécessaire de les voir dans un intérieur caractéristique et bien ordonné.Il est donc urgent de les rescaper et de les placer dans les musées de [Suite à la page 15) REVUE DU QUÉBEC INDUSTRIEL 13 L’art rustique au foyer canadien * par
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