Lectures, 1 octobre 1952, octobre
Pfjrtr fi m *R' M ¦ **¦—»•- '&****•£,• -«Æ3 '" ¦ 'f /hv- *; ~-&- ,$i(fe>*S! ,;¦¦- • - FIDES LECTURES REVUE MENSUELLE DE BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE publiée par le Service de Bibliographie et de Documentation de FIDES organe du Service des Lectures de l'Action catholique du diocèse de Montréal.Direction : Paul-A.MARTIN, c.s.c., aumônier du Service des Lectures.Rédaction : Jean-Paul PINSONNEAULT.secrétaire du Service des Lectures.NOTES : 1.La revue est publiée mensuellement, de septembre à juin.Les dix livraisons de l’année constituent un tome.Le dernier numéro du tome (soit celui de juin), comprend une table méthodique des sujets traités ainsi qu'une table alphabétique des ouvrages recensés pendant l'année.2.Les références bibliographiques sont rédigées d'après les règles de la catalographie.Les cotes morales en usage sont les suivants : M Mauvais D Dangereux B?Appelle des réserves plus ou moins graves, c’est-à-dire à défendre d'une façon générale aux gens non formés (intellectuellement et moralement>.B Pour adultes.Un ouvrage dont le titre n'est suivi d'aucune de ces quatre mentions est irréprochable et peut être lu par tous._____________Publication approuvée par l’Ordinaire CANADA le numéro $0.35 Abonnement annuel $3.50 Etranger $3.75 FIDES.25 est, rue Saint-Jacques.Montréal-1 *PLateau 8335 FRANCE Abonnement annuel 900 francs *C.C.P.PARIS 7262.50 Société FIDES.120, boulevard Raspail.Paris (Vie) *Littré 7385 Autorisé comme envoi postal de deuxième classe.Ministère des Postes, Ottawa.- SOMMAIRE - Page IDEAL ET PRINCIPES Culture et fidélité Jean-Paul Pinsonneault 49 ETUDES CRITIQUES Brutus de Paul Toupin Jean-Paul Pinsonneault 54 La dernière porte de Claude Farrère Rol.-M.Charland.c.s.c.58 DOCUMENTS L’oeuvre d’Henri Bosco (A suivre) .Jacques Romane 61 FAITS ET COMMENTAIRES La Société Fides et la campagne du livre canadien Jean Champagne 65 NOTES BIBLIOGRAPHIQUES Littérature canadienne .68 Littérature étrangère .75 PANORAMA DU LIVRE Choix de nouveautés .84 BIBLIOTHECA Place à un rayon d’orientation dans nos bibliothèques scolaires (A suivre) Fr.Biaise Laurier, c.s.v.89 Liste des fiches de catalogue publiée en septembre 1952 95 En page de couverture : L'édifice des éditions Fides dont on fête ce mois-ci le 15e anniversaire de fondation. IDÉAL ET PRINCIPES Culture et fidélité Les définitions plus ou moins exhaustives de la culture foisonnent, et la délimitation des devoirs de la conscience chrétienne en face de cette dernière fait depuis longtemps l’objet d’études sérieuses de la part des penseurs les plus notoires.Le présent article n’a pas pour but de rééditer les conclusions de ces doctes essais, mais de tenter, dans le modeste champ de l’évolution intellectuelle au Canada français, une application à la fois loyale et compréhensive de quelques-unes des données primordiales du problème.La vraie culture étant une conquête ardue et laborieuse de l’épanouissement humain sur le plan intellectuel et volontaire, ou mieux le résultat tangible de cette conquête, peut se définir comme un équilibre auquel accède l’esprit humain et, partant, la civilisation dont il est le principe créateur quand, par une possession éclairée de leur objet formel spécificateur, l’intelligence et la volonté agissent dans la lumière transcendante du Vrai et du Bien.Certains idéologues férus de philosophie kantienne ou marxiste ont pu assigner pour tenue à l’effort humain l’édification d’un paradis matérialiste sur les ruines d’un univers vidé de l’idée de Dieu et se leurrer de la vision illusoire d’un vague éden posé comme une halte définitive au terme de la voie aride; et glorieuse du progrès; ils ont pu séduire les esprits par le mirage fascinateur d’un monde guéri de ses plaies, vainqueur de ses illusions et sacrifiant aux autels de l’homme divinisé.En définitive, ils n’ont fait que cultiver la chimère aux dépens de l’humain et river les chaînes de servitude d’une humanité promise aux splendeurs de la Grâce.L’univers concentrationnaire contemporain atteste hautement la fourbe et l’échec de ces soi-disant prophètes.Contrairement à ces théories d’appât, la philosophie chrétienne enseigne qu’il n’y a d’humanisme intégral, c’est-à-dire de culture achevée, que dans la prise de conscience par l’homme des valeurs spirituelles qui doivent déterminer l’orientation de sa recherche et constituer, au terme de l’aventure terrestre, sa récompense ultime.Pareille doctrine, on le devine, n’a pas pour mission de débrider les instincts, mais d’endiguer et de canaliser le flot des passions généreuses; elle ne saurait avoir pour fin immédiate la révolte de l’homme dans une orgueilleuse soif d’émancipation, mais l’initiation difficile et lente de l’être rationnnel à la contemplation de ces mystères de plénitude et de beauté que Dieu réserve à ceux qui l’aiment.Puisqu’elle représente un point d’équilibre aussi bien dans l’ordre du réel matériel que dans celui du réel spirituel, la culture, dans octobre 1952 49 le sens où l’entendent les esprits pour qui l’avènement eschatologique du Christ demeure autre chose qu’un mythe suranné, apparenté à ceux qui ont bercé d’illusions les peuples primitifs, la culture est d’abord et avant tout le résultat d’une option, d’un choix.Mais à ce compte, objectera-t-on, il devient impossible de parler de culture hellénique, assyrienne ou égyptienne, car les siècles de Périclès, d’Assur-banipal et de Ramsès II n’ont pu atteindre, sous le signe de la conscience chrétienne, ce point de stabilité et de civilisation profonde dont ils portent la marque glorieuse.Loin de nous l’intendon puérile de prétendre dénier à ces différentes étapes de l’évolution de l’humanité le prestige d’une éclatante culture et les mérites qui en font, au regard de l’histoire, des périodes d’indubitable épanouissement humain.Mais ces sommets de la culture antique, points d’arrivée et de maturation d’un effort uniquement orienté vers l’achèvement si je puis dire matériel de l’être rationnel, apparaissent, après vingt siècles de civilisation chrétienne, n’en déplaise à nos objecteurs, comme des demi-réussites comparables à cette Victoire de Samo-thrace aux ailes rongées et décapitée, que l’on ne contemple pas sans tristesse au musée du Louvre.A ces phases d’équilibre, comme à cette relique mutilée, il manque je ne sais quel esprit, quel couronnement dans l’intégrité et la perfection.Et c’est pourquoi un Michel-Ange ou un Rodin exhale un chant beaucoup plus pur qu’un Praxitèle ou un Phidias.Il en va de même si l’on compare le Parthénon à la cathédrale médivévale, le chef-d’œuvre anonyme dont nous parlions plus haut et VAnpe de VApocalypse de Charlier, un bas-relief du tombeau de Séti 1er à Thèbes et le Miserere de Rouault, le Promé-thée enchaîné d’Eschyle et la Jeanne au bûcher de Claudel.La supériorité du chef-d’œuvre moderne sur l’antique, dans les cas précités, tient au fait que celui-là apporte la réponse de l’Incarnation temporelle du Verbe de Dieu à l’attente séculaire dont celui-ci porte la trace angoissée et profonde.Est-ce à dire que la culture, depuis l’aube de Père chrétienne jusqu’à ce jour, a porté indéfectiblement témoignage d’une réalité étemelle et divine telle que le destin de l’homme ici-bas s’en trouve à jamais transfiguré?On aurait mauvaise grâce à le prétendre.Reconnaissons cependant qu’il en fut ainsi chaque fois que la culture sut demeurer subordonnée à la Révélation, fidèle à l’homme et à l’Etre tout-puissant, suprême ordonnateur des énergies mystérieuses de l’âme humaine.De cette fidélité faite de respect, d’adhésion fervente à la doctrine révélée, de prudence et d’obéissance humble à l’Eglise, sacrement terrestre de la Volonté étemelle de Dieu sur l’humanité rachetée, nous avons voulu faire le point principal de ce travail.D’aucuns, soucieux de promouvoir l’homme contemporain vers son propre achèvement et de favoriser chez lui une prise de conscience de son destin d’être responsable de lui-même et d’artisan de son propre univers, entendent supprimer toutes limites à une action soi-disant libératrice et tentent d’éveiller l’individu à une fausse notion de la liberté.Ces profanateurs de tout acabit sèment aux quatre vents 50 LECTURES Tête du David de Michel-Ange Tête de l’Hermès de Praxitèle Le rapprochement de ces chefs-d’oeuvre, témoins de deux époques de haute culture, atteste l’incontestable supériorité de l’art chrétien.La noblesse spirituelle et la saine vigueur du marbre michélangelesque l’emportent sur la beauté molle et presque efféminée de l’antique.l’ivraie de leurs doctrines sous le couvert d’un zèle inextinguible.A les juger sur l’apologie qu’ils font de leur personne et sur les louanges qu’ils affectionnent se décerner à eux-mêmes, ces mercenaires de l’esprit sont de nouveaux Spartacus.Ils viennent tirer le peuple ignare de ses chaînes et briser la servitude qu’une morale conformiste fait peser sur les faibles.L’homme n’a pas le droit, clament-ils, de compromettre bêtement son évolution par une obéissance aveugle aux directives d’une clique de moralistes dogmatisant en marge de la société, par une prudence qui ne prend racine que dans une pusila-nimité incurable, par un infantilisme mental dont vivent les exploiteurs attitrés de la gent ecclésiastique et par une résignation béate aux plus désastreuses échéances.Si l’existence de certains abus déplorables et l’habituelle jobarderie du public en matière de culture peuvent expliquer cette levée de boucliers en faveur d’une émancipation, elles ne la justifient pas, car le moyen le plus efficace de s’affranchir d’une tutelle gênante ne consiste pas à rompre des liens intangibles ou à rejoindre le camp de nouveaux maîtres, encore plus tyranniques que les premiers, mais à favoriser, sous le signe de la paix et de l’ordre, l’avènement d’un nouvel état de choses, plus accordé octobre 1952 51 aux aspirations légitimes de l’âme humaine.En voulant améliorer la condition présente de l’homme au prix d’une liberté dont ils prétendent cependant lui restituer le privilège intégral, ces libérateurs et leurs satellites sapent en profondeur les bases de toute vraie culture et compromettent sûrement l’issue de la démarche séculaire de l’humanité vers son épanouissement plénier.J.Caryl a défini la liberté comme le pouvoir de choisir mis au service du pouvoir de s’achever.Cette définition nous aurait plu davantage et, en un certain sens, nous aurait paru plus juste si son auteur avait établi le rapport non pas avec le pouvoir mais avec le devoir de s’achever.Quoiqu’il en soit, la définition de Caryl précise clairement que la liberté n’est point la licence, ainsi que risquent souvent de le laisser croire à leurs trop crédules disciples les théories abracadabrantes de tous les promoteurs d'une émancipation que nous dénoncions plus haut comme la manoeuvre équivoque d’un libéralisme intellectuel de mauvais aloi.La véritable culture, ainsi qu’il appert au terme de cet exposé général par trop succinct, est donc moins affaire de rupture violente avec des réalités spirituelles qui assignent un ordre à la recherche humaine que de fidélité indéfectible à ces valeurs supérieures.Il est ridicule de prétendre et plus encore de croire que l’humanité rachetée peut aujourd’hui accéder à la plénitude, dans la quête de son achèvement, en dehors des cadres déterminés par Dieu et par les voies encombrées et semées d’embûches d’un électisme dissolvant.La recherche d’un équilibre implique nécessairement une idée de choix, car il ne saurait y avoir de stabilité en l’homme aussi longtemps que, sollicité à gauche et à droite, il erre dans une perpétuelle indétermination et s’anémie dans une desséchante disponibilité.Quant au facteur déterminant de l’option humaine, il réside, ainsi que nous l’affirmions au début de cet article, dans le Vrai et le Bien, objets spécificateurs des facultés de l’âme.L’être rationnel court donc le risque de vivre écartelé aussi longtemps qu’il n’oriente pas sa quête sur l’étoile allumée au coeur de ses ténèbres par le Créateur lui-même.Aussi la crise des beaux arts qui sévit actuellement et les méfaits d’une technique qui prétend régenter l’homme et lui tenir lieu de conscience ont-ils pu inciter certains penseurs à croire que l’homme, exactement parlant, n’existe pas, « car il n’y a rien en lui qui permette de le définir, sinon cette liberté sans but et sans raison, activité déracinée, gratuité pure, simple fantôme de la liberté véritable ».Dans la postface de l’Horizon, Gabriel Marcel écrit : « L’humain lui-même, pour s’affirmer ou se maintenir en tant qu’humain, pour ne pas déchoir irrémédiablement, suppose un principe qui le transcende et qui ne le laisse pas réduire aux données de la raison naturelle.» Hélas ! avec quelle amertume notre monde contemporain n’expérimente-t-il pas que « la position de l’homme sans Dieu et contre Dieu conduit à la négation et à la destruction de l’homme », selon le mot de Berdiaeff, et que, quand l’âme s’abaisse, l’intelligence devient inféconde?Inspirés par le désir de réveiller à leur devoir de fidélité certains esprits fascinés par les élucubrations ronflantes de potaches 52 LECTURES émancipés, ces propos sur la culture seraient pur verbalisme s’ils ne recevaient aucune application dans un milieu où l’effervescence des esprits se fait déjà sentir.Nous sommes un peuple adolescent et, comme tel, le devoir nous incombe de nous prémunir contre une ferveur aveugle, une curiosité malsaine et un enthousiasme puéril pour toutes les manifestations d’une culture indubitablement décadente.Avec quelle bonne grâce et quelle gratitude ne devons-nous pas accepter les directives du Chef suprême de la chrétienté et des esprits les plus avertis, si l’on songe qu’elles ont pour but de suppléer à l’inexpérience d'une pensée encore à ses débuts et de lui éviter les fourvoiements et les atermoiements si faciles en pareil cas?A notre époque, seule l’Eglise peut-être conserve encore les clefs du véritable humanisme, de la véritable culture.II n’est pour s’en convaincre que de considérer l’impasse où s’engage chaque jour plus avant une société rongée par un électisme pourri et vouée à la plus ignoble déchéance sous le signe d’un libéralisme intellectuel fantasque.En conséquence, il importe donc au plus haut point que l’élite canadienne-française digne de ce nom s’applique davantage à orienter l’évolution culturelle de notre groupe ethnique dans le sens de l’immuable et de l’éternel qu’à en compromettre le développement et l’issue par une référence naïve et bornée à un dillettantisme émancipé et par un culte exagéré des idoles en vogue.Jean-Paul Pinsonneault VIoui/eauté LE GRAND PIERRE DE RIGAUD DE VAUDREUIL ET LA LOUISIANE par GUY FRÉGAULT, Ph.D.Cette nouvelle étude du vice-doyen de la Faculté des lettres de l'Université de Montréal porte sur une période d'environ 70 ans.Elle s'ouvre en 1687 quand Philippe de Rigaud de Vaudreuil arrive au Canada.Elle se ferme en 1755.Placée au coeur des événements dramatiques qui se bousculent en Nouvelle-France, la famille de Vaudreuil offre un point d'observation unique pour suivre les faits qui s'enchaînent au cours de cette période chargée d'histoire.484 pages, 4 h.-t.: $3.50 (par la poste: $3.75) octobre 1952 53 8429 ÉTUDES CRITIQUES Brutus1 Il est rare qu’une oeuvre littéraire canadienne ne déçoive pas le lecteur par quelqu’une de ces déficiences dont on a accoutumé de convenir qu’elles sont l’apanage nécessaire d’une littérature encore dans les langes.Par bonheur, la seconde pièce de M.Paul Toupin, Brutus, fait exception à cette règle et se révèle de prime abord comme une oeuvre achevée où les éléments de perfection l’emportent sur les défauts.Le verdict du jury qui, en dépit des intrigues d’une cabale montée par de sordides mercan-tis, décerna à l’auteur le Prix de Littérature de la Province, corrobore ce jugement.Loin de nous cependant l’intention d’inciter le lecteur de cet article à crier prématurément au chef-d’œuvre et (La Photographie Larose) à verser dans un enthousias- Pauï Toupin me délirant que le jeune dra- maturge tout le premier taxerait à raison de puéril et de ridicule.Le sens critique, le goût sûr et le culte du travail bien fait s’avèrent trop évidents dans Brutus pour que nous éprouvions le besoin de servir à son auteur un éloge obséquieux et faisandé de sa pièce.Il n’ignore ni ses ressources ni ses mérites et, à cause de cela même, nous aura gré de ne pas semer d’embûches son ascension en rééditant à son intention les clichés vides et ronflants que la critique décerna avec une outrageante prodigalité à l’auteur d’une œuvre dont le succès contribua indubitablement à consacrer chez nous une certaine forme de médiocrité littéraire : Tit-Coq.Le meilleur service qu’on puisse encore rendre à ceux que des dons exceptionnels prédestinent à une carrière éblouissante dans le champ des lettres, est de les apprécier à leur juste valeur et de les juger sur leurs mérites réels plutôt que sur les titres que leur découvre w?tS* 1.TOUPIN (Paul), Brutus.Pièce en trois actes et un épilogue.Montréal s.éd.[1952].147p.22.5cm.Pour adultes.54 LECTURES une admiration outrée à la reconnaissance de leurs compatriotes.Même si M.Toupin peut revendiquer de plein droit l’honneur d’avoir posé la pierre angulaire du temple de la tragédie au Canada français et, par là, d’avoir joué un rôle analogue dans l’évolution de notre littérature à celui de Jodelle écrivant Cléopâtre, il est certes trop intelligent pour ne pas s’inscrire en faux contre une ferveur équivoque qui prétendrait le proclamer l’égal de Racine.Voilà pourquoi nous laisserons à d’autres le soin de parer d’une rhétorique inutile et dérisoire leur jugement sur une oeuvre dont la pureté et l’austère beauté commandent la mesure et la sincérité.A l’instar des contemporains du Britannicus de Racine, d’aucuns se sont étonnés que l’auteur de Brutus n’eût pas choisi comme titre de sa pièce le nom du héros de l’oeuvre, en l’occurrence César.Il se peut que M.Toupin ait adopté le nom de l’assassin du rival de Pompée de préférence à celui de ce dernier parce que la pièce, dans les dimensions mêmes de son action, ne couvre intégralement que le personnage de Brutus dont le seul geste historique fut J’assassinat du vainqueur de Pharsale.Tout le personnage, avec ce que j’appellerais sa densité humaine, est dans ce régicide.Au regard de la postérité, Brutus n’est que le lâche conspirateur que nous a peint le dramaturge.Et, même si l’action du drame gravite autour du personnage de César, même si sa chute constitue le pivot de l’oeuvre, cette dernière ne nous offre qu’un aspect fragmentaire de la personnalité du héros romain.Où retrouver, dans le Brutus de M.Toupin, la fougue du jeune triumvir, l’âpreté du persécuteur implacable de Vercingétorix, l’énergie calme du dictateur, la ferveur de l’amant de Rome?Sous les traits de ce politique vieilli, déçu, dégoûté et cynique, à peine reconnaît-on le héros dont l’histoire a consigné le prodigieux destin.Voilà une hypothèse qui, je l’avoue, ne me parait pas dénuée de toute vraisemblance, mais il demeure possible qu’elle n’explique aucunement la préférence de l’auteur dans le choix de son titre.Si l’on considère maintenant l’étude des caractères dans Brutus, on a vite fait de discerner chez M.Toupin les lacunes d’une inexpérience dont il n’y a pas lieu de se scandaliser puisque notre compatriote n’en est qu’à sa seconde pièce.Des cinq personnages du drame, trois seulement possèdent une certaine consistance, une certaine individualité psychologique : César, Brutus et Porcia.Mais, au sein de cette trinité élue, une nouvelle discrimination s’impose, car le portrait de la femme du conspirateur est indubitablement plus terne que celui de ce dernier et celui du maître de Rome.M.Toupin a fixé d’un trait moins assuré et d’une encre plus pâle l’âme de l’épouse rongée par le souci de conserver l’amour de son mari et de conjurer le malheur qui plane sur le destin de l’être cher.Toutes marquées par la sincérité que soient les répliques que le dramaturge met dans la bouche de Porcia, elles ne jaillissent pas de la même veine profonde que les paroles amères du dictateur las de sa gloire, méfiant ot sceptique, que les propos enflammés de l’illuminé qui s’arroge la mission de venger Rome.Les sentiments de Porcia apparaissent tein- octobre 1952 55 tes d’une mièvrerie démodée et bien conventionnels si l'on prend la peine de les comparer à ceux de Brutus qui entend conspirer contre le tyran et non contre l'ami, qui s’interdit de souiller de lâcheté un geste qu’il croit guidé par l’honneur et qui n'assigne de limites à son dévouement que celles de ses illusions.Ces traits de faiblesse s’accusent encore davantage si l'on met en parallèle celui qui, au dire de Plutarque, mourut avec ce mot désabusé sur bs lèvres : « O vertu, tu n’es qu’un mot ! » et César.Du fond de la solitude où l’ont relégué les fastes d’un destin glorieux et unique, le conquérant de la Gaule accablé sous le poids de tant de victoires et de triomphes expérimente le dégoût d’une gloire âprement conquise et la fragilité des liens de l’amitié.Mais cela ne suffit pas à faire de lui un vaincu broyé par la vie.Réduit à cette extrémité et parvenu à l’heure de la seule véritable échéance, César conserve encore assez de grandeur d’âme pour que cette parole de Porcia ne soit pas vaine flatterie : « Vous êtes généreux et capable d’être heureux du bonheur des autres », et assez de la vanité du triomphateur romain pour souhaiter que ses funérailles tournent en carnaval et qu’il soit dit de lui, quand il ne sera plus, qu’il est mort au champ d’honneur de l’amour.Et que penser de cette sensualité bien romaine dont M.Toupin n’a pas oublié, de rehausser d’une touche discrète et très vraisemblable le portrait de son héros?Elle contribue à restituer au tableau dans son intégrité le caractère propre de l’âme de la Rome antique, fait à la fois d’orgueil, de force, de cynisme et de sensualité.Mais une question se pose.Le César de M.Paul Toupin n’est-il que romain ou n’emprunte-t-il pas à l’âme d’un monde où l’inquiétude désespérée semble devenue le signe caractéristique d’un désarroi moral généralisé?Il semble bien que le pessimisme qui empoisonne les derniers jours du maître de Rome soit un reflet assez fidèle du marasme dans lequel s’enlise de plus en plus l’homme contemporain et un écho non moins fidèle des philosophies de l’absurde dont la vogue prend chaque jour des proportions pius alarmantes.A la vérité, César paraît bien XXe siècle et quelque peu sartrien lorsque, à Brutus qui a jeté le masque, il s’adresse en ces termes : “Ta cause est perdue, parce qu’elle était trop belle.Toutes les belles causes sont vouées à l’échec.Pour réussir.tiens, voilà mon testament et publie-le avant que de mourir.pour réussir, il ne faut rien vouloir, ni rien faire.” Comme beaucoup de nos contemporains, César verse dans le pessimisme.Le passage suivant en fait foi.Alarmé par le délabrement des affaires de l’Etat, Brutus fait observer au dictateur qu'il ne vaque plus avec la même promptitude aux soins de la chose publique.Celui-ci lui répond : “Autrefois, autrefois ! oui.Aujourd’hui, c’est différent.11 y a un temps pour croire et un temps pour cesser de croire à ce qu’on croyait.Ainsi, Brutus, j’ai cru à plus de choses qu’il n’en existe; j’ai 56 LECTURES T cru, oui, à des choses incroyables : j’ai cru aux combats, aux victoires, aux conquêtes, aux capitulations, à l’ennemi vaincu, au , butin remporté, à mes entrées dans Rome délirante, j’ai cru à mon étoile, à ma fortune, à ma chance, à mon destin.J’ai même cru à l’amour.(Il fixe Brutus longuement).J’ai même cru à une chose ià quoi rien ne se compare, mais en laquelle plus personne ne croit, dont aucun dieu ne porte le nom, pour laquelle aucun sacrifice n’est célébré, qui n’est pas sur les autels, mais qui est dans le coeur.Oui, Brutus, j’ai cru à l’amitié.” » Après un court silence, Brutus objecte : “Les choses auxquelles vous ne croyez plus, César, elles existent quand même." Mais, sur le ton de quelqu’un qui en a marre, celui-ci coupe court : ’Tout existe, Brutus, tout, mais quand on croit.Pour les vertueux, la vertu existe.Pour les courageux, le courage existe.Pour les amis, l’amitié existe.” Dans l’épilogue, l’assassin, accompagné d’un conjuré, fuit désespéré.A son compagnon qui tente de le convaincre qu’il n’y a pas de déshonneur à perdre une bataille où l’ennemi est supérieur en tout, Brutus fait cette réponse empreinte du fatalisme le plus noir : IT1 n’y avait pas d’ennemi; il n’y avait qu’un ennemi et c’était mon destin ! Ce n’é’.ait pas César, ce n’était pas Antoine; c’était moi.Tout s’est lié pour me battre.Depuis ce jour fatal où César est tombé, je vais de malheurs en malheurs et d’échecs en échecs.Je n’ai plus d’espérance.Mon coeur est mort." Pour quel motif ferions-nous grief à M.Toupin d’avoir grevé ses personnages d’une inquiétude qui est nôtre et de n’avoir pas craint de créer un César assez éloigné du héros conventionnel dont les manuels d’histoire romaine et le Julius Cesar de Shakespeare lui-même nous offrent un portrait stéréotypé.En rapprochant de nous ses héros, le dramaturge canadien les a rendus plus humains, plus vrais et plus émouvants, car il a su éviter l’erreur de Bernard Shaw qui ne fit de César qu’un tuteur galant et un apprivoiseur de pupille.Il est regrettable cependant que leur rencontre ne laisse dans l’âme autre chose qu’un vague dégoût pour un monde où « tant de beautés marchent parmi tant de laideurs ».En définitive, le sort tragique de César apparaît ici préférable au destin de Brutus, la mort à la vie.Et c’est là, je pense, la grande faiblesse d’une oeuvre où éclatent en un style somptueux les dons magnifiques d’une intelligence lucide et les sortilèges d’un art très pur.* Jean-Paul Pinsonneault octobre 1952 57 La dernière porte' |*laude Farrère, de son vrai ^ nom Frédéric-Charles-Pierre-Edouard Bargone, fait certes figure de patriarche vénérable dans les Lettres françaises.Nous avons l’impression qu’il écrit depuis un siècle ! En effet, son premier roman date de 19031 2! Ecrivain.il fut de plus un conférencier très goûté.Quel amateur de la célèbre revue Conferencia ne se souvient d'avoir remarqué maintes fois en page frontispice la vignette de cet ancien officier de la marine à la barbe en pointe?Ceux qui ont trente ans et plus ont donc lu avidemment les ouvrages de Farrère.L’on y percevait dans le temps je !ne sais quel exotisme renouvelé et qui nous enivrait; c’était encore d’immenses fres- Claude Farrère clues navales que l’auteur nous dépeignait vigoureusement, de quoi enchanter nos imaginations toutes -,euves.Nous revivons quelque chose de ces joies d’autrefois en par' ourant le dernier roman qu’il vient de publier à l’âge de soixante-quinze ans.Le héros de la Dernière porte, comme il fallait s’y attendre, est un officier de la marine qui après une vie remplie de beaucoup d’activités joue sa toute dernière aventure, sa conversion à la foi de son enfance.Ici, nous ne pouvons que penser à une étape décisive dans la vie personnelle du romancier au moment de clore sa carrière.C’est une sorte de roman historique qu’il nous livre : il rappelle les principaux événements 1.FARRÈRE (Claude), La dernière porte.Roman.Paris, Flammarion (1951).390p.18cm.Dangereux.2.Voici la cote morale des principaux romans de Farrère : Pour lecteurs très expérimentés : L’Homme qui assassina.La Bataille, Mademoiselle Dax, Jeune Fille, Le Chef.Pour lecteurs formés : Les Hommes Nouveaux, Une Jeune Fille voyagea.A déconseiller à tous : Fumée d'Opium, Les Civilisés, Les Petites Alliées, L’Homme Seul (d’après Je choisis.mes auteurs.Editions Odilis.Paris, 1950.316p.) 58 LECTURES ¦ politiques de l’Europe depuis le début du siècle (1903-1937) tout en donnant à son héros le rôle qu’il aurait aimé jouer lui-même ou qu’il joua en partie.De toute façon il a cru bon de mettre en garde son lecteur : « Ce roman n’a strictement rien d’une autobiographie.» (p.143 infra).Hubert La Fresne débute dans la carrière marine durant onze ans et connaît par la suite la gloire et tous les succès.Tour à tour on le voit briller comme avocat, député, ministre de la Marine, faisant preuve d’une intelligence profonde des événements et d’un sens aigu de la prévision.Mais La Fresne est un politique violemment indépendant : dire toujours la vérité, envers et contre tous, et n’avoir qu’un souci : le bonheur du peuple et la grandeur du pays.Deux choses qui, trop souvent, vont mal ensemble.Aussi, après maintes tentatives de doter la France d’une marine forte, capable d’affronter les ambitions du Kaiser, fatigué de toutes ces stratégies de couloir.La Fresne donne sa démission.Il repasse en rétrospective ses cinquante ans, et la mélancolie s’empare de lui : “Je n’ai pas la Foi, voilà tout, révèle-t-il.Et je voudrais passionnément l’avoir.Car je vois bien quel immense réconfort elle offre aux Croyants.Mais je ne l’ai pas.[.] Je doute.Je doute de tout, et de ma propre existence, qui n’est peut-être qu'une illusion.Je doute, et je n’ai d’ailleurs jamais trouvé que ce doute désséchant fût le mol oreiller dont un grand docteur a parlé.— Allah est le plus savant, de lui répliquer Abdul-Medjid.Un autre docteur n’a-t-il pas écrit : “Tu ne me chercherais pas, si déjà tu ne m’avais trouvé’’?.(p.22).La Fresne ne s’est jamais marié : « La mer, comme l’apostolat, exige des hommes qui s’y donnent entiers ».Et pourtant plusieurs femmes ont croisé sa route.Outre un premier amour, resté celui-là tout à fait sur le plan idéal, deux femmes ont influencé sa vie : Mme Jonquemet, une pseudo-veuve dont le mari est le moins gênant et le moins existant des maris; elle s’en tient éloignée par un attachement éperdu pour La Fresne; et la Comtesse de Romani, une divorcée qui se permet toutes les aventures les plus hasardeuses et les plus originales, se livrant même à des psychoses en s’intoxiquant à 1 aide d une seringue.L’auteur ici tombe à pic dans le genre suranné et naguères si exploité des expériences de spiritisme.Notamment les deux chapitres intitulés Vendus à Satan et Rayons Sigma sont traités à la Jules Verne avec un sérieux qui n’est plus de saison.Maintenant qu’il se sent vraiment seul (il n’a pas d enfant né de sa chair), et pour tromper l’ennui qui le dévore, Hubert La Fresne part en voyage au Japon.Il y retrouve par hasard la femme de son premier amour; mais elle meurt en lui demandant pardon.“Elle m’a demandé pardon, s’interroge-t-il aveo mélancolie.Folie ! C’est moi qui aurais dû.Je lui ai ruiné sa vie, en lui faisant entrevoir des possibilités impossibles.Elle a cru que j’étais quelqu’un.OCTOBRE 1952 59 Elle s’est trompée.Ah ! dieux des dieux ! je lui aurais fait une belle vie, en l’entraînant avec moi d’échec en échec ! Dieu merci, elle s’est reprise à temps.Et depuis ?j’ai trouvé une fidèle et tendre compagne (Mme Jonquement).Je n’ai su que la désespérer, et la laisser prisonnière d’un fantôme.Puis est venue dans ma vie, portée par un sleeping de luxe, cette fantaisiste et sensuelle camarade de couchette et de divan (la Comtesse de Romani), qui est repartie Dieu sait où.A quoi m’attacher, dans ce cocktail de féminités que j’ai avalé sans jamais en rien goûter?Et ce serait ça.la vie?” (p.207).Un compagnon de voyage l’intéresse, l’évêque missionnaire de Yokohama qui l’emmène en Terre Sainte.C’est là que la grâce de la conversion le touche impérieusement, qu’il demande conseil et revient sans trop de difficulté à la foi.Bientôt malade du coeur, il succombera muni des sacrements de l’Eglise.L’histoire de ce monsieur ne laisse pas d’être dramatique, comme l’est d’ailleurs toute conversion véritable même si elle s’opère sur le tard.Toutefois, dans le cas présent, l’étude de cette évolution spirituelle se maintient plutôt sur le plan de la sentimentalité que sur celui de l’intellectualité.Cela est dû en partie à a facilité traîtresse du romancier : comme toujours, Farrère est si sûr de ses coups de pinceau que la peinture des traits extérieurs suffit à évoquer la plus complexe psychologie et lui épargne du coup tout autre effort d’explication dans un langage métaphysique.Sacrifiant à la mode du jour, Farrère fait débuter son roman dans une sorte de désordre chronologique, et lorsque son lecteur commence à voir clair, il lui laisse entrevoir avec trop de facilité le reste de la trame, la conversion de son héros.Double faiblesse dont il se rachète très heureusement grâce à la curiosité qu’il réussit à aguicher chez son lecteur par son talent même d’écrivain.Nous ne lui chercherons pas noise d’être antipétainiste : il cite bien comme artisans de la victoire les Joffre, les Lyautey, les Foch et d’autres encore, mais passe volontairement sous silence le nom de Pétain (p.144-145).Relent de haine encore que ce mot que l’on trouve à la page 14 : « Le bien qu’on fait à un peuple par l’appui des baïonnettes naguères ennemies est un bien qui n’aboutit jamais au mieux ».Dernier détail à souligner.Dans ce roman, il est question d’amour illégitime; cependant l’auteur sait y mettre tant de discrétion et tant de romanesque aussi que cet amour paraît quelque peu sublimé ou du moins fortement idéalisé.C’est magnifiquement refuser à l’art littéraire des libertés dont il est si facilement jaloux, et cela au nom des intérêts essentiels de l’être humain blessé par la chute originelle.Mais ce serait une erreur de penser qu’il ne reste pour autant aucun danger grave pour tout lecteur non mûri qui parcourerait ce roman.Rol.-M.Charland, c.s.c.60 LECTURES DOCUMENTS L'oeuvre d’Henri Bosco1 Hélas ! Suis-je de l’ombre ou bien de la clarté?(Henri Bosco).Le critique ne saurait se défier assez des constructions de son esprit.Il risque à chaque instant de déformer ou de fausser l’oeuvre d’un écrivain.Il est vrai que sa fonction est notamment d’éclairer sur son propre cas ce romancier ou ce poète qui ont mis dans leurs livres bien des choses qu’ils soupçonnent à peine.Le « J’attends qu’on m’explique mon oeuvre » d’André Gide n est pas qu’une boutade ! Mais de là à expulser plus ou moins discrètement de son oeuvre l’écrivain pour s’y installer en maître il y a de la marge.Je me souviens que parut pendant la guerre un petit livre consacré à Gustave Flaubert sous forme de citations commentées et préfacées par un prélat : l’auteur de Madame Bovary y était transformé en un petit saint.Il a dû rugir Hénaurme et se retourner dans sa tombe.Cela étant dit à propos des hésitations que peut causer une lecture suivie de l’oeuvre d’Henri Bosco.Rien de plus gratuit à première vue que ces livres faits des jeux de l’ombre et de la lumière, de la lutte entre les puissances du rêve et les exigences de la raison humaine.Mais ces jeux qui arguaient si souvent du conscient, de l’inconscient et du subconscient ne seraient-ils pas pour l’écrivain lui-même une sorte d’exa.nen de conscience?Point de vue difficile à admettre quand on lit tant de pages où Bosco, prodiguant la richesse et la variété du style, ne paraît soucieux que de beauté esthétique.Jusqu’au jour où l’on rencontre cette note liminaire des poèmes le Roseau et la source : « il ne faut pas demander à ces vers autant que l’on peut exiger des fictions romanesques de l’auteur.La plupart n’en sont, en effet, que les notes marginales.L’expression du vrai sens que l’oeuvre jusqu’à ce jour propose, c’est dans ces fictions romanesques qu’il sera prudent de ia rechercher .».Ainsi donc le Sanglier, l’Ane Culotte, Hyacinthe, le Mas Théotime, un Romeau de la Nuit, d’autres encore ont un sens, celui qu’on leur soupçonnait : une recherche spirituelle incessante, un désir d’enrichissement moral, une aspiration vers l’Absolu, dissimulés sous les sortilèges d’une plume qui joue avec les images comme un enfant fait au soleil avec ses bulles de savon.Cela vaut d’être considéré de près.Henri Bosco n’échappe pas à la loi commune et il cherche, dans les méandres de son oeuvre, à toucher un Dieu.Est-il d’éducation catholique?Croyait-il ou non quand il se mit à écrire?Je ne sais.Mais qu’il ait tenté pour son compte et avec des moyens assez semblables à ceux du Surréalisme une révolution qui devait le faire naître à la Lumière paraît évident.1.Cet article est paru dans la Revue Nouvelle du 15 février 1952.OCTOBRE 1952 61 Il faut sc rapporter au Surréalisme pour approcher Bosco, même si celui-ci s’en défend.Aujourd’hui que l’école de Guillaume Apollinaire et d'André Breton, toute vivante qu’elle reste, a déjà trouvé ses historiens, on peut dire comme l’affirmaient ses théoriciens, mais on avait peine à les croire, qu’elle cherche à atteindre une certitude métaphysique.L’Art, spécialement celui de la Poésie, devient une expérience qui, par delà l’entendement et les voies de recherche jusqu’ici acceptées, veut accéder à l’Absolu.Mais le moyen?C’est de libérer l'homme des contraintes et des habitudes d’une civilisation utilitaire, de l’emprise de la pensée qui étouffe la spontanéité : retrouver les forces instinctives en déroutant l’homme et en tournant le dos à l’intelligence.Seule, en effet, l’intuition permet d’atteindre aux sources mêmes de l’être, à ce subconscient où gisent nos forces refoulées par la raison.Suggérer le mystère de l’inconscient, bouleverser le réel, telles sont les deux directions avouées du Surréalisme, les conditions préalables à cette « Pentecôte poétique » attendue par Louis Aragon.La difficulté est d’obtenir de l’homme, jusqu’ici animal raisonnable, qu’il renonce au rationnel et au réel pour se laisser aller à la toute puissance du rêve, qu’il abolisse en lui l’esprit critique pour céder au merveilleux, qu’il s’aventure dans les châteaux hantés et les grottes obscures, qu’il s’adonne au « stupéfiant » image dont le « vice » appelé Surréalisme fait systématiquement un emploi déréglé.C’est à ce prix que l’homme réalisera pleinement sa vie intérieure, reflet du Cosmos dans lequel il doit se fondre pour connaître sa destinée et atteindre à l’Unité.Intéger l’irrationnel au réel, autrement dit faire la synthèse du sous-réel et du réel, faire du rêve la réalité, telle semble être la doctrine du Surréaliste.On devait la rappeler brièvement parce que Bosco a recouru à ces procédés et que ce serait un jeu de montrer à chaque page de son oeuvre l’abondance du vocabulaire surréaliste : fantôme, mystère, rêve, sortilège, fièvre, enchantement, merveilleux irréalité, incorporel, hantise, incantation, magie et magnétisme, astrologie et cosmos, refoulement et phantasme, exase et délire sont les mots clés d’Henri Bosco.Nous n’en conclurons pas qu’il est surréaliste et confrère d’Aragon.Il se distingue des surréalistes dans la mesure où ceux-ci refusent, après l’expérience du gouffre, de remonter à la lumière de la conscience et de la raison.Car les Surréalistes auront beau dire avec Artaud qu’ils ne s’abandonnent à la fièvre des rêves que pour en tirer de nouvelles lois, leurs oeuvres témoignent généralement d’une confusion systématique entre l’Ombre et la Lumière au profit de celle-là.Aragon l’a reconnu, « capter les forces profondes de l’être pour les soumettre, s’il y a lieu, au contrôle de notre raison.» Pour Bosco ce « s’il y a lieu » est de trop.Cette « gymnastique mentale » dont parlent aussi les surréalistes devient, pour la plupart d’entre eux, un but.Elle leur suffit.Pour Bosco elle n’est qu’un moyen d’investigation.Bosco sait bien que, s’il peut être utile d’inspecter l’inconscient, il est nécessaire d’en revenir, que c’est sur notre conscience que nous se- 62 LECTURES rons jugés, que c'est par elle que nous gardons notre qualité d'homme.Aussi toute son oeuvre est-elle, en dépit des chutes dans le gouffre et des complaisances envers les sortilèges, une lutte pour toujours « raison garder ».Dans quelle mesure doit-il cette sagesse à la foi chrétienne et à cette bonne « terre romane », la Provence qu’il n’a cessé de célébrer?Terre gréco-latine, fille d’Homère et de Virgile, la Provence, terre de raison et d’harmonie, n’est pas insensible aux mirages ni à l’attrait des forces obscures.On le voit bien dans Mistral que Bosco ne renierait pas : alchimie et astrologie, fées et lutins, bohémiens insaisissables, saints réels ou légendaires, la Provence les admet tous en s’en défendant toujours.Dans une de ses premières oeuvres, le Sanglier, Henri Bosco en convient déjà : « Depuis plusieurs années j’avais rêvé éperdûment devant cette forte montagne où le moindre rocher.implique le surnaturel.Et je l’aimais.Mais il y avait ce fait, dangereux pour la liberté de mon âme, que des événements, dont aucun ne l’emportait en tragique sur le plus sobre de mes rêves, avaient cependant décelé, dès le premier contact, que j’étais inégal à leur sauvagerie.Il fallait donc partir.» Puis parut l’Ane Culotte dont l’atmosphère irréelle rappelle souvent le Grand Meaulnes.Ici, un mysticisme assez trouble commande toute activité humaine.On sait que Cyprien use et abuse d’une puissance mystérieuse pour fonder la Fleuriade sur une terre stérile.Les incantations^ de son roseau magique dompte les bêtes sauvages.« Du moment qu’on raisonne, on est perdu.Dès qu’on examine une loi on en viole les mystères.Il faut obéir sans discuter aux ordres des puissances supérieures, si l’on ne veut pas se trouver un beau jour, seul, égaré dans ce pays terrible de la liberté, où l’on ne peut plus compter que sur soi-même, c’est-à-dire un peu sur le démon.Car alors on passe le pont, on le franchit fatalement, dès que la crainte religieuse qu’on attache aux défenses obscures s’est dissipée.» Seul, un vieux prêtre, qui ne saurait s’accorder aux passions de la terre, refuse d’obéir à des « raisons sacrées » et rappelle à Cyprien la nécessité de la prière.Prier?Mais qui?prier la terre?Pourtant le romancier nous montre ce vieil homme puni pour avoir abusé du pouvoir obscur qu il porte en lui.Ayant capté les courants de la Terre il en avait fait la Fleuriade.Le voilà envahi lui-même comme l’apprenti sorcier.Il est privé du surnaturel et son âme avec le catéchisme.Tout prêtre, tout catéchiste qui veulent un « catéchisme en plein dans la vie » reconnaîtront aisément, après la lecture de cette courte brochure, que ce programme doit être appliqué de toute nécessité.Mariologie R1CHOMME (Agnès).Notre Rosaire — Blanc, rouge et or.2e édition.Paris, Ed.86 LTCTURFS Fleuras [1952].123p.13cm.(Coll.Prière et joie).$0.50 (par la poste $0.55).Ce livre présente les mystères du Rosaire comme une histoire en trois parties, qui sont les événements de la vie de Jésus et de sa Maman.Chacun de ces événements constitue un chapitre de cette belle histoire racontée avec beaucoup de détails susceptibles de plaire aux enfants et surtout de faire naître ou de développer en leur âme l’amour de Notre Seigneur et de Notre Dame.Missions - Conversions ROSSI (Giovanni).Traqués par Dieu.Traduit de l’italien par M.Bourrette-Serre.[Paris] Bonne Presse [1952].255p.20cm.$2.25 (par la poste $2.35).C’est un recueil de confidences, presque de confessions, extrêmement varié, puisque chacun de ces hommes traqués par Dieu parle lui-même de sa conversion au catholicisme.Aucun d’eux n’a suivi le même chemin que l’autre.Ce ne sont point les hommes qui vont au-devant de Jésus-Christ, mais c’est Lui qui va au-devant d’eux.SCIENCES APPLIQUEES BOIGELOT (R.).L’infirmière et sa mission dans le monde moderne.3e édition entièrement remaniée.Tournai, Paris, Casterman, 1951.166p.h.-t.19cm.(Coll.Pro Familia, hors-série).$1.75 (par la poste $1.85).Voici, dans un style clair et dans un exposé concret, un vé- ritable traité de morale professionnelle pour infirmières.L’auteur fait montre d’une connaissance approfondie des problèmes qui se posent à la conscience des infirmières.BEAUX-ARTS Miniature d’un manuscrit français Musique PERRODON (J.), p.s.s.Notre beau chant grégorien.Les modes grégoriens le rythme grégorien — Exemples tiré*- du paroissien romain.Lettre-préface de S.Exc.Mgr Courcoux.Paris, Office Général du Livre [cl945].270p.19cm.$1.25 $1.25 (par la poste $1.35).Le but de cet ouvrage est de contribuer à faire goûter, dans le octobre 1952 87 cadre des modes grégoriens, notre chant liturgique, en suggérant l’intelligence de sa beauté, éminemment spirituelle, essentiellement priante, source de vie chrétienne.« Au demeurant quelque chose de très simple, de très hum-bie, de très vrai, d’une sincérité qui s’impose.Aucun étalage de vaine science; rien qui sente la thèse ni l’admiration de commande, aucun essai de « pression » sur le lecteur.De simples causeries « entre amis », à l’abandon, comme au cours d’une promenade d’art et de prière.Bref quelque chose de fort aimable en même temps que très instructif.» (Dom Gajard, o.s.b.) LITTERATURE Roman ANGELANNE (Raynaud d’).Bonheur-du-jour.Paris, Gau-tier-Languereau, 1952.254 p.18.5cm.(Coll.Bibliothèque de ma fille).$1.25 (par la poste $1.35).Roman truffé d’invraisemblances et de coups de théâtre.AURENCHE (Henry).Mère inconnue.[Paris] Bonne Presse [1952].191p.19cm.(Coll.Etoiles).Ce roman, bien construit, écrit avec beaucoup d’humour et de sensibilité, campe des personnages très attachants.D’amusantes caricatures de mauvaises langues y sont exactement tracées.Un récit plein d’intérêt, un roman de la province alerte, dru, malicieux, plein de charme.Madame d’Epinay par Carmontelle (1760) V&tf BIOGRAPHIES VALENTINO (Henri).Une femme d’esprit sous Louis XV : Madame d’Epinay (1726-1783).Paris, Librairie Académique Perrin, 1952, 345p.h.-t-18.5cm.Appelle des réserves Etablie à l’aide des Mémoires et des Correspondances du temps, cette biographie de Mme d’Epinay est une véritable résurrection de la société parisienne, telle qu’elle vivait, aimait, pensait et parlait au milieu du XVIIIe siècle, et aussi du monde intellectuel où brillent Rousseau, Voltaire, Diderot et autres célébrités.88 LECTURES BIBLIOTHECA Place à nn rayon d’orientation dans nos bibliothèques scolaires !l I Je me réjouis grandement de constater que les bibliothécaires s'intéressent à l’orientation au point d'organiser un carrefour sur les livres d’orientation.Et tous les orienteurs se réjouiront avec moi.Toutefois, dois-je ajouter que les idées émises au cours de cet entretien ne représenteront pas nécessairement celles de l'AOP.Si dans vos bibliothèques, vous réussissez à introduire, pour nos adolescents et adolescentes, des ouvrages de choix sur l’orientation, vous aiderez sa cause, car elle se cherche encore dans la plupart de nos maisons d'enseignement à travers la Province; vous aiderez les orienteurs à la faire bouger au sein même de nos systèmes scolaires.Si l’orientation est lente à pénétrer à l’école, au collège et au couvent, si la majorité de nos institutions s’obstinent encore à l'organiser systématiquement, nos bibliothèques scolaires, enrichies d’un rayon d’orientation, seront peut-être une porte d’entrée pour ces hommes et femmes du métier auxquels on refuse le droit de cité dans un trop grand nombre d’établissements ou d’organisations scolaires.Et cela au préjudice des talents qui se perdent ou qui se gaspillent.Et c’est ainsi que sans préjudice pour votre profession — car vous trouverez toujours chez un orienteur, un collaborateur dévoué et sincère — vous aurez contribué à faire disparaître, dans la mesure du possible, cette situation déplorable que décrivait M.Esdras Min-ville en 1946, devant les délégués des Chambres de Commerce de la Province.« A l’heure actuelle, disait-il, nombre de jeunes gens, faute d’avoir pu s’orienter avec un minimum de certitude, fréquentent des écoles pour lesquelles ils ne sont pas faits et, une fois lancés dans la carrière, ne donnent que la moitié de leur mesure parce qu’ils sont des dépaysés dans leur propre profession.L’ORIENTATION PROFESSIONNELLE bien comprise pourrait remédier à cette situation.9 (Bulletin d’Orientation, Volume 1, numéro 3, 1951 : couverture).Situation que l’ACFAS en 1949 qualifiait de « lacune préjudiciable » au progrès des Canadiens d’expression française et qui l’a porté à émettre le voeu suivant : 1.Conférence prononcée devant les membres de l’A.C.B.F., le 15 mars 1951.OCTOBRE 1952 89 « Que soit organisée chez nous l’ORIENTATION PROFESSIONNELLE à tous les degrés de l’enseignement, en même temps qu’une campagne d’éducation auprès des enfants, des parents, des éducateurs, des industriels et des hommes d’affaires ! » (Bulletin d’O-rientation, Volume 1, numéro 2, 1950: couverture) Voeu que reprenait l’ACELF — Association canadienne des Educateurs de Langue française — à son Congrès national en 1950 : c Que l’ORIENTATION SCOLAIRE ET PROFESSIONNELLE soit partout organisée, de telle façon qu’aucun de nos nombreux et beaux talents ne se perde ! > (Bulletin d'Orientation, Volume 1, numéro 2, 1950: couverture) n Mesdames, Messieurs, il arrive souvent qu’on se méprenne sur le sens des mots.Pour illustrer ma pensée, voici une boutade au sujet de la psychologie du rendement.Un industriel désireux d’activer ses affaires, fait venir un expert en efficience.On étudie la situation.A la suggestion du spécialiste, on affiche, dans toutes les pièces de l’usine, des pancartes sur lesquelles on peut lire le mot d’ordre suivant : Ne remets pas à demain ce que tu peux faire aujourd’hui ! Quelques jours plus tard, notre expert vient s’enquérir des résultats de la méthode.L’industriel en colère le flanque à la porte.Les résultats ! Dès le premier jour de l’expérimentation, cinquante de ses employés s’absentent sans raison; huit contremaîtres prennent congé en vue d’une excursion de chasse; et le pire, sa secrétaire privée s’enfuit avec le comptable et la caisse.Trois expérimentations sur des hommes qui se méprennent sur le sens des mots ! Je sais fort bien que les bibliothécaires, les éducateurs et les parents ici présents ne se méprendront pas sur le sens de mon sujet : Place à un rayon d’orientation dans nos bibliothèques scolaires! Il s’agit, vous le devinez, d’une suggestion, d’une possibilité, et en ce qui me concerne, d’une conviction profonde.Toutefois, pour plus de précision et de clarté, il convient, je pense, de définir certains termes.Commençons par celui qui me semble le plus important : orientation.A.Son sens 1.Ce qu’elle n’est pas Disons tout d’abord ce que cette inconnue n’est pas.Elle n’a rien de commun avec une prédiction horoscopique ou une formule algébrique; elle diffère de la sélection qui soumet des candidats à des examens d’entrée pour retenir les uns et refuser les autres; elle n’est pas synonyme de formation, mais comme toute orientation précède et suit une période de formation, elle s’intégre bien dans la formation générale; elle ne s’apparente pas aux bons conseils donnés 90 LECTURES au hasard par le premier venu; elle ne se confond pas non plus avec les tests ou les inventaires de la personnalité.2.Ce qu’elle est Chez nos voisins du Sud, on a longuement disserté sur la nature de l’orientation.On en a multiplié les définitions et les distinctions.Dans les voeux déjà cités, il était question d’orientation scolaire et d’orientation professionnelle.Donc, déjà deux formes d’orientation, chacune étant déterminée par un qualificatif.Je voudrais vous proposer, ce soir, une définition de l’orientation— sans déterminant, sans qualificatif, et qui tienne compte d’un certain nombre de principes que je crois fondamentaux.On peut les réduire à dix.Les voici : 1.L’unité substantielle et indivisible de la personne humaine.2.L’assistance individuelle — qui se manifeste surtout dans une suite d’entrevues.3.La liberté individuelle — non pas d’une liberté absolue, mais de la vraie liberté.4.La responsabilité personnelle — corollaire d’une vraie liberté.5.La marge possible d’erreur — dans un choix s’appuyant sur des probabilités fondées sur des indications sérieuses, mais nécessairement incomplètes.6.Les différences individuelles — ce qui/ compte après tout, ce sont les différences en plus ou en moins.7.Les différences objectives et circonstantielles du milieu.8.L’assistance continuée — favorable à une adaptation progressive, facteur de perfectionnement et d’excellence.9.La vocation de la personne humaine au bonheur.10.La compétence — ce qui veut dire plus que la distribution de bons conseils donnés au hasard et par le premier venu.Le développement de ces principes dépasse le cadre de cette causerie.Qu’il nous suffise de les intégrer dans la définition1 suivante : L’ORIENTATION EST LE PROCESSUS QUI CONSISTE A AIDER UNE (2)2 PERSONNE (1) A CHOISIR (3) UNE LIGNE (7) DE CONDUITE (4) QUI SEMBLE MIEUX CONVENIR (5) A SES DIFFERENCES INDIVIDUELLES DE CARACTERE, DE PERSONNALITE, D’APTITUDES ET D’IDEAL (6), ET A CONTINUER CETTE ASSISTANCE AUSSI LONGTEMPS QU’ELLE EN AURA BESOIN (8) : CE PROCESSUS VISANT A FAVORISER SON 1.Biaise LAURIER, c.s.v., Le problème de l’orientation, dans Les Conférences Pédagogiques, 6 (1949-50) 111-140.2.Ces numéros correspondent aux principes énumérés plus haut.OCTOBRE 1952 91 DEVELOPPEMENT PERSONNEL, LE SUCCES DE SA VIE, SON BONHEUR TEMPOREL ET SA DESTINEE ETERNELLE (9) (10 : pour le tout).En somme, de quoi s'agit-il?L’essence de l’orientation, c’est d'aider une personne à faire un choix, à prendre une décision.Pour cela il faut la connaître.Il faut aussi l’aider à se connaître elle-même; à établir le bilan de ses potentialités et de ses limitations; à étudier et analyser les lignes de conduite qui s'offrent à son choix; à trouver une relation valide entre ces deux catégories.Enfin, il faut l’amener à faire son choix en fonction de cette relation.Pour donner cette assistance, il faut être compétent.Et voilà pour l’orientation — sans dé terminant.B.Ses espèces Cette définition est générale, il faut en convenir.Elle se précise aux diverses lignes de conduite que l’on peut décrire au moyen d’un déterminant ou d'un qualificatif.L’on aura ainsi un terme spécifique qu’il suffira d’accoller au terme générique : orientation, pour déterminer les variétés d’orientation.Par exemple, s’agit-il d’aider une personne à choisir : 1.Un état de vie, une carrière ou un métier, on a Y orientation professionnelle.L’idée de vocation s’attache au choix d’un état de vie; 2.Une école, un programme, des cours, on a Yorientation scolaire; 3.Des activités récréatives, on a Yorientation des loisirs; 4.Des amis, des compagnons, un conjoint, on a Yorientation des relations interpersonnelles; 5.Des activités au sein de la société dans le but de servir son milieu, on a Yorientation de l’action sociale; 6.Une ligne de conduite propre à résoudre ses conflits et ses luttes de toutes sortes, on a Yorientation personnelle; 7.Les groupements de piété et d’action catholique, on a Yorientation de l'action religieuse et catholique.C.Son rayon Cette nomenclature montre que le domaine est vaste.Et les ouvrages et la documentation portant sur certains de ces sujets ne manquent pas.Place à un rayon d'orientation signifie qu’il est possible d’organiser un rayon — composé de livres, brochures, tracts, dépliants — qui s’adaptera, s’intégrera à ce que l'on possède déjà dans nos bibliothèques.D.Sa bibliothèque Par bibliothèques scolaires, j’entends les bibliothèques que nous trouvons dans nos écoles, collèges et couvents : celles qui sont très bien organisées et qui sont dirigées par des hommes ou des femmes du métier, i.e., des bibliothécaires; celles aussi qui sont 92 LECTURES moins bien organisées, qui ont à leur tête un professeur dévoué et consciencieux, mais dont les connaissances en bibliothéconomie sont peut-être limitées.Faut-il ajouter celles qui sont pauvres, mal organisées, sans aucun système de classification, avec un acheteur ou un distributeur de livres n’ayant aucun égard pour les besoins de la clientèle dont il est responsable?Ici j’hésite.Ces bibliothèques pauvres et sans attrait sont encore trop nombreuses.Mais à cause de cela, faut-il priver les élèves de la joie de lire des ouvrages qui les préparent à leur métier d'homme ou de femme?Qu’il y ait place à un rayon d'orientation dans nos bibliothèques scolaires, on ne doit pas en douter.Mais voici la question qui se pose : de quoi se composera ce rayon?III De prime abord la composition de ce nouveau venu n’est pas facile à déterminer, ou plutôt disons qu’elle est soumise à la conception qu’on se fait de l’orientation et du rôle que peuvent jouer le livre et la documentation dans ce domaine.A.A sa place ! De même qu’on ne saurait substituer ni le tableau noir, ni le tableau blanc, pas même le manuel, au maître dont l’enseignement est pénétré de cet influx vital et de cette expérience pédagogique qui animent et éclairent les connaissance; ainsi on ne saurait remplacer ni l’orienteur, ni le conseiller, encore moins le directeur de conscience, par le rayon d’orientation.Le nouveau venu sera à sa place, si l’on s’en sert comme d’un instrument pouvant fournir à nos adolescents et adolescentes des renseignements sur eux-mêmes d’abord, et ensuite sur toute matière de nature à aider l'orientation de leur vie.B.En ordre.! Dans ce rayon, il faut mettre de l’ordre.Il s’agit de classification.On sait ce qu’il peut y avoir d’artificiel dans une classification, surtout lorsqu’il s’agit d’éléments qui ont trait au problème de l’orientation d’un adolescent ou d'une adolescente : un être humain, un tout vivant, substantiel et indivisible, une personnalité complexe, mais une dans sa complexité, et dont les actions et réactions, si diversifiées soient-elles, s’incarnent dans son être animé du souffle divin.Toutefois, sans perdre de vue la personne humaine de notre adolescent, il y avantage, semble-t-il, à diviser le domaine qui nous occupe.La division que je propose découle des diverses lignes de conduite qui s’offrent à nos adolescents et que nous avons déjà analysées brièvement.Pour ne pas mutiplier les catégories, il convient de grouper les lignes de conduite en trois grandes classes : celles qui ont trait octobre 1952 93 a) A Y orientation professionnelle; b) A Y orientation scolaire; c) A \'orientation d'un style de vie.Ainsi, notre rayon d’orientation pourrait contenir des livres et de la documentation portant sur : a) Les états de vie, les carrières, métiers, professions; b) Les écoles, collèges, couvents, programmes, matières, cours, enseignement; c) Le style de vie propre à l’adolescence.Pour résumer nous aurons trois sections : a) La section-carrières; b) La section-études; c) La section-style de vie.Encore une fois, cette classification n’a rien d’arbitraire.On pourra, si l’on veut, ajouter d’autres sections, ou subdiviser celles qui sont proposées ici.Rien de rigide.D’ailleurs, il ne sera pas rare de constater que le même volume peut, à cause de son contenu, se classer dans l’une ou l’autre catégorie.(A suivre) Fr Blaise Laurier, c.s.v.Nouvelles Congrès des bibliothécaires à Sherbrooke L’Association canadienne des Bibliothécaires de Langue française (A.C.B.F.) tiendra son 8e Congrès annuel dans la Ville de Sherbrooke du 11 au 13 octobre prochain.Le thème à l’étude est le suivant : Bibliothèque et Education.Ce n’est pas seulement l’importance toujours grandissante d’une association comme l’A.C.B.F., mais l’actualité même d’un tel thème qui attirera cette année vers la Reine des Cantons de l’Est des congressistes de tous les coins de la province et du pays.On a appelé avec raison les bibliothèques les Universités du Peuple et elles conquièrent, en effet, au Canada français comme ailleurs, une place de plus en plus grande dans la vie culturelle.On ne saurait donc trop insister sur l’intérêt du prochain congrès de Sherbrooke, où des spécialistes traiteront des divers aspects de la fonction éducative des bibliothèques.Il ne s’agira pas que d’un exposé de principes sur la « Mission culturelle de la bibliothèque publique » ou sur le « Rôle des bibliothèques paroissiales »; mais on abordera les problèmes concrets : « Création d’une bibliothèque publique », « Expériences à l’étranger », « Réalisations canadiennes », multiples projets, etc.Nouveau traité international du droit d’auteur Les représentants de 40 pays ont terminé en septembre dernier la rédaction d’un nouveau traité international visant à con- 94 LECTURES solider la protection des droits d’auteur à travers le monde libre.Le nouveau traité, connu sous le nom de c convention universelle des droits réservés », prévoit peu de changements importants dans les nationales des pays signataires.Mais il garantit, pour la première fois, que les oeuvres libérales, scientifiques et artistiques étrangères recevront la même protection des droits d’auteur dans la plupart des pays du monde libre que ces pays accordent aux oeuvres de leurs propres citoyens.La convention a été rédigée à une conférence de trois semaines tenue à Genève sous les auspices de l’UNESCO.La convention établit un minimum universel de 25 ans pour la protection des droits d’auteur accordée à toutes les oeuvres d’auteurs étrangers et domestiques dans leur langue originelle.Mais chaque gouvernement devra décider si la période minimum de 25 ans commencera à la date de publication ou à la date de la mort de l’auteur.La convention entrera en vigueur trois mois après sa ratification par 12 pays, dont quatre nations appliquant le système américain de droits d’auteur.Fiches de catalogue éditées par Fides Edition du 1er septembre 1952 NUMERO AUTEUR TITRE 52-E289 52-290 52-291 52-292 52-293 52-E294 52-295 52-E296 52-297 52-298 52-299 52-300 52-301* 52-E302 52-303 52-304 52-305 52-E306 52-307 52- 308* 53- 309* Autiuil, L.d Barabé, OMI Bernier, Mme Blais, Gérard Boutin, omi Le serment de Jacques (1950) Perfection.Méthodes et modèles (1946) Le château des illusions (1949) La pénitence, ie plus humain des sacrements (1950) Petit traité pratique des passions humaines (1952) Chevalier, H.E.Le patriote (1952) Crouzet, J.Poésie au Canada (1946) DesOrmeaux, D.Jusqu’au bout (1952) Estienne, Y.Les invités de la Pentecôte (1952) Fortin, Donat Science à vendre (1951) Gagnon, E.s.j.L’homme d’ici (1952) Gratry, A.orat Les sources (1946) Hébert, J.Autour des trois Amériques (1952) Henri, Frère Vie brève! Vie ardente! (1952) F.J.F.Renseignons-nous (1950) Lafond, M.esc Au service des gars (1952) Lapointe, G.cfs Le père Eugène Provost (1951) Marchand, L.A nous deux mademoiselle ! (1952) Marion, S.Les lettres canadiennes d’autrefois (1949) Mathieu, G.Messages aux malades (1952) Morlion, F.op.L’apostolat de l'opinion publique (1944) OCTOBRE 1952 95 52-310 Proulx, G.52-311 Rumilly, R.52-312 Sheen, F.Mgr Chambre à louer (1951) Le Frère Marie-Victorin et son temps (1949> Les sept vertus (1949) Edition du 15 septembre 1952 52-E313 Auteuil, M.L.d’ Mémoires d’une souris canadienne (1950) 52-314 Barabé, P.H.Obstacles, comment les vaincre (1943) OMI 52-E315* Bernard, Harry ABC du petit naturaliste canadien (1940) 52-316 Bernier, Mme Dans la nuit sombre (1942) 52-317 Bernoville, Basile Moreau et la congrégation de Ste-Croix Gaétan (1952) 52-318 Bousquet, J.op.Le diable apparait à Saint-Tristan (1952).52-319 Carmel, Aimé Sur lu route d’Oka (1952) 52-320 Duguay, Mme Comment j'éduque Paul et Marie (1952) 52-E321 F.J.F.Cultivons-nous (1949) 52-E322 F.J.F.Instruisons-nous (1950) 52-323** Krzesinski, A.La culture moderne est-elle en péril?(1944) 52-324 Lapointe, L.G.Le moulin au crochet (1950) 52-325 Marion, S.Origines littéraires du Canada français (1951) 52-326 Martin, G.Tentations (1948) 52-327 O’Neil, L.C.Contes de Noël (1951) 52-328 Quentin, Pol Destins ironiques (1950) 52-329 Reid, G.Il vit en face (1951) 52-330 Robinson, H.Le cardinal (1951) 52-331* Scharsch, P.omi La confession moyen de progrès spirituel (1949) 52-332* Sheen, F.Mgr La croix et les béatitudes (1948) 52-333 Taillon, Fr.esc Au service de la culture française en Acadie (1952) 52-334 Versailles, G.Je suis Marie ou Celle qui vient (1952) 52-335 Villeneuve, L’un des vôtres.(1945) J.M.R.omi Card.indique les séries de plus de 5 fiches.TABLE ALPHABÉTIQUE DES NOMS D'AUTEURS Page ANGELANNE (R.) 88 AURENCHE (H.) 88 BARRE iT (B.) 83 BERTHET (H.) 84 BIOT (Mgr) 75 BOIGELOT (R.) 87 CADIEUX (M.) 74 CONGAR (Y.M.-J.) 84 DELEPIERRE (J.) 85 FARRERE (C.) 58 FAVRE-DORSAZ (A.) 81 FLEURY (S.de) 71 GIDE (A.) 75 GIRARD (R.) Page 69 GOGOL (N.) 85 GREENE (G.) 77 GUARESCHI (G.) 79 JEGLOT (C.) 85 LARHOVE (J.de) 85 LA VARENDE 80 LECLERC (F.) 73 LECLERCQ (J.) 85 LE FORT (G.) 76 LHERMITTE (J.) 86 ***Livres catholiques 1945-1951 84 MARTIN (J.) 86 Page MATHIEU (G.) 86 PERRODON (J.) 87 PICHE (A.) 71 PIHAN (J.) 86 RICHOMME (A.) 86 ***Le rôle des laïcs dans l’Eglise 68 ROSSI (G.) 87 THERIAULT (Yvon) 68 TOUPIN (P.) 54 VALENTINO (H.) 88 VENNE (R.) 72 WERFEL (F.) 80 96 LECTURES ÉPOUSE ET MÈRE AVEC MARIE par J.L’Archevêque-Duguay • Ce petit volume marque un sommet.Cela n'est plus de la simple poésie familiale, mais de la pure et claire mystique.L'auteur évolue dans ce genre nouveau avec une aisance parfaite, parce que, là encore, elle n'a qu'à transposer ses propres expériences, qu’à traduire des impressions ressenties.90 pages : $0.75 (par la poste : $0.85) -FIDES- 25 est.rue Saint-Jacques MONTRÉAL EN ACIER Permanentes.Faites d'acier extra fort recouvert d’émail cuit au four.Demandez nos prix.Evitez tout désappointement: commandez maintenant.Prompte livraison, ni rnrn a .MANUFACTURING ELECTRICAL Co.limited Claude Rousseau, prés.MONTMAGNY.Qué.^Améliorez voire bibliothèque BIBLIOTHÈQUES vient, ae parai LE GRAND MARQUIS PIERRE DE RIGAUD DE VAUDREUIL ET LA LOUISIANE par GUY FREGAULT, Ph D.Vice-doyen de la Faculté des Lettres de l’Université de Montréal 484 pages : $3.50 (par la poste : $3.75) Choix de volumes PHÏLOSUPHIE Cognet (Louis), Le Père Teilhard de Chardin et la pensée contemporaine.198p.$2.00 Heller (Dr L.), Les âges de l’homme.317 p.$2.60 xxx Magie des extrêmes (Etudes Carmélitaines).224p.$3.00 Tonquedec (J.de), L’existence d’après Karl Jaspers, 141p.$1.25 ECRITURE SAINTE xxx L’Histoire de Dieu.133p.ill.$0.35 xxx De Nouveau Testament (Maredsous).598p.$1.50 xxx La sainte Bible (Maredsous) grande édition.1576p.$7.50 petite édition, 1407p.$3.25 LIVRES RELIGIEUX Cayrol (Jean), Les mille et une nuits du Chrétien.126p.$1.50 Desrosiers (Adélard), Les belles histoires des Grèves.64p.$0.30 Daniel Rops, L’Eglise de la Cathédrale.830p.$4.75 Mogenet (H.) s.j., La vocation religieuse dans l’Eglise.126p.$1.50 Piat S.) o.f.m., La Vierge du sourire et Ste Thérèse de l’Enfant-Jésus.105p.$1.00 Plus (R.), La paix intérieure.161 p.$1.65 MARIAGE — EDUCATION Clément (Marcel), L’art d’aimer.232p.$1.50 Courtois (G.), L’art d’élever les enfants d’aujourd’hui.267p.$1.50 Courtois (G.), Pour réussir auprès des enfants.150 p.$0.75 Guittard (Louis), L’évolution religieuse des adolescents, 492p.$5.00 BEAUX-ARTS Dochy (J.), Bruges et ses plus beaux tableaux.113p.$2.00 Ludwig (E.).Beethoven.307p.$2.50 Perrodon (J.), p.s.s., Notre beau chant grégorien.270p.$1.25 Prod'Komme (J.-G.), Les sonates pour piano de Beethoven.289p.$1.75 LITTERATURE Duchemin (M.), Neuf filles pour un garçon.202p.$1.50 Duhamel (G.), Cri des profondeurs.246p.$1.50 Estienne (Y.), Les invités de la Pentecôte.254p.$1.75 Hoesl (P.), Comme le feu du ciel.345p.$2.75 La Tour Fondue (G.de), Interviews canadiennes.261 p.$1.95 HISTOIRE — BIOGRAPHIES Guttenberg (A.-Ch.de), La manifestation de l’Occident, 391p.$3.50 Raymond (M.), Le cow-boy de Dieu.220p.$1.50 Rossi, Traqués par Dieu.254p.$2.25 Winowska (Maria), C'est l’heure des saints, 240p.$2.00 F I D E S 25 est.rue Saint-Jacques MONTREAL'
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