Lectures, 1 avril 1962, avril
Nouvelle série Vol.8 Montréal SOMMAIftE Editorial .p.221 ?Scandaleuse vérité de J.Daniélou .p.223 ?Le poids de Dieu de G.Marcotte .p.224 ?Notices bibliographiques p.228 ?Cote morale des nouveau-tes en librairie .p.239 ?Le courrier des lecteurs .p.241 * Un texte de Marian Anderson: Mes chansons .p.248 AVRIL 1962 El l M i l l! JL-Amanl Je oLaJu Chattcrit ’ey La Cour Suprême renverse le jugement de deux cours québécoises L’affaire de l'Amant de Lady Chatterley a de nouveau tenu la manchette de nos journaux récemment.Un jugement de la Cour suprême vient en effet de renverser le jugement de nos deux cours québécoises: la cour des Sessions de la Paix et la Cour d'appel.A Montréal, le juge T.-A.Fontaine, rendant jugement dans cette affaire, avait déclaré: « 11 semble clair que même si une œuvre, à certain point de vue, peut être considérée comme littéraire, elle peut en même temps présenter un caractère d’obscénité qui la fait tomber sous le coup de la définition claire et précise déjà mentionnée.Et c’est exactement le cas pour le livre dont il s’agit dans la présente cause.» Et il ajoutait plus loin: « Dans ce livre, il n’y a pas de doute que les mérites sont compensés par l’abondance des passages et des termes obscènes et orduriers, qui font du livre, dans son ensemble, une œuvre obscène et ordurière.» Portée en appel à la Cour du Banc de la Reine à Québec, la décision du juge Fontaine avait été maintenue à l’unanimité.A Ottawa, par cinq voix contre quatre, la Cour suprême a renversé le jugement des cours québécoises, et, fait curieux, le juge en chef lui-même était parmi l’élément minoritaire.Le juge R.Taschereau, exprimant son opinion personnelle sur l’ouvrage, affirmait « rien n’est laissé à l’imagination, même la plus vive », et il ajoutait: « je ne connais personne capable de trouver des mots ou d’imaginer des scènes qui pourraient être ajoutés à ce volume pour le rendre plus obscène ».Et cependant, le jugement qui a finalement prévalu en Cour suprême est celui qu’exprimait le juge Wilfred Judson: « This novel does not offend.» Une fois de plus, le Québec doit s’incliner devant Ottawa.Peut-être y aurait-il là matière à alimenter la propagande de nos séparatistes à tous crins.Quant à nous, cette affaire nous inspire des réflexions tout autres.Le fameux article 150 A, tel qu’amendé en 1959, et dont on avait tant espéré pour nettoyer les kiosques de cette littérature dégoûtante mise à la portée de toutes les mains comme de toutes les bourses, à quoi vraiment servira-t-il en pratique si un ouvrage comme celui-là ne tombe sous le coup de la loi ?Et comment ne pas faire nôtre les doléances qu’exprimait l’éditorialiste du Times à la suite d’un verdict semblable rendu en Angleterre sur l’ouvrage de Lawrence: « Tandis que la Penguin Books Ltd se prépare à faire des affaires d’or (la firme s’est bâtée de lancer 200,000 copies dans le commerce — N.d.R.) et Sir Allen Lane à recevoir les félicitations de tous ceux qui.dans une grande partie du monde croient sincèrement qu'un méchant préjugé a été détruit, et une inutile censure supprimée, beaucoup d'autres personnes, d'aussi parfaite bonne foi.profondément préoccupées de la morale publique et privée, et du bien-être de la société, se demandent quelles seront exactement les conséquences de tout cela.(.} « Il n’est pas possible d’interjeter appel contre le verdict du jury.Mais il est encore permis d'émettre un avis désapprobateur; au nom de la décence, du bon goût et même de la morale.(.} Maintenant que ce roman peut aller dans toutes tes mains, d’un homme, d'une femme, d’un adolescent ou d’un enfant, grâce à la complaisance d’un jury, peut-on être sûr qu’il n'aura pas de dangereux effets sur la morale.• 1 Quoi qu’il en soit des jugements rendus par l’autorité civile en la matière, il reste que l’ouvrage de Lawrence doit être tenu par les catholiques comme un ouvrage tombant sous les lois générales de l’Index.Rita LECLERC (1) Cité dans l’Osservatore Romano, éd.française, 18 nov.1960, p.2.222 LECTURES T DIALOGUE AVEC LES LIVRES D'HIER ET Jean Daniélou TCANEALLIJ/E VECUE Bernard-M.MATHIEU, o.p La vérité a toujours été une valeur encombrante, encore plus en notre vingtième siècle où elle n'est guère aimée.Le Père Daniélou, dès le premier chapitre de son livre \ nous indique les sources nombreuses de la crise de la vérité.La parole comme valeur de témoignage est mise fortement en question par nos contemporains.Notre connaissance de Dieu, des hommes, repose pourtant sur le témoignage.Mais les hommes de notre temps ont été trompés si souvert qu'ils se méfient beaucoup de la parole; les propagandes politiques nous ont joué et nous jouent encore de sales tours.Le Père Daniélou souligne fortement une autre crise de la vérité.C’est le « renversement de perspectives, qui substitue le point de vue subjectif de la sincérité au point de vue objectif de la vérité >.C’est malheureusement une maladie courante à notre époque.Le respect des personnes n’entraîne pas la justification de leurs idées.« Ce n'est pas parce qu’il y a des communistes sincères que le communisme est justifié », écrit l’auteur.Si paradoxal que cela paraisse, on peut se demander si beaucoup de catholiques affirment vraiment leur foi.Lequel d'entre nous rencontrant un ami, qui se dit agnostique ou incroyant, aura la franchise de lui dire, comme l’écrit le Père Daniélou: « Parce que je t’aime bien, je suis obligé de te dire que tu seras jugé un jour par Jésus-Christ.» C’est cela croire.Si nous croyons fermement que le Christ est ressuscité et qu’il reviendra sur terre à la fin des temps, nous sommes obligés de le dire hautement, c’est une responsabilité que nous devons prendre.La Pira, ce grand catholique, lorsqu'il rencontre un homme politique, commence par lui dire d’abord que Dieu existe, et qu’il sera jugé par le Christ, nous dit l’auteur.Après cela on peut engager la conversation.Sous prétexte de vouloir dialoguer avec nos frères qui se disent agnostiques, ou par un faux respect des opinions d’autrui, nous n’osons pas leur dire cette vérité: le Christ est ressuscité, et nous serons tous jugés un jour par Lui.Ceci n’est pas du dogmatisme ou de l’intolérance, et il ne s’agit pas d’imposer aux autres ses convictions.« On est catholique, parce que l’on pense que c’est vrai.Et que cela m'arrange ou me dérange, que cela me plaise ou que cela ne me plaise pas, que je sois à l’aise, ou que je sois au contraire mal à l’aise, je suis obligé de le dire.Pour moi et pour les autres.» Cette phrase du Père Daniélou est tout un programme de vie chrétienne.Cela suppose évidemment une connaissance de notre foi, de sa nature, de son contenu.La foi n’est donc pas un confort, loin de là.Cela demande beaucoup d’efforts, et surtout beaucoup d’amour, et l’amour implique toujours de grands sacrifices.Le Père Daniélou a bien raison d’écrire: « La foi n’est pas un terme.Elle est un point de Avril 1962 223 depart.* On ne s'installe pas dans la foi.C’est une aventure, la plus belle des aventures, qui nous conduira un jour au Ciel.Avec quelle sagesse le Père Daniélou parle de la vraie réforme de l’Eglise ! Cette réforme, sur quoi doit-elle porter ?Sur « ce qui est perpétuellement réformable, mais laisser intact ce qui est irréformable », écrit l’auteur, reprenant un texte du Père Congar.C’est ici que se situe le drame de la Réforme.Les abus de l’Eglise peuvent être réformés, mais la substance même de la foi et la vie de l’Eglise ne doivent pas être touchées.De plus, on doit réformer l’Eglise à l’intérieur de l’Eglise.« François d’Assise et Catherine de Sienne avaient souffert pour la réforme de l’Eglise, mais à l’intérieur de l’Eglise.» La charité, la vraie, doit présider à toute réforme.« La vraie réforme, écrit le Père Daniélou, la seule légitime, est celle qui a sa source dans l’amour de l’Eglise, qui fait souffrir de ne pas voir l’Eglise aussi parfaite que le Christ la voudrait, mais qui à aucun moment ne peut séparer de l’Eglise.» Plus loin, il nous donne à méditer cette belle phrase: « Nous avons le devoir de nous humilier, nous n’avons jamais le droit d’humilier l’Eglise.» Le chrétien peut-il aller à Dieu par ses activités terrestres, demande le Père Daniélou.Question importante, engageant toute notre vie.Les activités terrestres ne peuvent être des obstacles nous empêchant de rejoindre Dieu.Autrement « la Création Gilles MARCOTTE Rita serait vraiment faite de travers », comme le dit l’auteur.C’est nous qui sommes les responsables.11 s’agit de tout ramener à Dieu, de faire de notre vie un acte d’adoration à Dieu.A travers toutes nos activités terrestres, nous pouvons, nous devons rejoindre Dieu.« C’est nous, écrit le Père Daniélou.par le mauvais usage que nous faisons des choses, qui en faisons des obstacles entre Lui et nous; et donc, il n’y a pas d’autre problème que de transformer ces réalités mêmes, qui sont celles de notre vie quotidienne, d’obstacles en moyens.Toute la vie spirituelle ne consiste qu’en cela.* Nous sommes tous appelés par notre baptême à la sainteté, et nous y parviendrons en accomplissant les tâches terrestres qui nous sont dévolues.Ces tâches nous sont données par Dieu, pour nous sanctifier pour Sa plus grande gloire.Le Père Daniélou vient d’écrire un beau livre.Dans un monde livré aux pires folies, il fait bon de lire une œuvre de cette envergure.Les deux dimensions de l’homme — l’horizontale et la verticale — nous sont présentées avec une sûreté doctrinale parfaite.Un livre à lire, oui.mais bien plus encore à méditer.(1) DANIELOU (J.), s.j.SCANDALEUSE VERITE.Paris.Fayard [19611.171p.19cm.$2.40 Pour tous “LE POIDS DE DIEU” Pour le romancier catholique, le sacerdoce est un sujet en or.Peu de thèmes en effet sont aussi dramatiques et aussi riches de résonances.Ce n’est pas un drame ordinaire qui se joue au cœur d’un homme qui, appelé à unir le ciel et la terre, ne peut pas, surtout s’il est lucide et fervent, ne pas se sentir parfois douloureusement écartelé entre ces deux pôles d’attraction.Etre le représentant et le ministre de Dieu, celui dont Dieu a voulu avoir besoin pour se rendre présent aux hommes, et celui dont les hommes ont besoin dans leur marche vers Dieu.c’est là une vocation sublime, certes, mais qui pèse parfois bien lourd sur les épaules de cette humanité que ne détruit pas l’onction sacerdotale.Pour être de nature fort différente chez le saint, le tiède ou l’indigne, le poids de Dieu est-il totalement inconnu à un seul de ses prêtres ?Or ce thème de choix qu’est le sacerdoce, peu de nos écrivains l’ont traité en profondeur.Oh ! ce n’est pas que le prêtre soit tout à fait absent de nos romans canadiens.Pour ne citer que quelques exemples, il y a un brave homme de curé ébauché dans 2 24 LECTURES Marie-Didace de Germaine Guèvremont; il y a aussi une belle figure d’homme de Dieu dans Le mauvais pain de Jean-Paul Pinsonneault; Gabrielle Roy a silhouetté un type attachant de missionnaire dans La montagne secrète; mais ce sont là des personnages purement épisodiques et secondaires.Un peu plus étudié est le prêtre de II suffit d’un jour de Robert Elie; mais là encore il s’agit d’un personnage de second plan.Quant aux personnages ecclésiastiques dont on trouve toute une galerie dans les romans de Lemelin, ils tiennent trop de l’esquisse et de la caricature pour constituer des documents valables sur l’âme sacerdotale.L’étude la plus sérieuse que nos romanciers aient consacrée au prêtre, avant Gilles Marcotte, est celle d’André Langevin dans Le temps des hommes; or, si émouvante et si noble que soit la figure de Pierre Dupas qui demeure, malgré tout, un héraut obstiné de la charité, ce prêtre défroqué est un cas d’espèce.Avec Le Poids de Dieu, nous avons notre premier ouvrage romanesque dont le personnage central est un prêtre fidèle à l’Eglise malgré toutes les crises qu’il traverse.De la part d’un écrivain de la trempe de Gilles Marcotte, on pouvait s’attendre à un ouvrage de toute première qualité.En fait, du point de vue littéraire, ce roman laisse loin derrière lui bon nombre des œuvres canadiennes des demiires années.Mais d’où vient que ce livre, ouvert sous l’impulsion de la curiosité la plus bienveillante, on le réferme avec des sentiments mêlés où domine cependant une très nette déception ?C’est d’abord que Gilles Marcotte, après avoir mis en route un excellent roman a, chemin faisant, dévié semble-t-il de son propos et versé dans l’abstraction et le réquisitoire.Ensuite, on se demande s’il n’y a pas ici maldonne: où est le « poids de Dieu » dans ce livre où l’accent est abusivement mis sur le « poids de l’homme > ?Le roman s’ouvre au soir de l’ordination de Claude Savoie.Des sentiments assez troubles et insolites s’agitent dans l’âme du nouvel ordonné, révélant déjà le caractère spécial de sa vocation.Mais « les jeux sont faits > et même si le jeune homme a la désagréable impression d’avoir été « conditionné » à la prêtrise par son milieu, il entend être un bon prêtre.La prière qu’il murmure, au soir de sa consécration, est pleine de bonne volonté, mais se termine assez curieusement par ces mots: « Je refuse la femme, je refuse le bonheur.Mettez votre joie à la place que fait en moi leur absence.* (P.12) Une épreuve initiale attend le nouveau prêtre.Lui qui avait rêvé d’un apostolat de < haute teneur intellectuelle >, il n’est pas affecté à l’enseignement mais nommé deuxième vicaire dans une petite ville.Un peu vexé par cette décision de son évêque, il pense avec soulagement que son sacerdoce n’en sera que plus pur, et c'est avec une ferveur de jéciste qu'il prend le chemin de Sainte-Eulalie.Là, il est accueilli par un discours massue de son curé.Per- sonnage peu banal que ce curé Marquis, célèbre dans tout le diocèse pour son intransigeance, son audace de parole et la façon qu’il a de mener ses ouailles tambour battant.Partagé entre la crainte et l’admiration, Claude éprouve d’abord pour lui un commencement de sympathie.Mais il a tôt fait de constater que les méthodes du curé Marquis ne seront pas les siennes et qu’une autre porte se ferme sur sa solitude.Le nouveau vicaire apprend bientôt, non sans a.nertume, que son curé entend le plier à ses manières de faire.Comme ce dernier a mauvaise presse dans le syndicat local où il est aumônier, il délègue Claude à sa place.Mais auparavant, il l’a mis en garde contre « les théories sur le problème ouvrier > dont on a pu lui farcir la tête au séminaire, et il lui a marqué sa ligne de conduite: prêcher la morale, empêcher la grève qui s’annonce, le tenir au courant des événements afin qu’il puisse intervenir en cas de besoin.Ce rôle qui lui est ainsi dévolu répugne au vicaire, mais il garde le silence.En plus du syndicat, il aura à s’occuper de la colonie de vacances.Pour le curé, c’est là une « pépinière de vocations > où se recrutent les aspirants au sacerdoce dont il paie les études.Là aussi, une difficulté se présente: le moniteur en chef du terrain de jeu, Serge Normand, vient de signifier au curé qu’il n'assumera pas ses fonctions habituelles au cours de l’été, parce qu’il veut réfléchir sur sa vocation.Effarement du curé Marquis qui ne comprend plus.Etonnement et malaise de Claude qui ne peut manifester la sympathie soudaine qu’il éprouve pour ce jeune homme qui, plus heureux que lui, a le courage de faire acte de liberté.D’autres événements viendront s’ajouter à ceux-là pour éveiller, chez Claude, la conscience d’un malaise intérieur grandissant, la conscience aussi de tous les fossés qui se creusent autour de son amère solitude.11 n’a rien à attendre — il l’a vu tout de suite — du premier vicaire, sorte de prêtre mollusque qui se gargarise d’une philosophie de pacotille et occupe ses loisirs dans le farniente d’un bon lit ou dans la lecture de romans à dix sous.Quant à ses confrères du Séminaire dont l’amitié, hier encore, lui était si secourable, ils ne parlent plus la même langue que Claude pour n’être pas affrontés, comme lui, aux dures réalités du ministère paroissial.Claude est bien seul pour assumer les responsabilités de sa nouvelle tâche, qui vont bientôt peser plus lourd à ses épaules.On prépare un vote de grève à l’usine.Le jeune aumônier « coincé entre les directives de son curé et son désir de ne pas entraver l’action propre du syndicat s’est retranché, comme toujours, derrière la doctrine, s’en tenant à des considérations générales de mise en garde et d’appel à la prudence.Au moment où il va terminer son discours, l’arrivée impromptue du curé, son discours intempestif et sans équivoque impressionnent les ouvriers qui votent en masse contre la Avril 1962 225 grève.Le jeune prêtre a le sentiment d’un cuisant échec personnel.Ses relations avec son curé s'enfoncent dans l’équivoque.C’est que, sans lui faire carrément opposition dans cette affaire, Claude n’a bertes pas coopéré avec lui.Par ailleurs, il n’est pas très fier de s’être « retranché derrière une doctrine comme si elle était un rempart >; dans une longue lettre qu’il n’enverra finalement à personne, il fait le procès d’une éducation qui fait du prêtre un < abstracted de quintessence >.Une consultation de Serge Normand distrait Claude de ses problèmes personnels.Le moniteur d’hier qui, tout fils de notaire qu’il est, vient de faire un stage en usine, s’interroge sur sa vocation.Il est tenté de se diriger vers les sciences sociales, mais il hésité, craignant avoir cette vocation au sacerdoce que lui reconnaît si volontiers le curé Marquis.Bien décidé à ne pas peser indûment sur la liberté du jeune homme, Claude tente de le rassurer, lui représentant que Dieu a tout autant besoin de bons laïcs dans le monde que de saints prêtres dans le ministère.Plus ou moins satisfait, Serge quitte le presbytère pour aller rejoindre une petite amie qui l’attend à la porte, et Claude se demande si cette idylle n’explique pas les subites inquiétudes du jeune homme.Puis, c’est la visite au grand séminaire où l’abbé Savoie doit rencontrer son directeur spirituel.Visite décevante: Claude qui a tenté de débrider la plaie qui s’envenine en lui n’a fait que déconcerter le doux Monseigneur Martin.A ce dernier qui lui propose de quitter le ministère paroissial pour renseignement, il oppose un non catégorique, alléguant que rien ne l’intéresse plus désormais que « la vie, la plus commune et la plus simple >.L’entretien se termine dans l’ambiguïté, et Claude qui se sent infiniment las tout à coup, brusque la fin de sa visite au séminaire, négligeant même de saluer son ami le plus intime, l’abbé Marcel Jean.Suit une rapide visite à la maison.Dans son ancienne chambre, Gaude retrouve le journal intime qu’il rédigeait au collège.Ce journal l’écœure par son pathos et le jette dans une rage d’impuissance « contre ce qu’il a été, contre ce qu’on l’a fait devenir t.Mais, t quelqu’un en lui veut tenter l’aventure jusqu’au bout » et il retourne à Sainte-Eulalie.Retrouvant le curé Marquis, il apprend que c’est lui qui a demandé qu’on l’affecte à l’enseignement.Claude se trouble mais le curé le rassure: ÏÏ est satisfait de ses services, et si le vicaire entend demeurer dans la paroisse, il peut rester, mais gare à ce * jeu dangereux * qu’est l’héroïsme î II ne s’agit guère de cela, mais Gaude a renoncé à s’en expliquer avec son curé.Derrière la porte close de sa chambre, il relit, la rage au cœur, ce journal de jeunesse oui lui renvoie l'image de « ce jeune homme détesté qui a voulu devenir un prêtre ».Le lendemain, un téléphone d’urgence l'appelle à l’hôpital où la petite amie de Serge Normand, at- teinte de tuberculose, vient d’avoir un étouffement.Une brève conversation avec la jeune fille lui apprend qu’elle se croit un obstacle à la vocation de Serge et que, pour elle, la maladie est un avertissement du ciel.Gaude s’objecte violemment: il a décidé, coûte que coûte, de faire le bonheur de de Serge et de Marie.C’est, pour lui, comme une sorte de revanche sur la vie ! Son conseil à la malade est celui-ci: ne pas prendre de décision dans l’état où elle est, ne pas lâcher parce que rien n’a changé entre Serge et elle et que la volonté de Dieu lui est encore inconnue.Avant de retourner au presbytère, Gaude s’arrête à l’église et demande à Dieu de ne pas refuser aux deux jeunes gens la très simple permission de s’aimer.Une visite de Serge oblige l’abbé Savoie à s’engager plus avant dans cette affaire.Le jeune homme lui demande de bénir ses fiançailles avec Marie: Marie est gravement atteinte, mais elle peut guérir si son moral est bon; dans les circonstances, Serge estime qu’une cérémonie de caractère religieux peut revêtir une importance singulière aux yeux de son amie.Gaude hésite quelque peu: ce geste lui attirera certainement la réprobation des parents de Serge qui s’opposent violemment à ce mariage, ü encourra aussi le blâme du curé Marquis.Il donne cependant son assentiment et les fiançailles sont fixées.Dans l’intervalle qui s’écoule entre la visite de Serge et le jour des fiançailles, Gaude, troublé et inquiet, prend conscience de deux choses: la premiere, c’est que Serge et Marie « ne sont pour lui que les symboles, les pièces justificatives de l’action désespérée qu’il a entreprise pour affirmer son droit à la vie »; la seconde, c’est que, même s’il est tenté de s’arracher à cette impasse, une force inéluctable l’oblige à aller jusqu’au bout.Dans le délire qui s’empare alors de lui, il fait le procès des maîtres de son passé, et s’apitoie sur sa triste enfance livrée aux « robes noires ».Dans des pages d’une violence extrême il dresse un long et terrible réquisitoire contre les recruteurs de vocations — «la vocation, cette sœur jumelle de la mort » (p.158) —, et en général contre tous ces prêtres qui ont inculqué au peuple canadien-français tout entier la peur de la vie et la hantise des dangers du monde.Le délire de Gaude est comme la lave d’un volcan Mue rien ne peut arrêter.L’abbé Marcel Jean, devinant la crise où se débat son ami, vient lui rendre visite.Cette rencontre détend Gaude quelque peu, mais rien ne saurait plus l’arracher à sa révolte.Le lendemain, il bénit les fiançailles de Serge et de Mar e, mais la cérémonie est brusquement inter-rompiv.par une crise d’étouffement de la jeune fUle.Pris de panique, l’abbé Savoie court s’enfermer au presbytère, doù il s'échappe bientôt pour fuir très loin dans un monastère.LÀ, pendant des jours, «’est le marasme le plus complet: n’assistant ni à la messe, ni aux offices, il se terre dans sa chambre, dormant tout son soûl, et ne sortant que pour l’heure des repas.226 LECTURES L'invitation d’un humble moine, loquace mais discret, l’arrache au nirvana de sa chambre.Ignorant ou feignant d’ignorer le drame qui se joue dans l’âme de Claude, le Père Athanase, qui est féru de botanique, l'amène en promenade en pleine nature.Peu à peu, Claude reprend goût à la vie.Une visite inattendue lui fournit l’occasion de nouer une amitié, inattendue elle aussi.Le docteur Marien qui a traité Marie à l’hôpital lui apporte la nouvelle de la mort de la jeune fille.Le but de la visite du médecin est cependant tout autre: il tient à ce que Claude sache qu’il a compris la valeur symbolique de son geste et qu’il l'admire d'avoir voulu lutter — fût-ce maladroitement — contre la mort.Venant de la part d’un homme dont il connaît les idées anticléricales, ce geste émeut au plus haut point le jeune prêtre.Pendant les semaines qui suivent, Claude se plonge en pleine nature ne se lassant pas « de voir, de sentir, de constater ».Un moment l’effleure la pensée de quitter cette soutane qui le gêne.Mais il l'écarte comme une nouvelle tentation d’échapper à lui-même: « certaines options, même si elles ont été prises dans l’obscurité ne peuvent être rescindées sans une mutilation de tout l’homme » (p.201).Peu à peu, la crise du jeune prêtre se jugule par des voies dont certaines sont assez insolites: contact avec la nature, messe et confession, lecture de Camus, conversation avec le docteur Marien, etc.Après avoir d’abord refusé l’invitation de son évêque qui lui propose une aumônerie dans une école normale, Claude accepte: « J’ai souffert par elle [l’Eglise] et maintenant c’est en elle que je souffrirai, partageant la marche épuisante qu'elle poursuit sur cette terre, dans la misère ou la prospérité » (p.214).* * * Si long qu'il soit, ce résumé ne donne, somme toute, qu’un aperçu assez linéaire de la complexité et de la densité de ce roman dont le contenu idéologique fait à la fois la force et la faiblesse.En le fermant, on se dit qu’il s'en est fallu de peu pour que l’auteur nous ait donné la grande œuvre qu’on attendait de lui.Il lui eût fallu être un peu moins théoricien et un peu plus psychologue, un peu moins passionné et un peu plus objectif, un peu moins polémiste et un peu plus romancier.Des prêtres entraînés au sacerdoce par une trop forte pression familiale et sociale, il en existe certes, et pas seulement au Canada, mais dans le monde entier.Le romancier qui en fait le sujet de son propos peut faire œuvre utile en illustrant les conséquences souvent dramatiques de consécrations où les menées de l'homme ont plus de part que l’appel de Dieu.Mais ici, l'auteur semble prendre occasion d’un cas de prêtre mal orienté pour faire le procès d'une société tout entière.Au Canada français, l’éducation assumée par les « robes noires », n'enseignerait pas autre chose, semble-t-il.que la hantise du péché et le dégoût de la vie, et ne pourrait guère produire que des prêtres à la manque ou névrosés.C’est là une généralisation abusive et cette vue de l’esprit diminue singulièrement l’authenticité de ce roman où l'intrigue semble parfois se plier aux énoncés d’une thèse plutôt qu’aux lois d'un univers romanesque autonome, et où certains personnages s’amènent à la façon des pièces qu’on pousse sur un échiquier donné.J’ajoute en terminant que ceux qui voudront lire ce livre sur la foi de son titre seront fort déçus.Des critiques catholiques français sont allés jusqu'à dire que Dieu était absent de ce roman à thème religieux et ils ont raison dans une bonne mesure -.Claude Savoie est trop occupé à faire le procès des fautes qu’on a commises à son égard, des erreurs d’éducation dont il souffre, pour penser beaucoup à se mettre à l’écoute de Dieu pour connaître et accomplir sa volonté.Bien plus que du « poids de Dieu »; c’est du « poids de l'homme » qu’il s’agit ici.(1) MARCOTTE (Gilles) LE POIDS DE DIEU.Roman.Paris, Flammarion fl9621.218p.18.5cm.A p/telle des réserves (2) Le Devoir, 21 mars 1962, p.6: Un colloque littéraire franco-canadien.« Les bons livres ne manquent pas aux lecteurs, ce sont les lecteurs qui manquent aux bons livres.» G.HOORNAERT « Le grand inconvénient des livres nouveaux, c'est qu'ils nous empêchent de lire les anciens.>* LE DIPLOMATE CANADII par Marcel CADIEUX Sous-secrétaire d'Etat suppléant aux Affaires extérieures Un ouvrage que tout candidat à la diplomatie devra lire s'il veut connaître les exigences de cette carrière, honorable entre toutes.Caractère et rôle du diplomate canadien.les études, les conditions de travail, la mission diplomatique, la spécialisation, les difficultés, l’avancement.avantages, etc.128 pages $1.50 Avril 1%2 JOUBERT Chez FIDES 227 Littérature canadienne Philologie DUPUIS (Hector) DICTIONNAIRE DES SYNONYMES ET DES ANTONYMES.Préface de Jean-Marie Laurence.Montréal, F i d e s (1961).607p.19.5cm.Relié.$5.00 Pour tous Pour notre auteur, synonymie comporte bien plus voisinage que parenté de signification; de même, antonymie équivaut à divergence plutôt qu'à opposition.C'est ce qui explique comment son livre s'apparente d'assez près au recueil presque irremplaçable de Rouaix: Dictionnaire des idées suggérées par les mots; il en a d'ailleurs la forme, même extérieure.Mais c'est aussi ce qui en fait comprendre les lacunes volontaires.Ainsi imbu (non imbus, p.426) ne se trouve que sous pénétré; stratagème n'apparaît pas sous truc, mais sous intrigue (p.323); Ariel de Milton et de Crémazie est absent sous elfe (p.196).On pourrait multiplier les exemples.Mais l'auteur s’est d’avance justifié.Son livre veut obvier «aux hésitations de la pensée en quête du mot juste »; il s'adresse « aux modestes usagers » de la langue et de la plume ou, comme dit le préfacier, « il veut tendre la perche aux usagers de la langue courante qui tâtonnent autour du mot juste ».Des lors que le but est celui-là, comment refuser de reconnaître la richesse de cet inventaire ?Il pro- Hector DUPUIS H n cure un excellent correctif à l'une des pires « indigences » que, dès 1911, nous constations chez trop de nos écrivains (Pages de combat, Montréal, p.241).On comprend mieux, à le parcourir, la spirituelle leçon que Voltaire administrait un jour (24 janvier 1761) à Deo-dati de Tovazzi, auteur d'une prétentieuse Excellence de la langue italienne.Sans doute, on ne rencontre pas ici, à part « icelui » peut-être, nos persévérants archaïsmes comme « marier (épouser), safre, c’est bien d valeur » ni nos savoureux canadianismes comme « à la brunante, décompter (pencher vers la mort), le cœur sur la main, (travailler) des étoiles aux étoiles * ni nos emprunts aux Indiens, v.g.« sagamité, pemniican » ni nos créations comme « sucrerie (érablière), et poudrerie ».Mais, si l’on a à traiter de choses du cœur, il suffit presque d’entourer d’une phrase chacun des termes classés sous ce mot pour constituer un essai convenable.A-t-on à rédiger une lettre de condoléances ?en développant les mots compris sous compassion, douleur, regret et tristesse ou chagrin, on dressera un document plus que suffisant.Peut-être ne remplacera-t-on jamais parfaitement l’introuvable Dictionnaire des synonymes de Girard.Du moins, M.Hector Dupuis, en prouvant que la culture peut s’allier à la politique, a-t-il rendu à ses co-nationaux le même service que Platon (Protagoras, 337 a.c.) remerciait Prodicus de Céos d’avoir rendu aux Grecs par son traité Sur la justesse des mots.Emile CHARTIER, p.d.Littérature GODBOUT (Jacques) L'AQUARIUM.Roman.Paris, Editions du Seuil [1962], 156p.18.5cm.A ppelle des réserves On ne peut refuser de concéder à cet ouvrage une qualité littéraire supérieure à la moyenne.Soutenir le contraire serait malhonnête à l'endroit de l'auteur.La phrase a du caractère, de la personnalité.Elle est vigoureuse, brève.Elle est aussi désinvolte, et trahit une morgue déplaisante.L’auteur affectionne l’amputer de son verbe, ou même refuse de la compléter.Au début le procédé ennuie, puis l’on s’y fait et on l’oublie.228 LECTURES La ponctuation disparaît par moment, puis elle revient.Ou encore le point final est suivi d’une minuscule au début de la phrase suivante.Est-ce manifestation chez l'auteur de sa répulsion à se plier à toute contrainte ?On se perd parfois parce qu’on n’a pas prévu la pause à l’endroit voulu.Le sujet du roman est ce qu’il y a de plus déprimant.Un de ces livres qu’on ne relira pas.Quel profit y a-t-il à parcourir de ces divertissements où l’on tourne en rond dans la grisaille ?Il y a tellement de livres qu’il faudrait lire et qu’on n’arrive jamais a parcourir faute de temps.Jacques Godbout décrit le milieu fangeux constitué par un groupe de métèques que le hasard a réunis en un quelconque « apartment house » sur le continent noir: professeurs, ingénieur, danseur, missionnaires — des Canadiens, des Juifs, des Polonais, des Néo-Zélandais, etc.De quoi est-il question ?Du temps, du désœuvrement, des femmes, d’alcool, d’argent, de pauvreté, de vermine, etc.Ce sont des mécréants, à commencer par « Monsignore », solide buveur et trousseur de jupons.Et tout est sujet à propos déplaisants: l’amitié, la société, l’Etat, la religion, la fidélité conjugale.et même la mort.Je ne vois pas des adolescents lire cette littérature noire, qui ne débouche que sur l’absurde.Il y a de quoi les dégoûter * de la vie, du commerce des hommes.à moins qu’ils n’y prennent en aversion un certain roman nouvelle vague dont les caractéristiques néo-conformistes sont le mépris de la vertu, de Dieu et de ses ministres, la révolte contre l’autorité.Un bon point tout de même.L’œuvre illustre on ne peut plus l’atmosphère lourde, irrespirable dans laquelle baigne toute société qui refuse Dieu et la morale.Et dire que certains esprits, chez nous, de nos propres compatriotes, nous la souhaitent cette société ! Je termine par la remarque d’un de mes amis, licencié ès lettres, professeur d’université: • Si le Canada n’a pas autre chose, en fait de littérature, à produire à l’étranger, voilà ce qu’on y dira: « Eh bien, le Canada, ça n’est vraiment pas riche ! * Pour ceux qui prêteraient cette remarque à un pauvre Canayen éduqué dans la serre-chaude cléricale, je leur dirai que le professeur en question est un authentique Français de France.Clément SAINT-GERMAIN ¦y -y- Géographie HEBERT (Jacques) et TRUDEAU (Pierre-E.) DEUX INNOCENTS EN CHINE ROUGE.10 photos hors-texte des auteurs.Montréal, Editions de l’Homme [1961].158p.20cm.$1.00 Pour adultes C’est sans doute à dessein qu’on a choisi pour cet ouvrage un titre mêlant le sérieux au badin; ce sont là en effet deux traits caractéristiques du livre.Reportage sur la Chine communiste, l’ouvrage aborde avec humour un problème difficile, objet de sérieuses controverses.Les auteurs nous assurent de leur impartialité, et il faut reconnaître l’effort sincère qu’ils font pour décrire sans parti pris ce dont ils sont témoins.Mais en Chine rouge, tout est prévu à l’avance: les visiteurs étrangers ne voient et n’entendent que ce qui a été décidé par les autorités.Tout ce qui se déroule sous les yeux de nos deux Canadiens est donc de l’ordre idéal et l’on n’entend de la part des Chinois qu’un chœur de louanges (trop unanime pour n’être pas obligatoire).Un guide accompagne continuellement les auteurs, au grand désespoir de ces derniers qui réussissent pourtant, par d’habiles manœuvres, à s’échapper en de trop rares occasions à leur gré.Le récit de ces visites « arrangées » par le régime: visites d’usines, d’édifices publics, de maisons d’éducation, etc., la répétition constante des slogans du parti, le relevé des discussions doctrinales destinées à marquer l’efficacité pratique du communisme, tout cela deviendrait vite fastidieux si ce n’était agrémenté de la bonne humeur de MM.Hébert et Trudeau.Le tableau brossé, dans l’ensemble, réussit à impressionner le lecteur sur les progrès réalisés dans la Chine nouvelle.Le régime de Mao Tsé-toung a pu vaincre partiellement la faim et la misère qui étaient l’apanage des Chinois depuis des siècles.L’industrie prend un essor vigoureux grâce au travail acharné des Chinois.On ne les violente pas pour leur arracher de tels efforts: on les persuade par tous les moyens imaginables.Le régime est dictatorial, bien sûr, et il enlève à l’homme ce que celui-ci possède de plus précieux: sa liberté.Le statut traditionnel de la famille est bouleversé: les mères travaillent en dehors, les bébés sont à la garderie.Au point de vue religieux, la liberté de culte est garantie mais le parti a manœuvré de façon à tuer le catholicisme.« Un catholique en Chine nouvelle ne peut être qu’un paria * (p.146).Que conclure de cette lecture ?Je crois que les auteurs ont raison de penser que même en tenant compte des excès évidents de la propagande, il reste que la Chine communiste est devenue une puissance que le monde occidental ne peut plus ignorer.(N’oublions pas que la Chine nouvelle représente au moins le quart de l’humanité.) Il vaut mieux avoir les yeux ouverts, être lucide, admettre les faits tels qu’ils sont: c’est encore la meilleure façon de préserver notre liberté.C.MARTIN-POTVIN ?THERIAULT (Yves) SEJOUR A MOSCOU.Montréal, Fides [1961].191p.ill.(h.-t.) 22cm.$2.00 Pour tous En 1912, notre gouvernement envoyait une mission d’astronomes observer une éclipse sur les bords de la rivière Hamilton, dans l’Un-gava ou Nouveau-Québec.Il lui Avril 1962 229 Yves THERIAULT adjoignait Mgr C.-P.Choquette, de Saint-Hyacinthe.Au retour, celui-ci publiait une espèce de rapport sur l'expédition, en une brochure d environ 120 pages qui se terminait à peu près ainsi: Comme Ulysse, nous avons « fait un beau voyage », mais nous n'avons pas vu l’éclipse ! C’est l'aventure même d'Yves Thériault.Invité au Festival cinématographique de Moscou, il peut conclure ainsi le récit de son voyage: « En ce qui concerne le Festival lui-même, je n'ai rien à en dire.» Seulement, son silence là-dessus s'explique par deux raisons: le souci volontaire qu'on mit à l’y faire arriver trop tard (chapitre 9); sa détermination personnelle de consacrer les heures de film à « la connaissance la plus complète possible de Moscou et des Moscovites, dans le peu de temps qui m’était accordé là-bas * (postface).En ce peu de temps, soit dix-sept jours, qu’a découvert Yves Thériault ?Il a appris d’abord cette chose essentielle que.si l’on veut apprécier justement les Russes, il faut distinguer absolument du régime de Staline celui qui l’a suivi.Alors que, sous celui-ci, le Russe jouit d’une liberté relative.Icpoque du dictateur en fut une de terreur et d’étouffement.moyennant la liberté relative dont il a profité, Thériault a recueilli un certain nombre d’observations, dont voici les principales: a) Le patriotisme est si profond en Russie que tout Russe est résolu à faire de son pays le plus grand du monde, de Moscou la première ville de l’univers.b) La morale est assez surveillée pour que Moscou soit dépourvue de maisons closes et que l’union libre ne puisse y fleurir, malgré l’entassement et la promiscuité que provoquent des appartements trop exigus.c) L’importance qu’on attache à l’instruction (chapitre 6) se déduit du double fait que la Russie compte 400,000 bibliothèques publiques et que la bibliothèque Lenine à Moscou renferme 20,000,000 de volumes.Sans doute on proscrit le plus possible la lecture d’ouvrages occidentaux; mais, dès lors qu’on veut se renseigner sur la pensée et l’histoire nationales, aucune censure ne s'exerce plus.d) Les produits de consommation abondent, à des prix abordables.Quant à la machinerie industrielle, aux instruments techniques, même s’ils proviennent de l’étranger, chacun est convaincu qu’ils ont pour inventeur un Russe.e) La propagande surtout américaine.qui fait de la Russie le pays de la faim, du débraillé vestimentaire, de la mauvaise administration et de la révolte grondante (chapitre 7) pouvait se justifier au temps de Staline; appliquée à l'époque actuelle, elle est mensongère et dangereuse.f) Tout Russe est un fonction- naire de l’Etat et lui rembourse.en impôts et en achats, à peu près tout le salaire qu’il en reçoit en sa qualité d’employé.g) La grande crainte du pouvoir, c’est que dans ce pays dont il a prétendu faire le modèle de l’égalité des classes, il se constitue, dans le prolétariat, une bourgeoisie et même une aristocratie analogues à celles de l'époque tsariste.A supposer que l’événement se produise, il serait impossible à ces parvenus, vu la surveillance étroite exercée par l’autorité, de soulever une révolution.h) En matière religieuse, les chefs professent l’athéisme le plus absolu.Quant aux convictions du peuple en ce domaine, le livre n'en parle pas, tout comme il fait à peine allusion à celles de l’auteur.Au bout de ces observations, qu’il déclare aussi sincères qu’exactes, Thériault propose cette conclusion: au lieu de tant récriminer contre les vantardises de certains chefs russes, « nous devons copier les méthodes, les systèmes, les moyens russes, dans ce qu’ils ont de bon » (p.90), pour réussir chez nous « ce que les Russes ont accompli: un miracle » (p.90).C ertains lecteurs seront peut-être rebutés par le style essouflé, qui ponctue là où il ne faudrait pas et ne ponctue pas là où il faudrait.L’allure saccadée de la phrase s’explique sans doute par la rapidité de la rédaction et des observations.Mais on voudrait que çà et là la langue fût plus sûre: Thériault écrit résonnances, des argents, at-triquées (attifées), en autant que, tout de même.etc.On voudrait aussi ne pas lire des constructions comme « on se demande.qui nous est étrangère» (p.!8) et surtout comme « pour avoir été franc, les Russes sont furieux contre moi » (p.44), au lieu de « je me suis attiré la fureur des Russes ».La division des chapitres en récits et en notes permet à l’auteur de dégager des premiers des réflexions psychologiques ou morales fort intéressantes.C’est par elles surtout que ce livre fait penser.Emile CHARTIER, p.d.230 LECTURES Littérature étrangère Généralités DOUCH AS (Mary Peacock) LA BIBLIOTHEQUE D'ECOLE PRIMAIRE ET SES DU -I ERE NT ES PONCTIONS.(Paris, Unesco, cl96l|.103p.photos (h.-t.) 21cm.(Coll.Manuels Je T Unesco à l'usage des bibliothèques.no 12) $1.50 Pour tous, mais spécialisé Poursuivant son action en faveur des bibliothèques.« l’Unesco a demandé à une spécialiste connue pour son activité et ses nombreuses publications, Mme Mary Peacock Douglas, directrice des bibliothèques des écoles publiques de l'Etat de Caroline du Nord, E.-U., de rédiger un manuel à l'usage des bibliothécaires, des éducateurs et des administrateurs de l’enseignement.Ecrit avec la conviction communicative que donne la connaissance intime d'un sujet, le volume devrait rendre d’utiles services à tous ceux qui s'occupent de la création et du fonctionnement des bibliothèques d'école primaire et ont pour tâche de susciter le goût de la lecture chez l’enfant.» La valeur pratique de cette nouvelle publication de l'Unesco est incontestable.Enfin voilà un texte en langue française que nos éducateurs et bibliothécaires devraient accueillir avec enthousiasme.En neuf chapitres clairs et concis sont exposés les différents aspects de la tâche qui échoit au bibliothécaire.Il semble qu’aucun point important de la question n'ait été omis.Les méthodes appliquées sont américaines, donc assez près des nôtres.Un chapitre en particulier a retenu mon attention: c'est celui qui traite de l'initiation à la bibliothèque au niveau élémentaire, intermédiaire et supérieur.Si tous nos éducateurs s'accordaient avec le bibliothécaire pour suivre ce programme gradué, leur tâche réciproque serait certai- nement allégée.La collaboration intelligente proposée aux étudiants est sûrement de nature à les attacher davantage à la bibliothèque.Vingt-quatre photos hors-texte viennent agrémenter le tout et permettent un coup d’œil discret sur la gent écolière à l’assaut d’une bibliothèque bien organisée.L'ouvrage se termine pas six pages de plans et dessins illustrant l’ameublement et l'installation matérielle d'une bibliothèque.Enfin, en annexe, se trouve un abrégé des Tables de classification décimale d'après Melvil Dewey.Souhaitons donc que ce petit volume, fort bon marché si l’on considère la richesse de son contenu, pénètre dans nos institutions canadiennes le plus tôt possible.Cécile LAVOIE SCHNITZLER (Théodor) LES PAROLES DE LA MESSE, traduites et commentées.Histoire — Liturgie — Piété.Adapté de l'allemand par Marc Gillod.Paris [Alsatia, 1961 J.294p.ill.(h.-t.) 23 cm.Pour tous En expliquant les différents moments de la Messe, l’auteur a voulu développer la dévotion de ses lecteurs, et les éclairer davantage sur les richesses doctrinales qui sont concentrées dans la liturgie sacrificielle, laquelle doit être, selon l’expression de S.S.Pie XII, « la source et le centre de la piété chrétienne ».L'auteur a utilisé toutes les recherches liturgiques récentes pour étudier chaque partie du saint Sacrifice sous son triple aspect d’histoire.de liturgie et de piété.En partant des rites judaïques, il a repassé successivement les diverses prières choisies au cours des siècles pour arriver au mouvement liturgique actuel.Il n’y a aucun doute que le désir d’un renouveau liturgique est fondamentalement justifié, mais il est non moins certain qu’il manque d’équilibre dans certaines de ses applications.En pareilles conjonctures, l’ouvrage de l’abbé Schnitz-ler aidera à comprendre un peu mieux qu’avant d’exiger des modifications liturgiques, il importe que « nous connaissions la richesse de ce que nous possédons et que nous en vivions en face de Dieu » (p.192).Le but de ce volume, en effet, est de nourrir la méditation de ceux qui sont « soucieux d’approfondir ce qu’ils savent de la Messe » (p.9).L’auteur signale opportunément un obstacle fréquent à une meilleure compréhension de la Messe, c'est-à-dire la précipitation.En effet, parlant des prières du canon, il écrit notamment: « On découvrira dans ses strophes une majesté et une poésie extraordinaires, à condition de ne sacrifier aucun mot, aucune syllabe ! On ne bâcle pas la récitation d'une poésie; pourquoi établir des records de rapidité pour dire la Messe?» (P.179) Saint Thomas fait remarquer justement que « dans l’oblation de tout prêtre, deux choses sont à considérer: le sacrifice offert, et la dévotion de celui qui l’offre » (INa, q.22, a.4, sol.2).Mais, comme l’écrivait saint François de Sales, « la précipitation est la mort de la dévotion », car alors les paroles et les gestes de la prière ne peuvent pas « exciter intérieurement la dévotion » (lia Ilae, q.83, a.12).Les prières et les rubriques de la Messe sont destinées à développer la dévotion.C’est pour cette raison, d’ailleurs, que « l’Eglise ne se contente jamais (sauf les cas d’extrême nécessité) des paroles sacramentelles requises pour la validité des sacrements; elle en ajoute d’autres, qui doivent servir à l’édification des Avril 1962 231 fidèles, et tout particulièrement dans la sainte Messe » (E.Walter.Sources d'eau vive, p.110).Le développement de cette dévotion doit même conduire à la contemplation des Saints Mystères, comme le signalait le Concile de Trente: « Ces cérémoniaux ont pour but de faire ressortir la majesté de Dieu et d'exciter les fidèles à la contemplation des sublimes mystères cachés dans le saint Sacrifice de la Messe * (Denz., n.943).Cette fonction des cérémonies de la Messe est rappelée encore dans le Catéchisme du Concile de Trente (ch.XX, s 9), et par l'encyclique de S.S.Pie XII sur la liturgie (E.S.P., pp.Il et 31).Le mouvement liturgique actuel tente de développer la participation active des fidèles à la sainte Messe, pratique recommandée par plusieurs documents pontificaux.Mais il semble juste d’affirmer que trop souvent l'on exploite surtout cette participation active, en se souciant assez peu de la dévotion extérieure et intérieure que doit apporter le prêtre à la célébration elle-même de la sainte Messe.La raison fondamentale de cette déviation est l’oubli de la vérité suivante: « En soi, la célébration du saint Sacrifice n'est pas un acte de ministère pastoral; elle est un acte de religion » (G.M.St-Germain, o.s.m.Si tu veux, p.168).Dans son allocution au Congrès de liturgie pastorale d'Assise, le 22 septembre 1956, S.S.Pie XII a cru devoir rappeler aux liturgistes que les efforts justifiés pour faire participer activement les fidèles à la Messe, ne doivent pas faire oublier que « la personne du Seigneur doit occuper le centre du culte », et que la méditation de l'infinie et divine majesté du Christ « peut certainement contribuer à l'approfondissement du sens liturgique ».En oubliant cette vérité fondamentale, on pourrait aboutir, à la limite, à une injure envers la sainte Eucharistie qui est.comme l’affirmait S.Em.le cardinal Lercaro, « un péché d'une espèce plus grave que l'assassinat du Pape * (Doc.Cath., 56 (1959) 343).Dans notre climat liturgique actuel, les meditations de l’abbé Schnitzler, qui sont débordantes à la fois de doctrine et de piété, contribueront à faire mieux comprendre que ce qui doit attirer davantage l'attention dans la sainte Messe, c’est l’aspect divin et non l’aspect humain.Elles feront prendre davantage conscience que la présence et la participation des fidèles au culte divin doit céder l’importance à la présence du Christ, à l'Homme-Dieu, qui continue son activité rédemptrice par la Messe et qui fait déverser le flot de ses grâces sur les membres de son Corps Mystique.Cet ouvrage développera encore mieux la conviction que c la Messe, c’est la grâce qui vient visiter la terre, la transcendance divine qui fait irruption dans le temps des hommes » (p.9).Tout en étant documentaire et éclairant, ce texte demeure accessible à tout chrétien sérieux qui désire approfondir le mystère de la sainte Messe, mais il sera surtout utile aux membres du clergé et des communautés religieuses.Ovila MELANÇON, c.s.c.Lucie de Vienne VIENNE (Lucie de) SPIRITUALITE DE LA VOIX.Préface et postface par P.-R.Régamey, o.p.Paris, Edi- tions du Cerf, I960.286p.ill.20cm.(Coll.Sagesse du corps) Pour tous, mais spécialisé Notons tout de suite qu’il s’agit autant de voix parlée que de voix chantée.Plus encore que les yeux, que le regard, la voix, nous dit l’auteur, est le miroir de l’âme: son timbre, sa couleur, ses inflexions, tout ce qui lui est personnel reflète les sentiments profonds de l’être.La voix humaine est le reflet du Verbe divin; elle est, de ce fait, douée d’une puissance extraordinaire.C’est pourquoi le chanteur a une grande responsabilité.Quand il vibre lui-même sur un plan élevé, il éveille par résonance les vibrations et les aspirations de même espèce chez ses auditeurs et peut ainsi les aider à découvrir ou à développer ce qu’ils ont de meilleur en eux.« Vivez intensément.aimez.souffrez.et laissez chanter votre âme », a dit un célèbre professeur de chant.Que dire, maintenant, des ouvriers du Verbe de Dieu ?Us ont, eux, le devoir strict « de connaître, conquérir et maîtriser leur voix jusqu’à pouvoir l’oublier totalement au moment de transmettre le Message ».Qu’ils se rappellent, ceux-là, cette réflexion d’Emmanuel Mourner: « Tant de prêches sonores, tant d’éloquences du verbe et du cœur, tant d’envolées.tant de tremblements dans la voix, tant de • majuscules » et de mots obscurs, que disent-ils souvent si ce n’est l’impuissance de ceux qui les profèrent à exécuter sans défaut des actes complets et probants.» Tel est, en bref, le sens de Spiritualité de la Voix.Cette étude de Mme de Vienne envisage successivement l’aspect animal de la voix humaine (les deux premières parties), et comment elle « chemine » l’homme (troisième partie) vers l’esprit (quatrième partie), sans pourtant jamais distinguer F« animal » du « raisonnable »; car l’être est un, corps et âme, au milieu d’un grand tout ! Un style coulant, pour ne pas dire chantant, plusieurs schémas, des divisions bien claires en rendent la lecture agréable.232 LECTURES il se peut que bien des lecteurs ne descendent pas dans tout le détail des indications techniques que cet ouvrage comporte; du moins faudra-t-il qu’ils en prennent quelque connaissance, afin de mieux comprendre le bien-fondé des deux derniers chapitres, qui justifient le titre de Spiritualité de la Voix.Ce livre sera particulièrement utile à trois sortes de personnes.D’abord, bien entendu, aux professionnels de la voix.Il leur fera dépasser leur technique, en lui donnant une inspiration, une orientation spirituelles.Puis les personnes qui ont de la peine à « se réaliser *: elles y trouveront une discipline favorable à leur équilibre et à leur épanouissement spirituels.Enfin et surtout, aux clercs, aux fidèles, aux religieux, aux religieuses dont la vie s’accomplit en parole et en chant, pour une si grande part, et si essentielle, dans les offices liturgiques, la prédication, les rapports avec les autres.Pour eux, le R.P.Régamey a mis en rapport, dans une postface, sa longue expérience de divers ministères sacerdotaux et de la vie chorale avec les enseignements de Mme de Vienne.Bien des « usagers » de la liturgie et bien des religieux soumis aux obligations d’origine monastique verront de même se recouper leurs expériences personnelles et les données si sûres que leur apporte ce livre.Clercs, fidèles, religieux et religieuses oseront-ils voir pour de bon ce que Mme de Vienne leur montre?.« La voix et toutes les conduites et automatismes que son développement comporte ne sont en définitive que des moyens humains de parvenir au grand silence du colloque avec un Dieu transcendant ! » Jean-Guy MONETTE, c.s.c.SHAKESPEARE (William) LES TRAGEDIES.Nouvelle traduction française par Pierre Messiaen.Introductions et commentaires par José Axelrad.1 Bruges) Desclée de Brouwer (I96()J.1273p.ill.(h.-t.) 18cm.(Coll.Bibliothèque européenne) Relié.$10.60 (frais de port en plus) A ppelle des réserves L’excellente collection Bibliothèque européenne vient de s’enrichir d’un magnifique ouvrage contenant les treize tragédies de Shakespeare: Troilus et Cressida, Co-riolan, Titus A ndronicus, Roméo et Juliette, Timon d’Athènes, Jules César, Macbeth, Hamlet, Le Roi Lear, Othello, Antoine et Cléopâtre, Cymbeline, Périclès, prince de Tyr.La traduction en est faite par Pierre Messiaen, reconnu comme étant l'interprète le plus fidèle et le plus exact des œuvres shakespeariennes.L’ouvrage est précédé d’une intéressante biographie critique, et des commentaires accompagnent la présentation de chaque tragédie; ils sont dus à l’érudition de José Axelrad, professeur à la faculté des lettres de l’Université de Lille.Présenté sur papier bible et dans une reliure solide et artistique, cet ouvrage mérite une place d’honneur dans la bibliothèque de l’homme cultivé.A.C.?< * * * LES TROUBADOURS.Jau-fre.Flamenca, Barlaam et Josa-phat.Traduction de René La-vaud et René Nelli.(Brugesl Desclée de Brouwer [I960].1227p.ill.(h.-t.).18cm.(Coll.Bibliothèque européenne) Relié.Pour adultes, mais spécialisé Il fut un temps chez nous où l’on croyait avoir épuisé la notion de la « littérature courtoise » quand on avait dit: « Les chevaliers s’y battent et s’y font même tuer par pur amour pour leur dame ».Et l'on entendait, par « pur amour », un dévouement qui ne comptait sur aucun retour.Quiconque aura feuilleté seulement le présent ouvrage se rendra vite compte du caractère sommaire et même faux d'un jugement pareil.Le volume contient trois romans écrits en langue d'oc, entre les XIle et XlVe siècles, avec une traduction en français actuel.La préface les résume en une phrase: « Jaufre lexpose] l’éclat de l’idéal chevaleresque; Flamenca, les subtilités et parfois l’élévation morale de l’amour courtois; Barlaam, la mystique de la Charité ».Mais, si le premier de ces romans est une causas, une chanson assez inoffensive; si le deuxième est un « roman spirituel », il n'en est pas ainsi de Flamenca.Le préfacier avoue lui-même que « ce petit dialogue profane, qui chaque dimanche tient lieu de messe aux deux amants dans l’église même où ils ne devraient penser qu'à Dieu, ne laisse pas d'avoir un caractère fort impie » (p.626).C’est que le dialogue est un châtie-jaloux, c.-à-d.un de ces châtiments que les dames infligeaient à leur mari en lui racontant leurs adultères réels, lorsqu’il se montrait jaloux de ce qu’elles pratiquaient la courtoisie ou l’adultère platonique (p.12).Comme on le voit, le sujet est assez scabreux.C’est dire que de pareils récits doivent être réservés aux étudiants de lettres, pour leur permettre de connaître les ressorts romanesques manoeuvrés par les troubadours, et aux élèves en langues vivantes, pour qu’ils constatent par quelle évolution le langage occitan s’est mué en notre français actuel.S’ils ont eu en vue ce double profit, les éditeurs pouvaient difficilement mieux choisir; de ce double point de vue, les trois œuvres ici traduites sont de grands romans tant par leur texture psychologique que par leur tendance sociale.Si l'appareil critique appartient aux deux commentateurs, René La-vaud étant mort le 6 avril 1955, M.René Nelli réclame (p.14) la paternité de l’édition.Il a le droit d’en être fier.Emile CHARTIER, p.d.233 Avril 1962 Biographie ALZIN (Josse) LE CURE D A RS RACONTE.Namur, Editions du Soleil Levant 1196IJ.266p.ill.18cm.Relie.Le sermon qui termine le volume, en même temps qu’il énonce la grande doctrine de la sainteté, sa nécessité et la facilité de l’atteindre, nous paraît être le meilleur résumé de la vie prodigieuse du Curé d'Ars, parce qu’il en constitue l’explication la plus simple et la plus lumineuse.Pour tous La trentaine de volumes dont le centenaire de la mort du saint Curé d’Ars a provoqué la publication, a épuisé la matière de cette publication.Aussi retrouvera-t-on, dans ce nouvel ouvrage, les mêmes récits que dans les autres: enfance laborieuse, adolescence et études gâtées par une mémoire revêche, sacerdoce à 30 ans obtenu par la sainteté, hostilité de la majorité de la paroisse.mortifications et privations, attaques du « grappin », conversions dues à la confession, visions, prophéties.miracles, réputation mondiale.Mais, si l’objet du livre est le même, il y a la manière.Or, la manière de M.AIzin est tout simplement délicieuse: au lieu de prendre lui-même la parole, il la cède au saint Curé.Dès lors on entend les naïvetés malicieuses de l’ancien paysan, les réflexions ironiques du pasteur sur ses prétendus dons de prophète, de voyant et de thaumaturge.les élans de ferveur à l’égard d’un Dieu qui se sert d’un si vil instrument pour accomplir de si grandes choses, les vitupérations du prédicateur et du catéchiste, la mansuétude du confesseur.De toutes ces données jaillit un caractère marqué par la ténacité, l’humilité, la confiance en la Providence, un être en somme à la sainteté profondément humaine.Cet exemple dont l’on trouve peu d'équivalents, ce mélange de ressources mesquines et de résultats prodigieux, on ne le mettra jamais trop souvent sous les yeux du peuple chrétien.C'est qu’il est peu de cas.dans l'histoire de la sainteté, où s’associe davantage la pauvreté des moyens à la grandeur des effets, où se vérifie mieux le mot de nos Saintes Lettres: « Vous avez caché ces choses aux sages et aux prudents, mais vous les avez révélées aux petits et aux humbles ».Emile CHARTIER, p.d.?ERIAU (J.-B.) LOUISE DE LA VALLIE-RE.dans sa famille, à la Cour, au Carmel.Paris, Nouvelles éditions latines 1196IJ.190p.ill.(h.-t.) 18.5cm.Pour tous L'existence que nous décrit ou nous raconte ce livre se déroule en trois étapes: la vie bourgeoise de Louise de la Baume le Blanc, 1644-1666 (p.11-63); la vie de cour de Louise, duchesse de la Vallière.1666-1674 (p.64-96); la vie pénitente de Sœur Louise-de-la-Miséri-corde.1674-1710 (p.96-190).Car — il y a lieu de corriger ici le plan de l’auteur — il faut unir au chapitre V la moitié du chapitre VL ne pas séparer la « faveur royale » dont bénéficia la petite provinciale en 1666 de la « disgrâce » qu’elle encourut en 1674.Sa conversion dès cette dernière date constitue alors un récit d’une seule venue, la pièce maîtresse de ce volume tripartite.La première partie nous promène à travers ce pays de France qui est pour nous, Canadiens français, le plus attrayant par la langue, le climat et le caractère onctueux de scs habitants.Là d’ailleurs figure notre Marie de l’Incarnation, en raison des liens qui la rattachaient aux deux tantes ursulines de Louise le Blanc.De ce récit nous supprimerons toutefois volontiers les pages 18-22 qui n’ont qu’un rapport indirect et lointain avec l'héroïne du livre.Dans la seconde partie, celle qui prêtait à plus d’écarts, on doit féliciter l'auteur de son extrême discrétion.Au lieu de nous décrire les assiduités de Louis XIV auprès de sa concubine, on n’en parle que comme de simples « visites ».Le but, le caractère et le résultat de ces relations, on l’apprend par cette simple mention (p.85): la favorite donna au roi quatre enfants illégitimes, dont deux moururent en bas âge et dont les deux autres furent Mlle de Blois et le pitoyable comte de Vermandois.Mais quel triste ordre social que celui où le mythe de la royauté autorise le monarque à violer impunément ainsi la virginité de ses sujettes ! (’’est l'honneur de la duchesse de la Vallière d’avoir expié, par trente-six années de macérations volontaires et souvent cruelles, son égarement presque involontaire de huit ans.On comprend l’insistmce que met l’auteur à exalter la vie pénitente de son héroïne: quel exemple et quelle leçon pour celles dont la chute est presque toujours due à la bassesse de leurs séducteurs ! On éprouve presque du plaisir à voir La Montespan, dont les dénigrements de plus en plus odieux ont provoqué la disgrâce de sa rivale, contrainte de ne s'appuyer que sur celle-ci pour se consoler de sa propre déchéance (pp.176 et 178).Par I importance qu’il a donnée à cet aspect de son sujet, par la réserve avec laquelle il en traite les parties scabreuses, l’auteur a fait, de son livre au thème périlleux, une œuvre susceptible sinon d’édifier.au moins de mettre en garde des lectrices trop peu vigilantes.Emile C HARTIER.p.d.?< CHAIGNE (Louis) LA SOUFFRANCE CONSTRUCTRICE.Paris, Bernard Grasset 11961 J.187p.photos (h.-t.) 19cm.Pour tous « S’il [l’Institut de Jésus-Crucifié, 1930-1961] ne refuse pas les femmes bien portantes, il appelle surtout celles qui sont apparemment déficientes.» (P.86) Cette phrase étrange révèle la norme qui préside au recrutement de cette étrange congrégation.« Les faiblesses.2 34 LECTURES les manques, les insuffisances des unes s'assurent une compensation mystique par le dépassement et le mérite des autres.» (P.22) Et cette autre, une phrase clé celle-là, nous explique la précédente en nous apprenant que, si l’on préfère à la santé la souffrance, c’est parce que l’on croit à la doctrine de la réversibilité des mérites.Ici, le bonheur des unes adoucit le malheur des autres et les peines de celles-ci sanctifient les joies des premières.Cette doctrine, qui inspirait à Brunetière la plus touchante page de cet esprit revêche (Science et religion, 1895, p.81-82), suscita la création de l’Institut de Jésus-Crucifié, dont Louis Chaigne présente ici la brève histoire.Née à Montmartre en 1930, dans une chapelle de la basilique du Sacré-Cœur, la congrégation s’impose tout de suite la règle même de saint Benoît.Elle assume dès lors une double tâche: la vie de contemplation, celle de Marie, entretenue par la liturgie; la vie d’action, celle de Marthe, toute tournée vers les œuvres de miséricorde corporelle et spirituelle.Louis Chaigne raconte ici la naissance de cet enfant prodige, issu d’une pensée cléricale (celle de l'abbé Gaucheron) et d'un cœur laïc (Mlle Wrothnowsha).Il en décrit la pénible évolution, sous le coup de la seconde guerre.Il indique surtout le remède souverain qui lui a sauvé la vie: l'amour dans la joie.L’un des chapitres les plus émouvants est celui (XI) qui dessine toute une série de portraits: ce sont des Sœurs défuntes, qu’il appelle avec raison « les pierres de l’édifice ».Le Canada français s’honore d’en compter une, cette Pauline Fréchette (p.139-140), fille de notre poète Louis-Honoré et auteur elle-même d’un unique recueil de vers.Epouse d’abord du docteur Handfield, devenue veuve et installée à Pau, elle s’agrégea à l’Institut en 1938, dès qu’elle l’eut connu.Elle s’y distingua par « son sourire jeune et bienfaisant comme celui d’un matin printanier », jusqu’à sa mort survenue dans la nuit du 4 au 5 janvier 1942.L'ouvrage de Louis Chaigne, consacré à une congrégation unique en son genre, confirme cette vérité consolante de nos Saintes Lettres qu’ « il y a bien des demeures dans la maison du Père ».Emile CHARTIER, p.d.Marian ANDERSON ANDERSON (Marian) MA VOIX ET MA VIE.Traduit de l’américain par Max Dorian.Paris, Albin Michel (1961].300p.20cm.Pour tous Quand Marian Anderson vient donner à Montréal l’un ou l'autre de ces concerts qui nous ravissent, nous nous posons tout naturellement des questions sur son passé: comment une cantatrice noire, née aux Etats-Unis où la discrimination raciale est si intransigeante en certains endroits, a-t-elle pu réussir une si belle carrière ?Quelles avanies a-t-elle pas dû essuyer en cours de route ?Pour certaines gens, en effet, imbus de séculaires préjugés, la couleur de la peau n’est-clle pas un handicap suffisant pour infirmer le plus prestigieux talent ?Marian Anderson nous renseigne, là-dessus comme sur bien d’autres points, dans cette autobiographie dont la version française vient de paraître en France.Autobiographie combien émouvante et instructive ! Sur le ton simple et familier de la confidence, sans l’ombre de cette fatuité si fréquente et si déplaisante chez tant d’artistes applaudis par les foules, Marian Anderson nous raconte ce que fut sa vie et sa carrière.Issue d’une famille modeste, elle eut cependant une enfance heureuse.Sa piété filiale a d’admirables accents quand elle parle de cette femme humble, courageuse et fervente que fut sa mère.Elle évoque, avec force détails, toutes les étapes d’une carrière qui, à son *vi« ne fut jamais miraculeuse, mais progressive: la manifestation précoce d’un talent qui se fit d’abord connaître dans une chorale religieuse; l’initiation aux rudiments du métier chez des professeurs dont les cachets étaient payés par de généreux amis; l'humiliation et la souffrance de se voir interdire l'entrée d’une école de musique à cause de la couleur de sa peau; l’échec crucifiant du premier grand concert au Town Hall de New York; le labeur acharné pour obtenir la maîtrise de son art et s'initier aux langues étrangères; la griserie des premiers succès; les tournées de par le monde, de plus en plus nombreuses et de plus en plus réussies avec les années; la renommée internationale, etc., etc.En parcourant ces pages, on ne sait ce qu’il faut admirer le plus: le courage et la persévérance que suppose une telle carrière, ou la noblesse de cœur de cette artiste qui, en pleine gloire, aime à signaler tout ce qu’elle doit aux autres et peut évoquer sans amertume le souvenir des mesquineries dont elle eut à souffrir.Famille, amis, professeurs, époux, impresarii, accompagnateurs, etc., à tous ceux-là qui l’ont entourée de leur affection et de leur dévouement.Marian Anderson se plaît à rendre un hommage plein de cordialité, de gentillesse et d’humour.Applaudie et reçue par les grands de ce monde, Avril 1962 235 clic n’en tire aucune vanité.On a plaisir à lire notamment les pages pleines d'une charmante confusion, où elle raconte en quelles circonstances Toscanini a déclaré qu’une voix comme la sienne se rencontrait une fois seulement par siècle: elle regrette que la publicité ait porté aux quatre coins du monde un éloge quelle attribue à la seule bienveillance d’un grand homme ! Quant aux vexations du racisme dont elle eut constamment à souffrir.Marian Anderson les signale sans amertume, chaque fois quelle a à le faire, et cela nous vaut des propos pleins de sagesse et de sérénité, des propos qui, loin d’attiser la haine, ne peuvent que susciter une bienveillance accrue.Tous ceux qui souhaitent connaître davantage Marian Anderson auront grand plaisir à lire cet ouvrage où la célèbre cantatrice nous révèle qu’elle est aussi un très noble cœur.Rita LECLERC Littérature de jeunesse APPEL (Benjamin) AMERIQUE DU SUD.Texte de Benjamin Appel.Avec une préface de Jacques Soustelle.Illustrations de Tran Mawicke.Maquette originale d'Archie Bennett.Traduction de C.d'Ivernois.(Paris) Hachette [1961], 100p.ill.32cm.(Coll.Encyclopédie en couleurs) Relié.Pour jeunes Cet abum qui est principalement consacré à l’Amérique du Sud, parle aussi du Mexique et de l’Amérique centrale.On y traite de tout ce qui concerne ces pays: personnages ou nations qui les ont découverts, colonisés et gouvernés; indigènes qui y ont vécu ou y vivent encore; particularités du climat et ressources du sol; animaux, oiseaux ou insectes qui y prolifèrent; beautés ou curiosités de la nature; développement des principales villes; etc.lout cela nous est servi en vrac, et l’on souhaiterait bien un peu plus de rigueur dans le plan de cet ouvrage.Mais il reste que cet album est une mine de renseignements qui, pour superficiels qu’ils soient, seront du plus haut intérêt pour le jeune étudiant — ou letudiante — qui en sera pourvu.Il y passera des heures et des heures très agréables a s’instruire sur des contrées qui sont restées mystérieuses malgré des siècles de colonisation.Sait-on par exemple que le Brésil amazonien est.avec l'Antarctique.la dernière région inconnue du monde ?Sait-on aussi que, dans une région aussi faiblement peuplée que l’Amazonie, un milliard d’hommes pourraient vivre, selon les statistiques des Nations Unies, à condition que l’on puisse les préserver de la chaleur par la climatisation et des maladies par la médecine ?Album présenté avec soin et abondamment illustré de dessins en couleur.Pour jeunes lecteurs qu’intéressent les voyages en imagination, et curieux de jeter un coup d’œil sur les visages si divers de notre admirable planète.R.L.LOISY (Jeanne) PIM ET LES CAVERNES DE COSCORRON.Illustrations de Philippe Daure.[Paris] Editions Bourrelier (1961].156p.ill.20cm.(Coll.Marjolaine) Relié.Pour jeunes Comme le dit si justement l’auteur.au cours de son récit: « les grands événements découlent parfois de bien petites causes ».Ainsi, le jour où Pim (de son vrai prénom Olympia), prise de pitié pour un âne blessé, convainquit son père d’acheter Casimir plutôt que de le laisser tuer, ce jour-là, dis-je, la jeune Espagnole ne se doutait pas en faisant la connaissance de Paco, le fils du vétérinaire, qu’ils seraient tous deux mêlés à une histoire qui bouleverserait bientôt tout Medi-na-del-Sur.L’espiègle gamine pouvait-elle en effet se douter, ce jour-là, que les collines rocheuses qui avaient barré l’horizon de son enfance cachaient un trésor ?Un trésor qui ferait accourir les savants du monde entier et rendrait à tout jamais célèbre la rivale d’Avila: Medina-del-Sur ! La délicieuse aventure que celle-là ! Et si finement racontée ! Avec cette psychologie de ceux qui ont su préserver en eux la source enchantée de l’émerveillement, de la poésie propre à l’enfance, l’auteur déploie tout un éventail d’images aux vives couleurs.Images bien de leur pays, de cette Espagne fière, rieuse et passionnée.On aime cette philosophie teintée d’humour, servie par l’auteur sans en avoir l’air à ses jeunes lecteurs, dans une phrase comme celle-ci: « Félipe avait supporté la douleur avec vaillance; il était capable du grand courage mais il manquait du petit: sa jambe était lourde, il avait trop chaud, il n’avait pas assez d’oreillers, le soleil venait sur son nez, qu’on ferme ce volet ! etc.* J’ajouterai encore que les illustrations appropriées au texte’et la couverture attrayante de ce volume en font un cadeau idéal pour les jeunes de 10 à 13 ans.Denise HOULE 236 LECTURES André BER BER (André) LE REPAIRE DES LOUPS GRIS.Roman.Montréal, Fides [1962].167p.22cm.(Coll.Rêve et vie) $2.00 Pour adolescents Henri a vingt ans et comme tout jeune de son âge rêve de voyages et d’aventures.De voyages.d’aventures.le jeune homme sera bien servi en répondant à l’appel d’un vieil ami de son père, le professeur Karl von Barich.Ce bonhomme « un peu toqué » selon ses savants confrères a consacré sa vie à la recherche de l’Atlantide, ce continent vraisemblablement submergé il y a des siècles et des siècles.S’appuyant sur des observations scientifiques sérieuses, le professeur a maintenant la ferme conviction que les Antilles sont les dernières « terres émergées de l’Atlantide ! Celles qui restèrent au soleil après l’effondrement ».C’est pour cette unique raison qu’un jour le savant et Henri s’embarqueront sur l’EPEIRE, en direction des Antilles.Helga, la ravissante secrétaire du chercheur, accompagne les deux hommes, pour un mobile bien différent du leur, comme on le voit à la fin du récit.Le voyage de l’EPEIRE qui doit durer quelques mois se prolonge pendant.six années.Six ans ! A cause de la guerre déclarée entre la France et l’Allemagne quelques semaines après le départ du petit navire.Le professeur allemand, que l’âge et ses recherches scientifiques ont rendu beaucoup plus sage que le commun des mortels, continue de considérer le jeune Français comme un collaborateur précieux et mieux comme un fils; mais celui-ci se replie sur lui-même et adopte à l'égard de ses compagnons une arrogance que nous serions tentés de croire justifiée si les événements, en nous donnant la clef de l’énigme, ne nous convainquaient du contraire.Avec cette clef, l’auteur nous ouvre la porte du temple de Poséidon, cette « île ainsi nommée en l’honneur de ce dieu de la mer, qui, par son mariage avec une simple mortelle avait engendré les rois Atlantes ».C’est une aventure fantastique et fascinante à souhait que nous raconte André Ber dans Le Repaire des loups gris ! Aussi habilement que l'araignée — pour emprunter une comparaison du volume — l'auteur tisse la toile de son intrigue, et comme Pénélope défait son réseau sans casser un seul fil.Tout cela de façon à capter l’intérêt du lecteur d’un bout à l’autre de l’histoire.André Ber possède non seulement l’art de raconter mais le fait dans une langue colorée et vivante.Je le répète 1’inté- iêt ne se dément pas, du commencement à la fin de l’aventure ! On aime ces descriptions d’un paradis perdu au sein des profondeurs abyssales.Cette évocation d’un peuple pris de panique devant la menace d’un monstre impossible à vaincre, le flot tout-puissant, nous fait frémir malgré nous: « Insidieusement l’eau s’infiltre partout, nivelant les plaines et les collines.Elle murmure dans les rues dallées de porphyre de la capitale et le roi et sa cour partent à leur tour en direction de l’ouest.Les esclaves suivent en longues cohortes, emportant sur leur dos, les richesses disputées aux eaux.Bientôt dans la Cité aux portes d’or, on n’entend plus que les cris des infirmes et des vieillards, dernières victimes expiatoires offertes en holocauste pour apaiser les dieux irrités.Peu à peu le niveau monte, les maisons disparaissent.Les unes minées à la base, s’effondrent, tandis que d’autres intactes s’enfoncent dans les profondeurs inviolées de l’océan.» Ce récit devrait plaire aussi bien aux adultes qu’aux adolescents tant sa facture est riche et subtile.Entendons par là que cette œuvre n’est pas de lecture laborieuse mais quelle a un lien de parenté avec les meilleurs romans policiers et constitue par le déroulement souple de ses péripéties une agréable détente.Denise HOULE - Vient de paraître - LES CANADIENS D’AUTREFOIS par Robert DE ROQUEBRUNE L’ouvrage le plus intéressant qu’il soit donne de lire sur notre régime français.Histoire intime de nombreux personnages hauts en couleur parmi les explorateurs, les seigneurs, les trafiquants, les coureurs de bois, les administrateurs et les militaires.Abondance de détails inédits, et d’aventures extraordinaires et sensationnelles.290 pages $3.00 MONTRÉAL et PARIS Avril 1962 237 ACCUSÉS DE RÉCEPTION Religion BERTSCHE (Léopold), s.o.cist.C'est l'Esprit qui vivifie.Vade mecum spirituel pour les religieuses.Traduit par l'abbé X.Fessier.Mulhouse, Salvator, 1961.61p.12.5cm.$0.80 DUBOIS (Mgr Marcel-Marie) Petite Somme mariale.Tome II.La dévotion à Marie.La liturgie mariale.[Paris] Editions Bonne Presse [1961].397p.ill.(h.-t.) 20cm.$7.05 EN COLLABORATION Marie.l'Eglise et la Redemption.Journées d'études, Lourdes, 11-12 septembre 1958.[Ottawa] Editions de l'Université d Ottawa, 1961.280p.22.5cm.GRUN (S.) La vie s’est manifestée.Sermons pour le cycle de Noël.Traduction de R.Virrion.Mulhouse.Salvator, 1961.112p.I9em.(Coll.La prédication nouvelleI $1.95 KELLY (Georges A.) Le livre de la famille chrétienne.Préface de Son Eminence le cardinal Spellman.Traduit de l'américain par Marguerite Brehier.Mulhouse, Salvator, 1961.268p.19.5cm.$2.90 PLOTZKE (Urbain), o.p.La Charte de la vie chrétienne.Les Béatitudes.Traduction de René Virrion.Mulhouse, Editions Salvator, 1961.253p.19cm.$2.85 SABOURIN (Léopold), s.j.Redemption sacrificielle.Une enquête exégétique.[Bruges] Desclée De Brouwer, 1961.492p.24cm.(Coll.Studia, no 11) $9.00 SIMON (J.M.), o.m.i.Le Divin et l'Humain dans la Bible.Paris, Nouvelles Editions latines [1961].185p.18.5cm.$2.40 VEILLET (Raymond) Les états généraux de l'Eglise.Le concile œcuménique.Paris, Fleurus [1961].227p.18cm.$2.35 Sciences sociales DELARUE (Louis), o.m.i.Avec les paras du 1er R.E.P.et du 2e R.P.l.MA.Avec huit planches hors texte et une carte.Paris, Nouvelles Editions latines [1961].250p.ill.(h.-t.) $3.85 JAHN (Janheinz) Muntu L'homme africain et la culture néo-africaine.Traduit de l'allemand par Brian de Martinoir.Paris, Editions du Seuil [1961].293p 20.5cm (Coll.Les univers) PERRAULT (Gilles) Les parachutistes.Paris, Editions du Seuil [1961].189p.20.5cm.$2.40 VIRALLY (Miche}) L'O.N.U.d’hier à demain.Paris, Editions du Seuil [1961].188p.2().5cm.$2.40 Biographie BORDIER (Edmond) Vivant saint Edmond, roi et martyr.Paris, Les Editions du Cèdre [1961], 147p.25cm.CHARRIER (Reine) Rescapée de l’enfer nazi.Montréal, Les Editions de l'Homme [1961].142p.20cm.$1.00 D ANDIGNE (Amédée) Armand de Melun.Un apôtre de la charité (1807-1877) Préface du R.P.Michel Riquet, s.j.Avant-propos de Henri Roller Paris, Nouvelles Editions latines [1961], 494p.22.5cm.(Coll.Itinéraires) $7.20 GALZAIN (Michel de) Une âme de feu: Monseigneur Vladimir Ghika.D'après les documents réunis par Mgr Barlea.Préface de Son Eminence le cardinal Feltin.Paris, Beauchesne [1961].173p.photo 19cm.$3.20 LANGLE DE CARY (Marteau de) Les Saints des quatre saisons.Leur vie et leurs légendes.T.I.Paris, Apostolat de la Presse [I960].399p.19cm.MALCOR (Colonel R.) Mais oui, des héros.Paris, La Colombe [1961].146p.21cm.$2.75 Littérature de Jeunesse ANDERSEN Les Cygnes sauvages et L'intrépide soldat de plomb.Racontes par Jeanne Cappe et illustrés par Simonne Baudoin.[Tournai] Casterman [1961] 32p.ill.30cm.Relié.$1.95 BAYARD (Georges) Michel et le Brocanteur.Illustrations de Philippe Daure.[Paris] Hachette [1961], 254p.ill.17cm.(Coll.Bibliothèque verte, no 179) Relié.$0.95 BERNARD (Denyse) Au pays du dindon sauvage.[Bruges] Desclée De Brouwer [1961].165p.ill.18.5cm.(Coll.Belle humeur, no 40) Relié.$1.75 BLYTON (Enid) La locomotive du club des cinq.Illustrations de Jeanne Hives.[Paris] Hachette [1961].190p.ill.17cm.(Coll.Nouvelle bibliothèque rose, no 77) Relié.$0.95 BLYTON (Enid) Le Mystère de Monsieur Personne.Illustrations de Jeanne Hives.[Paris] Hachette [1961].256p.ill.17cm.(Coll.Nouvelle bibliothèque rose, no 76) Relié.$0.95 DALE (Norman) La vallée du serpent.[Bruges] Desclée De Brouwer 11% 1].155p.ill.18.5cm.(Coll.Belle humeur, no 29) Relié.DÉNIS-FRANÇOIS Ut croisière de Catherine.Illustrations d'Albert Chazelle.[Paris] Hachette [1961], 190p.ill.20.5cm.(Coll.Idéal-Bibliothèque.no 210) Relié.$2.00 DENYS (Jean) Les clameurs se sont tues.D'après le scénario de Harry Franklin et Merril G.White.Illustrations de François Batet.[Paris] Hachette [1961].251p.ill.17cm.(Coll.Bibliothèque verte, no 177) Relié.$0.95 DELAHAYE (Gilbert) Martine en Bateau.Texte de Gilbert Delahaye.Aquarelles de Marcel Marlier.[Tournai, Casterman, 1961].19p.ill.25.5cm.(Coll.Farandole) Relié.$0.90 DELAHAYE (Gilbert) Le petit explorateur.Texte de Gilbert Delahaye.Aquarelles de Liliane et Fred Funcken.[Tournai, Casterman, 1961].19p.ill.25.5cm.(Coll.Farandole) Relié.$0.90 DELAHAYE (Gilbert) Le petit Mann.Texte de Gilbert Delahaye.Aquarelles de Liliane et Fred Funcken.[Tournai, Casterman, 1961].19p.ill.25.5cm.(Coll.Farandole) Relié.$0.90 DUHAMELET (Geneviève) Tout feu tout flamme.[Bruges] Desclée De Brouwer [1961].158p.ill.18.5cm.(Coll.Belle humeur, no 19) Relié.Les exploits de Quick et Flupke.[Tournai] Casterman [1961].30p.ill.26.5cm.(Coll.Hergé.10e série) Relié.$1.15 MORNIER (Diane de) Les Secrets de la Rivière.Texte de Diane de Mornier.Aquarelles de Elisabeth Ivanovsky.[Tournai, Casterman, 1961], 19p.ill.25.5cm.(Coll.Farandole) Relié.$0.90 238 LECTURES Nouveautés Librairie .A.?¦ - / •• J.1J ' > O' ' ¦ gus : -'I .* Beaucoup d’éducateurs, de libraires, et même de bibliothécaires n’ont pas en mains les instruments nécessaires pour se rendre compte, très rapidement, de la valeur morale des ouvrages qui viennent de paraître sur le marché.Aussi avons-nous pensé leur rendre service en publiant, chaque mois, une liste des plus récents ouvrages avec leur cote morale.Pour les ouvrages étrangers, cette cote a été établie après consultation des diverses revues catholiques de bibliographie-conseil, telles que Livres et Lectures, les Notes bibliographiques, la Revue des Cercles d’étude d’Angers, etc.Il se peut cependant que quelques-unes de ces cotes soient, un jour ou l’autre, sujettes à rectification, si, après une étude des ouvrages en question, nous nous rendons compte que la cote donnée par les revues européennes n’est pas adaptée au milieu canadien.Quoi qu’il en soit, nous croyons que les cotes données ci-dessous sont suffisamment sérieuses pour être publiées, sous bénéfice d’inventaire.AMOUROUX (H.), La Vie des Français sous l’occupation.TB Ouvrage d'histoire.L’auteur, journaliste et reporter de classe, parle de tour ce que fut la vie du Français sous l'occupation: exode, ligne de démarcation et passages interdits, alimentation, marché noir et système D, maquis, bombardements, etc.Sérieux, tragique et humour sont mêlés dans cet ouvrage passionnant, bourré d’anecdotes et bien documenté.AUBIER (D.), Le détour des choses.D Roman.Une femme de lettres, malheureuse en ménage et enceinte d’un enfant dont le père n’est pas son mari, décide de se suicider, puis se ravise, n'ayant pas le courage de le faire.Roman psychologique plutôt malsain.Personnages flous et récit confus.BUSSAC (J.), Requiescat.D Roman qui a pour thème la décomposition morale d’une famille.Aucune valeur littéraire.Violentes diatribes et prêtre ridiculisé.CASSON (L), Les marins de l'antiquité.TB Ouvrage d'histoire qui retrace le développement de la navigation antique.Les divers types de navires sont décrits avec soin et la technique du combat naval aux différentes époques bien expliqué.Le récit est agrémenté d’anecdotes empruntées aux écrivains grecs et romains.CERTIGNY (H.), Pillards en uniforme.B?Roman qui narre les exploits de cette « armée roulante » qui, lorsque Dumouriez envahit la Belgique, profita de la confusion générale pour semer la peur et le désordre.Roman coloré.Récit vivement mené.CHAMBON (A.), 81,490 .B L'auteur, un prisonnier de guerre qui a vécu dans l’enfer concentrationnaire, a consigné des notes, au jour le jour, sur des bouts de papier.Ces notes réunies en volume nous livrent les impressions, les souffrances, l’angoisse, mais aussi la foi et l’espérance d'un bagnard dont l’âme est d une trempe extraordinaire.Témoignage bouleversant.CHAMPEL (N.), Désiré Palleteau .B?Roman.Un enfant abandonné par ses parents est recueilli par une mégère qui le malmène et l'hu-milie.Timide, silencieux et craintif, l'orphelin est aussi en butte aux tracasseries de ses camarades de classe et il est malheureux.A lecole cependant, il sera aidé par l’affection compréhensive d'un professeur et par l'amitié d’un petit voyou qui prend sa défense.Il y a aussi une petite fille, Cécile, qui apporte quelque lumière dans cette triste vie, mais elle meurt dans un sanatorium.Cet ouvrage qui peint un milieu sordide est pénible à lire, mais peut être instructif pour des lecteurs avertis.CLEMENT (F.), Les Frères Danger.B Roman.Un père et ses trois fils vivent dans le domaine de La Mésangère dans le Morvan.Le fils aîné, mauvais garçon qui a jadis quitté le toit familial, est de retour à la maison et sa présence occasionne toutes sortes de remous.Roman attachant.bien écrit où la campagne est admirablement évoquée et les personnages bien campés.Roman sain et agréable à lire.Pour adultes.DAVID (Jean), La rose et l'immortelle.D Roman dont le thème est la lente désagrégation d'un foyer.Un homme, marié depuis dix ans, se laisse absorber par son travail et néglige sa femme; celle-ci, après une aventure avec un étudiant, quitte son mari.Récit nébuleux et terne.Aucune morale.EMETHIE (Princesse), Princesses déchues .TB Autobiographie romancée qui raconte l'histoire de trois petites princesses dont l'aïeul était un prince turc.Orphelines de mères, les petites filles sont élevées en France par leur grand-mère.Plus tard, elles connaitront les dures réalités de la guerre et de la persécution.Histoire charmante, pleine de poésie, d'exotisme, et qui est une leçon d'amour et de pardon.GAZAI (C.), et GAILLET (G.), Vacances en Iran .TB Reportage.Deux jeunes Françaises vont passer leurs vacances en Iran et ont consigné ici les informations reçues au cours du voyage.Excellente évocation de l'histoire, de la géographie et des mœurs de l'Iran.Reportage agréablement écrit et présenté, qui est une invitation au voyage.GUIMARD (P.), L’ironie du sort .B?Roman qui ne manque pas d'habileté et d’originalité.L'auteur présente deux intrigues différentes, toutes deux plausibles, pour montrer à quoi tiennent parfois le déroulement de la vie et la réputation des hommes.Jeu intellectuel mené avec brio, mais qui laisse froid.Avril 1962 239 HOUDYER (F.), Mélancoline .B?Roman.Etude psychologique d'une femme d'âge mûr qui découvre tout à coup la tendresse et la comprehension dont sa jeunesse a été privée.Récit bien conduit.Morale plutôt lâche et récit imprégné d'une certaine sensualité.JOSSELIN (J.-F.), Don Juan sous la pluie .B?Roman.Un collégien d à peine vingt ans « traine tous les cœurs après soi » dans la pluvieuse cité normande où il étudie, ce qui aura pour effet de lui faire manquer ses examens.Récit sans consistance.Quelques notes amusantes, mais aucune morale.LA VARENDE, Seigneur, tu m'as vaincu .B Sept nouvelles inédites dont le thème central est la recherche de Dieu.La Varende crée ici des personnages très vivants qu'il situe dans le pays d'Oucne.Style coloré et pittoresque.Pour adultes formés.LAWRENCE (D.H.), L'Amazone fugitive .D Recueil de dix nouvelles dont la première a donné son titre au livre.Nouvelles assez insolites qui font penser aux Nouvelles extraordinaires de Poe.Elles mettent en scène des couples ordinairement mal assortis.Aucune sensualité dans ces histoires, mais le divorce et la mésentente conjugale sont choses courantes.D'une valeur littéraire indiscutable, ces nouvelles devront cependant être réservées aux lecteurs très avertis.LE CLEC’H (G.), Une folle joie.B?Roman assez étrange où la fantaisie, le surréalisme, la poésie et l'humour se mêlent.Abandonné par sa femme, un homme vit, pendant dix nuits de suite, des aventures assez étranges qui veulent être des poursuites de la joie.Ouvrage qui se lit avec agrément mais d'une philosophie plutôt vaine.LEVRON (J.), Le destin de Mme Du Barry .B Biographie de la dernière maîtresse de Louis XV.L'auteur s'est surtout attaché à dépeindre la vie de Mme Du Barry après la mort du roi jusqu'à la montée à 1 échafaud.De mœurs légères, mais bonne, Mme Du Barry vécut ces années dans l'insouciance et les frivolités.Ouvrage sérieux, bien documenté et bien écrit.LINARES (L.-M.), Sous la coupe de Barbe-Bleue B Roman qui raconte les aventures d’une petite Américaine embarquée clandestinement sur le Barbe-Bleue.yacht d'un noble espagnol.Histoire romanesque.assez invraisemblable, mais pleine de gaieté.LORD (Denis), Aller-Retour .B?Ce roman comprend deux parties qui expliquent son titre: la descente à l'abîme (aller) et la remontée de l'abîme (retour).L'abime, c'est la folù; le héros y descend en passant par l'ivrognerie, l'infidélité, le crime.Ce roman est écrit sous forme de journal et peut intéresser des adultes avertis.MANTRAN (F.), Les yeux des simples.B?Roman.Un étranger assez mystérieux mais séduisant fait la conquête des habitants d'une petite ville méridionale, puis disparaît après les avoir roulés.Histoire cocasse et divertissante, pleine de pittoresque, mais où la morale ne trouve pas toujours son compte.MC LAUGHLIN (W.R.D.), Un épisode de la deuxième guerre mondiale: corsaire dans l'Antarctique .TB Ouvrage consacré à un épisode de la dernière guerre.Le croiseur allemand Viking est envoyé dans l'Antarctiquc pour s'emparer des baleiniers britanniques et norvégiens opérant dans ces parages.Récit extrêmement vivant et captivant qui mit revivre toutes les péripéties d'une chasse historique.OF AIRE (C), La Place ou les rigueurs d'Adèle D Roman.Histoire d'un orphelin qui se lie d'amitié avec une jeune prostituée et qui découvre sa vocation d'écrivain.Ouvrage bizarre, d'une facture compliquée.Caractère sordide de certains épisodes.Théories fumeuses.Pour adultes cultivés et très formés.PAYSAN (C.), Nous autres, les Sanchez.B Roman.Une institutrice normande a épousé un peintre métis mexicain.Ils s'aiment tendrement et leur tendresse enveloppe leurs trois enfants.Le foyer menace de se briser le jour où l’épouse qui est chrétienne, veut envoyer son aîné au catéchisme.Le mari se révolte et quitte le foyer.Mais il reviendra bientôt et tout rentrera dans l'ordre.Roman plein de charme, vivant et pittoresque.Pour adultes.SHUTE (N.), Mona et le sous -marin.B Roman.Pendant la guerre de 1939, un jeune pilote d essai est soupçonné d'avoir, par erreur, coulé un sous-marin anglais.Grâce à l’intervention de son amie Mona, le soupçon est écarté et tout finit par un mariage.Récit passionnant.TINEL (M.), L'ile mélanésienne.B Roman.A la fin de la guerre, deux aviateurs sont forcés d’atterrir sur un îlot mélanésien.L’un est américain, l’autre japonais.Hostile d'abord, ce dernier finit par se lier d'amitié avec son compagnon d’infortune.Recueillis par une escadre américaine, les deux amis seront séparés, puis se retrouveront plus tard au Japon.Mais là, le Japonais sera déçu par le comportement de son ami envers un peuple vaincu, et il se donne la mort.Thème original et intéressant, mais traité d’une façon assez maladroite.-SIGNIFICATION M C'est-à-dire mauvais: livres à proscrire.Les livres qui tombent sous les lois générales de l’Index sont cotés mauvais.Tous les livres à proscrire ne sont pas mis nommément à l'Index; il suffit qu'un livre tombe sous les lois générales de l'Index pour qu’on soit tenu, en conscience, de s’en interdire la lecture.D c’est-à-dire dangereux: Vivtes qui peuvent être dommageables à la majorité des lecteurs, soit à cause des implications doctrinales plus ou moins fausses qu'on y trouve, soit à cause de la licence morale ui s’y étale, soit à cause d’une grave indécence ans les descriptions.B?c'est-à-dire appelle des réserves: ces réserves peu- DES COTES- vent être plus ou moins graves.Cette cote s’applique à des volumes qui sont sains dans l'ensemble, mais dont quelques pages sont discutables, soit à cause des idées émises, soit à cause d’une ceruine indécence dans les descriptions.B c’est-à-dire pour adultes: les livres de cette 'catégorie n’appellent aucune réserve, mais ne conviennent qu’aux adultes.Quoique irréprochable, un livre coté B pourrait présenter certains dangers pour les jeunes qui n’ont pas l’expérience de la vie.TB c'est-à-dire pour tous: livres qui peuvent être mis entre toutes les mains.240 LECTURES mm vm mmmm « Auriez-vous iobligeance tie me dire ce que vaut Les années obscures de Jésus de Robert Aron?Quand on a cherché en vain, c’est encore à Lectures qu’on doit revenir pour des renseignements sûrs.Ce livre ne porte pas d’imprimatur et ne vient pas d’un auteur catholique.Je profite de ces lignes pour vous redire combien votre revue est précieuse et goûtée en notre collège.Je vous remercie de tout ce que vous faites pour nous aider à diriger les lectures de nos élèves.» M.S.R.(Sillery) — L'ouvrage dont vous parlez dans votre lettre n'est pas, en effet.l'œuvre d'un auteur catholique.Nous ne saurions mieux faire pour vous en indiquer la valeur que de reproduire la majeure partie d’un articulet que lui a consacré le Père Daniélou, dans le numéro de décembre 1960 des Etudes: « Le livre que Robert Aron a consacré aux « années obscures » de Jésus est significatif à plusieurs points de vue.Il témoigne, d'abord, des progrès que la connaissance que nous avons aujourd’hui du judaïsme contemporain du Christ nous permet d’accomplir dans notre intelligence de la vie de Jésus.Jésus a été cet adolescent juif que nous décrit Robert Aron.La langue araméenne qu’il a apprise à l’école, au heth lui sefer, a modelé les catégories de sa pensée.Et il n’est pas indifférent d’en connaître les caractères, si différents de ceux des langues indo-européennes.La liturgie de la synagogue et celle du Temple, auxquelles il a participé, nous font connaître le climat religieux dans lequel il s’est formé.L’épisode de Jésus au milieu des docteurs, le seul qui affleure dans l'Evangile de ces années obscures, prend tout son sens dans la perspective du har mitswa de l’initiation religieuse de tout adolescent juif (p.142-143).Le vif intérêt du livre de R.Aron est ainsi de nous aider, au moyen d'une excellente documen- tation.à restituer au moins le cadre de cette partie de la vie de Jésus, qui est la plus longue.Ceci va plus loin.Alors que nombre d’exégètes amenuisent ce qui concerne l’existence historique de Jésus jusqu’à n’en laisser à peu près rien subsister et que, par suite, beaucoup de nos contemporains sont troublés par ce problème, il est remarquable de voir un Juif rendre un témoignage aussi éclatant à l’enracinement charnel de Jésus dans sa race et dans sa culture.Et peut-être est-ce là le témoignage propre d’Israël.Même là où il ne reconnaît pas dans le Christ le Fils de Dieu fait homme.il témoigne du moins de la réalité de son humanité en tant qu’elle appartient à une histoire qui est sienne.Et par là Israël est.comme le disait déjà Bossuet, un témoin permanent de Jésus.Mais alors que.dans le passé, l’attitude juive envers Jésus a été d’ordinaire hostile, nous constatons aujourd’hui un remarquable changement.Les ouvrages d'Edmond Fleg.de Klausner.de Shalom Ash, de Jules Isaac abordent la figure de Jésus avec respect, voire avec sympathie.Or de ce changement d'attitude le livre de Robert Aron est un nouveau et éclatant témoignage.(.] Il reste, bien sûr, que ce témoignage r.’est pas celui d’un chrétien.Le Jésus qui nous est présenté est un enfant prédestiné, non le Fils de Dieu.Il en résulte que les pages finales, où Robert Aron essaie d’exprimer ce qui constitue pour lui la nouveauté chrétienne, restent décevantes.Le drame du Christ est-il vraiment seulement l’expression de la crise du monde juif dans sa confrontation avec le monde romain ?La vie de Jésus paraît bien plutôt témoigner d’autre chose.C’est d'une crise à l'intérieur du judaïsme qu’il s’agit.Et cette crise, le Christ n’en est pas l’expression seulement, mais il en est bien plutôt l'origine.Il est vrai que le peuple juif en son entier ne l’a pas rejeté.Et la preuve en est dans les milliers de Juifs qui se sont faits chrétiens.Mais il est vrai aussi que ce ne sont pas les Romains, comme paraît le dire Aron, c'est une fraction du peu- ple juif qui l’a rejeté.Comme l’écrivait encore récemment le Père de La Potterie dans un remarquable article: dans le procès de Jésus, « les vrais antagonistes en présence ne sont pas Jésus et Pilate, mais Jésus et les Juifs* (Biblica.41, I960, p.247).Mais ce qui est vrai, c’est que les Juifs pécheurs qui ont rejeté Jésus ne sont à leur tour que les représentants de toute l’humanité pécheresse.» De cette critique il ressort que l’ouvrage de Robert Aron, fait avec sérieux et dans un excellent esprit, ne convient cependant qu’à des lecteurs cultivés et suffisamment instruits sur le plan religieux pour être en mesure de déceler ce qui dans cet ouvrage est incompatible avec la foi catholique.« Depuis quelques mois seulement.je suis abonnée à votre revue Lectures.C'est une revue enrichissante et culturelle.Tous les articles sont intéressants.Pour ma part, ce que je préfère, c’est Le courrier des lecteurs où vous répondez si bien aux personnes mal prises.Aujourd’hui, j’ai besoin de votre aide.J'ai un travail de recherches à faire sur Gabrielle Roy.Ce travail est presque achevé, Il me manque un article pour que ce soit complet: une lettre autographiée de cette romancière.Pourriez-vous me dire où il faut que je m’adresse pour rejoindre Mme Gabrielle Roy ?J'attends votre réponse avec impatience, car ce travail doit être remis bientôt.» L.L.(Montréal) — Nous sommes très heureux que notre revue vous plaise et nous vous savons gré de nous le dire.L’adresse de Gabrielle Roy est celle-ci: Mme Marcel Carbotte.135 ouest, rue Grande Allée.Québec.Avril 1962 241 ¦L Un disque RADIO-MARIE: Compagnon J'avais entendu un disque de Jacqueline Lemay, il > a quelques années.Le souvenir que jen axais garde ri était pas des plus flatteurs: c'était une petite voix agréable, sans plus, chantant des choses édifiantes assez quelconques.Ce disque ne m’avait pas paru digne de figurer dans ma discothèque et je l'avais donne.Ma surprise a été grande en écoutant le disque que viennent de graver les techniciens de Radio-Marie.La petite voix d'hier a subi une maturation des plus heureuses: toujours charmante, elle a acquis plus de discipline, de sûreté et d'ampleur.Et c'est maintenant un plaisir pour l'oreille que d'entendre cette voix qui s'apparente quelque peu, en certains de ses accents, à la voix délicieusement fraîche et pure de Mat hé Althéri (la Mat hé Althéri des valses et des chansons de la « belle époque », pas celle, moins heureuse, des chansons modernes.).Quant aux chansons qu'interprète maintenant Jacqueline Lemay, si elles ne sont pas toutes d'égale valeur au point de vue mélodie et contenu, elles sont loin d'étre quelconques.A côté d’un chant pas très heureux comme L’avion et l’oiseau dont le dialogue est un peu tiré par les cheveux, il y en a plusieurs autres pleins de charme comme Si tu vois la mer, et pleins de verve comme Monsieur l’Bon-heur.A signaler aussi l'originalité et le bon goût de l accompagnement qui rehausse singulièrement la valeur de ce disque déjà si beau.Sous serait-il permis de formuler un souhait pour les prochains enregistrements de Jacqueline Lemay ?Ce souhait concerne la façon dont elle interprète certaines chansons: un rien de gravité en plus, et un rien de langueur en moins, ne siéraient-ils pas davantage pour certaines chansons nettement religieuses ?Jacqueline Lemay prend place dans la lignée de ces troubadours de Dieu que sont les Pères Duval, Cocagnac, Bernard, et Marie-Claire Pichaud.Elle a tout ce qu il faut pour y faire une remarquable carrière: ce disque le prouve avec une indiscutable éloquence.R.L.(Microsillon 33 tours 1/3 — 12 pouces — RADIO-MA RIF — N DC 336203) Emule de Félix Leclerc JACQUELINE LEMAY dans MES PREMIÈRES Le public attendait depuis quelque temps le CHANSONNIER de Jacqueline Lemay.Oblate Missionnaire de Marie Immaculée.Ce CHAXSOSN1ER.publié aux Editions RM.est attrayant, artistique et pratique.Il répond avantageusement au besoin pressant d’un public qui aime la BONNE CHANSON L’exemplaire: 50.25 CHANSONS Apôtre à 20 ans Semez la joie ! Route Claire Regardez ! L'Eglise en Marche La Moisson Merci ! Dans ta maison Tombe neige blanche ' La Vierge et l'Enfant 242 LECTURES A FAITS et'S^X~7 COMMENTAIRES Le mémoire du Comité sur la censure du cinéma Dans sa livraison d’avril 1962, la revue Relations publie les commentaires du R.P.Jacques Cousineau sur le mémoire présenté récemment au Procureur général de la province par un Comité provisoire chargé d’enquêter sur la censure du cinéma.Ces commentaires sont fort judicieux et pertinents.Venant d’une personne aussi autorisée que le Père Cousineau, ces commentaires méritent d’être entendus.Après avoir reconnu que la loi de la censure, vieille de 1925, avait besoin d’une refonte, le Père Cousineau formule d’abord certaines objections sur la composition du dit Comité, ainsi que sur la procédure peu démocratique qu’il a adoptée pour accomplir son travail.Puis, passant en revue le rapport présenté par le comité, il écrit: • (.) Le document (124 pages) compte sept parties.La première, l’introduction, décrit les activités du Comité; trois autres présentent des études sur les aspects sociologi- ques, moraux et psychologiques du problème; la cinquième propose les recommandations; la sixième tire des conclusions; enfin, la septième (p.83 à 124) contient les annexes; ces dernières ne reproduisent qu’un petit nombre des documents reçus, et rapportent rarement les opinions des personnes consultées.Les trois travaux de base révèlent de grandes faiblesses; le ton, trop souvent chargé d'émotivité, convient peu à un Mémoire gouvernemental qui entend demeurer objectif.Les citations sont rares et sans référence précise; pourtant, les affirmations généralisantes abondent, sans qu'aucune preuve soit apportée.Malgré des passages de belle venue et de bonnes recommandations secondaires, l’ensemble manque de caractère scientifique; plusieurs passages se contredisent.On considère faussement tous les films comme des œuvres d'art.Les thèses sujettes à caution et qui rendent inacceptables les recommandations principales se ramènent à celles-ci; l’influence du cinéma sur l’enfant est « une des moins marquantes en profondeur » (p.48); c'est « une méprise fondamentale » que de « vouloir établir des normes objectives de nocivité morale • (p.39); • la responsabc 'té morale d’importer un film et de le montrer doit être portée par l’exhibiteur » (p.55), entendez par lui seul, car « le Bureau de la Censure n’est pas une délégation d’autorité » (p.21).Pour réfuter cette dernière thèse, hasardeuse, il suffira, pour l’instant de renvoyer au Mémoire de Vient de paraître I T REPAIRE IP S LOUPS GRiS Trois archéologues partent en di rection des Antilles à la recherch» d’un continent perdu: l’Atlantide.Mai: la guerre éclate et un corsaire aile mand vient rafler bateau, équipage et documents.Une aventure passionnante.Intrigue ténue et riche d’imprévu.Facture littéraire particulièrement soignée.168 pages $2.00 MONTRÉAL et PARIS Avril 1962 2 43 l'Office catholique national des Techniques de diffusion [.] On y met en relief le droit et le devoir de l’Etat à l’égard du bien commun, bien commun dont fait partie la moralité publique.Quant à l'influence du cinéma, à défaut de ce que disent le sens commun, les statistiques et les témoignages des récents souverains pontifes, on pourra consulter, en plus des articles parus dans Relations, en 1957 et 1958, le dernier livre du meilleur filmologue français, M.G.Cohen-Séat (Cinéma et télévision), et les conclusions des Journées internationales de l’O.C.l.C.(Vienne I960) qui réunissaient des experts d’une trentaine de pays.Le Comité provisoire recommande essentiellement d’abolir le Bureau de censure et de lui substituer un Comité d’information sur les films, appelé désormais Comité de Régie du Cinéma.Le nom laisse rêveur.Nous aurions une Régie qui ne régira rien, mais laisserait tous les exhibiteurs quelconques, promus désormais les grands éducateurs du Québec, montrer tout ce qu'ils voudraient.Etrange illogis-, me ! Nous faisons un immense effort pour améliorer l'enseignement à tous les niveaux, et jusqu’à l’éducation des adultes; avec raison, nous exigeons des études poussées, une garantie morale sérieuse et des diplômes élevés des instituteurs qui enseignent à une vingtaine d'enfants, d'adolescents ou d'adultes; nous soumettons ces mêmes instituteurs à des inspecteurs ou visiteurs; mais quand il s’agit des millions de spectateurs (26 millions au Québec en 1959) qui, bon an mal an, se font • conditionner » dans les salles commerciales, il n'y aurait plus désormais de surveillance, sauf par le service des incendies.Comprenne qui pourra ! [.] » j livres primés pur le Jury des lettres Le 11 avril dernier, le Jury des Lettres choisissait, parmi la production canadienne de 1961, les œuvres jugées les plus méritantes.Voici le résultat du choix du Jury: — Grand lauréat pour la section des œuvres d’imagination: Adrienne Choquette pour sa nouvelle intitulée Laure Clouet.-— Grand lauréat pour la section des œuvres de littérature en général: Jean Le Moyne pour Convergences.— Ouvrages primés dans différentes sections: Roman: Laure Clouet d’Adrienne Choquette Poésie: Portulan de Pierre Perrault Théâtre: Deux femmes terribles d'André Laurendeau Essais littéraires: Convergences de Jean Le Moyne Spiritualité: L’engagement chrétien du R.P.P.-E.Roy, c.s.c.Sciences sociales: Croissance et structure économique de la province de Québec d’André Raynaud Histoire, Géographie: Mémoires de Thomas Chapais de J.Barnard Reportages: Les fous crient au secours de Paul Pagé Philosophie: L'objet de la métaphysique selon Aristote de Vianney Décary Littérature de jeunesse: La pêche à l'horizon de Cécile Gagnon Im magie des choses d’Adrienne Messier En marge de l’attribution de ces prix par le Jury des Lettres, il faut regretter deux choses: d’abord que les listes fournies au Jury n aient pas été complètes et ensuite que la répartition des œuvres dans les différentes sections ait été faite d’une façon un peu hâtive.Ainsi, un titre comme Le Calepin d’un flâneur de Félix Leclerc après avoir été oublié dans la liste initiale a été classé à la dernière minute parmi les reportages ! ! ! Par ailleurs un ouvrage de la qualité de Drôle d'automne de Paule Daveluy aurait eu des chances de remporter les honneurs de la section littérature de jeunesse, mais il a malheureusement été classé parmi les romans d adultes où il n'avait pas sa place; la même remarque est à formuler pour Le Marchand de la Place royale de P.Benoit, roman pour adolescents classé parmi les romans pour adultes.Si l’initiative de la Société des Editeurs devait se renouveler I an prochain, il est à souhaiter qu’on corrige de telles erreurs.R.L.244 LECTURES (Suite de la page 248) mélodie et me prénétrer un peu de lu musique avant d'attaquer les paroles.Puis je lis les vers séparément, pour en extraire le sens.Je tiens à avoir quelques précisions sur la manière dont le morceau a été écrit, et j’essaie de me plonger dans son atmosphère.Lorsque enfin j'unis les paroles à la musique, je m'efforce de recréer le climat de l'œuvre.Si je me concentre, et si la chanson ne présente pas de difficultés imprévues, mon travail est aisé.(.) La musique est une chose trompeuse.Il m’arrive de travailler un morceau chaque jour pendant une semaine sans obtenir de résultats, puis brusquement, en l’espace d'un éclair, je réussis à le comprendre.Ce qui a pu paraître une perte de temps porte brusquement ses fruits à un moment imprévisible.Mais je n’aborde pas les chansons les plus difficiles au commencement.J’essaie de venir à bout de celles qui me paraissent les plus accessibles, les moins ardues, et je garde le plus de temps possible pour celles qui me résistent.Il est impossible de dire exactement combien de temps il faut pour préparer un programme dans son entier.J’y consacre certainement des semaines et même des mois.Lorsque le programme a été établi dans un ordre définitif, nous commençons à travailler chaque catégorie de chants séparément.Franz et moi y passons plusieurs heures dans la matinée, puis, après l'interruption du déjeuner, deux ou trois heures dans l’après-midi.Nous nous arrêtons plus longuement à l’heure du dîner, après quoi, nous travaillons encore une heure dans la soirée.Après avoir étudié chaque catégorie de morceaux séparément, nous les assemblons pour revoir notre programme.Et tandis que nous passons en revue l’ensemble des morceaux, il nous paraît quelquefois que certains ne s'accordent pas du tout entre eux.ce qui nous amène à en supprimer un et à le remplacer.Dans ces cas-là, il m’arrive de me décider pour une chanson que j’avais mise de côté pour plus tard, mais qui convient davantage au programme.Après ces dernières retouches, nous ne cessons de le reviser.En fait, nous aimerions pouvoir le faire et le refaire constamment.Notre but est de nous plonger entièrement dans l’atmosphère de la musique au point d’en faire partie intégrante, dans la mesure de nos faibles moyens.Il m'est arrivé de ne pouvoir saisir pendant longtemps la signification profonde d'un chant, les sentiments qu’il exprime.Je me rappelle que lorsque je suivais les cours de M.Boghetti, il me donna iAve Maria de Schubert à étudier.Cela me parut la chose la plus ennuyeuse et la plus longue que j’eusse jamais essayé de chanter.Comme je ne savais pas l’allemand, j’eus beaucoup de peine à retenir les trois couplets, et je ne parvenais pas à en tirer quoi que ce soit.J'essayai, plusieurs fois, de le chanter en public et j eus l'impression que je n'atteignais pas mes auditeurs.Je le mis de côté.Cinq ans plus tard, alors que j’étais en Europe en train de préparer un récital avec Kosti, je m’aperçus qu'il me fallait un autre morceau allemand pour le compléter.Quelqu’un mentionna /’Ave Maria.Nous l'essayâmes, et cette fois il me plut.Je sentis que le moment où j’étais prête à le chanter était enfin venu.Ayant emporté le cahier de musique dans ma chambre d'hôtel, j'appris les paroles, me plongeai dans la mélodie, et interprétai i Ave Maria quelques semaines plus tard à un concert.Ce fut une réussite.Pendant plus d’un an et demi, à dater de ce jour, l’Ave Maria figura sur tous mes programmes.Si je retournais pour la seconde ou la troisième fois dans une ville et que ce titre n'était pas annoncé, un grand nombre de personnes demandaient à l’entendre.Je le chantais invariablement à chaque rappel.Aujourd’hui encore, on me le réclame souvent, et c’est toujours un numéro qui a beaucoup de succès.Je l'ai répété si souvent qu'il est devenu comme une partie de moi-même.Avec l’Ave Maria de Schubert, je me trouvai en face d'un morceau que je n’avais pas compris au départ.Gretchen am Spinnrade de Schubert est une chanson qui, au contraire, me plut tout de suite, mais dont je ne pus d’abord rien tirer.Je dus me résigner aussi à la mettre de côté.Puis il se trouva qu’un jour j’eus besoin d’une chanson de ce genre et je la ressortis.Je fus toute surprise de constater à quel point ce qui m’avait paru hermétique à un certain moment était tout d’un coup devenu clair et accessible.C’était comme si j’avais lutté inconsciemment contre la difficulté pendant cette longue période et je me sentais brusquement comme illuminée.Ce morceau m'appartenait, je m'y sentais à l’aise, j’allais même jusqu'à y ajouter mes propres sentiments.J'eus une expérience semblable avec Der Erlkônig de Schubert, ainsi qu'avec Ungeduld, et Morgen de Richard Strauss.J’essayai plusieurs fois Ungeduld et le trouvai très beau, quoique peu fait pour moi.Puis un jour, j’eus envie de l'inclure dans mon programme.C'était un morceau de deux pages seulement d'une décevante simplicité.J'essayai de le chanter encore et le trouvai très difficile.Je le travaillai avec M.Boghetti et avec Billy King qui savait exactement comment Roland Hayes le chantait.Je pus l’exécuter assez bien au studio, mais au début, je ne le réussis pas en public.Puis, soudain, à un concert, je sentis que je l’avais enfin maîtrisé.Par contre, Der Tod und Das Madchen de Schubert me parut facile et me vint naturellement.Peut-être aurais-je dû me défier de cette apparente facilité, mais dès que je commençai à travailler ce morceau, tout alla bien, et je n'eus pas à le mettre de côté.Je me sentais attirée par cette chanson parce quelle était extrêmement dramatique et contenait un maximum d’action en un temps très court.Il me semblait quelle devait être jouée plutôt que chantée.J'entends par là .L W ê Avril 1962 245 % % % Ht HrHtHtHrHtHtHtHrHtHrHtH/Hj 9 # «SgO «s # f $ T «> 4 4> 9 9 T T f I m i 4> ^** ? # * T 9 que la voix de la Mort et celle de l'Enfant doivent être l'expression de cette tragédie, et que le chanteur doit utiliser sa propre voix pour évoquer l'une et l'autre.La Mort fait une proposition à l’Enfant sans chercher à lui faire peur, puis la dernière phrase qui précède le fa grave est l’ultime appel, d’autant plus insidieux et terrible qu’il est tendre.Je me pris de passion pour ce morceau, m'efforçant d'en bien saisir l’atmosphère, et j’eus la chance de n’avoir jamais de difficulté à chanter le fa grave.Je n’ai jamais sous-estimé l’importance de cette note, et je sais que les chanteurs qui la réussissent doivent avoir la voix parfaitement posée.Quand j’étudiais cette chanson et les autres, je devais prendre garde à ne pas perdre ma spontanéité en répétant et en travaillant sans cesse la musique.Il faut toujours laisser un petit quelque chose s'accomplir pendant le concert, quelque chose qui donne à l'exécution sa goutte de magie, autrement, on n'atteint pas le cœur du public.Lorsqu’on a la chance d'avoir pu donner à un morceau l’expression que l'on cherche, il ne faut jamais abuser de ce privilège.Je me souviens qu'un jour je chantais La Crucifixion à Oslo.Ce negro spiritual est l’un des chants les plus débordants d’émotion que je connaisse.Ses paroles très simples et sa mélodie touchante évoquent la tragédie de ce terrible moment.Je le ressentis très vivement ce soir-là.J'étais si émue moi-même que j’étais au bord des larmes, et je crois que des gens dans la salle se mirent à pleurer.Je fus si applaudie que je ne pus poursuivre avec le morceau suivant, et je chantai La Crucifixion une seconde fois.Ce ne fut pas une heureuse inspiration.Un critique écrivit le lendemain que ce chant n'aurait pas dû être bissé.Il avait raison.Lorsqu'un moment de grâce vous apporte quelque chose de spécial, il ne faut pas commettre le sacrilège de trop demander.Une autre fois je me sentis émue jusqu’aux larmes.tandis que je chantais le spiritual En errant, à un concert aux Etats-Unis, tant je trouvai de signification profonde à ce morceau.I'm trampin, I’m trampin’.I'm trying to make Heaven my home.I've never been to Heaven but I've been told That the streets up there are paved with gold.Je vais errant, je vais errant.J’essaie de faire des deux ma patrie.Je ne suis jamais allé au Paradis, mais on m'a _ .[dit Que les rues y sont pavées d'or.Je voyais devant moi une armée de malheureux courbés vers la terre, dont la seule consolation était de marcher tout le long de la route du Ciel, vers un bonheur qu'ils n'avaient jamais connu.Je ne saurais dire pourquoi je fus en proie ce soir-là à ce paroxysme d'émotion, mais l'émotion était réelle, et elle me permit de chanter de manière persuasive.Il est étrange que jadis j’aie essayé de chanter ce spiritual et n’aie pas réussi.Ce chant m'avait plu et je l’avais fait transposer un ton plus bas.voulant donner ainsi une meilleure impression de la foule errante, et cela m'obligeait à chanter un la très grave.C ette note ne me causa aucune difficulté, et pourtant, sans pouvoir en saisir la raison, j'avais senti que « ce n’était pas ça ».J’avais très envie de réussir ce chant.Ce soir-là, la salle de concerts de la Dunbar High School était petite et il y avait dans l'assistance de nombreuses personnes de ma connaissance.J’avais pensé à ce morceau dans le train, me demandant si je devais persévérer dans la version transposée, ou s il valait mieux l'abandonner complètement.Je décidai d'essayer une fois de plus, et ce fut un succès.Je ne cessais de me demander pourquoi une fois mon interprétation ne valait rien, et pourquoi un autre jour elle était parfaitement bonne.Si vous savez bien un morceau, pourquoi ne pouvez-vous pas le chanter chaque fois de la même manière ?C’est un mystère pour moi, si ce ne I est pas pour d autres artistes.Un jour, vous êtes en plein dans l'atmosphère qui convient, le lendemain, vous n’y êtes pas.Cela peut vous arriver avec le chant que vous aimez le plus.Chaque artiste a ses morceaux préférés.Il me semble que les miens sont /’Ave Maria, Begrüs-sung, Komm, süsser Tod.Es ist vollbracht de Bach, The Crucifixion, et celui qui m'est peut-être le plus précieux de tous, le negro spiritual He Has the Whole World in His Hands (Il a le monde entier dans ses mains).Mon attention sur ce spiritual fut attirée par Marian Kirby, qui collectionnait les chants folkloriques des noirs et des populations montagnardes.Un compositeur anglais, Hamilton Forrest, composa un accompagnement parfaitement en harmonie avec les paroles.Ce chant eut toujours le plus grand succès, même dans les pays où le public ne comprenait pas l’anglais, et je dus le bisser souvent.Ce spiritual nous rappelle que nous traversons des moments de désespoir, et qu’il existe un Etre qui peut nous porter secours à ce moment-là.Il s'adresse à tous.Il évoque d’abord le vent et la pluie: personne peut faire cesser la pluie, qu'il soit riche ou pauvre, intelligent ou stupide.« // a le vent et la pluie dans Sa main, Il a le monde entier dans Sa main », et ensuite: • Il tient le menteur, Il tient le joueur, Il tient celui qui joue aux dés dans Sa main.» Cette partie s'adresse à tous ceux qui transgressent les lois de Dieu.Puis il s'agit des petits enfants.Qui les protégera lorsque leur mère et leur père ne peuvent le faire ?Et le chant se poursuit: • Il nous tient, toi et moi, frère, dans Sa main, Il nous tient, toi et moi, ma sœur, dans Sa main.Il nous tient tous ici dans Sa main.Il tient le monde entier dans Sa main.» Tout cela est exprimé dans ce spiritual.Je l’ai choisi non pas seulement parce qu’il me semblait qu'il plairait au public, mais parce que ce cri, * cet appel avaient pour moi une profonde signification.Il représente pour moi plus, beaucoup plus qu un simple numéro sur le programme.Marian ANDERSON 246 LECTURES INDEX DES AUTEURS U GRAND PRIX CATHOIIQIII I» ATIRIIIIH À mux mm PARIS (CCC) — A l’issue de ses délibérations, le jury du « Grand Prix catholique de Littérature • a décidé, non pas de partager son prix, mais d'attribuer deux prix de 1,000 francs chacun, dont les lauréats sont, pour l’ensemble de leur œuvre, à l'occasion de leurs derniers livres, MM.Victor-Henri De-bidour et Claude Tresmontant.Un prix littéraire qui double son montant: voilà un geste rare qui mérite d’être souligné ! Les derniers ouvrages publiés par les deux lauréats sont respectivement: La correspondance philosophique de Laberthonnière et Blondel, thèse de philosophie récemment soutenue par M.Tresmontant, et Le bestiaire sculpté en France, étude d’iconographie médiévale de M.Debidour.ALZIN (J.), p.234 AMOUROUX (H.), p.239 ANDERSON (M.), p.235 APPEL (B ), p.236 AUBIER (D).p.239 BER (A.), p.237 BUSSAC (J.), p.239 CASSON (L.), p.239 CERTIGNY (H.), p.239 CHAIGNE (L.), P- 234 CHAMBON (A.), p.239 CHAMPEL (N.), p.239 CLEMENT (F.), p.239 DANIELOU (J.), p.223 DAVID (J.), p.239 DOUGLAS (M.P.), p.231 DUPUIS (H.), p.228 EMETHIE (Princesse), p.239 ERIAU (J.B.), p.234 GAZAI (C), p.239 GAILLET (G.), p.239 GODBOUT (I.), p.228 GUIMARD (P.), p.239 HEBERT (J.), p.229 HOUDYER (P ), 240 JOSSELIN (J.-F.), p.240 LA VARENDE, p.240 LAWRENCE (D.H.), p.240 LE CLEC’H (G.), p.240 LEVRON (J.), p.240 LINARES (L.-M), p.240 LOISY (J.), p.236 LORD (D.), p.240 MANTRAN (F.), p.240 MARCOTTE (G.), p.224 MC LAUGHLIN (W.R.D.), p.240 OFAIRE (C.), p.240 PAYSAN (C.), P- 240 SCHNITZLER (T.).P- 231 SHAKESPEARE (W.), p.233 SHUTE (N.), p.240 THERIAULT (Y.), p.229 TINEL (M.), p.240 * * * Les Troubadours, p.233 TRUDEAU (P.E.), p.229 VIENNE (L.de), p.232 LECTURES REVUE MENSUELLE DE CULTURE ET DE BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE publiée par le SERVICE DE BIBLIOGRAPHIE ET DE DOCUMENTATION DE FIDES 25 est, rue Saint-Jacques, Montréal-1 — Un.1-9621 Directton: R.P.Paul-A.MARTIN, c.s.c.Rédaction: R ta LECLERC Le Ministère des Postes, à Ottawa, a autorisé l'affranchissement en numéraire et l’envoi comme objet de la deuxième classe de la présente publication.Abonnement annuel: $2.00 Le numéro: $0.20 Publication approuvée par l’Ordinaire Avril 1962 247 3506 H page ANTHOLOGIE Marian Anderson, la célèbre chanteuse noire connue du monde entier, vient de publier, chez Albin Michel, sous le titre Ma voix et ma vie, une autobiographie pleine de charme et de noblesse.Dans l’article ci-dessous, la grande artiste explique comment s’élabore le programme de ses concerts.(N.D.L.R.) À es chansons ' LABORER un programme c’est comme choisir une robe parmi une garde-robe infiniment variée.Très peu de femmes possèdent de telles garde-robes, mais une chanteuse possède un vaste répertoire qui lui offre l'embarras du choix.Pour faire ce choix, il faut avant tout songer au public et se souvenir qu’il se compose de personnes très différentes dont certaines ont du goût naturellement et une culture musicale profonde, tandis que d’autres en sont dépourvues et recherchent surtout un délassement.Je m'efforce généralement de choisir ce qui peut plaire à la fois aux unes et aux autres, mais il faut en même temps que ce soit une musique qui me touche profondément, de la belle musique qui me transporte, sinon je ne puis en recevoir aucune émotion à transmettre à ceux qui m’écoutent.Il existe des milliers et des milliers de chansons, c’est pourquoi ma situation est celle d’une femme devant sa garde-robe.Si cette femme possède une robe bleue et une robe noire, elle peut choisir facilement; si elle en a cinquante, elle est perplexe.Prenons pour commencer Schubert, mon compositeur préféré.Je relis les sept volumes de ses chants.Il y en a des centaines et chacun me paraît plus admirable que le précédent.Je fais ce petit exercice en été pendant que je suis en vacances, et après plusieurs semaines, j’ai collectionné tan! de morceaux de Schubert que je pourrais facilement en remplir tout un programme.Au début de ma carrière, lorsque je me sentais peu sûre de mon allemand, je n’osais jamais consacrer un programme entier à Schubert.Aujourd’hui, si je ne le fais pas davantage, c’est parce que trop d’œuvres différentes retiennent mon attention.Après avoir mis de côté un certain nombre de morceaux « possibles » de Schubert, je m'occupe des chansons de Brahms et en fais une sélection provisoire; puis je passe à Schumann, Hugo Wolf, Richard Strauss.Je ne puis retenir plus de huit ou, au maximum, plus d'une douzaine de leurs œuvres, selon le nombre de concerts que je dois préparer pour la saison, trois ou quatre seulement d’entre eux devant avoir lieu aux Etats-Unis.Je m’intéresse ensuite aux chansons françaises, en commençant par Debussy, puis aux chansons espagnoles, enfin aux chansons italiennes, Là, je rencontre de nouveau de grandes difficultés.Il y a trop de c oses, et toutes sont très belles.Cependant, ce sont les chansons en anglais qui me causent le plus de souci.J’aime à intégrer dans un programme une série de morceaux composés par des Anglais et des Américains, en plus des negro spirituals, mais le choix est très difficile.Je trouve qu’il n'y a pas abondance de belles œuvres de langue anglo-saxonne, mais peut-être ai-je mal cherché.Quant aux œuvres modernes, je dois avouer que je ne me sens pas capable d'en venir à bout.Mes accompagnateurs et moi avons consacré de longues heures à passer en revue la musique de langue anglaise, volume après volume.Certains morceaux nous avaient même été envoyés sans que nous les ayons demandés.J’ai essayé d’inclure dans mes programmes et de chanter, chaque année au moins, une chanson nouvelle écrite par un compositeur américain inconnu, mais il m’a parfois été impossible de rester fidèle à cette règle.Il faut dire qu'il est extrêmement abrutissant de se plonger dans des piles de feuilles manuscrites.Certaines chansons sont compréhensibles, d’autres ne le sont pas.D’autres m’arrivaient accompagnées de lettres assez pitoyables: « C’est ma première chanson, disait l’une, je n’ai jamais beaucoup étudié la musique, mais il me semble que ce que j’ai écrit est absolument fait pour vous.• Lorsque je travaillais avec Kosti Vehanen à la préparation d'un programme, il inscrivait sur des feuilles de papier différentes le nom de chacune des chansons que nous avions mises de côté comme acceptables.Puis, nous faisions une étude de chaque feuille, la notant selon notre préférence, et nous les classions ensuite par catégorie, réservant, pour la fin, la chanson qui faisait le plus d’effet.Le classement était le même dans chaque catégorie et atteignait progressivement une sorte d’apogée.Nous avions ainsi établi un programme.Sur le papier tout au moins.C’est après ce choix théorique que j’aborde le travail qui consiste à apprendre et à préparer chaque chanson.Certaines d'entre elles, je les ai peut-être chantées en d’autres occasions.'Je les connais ou je les ai sues très bien jadis, Peu importe, nous reprenions chaque fois tout à la hase.Chaque chanteur a sa propre méthode de travail.Pour ma part, j’aime entendre d’abord la (Suite à la page 245)
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