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Titre :
Lectures
Grâce à ses critiques littéraires, Lectures souhaite faire connaître la valeur intellectuelle et morale des nouvelles parutions tout en créant un barrage efficace contre les « mauvaises lectures ».
Éditeur :
  • Montréal :Service de bibliographie et de documentation de Fides,1946-1966
Contenu spécifique :
avril
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
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    Prédécesseur :
  • Lectures et bibliothèques
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Lectures, 1966-04, Collections de BAnQ.

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¦RBnnMHl[ NOUVELLE SÉRIE VOLUME XII NUMÉRO 8 AVRIL MONTRÉAL 1120*66 dans un gant de fer de c.martin p.199 une sentinelle attend l’aurore de g.cesbron p.200 les paradoxes d’une vie de p.toupin p.202 histoires galantes de bertrand vac p.204 CLAIRE MARTIN LAURÉATE DU PRIX FRANCE-QUÉBEC 1966 À PROPOS PE.sens exquis des choses et des nuances, de l’ouverture et de la souplesse d’esprit; de plus, il faut produire ce jugement dans une forme correcte, et cela bien souvent requiert autant d’audace que de facilite d’expression.On aime beaucoup plus lire et réfléchir pour soi que se mettre en frais de rédiger une étude critique ou même un simple compte rendu de lecture.Nos collaborateurs se recrutent, l’on s’en doute, parmi les amis naturels des livres: bibliothécaires, professeurs, étudiants, professionnels, en un mot, des gens qui ont déjà beaucoup à faire.C’est donc en marge de leurs occupations quotidiennes, dans les rares moments de loisir, qu’ils trouvent le temps de dialoguer avec les livres et de nous livrer le meilleur de leurs réflexions.Une telle générosité s’inscrit nettement dans un dessein de servir qui force notre compliments à nos collaborateurs ROLAND CHARLAND Le présent numéro, constaterez-vous, renferme un plus grand nombre de notices bibliographiques qu'à l’accoutumée.En effet, le délai qu’a demandé la mise en œuvre du numéro spécial de février-mars sur Félix-Antoine Savard, a permis d’accumuler et de mettre en réserve quantité d’articles reçus de nos collaborateurs.Les écluses sont enfin levées ! D’où cet afflux soudain de tant de textes qui défilent devant vous et qui sont tous signés de noms que vous connaissez.L'occasion m'est offerte très à propos, me semble-t-il.de rendre un témoignage personnel d’estime et d’appréciation à tous ceux-là qui alimentent la revue Lectures de leurs travaux: ils assurent la bonne tenue de la revue et favorisent son épanouissement.Qu'on veuille bien le croire, le mérite de chacun de nos collaborateurs est loin d’être mince.L’Art est difficile; la Critique, facile, dit-on souvent avec un brin de malice.La vérité, c’est que la critique, même la critique non-officielle, ne se fait pas aussi aisément que certains peuvent le penser.Ce n’est pas tout de porter un jugement appréciatif sur les valeurs essentielles d’un livre — ce qui exige tout de même un fond solide de culture personnelle, un admiration.Nous nous faisons un devoir de féliciter nos collaborateurs de leur magnifique esprit de travail, de les remercier de leur disponibilité franche et toujours enthousiaste.A la demande de plusieurs professeurs de français et d’étudiants, nous reproduisons deux autres pièces anthologiques de F.-A.Savard: Les Oies sauvages et Le Centaure Alexis.Ces deux poèmes qui.comme nous le rappelons plus loin, ont été l'objet d’études sérieuses dans le passé, demeurent des modèles de la pensée et de l’art savardiens.Nous complétons ainsi ce numéro spécial dont l'accueil dans tous les milieux a été des plus encou-rangeants.Nous projetons deux ou trois études de même envergure consacrées à des auteurs canadiens.Déjà nous nous mettons à la tâche ! LECTURES/AVRIL PAGE 198 DIALOGUE AVEC LES LIVRES D’HIER ET D'AUJOURD’HUI I pardon véritable ne se contente pas de l’oubli facile — d’ailleurs, comme elle l’affirme, elle n’oubliera jamais car sa mémoire est impitoyable — mais il vise l’acceptation de la réalité telle qu’elle est dans tout ce que cela comporte.Et l’acceptation engendre la paix intérieure: « on ressent une paix intérieure que rien d’autre ne peut apporter ».(p.10) Il y a là quelque chose de pathétique et de profondément humain.On ne peut mettre en doute d’une façon globale, il va de soi.la vérité des faits, des anecdotes et des événements rapportés par l’auteur, concernant sa vie et celle de sa famille.Mais hélas ! Dans un fiant de fer prend certaines allures de roman qui ne trompent pas.Claire Martin n’a pu échapper à l’emprise de la romancière qui vit en elle.Cette impression se mesure à un certain climat créé par l’auteur, trop accablant de logique, trop soucieux de clarté.La mémoire de l’enfance n’est pas si rigoureuse et s’accommode assez facilement de larges régions obscures s’ouvrant directe- dans un gant de fer de c.martin JEAN-NOËL SAMSON Il faut du courage pour écrire ses mémoires.Surtout, et c’est le cas de Claire Martin, quand cette aventure dans le lointain de son être prend l’aspect d'un retour à un monde qui nous a broyé, et qu’on s’était juré d’anéantir à jamais de son souvenir.Généralement on préfère oublier.Mais il est parfois difficile d’extirper de son univers intérieur tout ce labyrinthe de forces obscures qu'on traîne avec soi à travers le temps.Nécessité s’impose alors d’apprivoiser son passé pour atteindre à une pleine libération.Cependant, de l'écrivain auteur de mémoires, on est en droit d’exiger certaines qualités fondamentales, dont la sérénité du détachement, et une objectivité aussi complète que possible, traduite dans la sincérité consciente avec soi-même.Ce qui lui évite de céder trop facilement à la tentation de prendre parti, ou encore au désir, bien légitime chez lui.de susciter l'intérêt par tous les moyens, au détriment de la vérité parfois banale et ennuyeuse.Sans ces précautions, on en arrive à fausser le jeu et à tromper le lecteur.Il est difficile d'affirmer avec conviction que Claire Martin a su obvier aux dangers inhérents au genre dans lequel elle s'est lancée avec la publication du premier tome de ses mémoires.1 Pourtant l'auteur «s’était donné comme objectif d'écrire ce livre sous le signe de la quiétude.Ainsi nous dit-elle au tout début: « J'ai tout pardonné ».(p.9) Et elle ajoute que le ment dans le domaine de l’inconscient et de l’imaginaire.Autrement, il y a danger de modeler ce monde primitif et encore à l’état de création sur celui trop bien charpenté et trop statique de l'âge adulte, il y a danger de déformer l'un pour le reconstruire à l’image de l'autre, à la satisfaction d’un esprit avide d’explications et de raisonnements formels.Il se trouve dans la vie de tout homme et des zones d'ombres et des zones de lumière absolument irréconciliables.En fait, et jusqu'à un certain point à la décharge de l'auteur, la matière de son livre se prête admirablement bien à l’échafaudage d'un véritable roman, un peu à la manière d'une certaine époque du roman psychologique anglais illustrée en particulier par les sœurs Brontë.Tout y est, le registre est complet, de l'atmosphère lugubre et un peu sentimentale jusqu’aux personnages genre-Aurore-l'enfant-martyre: une fillette sans défense, brutalisée par un père maniaque, souffre-douleur de religieuses bornées et stupides, comblée de tendresse par ses grands-parents, etc.On pense tout de suite à un joli mélodrame.Heureusement Claire Martin est de celles qui ont du nerf et qui ne se laissent pas facilement attendrir.Ce qui sauve tout.C'est un livre sans pitié que ce premier tome de ses mémoires.Et elle prend soin elle-même de nous en avertir: « Et maintenant, si je veux raconter les choses telles quelles furent, il me faut remiser cette pitié», (p.10) D'ailleurs quelle pitié a-t-on eu pour la fillette quelle décrit ?Un seul qualificatif peut bien rendre toute l'horreur de cette enfance: monstrueux.Oui.ce fut une enfance monstrueuse que la sienne ! Une enfance sans joie, marquée au coin de l’ennui: « Cependant, ce n’était pas de frayeur que nous souffrions le plus.C'était, d’abord, d'ennui ».(p.33) Tout se résorbe dans la tristesse au cœur de cette maison familiale.Même les fêtes de Noël.Encore si ce n'était que la tristesse.Mais il y a l'odieux de la présence du ( I ) Claire Martin — Dans un fiant de fer.Première partie: La joue gauche.[Montréal) Le Cercle du Livre de France [1965].235p.20cm.LECTURES/AVRIL PAGE 199 père.Personnage haut en couleur si l’on veut, d’une forte personnalité, du moins une personnalité bien à lui.et qui pourrait faire penser par certains côtés à l'ineffable M.Pasquier de Georges Duhamel, du fait de ses sautes d’humeur imprévisibles, de ses idées bizarres pour ne pas dire ses lubies, de ses manies ridicules, de ses originalités fantasques.Mais là s'arrête la comparaison, car il faut aussi compter avec son égoïsme bestial à l’unique mesure de son inconscience hors de toute atteinte humaine.Personnage brutal, inhumain, sadique même, dont l'unique préoccupation est d'asservir ses enfants par la peur.Et je n'invente rien: « Il jouissait de notre silence apeuré.Il nous voulait chroniquement terrifiés», (p.126) L'auteur n’hésite pas à aller jusqu'au cynisme direct et percutant pour le décrire dans toute sa crudité: « Accueillir une pensée qui aurait pu le conduire à se refuser le plaisir de la colère?Pas question !.(p.31) C'est donc un livre cruel.Un livre qui ne craint pas la phrase choc, le trait qui fait bondir de surprise.de révolte même: « Je ne sais pas à quel âge j'ai compris que, là où j'étais née, le bonheur ne serait pas mon lot», (p.II) Et comment rester insensible à l’évocation de la haine de cette enfant pour son père, de son mépris qui ne peut avoir d'autre racine que celle de la force de vivre: « J’avais trois ans et demi.C’était bien peu pour choisir la haine et le mépris», (p.31) Livre aussi où l'humour fin voisine souvent avec le sarcasme amer.On se plaît à lire les nombreuses et amusantes anecdotes que raconte l'auteur avec force détails, sans doute un peu trop.Surtout celles concernant les religieuses qu'elle a connues durant ses longs et tristes séjours dans les pensionnats.Anecdotes relevées d'une verve piquante, assaisonnées de remarques bien placées, allant toujours au but et sans détours.Le style se fait alors nerveux, alerte, soutenu par une inspiration qui ne se ressent pas de la fatigue, de la première à la dernière page.Dans un f>ant de fer à ce point de vue est digne de l’auteur qui remportait en 1958 le Prix du Cercle du Livre de France.Mais qu'elle le veuille ou non.malgré les bonnes intentions du début, on y surprend de l’amertume, de la rancoeur.On aurait préféré plus de pitié de sa part.Surtout un peu moins de ces tristes et ridicules histoires de pensionnats que tout le monde prend un malin plaisir à se ressouvenir, qu’on a trop entendues et qui ne peuvent en rien rehausser le prestige de leur auteur.Qu’il y a loin de cette attitude morose à celle qu'adopte par exemple un Julien Green dans Partir avant le jour.Le point de départ est le même, mais le regard diffère.Nous pénétrons chez Julien Green au plus intime du monde de la conscience, nous assistons à l’extraordinaire aventure d’un être qui se découvre à la vie, dans toute l’effervescence et les tiraillements des passions les plus contradictoires.Chez lui point de souci d’ordonner, de clarifier comme semble le faire Claire Martin.C’est la matière même de la vie qu’il nous livre à pleines mains avec tous ses malentendus, ses déchirements, ses absurdités.Son point de vue est existentiel et en cela Julien Green se rattache au vrai courant du XXe siècle.Claire Martin fait plutôt œuvre de moraliste.En ce qu’elle fait le procès d’une certaine société aujourd’hui révolue, dressant particulièrement un acte d’accusation à l’égard du système d'éducation dont elle a été victime.Dans cette perspective son livre s’avère inutile.Inutile parce qu’il vient trop tard.D’autres sont déjà passés avant elle, et on en a déjà trop dit à ce sujet.Malgré toutes ces réserves, Dans un f>ant de fer reste un livre à lire.La valeur n’en est pas tant le contenu, somme toute assez superficiel, mais la façon de l'auteur.Claire Martin a du charme et on pardonne facilement à un écrivain qui sait manier l’humour et l’ironie avec autant d’habilité.Elle a de quoi intéresser et c’est pourquoi on ne peut que désirer impatiemment le second tome de ses mémoires.une sentinelle attend l’aurore de g.cesbron HERVÉ BIRON Ce livre 1 est avant tout une dénonciation véhémente de notre temps.On sent que l’auteur ne peut, sans élever la voix, considérer les abominations que notre époque de lumière laisse se perpétuer ou semble même encourager.Que nos pays capitalistes et chrétiens se meurent de bien-être, suffoquent de suralimentation et que, pendant ce temps, trente millions d’individus meurent de faim chaque année, cela ne peut nous laisser la conscience tranquille.Que « le chômeur [soit] devenu le symbole de l’ère de l’opulence », cela non plus ne peut être toléré.Ce qui demeure incompréhensible, en effet, et Cesbron insiste sur ce fait, c’est que notre siècle d’éducation et de fraternité soit devenu celui d’un érotisme cynique et féroce.Chaque soir, dit-il, dans la seule ville de Paris, cinq débutantes font leurs premiers pas dans la prostitution.C’est le retour à l’esclavage, (p.83) Le dieu Efficacité prend place dans la mythologie moderne, et c’est avec la même tranquille assurance que l’on tue, que l’on torture et que l’on organise les loisirs de la popui alien.Aux belles chansons simples, plus ou moins sentimentales, parfois de bon goût, on a substitué « la chanson industrielle » (pp.49-50) qui occupe la radio toute la journée et qui s’attaque même à nos vieux Noëls.Sans doute, la verve de Cesbron s’apaise-t-elle en rappelant le souvenir des rites toujours neufs de la fête de Bethléem.Mais l’auteur revient aussitôt à son humeur habituelle où le sarcasme et l’ironie luttent à qui fera mieux voir les sottises du ( 1 ) Gilbert Cesbron — Une sentinelle attend l’aurore.Paris, Robert Laffont [1965J.251p.18.5cm.$3.85.LECTURES/AVRIL PAGE 200 XXe siècle.11 en résulte ces contes cruels, plus cruels à vrai dire que ceux de Villiers de l’Islc-Adani.C’est là que le livre se fait le plus dur et aussi le plus vrai dans sa fantaisie à peine en avance sur son temps.La piqûre est celle qui permettra aux Noirs de se transformer en Blancs, ce qui ne changera rien au racisme, car les blancs de blancs devront se protéger contre les nouveaux blancs.Quant à la pilule, ce comprimé de stérilité, c’est celle qui permettra, on s’en doute, l’invasion pacifique des pays blancs par les gens de couleur pour atténuer la crise de la main-d’œuvre.Les inventions modernes, l’automobile, la radio, la télévision, le téléphone et la maison de campagne, donnent lieu à des contes où se reflètent la sottise et la barbarie inconsciente de notre époque.A remarquer surtout celui du prêtre-ouvrier insoumis qui, après avoir détruit l’appareil de télévision où les gens s’apprêtaient à suivre la messe de minuit, ouvre sa valise noire et entreprend lui-même de célébrer cet office, un conte presque prophétique si l’on songe à la décision de Rome de permettre à nouveau l’expérience des prêtres-ouvriers.Mais les plus terribles de ces contes dans leur invraisemblable cruauté, cependant si bien accordée à notre temps, ce sont ies trois coiffés des titres de Liberté, Egalité, Fraternité.Un camion militaire tue un homme qui se trouve sur son passage.Mais, comme la femme de la victime a vu l'accident et qu’elle a pu noter le numéro de la plaque matricule, le conducteur revient sur ses pas et écrase la femme à son tour.Ainsi, pas d’inquiétude.Dans un autre cas, c’est un caméraman blasé de trop de spectacles conventionnels.Contre une somme bien comptée en beaux dollars, le gardien d’un prisonnier laissera échapper ce dernier qu’il abattra à la mitrailleuse, pour faire une séquence saisissante.Malheureusement, il manque un bout de pellicule.Tout cela conté avec une ironie amère, accommodée aux vérités du jour, qui ne sont pas jolies.Ici et là, des petites images à mettre comme signets dans nos livres de chevet: « Staline, pharaon déguisé en paysan des dimanches, momie au sourire inquiétant, dort sur la place Rouge.» (p.35) Il y a le Cesbron qui grince des dents ou qui manie la satire, mais j’aime mieux le Cesbron serein qui écrit par exemple: « Le Bonheur n’est pas ce qui arrive une seule fois dans la vie, mais ce qui revient chaque année.Le bonheur se prépare et se remémore; il est tendre, humble et patient; il ne surprend que les oublieux.* (p.39) Un livre accordé à notre temps où l’ironie trouve plus souvent à s’exercer que la jovialité.LIVRES ET AUTEURS CANADIENS 1965 présente: Un panorama de la production littéraire de l'année.Des articles de Gérard Bessette, Jean-Louis Major, Guy Robert, Réjean Robidoux, Pierre Sa-vard, Michel Têtu, Eva Kushner, Maximilien Laroche, André Major, Paul Wyczynski, Bernard Julien, Adrien Thério, Cécile Cloutier, Henri Tuch-maier, Pierre Go bin et de nombreux autres collaborateurs.Une rétrospective du roman, de la poésie et des essais des cinq dernières années: ROMANS, CONTES, NOUVELLES, 1960-65 par André Renaud LA POESIE QUEBECOISE, 1960-65 par Michel Van Schendel LES ESSAIS, 1960-65 par Jean Marcel LA TECHNIQUE ROMANESQUE DE GERARD BESSETTE par Réjean Robidoux Un texte de Pierre Savard sur Jules-Paul Tardivel, directeur de la Vérité.Livres et Auteurs canadiens est dirigé par Adrien Thério, Guy Robert, Pierre Savard et Odette Leroux.Une revue de 180 pages illustrées, en vente partout au prix de $2.00.AGENCE DE DISTRIBUTION POPULAIRE 1130 Lagauchetière est, Montréal.Tel: LA.3-1182 LECTURES / AVRIL PAGE 201 NOTICES EIELIO- eoAomccEs littérature canadienne Notons aussi que les héritiers n’ont pas facilité la tâche du nouveau docteur en refusant de lui donner accès aux manuscrits du disparu.Malgré tout, la thèse réussit à nous intéresser, même à nous émouvoir.Ce qui nous apparaît, ce n'est pas un cadavre figé dans une attitude peu conforme à la vérité, mais un homme en chair et en os tiraillé par les misères de l’existence.Nous avons peur, puritains que nous sommes, de la réalité, parfois triste, mais saine, plus en tout cas que du mensonge.Quand un homme choisit la carrière d'écrivain ou d'artiste, il s’engage à fond avec sa vie privée, car c'est elle qui forme le substrat de son œuvre.On ne veut pas le comprendre dans notre société bourgeoise, mais la critique ne se sent pas liée par cette immense hypocrisie.les paradoxes d’une vie et d’une oeuvre de p.toupin HERVÉ BIRON Cet ouvrage 1 pourrait tout aussi bien s’intituler Les paradoxes de Paul Toupin.Personne ne s’en plaindra, car l'auteur excelle dans ce genre d’exercice.Il ne sacrifie pas délibérément son personnage.car il faut convenir que le sujet se prêtait bien à de telles fantaisies.Le principal paradoxe du livre, comme le signale le préfacier, Marcel Valois, c'est que Toupin ait présenté ce travail pour l’obtention d’un doctorat ès lettres dans une université française.Ne soyons pas surpris qu’il ait parfois regretté de n'avoir pas choisi Saint-Simon au lieu de Berthelot Brunet.L'écrivain méritait-il un tel honneur ?Sans doute.Ce qu'il a réalisé méritait déjà plus qu’une attention distraite.Et.quant à ce qu’il n’a pas écrit, cela vaut autant que ce qui est resté à l’état de projet chez tous nos écrivains.Le bagage biographique est assez mince.Tout ce qu’on y trouve de précis est une petite note de Berthelot lui-même qui donne bien l’année de sa naissance 1901, mais pas celle de sa mort, il va sans dire.A quatorze ans, Berthelot répondait à un professeur qui le questionnait « qu’il avait relu ses classiques ».Et il précise: Racine, Phèdre, (p.25) C’est d’abord, ainsi qu’il se doit, un dévoreur de livres.Partout, il projette ses antennes et s’approprie les sucs dont il fera son miel.Il avait déjà en propre une bonne résérve de livres, mais cela peut-il suffire à un pareil goinfre ?Il apprend donc le chemin des bibliothèques qu’il n’oubliera jamais, et qu'il suivra de plus en plus assidûment.Les valeurs reconnues ne le satisfont plus.Il recherche les jeunes gloires.C’est Proust, dès sa publication dans la Nouvelle revue française, et l’auteur d'Anabase, au temps où il signait Saint-Léger.« Lire est son idée fixe, son obsession.Freud expliquerait sans doute que cet être singulier a cherché dans les livres de quoi se grandir.Ce n’est pourtant pas parce qu’il est minuscule qu’il n’est pas vu.On le voit partout où il passe et il passe partout.Dans une foule, c'est lui que l’on aperçoit; lui encore que l’on bouscule quand l’autobus est complet.Déjà au collège, sa tête hirsute dépasse à peine le couvercle d'un pupitre; à l’université, ses lunettes sont à la hauteur d’un traité de faillite.» (p.28) Formule savoureuse: « .s’il marche à pas pressés, c’est que, venant de lire un livre, il va en lire un autre.Et s'il s’arrête, chemin faisant, c’est pour en feuilleter encore un ».(pp.28-29) Une telle faim ne se satisfait pas des auteurs qu’on dit bons ni des morceaux choisis, qui ne l’ont été que parce qu'ils étaient insignifiants.A sa fringale de lecture, Berthelot ajoute bientôt une fureur d’écrire.Il se déclare polygraphe dans sa courte notice ( 1 ) Paul Toupin — Les paradoxes d'une vie et d'une œuvre.[Montréal] Le Cercle du Livre de France [1965].318p.20cm.LECTURES/AVRIL PAGE 202 (p.32), et ce titre le décrit assez bien.Peu importe le papier; on l'a vu écrire sur du papier hygiénique.Tous les sujets le trouvent prêt à la tâche et il s’y met toujours avec détachement et sincérité.A ceux qui l'accusent de ne s’intéresser à rien, Toupin répond: « Il ne s’intéressait pas, il est vrai, aux honneurs, aux places.Il n’avait ni ami à flatter, ni ennemi à haïr.Il n’avait surtout pas de faveur à quémander.» (p.34) Son indifférence au confort intellectuel et physique lui causa d'innombrables mésaventures; mais il préférait la misère à la bassesse, ce qui est plus rare qu'on ne pense.« Toujours sincère; jamais vrai » eût pu servir de devise à sa vie, affirme son exégète, si sa vie en eût adopté une.Non pas qu’être vrai lui était impossible parce qu’il était menteur.Il ne cherchait à tromper personne.Et c’est contre lui-même qu'il s’insurge quand il s’en prend à autrui.Toutefois, il n’a pas toujours vu en lui ce qui le terrorisait ».(p.46) Dispersé comme ses écrits, il a des convictions, religieuses ou politiques, mais pas de pensée.Ne lui reprochons pas de changer souvent d’avis; il était trop sincère pour avoir toujours la même opinion.Berthelot pratiqua surtout la critique, sans doute par manque de disponibilités à faire autre chose.Il était naturel qu'un liseur de son espèce ait senti le besoin de dire ce qu'il pensait des livres.Il le disait surtout avec originalité, son seul barème étant la langue dans laquelle ils étaient écrits.Ses Histoires des littératures française et canadienne-française contiennent surtout la somme de ses sympathies et de ses aversions.Qu'il ait annexé à nos lettres tous les Français qui ont fondé le Canada et qui écrivaient bien, cela ne doit pas surprendre.II s'y creusa un tel vide par la suite ! Les contemporains à ses yeux corrigeaient un peu le tableau.Quant à la littérature française, c'était un peu différent, car il y avait amplement à goûter en s'en tenant au meilleur.Ces deux ouvrages demeurent quand même des accidents inévitables.C'est pour les œuvres d'imagination que Berthelot était le plus doué.Ce qu’il a laissé dans ce domaine montre bien qu’il aurait pu écrire des nouvelles et des romans supérieurs à ce que nos écrivains produisent aujourd’hui de meilleur.Son sens de l’observation, sa verve satirique, son style vif et « un peu rêche », comme le note Toupin.en auraient fait un conteur et un romancier de haute volée.Par exemple, ce portrait de Monsieur La-pointe dans Le mariage blanc d'Armandine: « De prime abord, il avait grand air.La taille, premièrement, et puis la mouche qui ornait son menton.La mouche était la poésie de ce visage comme les souvenirs de collège étaient la poésie de sa vie.Quand il vous tendait la main, il penchait tellement la taille que l’on craignait qu'il ne s'écroulât d'une pièce.Quand il souriait, on voyait d'abord le trou noir des dents absentes et l'on s'en détournait tout de suite pour apercevoir les yeux, les yeux troublants, les yeux bleus fixes, la prunelle élargie du fou.Prisonnier de son collège, ce fou avait-il besoin d’être enfermé ?Les murs le gardaient, qu’il ne sautait que pour des petites farces d’écolier sénile.» L'auteur se montre sévère pour Les Hypocrites.Le roman, qui devait s’étaler sur plusieurs volumes, portait en exergue: « La vérité du roman n’est pas celle de tous les jours.Le romancier n’y prend que ses points de repère et ses conventions, et, plus il s’en éloigne, plus on dit qu’il est véridique.Le roman le plus fantaisiste paraît souvent un roman à clés.» Et Toupin continue: « Dès qu’on en tourne les pages, le roman réserve la décevante surprise d'être le contraire de ce qu’il annonçait.L’exécution réfute point par point ce qu’en promettait l'exergue.La vérité des Hypocrites est celle de tous les jours et sert autant de point de repère que de conventions à leur auteur qui, au surplus, nous remet lui-même les clés de ses personnages.De chapitre en chapitre, la fiction s’en affaiblit, la fantaisie déchoit jusqu’à la réalité ».Voilà un autre paradoxe à mettre, cette fois, au compte de Berthelot.Le roman de l’hypocrisie devient plutôt celui de la timidité.Ce mot revient sans cesse dans le texte, et Tartuffe demeure loin dans l’esprit du romancier.Le meilleur livre de Brunet, ce sera Chacun sa vie.Il a retrouvé la foi, et avec elle les paradoxes qu’elle propose à la raison, ceux-mêmes de notre époque.Ce retour d'un homme malheureux à la candeur de l'enfance ne doit pas nous surprendre.C’est le chemin normal des esprits qui ont toujours dédaigné les petits calculs et les suprêmes habiletés du monde.Dieu ne pénètre pas l’écorce de ceux qui se sont enveloppés du lard de tous les bien-êtres.Son livre respire une foi ardente mais jamais conventionnelle.Il règle leur compte à tous les Homais qui pullulaient à son époque à Montréal et qui se sont multipliés de façon exagérée.Tous les écrivains qu’il a lus avec une certaine complicité, il les détruit sans pitié parce qu’il les connaît bien.II sent leur faiblesse sous la cuirasse polie.Certaines de ses pages sont d'un grand mystique: « Que Dieu soit béni de se cacher à moi.Il est là, quand même, dans les maisons de la terre.Ce purgatoire, où la promesse vivante du salut serait absente, je ne saurais l'endurer.Heureuses les âmes des morts, heureuses dans leurs souffrances, et qui sont assurées qu'elles Le verront.» (p.127) L'auteur vante « la qualité de l’écriture ».Si « la pensée manque de rigueur et de densité, le style qui l'exprime se renouvelle sans cesse et naturellement ».(p.129) L'ouvrage enfin «occupe une place de choix » dans la littérature canadienne-française.Berthelot serait-il, comme le dit l’auteur, « la contradiction incarnée »?En cela, il est bien nôtre, et c'est peut-être sa principale grandeur.LECTURES / AVRIL PAGE 203 le japon entrevu de b.lacroix ANDRÉ MELANÇON Peut-on, après un séjour d’à peine cinq mois, écrire un reportage valable sur un pays comme le Japon ?Oui, si l’on sait deviner en même temps qu’observer.C’est ce que le Père Benoît Lacroix, des Dominicains de Montréal, a pu faire dans son dernier volume.Le Japon entrevu \ dans lequel il a su nous intéresser presque toujours, et nous donner une connaissance du peuple nippon qui nous rend ces « Américains orientaux * bien sympathiques.Les premières pages nous initient au Japon, à sa géographie comme à sa mentalité et à sa culture.On peut y lire, tout particulièrement, de merveilleux exemples de la poésie japonaise, remarquable à la fois par sa concision et son intensité, parfois joyeuse, mais plus souvent triste et mélancolique.Un second chapitre nous entretient du milieu universitaire où le Père Lacroix a vécu, surtout celui de Kyoto.Après une nomenclature plutôt fastidieuse des différentes facultés de cette célèbre institution, l’auteur se montre beaucoup plus vivant lorsqu'il aborde le problème des professeurs et des étudiants.Comme partout dans le monde, les professeurs de Kyoto se proclament d’une gauche résolument progressiste, mais se montrent, au moment des élections, favorables au parti qui a le plus de chances de succès, alors que leurs élèves, menés par un groupe inspiré de Moscou, apparaissent aussi fantasques et puérils que les nôtres: leurs slogans et leurs pancartes sont remplis de déclarations socialistes et marxistes.mais ces pseudo-adultes ne dépassent que rarement les manifestations bruyantes, spectaculaires, où domine la bêtise ! De beaux développements suivent, qui traitent des grandes religions japonaises.Le bouddhisme nous est révélé comme une « religion presque surnaturelle », qui a donné aux Japonais « une âme naturellement chrétienne * mais qui « souffre de passivité ».On y apprend que le fameux Zen, qui est une recherche de l’Absolu, répugne au raisonnement cartésien, pour pratiquer l'intuition de l'esprit d’enfance, une sorte de « retour à la pensée instinctive ».Les bouddhistes et les shintoïstes se partagent la grande majorité des Japonais, dont le fond est spécifiquement religieux.Mais les athées et les agnostiques ne sont pas absents des îles nippones.Leur influence s'exerce surtout dans les milieux cultivés.Ils y sont particulièrement agressifs, et ne se font pas faute de débiter contre Dieu leurs arguments traditionnels, naïfs et périmés.Les chrétiens, pour leur part, jouent un rôle sans cesse grandissant au Japon, malgré leur nombre presque dérisoire: Catholiques et Protestants comptent à peine, d'un côté comme de l’autre, 300,000 adhérents, sur une population totale de 90 millions et plus.Mais la plupart sont admirables, ouverts, généreux et fidèles.Leur témoignage frappe de plus en plus les esprits.Et les missionnaires se dévouent dans les domaines des écoles, des universités et des hôpitaux, où ils obtiennent des succès remarqués.Pasteurs protestants et prêtres catholiques fraternisent, ce qui enlève l’odieux des séparations sectaires.Malgré l’état de crise dans lequel se trouve actuellement le Japon, le Père Lacroix termine sur une note franchement optimiste.Il affirme que l’avenir de ce pays mystérieux est chrétien, parce que le Japon a la vocation du spirituel, le sens du sacré: c’est « une terre idéale pour fusionner ce qu’il y a de mieux en Occident et en Orient ».histoires galantes de b.vac IEAN-NOËL SAMSON Le Prix du Cercle du Livre de France nous avait habitué à plus et à mieux.Histoires galantes * 2 venant après des œuvres comme Le Temps des jeux de Diane Giguère, et Amadou de Louise Maheux-Forcier, la déception est assez vive.Et comme le notait un critique, on est tenté, après la publication des autres romans inscrits au concours, de se faire son propre juge et d’attribuer son propre prix.Disons que nous résistons pour l’instant à la tentation de dévoiler notre choix.Bertrand Vac nous donne une série de petites histoires charmantes mais sans densité qui n’ont sans doute d’autre but que d’être agréables à lire.Elles se veulent quelquefois prétexte à sourire.S’il est une qualité qui peut distinguer ce livre et justifier dans une certaine mesure l’honneur qu’on lui ( I ) Benoît Lacroix, o.p.— Le Japon entrevu.[Montréal et Parisj Fides [19651.111p.(2) Bertrand Vac — Histoire galantes.[Montréal] Le Cercle du Livre de France [ 1965].i 94p.20cm.LECTURES / AVRIL PAGE 204 u accordé, c'est sans doute le sens inné du dialogue qui caractérise l’auteur, remarquable en particulier dans la première Histoire.Bertrand Vac excelle à analyser finement une situation, à la développer avec subtilité, à en exploiter toutes les ressources, ce qui fait que tout à coup c’est tout un petit monde qui prend vie devant soi.Histoires galantes, on s’en doute, fait large part à l’érotisme.Mais il y a plusieurs genres d’érotisme.Il y a celui qui répond à un besoin existentiel de l’homme moderne, aux prises avec le tragique de sa destinée.Seuls les grands écrivains savent le cerner et le traduire, et alors à ce niveau l'érotisme se dépasse lui-même.Mais il y a aussi l’érotisme banal.aliment de choix de la publicité.C’est de celui-là que se nourrit Histoires Galantes.En résumé, ce livre n'est sûrement pas appelé à avoir un grand retentissement et ne rehaussera sans doute pas par sa réputation la collection des Prix du Cercle du Livre de France.ballades du temps précieux de p.perrault ANDRÉ MELANÇON Dans le domaine de la poésie, les rééditions sont plutôt rares chez nous: le deuxième recueil de Pierre Perrault, au titre envoûtant de Ballades du Temps Précieux \ vient de recevoir cette consécration.Nous ne croyons pas que cette suite de poèmes constitue une révélation de premier plan.Mais nous y voyons de nombreux éléments personnels qui permettent au lecteur de découvrir Pâme de celui qui a su donner, à la radio et à la télévision, des textes et des images inoubliés.La présentation du volume, à la fois simple et recherchée, et les dessins modernes d’Anne Trèze.donnent à cet ensemble une légère allure d'inusité qui surprend.Mais ce qui frappe davantage, c'est la nature dans laquelle baignent presque tous les poèmes: une nature vivante et présente, celle surtout du Bas du Fleuve et du Labrador, où l'on rencontre continuellement Peau et la mer.les oiseaux et les navires.C'est souvent un appel à l'aventure, au large, aux rivages lointains, malgré l'attrait et la poésie de nos propres rivages.C’est, comme En Ouesse.un voyage en bateau, à la recherche des îles.Il y a aussi la poésie de la vie humaine: Plus que naître est l’épopée de la naissance au monde, cette aventure unique de l’enfant qui, laborieusement, voit le jour; A nous deux chante la grandeur de l’amour charnel.L'optimisme règne dans ce recueil, contrairement à la tendance actuelle.C’est, semble-t-il, l'enseignement de la nature, qui sait se renouveler sans cesse, et donne toujours un printemps après l’hiver.Lisons quelques vers du Premier beau jour: .pourtant il n'en croit pas ses yeux, ses oreilles i'apprenti-soleil de retrouver sous un chaume la violette des racines le cri de l'oiseau la furie de l'herbe.Et le court poème intitulé Enfin: un cri d’oisau prolonge la branche et voudrait bien s'en passer Et si les autres pages du recueil n’ont pas la simplicité et la pureté de ces lignes, elles n’en contiennent pas moins une poésie qui sait chanter à nos oreilles et à nos cœurs.cuivres et violons marins de gemma tremblay ANDRÉ MELANÇON Avec ce quatrième recueil -, Gemma Tremblay a mérité le prix de poésie Du Maurier.Il s'agit de poésie moderne, où les images s’offrent à nous en tumulte, où chaque mot, ou presque, doit avoir sa signification et ses relations propres, mais souvent d'une façon qui apparaît insolite, produisant ainsi un effet frappant, mais difficilement saisissable à la première lecture.Toutefois, on finit par y découvrir des éclairs fulgurants, comme des tableaux qui se font voir subitement au détour des mots, et que n'auraient pu produire les vers réguliers de la poésie académique.Il faut cependant avouer que ces plaisirs ne se font pas assez fréquents pour le lecteur peu initié au système.qui aurait plutôt tendance à se lasser vite, ou à croire, faussement sans doute, qu'il s'agit d'un jeu ( I ) Pierre Perrault Pal lactés ilu Temps précieux.Montréal.Kditions d'Essai [2e éd.1965).( I ) Gemma Tremblay — Cuivres et violons marins.(Montréal] Editions de l’Hexagone [1965].61p.21cm.LECTURES / AVRIL PAGE 205 facile, qui consiste à aligner des phrases souvent hétéroclites, au milieu desquelles un beau vers, clair et frais, vient nous rappeler que nous sommes dans ' le domaine du compréhensible.Heureusement, des strophes bien venues nous .permettent de déceler des beautés plus simples, com-l me ces vers du poème intitulé La Paix: Ultime silence avant l’aurore doux comme une absolution fervent comme la dernière étoile j’ai posé le soleil sous ma tête j’ai dormi dans un paysage inusité Nous pourrions en citer d'autres.Mais nous pensons que la valeur même de ce recueil repose dans une prosodie plus complexe, selon les habitudes des Editions de l'Hexagone, qui publient régulièrement des textes qui sont à la fine pointe du progrès poétique.les coins de ! l’ove de m.savard i ANDRÉ MELANÇON k Pour ne pas être injuste envers la poétesse Marie Savard * * *, j'ai pris la peine de lire une deuxième fois Les Coins de l’Ove, dont le titre avait attiré mon attention: la première lecture m'avait déçu, et je m’étais alors demandé pour quelle raison les éditeurs consentaient à lancer dans le public des recueils de poèmes qui pouvaient desservir la cause des Muses, i .Et maintenant, après ce nouvel essai, je persiste à juger plutôt pauvres l'inspiration et la forme des poèmes de Marie Savard.qui mêle quantité de thè- • mes archi-usés à quelques élans spontanés et de belle I venue.Mais ces réussites sont trop rares, à mon avis, pour légitimer une édition qui se veut de luxe, et qui contient d'intéressants hors-texte de François Ga-I gnon.Comme il arrive souvert, les poèmes les plus valables me semblent ceux qui contiennent un rythme bien sensible, et qui s’apparentent à la chanson.Tandis que nombre d'autres ne sont que prose plus ou moins versifiée, calembour ou fantaisie facile, qui n'ont rien à voir avec la poésie.J'aimerais qu’on mette plus de soin à créer de la poésie véritable, personnelle, à la fois neuve et communicable, qu’à éditer des recueils alléchants qu’on propose aux vitrines des librairies.Car il s’agit là d’honnêteté professionnelle: comme dans tout autre commerce, pourquoi l’amateur de poésie ne pourrait-il en avoir pour son argent ?Et si les éditeurs veulent se créer une clientèle, ont-ils le droit de faire payer bon prix une lecture de vingt minutes à peine, qui ennuie plus souvent quelle ne soulève ?Ethique et poésie peuvent parfois coïncider ! visages du québec m.cognac et j.-c.harvey ROLAND CHARLAND La critique, à mon avis, n’a pas salué aussi suffisamment qu’il le fallait cet album 2 que je considère remarquable par ses qualités techniques, artistiques et littéraires.Comment apprécier un livre comme celui-ci ?Une première fois, puis une seconde fois, j’ai tourné en curieux un à un chacun des feuillets de cet album.J'avouerai que chaque fois je me suis pris au jeu d’avoir l'illusion de circuler à travers la Belle province, comme il arrive au visionnement d'un beau film documentaire.Le défilé des images, par le rythme des séquences et des plans qu’y a mis Marcel Cognac, opère ce charme de réanimer pour nous les paysages, les gens et les choses du Québec comme autant de visages qui provoquent en ressurgence tous nos souvenirs personnels depuis longtemps accumulés.L'illusion est un effet magique de l'art, ici, et elle marque une réussite sur le plan de la psychologie du lecteur d'albums d’images, qu'il soit enfant ou adulte.Cette première curiosité satisfaite, j’abordai le texte de Jean-Charles Harvey non pas sans appréhension, dois-je dire.Il est toujours à craindre que les exigences de l’édition ne viennent endiguer ou brimer le souffle de l’écrivain.Au contraire, texte et images s'harmonisent avec une discrétion telle qu'on se demande si c’est le texte ou l'image qui a présidé dans l’élaboration de l’album, tant la technique et la fin de l'œuvre coïncident dans un mouvement unique.3ien entendu, on pourrait représenter mille autres visages du Québec, comme on l’a fait de Paris et d'ailleurs, pourvu que la disposition des matières, dirai-je comme Pascal, soit chaque fois nouvelle.( 1 ) Marie Savard — Les coins de l'ove.Québec.Edi-lions de l’Arc [1965].74p.ill.23cm.(Coll, de l'Escarfel).(2) Marcel Cognac et Jean-Charles Harvey — Visages du Québec.Montréal.Le Cercle du Livre de France.1964.206p.24.5cm.LECTURES / AVRIL PAGE 206 Dans le présent album, la disposition est nouvelle.originale, groupant magnifiquement les centres d’intérêts folklorique, géographique, industriel et autres, et cela sans surcharge, sans intention de publicité touristique.Pour ma part, je ne regrette pas que le directeur artistique et technique de Visages tlu Québec n’ait pas voulu identifier chacune des photographies.Elles parlent d’elles-mêmes suffisamment.« Nos photographies, notent les artisans de l’album au profit des plus curieux, n’ont pas besoin de légendes, mais, si vous vous demandez ce que représentent certaines d’entre elles, voici des renseignements supplémentaires.» Il n'y a que la maquette de la couverture que je trouve plutôt sombre et peu attrayante, vraiment trop terne.Cette image qui me présente une flottaison d'innombrables billots, elle a beau me rappeler l’une des plus importantes industries de la province, je ne trouve pas qu’elle fait artistique par rapport au reste du bouquin.Elle envelopperait mieux une sévère monographie sur l'industrie forestière.Mais le but principal est atteint au terme de cette lecture, comme il arrive au terme d'un beau voyage: on n'a pas tout appris ni tout vu, mais on a appris et vu très bien ce qu’il fallait.Que d’autres albums de même qualité paraissent; s’ils offrent le même privilège d’enchantement, ils seront réussis et bien accueillis.A un ami de chez nous ou de l’étranger, quelle merveilleuse étrenne que ces Visages du Québec ! paul VI et la paroisse de m.gareau THOMAS LANCHARD A notre époque de réforme conciliaire, la paroisse devient un thème de discussion des plus exploités dans les conférences et les écrits; bref, il est devenu un objet très actuel de recherche théologique et pastorale.Sans doute aucun, la paroisse est cette réalité de la vie sociale de l’Eglisé qui subit des transformations radicales ou qui connaît des expériences de toute sorte.D’où l’enthousiasme des uns, les inquiétudes des autres, et les hésitations plus ou moins justifiées d’un grand nombre.Il était donc tout indiqué et bienvenu qu'un bouquin 1 nous présentât sur le sujet la pensée même du pape régnant, riche de l’expérience de ses trente-quatre ans de ministère pastoral à Rome et de quelques années de tâche épiscopale à Milan.On y trouvera une anthologie d’une trentaine de textes ( 1 ) Maurice Gareau — Paul VI et la paroisse.[Montréal] Fides[1965|.139p.16cm.(Coll.La pensée chrétienne).d’allocutions sur la paroisse et ses problèmes.Oui mieux que les Canadiens ont intérêt à comprendre que « la paroisse ne doit pas tendre à devenir une grosse administration impeccable, mais une grande famille spirituelle », comme aime à souligner Paul VI.L’abbé Gareau ne craint pas de le redire: « Nous sommes les mieux placés du monde pour comprendre les textes de Paul VI, et.les réaliser promptement.» aux Editions VATICAN II documents conciliaires • Texte complet des seize documents conciliaires.• Table analytique pour l'ensemble du volume.• Même format (5% x 9 po.) et même disposition typographique que les brochures de la collection "L'Eglise aux quatre vents".• Environ 560 pages.Relié: $4.95 net — Broché: $3.95 net En vente dans toutes les librairies 245 est, boul.Dorchester MH.° 861-9621 LECTURES / AVRIL PAGE 207 NOTICES CIELIC- GCACMOUES littérature étrangère est en présence de problèmes si complexes et si divers.Car l’auteur semble favoriser trop ouvertement des solutions bien déterminées, à l'aide de situations concrètes qu’il dirige à son gré.Et le lecteur qui manque d’esprit critique peut suivre aveuglément les théories que la « doctoresse » Claude Sauvage veut faire triompher.Il est indéniable, toutefois, que les différentes opinions en présence sont exposées d’une façon satisfaisante, mais on sent que « morale » veut souvent dire, pour l'auteur, « jansénisme », et que, selon lui, la liberté totale dans la contraception et l'avortement devrait apporter à la femme la libération à laquelle elle aspire depuis les débuts de l’humanité.Dans un certain sens, le docteur Soubiran a raison d’insister sur le profond égoïsme masculin; et les nombreux cas de détresse physique et morale qu’il journal d’une femme en blanc de a.soubiran ANDRÉ MELANÇON nous présente, où sombrent les femmes aux prises avec la maternité, sont loin d’être romancés.Nous espérons que ces pages feront réfléchir aussi bien les lecteurs que les lectrices.Mais nous craignons qu'il n’y manque une dimension que Mlle Sauvage, incroyante, ne peut atteindre: l'ordre spirituel.Dans la fièvre qui l’anime, cette « femme en blanc » confond d’ailleurs tous les ordres et ne voit partout qu'hypocrisie: « La loi, la religion, la morale, écrit-elle.essaient de masquer l’ampleur et l’atrocité du désastre ».Avec le second volume de son Journal d’une femme en blanc \ le docteur André Soubiran croyait pouvoir faire le tour des problèmes que la condition féminine pose à la conscience d’aujourd’hui.Mais il avoue que son personnage lui a quelque peu échappé, l’obligeant ainsi à laisser ses milliers de lecteurs dans l'attente d'une nouvelle suite.Comme il s'agit d'un roman à thèse — donc d’un genre hybride et faux à la base — et que les sujets qu'il traite: la limitation des naissances, la contraception et l’avortement légal, revêtent, depuis quelques années, une actualité et une acuité toujours grandissantes, le docteur Soubiran peut prolonger presque indéfiniment son enquête.Même si le roman a été conçu et construit pour mettre en évidence les idées chères à l'auteur, il n'en reste pas moins capable de soutenir à peu près constamment l’intérêt du lecteur.Il est vrai que les personnages sont parfois taillés sur des modèles un peu conventionnels et que nous pouvons deviner assez facilement leurs réactions dans telles situations données: c'est la rançon de tout récit qui veut prouver quelque chose.Mais nous nous inquiétons davantage à propos de l’honnêteté d’une pareille entreprise, lorsqu'on La débutante a sans doute pour elle l'excuse de la jeunesse, qui pousse à tout idéaliser.Mais l'auteur ne l'a pas, et se voit obligé, dans une « Postface ».de reconnaître que « Claude Sauvage a encore quelques expériences pratiques à faire », et que « les incertitudes, les contradictions ne [lui 1 manqueront pas dans la suite de son combat pour la liberation des femmes ».Dans les deux volumes, le style et la langue sont convenables, et certaines analyses de caractère bien menées.Mais les fautes, ou les coquilles, nous semblent trop nombreuses pour un ouvrage qui se veut littéraire, surtout lorsqu'il s'agit d'une réédition.Disons, pour résumer, que ce réquisitoire romancé soulève des problèmes de première importance.donne sa préférence à des solutions trop uniformément naturalistes, et force par le fait même les lecteurs à l'ignorance d'un certain dépassement.Peut-être que le troisième tome nous y invitera.Mais nous en doutons, puisque le docteur Soubiran a voulu peindre en la personne de Claude Sauvage une « fille spirituelle de Simone de Beauvoir » ! ( I ) André Soubiran — Journal (l'une femme en blanc.l'ornes I et 11.Roman.Paris.Kcnt-Scgep [1963 et 19651.3 IHp.et 366p.19cm.SX.OO LECTURES / AVRIL PAGE 208 la force d’aimer de m.1.king ANDRÉ MELANÇON Dans une excellente traduction de l’abbé Jean Bruis, la collection Eglise Vivante de Casterman nous propose une quinzaine de sermons du Pasteur protestant noir Martin Luther King \ qui a reçu l’an dernier le Prix Nobel de la Paix.Depuis les événements qui ont fait de Montgomery.la capitale de l’Alabama, le point névralgique de la résistance non-violente des gens de couleur aux U.S.A., le nom du Pasteur King est devenu célèbre dans le monde entier, comme celui de Gandhi, son maître, l'avait été quelques décennies plus tôt.Le mot « sermon » pourrait déjà rebuter quelques lecteurs.Mais nous tenons à dire, au tout premier abord, que cette prédication n'ennuie jamais, mais qu’au contraire clic peut intéresser toute personne qui veut communier au mouvement de déségrégation qui a cours présentement aux Etats-Unis.Car chacun de ces sermons « accroche » toujours à la réalité concrète qui inquiète les non-chrétiens comme les chrétiens: la justice entre les races et entre les peuples.Ajoutons que l’auteur se montre sans cesse clair et précis et présente scs chapitres avec un sens de composition remarquable.Presque toujours, les sermons sont divisés en trois parties bien déterminées, qu’une introduction annonce avec netteté.Et nous sommes heureux de pouvoir constater que le Prix Nobel de la Paix se révèle à nous comme un écrivain de valeur, qui sait allier la poésie à l’information sûre, et la phrase bien balancée à la connaissance éclairée de domaines autant variés qu’approfondis.Il va sans dire que le thème de l’intégration raciale est celui qui revient le plus souvent au cours de ces pages.L’auteur nous fait même, à un moment donné, l’historique des Noirs américains.11 parle aussi des méfaits du colonialisme, de l’aristocratie dominatrice et de la guerre.Mais tous ces thèmes ne sont que des occasions pour parler de Dieu, du Christ, de la charité et du pardon des offenses.Au point que ce volume pourrait servir avantageusement de livre de méditation pour tout catholique qui veut réfléchir sur son Dieu et sur le commandement fondamental de la charité.Le fait que ce soit un prêtre catholique qui l’ait traduit est un garant de son orthodoxie.Martin Luther King sait en effet distinguer les excès de la Réforme protestante, qui a conduit au pessimisme calviniste, sans accepter pour cela la mondanité et l’esprit profane qui ont caractérisé l’Eglise catholique à l’époque de la Renaissance.Il sait aussi trouver les éléments positifs des doctrines communiste et existentialiste, mais c’est pour en marquer les limites et les insuffisances et nous amener à la seule solution qui peut régler les problèmes angoissants du monde contemporain: le christianisme pleinement vécu, dans un engagement total.Le lecteur est surpris et heureux de constater l’ampleur de la culture et de l’information du Pasteur King.Il connaît les principales idées philosophiques qui ont influencé le monde, à partir des plus anciennes jusqu’aux plus récentes, aussi bien en Orient qu’en Occident.Il est au courant des différents systèmes modernes, des progrès de la science, de la psychanalyse comme de la psychiatrie.Mais il est surtout, comme tout bon protestant, connaisseur des textes bibliques, qu’il sait appliquer avec justesse aux situations concrètes actuelles.Il ne craint pas de faire de vifs reproches aux différentes Eglises qui ont entretenu, plus ou moins ouvertement, les fléaux de la guerre et du colonialisme.Il va même jusqu’à stigmatiser un christianisme tiède et malheureusement trop répandu: « Pour beaucoup de chrétiens, dit-il, le christianisme est une activité du dimanche qui n’influence en rien le lundi, et l’Eglise n’est guère qu’un vague club social légèrement teinté de religiosité ».(p.164) Pour lui, ce qui manque dans notre religion, c’est l’amour véritable, celui de Dieu comme celui des hommes.Il y consacre de magnifiques pages, qui pourraient prendre place à côté des plus belles écrites par les grands auteurs spirituels.Il insiste, toujours selon son système de non-violence, sur le pardon des offenses: « Les mots « Je vous pardonne mais je n’oublierai jamais ce que vous avez fait » n’expriment jamais la nature réelle du pardon.Il est certain qu’on n’oublie jamais, si cela veut dire effacer totalement de son esprit.Mais si nous pardonnons, nous oublions en ce sens que le mal qui a été fait cesse d’être un obstacle mental empêchant des relations nouvelles.» (p.65) Comme nous pouvons le constater, la plume du Pasteur King est souvent heureuse et nous dévoile un écrivain de race.Voici deux extraits qui nous ont particulièrement frappé: L’aube viendra.Désappointement, tristesse et désespoir sont nés à minuit, mais le matin vient ensuite, (p.87) — Nous avons des missiles bien guidés et des hommes mal guidés, (p.98) (1) Martin Luu.er K:ng.— Lu force d'aimer.Traduit de l'américain par Jean Bruis.[Paris] Casterman.1964.231p.19cm.(Coll.Eglise vivante).LECTURES / AVRIL PAGE 209 D’autres textes, nombreux, mériteraient d’être retenus, comme celui, si poétique, qui décrit le coucher du soleil et le lever de la lune, à la fine pointe des Indes, dans l’état du Kérala, (pp.111-113) On pourrait souligner aussi l’abondance des citations de toutes origines dont fourmille ce recueil de sermons, citations qui font preuve d’une culture très vaste et d’un sens d’adaptation fort saisissant.Mais ce qui frappe encore davantage, c’est l’élément autobiographique que le Pasteur King distribue avec discrétion tout au long de son volume.En le lisant, nous assistons aux luttes, aux émotions et aux joies de l’auteur, en même temps qu’à l’assiduité de son espérance dans l’avenir.Car l’optimisme domine dans ces pages, et l’on ne saurait trouver un ouvrage à la fois plus pathétique et plus tonifiant que La force d’aimer.Voilà donc un ouvrage de premier ordre, et qui doit servir la cause du rapprochement entre les classes sociales et entre les peuples, tout en les rapprochant de l’idéal de tout chrétien: l’amour de Dieu et du prochain.le petit saint de g.simenon JEAN GODIN Louis, le petit saint *, ou encore Louis « le petit pas comme tous les autres ».Se distinguer, par une apathie inébranlable, de son milieu social, des membres de sa famille et même de la nature humaine commune à tous les hommes ne conduit pas nécessairement à la sainteté.Une sainteté réelle et véritable demeure active; or, celle de Louis est passive.Le héros naît à la toute fin du XIXième siècle dans un quartier misérable de Paris.11 s’éveille peu à peu au monde, ou plutôt un univers prend forme autour de lui.Les découvertes se présentent à lui sans qu’il les ait recherchées et sans qu’il puisse les écarter.Il les accepte avec indifférence, sans s’efforcer de les comprendre.Comme ligne de conduite, contrairement aux gens de son milieu qui s’affirment dans le bien et le mal, Louis demeure effacé dans « cette chienne de vie », adoptant le mutisme et l’isolement.Il se comporte comme s’il ne pouvait rien changer au monde dans lequel il a été placé, ce qui explique son manque d'intérêt pour les activités de son entourage et son manque d’agressivité face à des situations propres à faire pleurer un enfant, à étonner un adolescent et à faire sursauter un homme.La vie aventureuse de sa mère Gabrielle, le spectacle nocturne de son frère Vladimir avec sa sœur cadette Alice, la fuite à l’étranger de ses frères jumeaux et la guerre cruelle avec ses morts ne produisent aucune réaction chez Louis, si ce n’est un sourire impénétrable.C’est justement ce sourire inintelligible qui trahit son monde.Louis ne vit pas dans la réalité quotidienne; il n’agit pas, ne pense pas et refuse tout contact avec la société.Son monde à lui est intérieur et son univers clos, constitué d’accumulations d’images, reste secret.Même ses peintures ( sa seule « occupation ») affichent une certaine confusion et un manque d’équilibre, mais laissent paraître la recherche d’un absolu de clarté, de netteté, de pureté.Il essaya d’y tendre toute sa vie, à partir de sa plus tendre enfance.Georges Simenon demeure fidèle à son esthétique littéraire, se limitant à décrire l’état d’une crise sans en analyser les mécanismes psychologiques.La langue est colorée, expressive, en accord avec le milieu décrit.Par contre, l’auteur se sert du trois quarts des pages pour évoquer les vingt premières années de la vie de Louis, alors qu’il passe avec une rapidité extrême sur les cinquante autres années.Peut-être Georges Simenon était-il poussé par la hâte d’en finir, mais je crois plutôt que cette présentation illustre la stabilité immuable du héros, du petit garçon pas comme les autres, du petit saint.En somme, Le petit saint est le récit très savoureux de la vie fade d’un homme.comment défendre et cultiver son cerveau de m.andrillon JEAN-JACQUES DEGUIRE Ce qui me semble le plus évident à la lecture du livre de M.Andrillon -, c’est la vaste érudition de ce dernier.Alors que l’auteur se propose de traiter des moyens de défendre le cerveau contre les forces capables de lui nuire et de cultiver celles susceptibles de l’améliorer, il appert que c’est beaucoup plus les connaissances de l’auteur sur ce sujet qui apparaissent.En fait, l’auteur touche à un large éventail de problèmes relatifs au cerveau tant sous les aspects physiologiques et psychiques que sous ceux des disciplines de l’esprit.En effet, Comment défendre et cultiver son cerveau traite de la structure du cerveau, de son fonctionnement et de ses besoins matériels de façon précise mais élémentaire: c’est à peine si l’auteur fait le dessin des mécanismes.En cinq courts paragraphes, il passe au côté psychique sans ( I ) Georges Simenon — Le petit saint.Roman.Paris.Presses de la Cité [1965].244p.20cm.(2) Marcel Andrillon — Comment défendre et cultiver son cerveau.[Soissons] La diffusion nouvelle du Livre [19641.223p.18.5cm.LECTURES / AVRIL PAGE 210 démontrer l'influence des forces physiologiques qu’il a exposées dans les pages précédentes.Puis il soulève le problème de l’autodidactisme, des moyens de culture et du subconscient.En neuf pages (111-118), il prétend traiter de plan et de méthode de culture en disant un mot du langage parlé et écrit (et en se limitant à donner pendant deux pages l’étymologie des mots grammaire, phonétique, lexicologie, sémantique.morphologie, syntaxe ainsi que l’étymologie du mot étymologie lui-même), des lectures et des fiches.C’est toujours avec le même esprit que M.An-drillon aborde les principales disciplines intellectuelles et quelques problèmes connexes; en quelque cent pages, il touche à la littérature, au latin, aux mathématiques, aux sciences, à la médecine, à la biologie, à la physiologie, à l’astronomie, au problème de la science et de la vérité, à la philosophie, à l’éthique.Dans chacun des cas, il se contente d’aspects historiques ou quelque peu controversés, mais jamais il ne traite le sujet lui-même ou il n’en dit les valeurs positives que l’esprit de l’homme peut y trouver.Pour ramasser autant de sujets en aussi peu d’espace, M.Andrillon ne pouvait que rester dans des généralités ou revenir à des lieux communs ou redire, en moins bien, ce que Sertillanges, Flory, Riboulet et Férir ont déjà développé, eux.Sans doute que l'auteur a voulu résumer l’essentiel sur le sujet (et alors on discutera sur l’essentiel qu’il a considéré) ou il a voulu servir une espèce de petite encyclopédie pour celui qui veut trouver une idée sur le sujet.Reconnaissons à M.Andrillon de nombreuses lectures que ses non moins nombreuses citations nous révèlent tout au long de son volume.A l’occasion, il apporte une contribution originale de pensée.« Certes, écrit-il, l’Occident a vaincu l’analphabétisme et a développé la scolarité.Mais ni l’alphabétisme ni la scolarité n’ont résolu le problème de l’équipement culturel de l’homme moderne, et c’est bien pourquoi cet homme ne parvient pas « à croire heureusement ».c'est bien pourquoi les sociétés intègrent si mal les progrès des sciences et des techniques.» En terminant, disons que le titre du volume est très mal choisi, qu’il ne correspond pas au contenu et qu’il eût été plus juste de lire: considérations ou essai sur le cerveau de l’homme.l'éducation sexuelle de 5 à 25 ans de gusti gebhardt MADHLEINE-G.MÉNARD une œuvre à mettre entre les mains de tous les gens soucieux de dispenser une bonne éducation.Comme l’auteur le note à maintes reprises, l’initiation sexuelle fait partie de l’éducation sexuelle, laquelle s’inscrit dans le cadre de l’éducation générale.Quiconque veut assurer une bonne formation à ceux qui lui sont confiés se doit de ne pas négliger cct aspect important, aussi embarrassantes que puissent parfois paraître les questions des enfants.De lecture facile, vivante, puisque l’ouvrage contient de nombreux dialogues entre l’auteur et ses enfants ou entre l’auteur et des groupes d’adolescents, ce livre nous montre à quel point une éducation sexuelle adéquate crée chez les enfants une vision pleine de respect pour la vie.Le docteur Gebhardt, dans la délicate entreprise qu’est l’éducation, s’appuie constamment sur ce vieux principe: « La vérité, toujours la vérité, (p.29) Il est des parents qui redoutent cette vérité; par contre, il en existe d’autres qui, sous prétexte de se montrer « évolués », déballent à leur progéniture toute la vérité d’un seul coup.Que d’incompréhensible pour une si petite tête.L’auteur fournit donc la solution idéale: elle relate comment elle a répondu aux questions de son petit garçon, puis de sa fille, y apportant les nuances qui s’imposaient, dans les mots qui conviennent aux enfants.Ceux-ci ont droit à la vérité; il reste aux parents de juger de quelle dose de vérité leur enfant a soif quand il pose telle ou telle question.Découvrir à travers l’une d’elle exactement ce que l’enfant veut savoir est là tout un art, celui des parents à qui revient en premier lieu de faire cette initiation.L’auteur prône l’initiation individuelle; qui pourrait mieux l’assurer que les parents, soit le père, soit la mère, selon « celui qui semble le plus apte à le faire, celui à qui les enfants posent leurs questions ».(p.28) Il importe beaucoup que l’enfant, à mesure qu’il grandit, constate qu’on ne l’a jamais trompé, que les explications données alors qu’il est maintenant adolescent sont tout bonnement la suite, le complément des réponses déjà reçues.En ce qui concerne les entrevues de groupes, l'auteur répond à de nombreuses questions, expose délicatement, mais clairement la vérité en matière d’éducation sexuelle.Certes, l’initiation individuelle par les parents demeurera toujours la meilleure attitude.mais quand ils négligent de le faire ou encore sont absents du foyer, il revient alors à d’autres éducateurs de remédier à la situation, ce qui a souvent lieu en classe, auprès d’un groupe de loisirs ou de jeunes travailleurs.Et c'est avec étonnement que ces jeunes découvrent petit à petit cette grandeur dont on les a longtemps privés.Dire la vérité à un jeune, c’est l'amener à respecter la vie, à voir clairement le but des fréquentations.à comprendre davantage sa personnalité, celle Ce livre, résultat de l'expérience d’une mère, ( i ) Gusti Gebhardt — L'éducation sexuelle de 5 à 25 d'une pédagogue de carrière par surcroît, se révèle ans.Mulhouse.Salvator.1964.142p.18.5cm.LECTURES/ AVRIL PAGE 211 de l’autre sexe, ce qui contribue à épanouir l’amour.Voilà donc l’idée qui ressort de la lecture de ce livre où tous les éducateurs pourraient puiser une meilleure optique du problème de la jeunesse.Au risque de paraître chicaneur, je le dis crûment: ce livre rive le clou à tous ceux qui mettent en question des moyens spirituels qui ont fait leurs preuves, par exemple, la récitation du Rosaire, la visite au Saint-Sacrement.Le bon pape Jean, si hardi, mais si sage en même temps, dans la conduite de l’Eglise, se servait largement de ces dévotions pour nourrir sa vie spirituelle.Dom Capovilla, éditeur de l’ouvrage, écrit que le pape « était enraciné dans la tradition la plus solide, la plus pure, la plus ancienne de la piété chrétienne» (p.13).Le titre: Journal de l’âme 1 avait été donné par Jean XXIII lui-même en 1902.Dès les premières pages, on le voit animé d’un grand souci de perfection; en 1910, dans ses notes de retraite, il écrit: « Encore une année de grâce que celle qui est maintenant terminée.J’ai pourtant fait peu de progrès dans la perfection, et cela me confond et m'humilie.» (p.300) Dans cette montée vers la sainteté, il prenait l’exemple d’un saint qu’il voulait imiter « jusque dans les plus petits détails » (p.203).Heureusement, il se rendit compte de son erreur.« De la vertu des saints, écrivait-il, je dois prendre la substance et non les accidents.» (p.203) Sur ses lectures spirituelles, nous lisons ces lignes écrites en 1947: « Après avoir erré à travers l’enseignement de divers auteurs ascétiques, je me sens entièrement satisfait avec le missel, le bréviaire, la Bible, l'Imitation de Jésus-Christ, et les Méditations et Elévations de Bossuet.» (p.417) Ce choix montre le bel équilibre spirituel du pape Jean XXIII.Une autre preuve de ceci, je la trouve dans une citation d'un texte de Saint Isidore de Séville, que le pape voulait mettre en pratique: « Etre le premier aussi bien par l’humilité que par l'autorité, en sorte de ne pas laisser croître les vices des inférieurs par une humilité exagérée, et de ne pas exercer une sorte de tyrannie par un excès de sévérité.» (p.418) Douceur et humilité, recherche constante d’une plus grande simplicité: ces thèmes reviennent souvent dans ce Journal spirituel.L'habileté de la di- plomatie n’était pas son fort; sa bonhommie et sa simplicité lui suffisaient.Parlant de cette dernière que l’on rencontre dans l’Evangile et limitation de Jésus-Christ, il écrivait ceci: « Tous les sages du siècle, tous les malins de la terre, même ceux de la diplomatie vaticanc, comme ils font pauvre figure quand on les place dans la lumière de simplicité et de grâce qui émane de ce grand et fondamental enseignement de Jésus et de ses saints.» (p.421) Pour Jean XXIII, la vieillesse fut vraiment un temps de grâce.Complètement abandonné à Dieu, il ne craignait pas la mort.« La vieillesse — qui est aussi un grand don du Seigneur — doit être pour moi un motif de silencieuse joie intérieure et d’abandon quotidien au Seigneur lui-même, vers qui je me tiens tourné comme un enfant vers les bras que lui ouvre son père.» (p.451) Je reviens encore à ma réflexion du début.Jean XXIII voulait être avant tout un saint prêtre, avec simplicité et amour.Jusqu’à la fin il resta fidèle à ses exercices de piété; en 1961, il notait: « Je continuerai à veiller à la perfection de mes exercices de piété — sainte messe, bréviaire, rosaire complet — et à une grande et continuelle intimité avec Jésus, contemplé dans les images qui le représentent enfant et crucifié, et adoré dans le Saint-Sacrement.» (p.485) En conclusion, je donne ce beau texte que le pape écrivait à la fin de sa vie: « O Jésus, me voici devant vous, qui souffrez et mourez pour moi, vieux comme je suis à présent, arrivé à la fin de mon service et de ma vie.Tenez-moi bien serré tout contre votre cœur, en un seul battement avec le mien.* (p.479) psaumes et prière chrétienne de a.rose JEAN-LUC HÊTU, C.S.C.Dans ce livre - on fait voir comment les chrétiens ont lu dans le psautier la prophétie du Christ et de l'Eglise, et l’on y étudie une vingtaine de psaumes au double point de vue de l’emploi qu’en ont fait les auteurs du Nouveau Testament, et de l’exégèse qu’en ont établie certains Père de l’Eglise.(1) Jean XXIII — Journal de l’âme.Ecrits spirituels.Traduction sous ta direction de Dom Philippe Rouillard par Jeanne Lonchampt, Sr Giovanna de Lisa.o.p., Jeanne Faure-Cousin.Paris.Editions du Cerf.1965.603p.ill.18.5cm.(Coll.L'Evangile au XXe siècle, no 12).(2) A.Rose — Psaumes et prière chrétienne.Essai sur la lecture de quelques psaumes dans la tradition chrétienne.Préface de Mgr L.Cerfaux.[Brugesl Biblica, 1965.298p.21cm.(Coll.Paroisse et liturgie, no 66).journal de l’âme de jean XXLH B.-M.MATHIEU, O.P.LECTURES/AVRIL PAGE 212 Après cette étude exégétique des thèmes bibliques, l'auteur achève le commentaire de chaque psaume en précisant son utilisation dans la liturgie romaine et dans les oraisons psalmiques, c’est-à-dire dans les prières dont les anciens moines concluaient la récitation des psaumes.Aux toutes premières lignes de sa préface, Mgr Lucien Cerfaux écrit: « Une recherche comme celle-ci, bien circonscrite, étudiant à la loupe des phénomènes familiers, devient chemin faisant très suggestive pour rajeunir les vieux problèmes.» C’est une considération d’exégète, mais qui ne devrait pas décourager le profane, car le chanoine Rose a su demeurer limpide de la première à la dernière page: références faciles à lire et à retrouver, pas d’hébreu (la traduction des psaumes est celle de la Septante), peu de grec et toujours à l’intérieur de renvois que l’on peut ignorer sans que la compréhension du texte en souffre.Autre avantage aussi: le découpage des chapitres qui rend possible une lecture par étapes, au rythme du cycle liturgique, chant d’Avent, de Noël, d’Epiphanie, chants de Pénitence, chants de la Passion, hymnes de Pâques.Autant d’avantages qui font apprécier ce nouveau numéro de la collection Paroisse et Liturgie.le prêtre dans la mission j.-c.barreau et d.barbe ROMAIN LÉGARÉ, O.F.M.De nos jours ', dans les villes françaises, les incroyants représentent certainement la grosse majorité de la population.Ce problème se révèle de plus en plus, même au Québec.Comment rejoindre « ceux qui sont loin » de nous psychologiquement sinon géographiquement ?A cette question, les auteurs apportent des éléments de réponse.A partir d’expériences pastorales accomplies dans le milieu incroyant des grandes villes de France, plus précisément dans le milieu populaire parisien, ces deux prêtres séculiers réfléchissent sur les données fondamentales de la mission chrétienne et l’activité apostolique du prêtre face à ce monde incroyant.Ils veulent appliquer en notre époque les méthodes d’apostolat utilisées par les premiers apôtres, notamment saint Paul.En un temps où l’on repense tout, ils nous invitent à découvrir le vrai rôle du prêtre, ses trois fonctions essentielles: « l’apôtre (ou le missionnaire envoyé aux païens), le berger (ou le pasteur du troupeau des fidèles), le prêtre (c’est-à-dire celui qui offre le sacrifice) * (68).Le prêtre n’est pas seulement le pasteur des fidèles pratiquants, l’homme consacré qui préside au culte chrétien, il est aussi l’apôtre chargé de mission auprès des païens.« Le malaise sacerdotal, remarquent les auteurs, ne vient-il pas de ceci: il y a d’une part, nous semble-t-il, une retombée du sacerdoce chrétien dans le sacerdoce lévitique [défini avant tout par sa fonction cultuelle], et d’autre part, la redécouverte de l’urgence missionnaire » (77).Cet aspect missionnaire, très important dans le ministère hiérarchique de l’Eglise primitive, semble aujourd’hui quelque peu tombé en désuétude dans les vieux pays chrétiens.Pour aborder un milieu incroyant, déchristianisé ou non-évangélisé, il faut envoyer une « équipe missionnaire » formée d’un prêtre et de militants laïcs.Cette équipe « travaille dans un secteur géographiquement limité et socialement spécialisé, ce qui lui permet de s’immerger dans la masse et d’être vraiment au contact» (121).Mais elle est envoyée par l’évêque et assurée de la collaboration toute particulière de l’église locale.Puisque le secteur dépasse d’ordinaire la paroisse, il faut donc créer une pastorale d’ensemble entre plusieurs paroisses, instituer de nouvelles structures ecclésiastiques.Les profondes réflexions théologiques et pastorales, données en un style simple par les auteurs du Prêtre dans la mission, aideront à repenser, même en notre pays, le vrai rôle du prêtre, à comprendre celui du îaïcat chrétien à l’égard des masses incroyantes.paradoxe sur le roman de k.haedens ROMAIN LÉGARÉ, o.f.m.A la fois romancier disert, critique militant, historien original des lettres françaises, M.Kléber Haedens nous livre sur le roman des réflexions pertinentes, relevées souvent d’un humour acerbe.Dans ce volume -, il a réuni deux écrits qui ont été composés avec un intervalle de vingt ans.Mais la pensée de l’auteur est à ce point ferme que, juxtaposées.les deux parties forment un tout parfaitement équilibré.( 1 ) Jean-Claude Barreau et Dominique Barbe — Le prêtre dans la mission.Paris.Editions du Seuil [1965].126p.20.5cm.(2) Kléber Haedens — Paradoxe sur le roman.Paris Bernard Grasset [1964].188p.18.5cm.$2.70 LECTURES / AVRIL PAGE 213 Dans la première partie, Kléber Haedens s’efforce de mettre un peu d’ordre et de clarté concernant le roman, qui est « le plus indépendant des genres littéraires ».(p.12) C’est ainsi qu’il étudie les différents aspects du roman ou du romancier: le récit, les personnages, le romancier et son époque, le romancier et la question du style.Dans la seconde partie, il condamne, sans esprit de pardon, la « littérature engagée », surtout le « nouveau roman ».Celui-ci a tué les quatre éléments de ce « monde » cohérent qu’un roman est censé créer pour le lecteur et sur lesquels reposait le roman « fossile » d’avant 1950: le récit, le sujet, le personnage et le style; il abolit le temps et l’espace; il prétend remplacer par les objets l’homme désagrégé; il inflige au lecteur l’ennui et le désordre primitif.A vrai dire, il cherche encore sa formule.Avec un humour qui ne manque pas de férocité, M.Haedens note que le « nouveau roman » est plus facile à écrire qu’à lire (p.165 et 175): peut-être un « nouveau roman » n’est-il qu’une sorte de brouillon que l’auteur, paresseux ou incapable, abandonne au lecteur pour que celui-ci le mette au net ! Il s’agit alors de trouver ce collaborateur complaisant et patient et surtout suffisamment intéressé par un amas informe de matériaux.L’auteur ne croit pas au progrès indéfini en littérature comme en art.« Personne n’est allé plus loin qu’Homère.On va ailleurs, un point c’est tout.» (p.149) Cependant les exemples des grands romans de la littérature universelle permettent de déterminer quelques lois essentielles de ce genre littéraire.De la tradition, qu’il ne s’agit pas de rejeter, il faut dégager la vraie leçon: la liberté (p.16 et 185), « le soleil doré de la poésie » (p.17).« En littérature, il est mauvais de suivre la mode.C’est se condamner soi-même au néant.» (p.186) « Ne vous appliquez pas à chercher un style de roman, allez comme les dieux vous ont dit d’aller.» (p.117) Ce brillant essai de M.Kléber Haedens offre bien des occasions de s’instruire, de se divertir et de méditer; il incite à relire les véritables chefs-d’œuvre du roman.les portes de la forêt de elie wiesel HENRI ROBERGE Les quatre saisons de la forêt constituent un cadre poétique pour le dernier roman d’Elie Wiesel.écrivain français sans doute d’ascendance sémite.Les portes de la forêt1 institue une sorte de procès au Dieu d’Israël qui a livré son peuple aux tortionnaires nazis.Cette œuvre appartient à la littérature la plus expressive du vingtième siècle, qui aime soulever les problèmes existentiels sans prétendre les résoudre.La souffrance, la mort, la Providence et le mal, ces problèmes qui tourmentent le cœur de tout homme conscient, sont encore plus angoissants pour le peuple de l’alliance menacé d’anéantissement.Nul mieux qu’Elie Wiesel n’a su symboliser la tentation de révolte contre un Dieu qui semble prendre plaisir à tourmenter son peuple: « Imaginez une lutte à mort entre deux anges, celui de l’amour et celui de la colère, celui du mal et celui de la promesse, imaginez qu’ils arrivent tous deux à leurs fins, emportant chacun sa victoire finale; imaginez le rire qui s’élèverait au-dessus de leur cadavre, comme pour leur dire: c’est votre mort qui m’a fait naître, je suis l’âme de votre conflit, son aboutissement aussi ».(p.H) L’âme de ce conflit, c’est l’adolescent traqué aux portes de la forêt transylvanienne sur ce sol hongrois qu’on veut rendre « Judenrein », vidé de tout Juif.On l’appelle Grégor, mais son vrai nom est Gavriel; c’est celui d’un ange, mais cela signifie homme de Dieu.Ce petit juif élevé dans une foi aveugle au Dieu jaloux d’Israël, qui définit l’homme « une poussière devenue espérance », qui attend le salut de son peuple, donne son vrai nom à l’inconnu, au prophète révolté qui lui sacrifie sa vie mais lui transmet son tourment.Il trouve un refuge temporaire dans un village éloigné auprès d’une chrétienne, Maria, qui fut longtemps servante chez ses parents.Celle-ci s’exclame « doux Jésus !» et se met à prier en entendant l’adolescent décrire l’humanité se vautrant dans le sang par désir de « se venger de Dieu, ce rêve de justice, ce sommet d’injustice ».Maria fait passer Grégor pour son neveu sourd-muet.Les gens du village prennent l’habitude de faire de lui le confident des secrets qu’ils n’osent même pas dévoiler en confession.Le curé lui-même lui avoue qu'il a peur d’avoir perdu son salut en congédiant un Juif qu’il avait recueilli mais qui disait sa révolte contre Dieu.Grégor croit qu’il s’agit de l’ami auquel il a donné son vrai nom et qui s’est ensuite livré à la police pour lui sauver la vie, ce Gavriel qui lui a transmis sa révolte contre Dieu.Dans le drame annuel qu’on présente au village.Grégor se voit confier le rôle muet de Judas, dont personne ne veut, mais qui l’intéresse comme le symbole du peuple juif déçu par un Messie qui va se laisser tuer, qui sur la croix implorera son Père au lieu d’exprimer sa révolte contre celui qui l'abandonne.Mais la foule endoctrinée par l'antisémitisme se rend aux jeux des bourreaux qui commencent par faire semblant de frapper Judas puis en viennent aux coups: « Convulsée par la haine, haine antique soudainement réveillée, la foule délirait et sur un ordre quelconque elle aurait entrepris ( 1 ) Elie Wiesel — Les portes de la forêt.Roman.Paris.Editions du Seuil (I964|.235p.20.5cm.LECTURES/AVRIL PAGE 214 une marche à travers le temps pour ajouter une croix à celles qui peuplent le mont des Crucifiés ».(p.114) Réfugié dans un camp de résistants juifs, il y retrouve son ami d’enfance, Leib, auquel il dit sa révolte: « Je me demande si, là-haut, tout près du trône céleste il ne se trouve pas un assassin et si c’est de lui que viennent les ordres.Autrement, tout paraît inexplicable.Qu’est-ce qu’on nous veut ?Qu’avons-nous fait de si terrible ?Quel est le nom de la malédiction qui nous précède comme pour montrer la voie ?* (p.138) Il entraîne son ami dans une vaine tentative pour retrouver et délivrer le prophète révolté, mais cette aventure se dénoue tragiquement par l’arrestation, la torture et la mort de son jeune compagnon.Certains accents de ce roman font songer à la révolte d’Yvan Karamazov ou à celle des héros de Camus dans La Peste.« Les habitants de Sodome ne tuaient pas les enfants devant les yeux de leur mère.Les citoyens de Gomorrhe étaient les alliés du vice, non pas de la mort.Nous jouons tous un rôle dans le crime, môme en le combattant: le piège n’a pas d’issue.La culpabilité de l'assassin rejaillit sur ses victimes.L’histoire de Gavriel nous enseigne que le Messie est venu trop tard, qu’il est tué chaque jour à nouveau et par les hommes et par Dieu.Et Dieu aussi est tué chaque jour.Qui osera demain nous parler de la bonté divine, de la grâce ou de l’homme comme sauveur?.» (p.139) Au lendemain du carnage universel Grégor continue de rechercher le prophète révolté.Comme le Jean Tar-rou de La Peste, il exprime son idéal camusien à un célèbre rabbi fidéiste qui joue un peu le rôle du Père Panelou: « Je n’ai qu’un but, un seul: ne pas faire souffrir.Voyez: il est modeste, mon rêve; mon idéal, presque sommaire, quotidien pour ne pas dire banal.Je ne cherche plus à sauver le genre humain, me mesurer au destin.Je me contente de peu: aider un seul être me suffit ».(p.208) Il lui raconte aussi l'histoire du procès que quatre rabbins, réunis dans un camp de concentration, instituent contre Dieu, coupable de meurtre, assassin de son peuple.Mais Dieu se venge de leur verdict en les envoyant à la mort.Le rabbi avoue que Dieu est coupable, mais il demande de quel côté l’homme peut se tourner pour trouver le salut ou du moins l’espérance.Dans sa quête incessante pour retrouver Gavriel.celui qui a pris son nom pour lui donner son angoisse, Grégor croit enfin arriver au but.Il réclame son nom et sa liberté à un inconnu qui ressemble au prophète de la révolte: « Gavriel.rends-moi ce que je t'ai confié.Je suis seul, j’ai mené une vie fausse, je veux changer, redevenir moi-même, reprendre ma liberté et.au carrefour, choisir un autre chemin.Rends-moi mon nom ».(p.217) Le livre se termine sur le renoncement à la révolte.Invité par un enfant à s’associer à la prière, Grégor donne son consentement: « Je prierai.Que ta volonté soit faite.Je proclamerai ta gloire.Tu es l’éternel gagnant et tu me fais pitié ».(p.35) Ainsi se termine cette œuvre bouleversante dont la profondeur, la poésie, le symbolisme nous enchantent et nous invitent à la réflexion.Le roman de l’écrivain yougoslave Miodrag Bu-latovic, Le loup et la cloche \ présente les caractères d’une chanson de Geste dans laquelle le récit épique est coupé d’envolées lyriques.L’auteur décrit l’atmosphère qui régnait dans son pays à la fin du conflit mondial, après le départ de l’envahisseur allemand, alors que ses compatriotes s’entretuaient, embrigadés dans le camp du camarade Tito, le poulain de Staline, ou dans celui de Mihilovitch, le candidat de Roosevelt.Entre ces deux armées qui vivent de pillage, errent des déserteurs aux abois, pourchassés sans merci, voués aux tortures les plus horribles.Parmi ces fuyards qui subsistent en dévorant comme des loups affamés les chevreaux et les agneaux des pauvres paysans ruinés par la guerre, il en est un à l’agonie que quatre compagnons, sous le feu nourri de la mitraille, transportent sur un brancard dans la masure d’une vieille mendiante et de son fils adoptif, tout jeune bambin infirme.Le blessé dans son délire revit un spectacle qui le hante depuis son enfance, celui d'un loup capturé auquel on a mis une clochette de mouton au cou et qu’une meute dévore.Sortant de l’inconscience, il reconnaît qu’il est dans la demeure du rival qu’il a assassiné, qu’il est « comme le loup prisonnier avec une clochette de mouton au cou ».Cette situation romanesque est en harmonie avec le caractère poétique du récit, dont la spontanéité, la naïveté no js charment comme la Chanson de Roland.Le volume débute par un long prologue dans lequel alternent les couplets lyriques des choreutes et le chant récitatif du soliste.On dirait un groupe de pleureuses voilées qui se lamentent sur les malheurs de la patrie: « Et tandis que le feu enveloppe nos foyers, si péniblement construits, nous cherchons seulement à savoir quel est le plus malheureux parmi tous ces hommes.Notre guerre est une grande guerre.Et le carnage, parmi nous, encore plus grand.Nous nous battons contre nous-mêmes.Nous nous battons tous, et notre malheur est sans fin ni limite ».Le Soliste décrit le malheur du bambin boiteux.(1) Miodrag Bulatovic — Le loup et la cloche.Roman.Traduit du serbo-croate par Janine Matillon.Paris, Editions du Seuil [1964].185p.18.5cm.le loup et la cloche de m.bulatovic HENRI-PAUL BERGERON LECTURES/AVRIL PAGE 215 qui se voit arracher son seul trésor, un chevreau que trois déserteurs égorgent et dévorent sous ses yeux.Puis c’est la tragédie de l’homme qui vient agoniser sous les yeux de la mère de sa victime: « Le blessé ouvrit les yeux et vit par la fenêtre l’incendie qui faisait rage.La flamme grandissait, enveloppait tout ce qu’il pouvait voir de son lit, l’horizon lugubre, la forêt aux frères ennemis, un bout de ciel maigre et coupable, un peu de terre où la pauvre maison se tenait accroupie comme un mendiant, le portrait de l’homme abhorré qui le poursuivait par-delà la tombe et » qui souriait du haut du mur, la vieille femme et le petit garçon boiteux qui devait s'aider d’une béquille pour marcher.» (p.181) Le loup et la cloche se termine par un dernier chant lyrique des pleureuses: « Le feu s’est cristallisé, il a gagné même la pierre.Tout le Monténégro flambe.Et les lettres cyrilliques maladroitement tracées sur le bois des croix déjà pourries tombent dans le feu: flambent les noms, flambent les derniers souvenirs des hardis guerriers au grand nez, des fratricides, des ravisseurs, des débauchés — flambe toute notre gloire ».Cette œuvre simple mais émouvante, ce poème dramatique en langue serbo-croate mérite de figurer dans la littérature universelle.Toutefois, à cause du réalisme brutal de quelques descriptions, ce roman ne convient qu'à des lecteurs formés.l’amérique latine entre hier et demain de c rudel HERVÉ BIRON Sous ce titre maladroit, un journaliste de La Croix public un reportage de 191 pages 1 dans lequel s’inscrivent en relief les caractéristiques de ce sous-continent si sympathique: explosion de population, analphabétisme, famine, exploitation de la masse des petits par une poignée de riches.On ne peut lire ce bilan sobre sans indignation.La pauvreté abjecte, la surpopulation, l’épuisement des terres chassent les populations vers les villes.Résultat: prolifération monstrueuse des bidonvilles.Quelques chiffres: vers 1957, Lima comptait environ 700,000 habitants dont 100,000 dans les « barria-das » (bidonvilles); aujourd’hui 1,600,000, dont près de la moitié dans les villages de tôle.Au Chili, en vint ans la population est passée de 5 millions à plus de 8 millions, et la proportion urbaine, de 52% à 70%.Le Brésil se caractérise par le polygone de la sécheresse, véritable enfer de la faim où grouillent dans une migration à peu près constante 23 millions d’individus dont le destin consiste à ne jamais manger à satiété.La situation est connue depuis longtemps.L’ONU existe depuis vingt ans.La pauvreté s’accroît avec l’analphabétisme, résultat d’une natalité vertigineuse, la plus forte de l’univers.Le plus triste, c’est qu’il existe entre le peuple souffrant et la classe privilégiée qui l’affame, un tampon formé des militaires et des capitalistes étrangers qui empêche les secours de parvenir à ceux qui en ont besoin et pour qui tout mouvement de réforme: distribution de terres, coopératives, syndicats, est du communisme.Partout on assiste au même phénomène.Les matières premières exploitées par l’étranger se vendent toujours moins cher et les denrées importées continuent sans cesse à monter.Comment sortir de ce cercle infernal ?L’auteur esquisse quelques solutions.D’abord unification de l’Amérique latine morcelée, création d’un sentiment national global et non parcellaire comme il en existe dans chaque pays, latinisation de l’économie, création d’un courant d’échanges à l’intérieur et à l’extérieur au profit des latins et non des étrangers (surtout yankis), réforme agraire totale, modernisation de l’agriculture, alphabétisation massive, vaste mouvement coopératif et syndical.Les tentatives locales sont toujours débordées, par l’accroissement catastrophique des besoins et les intrigues multiformes, les collusions plus ou moins apparentes.Quel magnifique champ d’action pour le Canada, s’il se souciait d’y jeter un œil ! Sans doute nos diocèses y envoient-ils des prêtres, des religieux, des religieuses et des aides laïcs.Mais qu’est-ce que cela pour 230 millions d’individus qui seront 360 millions en 1980, et 600 millions à la fin du siècle ?Et l’Eglise catholique ?Jusqu’à ces dernières générations, elle assistait complice, sans doute inconsciente, d’une telle infamie.Mais l’épiscopat local réagit avec force.Les évêques distribuent leurs terres au grand scandale des puissants qui les traitent de révolutionnaires.L'alphabétisation elle-même est souvent combattue par les gouvernements qui ne veulent pas d’un peuple éclairé.Deux voies s’ouvrent à ces populations qui touchent à la nôtre: la libération réelle, pacifique et prochaine ou une communisation générale.A nous et aux Etats-Unis de choisir.Qu’on lise une page hallucinante de Josuée de Castro sur les environs de Recife, dans le polygone de la faim: le cycle du crabe (c’est-à-dire de l’homme-crabe).Il y a de quoi s’indigner à souhait.(1) Christian Rudel — L'Amérique latine entre hier et demain.Paris, Editions du Centurion [1965].191p.ill.(h.-t.) 18cm.(Coll.Le poids du jour) LECTURES/AVRIL PAGE 216 i histoires fantastiques d’aujourd’hui en collaboration ANDRÉ MELANÇON Après Histoires insolites et Histoires étranges, les Editions Casterman continuent leur incursion dans le mystérieux et l’exceptionnel par la publication des Histoires fantastiques d'aujourd'hui '.Comme les deux premiers recueils, celui-ci rassemble un choix judicieux fait parmi les contes les plus représentatifs du genre.Une brève et substantielle présentation de Marcel Schneider permet au lecteur de mieux s’orienter dans ce domaine qui, depuis quelque temps, connaît une vogue sans cesse accrue.Une résurrection du fantastique se comprend assez bien, puisque cette sorte de littérature fleurit habituellement aux époques de « décadence et de transition », comme le notait déjà Charles Nodier en 1830.En effet, lorsque la foi disparaît ou diminue, elle se voit remplacée par une prolifération de croyances les plus diverses et les plus invraisemblables: « Si vous ne croyez pas en l’Esprit », écrivait jadis Ferdinand Brunetière, « vous croirez en la matière.et aux esprits par-dessus le marché ! » Et comme notre époque est marquée au coin de l’angoisse et du désarroi, fruits du doute universel, il n’est pas étonnant de voir se multiplier les messies et les doctrines.Ce sont des moyens que les hommes utilisent pour pallier l’absence d’une foi solide.Sur le plan psychologique, le fantastique permet à celui qui recherche encore l'absolu de lutter contre les carcans qui l’étreignent, comme la morale traditionnelle, les bienséances, la tyrannie de l’Etat, la bureaucratie, la planification, etc.Il lui donne l’impression de retrouver la liberté des conquistadores, alors que nos héros modernes ne sont le plus souvent que des robots téléguides.C’est un effort pour échapper « au monde de fausseté et de mort qui nous entoure ».Dans l'ordre littéraire, le fantastique nous fait redécouvrir la vraie poésie, qui est évasion et dépaysement, sortie en dehors du concret, du logique et du quotidien.Il nous met en présence du mystère et de l’incompréhensible, que notre subconscient soupçonne.C’est une façon d’approcher le surnaturel, puisqu'il nous émancipe du rationalisme pur et du matérialisme.Au dix-neuvième siècle, la littérature fantastique ne concernait que les fantômes, les revenants et les démons.Aujourd’hui, Claude Roy lui donne une extension plus large: « Le fantastique, c’est ce qui ne s'exprime pas, ce qui ne correspond pas.C’est ce que nous constatons sans pouvoir en rendre compte, c'est le NON que répond la réalité à notre oui, c’est le dérangement de l’ordre des choses, c’est le mal ».Et Marcel Schneider d’ajouter: « Tout ce qui porte les couleurs de la nuit, du mystère et du sacré appartient de droit au fantastique ».Cette évolution du fantastique dans l’esprit de nos contemporains laisse voir le travail accompli par le surréalisme dans la littérature et par tous les efforts de libération dont la pensée actuelle est l’héritière.C’est pourquoi nous ne serons pas surpris Je rencontrer, au cours de ces dix-huit contes, en plus des phénomènes traditionnels de la métempsycose et du « dédoublement du moi », la présence de l’insolite et de l’absurde.Dans ce recueil, quelques histoires réclament une attention plus poussée, un effort qui fatigue véritablement l’esprit, sans pour cela lui donner la satisfaction finale: un hermétisme excessif peut décourager le lecteur moyen.Par ailleurs, d’autres contes, et les plus nombreux, produisent l’effet attendu, comme Le diamant, d’André Pieyre de Mandiargues, d’une grande perfection formelle: le lecteur se sait dans l'invraisemblable, mais tout lui semble logique, et les mots conservent leur sens quotidien.Il faut souligner aussi les pages d’Henri Michaux, qui nous donnent un magnifique exemple de réussite surréaliste, grâce à l’humour que le poète sait mêler à ses visions; le récit de science-fiction de Gérard Klein, intitulé Le monstre; et la grande nouvelle de Julien Green, Le voyageur sur la terre, qui termine le volume.Au moment où les progrès scientifiques risquent de nous acheminer vers une civilisation de plus en plus « horizontale », le fantastique pourra nous procurer une source d’évasion salutaire, à condition que nous n'y cherchions pas la solution unique et fondamentale, qui est la découverte du surnaturel authentique: Dieu et sa Grâce.(I) 01:10 — Histoires fantastiques d'aujourd'hui.Choi- sies el présentées par Marcel Schneider, en collaboration avec A.Bay, M.Béalu, J.-L.Bouquet, M.Brion, L.Dehar-me, N.Devaulx.A.Dhôtel.J.Ferry.G.Klein, G.Limbour.Marie-Laure.H.Michaux.A.Pieyre de Mandiargues, A.Robbe-Grillet, J.Sternberg.J.Supervielle et Julien Green.[TournaiJCasterman, 1965.326p.20.5 cm.Relié.$4.30 LECTURES/AVRIL PAGE 217 a su reconnaître les qualités exceptionnelles de ce conte.La fantaisie, la fraîcheur des sentiments, l’humour, l'originalité dans les situations, la vivacité du dialogue, sont autant de qualités qui mettent en valeur les fantastiques aventures du Marquiset.Le petit marquis Marie-Parfait de Saint-Point vit en Provence, au temps du Roi-Soleil, et son entêtement est bien connu dans tout le pays.Pendant l’absence de ses parents, en voyage à Versailles, il s’enfuit du château, voulant lui aussi, rendre visite au Roi.Il se soucie fort peu de l’inquiétude de sa nourrice et de son précepteur à qui on l'avait confié.LITTÉRATURE RE JEUNESSE le marquiset têtu et le mulot réprobateur de a.maillet En chemin, le Marquiset rencontre Guiori, sieur de Rongetout, le mulot réprobateur qui décide de l’accompagner dans son expédition.Victime de son entêtement, le petit marquis tombe sous les maléfices de la fée Blonde-Arille, mais il est sauvé par son ami le mulot.Plus tard, le pauvre Guiori devient prisonnier du génie des Chats, Malin-Gora, par la faute de Marie-Parfait qui continue à n'en faire qu’à sa tête.JEANNE-M.SAINT-PIERRE Un événement d’une importance primordiale vient de se produire dans le domaine de la littérature canadienne pour les jeunes.C’est la publication, par la célèbre maison belge Casterman, du charmant conte d’Andrée Maillet: Le marquiset têtu *.Oue cet excellent texte canadien ait été publié dans la merveilleuse collection Plaisir des contes est tout à l'honneur de l’auteur et de notre littérature pour la jeunesse.Le nom de Madame Maillet figure ainsi à côté de ceux d’auteurs reconnus comme: Marcelle Vérité, Maurice Genevoix, de l'Académie française, et Pearl Buck.Le Marquiset têtu ne reconnaît ses torts qu’au moment où le pauvre Guiori est sur le point d’être dévoré par Malin-Gora.Un vieil enchanteur vient au secours des deux amis et le mulot Guiori redevient un petit garçon, car il était victime d’un enchantement.Le bon précepteur parti à la recherche de son pupille ramène les deux garçonnets au château avant le retour des parents.Le père et la mère considèrent le récit des aventures de leur fils comme une galéjade bien méridionale.Les illustrations de Françoise Bertier sont charmantes.On retrouve dans ses dessins et dans les couleurs employées la même fraîcheur, la même fantaisie que dans le conte.Le récit et l’imagerie forment un tout excellent.Les récits de cette collection, choisis avec soin, sont tous de genres très différents et de grande qualité.Les illustrations sont toujours artistiques et complètent bien chaque conte.Bien caractérisées, elles sont exécutées par les meilleurs illustrateurs européens: Elisabeth Ivanovsky, Marcel Marlicr.Colette Favel, Romain Simon.Il n'est pas surprenant que le Marquiset têtu ait trouvé place dans cette célèbre collection; l’éditeur Les adultes connaisseurs sauront apprécier et choisir ce livre pour l’offrir à leurs enfants.Les jeunes s'émerveilleront, s’amuseront et trouveront grand plaisir au récit des aventures du Marquiset têtu.(1) Andrée Maillet.— Lu marquiset têtu et le mulot réprobateur.Imagé par Françoise Bertier.[Tournai 1 Casterman.1965.60p.ill.23.5cm.(Coll.Plaisir des contes) Relié.LECTURES/AVRIL PAGE 218 le chêne des tempêtes de a.maillet JEANNE-M.SAINT-PIERRE La collection des Quatre vents est présentée dans un bon format.Le papier est de qualité ainsi que la typographie.Les illustrations sont malheureusement confuses et peu nombreuses.Un autre bon titre à signaler dans cette collection: La maffia du pensionnat par Jean Miville-Des-chênes, dont le premier ouvrage L’aventure est au coin de la rue est très populaire auprès des jeunes lecteurs.Ce volume 1 a obtenu le Premier Prix en Littérature de jeunesse, lors de l’attribution des Prix des Concours littéraires et scientifiques de la Province de Québec, en 1965.Il s’agit d’un recueil de contes d’origine folklorique.L’auteur est un conteur né.Son originalité, son imagination, la façon dont elle ordonne son récit, les dialogues, les images qu’elle utilise, tout cela constitue une œuvre littéraire et très vivante.Il ne s'agit donc pas de réminiscences, de contes adaptés au petit bonheur.Le talent de l’auteur est beaucoup plus universel que régionaliste, c'est pourquoi un des meilleurs des cinq récits est celui qui rapporte les aventures de la princesse Claradore et qui donne le titre au recueil: Le chêne des tempêtes.La cloche de bois est le plus poétique, le plus profond et les lecteurs sérieux le considéreront probablement le plus beau de tous.La chevelure ensorcelée qui fait connaître les mésaventures de la reine Ankarine plaira, comme les deux précédents, aux lecteurs de 9 à 11 ans, amateurs de Contes et légendes de tous les pays.Les deux autres récits se ressentent de leur origine folklorique européenne.Les mots archaïques et les canadianismes employés ne peuvent suffire à créer une atmosphère de terroir vraiment canadien.Les petits lecteurs ne saisissent pas ces nuances.Ils aimeront probablement Le mouton rouge, parce qu'il met en scène des enfants pauvres, malheureux, abandonnés, qui heureusement sont sauvés de la misère grâce à l’extraordinaire mouton.La fantaisie avec laquelle l’auteur s’amuse à raconter les ennuis et les coups de tête de la Moqueu-se-Alita, plaira aux enfants.Un détail dans la présentation des contes peut dérouter les jeunes lecteurs.Ceux-ci, d’après le titre du livre, s’attendent en ouvrant le volume à lire: Le chêne des tempêtes, et non Le mouton rouge qui est placé au début.manfred de j.d’izieu et m.sabathier BÉATRICE CLÉMENT « Cri d’alarme contre tous les racismes », roman d’une rare densité humaine, l’histoire de Manfred 2 émeut et provoque la réflexion.Ce scout, qui se hâte afin de joindre au plus vite sa famille, ignore que ceux qu’il appelle papa et maman l’ont recueilli lorsque, orphelin de guerre, il n'était qu'un poupon impuissant et malheureux.Or, coup de foudre: sa grand-mère, la vraie, le découvre et le réclame.Révolte du garçon.Ne pas regimber en apprenant qu’on est fils d'officier ennemi ?Impossible ! Sera-t-il Français ou Allemand, cet adolescent qu’on arrache au foyer qu’il aime ?Dernier représentant d’un nom millénaire, quel parti prendra-t-il à sa majorité: retourner dans la famille où, seize années durant, il fut un enfant heureux ?Demeurer au château de celui dont l’ultime lettre se terminait par cette phrase: « Si vous retrouvez un jour mon fils, faites-en un homme de paix » ?(p.189) Des caractères inoubliables, des événements dramatiques, un style qui court et emporte le lecteur (mais dont on déplore les nombreuses négligences), des illustrations qui rendent parfaitement l’ambiance.Belle réussite ! Livre à lire, relire, prêter.Jeunes de seize ans et plus.( 1 ) Andrée Maillet — Le chêne des tempêtes.[Montréal] Fides [1965).115p.ill.19cm.(Coll.Les quatre vents) Relié.(2) Jean Dlzieu et Michel Sabathier — Manfred.Roman.Jaquette et illustrations de Pierre Joubert.Paris.Alsatia [19641.203p.ill.20cm.(Coll.Rubans noirs, no 31).$2.95 LECTURES/AVRIL PAGE 219 les condors du vorarlberg de j.-m.bouchet BÉATRICE CLÉMENT Le secret de quelques savants, les intrigues d’une puissance étrangère, deux mystérieuses disparitions.Et voici des adolescents français et autrichiens lancés en plein drame.Un commun malheur, un but identique les rapproche; ensemble, ils fêteront le dénouement, qui déroute quelque peu.Curieux roman 1 2 3 qui emballe et déçoit en même temps.Des incidents inutiles ( la couronne au cimetière, p.25), de constantes répétitions et le passage du présent au passé sans raison, des dessins qui n'illustrent pas (un personnage de trop, p.7; Franz et Kathrina beaucoup trop vieux, pp.45, 69 et 99) et d’autres détails irritants indisposent le lecteur.La curiosité, habilement éveillée, l’empêche de fermer le bouquin.Puis, il se laisse gagner: garçon, par l'intérêt scientifique; fille, par la gentillesse de Gerhart et des deux adolescentes; chacun, charmé par la poésie des descriptions et par l’intervention de la musique.En Autriche, on pouvait s'y attendre.Garçons et filles de 13 à 15 ans.le chat d’ici et le chat d’ailleurs de m.englebert CLAIRE LEFRANÇOIS Voici David: un chat de maison choyé, bien nourri, habitué aux belles choses -.Un jour, à la campagne, il rencontre un chat maigrelet et sale qui dort et mange quand il peut.Le chat d'ailleurs invite David à partager sa liberté.Bien vite ce dernier trouve la pluie maussade, la nourriture frugale et le sommeil.impossible ! Alors, à son tour, il invite le chat d'ailleurs à la maison.On devine facilement que lui aussi retournera dans les bois n'ayant pu s’accommoder à la vie urbaine.Récit gentil et éducatif pour les moins de neuf ans qui apprécieront les aquarelles très prenantes de Marcel Marlier.qui habite la rivière?* * * ALINE MARCOUX Des histoires très brèves sur la vie de quelques animaux qui habitent nos rivières.Tout ceci est joliment présenté.L’enfant passera de bons moments à les lire ou à les entendre lire par ses parents a.C’est une manière agréable d’initier l’enfant à la belle nature tout en l’instruisant.Les illustrations sont en couleurs sur un papier non luxueux mais résistant.Pour enfants de 5 à 8 ans.les secrets de la forêt de g.delahaye CLAIRE LEFRANÇOIS Pascal et Carine, accompagnés de leur chien Sultan, décident d’aller s’amuser dans la forêt4.L'oreille attentive, l’œil vivace, les jeunes explorateurs scrutent l’univers mystérieux du grand bois.Soudain le chant d’un coucou les faits sursauter; puis.c’est la découverte du nid.Sultan, lui, est sur les traces d’une belette, lève le museau vers un lièvre en course et.recule devant un hérisson menaçant ! Les petits de sept, huit et neuf ans, sont toujours fascinés par la forêt et les animaux qui y vivent.Ils apprécieront sûrement ce récit.( 1 ) José-Marie Bouche! — Les Condors du Vorarlberg.(Bruges) Desclée de Brouwer (1964).150p.ill.18.5cm.(Coll.Belle Humeur, no 120) Relié.(2) Marthe Englebert — Le dial d'ici et le chat d'ailleurs.Aquarelles de Marcel Marlier.(Tournai, Caster-man, 1965).19p.ill.25.5cm.(Coll.Farandole) Relié.(3) — Qui habi>*> ht rivière?Illustrations de Romain Simon.Paris, Gautier-Languereau.1965.18p.ill.20.5cm.(Coll.Les albums merveilleux, no 139) Relié.(4) Gilbert Délayé — Les secrets de lu forêts.Aquarelles de Liliane et Fred Funcken.(Tournai, Casterman, 1965].19p.ill.25.5cm.(Coll.Farandole) Relié.LECTURES/AVRIL PAGE 220 aux Editions petit-ami de m.vérité CLAIRE LEFRANÇOIS Pépé et Mémée veulent attraper les petites souris qui mangent le maïs engrangé.Un petit bout de lard, un peu de farine, une cage: le piège est tendu.C’est l’hiver et Petit-Ami \ le rouge-gorge, doit chercher sa nourriture.Il voit la farine, s’approche, entre dans la cage et clic !.le voilà prisonnier.Qu’ar-rivera-t-il à Petit-Ami ?.Ce récit fera vivre aux moins de neuf ans des moments palpitants.i la petite chèvre turbulente de g.delahaye A l'occasion du 8e Salon du Livre de Montréal LA DÉCOUVERTE DU CANADA JACQUES CARTIER par le Chanoine Lionel Croulx (relié) 193 pages $5.00 Le 2e tome de l’Histoire de la Nouvelle-France LE COMPTOIR CLAIRE LEFRANÇOIS par Marcel Trudel Biquette, c’est une petite chèvre qui ne veut faire qu’à sa tête -.Elle bondit par-dessus la clôture, piétine le foin, poursuit les abeilles, chasse les papillons, renverse tout dans la laiterie.Exaspérée, la fermière l’enferme dans le verger.On enferme toujours les petites chèvres qui ne voient pas plus loin que le bout de leur barbichette ! (relié) 604 pages $8.00 LA PAROISSE EN CONCILE Récit amusant, rehaussé d’illustrations vivantes, où les enfants de six à neuf ans rencontreront tous les animaux de la ferme.Couverture de carton solide.par Jacques Grand’Maison 299 pages $4.50 En vente dans toutes les librairies (1) Marcelle Vérité — Petit-Ami.Aquarelles d’Elisabeth Ivanovsky.[Tournai.Casterman.1965].19p.25.5cm.(Coll.Farandole) Relié.(2) Gilbert Delahaye — La petite chèvre turbulente.Aquarelles de Marcel Marlier.[Tournai.Casterman.1964].19p.ill.25.5cm.Coll.Farandole) Relié.245 est, boul.Dorchester Mtl.° 861-9621 LECTURES/AVRIL PAGE 221 MORCEAUX CUOISIS calc traditionnelle dans quelque prairie marine, sans autre but qu’un nid dans les roseaux de la toundra, superbes, elles dédaignent d’instinct, les villes, les champs, les eaux, les bois, et toute nature et toute humanité et tout ce qui n'entre pas dans leur dessein d'amour.Elles s'avancent par volées angulaires, liées ensemble à l'oie capitale par un fil invisible.Inlassablement, elles entretiennent cette géométrie mystérieuse, toutes indépendantes, chacune tendue vers sa propre fin, mais, en même temps, toutes unies, toutes obliques, sans cesse ramenées, par leur instinct social, vers cette fine pointe qui signifie: orientation, solidarité, pénétration unanime dans le dur de l'air et les risques du voyage.C’est une démocratie qu’il nous serait utile d’étudier pour le droit et ferme vouloir collectif, pour l’obéissance allègre à la discipline de l’alignement, pour cette vertu de I oie-capitaine qui, son gouvernement épuisé, cède à une autre, reprend tout simplement la file, sans autre préoccupation que sa propre eurythmie.LES OIES SAUVAGES (extrait de LA bâtis, 1960, p.3 Iss.) Il y aurait un beau poème à faire sur ces ailes transcontinentales, sur ce vol ponctuel et rectiligne, sur ce règlement de voyage, sur cette fidélité aux roseaux originels.A réfléchir aussi sur cette ténacité d'amour qui anime le dur travail des plumes et darde contre vents et brouillards ce front d oiseau têtu, obstiné, invincible.sur cette chair raidie, imperturbable, qui vole, c est-à-dire l’emporte sur sa propre pesanteur et participe à l'agilité du désir, enfin, sur cette orientation lucide, infaillible à travers les remous de l'inextricable nuit.Elles nous arrivent le printemps, la nuit, sur le vent du sud.par les hautes routes de l’air.Bois gravé d'ANDRÉ MORENCY Par les hautes routes de l’air, par ce grand large aérien d'où, sans autre condescendance que pour l’es- sans autre récompense que le chant de ses ailes derrière d autres ailes et la victoire de l’espace parcouru.Alors, après des jours et des jours de transmigration, lorsque, au bout du vent de la nuit, luisent les grèves, et quand apparaît enfin la batture rousse au bas du cap Tourmente — l’escale d’amour avant la grande terre des nids — le triangle ailé se brise, les oies tombent, confuses, tapageuses et s’abattent comme une blanche giboulée parmi l’aube d’avril.C’est là quelles font leurs amours dans le balancement et le juste équilibre, la virevolte et l’épanouissement de toutes plumes, et dans tout ce qu’un cœur transporté peut donner de vif et de joyeux à des ailes avant les longs nids cloîtrés dans les roseaux du nord.Cette noce débute avec le printemps de grève, avec cette grande purgation marine qui précède, au fleuve, la tiède montée du vert.Ce mouvement, cet amour, cette joie, cette vie ailée en perpétuel battement au-dessus de ce limon, cette espèce de vol incantatoire et fécondant sur la masse inerte des choses à surgir correspondent, vers le milieu de mai, à l’éclosion du printemps total.Déjà mûres, ovifères.enivrées par cette liqueur où baigne toute chose autour d’elles, les oies attendent, maintenant, le départ.Elles écoutent la grande rumeur qui les pénètre: elles auscultent le son du vent, regardent rouler devant elles l'immense vague bleue qui porte sève, parfum, effluves; elles passent de longues heures sur les battures rocheuses des îles, déjà prêtes, déjà palpitantes, ouvrant leurs plumes, leurs ailes au flot de vie qui soulève leur chair.Enfin, l’heure venue, les volées se reforment.En longues bandes, au-dessus des îles, des champs, des grèves, au-dessus du jardin du printemps, elles se balancent comme une branche de pommier fleuri.Puis, un soir, sur le vent, le grand vent de la mer, le grand vent dans les bois, le vent profond de l'espace, elles disparaissent.Cette fois, pour la dernière étape du voyage, la plus longue, la plus dure.Têtes au nord, les oies reprennent le méridien de l’amour et, sans fin.sous elles, le végétal, la profusion des eaux, les lacs innombrables entre les rivières branchues passent.LECTURES/ AVRIL PAGE 222 Altières, imperturbables, elles luttent contre elles-mêmes.contre les bourrasques qui sévissent encore, le ciseau de leur bec tenace dans le glacé de l'air; elles luttent contre la nuit, exaltées par les constellations qui volent au-dessus, charmées par le bruissement de l’espace dans le syrinx de leurs ailes.Elles luttent aveuglément contre tout, fortifiées par ce qu’elles portent: les coques fragiles, le précieux trésor de l'avenir, l’unique destin de la race au long cours.Elles sont invincibles parce quelles aiment héroïquement ce nid familial, sis à l'extrémité du monde, quelque part entre trois quenouilles, dans la patrie de la toundra.ADMIRABLES, admirables, intrépides et fidèles, que vous m’enseignez de choses î LE CENTAURE ALEXIS (extraits de L'A bâtis, I960, p.IISss.)1 Je t'ai donné la recette du bon pain d'autrefois; je te dirai maintenant l'art d’Alexis, et comment il excellait à construire des fours.Pour la table de Pâtre, il préférait un cèdre à l'écorce bien maillée, au cœur sain, au bois soutenu, à la chair odorante et rose, tel qu'au bord du ruisseau rouge il en croissait jadis.Alexis taillait ensuite son bois selon le cordeau, le mettait en trempe, l’exposait au soleil de l’été.Ainsi s’arrêtait l’élan vital des sèves, et.sur la fibre désormais immobile, l’artisan pouvait compter que Pâtre demeurerait sans fissure.Pour les aulnes dont il faisait ses cintres, il allait au bord de la Sinigolle.C'est là qu'abondent les ver-gnes — vanniers des eaux — toujours en sève, flexibles et dociles comme l’osier.Il choisissait l’argile de la côte bleue, de toutes la plus pure et la plus grasse: et, pour bourrer ses torches.la spartine, foin de mer souple et liant.Il aimait construire en septembre, au retour des récoltes.Le matin de l’œuvre, dès l’aube, il entrait dansant et chantant au milieu de scs matériaux.Il faisait d’abord le bâti de Pâtre, se mettait ensuite à cintrer son moule.Ah ! maîtres vanniers sont les pêcheurs de Plie.Souvent contre les alerons qu’ils tendent loin dans le fleuve, le nordet charge, l’épcrlan roule et se précipite — masse épaisse que poussent le vent et l’amour.Mais la bordigue résiste.Alors, au reflux, les claies ruisselantes émergent et.comme des espaliers, sont pleines de varech, et dans les coffres — cassettes de la mer — déborde la poissonnaillc argentée.Et tels étaient les cintres d’Alexis.Avec quelle dextérité il maniait les aulnes de la Sinigolle.et.selon les règles traditionnelles, les courbait, les entrelaçait pour un moule de calibre exact, capable de soutenir la lourde chape des glaises.Pieds nus.ensuite, il sautait dans le mortier.L'ardent bousilleur, ruisselant et rouge et la botte de spartine au poing, c’est en dansant qu'il pilonnait l'argile ! Que de fois, on l’avait vu, Centaure aux jarrets monstrueux, fringeur sur les buttes; puis, crinière au vent, s'élancer vers les monts.Là.cependant que sous ses pieds rapides, roulaient les montagnes, les bois, la distance, le temps et toute chose ordinaire aux mortels, il courait, tout son corps bandé comme au pugilat: inlassablement il courait, excessif à bondir, enivré de boire, lèvres hautes, à la coupe héroïque du soleil.Tel, dans l’air vif d'automne, de ses pilons drus et légers, il piétinait la glaise.Les batteurs au fléau, sur l’aire des granges, tout autour, rythmaient le manège, et vers le gai fouleur dont aux jambes poilues sautillaient les grignons d'argile, les enfants éclaboussés claquaient des mains.Mais lui.à sa seule tâche attentif, il ne laissait pas de mêler la spartine à la terre, il rangeait les torches sur les aulnes du cintre, façonnait, lustrait, luttait, et se reculait, entre-temps, voir la bosse du four comme un potier.le beau galbe de son vase.Bois gravé d ANDRÉ MORENCY ÏV'A.\ L'urne à feu était maintenant prête, en quoi, même dans les froides nuits d'hiver, on conserverait du soleil et de l’or pour cuire et dorer les miches.Sur l'âtre neuf et fleuri de braise, le premier soir qu’on enfournait, ah ! vive était l’attente d'Alexis.Et les cris saluaient le beau pain défourné.Et dans la nuit toute pleine de l’arôme et du crépitement des miches, c'étaient des gestes et des danses sans fin.Et voilà quels furent les exploits et l'art d'Alexis.Le pauvre ! on l'appelait le fou.Mais il battait des rythmes inconnus de nos sages.Il aimait à courir, à pilonner l'argile, à façonner des fours.Il est entré dans la légende.Et certains soirs de pain parfumés et tièdes.on croit que.Centaure, il galope sur nos sillons.( I ) Ce texte a été analysé et commenté par R.Valin.Dans L'enseignement secondaire, vol.26.no 1, oct.1946.p.312-318.LECTURES / AVRIL PAGE 223 ACCUSÉS UE CÉCEPTICN CHENE (Yolande), Peur et Amour.Roman.[Montréal, Le Cercle du Livre de France, 1965].177p.19.5cm.(Coll.Nouvelle-France, no 11).CLIFFORD (Francis), Le jeu de la mort et du hasard.Roman.Traduit de l’anglais par Marie Tadié.[Tournai] Caster-man, 1965.255p.20cm.COLLET (Paulette), L'Hiver dans le roman canadien-français.Québec, les Presses de l’Université Laval, 1965.281p.23cm.(Coll.Vie des Lettres canadiennes, no 3).DAUZATE (Charles), Opération Crossbow.Paris, Editions France-Empire [1965].254p.ill.(h.-r.) 19cm.DAVID (Jean), Assassin.Roman Paris, Editions du Seuil [1965].250p.20.5cm.DERY (Tibor), Monsieur G.A.à X.Roman.Traduit du hongrois par Monique Fougerousse et Ladislas Gara.Paris, Editions du Seuil [1965].462p.20.5cm.DESMARAIS (Marcel-Marie) o.p., Capsules d’optimisme.Montréal, Les Dominicains, 1965.176p.18cm.DROLET (Antonio, Les bibliothèques canadiennes 1604-1960.[Montréal] Le Cercle du Livre de France [1965].234p.20.5cm.ANDERSEN (Margret), Claudel et l’Allemagne.[Ottawa] Editions de l’Université d’Ottawa, 1965.349p.20cm.(Coll.Cahier canadien Claudel, no 3).BARBEAU (Raymond), Le Québec bientôt unilingue?Montréal, Editions de l'Homme [1965].157p.20cm.BARRERE (Jean-Bertrand), Victor Hugo.[Bruges] Desclée de Brouwer [1965].141p.16.5cm.(Coll.Les écrivains devant Dieu, no 6).BEGUIN (Albert) et BONNEFOY (Yves), La quête du Graal.[Paris] Editions du Seuil [1965].309p.18cm.(Coll.Livre de vie, nos 59-60).BENITEZ (Fernando), Pronunciamiento.Roman.Traduit de l'espagnol par Madeleine Falque.[Tournai] Casterman, 1965.205p.20cm.(Coll.Latitude sud).BERKHOF (Aster), Une mousson d’espoir.Roman.Traduit du néerlandais par Cécile Seresia.[Tournai] Casterman, 1965.302p.20cm.(Coll.L'Eolienne).BERNARD (Anne), La chèvre d’or, suivi de Hécate.[Montréal] Le Cercle du Livre de France [1966].196p.19.5cm.(Coll.Nouvelle-France, no 13).BIELER (Manfred), Boniface ou le matelot dans la bouteille.Roman traduit de l’allemand par Jacques Chavy.Paris, Editions du Seuil [1966].253p.20.5cm.BLANC (André) Claudel.Le point de vue de Dieu.[Paris] Editions du Centurion [1965].220p.ill.(h.-t.) 18cm.(Coll.Humanisme et religion).BOISDEFFRE (Pierre de), Giono.[Paris] Gallimard [1965].285p.ill.(h.-t.) 18.5cm.(Coll.La bibliothèque idéale).BOLLWITZER (Helmut), Athéisme marxiste et foi chrétienne.Traduit de l'allemand par Bernard Delex.[Tournai] Casterman, 1965, 207p.19cm.BOLOUX (René), J’étais un bagnard.[Tournai] Casterman.1965.253p.19cm.BOSCO (Monique), Les infusoires.Montréal, Editions HMH, 1965.174p.18.5cm.(Coll.L’Arbre, no 7).BOURGET (Pierre), Un certain Philippe Pétain.[Tournai] Casterman, 1966.317p.ill.(h.-t.) 23cm.BOUTEFEU (Roger), Le mur blanc.Roman.Paris, Editions du Seuil [1965].158p.18.5cm.CASTER (Marcel van) s.j., Dieu nous parle.T.II.Thèmes de la catéchèse.Bruges, Desclée de Brouwer, 1965.398p.22cm.CHARLIER (Henri), François Couperin.Illustré par l’auteur.Lyon, Editions et Imprimeries du Sud-Est [1965].I22p.ill.19.5cm.(Coll.Nos Amis les Musiciens) Relié.EN COLLABORATION, Approche de l’amour.Textes choisis et présentés par Jean Peyrade.[Tournai] Casterman, 1965.264p.21cm.EN COLLABORATION, Dictionnaire biographique du Canada.Volume premier.De l’an 1000 à 1700.[Québec] Les Presses de l’Université Laval [1966].774p.26cm.Relié.EN COLLABORATION, Dieu aujourd’hui.Semaine des intellectuels catholiques (10-16 mars 1965).Paris, Desclée de Brouwer [1965].26lp.19.5cm.(Coll.Recherches et Débats, no 52).EN COLLABORATION, La chanson française.Montréal, Les Editions Bellarmin [1965].136p.23.5cm.EN COLLABORATION, La Mystique et les Mystiques.Sous la direction de A.Ravier, s.j.Préface de Henri de Lubac, s.j.[Bruges] Desclée de Brouwer [1965].1122p.19.5cm.Relié.EN COLLABORATION, Le couple et sa fécondité.[Tournai] Casterman, 1965, 122p.19cm.(Coll.Feuilles familiales).EN COLLABORATION, Recherche et culture.Tâches d'une université catholique.Etudes publiées par N.A.Luyten, o.p., professeur à l’Université de Fribourg, Suisse.Fribourg, Editions universitaires, 1965, 327p.24cm.GAYET (Caroline), L’étranger sur la route.Roman.[Tournai] Casterman, 1965.321p.21cm.Relié.GLEASON (Robert W.) s.j., Qu’est-ce que la Grâce ?Traduit de l'américain par Jean-Pierre Bertho.[Tournai] Casterman, 1965.268p.20.5cm.(Coll.Vivre et Croire).GREA (Dom Adrien), L’Eglise et sa divine constitution.Préface de Louis Bouyer, de l’Oratoire.[Tournai] Casterman, 1965.520p.21cm.Relié.GUARDIN1 (Romano), La prière du Seigneur.Traduction de Jeanne Ancelet-Hustache.[Paris] Bloud & Gay [1965].116p.18cm.(Coll.Livre de vie.no 58).GENEVOIX (Maurice), Beau-François.Paris, Presses de la Cité [1965].309p.21cm.Relié.CRASS (Gunter), Les années de chien.Roman.Traduit de l'allemand par Jean Amsler.Paris, Editions du Seuil [1965].553p.20.5cm.GUEL (Alain), L’homme de pierre.Roman.[Tournai] Casterman, 1965.213p.20cm.HALDA (Bernard), Bernanos.Le scandale de croire.[Paris] Centurion [ 1965j.175p.ill.(h.-t.) 18cm.(Coll.Humanisme et religion).LECTURES/AVRIL PAGE 224 HARING (Bernhard), t.ss.r., Le chrétien el le mariage.Paris, Editions Saint-Paul [1965].155p.18.5cm.(Coll.In domo domini).HELLER (Deane et David), Le mur de Berlin.Paris, France-Empire [1965].253p.ill.(h.-t.) 19.5cm.HITCHCOCK (Alfred), Histoires à faire peur.(Stories my mother never told me).Traduit de l'anglais par Odette-Ferry.Paris, Robert Laffont [1965].547p.20cm.HUSSON (Jean), Le cheval d'Herheleau.Roman.Paris, Editions du Seuil [1965].234p.20.5cm.IRVING (David J.), La destruction des villes allemandes.Paris, Editions France-Empire [1965].313p.ill.(h.-t.) 19cm.LACHANCE (Louis), o.p., L’humanisme politique de saint Thomas d'Aquin individu et état.Montréal, Editions du Lévrier [1965].398p.24cm.LECLERCQ (Jacques), Mariage naturel et mariage chrétien.[Tournai] Casterman, 1965, 188p.19cm.(Coll.Feuilles Familiales).LE FORT (Gertrud von), L’épouse de Pilate, et autres nouvelles.Traduction de Marcelle Raimbault.Paris-Fribourg, Editions Saint-Paul [1965].175p.18cm.(Coll.Paraboles).LE S AUX (Henri) o.s.b., La rencontre de l'Hindouisme et du Christianisme.Préface de Monseigneur d’Souza, archevêque de Bhopal.Paris, Editions du Seuil [1966].235p.20.5cm.LO GATTO (Ettore), Histoire de la littérature russe des origines à nos jours.Traduit de l'italien par M.et A.-M.Cabrini.[Bruges] Desclée de Brouwer [1965].922p.23.5cm.(Coll.Bibliothèque Européenne, section historique) Relié.LUBAC (Henri de ) s.j., Augustinisme et théologie moderne.[Paris] Aubier [1965].338p.22cm.(Coll.Théologie.no 63).LUYTEN (N.A.) o.p., Teilhard de Chardin.Nouvelles pers-perspectires du Savoir.(Conférences faites dans le cadre de la Chaire Cardinal Mercier à l'Institut Supérieur de philosophie de l'Université de Louvain).Fribourg, Editions Universitaires [1965].68p.18cm.MADELEINE DE SAINT-JOSEPH, Lettres spirituelles.Présentées par Pierre Serouet, carme déchaux.Ouvrage publié avec le concours du Centre National de la Recherche scientifique.[Bruges] Desclée de Brouwer [1965].435p.20.5cm.MAY (Clarence), Le secret de la Paloma.Paris [France-Empire, 1965].219p.18cm.(Coll.A la belle Hélène).MAYOL (Pierre Alain), Le cahier noir.Roman.Illustrations de Pierre Joubert.Paris, Editions Alsatia [1965].188p.ill.19cm.(Coll.Signe de Piste, no 173.) MESNARD (Jean), Pascal.[Bruges] Desclée de Brouwer [1965].141p.ill.(h.-t.) 19.5cm.(Coll.Les écrivains devant Dieu).MESZOLY (Miklos), Mort d'un athlète.Roman.Traduit du hongrois par Georges Kassai et Marcel Couraulr.[Paris] Editions du Seuil [1965].186p.20.5cm.MEYENDORFF (Jean), Orthodoxie et catholicité.Paris, Editions du Seuil [1965].161p.20.5cm.MONDEN (Louis) s.j., La conscience du pèche.Paris, Desclée de Brouwer [1965].206p.21.5cm.(Coll.Bibliothèque d’études psycho-religieuses).MONTUPET (Janine), La rose amère.Roman.Paris, Robert Laffont [1966].161p.18.5cm.MOURGUE (Gérard), Dieu dans la littérature d'aujourd'hui.Les Anglo-Saxons.Notes bibliographiques de Joël Aubert.Paris, Editions France-Empire [1965].254p.20cm.NAUBERT (Yvette), La dormeuse éveillée.Roman.[Montréal] Le Cercle du Livre de France [1965].184p.19.5cm.(Coll.Nouvelle-France, no 12).NICOLAI (Marie), Une passion difficile.Roman.[Tournai] Casterman, 1965.188p.20cm.ORAISON (Marc), Le mystère humain de la sexualité.Paris, Editions du Seuil [1966].160p.20.5cm.PASSELECQ (P.) o.s.b., Criez-le sur les toits.Bruges, Editions Beyaert [1965].505p.20.5cm.PARVILLEZ (Alphonse de) s.j., Confiance.[Paris] Aubier, Editions Montaigne [1965].240p.18.5cm.(Coll.Vie intérieure).PETROWSKI (Minou), Le passage.[Montréal] Le Cercle du Livre de France [1966].141 p.20cm.(Coll.Nouvelle-France, no 14).PILHES (René-Victor), La Rhubarbe.Roman.Paris, Editions du Seuil [1965].233p.20.5cm.PREMOISAN (Alain), Les Cahiers de Cécile.Confidences d'une prostituée.Préface d’André Talvas.Mulhouse, Editions Salvator, 1965.199p.18cm.(Coll.Témoignage).QUEFFELEC (Henri), Quand la terre fait naufrage.Paris, Presses de la Cité [1965].383p.21cm.Relié.RAHNER (Karl) Mission et Grâce.T.III.Au service des hommes.Pour une présence chrétienne au monde d’aujourd'hui.Traduit de l'allemand par Charles Muller.[Tours] Marne [1965].311p.18cm.(Coll.Siècle et Catholicisme).RENAULT (Marc), Déterminisme et liberté dans « l’action » de Maurice Blondel.Lyon, Emmanuel Vitte [1965].262p.22.5cm.RUBER (Gunter), Vile du temps.Roman traduit de l'allemand par Louise Servicen.[Tournai] Casterman, 1965.158p.20cm.SAINT-DENIS (Sœur) I.L., Gaspésiana.Avant-propos de l'abbé Claude Allard, M.S.Soc.Préface du docteur Guy Fortier.Montréal et Paris, Fides [1965].180p.ill.21cm.Relié.SAINT-JEAN (Raymond) s.j., Genèse de l’action.Blondel 1882-1893.[Bruges] Desclée de Brouwer, 1965.260p.23cm.(Coll.Museum Lessianum — section philosophique, no 52).SAINT-PIERRE (Michel de), Sainte colère.[Paris] Editions de la Table Ronde [1965].305p.20cm.SEDILLOT (René), L’histoire n’a pas de sens.[Montréal] Le Cercle du Livre de France [1965].184p.20cm.SIDNEY (Sir Philip), Un plaidoyer pour la poésie.Traduit et présenté pour la première fois en français par Maurice Lebel.Québec, Les Presses de l’Université Laval, 1965.181p.20.5cm.THERIO (Adrien), Le mors aux flancs.Roman.Montréal, Editions Jumonville [1965].189p.18.5cm.TROYAT (Henri), Tolstoi.[Paris] Fayard [1965].889p.22cm.(Coll.Les grandes études littéraires).VACHON (André), Le temps et l’espace dans l’œuvre de Pau! Claudel.Expérience Chrétienne et imagination poétique.Paris, Editions du Seuil [1965].455p.20.5cm.(Coll.Pierres vives).VANCGURT (Raymond), La crise du christianisme contemporain.Paris, Aubier, Editions Montaigne [1965].171p.20cm.Coll.Présence et Pensée, no 6).VERDOT (Guy), Les vrais malades.Roman.[Paris] Plon [1965].248p.18.5cm.VILLENEUVE-TRANS (R.de), Chroniques et romans sociaux.[Avignon] Maison Aubanel Père [1965].269p.22.5cm.WERTHEIM (M.), Un prince en exil.Roman.Traduit du néerlandais par J.Alzin.[Tournai] Casterman, 1965, 280p.20cm.(Coll.L’Eolienne).LECTURES/AVRIL PAGE 225 LETTRE LE ELANCE dr georges durand résultats sont plus que satisfaisants et grâce à l'aide des organismes officiels québécois, canadiens et français, des perspectives nouvelles et encourageantes s'ouvrent dans ce domaine.La Commission féminine, très achalandée, examine particulièrement les problèmes de l'accueil, elle s'efforce d'établir des liens plus étroits entre femmes françaises et canadiennes et de rendre à celles-ci le séjour en France agréable et profitable.La Commission Culturelle présente un ordre du jour très chargé.J'en ferai un examen cursif: Elle attribue habituellement une bourse de voyage au Canada à un étudiant français; la qualité des boursiers des années antérieures et celle des candidats de l'année en cours lui ont permis d’obtenir du Ministère des Affaires Etrangères la possibilité d'offrir deux bourses en 1966.Les lauréats présentent des titres tout à fait exceptionnels, l’un d’eux, élève de l’Ecole Nor- Le XVle Congrès National France-Canada vient de tenir ses assises à Cannes, du 26 au 28 février.Jamais nous n'avions jusqu’ici convoqué nos amis dans une région aussi méridionale, nos Comités étant pour la plupart implantés dans les pays d'Ouest, d'Ile-de-France et de Champagne d’où sont partis les fondateurs du Canada Ce qui était en apparence une gageure, l'attrait du soleil aidant (je dois à la vérité de dire qu'il ne fut pas complètement au rendez-vous), s’est transformé en succès complet.J'ai longuement parlé l'an dernier de notre Congrès de Rouen 1 et je ne reviendrai pas sur les détails des cérémonies et manifestations officielles, désirant m’attarder davantage aux travaux des différentes commissions.Ce qui frappe le plus les nouveaux congressistes, c'est le souci de sérieux et d'efficacité qui marque ces travaux.Ici pas de « parlotes » vaines, chacun apporte le dossier de ses activités, ses points de vue.ses projets.On expose, on confronte, on discute, on établit un programme pour l'année et pour l'avenir.La Commission Tourisme et Voyages communique le tableau précis des conditions et tarifs des voyages aériens et maritimes entre la France et le Canada.Elle nolisera pour l’été 1966 un avion qui emmènera au Canada 150 universitaires et élèves des grandes écoles — et examine dès maintenant les nombreux projets de voyage pour l'Exposition Universelle de Montréal en 1967.La Commission des stages fait le point.Pour la troisième fois elle enverra au Canada, cette année, une trentaine d’étudiants français qui seront employés comme stagiaires dans des entreprises industrielles et commerciales du Québec, tandis qu'un nombre égal d'étudiants canadiens sera pareillement reçu en France.Cet échange, simple en apparence, pose dans la réalité des problèmes complexes qui exigent de la part des organisateurs, tant canadiens que français, un travail minutieux et une préparation de longue haleine.Mais les male Supérieure, section Sciences, a obtenu 6 certificats de licence dans la meme année ! Trois Colloques franco-canadiens se sont tenus à la Délégation Générale du Québec à Paris depuis le précédent Congrès: en mai 1965, sur Le Théâtre au Canada français avec le concours du R.P.Emile Legault, de MM.Jean Hamelin, Georges Groulx et de plusieurs comédiens de la troupe du Rideau Vert au cours de leur tournée en Europe; en octobre 1965, sur Quelques problèmes intéressant le français au Canada, j’ai déjà parlé de ce colloque ici-même.Enfin en janvier dernier, un débat fut consacré aux Accords culturels France-Québec, discussion passionnante qui fut loin d’épuiser le sujet et nous reprendrons la question au colloque du printemps.Cette formule de rencontres-débats intéresse vivement nos comités de province.plusieurs se proposent de l'adopter.Cette année 250 prix scolaires France-Canada seront attribués aux élèves des classes terminales des lycées et collèges classiques de diverses villes de France.Grâce à la diligence de M.Clément Saint-Germain.Directeur du Service des Lettres au Ministère des Affaires Culturelles du Québec, les livres offerts pour ces prix sont déjà en place.Au cours de l'année 1965.des bibliothèques publiques choisies par nos Comités, ont reçu de la part de la Délégation Générale du Québec environ 700 livres et monographies.Pour 1966 un programme beaucoup plus vaste est en cours de réalisation, nous pouvons raisonnablement espérer que 4 à 5.000 volumes canadiens seront offerts à une cinquantaine de bibliothèques (municipales et universitaires) dont la liste est déjà établie.De nombreuses et pertinentes interventions marquent cette partie des travaux qui mériterait un plus long développement.Les Comtités régionaux de France-Canada font l'examen et la mise au point des nombreuses possibilités d'activités qui s’offrent désormais à eux: diffusion des ( 1 ) Lectures — Mai 1965.(Vol.II — No 9).LECTURES/AVRIL PAGE 226 documents d’information mis à leur disposition par iAmbassade du Canada et par la Délégation Générale du Québec (Canada 65, Actualités Canadiennes, Québec 66, Montréal 66.etc.), conférences, présentation de films, colloques, expositions etc.M.Pierre Trottier, Conseiller culturel à l'Ambassade du Canada nous communique une liste de manifestations artistiques et culturelles auxquelles ils pourront prochainement collaborer: tournée de l’Orchestre de Montréal: tournée de la troupe de /’Egrégorc; exposition sur le Canada dont le point de départ, au mois de mai, sera Mulhouse; exposition de toiles peintes indiennes; e.v-position d'art ancien du Canada français; exposition de photographies; exposition d'arts plastiques, etc.De son côté M Robert Elie.Conseiller Culturel à la Délégation du Québec, nous annonce que les maquettes d'une exposition itinérante destinée à présenter les aspects économiques et culturels du Québec sont terminées et actuellement soumises aux autorités qui doivent patronner cette initiative.L'aide de nos Comités (sous forme d'envoi de livres et revues) aux minorités françaises de l'Acadie et des provinces de l'Ouest est examinée d’une façon concrète: j’y reviendrai quelque jour, car il s’agit là d'une action qui me tient particulièrement à cœur.Je passerai sur toutes les « questions diverses » aussi variées que captivantes pour préciser que nous avons proposé à nos congressistes deux grands thèmes de réflexion pour l’année en cours: l'étude approfondie des Accords culturels France-Québec et celle des Problèmes de l’Enseignement au Québec et les avons invités à se procurer et à diffuser le numéro spécial que la Documentation française vient de consacrer à l'analyse du Rapport Parent Notre président, le professeur Auguste Viatte, nous annonce qu’il fera prochainement une communication sur ce sujet à l’Académie des Sciences Morales et Politiques.Tout compte fait ce voyage dans le midi de la France aura été des plus profitables.En marge des travaux se sont effectués nombre d’échanges et de rencontres.Nous avons pris contact avec M.Eugène Bus-sière, consul général du Canada à Marseille.Il a participé avec une très grande attention à toutes les manifestations de notre congrès et nous a promis son plus entier concours.Nous avons retrouvé les animateurs de certains comités éloignés que nous connaissions mal et qui, peut-être, avaient l'impression d’être négligés.Tout le long du littoral méditérranéen et dans l’arrière pays, des villes comme Nice, Grasse.Cannes, Saint-Raphaël.Marseille, Sète.Aix-en-Provence.Nîmes deviennent des centres d'amitié franco-canadienne.A l'issue du Congrès, au soir du 3e jour, j’ai eu l’honneur de remercier le Conseil Municipal de Nice qui nous avait reçu à l’Hôtel Masséna.J'ai souligné que s’il n'existait pas de liens historiques entre le midi de la France et le Canada, il y avait tout de même une analogie.La côte méditerranéenne représente la porte par laquelle, il y a 2000 ans, la culture gréco-latine, dont nous nous prévalons, a pénétré la Gaule se gref- (2) Notes et Etudes Documentaires.Les Problèmes de l'Enseignement au Québec (Analyse du Rapport Parent).30 décembre 1965, No 3250.La Documentation française.16 rue Lord Byron.Paris 8e.faut sur la robuste souche des Celtes et des Germains pour faire la France.De même, en Amérique du Nord, le Canada se trouve en poste avancé à la rencontre des deux grandes cultures occidentales, la française et l'anglo-saxonne qui.qu’on le veuille ou non, doivent s'enrichir mutuellement et se compénétrer pour le maintien dans le monde de la civilisation chrétienne.De France nous soupçonnons mal l'importance et les difficultés de cette confrontation nécessaire.Le Canada la vit en quelque sorte héroïquement; ses difficultés, ses luttes, ses échecs et ses succès doivent nous apporter des sujets de réflexion et nous amener à modifier nos prises de position en regard des grands problèmes d’aujourd'hui et de demain.J'ai tout particulièrement cité l’effort douloureux que fait le Québec pour l’affirmation de sa personnalité/, n'hésitant à bouleverser certaines de ses structures à la recherche d'un « humanisme nouveau » qui doit, selon les termes du Rapport Parent, à la fois s’enraciner dans la tradition et se projeter dans l’avenir.» GEORGES DURAND A- _ 'k.LECTURE/ REVUE BIBLIOGRAPHIQUE MENSUELLE PUBLIÉE PAR FIDES 245 est, boul.Dorchester MONTRÉAL TéL: 861-9621 Direction; R.P.Roland-M.Charland, c.s.c.Rédaction: Jean-Noël Samson.Abonnement annuel: $3.00 le numéro: $0.30 Le Ministère des Postes, à Ottawa, a autorisé l’affranchissement en numéraire et l’envoi comme objet de la deuxième classe de la présente publication.LECTURES / AVRIL PAGE 227 I ri DES I ! journal d’une femme en blanc de soubiran p.208 la force d’aimer de marlin luther king p.209 journal de l’âme de jean XXIII p.212 les oies sauvages le centaure alexis de f.-a.savard p.222 WBÊÊÈÊÊË
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