Lectures, 1 mai 1966, mai
NOUVELLE SÉRIE VOLUME XII NUMÉROS 9-10 MAI-JUIN MONTRÉAL iiin* une vie d’enfer par andré laurendeau p.231 vie de p.claudel de 1.chaigne p.232 à nous deux de r.fournier p.235 mémoires chapais de j.barnard p.236 coeur de sucre de m.ferron p.237 ANDRÉ LAURENDEAU À DR€P€S DE.public au courant d’une production littéraire de plus en plus abondante et diversifiée.Devant un tel état de choses, nous en sommes venus à la conclusion qu’il valait mieux consacrer nos efforts à la seule littérature canadienne afin de présenter les ouvrages au moment même de leur parution et de faire mieux connaître les écrivains d’ici.En assignant à notre travail des limites plus étroites, nous espérons pouvoir offrir à nos lecteurs une documentation bibliographique plus complète et plus utile.Dans ce but, les Editions Fides ont décidé de mettre sur pied et de développer deux organes d’information et de culture: les Fiches bibliographiques de littérature canadienne 1 et les Dossiers de documentation sur la littérature canadienne 2.Le premier de ces organes s’emploiera désormais à faire connaî- une de perdue, deux de retrouvées ROLAND CHARLAND Avec cette livraison, vous parvient, chers lecteurs, le dernier numéro de la revue Lectures.Cette nouvelle n’a rien d’attristant si l’on songe que la présente revue fera place désormais à deux autres organes dont les objectifs seront sensiblement les mêmes que ceux du présent périodique.Il s’agit d’abord et avant tout, pour nous, d’opérer une transformation devenue nécessaire et susceptible d’assurer d’une manière encore plus efficace le service rendu jusqu’ici aux lecteurs par la revue Lectures.En fondant Lectures en septembre 1946, les Editions Fides se proposaient de présenter au public le plus grand nombre possible d’ouvrages français ou canadiens de mérite.Durant vingt ans, la revue a tenté de s’acquitter le plus fidèlement possible de cette tâche en tenant compte de la valeur littéraire et morale des œuvres étudiées.A en juger par la nature et l’abondance du courrier reçu par la rédaction, on peut être assuré que le rôle joué par Lectures répondait à un besoin réel.tre les œuvres les plus marquantes de l’édition cana- J dienne.Quant au second, il constituera un ensemble de documents de travail de toute première valeur, préparés à l'intention du monde de l’enseignement.Ces dossiers offriront aux professeurs et aux étu- ( diants, sous forme de fascicules pratiques, des études monographiques approfondies sur les hommes de lettres canadiens-français les plus en vue.Le numéro spécial que la revue Lectures consacrait récemment à Félix-Antoine Savard 3 donne une idée très exacte de ce que sera chacun des documents i de la collection projetée.L’accueil très favorable que ce numéro a déjà reçu de la part de la critique et du milieu étudiant indique à quel point un projet de cette nature répond au vœu général et à une réelle nécessité.Le moment est enfin venu pour nous de remer- « cier sincèrement les collaborateurs et les abonnés de Lectures.Chacun d’eux, à sa manière, a su être pour nous à la fois un auxiliaire et un ami.Qu’il trouve ici l’expression de notre gratitude et l’assu- I rance de notre très vif désir de lui demeurer utile.Malheureusement, au cours des années, il est devenu de plus en plus évident pour nous que la tâche entreprise demeurait à peu près impossible.On comprendra aisément la difficulté de tenir le LECTURES/MAI-JUIN (1) Fiches bibliographiques de littérature canadienne, tel est le nouveau titre de l’ancienne revue Mes Fiches.Deux cents trente fiches paraîtront annuellement.(2) Dont six numéros paraîtront au cours de l’année: Gabrielle Roy, Félix Leclerc, Panneton, etc.(3) Numéro de février-mars 1966.PAGE 230 DIALOGUE AVEC LES LIVI ES D’UIEO ET D’AUJCUD-D’UUI duire une réalité physique, un décor extérieur, en ayant soin de faire ressortir les éléments typiquement canadiens, reconnus unanimement comme tels.Ainsi F.-A.Savard, dont on a pu dire de ses descriptions qu’elles s’accordaient merveilleusement à la nature laurentienne.Et les autres ! en qui on se reconnaît bien à cause de certains types ou de certains traits de caractères, mais surtout parce qu’ils font appel à une certaine qualité d’âme canadienne (le mot qualité est ici impropre parce que trop chargé de sens), qui ne se décrit pas en termes rationnels, mais qui émerge à travers l’expression d'une certaine inquiétude, d’une certaine angoisse, de cette incapacité à vivre et à coller à la réalité, à s’accepter dans la réalité.C’est à ce niveau de témoignage que se situe le roman d’André Laurendeau.11 est des êtres qui, comme Alain, le personnage principal de Une vie d’enfer, n’arrivent jamais à une vie d’enfer de a.laurendeau JEAN-NOËL SAMSON Un homme tente de vivre sa vie, de sa naissance à sa mort, sans comprendre pourquoi il vit ! Voilà une vie d’enfer.Le reste, quant à savoir si l’homme en question a vécu riche ou pauvre, s’il a aimé sa femme ou non, quelle profession il a exercée, tout cela est littérature en regard de l’acte premier.Une vie d’enfer 1 n’est pas un roman psychologique dans le sens qu’on donne habituellement à cette expression.Il est vrai que l’auteur se propose d’analyser profondément une expérience humaine, et que tous les éléments convergent vers un même personnage que le lecteur a le loisir de suivre à travers les différentes étapes de sa vie.Mais ce qu’il est important de comprendre, c’est que le personnage en question en est un qui dit « je », le « je » qui le projette face à son destin.Le « je » à valeur existentielle, le « je », ou le « moi » qui prend conscience de son être, comme aussi, hélas ! de son non-être.D’où le drame.Ce roman traduit donc avant tout une expérience existentielle, dans l’acception précise que le XXe siècle a donnée à ce terme.Mais il faut aller plus loin, ou plutôt cerner de plus près le problème, et affirmer que Une vie d’enfer forme le récit d’une expérience existentielle située dans un temps et dans un lieu.U y a deux sortes de romans canadiens-français.Ceux d’abord qui se font comme un devoir de tra- s’acclimater à la grisaille de la vie dans laquelle ils ont été lâchés sans le vouloir.« Lâché », voilà le mot juste, celui qu’Alain lui-même emploiera pour qualifier la façon dont sa mère l’a préparé à affronter la vie: « Ainsi m’avait-elle lâché dans la vie », avoue-t-il amèrement.Au fond, Alain ne parvient pas à apprivoiser son désespoir.Et il y a comme un cri d’angoisse qui traverse ce livre, une angoisse sourde dont on ne sait pas d’où elle vient, qui se réveille par à-coups sans raison apparente.Alain est un inadapté chronique.Pour lui, dès le départ les dés sont pipés, les jeux sont faits.Il ne possède pas la carte maîtresse de son destin.Petit destin que le sien, humble comme celui de tous les autres, terne, qui ne vaut même la peine d’être vécu.Surtout qu’Alain n’a rien du héros; tout chez lui est avorté.Il n’aura même pas le courage d’aller jusqu’au bout de son désespoir, d’être en fin de compte logique avec lui-même.Et ce n’est certes pas l’éducation qu’il a reçue, ni le milieu dans lequel il a vécu, qui l’amèneront à affronter l’obstacle, si ce n’est peut-être l’excès de son désespoir.On lui a tout juste permis de rêver vaguement d’héroïsme et il y a sans doute rêvé, un peu trop, comme tout le monde à l’époque de son adolescence.Il est une constante pour le moins étonnante à travers l’histoire du roman canadien-français: c’est le rôle prépondérant qu’on a fait jouer à la mère au sein de la famille en comparaison du rôle extrêmement effacé attribué au père.Toutefois le caractère insolite de cette constatation s’atténue de beaucoup et l’on s’étonne moins lorsque l’on se réfère à certaines données sociales et historiques de notre milieu, qu’on connaît bien et qu’il est donc inutile d’expliciter ici pour cette bonne raison.Le per- ( 1 ) André Laurendeau — Une vie d'enfer.Montréal.Edition HMH, 1965.197p.18.5cm.(Coll.L'arbre, no 8).LECTURES/MAI-JUIN PAGE 231 sonnage de Une vie d’enfer n’échappe pas à la règle.Bien au contraire ! Alain a passé son enfance dans un monde presque exclusivement composé de femmes, entouré bien précieusement par sa mère et ses trois sœurs.Toutes les années qui comptent dans la vie d’un homme, les années qui le façonnent en profondeur, qui le font ce qu’il sera toujours, il les a vécues sous le règne de sa mère — ce n’est pas trop dire —„ dominé, possédé, jusqu’au plus intime de sa conscience.Et il ne réussira jamais à briser cette dépendance.De son père, évidemment, on n’en parle pas.Ou si peu ! c’est-à-dire qu’il a ce qui lui revient.L’auteur lui réserve un beau petit paragraphe pour lui donner l’occasion de mettre son fils à la porte et permettre à celui-ci de la claquer (la porte) de toutes ses forces ! Si nous ne craignions pas de jouer au sophiste, nous dirions que le père est présent dans la mesure même où il est absent, et donc que l’auteur est réaliste dans la description de son personnage en autant qu’il le laisse dans l’ombre.Toujours selon les prémisses posées plus haut.Voilà donc maintenant notre Alain, adolescent qui n’a jamais su jusqu’ici réaliser quoi que ce soit, « lâché » dans la vie, par la force des choses et bien malgré lui.Il a claqué la porte: premier geste libre qu’il pose, son premier geste d’homme.Et pourtant non ! il a déjà goûté la joie de vivre pleinement, l’ivresse d’être soi-même, quand il a décidé un jour d’abandonner la pratique religieuse pour se libérer des contraintes imposées par sa mère.Seule la révolte peut l’arracher à lui-même.Mais hélas ! après un élan vital qui aurait pu faire espérer un regroupement des forces intérieures, c’est de nouveau l'inertie, l’anéantissement.Déjà la source est tarie.Alain fait partie de cette catégorie d’hommes qui n’aimeront jamais la vie, parce que tout simplement on ne leur a jamais appris à l’aimer.Et ceci nous amène à nous poser un problème: que vaut cette société qui n’est pas capable d’engendrer chez ses membres les valeurs fondamentales, comme la paix, la joie, la confiance et la possibilité d’aimer, des valeurs dont on ne saurait priver un être sans le déposséder lui-même, sans lui enlever sa capacité à vivre.Sans doute, on a tout expliqué quand on a attribué le malaise de vivre dont souffre Alain à l’hérédité ou aux travers de l’éducation qu’il a reçue.On a bonne conscience alors.On a tout expliqué, on a diagnostiqué le mal, mais est-on allé jusqu’au fond des choses ?N’a-t-on pas fait comme le médecin sans expérience qui ne s’attaque qu’aux symptômes sans remonter jusqu’aux racines de la maladie ?Une vie d'enfer dans cette perspective, inscrit dans notre réalité sociale, remet en cause les structures mêmes de notre société qui construit un monde en qui l’homme ne se reconnaît pas, avec qui il ne se sent pas en liaison.Arrogant cet Alain ?Un dur, ce journaliste crapuleux qui n’hésite pas à recourir aux pires basses- ses pour satisfaire sa passion de salir et de détruire tout ce qui l’entoure ?Non, seulement un pauvre type incapable d’atteindre au véritable amour.D’ailleurs personne ne sait aimer dans le roman d’André Laurendeau.Tous les personnages sont rivés sur eux-mêmes et ne recherchent qu’eux-mêmes.Alain sera cet étemel adolescent, avide d’une perfection idéale, sans goût pour les compromis qu’impose la réalité.Et c’est pourquoi l’amour charnel ne conduit pour lui qu’à « saccager un autre corps », suivant son expression.D’où aussi la jalousie qui le ronge, son enfer.Si l’enfer, c’est les autres, pour Alain, l’enfer c’est avant tout lui-même, ce monstre qui le dévore jusqu’à la folie.Un timide aussi qui se venge de l’échec de sa vie sur les autres.Et encore, jusqu’à un certain point seulement de peur de tout perdre.En somme, un sale petit bourgeois comme tant d’autres.Et pourtant, il nous ressemble; il ressemble à cette partie de nous-même qu’on garde précieusement cachée, honteusement cachée, et comme le dit Jean Ethier-Blais « la part la plus vile de nous-même ».On pense ici au vers de Baudelaire: « Hypocrite lecteur, mon semblable, mon frère ».Le roman d’André Laurendeau se lit tout d'une traite.Sans doute peut-on lui reprocher jusqu’à un certain point cette volonté arrêtée de s’attacher à l’aspect morose de la réalité, ce parti-pris de broyer le noir.Mais on ne peut pas ne pas être touché par l’accent de vérité qui se dégage de ce livre.On y admire aussi le style incisif, vif, haletant, si bien adapté à son personnage.Certains épisodes valent par eux-mêmes, comme, entre autres, la fameuse rencontre du professeur Eblé avec Alain.André Laurendeau a dû sans doute beaucoup s’amuser à décrire cette scène, bon moment de détente à savourer avant de se replonger « en enfer ».Au milieu de l’abondante production littéraire de l’an dernier — abondante au Québec, il va sans dire — il fait plaisir de découvrir un véritable romancier, et on se doit de féliciter les Editions HMH pour le choix toujours judicieux des œuvres qu’elles nous présentent de façon si attrayante.vie de paul claudel de 1.chaigne HERVÉ BIRON Indispensable initiation à la vie et à l’œuvre du diplomate poète et dramaturge, voici résumé le très beau livre de Louis Chaigne, Vie de Paul LECTURES/MAI-JUIN PAGE 232 Claudel On s’étonne que l’auteur ait pu faire tenir une telle existence en 250 pages en ne laissant dans l’ombre apparemment rien d’essentiel, ni sur les origines, ni sur la période de formation, ni sur l’extraordinaire fécondité de ce prophète « aux semelles de vent », suivant l’expression si pittoresque et si juste de Rimbaud.Fécondité, équilibre, stabilité d’une œuvre qu’on pourrait dire toute paysanne tant elle est près de la terre qu’elle enveloppe, pour s’en inspirer et la recréer.Car nulle autre n’est aussi charnelle, en ce sens qu’elle jaillit de l’homme et lui demeure toujours fidèle.Si Claudel n’eut pas d’origines paysannes, il eut du moins l’avantage d’hériter des vieilles civilisations des petites villes de province.Son père était un fonctionnaire astreint à la manipulation et au classement des papiers de paysans.Il appartenait à la Bresse dans les Vosges, tandis que la mère venait du Tardenois, une section des départements de l’Aisne et de la Marne.D’ailleurs, mieux que son état civil, l’affirmait sa voix, « fortement marquée par l’accent champenois, presque mécanique, mâchant littéralement les mots, s’en repaissant comme d’une substance nutritive, leur faisant rendre toute leur expressivité et tout leur pittoresque ».(p.7) Dès son enfance, il s’habitue à une vie de mobilité.Son père va où le mène l’administration, et l’enfant apprend son métier de voyageur.De Villeneuve Bar-le-Duc, à Nogent-sur-Seine, à Wassy-sur-Blaise, puis à Paris où il poursuivra ses études à Louis-le-Grand.Déjà, cette instabilité répondait à sa nature.« Il n’avait pas été créé et mis au monde pour se satisfaire d’un lieu, d’une campagne, d’une province.Comme tous les grands, il aspirait à tout.L’homme supérieur constitue son univers familier de tout le visible accessible et de tout l’invisible pressenti.» (p.25) Adepte de la marche, il affectionne « ces longues traites pédestres, la canne au poing, à travers les faubourgs et au long des routes inexorables avant de gagner quelque embarcadère plus ou moins arbitraire sur le rêve et l’avenir ».C’est ainsi que s’affirme sa « passion de l’univers: il voit et veut voir, chaque matin, toutes choses nouvelles ».Voilà sa façon de prendre possession de la terre où il vit.Partout d’ailleurs où sa carrière de diplomate le conduira, il pénétrera tout de son œil d’acier pour enfin s’emparer de l’univers: Europe, Amérique, Moyen et Extrême-Orient.Des hommes de génie passent leur vie dans un milieu restreint et n’y voient rien, puisque leur regard demeure retourné en eux-mêmes.Mais Claudel est tout entier penché vers l’extérieur.Il engerbe les images et en fait la pâture de sa vie spirituelle.Comme tant d’autres, Paul Claudel recevra l’accolade ouatée de Renan, dont il gardera comme une sorte de répulsion.Plus tard, dans son Magnificat, il lui réservera des imprécations mortelles: Restez avec moi, Seigneur, parce que le soir approche, et ne m’abandonnez pas ! Ne me perdez point avec les Voltaire et les Renan, et les Michelet, et les Hugo, et tous les autres infâmes! Leur âme est avec les chiens morts, leurs livres sont joints au fumier.Ils sont morts, et leur nom même après leur mort est un poison et une pourriture.Il a 17 ans quand il assiste, le 1er juin 1885, aux funérailles de Victor Hugo.Voilà que s’approche le moment de son illumination.C’est le nom collectif que portent les petits poèmes de Rimbaud qu’il découvre dans La Vogue.En septembre 1886, Une saison en enfer du même poète le transperce comme un glaive.Et le voilà errant dans Paris, s’arrêtant dans les églises, cherchant ce qui comblerait le vide lamentable qui le désespère.Un jour, il appuiera sur sa tempe une arme à feu.Mais il n’allait plus attendre longtemps l’effet de la grâce tant cherchée.Le jour de Noël, il assiste à la grand-messe à Notre-Dame sans beaucoup d’intérêt.Il retourne à vêpres.Son insistance sera récompensée.« C’était, dira-t-il, le plus sombre jour d’hiver, et la plus noire après-midi de pluie sur Paris.» (p.45) Il se « tenait debout, près du second pilier à l’entrée du chœur, à droite du côté de la sacristie.C'est alors, raconte Claudel, que se produisit l’événement qui domine toute ma vie.En un instant mon cœur fut touché et je crus.Je crus, d’une telle force d’adhésion, d’un tel soulèvement de tout mon être, d’une conviction si puissante, d'une telle certitude ne laissant place à aucune espèce de doute, que, depuis, tous les livres, tous les raisonnements, tous les hasards d’une vie agitée, n’ont pu ébranler ma foi, ni à vrai dire la toucher, (p.46) Ces conversions foudroyantes semblent assez rares, mais lorsqu’un homme en est favorisé, il devient comme le feu qui allume partout l’incendie, ainsi que le patron du poète, Paul de Tarse.Claudel conserve ses amitiés littéraires.Il écrit Tête d’Or et, en 1890, il est reçu premier au concours des Affaires étrangères.Le voilà donc en marche dans la double carrière qui, jamais, ne se confondra mais qui se poursuivra toujours parallèle à son ascension vers les sommets de la vie mystique.Il s’agit d’une admirable montée qui prendra fin lorsque l’écrivain, ayant publié l’essentiel de son œuvre, prendra sa retraite, patriarche alerte et toujours curieux d’embrasser l’univers, se plongeant dans l’étude des ( 1 ) Louis Chaigne — Vie de Paul Claudel et genèse de son œuvre.[Tours] Marne [1961].285p.ill.(h.-t.) 22cm.Relié.$6.25.LECTURES/MAI-JUIN PAGE 233 Livres Saints pour se préparer dans la méditation aux contemplations de la vie future.En 1893 débute la carrière diplomatique.D’abord consul suppléant à New-York, il tombe tout de suite au cœur de ce monde vertical qui ne l’étonne pas mais qu’il saisit, on dirait, avec un lasso.« Comme la langue qui prend et divise les aliments, écrit-il dans Connaissance de l’Est, comme la luette au fond de la gorge placée entre les deux voies, New-York entre ses deux rivières, celle du Nord et celle de l’Est, a, d’un côté, sur Long Island, disposé ses docks et ses soutes; de l'autre, par Jersey City et les douze lignes de chemins de fer qui alignent leurs dépôts sur Yembank-nient de l’Hudson, elle reçoit et expédie les marchandises de tout le continent et l'Ouest.» (p.63) Il ira ensuite à Boston.C’est là qu’il écrit L’Echange.Après deux ans d’Amérique du Nord, ce sera sans transition l'Extrême-Orient avec la Chine, celle de l’ancien Empire des mandarins.D'abord Chang-hai, puis Fou-Tchéou et Han-Kéou.Peut-être plus que partout ailleurs, il vivra en Chine comme chez lui, c’est-à-dire en communion avec le pays, sa terre jaune, ses habitants, sa civilisation.Ses livres accuseront une véritable pénétration du génie chinois.De retour de Chine en 1900, Claudel fait une retraite à Solesmes et décide d'entrer chez les Bénédictins de Ligugé.Il a trente-deux ans.Mais sa famille et les religieux le convainquent de repartir pour son pèlerinage à travers le monde.Il traverse une crise qui le blesse profondément et dont il ne se libère qu’en écrivant Partage de Midi.Cinq ans plus tard, revenu en France, il épouse Reine Sainte-Marie-Perrin, la fille de l’un des architectes de Four-vière, à Lyon.Vers le même temps où il accueille son premier enfant, il fait la connaissance de Jacques Rivière, qu’il guidera vers la lumière, affirmant sa vocation de convertisseur.Ses devoirs l’appellent en 1909 à Prague.C’est la période de l'Europe centrale qui débute.Ce sera ensuite Francfort, puis Hambourg, où le surprend la guerre de 1914.C’est alors l'intermède de Rome, où il dirige une mission commerciale.Ensuite il devient consul au Brésil jusqu’à la fin de la guerre, puis en Scandinavie.En 1921 prend fin sur le plan diplomatique ce qu’on pourrait appeler sa période préparatoire.Elle aura duré vingt-sept ans.Désormais.il occupera des postes de première grandeur, d’abord ambassadeur au Japon, puis à Washington et enfin à Bruxelles, où il représentera la France de 1933 à 1935.Ce sera dès lors le moment de la retraite.Il aura soixante-sept ans d’âge et quarante-six de vie diplomatique.Il avait en 1914 acheté un château à Brangues.C’est là qu’il vivra les vingt dernières années de sa vie comme un patriarche à la foi simple et auguste, écrivant des commentaires de la Bible et regardant s’installer sa gloire à travers le monde entier, ses drames réputés injouables recevant du public un accueil triomphal.Il avait fondé une sorte de coopérative de prières où les membres, en nombre restreint, s’engageaient à prier les uns pour les autres, comme une application pratique de la communion des saints.Dans la nuit du 23 au 24 février 1955, Claudel succombait à une crise cardiaque.Il avait dit un peu plus tôt: «Laissez-moi, laissez-moi mourir tranquillement.Je n’ai pas peur.Ne me touchez pas.» « Avant le tête-à-tête prochain avec Dieu, commente Louis Chaigne, il ne voulait aucun témoignage de sensibilité.Tout était à ses yeux dépassé par l’événement.» (p.251) Ce qui étonne dans une telle existence, c’est cette noble carrure, au moral comme au physique.La sérénité ne semble jamais l’avoir abandonné.Pourtant n’a-t-il pas avoué qu'avant sa conversion il a voulu se suicider?Plus tard, à plusieurs reprises, des épreuves lui ont donné, dit-il, le goût de mourir, surtout lorsque goûtant aux joies de la retraite, il perdit son petit-fils.Sa sœur Camille, femme de génie, sculpteur entraîné dans le sillage de Rodin, s’arracha de lui et sombra dans la folie.Paul Claudel, qu’une amitié profonde liait à sa sœur, fut nécessairement très ébranlé par ce drame.Mais il conserva son calme, sa force, sa joie teintée d’humour, sa confiance inébranlable dans les insondables desseins de Dieu.C’est là tout Claudel, cette énergie tranquille, paysanne, capable d’abattre la besogne de deux ou trois travailleurs acharnés sans accélérer son rythme normal, s'avançant comme un bon piéton qui a sa journée à marcher, qui le fait sans hâter le pas ni le ralentir.L’ouvrage de Louis Chaigne, bien écrit, vivant, sérieusement documenté, richement orné d’innombrables textes bien choisis de Claudel, apporte sur ce grand maître une biographie qui constitue un hommage et une introduction à une œuvre qu’il faut connaître.Ce devrait être le bréviaire de tous les amis de Claudel.LECTURES 1963-1966 Volume relié Prix: $5.00 En librairie sous peu LECTURES / MAI-JUIN PAGE 234 NOTICES IIIIK- OOAPEilOOES ittérature canadienne * à nous deux de r.fournier HERVÉ BIRON Lerotisme fait beaucoup parler de lui en ce moment au Canada.Comme toujours, nous sommes en retard de quelques années, mais le décalage s’amenuise.Les communications de Paris à Montréal sont maintenant si rapides.Cependant, avant que la vague ne se soit retirée, il ne faut pas s’étonner que nos jeunes romanciers se défoulent.Quand ils y apportent comme Roger Fournier 1 une certaine orginaJité, on ne saurait se montrer trop sévère.Ce n’est pas ici l’érotisme qui intéresse, mais ce qu’il cache, et cela est bien de chez nous.La technique utilisée par l’auteur est assez neuve.On peut dire qu’elle est à deux dimensions.Il y a le roman et le roman du roman, ou plutôt du romancier.L’auteur imagine que ce dernier s’est vu refuser un roman par son éditeur.Il accompagne chacun des trois chapitres de son œuvre de commentaires de nature à l’éclairer et à se justifier.Pour lui, ce n’est pas l’amour, ou l’érotisme, qui est en cause, mais l’argent.Son personnage, qui a reçu en legs une somme de $800,000, veut se payer du bon temps.Ses aventures, du moins celles qu’il décrit, ne sont pas nombreuses, car elles ont vite fait d’avaler son héritage et le voilà sans le sou, du jour au lendemain.Un seul moyen de s’en sortir: devenir le gigolo d'une personne plus que mûre mais amplement pourvue de richesses.C’est cette affabulation qu’il discute avec son éditeur qui ne la trouve pas vraisemblable.Cela importe guère: le roman est par son essence même une fiction.L’important, c’est que les personnages, quand ils se sont mis à respirer sous la plume de celui qui les a conçus, ont commencé à agir d’une façon tout à faite différente de celle qui avait été prévue.C’est donc la meilleure preuve qu’ils sont vrais.Réflexion de romancier, car il est entendu que, dès qu'ils ont commencé à vivre — lorsqu’ils vivent — les personnages conduisent leur auteur bien loin du chemin qui leur avait été tracé.C’est là que s’ouvre la deuxième dimension.En marge du roman soumis s’amorce un second roman, celui du romancier.Il retrace sa propre his- toire au point de se prendre à son jeu: il rencontre des personnages qui font déjà le sujet de son roman, il les éclaire d’une sorte de témoignage désintéressé.On a vu de nombreux auteurs procéder de la sorte.Cervantès ne dialogue-t-il pas de temps à autre avec Don Quichotte ?A certains égards, d'ailleurs, notre auteur se fait une sorte de redresseur de torts.On voit qu’il tente d’arracher ses lecteurs à la passivité, à la résignation à certains ordres établis: « Vivre, ce n’est pas accepter bêtement cette lumière propre à notre système solaire; c’est chercher à connaître ce qui se passe sur les autres planètes.Donc, si vous condamnez ce premier chapitre, vous devez condamner tout ce qui est basé sur la fiction.» C'est au moment où le personnage est fauché, que le romancier donne son opinion sur l’argent.Cette attitude n’a rien de particulier aux Canadiens français; elle caractérise à peu près tout le monde: « Il m'a toujours semblé, dit-il, que notre population se divisait en trois catégories de gens.Il y a d’abord ceux qui ne parlent jamais d’argent parce qu’ils en ont et sont à l’abri de la faim; puis il y a ceux qui en parlent parce qu’ils n’en ont pas assez.Ces deux catégories ont donné naissance à une troisième: ceux qui en ont, qui en font, qui en parlent, qui en rêvent, hantés, semble-t-il, par une passion indéfinissable, une frénésie sans nom, de sorte qu'ils passent leur vie à amasser de l’argent sans avoir le temps d’en jouir.s> La confession du romancier se continue.Il avoue qu’il a tué la femme que son personnage avait séduite et qu'il avait épousée.Ainsi, son personnage peut vivre à l’aise.Il aura tout l’argent ( 1 ) Roger Fournier — A nous deux.Roman.[Montreal] Cercle du Livre de France [19651.210p.19.5cm.LECTURES/MAI-JUIN PAGE 235 dont il a besoin pour continuer sa vie et l’achever dans les délices de l’oisiveté.La conclusion, s’il faut en chercher une, elle se trouve peut-être dans ce passage: « Et maintenant, comme je vous le disais, peut s’accomplir la destinée de Michel, qui ne voulait pas travailler, qui désirait tellement être riche qu’il avait le droit et même le devoir de le devenir.Mais son triomphe, son établissement dans ce château, au sommet de la montagne, c’est en même temps le symbole de ma défaite.Voilà comment sont liés nos destins.Lui était né pour monter là-haut, et moi pour rester ici, médiocre, pour rater un certain nombre de choses et en réussir d’autres à moitié, ce qui revient au même.» J’ai évidemment sauté des pages et des pages.On saura bien les retrouver.Ce qui importe, ce ne sont pas les passages « scandaleux »; ils ne sont là que pour effrayer les bourgeois et contester les autres, ou vice-versa.Mais il y a dans la conception du roman une sorte de maturité, une dextérité qui étonne.Quant à la langue, elle est vaseuse, et c’est peu dire.mémoires chapais de j.barnard BERNARD-M.MATHIEU Madame Julienne Barnard continue de publier les riches archives de la famille Chapais; ce tome troisième1 commence en 1875 et s’arrête en 1888.Dans ce volume, on suit pas à pas le jeune Thomas Chapais, étudiant, avocat et journaliste.Après avoir passé quelques années au Collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, il termina ses études à Québec, et entra à la Faculté de Droit en 1876.M.Chapais fut toute sa vie un homme d’études; une liste d’ouvrages lus en 1877, nous montre sa grande curiosité d’esprit.On y voit figurer plusieurs volumes de Louis Veuillot, et de son adversaire Mgr Dupanloup, un Avertissement à M.Louis Veuillot.Chose très amusante: le jeune Chapais, pour se distraire sans doute, ne dédaigne pas lire Les misères de Londres du romancier populaire Ponson du Terrail.En philosophie, il veut « étudier autant que possible le maître des maîtres, saint Thomas d’Aquin, « l’ange de DEcole », Somme contre les Gentils » (p.40).Puisque nous sommes au chapitre des Dominicains, disons son admiration pour la prédication du P.Louis-Alexandre Mothon, un des fondateurs de la mission dominicaine au Canada en 1873.Le religieux prêcha aux étudiants de l’Université Laval en décembre 1877.« Quelle éloquence ! quel feu ! quelle onction ! quelles paroles magnifiques !.C’est probablement le meilleur orateur qu’il y ait dans le pays.» (pp.57-58) Le 23 juin 1879, Thomas Chapais passa avec succès sa licence en droit.Le 29 juillet, il devenait secrétaire privé du lieutenant gouverneur de la Province, M.Théodore Robitaille.Au printemps de 1880, il rencontra pour la première fois l’abbé Paul Bruchési, professeur à la Faculté de Théologie de l’Université Laval et futur archevêque de Montréal; jusqu’à la mort de ce dernier, une profonde et vivante amitié lia les deux hommes.Obligé par la maladie d'abandonner renseignement, l’abbé Bruchési partait, à l'automne de 1884, pour un voyage de repos en France.« Les quatre années que j’ai passées à Québec, écrit-il à son ami Chapais, compteront parmi les plus belles de ma vie.» (p.243).De France, le « petit père », comme ses amis l’appelaient, écrivait de longues lettres; celle datée du 8 mars 1885, adressée à Thomas Chapais, est intéressante à plus d’un point de vue.A Tours, l’abbé Bruchési assista à une conférence de l’ex-père Hyacinthe Loyson, défroqué et marié.« L’ancien moine a parfois des accents sublimes.A côté de blasphèmes et d’infâmes propos, il place des considérations admirables.» (p.268) Et ce jugement excessif: .« un être souverainement méprisable et souverainement méprisé » (p.269).A Notre-Dame de Paris il entendit le P.Monsabré, dominicain: « Quels moments d’ivresse que ceux que je passe au pied de la chaire de l’illustre Dominicain ! Il faut être témoin de ces fêtes pour en comprendre toute la grandeur.» (p.270) Il rencontra aussi Madame Augustus Craven, née Pauline de La Ferro-nays.Auteur de plusieurs ouvrages, elle était surtout connue par son livre Récit d’une sœur qui eut en son temps une large diffusion.Pour la jeune génération du Canada français, le nom de cette femme ne dit plus rien; n’empêche, comme l’écrit justement Julienne Barnard, que « cette Française catholique a eu l'influence la plus marquée sur la pensée et le style des fervents de la lecture au Canada français ».(p.272) Aujourd’hui encore le Récit d’une sœur se lit avec intérêt; le style très élégant garde toujours sa fraîcheur.Le 10 janvier 1884, Thomas Chapais épousait Hectorine Langevin, fille de Sir Hector Langevin.De retour de son voyage de noces, il entrait comme rédacteur en chef au Courrier du Canada.Ayant des idées politiques très tranchées, — conservateur, va sans dire, comme son père et beau-père — et sur le plan religieux se situant dans la ligne de Louis Veuillot, le jeune journaliste devait nécessairement (1) Julienne Barnard — Mémoires Chapais.T.III: documentation, correspondances, souvenirs.Montréal, Fides [19641.370p.ill.(h.-t.) 24.5cm.$4.00 LECTURES/MAI-JUIN PAGE 236 heurter bien des opinions.L'archevêque de Québec, Mgr Taschereau (qui sera nommé cardinal deux ans plus tard), « appréhendait l’influence qu'exercerait dans sa ville et dans son diocèse, ce « journaliste militant.à la Montalembert et à la Vcuillot.» (p.229) Dans son premier article, après avoir écrit qu'il était « conservateur de tradition et de conviction », il terminait son « papier » par cette profession de foi: « En religion, nous sommes profondément dévoué à l’Eglise romaine et humblement soumis à ses pasteurs.Nous n’avons nulle prétention à être plus catholique que le pape, mais nous voulons nous efforcer de l’être autant que lui; et en dépit d’une opinion assez répandue, nous estimons que.de nos jours, ce n’est pas une mince entreprise.» (p.229) Dans cette monographie familiale, c’est l’histoire des Canadiens français qui nous est présentée.C’est très bien ainsi, et l’historien Marcel Trudel a raison de signaler dans la préface que « l’objet de l’histoire,-c’est l’homme ».A quand la suite du livre de raison de la famille Chapais ?Il me plaît de dégager ici les lignes de force qui ont présidé à l’élaboration de cet ouvrage.C’est d’abord une exhortation pour la mise en valeur de la signification propre à chacun de nos sacrements, compte tenu des gestes, de la matière et des paroles qui les constituent; c’est ensuite une insistance sur l’aspect communautaire de ces actes d’Eglisc.Les auteurs remettent ainsi en lumière tout ce qu’un certain juridisme avait fait passer au second plan depuis assez longtemps.Ce volume nous apparaît être de plus un commentaire commode du nouveau Rituel canadien des Sacrements.Les éducateurs de la foi trouveront en cet ouvrage un excellent instrument de catéchèse; nous le leur recommandons pour sa teneur théologique et scs aspects pratiques.coeur de sucre de m.ferron JEAN-NOËL SAMSON la célébration des sacrements EN COLLABORATION CLAUDE SOUCY, CS.C Après Le Guide du Commentateur et Monitions Liturgiques, La célébration des sacrements 1 est le troisième ouvrage publié par un groupe d'étudiants en théologie du scolasticat Notre-Dame-de-Sainte-Croix; le P.André Legault, professeur de liturgie à cet endroit, a dirigé ces équipes dans leurs travaux.Comme le titre l'indique, le but de ce volume n'est pas de renseigner les prêtres sur les rubriques à suivre dans l’administration des sacrements, mais bien de leur proposer l'état d'esprit et les attitudes nécessaires à une véritable célébration de ces mêmes sacrements.On voit tout de suite qu’une telle perspective suppose, tant de la part du ministre que de la part des fidèles, une participation intelligente à l'action liturgique.Aussi, chacun des sacrements étudiés est-il précédé d'un exposé doctrinal et accompagné de monitions intéressantes.(Nous soulignons, à titre d’exemple, les monitions concernant le sacrement de Baptême p.41 et le second schéma pour la célébration communautaire de la Pénitence p.125.) Des bibliographies particulières aideront enfin les usagers de ce volume à approfondir ou à mettre à jour leur compréhension des divers sacrements.On s'amuse follement à lire Cœur de sucre -, ces vingt-quatre petits contes charmants condensés en 220 pages de texte, délicatement ciselés d’une main sûre et alerte, sans doute polis et repolis à grande patience par leur auteur.D'une allure tellement rapide que l’on passe d'un conte à un autre conte sans ressentir le besoin de s’arrêter, emporté dans le tourbillon de la verve piquante de Madeleine Ferron.Un ton vif qui se suffit de quelques mots pour vous camper un personnage ou vous situer une intrigue en moins de deux.Le tout dans un vocabulaire imagé et savoureux.A travers ses contes, Madeleine Ferron dénonce les petits travers de notre société canadienne-française.On pourrait être méchant et moralisateur (ce qui va d’ailleurs souvent de pair) et reprocher à l’auteur ses pointes de cynisme qui percent cà et là.Mais non ! il ne faut pas juger Cœur de sucre en critique savant et austère, ou parler de la « morale » de ces contes comme certain l’a fait.Non ce n'est pas ainsi qu'il faut aborder cette œuvre, non avec sa raison, mais avec son « cœur ».Cœur de sucre ne dément pas son titre: on est à cent lieues du sarcasme dans ce livre qui se moque de tout et de chacun avec un air d’innocente ironie, un air espiègle volontairement railleur et gaillard, dans les limites du badinage enjoué qui est malice bien féminine.Enfin un auteur chez qui prédomine le souci de voir le hon côté des choses, qui éprouve la joie de vivre et de profiter de tous les petits bonheurs terrestres ( I ) Georges Leclerc, C.S.C.et une équipe liturgique dirigée par A.Legault, C.S.C.et composée de J.-P.Asselin.J.-G.Bélanger, M.Brunet, J.-C.Guimond, U.Leblanc, D.Olivier, D.Prescott, G.Sauvé — La célébration des sacrements.Montreal et Paris, Fidcs [1965).213p.19cm.(2) Madeleine Ferron — Cœur de sucre.Contes.Montréal, Editions HMH, 1966.219p.18.5cm.(Coll.L’arbre, no 9) LECTURES/MAI-JUIN PAGE 237 à portée de la main.Heureuse philosophie de la vie que celle de Madeleine Ferron, et agréables moments de détente que procure la lecture de ces contes.Quand on rit dans Cœur de sucre, c’est de soi que l’ont rit.mais on se pardonne facilement.Le rire à deux absorbe le remords ou la mauvaise conscience.Qui est incapable de rire alors ne sait pas vivre ou se sent coupable.Le livre s'ouvre sur le conte qui donne son nom a l’ensemble: Cœur de sucre.Cependant, malheureusement pour le titre, c'est un des moins réussis du recueil: tableau amusant, mais d'une sensualité à fleur de peau, d’un érotisme un peu trop facile.On y découvre toutefois la tonalité de ce qui va suivre, cette allure de jeunesse et d'insouciance.Puis c’est La Jarre dont le registre est très différent.Mais c’est là un des enchantements de ce livre que de jouer sur plusieurs gammes à la fois.Voilà un bon morceau de cynisme gouailleur, d’où monte une note de tristesse.Tristesse dont on se remet vite pour passer avec impatience au troisième conte intitulé: Le Don de Dieu.Malicieux celui-là.avec une mine gaillarde qui ne ferait sans doute pas déshonneur à la Beaucc.Il avait une méthode bien à lui (!).ce Victor Langelier.pour soigner les maladies des femmes en l’absence des maris.Heureusement que ce genre de guérisseur ne pullule plus de nos jours ! Et il est à espérer aussi qu’il entre dans ce conte beaucoup d’imagination de la part de l’auteur, même si Madeleine Ferron nous dit que ses contes originent de recherches folkloriques et d’observations personnelles ! Car autrement, pauvres Beaucerons, il y a lieu de désespérer de leur crédulité.C’est ainsi jusqu'à la fin du volume.Madeleine Ferron continue de ridiculiser, pardon ! de taquiner bien gentiment notre société.Ici, dans Le Peuplement de la terre, elle s'amuse de notre manie des familles nombreuses ! Nombreuses, c'est peu dire.Elle s'est mariée à treize ans, cette petite fille à qui sa mère donne encore des tartines de sucre pour la consoler.Lui, en avait dix-huit.Elle a eu une progéniture qui ferait l’envie de nos grand-mères, vingt-deux enfants, qui à leur tour n’ont pas voulu se tenir pour battus.A tel point que la pauvre ne s’y retrouve plus et se sent bien malheureuse.Et je glane au passage cette remarque cinglante qui en dit long: « On ne la voit plus qu’un enfant dans les bras, un dans le ventre et l’autre sur les talons ».Plus loin, dans Les Termites, avec une cruauté un peu méchante il faut l’avouer, Madeleine Ferron nous peint une scène que les Canadiens français hélas ! auront beaucoup de facilité à se représenter: le partage du patrimoine familial entre les enfants.Mission ratée est hilarant ! Sauf qu’il déplaira à ceux qui se cabrent dès qu’on ose critiquer un tant soit peu la religion, ou plutôt l’« organisation » de la religion.Sans doute le Père Gay 1 n’a pas tout à fait tort d'affirmer que « toute satire de ce genre risque d'atteindre la vraie [religion] par ricochet ».Toutefois à l’époque de Vatican II, je crois qu’il est sain de pouvoir rire un peu des manies de la « fausse > religion des Canadiens français.Surtout quand on s’amuse à lire Cœur de sucre.Madeleine Ferron nous met en scène un de ces prédicateurs de retraites paroissiales, dont on espère que la race est éteinte, qui se prennent pour des généraux d'armée en campagne: « A genoux ! Levez-vous.Priez.Plus fort, mes frères».Je ne résiste pas ici au plaisir de dire un mot au sujet de la façon dont se termine ce conte: au moment où le prédicateur à grands renforts de gestes et de paroles invite les gens à se montrer généreux à la quête, voilà que le gérant de banque de la paroisse en profite pour s'évanouir, étouffé.Tout de go, comme çà ! Madeleine Ferron, malicieuse, y va de son grain de sel avec cette remarque pernicieuse à propos du bonhomme: « indigné sans doute d’une si malhonnête concurrence ».Il n'y a pas que des rires dans l'univers de Madeleine Ferron.L’auteur a su explorer les multiples voies du cœur humain.Et comme pas une, elle est sensible à la douleur, à cette angoisse née de la solitude et de la mort.Chez Madeleine Ferron, comme chez les paysans, les vrais, ceux qui font corps avec la nature et la terre, la mort côtoie le rire, et elle fait partie de la vie.Tout simplement.Et c’est ce qui explique cette cruauté que nous mentionnions tout à l’heure, du moins ce qui nous apparaît, à nous gens de la ville insensibles au rythme naturel de la vie, de la grande nature, comme de la cruauté.C’est pourquoi on peut dire qu’il se dégage de ce livre une vraie poésie de la nature, bien enracinée.Non cette poésie souvent factice qui déborde d’élans d’admiration ou de pâmoisons, mais celle, réaliste et sereine, qui voit les choses comme elles sont, sans se poser de question.Celle qui aime la vie avec tout ce que la vie lui présente, et qui, si l’on peut s'exprimer ainsi, fait flèche de tout bois sans sourciller.Cœur de sucre est un livre plein de suprises qui se révèlent souvent au tournant le plus inattendu.Ainsi ces annotations dont l’auteur sait émailler son texte ici et là: « La mort, en approchant, provoque des remous où tournent les vivants dans un rythme accéléré ».Un livre aussi rempli dee morceaux ou de bijoux littéraires.dans le bon sens du terme, remarquables surtout par un sens de l’observation bien aiguisé, et la précision des descriptions.Il faut savoir gré à l’auteur de sa façon de raconter que je qualifierais d’« impersonnelle ».Non pas qu’elle ressemble à toutes les autres.Bien au contraire.Mais en ce que Madeleine Ferron respecte le genre qu’elle adopte: le conte pour lui-même avant tout.Rapide, précis, bref, droit à l’essentiel.Madeleine Ferron conte, comme sans doute on a toujours conté dans la Beauce.Elle sait que les amateurs de contes ne souffrent pas d’interruptions et veulent tout savoir sans perdre le fil de l’intrigue.Cœur de sucre est à lire parce qu’il révèle un écrivain de talent.Un livre pour qui veut se détendre, et porter un regard serein sur les choses.(1) Paul Gay, C.S.SP.Dans Le Droit, 26 mars 1966, p.16.LECTURES/MAI-JUIN PAGE 238 une québécoise en europe « V rouge d’alice parizeau THOMAS LANCHARD Alice Parizeau est cette Québécoise qui s’est aventurée hardiment deux mois durant en Europe « rouge ».Grâce à son courage, à son sens de débrouillardise et à ses talents de polyglotte, elle a parcouru seule au volant d’une R-8 la Hongrie, la Tchécoslovaquie, la Pologne, ces pays de l’Europe de l’Est qui sont sous la contrainte du néo-impérialisme russe et « qui ont plus besoin de secours que la plupart des pays sous-développés».L’on se méfie généralement des auteurs de récits de voyage: soit qu’ils adoptent malgré eux le style du roman policier et négligent les aspects humains essentiels des contrées qu’ils visitent, soit qu’ils s’attardent à des considérations qui relèvent de l'idéologie politique ou économique et qu’ils ennuient le lecteur sans propension particulière aux thèses de sociologie.Alice Parizeau évite ces deux inconvénients avec une habileté qui tient à la fois de l’observation bien dirigée et de la discrétion.L’auteur ne reste donc pas insensible à tout ce qui fait le charme des voyages: les tracasseries douanières, les caprices de l’hôtellerie et les hasards de l’aventure, sans omettre de nous faire partager le bonheur de découvrir les gens, les paysages et les œuvres d’art.Et, d’autre part, elle nous rapporte sans aigreur comme sans exaltation des entretiens qu’elle a eus avec des personnes de toutes les catégories de la société.D’un feuillet à l’autre, le lecteur est tenu en alerte par l’intérêt du récit et des révélations qui nous sont faites.« Ce qui surprend et frappe le plus quand on visite les pays de l’Europe de l’Est, nous dit Alice Parizeau dans les dernières pages de son livre *, c’est une certaine forme de désordre.Désordre qui règne à tous les niveaux et empêche l’application des réformes susceptibles d’assurer l’égalité des classes et le bien-être de la population.» Cette impression de désordre, elle nous le fait sentir très bien dans la description de chacune des démocraties populaires qu’elle visite.En nous découvrant les véritables problèmes de l’Europe « rouge », Alice Parizeau nous aide à les mieux comprendre, et, sans aucun doute, nous invite-t-elle indirectement à une recherche de compréhension de ce que nous sommes nous-mêmes.prochain épisode de h.aquin ANDRÉ MELANÇON A propos du Prochain épisode - d'Hubert Aquin, on a parfois écrit le mot de chef-d’œuvre.Si l’on entend ce vocable dans son sens absolu, il y a sans doute exagération.Car les chefs-d'œuvre authentiques sont très rares et.au Québec, encore en devenir.Cette vérité cruelle, il faut la dire et la redire, surtout devant la vague néo-nationaliste qui déferle sur notre province depuis quelques années, et qui nous porte à fausser les valeurs et à nous gargariser à tout propos.Toutefois, entre le chef-d’œuvre et le « navet », il y a de nombreux degrés et places pour le roman supérieur, original et bien construit.Le livre d’Hubert Aquin peut se classer dans cette catégorie.Et nous ne sommes pas surpris de l'accueil qu’on lui a fait, autant ici qu’en France.L'originalité du récit nous semble une des principales sources de ce succès immédiat.Mais ce roman n’atteindra pas un public très large, du moins pour les premières années, puisque la technique de l’auteur, qui mêle les temps et les faits, risque de désorienter les habitués du roman traditionnel.Il faut dire aussi qu’une bonne partie de l’action se situe dans la région de Lausanne et de Genève, en Suisse, et peut dérouter le lecteur canadien, alors que le lecteur français, belge ou suisse, peu renseigné sur les activités terroristes du FLQ, aura peine à se reconnaître dans le fouillis de ce mouvement révolutionnaire du Québec.Mais nous sommes loin, heureusement, du « nouveau roman ».En effet, la fiction d’Hubert Aquin conserve un intérêt constant, malgré la simultanéité de trois ou quatre actions concurrentes: nous pouvons nous retrouver assez facilement dès que l’auteur passe d'un plan à l’autre.Dans ce mélange curieux, nous suivons les fils d’un roman policier d’allure parodique, qui n’est qu’un prétexte à un défoulement psychologique pour le narrateur, prisonnier dans un institut de santé et en attente d'une sentence judiciaire.En même temps, nous revivons une histoire d’amour, et cet amour symbolise celui du terroriste pour sa patrie du Québec, comme les plongées du bathyscaphe dans les eaux du lac Léman correspondent à des retours dans le passé.A première vue, on pourrait croire à une simple fantaisie, car le récit semble hésiter constamment entre l’humour badin et le drame personnel et profondé- ( 1 ) Alice Parizeau — Une québécoise en Europe « roupe ».Montréal et Paris.Fides [1965].114p.ill.(h.-t.) 21cm.$2.50.(2) Hubert Aquin — Prochain épisode.Roman.[Montréal] Le Cercle du Livre de France [1965].174p.20cm.LECTURES /MAI-JUIN PAGE 239 ment humain.Mais on en arrive rapidement à constater jusqu’à quel point cette recherche du « roman à faire » est un effort presque désespéré pour conjurer l'échec où sombrent le révolutionnaire et sa révolution.Celui qui tient la plume nous avoue son angoisse dans sa lutte contre le temps, qui fuit, insaisissable, et auquel il est soumis sans pouvoir s’en évader.Devant ce mystère du temps, l’écrivain perd son identité et son autonomie: « Je n’écris pas, je suis écrit.» Le même phénomène se produit sur le plan de la révolution.qui ne vaudra vraiment que lorsqu'elle se fera en actes, et non en paroles ou en écrits: « Seul le désespoir agi sera reconnu comme révolutionnaire » « La révolution m’a mangé », déclare l’auteur.Et même si les dernières pages laissent augurer un espoir pour l’avenir, un « prochain épisode ».il n’en reste pas moins que l’aventure fictive d'espionnage et le rêve séparatiste aboutissent tous deux à l’insuccès final.Il y a donc, dans ce roman, le drame d’un destin particulier, celui d'un homme qui a voulu consacrer sa vie à la cause de la révolution québécoise.Peut-être est-ce le premier ouvrage de valeur que notre idéologie séparatiste a pu fournir depuis son dernier renouvellement.Contrairement à d’autres romans qui avaient choisi l’idiome « jouai » pour exprimer des aspirations libératrices, l’ouvrage d'Hubert Aquin est écrit dans une langue juste et même raffinée, où les mots rares et savants, trop nombreux à notre avis, sont employés avec une telle maîtrise que nous nous sentons en présence d'un écrivain très sûr de son métier.et capable d’aborder les sujets les plus variés.Parfois même, le fantaisiste se permet des mots d'esprit et des rapprochements verbaux qui plaisent, même lorsqu'ils se font quelque peu sacrilèges ! le passage de m.petrowski ANDRÉ MELANÇON Le Passade 1 de Minou Petrowski nous fait entrer dans le domaine mystérieux du fantastique: chose qui n’est pas banale dans notre littérature.Tous les éléments essentiels du genre sont présents: chiffre magique, rencontres ou coïncidences qui donnent le frisson, nature sauvage et inquiétante, orage fortement romantique, personnages qui paraissent sans origine et sans destin, et qui sont en réalité des fous et des malades mentaux, en voilà assez pour nous mettre sous le charme de l’insolite, de l’inaccoutumé, de l’inattendu.Un grand écrivain, comme l’a fait Julien Green dans son Voyageur sur la terre, aurait réussi à prolonger l’émerveillement, parce qu’il aurait su donner à son style la touche qui fait accepter le sujet.Mais je crains que Minou Petrowski, qui semble être à ses débuts, ne puisse encore opérer ce mariage du fond et de la forme.Il lui reste à connaître mieux sa lan- gue, à surveiller la simple ponctuation, et surtout a donner à ses phrases la poésie des mots et du rythme que semble nécessiter le caractère incantatoire du fantastique.Car elle a su trouver, pour une bonne part, un sujet hautement évocateur, qui, parfois, envoûte et déroute tellement le lecteur, qu’il est porté à reprendre pour lui-même les deux réflexions du héros principal.Mel Strazsack: « Je ne sais plus où j’en suis » (p.830), et « Qui était qui ?» (p.107) J’aime moins, par ailleurs, la démystification subite apportée par la révélation finale: il s’agissait d’un psychodrame ! Pourquoi nous réveiller ainsi, alors que nous aurions aimé continuer notre rêve ?Et la psychiatrie n'y gagne rien, loin de là ! la chèvre d’or par a.bernard JEAN-NOËL SAMSON La Chèvre d’or, suivi de Hécate 2: deux courts romans dans un même livre, ou deux nouvelles.Comme l’on préfère.D’ailleurs où situer la ligne de démarcation entre le roman court et la nouvelle, si ligne de démarcation il y a ?Donc d’abord La Chèvre d’or.Nerto, après sans doute une longue absence, revient à la maison familiale pour s’y marier.Et, comme à tous ses retours.elle fait un rêve qui la plonge dans une angoisse profonde: vision anticipée d’une douleurcuse rivalité entre elle et sa sœur Magali pour la possession de son mari, et de sa propre mort lors de la naissance de son premier enfant.Mais non, ce n’est que songe trompeur, car voici bientôt le matin de ses noces, et le soleil qui brille et les cloches de l’église qui déjà sonnent à son bonheur.Hécate, maintenant, ou l’éternel triangle, la recherche par la femme d’une tendresse qu’elle ne retrouve pas chez son conjoint.Deux affabulations simples, banales même.Tout dépend de la plume de l’auteur, de la façon dont elle traitera les sujets.Disons-le tout de suite: l’auteur a un tour de plume qui est peu banal.Mais écartons maintenant Hécate.Les seules qualités qui font apprécier La Chève d'or ne se retrouvent pas dans la seconde nouvelle.Ou à peine.La Chèvre d'or vaut surtout par l’évocation des paysages d’enfance.L’auteur, cela est évident.( 1 ) Minou Pétrowski — Le passage.[Montréal] Le Cercle du Livre de France [1966).141p.19.5cm.(Coll.Nouvelle-France, no 14) (2) Anne Bernard — La chèvre d’or suivi de Hécate.[Montréal] Le Cercle du Livre de France [1966).196p.20cm.(Coll.Nouvelle-France, no 13).LECTURES/MAI-JUIN PAGE 240 éprouve une joie non dissimulée à revenir à une époque de sa vie où sans doute elle a connu le bonheur.Et cette joie, elle excelle à la faire partager à son lecteur.Toutefois, on ne peut s’empêcher de formuler certaines réserves à l’endroit de La Chèvre d’or.(Mais pourquoi au juste ce titre?J’avoue ne pas avoir très bien compris !).Je lui reprocherais un manque de fermeté.Le roman poursuit une ligne trop diffuse, trop floue, et trop d’images viennent obstruer la vue du lecteur, viennent s’interposer dans le fil de l’intrigue qui perd ainsi beaucoup de sa consistance.Par contrecoup, il adopte un rythme extrêmement lent, à tel point qu’il devient difficile de le suivre à cause précisément de cette lenteur.Mais on éprouve du plaisir à lire La Chèvre d’or.Peut-être justement est-on cha.mé par cette lenteur nonchalante, ensorcelé par 1< fluidité des images ?Et parfois l'auteur atteint presque à la littérature intimiste.C’est un roman très féminin, remarquable surtout par la délicatesse des sentiments qui y sont exposés.Un roman tout en allers et en retours, en pauses qu’on savoure dans le calme de sa chambre, ou près d’un bon feu de bois qui se consume doucement dans la cheminée.A certains moments, il n’y manque que la magie enchanteresse du Grand Meaulnes et on se laisserait emporter dans un univers où tout n’est que clarté et fraîcheur de la jeunesse.Cette jeunesse que l’auteur se plaît à évoquer dans un langage a la fois riche et dépouillé comme peu d’écrivains en possèdent.l’hiver dans le roman canadien-français par paulette collet PAUL-ÉMILE ROY La Collection Vie des Lettres canadiennes en est à son troisième volume.Après La mère dans le roman canadien-français et Le ciel et l’enfer d'Arthur Buies, voici L’hiver dans le roman canadien-français ’.C’est un ouvrage très documenté, très sérieux, le fruit d’une patience inouïe.Le sujet en valait la peine, car le climat d’un pays influence nécessairement la création littéraire.L’auteur a bien fait ressortir la manière dont les Canadiens réagissent en face de l’hiver, leurs joies et leurs souffrances, leurs amusements et leurs travaux pendant la froide saison.Malgré cette érudition remarquable, le livre cependant me déçoit un peu.C’est probablement que l’auteur est resté trop près de ses fiches, qu’il n’a pas assez analysé les fruits de son abondante cueillette.J’aurais aimé qu’il nous montre les répercus- sions du climat sur le tempérament canadien, sur la psychologie des personnages.Un roman est fait de personnages en situation dans l’espace et dans le temps.Il fallait montrer comment l’hiver explique tel ou tel comportement, telle ou telle attitude.Comment il donne à l’expérience spatio-temporelle une couleur spéciale.Je pense par exemple à l’isolement qui semble être une constante dans notre tradition littéraire.On a donné de ce phénomène bien des interprétations depuis un quart de siècle.L’auteur aborde un peu le sujet, mais on a l’impression qu’il ne va pas jusqu’au bout de sa réflexion.L’analyse aurait pu être plus poussée.Il y aurait eu avantage aussi à tenir davantage compte de la perspective historique à l’intérieur de quelques chapitres.On aurait ainsi quelques aperçus sur l’évolution qui se produit dans la pensée et la civilisation canadiennes-françaises.Malgré ces réticences, le travail de Paulette Collet reste précieux, et constitue un apport non négligeable à la connaissance de nos Lettres.Un instrument de travail auquel tous les chercheurs aimeront se référer.conteurs canadiens-francais * par adrien thério PAUL-ÉMILE ROY Les anthologies de la prose canadienne-française sont assez rares, s’il en existe.Pourtant notre littérature mérite plus d’attention.C’est donc une lacune véritable qu’Adrien Thério a comblée en publiant un recueil* 2 de contes de nos auteurs les plus actuels.Le choix me semble judicieux.Nos meilleurs auteurs y sont représentés par des textes qui ne laisseront personne indifférent.Deux disparus, Albert Laberge et Ringuet, prennent place ici à côté des écrivains vivants qui comptent parmi les plus prolifiques.Il est impossible de peser la participation respective de chacun d’entre eux.Ce n’est d’ailleurs pas ce qui importe.Notre littérature actuellement a moins besoin de critiques que de lecteurs.Remercions Adrien Thério de nous fournir un si précieux instrument de travail.( 1 ) Paulette Collet — L’Hiver dans le roman canadien-français.Quebec, Les Presses de PUniversité Laval, 1965.281p.23cm.(Coll.Vie des Lettres canadiennes.no 3).(2) Adrien Thério — Conteurs canadiens-français.Montréal, Déom, 1965.322p.20cm.LECTURES / MAI-JUIN PAGE 241 NOTICES BIBLIO- GRAPHIQUES ittérature étrangère mique du comportement », désormais centrée au point de départ sur la Parole de Dieu accomplie (néo-testamentaire), mais dont le langage veut s’inspirer des données réflexives que fait surgir la science moderne de l’homme.D’ailleurs cette connaissance scientifique de l’homme par lui-même n’est-ellc pas pour nous un moyen nouveau de mieux comprendre ce que Dieu nous dit.Oraison note la convergence fulgurante entre les conclusions des sciences humaines — et d’hygiène mentale en particulier — et la Révélation du Christ.Aucun concordismc facile, mais une convergence de la vérité naturelle et de la vérité surnaturelle; convergence sérieusement établie d’une connaissance réelle et nouvelle de l’existence concrète de l’homme dans les profondeurs de son être et ses rapports avec les autres, et connaissance de la présence réelle d’un Dieu se révélant comme une Personne capable de dialogue.une morale pour notre temps de marc oraison ANDRÉ CHARRON, C.S.C.Au cours de la troisième session de Vatican II, les interventions de certains pères conciliaires ont formulé clairement l’insuffisance ou même les déviations de l’enseignement de la morale.L’un d’eux, le cardinal Léger, est allé jusqu’à dire que cette morale habituellement enseignée n’était « ni principalement ni pleinement chrétienne ».« Nos manuels répondent bien peu à la mentalité des hommes de notre temps.La morale enseignée .se préoccupe trop de casuistique, de légalisme, de juridisme.» L’abbé Oraison, docteur en théologie et docteur en médecine, pose précisément cette remise en question sérieuse de la formulation habituelle de la morale, à partir des sciences actuelles de l’homme, surtout de la psychologie et de l’anthropologie.« Toute une formulation qui imprègne très profondément notre mentalité, est entièrement à revoir, et sans aucun doute à refaire dans une perspective d’approfondissement aussi bien des réalités humaines que du sens de la Parole de Dieu.» Il faut tout repenser, tout reprendre, en tenant compte de tout ce qui est sûr, science et Parole de Dieu, pour arriver à une morale vraiment chrétienne.Une morale pour notre temps1 s’inscrit donc dans cet effort de re-situation de la morale, de la « dyna- L’auteur démasque la formulation habituelle de la morale « suite logique et bien ordonnée d’abstractions normatives désinsérées », morale de la référence à « la Loi en soi » et qui représente souvent une régression à la prémorale infantile ou au pharisaïsme.Le nominalisme et un mélange d’aristolélisme, de platonisme et de stoïcisme ont fait que la pensée théologique s’est « stérilisée pour des siècles par l’hypertrophie du rationnel pur.Tout est devenu chose; les vertus, les péchés, les facultés sont des choses-en-soi.» Régression rationaliste.Régression de la loi morale.Loin de nier cependant le rôle réel de la loi, notre auteur la remet à sa place de « lieu de rencontre », réfléchissant sur la fonction de la loi dans la structuration de la personnalité du stade infantile au stade adulte, et sur la conception de la loi que se fait saint Paul.Ce qu’Oraison prône, c’est une morale de rencontre, fondée sur les exigences de la coexistence intersubjective.Cette découverte par l’expérience clinique de la psychologie moderne de l’importance du lien intersubjectif avec l’autre pour la construction de son «je », de son épanouissement, de sa béatitude, — cette découverte qu’Oraison nomme « la révolution psychologique de la morale » — cette découverte nous amène à considérer l’autre dans tous nos actes d’existence, à le reconnaître comme sujet avec la totalité de son univers à lui, et non pas comme un objet-pour-soi.Et cet autre, c’est le prochain, et c’est Dieu.Morale d’appel et de réponse.Morale d’amour où par et dans l’Amour, l’homme retrouve sa fin, son épanouissement; amour qui ne s’oublie pas soi-même, mais qui ne possède pas.Amour de l’autre qui n’est pas vécu que comme une occasion, un prétexte, une (1) Marc Oraison — Une Morale pour notre temps, [Paris] Arthème Fayard [1965].219p.LECTURES/MAI-JUIN PAGE 242 sorte d’objet-événement qui déclanchera les réactions par rapport à la loi et à la « voix intérieure ».« La référence ultime de l’action morale, c’est « la présence à l’autre », dans laquelle on trouve soi-même son propre épanouissement.Qu’il s’agisse du prochain ou de Dieu, ce qu’il est bon pour moi de faire, c’est ce qui, dans la relation vécue, favorise au maximum dans ma conscience et mon attitude la reconnaissance de l’Autre dans la vérité de son rêve, l’accueil de cet autre — et donc de moi-même — dans le dialogue réussi.» Rôle de répondant aussi de la morale, dont l’appel lui vient d'une rencontre avec ce Quelqu’un, Amour divin, reconnu dans le dialogue et l’engagement.La loi morale reste alors nécessaire, mais elle devient un guide pratique, une indication; elle n’est plus, comme pour le petit enfant.la référence ultime.Cette insistance sur la relation intersubjective, c’est ce qui fait, je crois, l’originalité de ce livre.La science moderne nous indique jusqu’à quelle profondeur de l’homme l’amour peut et doit aller; n’est-ce pas nous indiquer jusqu’où la Révélation elle-même retentit ?Oraison termine son livre par de belles pages sur le péché, cc « drame » au sein du dialogue, qui nous introduit à « l’Interlocuteur suprême, qui n’est pas la Loi mais Dieu ».Péché, pénitence, grâce, responsabilité.Un livre éclairant écrit dans un vocabulaire fort simple, nullement technique et accessible à tous.Un livre écrit avec justesse et dont la nouveauté pour le théologien reste l’insistance sur la nécessité de « personnaliser» la morale en fondant toute la dynamique du comportement sur le lien intersubjectif entre les personnes .une vision de la morale déjà amor-çée par le père B.Hâring, mais portée ici à un niveau plus profond.Un livre qui pose des questions et trace des pistes mais d’une façon très schématique: nul doute que nous aurions aimé voir analysés ici des éléments déjà étudiés dans Amour ou contrainte du même auteur; mais il s’agissait ici de constituer un dossier pour lancer un appel: le but est atteint.Un livre utile aux éducateurs, aux spirituels, aux intellectuels insatisfaits qui veulent saisir dans quelle ligne doit s’opérer une révolution positive de la morale plus conforme au message évangélique et à la réalité de l’homme désormais mieux connu depuis l’avènement des sciences modernes.l’oecuménisme Ce volume \ format de poche, inaugure une nouvelle collection de Fides, La pensée chrétienne, qui se propose d’assurer dans les divers milieux une large diffusion du message chrétien.Il répond à l'un des signes dominants de notre époque: l'œcuménisme.L'éditeur reproduit le décret conciliaire promulgué par S.S.Paul VI, le 21 novembre 1964, et utilise la traduction publiée par VOsservatore Romano, dans son édition hebdomadaire en langue française, le 11 décembre 1964; il présente, en outre, une étude du cardinal Bea, d’après la traduction de la Documentation catholique du 17 janvier 1965.Comme on le sait, le décret conciliaire se compose d’une brève introduction et de trois chapitres qui traitent respectivement: des principes catholiques sur l’œcuménisme, de leur application pratique et enfin des Eglises ou Communautés ecclésiales d'Orient et d’Occident séparées du Siège apostolique de Rome.Letude du cardinal Bea analyse et commente le susdit décret; elle le ramène à deux idées principales, qu'elle scrute pour une compréhension plus profonde: « l'analyse théologique de la situation actuelle des chrétiens dans le monde et les conséquences qui en découlent pour l’action œcuménique » (p.67).Il faut se réjouir de cette édition qui pourra assurer la diffusion d'un important document, puisque « promouvoir la restauration de l'unité entre tous les chrétiens est l’un des buts principaux du saint Concile œcuménique de Vatican II » (p.7).constitution pastorale gaudium et spes ?PAUL-ÉMILE ROY La portée des textes de Vatican II n’échappe à personne.La Constitution pastorale Gaudium et Spes spécialement projette sur les problèmes que l’homme moderne se pose des lumières qui stimuleront la recherche et éclaireront la pensée des hommes d’action.Mais les textes du Concile sont des textes officiels.Ils sont d’une densité assez extraordinaire.Sous leur apparente sérénité, ils cachent souvent des aperçus que le lecteur non averti ne soupçonnera même pas.C’est pourquoi ces lignes serrées appelaient un commentaire.Celui 1 2 que l’Action Populaire nous offre ici est à mon sens de toute première importance.Une longue introduction reconstitue l’histoire et la portée du (1) L'OECUMENISME.Décret conciliaire promulgué par S.S.Paul VI le 21 novembre 1964.Etude du cardinal Bea.Montréal, Fides [1965].143p.16cm.(Coll.La pensée chrétienne ) (2) *** — Vatican II, Constitution Pastorale Gaudium et Spes.Traduction élaborée par les soins de l’Episcopat français.Introduction, notes et index analytique par l’Action Populaire.Paris, Spes.1966.387p.20cm.LECTURES/MAI-JUIN PAGE 243 document.Puis des notes au bas des pages éclairent les passages les plus difficiles, dégagent la signification de telle ou telle expression, l’originalité de telle ou telle prise de position, etc.Notons enfin qu’un Index analytique rendra de grands services à tous ceux qui veulent connaître l’enseignement du Consil sur ls différents problèmes qui préoccupent l’homme d’aujourd’hui.le mystère du surnaturel de h.de lubac JEAN-LUC HÉTU Dirigée par les pères jésuites de Lyon, la collection Théologie des éditions Aubier en est avec ce volume 1 à son soixante-quatrième titre.En 1946, le père de Lubac publiait un fort volume de cinq cents pages intitulé Le Surnaturel, qui fit beaucoup de bruit dans les années qui suivirent.L’auteur devait développer par la suite une partie de son premier livre dans Augustinisme et Théologie Moderne (no.63 de la collection), et c’est une autre partie qu’il reprend dans le présent volume.En premier lieu, le P.de Lubac établit la permanence du rapport fondamental de l’homme à Dieu, a travers l’évolution de la culture et des idéologies qui s'imposent à la réflexion chrétienne.La vocation « naturelle » de l’homme à la communion avec Dieu, dans la liberté et l’amour, c’est là une affirmation centrale de la pensée chrétienne traditionnelle; l’auteur mène une enquête historique très fouillée pour la retrouver.On voit dans un premier chapitre que les historiens de la Scolastique sont de plus en plus unanimes à déclarer que les commentateurs de saint Thomas l’ont trahi en niant que l’homme possède en lui, dans sa nature, le désir proprement naturel de voir Dieu.La mise-à-jour de cette « trahison » ou de ce gauchissement n’est pas sans conséquence pour la théologie elle-même, que trois siècles de scolastique déviée ont souvent entraînée à scinder en un dualisme prononcé le problème de la relation entre la nature et le surnaturel.Si ces deux réalités ne sont pas deux organismes isolés que l’on accolle l’un à l’autre, s’il n’y a pas de « nature pure », si ce concept n’appartient pas à la tradition de l’Eglise mais qu’il n’est issu que d’un courant théologique isolé et postérieur à saint Thomas, c’est à un changement de perspectives assez important que les théologiens sont convies.Ce réajustement sera salutaire pour la notion de nature, car il arrive que l'insistance théorique sur un ordre idéal de pure nature concourt en pratique à « écraser cette pauvre nature existante sous l’étreinte d’un surnaturel mal compris », ou, inversement, invite à récupérer pour le compte de ce concept de pure nature « tous les attributs et tous les privilèges dont jouit notre humanité présente dans son rapport à Dieu », et cela, bien entendu, au détriment de la grandeur de l’ordre du surnaturel, que l’on ne peut plus penser que comme un naturel plus grand ou un super-naturel.Au lieu d'une juxtaposition impossible et qui au surplus entraînerait une dualité de fins naturelle et surnaturelle, il faut penser qu’il y a compénétration du naturel par le surnaturel: « il existe une seule fin [la vision de Dieu] dont, par le fait même, je porte en moi, conscient ou non, le « désir naturel », dit le père (p.82), avec saint Thomas.Mais désir n’est pas exigence; parce qu’un être est posé dans l’existence, il n’est pas dit qu'il dût exister, parce qu’un être est appelé à chercher Dieu, il n’est pas dit qu’il lui revînt de droit de le posséder.Pas de lien nécessaire entre exister et devoir exister, exister et devoir être orienté vers Dieu, être orienté vers Dieu ei devoir l’être, ou être de fait orienté vers Dieu et devoir le posséder.Cependant la négation du droit n’entraîne pas celle du fait, c’est-à-dire, celle de l’appel que Dieu a incrusté dans notre nature, comme la promesse d'un don certain.Avec saint Thomas, le père de Lubac passe de la connaissance du désir naturel à la réalité du don surnaturel — que l’on ne peut atteindre que surnaturellement.La lecture de ce volume se fait assez bien, car c’est pour illustrer une thèse clairement précisée dès le début que l’auteur déroule son érudite enquête historique, qui ne se refuse pas à l’occasion à quelques brèves incursions dans la philosophie contemporaine.Un livre qui s’adresse aux théologiens.le problème de Dieu de j.courtney murray MARC RENAULT, O.F.M.Lors des débats conciliaires sur la liberté de conscience, le nom du P.Murray a souvent « fait les manchettes ».Plus d’un lecteur sera sans doute attiré par cette notoriété, et les éditions du Centurion ont été bien inspirées en offrant la présente traduction française de cet ouvrage 2 du philosophe-théologien américain.La première partie, qu’on pourrait appeler « biblique », va de Moïse aux Apôtres et porte sur la Révélation de Dieu selon la tradition judéo-chrétienne.Dans la seconde partie, l’auteur brosse un tableau de la théologie trinitaire et de la christologie chez les Pères, dans les premiers Conciles Oecuméniques et chez saint Thomas d’Aquin.Cette partie est « théologique », en ce ( 1 ) Henri de Lubac, S.J.— Le mystère du surnaturel.[Paris] Aubier, 1965.300p.22.5cm.(Coll.Théologie, no 64) (2) John Courtney Murray — Le problème de Dieu.De la Bible à l’incroyance contemporaine.Paris, Centurion, 1965.130p.LECTURES / MAI-JUIN PAGE 244 sens qu'il s'agit de croyants qui appliquent leur intelligence à une compréhension du mystère de Dieu.La troisième partie de l’ouvrage analyse le phénomène de l’incroyance et de l’athéisme en partant de la Bible et en prolongeant l’enquête jusqu'à nos athées contemporains.L’ouvrage forme un tout en tant qu’histoire de la croyance en Dieu, avec sa contre-partie, l’incroyance.Croire en Dieu, cela ne va pas de soi.Cela fait toujours « problème », comme le souligne le titre.« C’est en vertu seulement d’un acte original de liberté, la volonté d’athéisme en tant que projet, que la conclusion athéiste a pu apparaître.» Oui, mais alors l’auteur aurait pu montrer avec plus de relief que la conclusion athéiste aussi contient un acte de liberté: reconnaître l’être de Dieu, c’est prendre une attitude pratique et assumer une norme absolue dans l’expansion de la volonté.A la base de la croyance et de l’incroyance, il y a une option.Les argumentations spéculatives pour ou contre l’existence de Dieu sont des efforts pour rendre intelligible notre référence ou notre non-référence à Dieu en tant qu’elle est un fait déjà immanent à l’agir humain.Lorsqu’il est question de l’absolu de l’être, aucun argument intellectuel ne peut forcer l’assentiment, car affirmer l’existence de Dieu, c’est déjà orienter sa liberté.Le seul énoncé des questions qu’aborde le P.Murray montre l’ampleur de son dessein.C’est une gageure que de traiter un sujet aussi vaste en 130 pages.En fait, le P.Murray a voulu s’adresser à un public assez large et lui donner sous une forme brève un exposé aussi clair que possible sans pourtant sacrifier la précision technique.Il y a là un équilibre difficile à tenir.Visiblement, le livre ne s’adresse pas aux spécialistes, mais cela ne signifie pas qu’il dispensera ses lecteurs de tout effort intellectuel.jean-baptiste témoin de l’agneau de j.daniélou ANDRÉ LEGAULT Cet ouvrage du Père Daniélou se situe dans la ligne de ses travaux de théologie de l’histoire.Dans Au commencement, il avait étudié le début de l’Histoire du Salut avec la création du Cosmos.Dans Les saints païens de l’Ancien Testament, dans L'essai sur le mystère de l’Histoire, et dans Le mystère de iA vent, il avait montré les grandes étapes de la manifestation du dessein divin aux différents âges.Avec ce Témoin de l'Agneau 1 qu'est Jean-Baptiste, voici inauguré un nouvel âge du monde, à la limite de l’Ancien et du Nouveau Testaments.L’Histoire positive et le mystère religieux offrent les possibilités d’un étonnant éclairage mutuel.En situant Jean-Baptiste non seulement dans son temps et sa civilisation, mais sur- tout dans ce temps propre du dessein divin, depuis la vocation du Précurseur jusqu'à l’épreuve de son martyre, le Père Daniélou ouvre l’accès à la lecture d’une véritable Histoire Sainte.Par ailleurs, le procédé risque parfois d’entraîner l’auteur en des développements abusifs qui.faute de rigueur exégétique, projettent sur les textes du Nouveau Testament les données d’une théologie postérieure.On en a un exemple dans les développements concernant le Baptême de Jésus par le Baptiste: selon l'auteur, le Précurseur aurait eu alors la révélation de la divinité de Jésus et aurait été ainsi introduit dans le secret de la vie éternelle d’un seul Dieu en trois personnes (Cf.p.99).Cette réserve faite, on aimera retrouver dessinée par le Père Daniélou la figure si attachante du Précurseur, témoin de l’Agneau à la charnière des deux Testaments.études d’évangiles de x.léon-dufour, s.j.RICHARD GOULET, C.S.C.Après l'accueil bien réservé au premier volume de la collection Parole de Dieu, nous attendions l'illustration de la méthode d’approche des Evangiles que l'auteur y avait exposée.Etudes d'Evangile 2 répond à notre attente en présentant neuf études fort approfondies — quoique adressées à des non-spécialistes — sur des textes significatifs des Evangiles synoptiques.Les textes étudiés sont les suivants: la généalogie de Jésus, l’annonce à Joseph, la transfiguration de Jésus, la guérison de la belle-mère de Simon-Pierre, la tempête apaisée, l’épisode de l’enfant épileptique, une étude de structure de Mt 14, 1 — 16, 20, la parabole de semeur et, enfin, la parabole des vignerons homicides.Certaines de ces études étaient parues antérieurement, mais elles ont été complètement refondues, dépouillées de leurs éléments trop scientifiques et unifiées selon un souci pédagogique.Chaque étude est précédée d’un tableau synoptique du passage et pourvue d’un questionnaire d’approche du texte biblique.On connaît sans doute la méthode du P.Léon-Dufour, centrée sur la critique littéraire des Evangiles.Il essaie par la comparaison des textes, de nous situer dans l’évolution historique des divers passages à travers les quelques décades de leur formation littéraire.Il nous invite à retrouver ce cjui a pu constituer le point de départ historique de la pericope, le développement des divers éléments de sa rédaction dans l’Eglise primitive, la succession de la tradition orale et, enfin, leur intégration dans les récits évangéliques, chaque élément recevant la touche de la théologie propre (1) Jean Daniélou — Jean-Baptiste, témoin de l’Agneau, Paris, Editions du Seuil [1964].183p.18.5cm.(2) Xavier Léon-Dufour, S.J.— Etudes d’Evangile.Paris, Editions du Seuil [1965].396p.20.5cm.(Coll.Parole de Dieu).LECTURES /MAI-JUIN PAGE 245 à chaque évangéliste.On avait perçu la perspective particulière à chaque évangéliste derrière l'apparente concordance des Synoptiques, voici qu'on nous révèle la fort complexe évolution des récits dans l’Eglise naissante, l'enchevêtrement des traditions, les diverses colorations théologiques ou catéchétiques.Le P.Léon-Dufour distance considérablement les rédactions évangéliques définitives des événements historiques eux-mêmes: on pourrait craindre une dévalorisation de l’historicité des récits évangéliques.Mais, on retrouve au contraire la personne de Jésus à travers l'expé rience concrète qu’en ont eue les premières générations chrétiennes dans leur vie de foi.Le Jésus de l’histoire, on le découvre dans la foi de l’Eglise qui nous en a gardé les traits.La rigueur de la méthode et la profondeur de l'analyse risque de décourager celui qui n’aborde le livre que pour trouver un facile commentaire de l’évangile du dimanche qui vient.On peut même penser qu'à certains moments l'accumulation des détails de critique littéraire ne va pas sans quelque confusion.Mais l'effort courageux d’une étude personnelle des textes à partir de ces études apportera sa récompense: une pénétration nouvelle du message de Jésus et du mystère de sa personne.la tradition de é.ménard JEAN-CLAUDE PETIT, CSC.Saint Thomas d’Aquin n’a pas écrit de traité sur la Révélation, l’Ecriture ou même l’Eglise.Mais ces réalités sont partout présentes dans son œuvre théologique qu’elles alimentent avec une grande vigueur et une belle cohérence.Le P.Ménard s’est employé, avec une grande maîtrise et, disons-le, avec beaucoup de succès, à dégager de l’œuvre de Thomas d’Aquin ce qu’on appellerait sa doctrine de la Tradition que sa conception de la Révélation, de l’Ecriture et de l’Eglise permet de synthétiser.Ce volume 1 risque peut-être de passer inaperçu, surtout chez nous où l’on n’a pas encore l’habitude de se référer à des théologiens canadiens.Pourtant nous avons là un ouvrage de maître qui s'impose tant par la sûreté de ses analyses que par la force de sa synthèse.Ce volume devrait rendre de précieux services à plusieurs niveaux.D’abord, au niveau œcuménique, l’auteur, en dégageant la pensée de saint Thomas sur le sujet, s’est efforcé de poser le problème de la Tradition dans sa véritable perspective: « La vraie question de la Tradition est celle du mode de présence et du discernement de la règle objective de la foi.» (p.9) Au-delà du conflit Ecriture/ Eglise, il a voulu montrer comment elle est « d’abord l’activité multiforme par laquelle s’effectue la communication continue et homogène de la révélation divine manifestée en plénitude dans le Christ et dans le témoignage apostolique ».(p.230) Le contexte aussi large dans lequel saint Thomas s’est placé est plus qu’une invitation à le suivre; il est avant tout une ferme indica- tion que ce n’est que dans un effort analogue qu’on arrivera à solutionner le « problème ».Le volume du P.Ménard me semble de plus offrir un intérêt particulier à un autre niveau.Il constitue une admirable introduction à la pensée théologique de saint Thomas, parce qu’il dégage nettement l’arrière-plan Je son œuvre, c’est-à-dire, sa conception de l’Ecriture et de l’Eglise.On a souvent l'impression, à lire rapidement saint Thomas, que son œuvre ne s’alimente pas à l’Ecriture et qu elle n'est qu’un bel effort spéculatif historiquement dépassé.Le P.Ménard, au contraire, nous montre comment la réflexion de saint Thomas était profondément « théologique », parce qu’elle est enracinée dans une solide conception de l’Ecriture et de l’Eglise et continuellement nourrie par elle.A un autre niveau enfin, le volume du P.Ménard devrait être d'un précieux secours: il offre une belle analyse de textes majeurs de saint Thomas sur la foi.Il en favorise l'intelligence en montrant les liens qui, chez saint Thomas, unissent la foi à la révélation divine et à sa tradition dans l'Eglise.semences de destruction par t.merton HENRI-PAUL BERGERON Le dernier volume du célèbre maître américain de vie spirituelle, Thomas Merton, est un vibrant plaidoyer pour la paix, rédigé en marge de l'encyclique du pape Jean XXIII Pacem in terris.Le titre Semences de destruction 2 est bien significatif de la préoccupation de l'auteur qui s'acharne à combattre spécialement chez ses concitoyens une mentalité pessimiste qui les incite à considérer la guerre comme un mal inévitable dans lequel on se laisserait glisser par une sorte de vertige.Certains moments, l’auteur se laisse emporter par l’éloquence de son plaidoyer au point de sembler soutenir que jamais en aucun temps, en aucune circonstance une guerre n’a pu être juste ni objectivement ni subjectivement.Soutenir qu’à l’heure actuelle les conditions théoriques d’une guerre juste ne peuvent jamais se vérifier, qu’il ne saurait y avoir de raisons proportionnellement graves qui légitimeraient un recours à la force ou qu’il y a toujours une possibilité de rétablir le droit par des moyens pacifiques, qu’il faut en conséquence faire une croisade pour convaincre l’humanité de ne jamais recourir à la guerre, n’est pas du tout la même chose que de condamner toute opinion philosophique et théologique disant que dans certaines circonstances bien déterminées la force peut être utilisée avec la seule intention de rétablir la ( 1 ) Etienne Ménard — La tradition.Révélation — Ecriture — Eglise selon Saint Thomas d’Aquin.Paris, Desclée de Brouwer, 1964.272p.24cm.(Coll.Studio, no 18) (2) Thomas Merton — Semences de destruction.(Seeds of destruction).Traduit de l’américain par Marie Tadié.Paris, Albin Michel [1965].164p.20cm.LECTURES /MAI-JUIN PAGE 246 justice.L’auteur prend à partie saint Augustin pour avoir soutenu: « La charité n’exclut pas les guerres miséricordieuses menées par les bons.» Partant du fait qu’on a pu s’illusionner sur la justice d’une cause ou la valeur d'un droit (p.63), l’auteur conclut: « Augustin devient ainsi l’ancêtre lointain des Croisés et des Inquisiteurs ».Il met cependant une sourdine à son affirmation en avouant que la doctrine augustinienne n’est pas totalement absurde mais qu'à l'heure actuelle on doit la jeter à la ferraille.Le passage vaut la peine d’être cité, paroc qu’il est typique de la façon oratoire dont l’auteur discute des problèmes théologiques qui exigent le rappel constant de subtiles distinctions sous peine d’engendrer la confusion: « Naturellement lorsque nous lisons Augustin, et que nous voyons les limites qu’il impose aux soldats chrétiens et la stricte ligne de conduite qu’il leur trace, nous comprenons que la théorie de la guerre juste n’était pas complètement absurde, et qu’elle pouvait se concevoir à des époques moins destructives que la nôtre.Mais les disciples modernes de saint Augustin et leurs nia nœuvres désespérées pour empêcher la doctrine des guerres justes d’être reléguée dans un musée ou jetée à la ferraille nous étonnent.Au nom du « réalisme ».c’est-à-dire, pour garder une nuance convenable, de pessimisme augustinien lorsqu’il s’agit de l’homme tombé, ils plongent dans une ambivalence dont l’ignorance technologique de son époque ignorante a heureusement préservé Augustin ».(p.64) Il se peut que le traducteur ait trahi la pensée de l'auteur; on aimerait voir traiter un sujet théologique avec plus de rigueur et l'on éprouve à cette lecture la nostalgie du maître de la morale internationale F rançois de Vitoria.L’auteur tente de distinguer sa position du pur et simple pacifisme, qu’il condamne d’ailleurs en termes rigoureux; il prétend se rattacher à la position eschatologique optimiste des premiers pères de l’Eglise.Quoiqu'il en soit de notre désir de voir l’auteur apporter des nuances plus précises dans son exposé, nous ne pouvons nier que son vibrant plaidoyer pour la paix s’impose et nous devons lui souhaiter la plus large diffusion possible.Thomas Merton par Semences de contemplation a réussi à mettre à la mode dans un large public la vie spirituelle; par Semence de destruction, il rappelle à tous la charité chrétienne comme antidote du vertige de la violence qui engendre les guerres et les séditions.le zen, chemin de l’illumination de h.m.lassalle, s.j.R.LÉGARÉ, O.F.M.Après avoir communiqué à l’Orient ses conquêtes dans les domaines de la science et de la technique, l’homme occidental, plongé dans l’agitation permanente et le bruit du monde moderne, se tourne main- tenant vers lui pour lui demander des méthodes de sérénité et de recueillement intérieur.Des cercles de plus en plus larges s’intéressent déjà en Occident aux disciplines nouvelles qu’offrent le Yoga et le Zen.Une analogie se révèle entre l’ascèse du Zen et l’oraison pratiquée par certains ordres religieux.Jésuite allemand qui a longtemps vécu au Japon, le Père Lassalle a voulu pour mieux comprendre l’âme japonaise, s’initier au Zen *.Il retrace son expérience et montre l’influence de cette discipline sur sa vie religieuse.Son but, c’est d’exposer les aspects positifs de la méthode Zen.Celle-ci, par exemple, est « un moyen excellent pour se détacher de ses pensées habituelles et se recueillir vraiment, intérieurement » (p.105).Elle permet d’utiliser jusqu’au bout des forces naturelles, les puissances de l’esprit humain, créées par Dieu, pour une meilleure prière, pour une approche même de la contemplation.Car l’illumination, à laquelle conduit le Zen, c’est l’intuition de l’être, l'expérience vécue de l’absolu et de l'illimité, l’union du moi avec le tout et la nature.Le récit de l’expérience du P.Lassalle rejoint le témoignage de Dom Déchanet, l’auteur de La voie du silence et du Yoga chrétien en dix leçons.Comme dans ce dernier ouvrage, la présentation du Zen comporte des indications pratiques qui permettent au lecteur de se familiariser avec cette méthode.teilhard de chardin de n.a.luyten JEAN GODIN A partir de certains textes de Teilhard de Chardin — dont 1 Avertissement à son livre fondamental, Le Phénomène Humain — le père Luyten poursuit deux objectifs tout au long de son opuscule -: démontrer d’abord que Teilhard, malgré le fait qu’il se considérait avant tout comme un homme de science et qu’il tenait à définir son œuvre comme étant un ouvrage scientifique, a inconsciemment mis le pied dans un domaine réservé à la philosophie, puisque son hyperphysique se rapproche de la physike des Grecs; ensuite, montrer qu'une faille s’est glissée dans la démarche expérimentale de Teilhard, puisqu’il traite les problèmes de méthode de manière intuitive et que, par ce fait, on ne peut accepter son postulat fondamental d’une unité absolue du réel reposant sur la primauté de la pensée dans l’évolution.Spécialiste des relations entre la philosophie et la science, le père Luyten est bien placé pour discuter de ce problème controversé.Son essai qui est clair, logi- (1) H.M.Lassalle.S.J.— Le Zen, chemin de l’illumination.Bruges Desclée de Brouwer 1965.158p.19cm.(2) N.A.Luyten, O.P.— Teilhard de Chardin.Nouvelles perspectives du Savoir — (Conférences faites dans le cadre de la Chaire Cardinal Mercier à l’Institut Supérieur de philosophie de l’Université de Louvain).Fribourg, Editions Universitaires [1965].68p.18cm.LECTURES /MAI-JUIN PAGE 247 que, probant par moments, apportera sûrement des éléments de réflexion à ceux qui essaient de cerner la pensée du célèbre Teilhard de Chardin.psycho-sociologie du travail de pierre jaccard HENRI BERNARD Depuis quinze ans Pierre Jaccard, professeur à l’Université de Lausanne, s’est donné pour tâche de démontrer la complémentarité de l'instruction et du travail1 comme facteurs de progrès social.Son récent ouvrage résume fort bien les arguments à l’appui de cette thèse.L’auteur, en tirant les conséquences d’une étude fonctionnelle du travail, donne la réplique aux prophètes de malheur qui veulent voir dans l’automation la fin de la « civilisation du travail » et l’entrée dans une ère de chômage de plus en plus prononcé.Mais si les conditions et les formes du travail ont évolué dans le passé et sont appelées à se transformer davantage avec l’accélération des progrès techniques, les trois raisons d’être fondamentales du travail — à savoir, que l’homme puisse subsister, coopérer et créer — ne sont pas près de disparaître.Ce bouquin aura eu le mérite, entre autres, de désamorcer un faux problème qui passionne nombre d’économistes et de sociologues français: Demain — civilisation du travail ou civilisation du loisir ?.Méprise que de poser un tel problème, remarque l’auteur; le travail s’oppose à l’oisiveté et non au loisir.Du reste, le travail est activité cependant que le loisir est un « état dans lequel il est permis (d’une liberté relative) de faire ce qu’on veut » et donc d’étudier, de travailler autant que de jouer.Pierre Jaccard plaide donc pour une notion élargie du travail, et cela dans la tradition des auteurs nordiques ou anglo-saxons.« Werke (en allemand) et Works (en anglais) s'appliquent à la fois aux écrits du poète et aux entreprises de métallurgie.» C’est un mauvais service qu’a rendu à l’humanité la langue française au XVe siècle en dérivant le mot travail de l’odieux vocable latin tripalium qui connaît une souffrance imposée, alors qu’il s’agissait de désigner la forme la plus noble de l’effort humain.Ce qu’il peut y avoir de servile, d’avilissant et de rebutant dans le travail vient des conditions du travail et non de sa nature vraie, selon l’auteur.L’ambivalence du travail concret, peine et joie, contrainte et libération, peut être sensiblement ré- duite en faveur de la joie et de la libération, par les progrès techniques et l’automation en particulier qui par contre apportent des exigences nouvelles: nécessité d’une instruction et d’une foimation professionnelles polyvalentes permettant la reconversion des travailleurs vers le secteur tertiaire (services non-manuels) au fur et à mesure des progrès de l’automation.L’apport incontestable de ce livre sur le travail, à notre avis, est d’avoir mis en relief les fonctions économique, sociale et psychologique du travail, pour ensuite démontrer que même au sein d’une ère d’automation on retrouvera le travail; car de toutes les activités de l’homme, le travail entendu dans un sens large qui en inclut toutes les formes (et pas simplement l’activité professionnelle — ce qui est une erreur de définition), reste seul à mériter le qualificatif de fondamental dans la vie de l’homme.la personnalité de l’enfant de robert muchielli BERTRAND BADEAU Le simple bon sens ne suffit plus à la tâche éducative: il est trop riche de sa suffisance étroite et de ses solutions-recettes.La compétence s’impose et semble bien voulue, d’ailleurs, par ceux qui y ont engagé tout leur cœur.L’ouvrage de Robert Muchielli, au titre semblable à tant d’autres, soit: La personnalité de l’enfant -, n’en est pas moins au-dessus d’un grand nombre.On y voit expliquer de façon précise, succincte et satisfaisante, les périodes sensibles, les moments plastiques de la construction de la personnalité autour desquels gravitent toutes les autres incidences de la vie de l’enfant et de l’adolescent.L’auteur dévoile devant nos yeux les différents mondes successifs de l’être en croissance et permet ainsi à l’adulte de se situer correctement devant lui.Les quelques attitudes pédagogiques exposées ici et là s'avèrent des modèles précieux.Mais l’essentiel, c’est qu’il se découvre dans ces pages une tournure d’esprit qui pourrait faire le profit du lecteur lui-même, parent ou éducateur engagé dans des situations de vie aussi originales que distantes de ( 1 ) Pierre Jaccard — Psycho-sociologie du travail.[Paris] Payot, 1966.(Collection Etudes et Documents Payot).181 pages, 22cm.(2) Robert Muchielli — La personnalité de l’enfant.Les Editions Sociales Françaises [1964], 195p.LECTURES/MAI-JUIN PAGE 248 celles retenues par les livres.C’est ici, à mon sens, le plus bel apport du livre: la formation du jugement de l’éducateur appelé à créer des solutions circonstanciées.Outre une présentation agréablement dégagée, la phrase coulante et le vocabulaire simple en font une lecture aisée.On notera le souci de Muchiclli d’aider le lecteur, avant de revenir à un élément de la personnalité au seuil d’un nouveau progrès, par une brève mise au point sur son développement antérieur et postérieur.Enfin, les parents profiteront « quotidiennement » des réflexions qu’ils auront rencontrées dans ce livre.Cependant le prix de cette « lumière » sera le surcroît d’exigences dont ils auront senti l’appel.C’est un livre qu’il ne faut pas emprunter et qu’on ne prête pas aisément: car, on le garde pour y revenir plus d’une fois.l’enseignement des lettres et la vie de jean onimus ANDRÉ MELANÇON Au moment où l’on parle avec abondance de réforme de l’enseignement, où les directives du Rapport Parent sont discutées ou appréciées dans les colonnes de tous nos journaux, il est réconfortant de savoir qu'un professeur de carrière, M.Jean Onimus \ dont la pensée reste toujours vigoureuse et saine, livre ses réflexions sur le métier du professeur de lettres.L’auteur s’adresse à un collègue et semble dialoguer avec lui tout au long du cheminement qui le conduira jusqu'à l’Université.Il veut lui prouver que le professeur de lettres ne peut l’être véritablement que si son enseignement rejoint la vie et les préoccupations majeures de ses élèves, qu’on a trop facilement tendance à traiter de cancres et de paresseux, alors que c’est 1’ « enseignement qui est mal adapté aux circonstances.» (p.34) Il y a, d’après Jean Onimus, deux écarts que le professeur de lettres doit éviter: au niveau inférieur, ne jouer que le rôle de répétiteur, en vue d’un bachotage quelconque; et au niveau supérieur, devenir un savant et un érudit, qui a perdu contact avec la vie réelle, pour ne s’occuper que d’un coin très spécialisé de la chose littéraire.« Qu’est-ce que l’enseignement littéraire ?Une vénérable tradition scolaire ?Une indispensable ini- tiation à l'humain ?Un exercice de critique littéraire et esthétique ?Un contact avec l’âme d’une nation et la conscience d’une époque ?Un assouplissement de la sensibilité et de l’imagination ?Un chapitre du cours d’histoire ?Ou un cours de psychologie ?Ou un cours de morale ?Sans doute est-ce tout cela à la fois.* (p.135) Comme on le voit, le métier exige beaucoup du professeur de lettres, dont la matière ne peut rejoindre la plupart des élèves, qui ne sont pas préparés aux nuances du goût et de la beauté, alors que les matières scientifiques ne réclament, à ce stage, que de l'intelligence et du travail.Ce professeur doit donc y mettre toute son âme et tout son cœur.Il doit s’engager totalement, tout en respectant la liberté de ses disciples, les amener à reconnaître les beautés littéraires en renouvelant sans cesse sa propre admiration des textes majeurs, leur montrer combien les problèmes traités par les grands auteurs sont intemporels et éternels, et rejoignent par le fait même les inquiétudes et les obsessions des étudiants auxquels il s’adresse et avec lesquels il accepte de dialoguer.Et pour qu’il y ait échange et dialogue, il faut de l’amour.« La règle d’or, c’est d’aimer ses élèves.» (p.111) Le professeur doit même aller jusqu’à la défaite devant les découvertes de ses élèves: « Vous ne vous imposez déjà que trop; donnez-leur plutôt la victoire, qu'ils prennent ainsi confiance en leurs forces et qu’encouragés par vous ils créent eux-mêmes sous vos yeux.» (pp.112-3) Nous pourrions multiplier les citations pertinentes de cet opuscule.Et nous ne saurions mieux faire que de le recommander fortement à tous les professeurs de littérature qui s’interrogent sur leur métier, ainsi qu'aux milliers d'aspirants à la carrière qui se préparent dans nos Ecoles Normales ou dans nos Universités.Ce livre sera pour eux un vade-mecum indispensable.chagall ou l’orage enchanté de r.maritain H.-P.BERGERON Nouvelle susceptible de ravir tous les amateurs d’art, les éditions Desclée ont réédité en 1965 le très (1) Jean Onimus — L’enseignement des lettres et la vie.Paris, Desclée de Brouwer [1965].144p.18.5cm.$2.05 LECTURES /MAI-JUIN PAGE 249 bel album que Raïssa Maritain publia en 1948 sous le titre: Chagall ou l’orage enchanté1.L’israélite russe Marc Chagall apporta la contribution de son génie pictural à la prestigieuse école artistique de Paris, qui rénova complètement la peinture mondiale dans la première moitié du vingtième siècle.C’est à cet artiste que le créateur de la nouvelle critique d’art André Malraux confiait récemment au nom de la France le soin d’exécuter de grandes fresques dans la voûte de l’Opéra de Paris.Son art inimitable, qui dans la féérie des couleurs mélange le rêve et la réalité, nous est rendu présent dans cet album par une centaine d'illustrations dont plusieurs sont en couleurs.Les courts poèmes et les considérations de critique d’art que Raïssa Maritain consacre à la vie et à l’œuvre de Chagall manifeste que cet écrivain unissait des dons d’artiste à sa science philosophique.C’est à juste titre qu’elle peut affirmer: « Les caractères plastiques de son œuvre, de même que la poésie et la spiritualité qui en émanent, apparentent Chagall aux grands primitifs.».Mais plus que l’effort pour analyser l’esthétique de Chagall, ce sont les courts poèmes à la louange de l’artiste qui raviront le lecteur, en exprimant en beauté les sentiments qu’il éprouve devant cet album reproduisant les inoubliables chefs-d’œu-vres de Chagall, dont plusieurs peuplent les musées d’art moderne de New York et de Paris: CHAGALL Chagall est venu à grands pas De la Russie morose Il a dans sa besace Des violons et des roses Des amoureux plus légers que des anges Et des mendiants en redingote Des musiciens et des archanges Et des synagogues Il a des prés et des villages Qui chavirent dans l’orage Des cabarets des bals des belles Des fenêtres dans l’arc-en-ciel.la face humaine de p.emmanuel R.LÊGARÉ, O.F.M.homme, L’Ouvrier de la onzième heure, La nouvelle naissance, Le goût de l’Un), qui traduisent l’itinéraire d’une âme.C’est un poète et un chrétien.Après avoir, dans le passé, ressenti comme divergents ces deux pôles de sa personnalité, il les veut maintenant, lors de la cinquantaine, non seulement complémentaires mais identiques, le verbe et le Verbe n’ayant à ses yeux de raison d’être que l’un par l’autre, l’un pour l’autre.La mission du poète, c’est d’être « un lieu du rapport entre l’intimité et la hauteur de Dieu [c’est-à-dire entre les deux aspects essentiels de Dieu: « le tout intime » et « le transcendant »] et, dans son verbe humain, le réflecteur et le reflet du Verbe » (p.19).Tel est le sens général du très remarquable essai qu’il nous donne sous le titre, La face humaine 2.Ce livre est consacré à « la gloire de croire».Son but « n’est pas de donner je ne sais quelles règles d’une poésie qui se dirait « religieuse », mais de montrer quel mode d’adoration prolonge logiquement la poésie.Louange adressée à l’Ouvert, ce livre est lui-même un acte d’adoration mené de son début à son terme » (19).L’auteur réhabilite d’abord le poète en face de ceux qui verraient en lui un excentrique, un asocial; car, dans la perspective utilitaire d’une époque de production et de consommation, la gratuité de la poésie apparaît d’une inanité enfantine et scandaleuse; en notre dite « civilisation du travail », le poète passe pour une « bouche inutile », il se sent désormais, comme dit un autre poète moderne de France, « inutile pour ceux qui cultivent les champignons atomiques ».Est-ce un métier que d’être poète ?Non, mais une fonction « dans un univers dé-sâmé » (p.132); le poète n’est pas une bouche inutile, mais une bouche, laquelle n’est pas faite seulement pour manger.A vrai dire, le poète n’a pas besoin de réhabilitation, puisque l’univers n’est pas tout entier dans les choses visibles et que le poète achemine l’âme vers la transcendance, en différentes étapes qui vont du poète lui-même à l’homme et au saint, pour boucler par l’artiste ouvert à la Présence.Cet essai glorifie « le Verbe incarné — la face humaine telle que Dieu la conçoit, et qui contient en son abîme toute singv’arité possible de l’homme, toute image humaine de i>ieu, toute personne » (p.274).Il offre des pensées profondes et originales sur la louange, l’amour, sur la valeur de la parole humaine, les rapports de la prière et de la poésie, la genèse et la finalité de l’activité poétique.Au milieu d’un langage de philosophe-poète, s’échappent parfois des élans de ferveur bonaventurienne.Pierre Emmanuel (Noël Mathieu, pour l’état civil) s’est fait connaître par des recueils poétiques (Elégies, Tombeau d’Orphée, Le Poète et son Christ, Babel, etc.) qui transmettent le message d’un christianisme revivifié, et par des essais (Qui est cet (1) Raïssa Maritain — Chagall ou l'orage enchanté.[Bruges] Desdée de Brouwer [1965].196p.ill.24.5cm.Relié.(2) Pierre Emmanuel — La face humaine.Paris.Editions du Seuil [1965].282p.20.5cm.LECTURES/MAI-JUIN PAGE 250 La face humaine présente une profession de foi en même temps qu’une apologie du poète.Qu’on n’y cherche pas une esthétique profane.Dense et difficile, plein de réflexions et d’expériences personnelles, ce livre requiert une attention ardente; mais il en vaut la peine.C’est un de ces ouvrags qui font progresser le débat entre la religion et la littérature.camus révolte et liberté de j.majault H.-P.BERGERON L’écrivain français Joseph Majault vient de publier une brève étude sur la vie et l’œuvre d’Albert Camus l.En quelques pages, l’auteur parvient à dégager les caractères essentiels de l’itinéraire spirituel dont les étapes furent soulignées surtout par Le Mythe de Sisyphe, L’homme Révolté et La Chute.A la passion de l'absurde et l’exaltation de la révolte égoïste succédèrent la critique des révoltes insoucieuses de la justice et la justification de l’idéal de dévouement et de solidarité des héros de La Peste.La Chute remettait en cause l’idéal stoïcien et semblait l’indice d’un nouveau départ spirituel, que la mort tragique de l’illustre écrivain laissa sans lendemain.L’auteur commence par dégager l’élan qui anime cette évolution spirituelle: « De l’absurde à la révolte, de la révolte à la solidarité, l’œuvre de Camus manifeste, contre le non-sens du monde et de la condition humaine, en faveur de l’homme et des efforts qu’il tente pour s’élever au-dessus du sort qui lui est imposé ».(p.11) Après avoir étudié le thème de l’absurde dans les premières œuvres de Camus: Sisyphe, Le Mythe de Caligula, Le Malentendu, l’auteur analyse celui de la révolte dans La Peste et L’homme révolté.La troisième étape de l’évolution spirituelle de Camus reçoit son titre du groupe de nouvelles L’Exil et le Royaume.En présence de ces récits pessimistes et du roman La Chute, l’auteur se demande si Camus n’en est pas venu à renier son idéal de sagesse.Il semble faire trop de concessions aux adversaires de Camus lorsqu’il compare son idéal à celui de Gisors dans La Condition humaine, qui « se retire dans sa chambre pour méditer, sensible encore certes aux bruits et aux passions du monde, déchiré par l’écho des luttes et des combats.mais déjà prisonnier de sa solitude.» (p.139).Le critique Pierre-Henri Simon a su discuter avec beaucoup de nuance les accusations que Sartre et cer- tains de ses disciples ont portées contre l’auteur de L'homme Révolté.L’étude se termine avec une brève considération, qui me semble assez juste, au sujet du scepticisme de Camus.On pourrait cependant se deijiander si certains critiques n’ont pas raison de découvrir dans les toutes dernières œuvres de Camus des indices de préoccupation religieuses.Cette trop brève étude de Camus laissera le lecteur sur son appétit.Elle peut tout au plus servir d’introduction à la lecture de l’œuvre en vue d’un approfondissement ultérieur.chateaubriand par lui-même de v.-L tapié IEAN-M.BARRETTE « Je veux être Chateaubriand ou rien », s’écriait à quatorze ans le grand Victor Hugo.Quel adolescent n’a pas senti un jour, dans sa vie, le mystérieux mal de René?Quelle adolescente n’a pas rêvé de l’innocente pureté d’Atala ?Quel esprit, quel cœur n’a pas vibré au charme envahisseur du vieux Combourg?Et pourtant, combien n’ont gardé du grand Enchanteur qu’un vague souvenir morose de collège ! Le nom seul de Chateaubriand impose respect et admiration: l’œuvre par contre, largement méconnue, ne reçoit pas toujours une juste appréciation.Le livre de Victor Tapié ouvre de nouveaux horizons à la critique de Chateaubriand.En historien lucide, dans un style alerte, l’auteur trace du Pontife du Romantisme un portrait vivant, agrémenté des multiples facettes du poète, de l’homme religieux et du politique engagé dans i’action.Chateaubriand par lui-même2 comble un vide dans la collection Ecrivains de toujours: d’une indéniable qualité, cette monographie critique devient une source indispensable et un outil précieux pour l’étude du romantisme français.( 1 ) Joseph Majault — Camus.Révolte et liberté.[Paris] Editions du Centurion [1965].158p.ill.(h.-t.) 18cm.(Coll.Humanisme et religion).(2) Victor-L.Tapié — Chateaubriand par lui-même.Paris, Editions du Seuil [1965].189p.ill.17.5cm.(Coll.Ecrivains de toujours, no 71).LECTURES/MAI-JUIN PAGE 251 écrivains américains prendre un contact judicieux avec la littérature américaine d’aujourd’hui, dans le texte original ou en traduction.d’aujourd’hui de pierre brodin ANDRÉ MELANÇON Pierre Brodin dont l’œuvre critique a, pour une partie, été publiée à Montréal au cours de la dernière guerre, s’est toujours intéressé à la littérature américaine, puisqu’il faisait paraître, dès 1937, une étude sur le roman régionaliste américain.Mais depuis qu’il professe aux Etats-Unis, particulièrement à l’Ecole Libre des Hautes Etudes de New-York, il est devenu, parmi les Français, l’un des connaisseurs les plus avertis de tout ce qui s’écrit chez nos voisins d’outre-frontière.Et comme nos notions touchant la littérature américaine de nos jours sont souvent plus que rudimentaires, les monographies que nous présente Pierre Brodin sur seize hommes ou femmes de lettres marquants de la génération contemporaine viennent heureusement combler ce vide.Tous ces écrivains n’ont pas acquis la même notoriété, et certains d’entre eux restent encore inconnus du grand public.Mais il semble bien, après la lecture de ces études, que chacun de ces romanciers ou conteurs méritait la place qu’on lui a réservée.En voici la liste: James Baldwin, Saul Bellow, Truman Capote, Ralph Ellison, James Jones, Norman Mailer, Bernard Malamud, Carson Mc Cullers, Anais Nin, Flannery O’Connor, James Farl Powers, Philip Roth, Jerome D.Salinger, William Styron, Harvey Swados et John Updike.Dans son introduction, Pierre Brodin nous avertit qu’il a choisi ses auteurs parmi ceux qui sont « nés après 1914 ».Il s’agit donc d’une génération d’écrivains qui sont les successeurs des quatre grands: Hemingway, Faulkner, Steinbeck et Dos Passos.Sont-ils dignes de leurs aînés ?Le critique n’ose pas se prononcer de façon catégorique, mais il laisse percer une opinion franchement optimiste, qui nous rassure à propos de la relève.Comme ces auteurs sont encore jeunes, la plupart d’entre eux n’ont pas produit une œuvre vraiment considérable.C’est ce qui a permis à Pierre Brodin de les cerner et de les situer de façon très claire, de sorte que nous connaissons leurs tendances fondamentales respectives, les grands thèmes qu’ils ont exploités, et même les sujets de leurs principaux écrits.Et comme bon nombre de ces romans ou de ces recueils de contes ont été publiés en langue française, nous pourrons facilement, à l’aide de ce volume, nous établir un choix personnel, qui nous permettra de Le tout est accompagné d’une chronologie des œuvres, d’une bibliographie substantielle et de seize photos hors-texte.oeuvres pré-posthumes de r.musil HENRI ROBERGE Les éditions du Seuil publient la traduction française d’un volume de l’écrivain allemand Robert Musil, intitulé de façon humoristique: Oeuvres-pré-posthumes -.Dans l’avant-propos, l’auteur explique que dans le désir d’éviter cette espèce de liquidation que constituent les œuvres posthumes, il a décidé de publier les siennes de son vivant.Il s’agit de trois séries de textes groupés sous les titres suivants: Images, Considérations désobligeantes, Histoires qui n’en sont pas.Les Images sont de petits contes humoristiques de choses, d’animaux ou d’hommes; on dirait des fables dépourvues de l’appendice d’une moralité explicite.Le papier tue-mouches, Vile aux singes, les deux premières fables de la série sont des chefs-d’œuvre dignes du grand fabuliste.Considérations désobligeantes attaquent de leur fine ironie les littérateurs, les « picturateurs », les psychanalistes et bien d’autres encore.Il suffit de citer un paragraphe pour donner une idée du genre: « Aux yeux de leurs contemporains, les peintres et les écrivains commencent toujours par être seulement « ceux qui ne peuvent pas faire » ce que font aisément les littérateurs et les picturateurs.C’est pourquoi tant de littérateurs arrivent à se prendre pour des écrivains, tant de picturateurs pour des peintres.La différence n’apparaît d’ordinaire que lorsqu’il est trop tard.Déjà est survenue, en effet, une nouvelle génération de « rateurs » qui savent déjà faire ce que le peintre et l’écrivain viennent à peine d’apprendre.» (p.87) Les histoires qui n’en sont pas sont des cadres dans lesquels l’auteur continue de manifester son esprit satirique.C’est un portrait bien amusant que celui du gringalet, friand de chroniques sportives, occupé tout le jour de préoccupations de culture physique: « A la fin de ces journées si bien employées, quand il allait se coucher, il écarquillait une dernière fois simultanément tous les muscles sur lesquels il pouvait agir; il se trouvait alors couché dans sa propre musculature comme un morceau de viande dans les serres d’un rapace, jusqu'à ce que, ( 1 ) Pierre Brodin — Ecrivains américains d’aujourd'hui.Paris, Nouvelles Editions Debresse, 1964.219p.ill.(h.-t.) 21.5cm.(Coll.Présences contemporaines) (2) Robert Musil — Oeuvres pré-posthumes.Traduit de l’allemand par Philippe Jacottet.Paris, Seuil [1965].189p.18.5cm.LECTURES / MAI-JUIN PAGE 252 la fatigue l'envahissant, la prise se relâchât et le laissât choir à la verticale dans le sommeil.» (p.130) Bref, un livre sans prétention, finement écrit, qui amusera le lecteur.la procession de alfonso grosso HENRI-PAUL BERGERON Les éditions du Seuil ont publié en 1964, sous le titre La Procession *, la version française d'El Capitore, œuvre du romancier espagnol Alfonso Grosso.Il s’agit sans doute d’un document précieux pour inspirer un film néo-réaliste sur la condition misérable des travailleurs espagnols, mais c’est surtout une parabole admi rablement développée de la passion du Sauveur.Les romans typiques de notre époque qui veulent symboliser le côté tragique de l’existence humaine se bornent la plupart du temps à montrer le caractère absurde de la souffrance et de la mort, tandis que l’œuvre inspirée de l’existentialisme chrétien tente d’exprimer le mystère de la souffrance humaine dans la perspective de celle du Sauveur des hommes.Les vues surnaturelles, loin de faciliter la tâche de l’artiste créent de nouvelles difficultés qui permettent d’atteindre parfois une profonde densité spirituelle, comme nous le constatons chez des maîtres tels que Georges Bernanos et Graham Green ou chez certains disciples tels que Jean Sulivan ou Alfonso Grosso.Selon le procédé habituellement employé au cinéma, Alfonso Grosso commence son roman par une séquence préparatoire au dénouement pour nous ramener brusquement au début de l’action.Il ne s’agit pas ici d’une simple convention mais d’une nécessité pour donner au récit toute sa densité spirituelle dès le point de départ.Toute l’action se trouve ainsi encadrée entre deux moments de la procession du Vendredi-Saint dans les rues de Séville.Sous le lourd échafaudage au sommet duquel est dressé le Christ en croix, soixante pauvres, cachés par des tentures, s’avancent d’un même pas: « Les soixante paires d’épaules, les soixante cous, les soixante gorges se tendirent en un seul effort pour que la marche puisse reprendre.L’un des porteurs sentit une saveur douceâtre envahir sa bouche.Il avait la tête vide et subissait le tourbillon des souvenirs lointains et fanés où se mêlaient l’olivier, le maïs, le blé tendre et le beau riz des sillons de l’Isla.Il toussa deux fois et se colla comme les autres au plancher du paso pour aider à lever le Christ en croix en direction de la cathédrale.» Le récit commence sans que nous sachions le nom de cet homme qui chancelle sous le poids de la croix en subissant le tourbillon des souvenirs lointains et fanés.Peu à peu nous devinons qu’il est le dixième d'une équipe de moissonneurs saisonniers du nord de l'Espagne qui viennent travailler pour un salaire de famine dans les rizières du Sud.Il est un numéro parmi ces dix de l’équipe, parmi ces dizaines de milliers de sous-prolétaires, honteusement exploités, sans instruction, sans protection contre l'injustice; il se réduit à une fiche pour l’employeur, le gendarme, le gardien de prison ou le juge; il est pourtant l’un de ces pauvres que le Christ identifie à lui-même en affirmant que tout ce qu’on leur fait, c’est à Lui-même qu’on le fait.C’est à dessein que l’auteur nous indique à peine les traits et le caractère de ce pauvre que l’injustice aveugle de l’homme configurera de plus en plus au Sauveur.Mais le symbolisme tout en étant transparent n’est pas appuyé et le récit nous intéresserait même dépouillé de son sens spirituel.Le héros du roman est désigné à notre attention lorsqu’il est faussement accusé de vol par une femme dont il a repoussé les avances.Arrêté, questionné, il doit répéter ce que nous découvrons inscrit sur la dixième fiche d’identité de l'équipe des travailleurs de la rizière: Jean Rodriguez Lopez, célibataire, 26 ans, natif d'Ecija.Ecroué pendant des mois dans une prison insalubre, il contracte la tuberculose.On le congédie sans même lui dire qu’on a reconnu son innocence.« Il se dirigea vers la ville de son pas fatigué de vagabond, un goût de sang dans la gorge, sans comprendre, sans se poser de questions.» Chômeur à Séville, il est engagé comme porteur pour les processions de la semaine sainte dans les rues de la ville.Nous assistons alors à la suite de la séquence qui précédait l’évocation « des souvenirs lointains et fanés: Il tomba, face contre terre.Derrière lui, les hommes sur six rangs, écrasèrent son visage, sa poitrine, ses bras et ses jambes, ses yeux et son cœur, sans comprendre que leurs espadrilles ne foulaient plus le sol mais le visage d’un homme mort, alors qu’ils soutenaient le Christ qui de ses bras ouverts semblait étreindre la ville.* C’est la page entière de ce dénouement inoubliable qu’il faudrait citer.les lieux inhabitables de d.oster HENRI-PAUL BERGERON L’écrivain français 1 2 Daniel Oster emprunte le titre de son premier roman à une phrase de Montesquieux: « Il y a de certains lieux sur la terre inhabitables.» Il s’agit des confidences d’un demi-juif athée qui manifeste un dégoût pathologique pour les lieux et les hommes.La lecture devient fastidieuse de ces grinche-ries maladives d’un misanthrope bêtifiant lorsqu’on n’v sent pas sourdre une révolte qui est l’expression en creux d’une recherche de l’absolu.Une seule phrase dans tout le volume pourrait laisser entendre que l’ennuyeux personnage veut s’arracher à l’enlisement: « Quelque chose m’accapare.Je voudrais que ce fût (1) Alfonso Grosso — La procession.Roman.Traduit de l’espagnol par Gisèle Vcntajou.Paris, Editions du Seuil (1964).221p.18.5cm.(Coll.Méditerranée) (2) Daniel Oster — Des lieux inhabitables.Roman.Paris, Editions du Seuil [1964J.186p.19cm.LECTURES/MAI-JUIN PAGE 253 Dieu, cet Occupant, ou quelque passion, mais non, ce n’est rien, c’est moi.» (p.20) Le ton habituel reflète un esprit anormal qui inspire la pitié: « Je ne saurais dire si j’aime quiconque, à part un lieu très plat, très pur, où aussitôt l’invité perd son importance; c’est là toute ma préciosité.Mon seul recours contre ce monde est donc de le prendre de haut.Ou, quelquefois, en traître.Faire faux bond, donner le change, décevoir une espérance, sont peut-être les seules occupations qui puissent encore me donner le sentiment de ma propreté.Le contraire de cela, c’est vivre.Le pire, c’est de parler.* (p.162) C ette misanthropie chronique s’explique par une enfance malheureuse: « Il y a ce qu’on appelle ma paix intérieure, qui est une plaie et ma plaie, qui est la paix.J’ai dû être blessé très tôt.Parler avec quelqu’un me fait souffrir comme une plaie qui se rouvre lors d’un effort inconsidéré.Ma paix est faite de guerre rentrée.» (p.164) Pour apprécier ce livre, il faut accepter la convention littéraire de l'auteur qui s'applique à rédiger les confidences d’un homme qui donne à son style « quelque chose d’un mort.sur le plancher de sa cellule, tranquille, indifférent, avec une façon bien à lui de ne pas rechercher l’assentiment », qui voit sa vie comme une nécrologie au fond blanc comme un amoureux transi et peu doué, à la forme toute noire, rien que des lignes méchantes qui font des ombres, qui dressent des frontières très hautes.Je ne crois pas que l’athéisme hargneux du personnage, son absence de sens moral, sa malveillance à l’égard de la religion, son mépris de l’amour, puissent avoir une mauvaise influence sur un lecteur normal.Il se peut même que cette lecture exerce un effet salutaire comme le spectacle d’un Ilote ivre qu’utilisaient les Grecs de l’Antiquité pour prémunir leurs enfants contre la tentation de l’ivrognerie.cours sur la rive de m.dib HENRI ROBERGE « Cours sur la rive sauvage K Ce livre poétique écrit dans une langue originale, un peu trop raffinée, crée une atmosphère de rêve et d’irréalité.Ce poème en prose charmera ceux qui aiment l’évasion poétique, mais déroutera ceux qui recherchent la clarté et l’analyse psychologique dans le roman.Un jeune homme séparé brusquement de celle qu’il aime entreprend une quête incessante mais vaine à travers le monde.Il est la proie d’une illusion constante.Lorsqu’il croit étreindre l’objet de son amour il se rend compte de son erreur.A la fin, il prend conscience d’être envoûté par une forme démoniaque qui le trompe et se sent incapable d’échapper à cette emprise.Les cri- tiques se plaisent à louer le talent de Mohammed Dib, son lyrisme violent, mais l’on peut sc demander si cet auteur n’est pas surtout doué pour les genres proprement poétiques.aventures par i.calvino HENRI ROBERGE Finement racontés, les brefs récits que l’écrivain italien Italo Calvino publie sous le titre Aventures-ont le défaut d’être un peu égrillards.Le lecteur formé appréciera le talent de l’écrivain qui sait peindre de façon très vive, qui unit le réalisme à la fantaisie, qui confère un charme esthétique aux aventuras banales, aux tentations et aux misères, hélas ! trop humaines.le lac de c.bourniquel JEAN DES ESSARTS Camille Bourniquel est directeur littéraire de la revue Esprit.Romancier, il a déjà fait sa marque avec son Retour à Cirgue, qui lui a valu le prix du Renouveau Français en 1953.Et il se pourrait bien que sa dernière œuvre 1 2 3, Le Lac, soit sa meilleure.Ce roman pourrait se comparer à une chronique volontairement décousue, où l’on apprend à connaître, peu à peu et selon des temps qui se recoupent, les destins d'un quatuor central et des satellites qui gravitent autour de ce dernier.Camille Bourniquel fait écrire ces mémoires, qui sont une nouvelle « recherche du temps perdu », par Corinne, femme de lettres, qui essaie de retrouver et de faire revivre les trois principaux acteurs de la « comédie humaine » à laquelle elle a été mêlée intimement: David, Jérôme et Irina.Au moyen de retouches qui rendent de plus en plus vivants ces êtres qui ont marqué sa vie, Corinne parvient à nous intégrer à des drames qui se sont échelonnés sur une période de soixante ans, dans un (1) Mohammed Dio — Cours sur la rive sauvage.Roman.Paris, Editions du Seuil [1964].158p.18.5cm.(2) Italo Calvino — Aventures.Traduites de l’italien par Maurice Javion.Paris, Editions du Seuil [1964].201p.20.5cm.(3) Camille Bourniquel — Le lac.Roman.Paris, Editions du Seuil [1964].293p.20.5cm.LECTURES/MAI-JUIN PAGE 254 lieu tout à fait caractérisé de la banlieue parisienne: un lac et son « île mystérieuse ».Et c’est ce lac qui devient le personnage le plus présent de l’ouvrage, celui qui crée une atmosphère et rattache et ramène à lui tous ces êtres qu'il a fascinés.Nous assistons avec une sympathie grandissante aux joies et aux souffrances de ces riverains qui se cherchaient et se devinaient, dans une pudeur qui donne le ton au roman.Et si l’on y rencontre des hommes ou des femmes bizarres et égoïstes, la narratrice cherche toujours à excuser leurs faiblesses, avec une psychologie qui est à l’honneur de Camille Bourniquel.Ecrit avec sobriété et un grand naturel, ce livre nous aide à comprendre des époques qui ont bouleversé les grandes traditions bourgeoises, comme les deux dernières guerres et la crise économique qui les sépare.Et il nous offre un bel exemple de retour serein sur un passé qui ne reviendra pas.mais que le lac permet de ressusciter pour quelques instants.la traversée de a.albert HENRI-PAUL BERGERON Inspiré par la phénoménologie de Jean-Paul Sar-îie, Alain Albert, né de parents juifs en France durant la dernière guerre, a voulu peindre dans son roman La Traversée1 le portrait d’un noir poussé au paroxysme de la révolte par le conditionnement de la ségrégation raciale.Malgré la façon cavalière avec laquelle l’auteur s’amuse à intervenir dans le récit pour interpeller le lecteur et le morigéner, il parvient à nous intéresser au pauvre hère qu’il a créé.Cependant il arrive mal à se dégager des théories et du style de Sartre.Son héros, en proie à la haine pathologique des blancs du sud dès son retour dans l’Etat du Mis-sissipi où il a passé son enfance, disserte sur les motifs qui l’ont poussé à frapper un blanc malgré la certitude de périr ensuite lynché: « J’avais besoin de sa haine et de son mépris pour exister et il ne pouvait pas se passer de moi, parce que j’étais censé lui donner un rôle à remplir, parce que j'étais son excuse pour ne pas être simplement lui-même.» (p.30) Cette pensée reviendra au terme du récit au moment où l’auteur de ce crime absurde est sur le point de mourir: « J’ai frappé parce que tous mes mots, toute ma petite cuisine d’intellectuel, mes ruses pour me sentir libre ne peuvent aider un seul Noir ici à se sentir libre, ne fût-ce qu'une minute, parce que la raison pour laquelle nous sommes ce qu’on appelle un Négro dans le Sud n’est pas située dans nos esprits.» (p.193) Ce roman de cauchemar dans lequel on reconnaît parfois certaines réminiscences de L’Etranger d’Albert Camus et une imitation du langage des personnages sartriens gavés d’images et de mots obscènes nous amène à réfléchir sur le drame de la ségrégation raciale et le déterminisme de ces crises de haine collective qui défraient l’actualité.la russie en guerre d’alex.werth F.-L.MALETTE, C.S.C.Les ouvrages historiques sur le deuxième conflit mondial ne manquent pas.Cependant une phase que nous connaissons plus mal semble être la guerre menée sur le sol russe 2.Voici un livre copieux, documenté, comportant beaucoup d’informations inédites.Cet ouvrage paraît vingt ans après la guerre germano-russe, fruit d’autant d'années de travail et de recherches à « dépouiller d’innombrables documents soviétiques, allemands et occidentaux ».11 vient raviver les souvenirs de ces années terribles.L’auteur, Alexander Werth, né dans l’ancienne Russie, est un journaliste anglais, qui vécut toute la guerre en URSS et plusieurs années après le conflit.Son livre est la déposition véridique d’un témoin de ces jours affreux.11 est entré en contact personnel avec de nombreux dirigeants soviétiques, mais aussi il a conversé avec des combattants de l’Armée Rouge, des paysans, beaucoup d’ouvriers hommes et femmes évacués dans l’Oural et en Sibérie durant le triste automne 1941.Il a été témoin de la fantastique migration industrielle.Ces millions de gens transférés à l’Est, où ils devaient travailler jusqu’à 12 et 15 heures par jour, « toujours sur les nerfs ».C’est un « livre total ».Ce premier volume: La Patrie en Danger, s’ouvre par un aperçu net et succinct des préludes à la guerre.Il éclaire le lecteur sur la psychologie et la politique du peuple russe au début des hostilités.Puis c’est l’invasion, l’éclair du Blitzkrieg et l’angoisse d’un peuple humilié, battu, refoulé.On a écrit qu’il « ne fallait pas pousser tout un peuple au désespoir ».La Croisade des habitants de l’URSS pour sauver La Patrie en Danger illustre bien cet aphorisme.C’est avec des sacrifices inouïs, (politique de la terre brûlée), de terribles pertes (millions de morts); des prodiges de volonté, un enthousiasme farouche, que le citoyen soviétique militaire ou civil, homme ou femme, fait subir à l’envahisseur son premier échec à Smolensk et arrête l’ennemi devant ( 1 ) Alain Albert — La traversée.Roman.Traduit de l'américain par Georges Levin.Paris, Editions du Seuil [1965].203p.18.5cm.(2) Alexander Werth — La Russie en guerre.1941-1942.Tome I: La patrie en danger.Traduction de Michel Zéraffa.[Paris] Stock [1965].431p.ill.(h.-t.) 22cm.(Coll.Témoins de notre temps).LECTURES/MAI-JUIN PAGE 255 Leningrad et Moscou.C’est la formule de la Marne appliquée en terre soviétique: Ils ne passeront pas.Ce premier volume donne une idée de la « complexité des rapports entre la guerre et les hommes », de l’influence du Parti Communiste — Commissaires du peuple — sur l’Armée Rouge, des divergences de vues parmi les plus grands noms de la politique et de la statégie russes.Ces pages nous font parcourir l’URSS de scs frontières avec l’Allemagne, à travers les plaines de l’Ukraine jusqu’aux rives de la Volga.Elles nous font les témoins de ce qui se passait dans les rues de Moscou, ou les faubourgs de Stalingrad.Elles déroulent sous nos yeux le film des grandes batailles livrées sur un front de milliers de kilomètres.Ce premier volume de La Russie en Guerre constitue une contribution importante pour l’intelligence de cette tranche d’histoire contemporaine.Un autre volume complète ce diptyque, traitant de la victoire et les germes de la guerre froide.l’amérique précolombienne de a.dorsinfang-smets JEAN-MARIE BARRETTE Le continent sud-américain a comme tous les pays du monde un passé glorieux.Malheureusement, par une sorte de contingence du temps et de l’espace, peu de gens ont pu profiter des grandes valeurs des civilisations précolombiennes, ou même admirer les trésors artistiques qu’ont livrés les sols mexicain et péruvien à de célèbres archéologues comme Ruz Lhuillier et Larco Hoyle.Comment expliquer cette connaissance anémique des civilisations aztèque, maya et inca, à travers le monde ?Porterait-on si peu d’intérêt à ces indigènes primitifs que les Relaciones jugent avec la partialité choquante et l'habile excuse du Conquérant?.Il faut bien dire que les archéologues ont dû surmonter toutes sortes de difficultés pour mettre à jour les trésors amérindiens.Récemment, dans un reportage télévisé à l’émission d’Hier à demain, Ruz Lhuillier en a énuméré quelques-unes: l’envahissement des temples et des palais par la brousse, le système complexe des pyramides superposées, l’impossibilité jusqu’ici de déchiffrer les hiéroglyphes, etc.Quand on songe qu’à Palenque toute une ancienne ville maya attend le travail de l’homme pour être délivrée de la jungle ! Professeur à l’Université libre de Bruxelles, Dorsin-fang-Smets sait faire revivre l’âme des civilisations.Abondamment parsemé d’illustrations qui révèlent l’interdépendance de l’art et de la religion chez les Primitifs, son livre est un véritable temple où s’animent, pleins de leur mystère, les rites des religions de Mexico-Te-nochtitlan, d’Uxmal et de Machu-Pichu.C’est d’ailleurs ce qui fait apparaître L’Amérique précolombienne1 comme un témoignage vivant du passé humain.- des Éditions SPES - Quelques NOUVEAUTÉS en vente dans les librairies FIDES AMALORPAVADAS, D.S.L'Inde à la rencontre du Seigneur, 366p.$3.75 net "L'Auteur dresse l'état actuel de l'Eglise indienne face à sa double fidélité à l'Eglise et à l'Inde." ATHENOUX, A.Vainqueurs de i'aicool, 310p.$4.80 "Sur le problème de réhabilitation et, en particulier, sur les mouvements voués au relèvement des malades, cet ouvrage est riche en documentation." DELHAYE, F., s.j.Qu'est-ce qu'un catholique ?263p.$3.60 net "Cette structure très étudiée entend répondre aux questions que se pose de nos jours un laïc cultivé, désireux d'approfondir sa foi." FARCY, H.de Commerce agricole et développement, 379p.$7.50 "Pour lutter contre la faim dans le monde, on doit produire davantage.Tout nouvel effort de production doit trouver un débouché.Comment faire des marchés de bons outils de développement économique et social, voilà le leitmotiv de ces réflexions." ZANANIRI, G.Catholicisme oriental, 266p.$3.75 net "Après avoir examiné les caractéristiques des chrétiens d'Orient, qui totalisent environ douze millions de fidèles, l'Auteur examine la concordance et les différences qui existent entre eux.Un chapitre est réservé à l'Eglise du silence et un autre parle du problème des Lieux Saints." 245 est, boul.Dorchester, MONTREAL *861-9621 Vaste terrain de stationnement pour notre clientèle.(1) A.Dorsinfang-Smets — L’Amérique précolombienne.[Paris] Bloud et Gay [1964].155p.ill.25cm.(Coll.Religions du Monde) LECTURES / MAI-JUIN PAGE 256 EITTÉUATUCE CE JEUNESSE Ces cinq héroïnes sont: Madeleine, à qui la révélation de sa condition d'adoptée a semblé enlever toute possibilité d'être heureuse dans sa famille; Mireille, qu'un premier amour déçu a rendu jalouse de sa rivale et qui croit ne plus pouvoir aimer; Lise, partagée entre deux amitiés, l'une plus ancienne, plus brillante et attirante, l'autre plus récente qui se révélera solide et enrichissante; Rose-Marie, qui veut s'affranchir de sa condition de jumelle et de l’obligation de porter des vêtements achetés en double.pour pouvoir affirmer sa personnalité différente de celle de sa sœur; Fleur-Ange, qui est prête à admirer et à subir l’influence des personnes qui ont de l'ascendant sur elle.Ces cinq jeunes filles sont donc différentes de caractère, elles sont placées dans des milieux divers, mais elles se ressemblent parce qu’elles sont vraies, cinq filles compliquées de p.daveluy JEANNE-M.SAINT-PIERRE Les adolescentes aimeront lire le cinquième ouvrage de Madame Daveluy écrit spécialement pour elles.En général, à cet âge, les jeunes filles préfèrent un roman complet plutôt qu’un recueil de nouvelles.Même si les jeunes s’attendent à trouver un récit complet sous ce titre: Cinq jeunes filles compliquées elles ne seront pas désappointées, car elles liront d’un trait ces cinq nouvelles, qui ne donnent pas du tout l’impression de pièces détachées réunies au hasard pour former un volume de plus.Au contraire, l’art d’écrire pour les adolescentes, qui caractérise Paule Daveluy, fait de ce recueil un tout bien équilibré.C’est un peu comme si dans la vie, dans son quartier, on rencontre cinq jeunes filles différentes par leur caractère, par leur problème psychologique spécial, mais bien près les unes des autres parce qu’elles sont vivantes et attachantes.Les lectrices auront l’impression de bien les connaître ces cinq petites compliquées en les voyant évoluer dans leur milieu.Elles participeront aux joies, aux peines, aux sautes d’humeur des jeunes héroïnes, elles sympathiseront avec elles, elles seront heureuses de voir oes adolescentes mûrir, s’épanouir £t entrevoir le bonheur à travers leur jeune expérience.parce qu’elles ont des qualités et des défauts, parce qu’elles sont sincères avec elles-mêmes, parce qu'elles ne trichent pas avec la vie, parce qu’elles possèdent un fond d’idéal qui les rapprochent, parce qu’elles représentent une belle jeunesse.Tout cela, les adolescentes le percevront, le ressentiront en lisant ce que j’appellerais le nouveau roman de Paule Daveluy, parce que ce recueil est en effet « une tranche de vie ».Elles sont vivantes les « cinq filles compliquées », parce qu'elles sont normales, parce que les situations sont plausibles et parce que leurs expériences psychologiques sont racontées sans qu’il y ait de ralentissement dans le récit.Madame Daveluy décrit bien ses héroïnes, leur entourage, le décor où elles évoluent.Même les personnages de second plan ont leur caractère propre, tel le chauffeur d'autobus, qui a un rôle si important et si sympthique dans l’histoire de Lise.C’est peut-être la meilleure partie de l’ouvrage, tous ces petits drames qui se nouent, se poursuivent et se dénouent dans « l’autobus du bord de l’eau ».Bien imaginé, bien écrit, ce nouveau volume sera accueilli avec enthousiasme par les adolescentes.Madame Paule Daveluy a été deux fois honorée par l’Association Canadienne des Bibliothèques.L’on sait que son roman L’été enchanté a reçu le Prix de l’ACELF.Traduit aux Etats-Unis, il a été choisi parmi les « Cent meilleurs livres publiés pour la jeunesse aux Etats-Unis, en 1962.» Jeanne-M.Saint-Pierre Chef de la Section des Bibliothèques pour enfants Bibliothèque de Montréal ( 1 ) Paule Daveluy — Cinq filles compliquées.Nouvelles.Québec, Editions Jeunesse [1965].144o.19cm.(Coll.Vent d'avril) LECTURES/MAI-JUIN PAGE 257 le dossier 1248 de a.m.hublet BÉATRICE CLÉMENT Réédition — 35e mille — d’un roman 1 qui plaira encore à un public peu exigeant.Un petit collégien lutte contre ses défauts, se réconcilie avec un condisciple détesté, se décourage à la mort de son père, se ressaisit et sauve sa famille de la ruine qui la menaçait.En 1960, l’éditeur lançait une réédition d’Alain Bellehumeur — 72e mille — en même temps qu’un roman inédit: Un visage pour deux, du même auteur.Il parut alors que l’écrivain, dont les nombreux volumes avaient enchanté plusieurs générations de jeunes lecteurs, avait complètement changé de ton et de genre, modifiant son style et variant son sujet pour se conformer au goût du jour.S’il voulait bien travailler ses anciens textes pour les rajeunir avant d’en permettre une réédition, il conserverait la totalité de ses lecteurs, dont une partie se détache de lui actuellement, à cause de l'allure vraiment trop démodée de la plupart de ses ouvrages.Abandon regrettable.Le fond, toujours magnifique, convient exactement aux jeunes de 8 à 13 ans.Il faudrait que de nouvelles générations se passionnent pour les romans d’Albert Hublet.de j.d’izieu BÉATRICE CLÉMENT Chanteur de boîte de nuit, « voyou à la mode » selon tel journaliste, Jack2 3 ne demanderait pas mieux que de changer de genre.Prisonnier de trop de facteurs qui le dépassent, il ne sait comment s’y prendre.Avec l'entrée en scène de Véronique et du groupe de Pen-Hir, la solution s’impose comme d’elle-même.11 lève l’étendard de la révolte et réussit au-delà de ses espérances.Le langage du « milieu » et l’argot des jeunes déroutent un peu.Les négligences du français déçoivent.Certains faits restent inexpliqués.N’empêche qu’il faudrait faire lire ce roman à tous les jeunes (de plus de 16 ans, souligne l’auteur); à ceux surtout qui se pâment devant les vedettes du jour, ou qui rêvent de le devenir eux-mêmes.Garçons et filles de seize ans et plus.miguel au pays des incas de marie maraire BÉATRICE CLÉMENT La conquête du Pérou au XVie siècle: sujet passionnant pour qui aime les pays lointains aux noms exotiques, les récits aux péripéties multiples.Miguel, jeune Espagnol qui participe à l’expédition de Pi-zarre, se lie d’amitié avec un Péruvien de son âge, Antihouac; il s’éprend de Couni, sœur de ce dernier.Bientôt, le pays lui-même exerce un attrait irrésistible.Miguel veut épouser Couni, non pas pour la ramener en Espagne, mais pour fonder avec elle un foyer au Pérou.Mais Antihouac se rallie à Manco, Inca désireux de secouer la tutelle espagnole.Et voici les camarades appelés à se combattre ! La dissension des hommes entravera-t-elle le bonheur des jeunes gens ?Sans appuyer sur les intrigues, la traîtrise et les luttes fratricides qui souillèrent l’épopée des conquistadors, ce roman réveille la curiosité du lecteur pour l’étonnante civilisation inca.Couverture fort attrayante.Dessins à la plume inégaux: trop confus pp.9, 25, 88 et 145.Garçons et filles de 12 à 14 ans.martine fait ses courses de g.delahaye CLAIRE LEFRANÇOIS Les petites filles de cinq à neuf ans retrouvent toujours avec plaisir les aventures de Martine.Dans Martine fait ses courses4, bien que la plupart des situations manquent de vraisemblance, elles pourront, comme leur maman, acheter de belles robes, des colliers en perles fines et même faire leur marché dans une épicerie.(1) A.M.Hublet — Le dossier 1248.[Bruges] Desclée de Brouwer [1964], 150p.ill.18.5cm.(Coll.Belle Humeur, no 8) Relié.(2) Jean D’izieu — Crazy Jack.Roman.Illustrations de Pierre Joubert.Paris, Alsatia [1964].204p.20cm.(Coll.Rubans noirs, no 32) $2.95 (3) Marie Maraire — Miguel au pays des Incas.[Brugesl Desclée de Brouwer [1964].151p.ill.18.5cm.(Coll.Belle Humeur, no 123) Relié: $1.45 (4) Gilbert Delahaye — Martine fait ses courses.Aquarelles de Marcel Marlier.[Tournai, Casterman, 1964.] 19p.ill.25.5cm.(Coll.Farandole) Relié.LECTURES / MAI-JUIN PAGE 258 Les enfants pourront manipuler fort longtemps ce livre, la reliure étant des plus solides.Les couleurs vives des illustrations favorisent, une participation plus active de l’enfant au récit.les bonnes idées de mary poppins de p.1.travers JEANNE-M.SAINT-PIERRE Les bonnes idées de Mary Poppins 1 est le troisième d’une série.Quand il s’agit d’une suite d’aventures comme c’est le cas ici, il est souvent préférable de lire le premier livre en premier lieu, en l’occurence celui qui a pour titre: Mary Poppins, puis le second: Le retour de Mary Poppins et ensuite, celui-ci qui vient d'être publié.Ces trois volumes peuvent tout de même se lire dans n’importe quel ordre, et le troisième peut aussi bien se lire séparément, puisqu’il s’agit ici de ce que les Anglais appellent des « non sense stories », ce qui pourrait peut-etre s’exprimer ainsi en français: « une fantaisie inexplicable ».Vers la fin du présent volume, l’auteur écrit: « Les quatre enfants.n’essayaient pas de s’expliquer les choses, car ils savaient que Mary Poppins était inexplicable.D’où venait-elle ?Personne ne le savait.Où allait-elle ?Comment le deviner ?» II n’est donc pas nécessaire de suivre un ordre établi pour une telle lecture.La première fois, la gouvernante originale et semi-magicienne arrive dans la famille Bamks avec le Vent d’Est; la seconde fois, elle est apportée par un cerf-volant, et la troisième fois, par la fusée d’un feu d’artifice.Lorsqu’elle est là, cette gouvernante extraordinaire, les enfants obéissent au doigt et à l’œil, tout va bien dans la maison.Jane et Michael sont heureux et vivent des aventures fantastiques, tout en se demandant parfois s’ils n’ont pas rêvé et si tout cela n’est pas le fruit de leur imagination.L’auteur a assez d’idées originales pour ne pas se répéter d’un volume à l’autre.Certaines parties de ce troisième livre sont charmantes.Lorsque le chat de porcelaine posé sur la cheminée s’anime, pendant le récit de ses aventures racontées par Mary Poppins, nous sommes en pleine fantaisie et les enfants entrent facilement dans le jeu.Une autre fois, c'est une statue de marbre représentant un enfant et un dauphin, qui descend de son piédestal et vient jouer dans le parc avec Jane et Michael.En notre siècle de progrès, au moment où de magnifiques volumes écrits et illustrés spécialement pour les jeunes mettent toutes les sciences à la portée de la jeunesse, il est bon que nous proposions aussi aux jeunes, des récits d’imagination pure, où la fantaisie a tous les droits.Les trois volumes publiés dans la collection Idéal-Bibliothèque sont de véritables traductions des œuvres originales et non des adaptations d’après la version cinématographique.Le célèbre film de Walt Disney aura servi à populariser le caractère de Mary Poppins.Les enfants de langue française comprendront mieux la fantaisie de ce récit après avoir vu le film.La charmante actrice Julie Andrews a su conférer une grâce, un charme sans égal au personnage de Mary Poppins.Les illustrations de Jean Reschofsky se rapprochent plus des images du film que des illustrations originales de l’édition anglaise qui reflètent beaucoup d’humour, mais qui sont plus raides et un peu caricaturales, tout en ayant un cachet bien particulier.du tam-tam à telstar de fr.folsom MARGUERITE GUILLEMETTE Un autre volume 2 de la série encyclopédique Glo-berama.Voilà un sujet sur lequel les enfants de 10 à 14 ans n’ont pas été gâtés.C’est complet et présenté de façon attrayante au jeune lecteur.On a su mettre à la portée des enfants les différentes phases de l’aventure du langage: comment les premiers hommes ont appris à communiquer entre eux, dans quelle partie du monde les signes ont pris naissance, etc.Le tout présenté sous forme d’un récit clair et net.Tout le volume est un encouragement à intéresser les jeunes lecteurs à cette science si précieuse des langues.On donne à l’enfant des renseignements importants, comme par exemple comment fonctionne le système de traduction de l’O.N.U., le sémaphore, et on explique même les techniques modernes de télécommunication.C’est un puits inépuisable de renseignements dans ce domaine et le tout traité de façon à ce que l’enfant y trouve intérêt jusqu’à la fin du livre.A chaque page du volume, des illustrations hautes en couleurs et de bon goût complètent le texte.Les images ou fresques voisinent avec les dessins et tableaux explicatifs.Ce n’est pas là, à proprement parler, un livre de recherches, mais bien quelques éléments mis à la disposition des jeunes qui s’éveillent au domaine de la science.( 1 ) P.L.Travers — Les bonnes idées de Mary Poppins.Texte français de Vladimir Volkoff.Illustrations de Jean Reschofsky.[Paris] Hachette [1965].191p.20.5cm.(Coll Idéal-Bibliothèque) Relié.(2) Franklin Folsom — Du tam-tam à Telstar.L’aventure du langage.Illustrations de John Hull et Tran Mawickc.[Tournai] Casterman [1965].191p.ill.25cm.Relié.LECTURES/MAI-JUIN PAGE 259 Bien qu’ils y trouveront une initiation assez complète, ce livre ne fait qu’ouvrir, d’une façon agréable, la voie à des recherches plus sérieuses.la passionnante histoire des grandes inventions de d.berretta et r.costa MARGUERITE GUILLEMETTE Ce volume fait partie de la série Globeratna, encyclopédie en couleurs éditée par la maison Casterman.La passionnante histoire des grandes inventions 1 met le lecteur de 10 à 12 ans en contact avec les grandes découvertes.L’enfant se familiarisera avec les noms et les œuvres des grands hommes dont il entend parler tous les jours: Léonard de Vinci, Marconi, Edison, etc.On a su trouver un style pouvant adoucir les sujets qui pourraient sembler arides aux jeunes lecteurs.Les renseignements, bien que présentés sous forme de récits, sont justes et précis.L’intérêt est soutenu tout le long du volume et l’enfant le lira, non pour y puiser des renseignements, mais comme il lirait une belle histoire.II est entendu que ce n’est pas un livre de référence, mais les démonstrations fournissent une base de connaissances assez appréciable.Cet aJbum contient des pages richement illustrées.Quelques-uues de (es images sont de véritables tableaux, ce qui n’enlève rien à leur fraîcheur.Les croquis scientifiques aux couleurs vives sont simples et exacts: le paratonnerre, les dérivés du pétrole, la centrale nucléaire en sont des exemples frappants.Un beau livre à offrir à un enfant dont la curiosité scientifique s’éveille, et un livre précieux à mettre dans toute bibliothèque de jeunes bien montée.lumière sur kerlivit de michel renouard M.D’AMOUR La patrouille des Ecureuils de Paris, un groupe de scouts joyeux, s’installe près de Lacnao.Cet ancien fort, bien mystérieux, est situé près du port de Kerlivit 2 où des choses étranges se passent, les trois premières nuits de chaque mois.Les Ecureuils avec leur esprit vif ont tôt fait d’éclaircir la légende de la goélette blanche.Des contrebandiers sont découverts, un enlèvement est raté et la bonne action des garçons profite à tous.Le tout se déroule à une allure vertigineuse.Le lecteur est intéressé du début à la fin; on lui fait vivre des émotions palpipantes.Livre bien relié, caractères permettant une lecture rapide et facile.Pour garçons et filles de dix à seize ans.la petite dernière de marcelle vérité M.D'AMOUR Colombe et Patou sont élevés dans une atmosphère de bonheur et de joie; leurs parents désirent leur procurer une enfance joyeuse.Ceci n’est pas pour plaire à la directrice de l’école, Madame Pout, qui juge ces enfants paresseux: elle voudrait que Madame Marsous, leur mère, les corrige et les force à étudier sous le régime de la terreur.Mais celle-ci préfère les retirer de l’école.Comme Patou doit passer l’examen de sixième, il prendra avec sa sœur des leçons particulières.Aidé de tous, il passe.Quel bonheur pour tout le monde ! Les enfants liront avec intérêt la suite d’événements amusants racontés avec chaleur et affection.Ils aimeront les personnages pittoresques de l’histoire et les illustrations de bon goût de ce bouquin.Pour jeunes de dix à douze ans 3.( 1 ) D.Berretta et R.Costa — La passionnante histoire des grandes inventions.[Tournai] Casterman [1965].194p.ill.25cm.Relié.(2) Michel Renouard — Lumière sur Kerlivit.[Bruges] Desclée de Brouwer [1964].164p.ill.18.5cm.(Coll.Belle Humeur, no 122) Relié.(3) Marcell Vérité — La petite dernière.Images de Henri Faivre.[Tournai] Casterman, 1964.186p.ill.19cm.Relié.LECTURES/MAI-JUIN PAGE 260 était d’une telle importance qu’elle permettait d’en mieux saisir toutes les implications.Le livre, à cause justement de cette exposition qui se tient chez nous depuis quelques années, devient peu à peu un des facteurs importants de notre évolution collective.Ses différentes manifestations, cette année, ont toutes été marquées du fait de cette préoccupation.La venue du R.P.Dominique-Georges Pire, homme de la Paix, la journée consacrée à nos poètes, la présence des auteurs dans la plupart des stands des éditeurs, celle d’une jeunesse aux écoutes des exigences intellectuelles de son milieu, etc., etc., tout l’ensemble de la Foire du Livre de langue française 1966, visitée par 125,000 visiteurs, a donné vraiment l’impression des certitudes qui réconfortent.Bravo à tous les organisateurs et longue vie au Salon du Livre de Montréal! J.R.FAITS ET COM- MENTAIRES rétrospective sur le 8ème salon du livre de montréal S’inspirant du thème de la semaine des bibliothèques canadiennes: La Lecture, voie d'accès sur un monde en pleine évolution », le président du Salon du Livre 1966, M.Victor Martin, disait ceci: « Si nous souhaitons bâtir pour l’avenir en fonction de l'évolution, évolution si rapide qu’elle autorise les plus grands espoirs comme elle inspire les craintes les plus justifiées, nous devons travailler au rétablissement d’un équilibre social et spirituel dont le livre, lorsqu'il propage les pensées élevées de l’homme, est le symbole.Dans notre monde matérialiste, l’emprise d'un idéal reste toujours le seul port d’attache d’une humanité en désarroi.Artisans, artistes, écrivains, éditeurs, libraires, tous, nous sommes, à des degrés divers, les dépositaires d’un bien précieux que nous devons transmettre aux autres, le livre ! Nous sommes donc, par delà nos tâches quotidiennes, les instigateurs d'une évolution culturelle dont la portée n’échappe à personne.C’est en prenant mieux conscience de ce fait — à l’occasion de ce Salon du Livre de Montréal — que nous assumerons pleinement nos responsabilités à l’égard de la collectivité.» Tous les visiteurs au Salon ont constaté, encore une fois, la véracité de cet exposé.En fait, la production de langue française exposée au Palais du commerce A l’ouverture du 8e Salon du Livre de Montréal: M.Pierre Laporte, Ministre des Affaires Culturelles du Québec, le R.P.Dominique Pire, O.P., invité d’honneur, et M.Victor Martin, président du Salon du Livre de Montréal.Ne l'oublions pas, le prochain Salon du Livre de Montréal ne se tiendra qu’en 1968, après l’année de l’Expo ! C’est pourquoi nous jugeons bon de rappeler quelques-uns des souvenirs que nous laisse celui que nous avions au début du printemps.Il fut une réussite: au delà de la préoccupation commerciale de ses 136 exposants — qui a une légitime raison d’être — une telle manifestation marque un signe devolution dans l’esprit des nôtres, celui d’un témoignage de vitalité et de fraternité culturelles entre les peuples d’expression française.Les professionnels du livre, c’est-à-dire les écrivains, les éditeurs, les libraires et Içs bibliothécaires, ont voulu rendre hommage au Ministère des Affaires culturelles.« Dans le domaine du livre, a écrit M.Pierre Tissey-re, président du Conseil Supérieur du livre, quelles que LECTURES/MAI-JUIN PAGE 261 soient les critiques de détail qui puissent être faites, il faut reconnaître que l'essentiel est en marche.» Ces mots signalent le rôle vraiment effectif qu'exerce le Ministre Pierre Laporte et les chefs de service de son ministère.Nous savons, en plus des prix littéraires, quelle générosité déploie le gouvernement: subventions directes, achats massifs de volumes, etc.Le Vient de paraître.numéro de mars, reproduit sur ce chapitre des chiffres vraiment éloquents.Au stand des Jeunesses Littéraires: Gilles Vigneault et Sœur Rose accueillent M.et Mme Victor Martin.De toutes les manifestations organisées dans le cadre de ce 8e Salon du Livre, on doit souligner la présence de l'invité d’honneur.C’était le Père Pire, à qui le Parlement suédois accordait, le 10 novembre 1958, à l’unanimité, le Prix Nobel de la Paix.Il était heu- reux qu’à l’ouverture du Salon on nous présentât un personnage qui fait si puissamment figure de symbole dans notre monde sur le plan de la fraternité internationale.A l’émission télévisée: Le Journal des Jeunes, M.Léon-Z.Patenaude reçoit MM.Victor Martin et Pierre Tisseyre.M.Léon-Z.Patenaude, secrétaire général du Conseil Supérieur du Livre, a été le maître incontesté de l’organisation du Salon.« Sans son dynamisme et son infatigable labeur, a déclaré le Président du Salon, M.Victor Martin, les buts de cette foire du livre risquaient fort de n’être que partiellement atteints.» Et l'on sait quelles affluences se sont pressées au Palais du Commerce durant les jours du Salon de Montréal, véritables Six-jours de la culture ! LECTURES rend hommage au Président du Salon et à tous les organisateurs de cette manifestation.R.-M.C.ou mal des c unes IcZournuliVv M I petits ‘Des Éditions NATHAN Une NOUVEAUTÉ importante en vente dans les librairies FIDES PSYCHOLOGIE ET ÉDUCATION Tome I: L'enfant par J.LEIF — J.DELAY 512 pages, sous reliure cartonnée, illustrations, index analytique, $5.75 "Cet ouvrage très complet répond efficacement à toutes les questions que se posent tous les éducateurs, les parents conscients de leur rôle.Il apporte de valables éclaircissements sur les comportements et les conduites de l'enfant au cours des périodes caractéristiques de son développement dans les milieux où il vit successivement ou simultanément." 245 EST, BOUL DORCHESTER, MONTRÉAL *861-9621 / VASTE TERRAIN DE STATIONNEMENT POUR NOTRE CLIENTÈLE.LECTURES/MAI-JUIN PAGE 262 LETTKf DC CDANCC dr georges durand Ecosse.dans I'lle da Prince-Edouard et même dans certaines régions du Nouveau-Brunswick, les écoles landaises sont insuffisantes et mal soutenues financièrement; le recrutement des enseignants y est difficile.Au Nouveau-Brunswick une école normale de langue française vient seulement d'être créée.Il s'agit d'une population dont le niveau de vie est notablement inférieur à celui de l'ensemble du Canada, composée surtout de gens de condition modeste (pêcheurs, agriculteurs, bûcherons, ouvriers etc.).Les bibliothèques de langue française sont rares et médiocrement pourvues.Il n'y a pas.en dehors de certaines villes, de librairies vendant des livres français.Dans ces conditions on enregistre chaque année un recul grave des effectifs francophones dont les statistiques ne donnent pas toujours une idée exacte.Pour Il le du Prim e-Ldouard on considère que la population d’origine française est de 16% de la population totale.Le Comte Robert de Caix, bientôt centenaire et presque aveugle, est depuis 1904 un admirateur passionné de la survivance acadienne et jamais ne s’est lassé de son dévouement au service d’une cause qu’il soutient avec une foi et un enthousiasme que beaucoup de jeunes pourraient lui envier.Il a, voici quelques années, conseillé à l’Association France-Canada de créer une Commission de l’Acadie qu’il aide moralement et matériellement et dont il a accepté la « Présidence d’honneur ».Cette Commission, d'abord rattachée à la Commission Culturelle, vient, si j’ose dire, d'accéder à l’indépendance et de se donner une structure.Le Président en est M.Pierre Dumareau, ingénieur, ancien élève de l’Ecole Polytechnique qui depuis de longues années collabore aux œuvres acadiennes de M.de Caix; les vice-présidents, le R.P.René Bau-dry, C.S.C., archiviste de l’Ambassade du Canada à Paris, ancien professeur à l'Université de Moncton, et Mademoiselle Geneviève Massignon dont on connaît l’importante thèse de doctorat sur Les parlers français d’Acadie *.J’ai été désigné comme « délégué général », chargé de coordonner, pendant la mise en route, l’activité des divers membres de la Commission et d’y intéresser les quelques 40 Comités régionaux de France-Canada.A ce titre et dans ce but j’ai rédigé un manifeste et un plan de travail que je crois pouvoir me permettre de reproduire ici.PARTICIPATION DES COMITÉS RÉGIONAUX FRANCE-CANADA AUX ACTIVITÉS DE LA COMMISSION DE L’ACADIE mais il faut savoir que la population dont la langue maternelle est réellement le français n'est que de 7%; pour la Nouvelle-Ecosse les proportions sont respectivement de I2c/c et 5% — soit dans les 2 cas une perte de plus de 50% pour la population acadienne de langue française.Dans certaines régions où les îlots francophones sont isolés la situation est presque désespérée.Au sein de /'Association France-Canada le rôle de la Commission de l’Acadie sera donc essentiellement de fournir de la lecture française (revues et livres) aux populations acadiennes.Déjà depuis 3 ans cette Commission a fait parvenir à plusieurs bibliothèques et institutions acadiennes des livres quelle a obtenus de divers éditeurs français.Elle poursuivra cette action en l’intensifiant, mais il importe que tous les Comités Régionaux de France-Canada s’associent désormais à cette œuvre essentiellement nationale.Il y a environ 150 paroisses françaises dans l’ensemble des Provinces Maritimes du Canada.Certaines sont très peu peuplées, elles comptent de quelques centaines d'habitants à 2 ou 3000, rarement plus.Chaque Comité de France-Canada devrait parrainer une ou plusieurs paroisses acadiennes.Le mot parrainage est peut-être impropre, nous pouvons le retenir provisoirement, de toutes façons il ne s'agit pas de jumelage de ville à ville comme la mode s’en répand, bien que cela puisse se produire ultérieurement dans certains cas.Il n’est pas question, bien entendu, de s'adresser d'emblée à la totalité des paroisses acadiennes.Une enquête nous a permis d'en déterminer un nombre restreint que nous savons particulièrement intéressées par nos propositions, nous les mettrons en relation avec quelques-uns de nos comités.Les expériences de cette première année nous permettront de mettre au point le mécanisme des échanges que nous envisageons.Les Acadiens, dont on connaît les vicissitudes historiques, ont conservé leur foi et leur langue dans des conditions extrêmement difficiles.Surtout en Nouvelle- (1) Geneviève Massignon.Les Parlers français d'Acadie.Enquête linguistique (980 pages en 2 volumes), 1962, Paris, Librairie C.Klincksieck.LECTURES/MAI-JUIN PAGE 263 r Il — CONSEILS PRATIQUES 10 Chaque Comité France-Canada pourra créer une petite Commission de l'Acadie composée Je quelques personnes actives, chacune étant chargée d'une fonction particulière: collecte de livres, achats et abonnements, choix et tri des documents, expéditions, gestion des fonds, correspondance, organisation des manifestations et de la propagande locales.Là, comme dans les autres activités France-Canada, il convient que toutes les responsabilités et charges ne soient pas assumées par une seule personne.Le travail d’équipe est toujours plus productif et enrichissant pour chacun.Etant donné que la population acadienne est profondément religieuse, il conviendrait qu'il y ait parmi les membres de cette Commission un prêtre qui agirait comme conseiller.2° Le rôle de la Commission locale consistera à: 1 — Collecter des livres et revues destinés à l'Acadie, les choisir, les trier, les expédier.2 — Réunir les fonds nécessaires à ces expéditions et éventuellement à l’achat de livres et revues.3 — Organiser au moins une fois par an une journée de l’Acadie, avec conférences, projection de films, compte-rendu d’activités, accueil d’Acadiens de passage en France etc.Cette journée pourrait être l’occasion d’une collecte pour alimenter le fonds d’expédition.4 — Assurer la correspondance avec la paroisse aca- dienne associée.3° Documents expédiés en Acadie Ces documents peuvent se classer en 3 catégories: a) revues et périodiques; b) livres; c) documents divers.a) Revues et périodiques.La Commission Nationale établira une liste de revues et documents susceptibles d'intéresser les Acadiens.Elle sera régulièrement complétée et mise à jour en tenant compte de l’expérience.Etablie avec la collaboration des Acadiens résidant en France ce sera une liste de conseil, non limitative.Beaucoup de revues et de journaux, habituellement jetés après lecture, peuvent être systématiquement recueillis à condition qu’ils soient en excellent état et de date récente.Des abonnements pourront être directement souscrits par la Commission au bénéfice des correspondants Acadiens.b) Livres.La Commission Nationale s'efforcera de donner tous renseignements utiles pour le choix des livres à expédier en Acadie.D’une manière générale les livres seront en priorité destinés aux enfants et à la jeunesse.En même temps que distrayants et éducatifs, ces livres doivent offrir aux Acadiens un moyen de perfectionner leur langue et de s’informer sur la France, la culture et la civilisation françaises.Comme les revues, ils pourront être réunis par dons et par achats.c) Documents divers.On peut ranger dans cette catégorie les revues et journaux locaux, les monographies et brochures touristiques, apportant des informations sur la région où siège le Comité, etc.Ill — FONCTIONNEMENT Livres et documents seront adressés à une personne responsable de la paroisse acadienne qui en assurera la répartition entre les différentes œuvres, écoles et institutions.— Certains seront déposés dans les bibliothèques scolaires, paroissiales et régionales; — d'autres seront offerts en prix scolaires; — d’autres enfin pourront être distribués dans la paroisse à diverses personnes intéressées.Il serait souhaitable que dans chacune des paroisses acadiennes soit constitué un « comité » qui veillerait à la bonne utilisation de tous les dons, assurerait la correspondance avec le Comité français et émettrait des suggestions sur l’orientation à donner aux futurs envois.Il n’est pas impossible que dans la suite des liens plus particuliers s’établissent entre Acadiens et Français.On imagine bien par exemple des échanges d’informations et de revues entre membres de même profession ou métier: prêtres, médecins, avocats, notaires, ingénieurs, industriels, commerçants etc.IV — COORDINATION La mise en route d’un tel dispositif, même modeste au départ, ne se fera pas sans rencontrer quelques difficultés.Nous ne l’ignorons pas mais, pour les réduire au minimum, nous avons choisi pour commencer des paroisses acadiennes ayant actuellement des représentants à Paris.Ceux-ci au nombre d’une douzaine participent aux travaux de la Commission de l’Acadie et nous apportent une aide précieuse et encourageante.D’autre part nous pouvons compter, en Acadie même, sur le concours de nombreux amis et particulièrement sur celui du R.P.Anselme Chiasson, 279 Dominion, à Moncton N.-B.Canada — qui a bien voulu se charger d’assurer les liaisons.J'ai pensé que ce document n’était pas déplacé dans une revue dont le but est de favoriser et d’orienter les « Lectures ».J’ai voulu donner un exemple concret de nos méthodes de travail.Et peut-être aurai-je contribué, pour une modeste part, à attirer l'attention sur les difficultés des Acadiens, difficultés que l’on retrouve chez toutes les minorités françaises de l’Ouest Canadien.Aider ces minorités à défendre leur langue et leur culture, voilà me semble-t-il, un bon terrain où nous pourrions nous retrouver, Français de France et du Québec, et nous ne serons jamais trop nombreux.LECTURES/MAI-JUIN PAGE 264 ACCUSÉS UC UÉCCOTICN CENTURION (Éditions du) (Paris) CHAIX-RUY (Jules), Le surhomme de Nietzsche a Teilhard de Chardin.[1965] 348p.18.5cm.CERCLE DU LIVRE DE FRANCE (Montréal) BLOND (Georges), La légion étrangère.11965].427p.20cm.GENEVOIX (Maurice), Beau-François.[1965].313p.19.5cm.GREEN (Julien), Terre lointaine.[1966].312p.19.5cm.DENOËL (Paris) ALECHINSKY (Pierre), Titres et pains perdus.Notes sur les disparitions, les pertes de sens, les difficultés de transmission, les oublis, les manques et les persistances inutiles.Survivances photographiées par Suzy Embo, figurines en mie de pain modelées par Reinhoud, miettes ornementales dessinées par René Bertholo.[1965].17.5cm.Relié.AILE (Éditions de 1’) (Québec) DESCLÉE DE BROUWER (Bruges et Paris) LABERGE (Marie), D’un cri à l’autre.Poèmes et dessins.1966.66p.ill.23cm.LABERGE (Raymond), Elégie de hauts volts.[1966].57p.21cm.ROYER (Jean), A patience d’aimer.Poèmes.Couverture et hors-textes de Marie Laberge.[1966]) 81p.ill.14cm.AUBIER (Paris) TEILHARD DE CHARDIN (Pierre), Lettres d'Has-tings et de Paris.1908-1914.Introduction par Henri de Lubac, S.J.Annotation par Auguste De-moment et Henri de Lubac.[1965].463p.20cm.BEAUCHEM1N (Montréal) MAILLET (Andrée), Nouvelles montréalaises.[1966].144p.18cm.CALMANN-LÉVY (Paris) DJILAS (Milovan), L’exécution.Nouvelles.[1966].236p.21cm.D1RVEN (E.), De la forme à l'acte.Essai sur le thomisme de Joseph Maréchal, S.J.[1965].299p.23cm.(Coll.Muséum Lessianum.section philosophique, no 53) Relié.GATTO (Ettore Lo), Histoire de la littérature russe des origines à nos jours.Traduit de l’italien par M.et A.-M.Cabrini.[1965].922p.23.5cm.(Coll.Bibliothèque Européenne, section historique) Relié.MAR1TAIN (Jacques), Le mystère d’Israël, et autres essais.[1965].257p.20cm.RAHNER (Karl), Ecrits théologiques.Tome IV.[1966].252p.20cm.(Coll.Textes et études théologiques).ÉCRITS DU CANADA FRANÇAIS (Montréal) EN COLLABORATION, Ecrits du Canada français.T.XX et XXI.1965 et 1966.291p.et 253p.20.5cm.FIDES (Montréal et Paris) CASTERMAN (Tournai et Paris) EN COLLABORATION, Nouvelles histoires étranges.Choisies et présentées par Jean Palou.1966.345p.20.5cm.Relié.FERON (Bernard), L’U.R.S.S.sans idole.De Staline à Brejnev et Kossyguine.1966.229p.23cm.MENU (Michel), Nos fils de dix-huit ans.1965.268p.19cm.(Coll.Feuilles familiales).NOGAR (Raymond J.), Science de l’évolution.Données scientifiques et pensée chrétienne.Traduit de l’anglais par Louis.J.Colette.1965.355p.21cm.(Coll.Cahiers de l’actualité religieuse, no 20).PEPERSTRAETE (Maurice) et VASTEELS (Robert), Témoins de la Poésie française, du moyen âge à nos jours.1965.500p.ill.(h.-t.) 22cm.Relié.WEHNER (Wolfgang), Echec au crime.Histoire de la criminologie.Traduit de l'allemand par Gaston Lariole.1966.325p.21cm.Relié.CHARBONNEAU (Paul-Eugène), C.S.C., Le sens chrétien du mariage.Essai sur l’amour conjugal chrétien.[1966].265p.21.5cm.GRAND’MAISON (Jacques), La paroisse en concile.Coordonnées sociologiques et théologiques.[1966].300p.19.5cm.(Coll.Foi et Liberté).GROULX (Lionel), La découverte du Canada.Jacques Cartier.[1966].XX-193p.ill.24.5cm.(Coll.Fleur de Lys) Relié.TRUDEL (Marcel), Histoire de la Nouvelle-France.II.Le comptoir 1604-1627.[1966].554p.24.5cm.Relié.GARNEAU (Éditions) (Québec) GUIMONT (Madeleine), Chemins neufs.Poèmes.[1966].85p.21cm.PARADIS (Suzanne), Le visage offensé.[1966].176p.21cm.LECTURES/MAI-JUIN PAGE 265 GRASSET (Paris) BOSQUET (Alain).La confession mexicaine.[1965] 256p.18.5cm.GRASS1N (Jean) (Paris) TREMBLAY (Gemma), Poèmes d'identité.[1965].79p.19cm.HACHETTE (Paris) MAUROIS (André), Prométhée ou la vie de Balzac.[1965].653p.20.5cm.HMH (Éditions) (Montréal) THERIAULT (Yves), Contes pour un homme seul.1965.204p.18.5cm.(Coll.L'arbre, no 5).HOMME (Éditions de T) (Montréal) DURANT-LA ROCHE (Hélène), Madame reçoit.Menus de réceptions.Edition revue et augmentée.[1966].223p.20.5cm.LEBEL (Wilfrid), La/Le secrétaire bilingue.[1965].191p.20cm.MILLET (Robert), Le dictionnaire de la loi.Termes légaux à la portée de tous.[1965].172p.20cm.MORIN (Yves Benoist), Votre personnalité, votre caractère.[1965].155p.20cm.SEKELY (Trude), Exercices pour rester jeune.[1965].142p.20cm.STANKE (Alain), Montréalités.Illustrations de Jean Dubuc.[1965].III.16.5cm.THERIAULT (Yves), Aaron.Roman, [1965].158p.20cm.THERIAULT (Yves), Le dompteur d'ours.Réédition.[1965].159p.20cm.JOUR (Éditions du) (Montréal) OUVRARD (Hélène), La fleur de peau.Roman.[1965].194p.20.5cm.(Coll.Les romanciers du jour, no 15).JULLIARD (Paris) PEREC (Georges), Les choses.Une histoire des années soixante.[1965].153p.2ücm.(Coll.Les Lettres Nouvelles).LAFONT (Paris) BATAILLE (Michel), Une pyramide sur la mer.Roman.[1966].332p.20cm.GREENE (Graham), Les comédiens.Roman traduit de l'anglais par Marcelle Sibon.[ 1966].421p.18.5cm.(Coll.Pavillons).LÉVRIER (Éditions du) (Montréal) CASTONGUAY (Jacques), Le fort Saint-Jean.Trois siècles d’histoire.1965.95p.ill.(h.-t.) 19.5cm.MAGNARD (Paris) ARNAUD-VALENCE (Suzy), L’homme au chaperon vert.Edition spéciale (hors collection).Grand Prix O.R.T.F.de Littérature pour la Jeunesse.Illustrations de Françoise Boudignon.[1965].183p.ill.(h.-t.) 21cm.Relié.MERCURE DE FRANCE (Paris) LEAUTAUD (Paul), Journal littéraire.T.XIX.Histoire du journal, pages retrouvées, index général.1966.338p.21.5cm.MICHEL (Albin) (Paris) RICHARD-MOLARD (Georges).L’hiver de Vatican II.Un pasteur au concile.[1965].188p.18.5cm.MINUIT (Édition de) (Paris) PINGET (Robert), Quelqu’un.[1965].257p.18cm.ROBBE-GRILLET (Alain), La maison de rendez-vous.[1965].215p.18.5cm.PAULINES (Éditions) (Sherbrooke) ALBERIONE (Jacques), S.S.P., Méditations pour tous les jours de l'année.Vol.I, II, III.263p.274p.291p.20cm.[1965].(Coll.Orientations, nos 7, 8, 9).MELANÇON (üvila), C.S.C., Vie religieuse et développement de la personnalité.[1965].278p.20cm.(Coll.Orientations, no 11).MELANÇON (Ovila), C.S.C., Vie religieuse et diversité des âmes.11965].210p.20cm.(Coll.Orientations, no 12).PLON (Paris) CATTAU1 (Georges), Orphisme et prophétie chez les poètes français.Hugo - Nerval - Baudelaire -Mallarmé - Rimbaud - Valéry - Claudel.[1965].237p.19cm.GHEORGH1U (C.Virgil), La jeunesse du Docteur Luther.Traduit du roumain par Livia Lamoure.[1965].228p.20cm.TOURNOUX (J.-R.), Pétain et De Gaulle.Avec 29 illustrations hors-texte.[1965].556p.24cm.TROYAT (Henri), Pouchkine.Biographie.[1965].854p.21cm.Relié.PRESSES DE LA CITÉ (Éditions des) (Paris) SIMENON (Georges), Le train de Venise.Roman.[1965].232p.21cm.Relié.SALVATOR-C ASTER MAN (Mulhouse-Paris-Tournai) DOLORES (Sœur Marian), S.N.J.M., Vie religieuse et efficacité personnelle.Traduit de l'américain par Louis Brevet.1966.191p.19cm.EVDOKIMOV (Paul), La prière de l’Eglise d’Orient.La liturgie byzantine de saint Jean Chrysosto-me.Préface du R.P.Dalmais, O.P.1966.206p.19cm.(Coll.Approches œcuméniques).HOPFENBECK (Gabriel), Pastorale de la Confession.L’Allocution au pénitent, Confession des vieillards, Confession des malades.Traduit par Marcel Grandclaudon.1966.183p.18.5cm.(Coll.Pastorale).HORNSTEIN (Dr) et FALLER (Dr), Sexologie.Amour, sexe, vie conjugale.Traduit par L.Brevet et R.Virrion.1966.543p.ill.29.5cm.Relié.KOLODZIEJ (Léon), Il y a mille ans naissait la Pologne (966-1966).1966.175p.19cm.SEUIL (Éditions du) (Paris) CAYROL (Jean), Midi Minuit.Roman.11966].218p.20.5cm.DAVID (Jean), Paroles à la mer.Roman.[1965].189p.18.5cm.DIB (Mohammed), Le Talisman.Nouvelles.[1966].138p.18.5cm.LECTURES /MAI-JUIN PAGE 266 l » » » » > ) ) 1 ) > » ODOJEWSKI (Wlodzimierz), Le crépuscule d'un monde.Roman traduit du polonais par Joanna Ritt et Jacqueline Trabuc.(1966]).250p.20.5cm.VIGNAL (Marc), Mahler.( 1966].187p.ill.(h.-t.) 18cm.(Coll.Microcosme, « Solfèges », no 26).STOCK (Paris) HOUCiRON (Jean).Les humiliés.Nouvelles.[1965|.218p.21.5cm.SUD-EST (Éditions et Imprimeries du) (Lyon) GUY (Jean), Frédéric Chopin.Illustrations de Jacques Ravel.[1966].I02p.19cm.(Coll.Nos amis les musiciens) Relié.UNIVERSITÉ LAVAL (Les Presses de I’) (Québec) BEAULIEU (André) et HAMELIN (Jean), Les journaux du Québec de 1764 à 1964.Préf.de J.-C.Bonenfant.1965.329p.23cm.(Coll.Les Cahiers de l'Institut d'Histoire, no 6).GAGNON (Marcel-A.), Le ciel et l'enfer d'Arthur Hides.1965.360p.22.5cm.(Coll.Vie des Lettres canadiennes, no 2).POIRIER (Jean), Toponymie.Méthode d’enquête.1965.164p.ill.18cm.UNIVERSITÉ D’OTTAWA (Éditions de 1’) (Ottawa) EN COLLABORATION, François-Xavier Carneau.Aspects littéraires de son œuvre.Ouvrage préparé sous la direction de Paul Wyczynski à l’occasion du centenaire de la mort de F.-A.Garneau.1966.199p.24.5cm.(Coll.Visage des Lettres canadiennes.t.II).ROBIDOUX (Réjean) et RENAUD (André), Le roman canadien-français du vingtième siècle.1966.221p.24.5cm.(Coll.Visage des Lettres canadiennes, t.III).Des Éditions LETHIELLEUX Quelques NOUVEAUTÉS en vente dans les librairies FIDES AUGEREAU, J.— La chance suprême de l'homme.Ontologie chrétienne, 288p.$ 4.15 net BARRE, H.— "Trinité que j'adore".Perspectives théologiques, 206p.$ 3.60 net CHRISTOPHE, P.— Les devoirs moraux des riches.264p.$ 4.90 net FERNESSOLE, p.— Vie de Pie IX.Le Pape du Concile Vatican 1, 2v.$13.75 net GILLE, J.M.— Initiation au mystère de la vie.101p.$ 1.70 net LARTICOLLE, J.— Vocation chrétienne du travailleur moderne, 120p.$ 1.80 net LAURENTIN, R.— La Vierge au Concile, d'après "Lumen Gentium" 218p.$ 3.40 net RASTOUIL, Mgr — Dans l'unique Sacerdoce du Christ, l'apostolat des laïcs par la Confirmation, 124p.$ 2.10 net SALET, G.— Le Credo.Brèves réflexions.205p.$ 2 20 net SIMONET, A.— Saisi par la Charité de Dieu.Le prêtre diocésain.150p.$ 2.00 net SOUBIGOU, Mgr — Méditons et prêchons les Epîtres, 300 p.$ 4.50 net 245 EST, BOUL.DORCHESTER, MONTREAL *861-9621 VASTE TERRAIN DE STATIONNEMENT POUR NOTRE CLIENTELE.LECTURES/MAI-JUIN PAGE 267 1111 I DEI H I I IM tl CHARLAND (R.-M.) CHARLAND (R.-M.) CHARLAND (R.-M.) CHARLAND (R.-M.) CHARLAND (R.-M.) CHARLAND (R.-M.) CHARLAND (R.-M.) CHARLAND (R.-M.) & SAMSON (J.-N.) CHARLAND (R.-M.) MELANÇON (A.) CHARLAND (R.-M.) & SAMSON (J.-N.) HELENE DE LA PROVIDENCE (Sr) BERGERON (H.-P.) BERGERON (H.-P.) BERGERON (H.-P.) BERGERON (H.-P.) BERGERON (H.-P.) BERGERON (H.-P.) BIRON (H.) BIRON (H.) BIRON (H.) CHARLAND (R.-M.) CHARRON (A.) c.s.c.COUTURIER (G.) c.s.c.LECLERC (R.) LEGAULT (A.) c.s.c.MATHIEU (B.-M.) o.p.MATHIEU (B.-M.) o.p.MELANÇON (A.) MELANÇON (A.) MELANÇON (A.) éditoriaux Compliments à nos collaborateurs avril 1966 198 L’Etat adulte sept.1965 2 Lectures avec accompagnement janv.1966 114 Mission accomplie ! mai-juin 1966 230 Ne tirez pas sur le bibliothécaire nov.1965 66 Saison permanente des lectures déc.1965 90 Toujours à la page oct.1965 34 & 43 Homrfiüge et service févr.-mars 1966 138 études d’auteurs Jean-Charles Harvey Jean-Paul Pinsonneault Félix-Antoine Savard (numéro spécial; voir index pour détails) Simone Routier .Liste complète des études d’auteurs parues dans LECTURES depuis 1958 .sept.1965 3-7 oct.1965 35-38 févr.-mars 1966 137-196 déc.1965 91-94 oct.1965 60 & 63 études critiques De la vingt-cinquième heure à l’heure actuelle de C.Virgil Gheorgiu .Le funambule de Wilfrid Lemoine Mais il y a la mer de Jean Sulivan Pleure pas, Germaine de Claude Jasmin Retour à Coolbrook de Gilles Marcotte Les terres noires de Jean-Paul Fugère Les paradoxes d’une vie et d’une œuvre de Paul Toupin Une sentinelle attend l'aurore de Gilbert Cesbron Vie de Paul Claudel de Louis Chaigne L’ile joyeuse de Louise Maheux-Forcier Une morale pour notre temps de Marc Oraison La Bible et les origines du monde de H.Renckens, s.j.Sous le soleil de la pitié de Jean-Paul Desbiens, f.m.s.Seminary Education in a Time of Change Evangile et monde moderne de Jean Daniélou Mon encrier de Jules Fournier .Le cassé de Jacques Renaud .Les frères ennemis de Nikos Kazantzaki .Les Juifs de Roger Peyrefitte .nov.1965 69-70 nov.1965 67-68 déc.1965 97-98 nov.1965 71-72 < oct.1965 42-43 oct.1965 39-40 avril 1966 202-203 avril 1966 200-201 mai-juin 1966 232-234 janv.1966 115-116 mai-juin 1966 242-243 janv.1966 116-118 sept.1965 26-27 oct.1965 55-56 & 63 oct.1965 41-42 sept.1965 8-9 sept.1965 9-10 nov.1965 79-80 janv.1966 118-119 LECTURES/MAI-JUIN PAGE 268 RICHER (J.) Nouveau répertoire de Jean Simard nov.1965 68-69 SAMSON (J.-N.) Cœur de sucre de Madeleine Ferron mai-juin 1966 237-238 SAMSON (J.-N.) Dans un gant de fer de Claire Martin avril 1966 199-200 SAMSON (J.-N.) Une vie d’enfer de André Laurendeau mai-juin 1966 231-232 faits et commentaires CHARLAND (R.-M.) Daniel-Rops est mort sept.1965 31 DURAND (G.) Lettre de France sept.1965 29-30 DURAND (G.) Lettre de France oct.1965 61-63 DURAND (G.) Lettre de France nov.1965 85-86 DURAND (G.) Lettre de France déc.1965 108-109 DURAND (G.) Lettre de France janv.1966 134-135 DURAND (G.) Lettre de France avril 1966 226-227 DURAND (G.) Lettre de France mai-juin 1966 263-264 DURAND (G.) Un petit mot de France févr.-mars 1966 173
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