Journal de l'instruction publique, 1 février 1874, Février - Mars
Volume XVIII.Québec, Province «le Québec, Février et mars 1SÏ4.Wos.2 & U.SOMMAIRE :—Poésie : Ce monde est un grand rêve.—Les annales de la pauvreté.—Prose : L’Automne.—Education : Un cours d’éducation en quatre mots.-—Ce qu'est l’éducation ou ce qu’elle devrait être.—Histoire du Canada: Abrégé do l'histoire du Canada pïir les Frères de la Doctrine chrétienne.—Jean Nicolet [suite et lin],—Pédagogie: Leçons familière de langue française [suite].—Exercices pour les élèves ; Dictée de langue Irançaise.—Pensées et maximes.—Nécrologie : Documents officiels : Rapport du ministre de l’instruction publique de la province de Québec, pour l’année 1872 et partie pour l’année 1873.—Avis officiels: Avis concernant les dissidents de St Pie.Nominations : Membres de bureaux d’examinateurs, commissaires ol syndics d’écoles.Municipalités scolaires : erections, annexions, dissolution.Diplômes octroyés par les bureaux d’examinateurs.—Institutrice disponible.— Rédac-hon : Cinquaiile-uiiiémo conférence des instituteurs de la circonscription de l’école normalc-Laval.tenue le 31 janvier 1874.-1 lui Ici in bibliographique.—Revue mensuelle.—Annonces.t;f moud»1 esi ai si gram! rêve.J’ai vu les champs ornés de ravissantes Heurs, J’ai vu l’arbre couvert d’une épaisse ramure, Du limpide ruisseau j’ai surpris le murmure, J'ai vu le papillon y mirer ses couleurs; Mon toil ravi souvent a plongé dans l’aurore Qui bientôt pâlissait en face du soleil, Et, de même, le soir, de cet éclat vermeil, A l’occident j’ai vu le ciel se teindre encore ; J’ai vu les blonds épis ployés sur les sillons, ¦Sur les ondes j'ai vu glisser de blanches voiles, J’ai contemplé la nuit dans sa robe d’étoiles, J'ai contemplé le jour dans ses flots de rayons ; J 'ai vu des ailes fuir vers la plaine éthérée, Le nuage d’argent s’égarer sur l’azur, Des parfums m’ont versé leur nectar frais et pur, De leurs brillants concerts les nids m’ont enivrée; Puis, j’ai prêté l’oreille à de plaintifs refrains, Puis, devant moi, béant, silencieux et sombre, Le cercueil, chaque jour, a projeté son ombre.Me criant : songe, songe à tes dernières fins ! Maintenant, sur mon front un vent glacé se lève, Je sens, sur moi, je sens peser un bras de fer ! O Mort ! c’est toi ?.Combien ton baiser est amer ! —Je descends dans la tombe !—Oh ! j’ai fait un grand rêve 1 Jauvier 1874.El.Beaude.Les annales de la pauvrelé.Chut ! parlez bas, Monsieur, s’il vous plait :—pauvre enfant !.\ euillez vous asseoir là, tout auprès de la porte ; Elle dort d’un sommeil si léger qu’elle entend Le moindre bruit qu’on fait.Car elle n’est plus forto Un rien l’agite —Hélas ! ce qu’elle peut avoir, Dieu le sait : voilà bien des mois que cela dure.Et qu’elle s’aflaiblit sans qu’on puisse savoir Que faire.Oh ! croyez-moi, monsieur ; ce que j’endure A voir ma pauvre enfant ai si se consumer, Est impossible à dire, et d’autres qu’une mère Ne le comprennent point.Hélas ! tant les aimer ! Ces chers petits pour qui l’on souffre la misère Avec joie ! Et les voir chaque jour devenir Plus faibles que la veille, et dans leur pauvre œil sombre | Voir le voile fatal s’étendre et s’épaissir : j C’est trop ! Regardez-la, ce n’est plus que son ombre ! I Le beau soleil d’ té,—je ne sais pas comment j Cela se fait;—l’abat, la mine, la dévore ; | Cette chaleur la tue.—Est-ce mon seul enfant ?| Dites-vous ?—Hélas ! oui ; Dieu m’en avait encore - Donn ¦ trois autres, tous presqu’aussi beaux que ceux j Des riches.Ils sont morts à peu près au même âge Et tous du même mal.C’est un mal dangereux ’ j Et qui détruit souvent le bonheur d’un ménage : J La pauvreté.Le manque et de pain et d’air pur Les a tous fait périr, comme la sécheresse Fait aux fleurs.Ah! Monsieur, j’ai trouvé cela dur [ Et j’ai pleuré : C’était plus que de la tristesse, .J’ai pense que mon cœur éclaterait., Pourtant, Il vient de ces moments où je suis presqu’heureuse De les avoir perdus : Ils en souffriraient tant ! —Leur père I dites-vous ?—Je ne suis pas causeuse Et je sais que c’est mal de décrier les siens : Mais, il faut l’avouer, la boisson et la grève L’ont changé, le pauvre homme.Il suffit.Je soutiens Ma moitié du fardeau tant que je puis ; j’achève Tard le soir et je suis debout de grand matin : Toute seule j’aurais, je crois, moins do misère, 809138 5784 18 JOURNAL DE LINSTRUCTION PUBLIQUE.Et nous pourrions ici; vivre un peu mieux.Enfin, J’en ai pris mon parti, ce n’est plus à refaire.—Et celle-ci, voudrais-je au moins la conserver ! —Comment, si vous avez des entrailles de père, Avez-vous pu songer à me le demander ?Pauvre ange ! c’est, hélas la seule et la plus chère Qui me reste ; et vous me demandez.Qu’est-ce, là?Des remèdes, du lait, et de la nourriture Pour l’enfant, dites-vous ?Vous apportez cela Gratis : et vous seriez médecin ?Suis-je sûre De tout ce que j’entends ?Vous êtes donc de ceux Qui cherchent les petits malades, et leur mère, Le désespoir au cœur, travaillant auprès d'eux ?Hélas ! que vous devez avoir de pas à faire !— Mais la voilà sauvée ! Ah I bénis soyez-vous, Vous et ceux qui vous ont envoyés ! c'est la vie Que je vous dois—Mon Dieu, je ne puis qu’à genoux Vous en remercier !— Elle était assoupie, Quand vous êtes entré ; voulez vous au moins, v.oir Celle que vous avez.Misère ! Désespoir ! ! Quand le secours était sur le seuil de la porte, Mon Dieu ! c’est donc fini ! Morte I mon enfant ! Morte I —(Imité de l’anglais.) Naf.Legendre.(.'automne.Le joli château de Vauplaisant, bâti dans le style coco’’par un grand seigneur qui s’était ruiné, avait >1.i .fl nnnoio» nui c'Atoif Amuoni ¦ ro-rait été acheté par un financier qui s’était enrichi.Ce financier, qui avait passé la moitié de sa vie à gagner de l’argent, n’avait pas eu le temps encore de s’ennuyer.En homme prudent, il s’était inoculé une petite passion innocente pour les moments de loisir : il collectionnait des médailles ; ses amis lui donnaient pour cela le nom de numismate, dont il était très-fier.Quant à sa femme, qu’il avait choisie surtout à cause de sa beauté, elle aimait le monde, les fêtes, le théâtre, les concerts, et tous les petits triomphes de la vanité féminine, et rien de tout cela ne lui avait encore manqué.L'union la plus parfaite régnait entre les deux époux, qui, d’ailleurs, ne se voyaient guère que dans le monde.Un poète sans éditeur, familier de la maison, que l'on invitait parfois à s’asseoir au bas bout de la table pour compléter certains assortiments de convives, avait fait une pièce de vers, malheureusement perdue, où il disait que pour ces heureux mortels, la Parque filait des jours de soie et d’or ! ” Pensée neuve, originale, et qui lui fit le plus grand honneur.Les bonnes gens qui ne voient que le dehors de toutes choses, considérant que ce financier et sa financière avaient équipage de princes, hôtel à la ville, château à la campagne, ouvraient de grands yeux quand ils les voyaient passer, et se disaient l'un à l’autre: “Voilà des gens heureux ! ” Le plus piquant de l'affaire, c’est que ce jugement, porté au hasard comme tous les jugements de même nature, se trouvait être vrai.Les châtelains de Vauplaisant étaient d’heureux châtelains, jusqu’au jour où.Mais n’auticipons pas.II A l’une des dernières fêtes de la cour, une toute jeune femme (un joli minois chiffonné, voilà tout ; il n’y a.pas là de quoi être si fière !) avait longtemps considéré Mme de Vauplaisant, puis elle s’était penchée à l’oreille du chevalier de Bellaigue, et lui avait dit, assez haut pour être entendue : “ Voilà nue femme qui a du être bien belle.” (L’impertinente !) Le chevalier avait répondu, en faisant une courbette, “ que l’Automne, si éclatant qu’il puisse être, ne saurait, en aucune manière, être comparé au Printemps ! ” (Comme les jeunes gens d’aujourd’hui sont fades, et comme la galanterie française va se perdant chaque jour !) Au grand étonnement de monsieur, Mme de Vauplai-| sant demanda ses gens et sa voiture trois grandes heures plus tôt que de coutume.Elle fut maussade en route, et | mit sa maussaderie sur le compte d’une migraine.Au j retour, elle traita Lafleur de lourdand et Marton de mala I droite.Lafleur, tout pensif, se demanda si madame ! n’avait pas ses vapeurs (nous dirions aujourd’hui ses nerfs).! Quant à Marton, elle se mit tout simplement à pleurer.| A quelque temps de là, le poète sans éditeur ayant eu un accès de lyrisme intempestif à propos de l’automne, madame, qui vit là, sans raison, une épigramme cachée sous les fleurs de la poésie, lui lança des regards irrités et le traita avec la dernière froideur.Le malheureux, de retour dans son galetas, fut sur le point de méditer une satire contre les caprices des femmes.Madame se mit tout à coup à détester la ville et à ado rer les champs.Mais elle ne fut pas plus tôt aux champs qu’elle regretta la ville.Elle n’en voulut jamais convenir ; cependant la solitude lui pesait, car elle n’avait pas grandes ressources en elle-même, et, sauf l’Almanach des Muscs, tous les livres lui donnaient la migraine.D’un autre côté, l’idée de revoir le monde lui était insupportable ; n’y retrouverai t-elle’pas cette petite poupée impertinente et ce discourtois chevalier de Bellaigue ?Si monsieur n’avait pas trouvé un refuge dans la numismatique, il eût péri d’ennui à force de petites tracasseries.Heureusement pour lui, un seigneur italien qui voyageait lui avait vendu, trente fois sa valeur, une médaille de Léon X.La médaille était hideuse, mais elle était rarissime : le seigneur italien l’avait déclaré.Ill Cependant l’automne était arrivé.Un soleil éclatant embrasait toutes les vitres de Vauplaisant, mettait des paillettes à la pointe des grilles dorées, donnant aux moulures contournées un relief puissant, et rendait la vie aux plantes d’arrière-saison qui foisonnaient le long de la facade.Les oiseaux chantaient comme au printemps; seulement, de temps à autre, une feuille rougie par le froid piquant de la nuit se détachait lentement, tournoyait sur elle même et se posait doucement sur le sable.Marton fredonnait à un œil de-bœuf des mansardes.Lafleur sifflait comme un merle joyeux, en fourbissant le métal des harnais.Monsieur lui-même, qui était loin d’être un virtuose, attiré au dehors par ce joyeux soleil, chantait à demi-voix, le long du corridor, un des airs de Richard Cœur de Lion, le nouvel opéra de Grétrv.Mais à peine arriva-t-il à la porte,Iqu’il cessa de chanter et recula d’un pas, Madame était là, debout, effeuillant d’un air maussade les pétales d’une pauvre petite fleur.Elle était venue étaler au soleil sa toilette et son ennui?et méditer cette pensée qui lui revenait sans cesse et qui lui ravageait le cœur : L’Automne, si éclatant qu’il puisse être, ne saurait, en aucune façon, être comparé au Printemps.Quand elle vit le mouvement de son mari, elle lui dit d’un ton sec : —Sans doute, je vous fais peur ?—Peur ! oh ! pouvez vous le croire ?Et if faisait un effort pour sourire.—Non, dites-moi" franchement que je vous fais peur.Je vois ce que vous pensez.Ayez le courage, vous aussi, de me dire que je suis.(Elle allait dire: une vieille femme, mais le [mot était si effrayant qu’elle n’osa le prononcer ; elle y substitua le mot laideron.) JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.19 —-Oh ! ma chère, y pensez-vous ?une laideron ! vous ! Mais consultez donc seulement votre miroir ! Hélas ! elle l’avait consulté, et il lui avait dit qu’elle était encore belle ; mais que ses yeux étaient moins vifs qu’autrefois, son nez moins fin, son sourire moins gai, son menton moins délicat.Il lui avait même montré tout près do la tempe gauche cette terrible petite chose qu’on appelle la première ride.Il lui avait dit nettement que le chevalier de Bellaigue avait raison ; que le printemps était passé, que l’automne était venu, l’automne qui est si près de l’hiver ! Pour toute réponse, madame, avec un grand bruit d’étoffes froissées et un air de reine outragée, passa devant monsieur, qui n’eut que le temps de se faire tout petit le long du mur ; et elle rentra dans ses appartements.IV L’ennui qui débordait du cœur de madame commença à retomber en une petite pluie fine et persistante sur tous ceux qui l’entouraient.Le poète sans éditeur perdit si complètement la tête qu’il partit pour la Louisiane, avec une petite pacotille de verroterie.Lafleur fut atteint d’une calvitie précoce qu’il fut tout heureux de cacher sous la perruque des valets de grande maison.Marton, quoiqu’elle fût, ou peut-être parce qu’elle était au printemps de la vie, devint, à force de rebuffades, positivement acariâtre.Quant à monsieur, excédé par les railleries continuelles que lui attirait son goût pour les vieilles médailles, il prit sa collection en horreur.Il eut du moins la consolation de la revendre fort cher, et de faire imprimer, en tête du catalogue de vente, composé par le célèbre Basan, les armoiries qu’il s’était récemment octroyées.Mais alors, ne sachant plus que faire, et ayant quelque part ouï dire que le goût des livres est un goût distingué, il se fit bibliomane.C’est à-dire qu’en peu de temps il encombra sa maison d’éditions rares et de reliures coû teuses.Madame, cependant, pour tuer le temps, se passa la tantaisie d’avoir un coureur nègre tout habillé de blanc deux lieiduques tout reluisants de dorures, une demi-douzaine de perroquets de toutplumageet de tout langage, et un singe d’Amérique.Puis, elle donna dans la berge-rade et se fit construire une laiterie sur le modèle de la laiterie de Trianon.Mais quand elle fut fatiguée de traire des vaches, de \oir lever 1 aurore, de boire du lait chaud, de fabriquer des fromages non comestibles et du beurre détestable que chacun était tenu de trouver excellent, elle retomba dans un état pire que le premier.Comme un malade dont l’état est désespéré finit par recourir aux empiriques et aux remèdes violents, il lui vint en tète d’essayer de la lecture.Un jour que la vieille comtesse de Chancenulle avait parlé devant elle, avec cloge, des œuvres de Mme la marquise de Lambert, elle fit demander le livre à son mari, qui fut tout heureux et tout fier d’être enfin utile à quelque chose.V Clic ouvrit le volume au hasard, et tout en le feuilletant d une main distraite, elle secouait la tète pour protester, et.avançait la lèvre inférieure pour marquer son dédain.Enfin, elle tomba sur le passage suivant : “ Les “ femmes qui n’ont nourri leur esprit que des maximes “fdu siècle, tombent dans un grand vide en avançant en âge ; le inonde les quitte, et leur raison leur ordonne u clu*t,tei'; (—Gela ne me regarde pas, se dit Mme.de Vauplaisant.mais continuons.) A quoi se “ prendre ?(—Ah ! voyons cela.) Le passé nous fournit des regrets.(Ici un soupir.) Le présent, des chagrins.1 A qui le dites vous ?) L’avenir, des craintes 1 ” (—Oh ! l’avenir ne me regarde pas, je serai, bien sûr, morte d’ennui avant d’y arriver !) Elle tourna avec hésitation quelques feuillets, et lut ce qui suit : “ Rien n’est plus court que le “ règne de la beauté.(—Nous le savons, “ Madame.) Rien n’est plus triste que la suite de la vie des femmes qui n’ont su qu’être belles.” (Mais pour l’amour de Dieu, quel remède à cela, chère Madame ?Voyons si nous trouverons mieux plus loin.) Plus loin, voici ce qu’elle trouva : “Quand vous ne vivez que pour “ les plaisirs et qu’ils vous quittent, ou parce que votre “ goût cesse, ou parce que votre raison vous les défend, “ l’âme tombe dans un grand vide.” (—Ah ! vraiment, d’où le savez-vous si bien, Madame ?et puis, encore une fois, quels remèdes proposez vous ?) VI La religion ?—Est ce que je ne suis pas d'une assiduité exemplaire aux offices de ma paroisse?Est ce que je n’invite pas mon curé à dîner plus souvent peut-être que vous n’avez invité le vôtre, Madame ?La charité ?—Est ce que je n’envoie pas par Lafleur plus d’argent aux pauvres, et plus de remèdes aux malades, que vous n’en avez jamais envoyé ?Le travail ?—Les mains que voilà, belle marquise, ne sont pas plus faites que les vôtres pour les œuvres serviles ?La lecture ?—C’est là que je vous attendais.Vous nous la baillez belle, et vos livres nous font grand bien, oui, grand bien vos livres nous font ! Avouez avec moi que, passé trente ans, les pauvres femmes sont les malheureuses victimes de l’ennui ; avouez que, passé cet âge, vous vous êtes ennuyée.La différence entre nous deux, c’est que j’en conviens franchement et que vous tâchez de vous consoler et de nous attrapper par de belles phrases.Que pouvez-vous répondre à cela?Comme Mme de Lambert, sous la forme d’un joli volume in 12 richement relié, non seulement ne répondit pas, mais encore glissa lentement du sopha sur le tapis, Mme de Vauplaisant tint la discussion pour close et l’adversaire pour battu.Elle leva alors avec résignation ses beaux yeux sur le plafond, où des amours de Boucher étalaient leurs grâces prétentieuses, et s’assoupit en attendant le dîner.VII Dans l'après-midi, madame descendit au jardin, de son pas dolent, et, sans y songer, s’engagea peu à peu dans les bois de la Corne, qui faisaient suite au parc.Marton l’accompagnait d’un air résigné.Le sentier qu’elles suivaient aboutissait à une clairière où l’on entendait un bruit de voix et des coups de cognée.Tout à coup, il y eut un craquement sinistre, des cris d’effroi, et, au bout d’une minute, un homme apparut dans le sentier.Il courait, connue affolé.Ses yeux étaient troubles et toute sa physionomie exprimait une indicible horreur.—Mon Dieu ! qu’y a t-il ?s’écria Mme de Vauplaisant épouvantée.L’homme, sans s’arrêter, cria d’une voix haletante : “ Là, là.dans la clairière ! ” Et il reprit sa course en poussant de sourds gémissements.—Marton, voyez ce que c’est, dit madame toute trem blante, et en s’appuyant au tronc d’un vieux châtaignier.Quand Marton revint, elle était pâle, ses lèvres 'tremblaient :—Un grand malheur s’écria-t-elle ; n’v allez pas n’y allez pas, c’est trop affreux ! Revenue d’un premier moment de faiblesse, Mme de Vauplaisant se sentit comme poussée par une force supérieure, et d’un pas ferme marcha vers la clairière, Marton la regardait avec étonnement ; son visage s’était comme transfiguré.VIII A la lumière d’un gai soleil, au bruissement des bouleaux qu’agitait une brise légère, parmi les fougères don- JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE.20 cement balancées et les bruyères en fleur, un homme était étendue sur la mousse.Son visage était pâle comme un linge, ses yeux étaient fermés, ses lèvres contractées par la douleur : une goutte de sang, une seule, perlait au coin de sa bouche.Une des branches d’un gros chêne iju on venait d’abattre l’avait atteint etbrisé dans sa chute.Mme de Vauplaisant se jeta à genoux près de lui, et d’une main aussi douce que celle d’une sœur de charité écarta les cheveux du blessé; puis elle lui souleva doucement la tète et lui demanda où il souffrait.L’homme fit un effort, mais il ne put desserrer les lèvres.—Une civière ! dit elle aux autres ouvriers.Et comme ils s’empressaient maladroitement pour en faire une avec des branchages : —â ite ! dit-elle ; deux d’entre vous, courez détacher un des volets du pavillon de chasse ; qu’on appelle un médecin, qu’on prévienne M.le curé.Pendant qu’elle donnait ces ordres sans l’ombre d’une hésitation, elle essuyait doucement avec son mouchoir le front de l’ouvrier blessé.Puis, comme il venait d’en-tr’ouvrir les yeux, elle trouva, d’instinct, quelques unes de ces bonnes paroles qui sortent si naturellement, dans les grandes circonstances, du cœur généreux et compatissant des femmes.Car elle avait un cœur, après tout, quoiqu'elle l’eût toujours ignoré.Oh ! comme elle oubliait tous ses petits malheurs imaginaires devant ce malheur si affreux et si réel.Dieu avait choisi son heure pour frapper un grand coup: en un instant s’était déchiré le voile épais qu’une éducation frivole et une vie plus frivole encore avait étendu entre elle et la vérité.IX Quand on plaça le pauvre corps brisé sur la civière, sa charité la rendit ingénieuse pour lui éparguer la souffrance ; de ses belles mains, autrefois si dédaigneuses, elle tenait la main rude du bûcheron.On se mit en marche ; alors le blessé, malgré son courage, se mit à trembler comme un oiseau blessé.Quand elle vit se cela, des larmes coulèrent de ses yeux, autrefois si indifférents, sans qu’elle songeât ni à les retenir ni à les essuyer.On arriva enfin au château.Quand le médecin eut déclaré que tous les secours étaient inutiles, elle se jeta à genoux et trouva dans son cœur des paroles de foi et de supplication pour appeler la miséricorde du souverain juge sur cette âme immortelle si près de paraître devant son redoutable tribunal.L’hnmble curé du village vint à son tour apporter la consolation et la force au voyageur qui avait le pied déjà sur le seuil de l’éternité.Alors, elle ne vit plus en lui (tant ses yeux s’étaient ouverts à la lumière de la vérité) le pauvre prêtre gauche et timide dont elle avait parfois sourit à sa table somptueuse ; elle vit en lui le ministre et l’envoyé de Dieu dans toute la majesté de son auguste ministère.Les paroles qu’il murmurait à l’oreille du mourant allaient frapper une autre oreille et pénétraient profondément dans un autre cœur.X La dernière lutte fut .longue, Mme de Vauplaisant passa tout le temps au chevet du blessé.Ce n’était certes pas par une vaine ostentation de charité et de dévouement.Son cœur, profondément troublé, trouvait une sorte de refuge auprès de ce lit de douleur.Elle s’était attachée cet homme souffrant, non-seulement par le bien qu’elle lui avait fait, mais encore par le bien qu’elle en avait reçu.N’était-ee pas son malheur qui lui avait ouvert, à elle, le chemin de son propre cœur ?Dans le silence et la méditation de ces heures tristes et douces, elle revenait sur les souvenirs de sa vie passée, et il lui semblait que c’était des ombres vaines, ou tout au moins les images d’une autre vie que la sienne.Elle sentit alors pour la première fois qu’un chrétien n’est pas quitte de tous ses devoirs pour avoir assisté régulièrement aux offices et avoir honoré son pasteur.Elle comprit que les mains les plus aristocratiques s’en noblissent en accomplissant les œuvres les plus serviles et les plus vulgaires selon le monde.Elle apprit que la véritable aumône n’est pas celle qui se fait par l'entremise d’un laquais, et que la seule vraie charité est celle où le cœur se donne tout entier.Sans doute, ces impressions si vives s’affaiblirent sous l’action du temps, c’est le sort de toutes les affections humaines ; sans doute, Mme de Vauplaisant ne devint pas une sainte, mais elle devint une femme vraiment digne de ce nom.—Magdsin pittoresque.EDUCATION.Uii cours d'éducation en quatre mots.Posons une distinction entre l’instruction et l’éducation des enfants.L’instruction est donnée par des maîtres, l'éducation appartient particulièrement aux parents ; nous pouvons la réduire à quatre points : lo.Se faire obéir des enfants ; 2o.S’en faire aimer ; 3o.Leur apprendre à aimer Dieu ; ¦io.En faire de nobles cœurs.La première vertu chez l’enfant, c’est l'obéissance.L’enfant est ignorant de ce qu’il lui faut, et il ne sait pas obéir, il voudra ce qui lui nuit pour repousser ce qui lui est utile ; donc il faut, dans son intérêt, que l’enfant obéisse ; s’il en est autrement, il ne sera qu’un enfant gâté, incapable de supporter la contrariété et de surmon ter les obstacles ; toute sa vie se sentira de ce premier vice de l’éducation.Trop de parents emploient de mauvais moyens pour se faire obéir : il se fâchent, frappent, ont toujours à la main verges et fouets.Ce traitement irrite l’enfant, l’endurcit, le rend insensible ; il produit l’effet contraire de celui qu’on recherche ; on peut être ferme sans dureté, sans emportement, avec sang froid.Il suffit de comman der avec ce ton décidé, avec cette voix d’autorité qui ne permettent pas de réplique.En présence de cette constance dans la volonté raisonnable des parents, le pli de l’obéissance ne pourra manquer d’être pris, et l'éducation deviendra facile.Il faut en second lieu, on pourrait dire en même temps' se faire aimer, car c’est aussi un moyen de se faire obéir plus facilement.Voulez-vous que vos enfants vous aiment, montrez leur que vous les aimez vous mêmes, sans gâterie, sans faiblesse, mais aussi sans réserve, dans ce qui est raisonnable ; que vos enfants vous trouvent toujours prêts à écouter leurs petits chagrins, qu’ils puissent décharger sur vous avec confiance leur cœur lorsque ce petit cœur est gros.Que dans leurs maladies ils soient soignés avec affection, qu’ils ne soient jamais grondés que lorsqu’ils le mériteront ; ne montrez de préférence pour aucun d’eux; la jalousie est un venin qui attaque les meilleures natures, il faut bien se garder de lui donner une raison d’être ; deux excès sont également à éviter : trop de sévérité et trop de faiblesse ; l'un nuitautantquerautreàl’amoui des enfants pour leurs parents.Il n’est même pas rare de voir la mère qui gâte trop ses enfants moins aimée que celle qui est trop sévère, parce que sous l’influence de sa faiblesse la nature de l’enfant qui a besoin, avant tout, de règle et de direction, se corrompt et s’égare.Troisième point : parents, apprenez à vos enfants à JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.aimer le bon Dieu ; dès que leurs regards répondent à votre voix, parlez-leur de Dieu, dites-leur qu’il y a dans les cieux un Dieu qui les aime, qui voit leurs actions, joignez leurs petites mains pour le leur faire adorer, ensei-gnez-leur aussi à prier la Vierge Marie ; puis lorsqu’ils grandiront, nourrissez leur piété et leur foi par de bons conseils et surtout par de bons exemples ; ne laissez pas dire devant eux une parole déshonnête, ne laissez pas faire une action dont on ait à rougir.Préparez-les avec soin à la première communion, comme à la plus sainte action de la vie.Soyez certains que non seulement vous rendrez ainsi à vos enfants le plus grand service que des parents puissent leur rendre, mais que vous serez vous mêmes récompensés ; car l’enfant qui aime et sert Dieu, honore ses père et mère, et devient pour eux un sujet de consolation et de joie, tandis que tout est à craindre de celui qui affronte la vie sans guide et sans maître.Mais il ne suffit pas de chercher à préserver les enfants des défauts les plus grossiers, il faut leur donner des vertus véritables ; ainsi, ce n’est pas assez qu’ils ne soient ; pas menteurs, il faut s’efforcer d’en faire des hommes; droits, sur la parole desquels on puisse toujours compter j sans hésitation ; ce n’est pas assez de leur faire éviter le j vol, il faut leur inculquer le sentiment de l’honneur, qui j fait qu’on tient à rendre à chacun ce qui lui appartient, ; et qu’on pousse l’honnêteté jusqu’à la délicatesse ; ce n’est ¦ pas assez qu’ils ne soient pas paresseux, il faut tâcher de ! les rendre amis du travail, et les accoutumer à l’activité ! qui conduit au succès dans toutes les professions.Ce n’est pas assez de leur faire éviter les excès de la débauche, il faut en faire des hommes sobres, des femmes dévouées ; à tous leurs devoirs.Pour parvenir à cet heureux résultat, nous répétons que la meilleur leçon que puissent donner les parents est celle de leur exemple, en se montrant véritablement chrétiens, aimables par leurs vertus et dignes d’imitation dans toute leur conduite.* # * Ce qu'est l’éducation et ce qu'elle devrait être.Nous traduisons les extraits suivants du discours du professeur Hodgson, sur ce sujet important.Le professeur Hodgson est président de la section du Congrès des scien ces sociales atfectée à l’éducation, en Angleterre.Après avoir traité son sujet à un point de vue général, il en vient aux détails.Voici ce qu’il pense de l'instiuction des femmes : u II n’est que naturel de s’attendre à trouver que toutes les femmes, sans exception, soient de bonne heure convenablement formées à l’accomplissement des devoirs du ménage, à l’économie domestique, aux travaux culinaires a la tenue des livres, au calcul de mémoire, à la coupe et a la confection des vêtements, à la direction des enfants — du moins à leur direction corporelle, si celle de leur i ntelligence est une tache trop élevée pour des femmes — aux lois sanitaires, outre beaucoup d’autres devoirs que l’état d’épouse et de mère réclame avec exigence.“ Ije II1'- Samuel Johnson avait coutume de dire qu’un homme aimerait mieux que sa femme sût lui faire cuire a point un bon dîner, plutôt qu’elle sût lire le grec.—Il ne semble pas avoir prévu qu’il viendrait un temps où une lemme apprendrait à faire l’un et l’autre.Très vrai ; mais que dire de femmes qui sont également et complètement incapables de faire l’un ou l’autre.“ Op.interdit aux femmes la haute culture, de peur nous dit on, qu’elles ne manquent celle qui sied à toutes! Mais pourquoi leur refuser aussi cette dernière?C’est là un mystère dont nous laissons la solution à ceux qui 21 insistent pour que les femmes restent précisément ce que des préjugés passés de mode et des conventions surannées ont décidé qu’elles seront.” Voici maintenant l’opinion de l’orateur sur l’instruc tion classique.Elle nous semble parfaitement raisonnée : ‘ La haute valeur qu’on attache aujourd’hui plus que jamais à la science physique, que ce soit la science d’observation, d’expérimentation ou de calcul, le grand cas qu’on fait chaque jour davantage de la langue en général, et des langues modernes en particulier, surtoul de notre langue maternelle, non pas simplement dans leurs soi-disant rapports pratiques, mais comme agents et moyens d'éducation, ont introduit une appréciation plus rationnelle de la place légitime à laquelle ont droit les langues classiques, en éducation et l'adoption de méthodes plus philosophiques et plus concises pour les enseigner.“ Le monopole qu’elles ont si longtemps maintenu s’en va vite, bien qu’il doive encore s’écouler un long espace de temps avant qu’elles descendent à leur véritable et dernier niveau.Lord Lyttleton, un de nos érudits les plus accomplis, s’est exprimé en ces termes, de la place même que j’occupe maintenant, sans la mériter comme lui : “ Pour ce qui a trait à l’enseignement classique, du moins à l’enseignement du latin, je dois dire, quant à moi, que je me contente de placer l'argument qu’on fait valoir en sa faveur sur un terrain quelque peu jilus étroit qu’on ne le prend fréquemment.J’admets pleinement la force des considérations directes en faveur du savoir classique eu égard à la beauté impérissable et à l’impor tance presque sans bornes de la littérature dont il nous procure l’accès.Pourtant je dois admettre que, en examinant l’état actuel de la littérature, telle qu’elle est, et mise en contraste avec les temps passés,—l’immensité, l’excellence, les ressources pour la culture de l’intelligence, l’utilité pratique de la littérature des quatre derniers j siècles;—jusqu’à quel point, bien sans doute que ce soit loin de l'être complètement, les avantages eux-mêmes de l’érudition classique peuvent être obtenus au moyen de langues modernes ;—quand je considère en outre, les conditions de la société moderne, les circonstances multi pliées qui réclament notre temps, le besoin absolu de beaucoup de savoir et de connaissances, en dehors du domaine de l’ancien savoir ; et pour un grand nombre, la nécessité d’acquérir de bonne heure des habitudes pratiques d’hommes d’affaires, complètement en dehors des livres,—je ne peux me décider à en venir à la conclusion qu’au double point de vue littéraire et didactique, la connaissance du grec ou même du latin seul est indispensable aux classes supérieures, à plus forte raison, à ceux qui se trouvent au-dessous d’elles.“ Pourtant j’ai la ferme croyance que, bien que dorénavant les langues classiques doivent absorber de moins en moins de temps dans nos écoles, bien qu’elles y soient enseignées à une époque plus avancée de la vie, et à un nombre plus limité (le nos jeunes gens, tout le bien qu’elles sont susceptibles de produire n’en aura pas moins d’efficacité dans la société tout entière.Si renseignement s’adresse à un moins grand nombre d’élèves, il s'en trouvera davantage en âge d’apprendre ; et si les élèves commencent plus tard, ils n’en seront que plus en état de tout apprendre avec intelligence, et conséquemment de l’apprendre à fond.” Le paragraphe suivant, sur l’instruction commerciale, mérite, à tous égards, de fixer notre attention : “ Dans ce pays éminemment commercial, il n’est pas, à première vue, peu surprenant que l’instruction corn merciale soit prisée si peu.Sans doute ce n’est pas sans quelque raison (pie le titre “ Academie commerciale ” suggère tant de ce qui rétrécit et.amoindrit, et si pen de 22 JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.ce qui élève et souffle l’inspiration, en éducation.La calligraphie, l’arithmétique, notamment les règles mercantiles, la tenue des livres, avec une légère teinture de géographie, tel a été le cadre de l’enseignement dans lequel se sont renfermées la plupart de telles académies, indignes homonymes de l'ancienne académie.“ Au Dr.Yeàts, de Londres, appartient, en grande mesure, l'honneur d’avoir dans sa propre école à Peekham, aussi bien que par ses écrits fait beaucoup pour racheter l’instruction commerciale de ce reproche bien inutile, s’il a été mérité jusqu’ici.Dans quatre volumes qu’il a publiés dernièrement, le Dr.traite succinctement, mais clairement, pleinement et en un style des plus attrayants, d’abord, de l’histoire naturelle du commerce, de ses matières premières, en second lieu, de l’histoire technique du commerce, ou de ses procédés de fabrication ; en troisième lieu, de la marche progre-sive et des vicissitudes du commerce ; en quatrième et dernier lieu, du commerce, tel qu'il était récemment, et tel qu’il est aujourd’hui.“ C’est à ces volumes que je dois renvoyer le lecteur pour le développement du pilan de M.Yeats.Mais dès le premier coup d’œil, il est évident que le sujet ainsi traité s'étend sur un champ très large, très-riche et très-varié, comprenant comme il le fait, beaucoup de géologie, de botanique et de zoologie, la géographie physique et p oli tique, la mécanique et la chimie appliquées, l’histoire, l’économie et la statistique.“ Dans les produits bruts de la terre, leurs propriétés caractéristiques, les changements artificiels qu’ils subissent, leur distribution géographique, et leur usage économique ; dans l’histoire des inventions et découvertes faites dans les arts, l’histoire de la naissance et du progrès du commerce, et les principles en vertu desquels le trafic est et devrait être réglé ; voilà où un professeur d’intelligence et bien préparé doit trouver d’amples matériaux pour une éducation à la fois haute, large et profonde, de tous points pratique et utilitaire dans le meilleur sens, pleine néanmoins de leçons morales et de stimulant intellectuel.“ Il y a tout lieu d’espérer que les cinq nobles écoles de la “ Compagnie des marchands d’Edimbourg ” avec leurs cinq mille élèves fraieront avant longtemps la voie dans cette direction nouvelle pour ce pays-ci, quoique bien connue sur le continent.” Il termine en louant les efforts qui sont faits pour encourager les études préparatoires des instituteurs, et en approuvante nomination de ces derniers à l’inspection des écoles : “ Un autre mouvement dont on peut à peine exagérer l’importance, c’est celui qui a pour objet la préparation systématique des instituteurs dans la science et l’art de leur profession.C’est là un point dont il n’est pas nécessaire que je prenne la défense ; il suffit d’appeler l’attention sur les faits.“ Ce n’est pas pour moi une petite satisfaction d’observer que les instituteurs commencent enfin à faire valoir leurs titres à l’emploi d’inspecteurs d’écoles.Longtemps, je le confesse, ça a été quelque chose de merveilleux pour moi, non pas simplement qu’on ait fait choix jusqu’à présent de si peu d’instituteurs pratiques pour ces fonctions, mais plutôt que le choix se soit en aucun cas porté sur des hommes de toute autre classe.Loin de moi la moindre idée de manquer do respect aux nombreux inspecteurs intelligents qui ont trouvé les moyens, grâce a l’expérience qu’ils ontacquise, après leur nomination, de montrer les aptitudes nécessaires pour ce genre de travail.Mais je n’hésite pas à dire que nommer inspecteurs d’écoles primaires des jeunes gens tout frais sortis du collège, qui n’ont jamais de leur vie peut être franchi le seuil d’une école primaire, et exiger d’eux qu’ils fassent rapport sur l’enseignement d’hommes qui sont de beaucoup leurs supérieurs, en fait d’âge, d’expérience pratique et peut-être même de savoir, sinon au point de vue de ce qu’on appelle erudition: voilà certes une injustice et une absurdité monstrueuses.HISTOIRE DU CANADA.Nous commençons aujourd’hui la publication d’un abrégé d’histoire du Canada, par.les Frères de la Doctrine chrétienne, et nous poursuivrons cette publication, dans chaque numéro du Journal, jusqu’à" l’épuisement du volume.Nous n’avons pas besoin d’insister sur l’opportunité, sur la nécessité même de la tâche que nous entreprenons, et nous renvoyons notre lecteur, sur ce sujet, à l’excellente préface par laquelle les auteurs commencent leur livre : PREFACE.En tête de son admirable Discours sur Vhistoire universelle, Bossuet a écrit : “ Il serait honteux, je ne dis pas à un prince, mais en général à tout honnête homme, d'ignorer le genre humain.” L’utilité de l’étude de l’histoire se trouve ici démontrée en deux lignes seulement, mais claires, énergiques, et qui valent mieux, peut-êlre, qu’une longue dissertation sur le même sujet Moins exigeants que X'aigle de Meaux, cependant,—parce que nous n’avons pas l’autorité de ce sublime génie,—nous nous contenterons de dire en paraphrasant son langage, que, de même qu’il serait honteux à tout Chrétien d’ignorer l’histoire du peuple de Dieu, ainsi le serait-il à tout Canadien-Français de n’être pas instruit de celle de son propre pays.L’étude de l’histoire natiçnalc est, en quelque sorte, inséparable de la précédente ; elle en (orme la suite logique, le complément indispensable.Entre l’histoire du peuple de Dieu et celle du Canada, il existe, au surplus, un trait frappant de ressemblance, que nous ne ferons qu’indiquer légèrement : c’est que, dans l’une comme dans l’autre, il n’y a rien d’obscur, ni même de douteux : tous les faits principaux y sont rapportés avec une précision, une fidélité, qu’on chercherait peut-être en vain dans l’histoire de presque tous les autres peuples.Les historiens de notre pays ont puisé aux sources les plus certaines ; ils ont eu pour guides Cartier, Champlain, Charlevoix, et un grand nombre d’autres auteurs, contemporains pour la plupart des événements qu’ils racontent : leurs ouvrages sont donc revêtus d’un grand caractère de certitude et d’authenticité.Dans la rédaction de l’abrégé que nous offrons aujourd’hui au public canadien, et que nous destinons tout particulièrement aux élèves des écoles primaires, nous n’avons eu,— ce’a se conçoit assez,—qu’à suivre Garneau, Ferland, Faillon, etc., nous bornant presque toujours à donner moins d’étendue au récit des faits principaux, et, parfois même, à en négliger quelques-uns d’une moindre importance.Entraînés par la beauté et la multiplicité des événements, nous aurions voulu n’en omettre aucun ; mais la nature même de notre ouvrage s’y opposait formellement.Ceux qui se sont déjà essayés dans ce genre, comprendront sans peine le regret que nous en avons éprouvé tout naturellement.Tel qu’il est, cependant, nous osons croire que ce volume renferme tout ce qu’il importe de savoir en histoire du Canada ; nous sommes certains, de plus, que les nombreuses questions placées au bas des pages, et se rapportant à des numéros d’ordre, faciliteront singulière-le travail de la mémoire chez les élèves.Les maîtres eux-mêmes trouveront, dans la méthode suivie, un avantage précieux, un puissant auxiliaire.N’ayant pas toujours le loisir de préparer une série d’interrogations sur le texte à étudier, ils auront ici un questionnaire étendu,—qu’il leur sera facile de développer davantage, toutefois, s’ils le jugent insuffisant.Cet abrégé, enfin, croyons-nous, rendra quelques services à l’enseignement public.Puisse-t-il être considéré comme un gage certain du vif intérêt que nous portons à l’instruction de la jeunesse de notre pays ! JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.23 Introduction tt l'abrégé de l’Histoire du Canada.PRHMIERS V0YAGBS, PRINCIPALES DÉCOUVERTES ET CONQUÊTES EN AMÉRIQUE (1494-1534).SOMMAIRE.1.Christophe Colomb.—2.But de son entreprise.—3.Ses premiers efforts.—4—13.Ses découvertes.—14.Découvertes de Jean et de Sébastien Cabot.—13.Améric Vespuce.— IG.Découvertes de Vincent Pinzon et de Gaspard Cortéréal.—18-20.Fernand Cortez et le Mexique.—21.Magellan.—22.Jean Vérazzani.—23—28.François Pizarre et le Pérou.—29—31.Indiens de l’Amérique du Nord et leur origine.1.L’Amérique fut découverte par Christophe Colomb, génois.Conjecturant qu’il devait y avoir des terres à l’ouest de l’Europe, ou que du moins on pourrait arriver aux Indes par cette route, cet habile navigateur, afin de mieux s’éclaircir sur la véritable portée de cette idée qui fermentait dans son esprit, eut recours au plus habile géomètre d’alors, Paul Toscanelli de Florence.Celui-ci lui répondit, conformément à ses désirs, que le trajet aux Indes était facile par l’occident ; qu’il n’y avait pas plus de quatre mille milles à parcourir en ligne droite pour aller de Lisbonne à la province de Mangi, près de Cathay (Chine), si magnifiquement décrite par Marco Polo ; que l’on devait trouver sur la roule les îles Antilia et Zipangu, (Japon) éloignées l’une de l’autre de deux cent vingt-cinq lieues.2.Il n’en fallait pas davantage pour changer en convictiction les hypothèses de Colomb et lui inspirer le double enthousiasme de la science et de la foi.En effet, Colomb était très-pieux, et s’entretenait souvent avec des religieux, dont il prenait même quelquefois l’habit.Dans l’entreprise qu’il méditait, il était mû surtout par le désir de sauver une multitude d'âmes en leur portant la vérité, et d’acquérir de grandes richesses pour délivrer Jérusalem et détruire l’Islamisme.3.Colomb proposa d’abord à Gênes, sa patrie, de lui fournir les moyens d’aller à la découverte d’un continent à l’occident ; mais il n’en reçut qu’un dur refus et fut même traité de visionnaire.Il ne fut pas plus heureux auprès du Portugal, de l’Angleterre et de la France.Il s'adressa alors à l’Espagne, où régnaient Ferdinand et Isabelle, et en obtint enfin, après huit ans de sollicitations, trois petits vaisseaux avec les titres de grand amiral de l’Océan, de vice-roi et de gouverneur-général de toutes les mers, des îles et de tous les continents qu’il découvrirait dans l’étendue de son amirauté.4.Le 3 août 1492, Colomb s'embarquait à Palos, petite ville et port d’Espagne, et le 12 octobre suivant.il abordait dans une des îles Lucayes (Guanahani), qu'il nomma Saint-Sauveur.En débarquant dans cette île, Colomb pleura de joie, se jeta à genoux et rendit grâces à Dieu des succès de son voyage.Il y planta une croix, et, en présence des habitants, il prit possession de cette terre au nom de leurs majestés catholiques, Ferdinand et Isabelle.5.A leur arrivée dans I’île Saint-Sauveur, les Espagnols y trouvèrent la rive bordée de sauvages qui manifestaient le plus profond étonnement.Simples et tranquilles, ces sauvages s’approchaient pour regarder, pour toucher, et devenaient eux-mêmes, pour les navigateurs, l’objet d’un étonnement non moins grand.“ Afin qu’ils “ nous traitassent nvcc amitié, dit Colomb, et parce que je reconnus “ qu’ils se mettraient à notre merci et se convertiraient à notre “ sainte foi plutôt par la douceur et la persuasion que par la violence “ «t la terreur, je donnai à quelques-uns des bonnets de couleurs et “ des perles de verre qu’ils ajustaient à leur cou, et autres objets de “ peu de valeur qui leur causèrent une grande joie, et nous conciliè-“ rent leur amitié d’une manière étonnante.Cas sauvages ne por-“ taient point d’armes et ne les connaissaient pas ; quand je leur “ montrai des sabres, ils les prirent du côté du fil, et se coupèrent “ par ignorance.” 6.Colomb découvrit ensuite les îles de Cuba et de Saint-Domingue ou Haiti, nommées plus tard Indes Occidentales.Les habitants de ces îles turent appelés Indiens, nom qu’ils ont conservé jusqu’à nos jours.Après avoir pris possession de Saint-Domingue, et y avoir construit un fort, il mit à la voile pour le retour ; et, le 15 mars 1493, il rentra à Palos, d’où il était parti.1.Par qui l’Amérique fut-elle découverte?A qui Colomb s'adressa-t-il pour s’éclairer dans sa cqnjeclure ?2.Quel but s’était surtout proposé Colomb, dans l’entreprise qu'il méditait ?3.A qui Colomb s’adressa-t-il pour obtenir les moyens de faire ses recherches de découverte ?Fut-il exaucé ?—4.Quand et où s’embarqua-t-il ?—Quelle fut la première terre qu’il découvrit?—5.Que trouvèrent les Espagnols, à leur descente dans l’ile Saint-Sauveur ?Comment parurent ces sauvages ?G.Quelle principale découverte lit ensuite Colomb ?Quel nom reçurent les habitants'de ces des ?Que fit-il après avoir pris possession de Saint-Domingue ?—7.Quel danger courut-il dans celte traversée ?—8.Comment fut-il reçu à Palos ?—9.Comment le reçurent le roi et la reine d’Espagne ?" 7.Dans celte traversée, Colomb essuya une tempête terrible, qui menaça, pendant quinze jours entiers, d’engloutir l’équipage.Afin eu’il restât, du moins, quelque souvenir de sa grande découverte, il qn mit les détails par écrit et les enferma dans des barîques qu’il jeta à la mer, dans l’espoir que les flots, qui menaçaient de lui être funestes, pourraient les pousser sur quelque rivage civilisé.8.La petite ville de Palos reçut Colomb avec des transports de joie.Les cloches sonnèrent à toute volée, les boutiques furent fermées ; c’était à qui vénérerait, dans celui qui venait de découvrir un Nouveau-Monde, l’homme que, sept mois auparavant, on tournait en risée comme un songe-creux.9.Le roi et la reine d’Espagne, qui étaient alors à Barcelone, l’y reçurent avec la plus grande distinction dans une audience publique.Transportés d’admiration, ils le firent asseoir en ieur présence, et le comblèrent d’honneur.Ils voulurent entendre de sa bouche les détails de cette expédition merveilleuse, et il sembla, dit Lis Casas, qu’ils goûtassent en cet instant les délices du paradis.Ils anoblirent sa famille, lui confirmèrent le titre d’Amirai des Indes, et l’autorisèrent à faire graver sur ses armes cette devise : “ Colomb a donné un nouveau monde aux royaumes de Léon et de Castille." ' 10.Colomb fit ensuite trois autres voyages au Nouveau-Monde, durant lesquels il visita un grand nombre d’îles des Indes Occidentales, nommées aujourd’hui les Antilles.Dans son second voyage, en 1493, il découvrit la Dominique, la Guadeloupe, les îles Sous-le-vent, Porto-Ricco et la Jamaïque.Dans son troisième voyage, en 1498, il découvrit l’Amérique méridionale et en explora la côte, depuis l’embouchure de l’Orénoque jusqu'à Caracas; et, dans son quatrième et dernier voyage, en 1502, il poussa jusqu’au go’fe de Darien.11.Il eut plusieurs fois à réprhner des révoltes parmi ses compagnons, et eut aussi cruellement à souffrir de l’envie.Accusé, après son premier voyage, par ceux qu'il avait châtiés, il les confondit aisément ; mais pendant sa troisième expédition, il devint la victime de la calomnie, fut dépouillé de son commandement et remplacé par Bovadilla, qui le renvoya en Espagne, chargé de fers.Et ce grand homme dut traverser, enchaîné, cette mer Atlantique qu'il avait le premier ouverte à l’ingrate Europe.Le capitaine du vaisseau, par respect pour son illustre captif, lui offrit de le mettre en liberté ; mais le vénérable Colomb lui répondit : “ Non, je porte ces chaînes “ par ordre de leurs Majestés, les souverains d’Espagne.Elles me “ trouveront aussi obéissant'dans cette circonstance que dans tonte “ autre injonction.Par leur ordre, j’ai été jeté dans ce cachot, leur “ ordre seul me rendra à la liberté.” 12.A l’arrivée de Colomb, en Espagne, l’indignation publique fut telle, à la vue d’un si indigne traitement et surtout des honteuses chaînes dont on l’avait chargé, que Ferdinand et Isabelle, non-seulement loi firent rendre aussitôtla liberté, mais ils l’accueillirent comme il le méritait, et rappelèrent même Bovadilla.Colomb, néanmoins, ne put recouvrer son crédit.Il n’oublia jamais cet injuste traitement ; durant le reste de sa vie, il conserva les fers qu’il avait si injustement portés ; ils demeurèrent suspendus dans son cabinet, et voulut qu’ils fussent ensevelis avec lui.Apiès son quatrième voyage, il se vit négligé par le roi Ferdinand.13.Colomb mourut à Valladolid, en 1506, dans la 66ème année de son âge, accablé d’infirmités et de ehigrins.Ses derniers moments furent consacrés à la prière et à la réception des derniers rites de la religion qu’il avait chérie et pratiquée toute sa vie ; ses dernières paroles furent celles du Roi-Prophète : “ Seigneur, je remets mon esprit entre vos mains." Il fut enterré à Séville; puis, en 1540, scs restes furent transportés à Hispaniola, dans l’î'e de Saint-Domingue, d’où ils furent transférés à la Havana, capitale de l’île de Cuba, le 15 janvier 1796.14.Les premiers navigateurs qui marchèrent immédiatement sur les traces de Colomb, turent le vénitien, Jean Cabot, et son fils Sébastien.Ayant persuadé à Henri Vit, roi d’Angleterre, qu’il était possible d’aller aux Inles Orientales par le Nord-Ouest, ils furent chargés d’une expédition dans ce but, en 149G ; mais ils furent bientôt an étés par les glaces.En 1497, ils découvrirent Terre-Neuve et le Labrador, un an avant que Colomb touchât l’Amérique méridionale.15.Bien que Colomb eût découvert le Nouveau-Monde, il fut privé 10.Combien de voyages fit-il encore au Nouveau-Monde ?Quelle fut sa principale découverte dans son troisième voyage ?Jusqu’où alla-t-il dans son quatrième et dernier voyage?—II.Qu’eut-il à endurer dans sa troisième expédition ?Comment reçut-il les mauvais traitements de ses envieux ?12.Que manifesta le peuple espagnol, envoyant Colomb arriver en Espagne chargé do chaînes ?Comment fut-il reçu de Ferdinand et d’Isabelle ?Que fit-il des fers qu'il avait portés ?—13.Où mourut Colomb ?—14.Quels célèbres navigateurs marchèrent immédiatement sur les traces de Colomb ?—Quelles découvertes firent les Cabot ; JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.de l’honneur de lui associer son nom.En 1499, le florentin Améric > espuce, habile pilote et savant cosmographe, s'embarqua, sur un vaisseau d une flottille espagnole, commandée par un des anciens compagnons de Colomb, Alonza d’Ojeda ; il eut une grande part au succès de cette expédition, dans laquelle furent explorées les côtes septentrionales de l’Amérique du Sud.Améric Vespuce, dit le savant abbé Fei land, adressa au duc de Lorraine une relation un peu exagérée de ses voyages, laquelle étant tombée entre les mains de Martin Hylacomylus, imprimeur à St.Lié, y fut publiée en 1507.11)lacomylus, par une erreur de ch fifres, plaça le premier voyage de Aespuce en 1497 ; et, concluant qu’il avait précédé celui dans lequel Colomb avait découvert la terre ferrn'q il proposa de donner le nom d’Amérique au nouveau continent.Cette publication, faite dans un pays fort éloigné de l’Espagne, demeura inconnue à Vespuce lui-même.Le nom proposé par Hylacomylus fut adopté par les cosmo-graphes contemporains, et, bientôt après, admis généralement pour désigner le nouveau continent.Il serait injuste de vouloir attacher du blâme à la mémoire d’Améric Vespuce, pour une erreur à laquelle il n’a pris aucune part.16.En l’année 1500, Vincent Pinzon, de Palos, découvrit le Brézil et le fleuve des Amazanes, et explora quatre cents milles de côtes non encore aperçues.Le nom du fleuve des Amazones vient de ce que les premiers navigateurs crurent voir sur ses bords des peuplades de femmes armées.Cette même année, 1500, Gaspard Cortéréal, navigateur portugais, pénétra dans l’intérieur du golfe St.Laurent.17.Il paraît certain que les premiers navigateurs qui vinrent sur les bancs de Terre-Neuve, furent des Basques et des Bretons.On en trouvait déjà en 1504.Ils y étaient attirés, surtout, par les immenses profits que leur assurait la pêche de la baleine.18.Le premier Européen qui ait tenté de fonder un établissement dans la partie septentrionale de l’Amérique est le baron de Léry et de St.Just.Il partit de France en 1518, et fit voile vers le nord de 1 Amérique.Il arriva à 1 île de Sable après une longue traversée, pendant laquelle il avait épuisé sa provision d’eaù douce.Trouvant le sol de cette île impropre à la culture, il abandonna son projet et s’en retourna en France, après avoir débarqué, sur l’î’e, des vaches et des pourceaux.19.En 1519, Fernand Cortez, capitaine espagnol, à la tête d’une flotte de 10 vaisseaux, portant 600 Espagnols, 18 chevaux et quelques pièces de campagne, aborda au Mexique, et en fit la conquête.Ce pays était situé au sud-ouest de l’Amérique du Nord et formait alors un vaste empire dont le souverain se nommait Montézuma.20.Quand Cjrtez parut sur les côtes du Mexique, une multitude de canots indiens tentèrent de s’opposer à sa descente ; mais l’aspect des vaisseaux des Espagnols et les explosions de leur artillerie tirent un tel effet sur ces peuples, qu’ils se jetèrent à la nage pour éclnpper à une destruction certaine.21.Le Mexique était une des plus délicieuses contrées de l’Amérique du Nord.Les fruits et les fleurs odorantes y abondaient spontanément ; on y voyait d’immenses plantations de citronniers et d’orangers ; et toute la surface de la terre était "couverte de la plus brillante végétation.Les forêts étaient remplies d’oiseaux à plumage varié, et l’air même était imprégné d’un parfum odoriférant qui s’élevait des bocages et des prairies.En outre, le pays abondait en mines d’or et d’argent.22.En l’année 1520, Magellan, célèbre navigateur portugais, alors au service de l’Espagne, découvrit le détroit qui porte son nom, entre l’Amérique méridionale et la Terre-de-Feu, et entra dans l’Océan Pacifique.23.Vers 1523, furent entrepris les premiers voyages de découvertes, au nom du roi de France.Jean Vérazzini, navigateur florentin, qui était au service de François I, visita, en 1524, les côtes orientales de l’Amérique septentrionale, depuis le 30e degré lat.N.jusqu’à Terre Neuve dont il prit possession.24.Peu après la conquête du Mexique, une expédition semblable fut entreprise contre le riche et puissant empire du Pérou, dans l’Amérique méridionale.Cette expédition était commandée par François Pizirre.Celui-ci s’embarqua à Panama, en 1525, et commença à explorer les côtes de l’Océan Pacifique.Ayant trouvé le pays qu’il cherchait, il retourna en Espagne.15.Qui est-ce qui donna son nom au Nouveau-Monde ?—Quelles decouvertes furent faites en l’année 1500 ?—17 Quels furent les premiers navigateurs qui vinrent sur les bancs de Terre-Neuve?18.Quel est le premier Européen qui ait tenté de fonder un établissement dans la partie septentrionale de l’Amérique ?—19.Que lit Fernand Cortez, en 1519 ?Qu’était alors le Mexique ?20.Quel elTet produisit l’aspect des vaisseaux espagnols et les explosions de leur artillerie sur les Mexicains ?—21.Quel aspect présentait le Mexique ?22.Que fit le célèbre navigateur Magellan en 1520 ?—23.Quels furent les premiers voyages de découvertes au nom de la France ?—21.Peu après la conquête du Mexique, quelle autre 25.Pizarre obtint de Charles-Quint le titre de vice-roi des contrées qu’il avait découvertes, et quelques troupes pour lui aider à en faire la conquête.Il continua ses aventures, et pénétra jusqu’au centre du Pérou, empire alors tiès-vaste, et gouverné par des souverains appelés Incas.Mais le pays se trouvait divisé en deux partis hostiles, conduits par les deux fils du monarque défunt, dont l’aîné, Iluescar, et le cadet, Atahualpa, se disputaient la succession au tiônc.Ata-hualpa défit son frère dans une bataille et le lit prisonnier.26.Pizarre envoya une ambassade à l’inca Atahualpa, et résolut de suivre l’exemple de Cortez, c’est-à-dire de sacrifier au succès la bonne foi et la loyauté.Profitant de l’audience donnée à son ambassade par l’inca Atahualpa, Pizarre, à la tête d’une poignée de ses gens les plus résolus, se jeta sur lui, renversa tout ce qui résistait, et le fit prisonnier, en 1532.C'est ainsi que la perfidie et l’audace, secondées par la supériorité des armes, livrèrent un puissant empire au pouvoir d’un aventurier, dont toute la force consistait en cent soixante hommes et trois canons.Au milieu du massacre de quatre-vingt mille indigènes, Pizarre ne perdit pas un soldat.57.Informé de l’offre que Iluescar, son fière, venait de faire aux envoyés de Pizarre, Atahualpa l’envoya égorger ; puis, comprenant que l’unique passion des Espagnols était la soif de l’or, il leur promit, s’ils lui rendaient la liberté, d’en remplir la salle où il se trouvait, aussi haut que sa main pouvait atteindre, et cc-tte salle avait vingt-deux pieds sur seiz; (I).L’infortuné monarque péruvien aurait rempli son tngigement, si on lui eût accordé sa délivrance ; mais, ayant été accusé de trahison et du meurtre de son frère, il fut mis à mort.La monarchie péruvienne, ainsi renversée, fut réduite en province espagnole (1533).28.Presque aussitôt après la conquête du Pérou, la dissension se mit parmi les conquérants, et de violentes contentions s’ensuivirent.Almagro, le rival de Pizarre, fut condamné et exécuté ; et, peu de temps après, Pizarre lui-même fut assassiné.29.A l’époque de leur invasion par les Espagnols, les empires du Mexique et du Pérou avaient fait des progrès considérables dans la civilisation.Leurs pyramides, leurs palais et leurs temples magnifiques prouvent qu’ils avaient déjà porté l’architecture jusqu’à un h aut degré de peifection.Ils entendaient la sculpture, l’art d’exploiter les mines et de travailler les métaux précieux; l'agriculture y était fort avancée ; ils avaient un système régulier de gouvernement et un code de lois civiles et religieuses.Ils adora’ent le soleil comme divinité suprême ; mais la religion des Péruviens possédait peu des traits sanguinaires qui caractérisaient celle des Mexicains, lesquels offraient des victimes humaines en sacrifice.30.Les Indiens de l’Amérique du Nord étaient d’une haute stature droits, et bien proportionnés.Ils avaient le teint cuivré, les yeux-bruns, les cheveux noirs, longs et gros.Ils étaient d’une ardente conception et non dépourvus de génie ; mais, étaient-ils provoqués, qu’ils devenaient aussitôt sombres et réservés ; et, une fois détermi nés à se venger, aucun danger ne pouvait les arrêter, ni l’absence apaiser leur ressentiment.A l’époque où ils furent visités, ils n’avaient pas de littérature écrite, mais seulement quelques grossiers hiéroglyphes.31.L’éducation parmi les Indiens, était bornée aux arts de la guerre, de la chasse et de la pêche.Leur langage était rude, mais sonore, métaphorique et énergique.On ne voit pas qu’ils aient eu de gouvernement particulier; n’obéissaient qu’à des chefs librement reconnus, qui n’avaient d’autorité qu’autant que leur en donnait l’éloquence ou la persuasion.La religion consistait en des traditions mêlées de beaucoup de superstitions.Comme les Hindous, et quelques-unes des anciennes nations, ils croyaient à l’existence de deux dieux ; l’un bon, qui était supérieur, et qu’ils appelaient Je Grand-Esprit ; et l’autre mauvais, qu'ils croyaient inferieur en puissance.Il les adoraient l’un et l’autre, et en faisaient des images de pierre, auxquelles ils rendaient un hommage religieux.Ils avaient des idées confuses des peines et des récompenses futures.Leur principal culte consistait à chanter et à danser autour d’un grand feu, auquel ils ajoutaient des prières, et quelquefois, ils offraient en sacrifice du sang, du tabac et une sorte de poudre odorante.(1) Cost là un conte.Il a été calculé quo tout l'or recueilli, jusqu’en 1857, formerait un volume d’environ 195 verges cubes, c’est-à-dire à peine la moitié d’une salle ordinaire.expédition fut entreprise ?—25.Qu’obtint Pizarre de Charles-Quint ?—26.Quelle fut la conduite de Pizarre ?27.Quelle fut la fin d’Athualpa ?—28.Qu’arriva-t-il presque aussitôt après la conquête du Pérou ?—29.Où en étaient les empires du Mexique et du Pérou, à l’époque de leur invasion par les Espagnols ?30.Faites connaître quelques-uns des traits caractéristiques qui distinguaient les Indiens de l’Amérique du Nord ?—31.A quoi se bornait l’éducation parmi les Indiens ?Quelle était la forme de leur gouvernement ?En quoi consistait leur religion ? JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.25 32.L'origine des Indiens qui habitaient le pays, à l’arrivée des Européens, a été longtemps un sujet d’investigitions ; et, néanmoins la question reste indécise.L’opinion 1i plus vraisemblable est, qu’à une période inconnue, ils énvg.èrent de la partie nord-est de l'Asie à la tôte nord de l’Amérique septentrionale.Ce sentiment paraît assez probable, si l’on considère que le détroit de Behring, qui sépare les deux continents, n’a environ que quarante milles de largeur, distance beaucoup plus courte que celle que les Indiens peuvent parcourir dans leurs canots ; or comme Ce détroit est fréquemment gelé dans toute son étendue, ils ont pu le traverser sur la glace.De plus, des naufrages ou des voyages de découvertes ont peut-être jeté sur les rivages de l’Amérique, et mêlé aux tribus venues de la Tartarie par le détroit do Behring, des Gaulois, des Scandinaves et d’autres peuples du nord de l’Europe.Ce qui porterait à le croire, c’est la différence considérable qu’on a remarquée, sous le rapport de la civilisation, entre les habitants du Mexique et du Pérou, et le reste des sauvages de l’Amérique.PREMIÈRE PARTIE.—DOMINATION FRANÇAISE.PREMIÈRE ÉPOQUE.ni: l’arrivée df.jacqües-caiitier au canada, a ia fondation DE QUÉBEC ( 1534— 1G08).CHAPITRE PREMIER.De Varrivée de Jacques Cartier au Canada, à la nomination de M.de Roberval, comme vice-roi (1534-1541).SOMMAIRE.I.Le Canada.—2-G.Jacques Cartier choisi pour une expédition de découverte en Amérique.—G.Cartier dans le golfe du Saint-Laurent.—G.Baie des Chaleurs.—7.Croix plantée à Gaspé.—8.Retour en France.—10.Second voyage de Cartier.—13.Origine du nom de Saint-Laurent.—14—17.CartieretDonnacona.—18.Stadaconé.— la—2t.Cartier à Ilockelaga.—22—25.Le Mont-Royal.—26—27.Retour en France.1.Le Canada forme une vaste région située au nord-est de l’Amérique septentrionale.Quand il fut découvert par les Européens, il était habité, sur plusieurs points, par diverses tribus de sauvages, connues depuis sous le nom d’indiens 2.Jacques-Cartier, hibile navigateur de Saint-Malo, est le premier qui pénétra dans l’intérieur de cette vaste contrée déjà un peu connue des Français; car nous avons vu que Terre Neuve, file du Prince-Edouard, le Labrador et le golfe S iint-Laurent avaient été successivement découverts par les Cabot, les Curtéréal et les Vérazzani ; que, depuis longtemps déjà, les côtes de Terre-Neuve étaient connues des Basques et des Bretons.3.La guerre que la Franco avait eu à soutenir contre l’Espagne, ne lui avait pas permis de poursuivre ses découvertes commencées par Vérazzani.En apprenant le succès des Espagnols et des Portugais dans le Nouveau-Monde, Françiis I, roi de France, résolut d’établir aussi des colonies en Amérique.Ce prince disait en plaisantant : “ Quoi ils se partagent tranquillement entre eux le Nouveau-“ Monde 1 je voudrais bien voir l’article du testament d’Adam qui “ leur lègue l’Amérique I ” 4.François I revêtit d’une commission le célèbre navigateur Jacques-Cartier, l’autorisant à prendre possession de tous les pays qu’il pourrait découvrir, afin d’y porter les lumières de l’Evangile et de la civilisation chrétienne.5.Cartier s’embarqua pour l’Amérique au port de Saint-Malo, sur les côtes de la Bretagne, le 20 avril 1534.Son expédition ne comptait que deux vaisseaux do soixante tonneaux chacun, montés par soixante-un hommes d’équipage.G.Lj 9 juin, Cartier pénétra dans le golfe du fleuve appelé ensuite Saint-Laurent, et le parcourut, tant du côté du sud que du côté du nord.Il fit ensuite voile vers le sud, et entra, le 3 juillet, dans une baie fort profonde, où il souffrit beaucoup du chaud; c’est pour cela qu’il la nomma Baie des Chaleurs.Dj là, il poursuivit son expédition ; mais la violence des vents la força à chercher un refuge dans la baie de Gaspé.32.Quelle a été l’origine des Indiens ?1 Qu’esl-ce que le Canada ?Par qui était-il habité, ù l’époque où i 1 fut découvert 't—2.Qui pénétra le premier dans l’intérieur du Canada ?Le Canada était-il déjà connu ?3.Pourquoi la France n’avait-elle pas poursuivies ses découvertes commencées par Vérazzani ?Quelle résolution François I prit-il, en apprenant le succès des Espagnols et des Portuguais dans le Nouveau-Monde ?—4 Quel navigateur François I envoya-t-il en Amérique ?—5.Où Cartier s’embarqua-t-il pour son premier voyage en Amérique ?—6.Qnand Cartier pénétra-t-il dans le golfe du fleuve 7.A peine les vaisseaux furent-ils dans cette baie, que le rivage fut couvert de naturels.Voyant l’empressement des indigènes à venir aupiès des Françiis.Cartier fit planter une croix, haute de trente pieds, sous le croisillon de laquelle était un écusson en bosse à trois fleurs de lis, avec cette inscription : vive le roi de France ! Tout l’équipage s’agenouilla devant cette croix, la saluant respectueusement et montrant le ciel à ces pauvres sauvages, pour leur faire entendre que de ce signe vient le salut.8.Ciaignant que les vents, qui commençiicnt à s’élever, ne l’obligeassent à passer l’hiver au Canada, Cartier résolut de partir.Il mit à la voile le jour de l’Assomption, après avoir assisté à la sainte messe avec tous les siens; et, le 5 septembre, ils arrivèrent au port de Saint-Malo, d’où ils étaient partis.Cartier emmena en France deux des fils d’un chef de sauvages q*’il avait obtenus à Gaspé, Taiguragny et Domagaya.9.Le roi de France fut si satisfait du rapport que lui fit Cartier, que l’année suivante, 1535, il lui donna une commission plus ample que la première, et lui fournit un armement plus considérable.10.La nouvelle expédition se composait de trois vaisseaux ; l’un, d’environ cent vingt tonneaux, appelé la Grande Hermine ; un autre, de soixante, appelé la Petite Hermine; et le troisième, nommé YEmé-rillon, de quarante tonneaux.11.Cartier nous apprend que, avant de partir de Saint-Malo, lui et tous ceux qui devaient l’accompagner dans cette expédition, dont un assez grand nombre de gentilshommes, s’étant confessés, participèrent à la sainte Eucharistie dans l’église cathédrale de Saint-Malo, le IG mai, fête de la Pentecôte, anniversaire du jour où les Apôtres avaient commencé d’annoncer l’Evangile aux nations; et que, pour attirer la bénédiction de Dieu sur la sainte expédition qu’ils allaient entreprendre, il voulut qu’ils reçussent celle de l’évêque du lieu.Comme dans la précédente navigation, ce pieux capitaine s’était pourvu de prêtres ; il portait aussi avec lui divers objets de piété pour les distribuer aux sauvages, ainsi qu’une statue de la tiès-sainle Vierge pour son usage et celui des siens.12.Li petite expédition mitàla voile le 19 mai 1535.Après avoir été séparés par d’effroyables tempêtes, les trois navires ne se réunirent que le 26 juillet suivant au liâvre de Blanc-Sablon, lieu désigné pour le rendez-vous.C'était le golfe du fleuve, appelé grande rivière du Canada, que Cartier avait dessein de remonter, ce qu’il n’avait pu faire l’année précédente.13.Le 1er août, une tempête l’obligea de s'abriter dans un port situé à l’entrée du fleuve, du côté du nord.Il nomma ce port le havre S îint-Nicolas, et y planta une croix.Le 10 du même mois, fête de Saint-Liurent, il entra dans une petite baie, aujourd’hui baie Sainte-Geneviève, qu’il nomma du nom de ce saint martyr.Ce nom s’étendit insensiblement à tout le fleuve.Le 15 août, il se trouvait devant l’î'e d’Anticosti, qu’il nomma île de l’Assomption, à cause de la solennité de ce jpur.14.Cartier remonta ensuite le fleuve, mouilla auprès d’une île, qu’il nomma île aux Coudres, parcequ’il y trouva beaucoup de coudriers.Plus loin, il rencontra une île beaucoup plus grande qu’il appela de de Bacchus, parce qu’il v trouva des vignes sauvages.Cette île porte aujourd’hui le nom d’tle d'Orléans II constata que ce n’était qu’à cet endroit que le pays commençait à être appelé Canada (1).En remontant ainsi le fleuve, Cartier se proposait de reconnaître le pays, et surtout d’aller à la bourgade d’Hochelaga, dont lui avaient beaucoup parlé Taiguragny et Domagaya qui, ayant appris un peu de françiis, pouvaient lui servir d’interprètes auprès des habitants de ce lieu.(1) L’opinion de ceux qui font dériver cotte dénomination du mot iroquois : Kanata, qui signifie un amas de cabanes ou village, paraît très-bien fondée ; et, avec d’autant plus de vraisemblance, que les Huions, qu’on dit avoir autrefois habité ce pays, emploient souvent le D, là où les Iroquois mettent le T, en sorte que le mot Ko not a des Iroquois, reviendrait à celui de Canada dans le langage des Durons, pour signifier un village ou une bourgade.appelé ensuite Saint-Laurent ?—7.Que fit-il, voyant l’empressement des indigènes à venir auprès des Français '! 8.Quo lit Cartier craignant que les vents ne l’obligeassent à passer l’hiver au Canada ?Quel jour mit-il à la voile ?—9.Quel effet produisit le rapport de Cartier sur le roi de France ?—10.De combien de vaisseaux se composait la nouvelle expédition ?—Que nous apprend Cartier de celte expédition ?12.Quand la petite expédition mit-elle à la voile ?—13.Qu’arriva-t-il à Cartier le 1er août 'i’ Pourquoi le nom de Saint-Laurent qu’il donna au golfe ?—14.D'où viennent les noms de île aux Coudres et de île de Bacchus t En remontant le fleuve, que se proposait Cartier '! 26 JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.15.Ayant trouvé, à son arrivée au bout de l’île d’Orléans, une petite riviere qui lui parut propre à servir de port à ses bâtiments, Cartier s y arrêta et la nomma rivière Sainte-Croix, (appelée depuis riviere baint-Chartes).Il lui donna ce nom, parce qu’il y arriva le 14 septembre, jour de l’Exaltation de la Sainte Croix.16.Le lendemain, Cartier reçut en cet endroit la visite de Donnn-eona, chef des sauvages d’une bourgade voisine, appelée Stadaconé.• du titre d’Agouhanna, nom qui, en langue huronne, signifie grand ou chef, était accompagn é déplus de 500 sauvages.*-tadaconé était située sur l’éminence où est maintenant bâtie la haute-ville de Québec., 1"* Donnacona visita plusieurs fois Jacques Cartier, et put même s entretenir avec lui, par le moyen dos deux sauvages qui avait été emmenés en France, et dont nous avons déjà parle.Comme l'intention de Cartier, en arrivant à Sainte-Croix, était de partir sans délai pour Hoehelagi, il avait mis dans cette rivière ses deux plus gros vaisseaux, et laissé l'Emérillon dans la rade.18.Cartier partit de Stadaconé le 19 septembre, sur Y Emérillon, avec tous les gentilshommes qui l’accompagnaient, cinquante mariniers, et deux barques ou chaloupes.Arrivé au lac appelé aujourd’hui lac Saint Pierre, il dut y laisser l’Emérillon, qui ne put avancer plus loin, ayant pris apparemment le chenal du nord au lieu de celui du sud.' 11 arma alors ses deux barques, les chirgea de vivres, et poursuivit ses découvertes.Dans leur voyage, les Français apercevaient sur les rives du fliuve un grand nombre de cabanes, habitées par des sauvages adonnés à la pêche ; ceux-ci leur apportaient du poisson et et recevaient en échange divers objets.19.La petite expédition arriva à Hochelaga le 2 octobre.Les habitants de cette bourgade, au nombre de mille personnes, accoururent au-devant des Françiis, leur firent un très-bon accueil, et leur apportèrent du poisson et du mais, qu’ils jetaient à l’envi dans leurs barques.Fouché de la bonne volonté de ce peuple, Cartier descendit à terre, et, ayant fait ranger toutes les femmes d’un côté et les hommes de l’autre, il leur distribua des présents.20.Le jour suivant, qui était un dimanche, ayant laissé huit matelots pour garder les barques, il partit avec ses gentilshommes et les autres matelots, pour visiter Hochelaga ; il était conduit par trois sauvages de cette bourgade.Après avoir traversé une magnifique petite forêt de chênes, ils se trouvèrent dans une grande et belle campagne, très-fertile, plantée de mais, au milieu de laquelle s’élevait Hoehelagi.21.Cette bourgade, dit Cartier, était entourée de trois palissades circulaires bien liées entre elles, de la hauteur d’environ deux lances.On y entrait que par une seule porte, que l’on fermaitavec des barrer Elle renfermait une cinquantaine de cabanes, longues d’environ cinquante pas, sur douze à quinze de largeur, toutes construites en bois et couvertes de grandes écorces, artistement cousues les unes avec les autres.Chaque cabane se divisait en plusieurs pièces, et dans le haut était un grenier pour y serrer le maïs destiné à faire le pain.22.Cartier et sa suite furent reçus à Hochelaga, dans la place publique, au milieu des démonstrations de la joie la plus cordiale.Accompagnés de plusieurs des habitants, ils se rendirent ensuite sur la montagne voisine, d’où ils purent prendre connaissanee du pays.Cartier appela cette montagne Mont-Royal, d’où est venu plus tard le nom de Montréal donné à la ville et à File toute entière.23.Craignant pour VEmérillon, Cartier et sa suite redescendirent le fleuve le jour même.Le lendemain, 4 octobre, ils arrivèrent à leur navire, qu’ils trouvèrent sain et sauf, au lieu appelé dans la suite Trois-Rivières.Ayant mis pied à terre sur celle des îles qui est la plus avancée dans le fleuve, Cartier y fit planter une croix, et continua sa route.24.Le 11 octobre, l’expédition était de retour au liâvrc de Sainte-Croix.Durant l’absence de Cartier, ceux de scs gens restés pour garder les deux navires qu’il y avait laissés, construisirent une espèce de retranchement garni de quelques pièces d’artillerie, afin de se défendre, en cas d’attaque de la part des naturels du pays.25.Pendant l’hiver, les Français eurent beaucoup à souffrir, non-seulement du froid, auquel ils n’étaient pas accoutumés, mais encore du scorbut, dont ils furent presque tous atteints.Vingt-cinq en moururent, et les autres furent réduits à un tel état de faiblesse, 15.Que fit Cartier au bout de File d’Orléans ?—16.Quelle visite reçut-il à Sainte-Croix ?—17.Comment le chef des saurages put-il s’entretenir avec Cartier ?—18.Quand Cartier partit-il de Stadaconé ?Que dut-il faire, arrivé au lac Saint-Pierre ?19.Quand Cartier arriva-t-il à Hochelaga ?—20.Que fit-il le jour suivant ?—21.Faites la description de la bourgade d'Hochelaga ?____ 22.Quelle réception fut faite à Cartier à Hochelaga ?23.Que tirent Cartier et sa suite après leur visite à Hochelaga ?_ 24 Quand rentrèrent-ils dans le havre de Sainte-Croix ?_______25.A quelle épreuve Cartier et ses gens furent-ils soumis ppndant l’hiver?qu’ils avaient presque perdu l’espérance de revoir la France, lorsqu’un sauvage leur procura un remède qui les ramena en peu de jours à la santé.26.Au printemps suivant (1536), Cartier se rembarqua pour la France, avec deux de ses vaisseaux, abandonnant le troisième faute de bras pour le manoeuvrer.Il arriva dans le port de Saint-Malo vers la mi-juillet.Peu avantson départ, le jour même de l'Invention de la Sainte-Croix, il avait fait planter dans son fort une belle croix, haute d’environ vingt-cinq pieds ; sur le croisillon de laquelle paraissait un écusson aux armes de la France, avec cette inscription : François I, par la grace db Dieu, roi des Français, règne.Informé des dispositions hostiles des sauvages de Stadaconé, Cartier s’empara de leur chif, Dunnacona, et de plusieurs auties des principaux, et les emmena en France.27.A son retour, Cartier trouva la France en guerre avec l’Espagne.Par suite, il s’écoula plus de quatie ans avant que Français 1 pût envoyer au Canada une troisièaie expédition.CHAPITRE II.De M.de Roberval, au marquis de la Roche, second vice-roi (1541-1578).1.La calme ayant été rendu à la France, Françiis I ordonna une nouvelle expédition au Canada, et nomma Jean François de la Roque, sieur de Roberval, son lieutenant-gouverneur dans le pays de Canada! 2.Le commandement de la nouvello expédition fut confié à Jacques-Cartier, avec le titre de Capitaine général et de Maître-pilote des vaisseaux.Cette expédition se composait de cinq navires, qui avaient été équipés à Saint-Malo.On n’attendait plus que M.de Roberval pour lever l'ancre ; mais, n’ayant pas encore reçu l’artillerie, les poudres et les munitions indispensables, il se détermina à rester en France, afin de hâter l’embarquement de ces objets.Apiès avoir fait la revue de tous les équipages, il dit à Cartier de prendre le devant.La flotte avait des vivres pour deux ans.3.Cartier mit à la voile le 23 mai 1541, et arriva à Sainte-Croix le 23 août suivant.Les sauvages des environs s’empressèrent de le visiter, spécialement celui qui avait succédé à Donnacona, en qualité de chef.En apprenant que celui-ci n’était plus de ce monde, il n’en parut nas fort affligé.3.Voulant mettre ses navires en plus de sûreté qu’au havre Sainte-Croix, Cartier remonta le fleuve jusqu’à la rivière du Cap-Rouge, qu’il trouva être un lieu plus sûr pour les vaisseaux, et plus convenable pour y commencer un établissement.Il plaça trois de ses j navires dans la petite rivière, cù ils étaient protégés par l’artillerie de deux forts qu’il avait fait construire.Il nomma la place Charles-bcnirg-Royal.La 2 septembre, il renvoya en France les deux autres vaisseaux, pour faire connaître au roi ce qui avait été commencé et pour l’informer que Riberval n’était pas encore arrivé.5.Après le départ des deux navires, Cartier fit appiêter deux-barques et remonta une seconde fois à Hochelaga pour examiner les sauts, afin d être mieux en état d’aller plus avant au printemps suivant.Il laissa la garde des forts et le commandement au vicomte de Beaupré.6.A son retour à Charlesbourg-Royal, sur quelques signes d’hostilité de la part des sauvages, il se détermina à mettre les forts en bon ordre et à se tenir sur ses gardes.7.Les molestations des sauvages et les retards de M.de Riberval, qui ne paraissait pas encore, découragèrent les colons ; ce qui détermina Cartier, à l’ouverture de la navigation (1542), à se rembarquer pour la France avec tout son monde.8.Arrivé i l’îlc de Terre-Neuve, Cartier y fit la rencontre de M.de Roberval, qui amenait trois gros navires, avec 200 personnes, tant hommes que femmes, parmi lesquels se trouvaient quelques gentilshommes.Il rapporta à M.de Boberval qu’il n’avait pu, avec sa petite bande, résister aux sauvages qui l’incommodaient continuellement.Et, malgré les vives instances de M.de Roberval, il ne put se décider à retourner au Canada.Afin de prévenir tout désagrément avec le lieutenant-général, Cartier leva l’ancre seciètemcn?la nuit suivante et regagna la Bretagne.—26.Que lit Cartier au printemps ?27.Dans quel état Cartier trouva-t-il la France à son retour?— 1 Le calme ayant été rendu à la France, que fit François I ?_2.A qui fut confié le commandement de la nouvelle expédition ?—3.Quand Cartier mit-il à la voile?—Qnand arriva-t-il à Sainte-Croix ?4.Que fit Cartier, voulant mettre ses navires en plus de sûreté qu’au havre Sainte-Croix ?—5.Que fit-il, après le départ des navires ?—6.Quelle attitude prit-il à son retour à Cliarlcsbourg-Royal ?—7.Quelle détermination prit-il à l’ouverture de la navigation ?—8.Quelle rencontre fit-il à l'île de Terre-Neuve ? JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.27 9.Le sieur (le Roberval arriva devant Charleshpurg-Royal au mois de juillet.1! commerça aussitôt à faire construire les bâtiments nécessaires pour défendre et loger ses colons, Il bâtit un fort renfir-înant une tour, deux corps de logis, avec chambres, cuisines, offices, un four, des moulins et un puits.Lj 14 septembre, il renvoya en Fiance deux de ses navires, pour informer le roi de l’issue de son voiage, et pour en rapporter des vivres et des fournitures.10.La petite colonie que venait d’amener M.de Robeival, fut bientôt soumise à une première épreuve.Soit par défaut d’aliments gras, soit par la sévérité du climat, le scoVbut se déclara, et fit même de si grands ravages, que cinquante personnes en moururent.Ces rolons, dont un grand nombre avaient été tirés des prisons de France, étaient peu propres à former une société model", digne du nom français.Auss;, M.de Robei val faisait-il peu de fond sur l’avenir de cette colonie.11.Au commencement de j in 1543, le sieur de Robeival partit avec huit barques et soixante dix hommes, pour visiter le Sjguenay, laissant trente hommes à la g rde du fort, sous la conduite du sieur de Roy èz -.12.François I, ne pouvant envoyer les secours demandés par M.de Robeival, chargea Cartier, paraït-i', d’entreprendre un quatrième voyage au Canada, pour le ramener en France avec les tristes débris de sa colonie.D aill urs, le roi le jugeait plus utile à son seivice en France, étant alors en guerre avec Charles-Quint.Pour l'honneur de la France et du Canada, celte tentative de colonisation au moyen de ces malheureux, échoua complètement.Après le départ du sieur de Robeival, le Canada, pendant bien des années, ne fut plus visité que par des vaisseaux employés à la pê.lre ou au commerce des pelleteries.13.Los découvertes de Jacques-Cartier, et les qualités personnelles qui l’ont distingué, doivent le placer ajuste titre parmi les plus grands h ommes de son sièole.Aux yeux de la religion catholique surtout, dit le savant abbé Faillon, Jacques Cartier est l’un des hommes qui l’ont seivie le plus utilement, en frayant le premier aux hommes apostoliques, le chemin de ces terres auparavant inconnues.Le zèle de François I pour la conversion de ces pays barbares était d’gne d’être secondé par un homme aussi intrépide, aussi constant, aussi prudent, et surtout aussi religieux que le fut Jacques-Cartier.S’il pénétra le premier dans ces régions lointaines, s’il affronta avec tant de résolution la fureur des flots, s'il brava la cruauté et la perfidie de tant de peuplades, au milieu desquelles il passa deux hivers, s’il souffrit tant de privations, et endura avec tantde constance les rigueurs d’un froid si persévérant et si cruel, c’est qu’il trouva, dans sa foi vive et ardente, cette magnanimité de courage, cette force d’âme, cette sainte audace qui font les héros chrétiens.14.Lorsque les François firent la découverte du Canada, ils trouvèrent ce pays partout couvert d’épaisses foiêts.L j climat était très-rigoureux en hiver, surtout dans la partie septentrionale ; la transition du chaud au froid, et réciproquement, y était souvent tiès-subite; mais on y respirait un air salubre.Le poisson abondait dans les lacs et les rivières, et le gibier dans les foiêts.15.Les peuplades qui habitaient cette vaste contrée, différaient peu entre elles par le caractère, les mœurs et les usages.Elles appartenaient à trois races principales : Esquimaux, Algonquins et Hurons.Les premiers, peuple faible et ressemblant à certains égards aux lapons, déjà connus des Européens, occupaient principalement le Labrador, Terre-Neuve et la baie d’Hudson.Les seconds, plus nombreux que les deux autres, se divisaient à peu près comme suit : lo.les Micmacs ou Souriquois, en Acadie ; 2o.les Abénakis, les Cannibas et les Malécites, dans le Nouveau-Brunswick et l’Etat du Maine actuel ; 3o.les Betsiamitcs, au nord du fleuve St.Laurent et un peu à l’est de l’embouchure de la riv.ère Saguenay ; lo.les Mon-tagnais, qui hrbitaient la vallée du S iguenay et celle du lac St.Jean ; 5o.les Algonquins proprement dits, qu'on trouvait depuis le Voisinage oriental de Stadaconé (Québec) jusqu'à l’ouest d’Hoehelaga (Montréal) ; 6a.les Àttikamègues et les Tètes-de-Baules, sur les bords et aux sources du St.Maurice ; 7o.les Outaouais, qui habitaient les bords de la riv.ère qui porte leur nom ; 8o.les Nipissings, dans les environs du lac du même nom ; 9o.les Mistassini.Les Ilurons, qui habitaient la presqu’île située entre le lac Simcoe 9.Quand le sieur de Roberval arriva-t-il devant Charlesbourg-Royal ?—10.A quelle épreuve fut bientôt soumise la petite colonie que venait d’amener M.de Roberval ?—12.Que fit le sieur de Roberval au commencement de juin 1543 ?—12.Quel ordre reçut Cartier pou après son retour en Franco ?13.Quel portrait l'abbé Faillon fait-il de Cartier ?14.Comment les Français trouvèrent-ils le Canada lorsqu'ils en firent la découverte ?14.Quelles peuplades habitaient alors le Canada ?et la baie de Nataouasagué, sur le lac Huror, sc divisaient, au nord du fleuve, en trois grandes tribus : lo.celle (le l’Ours ; 2o.celle de la Roche ; 3o.celle de la Tortue.Au sud du Heuve et des lacs Ontario et Erié, on trouvait les Iroquois, qu’on nomme aussi Huron-Iroquois, parce qu’ils paraissent descendre des Hurons ; ils comprenaient cinq tribus formant ensemble une vaste et puissante confédération ; voici leurs noms : lo.Agnier, 2o.Onnontagué, 3o.(foyogouir, 4o.Onneyouth, et Oo.Tsonnonthouan.CHAPITRE III.Du marquis de la Roche, à la fondation de Québec (1578-1608 ) SOMMAIRE.1.Le second lieutenant-général et vice-roi du Canada fut le marquis de la Roche, seigneur breton, qui reçut ses titres de Henri III, en 1578, lesquels furent confirmés par Henri IV, en 1598.Ce gentilhomme, très-zélé catholique, “ poussé,” dit Champlain, “ d’une sainte envie d’arborer l’étendard de Jésus-C.irist dans ces terres,” voulut, avant d’armer une flotte, aller lui-même reconnaître le pays avec un seul navire, sur lequel il s’embarqua au printemps de 1598.Indépendamment de son équipage, il avait sur son navire une cinquantaine de repris dejustice, n’ayant trouvé personne qui voulut le suivre, tant l’idée qui était restée du Canada aux Françiis était défavorable par tout le royaume.2.Arrivé à file de Sable, M.do la Roche y débarqua ses cinquante colons, leur laissa des vivres et des marchandises, et leur promit de venir les reprendre aussitôt qu’il aurait trouvé sur la terre ferme un lieu favorable pour y former un établissement.Dans ce dessein, il se rendit du côté de l’Acadie ; mais au retour il fut surpris par un vent si violent, qu’en moins de douze jours il abordait en France.Les troubles qui agitaient alors le royaume le forcèrent d’abandonner ses projets du côté de l’Amérique.3.Au bout de cinq ans, ayant ouï parler de l’aventure de ces malheureux, laissés dans file de Sable, et touché de compassion, le roi ordonna au pilote Chredotel, qui se rendait à Terre-Neuve, de les recueillir en passant.Ce dernier ne trouva que douzj de ces infortunés ; ils portaient une longue barbe, de longs cheveux, et étaient couverts de peaux de loups marins.4.La commission de M.de la Roche sur le Canada passa à Pierre Chauvin, capitaine de vaisseau, qui obtint en même temps le privilège exclusif de la traite des pelleteries.Le roi n’avait accordé ce privilège à Chauvin qu’à la condition qu’il fonderait une colonie au Canada et y établirait la religion catholique.Marchand et protestant, Chauvin s’occupa peu de ces deux dernières clauses.Apiès avoir fait deux voyages au Canada, le premier en 1599 et le seeond en 1600, il mourut en 1601, alors qu’il en projetait un troisième.5.Le successeur de M.Chauvin fut le commandeur de C’bates, gouverneur de Dieppe, homme de beaucoup de mérite.Quoiqu’il fût déjà avancé en âge, il voulait consacrer scs dernières années au service de Dieu et de son pays.Il forma une compagnie composée de gentilshommes et de marchands, et confia la conduite des vaisseaux au sieur de Pontgravé, navigateur de St.Malo, chargé par le roi de continuer l’exploration du grand fleuve du Canada.6.Le commandeur de Chates associa au sieur de Pontgravé Samuel de Champlain, gentilhomme de haute capacité et de grand mérite, né à Brouage, on Saintonge.Champlain avait servi deux ans et quelques mois comme officier de marine aux Indes occidentales, et ensuite dans le midi de la France, contre les Espagnols.7.L’expédition partit de Ilonfleur le 15 mars 1C03.L; voyage fut heureux.Laissant leur Hotte à Tadousac, cù devait se faire la traite, Pontgravé et Champlain remontèrent le Heuve en chaloupe jusqu’au saut Saint-Louis, qu’il ne purent franchir, et reprirent le chemin de Tadousac, examinant soigneusement le pays et recevant des indigènes tous les renseignements possibles sur le cours des principales rivières et sur l’intérieur du pays.Ils remarquèrent surtout le beau hûvre au milieu duquel s’avance le promotoire, dè< lors connu sous le nom de Kébec.1.Quel fut le second lieutenant-général et vice-roi du Canada ?____ 2.Que fit M.de la Roche, arrivé à 1 île de Sable ?—3.Quelle mission reçut du roi le pilote Chédotel, quelques années après ?4.A qui passa la mission de M.de la Roche sur le Canada ?_________6 Qui succéda à M.Chauvin?Quel moyen prit le commandeur de Chates pour fonder une colonie au Canada ?—A qui confia-t-il la conduite des vaisseanx V 6.Quel personnage le commandeur de Chates associa-t-il au sieur de Pontgravé ?—7.Quel havre attira surtout l’attention Je Pontgravé et de Champlain, à leur arrivée au Canada ? JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.8.Dans la relation de ce voyage, Cliamplain rapporte qu’ayant questionné les sauvages, il reconnut, comme l’avait fait Jacques-t artier, qu’ils avaient de D eu les idées les plus tristes et les plus ridicules ; et, à l'exemple de ce navigateur, il prit de là occasion de leur i xposcr, en abrégé, la foi catholique, sans omettre le culte des saints, l’un des points que combattaient alors les Huguenots.A leur retour à Honfleur, en 1603, les sieurs de Pontgravé et de Cliamplain apprirent la mort du commandeur de Chates, qui n avait pu accompagner l’expédition.La mort de cette homme si puissant, et en même temps si bien intentionné, fut une perte sérieuse pour le Canada, et un fâcheux contretemps pour de Pontgravé et de Champlain.10.M.de Chates eut pour successeur Pierre du Gas, sieur de Monts, et gentilhomme calviniste, Henry IV lui confia, avec le titre de lieutenant général, celui de vice-amiral.Il lui permit aussi l’cxercicc de sa religion en Amérique, pour lui et pour les siens, poui vu toutefois qu'il y implantât la foi catholique, apostolique et romaine, et qu’il y établit une colonie.11.M.de Monts conserva la compagnie formée par son prédécesseur, et l’augmenta même de plusieurs négociants.Il fréta quatre navires, et partit du Havre, le 7 mars 1605, accompagné de MM.de t hamplain et de Poutricourt.L’expédition portait plusieurs gentilshommes, des piètres, des ministres protestants et cent vingt artisans et soldats, tant catholiques que protestants.I's arrivèrent le 6 mai en vue de la Hève, en Acadie, et allèrent se fixer dans une petite île située à l’embouchure de la rivière des Etchemins (Sainte Croix) ; mais le scorbut, causée par le manque d’eau douce, leur ayant enlevé trente-six personnes durant l’hiver, ils se rendirent à Port-R yal (aujourd’hui Annapolis) au printemps de 1605, sous la conduite de M.de Monts.C’est le premier établissement durable formé par les Français dans le nord de l’Amérique, et, après S iint-Augustin, en F.oride, le plus ancien dans cette partie du Nouveau-Monde.12.Vers l’automne de 1605, M.de Monts laissa le commandement à M.de Pontgravé, et passa en France.Sur les plaintes que les pêcheurs bretons, basques et normands, portèrent au roi le privilège exclusif des pelleteries qui avait été accordé à M.de Monts, fut révoqué.Ce dernier ne perdit cependant pas courage.Il fit un traité avec M.de Poutrincourt, qui se chargea d’une expédition pour le printemps de 1606.13.Ne voyant pas arriver de secours, la nouvelle colonie de Port-Rjyal se crut abandonnée; elle fit tant d’instances auprès de M.de Pontgravé, qu’il se décida à partir pour la France, ne laissant que deux hommes à la garde du fort.Il était à peine sorti de la baie, qu’il rencontra une chaloupe qui lui annonçi l’arrivée de Poutrin-court.M.de Pontgravé reprit donc le chemiu de Port-Royal, où l’abondance avait été ramenée par les secours venus de France.14.Cependant, de Poutrincourt avant apprit les nombreuses difficultés qu’avait à rencontrer M.de Monts, et se voyant par là.privé de tout espoir de secours, se décida à retourner en France (1607), et à abandonner provisoirementl’établissement de Port-Royal.Champlain était du nombre des passagers.Los habitations des colons furent laissées à la garde des sauvages.15.Pressé par le roi, M.de Poutrincourt prit de nouveau la mer, le 25 février 1610, conduisant avec lui un petit nombre d’honnêtes artisans; après un long voyage, il arriva à Port-Royal, où les sauvages le reçurent avec joie.Piès de trois ans s’étaient écoulés depuis que Port-Royal avait été abandonne, et néanmoins de Poutrincourt trouva les habitations bien conservées.8.Que remarque Champlain des sauvages qu’il questionna dans ce voyage ?—U.Quelle nouvelle Pontgravé et Champlain apprirent-ils, à leur retour à Honfleur V—10.Quel fut le successeur de M.de Chates?—11.Comment l’expédition de M.de Monts était-elle composée ?—Où fut établie la colonie qu’elle portait ?12.Que fit M.de Monts, vers l’automne de 1G05 /—13.Que fit lu nouvelle colonie, ne voyant pas arriver de secours ?—14.Quelle décision prit M.de Pourtrincourt, en apprenant les difficultés qu’avait à rencontrer M.de Monts ?15.Combien y avait-il de temps que les Français avaient quitté Port-Royal quand ils y revinrent ?Joan Nicolet.G) (Suite et fin).Il paraîtrait que Champlain n’a connu le lac Erié que par de très vagues renseignements, mais, toutefois, qu’il n’ignorait pas l’existence de la chute du Niagara, car on (I) Voir le journal de novembre 1873.cite à ce propos-une pièce de vers, à lui adressée, vers 1610, par un Français, dans laquelle pièce il est fait mention des grands sauts que les Sauvages disaient avoir rencontrés en remontant le Saint-Laurent jusqu’au voisinage de la Virginie.Quant au lac Huron,' il en avait vu la côte orientale.Nicolet est le premier Français qui ait vogué sur une partie de ce dernier, en se rendant au lac Michigan qu’il a aussi exploré avant tous ses compatriotés.Champlain ne savait presque rien du lac Michigan ; dans sa carte de 1632 il le fait s’étendre vers le nord tandis qu’il s’épanche dans la direction du sud.Il parle des Mascoutins (nation du feu) par les rapports que lui ont faits les Hurons ;—or, les Mascoutins, auxquels il donne le nom que les Hurons leur imposaient (Asistagueronous), habitaient le fond de la baie des Puants, ou Green Bay, qui est sur la côte sud-ouest du lac Michigan, précisément a l’endroit on Nicolet laissa le lac pour s’engager dans les terres.C’est durant ce voyage qu’il eut l’honneur d’arriver jusqu’aux eaux du Mississippi.Le Père Le Jeune écrivait six années après ; “ Le sieur Nicolet qui a le plus avant pénétré dedans ces pays si éloignés, m’a assuré que s’il eût vogué trois jours plus avant sur un grand fleuve qui sort au second lac des Hurons (le lac Michigan dans lequel s'ouvre la Baie Verte) il aurait trouvé la mer qui se répand au nord de la Nouvelle Mexique, et que de cette mer on aurait entré dans le Japon et la Chine.” Pourtant, il s’en fallait de beaucoup que l’on eût trouvé le chemin qui mène à la Chine.Trompé par l’expression sauvage les grandes eaux, employée pour désigner le Mississippi, (1) le courageux Nicolet n’avait pas de peine à croire qu’il s’agissait de l’Océan et qu’il allait pouvoir résoudre le problème dont le Canada et l’Europe s’occupaient déjà avec ardeur.Lorsque, trente huit ans plus tard (1673), Louis Jolliet et le Père Marquette reconnurent définitivement le Mississippi, on partageait toujours l’opinion que ce fleuve se déversait dans le Pacifique.Il fallut attendre encore vingt-six ans pour voir disparaître les derniers doutes since sujet ; en 1699, d’Iberville trouva dans le golfe du Mexique l’embouchure de ce lleuve.L’histoire doit tenir compte des erreurs de ses contemporains comme elle a fait pour ceux qui vinrent après lui ; elle ne pourra s’empêcher de saluer dans Nicolet un voyageur désintéressé, qui, par ses explorations dans les profondeurs de l’Amérique, commençait à signaler des mérites et des vertus que toute la colonie de la Nouvplle-France lui reconnut de son vivant,—mérites qui ont été à peu près oubliés par la suite.Plus heureux que Ferdinand de Soto, il a pu revenir des bords lointains du Mississippi.Il a ouvert, lui premier, la voie de ces contrées, oû la religion se préparait à faire briller le flambeau de la Foi.Il a servi la cause de l’humanité et glorifié le nom français, dit l’un des écrivains qui ont fait son éloge.Il n’est pas difficile de se figurer l’intérêt qui s’attacha au rapport fait par Nicolet lorsqu’il retourna à Québec, et la joie que dut en ressentir M.de Champlain.tin Espagnol, Ferdinand de Soto, parti de la Floride, s’était rendu jusqu’au Mississippi, en 1539, et y avait laissé ses os ; mais ensuite aucun Européen n’avait marché sur ses traces.La gloire de Nicolet n’a rien à craindre d’un devancier qui, en fin de compte, ne l’a pas devancé, puisque le Mississippi était encore parfaitement inconnu du temps de Champlain.Si la découverte de Nicolet ne causa point la même sensation que, plus tard, celle de Jolliet et Marquette, (2) Les mots missi sippi signifient " la grande rivière,” lilté-ralem ent. JOUIINAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE.29 cela ne peut être attribué qu’à la date où elle eut lieu.La Nouvelle-France ne comptait encore que Tadoussac, Québec et les Trois-Rivières, en remontant le fleuve Saint-Laurent.La population de ces postes se composait d’une poignée de Français, tous fraîchement débarqués et fort occupés, pour la plupart, de défricher un coin de leurs terres.D’ailleurs, Nicolet, qui n’a pu être de retour que dans l’été ou l’automne de 1635, perdit, quelques semaines après, dans la personne de M.de Champlain, qui mourut le 25 décembre 1635, le principal, sinon le seul homme d’autorité qui fut disposé à poursuivre les travaux de découvertes, à part les Jésuites.Mais Nicolet n’était pas au service de ces Pères.Le premier séjour permanent que Nicolet fit dans les établissements français fut aux Trois Rivières.Arrivé dans le pays en 1618, il avait de suite partagé l’existence aventureuse et nomade des tribus algonquines de l’Ottawa, puis il avait habité les villages des Nipissiriniens, autres Algonquins.Sa première descente à Québec paraît avoir eu lieu en 1633 ou 1634.Tout aussitôt (4 juillet 1634), nous le voyons repartir pour son grand voyage du Mississippi et nous ne retrouvons sa trace que le 9 décembre 1635, aux Trois-Rivières.Les 21, 27 et 31 décembre suivant il est encore nommé au registre de cette place.En 1636.il continue à y résider, en qualité de commis de la traite et d’interprète pour les langues algonquines et huronnes, car il les possédait l’une et l’autre, ce qui lui permettait de s’entendre avec tous les peuples qui fréquentaient le Saint-Laurent et les grands lacs.Le nom de Nicolet se retrouve aux Trois-Rivières les 7 et 9 janvier, 20 avril, 30 mai et 28 août 1636.Je donne ces dates pour que le lecteur voie l’impossibilité de placer en 1636 le voyage au Mississippi.On verra plus loin que la date exacte est contestée.La même année 1636, le Père Le Jeune, après avoir parlé de la charité de Nicolet et de son empressement à se rendre utile aux missionnaires, dit : “ J’ai quelques mémoires de sa main qui pourront paraître un jour Louchant les Nipissiriniens avec lesquels il a souvent hiverné et ne s’est retiré que pour mettre son salut en assurance dans l’usage des Sacrements, faute desquels il y a grand risque pour l’âme parmi les Sauvages." Ces mémoires sont perdus, ou bien le Père Le Jeune les a versés dans les Relations que lui-même et le Père Vimont écrivirent après 1636, car on trouve dans celles ci de nombreux renseignements sur les pays et les peuples du sud ouest, ainsi que l’aveu clairement formulé que Nicolet était de tous les Français celui qui dès lors avait pénétré le plus loin dans cette direction.La Relation de 1638 : “ Il y a quantité de nations sédentaires voisines des Hurons ; l’Evangile doit porter là son flambeau ; ” et la Relation de 1639 indiquent que l’on jette les yeux sur “ la nation Neutre qui est une maîtresse porte pour les pays méridionaux, et la nation des Puants qui est un passage des plus considérables pour les pays occidentaux un peu plus méridionaux.Mais nous ne sommes pas encore assez forts pour conserver l’acquis et songer à tant de nouvelles conquêtes.” Il y a dans les relations de 1636 à 1640, plusieurs longs passages à ce sujet.Le 16 avril 1637.Nicolet part des Trois-Rivières en canot pour se rendre à Québec où M.de Montmagny l’avait appelé.Il manque de périr dans les glaces du fleuve.Onze jours après, nous le voyons assister à un Conseil tenu à Québec et dans lequel il se rend témoin de la promesse faite par M.de Champlain d'aider les Sauvages à former un établissement stable aux Trois-Rivières.Dans le cours de l’été, il est nommé à deux ou trois reprises en ce lieu, où il joue un rôle important dans les mesures prises pour empêcher les Iroquois de ravager les environs.Le mercredi, 7 octobre 1637, Jean Nicolet épousa, à Québec, Marguerite Couillard, filleule de Champlain, Agée seulement de onze ans et deux mois, fille de Guillaume Couillard et de Guillemette Hébert.Cette dernière était fille de Louis Hébert, le premier colon établi à Québec.Le contrat de mariage, fait à Québec, est du 22 octobre.Le 18 novembre suivant, Nicolet est aux Trois-Rivières, où il passe l’hiver (1637-38).A partir de cette époque, jusqu’en 1642, sa femme figure presque chaque mois au Catalogue des Baptêmes des Trois-Rivières.Nicolet avait dans le pays deux frères : l'un, messire Gilles Nicolet, prêtre séculier desservant de la côte de Beaupré, entre Beauport et le cap Tourmente, était arrivé en 1635, et l’autre, Pierre Nicolet, navigateur, dont le nom se rencontre pour la première fois (avec celui de Jean Nicolet) au contrat de mariage de Nicolas Bonhomme en 1640.On connaît en outre, le nom d’Euphrasie Madeleine Nicolet originaire aussi de Cherbourg, qui se maria à Québec en 1643.Le registre de 1638 ne renferme que les cinq premiers mois de l’année, ce qui nous fait perdre la trace de Nicolet pendant les sept autres mois.Il était aux Trois-Rivières durant tout l’hiver 1637-38.Entre le 19 mars 1638 et le 9 janvier 1639, date où je le retrouve aux Trois Rivières, il aurait pu, il est vrai, exécuter le voyage du Mississippi, mais rien n’indique l’à-propos d’un tel voyage, alors que l’esprit de découverte s’était éteint, pour ainsi dire, avec M.de Champlain et que Nicolet, marié récemment, parait fixé aux Trois Rivières d’une manière stable.La compagnie de la Nouvelle-France, dont il était l’employé, ne se souciait nullement de faire explorer les contrées lointaines.Seuls les Jésuites avaient ces entreprises à cœur.Nous avons le texte du Père Le Jeune, déjà cité, qui fait voir combien Jean Nicolet se sentait disposé à reprendre la vie d’aventures.En 1639, Nicolet est parrain aux Trois Rivières les 9 janvier, 4 mars, 16, 18, 20 juillet, 7 décembre.On voit assez qu’il n’a point été au Mississippi en 1639 puisqu’il a passé toute cette année aux Trois Rivières, à l’exception d’un voyagequ'il fit à Québec dans l’automne ; il eut ainsi occasion d’assister, le 9 octobre, 1639, au mariage de Jean Jolliet et de Marie d’Abancour, dont le fils, Louis, devait être, avec le Père Marquette, le décou vreur du Mississippi, trente-quatre ans plus tard.Le 26 janvier 1640, aux Trois-Rivières, Nicolet est parrain.Le 14 mai suivant, même lit-u, on lit, à l'enregistrement du baptême de François Crevier “ Matrina fuit Domina Margarita Couillard conjux interpretis (est in galba).” Ce voyage en France n'est mentionné nulle part ailleurs.Le 2 septembre, Nicolet est à Québec où il figure au mariage de Nicolas Bonhomme.La Relation de 1640, datée du 10 septembre, parle de son voyage au Mississippi, sans en dire l’époque ; faute de connaître le régistre des Trois Rivières, plusieurs historiens rapportent ce voyage à 1639 40 ; nous voyons ici combien ils se trompent.Le 25 décembre 1640, Nicolet est parrain aux Trois Rivières.Vingt-et-un jours auparavant, le 4 décembre, au même lieu, se trouve l’acte de baptême et de sépulture de son fils Ignace.Mme Nicolet est inscrite comme marraine, au même registre, cette année, les 6, I i et 21 janvier, 14 et 19 février, 1er mai et 31 octobre.En 1641, Nicolet joue un rôle marquant avec le Père Ragueneau, dans les négociations qui eurent lieu avec les Iroquois aux Trois-Rivières, au sujet de deux prison niers français, Thomas Godefroy et François Marguerie, enlevés de la place au commencement de cette année.La Relation de 1640, écrite par le Père Le Jeune et datée de Québec, le 10 Septembre, renferme un chapitre spécial sur les tribus de l’Ouest et du Sud-ouest dont on a eu connaissance jusque-là.Cette lecture met sous l’impression que ces peuples venaient d’être découverts, soit l’année 1640 même, soit l'année précédente.Les histo JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.riens ont bien pu adopter 1639, si, comme je le supppose, ils n ont point d’autre source ouverte sur ce point.Le Père Le Jeûne fait suivre la nomenclature des divers groin pes de Sauvages lointains d’une petite dissertation sur la possibilité de se rendre à travers leurs pays, jusqu’à l’Océan Pacifique.C’était, depuis la découverte de l’Amérique, le rêve de tout Européen qui s’occupait de ces régions nouvelles.Rappelons nous le sonnet de Lescarbot.Sous M.de Montmagny, la pensée qui présidait à l’administration de la colonie était indifférente aux découvertes, et selon toutes les apparences, il était plus dans les habitudes de M.de Champlain que dans celles de son successeur de s'enquérir de ce qui se passait à cinq ou six cents lieues de Québec, dans les contrées de l’Ouest, et d’y envoyer des explorateurs.Raison de plus pour que Nicolet n’ait pas été envoyé au Mississippi après l’année 1635 où mourut Champlain.Néanmoins, les découvertes de Nicolet devaient donner le branle à tout un mouvement pour atteindre les limites du continent dans la direction du Pacifique.Longtemps les Français pensèrent y réussir en se dirigeant à l'aide du Mississippi ; c’est à des trifluviens, les La Verendrye, qu’était réservé l’honneur de pousser le plus loin les explorations de l’Ouest sous le gouvernement français.En 1640, un Anglais du nom de Dermer, entreprit de chercher un chemin pour se rendre à la Chine à travers le nord de l’Amérique.Il en était à explorer le Saguenay lorsque le Père Vimont nous le montre dans sa relation comme un écervelé qui ne sait pas le premier mot de la chose qu’il cherche.“ Quand il aurait trouvé la mer du nord, écrit-il, il n’aurait rien découvert de nouveau, ni rencontré aucune ouverture au Nouveau-Mexique.Il ne faut pas être grand géographe pour reconnaître cette vérité.” Ce qui prouve que les Français voyaient déjà assez clair sur la carte de l’intérieur du continent.La Relation de 1640 ajoute, parlant de la région qui est au delà du lac Huron : “ Ce serait une entreprise généreuse d'aller découvrir ces contrées.Nos pères qui sont aux Hurons, invités par quelques Algonquins, sont sur le point de donner jusque à ces gens de l’autre mer dont j’ai parlé.” Dans la pensée des Français, les Gens de Mer, à la recherche desquels Nicolet s’était mis, devaient être voisins du Pacifique.La Relation du Père Le Jeune indique clairement le désir que l’on avait de reconnaitre ces contrées.Nous savons du reste que l’on ne tarda pas à se mettre à l’œuvre.En 1641, le lac Supérieur, le lac Erié et certaines parties des terres du sud-ouest virent arriver les missionnaires et les trafiquants de pelleteries.Les Nadouessioux (Sioux) et les Assiniboels visités par Nicolet étaient les deux peuples les plus à l'ouest de tous ceux que le Père Vimont mentionne à propos de son voyage.L’idée de se rendre dans leur pays par la voie la plus directe parait avoir conduit les Pères Rymbault et Jogues, dès l’année 1641, a entreprendre le voyage qui leur fit découvrir le lac Supérieur.Sept ou huit années plus tard, les Français étaient déjà en rapport avec les Sioux par Chaguamigon qui est à l’extrémité sud du lac Supérieur, mais quatre-vingt dix ans devaient s’écouler avant que Pierre de la Verendrye eût poussé ses décou vertes jusqu’à la rivière des Assiniboines, située à l’ouest du lac, et que Nicolet n’a certainement pas visité, quoiqu’il ait pu rencontrer des Sauvages du territoire qu’elle arrose.Revenons à notre héros, et à sa famille.Le 1er avril 1642, aux Trois-Rivières, le Père Poucet baptise Marguerite, enfant de Jean Nicolet.Parrain : Jacques Hertel ; marraine : Madame Jeanne Le Marchand, veuve LeNeuf.Le parrain et la marraine étaient deux des plus notables personnages de la place.Leur filleule est la première fille inscrite au registre des Trois-Rivières qui se soit mariée.Le 3 juillet suivant, le Père de Brebœuf baptise aux Trois-Rivières, François Hertel (fils de Jacques) qui fut plus tard surnommé le Héros.La marraine est Marguerite Couillard, femme de Jean Nicolet.Echange de compérage.La guerre des Iroquois fournissait souvent à Nicolet des occasions de montrer son zèle pour le service du roi et de la religion ; l’histoire a enregistré le trait suivant qui ne manque pas de grandeur : Une troupe d’Algonquins des Trois-Rivières ayant capturé un Sokokiois (Sauvages de la Nouvelle Angleterre dont la nation était alliée aux Iroquois) l’amena en cette place pour le tourmenter.C’était le 19 octobre 1842.Le malheureux fut livré à ia barbarie des hommes, des enfants et des femmes,—ces dernières n’étaient pas les moins féroces à ces sortes de supplices.La plupart de ces Sauvages étant païens, conséquemment peu susceptibles de suivre les avis des missionnaires, on se trouva fort en peine de savoir comment délivrer le prisonnier.Nicolet eût pu être d’un grand secours en cette circonstance, mais il était parti depuis quelques semaines pour aller à Québec remplacer momentanément M.Olivier Le Tardif, commis général de la Compagnie de la Nouvelle France, qui passait en France.Les histox-iens qui ont fait de Nicolet un commis-général de la Compagnie se sont trompés.M.Gand, qui rem plissait cette charge, mouruten activité l’année 1641 ;son snccesseur fut Le Tardif ; Nicolet, qui était l’interprète et apparemment le principal employé du poste des Trois-Rivières, n’exerça la charge de commis général qu’en remplacement de LeTardif, comme on vient de le voir.Le Père Le Jeune, montant aux Trois-Rivières à l’époque où-y arrivait le prisonnier en question, intercéda vainement pour lui auprès de ses bourreaux ; mais ceux-ci répondirent aux remontrances par de nouveaux tourments infligés à leur victime.M.des Rochers, gouver neur de la place, voyant qu’il n’obtenait rien de ces forcenés, envoya un canot à Québec avertir le Gouverneur-Général et solliciter l’intervention de Nicolet.Le généreux interprète, n’écoutant que son cœur, se jeta dans une chaloupe, avec M.de Chavignv, et deux ou trois autres Français qui allaient à Sillery, où demeurait M.de Chavigny.C’était à la fin d’octobre, sur les sept heures du soir, au milieu d’une tempête épouvantable.Ils n’étaient pas arrivés à Sillery qu’un coup de vent du nord-est chavira la chaloupe.Les naufragés s’accrochèrent à l’embarcation renversée sans pouvoir la remettre à flot.Alors Nicolet s’adressant à M.de Chavigny, dit : “ Sauvez vous, vous savez nager, je ne le sais pas.Je m’en vais vers Dieu.Je vous l'oconnnande ma femme et ma fille.” La chaloupe n’était pas loin d’une roche située assez près du îivage déjà bordé de quelques glaces en cette saison, mais l’obscurité ne permettait pas de distinguer les objets.M.de Chavigny se jeta seul à la nage et atteignit la terre avec beaucoup de peine.Les malheureux qui restaient accrochés à la chaloupe se virent emportés par les vagues à mesure que le froid les gagna.La perte de Nicolet fut vivement regrettée car il s’était concilié l’estime et l’affection non-seulement des Fran çais, mais encore des Sauvages.“ Il était également et uniquement aimé des Sauvages et des Français.Il conspirait puissamment, autant que sa charge Te permettait, avec nos Pères, pour la conversion de ces peuples, lesquels il savait manier et tourner où il voulait, d’une dextérité qui à peine trouvera son pareil.” (Relation de 1643.) Souvent déjà, il s’était exposé au danger de la mort pour des motifs dé charité.“ Il nous a laissé, observe le Père Vimont, des exemples qui sont au-dessus de l’état d’un homme marié et viennent de la vie apostolique et laissent une envie aux plus fervents religieux de l’imiter.” JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.31 L’acte qui suit est tiré des registres 'de Québec : “ Le 29 octobre, on fit les funérailles de M.Nicolet et de trois hommes de M.de Chavigny, noyés dans une chaloupe qui allait de Québec à Sillery : les corps ne furent point trouvés.” La relation de 1G43 dit “ deux hommes,” tandis que le registre porte “ trois.” L’abbé Tanguay en nomme deux : Jean Ferré et Noël Girardeau.Cette mort créait pour la première fois un vide de ce genre au milieu du petit cercle de Français (quinze colons dont dix mariés) résidant aux Trois-Rivières.La veuve de Nicolet se maria, à Québec,- en 1646, à Nicolas Maeard dit Champagne.Sur la flotte de 1647, M.Gilles Nicolet, prêtre, retourna en France.En 1656, à l’âge de quatorze ans, la fille de Nicolet, son unique enfant, épousa, àQuébec, Jean-Baptiste Le Gardeur de Repentigny, dont le fils, Augustin Le Gardeur de Courtemanche,de vint officier dans les troupes, se distingua par ses longs et utiles services dans l’Ouest, à partir de 1685 ou 1690, et fut un digne contemporain de Nicolas Perrot, de même qu’un noble rejeton de son grand-père Jean Nicolet.A la suite du voyage de Nicolet et des entreprises des missionnaires, les peuples d’audelà des grands lacs, dans la direction du Mississippi et du Missouri, commencèrent à être connus.En 1654, il descendit même aux Trois-Rivières une flottille de traite considérable qui venait de quatre cents lieües et montée par cent vingt Sauvages qui n’étaient jamais venus aux rives du Saint-Laurent, vers les Français.On les appelait Outaouacksqui était le nom appliqué à plusieurs tribus de ces contrées.Ils furent suivis par deux jeunes Français qui se rendirent avec eux dans leur pays et qui revinrent avec une seconde flottille de traite deux ans après.La Relation de 1656, dit que l’on avait souvenance d’avoir vu parmi ces nations “une assemblée de trois mille hommes qui se fit pour traiter de la paix au pays des Gens de Mer.” C’était sans doute l’une de celles tenues par Nicolet vingt ans auparavant.Le colonel Wood, de Virginie, qui habitait la rivière James, découvrit, dit on, en diverses excursions, de 1654 à 1664 plusieurs branches des grandes rivières de l’Ohio et du Mississippi.On soutient, aux Etats Unis, que le colonel Wood découvrit le Mississipi en 1654 et que le capitaine Bolton s’y rendit en 1670.Ce qui est bien certain c’estque les Français ont eu con naissance de ces régions avant Wood et avant 1654.Les preuves abondent.Outre le voyage de Nicolet, nous voyons que l’année même du premier voyage de Wood, les nations de l’Ouest descendent jusqu’aux Trois-Rivières.Il faut bien croire qu’elles avaient été découvertes par les Français, car il est difficile de supposer des Sauvages “ découvrant ” les établissements français situés à plusieurs centaines de lieues de leur pays.M.Pierre Margry appuie fortement les droits de Nicolet à la découverte d’une étendue considérable de pays au sud-ouest du lac Michigan : “ Les peuples que le Père Vimont dit avoir été pour la plupart visités par Nicolet sont les Malhominis ou gens de la Folle-avoine, les Ouinipigons ou Puans, les Poutéouatamis, les Illinois, les Sioux, et les Assiniboines.Ce sont là des noms bien connus de ceux qui ont étudié l’histoire ancienne de l’Amérique du Nord, et rien ne peut mieux nous expliquer la route vraisemblable de Nicolet que le récit de l’exploration de la baie des Puans en 1670, par le Père Allouez, exploration dans laquelle ce Père trouva les Ousakis, les Poutéouatamis, les Maskoutins, les Ouinipigons, et les Mismis établis, dit il, dans un très beau lieu, où l’on voit de belles plaines et des campagnes à perte de vue.Leur rivière, ajoute-t-il, conduit dans la grande rivière nommée Mississippi.Il n’y a que six jours de navigation.” Espagnols, Anglais et Français se sont mis sur les rangs pour obtenir de l’Histoire qu’elle les reconnaisse comme les découvreurs du Mississipi.De Soto en 1540, Wood en 1654, Bolton en 1670, Jolliet et Marquette en 1673, Hen nepin en 1680, et enfin La Salle en 1682.La gloire de la grande découverte appartient à Jolliet et Marquette, il n’en faut plus douter.Mais n’allons pas croire qu’ils furent les premiers Français qui osèrent s’aventurer dans cette direction.Le voyage de Jean Nicolet, accompli en 1634, leur avait ouvert la voie.Les trois points principaux de mon article sont ceux-ci : lo.Nicolet est le premier Français connu qui soit allé au au Mississipi ; 2o.Son voyage a eu lieu en 1634-35; 3o.Ses découvertes n’ont pas été sans résultat comme celles de De Soto, du Col.Wood et du Capt.Bolton.J’en conclus que Nicolet mérite une large place dans l’histoire de la découverte du Mississipi.“ Feuilletons les annales de la Nouvelle Angleterre, dit M.Ferland (1) et nous y trouverons précieusement conservée l’histoire d’hommes considérés comme remarquables, parce qu’ils osèrent s’avancer les premiers jusqu’à cinquante ou soixante lieues des côtes de la mer.Chez nous, on connaît à peine le nom d’un Français du Canada (Nicolet) qui, dès les premières années de la colo nie, avait déjà pénétré bien loin dans les régions inconnues de l’Ouest.Nicolet ne s’amuse pas comme les Anglais de Plymouth et de Boston, à tâtonner autour des établissements européens.S’embarquant sur le frêle canot d’écorce, il remonte les rapides de l’Ottawa, pénètre, au moyen de petites rivières, des lacs et des portages, jusqu’au lac "Huron, qu’il traverse, et visite une partie du lac des Illinois (aujourd’hui Michigan.) De la Baie-Verte, où il est environné de tribus remuantes et inconnues, il pour suit sa route vers l’Ouest, remonte la rivière aux Renards passe, par un portage assez court, à celle du Wisconsin, et vogue enfin sur les eaux qui appartiennent au vaste bassin du Mississippi.Il s’arrête à près de quatre cents lieues du fort de Québec, après avoir reconnu la côte septentrionale du lac Huron, et une partie du pays qui forme les Etats du Michigan et du Wisconsin.Ce voyage et ses découvertes auraient suffi pour former la réputation de cinq ou six traiteurs chez nos voisins.” Avant de terminer, voyons s’il reste dans le pays des traces de l’existence de Jean Nicolet.“ Noble homme Jean Nicolet de Belleborne," comme le qualifie l’abbé Tanguay, a laissé son surnom au ruisseau “ Belleborne” qui traversait sa terre (plus tard le bois Gomin) sur la route actuelle de Sainte Foye5 près Québec, et qui, aujourd’hui, borne un côté de la propriété de l’auteur des Maples Leaves.Cette terre, concédée à Nicolet et à Olivier Le Tardif, interprète, mesurant cent soixante arpents.(Il faut noter que le village de Nicolet qui se trouve dans le Minnesota, doit son nom à un ingénieur français qui a passé par là depuis une trentaine d’années, et non pas à notre Jean Nicolet comme on l’a cru.) Le nom de famille de Nicolet paraît s’éteindre au Canada avec le départ de M.Gilles Nicolet, prêtre déjà cité, mais le respect que le digne interprète avait su mériter parmi les trifluviens engagea ceux-ci à perpétuer son souvenir.L’exemple avait été donné dès avant sa mort.; nous lisons dans la Relation de 1636, que la rivière Saint-Jean, près Montréal, (la rivière Jésus) tire son nom de Jean Nicolet.Aujourd’hui nous avons la rivière, le lac, les chûtes, le village, la ville, le collège et le comté de Nicolet.La rivière Nicolet est formée de deux rivières qui gardent chacune ce nom ; l’une au nord-est sort d’un lac appelé Nicolet, dans le comté de Wolfe, township de [1] Journal de Québec du Ï'I avril 1851. 3-2 JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.Jlam ; 1 autre, celle du sud-ouest, qui passe dans le comté de Richmond, a donné le nom de Nicolet à un village situé sur ses bords, dans le township de Shipton.Ce village que les Anglais nomment “ Nicolet Falls ” est un centre d’industrie prospère.La ville de Nicolet, ainsi que le college de ce nom, sont situés près de la décharge des eaux réunies dans ces deux rivières.au lac Saint-Pierre.J’ai pu constater que peu d’années après la mort de Jean Nicolet, les trifluviens donnaient déjà son nom à la rivière en question, malgré les soins que prenaient les fonctionnaires civils de ne désigner cet endroit que par les mots “ la rivière de Laubia ou la rivière Cressé.” M.de Laubia ne concéda la seigneurie qu'en 1672, et M.Cressé ne l’obtint que plus tard, mais avant la possession de ces deux seigneurs, la rivière qui y coule portait le nom de Nicolet, et l’usage en prévalut en dépit des tentatives faites pour lui imposer d’autres dénominations.Octobre 1873.Benjamin Sulte.Note.—Mon texte donne à entendre que le dernier doute relativement à l’endroit où se décharge le Mississippi fut levé par d'Iberville, en 1G99, lorsqu’il découvrit l’embouchure de ce fleuve.Il faut comprendre que La Salle avait descendu le cours du fleuve en 1082, et s'était avancé assez loin sur ses eaux pour constater qu’il se rendait au golfe du Mexique.Dix-sept ans plus tard, d’Iberville entreprit de trouver par mer, l’entrée du fleuve et il v réussit comme l'on sait.PEDAGOGIE.Leçons familières de langues françaises.LES DIX PARTIES DD DISCOURS.Introduction.[Suite] Nous avons parlé dans la dernière leçon des signes destinés à représenter les sons proprement dits en usage dans la langue française, c’est-à-dire des voyelles, et je vous ai fait voir que chacune de nos voyelles ne correspondait pas exactement à chacun des sons en usage ; que, pour représenter certains de ces sons, il nous fallait avoir recours à plusieurs lettres ; qu’il en est ainsi du son an, du son in, etc.A côté de ces sons, qui sont simples, quoique non représentés par un seul signe, il y en a qui sont doubles, mais que nous prononçons au moyen d’une seule émission de voix, c’est-à-dire sans mettre aucun intervalle dans leur émission consécutive.Le son i, par exemple, n’est pas le même que le son a.Mais le son i peut être rapproché du son a de telle sorte que nous ne mettions aucun intervalle appréciable entre la prononciation de l’un et de l’autre : ia, et c’est ainsi que nous prononçons dans diable, ne prononçant pas d’abord di et ensuite able, ce qui donnerait di-able, mais d’une seule émission de voix : dia ble.Ces son* doubles prononcés au moyen d’une seule émission de de voix s’appellent, d’un nom grec de forme assez étrange, qui veut dire précisément double son, diphthongucs Ces diphthongues sont assez nombreuses dans notre langue.Ce sont : ia, comme dans fiacre ; iai U biais ; ic II P»ed ; ieu II lira ; io u pioche ; ion II clhoorme ; ian U viande ; Un II rien ; ne poêle ; oi U roi ; oie U voit; o iu II loin ; coi U bourgeois : ne li écuelle ; ni U étui; il in II juin ; ona II douane ; ouc II fouet ; oui U foui ; ouai II ouais (interject) ; buin U baragouin.Tous ces sons, simples ou doubles, sont formés par le jeu do l’air dans notre appareil vocal, appareil très-délicat et très-compliqué, dont la principale pièce est ce conduit intérieur do notre gorge qu’on appelle le larynx, et qui nécessite, d’ailleurs, le concours de la poitrine, du poumon, du pharynx ou gosier, au moins dans sa partie supérieure, puis de la langue, des dents, des lèvres, du palais, du nez même.Je n’ai pas, bien entendu, l’intention de vous décrire cet appareil ; mais il faut bien que vous sachiez qu’il y a des sons et surtout des articulations, des bruits articulés, qui se rapprochent plus ou moins les uns des autres, selon que l’on fait agir plus ou moins,pour les produire, les mêmes parties de notre organe vocal.D’où il suit que les signes qui représentent ces articulations, et en particulier les consonnes, se groupent en différentes classes, suivant cette analogie.C’est ainsi que les articulations labiales ou des lèvres, se produisent par une émission d’air, plus ou moins abondante, et qui ne s’échappe de la bouche que lorsque les lèvres, d’abord fermées, s’entr’ouvrent tout d’un coup.Lorsque l’explosion est vive (1), il sort implorsqu’elle est faible, il sort un b.Si, au lieu de s’ouvrir largement pour laisser passer l’air comprimé dans la bouche, les lèvres ne se désunissent pas complètement, et qu’elles se serrent contre les gencives, le son, au lieu de pétiller, fuit en soufflant (2), et le f se produit.Si l’air est chassé avec moins d’énergie, au lieu du/, c’est le v.Vous vous moquez quelquefois des étrangers qui, au lieu de dire : ma pauvre femme, vous disent : ma ôau/re temme.Ils ne font que suivre une analogie, comme vous voyez, assez naturelle, mettant, pour des articulations de même nature, la forte à la place de la faible ou la faible à la place de la forte.Les articulations dentales ou des dents se forment en appuyant la langue sur les incisives supérieures, de manière à intercepter l’air qui veut sortir des poumons.Aussitôt que la langue se retire, l’air s’échappe en rendantun son martelé.Le t et, avec moins de force, le d ne se produisent pas autrement.Si, au lieu de placer la langue contre les incisives supérieures, on la reporte un peu en arrière, contre les incisives inférieures, en faisant toucher sa partie moyenne contre le palais, de façon à ne laisser à l’air qu'un étroit passage, un sifflement a lieu, et le j se fait entendre.Lorsque le bout de la langue touche avec moins de force les incisives inférieures, ce n’est plus le s, mais le z qui se met à siffler (3).Les palatales ou articulations du palais (4) se prononcent en élevant la partie postérieure de la langue contre le fond de la voûte du palais.Aussitôt que la langue s’abaisse, l’air sort en éclatant, et le c (5) ou k est formé.Avec un peu moins de force, mais avec le même mouvement, c’est le g qui sort.Que de fois vous entendez les Allemands dire : Augustin, pour : Augustin, et : mon p/an if, pour mon canif.Si, au lieu d’intercepter complètement l’air, en adhérant au palais, la langue laisse un léger interstice, il s’échappe un chuchotement qui très-fort, se traduit par ch, et très-faible, par j, comme dans chut et dans jus.Les gutturales ou articulations de la gorge (G), très-caractérisées dans certaines langues étrangères, comme l’allemand, l’arabe et aussi l’espagnol, ne sont représentées en français que par le h, je veux dire le h aspiré.Cette articulation s’obtient en faisant adh rer le bout de la langue au voile du palais ; le son qui s’échappe est analogue à un râlement : Exemples /téros, /iàbleur, etc.Les articulations linguales (7) ou de la langue s’échappent du gosier par un petit intervalle laissé au-dessus dos dents incisives par la langue qui s’est rapprochée du palais avant de s’échapper au dessus de l’arcade dentaire ; l’air frappe la partie moyenne de la langue, se répercute contre le palais et retombe vers le bord de la langue.Cet air refoulé coup sur coup produit une espèce de trépidation semblable à un roulement excessivement rapide.C’est le r qu’on obtient ainsi.Lorsque le bout de la langue adhère au palais, en s’y aplatissant, l’air ne peut plus passer que par deux petites ouvertures placées près des dents molaires, et c’est par ces canaux que le l s’échappe.1 De là le nom d’explosives qu’on donne quelquefois à ces consonnes.2.De là le nom de soufflantes 3 Aussi appellc-l-on le s et le z dentales sifflantes 4.Du mot latin palatum palais de la bouche.5.Le r dur ; nous avons vu que le c doux n’est qu'une forme de l’.ï.Le qu est aussi un c dur.G.Du mot ladn gutlur, gosier, 7.Lingua, langue, en latin, JOUBNAL DE L’INSTEUOTION PUBLIQUE.33 C’est de cette parenté du r et du l que vient ce défaut de prononciation de certaines personnes qui, ne pouvant prononcer le r, mettent partout le l à sa place, et cette erreur de certaines autres qui vous disent, par exemple : un chat angola, pour: un chat angora.L7 mouillé, le double l précédé d’un i, que bien peu de Français dans le Nord surtout, prononcent correctement, est aussi de la catogorie des articulations linguales.Cette articulation, qui, dans les bouches méridionales, donne à la prononciation de ill quelque chose d’analogue à celle de i
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