Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Domaine public au Canada

Consulter cette déclaration

Titre :
Le Canada musical : revue artistique et littéraire
Canada musical rapporte des nouvelles du domaine de la musique en provenance du Canada et de la France. Elle met particulièrement en valeur la carrière de jeunes musiciens tels Emma Albani, Frantz Jehin-Prume, François Boucher et Oscar Martel.
Éditeur :
  • Montréal :A.J. Boucher,1866-1881
Contenu spécifique :
vendredi 1 février 1867
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeur :
  • Boucher et Pratte's musical journal
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichier (1)

Références

Le Canada musical : revue artistique et littéraire, 1867-02, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
BEVUE ARTISTIQUE ET LITTERAIRE PARAISSANT LE 1er DE CHAQUE MOIS.Vol.I.MONTREAL, 1er.FEVRIER, 1867.No.6 LE CANADA MUSICAL, Publié le 1er de chaque mois Par ADELAKD J.BOUCHER, Editeur- Propriétaire.Bureau, à Montréal, Rus Notre Dame, No, 260.ABONNEMENT, avec PRIME, $1.00 par année, Rigoureusement payable d’avance.10 centins le Numéro.FRIME EXCEPTIONNELLE présentée aux.Abonnés du CA-HTAD^.nXUSIOA.Xj.Chaque abonné, en acquittant le montant de son abonnement, ($1.00 par année,) aura droit de reprendre,en morceaux de musique désignés ci-dessous, a son choix,—pour la valeur d’une piastre,—montant entier de son abonnement.Morceaux offerts au choix des abonnés.La Mascarade Quadrille .Dorémus.50 cts.Jacques Cartier Quadrille.De Terlac___50 •< Hippocrate Quadrille.Valade .50 « Les Acadiens Quadrille.Desjardins .50 “ Les Canotiers du St.Laurent.Boucher.50 “ La Confédération Quadrille .Casorti.60 “ Platon Polichinelle Quadrille.Legendre.50 ,s Roberval Quadrille.De i'erlac___50 “ Russian Carriage Song Galop.Relié.50 “ La Couronne de lauriers .Lavallée.75 u Souvenir de Sabatier, Valses.Boucher.50 “ L'oiseau-mouche.Lavallée.50 “ The Bonnie Blue Flag.Southern.50 “ Laetitia—Caprice de Salon.Casorti .35 “ Notre Religion, (Chant national)Olivier.30 “ 11 me l’avait promis, Romance.Henrion.30 “ Dieu, mon enfant,_____;.Robillatd .30 « Jolly dogs Galop.Boucher.30 “ Rosée amère, Romance.Abt.25 “ Le Dr.Grégoire, Chansonnelte.Nadaud.25 “ Petite Alouette, Romance_____Peltier.25 « Grande Marche Canadienne.Sabatier.25 “ Mazurka des Etudiants.Mignault.15 « -o- Les abonnés de la campagne devront inclure un imbro de poste do .05 centins, pour payer lu port des morceaux qu’ils choisiront et_ quileur sercut expédiés, par U •tlour Je la malle.SOtMMAl RE.—Gluck et Mehul, par Adolphe Adam, (tuile).— L’orgue de la chapelle du collège Nico-let, par Octave Peltier.—Le couvent de Ste.Croix-, a St.Laurent.—De l’enseignement du piano, (suite) : Utilité d’exercer la mémoire musicale des élèves : Un professeur, peut-il, sans inconvénient, abandonner l’etudè du piano 1 pur Félix le C'ouppey.—Fête à Nicolet.—Correspondance par Arthur Lavigne.—Liste d’abonnés au Canada Musical, (suite).—Variétés Anecdotiques.—Gioacchino Rossini,(ruile) par Eugène de Mirecourt.—Le grand concert opératique du 19 Février.—Programme du concert.—Le'petit menteur: poésie, par Mdrne.Desbordes-Valmore.—Conseils de Robert Schumann aux Jeunes Musiciens, (suite).— Calendrier.—Annonces.GLUCK ET MEEUL.(iSui/e.) Dès ce moment, il fut assidu chez le danseur, sou protecteur ; il était rempli do complaisance pour lui, lui faisant répéter ses pas au clavecin, l’applaudissant, le flattant, es lui rappellaut do temps en temps sa promesse.Doux mois se passèrent ainsi ; Méhul commençait à craindre de ne pouvoir jamais arriver au but de ses désirs, lorsqu’un jour, allant comme d ordinaire rendre visite à Vestris, il le trouve mulude, la figure décomposée, avec la fièvre, et dans sou lit./ — Ah ! c’est vous mon zcune ami, ze souts aise dé vi voir, ma, ze souis oun homme mort.Ah ! si vi saviez eu qui m'arrive.— Ëb, de grâce ! qu’y a-t-il donc ?— Ah ! mon sur ami, cc scélérat, ce monstre do Gluck a zouré ma perte, zc souis déshonoré, il no veut pus que ze danse dans souu opéra I — Eh pourquoi cola ?— Perche, il m’a fail oun air horrible, affreux,à fondre les oreilles, quez eu demande un piu z»ii,ot qu’il a dit que z’étais oun anc, oun âne, moi, \ os-tris ! Que zc ne m’y connais pas, qu’il se passera de moi, ou que zc danserai sour son infernale mousique.— Mais, comment est donc cct air .— Oh ! c’estouuhorreur; il y a dans l'orchestre des cymbales qui trottent toutes seules,, ut des • violinis qui grincent à faire frémir, ça n est pas zoli dou tout.ctec n'est riait encore, z ai voulou essayer do danser a la répétition do co matin, s’avais réglé oun pas souperbe, cc broutai d Allô- 82 j,F, CANADA MUSICAL.mand n’a pas seulement voulou nie laisser conti-no uor.— Qu'est-cc que cela, a-t’il dit, est-ce ainsi que dansent des sauvazcs ?.— Il veut que ze danse comme otin sauvnze, moi, le premier danseur dou monde ; il veut que ze fasse peur à mossou Larrivée et à mossou Legros, qui sont enssainnés dans oun coin pour être toués après le divertissement.Ze n’y consentirai jamais, ze souis sorti dou théâtre, tout m alade de colère ; ma demain, z’irai chez loui, et ze le forcerai bien à me faire oun autre air: ze loui dirai son fait, ze loui prouverai qu'on ne manque pas de respect à oun danseur de mon mérite et comme il n’y en a pas dans le monde entier.Ze voudrais que toute la terre fût dans son cabinet, pour entendre comme zc lui montrerais la soupériorité da moun art sour 1e sion.Malheureusement, il n’y aura personne, ma zc le ferai savoir â tout l’ounivers.— Mais, interrompit Méhul, si vous voulez un témoin je vous accompagnerai.— Oh ! per grazia, vi avez raison, mon scr ami venez me prendre demain à douze heures, et vi verrez comme z’arranzerai le gros Allemand.Il ne me fera pas peur.Adieu.à demain.Ze vais tâcher de dormir et de reprendre des forces, car cet affront de ce matin m’a loué, ze n'en pouis piu.” Méhul so hâta de prendre congé de lui, et le lendemain â midi il était, à sa porte.Vcstris était sorti depuis une heure ; le musicien pense qu’il l'a précédé chez Gluck, et vole à la demeure de ce dernier.Il monte, il sonne, une servante vient lui ouvrir: tVl.Gluck est à travailler, il ne reçoit personne ; Méhul insiste, la servante refuse toujours ; une dame paraît ; c’est une bonne grosse ligure, bien franche,bien ouverte, elle s’informe du sujet de l’altercation: Madame, lui dit timidement Méhul, dont le cœur battait bien fort, M.Vestris m’avait donné rendez-vous pour l’accompagner chez M.Gluck.Je pensais qu’il m’avait précédé ici, et je.—Et vous désirez l’attendre?interrompt la grosse dame, avec un accent allemand très-prononcé, rien n’est plus facile, monsieur, venez avec moi; et elle l’introduit, dans une grande pièce fort bien meublée ou figurait un magnifique portrait de la reine.Après un moment de silence, Méhul se hasarde â dire : — Et M.Gluck ?.— Mon mari.— Quoi ! vous êtes madame Gluck ; oh ! madame, que de remercimcnts ne vous dois-je pas de m’avoir si favorablement accueilli.La bonne dame ne comprend pas trop ce qu’elle a fait pour mériter tant de reconnaissance, mais sa figure respire tant de bonté, inspire une telle confiance, que bientôt Méhul no lui cache plus rien.Il lui raconte son enthousiasme, les efforts qu'il a faits pour pénétrer jusqu’à Gluck, et qu’il se croit aujourd'hui le plus heureux des hommes puisqu'il pourra contempler l’auteur de tant de chefs-d'œuvre.La bonne Allemande l'écoute avec intérêt.Cependant l’heure s'écoule, Yestris ne paraît pas, et Méhul s’aperçoit que la conversation languit, vu qu'il a raconté toute son histoire, que madame Gluck ne sachant d’ailleurs que fort peu de français n’a pas grand chose à lui dire.— Allons, s’écrie-t-il tout d’un coup d’un air chagrin, ce no sera donc pas aujourd'hui ?— Ecoutez, lui dit madame Gluck, i! travaille, et personne no doit le déranger dans ces moments-lâ, Tous ne pourrez pas lui parler, mais s’il vous suffisait de le voir.— Ah! madame, c’est trop de bonheur ! s’écrie le jeune artiste.Alors madame Gluck cutr'ouvre doucement une porte, fait passer le jeune homme devant elle, referme le battant derrière lui, et le laisse devant un grand paravent placé entre la porte et le clavecin do Gluck.Oh ! qui pourrait décrire sans l’avoir ressentie cette émotion que donne l'approche d’un grand génie, il un jeune cœur que l’amour des arts remplit tout entier ! il semble que toutes les perfections physiques doivent embellir celui dont les ouvrages vous ont transporté, et scuvent le désenchantement est grand quand on voit la réalité et qu’on découvre l’enveloppe souvent chétive qui recèle une grande âme ou un beau génie.Je me rappelle, et je if oublierai jamais l’impression que je reçus la première ibis que je vis Cbéru-bini.J’avais douze ans ; j’avais tant entendu parler de cet homme célèbre, mon père et tous les artistes que nous fréquentions témoignaient une telle admiration pour son talent ; les applaudissements que j’entendais donner â quelques-uns de scs chefs-d'œuvre, qu’on exécutait alors assez souvent aux exercices du Conservatoire, où mon père me menait tous les dimanches, tout cela avait fait naître les idées les plus bizarres dans mon imagination d'enfant, qui s'était figuré que ce colosse musical devait être aussi surprenant par sa taille et sa figure que par son génie.J’étais en pension avec son fils, qu’il vint un jour visiter, pendant que nous étions en récréation ; quand /entendis notre maître de pension dire a -mon camarade : — Viens voir ton père.Je ne fus pas maître de moi, je suivis mon condisciple sans qu’on fit attention à moi, et je me trouvai en présence de Cbérubini.Il y a longtemps de cela , et je pourrais décrire toutes les parties du costume de Cbérubini, que je dévorais des yeux, ne pouvant me figurer qui ce fut lui ; enfin il m’aperçut : —• Quel est ce petit ?— Mais, lui répondit le maître de pension, c’est le fils d’un artiste de votre connaissance, de M.-Adam.— Ali ! ehe je lé trouve bien laid ! LE CANADA MUSICAL.S3 Voilà le premier mot (pic m’adressa Chérubini.Je me sauvai bien vite le cœur bien gros, car une illusion était déjà perdue pour moi.Je fus triste toute la semaine, Chérubiui m'avait paru si maigre, si petit ! Mais le dimanche suivant, mon père me mena au Conservatoire : on y exécutait une messe de Chérabini ; il redevint aussi grand dans mon esprit qu’avant notre entrevuî.Nous avons laissé Méliul derrière son paravent, cherchant à apercevoir Gluck, assis devant son clavecin, sa forte tête soutenue par une de ses mains, et gesticulant de l’autre, ayant l’air de déclamer des vers placés sur son pupitre.11 achevait son quatrième acte d’Iphigénie en Tauride.11 en était à la grande scène do dénouement, un peu avant l’intervention de la déesse, lorsque T lions, irrité dus refus d Iphigénie, veut lui-même immoler la prêtresse et la victime.Gluck cherchait en ce moment à se rendre compte de l’effet de la scène et de la position des acteurs et des groupes, car sa musique, si fortement dessinée, si puissamment sentie, ne pouvait être composée qu’en ayant sons les yeux les acteurs chargés de l’exécuter.Méhùl maudissait l'immobilité du compositeur, dont la position ne lui laissait voir que le dos.Tout à coup le musicien se retourne, et Méliul put alors le contemplera son aise.Gluck avait alors soixante-cinq ans, il était d’une grande taille, que son embonpoint, rendait encore plus imposante.Sa tête était belle, quoiqu'elle fût fortement gravée de la petite vérole, non pas de cette beauté qui fait dire aux femmes: Get homme-là a dû être fort bien : mais de cette air de génie qui impose au premier aspect, et qui fait que les visages les plus laids forcent souvent les gens qui pensent à s’écrier: Voilà une belle figure! tandis que la reflexion contraire est faite par ceux qui ne voient que la forme et la régularité, sans rendre justice à l’animation que répandent sur les traits le génie et la puissance des idées.Gluck parut superbe à Méliul.Entouré d’une grande robe de chambre d’un vert changeant, la tête coiffée d’un petit bonnet de velours noir avec un mince galon en or.le compositeur allemand fait deux tours dans sa chambre, abimé dans ses réflexions.Tout d’un coup, il s’arrête, il prend une table qu’il place au milieu de l’appartement : — Voici l’autel, dit-il.Puis il pose auprès une chaise.— Ce sera la prêtresse.Thoas est figuré par un tabouret, des fauteuils représentent les Grecs, les Scythes et le peuple.Puis il se drape avec sa robe de chambre, et s’écrie en chantant : J’immolerai moi-même aux yeux de la déesse ! Et la victime et la prêtresse.Il passe à la place d’Oreste : L’immoler ! qui ?ma sœur ?Thoas reprend : Oui, je dois la punir.Et tout son sang.Puis figurant tout d’un coup l’impétueusè entrée de l’ylade C’est à toi de mourir ! achève-t-il, en sc précipitant sur le tabouret-Thoas pour le frapper du coup mortel.Le Roi-Tabouret ne peut résister à la violence du choc et cède sous les coups du compositeur qui n’étant plus retenu par rien, retombe sur le paravent derrière lequel est caché le jeune artiste qui repousse de toutes ses forces la masse qui l’écrase contre le mur.Il n'y tient plus, il étouffe, il est près de sc trahir en criant, en appelant à sou secours, quand tout à coup une porte s’ouvre à l’autre extrémité de la chambre, un homme s’y précipite poursuivi par madame Gluck qui veut en vain lui barrer le passage.C’est.Vestris, la figure animée, qui, déjà irrité par le refus qu’on faisait de ic recevoir, apostrophe le compositeur delà manière la plus vive : — Comment ! ze ne pourrai pas arriver jusqu'à vous, moussou le Tedesco, quand ze viens vi démander do me faire oun autre air, qne ze ne pouis pas danser dou tout sour la musique barbare que vi m’avez faite.— Ab! tune peux pas danser sur cct air-là! s’écrie Gluck qui s’était vivement relevé : c'est ce que nous allons voir.Et saisissant Vestris au collet il le promène de force dans toute la chambre, l’enlevant de temps en temps de terre, lui faisant exécuter la danse la plus bizarre en lui chantant la fameuse marche des Scythes du premier acte.'Lë pauvre danseur ne peut résistera l'étreinte de ces deux larges mains de fer qui le tiennent emprisonné.La figure irritée de Gluck est sans cesse en face delà sienne, pâle de terreur ; les yeux brillants du compositeur plongent dans ses yeux éteints : c’est comme le regard d’un boa qui le fascine.— Oui, moussou le chevalier, s'écric t-il d une voix entrecoupée, ze danserai, ze danserai très-bien ! ! voyez.ouf.’., voyez donc .Et à chaque fois que son puissant antagoniste l’élève à quelques pieds du plancher,malgré lui ses jambes s’agitent, se croisent et exécutent les pas les plus hardis et les entrechats les plus compliqués ; mais la vengeance de l’Allemand ne sera satisfaite que lorsque l’air sera complètement achevé et il n’en a encore chanté que la .première reprise.Le vieux danseur n’en peut plus; sa poitrine, comprimée par les deux étaux qui le tiennent au 84 LE CANADA MUSICAL.collet, ne peut plus laisser échapper l’air, il étouffe, les efforts qu’il a déjà faits l’achèvent.Gluck ne voit plus rien : tout entier à l’inspiration de son chant sauvage, il s’anime encore au souvenir de sa composition, et à chaque instant il en accélère le mouvement : c’est à pus précipités qu’il traîne sa malheureuse victime dont il ne seDt plus le poids ; petit à petit c’est un mouvement de rotation qu’il lui imprime, il valse sur un quatre-temps, peu lui importe, il ne connaît plus rien.Le danseur asphyxié accroche avec ses jambes tous les meubles qu’il peut rencontrer pour s’en faire un point d’appni ; l’autel, la Prêtresse, Thoas, les Grecs et les Scythes gisent pêle-mêle au milieu de lu chambre, enfin un de scs pieds rencontre ¦un des angles du paravent, il s’y cramponne, et la lourde machine pivote un instant sur elle-même et vient s’abattre sur le compositeur et le danseur qui sont renversés du même coup.Ce dernier se sent libre uu instant, il se glisse, il rampe jusqu’à la porte, enfile l’escalier quatre à quatre sans demander son reste, et quand Gluck, tout étourdi de cette danse à laquelle il n’est pas accoutumé, veut de nouveau ressaisir sa victime, que trouve-t-il à sa place?Uu pauvre petit jeune homme, tout pâle, à demi mort de frayeur, qui, les mains jointes et à genoux devant lui, s’écrie : — Pardon, monsieur Gluck, pardon ! Je ne suis pas un danseur.— Et qui donc êtes-vous?— Un pauvre musicien vutre admirateur, qui vient ici pour avoir l’honneur de faire votre connaissance.Gluck n’ycomprend absolument rien ; heureusement sa femme, qui, sans la prévoir, craignant l’issue de cette scène ne s’est pas éloignée, raconte tout à son mari.Un souriie de bonté vient alors éclaircir la figure du grand homme.Il venait de voir Son talent méconnu par un vieux danseur imbécile; l’hommage naïf du jeune artiste le dédommage de.cette sottise ; sou ingénuité, sou enthousiasme lui promet sa protection^ ses conseils, ses leçons, et lui permet de venir le voir à toute heure.Méhul est au comble de ses vœux; taut d'aménité de la part d’un homme qui vient de lui prouver la violence de sou caractère lu touche jusqu’aux larmes, et c’est la voix émue et le cœur piein de reconnaissance, qu’il lui adresse ses remerciements.Je laisse à penser s’il fut assidu auprès de sou nouveau maître, dont les leçons étaient rares à la vérité, mais qui d’un mot lui eu enseignait plus que d'autres n’eussent pu faire en quinze jours, d’autant que Méhul avait déjà fait du fortes etudes daus la partie technique de son art, et que c'était la partie philosophique a laquelle il avait besoin d’être initié.Le plus souvent, les leçons n’étaient que de simples conversations du maître à l’élève, où il lui expliquait comment il étaitîpar-veun à eette manière qui n’était qu'à lui, combien s's premiers essais avaient été imparfaits, man- quant absolument de modèles; quels dégoûts il avait éprouvés lorsqu'en Italie il avait vu ses ouvrages réussir par des défauts qui, selon lui, auraient dû les faire tomber, tandis que les beautés en étaient tout à fait méconnues.Adolphe Adam.(à contiuucr.') L’ORGUE DE LA CHAPELLE DU COLLEGE DE NiCOLET.Dernièrement nous nous sommes rendus à l’atelier de M.Louis Mitchell, (No.160, Eue St.Antoine,) pour y essayer un orgue destiné à la chapelle du collège N icolet.Cet instrument, à un seul clavier, comporte un octave et demi de pédales de combinaison, et quatorze régistres dont voici l’énumération : 1.Bourdon do pédales de.16 pieds.2.Montre.8 do 3.Dessus de bourdon.8 do 4.Basse de bourdon.8 do 5.Dulciane.8 do 6.Dessus de flûte harmonique 4 do 7.Basse de flûte harmonique 4 do 8.Dessus de flûte à cheminée do 9.Basse de flûte à cheminée do 10.Prcstant.4 do 11.Dessus de dou blette.2 do 12.Basse de dcublctte.2 do 13.Trompettes.8 do 14.Accouplement.La dulciuue et la flûte harmonique ont une douceur et uue suavité qui nous paraît difficile d’être surpassée, et l’on sait que ces jeux sont généralement les moins réussis.Les trompettes sont puissantes et d’une égalité parfaite.Sommes toutes, le fini, la qualité des matériaux, et l’ensemble du devis, (lequel est dû au choix do M Auguste P.Laforce.) font de cet instrument un véritable petit chef-d’œuvre.L’habileté, l’exécution prompte et consciencieuse de M.Mitchell le recommandent hautement, comme facteur d’orgues aux fabriques et à MM.les Curés.Octave Peltier, Organiste de la Cathédrale de Montreal.LS COUVENT DE STE.CROIX, A ST.LAURENT.Le mois de Janvier est aux fêtes littéraires et musicales évidemment dans la plupart de nos maison d éducation.De trop courts entre-filets de journal nous donnent une légère idée de ce qu’ont etc les splendides séances données, au commencement de ce mois au collège de «te.Thérèse sous la direction habile de M.l’abbé Sauvé directeur do chant, et de M.Placide Renaud, professeur de musique de cuttc institution,— ainsi qu’au collège LE CANADA MUSICAL.85 Joliette, où M.l’Abbé Vadeboncoeur continue à maintenir la haute réputation artistique de cet excellent établissement.Mais si, à défaut de renseignement plus précis nous ne pouvons que généraliser sur les deux charmantes soirées qne nous venons de mentionner, nous nous réjouissons de pouvoir nous étendre plus longuement sur l’intéressante séance académique donnée, le 9 Janvier dernier, au couvent de Ste.Croix, à St, Laurent, car les échos voisins de ce joyeux concert tintent encore agréablement dans nos oreilles.Un bazar, qui eut lieu pendant les trois jours qui précédèrent cette séance, bien loir, de lasser le public intelligent et dévoué de St.Laurent et des environs, sembla plutôt aiguiser l’intérêt général ou, pour mieux dire.jla charité proverbiale des bons habitants du village, qui vinrent, vers les six heures, dans la Salle Académique du couvent, se réunir en grand nombre aux parents des élèves et aux autres visiteurs attirés en ce lieu par la bonne réputation des études artistiques suivies dans cette institution.La grande marche de concert de Wollenhaupt, nouvellement arrangée pour deux pianos, à huit mains, par Berg, ouvrit la séance et fut exécutée avec ensemble par Mdlles.Sarah Larose, M.Colomb, Sophie Clément et Hermine Fauteux.Ce morceau fut suivi de l’opérette intitulée Les orphelins, ou la petite maman, par Luigi Bnrdèse ; les rôles en furent tous rendus avec naturel,—celui de Popol, rempli par Mdlle.S.Légaré, jeune tragédienne qui compte il peine huit printemps, intéressa particulièrement l’auditoire.Mdlle.Sophie Clément s’acquitta fort bien de l’accompagnement de piano de cette opérette.Zaïda, ou la Musulmane au couvent fournit aux jeunes demoiselles de cette institution l’occasion de faire valoir avec avantage l’excellent enseignement littéraire qu’elles y reçoivent.Une prononciation correcte et soignée, une diction pure, l’absence d’affectation signalèrent la déclamation de ce drame dont les principaux rôles furent confiés à Mdlles.Mary Prendergast, H.Fauteux, C.Brault, S.Larose, O.Bénard, J.Quenneville, M.Fortier et L.Poitras.Quelques uns des plus jolis chœurs de la cantate anglaise du Converse intitulée Spring holiday furent alors chantés par les élèves : le duo rendu par Mdlles.Lucie Poitras et L.Chambers plut surtout à l’auditoire.La fantaisie favorite de Leybach—la somnambule—fut exécutée ensuite sur le piano, d’une manière parfaite, par Mdlle.Larose.Mesure, sen-timent,goût,expression, brillo, rien n’y manqua; ce qui ne surprendra guères en sachant que depuis quelques années, cette jeune demoiselle est sous la direction intelligente et consciencieuse de M.G.D.Mailloux qui, depuis trois ans dirige avec un succès marqué, les études musicales dans cette maison.M.Mailloux se dévoue de tout cœur à l’accomplissement de ses devoirs-de professeur, et les progrès atteints, en bien peu de temps, par le plus grand nombre de ses [élèves,—progrès dont nous avons été en plusieurs occasions personnellement témoin—proclament hautement l’excellence de sa méthode et l’application judicieuse qu'il en fait.Nous savons du reste que ses qualités distinguées comme professeur enseignant sont justement appréciées, non seulement par les bonnes religieuses qui dirigent le couvent de fct.Laurent, mais à Montréal aussi bien, où M.Mailloux compte actuellement un grand nombre d’élèves de mérite que lui ont confié indistinctement nos premières familles Canadiennes et Anglaises.A la suite de ce morceau Mdlle.Lucie Poitras se chargea de reposer les esprits attentifs de ses auditeurs, chez qui elle éveilla la plus franche gaîté par la verve avec laquelle elle interpréta le célèbre cri du cœur C’est ma fille¦ Les transports et l’émotion avec iesquels elle proclama les vertus et la force musicale de sa Parné'a, lui attirèrent do chaleureux applaudissements.Un drame anglais The crown of the Priestress of Nature dont les principaux rôles étaient remplis par Mdlles.N.Maxwell, H.Trainer, K.et L.O’Connor, M.McDonald et D.Coughlen démontra avec quel soin s'enseigne cette langue dans ce couvent, On sait du reste que plusieurs des religieuses de Ste.Croix étant Anglaises d’origine sont on ne peut plus compétentes pour inculquer une bonne prononciation de cette langue difficile qui devient néanmoins chaque jour de plus en plus indispensable.Le tableau vivant des trois enfants dans la fournaise représenté par Mdlles.E.Bénard, S.Mailloux et L.Poitras impressionna vivement l’auditoire.L'effet scénique de ce tableau contribua surtout à le faire admirer.Nous ne devons pas omettre un charmant morceau de piano qui précéda le tableau.Une autre éléve de M.Mailloux; Mdlle.Sophie Clément fit voir dans son excellente exécution de la fantaisie sur Faust de Leybach combien elle aussi a su mettre à profit les enseignements de scn|professeur.Vint ensuite le morceau par excellence de la soirée—la Fête des fleurs—drame-opérette en un acte de Luigi Bordèse, joué par dix élèves de l'institution.Cette pièce qui avait été préparée depuis plusieurs somaines avec grand soin parM.le professeur, rencontra les chaleureux applaudissements de l’auditoire enchanté.En effet, plusieurs des solos et duos furent rendus avec une expression que l’on retrouverait à peine chez les cantatrices les mieux exercées de nos concerts de ville.Les voix de Mdlles.Maria Benoit, R.Cusson, L.Poitras et C.Paris furent surtout admirées.Une ballade anglaise chantée par Mdlle.L.Chambers termina cette intéressante séance ; mais avant de se disperser, le R.P.Rézé, directeur du collège de St.Laurent, remercia publiquement les élèves au nom do l’auditoire, les félicitant cordialement sur les progrès dont tous venaient d’être témoins,—progrès qu’il attribua ajuste titre à l’excellent enseignement et aux- louables efforts de» dignes Religieuses de Ste.Croix. 86 LE CANADA MUSICAL.DE L’ENSEIGNEMENT DU PIANO.(Suite.) IX.Utilité d’exercer la Dans les réunions musicales dont nous avons peu à un travail soigné, à un travail attentif, et I prennent île bonne heure ce goût île la perfection | qui ne saurait leur être inspiré trop tôt.! Cette méthode renferme toutefois un écueil que | nous devons signaler.Ou constate fréquemment mémoire musicale des élèves.!ch« les Jeu"cs élùves tollt * la fois ullc l'eureuse mémoire et beaucoup de difliculté.pour lire la mu-.sique.Souvent l’oreille retient ce que les yeux et parle précédemment, les élèves joueront-elles par ies ,|0jgts n’ont pas encore appris.U en résulte cœur, ou, prudemment, garderont-elles sous leurs j des inexactitudes sans nombre ei des inconvénients yeux le morceau qu elles exécutent ?Cette ques- I qui doivent tenir sans cesse le professeur en éveil, tion se rattache à un principe il enseignement qu i! n ne saur:lit donc trop répéter aux élèves qu’il n’est pas inutilede développi faut jouer très-bien avec la musique avant de cher- ems éleies de jouer par retenir; qu’il faut pour cela comparer les phrases, : qu un virtuose s en re- .les traits, les formules : constater les analogies ou .i.a.m., „.i:i .r., .• - 11 y a peu d’années encore les professeurs dé- cher':\ jouer par cœur ; qu’il faut' en,prend,c et non fendaient sévèrement à le™ •' - • • • cœur, et meme il était rare posât uniquement sur sa mémoire lorsqu’il se fai- |es differences j'se’cn5e.: dës'"nôints‘de repère, en sait entendre en public Aujourd Im, il n’en est un mot analyser ce que l’on exécute.Par ce plus ainsi Une habitude contraire a prévalu et, il lnode de travad I eves acquièrent une parfaite laut bien le dire, une sorte de défaveur s’attache à solidité de mémoire, et même apprennent facile-î:irt,bte
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.