Bulletin des recherches historiques : bulletin d'archéologie, d'histoire, de biographie, de numismatique, etc. /, 1 août 1910, août
BULLETIN DES RECHERCHES HISTORIQUES Vol.XVI LEVIS—AOUT 1910 I*.8 LE CHAPITRE DE LA CATHÉDRALE DE QUEBEC ET SES DÉLÉGUÉS EN FRANCE.LETTRES DES CHANOINES PIERRE HAZEUR DE L’ORME ET JEAN-MARIE DE LA CORNE.1723-1773 (Suite) APPENDICE La place de conseiller vacante par la mort de M.de St-Simon n’est point encore donnée ; on l’a demandée pour le jeune Gaillard qui a épousé une Cabanac.Comme on ne le connait pas à la Cour, l’on est bien aise auparavant de savoir ce qu’en pensent MM.le général et intendant.Vous avez fait plaisir Mde de Vaudreuil et à ses demoiselles de leur écrire.Elles me parlent beaucoup de vous, aussi bien que Eigault qui m’a fait beaucoup de contes à votre sujet.C’est un bon enfant qui dit tout ce qu’il sait et ne sait pas, car il fait les histoires les plus drôles du monde.Je l’aime fort.J’ai reçu les deux loups-cerviers que vous m’avez envoyés qui étaient assez passables ; j’ai reçu aussi les six martes que M, le frère Hubert m’a envoyées avec toutes les autres — 226 — qu’il a bien voulu acheter pour des personnes qui m’en avaient demandées.M.de la Nouilliers retourne en Canada avec un sauf-conduit que la Cour lui a accordé ; parce qu’il appréhendait que ses créanciers ne l’arrêtassent en Fiance.Il va pour finir ses affaires et retirer ce qui lui est dû.M.Taschereau a sa place de trésorier (').Il repasse cette année avec sa femme.je crois qu’il fera bien dans le pays.Nous avons toujours été fort bons amis depuis qu’il est revenu de Canada.Pour M.Dupuy et sa femme, je ne les ai point été voir.Si ils avaient suivi l’un et l’autre les conseils de Taschereau, ils n’en seraient pas où ils en sont aujourd’hui.Je suis très fâché de ce que M.de la Nouilliers ne soit pas venu à bout de retourner dans le pays avec les emplois qu’il avait.Sa femme reste à Versailles auprès de sa sœur, la nourrice du Roi.J’ai su que M.Kigault est amoureux d’une demoiselle de La Gorgendière et que c’est ce qui a occasionné son voyage en France.ce parti ne lui convient pas, eu égard du peu de bien de la demoiselle (2).Madame (') Ce fut le 1er Taschereau qui vint en Canada.Il avait été, dès 1725, secrétaire de l’intendant Dupuy.Marié, le 17 janvier 1728, à Marie Claire Fleury de la Gorgendière, il était le bisaïeul du Cardinal Taschereau.Il demeura longtemps et mourut dans une des maisons remplacées par le palais épiscopal actuel.Voir Histoire du Palais Episcopal de Québec par Mgr H.Têtu, at La famille Taschereau par P.G.Roy.(') De fait, M.Pierre Rigaud de Vaudreuil, connu sous le nom de “ M.de Rigaud," frère du dernier gouverneur de la Nouvelle-France, épousa, le 2 mai 1733, demoiselle Louise Fleury de la Gorgendière, fille de Joseph Fleury de la Gorgendière, sieur d’Eschambault, et de Claire Jolliet, et nièce de la marquise de Vaudreuil-Cavagnal.Les deux frères épousèrent donc la tante et la nièce.Pierre et François-Pierre de Vaudreuil furent tous deux gouverneurs de Trois-Rivières, mais le premier seulement devint gouverneur général du Canada.Le Fort et le Château St-Louis, par M.Ernest Gagnon. — 227 — de Marson, mère de madame de Vaudreuil, est morte il y a environ trois semaines, âgée de 85 ans.On lui a trouvé à sa mort deux mille livres en or et argent blanc.Elle a su ménager, quoique son revenu ne fût pas très considérable.11 serait fort à souhaiter que la pension de 600 frs qu’avait la dite dame de Marson, de la Cour, pût tomber aux demoiselles de Vaudreuil, et même qu’on voulût leur donner à chacune 500 frs, seulement, cela les aiderait beaucoup, car elles sont à plaindre, n’ayant à présent que 400 frs pour leur entretien, ce qui ne suffit pas.L’on doit travailler pour cela, mais je crains bien qu’elles n’obtiennent pas, car le Cardinal est fort dûr et ne donne pas aisément.Elles vous saluent.aussi bien que leur mère.Vous aurez M.Rigault que je vous prie d’embrasser pour moi et M.de Cavagnal (son frère).M.Vincelotte prend le sous-diaconat dans les quatre temps du carême.Il s’est donné bien du mouvement pour en venir jusque-là.M.Lyon (J) a écrit a feu et à sang contre lui.Cela n’a pas empêché M.de Mornay de passer pardessus tout et de lui rendre la justice qui lui est due.Il demeure au Séminaire des Missions Etrangères.Je n’ai point reçu de lettres de M.de la Boularderie, ce dont je suis très aise, car je ne veux point m’embarrasser avec lui : il n’est pas assez rangé dans ses affaires pour que l’on puisse lier de commerce avec lui.Je n’ai pas osé parler de ce que vous m’avez marqué à son sujet : qui est que M.Dosquet lui a donné des patentes de grand vicaire, cela ne peut tomber sous le sens de qui que ce soit.A la bonne heure qu’il lui ait donné en blanc des lettres de grands vicaires pour les prêtres qui lui seront envoyés de France ; mais de dire qu’à M.(') Supérieur du Séminaire de Québec, très digne ecclésiastique français dont l’administraiion ne fut pas heureuse. — 228 — de la Boularderie on donne des lettres de grand vicaire remplies de son nom, c’est ce que personne ne peut croire ni penser.Mandez-moi si vous les avez vues et lues, et si le nom de la Boularderie est dans le corps des lettres de grand vicaire.Cela surprendrait bien du monde si cela était.(J) Le pays perd en laissant passer M.Chardon en France.C’est un très bon sujet qui a de la capacité et un homme propre à tout.Il a raison au reste de prendre ce parti,puisque l’on ne veut point le fixer dans aucune cure.Je l’ai dit au Bureau, non pas seulement à son sujet, mais au sujet de tous les autres prêtres que l’on ne veut point fixer.J’ai fait connaître que jamais les paroisses ne seraient bien établies que lorsque les curés seraient fixés.La preuve en est bien certaine, puisque nous remarquons que, depuis l’établissement du pays, il n’y a que les curés fixes qui ayent bâti des églises eu pierre et des presbytères.M.Baret, prêtre, est passé eu France, très mécontent.Il a eu raison ; je crois qu’il n’a pas eu la justice qu’il s’attendait d’avoir de sou Séminaire de St-Sulpice.J’ai vu ici plusieurs fois le père Antoine, récollet, a qui ses supérieurs ont fait amitié ; il a mangé plusieurs fois avec moi.Il s’en retourne en Canada, maître des novices du couvent de Québec, et le père Piscot, supérieur de Montréal,et le père Justinien, commissaire à Québec.(') Et cela aurait été surprenant en effet, puisque M.de la Boularderie était un laïque I Après'avoir été enseigne et lieutenant à Plaisance (Terre-Neuve),il avaitété transféré à Port-Koyal, ou il épousa, en 1702, une Demoiselle Melançon, acadienne, et où il se distingua comme capitaine pendant les deux sièges.Onze ans plus tard, on lo trouve à l’Isle Royale.Il y obtint la concession d’une isle qu'il devait exploiter et il était obligé d'employer 100 hommes à la pêche.Une compagnie formée par lui ne paraît pas avoir eu grand succès.Il y mourut le 6 juin 1738, et donna son nom qui est resté à cette propriété.Ces renseignements et bien d’autres m’ont été communiqués per M.Placide Gaudet, des Archives d’Ottawa. — 229 Je crois vous avoir mandé la mort de M.l’abbé de St-Aubin.C’est M.Couturier qui est à sa place supérieur général de St-Sulpice.Cette mort ne laissera pas de faire de la peine à M, Dosquet, car il était son seul appui.Le pauvre M.Bégon est affligé par bien des endroits.La perte qu’il a faite de ses vins dans le vaisseau qui a péri en allant au Canada, ne laisse pas que d’être considerable ; joint à ce qu’il doit à M.de la Nouilliers, et un autre contrat de constitution qu’il lui a fallu faire à la Kochelle à quelques marchands, qui est de près de trente mille livres, le mettent, à ce que je crois, dans un grand embarras.Il y a longtemps que je l’ai vu.Il se tient le plus qu’il peut avec Madame Bégon à sa terre de la Picardière pour épargner ses revenus.Je suis très fâché pour lui de tous ces malheurs.Il ne mérite pas un sort pareil, étant un homme très bon et pacifique, n’ayant fait que du bien en Canada.Il est fâcheux que notre carrière d’ardoise ne réussisse pas.car ce n’est pas réussir que de ne tirer que cent milliers pendant qu’on devrait en avoir reçu plus de 4 à 500 milliers.J’ai représenté, cette année, le peu de succès de notre entreprise, les dépenses que nous avions été obligés de faire en bâtiments, victuailles etc., tout cela ne les touche point.Ils prétendent qu’en envoyant l’ardoise d’Angers, elle ne reviendrait au roi, rendue au Canada, qu’à 35 à 40 frs.Il paraît, par les nouvelles que l’on a tenté de faire, que l’on souhaiterait que nous ne fussions pas les seuls qui profitassions de l’avantage d’avoir une carrière d’ardoise sur nos terres.Le voyage de MM.Boneault et Foucault a dû coûter au roi considérablement.Je suis bien aise qu’il ait été inutile.Je vous ai déjà écrit plusieurs fois de m’envoyer un petit plan.de notre seigneurie du Grand Etang, de l’endroit où est située la carrière.de l’année dans laquelle on a fait la découverte.M.Raudot me l’a — 230 — encore demandé cette année.Il faut aussi marquer.s’il y a des havres pour recevoir les bâtiments.Soyez persuadé que les particuliers aimeront mieux dans la suite découvrir leurs maisons pour les couvrir en ardoise, quand elle sera à bon marché, plutôt que de se voir exposés à brûler sans cesse.Au reste, c’est l’affaire de M.l’Intendant d’ordonner que les particuliers couvriront en ardoise plutôt qu’en planche ; parce qu’étant sur les lieux, il en doit mieux connaître la conséquence que le ministre même.Ne doutez pas que l’on ne fasse couvrir tous les bâtiments du roi en ardoise.Vous ne ferez pas mal de lier société avec d’autres que les Rioux.Ces gens-là ne songent qu’à la pêche.Ne négligez rien pour cette carrière, car c’est là ma seule ressource.27 avril 1732.—Le rapport qu’a fait Gatien de notre carrière me fait plaisir.Cela donnera lieu à M.l’Intendant de nous favoriser plus que jamais, joint à ce que la découverte qu’il a voulu faire de celle prétendue de Kamouraska n’a pas réussi.Je crois que vous ferez sagement de changer les associés que vous avez pris et de prendre des gens qui puissent fournir aux dépenses qu’il y a à faire.Les Lepage et les Rioux ont plus la pêche en recommandation que l’ardoise à quoi il faut obvier si faire se peut, f1) 23 juin 17b2.—.Te compte que notre carrière d’ardoise aura réussi.Il faudrait en envoyer une dizaine ou vingtaine de milliers aux isles St-Domingue et la Martinique dans les bateaux qui y vont.Arquin, qui est notre parent, à ce que l’on m’a dit, pourrait s’en charger dans son bateau.M.Gallifet, neveu de celui qui a été gouverneur en Canada, qui a à St-l)omingue une très forte habitation qui lui rend près de cent mille livres de rente, m’a dit que l’on pourrait la vendre le (*) (*) A en juger par le résultat final, les Lepage et les Kioux n’avaient pas tort j car alors comme aujourd’hui la pêche payait bien ; l’ardoise ne paya jamais. — 231 — millier cent francs.Si cela était, je crois que ce serait un bon commerce.On peut en faire l’essai.C’est un «rand bonheur que le vaisseau la Vierge de Grâce soit heureusement arrivé en France, on a été quelque temps en peine de lui.Les lettres que vous aviez confiées à M.Chardon (*) m’ont été envoyées de la Rochelle par M.Bourgine.J’aurais mieux aimé que le dit sieur Chardon lui-même me les eût apportées, parce qu’il m aurait mieux expliqué qu’un autre cequis’est passé.Le père Lauzon est nommé supérieur à la place du père du Parc, et le père Lafiteau, jésuite, que vous avez eu en Canada, avec lequel je suis passé, a celle du père Davaugour, ci-devant procureur des missions du Canada, qui est mort il y a trois mois.Le frère du P.des Landes, qui a soin à présent des pensionnaires du collège de Québec, a obtenu un canonicat de Metz qui vaut environ deux mille cinq cents livres.C’est un fort honnête homme et bien de mes amis.Vous pourrez en faire compliment à son frère.Vous saurez pour nouvelle que M.le général a été fait commandeur de l’Ordre militaire de St-Louis.Il portera le cordon rouge comme 1 avait M.de Vaudreuil.il est seul des généraux des colonies à qui ou l’ait accordé.Je lui en fais mon compliment avec un vrai plaisir, M.Demeloise a gagné son procès contre un nommé Levasseur qui avait bâti une maison contre son moulin.M.Deline a obtenu une gratification de 5 ou 600 frs.Les religieuses de l'Hôtel-Dieu m’ont écrit pour avoir de la Cour l’indemnité qu’elles appréhendent qu’on leur demande pour leur terre de l’Isle-aux-Oies.On leur répond de se tranquilliser.Barjelone a été fait capitaine réformé et Bailly lieutenant reformé.Ils ont eu chacun une gratification de 300 frs.Ils retournent en Canada avec M.et Madame (‘) Encore un prêtre canadien rendu en France. 232 — Dugué, le chevalier Rigaud et les autres qui étaient passés.Je vous écris assez amplement par M.de Lorgueil à qui j’adresse de l'a ris à Rochefort ou à la Rochelle mes principales lettres, afin qu’elles vous soient remises plus sûrement, car je sais qu’il est soigneux.Vous pouvez lui donner celles que j’écris tant à Montréal qu’aux Trois-Rivières où il montera peu de temps après son arrivée à Québec.23 juin 1732.—Madame de Marson, mère de Madame de Vaudreuil, est morte dans le mois de mai dernier âgée d’environ 85 ans.Il serait fort à souhaiter que la pension de 60u frs.qu’avait la dite dame de Marson, de la Cour, pût tomber aux demoiselles de Vaudreuil.cela les aidera beaucoup, car elles sont à plaindre, n’ayant à présent que 400 frs pour leur entretien.L’on doit travailler pour cela, mais je crains bien, car le cardinal est fort dur et ne donne pas aisément.Le comte de Vaudreuil est arrivé, ces jours-ci, des Isles, en bonne santé avec M.de Sévigny avec lequel il était passé en second pour mener le gouverneur de St-Domingue.C’est M.de Beaumont, frère de M.de Beauharnois qui commande, cette année, le vaisseau qui doit conduire à St-Domingue le nouveau gouverneur à la place de M.de Vienne qui est mort.9 mai 1737.— L’affaire de la Fresnière me paraît très mauvaise pour lui ; cependant je ne crois pas qu’il soit entièrement cassé.Je ne doute pas qu’il demeure interdit encore quelque temps.Pour ce qui est de l’affaire de M.Dubuisson, fils, l’on m’a dit à Versailles qu’elle était graciable, que cependant on la renvoyait en Canada.Je vous prie de saluer M.Dubuisson de ma part.La fille de M.de Beaujeu, est en bonne santé, elle se comporte très bien, elle demeure avec sa mère.Mde Desperier, mère de M.de Beaujeu est à l’extrémité.J’ai parlé pour le jeune Barbel pour lui avoir un brevet d’écrivain ; on m’a — 233 — répondu que cela ne se donnait pas comme cela, qu’il y avait des commis dans le bureau qui travaillaient depuis plus de vingt ans qui n’avaient pu encore en avoir ; et cela est vrai.Ainsi il faut que M.Hocquart ou augmente ses appointements ou qu’il écrive pour lui faire avoir quelque place dans le pays, qui puisse lui convenir.Je n’ai point vu le soldat prêtre que vous me dites être repassé cet automne.Son père a eu grand tort, s’il a obtenu sa grâce, de ne lui pas envoyer de l’argent, comme il me l’avait promis, pour lui faciliter son passage.11 mai 1737.—Le Père Dupuy, jésuite, que vous avez eu en Canada, procureur, a jeté le froc ; il a pris le petit collet et est sorti des Jésuites.Nous n’en savons pas la raison.Ce qui est de vrai, est qu’il n’a pas paru se déranger depuis qu’il est en France et que je crois qu’il ne l’a pas fait non plus quand il était en Canada.Cela étant, je no saurais vous dire pourquoi il a quitté la société.21 mars 1737.— Le pauvre M.Dupuy ci-devant intendant en Canada est mort presque subitement, en Bretagne, où il faisait l’exjérience de nouvelles pompes qu’il avait inventées au moyen desquelles l’on puisait le triple et le quadruple d’eau avec beaucoup moins de peine et moins de monde qu’avec les pompes ordinaires qui sont dans les vaisseaux et ailleurs.Il y a en Bretagne des fosses de plus de cent pieds de profondeur dans lesquelles sont des mines de plomb mêlé d’argent.Les entrepreneurs de ces mines après avoir dépensé près de quatre à cinq cents mille livres pour épuiser les eaux qui les empêchaient de travailler, ont eu recours à M.Dupuy, lequel après avoir examiné l’endroit s’est fait fort d’en venir à bout, et en effet par le moyen de ses pompes il y réussissait à merveille ; mais la mort l’a surpris.J’ai appris qu’il y avait un homme qui ¦avait travaillé avec lui à faire des machines, lequel con- — 234 — tinuait le travail commencé et que l’on espérait qu’il en viendrait à bout.Il comptait au moyen de ses pompes fournir de l’eau dans tout Paris.Le public a perdu en sa mort, car il était extrêmement ingénieux et inventif.Le père Dupuy, que vous avez eu jésuite et qui est à présent abbé, est en Bretagne pour avoir l’inspection sur l’ouvrage qu’il a commencé.Il l’a vu travailler pendant longtemps, il s’est mis au fait de cette machine.C’est pourquoi Madame Dupuy l’a prié d’aller en Bretagne pour y avoir l’œil.(!) 1er mai 1737.—Mon neveu Hazeur a été fait lieutenant à son retour de la guerre que l’on a entreprise contre les Chicachas (2) au Mississipi.Vous pouvez avoir appris la déroute de nos troupes et le carnage qui en a été fait.Il y a une quantités d’officiers de tués entre autres le pauvre Contrecœur et Desgly qui étaient (') Il parait d’après cela que M.Dupuy, l'ex-intendant.avait trouvé trop tard sa vocation ; car son rôle ne fut nas brillant au Canada.Il était d’un orgueil et d’une prétention insupportables.Le Lère de Kociiemonteix.—Les Jésuites et la Nouvelles run ce au A VlIIèmc siècle,page 151—dit que le Père Dupuy arrivé à Québec en 1716, procureur du collège en 1718 et ius-qu’à la mort de Mgr de Saint-Vallier, rentra en France en 1736.“A partir de 1744, on ne le trouve plus dans les catalogues.Je le crois bien, puisqu’il avait quitté la Compagnie en 1736.F O Voici ce que je trouve dans La Famille Mariauchau D'Esgly par M.P.G.Roy.“En 1736, M.de Bienville.avait organisé une expédition contre les Chicachas.Le premier détachement était commandé par M.Diron d’Artaguette.11 était composé de 100 Français ou Canadiens, de lüü Illinois et d’un certain nombre d’Iroquois.A sa seconde rencontre avec les Chicachas, il (d’Artaguette) fut complètement battu.Lui-méme et la plupart de ses officiers tombèrent aux mains des feioceB Chicachas.Le jour même du combat, vingt des officiers français furent mis à part pour être brûlés.Le père Kenat, jésuite, et MM.d’Artaguette, de Vincennes, de Coulanges, de Saint-Ange, Du Tisné.deTonty, d’Esgly etc., furent mis au poteau, et furent tourmentés de trois heures de l’après-midi à minuit." t — 235 — amis intimes de mon neveu.Contrecœur et lui tenaient ménage ensemble ; il est mort entre ses bras.Heureusement pour lui qu’il en est échappé, quoi qu’il fût témoin de l’action comme les autres.Il n’y a qu’une balle amortie qui l’est venue frapper au talon, sans qu’il lui en soit resté aucun mal.c’est un coup heureux pour lui qui lui fera faire son chemin, car il est fort estimé et regardé comme un bon officier.Il a demandé au retour de cette guerre, quoiqu’il fût sous-aide major, par conséquent dispensé d’aller dans un poste, il a demandé, dis-je, à y aller ; ce qui a fait beaucoup de plaisir à M.de Bienville, le gouverneur, eu égard à la disette d’officiers dans laquelle il était.Le poste où il est allé, selon qu’il me le marque lui-même, est très bon.Il pourra y faire quelques profits.L’on envoie, cette année 000 hommes de troupes réglées pour venger l’insulte que l’on a reçue des Chicaclias.Dieu veuille que l’on réussisse mieux que la première fois et que mon neveu s’en retire comme il a déjà fait.Mon neveu Sarrazin se comporte toujours fort bien ; il s’applique beaucoup à tousses exercices.Je ne doute pas que les Canadiens qui repassent ne vous eu parlent avec éloge.Desmarets est toujours à St-Domingue.Il me marque que sa santé ne laisse pas de s’altérer dans le métier qu’il fait de rafineur sur les habitations de M.de Galli-fet.Il y pourra amasser du bien et y trouver quelque bons établissements.L’on est fort content de lui.24 février 1738.—M.l’intendant doit retourner cette année en Canada.Il a donné des ordres pour qu’on lui achetât son vin et ses autres provisions, ce qui dénote qu’il doit absolument repasser.Nous l’avons vu plusieurs fois mon neveu et moi ; il nous a toujours fait beaucoup d’amitiés.Il paraît estimé à la Cour.L’on croyait qu’il était venu en France dans la vue de se marier ; cependant il ne paraît pas qu’il y ait eu jusqu’ici aucunes avances de faites. — 236 — J’ai vu ici M.et Madame de la Kichardière, M.Demuy et M.Dainault qui m’ont tous fort parlé de vous; je leur ai donné à manger une fois ou deux et à Madame la marquise de Yaudreuil et à sa fille atnée; car Mademoiselle deKigaud est à Chateau-ïhierry dans une communauté de religieuses où elle parait très contente.Nous avons bu à la santé de M.de Vaudreuilet à la vôtre.( février 1738.— Je vous raconterai l’histoire d’Hazeur Desmarets.Vous savez qu’il était à St-Domingue, faisant le métier de rafineur de sucre, c’est-à-dire ayant inspection sur l’ouvrage pour faire agir les nègres; ce qui lui valait 2,000 frs.Ennuyé du travail et dans la vue de me voir, à ce qu’il dit, il s’est avisé de s’embarquer sur un vaisseau marchand qui venait à Dunkerque, ayant environ pour 1500 frs d t ffets en indigo.Le jour de l’Assomption dernière, vers minuit, le vaisseau dans lequel il était échoua sur un banc de sable a 20 lieues de Dunkerque, et comme la tenq ête était grande, il ne tarda pas à s’ouvrir.Ce que voyant, les passagers et les matelots se j.tèrent dans la chaloupe, et dans le temps qu’ils voulurent déboider le vaisseau, il vint une lame qui repoussa avec tant de violence la chaloupe, qu’elle se brisa en mille morceaux ; ce qui obligea tous ceux qui étaient dedans à se mettre à la nage.Mon neveu attrappa une banquette sur laquelle s’asseoient les matelots pour ramer et, à la faveur de ce secours et du vent, il gagna la terre après avoir bu beaucoup d’eau de mer qui lui avait enflé le ventre comme un tambour.Heureusement pour les naufragés, qu’il n’y avait pour gagner la teire qu environ une demi-lieue ; ce qui fit que tout le monde se sauva, à la réserve du sacond capitaine qui périt malheureusement pour avoir trop bu d’eau-de-vie.Mou neveu m’écrivit à Paris le malheur qui lui était arrivé, dans le temps même que j’étais en Berry.Je fus fort surpris de recevoir une pareille nouvelle et — 237 — fort embarrassé de ce que je ferais de lui.Je le grondai fort d’avoir quitté le poste qu’il avait à St-Domin-gue et lui marquai que j’étais hors d’état de pouvoir le soutenir it I’aris.dependant toutes réflexions faites, j’ai été obligé dele faire venir à Paris où je n’étais point, et de Paris il est venu me voir en Berry., Vous jugez bien que tous ces voyages m’ont coûté du l’argent.H°a fallu outre cela l’équipper pour retourner à, St-Domingue où je l’ai renvoyé, avec espérance d’être économe sur une des habitations de M.Gallifet dont je suis fort ami.Cette place lui vaudra 2,000 frs, sa nourriture payée.Il me faudrait des puits dor pour subvenir à tout.Cela me met quelquefois dans des chagrins et des mélancolies affreuses de me voir toujours endetté sans savoir où prendre pour acquitter.Ce pauvre Hazeur Desmarets est malheureux sur mer.Il semble qu’il n’y aille que pour courir risque d’y périr.24 février 1738.—J’ai présenté un mémoire à M.de Maurepas au sujet de la concession qu’a donné M.le général au nommé Marsal.L’on m’a dit dans le bureau que l’on était surpris de cela, attendu que 1 Isle do Terreneuve a été abandonnée aux Anglais par le traité d’Utrecht ; par conséquent le roi de France n’en est plus le maître.Il n’y a que la réserve qu’il s’est faite de la pêche qui puisse subsister.J’ai demandé que nous soyons maintenus dans le droit de pêche au moins, au préjudice de tous autres, eu égard à la longue possession où nous sommes de pêcher.Peut-être le tout sera-t-il renvoyé au gouverneur et à l’intendant.Il sera bon de tenir ferme contre le dit Marsal ahn qu il ne s’ingère point d’aller pêcher sur nos terres 0, encore moins dans les endroits où sont nos cabanaux et échauf-faux.(1) c’était là la terre de Port à-Choix dont j’ai parlé dans le No.8 du bulletin de 1907, page 236. — 238 — 4 février 1738.—M.Raudot, intendant des classes est mort l’été dernier, dans le temps à peu près que sont partis les vaisseaux pour le Canada.II n’a été que huit à dix jours malade.Par conséquent, il n’a pas eu grand temps à mettre ordre à sa conscience.Il a fait son testament dans lequel il a presque tout donné à ses domestiques, qui sont aujourd’hui riches chacun de près de vingt mille livres.Il leur a donné tous ses meubles.argenteries et tout ce qui se trouverait dans sa maison' à la réserve de quelques bagatelles qu’il a données à quelques particuliers, c’est un testament des plus hétéroclites que l’on a vus.Sa nièce qui est seule héritière n a eu que les immeubles qui se sont montés environ à quinze mille livres de rente, pendant qu’elle devait en avoir plus de quarante.Cette conduite ne l’a pas fait beaucoup regretter.r M.de Beauharnois aura, cette année, des sujets de chagrin en apprenant la mort de M.de Beaumont, son frère, qui a été enlevé par un rhume suivi d’une fluxion de poitrine, à ce que l’on m’a dit.Il aurait poussé loin sa fortune, car il était fort estimé dans la marine sur-U2t.de Ti’IaurePas- comme un bon officier, et en j B-V j étaiti 11 ne sera Pa3 moins chagrin de la mort de Madame Lorgeville qui s’était mariée l’année der-mère, el e est morte huit jours après avoir accouché d une fille qui vit encore.Je ne doute pas que M.et Made Bégon ne 1 ayent beaucoup regrettée ; c’était leur fille aînée qui était remplie de mérites et qui avait toutes les bonnes qualités que peut posséder une demoiselle aussi bien élevée qu’elle l’était.Je n’ai point encore vu le chevalier Bégon ni M.son fils.Ils sont partis pour aller à loul voir M.l’évêque, son frère, peu de jours après que j ai été de retour de Berry, ce qui a été cause que je ne l’ai point vu.Je compte le voir à son retour qui sera dans le mois prochain.Il a fort demandé de mes nouvelles à son arrivée à Paris et a grande envie de me voir, et moi je n’en ai pas moins — 239 — La Cardinal de Bissey, évêque de Meaux, et abbé de St-Germain des Prés, est mort, il y a environ six mois.Son abbaye de St-Germain, qui est dans Paris, a été donnée à M.le comte de Clermont, prince du sang, moyennant l’abandon qu’il a fait de trois autres abbayes fort considérables.Il a abandonné environ quatre-vingt mille livres de rente pour en avoir cent vingt ou cent trente.Le chapeau du Cardinal de Bissey a été donné à M.l’archevêque de Vienne qui est de la Tour d’Auvergne.M.le Cardinal de Fleury est à l’extrémité ; on l’a dit mort ces jours-ci, cependant il ne l’est pas.On croit qu’il ne se tirera pas de la maladie qu’il a ; on le dit enflé par les jambes et même par le corps avec un dévoiement, à quoi il faut ajouter son âge qui est de 84 à 85 ans.Peut-être mourra-t-il avant que j’envoie ma lettre \ Cette mort fera un grand dérangement dans l’Etat qu’il a gouverné avec une prudence sans égal.J’ai appris avec un chagrin extrême la perte du fils de Senneville.Il faut que cet enfant ait eu un courage extraordinaire pour se voir mourir les membres les uns après les autres.Il faut espérer que Dieu lui aura fait miséricorde, ayant, dit-on, souffert ces maux avec une résignation vraiment chrétienne.Je n’ai point reçu de lettre de sa mère que l’on me marque extrêmement affligée, aussi bien que la grand’mère qui ne m’écrit que deux mots contre son ordinaire.Il me paraît par ce que vous me marquez, que votre santé est fort chancelante et même que vous avez été attaqué assez sérieusement dans le séjour que vous avez fait a Montréal.Ménagez-vous, s’il vous plaît, pour vous-même et pour un frère qui vous aime tendrement, qui serait au désespoir d’apprendre quil vous fût arrivé accident.(¦) Il ne mourut qu'en 1743, à 90 anB. — 240 — M.de lorcade qui est toujours de nos amis est très mal depuis deux ou trois mois.Il ne travaille presque plus ; je crains fort qu’il ne se laisse mourir ; nous perdrions beaucoup au changement.Mme de Vaudreuil et ses demoiselles se portent bien, elles ont été charmées de vos lettres.Mlle Rigaud est revenue de son couvent de Château Thierry.L’on dit qu’elle y retournera.Tous nos vaisseaux tant marchands que le vaisseau du Roy sont arrivés à leur port.Nous ne savons point encore qui commandera, cette année, le navire du Roy pour le Canada.J Le Chapitre de Québec ms demande cette année une châsse pour mettre la relique de S.Paul.Il aurait dû s expliquer de la manière dont il veut qu’elle soit faite et de quoi, si c’est en bois doré, en ébène, ou en bois argenté.11 me semble qu’il y en a deux autres aux cotés de celle de S.Paul.Il faudrait savoir comme elles sont afin de faire qnelque chose de semblable à celle de b.I aul.L’on me mande que Ton m’envoyera des fonds.Jusqu à ce que je las aye, je ne suis pas en état de faire les avances que Ton me demande.Il m’est trop dû pour cela.J’euvoyerai seulement l’étain que Ton m
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