Bulletin des recherches historiques : bulletin d'archéologie, d'histoire, de biographie, de numismatique, etc. /, 1 juin 1918, juin
BULLETIN DES RECHERCHES HISTORIQUES VOL.XXIV BEAUCEVILLE==JUIN 1918 No 6 LA FAMILLE DU GUE DE B01SBRIAND MICHEL-S1DRAC DU GUE DE BOISBRIAND Messire Michel-Sidrac Du Gué, sieur de Boisbriand, était fils de Pierre Du Gué, sieur de la Boulardière, et de Perinne de Cliainbellé.Il était né vers 1638 à Persevil, évê-(dié de Nantes.M.Du Gué de Boisbriand servit d’abord dans le régiment de Montaigu, puis il entra dans le régiment de Cham-bellé qui était commandé par un des frères de sa mère.Lorsque le roi décida d’envoyer le régiment de Cari-gnan dans la Nouvelle-France, M.Du Gué de Boisbriand qui était capitaine dans le régiment de Chambellé demanda à passer dans la colonie.11 entra dans le régiment de Cari-gnan avec son grade de capitaine.Le régiment de Carignan débarqua à Québec dans l’été de 1665.Pendant l’été de 166(), M.Du Gué de Boisbriand était en garnison à Montréal avec sa compagnie.En 1665, M.de Maisonneuve, gouverneur de Montréal, - 162 - partait pour la Prance, M.(le Tracy, qui ne l’aimait pas, lui avait enlevé son gouvernement.En attendant l’arrivée du successeur de M.de Maisonneuve, le commandement à Montreal fut successivement exercé par le major Zacharie rie Dupuy, le sieur de la Fredière, Pierre de Saint-Paul de la Mothe et M.Du Oué de Boisbriand.Celui-ci fut commandant a Montreal a partir du printemps (le 1670 jusqu’à l’arrivée de M.Perrot, le nouveau gouverneur, en août 1670.Dans son Histoire de.ht colonie française en Canada, M.l’abbé Faillon explique que le Séminaire de Saint-Sul-pice, propriétaire de toute l’île de Montréal, avait concédé (tes 1671 quatre Pels pour protéger le centre et le bas de File de Montréal contre les incursions des Iroquois.11 res-lait encore à fortifier la tête de l’île de Montréal en établissant des colons sur le bord des lacs Saint-Louis et des Deux-Montagnes par où les Sauvages avaient coutume de descendre pour faire leurs hostilités.C’est pour cette raison que le 19 janvier 1672 le Sémi-nuile de Montreal concédait a M.Du (lue de Boisbriand un attire fief situe au bord du lac des Deux-Mont agues et se composant de deux cents arpents de terre.M.Faillon ajoute : “Comme M.Du Gué témoignait beaucoup de zèle pour l’établissement du pays, et que même il avait déjà fait construire une maison au liant del'île, M.Dollior (supérieur du Séminaire) pour le récompenser, ajouta à ce fief toutes les îles et battîmes situées au-devant et d’autres encore.” Cette concession prit le nom de fief de Boisbriand.Il n appert pas que M.Du Guo de Boisbriand se soit beaucoup occupé de coloniser sa concession.Il y établit très peu de colons.Apparemment, la traite avec les Sauvages avait pour lui plus d’attraits que la culture des terres.Sept ans après l’avoir reçu, le ‘20 juin 1679, M.Du Gué de Boisbriand vendait ce fief à Charles LeMoyne de Lon-gueuil et à Jacques LeBei, son beau-frère.11 passa ensuite au f ils de re dernier, M.LeBer de Senneville, qui lui donna son nom de Senneville qu’il a gardé jusqu’à nos jours., L’île Sainte-Thérèse située dans le Saint-Laurent, près de Bepentigny, avait attiré l’attention de M.Bu Gué de Boisbriand, probablement à cause de la beauté de son site, de sa proximité de la ville de Montréal et peut-êtie aussi pour les avantages qu’elle offrait pour la traite.Dès l'ibT.M.Du Gué de Boisbriand s’était fait donner la pei-m Psion par M.Talon de faire travailler à des défrichements sur l’île Sainte-Thérèse.l e 29 octobre 1672, l’intendant Talon concédait à M.Du (iué de Boisbriand, “en considération des bons, ul des Cl louables services qu’il a rendus à Sa Majesté en différents endroits tant en l'ancienne qu’en la Nouvelle-France depuis qu’il y est passé par ordre de Sa Majesté, et en vue de ceux qu’il témoigne vouloir encore rendre ci-après ’, 1 île Sainte-Thérèse, avec les îles et les îlets adjacents.M.Du Gué de Boisbriand devait jouir de cette concession en fief, seigneurie et justice, lui ses hoirs et ayant cause, a la charge de la foi et hommage au château Saint-Louis de Québec, duquel il devait relever aux droits et redevances aceoutu niés, suivant la Coutume de la prévôté et vicomté de Paris.Le nouveau seigneur devait tenir et faire tenir feu et lieu sur sa seigneurie.Il avait aussi ordre de conserver les bois de chêne propre» à la construction des vaisseaux non seulement sur son domaine mais encore sur les terres qu il cou- (•«'dorait.Pareillement, il devait donner a\ : ; au roi ou à la < 'ompagnie des Indes Occidentales des tuit-e.-, minières ou minéraux, s’il s’en trouvait sur sa seigneurie (1).Dans son célèbre voyage au lac Ontario en 1673, le gouverneur de Frontenac se fit accompagner par un corps de troupes assez considérable et les plus braves officiers de la colonie.Le but de Al.de Frontenac était d’en imposer aux Iroquois.M.Du Une de Boisbriand était de cette expédition avec MAI.de Saint-Ours, Morel de la Durantaye, Mar-ganc de Lavait rie.etc, etc.L’auteur anonyme du Journal du voyage du comte de Frontenac au lac Ontario terminait sa relation en écrivant qu’après Dieu M.de Frontenac devait le succès de son expédition à ses officiers qui tous avaient fait preuve de vigilance.d’activité, de zèle et de bravoure (2).Le 12 mai 1678, Louis XIV ordonnait au gouverneur de Frontenac et à l’intendant Duehesneau conjointement avec le (’onseil Souverain, d’assembler les vingt principaux et plus anciens habitants du pays pour avoir leur avis sur le commerce de l’eau-de-vie avec les Sauvages.M.Du Gué de Boisbriand fut un des citoyens choisis pour donner cette consultation.Le choix du Roi était malheureux car il était évident que le brave officier faisant lui-même la traite avec les Sauvages, ne pouvait donner un avis désintéressé.Le 26 octobre 1678, jour fixé pour la réunion, M.Du Gué de Boisbriand donnait l'opinion suivante : “Que le dit commerce de l’eau-de-vie est absolument nécessaire pour attirer les Sauvages dans les colonies frair (1) Pièces et iloeuiiieiil.s relatifs à la tenure seigneuriale, p.89.(9) O’Callaghun, Documents relative to the History of the State of New-York, vol.IX, p.114. — 16f> — caisos et les empêcher de porter leurs pelleteries aux etrangers, ce qui ne peut en aucune façon préjudicier a la conversion des dits Sauvages, ni à l’augmentation de la religion.Au contraire que si cette permission n’est donnée, les Sauvages pouvant trouver de l’eau-de-vie ailleurs, ils s’en iront aux Anglais et Hollandais qui, au lieu de leur donner connaissance de l’Evangile, les obligeront de tomber dans l’hérésie où ils les laisseront dans leurs superstitions et ne reviendront plus avec les Français, et qu il a connaissance (pi’il s’est retiré plus de 300 Iroquois qui étaient à la chasse au Long-Sault sur la rivière, à 30 lieues de Montréal faute de leur avoir donné de l’eau-de-vie, et qu ils ont porte leurs pelleteries aux étrangers” (3) Le recensement de 1681 nous montre M.Du Gu( d( Boisbriand établi sur son fief de l’île Sainte-Thérèse.On lui donne 43 ans.Sa femme en a 34.Leurs enfants sont au nombre de sept : Jean, 13 ans; Marie, M ans; Jacques, 10 ans, Pierre, 8 ans; Jeanne, 6 ans; Joseph, 4 ans; Elisabeth, 1 an.M.Du Gué de lîoisbriand a trois domestiques : Jean Deperteau, 51 ans, Nicolas Ragueneau, 33 ans; Marie.20 ans.Dans la maison, il y a quatre fusils et 4 pistolets.L’écurie contient 16 bêtes à cornes.Le seigneur n’a que 40 arpents de terre en valeur.Tout ceci fait dire a M.Suite que m.Du Gué de Boisbriand ne vivait à l’île Sainte-Thérèse que pour le commerce des pelleteries.Nous sommes un peu de son opinion.Etabli sur l’île Sainte-Thérèse depuis neuf ans, avec deux domestiques dans toute la vigueur de Page, il nous semble que s’il ne s’était occupé que de défrichement et de culture, il aurait pu faire beaucoup plus.Le 24 septembre 1683, M.Du Gué de Boisbriand se fai (S) Pierre Margry, Mémoires et documents, vol.1er, p.408. 106 - - sait accorder une autre seigneurie sur la côte du nord : “Les terres qui sont à commencer où finit la concession du sieur Daulier des Landes ( Terrebonne), dans la rivière Jésus, jusqu’à la rivière Du Cliene icelle comprise’ , soit quatre lieues et demie de front sur trois de protondeur.(’’est ce qu’on a appelé plus tard la seigneurie des Mille-Iles.M.Du Gué de Boisbriand avait-il réellement l’intention de coloniser ce nouveau domaine ! Les apparences sont plutôt qu’il voulait continuer là ce qu’il avait tait a l’île Sainte-Thérèse et sur son fief de Boisbriand, c’est-à-dire la traite avec les Sauvages (4) En 1683, lorsqu’il fut question d’enlever le gouvernement de Montréal à François-Marie Perrot, (pii s’était conduit de si indigne façon, M.Du Gué de Boisbriand fut candidat à cette charge importante.Mais M.de la Barre, gouverneur de la Nouvelle-France, se prononça contre lui.Dans sa lettre du 4 novembre 1683, à M.de Scignelav, il écrivait : “On m’informe qu’on doit vous proposer le sieur Du Gué comme gouverneur de Montréal, à la place de M.Perrot.Je suis obligé de vous informer qu’il est lourd (h* corps et d’esprit, et qu’il est incapable de l’activité nécessaire dans ce gouvernement; le sieur Dernier est celui qui est le plus capable de remplir la charge, si le sieur Provost, ma' jor de cette ville, ne vous convient pas’’ (5).MM.Bernier et Provost pas plus (pie M.Du Gué de (4) La seigneurie (les Mille-Iles retourna au roi le 1er mars 1714 pour non exécution des conditions de la concession.Cinq jours plus tard, le à mars 1714.elle était concédée aux deux gendres de M.Ou Gué de Boisbriand, MM.Jean Tetit et Charles-Gaspard Plot de Langioiserie.(5) Archives du Canada, Correspondance générale, vol.(i. IfiT - Boisbriand n’eurent la charge.( ’est M.de( allières qui tut envoyé de F ranee pour sueeéder a Perrot.Dans l’expédition de M.de la Barre contre les Iroquois en 1084.M.Du G ue do Boisbriand avait un important commandement.L’armée composée de douze cents hommes parmi lesquels étaient trois cent cinquante guerriers sauvages avait été divisée en trois corps.Le premier, nominalement aux ordres de M.de la Barre, était spécialement confié à M.Robineau de \ illebon; le deuxième était commandé par M.d’Orvilliers; et le troisième par M.Du (Sué de Boisbriand.La campagne entreprise par M.de la Barre fut a peu près nulle pour le bien de la colonie.Elle se termina meme par une paix (jui était peu honorable pour le nom français.Mais la faute en retombe tout entière sur M.de la Barre.M.Du Gué de Boisbriand, M.Robineau de V illebon et M.d’Orvilliers durent exécuter un plan de campagne hâtivement préparé par M.de la Barre lui-même et ils s’en tirèrent le mieux qu'ils purent.Les historiens sont unanimes a mettre tout l’insuccès de la campagne de Li84 sur les épaules de M.de la Barre.Le gouverneur de Denonville qui succéda a M.de la Barre dans le gouvernement delà Nouvelle-h rance, lut plus .juste pour M.Du Gué de Boisbriand que son prédécesseur.Le 10 septembre lü8(i.il écrivait au ministre : “Le sieur Du Gué, neveu de M.de Chambellé, est le plus ancien capitaine.11 est fort honnête homme et dans une grande nécessité ; il est capable encore de rendre de bons services, aussi bien que cinq ou six autres.Ce serait mie grande charité que de les pouvoir aider” (6) Dans l’expédition de M.de Denonville contre les Tson-nontonans en 1687, M.Du (lue de Hoisbriand commandait les milices de toute la c< ’ ' >.M.de Denonville fut très satisfait de ses services.Dans sa lettre à M.de Keignelay du 25 août 1687, après avoir l'ait l’éloge de ses principaux lieutenants, MM.de ( 'altières et Vaudrouil, il écrit : “.J’ai eu l’honneur de vous mander par ma dernière lettre avant mon départ, que j’avais mis les anciens officiers de Carignan à la tête de nos habitants, et que j’avais choisi les plus honnêtes gens de ces habitants pour en faire des capitaines.Je sui- obligé de vous dire en leur faveur qu’il y en a d’une grande distinction que je souhaiterais fort que vous fissiez capitaines.( Via ferait du bien au pays pour l’émulation que cela donnerait en choisissant les plus honnêtes gens et cela leur aiderait à accommoder leurs seigneuries.“J’ai donné la compagnie dont vous avez eu la bonté de m’envoyer la commission en blanc au sieur Du Gué, plus ancien de tous les capitaines de Carignan.11 avait le commandement de tous nos habitants” (7).M.Du Gué de Hoisbriand décéda à Montréal le 18 décembre 1688.• Il avait épousé, à Montréal, le 7 novembre 1667, Marie Moyen, fille de J eau-Baptiste Moyen ci d’Elisabeih le Bref.Elie décéda un au avant son m tri.le 24 octobre 1687, 5 (G) Archives du Canada, Correspondance générale, vol.8.(7) Archives du Canada, Correspondance générale, vol.9.48 nie Sainte-Thérèse, et fut inhumée clans l’église de la l'ointe-aux Trembles.De leur mariage étaient nés neuf enfants : I JEAN-SIDRAC DU GUE Né à Montréal le 2 novembre 1670.En 1686, son père obtenait pour lui un brevet de caler dans la compagnie de la marine de Rochetort.En 1696, il prit part à l’expédition de M.d’Iberville contre Terre-Neuve, li était même son principal lieutenant.L’abbé Jean Deaudouin, qui fit l’expédition de Terre-Neuve en qualité d’aumônier, dit de M/Du Gué qu’il é-tiiit un très brave homme” (8).L’année suivante, en 1697, M.Du Gué eut encore l'occasion de se distinguer dans la célèbre expédition de M.d’Iberville à la baie d’Hudson.Celui-ci lui avait donné le commandement de la flûte Le Profond.Cette flûte, armée de vingt-six canons et montée par 120 hommes, ayant été séparée du Palmier et du Wesp qui naviguaient de concert avec elle, se trouva en presence de trois navires anglais.Le combat s’engagea aussitôt.Le Profond dont les canons avaient moins de portée que ceux des navires anglais, fut bientôt criblé de boulets de tout calibre.Mais le brave Du Gué manoeuvrait si habilement (pules navires ennemis ne* purent 1 aborder ni 1 obligei a se rendre.Le combat durait depuis six heures, lorsque Du Cue aperçut le Went et le Palmier cpii faisaient force de voiles pour le secourir.Les trois navires ne jugèrent pas à propos (8) L'abbé Auguste Gosselin, Journal de l’expédition do d’Iberville en Acadie et à Terre-Neuve, i>.34. 170 .i
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