Bulletin des recherches historiques : bulletin d'archéologie, d'histoire, de biographie, de numismatique, etc. /, 1 avril 1926, avril
K S le iM lletix des A K C II EHC II ES " .VOL.XXXII LEVIN—AVRIL 1926 No \ LES ARCHIVES DE LA PROVINCE DE Ol'EBEC Lui eau des At chives de hi province de Québec n’a pas encni e la gloire (|ui s attache aux choses antiques—il remonte a peine a cinq ans—mais il renferme tout de même des documents et des pièces d’une richesse inestimable.Enumérons ici les principales series de documents conservées aux Archives de la province de Québec.* * * La série la plus importante est la collection des jugements et délibérations dh Conseil Souverain.La première séance du Conseil Souverain eut lieu à Québec le 18 septembre 1663 et la dernière à Montréal le j8 avril 1760, précisément le jour de la bataille de Sainte-Foy.M.Eli mi ath, dans son Mcnwivc sur les Olims et les Parlements, décrit ainsi le Parlement de France sous le régime royal : Le parlement était la Cour souveraine du Roi.la Cour supi ente du îovaume.Là.venaient plaider soit en première instance, soit par voie d'appel, les ducs, les comtes, les barons et les chevaliers, les évêques, les couvents et les ordres religieux et militaires pour leur temporel, les communes enfin, les bourgeoisies et même les communautés de vilains.La, se débattaient les droits féodaux et seigneuriaux, les droits de justice, les droits d usage, les questions forestières, les questions municipales, les cas royaux.Là, tous les principes du droit public et privé, criminel et civil, et toutes les 8098 formes tie la procédure prenaient corps et vie.Aussi, semble-t-il.quand on lit ces vieux registres (pie toute l'histoire du temps s'y soit empreinte vivante et variée, et 1 on croirait assister au procès, tant les actes en sont souvent dramatiques.” X’avons-nous pas là une description assez exacte du role joué par le Conseil Souverain dans notre pays ?C'est devant ce tribunal que nos seigneurs nos ordres religieux, les membres de notre clergé, nos hommes de commerce, nos corporations de métiers sont venus tour a tour soit pour réclamer leurs droits ou y faire admettre des griefs.Les jugement et délibérations de cette Cour Souveraine sont donc d’une importance et d'un intérêt qu'on ne peut mettre en doute.L'honorable l’.-J.-O.Chauveau écrivait, en terminant sa notice sur le Conseil Souverain: "|e les ai revus dernièrement ces muets, mais éloquents témoins de notre glorieuse histoire, ces vieux Ohms canadiens ! le me suis rappelé le temps où, à deux époques de ma vie i 1851-1855 et 1867-1873), je faisais pour leur conservation et pour leur publication tout ce que je pouvais, non pas tout ce que j'aurais voulu, car la puissance d’un ministre, même celle d'un premier ministre, n'est pas ce qu’un vain peuple pense."On ne peut voir, sans émotion, ces pages signées des noms les plus illustres de notre histoire, et sans être expert en graphologie 011 est frappé des belles signatures de Frontenac, de Laval et de Talon qui portent l'empreinte de leur caractère.’’ Kn 1885, b‘ gouvernement de la province de Québec commença la publication des jugements et délibérations du Conseil Souverain.Six volumes ont été publiés, le premier en 1885, le deuxième en 1886, le troisième en 1887, le quatrième en 1888.le cinquième en 1889 et le sixième en 1891.Le dernier jugement imprimé est du 22 décembr 1716.Il reste donc à publier les délibérations et jugements rendus de la fin de 171(1 à 17(10.soit trente-six années.La publication des six volumes parus des jugements et délibérations du Conseil Souverain a coûté $25,000 ou $30,000.Les trente-six années non publiées demanderaient encore une dizaine de volumes au coût probable de $70.000 à $8o.coo.Ces jugements ne sont p.as tous du même intérêt.Je me suis souvent demandé si la publication d’un bon in ventaire de la partie inédite des registres du Conseil Souverain ne contenterait pas les amateurs d histoire 1 * * * Kn terme de loi l'insinuation est l’enregistrement 48.6.—Les dossiers des Cours du Banc du roi, d’Appel, de Révision ou Supérieure, sont au nombre de 800,000.De nos jours, la Cour Supérieure produit chaque année 20 à 25,000 dossiers et la Cour de Circuit autant.6.—Les greffes d’arpenteurs comprenant procès-verbaux et plans.Ceux-ci sont au nombre de 2,500 environ.Les procès-verbaux ne sont pas toujours déposés parce qu’ils ont été remis aux propriétaires.7.—Les procès-verbaux de grands-voyers et de sous-vovers.8.—Les testaments olographes et les ampliations de testaments.Ces pièces remontent à 1660.9.—Les actes de tutelles et de curatelles, véritables mines d’informations sur les familles.10.—Les déclarations de sociétés, raisons sociales, etc.IL—Les actes pro-notariés—Jadis lorsqu’il n’y avait pas de notaire dans une région, les curés ou les missionnaires, et parfois les huissiers ou des militaires ont rédigé des contrats, des testaments et des donations, qu’ils ont subséquemment déposés au greffe.12.—Les exploits d’huissiers sous le régime français.Dans ces pièces on relève la description des propriétés vendues par autorités de justice et des renseignements sur les propriétaires d’immeubles à diverses époques, etc.13.—Sont encore classées à part, certaines commissions de juges, magistrats, notaires, huissiers et militaires.14.—Informations de vie et moeurs produites par des greffiers, notaires, huissiers et autres.15.—Lettres diverses déposées comme exhibits ou pour y avo r recours.• 16.—Inventaires et clôtures d’inventaire, documents précieux sous plusieurs rapports, etc, etc, etc.C’est dans ces papiers anciens que l’archéologie, la généalogie, la biographie puisent leurs principaux maté- riaux.C'est encore la que 1 histoire du commerce, de l’industrie et des métiers peut se compléter.Enfin, com-1 lien de ces feuillets jaunis contiennent des notes révélatrices sur les moeurs, les usages et les coutumes d autrefois ?On ne s'en fait une idée que si l’on scrute ces grimoires.Un dernier mot.Montréal est peut-être la seule ville de l'Amérique septentrionale fondée au 17e siècle, qui par une heureuse chance a gardé jusqu a nos jours une semblable masse d’archives.E.-Z.Massicottk UN VOEU DE L’INTENDANT HOCQUART Le ?octobre 1731, l'intendant llocquart écrivait au ministre : "Il m’a été souvent représenté, depuis que je suis en Canada, que les minutes des actes des notaires, les registres du Conseil Supérieur et de la 1 révôté ne peuvent être en sûreté dans les maisons particulières des greffiers où ces minutes et ces registres sont déposés, par les accidents du feu qui peuvent survenir et qui consumeraient les titres de tous les particuliers de la colonie.Ces representations m ont paru, Monseigneur, si importantes que j ai cru devoir vous en faiie part, et vous proposer pour la sûreté publique de faiie construire un bâtiment à l'abri du feu pour contenir tous ces papiers.le n'ai point trouvé de lieu plus convenable pour faire ce bâtiment que la cour du Palais.’ Il y aura bientôt deux siècles que l’intendant Hoc-quart formulait ce voeu apparemment si raisonnable et cependant toutes les archives importantes qu’il voulait préserver et des milliers d autres accumulées depuis at tendent encore leur bâtiment spécial.Depuis 1731, les archives de l’ancienne Nouvelle-France ont déménagé des douzaines de fois.Que de pièces importantes ont été perdues ou détruites au cours de ces pérégrinations successives ! — >J7(>.Cette famille, pour une raison (pie j’ignore, est devenue protestante vers 1810 ou 1815.Pour établir cette généalogie de 1676 à 1810, c’est-à-dire pendant les cent-trente-quatrc ans qu'elle a été cathol que, il nous a suffi de quelques heures de recherches.11 s’agissait ensuite de continuer cette généalogie de 1810 à nos jours à l’aide des registres protestants.Vous n’avons pu y réussir.Pourquoi ?Parce que les ministres protestants, pour la plupart, ne remplissent pas les prescriptions de la loi.Peurs actes de baptême, par exemple, donnent les nom et prénoms du baptisé et omettent les noms de son père et de sa mère.L'acte de mariage donne bien le nom du marié mais désigne la mariée, très souvent, sous ^es seuls prénoms.Quant aux actes de sépulture, cinquante fois sur cent, ils ne contiennent que le nom du décédé.On avouera qu’avec un pareil système, il est quasi impossible d'établir une généalogie.Au point de vue historique, • la chose est regrettable ; quand il s'agit de successions, elle peut avoir des conséquences désastreuses.Je le répète, la loi est la même pour le ministre protestant et le prêtre catholique. Nos évêques catholiques attirent de temps en temps l'attention des curés sur l’importance des registres de l'état civil, et ceux-ci, règle générale, les rédigent d’une façon irréprochable.L’autorité compétente ne devrait-elle pas accomplir la même tache auprès des ministres des différentes sectes religieuses ?_ Notre loi sur la tenue des registres de l'etat civil est, je crois, bien supérieure à celles des autres provinces sur le même objet.Il est de 1 intérêt de tous qu elle ne soit pas sabotée.UNE FAMILLE ETEINTE Dans les registres de Kaskaskia on trouve, dans les actes de sépulture, d’intéressantes notes, particulièrement sur les accidents et la fin tragique d un grand nombre de nos compatriotes.Je n'en citerai qu une poui exemple.Elle nous fait connaître le sort malheureux d’une respectable famille de Montréal.Le sieur Jacques Nepveu,, marchand, avait épouse a Montreal, en 1695 Michelle Chauvin.Quelques années plus taid, 1 se rendit dans l’Ouest, avec sa famille, pour y continuer ‘son commerce.Le Père de Beaubois, dans une note de Kaskaskia, va nous raconter ce qui s’en suivit : "Le 22 juin 1722, a été célébré un service pour Michelle Chauvin, de 45 ans, épouse de sieur J^ues Nep-veu, marchand de Montreal, pour Jean-Michel Ncpv .son fils, âgé de 20 ans ; Suzanne Nepveu, agee de 1S et Elisabeth, âgée de 13 ans, ses filles, lesquels on e e tués paris Sauvages, à quatre lieues en deçà dt Ouala-chc (Wabash).On croit le sieur Jacques Nepveu pnj et emmené captif avec un jeune enfant denyuon nev ans, nommé Provost, et un esclave non baptise.Cette fin si tragique d'une famille canadienne resta ignorée des autres membres et amis de la meme famille à Montréal.Les registres de Kaskaskia seuls en ont conservé l’authentique histoire ( Mgr fanguay, Registres de l’état civil des personnes, p.17) • LUS SOURCES IMPRIMEES DE L’HISTOIRE DU C A N A1).\ - F R A X CA IS Dans les cinq rapports publiés par l'archiviste de la province de Québec de 1920 à 1925, on trouvera : Rapport pour 1920-1921 : Etat présent du Canada, dressé sur nombre de mémoires et connaissances acquises sur les lieux, par le sieur Foucault ( 1754) — Eloge funèbre de feu Mgr François de M mtmorency-Laval, premier et ancien évêque de Québec, prononcé à Montréal le 1er juin i~0(S, par M.de lîelmont, supérieur du séminaire de Saint-Sulpice de \ ille-Marie et l’un des vicaires-généraux de ce diocèse — Relation de la découverte qu’a faite le sieur Louis bornel en 1744 de la baie des Eskimaux nommée par les Sauvages Kessessakiou — Mémoire de M.Dupuy, intendant de la Nouvelle-France, sur les troubles arrivés à Québec en 1727 et 1728, après la mort de Mgr de Saint-Vallier, évêque de Québec — Procès-verbal de l'état des registres du greffe du siège de l’Amirauté de Québec dressé par M.Verrier, procureur-général du Conseil Supérieur, les 2, 3, (), 7, 10, 11 et 12 septembre 1737 — Oraison funèbre de Pierre de Taftanel, marquis de la Jonquière, gouverneur de la Nouvelle-France — Journal du siège de Québec du 10 mai au 18 septembre 1759, annoté par Aëgidius Fau-teux — Registre mortuaire de l’Hôpital général de Québec pour 1759 et 1760 — La recrue de 1653 : liste des colons qui partirent de France pour Montréal en 1753, annotée par E.-Z.Massicotte.Rapport pour 1921-1922 : Inventaire des actes de foi et hommage conservés aux Archives Judiciaires de Montréal, par F,.-Z.Massicotte — Le procès de l'abbé de Fénelon devant le Conseil Souverain de la Nouvelle-France en 1(174 —Congrès et permis de traite déposés ou enregistrés à Montréal sous le régime français, par F’.-Z.Massicotte—Eloge funèbre du gouverneur de Callières — Journal du sieur de Courtemanche envoyé aux Otawas par Monseigneur le gouverneur ( 1691) — Inventaire et description de tous et uns chacuns les .biens meubles, immeubles, titres, papiers, dettes actives et passives de la succession de feu le haut et puissant seigneur Philippe de Rigaitd, marquis de Vaudreuil, u; juin 172O — Procès-verbaux sur la commodité et incommodité dressés dans chacune des paroisses de la Nouvelle-France par Mathieu-Benoit Collet, procureur-général du Roi au Conseil Supérieur de Québec, avec annotations par l’abbé Ivanhoe Caron.Rapport pour 1922-1923 : Lettres et mémoires de F'rançois-Madeleine-F' Chicachas en février 17^0 — Les congés de traite conservés aux Archives de la province de Québec — Etienne-Guillaume de Senezergiues de la Rod de — Récit simple de ce qu'un religieux bénédictin ( Georges Poulet ) a souffert au Canada au su jet de la bulle I ni-genitus — Journal du Sr de Montigny, commandant un nui -:i de Canadiens et Sauvages, le long de la côte des Anglais (Terre-Neuve), en 1705 — Procès de Robert Stob > et de Jacob Wainbratn pour crime de haute trahison, en 17=Ci — La flibuste du sieur Leneuf de Beaubassin en t7°7 — Let très et mémoires de François Martel de Brouage, commandant à la côte de Labrador.Rapport pour 1923-1924 : Mémoires de M.de Bougainville donnés au gouvernement français au cours de sa mission de 1758-1759 — L’affaire du Prie-Dieu à Montréal, en 1694 — Voyage du sieur Franquet aux des Royale et Saint-Jean, en 1751 — Les loteries sous le régime français au Canada — Inventaire des documents et des imprimés concernant la communauté des Frères Charon et l’Hôpital général de Montréal sous le régime français, par Massicotte — Journal de M.Bougainville tenu pendant son séjour dans la Nouvelle-France — Les colons et émigrants bourguignons au Canada, par Emile Demaizière.Rapport pour 1924-1925 : Mémoires touchant la mort et les vertus des Pères Isaac Jogues, Anne de Noue, Anthoi-11c Daniel, Jean de Brébeuf, Gabriel Lallemant, Charles Garnier, Noël Chabanel et un séculier, René Goupil — Mémoire sur le Canada tiré de l’ancienne Bibliothèque Impériale de Saint-Pétersbourg — Les Chambres de Commerce de France et la Cession du Canada — Les ordonnances et lettres de change du gouvernement de Montréal en 1759 — La vie de madame Youville, fondatrice des Soeurs de la Charité à Montréal, par son fils, l’abbé Dufrost — Les ordonnances du gouverneur de Lauzon — Document sur sir Wililam Johnson et son tils sir John Johnson.l’.-G.K.CHEZ LE MARCHAND DE GUENILLES Je me rappellerai toujours, quoiqu’avec regret, un peut incident dont je fus témoin dans mes tournées officielles dans le comté de l’ortneuf.On m’avait invité à inspecter le site et les ruines de 1 historique fort Jacques-Cartier, sur la rive escarpee de la rivière qui porte ce nom, a vingt-sept milles en haut de Québec.J’étais, en effet, bien curieux d’aller étudier, sur les lieux mêmes, le fier donjon où l’héroïque Lévis, après la terrible journée du 13 septembre 1750, était allé caserner sa poignée de braves, et où les troupes françaises sous le marquis d Albcrgatti avaient tenu bon jusqu’au 1er septembre i/o ; plusieurs familles françaises occupaient les environs du fort, et communiquaient chaque jour par lettre ou autrement avec la garnison.Il y avait, m’avait-on dit, chez une famille des environs, portant un vieux nom historique, des liasses de lettres se rattachant à cette désastreuse période.Après avoir scruté les fosses, les ravelins, les ouvrages en terre du fameux fort, j'allai cogner à la porte d’une opulente métairie qui était sensée posséder les trésors que je viens d indiquer.Je demandai ce que l'on avait fait de toutes ces lettres, etc.On me répondit que le temps avait été où le grenier regorgeait de lettres ou paperasses écrites avec cette antique calligraphie française que vous connaissez tous, mais qu il n en restait plus : que la portion que la vieille ménagère de céans n’avait pas employée à allumer son feu, un fabricant de papier de Québec, M.Keid.l’avait achetée à trois centins la livre pour l’employer comme matière première.Voila la triste histoire de mille et un documents historicities de valeur qui existaient naguère chez nous, et qui maintenant sont introuvables.J.-M.LkMoinr (i) (1) Monographies et esquisses, p.10.1. — -\V> — ! \ PETITE HISTOIRE AIDE a LA GRANDE HISTOIRE Charlevoix, Garneau, Eerland, Hibaud ont été les ouvriers de la premiere heure.Ils ont pourvu au plus pressé, ils ont apporté les matériaux, creusé de larges fondations et construit un vaste édifice sur des assises solides, mais sans trop s'inquiéter de le décorer.C était un premier progrès de réalisé.Depuis, d'autres sont venus: une nouvelle école s'est formée.Ces architectes de la veille avaient vu et fait grand, leurs successeurs ont concentré toute leur attention à l'ornementation de l’édifice, ils se sont appliqués aux détails.D'un ciseau plus léger, ils ont fouillé les blocs de pierre brute.Chacun a choisi un angle, une saillie, un bas relief, et l’a sculpté avec toutes sortes de précautions et une habileté précise.Des archives, des mémoires, des journaux, on a tiré des révélations et des renseignements qui, groupés, rapprochés, comparés, ont rendu la lumière à des points indécis et obscurs.x Les grands traits étaient dessinés.11 restait à reconstituer la vie de ces masses, de cette collectivité de colons dont on ne parle nulle part et dont pourtant 1 endurance et le dévouement avaient donné un monde a la France.11 fallait faire connaître comment avaient vécu, pensé, agi ces obscurs.Quels ressorts, quelle influence les avaient fait se mouvoir ?Quelles étaient leurs aspirations, leur volonté ?I >es chercheurs consciencieux et patients ont entrepris cette tâche, ils se sont fait pour ainsi dire les contemporains de ces disparus, ils ont vécu au milieu deux, dans les bois, dans les champs, au village, ils les ont suivi à travers les contrées inconnues dont ils devenaient les découvreurs.Ils se sont pénétrés de leurs idées et de leurs sentiments.Nos grands historiens sen étaient tenus a la surface des choses.Racontaient-ils une campagne, ils ne parlaient guère que du général en chef et des officiers principaux sans dire un mot de ces soldats si braves et si courageux, colons pour la plupart qui avaient abandonné leur chaumière et leurs champs pour marcher à la frontière.La nouvelle école a donné à tous les acteurs de ces grands drames leur place et leur rang en laissant à chacun son importance.Combien d’ignorés ont été ainsi sauvés de l’oubli ! Que de noms passeront à la postérité grâce à une mention qui en aura été rapidement faite ! Que de collaborateurs importants laissés dans l’ombre ont été replacés sur la scène du monde ! Que d’efforts inconnus, méconnus même, ont été glorifiés ! Un jour, un historien nouveau apparaîtra.Il groupera tous ces détails échappés aux premiers chercheurs et il fera un bon et beau livre,—notre épopée nationale, —la véritable apothéose de Ces Achilles d’une IIliade, Qu’Homère n'inventerait pas.Comme le dit si bien M.Rameau, dans une Colonie Féodale en .Imcriquc : “La vieille histoire solennelle, académique, philosophique a son utilité et son mérite, mais elle est insuffisante sur l’étude des grands personnages et des intrigues qui s’agitent autour d’eux.C’est en pénétrant dans le fonds même de la population, en analysant les familles populaires, leurs progrès et leurs défaillances, que l’on saisit complètement la physionomie réelle et les mystères de l’histoire du passé.” Le meilleur moyen de saisir sur le vif la physionomie des temps primitifs, de pénétrer dans leurs moeurs, leurs idées, leurs coutumes, leurs croyances, c’est de les étudier chez un groupe quelconque d’individus organisés et vivant sur un même coin de terre, à la lumière des documents manuscrits de l’époque, papiers de famille, archives de paroisse, greffes des notaires, dossiers des tribunaux.C’est ainsi que l’on pourra rétablir la chronique primitive du Canada sur sa véritable base et lui restituer le caractère original et pittoresque qui lui est propre.Chacune de nos paroisses devrait avoir son monographe qui ferait revivre les traditions et les moindres 238 - épisodes du passé.Ce passé est sans Hétrissure, il est simple, et si imprégné de moeurs naïves et saines que l’on devrait être fier de le faire connaitre au monde entier.Chacun devrait pouvoir dire de sa paroisse, de son village, de son hameau, avec autant d’orgueil que Virgile : Mantua me genuit.“L’histoire de nos villages, c'est de l’histoire de France en petits morceaux”, ,a dit Victor Hugo.C’est avec ces éléments que la science reconstituera un à un les anneaux qui forment la chaîne de notre histoire et la déroulera sûrement jusqu’à nos origines.Nos écrivains, depuis une trentaine d’années surtout, ont compris l'importance de ces études d’histoire locale.Les travaux qu'ils ont publiés ont apporté dans les recherches historiques un élément nouveau.J’ai là, sur les rayons de ma bibliothèque, la série à peu près complète de ces monographies.Mais, hélas ! la provin-, ce de Québec contient plus de sept cents paroisses, et l'histoire de quarante d’entre elles seulement a été étudiée.fl reste donc encore bien du travail à faire.Combien auront le courage de s’y livrer, quand on songe au peu d'encouragement que les entreprises de ce genre reçoivent dans notre pays ?(J.-Edmond Rov, Histoire de la seigneurie de Lauzon, vol.I, p.II).LES ARCHIVES DE FAMILLE Chaque famille devrait avoir ses archives, conserver avec un soin jaloux tout ce qui peut lier les générations nouvelles aux anciennes.C’est ainsi que se créent les traditions.L’on ne sait pas assez comme il est précieux de sentir du passé derrière soi, et quel trésor se constitue, pour l'histoire générale, dans la préservation de tous les documents particuliers.Surtout quand un membre d’une famille a tenu un rôle dans l’Eglise, la politique ou les lettres, tout ce qui émane de lui est infiniment précieux ; et il faudrait garder toutes les manifestations de sa pensée, toute chose où s’est inscrite la pulsation de sa vie (Henri D'Arles, la Presse, 18 février 1925). -\v.> — LES MIETTES DE [/HISTOIRE Vous m'envoyez un vieux papier Qui date du siècle dernier Et dont le texte est de l’histoire." Il s'en allait, me dites-vous, “ Périr au panier, aux égouts, “ Comme un obscur et plat grimoire.Vous l’avez sauvé du néant, 11 va revivre maintenant : Dans mon livre il aura sa page.Le lecteur se demandera Par quel hasard, et caetera, J’ai pu composer ee passage.Merci, vous qui savez m’aider ; Car je ne saurais commander Ni les hommes ni la matière.Où je trouve je prends mon bien—• C’est un fade et si lent moyen, Que j’y donne ma vie entière.Si l’amour de notre passé N’était quasi tout effacé, Comme on se plairait à me rendre Ces contrats tombés dans un coin Qui périssent faute de soin Et qui peuvent tant nous apprendre ! Vieux papiers, sales, déchirés, Mémoires jaunis, délabrés, Journaux en loques, paperasses, Vous en savez plus long, souvent, Que ne peut en dire un savant Lorsqu’il n’a pas suivi vos traces.Un rien est quelquefois la elé D’un fait, d’un acte révélé Par l’étude et la patience.On reconstruit un monde ancien En y mettant chacun du sien, Et tout cela, c’est la science.Ouvrez-moi vos poudreux dossiers ; Prêtez vos antiques papiers : Nous les ferons parler ensemble.Puis, un jour, vous les reverrez Complets, rajeunis, admirés — Us le méritent, ce me semble ! Benjamin Suite (1) (1) Chants Nouveaux, p.î*. — 240 xos histoires de paroisse Il serait grandement à désirer qu’il se rencontrât dans chacune de nos paroisses quelque annaliste, qui fit revivre son passé avec cette foule de traditions et d episodes qui donnent de la couleur et du charme, en un mot, de la physionomie à l'histoire ; ce serait la réponse la plus victorieuse qu'on pourrait faire aux ennemis de notre race, qui seraient heureux de trouver quelques flétrissures dans notre passé.( )n ferait par là voir jusqu’à l’évidence qu’il n’y a pas un seul peuple en Amérique qui ait plus de droit que nous d’etre lier de ses origines.S il était necessaire de faire parler une voix plus autorisée que la nôtre sur l’importance de ces études monographiques, nous citerions ce qu’en dit un des amis les plus sincères et les plus actifs que possède le Canada en France.M.Rameau, qui écrivait récemment à un de ses amis de Québec : j “Ces travaux seraient de la plus grande utilité pour rétablir la chronique primitive du Canada sur sa véritable ba-^c, en lui restituant le caractère original et pittoresque quelle possède par elle-même.Xon-seulement ils exerceraient la plus salutaire influence sur les études historiques au Canada, mais sur celles de l’Amérique entière ; car on peut dire qu’aux Etats-Unis, au Mexique, etc., etc., la physionomie des temps primitifs est généralement très-mal saisie et souvent défigurée." "I,a vieille histoire solennellle, académique, philosophique, et parfois un peu déclamatoire, a certainement son utilité et son mérite, mais elle est insuffisante, surtout lorsqu’elle vit exclusivement sur l’étude des grands personnages et des intrigues qui s’agitent autour d’eux.C’est en pénétrant dans le fond même de la population, en analysant les familles populaires, leurs progrès et leurs défaillances, que l'on saisit complètement la physionomie réelle et les mystères de l’histoire du passé.On connaît alors le secret véritable de la force et de la faiblesse des nations, parce que Ton pénètre dans leurs moeurs, dans leurs idées, dans leurs croyances, dont l’influence est bien autrement forte sur leur destinée (pie celle de leurs institutions et constitutions.” I/abbé H.-R.Casgrain — J-M LKS ARCHIV ES PAROISSIALES DK I/ILE Dl’FAS .,)ans 'ts archives de I île Dupas, qui datent du _> i janvier 1704, il n’y a qu’une dizaine de feuilles volantes.’ u sont consignés les actes de baptêmes, mariages et sépultures depuis 1 établissement de la paroisse jusqu'à 1727 : de là a U4F» P manque dix années complètes de plus, la première reddition de comptes de marguilliers ne date que de 1740 : les actes d’élection de marguilliers ne remontent qu’à l’année iSO/ .enfin, je n ai trouvé d acte de délibération de fabrique ou de paroisse, pour la première fois, qu’en 1835.si on excepte deux ou trois actes faits sur des feuilles détachées.Que sont devenus les registres qui manquent ?Dans les ptemièies années, les missionnaires n’écrivaient leurs actes que sur des feuilles non reliées, et on conçoit que la conservation de tels documents fût difficile.De p:us.pendant que cette paroisse était desservie par le curé de Sore!, avant 1831.le presbytère de l’ile Dupas était occupé par des personnes qui, ne connaissant pas la valeur de ces \ieux papiers jaunis par le temps, les employaient a dif-feicnts usages .c étaient, je suppose, des gens propres, cl comme ils manquaient de’ tapisserie", ils se servaient du pa-piei quits avaient en abondance sous la main ; am.-: \1.Marcotte, eu arrivant a 1 ile Dupas, dans l’automne de iX^i, trouva-t-il toutes les armoires cmmuniillces de son presbytère tapissées de feuilles de registres ; c’était un livre tout ouvert, mais malheureusement, les armoires ne pouvaient durer toujours ; elles disparurent bientôt dans la c .nstrur-iioti d’un nouveau presbytère — car elles eussent été des tablettes embarrassantes à conserver — et comme ! ouvrage avait été fait en conscience — le papier, qui adhérai’, parfaitement au bois, dut être sacrifié.M.Marcotte en recueillit toutefois un acte de baptême fait en 164.et signé par le I’ère Jogues (ce baptême certainement avait été fait ailleurs, dans les courses apostoliques du Révérend I ère, et ! acte en avait été déposé plus tard, avec d auties peut-être, dans les archives de cette* paroisse, car en 164.il n’v avait pas encore ici de paroisse).Malheu-1 eusement, cet acte si précieux se trouve aujourd’hui perdu.M.Marcotte 1 avait prêté à M.Faquin, curé de Saint-Eus-tache, qui travaillait alors à des mémoires sur l’histoires ec- — 2 42 — elésiastique du Canada, et la mort de M.Faquin, arrivée quelque temps après, ne permit pas à M.Marcotte de recouvrer ce document qui était, pour lui, comme la relique d’un martyr.(L’abbé V.Plingtuet, .htnuaire de Veille-Marie.vol.1er.p.il).LES ARCHIVES PUBLIQUES D’OTTAWA Le 24 mars 1X71, sir A.T.Galt présentait devant les Communes du Canada une pétition signée par 57 littérateurs les plus en renom de Québec et de Montréal (1), dans laquelle il était représenté que les auteurs et les chercheurs de ce pays n’avaient pas les facilités d’accès aux archives publiques que l’on trouvait en Angleterre, en France et aux Etats-Unis.Dispersés comme elles sont, disaient-ils, leur consultation est à peu près impossible.On demandait donc qu’elles fussent rassemblées en un dépôt central à l'épreuve du feu, classées et cataloguées, et qu’une loi fut votée pour pourvoir à leur conservation et faciliter les recherches des travailleurs.De ht sorte, l’on pourrait pour écrire l’histoire recourir en tout temps aux sources authentiques.Et l’on term nait en invoquant l’exemple de ce qui s’était fait dans cette voie à la Nouvelle-Ecosse et dans les autres pays (2).Cette pétition référée au comité de la bibliothèque fut transmise à l’honorable Christopher Dunkin, alors ministre de l’agriculture et des statistiques.Le Cotise 1 exécutif, sur son rapport favorable, vota un certain montant pour faire une enquête préliminaire (3), et, le 20 juin 1872, M.Douglas Brymner était nommé au nouveau bureau que le ministre de l’agriculture devait organiser avec un traitement annuel de $1200.Telle fut l’origine de ce que l’on a appelé depuis le Bureau des Archives du Canada ( J.-Edmond Roy, Les Archives du C'a nada à venir à 1872, p.122).(Il L'original en est conservé aux Archives du Canada (Letters received, I.p.120.(2) Le docteur H.-II.Miles, dont le nom apparaît en tétc des signataires.a publié une étude On Canadian Archives, dans les Mémoires de lu Société Historique do Québec, 11 décembre 1870.(3) Journaux de la Chambre d’Assemblée, p.288: -’4d — L’HISTOIRF.ET LA LEGENDE Les lignes suivantes de Camille Saint-Saëns sont à lire.Elles contiennent beaucoup de vérités : A a-t-il entre l’Histoire et la Légende une différence essentielle ?“L Histoire, c’est ce
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