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Titre :
Bulletin des recherches historiques : bulletin d'archéologie, d'histoire, de biographie, de numismatique, etc. /
Éditeur :
  • Lévis :Pierre-Georges Roy,1895-1968
Contenu spécifique :
mars
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
quatre fois par année
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Bulletin des recherches historiques : bulletin d'archéologie, d'histoire, de biographie, de numismatique, etc. /, 1938-03, Collections de BAnQ.

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LE BULLETIN DES RECHERCHES HISTORIQUES VOL.XLIV LÉVIS, MARS 1938 No 3 LES SEPT FRÈRES BÉDARD Le docteur N.-E, Dionne a publié en 1909 un intéressant ouvrage, Pierre Bédard et ses fils.Il y aurait un livre non moins curieux à écrire sur Pierre Bédard et ses frères.Pierre Bédard, le célèbre patriote mort juge, était, en effet, l'aîné d’une famille de sept frères qui, tous, furent des citoyens méritants.Le père, Pierre-Stanislas Bédard, était un modeste cultivateur de Charlesbourg.La mère, Marie-Josephte Thibault, était une femme d'une haute intelligence et d'une grande énergie.L’un et l’autre se rendirent compte que leurs enfants devaient terminer leur cours classique et ils firent les sacrifices nécessaires pour les faire instruire.Ils vécurent assez vieux pour constater que leurs sacrifices n'avaient pas été consentis en vain.Un mot de chacun des fils de Pierre-Stanislas Bédard et de Marie-Josephte Thibault : 1° Pierre-Stanislas Bédard, né à Charlesbourg le 13 septembre 1762, fut admis au barreau le 6 novembre 1790.Deux ans plus tard, en 1792, il était élu député et il fit partie de la Chambre d’Assemblée jusqu’en 1812.Nommé juge en 1812, il décéda aux Trois-Rivières le 26 avril 1829 Pierre Bédard est une des figures les plus nobles de notre histoire politique.Sa carrière n’est entachée d’aucune erreur.Son patriotisme ardent lui avait fait subir plusieurs jours de prison aux jours sombres de l'administration Craig.La vie du patriote Pierre Bédard a été écrite par le docteur N.-E.Dionne. — 66 — 2° Marie-Joseph Bédard, né à Charlesbourg le 15 octobre 1763, fut admis au barreau le 13 juin 1796.Il pratiqua sa profession peu de temps à Québec et s’établit à Montréal où il devint une des lumières du barreau.Il décéda dans cette ville le 28 septembre 1832.Il était à sa mort le doyen du barreau de Montréal.Les journaux de l’époque font les plus grands éloges de Joseph Bédard.Il avait autant de talent que son frère aîné et il aurait pu devenir une de nos gloires nationales s’il avait voulu s’occuper de politique, mais il préféra se consacrer exclusivement à sa profession! 3 Jean-Charles Bédard, né à Charlesbourg le 5 novembre 1766, fut ordonné prêtre le 19 décembre 1789- Il s’agrégea au séminaire de Montréal le 28 septembre 1792.Devenu sulpicien, 1 abbé Bédard fut employé comme maître des cérémonies et comme procureur.Il décéda à Montréal le 2 juillet 1825.M.Bédard s’était intéressé toute sa vie à 1 astronomie et a la physique.Mais il avait surtout des dispositions pour les mathématiques qu’il cultiva aussi avec grand succès.La science des mathématiques était atavique dans la famille Bédard.M.de Gaspé ne raconte-t-il pas que Pierre Bédard emprisonné sur l’ordre de Craig en 1810 demanda au géolier Reid de le laisser dans son cachot quelques heures de plus afin de terminer un problème géométrique qui 1 intéressait fort.M.l’abbé Bédard avait écrit une Vie du Sulpicien Poncin, qui, malheureusement, n’a pas été publiée.j ^ /"ol^s bédard né à Québec, le 13 septembre 1770 fut ordonné prêtre le 11 mai 1794- Après avoir occupé différents postes, 1 abbe Bédard fut nommé curé de l’importante paroisse de la Baie-du-Febvre en 1796.Administrateur habile, conciliant, le curé Bédard dota sa paroisse d’un nouveau temple qui était réclamé depuis longtemps, mais que ses prédécesseurs n avaient pas réussi à obtenir.Malheureusement, 1 abbé Bédard était de faible constitution et il mourut de façon tragique le 5 juin 1806, à l’âge de trente-huit ans.Au cours d une procession où on transportait les Saintes-especes de la vieille à la nouvelle église, le curé Bédard, qui portait le Saint Sacrement, s’affaissa sur le sol et expira dans les bras de ses paroissiens consternés.Jean_Baptiste Bédard né à Québec le 25 septembre 1772, fut ordonne prêtre le 11 octobre 1795- Il fut vicaire à — 67 Notre-Dame de Québec, curé de Rouville, puis de Chambly et, enfin, de Saint-Denis de Richelieu.Il décéda dans cette paroisse le 23 août 1834, regretté de tous ses paroissiens.Ce saint prêtre était d’une grande humilité.Doué de tous les talents, il se croyait le moins capable de tous les prêtres du diocèse.Son évêque dut lui imposer presque de force le titre de grand vicaire.Le curé Bédard était un musicien de talent.Il collabora aussi au recueil de cantiques publié par l’abbé Boucher.Sur l’abbé Bédard on peut consulter L'Histoire de la paroisse de Saitit-Denis-sur-Kichelieu de 1 abbé J.-B.-A.Allaire.6° Flavien Bédard né à Québec le 22 septembre 1779.Il fit un cours classique comme ses frères aînés mais n’embrassa pas de profession.De santé très délicate, Flavien Bédard suivit son frère Louis à Saint-Denis lorsqu’il prit la direction de cette paroisse, en 1796.Flavien Bédard décéda à Saint-Denis le 31 août 1847.Il ne s’était pas marié.7° Thomas Bédard né à Québec le 24 novembre 1780.Après avoir fait ses études au séminaire de Québec il étudia le notariat et fut admis à la profession le 29 avril 1808.Il s’établit à L’Assomption où il exerça sa profession jusqu’à sa mort arrivée le 11 mai 1861.Homme de bons conseils, paisible, peu ambitieux, le notaire Bédard fut un mentor éclairé pour ses concitoyens.P.-G.R.QUESTIONS M.de Vergor, de triste mémoire, était-il Français ou Canadien ?Était-il marié ?Où a-t-il fini ses jours ?Cur.Le nouveau maire de Québec, M.Borne, est-il de la même famille que le brave député Borne qui céda son siège à la Chambre d’Assemblée à M.Baldwin, battu dans la province du Haut-Canada ?G.B. — 68 — LES ASCENDANTS DE SALOMON JUNEAU, FONDATEUR DE MILWAUKEE Un historien distingué de la république voisine nous • signalait dernièrement que d'après Mgr Tanguay, Salomon Juneau, le célèbre fondateur de la grande ville de Milwaukee, aurait eu comme ancêtre paternel un Janau dit Lachapelle! en plus, que sa mère, Thérèse Galarneau, devait être née en France, puisque le même auteur la classe, au volume VII, p.634, de son dictionnaire, dans la liste des « femmes n’ayant pas de souche au Canada ».Un autre a prétendu qu’il descendait de Pierre Jouineau, marié à Québec en 1654 et tué par des Iroquois en 1655- (Tanguay, I, p.329).Or, comme tout cela nous paraît erroné et qu’il nous semble avoir trouvé les véritables ancêtres d un personnage historique dont ses compatriotes ont raison d être fiers, nous avons dressé les petits tableaux suivants, l’un sur son ascendance paternelle, 1 autre sur son ascendance maternelle.Côté paternel I ' Pierre jouineau — Né vers 1632, en France.Était aux Trois-Rivières, en 1664 et reçut une terre du seigneur de Champlain en 1665- Anne-Suzanne Rousselle dite Rousseau, née en France, devint son épouse, très probablement en 1666, à Champlain, année de 1 érection de 1 église, mais les registres de cette paroisse tenus entre 1666 et 1678 sont perdus.Dame Jouineau mourut en 1681 âgée de 45 ans et fut inhumée à Champlain.Elle laissait deux enfants : Marie et Augustin, nés avant 1670.(1) II — Augustin jumeau dit Latulippe — Soldat de la compagnie de M.de May, âgé de 26 ans, « dont les parents demeurent à Champlain », se marie à Montréal, le 7 décembre 1696, à Élisabeth Blanchot (sic) âgée de 18 ans, fille de Etienne Blancho et de Marie-Anne Bidon.Sont présents à la cérémonie, Jacques-Alexis Fleury Deschambault, procureur du roi , son épouse, dame Marguerite de Chavigny.La mariée signe Blanchot (non Blanchon, comme il a été dit.) (1) Histoire de la paroi ne de Champlain, vol.I, pp.73, 83, 157. 69 Augustin Jumeau fut père de plusieurs enfants.Il était à Québec en 1713 et 1715, mais il dut mourir vers cette époque, car avant 1719 sa veuve exploitait une terre à Sainte-Gencviève-de-Batiscan.(1) III — François Juneau — Fils du précédent, fait dresser son contrat de mariage à Montréal, par le notaire Sanguinet le 6 novembre 1734.La future est Charlotte Toin, veuve de J-B.Beaudoin, de l'Assomption.IV — François Juneau — Fils du précédent, épouse à la Pointe-aux-Tremblcs de Montréal, le 21 novembre 1757, Marie-Charlotte Venne.C’est à cette génération que Mgr Tanguay, par suite d'une erreur de lecture ou du copiste, a transformé Juneau en Janau et Janot, parce qu il n avait pas le mariage Juneau-Toin.(V.Tanguay, vol.IV, p.584 et vol.V, p.37)., V — François Juneau — Fils des précédents, épousé a l'Assomption le 12 avril 1785, Thérèse Galarneau, fille de Joseph Galarneau et de Thérèse Riche.De cette union nait : Laurent-Salomon Juneau, baptisé à Repcntignv le 9 août 1793., , .Joseph Tassé, dans Les Canadiens de T Ouest (vol.I, p.216), admet bien que le notaire Salomon Juneau fut baptisé a Repentigny, cependant, il écrit qu'il vit le jour à F Assomption, sans nous dire sur quoi il base son assertion.CÔTÉ MATERNEL Mgr Tanguay a imaginé que la mère de Salomon Juneau était née à l’étranger, mais voici qui démontrera qu elle était bel et bien canadienne-française.I — Jacques Galarneau — Marié le 15 octobre 1665, à Québec, à Jacqueline Héron.\\ —Jacques Galarneau — Marié le 18 novembre 1704 à Québec à Marguerite Panneton.III — Louis Galarneau — Épouse : premièrement, le 22 septembre 1726, à Varennes, Suzanne Chapelain, et secondement : Marie-Angélique Goulet, le 1er octobre 1731, à Lachenaie.IV — josep/j Galarneau — Fils de Louis et d Angélique Goulet, épouse à Repentigny, le 12 janvier 1761, Thérèse (1) Massicottc, Satnte-Geneviïvc-deBjtiican, pp.6 & 8. 70 — Riche.Faute d'avoir pu relever ce mariage, notre éminent généalogiste a ignoré que c'était de cette union que naquit Thérèse Galarneau, épouse de François Juneau et mère de Salomon.Thérèse Riche descendait de J.-B.Lerichc un sergent chirurgien qui se maria à Montréal en 1701.Il existe tant de biographies du notaire Juneau que nous n’avons pas à faire connaître sa vie et ses exploits, notre seul but, en confiant nos notes au Bulletin, a été celui que nous indiquons en tête de cet article.E.-Z.Massicotte UNE DEMANDE EN MARIAGE DE L'ANCIEN TEMPS C est avec intention que nous écrivons : une demande en mariage de 1 ancien temps.Celle-ci était faite par les père et mere du jeune homme.Aujourd’hui, le jeune homme qui demande une jeune fille en mariage fait son affaire tout seul.L°n bonhomme de pere n a rien à faire là-dedans.Nous avons marché ! Les vieilles coutumes de nos ancêtres sont reléguées aux oubliettes.Pour consoler un peu ceux qui croient encore aux traditions ancestrales, lisons la demande en mariage faite par Jean Moran et sa femme Marie-Angélique r am cl au nom de leur fils: «Monsieur et madame, omme mon lus est dans La volonté de épouser mademoiselle vostre fille et quil m'a dit avoir vostre Consantement et comme je say que Me.estunne honneste fille sortie de bonne tamille je luy donne mon Consantement aussy bien que mon mary nous somme contenus tout Les deux du choy que mon li s a fet mon mari et moy nous vous faison bien nos Comp imant aussi bien que a Maddlle vostre fille et suis vostre très humble servante — Marie angelique Hamel, femme de Jean Moran — Jean Moran.A Ste-Anne, le 2 janvier 1746.» 11 n y a pas d orthographe là-dedans, mais quelle touche, quelle délicatesse ! Jean Moran et sa femme étaient de pauvres habitants, mais ne s’expriment-ils pas comme les grands seigneurs ! — 71 — MGR LARTIGUE ET LES PATRIOTES DE 1837 Mgr Lartigue et les Patriotes de 1837 ! Le sujet n est pas facile ; mais il est important, comme est important pour un fils aimant de l’Église que ne soit pas ternie injustement la réputation d’un grand évêque.Longtemps le fait qu’il a refusé la sépulture ecclésiastique aux Patriotes morts les armes à la main a pesé sur sa mémoire.On a rendu justice à la droiture de ses intentions : et, en effet, jamais homme ne fut plus soumis aux dictées de sa conscience et ne souffrit davantage dans l’accomplissement de son devoir.Mais on s’est demandé parfois si l’acte qu’il posa alors était justifié et justifiable.Une étude plus approfondie de l’homme et de son époque ferait déjà lever bien des difficultés : elle mettrait en regard d'une décision qui nous inspire je ne sais quelle horreur ! les circonstances réelles et concrètes capables de la faire comprendre, mais dont le souvenir semble aujourd’hui effacé.Reportons-nous donc à cet automne si tragique de 1837, assistons aux événements, mais sans passion, avec tout le calme que permet un recul de cent ans.1.— Le 23 octobre, assemblée des cinq comtés à Saint- Charles.Papineau conseille à ses partisans de maintenir la lutte sur le terrain constitutionnel toujours.Plus violent, Nelson s’écrie aux acclamations de la foule : « Il est temps de fondre nos cuillers pour en faire des balles.» Papineau est donc débordé et c'est désormais Nelson qui apparaît comme le chef.Danger d’insurrection réel.2.— Le lendemain, 24 octobre, mandement de Mgr Lartigue à ses fidèles, document doctrinal et paternel.Doctrinal', il rappelle l’enseignement de 1 Église sur la soumission aux gouvernements légitimes ou aux pouvoirs établis (gouvernements, de fait illégitimes, et contre lesquels le recours à la force est voué d’avance à l’échec).Manquer gravement à cette doctrine, c’est manquer gravement à son devoir.Paternel, il met en garde contre les malheurs d’une guerre civile.Pas une menace, pas une ombre d’excommunication.La doctrine de l’Église qui est lumière, l’amour d’un Père qui est prudence et chaleur, c’est tout le mandement de Mgr Lartigue. — 72 — 3 — Le 23 novembre à Saint-Denis, Je 25 à Saint-Charles et plus tard à Saint-Eustachc, des fidèles meurent les armes à la main, en lutte contre l’autorité établie : ils meurent dans un état qui est, au for extérieur ou ecclésiastique violation grave de la doctrine de l’Église.Comme ils n’ont ni le temps ni 1 occasion de manifester extérieurement leur repentir, Mgr Lartigue les considère comme morts publiquement et notoirement en état de péché mortel, et ils sont prives de la sépulture ecclésiastique.Tels sont les faits qu il nous faut maintenant commenter.Mgr Lartigue a-t-il eu raison ?A-t-il eu tort ?Dans la doctrine de 1 Église, pour qu’un recours aux armes sou legitime contre le gouvernement ou le pouvoir établi, deux conditions sont nécessaires et doivent être simultanément vérifiées : 1° Le bon droit chez les insurgés ; mais pas un bon droit quelconque : il faut un bon droit, en quelque sorte, absolu.2° une probabilité sérieuse de succès Appliquons ces principes et commençons par le bon droit Le bon droit : S’il fallait juger 1837 par 1937, on serait ae1SC Pour„se prononcer.S’il faut juger 1837 par 1837, la chose parait moins certaine.En parlant de la sorte je ne me pas ce qu il y avau de chevaleresque et de brave chez nos ancêtres d il y a cent ans, je ne leur nie pas le droit e s agiter et violemment sur le terrain constitutionnel, je ne leur me pas le devoir de transmettre à leurs descendants nnem /nt0UjChc’ blen Plus> agrandi: je considère uni-quemem le droit de recourir aux armes tel qu’il était connu alors.Les choses ont progressé depuis ; on avait peine à concevoir tel état de choses acquis depuis longtemps^ et qui nous parait aujourd hui tout naturel.En 1837, à 1 mtérieur nas ce nn vnrandes pU,SSanuces’ la lib^té des peuples n'était n érah ™ C aU,,OUrd hui ; en 1837’ le droit des colonies liberté, CC 9U 1 , CSt au)°urd'hui- Un grand souffle de 1 uricm H ^ m paSS£Ut alofS SUr le monde : Révo- ÎS dc, ,a!,,et ,cn Francf et Indépendance de la Belgique PeunÎes’delTtaï, CC dc " Grècc ^83°) ; Soulèvement des peuples de 1 Italie contre le gouvernement de l’Autriche et înd'n Cj U1 du .ape ’ et’ dans les mêmes décades toujours attr’E"CLlra réPubliS“« espagnoles de I Amir““ué tradon ifn ahf,dV™1*’ °” V0“ Partout.l'admims-non, un absolutisme qui nous étonné aujourd’hui ; abso- — 73 — lutisme auquel les masses toujours lentes à s émouvoir, n'étaient qu'en partie réfractaires parce qu’elles y étaient rompues , absolutisme que nombre d'intellectuels n osaient condamner.« Un ordre imparfait vaut mieux que le désordre », pensaient-ils.Or, entre l'absolutisme existant et la révolution, ils ne voyaient pas de moyen terme : cet absolutisme, au moins dans la forme qu’on lui connaissait alors, était appelé à disparaître, mais n’était pas encore disparu.En un mot, la liberté, la démocratie telle que nous l'entendons aujourd hui se faisait, elle n était pas faite et c est là une circonstance dont il faut tenir compte dans 1 appréciation des événements.Voilà ce qu on aurait tort d oublier si l’on veut bien comprendre l’attitude de certains de nos chefs religieux ou laïques devant le recours aux armes en 1837-Aucun homme, personnellement étranger à la lutte et donc capable de la juger objectivement, n’était plus indiqué que Mgr Lartigue pour concéder aux Patriotes le droit à la révolte.Homme a une rare intelligence et d’un vaste savoir, il était le propre cousin de Papineau et de Denis-Benjamin Viger ; à Londres, où il défend, en 1819, les Biens de Saint-Sulpice injustement attaqués, il souffre des lenteurs administratives à notre égard, lenteurs qui, sous des dehors polis, ressemblent étrangement au mauvais vouloir, à 1 injustice, au droit du plus fort : c'est, en partie, à cause de l'opposition de Londres à sa reconnaissance comme évêque de Montreal, qu'il avait connu pendant quinze ans d intolérables douleurs , il aima toujours son pays et d’un amour ardent ; en 1823, il parle de son église et de sa résidence comme d'un établissement « national » et religieux ; enfin, il était juriste, ayant fait son droit avant d’entrer dans les ordres.Mgr Lartigue n'admettait pas que le bon droit des patriotes allât jusqu a permettre le recours aux armes.Pendant tout 1 ete de 1837, Etienne Parent tient le même langage dans le « Canadien » deQuébec.Papineau, à l’assemblée de Saint-Charles, veut que l'agitation reste sur le terrain constitutionnel.C’est donc qu'à ses yeux le gouvernement n a pas cessé d être légitime.Que l'on comprenne bien ma pensée.Je ne prétends pas ici trancher du docteur et régler un problème qui reste, a mon sens discutable.J'invite à la réflexion, j'attire attention sur ce fait : en 1837, plusieurs de nos chefs, religieux ou laïques n'affirmaient pas, comme on le fait parfois aujour- — 74 — d’hui, que le bon droit allait jusqu'à permettre le recours aux armes.La probabilité sérieuse du succès : Mais admettons que tous ces chefs se soient trompés ; admettons comme acquis le droit à la révolte.Pour que le recours aux armes soit permis, il faut également une probabilité de succès.Et la raison en est bien simple : si la cause que je défends est bonne, ai-je le droit de l’exposer à descendre avec moi dans le tombeau ?N’est-ce pas là une façon de trahir ?N’est-il pas plus sage de vivre avec elle, douloureux, abattu, pour que par moi enfin elle triomphe ?Il est des heures dans la vie où l’on ne fait pas son devoir si l’on n’est pas héroïque ; il est des heures où les peuples chrétiens n’ont qu’un devoir ; celui d’être chrétiennement héroïques.Des adversaires peuvent s’acharner à la destruction d’une cause juste, de faux amis la trahir, Dieu ne la déserte jamais.L’Église le sait ; et c’est pourquoi, quand un gouvernement ne remplit plus son devoir, quand la justice n’est plus pour lui qu’un vain mot, elle commence par le dépouiller de son titre ; elle ne l'appelle plus gouvernement légitime, mais pouvoir établi.Ensuite, devant une probabilité sérieuse de succès, elle permet la révolte.Mais si le pouvoir établi reste incontestablement le plus fort, elle ne veut pas qu’on s’y attaque, afin de ne pas l’exaspérer davantage, et afin de ne pas retarder indéfiniment le triomphe de la justice.Or, que voyons-nous au Bas-Canada en 1837 ?Toute la région de Québec ne bouge pas et ne veut pas bouger ; dans la région de Montréal, sur 21 comtés, 6 ou 7 seulement sont en ébullition.C’est donc la minorité qui se révolte.Et dans cette minorité, où sont les généraux de carrière ?les soldats endurcis au métiers des arme ?où les armes ?où les munitions ?Ceux qui se battent et qui meurent défendent une cause sacrée, c'est vrai ; il y a chez eux de la grandeur, du patriotisme sincère, c’est vrai ; mais, ce patriotisme, ils l’ont traduit en acte dans des circonstances que réprouve la doctrine de l’Église.Dès lors, si j’admire la flamme qu’ils ont au cœur, je ne puis admirer sans réserve, le geste qu’ils ont posé, je ne puis dire à personne : « Allez, faites comme eux.» Au reste, ce n’est pas aux soldats, que j’adresse avant tout mon blâme : braves citoyens de chez nous, illettrés pour la — 75 — plupart, et n’ayant d’autres sources d’information que les discours des tribuns violents.Aimant passionnément leur pays depuis si longtemps injustement traité, sensibles, tels les Grecs d’autrefois, à la puissance d’un beau discours, ils ont cru qu’ils avaient non seulement le droit, mais le devoir de se battre.Quant au reste, c’est-à-dire quant à la probabilité sérieuse de succès, c était aux chefs d y voir.C était à eux de ne pas exposer au massacre un peuple qu ils avaient le devoir de sauver.Et le malheur, c est que les, défaites, si humiliantes et si ruineuses, aient été provoquées, celle de Saint-Eustache par Chénier, celle de Saint-Denis par Nelson.Nous ne mettons pas en doute le patriotisme de ces hommes ; mais comment reconnaître en eux cette prudence et cette prévoyance qui sont les qualités nécessaires des chefs ?En 1837, le recours aux armes était donc une faute.La responsabilité première doit etre portée par les chefs.Beaucoup moins coupables, dès 1 origine, et au moment même où ils se battent, n obéissant qu a la voix de leur conscience, les morts de Saint-Denis, de Saint-Charles et de Saint-Eustache ont participé extérieurement à la faute ; et cette faute, le péché de rébellion, d’après la doctrine de l’Église, que Mgr Lartigue vient de rappeler, est une faute grave.Ils n ont pas eu le temps de prononcer une parole, d’articuler un geste que 1 on puisse interpréter comme un acte de repentir.C est Dieu seul qui jugera leurs âmes.Mais 1 Église, société qui vit dans l’espace et le temps, doit juger d après ce qui tombe sous les sens.Et que voyons-nous ici ?Une infraction grave à la doctrine de T Église : infraction grave, notoire et non réparée.C’est le cas des pécheurs publics, morts sans repentir, et auxquels 1 Église refuse le droit a la sepulture eccle sia'stique.Ce n'est donc pas par vengeance, ni par ignorance que Mgr Lartigue agit ainsi.C'est par devoir : « Il faut, écrivait Mgr Bourget, que les lois de 1 Eglise soient observées.» Ni dans son mandement, ni ailleurs, Mgr Lartigue ne fait allusion aux peines canoniques auxquelles s exposaient les Patriotes révoltés.A-t-il cru que son mandement calmerait la tempête ?A-t-il voulu plutôt laisser dans leur bonne foi des hommes dont il ne pouvait calmer 1 exaltation ?Nous ne le savons pas.Ce qui est certain c est que cette absence de monition n’enlève rien à la validité de son acte.Il y a des peines canoniques qu’aucun fidèle n encourt, — 76 — s’il n'en connaît : 1° l’existence ; 2° s'il ne sait que cette peine est attachée au délit qu’il commet.On appelle ces peines, peines médicinales, censures ; elles sont ordonnées à 1 amendement du délinquant.Il y a des peines canoniques auxquelles tout fidèle est soumis, même s’il en ignore l’existence.Ce sont les peines vindicatives, et qui ont pour but non la correction du sujet, mais le rétablissement de l’ordre moral indûment violé.Le refus de la sépulture ecclésiastique est une peine vindicative, non une peine médicinale.On comprend facilement la douleur éprouvée par les parents des victimes devant la décision de Mgr Lartigue.On aurait tort d oublier jusqu’à quel point il souffrit lui-même dans l'exécution de son devoir.Il est un autre effet du refus de la sépulture ecclésiastique que nous voulons signaler.Au lendemain de Saint-Charles et de Saint-Eustache, le parti anglais se montre plus provocant, plus incendiaire que jamais.En relisant les articles de son organe, le Herald de Montréal, on se défend mal de l’impression que, 1 ennemi veut exaspérer les vaincus, provoquer une reprise d armes, afin d avoir 1 occasion de ruiner à jamais le peuple canadien-français.La crainte d une peine canonique si humiliante a, pour une large part, empêché toute exagération, et permis, dans la meme mesure, la survivance de la race.L effet était-il voulu ?En tout cas il était prévu par nos évêques.Et c’est Mgr Bourget, interprète exact de la pensee de Mgr Lartigue, qui écrit au curé de Boucherville * Je crois
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