Bulletin des recherches historiques : bulletin d'archéologie, d'histoire, de biographie, de numismatique, etc. /, 1 juillet 1960, juillet
Vol.66 Lévis — Juillet-Août-Septembre 1960 No 3 N° 711 LE BULLETIN DES Recherches Historiques ORGANE DU BUREAU DES ARCHIVES DE LA PROVINCE DE QUÉBEC DIRECTEUR ANTOINE ROY Æ+** w a% f r 1 a l_ BULLETIN DES RECHERCHES HISTORIQUES Prix de l'abonnement: $5.00 par année DIRECTION ET ADMINISTRATION 2050, Saint-Cyrille Ouest, QUÉBEC SOMMAIRE Juillet-Août-Septembre 1960 Pages ROBERT-LIONEL SEGUIN.— La Salve Des Mariés 51 CONTESTATIONS D’ELECTIONS au District de Montréal.1875-1891 54 A.R.— Le Père de Chateaubriand à Québec en 1747.55 ALEXIS LACHANCE .61 Mgr V.GERMAIN.— Les 24 avatars de Pettigrew .61 FELIX.— "La première Chambre de Commerce française” de Montréal.— Ses débuts .62 F ) 5 bO BULLETIN DES RECHERCHES HISTORIQUES Vol.66 Lévis — Juillet-Août-Septembre 1960 No 3 LA SALVE DES MARIES Par Robert-Lionel SEGUIN Rigaud Le feu de salve est un signe de joie populaire, depuis des temps immémoriaux.Dès 1701, Furetière observe qu’on le tire en des occasions de “grandes réjouissances” 1.Bescherelle abonde dans le même sens, un siècle et demi plus tard 2.En France métropolitaine, on brûle généralement sa poudre en honneur de nouveaux mariés.Selon une croyance antique, le bruit et le tapage écarteraient les mauvais esprits.A l’origine, la salve des noces est probablement un moyen magique de soustraire le jeune couple aux influences néfastes.A quel moment la tire-t-on?Aucun cérémonial n’est déterminé à l’avance, mais la fusillade crépite généralement au matin des épousailles, au départ de la maison paternelle, alors qu’on se rend à l’église, durant la bénédiction nuptiale, au sortir du temple, pendant le repas, au départ des invités et même le lendemain matin pour “reveiller les mariés”.Cet usage se pratique en diverses régions de France, du moins jusqu’à la fin du XIXe siècle.Dans les Hautes-Alpes, notamment à Freissinières, la jeunesse du village tire du pistolet au passage du cortège de la noce.Même chose, cette fois au départ de la mariée, à Vars, Maurin, Jausiers, Chaix, Meyronne et Larché 3.En Languedoc, préci- 1 Antoine Fureticre, Dictionnaire/ universel,/ Contenant généralement tous les/ mots francois/ tant vieux que modernes, & les Termes des/ Sciences et des Arts/, etc., (3 vol., A La Haye et A Rotterdam, 1701), 111.- M.Bescherelle, Dictionnaire national ou dictionnaire universel de la langue française, (2 vol., Paris, 1858).11 : 1259.3 Arnold Van Gennep, Le folklore des Hautes-Alpes, (2 vol., Paris, 19461948), 1: 121-122.51 52 sèment à Rouvières, Vissée et Rogues, les hommes tirent des fenêtres, alors que les invités se rendent à l’église4.En Hurepoix, la salve éclate à l’instant précis où les époux prononcent le “oui” sacramentel.Cette coutume se pratique surtout à Chateaufort, Chevennes, Chilly-Mazarin, Lardy, Voisins-le-Bretonneux, Bièvres, Clamart, Guyacourt, Longpont, Milon, Orly et Saint-Chéron 5.En d’autres secteurs, comme à Remire-mont,6 on n’est pas “convenablement” marié si des parents et des amis ne s’appliquent pas à faire feu le plus près possible de la conjointe Selon une croyance auvergnate,8 la mariée “aura plus de lait le moment venu” ° si on tire un grand nombre de coups de pistolet à ses épousailles.Néanmoins, cet usage ne semble pas trop à la mode en Auvergne et dans tout le Velay, sauf à Laussonne où les jeunes gens, à cheval, saluent les mariés à coups de feu 10.Même chose en Bourbonnais, précisément à Combrailles, où le cortège nuptial est accueilli à coups de pistolet, dès la sortie du temple u.En Provence, on préfère cependant les tromblons, les bombes et les pétarades 12.Restent ces constatations contradictoires.En Languedoc, notamment à Brissac, la salve prend un sens péjoratif, car elle signifie que la mariée n’a pas bonne renommée.Sa réputation est d’autant plus douteuse que les coups sont nombreux 13.Par contre, à Coudray, en Hurepoix, seule l’épousée à l’abri de tout soupçon mérite un feu nourri14.La coutume sera graduellement abandonnée pour différentes raisons.Un folkloriste en rappelle les principales.Tout d’abord, le service militaire obligatoire rend ces exercices fastidieux.Ensuite, ce tir éveille trop de tragiques souvenirs de guerre.Viennent ensuite la cherté de la poudre, la nécessité d’un permis pour part d’armes et les règlements défendant toute manifestation bruyante 15.La salve des mariés se pratique en Canada, du moins en quelques occasions, même si Massicotte n’en parle pas dans son étude sur une ¦» Claude Seignolle, Le folklore du Languedoc, (Paris, 1960), 124.¦"'Claude et Jacques Seignolle, Le folklore du Hurepoix, (Paris, 1937), 57.« Ville construite sur la Moselle, chef-lieu d'arrondissement des Vosges.Cette localité fut réunie à la France en 1676.7 Arnold Van Gcnnep, Manuel de folklore français contemporain, (9 vol., Paris, 1943-1956), 11: 435 .VITr n,,n.8 Ancienne province de France, reunie a la couronne sous Louis XIII (jolU;.Groupe maintenant les départements du Puy-de-Dôme, du Cantal et une partie de la Haute-Loire._ 9 Arnold Van Gennep, op.cit., 11: 435.10 Arnold Van Gennep, Le folklore de l Auvergne et du Velay, (Pans, 1942), 51.11 Augustin Bernard et Camille Gagnon, Le Bourbonnais, (Paris, 1954), 123.12 Arnold Van Gennep, Manuel de folklore, op.cit., 11: 431.13 Claude Seignolle, op.cit, 124.*¦* Claude et Jacques Seignolle, op.cit., 57.’’Arnold Van Gennep, Manuel de folklore, op.cit., 11: 431. 53 noce populaire de la dernière moitié du XIX" siècle16.Cette fusillade est notée, au moins deux fois, à Rigaud, comté Vaudreuil.Vers la fin du XIX" siècle, des coups de feu sont tirés au rang du Petit-Brulé, durant un dîner de noces.On brûle également sa poudre au rang Saint-Georges, lors du mariage de James Berry et de Marie Séguin17, célébré à Rigaud le 16 octobre 1906.Particularité intéressante: les coups crépitent au retour du voyage de noces, fait chez une tante d’Ottawa18.Des parents et des amis se rendent alors à la gare de Choisy, à quelques milles de Rigaud, pour y rencontrer le couple qui débarque d’un convoi du Pacifique Canadien.La joyeuse escorte, composée de plusieurs voitures, se dirige vers la demeure de Barnabé Séguin, père de la mariée 1B, où a lieu le souper et la veillée de circonstance.A environ quatre arpents de la maison, un voisin, Henry Riley, qui assiste ensuite à la fête, salue le cortège de six à sept coups de fusil.C’est sûrement l’un des derniers événements du genre dans les annales folkloriques locales.Robert-Lionel Séguin UNE INFIRMIÈRE LAÏQUE A MONTRÉAL EN 1819?LOUISE PLESSIS-BELAIR (1705-1819) Le douze Août mil-huit-cent-dix-neuf, je prêtre vicaire en cette paroisse soussigné ai inhumé le corps de Louise Plessis Belair, infirmière à l’hôpital hotel Dieu de cette ville, décédée avant hier âgée de quarente quatre ans de cette paroisse.Témoins André Rambert et Antoine Billet père qui ont déclaré ne savoir signer.JOS.GABOURY Pire Reg.par.Notre-Dame de Montréal, 1819.1 i'>E.-Z.Massicottc, Une noce populaire il y a cinquante ans.Mémoires de la Société Royale du Canada, Vol.XVII, troisième série, (Ottawa, 1923).17 Le marié est fils de Peter Berry et de Sara Latour, alors que la mariée est fille de Barnabé Séguin et d’Hélène Barry.,H Communication de la mère de l’auteur._ 10 Marie Séguin est baptisée à Rigaud le 10 mai 1884.-° Communication de J.-J.Lefebvre. CONTESTATIONS D’ELECTIONS AU DISTRICT DE MONTREAL —1875-1891 Electoral District No Petitioner Defendant Page 1875 Montreal West 1 Thomas White & al F.Mackenzie 1 Chambly 2 P.B.Benoit & al A.Jodoin fils 50 Montreal Centre 3 M.P.Ryan & al B.Devlin 76 v 1877 Jacques Cartier 1 Somerville & al Hon.R.Laflamme 134 1878 Montreal Centre 1 Devlin B.Pet.to recount votes &c.190 Jacques Cartier 2 Girouard D.Pet.to recount votes &c.200 1882 Verchères i Gaspard Leroux Pet.to recount votes &c.206 1882 Verchères i Dansereau Geoffrion 222 Jacques Cartier 2 Bélanger Girouard 262 1882 Soulanges 2 Bain Jas.Wm.Pet.for a recount &c.214 Berthier 3 Généreux Narcisse Cuthbert Ed.Oct.180 Soulanges 3 Filiatrault De Beau jeu 280 1884 Soulanges 1 Cholette Bain 330 1887 Chambly 1 Henri Courtemanche Raymond Préfontaine 380 Laprairie 2 Arthur Matte & al Cyrille Doyon 420 1891 Laprairie 1 A.Gibeault Ls.C.Pelletier 428 Soulanges 2 J.-Bte Denis Jos.Octave Mousseau 500 Vaudreuil 3 A.Gauthier Henri S.Harwood 470 Hcr: “The Controverted Elections Act.1874’’ —p.1.Aux Archives judiciaires de Montréal.Communication de J.-J.Lefebvre.54 Le Père de Chateaubriand à Québec en 1747 Les quelques lettres qui suivent sont relatives au voyage que fit à Québec, cette année-là, M.de Chateaubriand, père du grand écrivain.Sa situation de fortune était très modeste.Nous le voyons heureux de son engagement comme capitaine d’un navire armé à Morlaix pour le compte de négociants de Saint-Malo.Ces missives sont instructives à plus d’un titre.Elles nous font connaître le genre d’activité laissé à la marine marchande dans le circuit France-Canada.Les fourrures, objet de monopole, étaient transportées au profit de la Compagnie des Indes.Les armateurs n’avaient d'autre bénéfice que celui du fret.Aussi s’efforçaient-ils de faire d'autres affaires.M.de Chateaubriand avait pris, à son bord, du ris et de l’Iiuile de poisson, denrées dont le commerce était libre.La présence du ris dans sa cargaison témoigne de l’intensité du trafic du Canada avec les îles, et jette un jour inattendu sur l’importance des transactions qui se faisaient alors sur la place de Québec.A.K.(PETEL ET J.LÉGUÉ) (Quimper.Archives du Finistère.B.4652) (Consulat de Morlaix) 1 “juillet S 1747.“j’ai reçu de Monsieur Demi la somme de deux mille livres à “compte de son interest dans le navire le Blandfort, capitaine Monsieur “de Chatteaubriand, armé au port de Morlaix.A Morlaix le cinq juillet mil sept cens quarante sept.(signé) “Petel et J.Légué” 5 juillet 1747 Interest dans le N'1 le Blandford de cv 2000 L 1 Les Archives de la Province possèdent des copies textuelles de ces lettres.55 56 (Archives du Finistère.B 4652) (Consulat de Morlaix) ‘'à Saint Malo le 7 aoust 1747 Monsieur, .je suis bien obligé à toutes les nouvelles que vous m’avez donnée du >1 an for a.Si Dieu l’a préservé de mauvaise rencontre, je le crois bien loin, les vents nous ayant toujours paru bons depuis sa sortie, que vous tn assuré estre de dimanche au matin, 30 du passé.Quand j’ay eu l’honneur de vous mander de prendre patience au sujet de votre prétention sur l’armement du Blanfort, vous aurez sans doute preveu que j’attendois le retour de M.du Fresne pour conférer avec luy sur le présent que vous méritiez.Vous scavez la politesse que , Fr“f,t à du Pnrc Coi,ra>'e P°ur caresner sur son navire e, C°m C dc NouatUc- V°us n’ignorez pas non plus que d’authorité on s en seroit servy, mais sans entrer dans aucune discutions sur ce que vous avez fait ou pas faict, nous sommes convenus de vous accorder trois cents livres que j’ay passé à votre crédit, persuadé que vous n’en serez pas mécontent et que vous envisagerez comme un bienfait un soixante quatre que je vous ay ceddé audessus de ce que vous n’aviez '.a >,r< den,ande- p°ur vous prouver que c’est un bienfait, je suis prest a vous donner dix pistolles de profit, si vous voulez vous en tenir à un seul soixante quatre au lieu d’un trente deux pour lequel vous avez (sic) entre dans l’achat, armement et emplette (sic) de ce navire, à condition que d icy a votre réponse, on n’aprenne aucune mauvaise Me' » CC naV,re’ C3r’ S'Ü y en aV0it’ ce marché ue seroit pas (signé) "Le Marchand veuve Petel” on lit p.1 en haut “M.Derm” et "R.le 14” (Archives du Finistère.B.4652) (Consulat de Morlaix) a saint Malo le 30 octobre 1747.Monsieur, J’ay reçu la lettre que vous m’avez faict l’honneur de m’escrire, le -6 du courant, suivant laquelle je vous ay donné crédit de 32“ tant pour les rais que vous avez fait à embarquer à bord du Carte l A ouatlle le coffre et armes resté du Blanfort que pour deux barils de 57 langue de boeuf salle que vous avez obniis de passer en compte à M.du Fresne Leigue .(signé) “Le Marchand veuve Petel” on lit en haut “M.Derm” et “R.le 3 9l,rt‘” (Archives du Finistère.B.4652) (Consulat de Morlaix) “A saint Malo le 8 décembre 1747.Monsieur, je suis sensiblement obligées aux avis que vous me donnés par l’honneur de la vôtre du premier de ce mois, j’ay reçu lettre de monsieur de Châteaubriand qui me mande son arrivée à Québec, sans me dire de quand, qu'il s’est fait rendre touts les effets qu’il avoit jetté à la mer (lorsqu’il fust poursuivy par un vaisseau de guere anglois), à l’exception de 4 cannons et de quelques vieux cordages qu’on a esté dans l’imposibilité de luy donner, qu’il a vendu les trois quarts de la petite emplette (sic) du navire, à 100% de bénéfice, qu’il a 25 thonneaux de peaux de castor assuré à 170£f par thonneau, qu’il attend que les pelteries soient dessendues pour tâcher d’en avoir sa part et qu’il achevra de charger son navires d’huilles au tiers pour aller en décharger à La Rochelle.Tout quoy (sic) nous sera avantageux, si Dieu le préserve de mauvaise rencontre.je vous seray bien obligé de faire part de ces nouvelles à M.de Boisbilly et de croire que j’ay l’honneur d’estre très parfaitement, Monsieur, Votre très humble et très obéissante servante” (signé) “Le Marchand veuve Petel” on lit en haut “M.Derm” et “R.le 11” l.1 Cette lettre a déjà été publiée dans le 41, 1935, p.503. 58 (Archives du Finistère.B.4652) (Consulat de Morlaix) A saint Malo, le 11 décembre 1747, Monsieur, HiJP’ÎhZt SL"!"?S” t ”,e dom>" *» nouvelle, t l’honneur de m’escrire ::::: xx";.* in;™"?- Qri" " ::t: S -i:;,~ °- « XXx «.* « «
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