Le coin du feu, 1 janvier 1893, Janvier
wsm.33% 52£â£»* -tâ?-?;- >:¦¦ -»fs iW' ’„**.-**1 (#11“ Academie de Coupe de Robes DIPLOMA Miss.0 .P ENLEY ARTISTIC SYSTEM FOR CUTTING LADIES & CI'IILL'nENS GARMENTS SÆJL.OM DB MODES.Les ILimes qui désirent s'acheter des Chapeaux pour tliéàt re ou promenade, feraient Lien de venir visiter le magasin renommé pour les dernières nouveautés.Boas en plumes bleu pâle, Coilles en dentelle noire pour dames âgées, Voilettes et Marchandises de deuil, une spécialité, chez Madame H.POITRAS, 1989 rue Notre-Dame.ETABLI EN 1353 B-gf GRAiHA TWfl~ ETABLI EN 1853 l.MI’OKTAÏT.r I{ DK PORCELAINES, VERRERIES.LAMPES, ETC,, Défiant toute compétition dans lo choix spécial île Services (le Toilette, à D ner, a Thé, etc., 120.ST-LA.URE3XTT, 120 (Os .M.s.LACHANCE, Montréal, 21 .Juin 1882.Monsieur.-.le me sers depuis quelque temps do votre nouveau restaurateur delà eliev* lure, la CAPILLINE et j’ai pu const iter que c'cst un puissant tonique pour le cuir chevelu.En mémo temps qu'elle donne de la vigueur aux cheveux cette préparation les empêche de grisonner.Ayant pris connaissance de la composition chimique de vot re CAPILLINE.je n’hésite pus à dire que son usa ^e est parfaitement inollensif.Votre tout dévoué, N.FAFAK1), M.I>, Professeur de chimie il rtJniversité Laval.LAURENT, LA FORCE & BOURDEAU IMPORTATEURS Dit Pianos et d’Orgues 1637, RUE NOTRE-DAME.TELEPHONE No 1297 Cette ancienne maison qui, depuis plus de trente années, grâce â la supériorité et â l'excellence du ses insj ruments.a su mériter la eonliance du public musical, a l'honneur de solliciter la visite de toutes les personnes disposées à acheter un piano.Idles V trouveront un choix d instruite nts qui, sons le rapport du liui, de la sonorité et de la facilité d’exécution, ne laissent rien à désirer, à des prix les plus modérés et à des conditions excessivement faciles.Idle tient constamment en stock les meilleurs pianos dos célèbres fabriques suivantes si avantageusement connues, HARDMAN, PECK .V Co„ N.V.MARSH A KL A WKNDKLL, Albany, N.Y.(IKRIIARD 11 El NT/M AN CO„ Toronto, MENDELSOHN, Toronto, WONNWITH, Kingston.Ces pianos sont déjà très répandus un Canada et ont toujours donné la plus entière satisfaction aux acheteurs, line inspection de notre stock est gracieusement sollicitée, avant d'aller ailleurs.Réparations et accord de pianos.Catalogue» envoyés sur demande.! T — VOL.î.Le Coin du Feu No 1 Abonnement.: S2.00 par an JANVIKIt 18!):t Administration, C3 rue SI-Gabriel.LE POURQUOI messieurs après le diner étaient passés au fumoir.— Tandis que vous causerez cliif- »'Æ fous avait «lit sans fausse timidité V un des plus jeunes, nous brfilerons ,!jy+p, une cigarette.hâê — C'est une impertinence cela répliqua sa sœur.— Pardon ma chère, c’est une vérité, en ce tpii vous concerne mesdemoiselles, ne vous en déplaise, tit-il en saluant le joli groupe formé autour du piano par ses sœurs et cousines.— Oh nous récusons votre compétence cher juge ! — Voyez donc ce précieux dégoûté ! — Pauvre jeune vieux, si imberbe et déjà si sévère ! reprirent en cœur les jeunes tilles.— C’était donc pour ne pus entendre causer chiffons que Ta Transcendance a décliné mon invitation la semaine dernière, ajouta l’une d’elles ?— Tu veux que je te réponde.franchement?— J’en conjure Votre Pédanterie.— Eh bien, ma délicieuse cousine, c’est précisément cela.Je ne tiens plus à tiller dans le monde parce que je suis fatigué d’entendre les jeunes tilles dires des balivernes.— Elles n’en disent _ ’ ' ’ement que pour répondre à celles de Votre Epatance ! — Je t’assure pourtant que ce n’est pas moi qui ouvre le feu.La maîtresse de la maison intervint en montrant la porte au jeune brave.— Tu n’est qu’un fat, lui dit-elle.Va me fumer ta cigarette dans la tabagie.C’est tout ce tpie tu mérites.La conversation n’en resta pas là comme bien on pense et la pierre qu’y avait jetée le téméraire cousin fit des ronds.II y eut des tirades indignées et d’éloquentes protestations.Ces desmoisel les décidèrent enfin tpie, si peu intéressantes quelles fussent, le niveau intellectuel des jeunes gens ne dépassait pas le leur ; qu’il serait même dangereux quelles devinssent plus parfaites parce qu’alors il se produirait un défaut d’équilibre qui mettrait la supériorité de leur coté.Les têtes sages qu’on avait prises comme arbitres, n’adoptèrent pas toutes les conclusions du parti féminin.Après avoir déploré dans ce dernier comme dans l’autre, le manque de connaissances et le défaut de culture, elles remontèrent à la cause de cet état de choses.— Nous avons toujours été traitées en quantité négligeable, nous, dit l’une d’elles.Et pourtant de notre valeur dépend l’état social lui-même.Ce n’est pas moi (pii invente cela ; je crois tpie Joseph Prudhomme l’a déjà dit.— Il est vrai (pie ce qui existe aux Etats-Unis, en Franco, en Angleterre, dans toute société cultivée en un mot, nous manque totalement répartit une autre.Ce sont des livres faits pour la jeunesse, c’est une littérature appropriée aux besoins de la femme, c’est la réunion dans un journal ou une revue spéciale par exemple, des matières propres à l’instruire, à l’intéresser et à la guider dans les casualités de la vie mondaine comme dans sa tâche ardue de maîtresse de maison.On continua ainsi récriminant, regrettant, avisant.Quelqu'un à la fin nous proposa à brûle pourpoint : 8 ci n a o 47 1407 •7 LE COIN DU FEU Pourquoi ne vous clmrgez-vous pas de cela ?Comment, amuser l’en lance, instruire la jeunesse, soutenir l’âge mûr etc., rien que <;a ! On nous promit un appui, des conseils, une participation active.Le sexe supérieur qui îentrait tut mis au courant et donna sa haute sanction au projet.On prît jour pour en reparler.Et voilà comment Le Coin nu Feu se pré- sente aujourd hui devant vous, mesdames, aspirant à devenir le compagnon de vos loisirs.Votre humble servante ayant eu l’honneur d être choisie par ses collaborateurs comme secrétaire de la Rédaction a accepté, non sans nue certaine crainte, cette charge délicate à l’accomplissement de laquelle elle apporter au moins 1 effort de son dévouement et de sa bonne volonté.Mme DanJurand CA’ QUE NOUS NE SERONS RAS abord notre revue nu sera pas un organe revendicateur, protestataire ou agressif.w -'Vu risque de passer pour arriéré, X-'ijbfë’ Le Coin nu Feu se proclame sa-tisfait de la part de liberté faite à la We?5 femme par les lois du pays et ne réclame rien de plus.Son but ne sera pas d’encourager les jeunes filles à devenir bachelières, avocates ou doctoresses, mais il consistera au contraire à développer chez ses clientes les qualités essentiellement féminines.Il fera tous ses efforts pour découvrir, afin do les leur livrer, les secrets d’embellir leur intérieur.Il initiera celles (pii d’aventure pourraient l’ignorer, à 1 art d’y régner par la grâce et l’esprit.C’est bien à la femme — royaliste d’instinct, disent les observateurs- - à cause des splendeurs fastueuses dont s’entourent les rois, ajoutent les malins —- qu’il appartient d’accomplir cette contre-révolution.On comprend (pie les despotes soient partisans du pouvoir absolu.Mais les esclaves du despotisme féminin sont généralement des esclaves volontaires baisant les chaînes Henries qui les retiennent prisonniers.* * * Nous n’aurons donc aucun scrupule à enseigner à nos charmantes abonnées, l’art de la tyrannie persuasive et du la coquetterie moralisatrice.* * * "If .U JT * * Qui sait si nous ne touchons pas là à un problème important.Un regain du prestige de la femme pourrait apporter dans nos mœurs une bienfaisante transformation.La royauté des salons établie sur des bases solides - sur la valeur morale, les bonnes manières et l’entrain spirituel de celles qui y régneraient — ferait, sans nul doute, une rude concurrence à la république des Clubs.Nous sentons enfin le besoin de rassurer ceux qui croiraient que notre revue servira à chanter les louanges do la femme et à lui brûler de 1 encens.sur le dos de ses messieurs.Nous sommes bien résolus cependant à ne pas user de flatterie envers elle.Nous aurons bien garde en même temps de parler en mal de ce que nos chevaleresques ancêtres appelèrent le beau sexe.Nous no médirons même pas de l’autre.A quoi bon d’ailleurs puisqu’il ne nous lira pas.r LE COIN DU FEU 3 KS> jgO a7W LES OISEAUX DU COUVENT piüCE a nritn Autour île ces calmes retraites, Qu’ombragent les grands murs jaloux, Pinsons, linottes et fauvettes, Mésanges et bergeronnettes, L’été, se donnent rendez-vous.Par-ci par-là chacun se niche, Un peu plus haut, un peu plus bas, Parfois jusque sous la corniche ; Et la Vierge, au fond de sa niche, Sourit à leurs bruyants ébats.Dès que le vieux clocher se dore Aux premiers rayons du soleil, Matinale comme 1 aurore, Du haut du toit leur voix sonore Du couvent sonne le réveil.Et que la fillette se penche Sur sa prière ou sa leçon, Ou se livre à sa gaîté franche, ’fous ces gavroches de la branche L’encouragent de leur chanson.Qu enseigne donc la voix si douce De ces petits chanteurs joyeux ?___Avec un brin d’herbe qui pousse, Un peu de plume, un peu de mousse, Nous bâtissons des nids soyeux.Puis nous chantons par la charmille ; Car Dieu bénit, dans sa bonté, Ceux qui mêlent—sainte famille, Le travail avec la gaîté ! Louis Fréchette FEU SYLVA €M^f>A™EN S il, va est le pseu- donyme bien connu de la reine de Rouinanic, Eli-^i sabeth-Ottilie-Louise de v Neuwied.Elle naquit le 2!) décembre 1843, à %LAt Monrepos, près de Neuwied.Son père était le prince Guillaume-Charles de Neuwied.Le 15 novembre I860, elle épousa le prince Charles de Hohenzollern, qui fut ensuite appelé à gouverner la Roumanie et fit de cette principauté un royaume, après la guerre russo-turque de 1877.Le jeune couple eut d’abord une charmante petite fille, qui ne vécut pas longtemps.Sa mort si prématurée causa à sa mère une douleur amère, que rien ne fit jamais oublier, par même la gloire et les soucis.Sous la direction d’une mère dévouée et instruite, la jeune princesse de Neuwied avait reçu une éducation remarquable, et elle éprouva de bonne heure une vive sympathie pour la France.La mort de sa tille tit d’elle un poète.Elle sut dès le premier jour conquérir une grande popularité auprès de ses sujets, et elle le dut non moins à la fermeté, à la dignité qu’à la douceur de son caractère.Pendant que son époux combattait vaillamment à Plewna à la tête de la petite armée, la reine faisait des prodiges pour soulager les blessés et les victimes de la guerre.Quand la paix fut signée, elle rentra avec bonheur dans sa solitude favorite, le château de LE COIN DU FEU 5 Sinaia, et revint à lu douleur maternelle, à ses bonnes œuvres, à ses livres.Elle fit beaucoup pour la renaissance de la littérature roumaine, et seconda les efforts du grand poète roumain Vasili Alecsandri, actuellement ministre de Roumanie à Paris.Ers ouvrages de Carmen Sylva sont assez nombreux, et fort variés.Outre ses poésies et ses écrits en prose, on elle met en scène les héros de su patrie adoptive, elle a abordé avec succès le genre drumatiipie.LA MERE D’ETIENNE LE GRAND (TRADUIT PAR (Il ARI.KS SIMON!).) la Moldavie septentrionale KiÿST‘) entre Piatraet Folticeni, on voit sur U) J H) une montagne voisine de la rivière) lSaff*les ruines d’un antique burg, du xÊÈlr* nolu Niamtz, dont hélas il reste bien peu de >e.La petite ville qui s’étend au pied de la hauteur a été bâtie presque entière avec les pierres de l’orgueilleuse forteresse.Dans le temps jadis cette place était renommée au loin, et passait pour imprenable, alors qu’elle servait de résidence à Etienne, le puissant prince de Moldavie.Il avait livré cinquante batailles, dont il n’était presque jamais revenu sans blessure, et après chaque victoire, il élevait une église, pour exprimer au ciel sa reconnaissance.Défenseur infatigable de son pays, il avait conçu des plans grandioses pour en faire une puissance étendue et redoutée.Assez récemment l’on a découvert dans les archives do Venise le texte d’un traité d’alliance offensive et défensive qu’il avait conclu avec la toute-puissante République contre les Turcs.Il était réellement le rempart de la chrétienté, rempart à travers lequel les Turcs cherchaient sans cesse à se faire jour, s’ils ne pouvaient le renverser.A cette époque, c’était une tâche malaisée que de régner sur la région du Bas-Danube, car on avait pour voisins les Turcs, les Polonais, les Hongrois, les Cosaques, les Tatars, qui ne laissaient de repos ni jour ni nuit.Mais Etienne semblait avoir grandi à la hauteur de sa tâche, et il inspirait à son peuple une confiance sans bornes.Ce jour-là, une nouvelle et ardente mêlée s’était engagée, et on pouvait en suivre les péripéties du haut des créneaux de la forteresse.Depuis quelques instants, elle prenait un aspect décourageant, et l’on eût dit que cette fois la fortune des combats se disposait à abandonner Etienne.Dans le burg deux femmes étaient restées, l’une était l’épouse d’Etienne, l’autre sa mère.La jeune princesse laissait ruisseler ses larmes sur ses joues roses, encadrées d’une épaisse chevelure d’un blond doré.Tantôt elle contemplait d’un regard fixe la plaine, tantôt dans son angoisse et sa frayeur, elle cachait son visage sous son voile pour ne plus rien voir.Il n’en était pas ainsi de sa mère.Elle se tenait fièrement debout auprès de la jeune femme, et contemplait au loin, sans faire un mouvement, sans dire un mot.Sous ses noirs sourcils énergiquement contractés, étincelaient ses grands yeux bruns, qui avec son nez fortement busqué donnaient à sa physionomie quelque chose de celle de l’aigle.Un voile du plus fin tissu de soie couvrait sa chevelure noire aux reflets bleus, encadrait ses joues et venait se nouer sous un menton saillant et ferme, surmonté de lèvres fortement pincées.La bouche était plutôt grande que petite ; quand elle s’ouvrait, elle laissait voir deux rangées de dents d’une blancheur éclatante, qui concouraient à l’expression énergique du visage.Vêtue de riches étoiles de soie, elle était restée là tout lu jour, sans prendre de nourriture ni de boisson, les yeux toujours fixés du même côté.De temps à autre elle posait sa belle 6 LE COIN DU FEU main sur l’épaule fie sa bru, et lui disait quelques mots pour lui rendre le courage et la force.Sa voix était forte et pleine, elle donnait un instant de tranquillité à la jeune femme plongée dans une angoisse mortelle.Mais à un certain moment l’aspect du champ de bataille devint si inquiétant, que _ U fut la plus forte.Les combattants se rapprochaient de minute en minute, et bientôt l'on vit qu’Etienne était réduit à la défensive.— O ma mère, ils vont me le tuer.— Etienne remportera la victoire avant la tin de ce jour.L’assurance et la gravité avec lesquelles ces mots furent prononcés, arrêtèrent les larmes de la jeune femme.Et cependant le bruit de la mêlée devenait de plus en plus distinct : le soir approchait.Le soleil avait été bridant, mais il semblait maintenant se précipiter vers l’horizon et les ombres s’allongeaient sur la plaine.Le crépuscule s’étendit et enveloppa toutes choses, si bien (pion ne pouvait plus rien distinguer.Puis l’obscurité devint complète.Les deux femmes tendaient l’oreille, ayant soin de ne faire aucun mouvement, de peur que le froissement des étoffes ne dérobât le moindre des bruits lointains.Tout à coup on entendit le pas d’un cheval lancé au galop, et des coups violents furent frappés à la porte du burg.— O ma mère, c’est Etienne, je le sais : j’en suis sûre.Laisse-moi descendre, que je lui ouvre.Mais d’un geste puissant, la vieille femme écarta la princesse et descendit avec lenteur.— Qui frappe, demanda-t-elle de l’intérieur mais sans ouvrir.— Etienne, ton fils.- Mon fils ! qui es-tu, étranger, (pii prétends entrer dans la demeure de mon glorieux fils ?— Ma inère, ouvre-moi, c’est moi, ton fils.Je suis vaincu, les Turcs sont sur mes traces, mes blessures me brûlent.— Ce ne peut être mon fils (pii me parle h\ c’est quelque inconnu.Mon fils ne revient jamais que victorieux.Mon fils est loin d’ici, et repousse d’un bras puissant les ennemis de son pays.Mas toi, jeune étranger, (pii veux me causer une douleur cruelle en te disant mon fils, apprends ceci : tu n’entreras pas ici, puisque tu ne sais pas vaincre, au moins cherche sur le champ de bataille une mort héroïque, alors je serai pour toi une mère, et j’ornerai ta tombe de Heurs.La jeune princesse tomba à genoux et par ses supplications, ses larmes, essaya de fléchir la vieille femme, mais celle-ci d’un geste lui commanda le silence, et se mit à écouter.Etienne avait un instant 1 laissé la tête, sous le poids de la honte et de la douleur, mais bientôt il rejeta en arrière sa chevelure Hottante souffla dans son cor, lança dans les ombres de la nuit des sons capables de ressusciter les morts, et de les entraîner à sa suite ; et aussitôt son armée en fuite se reforma et se resserra autour de lui en bon ordre.Avec la rapidité de l’ouragan, il redescendit la montagne, s’élança de nouveau parmi les ennemis qui joyeux de l’avoir vaincu, s’étaient débandés ; en peu de moments, il les eut dispersés.La bataille se Ht entendre de plus en plus lointaine : le vent apportait aux deux femmes un cri de victoire (pii leur faisait bondir le cœur dans la poitrine.Et de nouveau Etienne porta le cor à ses lèvres, et souffla une joyeuse fanfare en se dirigeant vers le château, dont les créneaux se perdaient dans les hauteurs du ciel étoilé.Aussitôt on y vitcourirdc nombreuses lumières, qui voltigeaient de tous côtés, on y hâtait les préparatifs d’une brillante réception.De nouveau retentit le long de la colline le galop d’un cheval, et Etienne apparut à la tête de ses guerriers devant la porte ouverte à deux battants.Dès qu’il aperçut sa mère, il mit pied à terre, et s’inclinant profondément devant elle, il lui dit.— Ma mère, c’est à vous (pie je dois cette victoire.Et pour la première fois les yeux de cette 301347 LE COIN DU FEU i femme .se mouillèrent, ses lèvres frémirent, pendant que le héros recevait dans ses liras sa jeune femme radieuse.— Tu allais m’ouvrir la porte, lui murmura-t-il.Elle se serra contre lui.— Je t’aime tant, et jetais si inquiète, dit-elle d’une voix à peine distincte.— Mais, reprit-il à haute voix, ma mère m’aime encore plus que toi.—Carmen Sylva.A NUS AMIS K Coin ni' feu est adressé dans chaque localité à quelques bonnes familles connues pour leur instruction et leur goût des choses de l'esprit, dans l’espérance qu’elles attireront l’attention des personnes île leur cercle sur la tâche que nous avons entreprise.Cette tâche nous l’avons expliquée plus haut: elle consistera surtout a amuser la jeunesse, à l’instruire et à lui donner le goût de la bonne littérature.Nous sommes tiers d’etre les premiers à offrir aux canadiennes un journal qui leur soit expressément et exclusivement dédié.Parmi ceux qui, avant nous, ont fait de louables efforts pour leur plaire, combien en est-il qu’on put, sans aucun danger mettre entre les mains des jeunes filles.A côté de 1 article fait pour elles et approprié à leur charmante ingénuité, elles sont souvent exposées à tomber sur quelque fait divers rien moins que convenable.Enfin comme M.son mari qui a, son club, sa pipe, ses gazettes, madame aura aussi, et ce ne sera que justice, «m journal à elle, qui ne s’occupera qui! d’elle.Chaque numéro du Cm N nu feu contiendra: 1.Une revue d’Europe qui donnera un résu- mé des événements du mois.Pour cet article nous nous sommes assurés les services d’un correspondant spécial à Paris.2.Un article de modes de provenance également parisienne.J.Un traité d'hygiène renfermant des conseils pratiques pour la tenue d’une maison, les secrets d’une élégance raffinée, des recettes pour eaux de toilette, parfums, etc.4.Un article sur le savoir-vivre, enseignant jusqu’à l’art de l'ameublement.5.Un traité d’art culinaire contenant à la fois des recettes utiles et économiques et les inventions artistiques des plus renommés cordons bleus.li.Une petite étude de caractère ou peinture de mœurs faites par une plume canadienne des mieux aiguisées.7.Un conseil de la Mère Groynon tiré d un manuscrit laissé par une femme d'esprit et sur lequel nous avons eu la bonne fortune de mettre la main.N.Quelques reproductions choisies de journaux étrangers pouvant être de quclqu’intérêt ou de quelqu utilité à nos abonnées, ainsi que des citations des plus belles pages des conférenciers religieux, concernant la femme.!).Quelquescorrcctions de locutions vicieuses ayant cours dans notre meilleur monde.II).Un feuilleton littéraire choisi pour la jeunesse par le bon goût et la sagesse de nos conseillers.11.Une chronique de Mme Dandurand traitant des questions d actualité.12.Une page instructive pour les enfants.LS.Une chronique mondaine, revue des livres et des théâtres.14.Le coin pour rire: Rébus, énigmes, jeux de cartes, caricatures, etc.En dehors de notre collaboration régulière,, d’excellents écrivains nous ont encore promis d’aimables contributions.Nos colonnes d’ailleurs sont ouvertes à toutes sortes de chefs-d’œuvre et nous accueillerons toujours avec la plus grande reconnaissance, les écrits marqués au coin du talent et de l’esprit. N LE COIN DU FEU ma issir MH LE TRONE MIRACULEUX (Pieuse Légende) CONTE POUR EE.S ENFANTS i.existait autrefois un charmant vil- rop lage accroché au flanc d’une mon- tagne d’Asie qu’à son lever le soleil baise au front.f;1 mm K Les montagnes du Levant re(;oi- }Êj’y vent les premières la lumière (pii vient yc* tout droit du ciel ; l’Aurore après les avoir traversées traîne avec elle dans sa course vers l’Occident, l’haleine pure de leurs forêts mystiques et la grâce divine des clartés matinales.A l’extrémité de l’agreste hameau, au bord de la route qui mène à la plaine, s’élevait une petite maison blanche entourée d’un jardin potager.Un appentis fait de quelques planches, appuyé à la modeste construction et ouvert au midi, servait de boutique.Car c’était un menuisier le chef de la famille — composée de trois personnes : le père, la mère et un enfant — qui vivait là.L’habitation tout humide qu’elle était, se distinguait des autres par l’ordre et la rectitude qui la caractérisaient jusque dans ses moindres détails, dénotant le travail d’un bon ouvrier secondé par l’activité intelligente d’une excellente ménagère, Par les soins de celle-ci sans doute, des fleurs bordaient l’étroite allée du jardinet et tout autour de la fenêtre où la jeune femme s’asseyait chaque jour, des guirlandes de lis faisaient un encadrement idéal à sa belle tête brune penchée sur quelqu’ouvrage.’L'out enfin autour de ce toit de chaume, respirait le calme et la sérénité qu’on remarque dans le voisinage des gens sages et vertueux.La jeune famille cependant n’avait pas toujours été heureuse.Elle vivait en un temps de servitude où les rois et les puissants faisaient cruellement peser sur les peuples, leur joug de fer.Le pauvre village perdu n’avait pas été oublié par la tyrannie ingénieuse du méchant prince (pii gouvernait alors.Un jour le menuisier avait du, pour échapper à ses persécutions, s’enfuir la nuit en toute hâte, avec le bébé et sa mère, et se réfugier dans un pays plus hospitalier.Le tyran mort, ils étaient revenus fort pauvres, ne rapportant rien de la terre d’exil ; mais depuis, grâce à un travail constant joint à la plus stricte économie, leur situation s’était améliorée et les parents ne craignaient plus à LE COIN DU FEU tout instant, tic voir leur nourrisson, devenu un enfant d'une grande sagesse et d’une merveilleuse beauté, manquer de la nourriture nécessaire à son existence.Malgré son âge tendre, le petit marquait pour tout des aptitudes exceptionnelles.Dans la maison, au moment des repas ou à l’heure des grands nettoyages, il allait et venait, très embesogné et s’évertuant de mille façons à se rendre utile.A la source qui jaillissait à côté du jardin il courait, en de fréquents voyages, puiser l’eau limpide et revenait à petits pas prudents, serrant la tasse de ses doigts crispés dans la crainte qu’elle ne penchât.Et quand sur la nappe blanche, la soupe du dîner fumait, c’est lui qui —à la force de ces petits bras — poussait vers la table les grosses chaises rustiques et courant à la porte par où entrait le grand soleil avec le grincement de la scie, ramenait jusqu a sa place son père par la main.Par les longues et belles après-midi, la maman allait avec son ouvrage, s’asseoir sous le grand figuier qui couvrait de son ombre fraîche la cascade babil larde.De là elle pouvait surveiller l’enfant assis sur le plancher de l'échoppe et s’amusant à façonner quelque jouet avec des bouts de bois tombés de l’établi paternel.Jusque dans ces jeux naïfs la précocité de l’adorable bébé éclatait.Ses parents, suspendant leur travail, arrêtaient quelquefois sur lui leurs regards ravis, car sous ces mignonnes mains qui maniaient les outils avec une surprenante dextérité, les copeaux grossiers prenaient toutes sortes de formes gracieuses.Une grande joie lui avait même été donnée en récompense île ses ingénieux efforts.Il avait été admis à concourir pour certains ornements bien simples, à la construction d'une chaise que le bon menuisier comptait offrir à sa femme pour le jour de sa fête.Un temps considérable et des soins tout particuliers avaient été apportés à la çonfec- !) tion de cet objet, considéré à bon droit dans la famille, comme un chef-d’œuvre.Justement le jour où, complètement terminé, on l’exposa au grand soleil devant la maison, pour sécher une dernière couche de vernis, il arriva quelque chose d’extraordinaire dans le village montagnard.A un certain moment ses paisibles habitants crurent entendre les sons d’une fanfare lointaine.Ils écoutèrent plus attentivement, puis, tous simultanément, sortirent de leurs demeures afin de se consulter sur la provenance de la rumeur insolite.Au même instant, au sommet de la route à pic, une brillante cavalcade débouchait de la forêt.C’était le seigneur du pays qui, ayant chassé avec sa cour toute la journée, avait choisi ce chemin peu fréquenté pour regagner son palais.Le cortège passa comme un tourbillon et la population n’aperçut qu’à travers un nuage de poussière, les cavaliers aux armes étincelantes sur leurs montures richement caparaçonnées.Au bout du hameau cependant, la source jaillissante dans son nid de feuillage apparut aux chasseurs.Une halte fut commandée pour permettre aux chevaux de s’y désaltérer.Tandis que celui du maître plongeait dans le limpide courant ses frémissantes narines, ce dernier, vêtu d’un costume de velours gris soutache d’argent, jeta les yeux autour de lui.Il vit la jolie maison blanche avec son charme poétique ; Il vit sous l’appentis la douce famille réunie et auprès du perron la chaise toute neuve profilant sur le mur, sa forme élégante.De la main il appela le maître du logis.—C’est toi qui as fait cela ! lui demanda-t-il.—C’est moi, seigneur, pour vous servir.—Eli bien justement, il me faut un trône pour rendre la justice à mes sujets, je t’ordonne de m’en faire un semblable.Seulement tu mettras le dossier plus haut et tu y sculpteras mes amies.Tiens, attends, ajouta-t-il. 10 LE COIN DU FEU Il descendit de cheval, non sans peine à cause de son obésité et du bout de sa cravache, dessina sur le sable des signes héraldiques.L’enfant du charpentier n’avait rien perdu de cette scène, acquiesçant de la tête aux indications du seigneur comme si ce dernier sc fut adressé à lui.—Eh bien, dit le prince, tu comprends n'est-ce pas ?Le pauvre ouvrier ému, perplexe, se gratte le front et ne répond pas.Il hésite à prendre la responsabilité de contenter un si redoutable client.Il se tourne vers sa femme (pii, après avoir regardé son fils, lui fait signe d’accepter.—Oui, seigneur, je comprends balbutie-t-il enfin.—C’est très bien.Je reviendrai dans un mois et si tu me satisfais, tu seras bien payé.Là-dessus le noble seigneur enfourche sa monture et disparait avec sa suite.Tl est des honneurs dont le poids est lourd à porter.Le nouveau fournisseur du chasseur royal l’éprouva à l’instant.Quoique cette affaire fût une aubaine — car les commandes étaient rares dans le pauvre village — elle ne lui laissa plus de repos.Les jours désormais, furent remplis par un travail fiévreux et inquiet qui recommençait vingt fois les mêmes détails ; les nuits même du malheureux devinrent la proie d’affreux cauchemars.Il lui semblait voir dans ses rêves, le riche seigneur s’avançant vers lui le sourire aux lèvres et les mains pleines d’or ; mais, en apercevant le trône qui avait pris soudain une forme grossière et ridicule, l’auguste figure devenait dure et cruelle.Celui qui avait encouru sa colère, s’entendait alors condamner avec sa famille à d’horribles châtiments.Le terme de l’épreuve en approchant, augmentait encore ses angoisses.Le dernier jour arriva pourtant et le fameux trône s’acheva.À l’heure dite, la famille aux aguets, vit monter de la plaine, un nuage significatif.Peu après un somptueux équipage s’arrêtait à sa porto et un noble personnage tout chamarré d’or en descendait.A la vue de son client, le villageois sentit redoubler le tremblement qui 1 agitait depuis tant de jours.Tout ce qu’il put faire ce fut de désigner d’un geste muet, avec une profonde révérence le trône étalé en plein jour juste à l’endroit où l’autre avait attiré les regards complaisants du grand chasseur.La première inspection que celui-ci fit de l’ouvrage, rassura complètement son craintif auteur, mais, O revers des choses humaines ! en une seconde toutes ses terreurs revinrent.Le prince avec tous les signes extérieurs de la plus grande satisfaction avait voulu s’asseoir.11 s’était relevé furieux.Malheur! triple malheur ! le trône était trop étroit.Le terri ble seigneur, l’œil allumé marcha sur le père de famille (pii pâle et chancelant se cramponnait au dossier armorié pour ne pas s’évanouir tout à fait.Ce court moment avait suffi au fils du charpentier pour se rapprocher du malchanceux fauteuil.D’un coup d'œil éloquent il avait prié sa LE COIN DU FEU mère de le tenir d’un côté pendant que ses petites mains appuyées sur le bras opposé, imprimaient au meuble une légère traction.Comme le prince courroucé allait se livrer sur la personne de l’ouvrier défaillant à quelques voies de fait, une main effleura doucement son bras tandis qu’il s’entendait appeler parla voix la plus suave qui eût jamais frappé ses oreilles.— Noble Seigneur, lui disait la jeune femme, essayez encore.Votre épée peut être se sera embarrassée.Attendri et désarmé soudain par l'harmonie de cette voix d’ange, l’homme puissant obéit Le trône cette fois fut plus hospitalier.Pénétré d’un charme inconnu, le prince regarda autour de lui.Une lueur céleste inondait tous les objets, ses hôtes étaient environnés comme d’un rayonnement mystique.Le souffle de Dieu avait passé.Humblement, le seigneur offrit au chef de la sainte famille le prix de son travail et, avant de partir, s’agenouilla dans la poussière pour baiser les pieds du Divin Enfant.Car celui qui avait fait le miracle était réellement le petit Jésus, le pauvre charpentier Saint-Joseph, et la douce femme, la Sainte Vierge Marie.Mme Danclurand UN PAL CHEZ LES PLATE H A N DE de leur faire le Nous Panserons ! Et c’était signé : O.1).PLATEBANDE.Où est-il, hélas ! le temps où une invitation de cette nature me causait toujours un vif plaisir ! Mais ' je ne veux pas m’étendre en de stériles doléances sur la chute des illusions qui se détachent de nous comme les feuilles tombent des arbres aux abords de l’hiver.Il n’en est pas moins vrai qu’après avoir parcouru ce billet déposé dans ma boîte, mon premier mouvement fut d’aller quérir ma plume 'aux circonstances incontrôlables et d’écrire incontinent : M.Quidam regrette etc.J’allais me mettre en devoir de répondre par un refus quand mes yeux s’arrêtèrent de nouveau sur cette signature au bas d’une invitation ollicielle lancée une semaine d’avance ; O.D.Platebande ! Diable! me dis-je, voilà qui est original pour des gens qui veulent faire grand.Et ce : nous danserons ! Au fait, qu’est-ce que ce M.Platebande ?.Ah, mais! oui, j’y suis maintenant.Je crois bien que je le connais : c’est mon bienfaiteur.Il m’a prêté autrefois, dans un moment de dèchc, cent dollars.à quinze pour cent!' Et son épouse, une femme étonnante, devenue presqu’une célébrité à cause de la richissime collection de mots rares dont elle émaillé sa conversation et de son excentricité d’allures généralement.De sorte que ma gratitude pour mon ancien bailleur de fonds et surtout, je dois le dire, la curiosité d’assister à cette première tentative de la part d’un ménage enrichi de forcer son entrée, dans ce qu’on appelle la société, me poussant, me firent revenir sur ma résolution.J’acceptai. 12 LE COIN DU FEU Arrrivé un peu en retard, je trouve-les invités assis en rang d’oignons qui, dans la salle à manger, qui, dans le salon, jetant sur mon humble personne à mon arrivée un regard rapide et anxieux puis détournant la tête avec désappointement.— Eh bien, quoi, pensai-je, suis-je de trop qu’on me regarde connu un chien de faïence ! Mais avant que j’aie eu le temps de me formaliser complètement, j’avise, faisant irruption de la porte de la cuisine deux bras rouges.de soie rouge, je crois, qui se dirigent de mon côté en battant l’air.C’est la maîtresse de séant.Madame !.Ah ! M.Quidam, si vous saviez.mais vous ne savez pas, c’est évident ?Non, madame, je ne sais pas.Imaginez que M.le baron de L’astre-Etaing n’arrive plus et (pie nous sommes là à attendre pour le quadrille d’honneur ! Mol : (un peu embarrassé de mon chapeau mon paletot et ma canne qu’on no m’a pas encore offert de déposer quelque part) Vous dites ?EtÜDE : Comment, vous n’avez pas appris >.M.le baron de L’Astre-Etaing.un noble, s’il vous plaît, de passage ici et qui doit rehausser de sa présence, l’éclat de notre petite fête.Moi : J’avoue, madame, que j’ignorais ce détail.Il est tout de même regrettable qu’il tarde tant à arriver.Eu.1*1 : A qui le dites-vous, voyez ces chers petits anges — elle désigne un groupe de jeunes tilles au fond, près du piano, qui baillent déjà aux (leurs de la tapisserie — croyez-vous que çà n’est pas un péché do faire poser tout ce petit monde quand <;à ne songe qu’à sauter.Moi : (Cherchant un crochet où suspendre mon chapeau).Ces pauvres anges.vous avez bien raison.qui ne demandent.qu’à sauter.Elle: Mais, qu’avez-vous donc, M.Quidam, vous paraissez préoccupé! Moi : (Avec le sourire de fSt-Laurent sur le gril ) nullement, je vous assure,je suis même.serein .très-serein .seulement.Elle : (Remarquant le coup-d’ieil compatissant dont je gratifie mon pauvre bras gauche comme pour l’encourager à se bien tenir dans son nouveau rôle de garde-robes).Mais, je vous demande pardon, le récit île mes contrariétés me fait oublier les données les plus élémentaires de l’étiquette et du bon goût, veuillez espérer un moment — et se tournant vers l’escalier dont le tapis est recouvert d’une toile grisâtre: “ Son mine'.” viens donc debarrasser M.Quidam île ses effets.Au lieu du matou ronronnant que m’annonçait ce petit nom lancé d’une voix retentissante, mais tendre, je me trouve bientôt en face de.mon bienfaiteur à quinze pour cent d’intérêt qui, après avoir accordé, en passant, un tapottement furtif à la joue de son épouse, me prie de le suivre là-haut.Ma femme, me dit-il, en gravissant les marches, est au désespoir.Ce baron aussi qui n’arrive pas ! et tous nos invités qui sont là à s’avaler la langue au petit bonheur.Moi : (Timidement).Voulez-vous que je donne le branle en allant inviter une partenaire ! Lui : (scandalisé).Y pensez-vous M.Quidam ! commencer le quadrille sans le.Moi : (me hâtant de réparer ma bourde) C’est juste, il n’y a pas à dire, il faut attendre le.! Un grand coup de timbre à la porto me coupe la parole.Enfin! s’écrie mon hôte, soudainement rasséréné, le voilà ce cher baron ! Pardon, si je.et la tin de sa phrase dégringole l’escalier avec lui et se perd dans un brouhaha de chaises remuées, de portes ouvertes et refermées, de conversations cxplosivement écloses où la voix de madame Platebande éclate en cor de chasse qui n’entend pas se laisser couvrir par les violons et les dûtes.Tout le monde est maintenant en place attendant le signal de la musique.Le baron, comme LE COIN DU EE U bien vous pensez, n’avait pas le choix ; sa situation exceptionnelle de héros de la fête lui désignait tout naturellement, comme première titulaire de ses bonnes grâces, la maîtresse de la maison.C’est donc à son bras que l’heureuse madame Platebande rougit et pâlit suc-cessi veinent sous l’averse de flatteries qu’en vrai gentilhomme il fait pleuvoir sur sa tête, tandis qu’au coin de sa lèvre erre discret et doucement narquois le sourire de ses aïeux.Un peu interloquée d’abord par les compliments capiteux du baron, madame Platebande ne tarde pas à reprendre son aplomb, et avec l’aplomb sa verve étourdissante.pour les tympans, car sa petite taille ne l’empêche pas d’avoir le verbe haut.Chaque figure nouvelle est matière à quelque saillie ; c’est ainsi qu’à la phase des révérences—vous savez, quand on va et vient et qu’on salue sa vis-à-vis en regardant ailleurs—elle me crie en s’inclinant: A la vôtre, M.Quidam.Et il en va de même jusqu’à la “ coquette ” où son entrain désordonné finit par mêler les danseurs au point (pie le fameux quadrille d’honneur s’achève au milieu d’un tohu-bohu général.Tandis (pie sa chère moitié se multiplie dans le salon, pour amuser son monde, n’allez pas croire que le maître de la maison se croise les bras.L’œil au guet, l’oreille tendue, il court de ci de là encourageant de la parole et du geste ceux qui font mine de se reposer après la danse ; aux traînards qui refusent positivement de prendre part aux divertissements chorégraphiques, il offre de la limonade et des cigares : aux pères de familles revenus des plaisirs bruyants, il désigne le chemin du fumoir où il trouve le moyen de leur toucher quelques mots de sa prochaine candidature à la mairie de son village.Car il a toutes les ambitions ce M.Platebande ! Avec le sens pratique que donne une longue expérience dans le commerce en gros des allumettes, il a compris (pie l’occasion ne pouvait mieux se présenter de pousser ses petites affaires.En bas, la mêlée se poursuit toujours avec une ardeur de plus en plus grande, grâce aux Id efforts soutenus de madame Platebande qui n’accorde à sa compagnie que juste le temps de souffler.I .es lanciers succèdent donc aux quadrilles et vice versa avec une régularité (pii menace de devenir monotone.Les visages encore tout flamboyants de la dernière sauterie commencent même à trahir certains signes d’ennui.Ce serait le temps, si jamais d’une habile diversion.— Si nous faisions un tour de valse, suggère un grand anglais encore tout ruisselant de la chaîne du Saratoga.— Y pensez-vous ! répond une fillette rose des pieds à la tête, madame Platebande les défend absolument depuis le dernier sermon du curé.— Allons tout de même la supplier, continue le forcené danseur.A quelques pas du groupe juvénile je m’étais arrêté à considérer une toile étonnante accrochée au mur.C’était un portrait, dû sans aucun doute, au talent d’un artiste local qui avait — horrible contraste — barbouillé une face blafarde sur un fond de ciel bleu Marie-Louise.— C’est le défunt Thimothé! soupire derrière moi notre hôtesse qu’en me retournant, j’aperçois au bras de son noble convive.— Mon mari en premières épousailles, explique-t-elle à ce dernier.Moi : Il a l’air de vous sourire, madame ! Elle: N’est-ce pas qu’il est ressemblant.pauvre Timothé.Moi : (les yeux rivés au tableau et d’une voix émue) : —Pas de malice pour deux sous ! Elle:(me tapant sur l’épaule).Excusez cette demi-familiarité, mais je dois vous faire un aveu : c’est que Timothé, malgré toutes ses vertus, n’a jamais été mon emblème ! Le baron et moi : (sans comprendre).Hein ?Elle : C’est bien simple, il était blond et j’ai toujours aimé les bruns ' Pauvre défunt ! fit-elle encore avec un accent de mélancolie embarrassante — pour nous. 14 LE cor N DU FEU A cette minute d’attendrissement que le fils d’Albion jugea favorable à sa requête, le porte-parole du parti des valseurs entama son petit discours, mais dès les premiers mots cette femme surprenante qui décidément ne fait rien comme les autres, laissa le bras du baron et, avec le geste de Léonidas aux thermopiles: —Les dances vives, jamais! Sachez monsieur, que je suis avant tout, femme du devoir et incapable de transiger avec ma conscience en tolérant chez moi des danses prohibées.Mais tout à coup son inflexibilité parut faiblir au spectacle de tous ces jolis minois reprenant, désolés, l’étude des arabesques de la tapisserie.S’ils voulaient seulement se contenter de valser en se tenant les mains.Allez, M.Quidam, leur proposer ce moyen-terme tandis que moi je me sauve à la cuisine pour diriger les préparatifs du réveillon.Tiens, me dis-je, voilà une idée.Et puis.de la main à la taille, la distance est si tôt franchie.Je n’ai pas besoin de vous dire que ce que j’avais prévu arriva, et qu’au bout de quelques instants, les mains de ces messieurs s’étaient disjointes d’elles-mêmes pour s’accrocher à quelque chose île plus stable.Mais-dans cette maison il ne fallait jamais compter sans son hôtesse.Soudain tout le monde, valseurs, spectateurs et musiciens s’arrêtèrent abasourdis, médusés par la brusque apparition de la bruyante dame qui, affublée d’un grand tablier d’indienne, les bras tendues en statue du désespoir, s’écriait lamentablement : “ Que vois-je, mes petites sœurs.” On conçoit le refroidissement qui dut se produire à la suite de cette sortie.Il faut avouer toutefois que les invités s habituaient graduellement à l’excentrique exhubé-rance de la maîtresse de céans si bien qu’à peine disparue—ses devoirs de ménagère la réclamant ailleurs—il ne resta plus comme souvenir de sa présence, qu’une forte odeur de pommes cuites au four et de café noir quelle avait apportée de la cuisine.Quant à moi, je m’enfuis au fumoir pour dégager ma responsabilité des conflits que je sentais imminents entre l'énergique Mme Platebande et ses irrépressibles invités.J’y étais, en effet, depuis assez longtemps lorsqu’aux ritournelles banales d’un quadrille succéda brusquement la musique d’une valse connue; sortant du demi-sommeil où m’avait plongé l’âcre fumée des cigares de notre amphytrion : —Quoi ! me dis-je, l’on ose encore, après ce qui vient de se passer ! Ah ! bien, gare à la scène ! Et, pris d’une envie folle d’aller assister à une excommunication en bloc, je me faufilai au bas de l’escalier où j’aperçus—mais non, vous ne me croirez pas — madame Platebande causant avec grâce tandis que les couples enlacés lui évoluaient sous le nez sans qu’elle eut même l’air du s’en apercevoir.J’avais droit à une explication, j’allai bravement la chercher : madame, commençai-je, je m’aperçois qu’il est avec vous comme avec le ciel des accommodements ! .Elle : (m’interrompant, d’un ton qui n’admet pas de réplique) C’est la faute du baron! 1! est venu réclamer cette concession à mes principes comme une faveur personnelle et vous comprenez que par déférence pour son haut titre, je n’ai pas cru devoir la lui refuser ! Ces paroles, pourtant si sensées, si flatteuses en même temps, pour la noblesse dans la personne d’un de ses membres, créèrent un accès de bonne humeur qui se - communiqua comme une traînée de poudre à tous les endroits habités de la maison.De ce moment, ce fut un véritable feu d’artifice, de propos gais et de fines reparties où, vous le soupçonnez, madame Platebande tenait toujours le manche.Jamais, peut-être, dans mon expérience mondaine, avais-je rencontré une maîtresse de maison possédant à ce point le don de réunir dans sa personne autant de talents de société.Subissant plus que lus autres, en ma qualité d’observateur, le charme de cette nature pittoresque dont chaque mouvement comme chaque phrase était une surprise, je ne voulus plus la quitter du reste de la soirée. LE COTN DU FEU 15 Après sa dernière tirade surtout qui m’avait révélé l’admiration quelle professait pour les titres, je compris que je pouvais puiser à pleines mains dans cette mine d’originalité.L’événement m’ayant d’ailleurs prouvé qu’on pouvait, avec elle, s’aventurer sans crainte sur toutes espèces de terrains, je me constituai son cavalier servant tandis quelle distribuait à chacun et à chacune un échantillon de son iné_ ’ ’ 'e répertoire de phrases à l’emporte-pièce, et ce, à seule tin de recueillir, et de provoquer même, au besoin, des reparties dont l’inattendu m’étonnait toujours en même temps qu’il me désopilait.Nous venions donc de prendre ensemble un verre de vin à la bonne amitié et j’en profitais pour lui tourner un délicat compliment, faisant allusion à la fraîcheur de son teint qui avait passé à travers deux ménages sans se déflorer.Ali, monsieur, me dit-elle, on ne me trompe pas, moi.Je sais bien que ma personne se flétrit, mais mon cœur est resté jeune.Moi: (incrédule).Oh! voyons, madame, avouez au moins qu’il y aurait crime à vieillir quand on possède comme vous la perle dos .seconds maris.Elle: (Hésitante d’abord, puis résolument).Entre nos quatre yeux, je dois vous déclarer que Maxime n’était pas mon idéal, mais.je suis heureuse ! Moi : (méchamment).Je vous comprends, Monsieur Platebande n’est pas ce qu’on peut appeler.lieu!.un Papineau, mais! quel riche tempérament.Elle: (me tapant de nouveau sur l’épaule sans s’excuser).Voilà (pii est bien dit : Maxime m’a plu instantanément parce qu’il était simple, car, vous savez, (avec une forte aspiration de l’H) je hais l’emphase' (Alors avisant le susdit Maxime dont la forme replète se dessine soudain à l’autre bout du salon).Arrive donc, son mine ! lui crie-t-elle (et une fois son mine à portée de sa caresse, lui passant la main sur le crâne) ça ! c’est beau puis c’est bon ! Lui : (un peu égarouillé par cet accueil trop sympathique).Tu sais bien, vieille, que j’haillis les démonstrations publiques ! Elle : (corrigeant la faute de français, sans s’occuper de la remontrance conjugale).Je hais, son mine ; on dit : Je hais (et naturelle).Pardonnez-lui, M.Quidam, la timidité lui fait fourcher la langue.Maxime allait peut-être se rebiffer sous l’humiliation, quand un incident vint couper court à ce qui menaçait de tourner en un petit orage domestique ; c’était la cuisinière qui, brandissant d’une main, un couteau énorme et de l’autre, une fourchette non moins démesurée, se frayait bravement un passage à travers la foule des danseurs, sans cependant perdre de vue, un seul instant, le groupe dont je faisais partie.J’espère que çe n'est pas à moi quelle en veut, me dis-je en frémissant, car, je vous assure qu’elle n’avait pas l’air rassurant avec son arsenal ! mais je compris bientôt que j’avais mal jugé ses intentions en la voyant enrouler ses deux bras autour du cou de sa maîtresse et lui chuchoter à l’oreille un long secret tandis que les fers se donnaient en arrière une pacifique accolade.Vous avez deviné que le résultat de cette confidence à main armée fut une invitation de se rendre à la salle du réveillon.Ici, je jette un voile discret sur la scène qui eut lieu autour de cette table immense hérissée de sept pyramides monumentales, tout comme en Egypte, avec la seule différence que le calcaire de la vallée du Nil était remplacé par des pommes cuites et des oranges empilées.Je ne pourrais, sans manquer aux lois de l’hospitalité, vous dénoncer les discours enlevés qui embellirent comme autant de fleurs littéraires.les diverses phases de ses agapes abondamment arrosées de vin de Sicile.Qu’il me suffise de vous dire, en terminant, chers lecteurs, que le succès énorme de ce bal fut cause de la défaite du pauvre Platebande aux élections municipales.Et le baron ! me direz-vous.Mon Dieu, après avoir trinqué plusieurs fois avec la maîtresse de la maison, il s’était affaissé derrière une des sept pyramides, comblé d’honneurs et.de vin de messe.Quidam 6362 in LE COIN DU FEU LA MOD h' r ks couturiers et les couturières se creusent la cervelle.Que pour-raient-ils bien trouver de nouveau ?Hélas ! jusqu’à présent ils n’ont pas iPSâ '’a’r d’avoir inventé grand’chose.pf Faute de mieux ils fouillent dans le (gf, passé, compulsant les modes de jadis les unes après' les autres pour y chercher des idées, rafistolant le vieux pour en faire du neuf.En ce moment ils en sont aux modes de ÎNMO, ces modes qui nous faisaient tant rire quand nous les retrouvions sur des vieux albums ou dans les illustrations do livres de l’époque: manches larges, forme ballon.Avec cela la taille courte de l’Empire .Cela reussira-t-il ?On ne peut encore se prononcer.Chaque créateur ou plutôt “ arrangeur ” combine de son mieux la toilette qu’il veut lancer et confie le soin de la faire valoir aux plus jolies femmes qu’il peut trouver pour cela.Le proverbe dit que “ le pavillon fait passer la marchandise.” Ici c’est l’inverse.Il est certain que souvent une toilette peu harmonieuse, disons le mot, baroque, est admirée grâce à celle qui la porte.Mais quelle déception quand, sous prétexte de mode, les imitatrices moins bien douées par la nature s’affublent à leur tour d’une toilette semblable ! Mais, même avec les plus jolies femmes, les essais ne réussissent pas toujours.Ainsi le fameux costume Empire si discuté, mais assez seyant aux tailles minces et élancées, ne réussit décidément pas aux personnes courtes ou un tant soit peu graasettes.Disons en passant qu’il a de fervents ennemis dans le sexe à qui l’on vaut plaire.L’un d’eux ne s'est-il pas avisé de qualifier la robe dans laquelle se pavanèrent nos grand’mères de coupe-gorge .¦ En étoffes légères, gaze, crépon de soie, etc., passe encore comme toilette d’intérieur ou de bal .Mais à la ville, bien peu de femmes pourront être gracieuses avec le costume mi-empire mi-Louis-Philippe qu’on prétend nous imposer.La seule chose qui soit bien arrêtée, c’est la suppression complète des basques pour les tailles.Le Boléro seul dominera.Quant aux étoffes, à cause de la saison d’abord et par ordre de 8.M.la Mode ensuite, elles sont un peu épaisses.Le velours miroir glacé à nuances changeantes se porte énormément.Pour la rue ou la sortie en voiture, la bure, la vraie bure de moine nuance naturelle, c’est-à-dire brun pâle, est en grande faveur.Les autres étoffes adoptées sont la vigogne poilue, les draps épais, le satin pour grandes toilettes, mais surtout le velours.Le velours est le roi du jour.On l’emploie aussi bien pour costume de ville que pour les robes d’intérieur.Il est surtout de mise poulie soir, pour le théâtre, les diners, le bal.On l’amalgame avec toute espèce d’étoffes ce qui est très commode pour rafistoler les robes anciennes.Comme couleurs: l’écossais, les nuances vives, claires et ombrées se marient en des combinaisons inédites.On ne craint pas les contrastes.* * * La jupe-cloche, la jupe-rotonde, la jupe à godets, enfin la jupe nouvelle, quel que soit le nom dont on l’appelle, se fait do plusieurs manières.Mais le plus simple, quand il s’agit d’une étoffe en grande largeur, c’est de faire la jupe avec une seule couture dans le milieu, par derrière, en mettant les lisières dans le haut et LE COIN DU FEU 17 dans le bas de la jupe.Il suffit de prendre son étoffe pliée en deux sur le devant, de la placer bien i" ; puis de poser le patron de cette étoffe, en coupant suivant les contours de ce patron.Trois pinces de chaque côté et une couture par derrière complètent l’assemblage de ce modèle.Si l’étoffe est en petite largeur, on biaise légèrement le lé du tablier, et l’on pose les autres lés tout droits, les uns à côté des autres, jusqu’à ce qu’on ait l’ampleur voulue.On t'ait ensuite les pinces, et tout est dit.Les jupes sont garnies dans le bas de volants superposés, de biais de velours dentelé, de fouillis de dentelles.Les jupons de dessous se font toujours en soie de nuances claires avec garniture de dentelle, de mousseline de soie ou de volants de plusieurs couleurs.* * * Le bas noir n’a pas encore perdu sa vogue.( )n en porte cependant d’assortis à la robe mais toujours sombres, unis, brodés ou écossais.Les chapeaux à grands bords tourmentés sont le plus généralement adoptés pour les visites et les toilettes très habillées.La toque qu’on a essayé sans succès d’agrandir et de rendre plus confortable, garde toujours ses proportions minuscules.* * * Pour finir voici une toilette croquée sur le vif parmi les invitées d’un mariage fashionable à Ste-Clotilde : Robe princesse en velours vert sombre garnie dans le bas d’un ruché en soie lavande, séparé au milieu par un cache-point de pierreries de couleurs assorties.Large ceinture drapée en soie lavande, épaulettes en pluie de pierreries retombant jusqu a la taille sur le dos et sur le devant.Grand chapeau de feutre noir, à bords agités, drapé de velours vert sapin, petit fond de pierreries, à droite nœud de velours lavande et petit panache de plumes noires.LES CONSEILS DE LA MERE GROGNON i>,VTq5£ L y a> mcs chères petites, deux plai-sirs dans la conversation : d’abord celui de babiller, c’est-à-dire de noyer des mots dans les rires fous comme on s’amuse à faire sonner des perles dans un verre de cristal.Celui-là, vous le connaissez bien.* * * Il y a encore celui d’écouter — qui vous est un peu moins habituel.* * * J’ai connu un savant qui se retrouvait facilement dans les plus broussailleux problèmes //, • mKÊM 6804 18 LE COIN DU FEU d’algèbre, mais se déclarait inhabile à démêler l’écheveau de la conversation de quatre femmes réunies.C’était un poseur.* * * Cependant — il est vrai que j’entends dur — mais j’avoue qu’il m’est parfois difficile de saisir le lildc votre papotage quand vos amies viennent le lendemain d’une soirée, échanger des vues comme dit l’autre.* •* * Tenez, il y a quelques années—Bah ! peut-être vingt ans, j’en ai t: _ je ne les compte plus — plusieurs jeunes femmes, pique'es au jeü par la présence d’un noble étranger, se livraient devant moi à la plus brillante joute d’esprit qui se soit jamais vue.Le galant homme, fort intéressé dans le tournoi, se penchait de temps à autre, pour lui demander son avis, vers sa voisine qui, moins prolixe que les autres, soulignait parfois de quelques mots caractéristiques ou d’un Hn sourire les saillies de ses compagnes.* * * Après la soirée, et le feu d’artifice éteint, j’eus la pensée de demander au noble étranger.laquelle il avait trouvé la plus spirituelle.— Celle qui s’est tue, me répondit-il.* * * Conclusion : On peut encore avoir de l’esprit et le montrer tout en parlant quelquefois, un peu moins souvent qu’à son tour.Ui SAVOIR VIVRE comptons offrir à nos lectrices j une série d’articles sur le savoir-t vivre pour toutes les circonstances de la vie,d’après un auteur français.Notre société est régie par des lois d’étiquette de provenance soit française, c soit américaine, soit anglaise.Ce cosmopolitisme produit quelque confusion.I l ne serait peut-être pas mauvais d’adopter d’un commun accord, un code unique poulies formalités mondaines.En tous, cas nous ne risquons rien a faire connaître à nos abonnées canadiennes-françaises les usages de la brillante société de la mère-patrie.Elles sauront d’elles-mêmcs en éliminer ce (pii ne s’adapterait pasà nos habitudes et aux conditions de notre vie.En suivant d’aussi près que possible ses enseignements inspirés par la politesse et le tact bien connus de la nation chevaleresque par excellence, elle seront sûres de ne pas faire fausse route et d’être au surplus en conformité de manières avec les plus charmantes mondaines du monde.I.K I1AITKM K Les parents d’un enfant nouveau-né adressent, à toutes les personnes quelles connaissent et (piel que soit le genre des relations, un billet de faire part de cette naissance.Nous donnerons des modèles de ce billet — où la fantaisie s’admet fort bien — au chapitre “ Lettres de faire part ”.Le billet s’envoie quinze jours après la naissance.On donne à son premier né, pour parrain, son grand-père paternel, pour marraine sa grand’mère maternelle.Le second enfant aura, pour parrain, son grand-père maternel, pour marraine, sa grand’mère paternelle.Et ainsi de suite, dans les deux familles, par rang d’âge et alternance de sexes, s’il est possible.Cependant, on peut désirer d’assurer à ses 6741 LE CO T N DU FEU' 19 enfants des appuis en dehors de la famille, où aide et protection leur sont naturellement accordées.Mais, alors, c’est aux grands-parents à vous tenir (piitte du choix déférent que vous aviez fait d’eux, pour tenir votre enfant sur sur les fonts baptismaux.Dans ce cas, on doit encore pressentir les dispositions des personnes amies ou des protecteurs et supérieurs qui peuvent être utiles à l’enfant, en s’intéressant à lui à titre de filleul.Mais comme il y a beaucoup de gens qui ont de la répugnance à assumer les charges matérielles et morales qui incombent à ceux qui ont répondu pour l'enfant, on sondera les esprits à ce sujet, avec beaucoup de diplomatie et de tact.11 ne faut pas s’exposer à recevoir un refus mortifiant ; il faut encore moins risquer d’embarrasser des personnes trop polies et trop délicates pour décliner le choix qu’on a fait d’elles, mais trop indolentes ou trop pauvres pour supporter, sans en être ennuyées, les frais ou les devoirs imposés par le titre de parrain.On voit qu’il est bon de réfléchir en cette circonstance et de ne pas demander ce genre de service à la légère.D’autre part, un homme qui croirait pouvoir être utile à un enfant, en devenant son parrain, cet homme devrait faciliter au père des démarches qui sont toujours pénibles à faire dans la crainte d’un insuccès.Les choses réglées et acceptées, du côté de la marraine comme du côté du parrain, on met en l’apport le compère et la commère, s’ils ne se connaissent pas encore.C’est le père de l’enfant qui présente le parrain à la marraine avant la cérémonie.Est-il besoin de dire que, s’il faut des époux assortis, il est bon également que le parrain et la marraine a illent ensemble, c’est-à-dire qu’ils aient mêmes manières, même éducation ! Le père de l’enfant s’entend avec le curé de sa paroisse au sujet de l’heure à laquelle sera donné le baptême.Il fixe le jour.Il indique d’avance les noms et prénoms de l’enfant.Le ‘me est administré à l’église de la paroisse où est né l’enfant, ou à celle du domicile de ses parents.L’église demande qu’il soit donné trois jours, au plus tard, après la naissance à moins de motifs grave.-— Si les parents choisissent pour leur enfant des noms qui ne sont pas inscrits au calendrier, le prêtre est autorisé à y ajouter un nom de saint (Décision du Conseil d’Etat LSOS).’fout le monde sait qu’une personne quelconque peut administrer le baptême à un enfant en danger de mort.Un païen peut donner un baptême valable.On prend de l’eau naturelle, on la verse sur la tête de l’enfant, ayant soin de toucher la peau et en disant: “ Je te baptise au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.” Avec une dispense de l’évêque, on peut retarder le baptême de l’enfant et simplement l’ondoyer, en attendant le véritable sacrement.Ne peuvent être parrain ni marraine, le père ni la mère.Les personnes chargées de présenter un enfant sur les fonds baptismaux doivent être âgées d’au moins douze ans, pour satisfaire aux désirs de l’Eglise.Cependant, elle admet de plus jeunes parrains.et marraines.Pendant la cérémonie, le parrain et la marraine se tiennent, le premier à droite, la seconde à gauche de la femme qui porte l’enfant ; ils répondent ensemble aux diverses questions qui leur sont adressées par le prêtre et récitent le Credo et le Pater noster (en français), lorsqu’ils sont invités à le faire.Pendant les exorcismes, ils étendent, en même temps que le prêtre, leur main droite nue sur la tête de l’enfant.Ils portent encore cette main sur l’enfant < l’eau est versée, et ne la retirent qu’après que les paroles sacramentelles ont été prononcées.Enfin ils reçoivent île la main droite, toujours, un cierge allumé qu’ils rendent après que le prêtre a béni l’enfant.Les parrain et marraine peuvent se faire représenter au baptême.Au temple protestant, le rôle du parrain et 5 5 •20 LE COIN DU FEU celui de la marraine sont encore plus simples.Us répondent, une seule fois, au lieu et place do l’enfant, auquel le pasteur demande : s’il s’engage à demeurer fidèle à la foi chrétienne.“ Je m’v engage ”, disent à haute voix les représentants du nouveau-né.Quant aux prières liturgiques, c’est le prêtre (pii les prononce.Le parrain et la marraine répètent il demi-voix.Chez les Israélites, le parrain et la marraine se bornent à assister à la circoncision et à prier avec les autres personnes présentes et le rabbin, Dès qu’un homme est avisé du choix que des parents ont fait de lui pour tenir leur enfant sur les fonds baptismaux, il leur adresse ses remerciements “ de l’honneur qu’ils lui accordent ”.Le parrain fait une visite à sa commère, avant la cérémonie, en compagnie du père de l’enfant.Il laisse toujours le choix des noms à donner aux père et mère et à la marraine.Dans la matinée du jour du baptême (ou la veille), il envoie à sa commère des boîtes et des sacs de dragées, un bouquet, un bibelot, ou il remplace ce dernier par des gants insérés dans un coffret ou dans un sachet.Il adresse, en même temps, à la mère de son filleul, des boîtes de dragées, qu’elle distribuera à celles de ses amies qui n’ont rien à attendre du parrain ni de la marraine.Le parrain doit encore un cadeau à son filleul.Ordinairement, il lui offre la batterie de cuisine à son usage : poêlon, assiette et cuiller à ses initiales, en argent ou en vermeil, ou un seul de ces objets, ou un hochet, ou toute autre chose.C'est encore le parrain qui fait largesse au prêtre, aux enfants de chœur, au carillonncur, aux domestiques du père, à la nourrice de l’enfant.On voit qu’il ne faut pas imposer ce titre de parrain.Pour les mêmes raisons, un homme dont la position est médiocre ne s’offrira pas à tenir un enfant sur les fonts de baptême.Les parents n’oseraient peut-être pas refuser, tout en craignant de voir les obligations du parainage trop peu grandement remplies à leur gré.Le parrain va prendre sa commère chez elle, dans sa voiture, dans une voiture louée ou à pied, selon les circonstances.Il l’amène chez les parents de l’enfant.C’est dans la voiture du parrain —à moins que le trajet ne se fasse simplement à pied — que prennent place la marraine, le père, la femme qui porte l’enfant et, naturellement, le parrain, pour se rendre à l’église.Après avoir signé sur le registre des actes de baptême, le parrain dépose sur la table la somme d’argent destinée au sonneur et aux enfants de chœur.Cette somme est enveloppée dans un papier blanc.Au retour de l'église, le parrain distribue des gratifications plus ou moins importantes aux serviteurs de la maison, à la sage-femme, à la nourrice, etc.Ces sommes sont contenues dans des sacs de dragées.Les boîtes et les sacs sont bleus pour un garçon, roses pour nue fille.Elles portent le prénom de l’enfant et la date de son baptême.11 y en a aussi en forme de missel.D’autres ont des décorations moyen âge et une inscription gothique relate en outre des noms de l’enfant, ceux des parrain et marraine, avec la qualification Dame et Messire : la date, la désignation de l’église où le baptême a été reçu, etc., y figurent également.Enfin la fantaisie et l’imagination peuvent se donner libre carrière sur ce point.La marraine choisie remercie avec empressement ceux qui lui donnent un fils spirituel ; elle accueille gracieusement le compère qu’on lui a donné.Elle se récuse gentiment si on lui laisse le choix des noms ; elle ne donne le sien que si on l’en prie.Si la marraine est une jeune fille, elle fait savoir au parrain qu’elle n’acceptera de lui qu’un bouquet et des dn LE COIN DU FEU 21 De ce jour naissent et sont continuées îles relations courtoises entre le parrain et la marraine.Si celle-ci est mariée, son mari invite le parrain à dîner— avec les parents du filleul — quinze jours ou un mois après la cérémonie.Un baptême est toujours l’occasion d’une fête, à moins tie circonstances exceptionnelles et douloureuses.Superbe ou modeste, cette fête est toujours à la charge du père de l’enfant.C'est un dîner qui, — le plus souvent, réunit les invités.Le parrain et la marraine y sont traités en héros du jour.On les place l’un près do l’autre, au centre tie la table, ou l’un vis-à-vis de l’autre, à la place des maîtres de la maison.En guise de surtout, on trace, ce jour-là, sur la nappe, l’initiale de l'enfant baptisé, en fleurs roses ou bleues.C’est un (jrancl dîner.relativement aux ressources.Des dragées y figurent toujours au dessert.Si l’on est riche, on n’oublie pas les pauvres et les déshérités, en ce jour de bonheur.On envoie aux enfants assistés des dragées et la desserte de la table.Les parrain et marraine sont tenus de s’intéresser à l’enfant qu’ils ont présenté au baptême.Au nouvel an, à s» première communion, à son mariage, à son premier succès : baccalauréat, thèse, épaulette, ils lui doivent un cadeau, selon leur fortune.A moins d’impossibilité, ils voient souvent leur file spirituel, le conseillent, le dirigent, le réprimandent au besoin.Le filleul écrit ou rend en personne ses devoirs à ses parrain et marraine, au jour de l’an.“à tout le moins ”.En dehors de la famille étroite, c’est à eux, les premiers, qu’il annonce sa première communion, son mariage, en leur demandant d’y assister.11 leur apprend ses succès et les tient au courant île tous les événements importants de sa vie.— Si ces parrain et marraine ne sont pas des amis intimes de sa famille, s’ils occupent une position au-dessus de la sienne, le tilleul fait preuve de bon goût et de dignité en s’abstenant de toute familiarité qui pourrait déplaire.11 remplit ses devoirs, mais se tient à l’écart, se laisse appeler.En leur écrivant, il les traite de “ Monsieur et cher parrain, Madame et chère marraine ”.A.VIS DK L'ADMINISTRATION Nom considérerons comme abonnée toute personne qui ne nous aura pas renvoyé ce jour-nal 'avant le 15 janvier courant.Nom croyons faire plaisir à nos lecteurs en leur disant que nous n exigerons le prix de l abonnement que dans six mois.L’Alministkation 2 ¦> LE COIN DU PEU AA’ SANCTUAIRE DK LA KKMMK {"¦ V Wf Hp \&!wr,wi Ad U/ dzjgMlj m Il y m toujours une ou plusieurs pièces de lu maison où la femme imprime sa marque particulière, qui sont faites à sa ressemblance morale et physique.C’est le salon intime où elle vit de la vie intellectuelle et artistique, où elle jouit de la vie sociale dans sa plus haute expression : affections d'élection, amitié, sympathie.C'est sa chambre à coucher où se concentrent les souvenirs du bonheur familial : tendresse maternelle et tendresse conjugale.Enfin, c’est le saint des saints, le cabinet de toilette où elle n’admet pas de profanes, dont elle éloigne les plus chers ; où les gens superficiels supposent quelle se complaît dans l’admiration de ses perfections comme quelque Jioudha du ciel hindou, où d’autres s'imaginent quelle s’adonne aux pratiques de sorcellerie, pour rester ainsi étonnamment jeune et jolie, et où, certainement, elle médite de captiver ou de retenir le cœur d'un homme, en cultivant ses dons physiques.Qu’elle s’arme là pour les combats de vanité ou qu’elle y lutte pour le bonheur, en défendant sa beauté contre les attaques du temps et les fatigues mesdames, de déposer a vos pieds avec une hâte un peu compromettante pour ma réputation de parfait gentilhomme, mes respectueux hommages.Souffrez donc qu'avec mon plus gracieux salut je vous dise : Au revoir.Muscadin CUISINE POTAGE AU CHOU-FLEUR Prenez l’eau dans laquelle a bouilli un chou-fleur, ajoutez-y la même quantité de lait, gros comme un œuf de beurre, poivre, sel, poivre-rouge au goût.Faites cuire dans ce bouillon du vermicelle.Retirez quand le vermicelle est cuit et servez chaud.OMELETTE A LA PARISIENNE Mettez 2 œufs pour chaque personne.Mêlez les œufs et ajoutez une cuil-lérée à soupe d’eau.Mettez sur le feu gros comme la moitié d’un œuf de beurre,2 cuillerées à soupe de bouillon et jetez-y les œufs, poivre, sel, fines herbes et un verre à vin de Sherry.Faites cuire de façon qu’on puisse rouler l’omelette et couvrez une fois servie d’une légère couche de fromage de Gruyère râpé.^11 faut se servir d’une assiette émaillée (faiencée.) EE COIN DC FEU SAUC'K TARTAHE Mettre dans un saladier trois jaunes d’œufs cuits et passés au tamis, sel, poivre et quelques gouttes île Vorcester sauce.2 cuillerées à bouche de moutarde tine, 4 “ “ de crème aigre.I “ “ de vinaigre estragon.4 “ “ d’huile d’olives.Travailler vivement cette sauce pour en faire un tout homogène, la finir avec des câpres et cornichons hachés finement.En quelques minutes on obtient une sauce appétissante et bien plus facile à digérer que la classique tartare, puisqu’elle est moins grasse.IMOKONS A I.A CORDON III.El' Faites une compote de pommes dont vous farcissez vos pigeons.LOCUTIONS 11 ne faut pas dire : — J’ai plusieurs places à aller, mais : j a i plusieurs courses à faire ou quelque autre chose qui traduise son idée en bon français.— Tant qu’a cet homme, mais : quant à cet homme.— .J’ai reçu des simples, mais : des échantillons.Simple ne s’emploie substantivement que pour certaines plantes médicinales.27 Faites rôtir les pigeons comme à I ordinaire, mais avec beaucoup de sauce.Faites frire des racines de salsifis dans gros comme un œuf de beurre, coupez en petits morceaux.Ajoutez dans la sauce du pigeon dix minutes avant de les retirer.MAZARINS Voici la recette d’une délicieuse pâtisserie Les Mazarins accompagnaient toujours sur la table de nos (jrand’mères, au temps des fêtes du jour de l'an, les beignes non moins excel lents : Garnissez le fond de petits moules à gâteau, plats, de pâte feuilletée.Avant de mettre au four emplissez d’une cuillérée à soupe de la crème suivante: Mêlez bien ensemble trois jaunes d’œufs, les ;j d’une livre de sucre blanc et un quarteron de beurre frais défait en crème.Ajoutez les trois blancs battus en neige et assaisonnez d’un peu d’essence de noyau (ratafia.) Tourne- Broche.VICIEUSES — 1j audience a applaudi I acteur, mais: l'auditoire a applaudi.Audience ne s’emploie en français que pour une admission près d’un grand personnage ou pour les séances d un tribunal judiciaire.— Costume de rue, mais: costume de.ville.— Il est a remarquer que le nom de George Sand étant formé de la première syllabe de celui de Jules Sandeau.doit se prononcer San. 28 LE COIN DU EEC ClIOSh'S lf Kl linl'K Paris, 1er décembre I8!I2.N’ me demande tie vous dire, mesdames, ce qui se passe d’intéressant dans la vieille Europe, de vous tenir au courant de tout ce qui peut en affecter l'équilibre tant dans le présent que dans l’avenir.C’est présumer beaucoup de mes forces, de mes lumières et de mon jugement.En vérité, c’est là (ouvre de diplomate doublé d’un philosophe ! Pour vous parler du présent il faudrait bien un peu examiner le passé, ties effets remonter aux causes.Je ne suis ni diplomate ni philosophe, je me contenterai de vous faire un peu d’histoire avant que défilent devant vous les personnages qui tiennent les premiers rôles sur la grande scène de la politique où se jouent les destinées des peuples.Si vous voulez bien, mesdames, prendre une carte géographique un peu récente et suivre du bout de votre doigt fin mes pérégrinations à travers le continent, vous vous rendrez un compte plus exact de 1 état de choses actuel et je crois sincèrement (pic vous vous intéresserez davantage à la partie qui se joue sous vos yeux entre les peuples de l’Europe et peut-être aussi à mes petites causeries.La paix règne aujourd’hui de ce côté-ci de l'Atlantique, du moins c’est ce.que répètent à tout propos, les chefs de gouvernement, qui, lorsqu’ils se rencontrent vont même jusqu’à s’embrasser ; mais leur confiance dans ces déclarations et dans leurs protestations d’amitié n’est pas tellement grande qu’ils fassent poser les armes à leurs soldats.Non, la paix existe, mais c’est la paix armée.Elle n’a pas pour base la confiance mutuelle.La crainte est sa raison d’être.Le jour où une nation se croira assez forte pour vaincre, la paix cessera.C’est qu’il plane constamment au-dessus de l’Europe deux ou trois grands problèmes qui demandent une solution.Le malheur veut (pie ces problèmes soient des mouds gordiens qui ne peuvent être tranchés sans qu’en même temps quelqu'un en soit blessé.Il y a des plaies qui ne peuvent être guéries sans qu’une autre se produise aussitôt.* * * La France et l’Allemagne se battent depuis des siècles pour la possession du Rhin.Bonaparte affirmait que la France devait avoir pour frontière de l’est, le Rhin sur tout son parcours et en 1803 sa prétention était admise par la l’eusse et l’Autriche qui sanctionnaient officiellement l’annextion de la Belgique conquise par les soldats de la Révolution.En 1815 la France perdait à peu près toutes ses complètes et ne conservait que la partie supérieure du grand fleuve, le haut-Rhin.C'était peu que ce point de contact, mais le Rhin ne devenait pas complètement allemand et c’était encore un baume à la grande blessure (pie portait au liane la patrie vaincue et amoindrie.En 1870 la Prusse ne se contenta pas de nous chasser des rives tant convoitées de ce fleuve, elle fit une profonde entaille dans notre sol et nous enleva un million et demi de français (pii devinrent des exilés dans leur propre pays.Toute l’Allemagne battit des mains après le traité de Francfort.Elle croyait la guerre glorieusement terminée et se voyait en possession de deux belles provinces en sus des cinq milliards qu'elle encaissait.La guerre finie! Allons donc, elle ne faisait (pie commencer ; ce n'est pas tout (pie de faire du butin, il faut aussi le conserver.Pour ne pas lâcher sa prise l'empire germanique s’est vu obligé de dépenser les cinq milliards français ; ceux-ci fondus les milliards LE COIN DIT FEU 29 allemands les ont suivis et ils tombent, tombent sans cesse dans l’immense fournaise d’où sortent les canons Krupps et les grandes armées qui montent la garde sur les bords du Rhin et sur la frontière nouvelle.Combien de temps cela durera-t-il ?Aussi longtemps qu’il y aura de l’or à Berlin ou plutôt du crédit ; car co n’est pas d’hier que l’on y vit d’emprunts.La France, elle, ne craint pas la lutte sur ce terrain car elle a dépensé pour son armement tout autant que l’Allemagne depuis (pi’elle a payé son énorme rançon.Entre temps elle a jeté quelques milliards dans le canal de Panama, dans le krack de l’Union générale, du Comptoir d’escompte, de la Société des cuivres et métaux et elle a.le lendemain de ces gigantesques coulages’ prêté quelques cents millions à son ami le czar de Russie et sauvé de la gêne, sinon de la ruine, la Banque d’Angleterre par l’expédition d’un convoi de lingots d’or.Oui, la France est riche et elle résistera plus longtemps que sa voisine dans cette lutte en apparence pacifique mais bien réellement meurtrière quelles se livrent depuis vingt ans.Mais si, avant l'épuisement de l’Allemagne celle-ci déclarait la guerre ou la provoquait ?Nous examinerons plus tard cette solution.Nous venons de parler du grand problème (pii s’impose à l’attention toute spéciale des cabinets européens.C’est là le gros point noir à l’horizon.Tous les meneurs d'hommes ont les yeux fixés dessus et les principaux organes de l'opinion _ ’ , les grands journaux des capi- tales admettent que le pivot sur lequel repose l'équilibre européen est bien en ce moment en Alsace-Lorraine.Ce (pii nous prouve, nies chères compatriotes, (pie la France a bien recoin pi is son rang de puissance de première grandeur puisqu'elle commande ainsi l’attention univeVselle et (pie pour se protéger contre ses justes revendications toute l'Allemagne est sous les armes et qu’elle appelle en sus à sa rescousse l’Autriche et l’Italie.Voilà pour nous et nos ennemis de l’autre côté des Vosges.*- * * Avant de franchir les Alpes nous devons dire un mot de l’Espagne afin d’éviter un retour sur nos pas.Depuis Napoléon 1er, la péninsule n’a occupé le monde (pie du bruit de ses guerres civiles.Retiré derrière les Pyrénées, n’ayant qu’un voisin redoutable mais très bien disposé à son égard, l’Espagne vit tranquille dans la pleine jouissance d’une constitution libérale sous la houlette d’une femme qui comprend son rôle aussi admirablement (pie votre bonne reine anglaise.Elle se contente de régner sans vouloir gouverner et de bien élever son fils dans le métier de roi.Il y a un autre pays qui pourrait jouir du calme, de la paix absolue que possède l’Espagne.Il est à peu près dans les mêmes conditions d’isolement et n’a pas sur ses frontières de rivaux ambitieux qui convoitent une seule parcelle de son territoire, et cependant, pour des raisons (pie nous essayerons de rechercher ensemble un de ces jours, l’Italie a formé une ligne offensive et défensive avec l’Allemagne et son ancienne ennemie la maison d’Autriche.Depuis lors elle s’épuise en armements inutiles et les ministères tombent les uns après les autres pour n’avoir pu équilibrer le budget.La France,en face de cette hostilité incompréhensible, a refusé de renouveler les traités de commerce et son marché se trouvent fermé aux produits italiens la crise sévit de l’autre côté des Alpes ; la gêne se fait sentir partout.C’est payer bien cher les ovations «pie reçoit Humbert 1er, à Berlin et à Vienne.* * * Je vous ai dit qu’il y avait constamment devant l’Europe quelques grosses questions (pii pourraient se résoudre par un conflit formidable.6616 .10 LE COIN DU FEU Si vous voulez Lien traverser l’Italie et l’Adriatique ou contourner cette mer en suivant les Alpes nous nous retrouverons aux confins de cette chaîne de montagnes qui changent de nom avant d’aller choir dans la mer Noire et qui s’appellent les Balkans.Nous sommes dans la Turquie d’Europe, sur la frontière de l’Autriche-Hongrie, en Servie ou en Bulgarie.Ce sont de petites principautés sous la dépendance apparente du Sultan de Constantinople mais qui ressentent et subissent, tantôt l'influence moscovite tantôt celle de l’Autriche et qui cherchent à se dégager de tous ces liens pour jouir d'une parfaite indépendance.Ici se rencontrent les trois grands pouvoirs (pii avec la France, l’Allemagne et l'Italie forment ce qu’on est convenu d’appeler le concert (!) Européen.Ce sont 1’Angleterre, I Autriche et la Russie.Il est facile de saisir l'intérêt de l’Autriche à arrêter la marche du Géant du Nord vers le centre de l’Europe.Elle luttera longtemps pour conserver entre elle et Sa Majesté le Czar un bon tampon (pii préviendra les chocs et les terribles coups des innombrables légions de ce dernier.L’opposition de l’Angleterre à l’extension de l’influence russe vient d’intérêts qui gisent à une très grande distance de l’Empire < Htonian.Le joyau le plus.précieux dans l’écrin impérial de votre souveraine est celui-là même qui lui vaut son titre d’impératrice : ses possessions des Indes.Les Anglais (pii sont un peuple de marchands prisent surtout la colonie qu’ils peuvent le mieux exploiter, aussi Dieu sait avec quel soin jaloux ils protègent leur Pérou.Le Canada peut bien s’en aller quand ça lui plaira, la métropole n’expédiera pas un seul de ses monitors pour le retenir sous le drapeau britannique, car votre pays est peuplé de gens pratiques et futés (pii ne donnent pas leurs produits pour rien.Los Indes, au contraire, rapportent gros à l’Angleterre.Malheureusement pour cette dernière les russes en connaissent le chemin et la valeur; ils n’ont qu’à traverser leur propre pays et, aux confins de la Sibérie il ne leur reste plus qu’à demander poliment aux afghans de leur ouvrir les portes de l’Hindoustan.Le cabinet de Londres connaît ce danger et s'étudie à le parer.Dans ce but toute sa _ " ' e tend à fermer à la Russie l’accès de la Méditerranée.Pas un vaisseau de cette dernière ne peut passer aux Dardanelles : les diplomates anglais ont constamment les yeux tournés vers le Bosphore.C’est qu’ils ne veulent pas voir leurs communications avec les Indes par la voie du canal de Suez, coupées dans la Méditerranée au moment où les russes les attaqueraient dans l’Afghanistan.Ces derniers ne pouvant naviguer hors de la mer noire, se frayent lentement un chemin dans l’intérieur de l’empire Ottoman, à travers la Bulgarie et les autres principautés de manière à déboucher un jour dans l’Adriatique.Donc, surveillez bien le Vosges et les Balkans car c’est au-dessus de ces monts que gronde constamment le tonnerre.Saint-Cyh.Nous sommes forcés de remettre à notre prochain numéro la publication de notre feuilleton.Le Coin du Feu à l’intention de consacrer dorénavant un soin tout particulier à ses gravures.Les abonnées apprendront avec plaisir qu’une lettre arrivant de Paris, lui promet le concours d'un artiste de talent, élève du célèbre peintre (Jérôme.7570 LE COIX DIT FEU LES MONTA G N ES RUSSES .SI 5>v’'-;3’\5$'U1 nous Cuisons tomber une goutte (1 eau sur une feuille île papier, elle s’y étendra en un large cercle, par suite '1° In capillarité; on dit tffX alors ipie l’eau mouille le Pi?papier.Mais si vous avez huilé ce papier ou que vous l’ayez enduit de noir de fumée ou de tout autre corps que l’eau ne mouille pas,votre goutte d’eau roulera sur le papier, comme une boule légèrement aplatie.Nous allons utiliser cette propriété dans le jeu que je vous proposerai d’installer aujourd’hui.Prenez une bande de papier un peu fort, de la largeur du Coin or Fec, et la plus longue possible : plusieurs morceaux collés bout à bout conviendront parfaitement.Passez votre papier au-dessus de la flamme fumeuse d’une lampe, ou, pour éviter toute odeur, enduisez-la complètement de plombagine sur l’une de ses faces.Placez debout sur la table plusieurs livres de largeur décroissante ; épinglez sur leurs dos la bande de papier, mais en ayant soin de lui donner des ondulations de plus en plus accentuées à mesure que vous vous éloignez du plus grand livre pour aller passer vers le plus petit.A la suite du petit livre' faites aboutir l’extrémité du papier dans une assiette.A l’autre bout, du côté du grand livre, versez goutte à goutte de l’eau sur le papier.Cesgouttes rouleront sur le plan incliné quelles rencontrent, puis, par suite de la vitesse acquise, remonteront pardessus le dos du second livre, et ainsi de suite jusqu’à ce quelles arrivent l’une après les autres, dans l’assiette.Bien de plus curieux que le spectacle de ces gouttes d’eau montant et descendant tour à tour, et semblant lutter de vitesse les unes avec les autres.Ton tit.VARIETES Voici des vers qu’un de nos fameux tribuns déposait un jour dans le panier à ouvrage d’une amie dont les doigts blancs étaient occupés pour lui : () bouton de mon imperméable ! Pourquoi vous décousez-vous"?.("est pour qu’IIelène impitoyable Daigne enfin s’occuper de nous.* * X Les hommes sont cause s’aiment point.que les femmes ne La BnrvîiiŒ.-* X X Les cadeaux que se font les rois: Le tzar et la tzarine, le roi et la reine de Danemark, le prince et la princesse de Galles, le duc et la duchesse de (Cumberland ont fait un cadeau collectif au roi et i\ la reine de Grèce, il l’occasion de leurs noces d’argent. 32 LE COIN DU EE U Le cadeau consiste en un service île table, pour soixante-huit personnes, en argent massif avec incrustation d’or.Chaque pièce du set vice il y a 7!)(l assiettes et 131 plats — porto les chiffres entrelacés du roi Georges et de la reine Olga.A une certaine époque il fut prudent do se “ défier des grecs et de leurs présents.” C’était du temps de Virgile.La loyauté n était pas alors, paraît-il, le fort des hellènes.Ces vieux préjugés n’existent plus et il est assez probable que quand les Majestés grecques seront disposées à rendre la politesse aux donataires d’aujourd’hui, ces derniers ne se fâcheront pas.* * * Le petit souverain d’Espagne qui a sept ans, n’est pas toujours “ heureux comme un roi.” Les représentations officielles, où il doit montrer une contenance digne et fière, 1 enlèvent trop souvent aux plaisirs et aux jeux de son âge.On lui a enseigné à saluer gravement, du haut île son landau, la foule qui ! acclame sur son passage; durant les recéntes fêtes colombiennes, les ministres qui tirent les ficelles du petit mannequin royal, 1 ont tellement fait parader et saluer que le pauvre enfant en a été malade.Sa mère, la reine-régente figure tou jours à ses cotés.* * * ENIGME No 1 Je suis une flèche d’acier, Bonne à l’attaque à la défense ; La petite vertu me sied, Et rien n’échappe à ma puissance ; Instrument do guerre et de paix, En surprises je suis fertile ; Ainsi que la lance d’Achille, Je guéris le mal que je fais.* * * Mme ltibot, la femme du chef du gouvernement français est une américaine de Chicago.L'influence américaine doit se faire forte- ment sentir en Europe car un grand nombre d’hommes d’état, notamment en Angleterre et en France, sont mariés aux filles du nouveau monde.Thémistocle disait quelques cents ans avant Jésus-Christ : —Mon fils gouverne Athènes car mon fils gouverne sa mère et sa mère me gouverne.Qui osera prétendre que les choses ont bien changé sur ce point ?* * * CARTES No I Ranger les quatre rois, les 4 dames, les 4 valets et les 4 as d’un jeu de cartes en carré de manière (pie chaque ligne perpendiculaire,c est-à-dire chaque colonne de haut en bas, horizontale, c’-à-d.de droite à gauche, ainsi que diagonale c’-à-d.celles qui croisent le carré en X, contienne un roi, une dame, un valet et un as de couleurs différentes.— Pourquoi îles pauvres et des riches?— Parce que la nature a île ces bizarreries ! Tout est inégal.ma chère,.ainsi, dans la mer, il y a des millions de sel et il n’y a pas un sou de poivre !.pourquoi ? LISEZ MESDAMES CE yi’E I/OX DIT DE Sirop de Terebenthine ür.X-ua-'V3:OXJ3EÎEl[7I3?,E Le plus sûr, le plus efficac’, le plus agréable au goût.Ne contient pi Opium, ni Morphine, ni Cîilorcforrrje.C 3E3 uca?X SE* X G M" S.Muni nul, /-«' décembre ISfHI.Je, soussigné, eertilie qui; le Siropilc Tcrrbcnthinr du Dr l.nrinlcltc, dont je fais usage depuis (|Uelque temps, i-st le seul remède qui m’ait donné un soulagement notable dans la maladie de l'Asthme,dont je suis ait oint e depuis plusieurs années, et qui a pris u caractère tellement grave, que j'ai dû être dispensée de tout emploi quelconque.J'ai suivi le traitement d un grand nombre de médecins à l'étranger, mais sans aucun résultat; et je constate.par le present, pie l'amélioration progressive qui s’opère tous les jours chez moi par l’usage de ce sirop, me donne eutière continuée dans une guérison certaine.StKltlt ÜCTAVIItN, Sœur de Charité de la Providence, coin des rues Fui uni etSte-Catlierine.Monthi;ai., 2‘J Février ISO— .1.(I.Laviolette, Kcr, M.I).Xo -17 rue des Commissaires.Mr.le soutirais de; uis^2 ans, d'une bronchite grave, accompagnée d'oppressions, ipte j'avais contractée pendant la guerre Franco-Prussienne.l'avais fait usage tant en France qu'au Canada de plusieurs remèdes réputés importants, mais sans aucun résultat, de suis maintenant parfaitement guéri après avoir fait usage de I llacons de volrc Sirop No 101(1, rue llivard.GUÉRISON D'UNE BRONCHITE GRAVE Soutirant depuis longtemps d'une toux opiniâtre qui me laissait peu de repos, ou me conseilla d'essayer le Siron 'b' Térébenthine iln Dr Lariotrtlr.Après I usage de quelque»bouteilles, la toux a complètement disparu.l’ilit.o.MKNK Honnit, Tertiaire, Asile de la Providence, coin des rues St-Htibért et Ste-Catlierine.Montrait, bijanrirr isd.1.H.Lavioi.kttk, Kcr, M.1)., Moll cher Monsieur, de me fais un devoir de témoigner de l'excellence de votre Sirop
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