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Titre :
Le coin du feu
Première revue féminine québécoise, Le Coin du feu est en grande partie rédigé par Joséphine Marchand-Dandurand qui y aborde plusieurs sujets sous un angle mondain.
Éditeur :
  • [Montréal :s.n.],1893-1896
Contenu spécifique :
Février
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
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Références

Le coin du feu, 1893-02, Collections de BAnQ.

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->V- ,» •r~;./sbrmrivytf**- *Y^< i» ,!i)-|'«-’' BnBj wata***!*: \m h »t' lfegggaj> SOMMAIRE Les Canadiennes à l’étranger.(Mnu' ])uval-Thibault) Chronique.•.Conseils de la Mère Grognon.Vœ Solis.Le Savoir Vivre.L’Hygiène.Littérature.Locutions Vicieuses.La Mode.Muscadin dans le inonde.Paroles chrétiennes.Ici et là.Page des enfants.Cuisine.Choses d’Europe.Science amusante.Solutions, jeux, énigmes, caricature, etc, Feuilleton.Mme Dan durand Yves Pascal Météore Muscadin Mgr Landriut Lafontaine Tourne Broche Saint Cyr Tom-Tit Toppfer NOTE DE L’ADMINISTRATION.Le premier numéro du Coin du Feu a été adressé à tous ceux qui recevront celui-ci.Les personnes auxquelles il ne serait pas parvenu n’auront qu’à en avertir par carte postale, l’administration qui s’empressera de le leur expédier.LIE ’lippiitcott g-a-Ziuste, Revue Américaine, Mensuelle et Illustrée.Rédigée par les meilleurs auteurs.Prix de l’abonnement, $3.00; poulies abonnés du Coin du Feu, $2.00.Ce don du ciel qu’est la gaîté Est rendu avec la santé A qui boira, las de souffrance, Le Vin Bravais qui vient de France.Dépôt général pour le Canada, Pharmacie Décary, Montréal. VOL.I.No.2.(OIN DU Revue Mensuelle AMONNEMENT : { S2.00 PAM ANNEE.| FEVRIER 1893 ( Aiiministratiox : | 03 lien St.(iAiimiii.S t .is, us canadiennes a detrangeh MADAME DU VA l.-TI 11HAU1.T.Sijjïpg&LACE à la poésie.Dans le monde des •yW- lettres, ceuxqui parlent le “langage des dieux ” forment une aristocratie devant laquelle nous, profanes, nous nous inclinons.Car les habitués du Parnasse sont comme les grands prêtres de l’Art d’Ecrire, sur lesquels on se repose pour la garde de l’arche sainte.C’est chez eux comme à la source pure que l’on va, après avoir subi l’iniluence des évolutions et des formes nouvelles du dilettantisme littéraire, retremper son goût.C’est dans leurs vers qu’on retrouve avec leur grâce idéale les linéaments de notre langue ainsi que sa saveur primitive au sortir du creuset des Corneille, des Racine et des Boileau.Ce n’est pas aux poètes qu’il faut parler de l’abominable volapuk, ni demander la moindre concession à l’ignorance sous le rapport de l’intégrité de la langue dont ils sont les conservateurs fidèles.A ce titre je signale Mm" Duval-Thibault à l’Alliance Française, car elle est l’apôtre qui.sur le sol étranger, prêche la bonne parole, celle qui rappelle à nos compatriotes la Nouvelle France et l’autre, la vraie France, leur première patrie. 34 LE COIN DU ELU Elle est la voix qui leur fait entendre les purs accents de l’idiome national.Ne craignons pas l’absorption de notre race aux Etats-Unis tant qu’il y aura au milieu d’elle un écrivain ému qui chantera à nos frères exilés, sous cette forme exquise de la poésie française, les souvenirs de leur enfance, l’amour du sol natal et les chansons de leur mère.M""“ Anna Duval est née à Montréal le 15 juillet 186a.Elle n’avait que trois ans quand ses parents émigrèrent aux Etats-Unis, qu’elle n’a cessé d'habiter depuis.On s’étonnera que le gracieux poète ait eu une éducation presqu’exclusive-Ynent anglaise, puisée dans différentes écoles de New Yoïk.C’est dans la langue de Shakespeare qu’elle essaya ses premières rimes, avant même de connaître les règles de la versification.Son talent naturel cependant, perça dans ses précoces ébauches, et à l’âge de quinze ans les vers de notre compatriote jouissaient déjà d’une grande renommée parmi ses camarades du Collège Normal de New York qu’elle fréquentait alors.Ses débuts dans la poésie française furent marqués par un cruel déboire.Quoiqu’elle n’eut autour d’elle aucun maître ni personne qui pût la guider dans cette voie difficile, la jeune fille, comme dominée par la fascination du rythme et poussée par une vocation irrésistible, eut un beau jour la pensée de chanter l’amour dans sa langue maternelle.Il lui arriva de composer une pièce dont les veis avaient trop de pieds, ou en manquaient, selon le point de vue où l’on se place : ils en avaient onze.Le malheur voulut qu’elle adressa le morceau à un élégant poète actuellement égaré dans la politique — M.Rémi Tremblay pour ne pas le nommer — qui rédigeait alors l'Indépendant de Fall River (journal appartenant justement aujourd’hui au mari de M1"" Duval-Thibault, qui le dirige avec un talent remarquable).Le fervent serviteur des muses, en constatant le crime de lèse-alexandrin commis par la jeune rimeuse, entra dans une lyrique colère, et renvoya les vers boiteux avec une sévère leçon de versification— la première qu’ait jamais reçue l’auteur des Fleurs du Printemps.Car cette mésaventure, (pii faillit tout d’abord décourager à jamais la sensitive artiste, eut d'excellents résultats.L’enlant bientôt se remit au travail, mais cette fois avec plus de méthode ; son talent discipliné se développa rapidement et mit au jour de délicieuses créations toutes vibiantes d’une émotion naïve et sincère.L’auteur a fait une gerbe de toutes ces fraîches éclosions, et les a publiées en un coquet volume portant sur la couverture ce titre : Pleurs du Printemps.Notre distingué confrère, M.Thibault, (pii l’épousa en 18SS, ne contribua pas peu à donner à ses remarquables aptitudes une judicieuse direction.M.Benjamin Suite d'Ottawa, et l’athénien bien connu M.Carneau de la même ville, furent aussi pour elle d’excellents conseillers.M""' Duval-Thibault est mère de deux petites filles rpii occupent presqu’exclusivement son cœur et distraient son esprit du culte des lettres.Elle songe pourtant à ses heures de loisir a écrire un roman qui plaidera contre l’annexion.Elle rêve pour son pays l'indépendance.Si les muses au dehors unissent leurs accents a l’éloquence de nos meilleurs tribuns, diles-moi, les maîtres de 110s destinées pourront-ils résister longtemps à un tel concert ?.Je ne citerai de notre poète qu’une pièce bien courte, prise dans les Pleurs du Printemps, mais (pii donnera une idée de la grace spirituelle de sa manière et de l’originalité de son talent.Conjnrje L’Arrjour.La rose est pleine de charmes Comme l’amour ; Mais son feuillage a des armes.Et sa corolle a des larmes Comme l’amour.Prenez-la, car elle est belle Comme l’amour ; Mais son épine cruelle Doit se cueillir avec elle Comme l’amour.M"“’ Dandttrand. LE COIN DC FEU 3 S CHRONIQUE est avec émotion et reconnaissance que le Benjamin de la presse,— comme l’un de nos grands quotidiens nous a appelé — vient dire à ses frères aînés et au public, combien il a été louché de l’accueil bienveillant qui lui a été fait.Ce nom de Benjamin nous 'plaît assez, parce qu’il nous laisse espérer qu’on nous continuera la protection et les sympathies auxquelles ont droit les petits.Et justement dans les compliments courtois dont toute la presse a salué l’apparition de la première revue féminine canadienne, nous savons gré à nos confrères de s’Qtre inspirés de cette généreuse indulgence — toute masculine, disons-le—-qui tient compte des promesses d’une débutante, semble ne pas s’apercevoir de ses gaucheries et pardonne beaucoup à son inexpérience.On n’a pas tort de compter sur notre bonne volonté, et la Revue se promet de devenir digne de l’encouragement inespéré qu’elle reçoit.— Mais n’oublions pas que pour rester intéressant il faut ne pas trop parler de soi.Aussi bien les sujets ne manquent pas pour bavarder aux dépens du prochain et à notre bénéfice, car la médisance devrait avoir au moins cet avantage qu’elle nous fasse prendre en horreur les défauts que nous condamnons chez autrui.J’aurais peut-être la tentation de mettre sur le tapis la grosse question du Panama si je ne croyais que notre correspondant européen n’allait lui-même vous la tirer au clair et beaucoup plus savamment que je ne le pourrais faire.Dans ce gâchis monumental il y a une chose pourtant qui me paraît plus regrettable que toutes les autres — mes lectrices seront peut-être de mon avis là-dessus.— Cette entreprise, qui a englouti des centaines de millions, a ruiné non pas les gros capitalistes, mais une infinité de pauvres victimes qui y avaient placé des économies péniblement accumulées et prises bien souvent sur le strict nécessaire.Aussi la clameur de détresse qui a accueilli la nouvelle de la catastrophe a-t-elle été formidable.La colère popu- laire qui bouillonne actuellement en Fiance est nourrie de tous ces espoirs dont la déception implique dans une foule de cas la misère.Si le malheur fut arrivé à un Rothschild, ma foi, il n’y aurait pas eu lieu d’en gémir outre mesure.Quel plaisir c’eut été que de voir les sacs de ces accapareurs, travaillant à assécher le Pactole — qui coule pour tout le monde — se dégonfler.Oh ! la pluie bienfaisante que celle de leurs écus d’or retombant sur tous les pauvres gens du sein desquels ces astres puissants de la finance les avaient constamment pompés.Nous nous rappelons qu’il y a eu un an cet automne, il s’éleva dans tous les journaux canadiens un concert universel de dénonciations, d’accusations et de révélations scandaleuses.Ce fut un éclaboussement général.La surprise que ces dévoilements excitèrent fut grande en France, où nous nous trouvions alors.— Eh quoi ! voilà cette honnête et douce colonie qu’on nous donnait comme un exemple des bons effets d’une monarchie constitutionnelle ! s'écriait un grand journal de Paris.C’est à notre tour de nous voiler la face devant le spectacle que nous offre le Vieux Monde, car à la triste affiire du Panama d’autres aussi peu édifiantes ont répondu simultanément en Allemagne et en Autriche.Le plus sage est peut-être de ne pas trop s'étonner.de reconnaître que la pauvre humanité est bien la même partout et que le pouvoir est un des plus redoutables écueils pour sa vertu.—Des écueils, il y en a également de grands pour la réputation, et dont ne se gardent pas assez les admirateurs des gens célèbres.Fit pourtant il y a dans toutes les langues des proverbes qui les avertissent d’être prudents : “ Défiez-vous des amis trop zélés.” “ Dépasser le but c’est manquer la chose.” “ Let well enough alone," etc., etc.Agissant contrairement à l’esprit de ces sages maximes, les disciples d’un homme illustre croient mettre le sceau à sa renommée après sa mort, ou passionner encore l'intérêt du public en lui livrant .rwyi i«nüTU~a LE COIN DU FEU 3 > sut I ‘ ' /11 Nous donnons aujourd'hui la description de deux cabinets de toilette, l’un très élégant, et dont la recherche est proportionnée aux grandes lor-tunes; l’autre plus simple mais encore confortable et suffisamment coquet.45 e cabinet de toilette sera coquet autant ' que confortable, chez toutes les femmes j du monde, si leur position de fortune le leur permet, simplement confortable si elles doivent se priver de luxe ; mais cette partie de la maison ou de l’appartement sera pourvue, au moins, de toutes les choses commodes et nécessaires pour procéder à une toilette soignée.Les marquises du xvme siècle, qui se livraient a des ablutions encore restreintes, faisaient peindre par Watteau, Boucher, Fragonard, etc., le cabinet, où elles recevaient du reste leurs amis, pendant qu’on les peignait, poudrait et mouclietait.Aujourd’hui, on n’oserait exposer des fresques aussi délicieuses, des plafonds aussi exquis aux vapeurs de l’eau tiède ou chaude, à l’humidité de l’eau froide employée abondamment.Quelques cabinets ont leurs murs entièrement revêtus de faïences bleues, rosées ou vert d eau.C’est clair, c’est trop propre, c’est un peu froid a l’œil.On préfère, en général, les tentures.U les faut de teintes neutres ou très douces, pour ne pas faire tort aux couleurs des toilettes.'1 lès souvent les soies claires ou vives sont recouvertes de tulle ou de; mousseline, pour atténuer leur ton et préserver en même temps leur texture de l’effet des buées.1 ,, r- niiivnlIldC CnilC Hpfî oi'nlrmnpt; à grandes fleurs, sous des toiles de Jouy, mais l’étoffe de coton ou de fil a toujours un peu de sécheresse, et ses grands dessins éclatants empêchent que la toilette 11e paraisse dans toute sa valeur, c’est-à-dire ne soit le seul point où la lumière s’attache, que l'œil perçoive.j’aimerais un cabinet bleu, ciel de mai, ou lilas, colchique d’automne, .sous du tulle point d esprit.Ces tentures, sur lesquelles toutes les robes se détacheraient bien, seraient retenues sous des entredeux de dentelle.Sur le parquet un tapis perle, semé de roses, ou perle et lilas.Du plafond doit tomber un petit lustre dont on allume les bougies pour les toilettes du soir.Ce LE COIN DU FEU 43 bougies, qui ne doivent pas s’égoutter sur les robes de velours ou de brocart, s’enfoncent bien entourées de bobèches-fleurs en cristal coloré.Une ou deux grandes fenêtres éclairent ce cabinet.Leurs vitres dépolies sont couvertes de jolis dessins, et de grands rideaux de soie et de tulle, bordés d’un volant de dentelle, les drapent amplement.Il faut deux toilettes, en face l’une de l’autre, de dimensions différentes, mais de môme forme.La plus grande sert aux menues ablutions.Elle est munie d’une aiguière et d’une cuvette en porcelaine ou en argent, choisies avec le goût qui nous distingue aujourd’hui.La toilette est drapée comme les murs.On la surmonte d’une tablette sur laquelle on dispose les flacons d’eaux de toilette, les vinaigres, les dentifrices, les élixirs, le verre qui sert aux lavages des dents, etc., etc.Manquant la cuvette, le porte-savon, ou la boîte-à-savon, la boite à brosses, etc., etc.L’autre toilette, plus petite, est surmontée d’un miroir, qui se balance et qui s’encadre d’une ruche de satin et de dentelle.Elle est garnie comme la première.C’est là qu’on se coiffe.Aussi est-elle munie de tout ce qui sert à la chevelure.Les boites contenant les épingles, le grand coffret où l’on enferme les peignes, les brosses, dont l’élégance s’assortit à celle du cabinet tout entier.C’est jà aussi qu’on trouve les fines eaux de senteur, les huiles ou pommades, les boîtes à poudre, à houppes, etc., le nécessaire pour la toilette des ongles, etc., etc.Des torchères (ou gazeliers) avançant très loins sont fichées des deux côtés de cette toilette.Une cheminée occupe le fond de la pièce, face aux fenêtres.On y place tout simplement une pendule de Saxe ou une jolie terre cuite avec des vases pleins de fleurs renouvelées souvent, ou seulement une corbeille remplie de roses.Sur un des côtés de la cheminée, une chaise longue en lampas bleu ou mauve, largement broché de blanc, puis de-ci de-là, quelques poufs et pliants dorés, recouverts d’étoffes soyeuses, de nuances tendres.De chaque côté de la petite toilette, une armoire.L’une est à trois panneaux de glace (l’armoire à glace est exilée des chambres à coucher un peu artistiques).C’est dans ces portes disposées en conséquence (celle du milieu étant fermée, les deux autres ouvertures vous enfermant dans un triptyque), que l’on juge, sur toutes ses faces, de l’effet de sa coiffure et de sa toilette.L’autre armoire, laquée comme l’armoire à glace, du reste, a des portes de bois, sur lesquelles un peintre a jeté des traînées de fleurs.On y renferme toutes les provisions de son pour le bain, d amidon, de poudre, de pâtes, de savons, etc., etc.Les brocs, les seaux, etc., sont invisibles.On n’aperçoit non plus ni robes, ni objets de toilette.Tout cela est dissimulé, rangé dans des cabinets spéciaux — mais voisins — ou dans des placards.CABINET PLUS MODESTE.Le cabinet de toilette pourra être beaucoup plus simple.On peut en retrancher tout luxe, mais une femme de goût arrivera bien encore à en faire un joli petit sanctuaire, plein d’élégance.Choisissez un gentil papier de tenture.Couvrez le parquet d’une toile cirée.Drapez des tables de bois blanc sous de hauts volants de cretonne froncés et bordés d’un volant plus petit.Etendez sur la table une nappe de toile garnie d’une dentelle de fil un peu haute.Installez sur ces tables de sustensiles de faïence aux couleurs gaies, faites poser des encoignures, des tablettes — que vous recouvrez comme les tables — où vous rangez— si les toilettes sont de largeur insuffisante — les boîtes, les flacons, les coffrets, etc., lesquels pourront être gracieux, élégants, malgré leur prix modéré.Si le miroir est un peu commun, dissimulez son encadrement sous un plissé, que vous auangez joliment aux angles, et que vous clouez au moyen de pointes cachées sous les plis.Tâchez d’avoir une armoire que vous peindrez, puis vernirez vous-même, et à laquelle vous donnerez un peu de style en peignant d’un ton plus foncé les moulures dont tout le meuble est pourvu, si modeste qu’il soit.Cachez les brocs et les seaux sous les volants des tables.S’il vous fallait installer dans ce cabinet des robes, des cartons, des chaussures, etc., vous feriez garnir le fond de la pièce de quelques tablettes pour supporter les boîtes, paquets, etc., des crochets au-dessous pour y suspendre les vêtements.Tout cela serait dissimulé sous des rideaux assortis aux garnitures des toilettes, non pas plaqués sui 44 LE COIN DU FEU le mur et montrant tous les contours des objets qu’ils prétendraient cacher, mais partant du plafond et avancés comme ceux d’une alcôve.Là, pourraient être rangé le tub ou bain en zinc, qu’on n’expose pas à la vue, en général.Toutes les fois qu’on le pourra, le cabinet de toilette sera assez vaste pour s’y installer commodément.P.S.—Les mères de familles apprendront sans doute avec plaisir qu’un excellent médecin de Paris nous promet de nous envoyer de temps à autre des conseils pratiques pour la santé et les soins à donner aux enfants.Littérature Il me serait assez facile de faire aux abonnées du Coin du Feu un petit cours de littérature contemporaine, si mon travail ne consistait qu’à mettre sous leurs yeux les ouvrages nouveaux, à leur en faire une rapide analyse en citant en même temps l’opinion des critiques qui font autorité en la matière, et n’était l’œuvre d’épuration qu’il sera nécessaire d'accomplir.Et d’abord on trouvera tout naturel que nous nous occupions plus particulièrement des produits de la littérature française — qui est aussi la littérature canadienne.La France occupe dans les lettres une place au premier rang, cl elle fait encore dans les autres arts, notamment dans la peinture, la sculpture et la musique, excellente figure à côté de l’Italie et de la patrie de Wagner.Les pièces de théâtre, nous donnant également une idée exacte des différentes variétés de talents et du genre particulier à chaque écrivain, rentreront dans notre cadre.Seulement, comme elles sont tiès souvent la peinture trop fidèle de la vie brûlante et malsaine du grand monde des capitales, nous serons forcé quelquefois de nous borner à un jugement sur leur valeur.Au reste, l’extrême licence qui règle aujourd’hui la composition du livre rend ma tâche très délicate.On s’attend à ce que la femme instruite de nos jours suive le mouvement intellectuel, et d’un autre côté l’on ne peut admettre qu’elle discute librement en société les œuvres de Zola, par exemple.Il y a même certains noms d’auteurs qui semblent une inconvenance sur les lèvres d’une jeune fille.11 faudrait donc que votre correspondant conciliât des connaissances générales avec toute la réserve que lui impose le caractère de sa clien- tèle, et qu’il eut la sûreté de main d’un sagace pilote pour louvoyer à travers ces difficultés.“ Faites comme les autres qui l’ont fait avant vous,” me dit-on, en me confiant cette périlleuse besogne.Voilà, n’cst-ce pas, qui est aussi simple que péremptoire.— Voulez-vous pour commencer que nous passions en revue les principaux théâtres français qui, comme je vous l’ai dit, sont des écoles pratiques propres à fixer notre jugement d’une manière prompte et sûre?En outre du Conservatoire, oû l’on reçoit, poulies perfectionner les sujets.d'élite, il y a en France trois grands théâtres subventionnés par l’Etat pour conserver intactes les traditions classiques, enseigner aux Français les pures notions littéraires et faire valoir les œuvres des meilleurs écrivains nationaux.Ce sont la Comcdie Française, aussi appelée Maison de Molière, YOdéo/i, et pour la musique le Grand Opéra, qui, moins exclusif que les deux premiers, joue le plus souvent les ouvrages des maîtres étrangers.L'Opéra Comique est aussi un théâtre de premier ordre, possédant des artistes que son grand rival lui envie souvent.La Comédie, l’Odéon et l’Opéra donnent fréquemment au bénéfice des pauvres gens, que leurs faibles ressources privent du plaisir coûteux des spectacles, des représentations à prix réduits et des matinées gratuites.Les meilleurs comédiens jouent dans ces représentations populaires, et, devant la foule enthousiaste qui fait l’assaut des places trois ou quatre heures d’avance, les chefs-d’œuvre des maîtres de l’art dramatique.L’occasion est ainsi donnée à tous les citoyens français de faire de bonne heure connaissance avec leurs génies nationaux. LE COIN DU FEU 45 En dehors de ces institutions, il y a encore la légion des théâtres de genre dont le mot d’ordre est le Rire.Dans un grand nombre de ceux-là, cependant, on se pique de provoquer des émotions plus élevées et de nous faire payer le tribut de quelques larmes.Mais toujours la gaieté représentée dans leurs pièces par quelque personnage, reprend à certains moments ses droits, et venge les pleurs versés par de bons éclats de rire arrachés à son public.Il n’y a de fait que l’Opéra où l’on ne se déride pas, et qui ait conservé un vestige des vieux préjugés classiques exigeant que dans une tragédie on ne fasse pas autre chose qu’y pleurer.La Comédie Française elle-même, malgré la solennité de son caractère officiel, réalise pleinement les promesses que semble nous faire, dès l’entrée, la figure rieuse de la Muse Thalie dont la statue orne son vestibule.—A la Porte St.Martin, un grand théâtre tout nouvellement restauré, on donne en ce moment comme spectacle, des tableaux de la guerre du Dahomey.Les parents amènent leurs enfants en foule pour voir ces scènes instructives.Voilà des petits citoyens qui se rappelleront cet événement de leur histoire comme si réellement ils y avaient assisté.—J’interromps cet article d’exposition pour vous donner, fidèle à mon rôle, une revue, très bornée pour aujourd’hui, des livres nouveaux.On annonce : Leur cœur d’Henri Lavedan ; une œuvre d’observation parisienne plutôt destinée aux papas de ces demoiselles.\d Empire (à la Librairie Illustrée).Ce livre, dit Philippe Gilles, fait passer sous les yeux, aussi bien par des estampes admirablement reproduites que par le texte d’un érudit, M.Henri Bouchot, toute cette époque si curieuse de la transition de l’élégant XVI Ile siècle au nôtre.Le Ton delà Société, Le Chez Soi et la Mode forment les trois grandes divisions de ce livre très documenté et écrit pourtant avec une grande légèreté.Hoerès de Léon Daudet, fils de l’éminent romancier et l’époux de la jolie Jeanne Hugo petite fille du grand poète.Voici l’idée dominante de son livre que je trouve dans sa preface même : Nous avons imaginé un jeune homme de maintenant, assez marqué au coin du dix-neuvième siècle, versant de descente, où le sol est volcanique, à forte inclinaison, où l’on se dépêche, on bondit, où la hâte favorise les chutes ; nous lui avons donné ce nom générique “• Hoerès ”, et nous l’avons soumis à l’influence sentimentale de sa mere au début.Dans une deuxième partie son père le reprend, le tourne à l'intellectuel.Il se dessèche, s’analyse, devient exclusivement un automate logique, une machine à penser.Dans une troisième partie, la prédominance de son oncle en fait un débauché sa-tyrique.Il meurt au moment de se sentir lui-même, cessant d’etre un tourbillon héréditaire.Cet ouvrage qui fera sa marque est malgré tout une étude tin peu sèche que je ne recommande pas aux jeunes abonnées du Coin du Feu.Je dois vous mentionner encore un ouvrage charmant de François Coppée, paru l’été dernier, et qui a pour devise la doctrine de l’Evangile : Beatipauperes.Ce livre artistement illustré s'appelle “ Les Vrais Riches ”.Et Cosmopo/is de Paul Bourget, dont François Coppée dit ce qui suit : Enfin, je veux noter une impression générale que tous garderont, je crois, en fermant ce beau livre.Ceux qui ont reproché à Paul Bourget, d’après ses premiers ouvrages, ses tendances pessimistes et son goût, parfois exagéré, pour les élégances mondaines, constateront, chez le jeune romancier, une évolution très remarquable.Il se montre aujourd’hui beaucoup moins indulgent pour les riches et pour les heureux.Avec la plus énergique franchise, il dénonce ce que le monde, sous ses gracieuses grimaces, cache d’égoïsme et de mépris des devoirs élémentaires.Et, en même temps, le regard qu’il jette sur la vie est moins sévère et moins noir.On sent, en lui, une lumière plus sereine.Je n’ose dire que ce soit celle de la foi religieuse, mais le livre est profondément chrétien.Hélas ! bien des hommes de ce temps en sont là.Nous assistons, dans cette lugubre fin de siècle, à la banqueroute de tant d’idées que le plus grand nombre prenait naguère pour des certitudes 1 Jamais les fruits de l’Arbre de Science n’ont été plus amers.Comment s’étonner que les esprits lesmoins mystiques, les plus rebelles aux dogmes, reviennent par le plus long, à la morale du catéchisme, à la doctrine d’espérance et d’amour, et qu’ils se tournent vers le gibet qu’on dressa sur le Calvaire, il y aura bientôt deux mille ans, pour un Innocent divin, et dont le symbole éternel brille sur le dôme de Saint-Pierre de Rome?La nature des moyens narratifs dont se sert le romancier pour arriver à la moralité du dénoû- 46 LE COIN DU FEU ment, m’empêche de recommander la lecture de Cosmopolis à mes jeunes lectrices.[e me ferai un devoir, à l’avenir, de vous tenir au courant des nouvelles et des remarquables productions du théâtre américain, puisqu’elles sont, en somme, la seule ressource en cette province française des amateurs de spectacle.Locutions Faire tout en son possible est souvent employé pour : faire tout ce qui est en son pouvoir.On dit quelquefois : D'abord que vous y serez, cela me suffit.Il est tout aussi aimable et plus correct de dire : Pourvu que vous y soyez, etc.Nous entendons tous les jours des personnes On a joué dernièrement à New York, The professor' s love story de Willard \ The Knickerbockers, une opérette de R.de Koven, appelée à un grand succès ; et Deception, traduction d’un drame de Dumas, fils.Mctcore Vicieuses.ayant quelque instruction, dire : Un tel a mai lè une telle, pour a épousé, etc.Marier n’est pas l’acte de celui qui épouse, mais il est l'acte de celui qui unit les époux.On est souvent porté à féminiser le vil métal et a dire : de la bonne argent.Ce mot est masculin.La /fade- ——EPUts bien longtemps nous n’avions en-tendu parler d’un changement aussi Jf/ radical dans la mode.Nous entrons décidément dans une nouvelle période dont nous nous rappellerons longtemps.On a bien et dûment adopté, malgré les récriminations d’un grand nombre, les costumes à l’antique.On en est toujours aux gros lainages pour les costumes de ville, les serges, la bure et les étoffes chevelues.Le dernier mot du chic en fait d'étoffes est le tissu fabriqué à la main par les pauvres femmes irlandaises.Cela s’appelle C/addagh.C’est un gros molleton pelucheux, épais et chaud, très confortable pour robes de chambre et sauts-de-lit.|e conseille aux canadiennes de faire œuvre d’élégance.patriotique en employant le tissu si souple et si moelleux fabriqué par leurs paysans, et qui ne ressemble pas mal au Claddagh irlandais Il serait facile, en donnant la commande à la manufacture meme, — c’est-a-dire dans les chaumières où l’aïeule file la matière brute, — d’obtenir la couleur que l’on voudrait.Ces étoffes s’accommodent bien de la teinture rouge qui leur laisse leur mollesse et leur riche aspect.La vogue de la fourrure est poussée à son apogée.On va jusqu’à en faire des costumes complets.Les dentelles ne perdent pas non plus de leur prestige ; bien au contraire, on les emploie en grande profusion.Les bijoux reprennent également une faveur extraordinaire.Ils sont, dans les bals, les seuls ornements pour les cheveux, surtout pour les dames.Le blanc est toujours la couleur tavorite pour les toilettes de jeunes filles.Elles l'emploient pour le bal, les diners, les réceptions et même pour de très jolis déshabillés.Y a-t-il en effet rien de plus seyant à la fraîcheur de la jeunesse ?Les chapeaux conservent leurs formes excentriques.On s’efforce toujours de créer de nouveaux modèles de plus en plus extravagants.On remarquait à une réception donnée l’autre jour rue Jean Goujon, une jeune invitée portant un chapeau très grand de feutre vert sombre, garni d’une guirlande de roses-thé naturelles.Sur sa jolie tête blonde l'effet était charmant.Une fleur qui semblait échappée de la guirlande était épinglée à l’un des bouts du manchon. le coin du feu 47 Voici deux toilettes très distinguées que je soumets aux lectrices du Coin du Feu : Robe debaltn.mousseline de soie blanche, genre Empire, brodée dans le bas, à la hauteur d une demi-verge, de gros pois de soie héliotrope pâle et de courants d’argent ; garniture de plume d’autruche héliotrope et blanches finissant le bord.Corsage décolleté en carré de même tissu garni de même broderie que la jupe.Papillon d’argent retenant le tablier au milieu de la poitrine.Mêmes plumes que dans le bas au tour du décolleté et des manches.Robe de ville.Jaquette de drap vert foncé, col et revers de fourrure blanche.Jupe de velours vert.Petite toque drapée de velours d’un ton un peu plus clair que la jupe, papillon de pierreries vertes et aux ailes d’or sur le devant.Connue les toilettes des grands personnages — créations soigneusement étudiées des artistes couturiers—servent de modèles pour les modes d une saison, nous donnons la description de deux toilettes du trousseau de la princesse Marie'd’Editn-bourg, petite fille de la reine Victoria, qui vient d’épouser le prince Ferdinand, héritier présomptif de la couronne de Roumanie.Robe de noce en pout de soie blanche, modèle Empire, avec applications dans le bas de perles de cristal et d’argent.Corsage à taille courte avec cache-point de perles sur les coutures.Large bande de cristal fixant des plis de velours dans le haut du corsage.Manches bouffantes en velours blanc.Ceinture de ruban de satin blanc noué sur le côté, et dont une des boucles retient le bouquet de fleurs d’oranger.Voile de tulle blanc relevé sur la tête avec quelques fleurs d’oranger.La robe de voyage, très simple, d’étoffe Vénitienne d’un gris lavande, avec large broderie, dans le bas, de soie blanche remontant sur le côté.Corsage collant complètement recouvert de broderie blanche./^uscadirj datjs le /^otjde.Que vous dirais-je, mesdames, sinon ce que vous savez surabondamment : Que c est le carnaval, que le high life est en liesse, que les lunches vont leur train, que les progressive euchre font rage, et que tout le monde s’amuse,—la jeunesse surtout.r qui apprendrais-je qu’une brillante société s’est trouvée réunie, au commencement de janvier, dans les salons du St.Lawrence Hall, sur invitation de trois de nos plus aimables femmes du monde, et qu’elle y a assisté à une très jolie fête musicale., , Ignore-t-on que quelques-unes de nos jolies mondaines ont formé un club de cartes d ou le sexe à moustache, Dieu merci, n est pas exclu.Ses réceptions sont pleines d’entrain.Ces séances ont eu lieu, dans les dernières semaines, chez la jeune et charmante femme d’un notaire bien connu de la rue Dubord ; chez B., la non moins gracieuse épouse d’un banquier de la rue Sherbrooke ; chez M’"c A., de la rue Dorchester, dont le mari est un conseiller législatif qui n usera pas de sitôt de lunettes ni de cornet acoustique ; et chez M”'" S., de la rue Dorchester également.On entend toujours de fort agréables concerts chez l’affable et hospitalière hôtesse du 153 rue Université.fe signale, non sans alarme, une party de jeunes filles chez M""' O’B.de la rue Sherbrooke, dont les assistantes nous disent des merveilles.Je vois toujours avec inquiétude ces fêtes où l’on s amuse si bien—malgré notre absence.Le beau sexe n’aurait qu’à en prendre l’habitude.C’est nous qui ferions une tête.Ces réunions 11e préparent pas beaucoup de touchants évènements du genre de ceux qui nous ont montré, aux pieds des autels, d’heureux couples s’unissant devant Dieu dans le courant de ce mois.La fille d’un magistrat de la rue St.Denis est du nombre des nouvelles mariées.Il y eut brillante réception à l’occasion de la signature du contrat ; la fiancée y parut très gracieuse dans une toilette de surah blanc.Le lendemain et la veille de son mariage, elle donnait à ses meilleures amies, un lunch d’adieu tout intime qui, malgré la solennité de la circonstance, n’eut rien de morose. 48 LE COIN — Les deux dernières semaines ont été égayées par une fashionable soirée de euchre à la jolie résidence qui porte le SS rue St.Marc ; un thé fort achalandé chez Mmo B., femme d’un avocat de la rue Sherbrooke ; un progressive pour la jeunesse chez la même ; un bal très réussi donné rue Mansfield chez l’un de nos grands négociants ; une réception de l’après-midi, donnée par M"“ St.O.et qui a rempli leur maison du tout Montréal élégant ; une autre réception très sélect dans les salles de Hall & Scott par M"'° S.et sa fille Mmo L.et enfin au St.George Club, un grand bal offert à leur nombreux amis, sous le patronage du “ Club Euchre ”, par trois des plus gais cavaliers de notre Société.Parmi les fêtes gastronomiques dont les menus savants engendrent hélas tant d’élégantes migraines, citons le lunch offert par une authoress de la rue Hutchison, à plusieurs personnes de marque en l’honneur de M,nc Grossmith de Londres, et un grand dîner donné par Mmo Van H.dans son superbe hôtel de l’ouest de la rue Sherbrooke.— Grande et très aristocratique affluence aux concer s de la semaine dernière, à la salle Windsor.La toilette de soirée dominait.— On s’attend, dans un certain cercle, à de dé- DU FEU JOE jî Orjp.J :• plorables défections.C’est à Paris “ le gai séjour ” qu’on est redevable de désertions qui, pour cet hiver, vont faire de grands vides parmi les plus aimables de nos jeunes élégantes.Il n’y a donc qu’à souhaiter aux fugitives un joyeux voyage, et à espérer tout bas que la nostalgie fera, au bénéfice de leurs amis, et en temps opportun, son œuvre naturelle.— A ce moment, où les soirées de cartes sont à l’ordre du jour, me permettra-t-on une remarque?Une loi de politesse semble exiger que quand on a accepté une invitation à une soirée de cuchre on se mette préalablement au fait du jeu, afin de ne pas entraver sa marche régulière et ne pas devenir pour ses partenaires un fardeau difficile à traîner.J’ai vu, au milieu d’une partie chaudement contestée, un monsieur ayant dans la main le roi.les deux valets d’atout et le joker, c’est-a-dire les cartes prépondérantes qui lui assuraient les cinq levées, consulter son jeu d’un œil savant, puis, après ce moment d’hésitation, déclarer avec aplomb : ‘-Je passe ”.Dieu préserve les bons joueurs de pareils compagnons.Muscadin.PAROUS CHRCmMÊS.ENVIE ET JALOUSIE.Une personne est froissée dans sa vanité; c’est un peu délicat à avouer, alors on dit que c’est le cœur qui est blessé.C’est plus noble et plus distingué, et le public se paie assez souvent de cette monnaie; il est vrai qu’il l’accepte ordinairement sans y croire.Une autre est jalouse; cela peut arriver sans affection; on tient à la confiance de telle personne, au moins devant le public, on veut de belles décorations sur son existence; elles viennent à disparaître par un accident imprévu.On porte encore la main sur son comr, on prétend qu’il souffre cruellement.Eli non ! le cœur n’est pas atteint, c’est la vanité qui est blessée, c’est la destruction de certains plans d’avenir.Que sais-je?C’est tout ce que vous voudrez, excepté le cœur.Mesdames, le cœur, le vrai cœur, l'affection vraie et désintéressée, se connaissent en certaines circonstances délicates, qui sont la pierre de touche de l’attachement sincère.Alors on découvre ce métal pur, éprouvé et solide, qu’on appelle le cœur ; il dégage une électricité vive et ardente, dépouillée des intérêts de ce monde.On le reconnaît à une marque infaillible, comme on reconnaît le diamant à la manière dont il réfléchit le rayon de lumière.Mais, dans la majorité des cas, le cœur est un nom qu’on profane, et qu’on jette comme une draperie sur l’intérêt, l’orgueil, la vanité, l’ambition.— J’ai connu une mère qui aurait mieux aimé voir sa fille malheureuse dans telle position, plutôt que de la voir heureuse en telle autre, qui allait moins à sa jalousie maternelle.Et cette mère prétendait adorer sa fille ! O piperie des mots, (pii fait prendre pour de l’amour pur le plus profond et le plus aveugle égoïsme ! Mar Landriot. LE COIN DU FEU - 3?.î> 49 L’Oiseau-Mouche, tel est le nom d’un bébé-journal que nous recevons.Ces premiers gazouil" lements indiquent qu’il sait allier la sagesse et la prévoyance à la légèreté de son espèce : “Je ne vise pas à planer ” “ Dans l’espace où l’aigle se joue ; “ Mais j’aurai garde de traîner ” “ Ma petite aile dans la boue.” “ Mais au fait, vivrai-je longtemps ?” “ C’est bien là la question, je pense : ” “ Pour beaucoup faire il faut des ans.” “ Ou mieux encor, de la finance.” Le Coin du Feu à XOiseau-Mouche Souhaite de l’or et les ans ; Que j amais l’arme des médians Ou des envieux ne le touche.Il y a pour toute chose le Pour et le Contre.Après les félicitations et les encouragements que nous recevons de toutes parts, voici un cadet de la presse, probablement affligé de myopie, qui veut que nous ayons des intentions tout autres que celles énoncées clairement dans notre premier numéro : “ La littérature, l’art, le progrès matériel, dit-il,” “ seront toujours mieux servis par l’homme que” “ par la femme.Les intérêts publics, la science,” “ la législation, l’éloquence sont de son ressort” “ presqu’exclusif.La femme peut y prendre” “ part, mais à l’arriére plan seulement.” Le journaliste novice n’a pu ici évidemment résister au désir d faire une grande phrase.Mettez votre lorgnon, jeune homme, pour relire et comprendre notre programme.La philanthropie proverbiale du peuple anglais pousse jusque dans cette colonie des rejetons.Nous l’avons vu revêtir l’autre soir une forme exquise et touchante dans la soirée musicale gratuite offerte par M""' de Sola avec le concours de Mell° Perrault, dans le sous-sol de la Synagogue de la rue Stanley, à une classe de gens habituellement privés de divertissements de ce genre.D’excellents musiciens ont fait les frais de ce concert — le troisième de la saison — composé de façon à charmer des auditeurs d’une éducation artistique plus avancée que les enfants et tous les pauvres gens rassemblés l’autre dimanche dans celte intéressante fête de charité que les modestes clients de Mm0 de Sola ont paru goûter énormément.Certains airs ont été écoutés par eux religieusement— la Chanson de XInfluenza, dite par Mcll° Perrault, les a fait crier de plaisir — d’autres, plus savants, ont eu le don d’exciter leur verve et de soulever dans tous les coins de joyeuses causeries.En dépit de l’opinion de tous les exécutants en général, il est certain que cette gaieté est pour eux un hommage ; elle est une des formes du plaisir qu’on ressent à entendre de la musique qui parle au cœur, comme on dit.L’apparition des b: ioches accompagnées delà limonade glacée a été pour les petits le clou de la fête.Nous admirons la pensée si délicatement 5° LE COIN DU FEU charitable des patronnesses de cette belle œuvre, et nous leur offrons les félicitations du Coin du Feu.Depuis quand le monde civilisé se Fert-il de fourchettes ?Au moyen-âge la fourchette à deux dents était un objet de luxe.Rois et princes, bourgeois et manants mettaient la main au plat et mangeaient avec les doigts.Deux ou trois couteaux suffisaient pour toute une table, chacun empruntant celui de son voisin.Au commencement de notre siècle même, dans certaines provinces et dans les plus grands diners, on priait la plus jolie femme de vouloir bien retourner la salade “ avec ses belles, ses blanches mains." Elle ne pouvait refuser cet honneur.Dans tout l’Orient on mange encore uniquement avec la fourchette du père Adam.Louis XIV es.t le dernier roi français qui ait mangé avec les doigts.L’esprit de la conversation consiste bien moins à en montter beaucoup qu’à en faire trouver aux autres ; celui qui sort de votre entretien content de soi et de son esprit l’est de vous parfaitement.Les hommes n’aiment point à vous admirer, ils veulent plaire ; ils cherchent moins à être instruits et même réjouis qu’à être gofités et applaudis ; et le plaisir le plus délicat est de faire celui d’autrui.La Bruyère.Il existe, paraît-il, une relation entre les ongles et la caractère.Voici quelques remarques faites à ce sujet : Longs et effilés veulent dire imagination et poésie, amour des arts et paresse ;—longs et plats, c’est sagesse, raison et toutes les facultés graves de l’esprit;—larges et courts, colère et brusquerie, controverse, opposition et entêtement;—bien colorés, vertu, santé, bonheur, courage, libéralité;—ongles durs et cassants, colère, cruauté, rixe, meurtre, et querelle;—recourbés en forme de griffe, hypocrisie, méchanceté ;—mous, faiblesse de corps et d’esprit ; — ongles courts et rongés jusqu’à la chair vive, bêtise et libertinage.Cachez vos mains, Mesdames ! LA SCIENCE AMUSANTE 'Méitëks ¦ - - ' ¦ gWim.wm La revanche des Danaides Remplissez entièrement deux verres de même grandeur, l'un d’eau, l'autre de vin rouge.Posez sur le verre qui contient l’eau un petit carré de tulle, un peu plus large que ce verre, et que vous aurez préalablement mouillé.Rabattez autour du bord du verre le tulle qui dépasse.Appliquez votre main gauche bien à plat sur le bord du verre ainsi préparé, saisissez le pied du verre avec la main droite et telour-nez le verre biusque-rnent, pour éviter le plus possible la rentrée de l’air; enlevez votre main gauche en la faisant glisser tout doucement dans le sens horizontal, et vous constaterez, à votre grande stupéfaction, que le tulle reste appliqué contre son bord, retournant l'eau dans le verre, sans qu’une seule goutte s'écoule à travers le tissu, comme dans l’expérience connue du verre d’eau fermé par une feuille de papier.Vous arriverez très vite a réussir cette curieuse expérience, dont voici la seconde partie.Posez votre verre d’eau, ainsi retourné, sur le verre devin qui doit être plein à déborder ; vous voyez aussitôt de minces blets rouges traverser les trous du tulle, c’est le vin qui monte progressivement dans le verre supérieur, et qui est remplacé, au fur et à mesure, par l’eau qui descend dans le verre au-dessous.Au bout dix minutes environ, l’échange sera complet, vous verrez le verre inférieur rempli d’eau parfaitement claire, et le verre d’en haut rempli de vin pur.IomTit. LA PAGE DES ENFANTS.>**C 'm,y S®»?** «sms le Liorç et le Rat.Il faut, autant qu’on peut, obliger tout le monde : On a'souvent besoin d’un plus petit que soi.De cette vérité deux fables feront foi, Tant la chose en preuves abonde.Entre les pattes d’un lion Un rat sortit de terre assez à l’étourdie.Le roi des animaux, en cette occasion, Montra-ce qu’il était, et lui donna la vie.Ce bienfait ne fut pas perdu.Quelqu’un aurait-il jamais cru Qu’un lion d’un rat eût affaire?Cependant il avint qu’au sortir des forêts Ce lion fut pris dans des rets, Dont ses rugissements ne le purent défaire.Sire rat accourut, et fit tant par ses dents Qu’une maille rongée emporta tout l’ouvrage.Patience et longueur de temps Font plus que force ni que rage.La Colombe et la Fourrai.L autre exemple est tiré d’animaux plus petits.Le long d’un clair ruisseau buvait une colombe, Quand sur l’eau se penchant une fourmi y tombe ; Et dans cet océan on eût vu la fourmis S’efforcer, mais en vain, de regagner la rive.La colombe aussitôt usa de charité : l'n brin d’herbe dans l’eau par elle étant jeté, Ce fut un promontoire où la fourmis arrive.Elle se sauve.Et là-dessus [nus : Passe un certain croquant qui marchait ies pieds Ce croquant, par hasard, avait une arbalète.Dès qu'il voit l’oiseau de Vénus, 11 le croit en son pot, et déjà lui fait fête, iandis qu’à le tuer mon villageois s’apprête, La fourmi le pique au talon.Le vilajn retourne la tête : La colombe l’entend, part, et tire de long.Le souper du croquant avec elle s’envole : Point de pigeon pour une obole. 52 LE COIN DU FEU cuiswe.AMANDES SAT.ÉES Ebouillantez des amandes pour les peler; après les avoir asséchées, dépo-scz-les avec deux cuillerées à thé de beurre frais dans une assiette de ter-blanc.Mettez-les dans un fourneau bien chaud.Secouez fréquemment l’assiette afin que les amandes brunissent également.Quand elles sont suffisamment rôties, secouez-les dans une passoire et ensuite sur du papier brun, puis saupoudrez d’un peu de sel.(Cette friandise est très goûtée dans les five o'clock par les personnes sages qui ne prennent pas de sucre dans leur thé et par les personnages politiques.) OISEAUX EN PÂTÉ.Prenez des foies de volailles, hachez-les avec poivre, sel et persil.Ajoutez de la mie de pain, des jaunes d'teufs, de la crème douce.Hachez du jambon cru, porc-frais, saucisse ou choux, faites revenir le tout dans la poêle avec les oiseaux—que vous avez fait cuire à l’avance —et des huîtres.Placez le tout dans un plat à pâté.Couvrez seulement avec de la pâte, et mettez au four.if ~ w/y POMMES DE TERRE FARCIES.Prenez 6 ou 8 pommes de terre dites cornes de vache les plus grosses possible, lavez-les, pelez-les, et faites-lcs cuire à moitié dans de l’eau salée ; fendez-lcs en long par le milieu, creusez-les adroitement avec un couteau ou une cuillère jusqu’à ce qu’elle soient réduites à environ un \ de pouce d’épaisseur.Faites une farce avec de la viande de porc frais, moitié gras, moitié maigre, gros comme un œuf de mie de pain trempée dans du lait, autant de beurre, une pincée de ciboule hachée, une de persil, une d’échalotte, sel, poivre et un peu de muscade ; pilez le tout dans un mortier en ajoutant deux jaunes d’œuf, formez-en une pâte liée; emplissez-en vos pommes de terre, que le dessus soit bombé ; garnissez de beurre le fond d’un plat qui aille au feu, arrangez vos pommes de terre dessus ; placez sur un feu modéré, couvrez du four de campagne chaud et garni de braise ; laissez environ une demi-heure, c’est-à-dire jusqu’à ce que les pommes de terre soient rissolées, et servez dans le même plat.^ On peut pendant la cuisson arroser la farce de quelques cuillerées de jus de viande, mais dans ce cas il faudra mettre très peu ou point de sel dans la farce.A défaut de four de campagne on pourra faire cuire au four à rôtir.Tourne-Broche. LE COIN DU FEU 53 Choses d’Curope.Paris, 15 janvier 1893.e serait-il pas à propos, mes chères cousines d’outre mer, cpie nous abandonnions pour le moment notre petite étude sur la situation des peuples européens pour nous occuper un peu des affaires intimes de la grande famille française?Le monde entier s’en préoccupe, pourquoi nous en désintéresserions-nous ?Oh ! je sais bien que vous allez vous dire en lisant ces premières lignes : voyons, va-t-il être question de Panama; il nous semble pourtant que nous connaissons suffisamment cet immense bourbier.Non, je ne m’attarderai pas auprès de ce foyer pestilentiel, car je sais que le cable vous tient au courant des évènements de chaque jour.Seulement, comme je vois dans les journaux de Londres qu'on y parle de révolution prochaine en France, de cataclysme et de bouleversement, je vous dirai ce (pie les gens sages et expérimentés pensent des conséquences du drame qui se joue sur la scène parisienne.D’abord, un mot sur la situation : La compagnie du canal interocéanique pour le percement de l’isthme de Panama—opération qui comme vous le savez, doit séparer les deux Amériques et raccoucir de toute la longueur de l’Amérique du Sud, le trajet des navires allant d’un océan à l’autre — ayant au printemps de 1886 épuisé tous ses fonds, et voulant lancer sur le marché un nouvel emprunt, eut besoin de la sanction du parlement pour l’émission de valeurs à lots.La chambre, craignant d’assumer par là une certaine responsabilité dans les résultats d'une entreprise considérable mais privée, refusa son autorisation.La compagnie se sentant perdue si elle ne réussissait à faire cette opération financière résolut en 1SS8 de tenter un suprême effort auprès des chambres pour convertir la majorité à scs vues.Dans ce but elle intéressa la plupart des journaux, sous le prétexte de contrats de publicité, et s’adressa surtout à ceux qui avaient dans leurs bureaux de direction ou de rédaction des députés.Elle lança à l’assaut des consciences .élastiques ses meilleurs limiers, dépensa quelques millions.Bref ! le vote fut enlevé, l’émission aussi, et des centaines de millions de l’épargne française furent englouties dans ce grand désastre financier.Des milliers de victimes se récrièrent, demandèrent une enquête, voulurent savoir où était allé leur argent, et finirent par constater que l’entreprise avait été conduite d’une manière extravagante, que la majorité des millions s’était égarée en chemin dans les poches des nombreux entrepreneurs et des financiers, et que parmi leurs protecteurs naturels, leurs mandataires, il s'était trouvé des misérables comme Baïhaut, l’ancien ministre, qui, au lieu de crier gare, les avaient encouragées à souscrire davantage.Et nous assistons aujourd'hui à la grande lessive.Les chambres semblent résolues à faire pleine lumière sur tous les faits qui se rattachent à cette affaire.C’est un examen de conscience général.Tout le monde tient à se purger.Les députés honnêtes mettent une fébrile ardeur dans la recherche de la vérité ; ils veulent se laver du soupçon (pii plane sur tous, et pouvoir, l’automne prochain, se présenter devant leurs électeurs les mains nettes et le front haut.Les institutions actuelles souffriront-elles de ce scandale ?Il y a deux moyens de briser une constitution : légalement et par la force.Un coup de mains peut venir de la populace ou de l’armée.Il vient des faubourgs quand il y a un roi à renverser, un trône à démolir.Le 10 août 1792, les trois journées de juillet 1S30, celles de février 1848 en font foi.11 vient de l’armée quand il s’agit de détruire une république, comme au 18 Brumaire et au 2 décembre 1851.Les faubourgs ne se soulèveront pas contre la troisième ré_ ‘ _ e, car ils sont républicains; ils se contentent de voter pour des socialistes.L’armée ne sortira pas de la légalité pour deux 8951 54 LE COIN DU FEU raisons : elle est commandée par des hommes absolument dévoués au pouvoir actuel.L’armée de Paris surtout a été.depuis des années, triée sur le volet sous la haute surveillance des ministres de la guerre qui n’ont voulu s’entourer que d’hommes sûrs.Et puis, il n’y a pas, à cette heure, de prétendants capables de soulever le moindre enthousiasme.Le comte de Paris est un bon bourgeois, trés-froid, qui ne s’emballe jamais et qui n’a aucun magnétisme.Son fils est un beau gars, qui semble avoir un sang plus chaud, mais qui aussi a souffert dans l’estime de ses partisans sages, par ses frasques récentes.Quant au jeune Victor Bonaparte, il est absolument inconnu.La révolution n’est donc pas à craindre.Les élections prochaines n’apporteront pas un très grand changement dans la composition de la chambre.Les socialistes gagneront un peu de terrain peut-être, car les démagogues crieront à la corruption de la bourgeoisie, et les couches inférieures sont souvent influencées par de telles assertions.Le nombre des radicaux serait-il ainsi renforcé par l’aide d’une phalange plus considérable de socialistes que je n’en croirais pas moins à l’amélioration de la situation politique dans le prochain parlement.Grâce à l’intervention du saint et grand pape Léon XIII.il se produit une évolution dans les esprits dont la France bénéficiera.La plupart des cent quatre-vingts députés royalistes et impérialistes qui voudront se faire réélire devront promettre de ne plus s’allier aux radicaux pour faire le gâchis en chambre.Car, entre nous, il faut bien admettre que si la politique intérieure s’est, depuis 1875 jusqu’en 1SS8, constamment accentuée vers le radicalisme et l’anti-christianisme, les royalistes y ont largement contribué en refusant leur concours aux républicains modérés et en forçant ces derniers à s’unir aux radicaux, afin'de former une majorité de gouvernement.Les conservateurs royalistes s’alliant à l’avenir aux républicains modérés, comme M.Ribot, par exemple, la France jouira d’une paix et d’une stabilité longtemps désirées.Et nous devrons, dans une grande mesure, cet heureux résultat au représentant du Christ qui n a jamais prêché que la concorde parmi les hommes.Saint Cyr.SOLUTIONS ENIGME No.I.—Plume.Jeu de Cartes No.T.As tie pique.Valet de trèfle.Dame de carreau.Roi de cœur, Roi tie carreau.1 Dame de cœur.Valet de pique.As de trèfle.Valet de cœur.As de caireau.Roi de trèfle.I )ame de pique.I i Dame ! de trèfle.; 1 Roi de pique.As de cœur.Valet tie carreau.ENIGME No.IL Sur cinq pieds, l’on me punit.Et sur quatre, oivm’applaudit, Quand je suis faite avec esprit.Dans une certaine fête implique, à Montréal.— Après vous les cigares, monsieur.s’il en reste.nûf,i — Oli, ce 11’est pas pour moi ; je 11e fume pas, c’cst pour mes amis. LE COIN DU EE U D J L'HERITAGE.IpIy^S-^’ENNUI est mou mal, lecteur.Je m’en->s nuie partout, chez moi, dehors ; à table, iès que je n’ai plus faim ; au bal, dès ne je suis dans la salle.Nulle chose ne s’empare de mon esprit, de mon ceeur, de mes goftts, et rien ne me paraît long comme les journées.Je suis pourtant de ceux qu’on appelle les heureux de ce monde.A vingt-quatre ans, je n’ai d’autre malheur que celui d’avo'r perdu mes parents ; et encore le regret que j’en éprouve est le seul sentiment que je nourrisse avec quelque douceur.D’ailleurs, je suis riche, choyé, fêté, recherché, sans souci du présent ni de l’avenir: tout m’est facile, tout m’tst ouvert.Ajoutez un narrant (c’est mon oncle) qui me chérit et qui me destine son immense fortune.Au milieu de tous ces biens, je bâille à me démantibuler la mâchoire.Je trouve même que je bâille trop : j’en ai causé avec mon médecin ; il dit que c’est nerveux, et me fait prendre de la valériane soir et matin.Pour bien dire, je ne m’étais pas attendu à ce que ce fût si grave, et, comme j’ai une horrible peur de mourir, toutes mes idées se sont portées du côté d’un mal intérieur qui me mine et qu’on me cache.A force d’étudier les symptômes, de tâter mon pouls, d’examiner mes sensations internes et externes, d’approfondir la nature particulière de mes migraines et leur coïncidence avec une accélération notable dans mes bâillements, j'en suis venu à acquérir une certitude.une certitude que je garde pour moi, dans la crainte que, si je la confiais à mon médecin, il n’allât la partager, ce qui me tuerait de la frayeur de mourir.Cette certitude, c’est que j’ai un polype au cœur I Un polype, j’avoue que je ne sais pas bien comment c’est fait, et je ne cherche pas non plus à le savoir, de peur de faire d’affreuses découvertes ; mais j’ai un polype au cœur, je n'en doute plus.Aussi bien ce polype explique tout ce qui se passe dans mon individu : il donne à mes bâil- I lements une cause, à mon ennui un principe, l’ai donc modifié mon régim-, réformé ma table.Point de vin, des viandes blanches.Le café Proscrit, il excite aux palpitations.Des mauves le matin; c’est souverain pour les polypes au cœur.Point d’acides, rien de fort ni de pesant ; ces choses agissent sur la digestion qui réagit sur le système nerveux; aussitôt la circulation est gênée, et voilà mon polype qui grossit, s’étend, végète.Au fond, c est vrai, je me le figure comme un gros champignon.Je passe donc des heures à songera mon champignon.Quand on me parle, j’ai mon champignon qui m’empêche d’écouter; quand j’ai dansé un galop, je me reproche cet excès, comme fâcheux pour mon champignon ; je rentre de bonne heure, je change de linge, je me lais donner un bouillon sans sel, à cause de mon champignon ; je vis en regard de mon champignon.Ainsi ce mal m’occupe beaucoup, mais je ne trouve pas qu’il guérisse de l’autre, l’ennui.Je bâille donc.Quelquefois j’ouvre un livre.Mais les livres.sont si peu agréables.Les bons ?c’est sérieux, profond; il faut se donner de la Peine pour saisir, de la peine pour jouir, de la peine pour admirer.Les nouveautés?j’en ai tant lu, que rien ne me paraît si peu nouveau.Avant de les ouvrir, je les connais ; au titre, je vois toute l’affaire ; à la vignette je sais le dénoû-ment; et puis mon champignon qui ne supporte pas les émotions vives.Les études sérieuses?j’en ai aussi essayé, commencer n’est rien, mais poursuivre.je me demande bientôt dans quel but.Ma carrière, à moi c’est de vivre de mes rentes, c’est d’aller à cheval' c’est de me marier et d’hériter.Sans que je prenne la peine d’apprendre rien, j’aurai tout cela et le reste aussi.Je suis colonel dans la garde nationale ; on me porte au conseil : j’ai refusé d’être maire : les honneurs pleuvent sur ma tête.Et puis, mon champignon qui ne s’accommoderait pas d’une grande contention d'esprit. Ç6 LE COIN DU FEU — Qu’est-ce ?— Le journal.__Donne, c’est bon.Voici de quoi me récréer quelques instants.je cherche aux nouvelles, j’entends aux nouvelles de ville ; car celles de l’Espagne me touchent peu,celles de Belgique m’assomment.Allons ! point de suicide.point d’accident sinistie , rien en meurtres ni incendies.Le sot journal ! C est voler l’argent de ses abonnés.Que je regrette les beaux jours du choléra ! Dans ce temps-là, mon journal m’amusait : il tenait ma frayeur en haleine, et le plus petit fait relatif au monstre m’intéressait à lire.Je le voyais avançant, reculant, venant jusqu à ma porte, gueule béante.Tout n’était pas gai dans ces suppositions; mais au moins, entre 1 espérance qu’il ne viendrait pas et l’effroyable peur qu il ne vînt, point de place pour l’ennui ; sans compter une flanelle qui me chatouillait l’épiderme, en sorte que j’avais toujours à gratter quelque part.Au fait, je ne sache pas d’ennui, pas de torpeur physique ou morale qui ne cède à une démangeaison.Je suis certain que.— Qu’est-ce encore?— Monsieur Retor.— Dis donc que je n’y suis pas.— C’est que.le voici.—-Monsieur Retor, je suis trop occupé pour vous recevoir.— Deux minutes seulement.— Je n’en ai pas une à perdre.____C’était pour vous soumettre ce tableau chronologique de l’histoire universelle des peuples.____(Le diable l’emporte, lui et son tableau universel des peuples 1 ) Eh bien, quoi?__je vous fais observer, monsieur, qu aucun tableau du même genre n’a encore atteint à la moitié de la perfection de celui-ci.Vous voyez la quatre chronologies différentes, avec la réduction en années de l’ôre chrétienne et en années du monde.Vous avez ici toute la série complète des anciens rois d’Égypte et de ceux de Babylone.— (Je voudrais qu’on te la pendit au dos, ta queue de rois de Babylone et tes cinq chronologies, coquin ! C’est déjà trop d une, et il m en veut faire acheter quatre, et une autre ! ! ! ) Mon- sieur Retor, c'est très-beau, mais je ne m’occupe plus d’histoire.__Vous avez ici l’empereur Kan-tien si-long.__Superflu, monsieur Retor ; je suis sftr que votre tableau est parfait.— Monsieur veut-il permettre que je lui remette deux cxamplaires ?— Je n’en saurais que faire.J’ai celui de Hoc-quart.— Celui de Hocquart ! plein d'erreurs ! Je prie monsieur de me donner seulement une demi-heure d’attention pour comparer.__(Infâme! me faire, à moi, des propositions semblables 1) Rien, monsieur Retor.Vos tableaux m’ennuient, je n’en veux point.” Ici il y a un long moment de silence, pendant que M.Retor roule lentement son tableau, et que je le regarde faire, très impatient de le saluet cordialement.__Monsieur n’aurait point occasion.— Non.— D’acheter une encyclopédie.— Non.— Trente volumes in-folio.— Non plus.— Avec des planches.— Rien.__Et table des matières.— Non.— Par Mouchon.— Eh non ! non ! ! ! ______Alors, monsieur, j’ai l’honneur de.Monsieur m’obligerait pourtant beaucoup de prendre un seul de ces tableaux.— Comment ! ce n’est pas fini ?__Je suis père de famille.— Intolérable ! — Sept enfants.— Je n’y peux rien.__Et pour cinq francs au lieu de dix.— (Sept enfants ! ils en feront quinze ! et à chacun il me faudra acheter un tableau chronologique de l’histoire universelle des peuples ! ) Voilà cinq francs, et laissez-moi." Je ferme rudement la porte sur lui, et je reviens m’asseoir.Une bile amère, une humeur abominable s’ajoutent à mon ennui.Ce polype me veut emmener, m’emmènera 1 En parcourant du LE COIN DU FEU 57 plus pitoyable regard mon tableau chronologique de l’histoire universelle des peuples, que l’autre a laissé étalé sur ma table, il n'est pas un des noms qu’il retrace, jusqu’à Kan-tien-si-long et Nectane-bus, qui ne me semble mon ennemi personnel, un insolent fâcheux, un drôle à sept enfants, qui conspire avec les pères de famille contre ma bourse et ma santé.La colère me prend, me monte, me transporte.Au feu le tableau! C’est singulier comme quelquefois la fureur est raisonneuse et l’emportement prévoyant.Voilà que, même avant de l’y avoir mis, je retire mon tableau du feu : c’est que, d’une part, j’éprouve un je ne sais quoi, comme si je brûlais les cinq francs qu’il vient de me coûter; de l’autre, ce tableau pourrait un jour être utile à mes enfants.C’est ceci surtout qui est prévoyant; car je ne suis pas marié, et il est à croire que je ne me marierai point.je pense pourtant quelquefois que, marié, je m’ennuierais moins.Tout au moins nous serions deux pour nous ennuyer ; ce doit être plus récréatif.Voyons-nous, d’ailleurs, que les pères de famille soient sujets à l’ennui?Pas le moins du monde.Les pères de famille sont actifs, gais, en train ; toujours du bruit, du mouvement autour d’eux ; une femme qui les adore.Une femme qui m’adorerait un an, deux ans, passe encore.Mais si elle allait m adorer tiente ans, quarante ans '.voilà ce qui me glace d’effroi• Quarante ans adoré ! Que ce doit être long, interminable ! Et puis, des enfants qui crient, pleurent, disputent, chevauchent sur les bâtons, renversent des meubles, se mouchent de travers, s’essuient mal.Et pour toute compensation, leur former l’esprit et le cœur avec mon tableau chronologique de l’histoire universelle des peuples ! Ah ! il faut beaucoup réfléchir avant de se marier, sans compter mon polype au cœur.J’ai pourtant des vues sur une jeune personne qui me conviendrait à tous égards.Figure agréable, jolie fortune : nos caractères se conviennent.Mais elle a cinq tantes, père, mère, deux oncles : en tout onze ou douze grands parents.Depuis qu'on parle de ce mariage, tout ça me prévient, me sourie, me caresse, m’épouse ; c’est à périr d’ennui.Je leur bâille contre; ils redoublent.Alors je sens positivement que mon amour chancelle et que je reste garçon.Cependant, comme les cœurs sensibles ont un impérieux besoin d’affections tendres, le mien s’est porté d’un autre côté.Je sens très-distinctement que j’adore une autre jeune personne que j’avais primitivement dédaignée, pour ne pas nourrir deux flammes à la fois.Celle-ci a un profil si fin, des yeux si beaux et un esprit si aimable et naturel, qu’il est impossible de ne pas l’aimer ; et point de grands parents.C’est ce qui fait que je deviens de jour en jour plus fou de ses attraits et d’une fortune disponible.Il n’y a qu’une chose, c’est que pas un autre que moi ne lui fait la cour.Cela finit par être cause que je me trouve bien bon de soupirer là tout seul.Si belle que soit une fleur à cueillir, si tous l’ont dédaignée, pourquoi la voudrais-je, moi surtout qui me pique d’un goût délicat et distingué ?Il y a quelque temps, quand j’arrivai au bal.elle dansait avec un bel officier.Gracieuse, riante, animée, elle ne parut seulement pas s’apercevoir que j’entrais.Voilà mon ardeur qui se rallume, mon cœur qui s’embrase ; j’étais à deux doigts de l’hyménée.Vite je vais l’engager pour la première russe.Avec plaisir, monsieur.— Pour la seconde contredanse ?— Avec plaisir.— Pour la troisième valse ?— Avec plaisir.— Le cinquième galop ?— Avec plaisir.” Toujours avec plaisir; plus un seul qui me la dispute.Mon ardeur décroissait à tel point que je me mis à manger des petits gâteaux toute la soirée.C’est depuis ce jour que j’ai porté mes hommages à une autre demoiselle, pour qui d’abord j’avais peu de goût, uniquement parce que tout le monde s’entendait pour me la conseiller, mon parrain surtout.C’était Mlle S., la cousine de Mme de Luze ; cela veut dire qu’elle tient à la première famille et aux salons les plus distingués de la ville.Elle est grande, d’un beau port, recherchée des cavaliers autant à cause de son esprit qu’à cause de sa beauté, et plus riche de beaucoup le coin du feu 5 8 que les deux premières.Aussi suis-je certain que je serais déjà marié avec elle si ce n’était mon parrain.Lundi passé, j’arrive tard au bal.Il y avait foule autour d’elle.Je dus me contenter d’un engagement pour la sixième contredanse, et de la faveur d’un tour de russe partagé entre trois cavaliers-Ces obstacles excitant ma passion, l’amour le plus vif, l’ardeur la plus réelle commençaient à me transporter ; je songeais déjà à des démarches posr tivespour le lendemain : cl pas même le regard visiblement approbateur de mon parrain ne pou-vait refroidir ma flamme.Bien qu’elle ne parlât que des choses du bal, je lui trouvai un esprit plus délicieux, et d’autant qu’elle se contentait de sourire très-petitement à toutes mes saillies.J’ai beaucoup d’esprit quand je veux.“ Probablement, pensais-je, elle en a autant que moi.Chose inappréciable 1 Ainsi nos entretiens seront piquants; qu’elle parle ou qu’elle se taise, il y aura à penser, à deviner, à goûter infiniment de charme.” Tout en songeant ainsi, je l’enlevais dans le tourbillon de la russe, avec un enivrement que je n’avais pas encore ressenti.11 me semblait tenir dans mes bras un céleste assemblage de beauté, d’esprit, de sentiment, et son corsage de satin, mollement pressé sous mes doigts, mêlait comme de voluptueux parfums à mon charmant délire.l’étais décidé, absolument décidé, et d’ailleurs las d’être indécis, lorsqu'en sortant je trouve mon parrain qui m’attend : “ Eh bien ! t y voici enfin venu ?Bien fait, car elle t’adore ! — Vrai ?__Un mot, et tu as son oui.La famille te trouve charmant ; tous te veulent.____En êtes-vous donc sûr?” lui dis-je désappointé.Lui s’approcha de mon oreille : “ Il est déjà question d’un appartement qui plairait à la jeune personne.Hem ! je te dis que tu es né coillé.Laisse-moi faire." A mesure que mon pari ai n me parlait, l’enivrement s’en allait, le céleste assemblage aussi, et le corsage avec.“ J'y veux, lui dis-je froidement, j’y veux réfléchir.” Et je n y pensai plus.C’est ainsi que je me retrouve presque aussi incertain qu’auparavant.“ Qu’est-ce encore ?— Monsieur dînera-t il ?— Parbleu ! si je dînerai ! — Mais chez lui ?— Attends un peu ; oui, je dînerai ici.— Je vais servir.— Eh bien ! non, ne sers pas.Toute réflexion faite, je dînerai en ville.” II S’il vous en souvient, lecteur, nous nous ennuyâmes fort ensemble, lors de notre dernière entrevue.Je vous laissai bâillant, vous me laissâtes aller dîner en ville.C’était chez un de mes amis, marié, père de famille, aussi heureux et amusé que moi-même je le suis peu.Lui et sa jeune épouse se comblaient d’amitiés; leurs regards s’échangeaient tout remplis d’une vraie tendresse, et, à bien des petits soins, à mille choses en apparence indifférentes, je pouvais juger de l’étroite union de leurs antes.L’un aimait le plat que l’autre aimait ; l’un ne buvait pas que l’autre ne bût aussi ; la miette de pain laissée à dessein par l’un était furtivement convoitée, saisie et dévorée par l’autre, de façon que, préoccupés ainsi de leur mutuelle affection, ils ne me parlaient que pour la forme, et je figurais là comme un tiers tout au plus nécessaire pour introduire du piquant dans leurs incessantes et chastes amours.Je m’ennuyais profondément, et d autant plus que je m’ennuyais en dépit de moi-même, contre mon propre vouloir, malgré des conseils intéiieurs que je me donnais à moi-même.“ Stche donc, me disais-je, sache jouir de ce doux spectacle, et, faisant un retour sur toi-même, sache porter envie à ce couple aussi heureux qu’aimable, à ce bonheur qu’il ne tient qu’à toi de te procurer.De gtace, répondis-je à cette voix estimable, sache te taire, 'fu ressembles à mon parrain.C’est mon parrain qui te pousse à me parler ainsi.Sache me laisser manger en paix cette humble côtelette ; c’est pour le moment ma seule jouissance, mon unique envie.” Il est certain qu’une des choses qui nuisent le plus à la bonne influence des reproches intérieurs, c’est le timbre de voix, l’air que nous leur prêtons LE COIN DU FEU 59 dans notre esprit.Pendant bien longtemps, je n’ai pas distingué la voix intérieure de ma conscience de la voix de mon précepteur.Aussi, quand m conscience me parlait; je croyais lui voir un habit noir, un air magistral, des lunettes sur le nez.Elle me semblait pérorer d’habitude, faire son métier, gagner son salaire.C’est ce qui était cause que, dés qu’elle se mettait à me régenter, je me mettais à regimber du ton à la fois le plus respectueux et le plus insolent du monde, toujours désireux de me soustraire à sa dépendance et jaloux de faire autrement qu’elle ne disait.J’ai tiré de là une régie que je compte mettre en pratique quelque jour : c’est de donner à mes enfants un précepteur si aimable, si indulgent, si rempli de bonté naturelle, si dénué de pédanterie et de toute affectation, que, si leur conscience vient plus tard à revêtir la figure de ce digne maître, elle n’en ait que plus de droits à les conduire et à s’en faire écouter.Ah ! quel dommage qu’avec des vues si sages sur l’éducation de mes enfants, j’aie une si incertaine vocation pour le mariage ! |e mangeais donc la côtelette.Quand elle fut mangée, comme l’appétit m'avait quitté, je devins impatient de voir se terminer ce repas que mes heureux hôtes prolongeaient au contraire, et non pas seulement en propos.“ Quel unisson dans leurs appétits ! pensais-je ; mais surtout quel appétit ! Est-il bien possible qu’on puisse manger autant lorsqu’on s’aime ?C’est donc là que conduit l’amour conjugal?Oh ! qu’il est différent de cet amour passionné dont le trouble fait le charme, qui vit de ses seules pensées, qui s’alimente de sa propre flamme ! Et tu songerais, Édouard (c’est mon nom de baptême), tu songerais.— Vous êtes tout pensif, me dit alors obligeamment la jeune épouse de mon ami.Qu’avez-vous donc?— Il est triste, lui répondit pour moi celui-ci, comme sont les vieux garçons.A propos, où en sont tes amours, Édouard ?— Ils sont, lui dis-je, beaucoup moins avancés que les vôtres.— Diable ! je l’espère bien.— Moi aussi.” |e ne sais comment ce mot désobligeant m’échappa.Mon ami se tut ; sa femme parla d’autre chose, et je restai tout honteux et en colère contre m )i' même, faisant en silence de petites boulettes avec de la mie de pain, et regrettant amèrement de n’avoir pas dîné chez moi, où je n’aurais désobligé personne.Aussitôt que je pus le faire sans trop d’impolitesse, je pris congé et je m’empressai de regagner mon logis.Il y avait bon feu.Je tirai mon cure-dents; pour moi, c’est le cigare.Tout en me récréant ainsi, je songeais à mon ami le père de famille, et, remaniant par la pensée son air, son ton, sa phrase, j’en vins à m’applaudir presque dé la brusque repartie qui m’était échappée.Au fond, il existe une secrète rancune entre les jeunes mariés et les vieux garçons ; tout au moins il ne peut y avoir entre eux entière et intime sympathie.Les jeunes mariés plaignent le vieux garçon; mais leur pitié ressemble, à s’y méprendre, à de la moquerie.Le vieux garçon admire les jeunes mariés ; mais son admiration n’est séparée de la raillerie que par un cheveu.Je me disais donc que j’avais eu raison de couper court à leurs quolibets, et que, si j’avais mis un peu de vigueur dans ma ruade, c’était mon droit, celui du faible, puisque je me trouvais un contre deux.“ Monsieur ! — Qu’y a-t-il ?— Ah ! monsieur ! — Eh bien ?— On sonne au feu ! — Ce ne sera rien.— Quatre maisons, monsieur! — Où ça?— Dans le faubourg.— Apporte-moi de l’eau chaude pour me faire la barbe.— Monsieur veut.— Je veux me faire la barbe.— Monsieur entend-il crier ?— Oui.— Dois-je tout de même apporter de l’eau chaude à monsieur ?— Eh ! oui, imbécile.Veux-tu que, parce qu’on crie au feu, je ne me fasse pas la barbe !.” “ C’est vraiment une belle chose que les assurances, pensais-je en ôtant ma cravate ; voilà des gens qui peuvent voir brûler leurs maisons tout tranquillement les bras croisés.Les drôles échan- Go LE COIN DU FEU gent des masures contre des maisons neuves.Un peu de désagrément, c’est vrai ; mais qu’est-ce en comparaison d’autrefois ?Avec ça, il est heureux pour les assurances que le vent ne soit pas plus fort.Eh bien ! apportes-tu cette eau chaude?— Voici !.-Tu trembles, je crois.— Ah! monsieur.six maisons!.toutes en flammes.On craint déjà pour le quartier neuf.et ma mère qui ne demeure pas bien loin ! — Et tu ne sais donc pas que, outre les secours qui abondent toujours, ces maisons sont toutes assurées ?— Oui, monsieur, mais ma mère ne possède que son mobilier.Si monsieur.— Y aller?c’est que je vais avoir besoin de toi.Eh bien ! va, reviens me dire ce qui se passe, et, au retour, achète-moi de l’eau de Cologne,” Je me mis à faire ma barbe avec d’autant plus d’intérêt que j’essayais un nouveau savon perfectionné.L’écume m’en sembla aussi riche et moelleuse que le parfum en était subtil et délicat ; seulement, l’eau n’étant pas très chaude, j’en fus contrarié au point de maudire cet incendie qui en était la cause.Pendant ce temps, toutes les cloches de la ville carillonnaient : des cris lugubres retentissaient dans les rues voisines, et des troupes de gens venaient s’emparer, en face de chez moi) des seaux de la ville déposés sous un hangar.A ce bruit, j’allais vers ma croisée, tout délecté par une certaine émotion secrète que causent d’ordinaire ces scènes tumultueuses.Il faisait nuit, en sorte que je ne vis point les gens; mais j’aperçus au ciel une lueur rougeâtre, sur laquelle les toits et les cheminées des maisons se dessinaient en un noir opaque.Quelques reflets arrivaient jusqu’à la grosse tour de la cathédrale, du sommet de laquelle les cloches en émoi m’envoyaient leurs volées, tantôt en un bruit éclatant, tantôt en un murmure lointain, selon que le biitcii/ frappait de mon côté ou du côté de l'horizon.‘‘ C'est magnifique ! ” ma dis je.Et je revins vers la glace pour achever de me faire la barbe Elle me fut très longue à faire et très critique, à cause d’une petite coupure demi-cieatrisée qui, située sur l’arête du menton, exigeait les plus grands ménagements; d’ailleurs, j'allais voir de temps en temps les progrès de la lueur rougeâtre qui ne cessait d’augmenter.Déjà quelques flammèches, s’élevant en gerbe au haut des airs, retombaient gracieusement avec tout l’éclat d’un gigantesque feu d’artifice.“ Au fait, pensais-je, ce doit être un très-beau spectacle ; j'ai fort envie d’y passer avant de me rendre au Casino.” Je me hâtai donc d’achever ma toilette, et, après avoir bouclé mon manteau et mis mes gants blancs glacés, je sortis, me dirigeant du côté du faubourg.Il n’y avait personne dans les rues, les boutiques étaient fermées ; seulement je croisai deux ou trois équipages qui portaient au Casino quelques personnes de ma connaissance.J’arrivai bientôt au faubourg.Le mal était affreux, l’effet sublime.Quatre ou cinq toitures embrasées lançaient au ciel des tourbillons de flamme et de fumée, et, au milieu de cette scène lugubre, une clarté de fête illuminait les quais, les ponts, et des milliers d’hommes agissant parmi le désordre et les clameurs.Les habitants des maisons menacées jetaient leurs meubles par les croisées.ou emportaient au travers de la foule leurs effets les plus précieux jusque dans un temple voisin qu’on leur avait ouvert pour les y déposer.De longues files d’hommes, de femmes, d’enfants communiquant avec la rivière, faisaient arriver les seaux jusqu’aux pompes, dont le bruit cadencé dominait les cris de la foule.Au milieu du feu, des hommes armés de haches abattaient des poutres enflammées, tandis que d'autres, du haut des maisons voisines, dirigeaint au centre de l’immense brasier le jet bruyant des pompes.“ Sait-on.demandais-je à un bonhomme très-affairé, sait-on comment le feu a pris ?— Allez à la chaîne, me dit-il.— Fort bien ; mais répondez-moi, sait-on.— Votre serviteur de tout mon cœur.” Cet homme me parut d’une grossièreté singulière, et je me mis à déplorer ce mauvais ton des basses classes, si commun aujourd’hui, qu’un homme bien élevé ose à peine s’adresser aux passants, même en employant les formes les plus polies.Mais une autre voix vint interrompre ces réflexions : “ Hé ! l’amateur aux gants blancs, un peu d’aide par ici.On vous fera place." Je marchai d’un autre côté vivement blessé de cette insolente et familière apostrophe. LE COIN DU FEU 61 “ Ici ! ici ! factionnaire ! amenez-nous ce joli cœur.” Indigné, je tirai sur la gaucl.e.“ Holà ! ici le marquis ! Exaspéré, je tirai sur la droite.“ Gredin 1 si tu ne viens pas travailler, je te vas donner à boire ! ” Horriblement blessé dans mes sentiments les plus honorables, je me décidai à quitter cette détestable société pour me rendre de ce pas au Casino.“ On ne passe pas ! me dit un fonctionnaire en me barrant le chemin avec son fusil.— Permettez, monsieur: vous devez comprendre à ma mise que votre consigne ne s’adresse pas à moi.Je me rends au Casino.— Au Casino ! mille tonnerres 1 ne voyez-vous pas qu’on manque de bras ?A la chaîne ! marche ! — Savez-vous, mon ami, que vous pourriez avoir à vous repentir de votre brutale grossièreté ?Je veux bien ne pas vous demander votre nom, mais ôtez-vous de là à l’instant.— Je m’appelle Louis Marchand, qui ne vous crains pas, chasseur au 5e, capitaine Ledru.A la chaîne, canaille I Croyez-vous donc que ces braves gens travaillent là dans l’eau pour leur plaisir?.Casino que vous ôtes ! Aller danser, n’est-ce pas ?quand ces femmes se morfondent.” Pendant ce débat, les toitures enflammées venaient de s'écrouler avec un fracas terrible qui suivit un moment de silence ; car l’immense foule, les yeux attachés sur ce spsctacle, avait suspendu son travail.On entendait distinctement le pétillement des flammes, auquel se mêlait le sourd retentissement d’une pompe qui arrivait en cet instant d’une commune éloignée.Un homme à cheval survint qui cria: “ Courage ! courage ! mes amis, on est bientôt maître du feu.” Plusieurs personnes l’entourèrent aussitôt, et je l'entendis qui leur disait: “ l.e feu gagne le quartier neuf, il vient de prendre aux foins de la Balance.Nous manquons de monde.Trois hommes ont péri !.” Puis il reprit le galop et disparut.“ A l’ouvrage ! cria-t-on de toutes parts, à l’ouvrage ! le feu est au quartier neuf ! ” Je fus entraîné par la foule, et je me trouvai bientôt former un anneau de l’immense chaîne.Je n’eus pas d'abord le temps de me reconnaître.Les seaux se suivaient avec une rapidité continue, et.faute d’habitude ou d’adresse, je donnai à chacun une secousse qui faisait jaillir l'eau contre moi, au grand détriment de ma toilette.J’en étais fort contrarié, car je n’avais point renoncé encore au projet d'aller au Casino.Je voulus tirer mes gants, mais ils étaient si bien collés à mes mains que je dus renoncer à cette opération.pour laquelle il m’eût fallu beaucoup plus de temps qu’on 11e m’en laissait.Je me trouvais placé sur le quai, tout près de l’endroit où la chaîne aboutissait à la rivière par des degrés qui descendaient jusque sous l'eau.Là, par un froid intense, des hommes en blouse, dans l’eau jusqu’aux genoux, remplissaient les seaux sans relâche, à la lueur d’une torche ; et dans le cahotement de cette chaîne inclinée sur une rampe rapide, ils recevaient sur leurs épaules une partie de l'eau qu’ils tendaient aux hommes placés au-dessus d’eux.Autour de moi.des femmes de tout âge, mais non de toute condition, formaient le plus grand nombre, et des manœuvres, des ouvriers, quelques messieurs remplissaient le reste des chaînons.Quoique placés assez loin de l'incendie, le vent portait sur notre côté, nous amenait une pluie de feu qui ajoutait encore à l’impression de cette scène sinistre.Il y a quelques instants encore qu’insulté, indigné, je ne songeais qu’à aller réparer dans les salles du Casino les outrages faits à ma dignité ; mais, introduit presque forcément au milieu de cette nouvelle scène, mes pensées avaient pris un autre cours, et.malgré le froid, l’eau et la contrariété, je passais lieu à peu sous l’empire d’émotions entraînantes et vives, dont le charme énergique m’était inconnu.Une sorte de fraternité fondée sur le commun besoin qu’on a les uns des autres, l’entrain du travail, la conscience d’être utile, faisaient régner autour de moi une gaieté cordiale, qui se manifestait par des saillies sans grossièreté, par des procédés remplis d’un généreux dévouement.“ Allons, bonne femme, donnez-moi votre place, passez aux seaux vides.— Laissez faire, l’ami, je suis blanchisseuse : les bras dans l’eau, c’est mon métier.— Eh ! les gants blancs ! ce n'est pas à ce bal-ci que vous alliez ! voulez-vous changer de place? 6 2 LE COIN DU FEU — Bien obligé, brave homme, je commence seulement.— Courage ! amis, ça assouplit les bras.Par-dieu ! blanchisseuses, nos chemises se lavent sans vous : mon jabot est en lessive.C’est égal.En avant ! une, deux! droite, gauche ! ” Survient un homme : “ Veux-tu boire, toi P me dit-il.— Je veux bien, l’ami, mais après ceux-ci, après cette bonne femme qui travaille depuis plus longtemps (pie moi.— Non, non, buvez, buvez ; pas de façons.” Et je bois le meilleur verre de vin que j’aie bu de ma vie.En même temps (pie je me laissais gagner à ces émotions expansives, je me sentais peu à peu pénétré de respect pour ces hommes en blouse, dont la torche me permettait de voir l’infatigable et rude travail.Pour eux, le zèle seul, l’abnégation d’eux-mêmes, le dévouement simple, mais grandj du manoeuvre qui estime lui-même à bas prix ses indispensables servicts, étaient les seuls mobiles de leur activité désintéressée.Ils ne pouvaient ni causer, ni participer à la gaieté qui régnait dans nos rangs ; ils n’avaient pas pour récréation la vue de l’incendie, ni pour récompense les regards de la foule.“ Aujourd’hui, pensais-je, dans l’ombre de la nuit, ces braves font le plus pénible de l’œuvre ; demain, à la clarté du jour, ils rentreront ignorés dans les rangs obscurs de leurs camarades.” Et un saint respect, une admiration enthousiaste, une vénération pleine et reconnaissante saisissant mon cœur avec force, je me serais mis à leurs genoux : j’étais honoré de leur servir d’aide, plus que je ne le fus jamais du sourire des grands, de l’accueil flatteur des puissants.En ce moment, les voitures que j’avais rencontrées le même soir allant au Casino se présentaient à mon imagination pour essuyer mes plus fiers dédains et pour me faire jouir moi-même avec transport de ce que mon égoïsme ne m’avait pas, comme à eux, fait préférer la fade société des oisifs à l’émouvante confraternité des blanchisseuses et des manœuvres.Vous le voyez, lecteur, j’avais bien changé de rôle.Je n’étais plus l’homme blasé, ennuyé que vous connaissez : je n’étais plus le monsieur venant assister à l’incendie comme à un curieux spectacle ; je n’étais plus l’oisif insulté par les travailleurs ; mais, bien an contraire, par une transformation assez plaisante pour vous qui venez de lire mon histoire, j’étais devenu le plus acharné contre les passants que je voyais de ma place errer sans se mettre à l’œuvre.“ Hé! l’amateur! leur criai-je, ici ! il y a place, entrez en ligne, messieurs.Indignes gens ! Voyez donc ces hommes dans l’eau depuis six heures de temps, et puis rester là les bras croisés ! Allons, factionnaire ! de la crosse contre ces fainéants ! Bonne dame, n’est-ce pas une honte?Et vous, mademoiselle, je vous en conjure, retirez-vous : le froid vous saisit, vous êtes trop jeune pour cette besogne.” La jeune enfant à qui je m’adressais ainsi se trouvait en face de moi.Je ne l’avais pas d’abord remarquée au milieu du désordre et de l’obscurité ; mais, depuis que la lueur croissante de l’incendie avait permis de distinguer les visages, ses traits, sa jeunesse et la blancheur délicate de ses mains avaient peu à peu attiré mon attention, aussi bien que la douce commisération que je voyais briller dans son regard toutes les fois qu’elle le tournait du côté des flammes.Insensiblement toutes les impressions que je viens de décrire s’étaient confondues avec le sentiment que j’éprouvais à voir cette fille belle et d’un si jeune âge, venant ajouter à l’œuvre robuste de la foule l’effort de ses débiles bras.Une tendre pitié m’émouvait pour elle, et, bien que ce fût ce sentiment qui me portait à lui conseiller de se retirer, je sentais déjà que son absence m’aurait enlevé à une douce ivresse, et qu’elle eût désenchanté pour moi toute cette scène, oû j’avais rencontré inopinément de si vives émotions.Elle ne répondit à mes paroles que quelques mots, d’après lesquels je compris qu’elle attendait sa mère pour se retirer, et qu’un embarras bien naturel la forçait à rester plutôt que de se retirer seule ou à la merci de quelqu’un des hommes qui étaient autour d’elle.Cependant elle paraissait de plus en plus transie, et déjà ses voisins s’apercevaient que ses mains affaiblies ne pouvaient plus suffireù l’activité de la chaîne.L’un d’eux, le même homme qui m’avait interpellé en m’appelant les gants blancs, lui dit : “ Pauvre petite, laissez-nous faire ; allez vous réchauffer chez vous.Voulez-vous que je vous y conduise?Qui prend ma place ? LE COIN DU FEU 63 — Prenez la mienne, m’écriai je, je l’emmènerai.— Avec plaisir, monsieur les gants blancs.Bon voyage ! et à nous les affaires.Attention, les troupiers ! Un temps, deux mouvements ! Depuis qu’il en boit, le drôle devrait n’avoir plus soif.Bravo, mère Babi, à tous la croix d'honneur I Si le diable crève, c’est vous qui l’aurez gonllé.Une prise, et en route ! ” Pendant que les éclats de rire accompagnaient les gais propos de ce brave homme, j’avais saisi la main glacée de la jeune enfant, et je m’éloignais de la chaîne vers les rues obscures où ne pénétrait plus la 1 ucur de l’incendie.J’étais si rempli d’un trouble délicieux, en me voyant devenu le seul protecteur de cette aimable fille, que j’oubliais entièrement de m’enquérir auprès d’elle du lieu de sa demeure, où pourtant je voulais la conduire.Pour elle, elle marchait précipitamment; puis, ralentissant peu à peu le pas, elle finit par s’arrêter comme oppressée.Je ne sus point distinguer si c’était l’effet de l'émotion ou d’un malaise causé par le froid ; mais, l’ayant soutenue de l’un de mes bras, je détachai de l’autre mon manteau dont je la couvris, tout ému du plaisir de le voir servir a un si charmant emploi.Quelques instants après, ayant fait un effort : “ Monsieur, me dit-elle d’une voix jeune et timide dont le son charma mon oreille, puisque je 11e rencontre pas ma mère, permettez que je me retire seule.— Je ne puis, lui dis-je, vous accorder cette de_ mande, quelque envie que j’aie de ne pas vous dé.plaire.Vous êtes souffrante : je ne vous quitterai pas que vous ne soyez chez vous et entourée des soins que vous méritez.Jusque-là, daignez vous confier à moi ; votre jeunesse m’inspire autant de respect que d’intérêt.” Elle 11e répondit rien, et nous continuâmes à marcher.Je sentais son bras trembler sur le mien, et le trouble de la pudeur agiter sa démarche.Lorsque nous fûmes arrivés auprès d'une certaine allée, elle retira son bras : “ C'est ici, dit-elle ; il me reste, monsieur, à vous remercier.— Mais trouverez-vous votre mère, quelqu’un ?— Ma mère ne peut tarder à venir ; je vous remercie, monsieur.— Alors, permettez (pie je m’en assure ; car, pour le moment, je ne crois pas qu’il y ait per- son ne chez vous, et dans tout le voisinage je n’aperçois pas une .seule lumière.Veuillez me précéder; il y a plus d’honnêteté à ce que je vous remette aux mains de madame votre mère tpi’à ce qu’elle sache qu’un inconnu vous a reconduite." Pendant que je parlais ainsi, la timide enfant, à la vue d’une personne qui passait, était entrée dans l’allée, où je la suivis.Je n’osai plus, dans cet endroit obscur, lui offrir mon bras, ni l’intimider de mon approche ; néanmoins, comme au contour de l’escalier je vins à manquer la marche, elle me tendit sa main par un geste involontaire, et en la saisissant j’éprouvai ce vif enivrement qui est comme les prémices du véritable amour, mais ([tie je n’avais pas rencontré encore au milieu des sentiments factices et des convenances du grand monde.Quand nous fûmes parvenus au troisième’étage.la jeune tille ouvrit une porte.Je crus m’apercevoir qu’elle versait quelques larmes.“ Avez-vous quelque chagrin ?lui dis-je.— Non, monsieur.mais.je ne sais comment vous engager a vous retirer.Il me semble que vous ne devez pas entrer ici à cette heure.— Je n’entrerai pas, lui dis-je, si je vous chagrine si fort; mais j attendrai ici jusqu’à ce que votre mère soit de retour.Entrez, allumez une lumière, reposez-vous et ne m’enviez [tas, en souffrant ([lie je reste ici sur le seuil, le bonheur de croire ([tie je veille sur vous jusqu’à ce qu’un autre me relève.” Alors elle entra en déposant le manteau auprès de moi, et peu d’instants après une lumière parut qui éclaiia un modeste réduit, espèce de cuisine Propre et bien arrangée, où quelques meubles élégants contrastaient avec les ustensiles de ménage qui brillaient sur les tablettes.Dans ce moment, je ne pouvais pas voir les traits de la jeune fille ; mais son ombre, répétée sur les rideaux qui cachaient au lond de la chambre une alcôve retirée, me hissait deviner une taille charmante et les grâces d’un maintien à la fois noble et tout embelli de jeunesse.Au mouvement de l’ombre, je jugeai qu’elle était occupée à réparer le désordre de ses cheveux dont je voyais onduler les boucles flottantes alentour d’un cou dont la lueur de l’incendie m’avait déjà révélé 64 LE COIN DU FEU l’élégante beauté.Tout imparfait que fût ce spectacle, il me paraissait enchanteur, et de moment en moment mon cœur se livrait avec plus d’abandon à l’entraînante douceur d'un sentiment plein de charme et de vivacité.Cependant les instants s’écoulaient dans un absolu silence.L’ombre seule m’apprenait quelque chose de celle dont la vue était encore refusée à mes yeux impatients de la contempler.Je vis qu’elle s’était assise, la tête appuyée sur sa main ; mais un vacillement, (pie j’attribuai d’abord à la flamme tremblante de la lumière, me causait des illusions qui commençaient à me donner quelque inquiétude.Je regardais avec anxiété la figure, qui semblait se pencher pour se relever avec effort ; je croyais entendre quelques soupirs étouffés.A la fin, ne pouvant maîtriser mon trouble, j’entrai précipitamment.et je vis la jeune fille qui, pâle et les yeux éteints, succombait sous le poids de la fatigue, du malaise et du trouble.Eu un clin d’œil elle fut sur mes bras, et je la transportai sur le lit (pie cachaient les rideaux de l’alcôve.Là, je m’empressai de la couvrir de mon manteau: puis, cherchant parmi les ustensiles épars dans la cuisine, je trouvai bientôt du vinaigre, avec lequel j’humectai doucement son front et ses tempes.Je ne tardai pas à être inquiet de l’état de cette jeune fille et embarrassé de ma situation, non point qu’elle ne me parût plus charmante qu’aucune de celles où j'ai pu me trouver dans ma vie, mais parce que réellement elle pouvait compromettre et affliger justement celle qui m’était déjà si chère.A mesure que mes soins lui procuraient quelque soulagement, sa jolie main faisait quelques signes qui trahissaient les touchantes alarmes de sa pudeur.Alors je m’éloignais du lit, appelant de tous mes vœux le retour de la tnére, qui seule pouvait apporter un remède efficace aux angoisses de la jeune malade.Plusieurs fois je crus entendre, vers le seuil, quelque bruit qui m’annonçait son approche; mais, trompé dans mon attente, je rentrais bientôt dans mes perplexités.Après quelques instants de silence, ayant écarté doucement le rideau, je reconnus que la jeune fille s’était endormie paisiblement.Par un scrupule dont je compris la cause, elle avait écarté le manteau de dessus elle, et s’était enveloppée de la couverture.Je ne pus résister au désir de contempler ses traits, en sorte qu’ayant approché la lumière, mes yeux purent se repaître du spectacle de sa beauté, que rehaussaient un air de grâce négligée et le doux éclat d’une pâleur touchante.Quelques cheveux épars voilaient à demi son front virginal, tandis que son cou délicat reposait sur les tresses en désordre de sa longue chevelure.Jamais, dans une situation plus enivrante, de plus rares attraits n’avaient séduit ma vue ni plongé mon cœur dans le délire des plus vifs transports.Néanmoins j’eusse plutôt percé mon sein d’un fer qu’oser flétrir par un seul baiser les roses intactes de ce modeste visage.Seulement je m’étais baissé pour pouvoir respirer cette haleine, dont la douce atteinte suffisait à embaumer mon cœur et mon imagination des plus purs parfums de l’amour.“ C’est infâme ! Que faites-vous là ?Qui êtes-vous ?” Je me retournai, rouge et tremblant comme un coupable.“ Madame, balbutiai-je, je ne fais rien de mal.Vous l’apprendrez vous-même de la bouche de solre enfant, lorsque ce sommeil qui a suivi son malaise laura soulagée.— Quel malaise! dit-elle en baissant la voix.Qu’avez-vous à faire ici ?je ne suis pas sa mère.— Si vous n’êles pas sa mère, quel droit avez-vous pour vous courroucer ainsi, à propos des soins (pie je donne à une enfant que le hasard a remise à ma garde ?.— A votre garde ! Bien gardée, ma foi ! ! ! Indigne que vous êtes!.Est-ce qu’on s’introduit ainsi dans une maison honnête?.Sortez !.— Vous me paraissez, madame, emportée par de bien- vils soupçons, et au lieu de me retirer, comme c’était mon intention de le faire dès que je pourrais remettre à des mains sûres ce précieux dépôt, vos propos et votre air tendraient plutôt à me retenir dans ce lieu.— C’est notre voisine, monsieur, dit alors la jeune fille d’une voix tremblante ; elle ignore vos bontés.Veuillez la laisser auprès de moi, et recevoir les remercîments que je vous dois.— Je le ferai, puisque vous m’en priez.Mais puis-je encore vous être utile en cherchant à retrouver madame votre mère ou de lui porter de vos nouvelles ?.Toppfer.(A continuer.') TOUSSEZ-VOUS?Depuis un «Jour ! Une Semaine I Un.JVIoisI Une Année I Des Années! 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