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Titre :
Bulletin du parler français au Canada
Organe de la Société du parler français au Canada qui y publie des études de linguistique et des réflexions sur les conditions de l'évolution de la langue française au Québec et au Canada.
Éditeur :
  • Québec :Société du parler français au Canada,1902-1914
Contenu spécifique :
décembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeur :
  • Parler français
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Bulletin du parler français au Canada, 1907-12, Collections de BAnQ.

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DÉCEMBRE 1901 N» 4 /°*fi P-âos Vol.VI BULLETIN DU SOMMAIRE Pages 121—Étude sur l’histoire de la littérature canadienne—Michel Bibaud.L’abbé Camille Roy.132—La langue parlée au Nord-Ouest canadien.Philéas Gagnoe.138—Représentation graphique des temps.Adjutor Rivard.148— Livres et Revues (Canadiana).Adjutor Rivard.m 149— Questions et réponses.151—Lexique Canadien-français.Le Comité du Bulletin.158—Sarclures.Le Sarcleur.100—Anglicismes.^.Le Comité du Bulletin.RÉDACTION ET ADMINISTRATION LA SOCIÉTÉ DU PARLER FRANÇAIS AU CANADA UNIVERSITE LAVAL QUÉBEC Éditeur-dépositaire, à Paris; H.CUAMPION, libraire-éditeur, 9, Quai Voltaire. ALPHABET PHONÉTIQUE (Signes conventionnels pour la figuration de la prononciation) d’après MM.Gii.mkhon et l'abbé Roussei.ot Lettres françaises.Les lettres a, e, i, o, u, b, d, n, f, j, k, l, ni, n, p, r, t, v, ont la même valeur qu’en français.g=g dur (gateau); s==s dure (sa); ce — eu français (heureux); w —ou semi-voyelle (oui); g — i semi-voyelle (pied); u> — u semi-voyelle (huile); ë = e féminin (je); h marque l'aspiration.Lettres nouvelles.11=011 français (coucou) ; c — ch français (chez).Signes diacritiques.Un demi-cercle au-dessous d’une consonne indique que cette consonne est mouillée : l (son voisin de l + y, l mouillée italienne), k (son voisin de k + y), g (son voisin de g + y), u (gu français de agneau).—Un point au-dessous d’une consonne indique que cette consonne est prononcée la langue entre les dents: t, d (sons voisins de t + s, d + z ; c’est le t et le d sifflants canadiens de : ti, du).Les voyelles sans signes de quantité ou de finalité sont indéterminées (tantôt ouvertes, tantôt fermées), ou moyennes: a (a de patte), e (e de péril), o (o de hotte), œ (eu de jeune).—Les voyelles marquées d’un accent aigu sont fermées: à (a de pdte), é (e de chanté), o (o de pot), de (eu de eux).— Les voyelles marquées d’un accent grave sont ouvertes : à (a de il part), è (e de père), ô (o de encore), ce (eu de peur).—Les voyelles surmontées d’un tilde sont nasales : â (an de sans), e (in de vin), ô (on de pont), œ (un de lundi).—Suivies d’un point supérieur, les voyelles sont brèves a’, r, etc.; de dfux points, elles sont longues: a:, i:, etc.; d’un accent,-elles sont toniques: a', i', etc.Deux lettres qui se suivent, et dont la seconde est entre crochets, représentent un son intermédiaire entre les deux sons marqués.Ainsi, ô[o] = o demi-nasal.Les petits caractères représentent des sons incomplets.Il n’y a pas de lettres muettes dans la prononciation figurée; chaque son n’est représenté que par une lettre, et chaque lettre ne représente qu’un son. Voi,.VI, N“ 4.—Décembre 1907.ÉTUDE SUR L’HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE CANADIENNE (1) MICHEL BIBAUD (1788-1857) l’historien (suite! Au surplus, si l’on veut savoir quel lut, enfin, le véritable sentiment de Michel Bibaud sur ces événements de 1827 et 1828, voici comment, dans une page d’ailleurs concise et vigoureuse, il résume ses pessimistes impressions : « La politique partiale et bruyante de 1827 et 1828 avait fait rétrograder notre ordre social; fait disparaître presque entièrement de nos conseils le sens rassis, le bon sens politique ; semblait avoir fait croire que les antipathies, les animosités, les dissentions publiques, étaient l’état naturel de la société civile, que le bruit de la politique était préférable à la tranquillité sociale: dans son adolescente ardeur, l’esprit de parti, pris par les deux populations pour le véritable patriotisme, n’avait plus connu de bornes, n’avait plus su respecter les convenances politiques, et en quelques cas, les relations sociales : l’égoïsme, l’amour-propre, l’orgueil, l’ambition, l’infatuation, ou l’exaltation de quelques particuliers, avaient été par lui pris et donnés calomnieusement, ou absurdement, pour les opinions, les intérêts, les besoins et les vœux du pays ou du peuple : il avait entièrement perdu de vue le résultat probable, ou plutôt certain, de l’enchaînement des (1) Voir le Bulletin, janvier et juin 1904, avril, juin, septembre 1905.avri J septembre, novembre 1906, avril, juin, octobre 1907.121 122 Bulletin du Parler français au Canada causes et des effets ; méconnu le danger du progrès et de l’entraînement.Au milieu de scènes bruyantes, lascineuses et assourdissantes, ceux qui en creusant un torrent lui avaient imprudemment donné une pente trop rapide, devaient y être entraînés imperceptiblement.Cette bouillante effervescence, celte tourmente avait compromis notre population, qui ne fut sauvée de l’état social ou politique quelle appréhendait, et dont elle était menacée, que par le résultat inattendu, la tournure imprévue donnée en Angleterre aux affaires du Canada, à la fin de juillet 1828 (,).Notre beau pays avait été troublé, une partie de notre intéressante jeunesse avait été détournée d’occupations utiles, de l’application aux études nécessaires à son avenir, par une malheureuse question de finances qui, de quelque manière qu'elle fut décidée, ne devait faire ni perdre ni gagner annuellement un denier à chacun des individus de la province.Notre politique indigène, déjà moins rationnelle que tranchante, particulièrement dans les résolutions de nos chambres législatives, semblait avoir fait perdre.dans ces chambres et hors de ces chambres, à nos mœurs et à nos habitudes sociales, quelque chose de celte tranchise, de cette douceur et de cette amabilité, louées par presque tous les historiens, les écrivains et les voyageurs qui ont parlé du Canada et des Canadiens;.elle avait retardé les progrès de l’industrie, et particulièrement des arts, des sciences et des lettres.» On ne peut méconnaître qu’il y ait beaucoup de dures vérités dans cette page où se montre la philosophie de l’historien.Michel Bibaud comprend à merveille les inconvénients d’une politique d’agitation où la violence des esprits ne permet plus d’entendre les'conseils de la prudence; et l’on ne pourrait que souscrire à son jugement s’il avait pris soin de suffisamment analyser d’abord les causes de ce bouleversement social, d’assigner à chacun sa part des responsabilités.Mais il semble qu'à mesure que nous approchons de la crise finale où va se dénouer dans le sang le conflit d’intérêts si opposés, Bibaud soit de moins en moins capable d’un tel discernement, et qu’il s irrite d avantage de 1 attitude intransigeante de ses compatriotes.Sans indiquer lui-même (1) A la Chambre des Communes, on loua et blâma tour à tour le parti canadien et le parti anglais ; le rapport du comité chargé d’étudier la question, fut favorable dans son ensemble à notre chambre des députés.Lord Dalhousie fut rappelé.(2) Hist, du Canada, II, 400-401. Étude sur l’Histoire de la littérature canadienne 123 d’aulre remède à la situation qu’une modération qui ressemble étonnamment à une stérile résignation, il ne sait qu’accabler de ses plus vifs reproches ceux qui continuaient la lutte, et qui par leurs paroles et leurs actes l’aggravaient encore.Certes, l’historien impartial doit blâmer comme il convient les impatiences juvéniles et compromettantes d’une Chambre qui ne savait pas attendre l’heure opportune, et qui refusait même d’accepter les compromis honorables que lui offrait Lord Aylmer; il ne saurait approuver tous ces excès de langage et tous ces articles de journaux acrimonieux qui ne pouvaient qu’envenimer la querelle, qui aboutirent, en effet, à des bagarres sanglantes'1 11, et rendaient beaucoup plus difficiles à offrir les concessions gouvernementales; il doit aussi condamner certaines audaces plutôt démagogiques dont se rendit coupable Papineau, et qui éloignèrent alors de lui quelques-uns de ses plus fermes lieutenants, comme Neilson, Cuviller, Quesnel et Debartzch : mais nous ne pensons pas qu’il ait pour cela accompli toute sa tâche, et il lui reste encore sans doute à distribuer avec quelque mesure et impartialité ses réprimandes et ses sympathies.* * * Entre toutes les actions qu’il faut mettre au compte de l’exaspération patriotique des agitateurs de 1830, il n’en est pas pour laquelle Bibaud se soit montré plus sévère, ni plus irrité que les fameuses 92 Résolutions.Avouons qu’il n’en est pas, non plus, où se soient mieux traduites l’inexpérience et l'exaltation des chefs politiques de ce temps.On assure que c’est Morin, inspiré par Papineau, le bon et doux Morin que l’on retrouve si sage après 1840, qui rédigea dans le style pompeux et emphatique des révolutionnaires notre « déclaration des droits de l’homme ».Nos patriotes voulurent alors faire grand, aussi grand que les constituants de 1789, et se montrèrent plus solennels que les congressistes de Philadelphie en 1774.Ils firent entrer dans les 92 Résolutions, outre leurs griefs véritables, des déclarations de principes démocratiques, des critiques de la constitution anglaise, des éloges de la république américaine, et des menaces à peine voilées de rébellion et d’annexion, qui ne pouvaient qu’effrayer (1) Au mois de mai 1831, pendant l’élection d’un député pour la ville de Montréal, il y eut des désordres si graves que l'on dut faire sortir les soldats anglais de la garnison pour les réprimer; trois citoyens, amis de Papineau, furent tués par les soldats qui firent feu sur la foule. 124 Bulletin du Parler français au Canada ou indisposer le gouvernement anglais.Tout cela pouvait être sincère, mais tout cela fut infiniment maladroit.Aussi, sans égard pour ce qu’il pouvait y avoir de légitime et de juste dans quelques-unes de ces 92 Résolutions, voici comment Michel Bibaud apprécie ce document.«Le 17 (février 1834), M.Bédard (Elzéar) présente le commencement de cette série, qui doit atteindre le nombre 92, fruit incohérent, pour ne pas dire monstrueux, d’un travail où l’on put reconnaître évidemment la manière de penser et d’écrire de M.Papineau.d'1 2’ Et après avoir donné au lecteur la substance des 92 Résolutions, il ajoute ce violent commentaire: «Tel est le résumé d’une œuvre dont on n’aurait pu trouver nulle part le pendant, l’eût-on cherché dans les annales de la plus grande démence révolutionnaire.Peu d’hommes pouvaient croire qu il fût décent ou prudent de dénaturer les faits, d’invectiver, d’insulter et de menacer d’une manière si folle et si furieuse; tous devaient voir dans cet incongru verbiage les efforts pénibles faits pour trouver les termes les plus injurieux et leur donner la tournure la plus offensante : les passions concentrées de l’orgueil, de l’amour-propre blessé, de la haine invétérée, et de 1 aveugle esprit de vengeance, ne trouvant pas assez d’espace pour se déborder, d’issues assez larges pour s’exhaler; l’effervescence cérébrale, enfin le délire politique parvenu à son plus haut paroxisme Michel Bibaud ne pouvait guère en un style plus violent accentuer davantage ses répugnances et ses dédains de bureaucrate.Et nous pourrions bien un peu retourner ici contre lui les reproches qu’il adresse sans cesse à Papineau, lorsque le tribun porte sur tous les points de la province son éloquence si âpre, et ses déclamations stridentes.Bibaud et Papineau sont tous deux aux extrémités opposées d’une situation où ni les excès de complaisance, ni les crises d’une rage impuissante ne pouvaient utilement servir la cause des Canadiens.Le premier ne paraît pas avoir le courage qu’il faut pour démasquer la duplicité du fonctionnarisme officiel, et le second s’enhardit jusqu’à compromettre par sa trop libre parole les droits imprescriptibles qu’il voudrait conquérir.Ni l’un ni l’autre ne peuvent, à ce moment de l’histoire de nos luttes nationales, recueillir l’unanime approbation des contemporains et de la postérité.(1) Hist, du Canada, III, 198-199.(2) Ibid., III, 209-210. Étude sur l’Histoire de la littérature canadienne 125 Cependant, et quoi qu’il en soit, si nous devons regretter que les agitations qui ont précédé 1837 n’aient pas été conduites toujours avec la sagesse et la modération qui conviennent, nous ne pouvons nous empêcher d’éprouver une vive sympathie pour le geste impatient et sincère de tous ces hommes qui tenaient tête à une oligarchie conservatrice toute puissante, et luttaient sans fatigues pour arracher à leurs maîtres des libertés légitimes.Nous estimons que cette période de notre histoire, malgré les imprudences qui ont pu retarder le succès de nos revendications, est l’une des plus généreuses, et l’une des plus instructives pour la postérité.Bibaud, lui, en juge tout autrement, et au moment de déposer la plume qui a raconté toutes les péripéties d’un drame si mouvementé, il écrit : «Les sept années (1830-1837) que nous venons de parcourir forment indubitablement une des périodes les plus tristes de l’Histoire du Canada et des Canadiens sous la domination anglaise, sans en excepter celles du «règne militaire», et des deux guerres américaines ; car si la guerre fait appréhender des périls et cause des terreurs, elle offre aussi, pour récréer l’esprit, des actes héroïques, souvent des triomphes et de la gloire; mais les contentions des factions, les discordes civiles, l’anarchie ne produisent qu’aigreurs, haines, animosités, méfiances réciproques, anxiétés et afflictions d’esprit.» (1) L’état d’âme, irrité, qui fut celui de Michel Bibaud, quand il a raconté nos luttes politiques, enlève à son histoire l’autorité, la valeur scientifique qui est indispensable à cette sorte d’œuvre littéraire.Il faut lire cette Histoire du Canada avec précaution et défiance, et c’est peut-être pour cela qu’on ne la lit guère aujourd’hui.Mais cela piême nous fait aussi vivement et doublement regretter que nous ne puissions avoir à lui opposer, pour les confronter du moins et, peut-être, les corriger l’une par l’autre, YHistoire du Canada qu’avait écrite cet autre témoin des mêmes événements, le docteur Labrie.Labrie n’était, certes, pas de l’école de Bibaud, encore que, en 1807, il ait paru réprouver la littérature trop agressive du Canadien, et fondé, pour donner un modèle de véritable journalisme politique, prudent et modéré, le Courrier de Québec.(1) Hist, du Canada, III, 504-505. 126 Bulletin du Parler français au Canada Mais, au témoignage de Bibaud, La brie s’était laissé lui-même entraîner, et plus d’une lois, dans le courant des effervescences juvéniles, et c’est de lui qu’il a dessiné ce portrait : « Homme laborieux, instruit, mais esprit excité, impatient du frein de l’opposition ou de la contradiction, susceptible de se courroucer à la vue d’abus réels ou apparents, en se les exagérant outre mesure, le docteur Labrie devait voir tout bien d’un côté, et tout mal de l’autre ; ne pouvait pas être un écrivain politique impartial, même en s’efforçant d’être équitable.» (1) Ce jugement de Bibaud nous laisse assez entrevoir que l’Histoire du Canada faite par Labrie devait assez peu ressembler à celle du bureaucrate dont nous étudions l’œuvre.Mais l’attitude plutôt calme et froide qu’avait prise le fondateur du Courrier de Québec au début même des batailles du journalisme politique, nous permet aussi de penser que nous aurions trouvé dans les pages où il racontait les agitations de la vie publique contemporaine une plus juste appréciation des événements et des causes qui les ont déterminés.Ce qui est certain, c’est que l’œuvre historique de Michel Bibaud ne paraît pas avoir captivé beaucoup, ni retenu longtemps l’attention du public.Sans doute, le dernier volume, celui qui raconte les événements qui se sont passé depuis 1830 jusqu’à 1837, n’a été publié qu’en 1878, longtemps après la mort de son auteur, mais le deuxième volume, celui qui comprend toute la première période de la domination anglaise (1760-1830) a été livré au public en 1844, et le premier volume qui raconte l’histoire de la domination française a été successivement édité en 1837 et en 1843, et l'on ne voit pas que l’on s’en soit beaucoup préoccupé.Pendant que l'Histoire du Canada que Garneau commença à publier en 1845, excitait partout la plus vive admiration, alimentait le patriotisme des jeunes gens dans les collèges, et attirait à son auteur des éloges enthousiastes, l'Histoire que venait de publier Michel Bibaud, et qui heurtait de front les convictions ardentes de la plupart des lecteurs, ne pouvait provoquer beaucoup d’applaudissements.De Gaspé affirme même que lorsqu’apparut l’œuvre de Garneau, l’histoire de notre pays était encore lettre close pour les Canadiens français l2).(1) Hist, du Canada, II, 311.(2) Les Anciens Canadiens, par De Gaspé, p.201, 1er édition.Voir aussi, à ce sujet, les Souvenances Canadiennes, encore inédites, de l’abbé Casgrain, II, 81. Étude sur l’Histoire de la littérature canadienne 127 Cependant, l’on ne peut nier que Michel Bibaud ait fait de considérables efforts pour donner à son ouvrage une réelle valeur scientitique.Et rien ne le fait mieux voir que 1 étude comparée des différentes éditions qu il a données de son premier volume.C’est dans la Bibliothèque Canadienne, recueil littéraire fondé par Bibaud lui-même, en 1825, et dans le premier numéro paru au mois de juin, qu’il commença à publier ce récit.Chaque livraison contenait une partie, une tranche de 1 histoire de la domination française, et le dernier numéro du recueil, daté de juin 1830, en livrait au lecteur les dernières pages.Ce n’est qu’en 1837, que Bibaud publia en volume cette première partie de son travail : or ce volume était déjà en réalité une seconde édition revue et augmentée ; le texte qu’on y lit est fort différent de celui de la Bibliothèque Canadienne.En 1843, parut la deuxième édition de ce premier volume, et nous y voyons un texte encore tout autre, et cette fois beaucoup plus abondant et plus satisfaisant que celui des éditions précédentes.L’auteur a surtout corrigé bien des erreurs où il avait donné, à la suite de Charlevoix, sur Cartier et Bober-val, et il s’étend plus librement sur les périodes intéressantes de la découverte et de la conquête.Des collaborateurs qu’il accueille avec bienveillance l’aident dans son travail, et publient dans la Bibliothèque Canadienne, en 1827, une série d’articles et de documents sous le titre général de Matériaux pour l’Histoire du Canada.Lorsque, d’ailleurs, des documents nouveaux lui tombent sous la main, et lui permettent de rectifier sa première rédaction, Bibaud s’empresse d’en informer le public ; le premier article du premier numéro du Magasin du Bas-Canada, qu’il publie le 1er janvier 1832, est consacré à remettre au point certaines pages de la Bibliothèque Canadienne que Bibaud lui-même avait écrites sur Sébastien Cabot et Jacques Cartier.Michel Bibaud s’est imposé un semblable travail de revision et de remaniement de texte pour la première partie de son deuxième volume, lequel parut d’abord, sous forme d’articles, dans le recueil l’Observateur, publié en 1830 et en 1831.Il est regrettable qu’au fur et à mesure qu’il retouchait ses manuscrits, Bibaud n’ait pas songé à élargir davantage le cadre de son Histoire, et à y faire entrer plus de faits et d’idées sur la vie économique, sur les institutions sociales et sur les mœurs de son pays.Le deuxième et le troisième volumes surtout sont trop 128 Bulletin du Parler français au Canada exclusivement consacrés aux agitations parlementaires et électo-îales du Canada.Cest à la Chambre des députés, sans doute, et au Conseil législatif que se concentrait alors la vie politique, mais encore eût-il été opportun pour l’historien de cette époque de jeter un coup d œil plus attentif sur tous les mouvements de la civilisation canadienne, et de nous mieux renseigner, par exemple, sur les questions de colonisation, de commerce, et d’éducation qui sont si intimement liées à la fortune du pays.Mais la vie parlementaire elle-même sur laquelle l’auteur a tant insisté ne nous est pas présentée, dans cette Histoire, d’une façon suffisamment personnelle et intéressante.Michel Bihaud avait sous la main les discours des gouverneurs, les adresses de la Chambre des députés, et aussi tous ces vœux formulés par la majorité, et qu’en langue canadienne et impropre on appelle des résolutions.et il s est abondamment et copieusement servi de tous ces documents officiels.Il les cite longuement, et il les cite sans cesse; et l’on passe d’un document à un autre, d’un discours à une adresse, et d’une adresse à une résolution, et l’on finit par perdre pieds, et par ne plus savoir où l’on va ni d’où l’on vient.La méthode la plus détestable dont puisse user un historien est bien celle qui consiste à coudre bout à bout les pièces officielles sur lesquelles doit s’étayer son œuvre.Son métier à lui doit être plutôt de nous épargner la peine de lire tous ces informes matériaux, et d’en extraire pour nous les faits essentiels, les idées générales, la substance et la moelle.Bibaud ne le fait pas assez; il trouve plus commode de servir tout crus ces morceaux indigestes, et le mérite littéraire des deux derniers volumes de son Histoire en est d’autant diminué.Ajoutons à cela que la mauvaise rédaction des tables des matières, et que la division par livre que l’auteur a finalement adoptée, offrent cet inconvénient particulier que chacun de ces livres, formé d’une suite trop longue de documents, et pas assez fourni de dates précises, oblige le lecteur qui veut consulter l’ouvrage, à feuilleter longtemps avant de se retrouver au bon endroit, et laisse souvent l’esprit en proie à une fatigante incertitude chronologique.Et pourtant Michel Bibaud sait être intéressant quand il veut se donner la peine de bien arranger son récit, d’exprimer sa propre pensée, et de nous donner ses conclusions.Aussi voudrait-on celles-ci Étude sur l’Histoire de la littérature canadienne 129 plus nombreuses, plus souvent distribuées à travers les événements ; l’auteur se contente trop volontiers de raconter rapidement et brièvement les faits.L’on ne peut nier, cependant, qu'il y ait malgré cette sobriété et cette sécheresse dont est coutumier l’esprit de Bibaud, des pages de Y Histoire du Canada qui sont bien écrites, lortes, et d’une allure toute classique.Jamais, certes, Bibaud ne cherchera à agrémenter ses narrations, même lorsque l’événement pourrait s’y prêter: il paraît s’interdire tout effort d’imagination, ou plutôt il laisse apercevoir à chaque instant qu’il n’en peut faire.Il s’attardera, par exemple, pendant trois pages à nous informer minutieusement du cas du juge Foucher, accusé d’irrégularités judiciaires 11’, tandis qu’il rapporte en quelques lignes seulement l’héroïque bataille de Chateauguay ®.Mais l’esprit de Bibaud, indigent plutôt que varié, excelle parfois à tracer de petits portraits, ou à composer des jugements dont le style est d’une rare fermeté.Voici comment, après avoir raconté l’œuvre de Champlain, il ramasse en quelques lignes les traits principaux de son caractère.« C’était un homme de bien et de mérite: il avait des vues droites et était doué de beaucoup de pénétration.Ce qu’on admirait le plus en lui, c’étaient son activité, sa constance à suivre ses entreprises; sa fermeté et son courage dans les plus grands dangers ; un zèle ardent et désintéressé pour le bien de l’état ; un grand fonds d’honneur, de probité et de religion.Au reproche que lui fait Lescarbot d’avoir été trop crédule, Charlevoix répond que c’est le défaut des âmes droites, et que, dans l’impossibilité d’être sans défauts, il est beau de n’avoir que ceux qui seraient des vertus, si tous les hommes étaient ce qu’ils devraient être.» Si donc il y a dans YHistoire du Canada de Michel Bibaud, une littérature généralement trop diffuse, et parfois un décousu bizarre auquel l’expose l’ordre chronologique qu’il observe ; si l’on pourrait souhaiter que l’auteur se préoccupât davantage de faire la synthèse des événements qu’il raconte, il est incontestable que parlois aussi il y a des pages qui retiennent l’attention, qui font réfléchir le lecteur, et où s’exprime avec vigueur la langue plutôt abstraite de l’historien.Au lendemain de la mort de Michel Bibaud, le rédacteur d’un journal de Montréal, le Pays, disait de YHistoire du Canada : « C’est une œuvre méritoire, nous le reconnaissons volontiers, malgré les erreurs qu’on y rencontre, et quoique nous soyons loin d’en partager toutes les opinions.Nos idées politiques et celles de Michel Bibaud ne furent pas les mêmes.Cependant nous admirons l’indépendance de son caractère, et nous sommes et nous serons souvent heureux de le citer à l’appui de nos principes démocratiques ». Ce jugement est assez exactement celui de la postérité.L'Histoire du Canada de Michel Bibaud est aujourd’hui inférieure au point de vue de la vérité historique à celles qui ont été faites depuis, et qui ont bénéficié de recherches plus étendues, et d’informations plus précises.L’esprit dont elle est pénétrée en fait la lecture plutôt désagréable, et l’empêchera toujours d’être un livre' populaire et vraiment national.Mais elle peut être utile à consulter, et elle doit être consultée à cause des documents précieux qu’elle enferme, et plus encore à cause même des tendances (1) Hist, du Canada, II, 305-306.(2) Le Pays, 4 août 1857. Étude sur l’Histoire de la littérature canadienne 131 bureaucratiques de son auteur.N’est-il pas toujours bon de connaître la pensée de ceux qui nous sont contraires, et cela ne nous empêche-t-il pas de tomber dans des excès opposés à leurs excès?La situation périlleuse qui nous lut faite par l’acte constitutionnel de 1791, et la situation plus difficile encore où s’engagèrent eux-mêmes les patriotes, sont des questions politiques très complexes que nos historiens n'ont peut-être pas encore assez froidement étudiées, et que Garneau, venu après Bibaud, n’a pas non plus tout à fait résolues.Ne peut-on pas du moins déjà les corriger l’un par l’autre?Et si Michel Bibaud, qui eut le tort très grave de n’apercevoir jamais que les fautes des chefs de la résistance, leur a précisément, quoique trop amèrement reproché leurs extravagances, ne lui doit-on pas pourtant savoir quelque gré d’avoir ainsi montré tout un aspect trop ignoré de ces brûlantes questions ?Pour nous, qui regrettons, certes, que Bibaud se soit laissé trop souvent entraîner en des courants d’opinions inacceptables, nous devions, semble-t-il, au cours de ces Etudes sur les origines de notre littérature, lui bien marquer sa place en tête de la liste de nos historiens.Camille Roy, Plre LA LANGUE PARLÉE AU NORD-OUEST CANADIEN «Vocabulaire de mots et d’expressions en usage chez les traiteurs et coureurs de bois de toutes nations, dans le Nord-Ouest Canadien, au commencement du siècle dernier, ayant pour la plupart un sens différent de celui qu’elles ont maintenant dans la langue française.» Ce glossaire est tiré d’un volume qui a échappé aux auteurs de la Bibliographie du parler français au Canada, et dont le titre se lit comme suit: « Report of the trials of Charles De Reinhard and Archibald M’Lellan, for murder, cd a Court of Oyer and Terminer, held at Quebec, May 1818.From minutes taken in shorthand, under the sanction of the Court, Montreal, 1818.» La partie de ce volume que nous traduisons ci-dessous est intitulée : A glossary of some words in use in North-West America, either peculiar to the Fur-Traders and Canadians, or such as are used in a different sense from their proper French construction.On a voulu faire saisir le sens propre attaché à un certain nombre d’expressions qui se rencontrent dans les témoignages entendus pendant le cours de ce célèbre procès, et que l’on trouve ci-dessous en italiques.Agrès.—Tout l’équipement et l’attirail d’un canot.Allège, un canot allège.— Se dit d’un canot léger, propre au transport des personnes seulement, et non des marchandises.Anglais.— Cette appellation est exclusivement employée pour désigner les engagés de la Compagnie de la Baie d’Hudson, qu’ils soient Français, Anglais ou Métis, pour les distinguer des traiteurs du Canada, qu’on nomme Français, sans tenir compte, pour ces derniers non plus, de leur origine, ni de leur langage.Arpent.—180 pieds français.Aviron.—Pagaie.Barre, barre de canot.— Ternie employé pour désigner les barres transversales d’un canot d’écorce de bouleau, ainsi que les espaces entre chacune de ces barres.132 La langue parlée au Nord-Ouest canadien 133 Bois-brulés, Métifs, Half-breeds.— Noms donnés à cette population mixte, qui existe au Nord-Ouest à cette date, provenant des relations des Européens et Canadiens avec les sauvagesses.Ces appellations sont synonymes.La première tirerait son origine du teint sombre de ces métis, que 1 on compare à 1 apparence d’une forêt de sapin où le feu a passé (chose assez commune en ces lieux) et qui revêt alors une couleur d un brun sale; la seconde serait une corruption de l’espagnol Mestice ; la troisième est le mot anglais, qui signifie demi-race.Bouleau (écorce de).—Dont les sauvages se servent pour faire leurs canots ; ils en font aussi usage pour y tracer de grossiers dessins qui leur servent de cartes géographiques (Birch bark map).On les voit aussi employer des peaux de buffles repassées pour y peindre des scènes de guerre et de chasse.Bourgeois.—Maître, patron; appliqué spécialement à celui qui occupe le commandement d’un poste de traite ou d un canot (qu’il soit associé ou commis), et généralement appliqué aussi à la classe des Messieurs, occupant une position supérieure à celle des domestiques ou engagés.Brigade.— Une flotte de canots, allant ou venant d’un poste de traite ou d’un département.Butin.—Effets, marchandises, hardes et tous autres articles d’usage personnel.Cache.—Lieu de cachette; aussi, la chose cachée; amas de provisions cachées; lieu (généralement sous terre) où des provisions ou autres articles sont cachés dans les bois, ou sur le bord des rivières, pour y rester jusqu’à la saison suivante, ou jusqu’à ce que ceux qui les y ont mis reviennent les chercher; en cache, ainsi caché.Cacher.—Receler ou cacher aux susdits endroits.Cage.—Un radeau.Cajeux.—Petit radeau.Canot.—L’équipage d’un canot est connu sous les différentes dénominations de bouts, milieux, devant et gouvernail.Les bouts, sont ceux qui pagayent à la proue et à l’arrière; celui qui est à la proue est appelé devant ou contremaître (foreman) et prend le commandement, à moins qu’un guide soit à bord ; celui qui est à l’arrière conduit le canot et est appelé le gouvernail ; et tous ceux qui sont entre la proue et l’arrière sont les milieux ; les gages des bouts sont plus élevés que ceux des milieux. 134 Bulletin du Parler français au Canada Canot du nord.—Canot de forme particulière pouvant servir dans les rivières peu profondes et où la navigation est difficile; il a à peu près la moitié de la grandeur d’un canot de Montréal, dont on se sert entre Montréal et le Fort William.Capot.—Paletot; capot de couverte, paletot fait d’une couverture.Carabine.—Fusil à canon rayé (Rifle).Chaudière.—Sert à indiquer la quantité de provisions pour tout le monde, pour un repas; faire la chaudière, faire cuire les vivres.Conseils.—Généralement employé pour désigner les réunions entre nations ou tribus sauvages; ou entre les traiteurs et les sauvages.Dalle.—Chenal étroit, mais profond.Département.—Partie du pays dont le commerce est sous la surintendance spéciale d’un ou plusieurs associés ou bourgeois.Engagé.—Domestique à gage ; désigne spécialement les canadiens qui s’engagent comme voyageurs, pour un certain nombre d’années, au service des traiteurs.Equipement.—Les hardes et autres articles fournis annuellement aux commis et domestiques des traiteurs; toute personne ainsi employée recevait un attirail proportionné à l’importance de son poste.Espérer.— Outre son sens propre, ce mot est très souvent employé dans le sens de: attendre, arrêter; Espéré : un peu, attendez un instant.Folle-avoine.—Espèce de riz sauvage qui pousse en abondance le long des lacs et des rivières de 1 ouest.Eort.— Les postes de traite sont toujours appelés forts, quoique en général ils ne soient pas autrement fortifiés q e par des pieux ou des piquets ; de fait chaque habitation de l’Ouest est appelée un fort.Eranc, adj.— Supérieur ; on applique ce qualificatif aux meilleures choses, de quelque espèce qu’elles soient.Ainsi, pour du bon poisson, on dit: du poisson franc; un homme qui parle nettement parle franc; du bois franc, etc.Franc, subs.—Une livre.Français.—S’emploie exclusivement pour désigner les traiteurs canadiens, de n'importe quelle nation, pour les distinguer de ceux de la Baie d’Hudson, qui sont invariablement appelés Anglais. La langue parlée au Nord-Ouest canadien 135 Freemen ou Hommes libres.— Canadiens ou autres ni sauvages ni métis, qui résident dans ces pays sauvages, comme chasseurs, pêcheurs ou cultivateurs, et qui ne sont pas au service des traiteurs.Gabare.—Gabarit ou modèle servant à façonner un canot d’écorce.Galet.—Fond de roches unies; ne s’applique jamais dans son sens ordinaire de cailloux roulés.Gomme, gommer un canot.—Rendre imperméable les joints d’un canot d’écorce de bouleau, en se servant de gomme ou de résine, tirée du pin.Gouvernail.— Celui qui a la conduite d’un canot; celui qui le gouverne avec une pagaie, le canot n’ayant point de barre ni de gouvernail proprement dit.Gratter.—Décamper lestement, détaler.Grémens.—Attirail de chasse ou de pêche, hardes, etc.(Mot bâtard français dont se sert le Capitaine d’Orsonnens.) Guide.—Celui qui a la conduite d’une flotte de canots comme pilote ou conducteur.Hangard.— Foute dépendance, soit un appentis, soit une remise, soit un autre bâtiment quelconque, pourvu qu’on y emmagasine les marchandises.Hioernement.—Le temps de l’hiver dans un poste de traite.Livre.—L’ne livre, monnaie courante du Nord-Ouest, vaut le double de celle du Canada ; une livre du Nord-Ouest étant égale à deux livres ou francs de Montréal.Mangeur de lard.—Se dit des engagés qui vont seulement jusqu’au Lac Supérieur et reviennent à Montréal à l’automne.Se dit aussi des novices qui s’engagent pour Yhivernement une première fois.Appelés mangeurs de lard, parce que cette sorte de viande est la principale nourriture des Canadiens, jusqu’à ce qu’ils atteignent l’intérieur des terres, où il n’y en a plus et où ils sont obligés de s’en passer.Marche.—Une journée de marche, c’est-à-dire l’espace que parcourt un canot pendant une journée.Marron.—Un déserteur, un fuyard.Mêtifs.—Voir Bois-brulés ».Nager.—Pagayer.Nique.—Nid.Appliqué à la barre d’un canot; la barre qui avoisine l’homme qui fait l’office de gouvernail. 136 Bulletin du Parler français au Canada Pemican
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