Le Canada-français /, 1 mai 1920, La mission des prêtres savoyards au Canada
Vol.IV, No 4.Québec mai 1920.LE CANADA FRANÇAIS Publication de l’Université Laval LA MISSION DES PRÊTRES SAVOYARDS AU CANADA Au printemps de 1914, je revenais d’un séjour de quelques mois à Rome, et en me rapatriant, je me suis arrêté à Annecy en Savoie, pour y revoir, après quelque trente années de séparation, un ancien condisciple du Séminaire Français, devenu d’abord professeur au Grand Séminaire de son d:o-cèse d’origine, et plus récemment, chanoine théologal du chapitre de la cathédrale.Nous avions été compagnons de promenade durant nos deux années d’études romaines, et j'avais eu le bonhepr de passer les trois mois de vacances qui les interrompirent dans un délicieux et pittoresque village de la Haute Savoie, hôtes tous les deux d’un vénérable curé, oncle de mon camarade et plein de bienveillance pour le jeune prêtre du Canada, ami de son neveu.Vacances pleines de charmes, occupées tour à tour par des travaux de ministère paroissial et par des visites à tous les curés hospitaliers dont les églises couronnaient chacune un plateau alpestre tout voisin des neiges perpétuelles, ou reposaient comme dans un nid dans une verdoyante vallée où le tintement des clochettes des troupeaux s’harmonisait avec le murmure ou le grondement d’un torrent glacé.Puis, nous entreprenions quelques excursions plus lointaines 226 Le Canada français à Chamonix, au pied du Mont Blanc, au sanctuaire de Notre-Dame de la Gorge, à Sallanches, à Taninges et à maint autre endroit dont le nom se rencontre dans la vie de saint-François de Sales, apôtre de ce pays encore tout animé de son vivant et édifiant souvenir.Comment ne pas revoir à vol d’oiseau ce pays en chanteur et revivre un peu le passé avec l’ami de ma jeunesse sacerdotale qui m’en avait rendu le séjour inoubliable ?Après deux ou trois jours passés sous le toit hospitalier du Grand Séminaire, transféré après les dernières confiscations à Pringy, dans le voisinage d’Annecy, je prenais congé de mon cher condisciple et de son vénérable supérieur, lequel a depuis été promu à la dignité de Doyen du chapitre diocésain.“ Voici, dit celui-ci, en me présentant une brochure de quelque quatre-vingts pages, une page d'histoire que vous pourrez compléter à l’aide des archives de l’Archevêché de Québec.—Ma foi ! me dis-je en moi-même, où ne trouve-t-on pas quelque souvenir de mon pays ?” Cette brochure n’a pour tout titre que ces deux mots L'abbé Du Clot 1748-1821 (l), qui, à première vue, n’indiquent rien qui rappelle le Canada.Et pourtant, on y trouve la relation d’un épisode de l’histoire de l’Église de Québec qui ne manque pas d’intérêt et dont plusieurs détails sont restés inconnus du plus grand nombre.Ces déta:ls nous les empruntons en partie à la notice biographique de l’abbé Du Clot, en partie aux archives de l’Archevêché de Québec.* * * Mais qui donc était cet abbé Du Clot, et à quel titre se trouva-t-il en relation avec le Canada ?(*) L’abbé Du Clot, par l’abbé J.Mouthon, curé de Chens, Thunon-les-Bains, 1908. LA MISSION DES PRETRES SAVOYARDS AU CANADA 227 C’était un prêtre distingué du diocèse d’Annecy, qui, en 1781, s’offrit et fut choisi avec trois confrères, pour aller au Canada travailler au ministère des âmes et ainsi venir en aide au clergé de ce pays dont le nombre allait toujours diminuant depuis la conquête.Plusieurs causes avaient contribué à éclaircir les rangs du clergé canadien.Il est vrai que les prêtres qui retournèrent en France ne furent pas nombreux ; mais la mort en avait enlevé plusieurs; les Jésuites et les Récollets, condamnés à l’extinction graduelle, par décision des nouveaux maîtres du pays, ne comptaient plus que de rares sujets, la plupart avancés en âge; le Petit Séminaire de Québec, dont les classes avaient dû être réorganisées en 1765, après la fermeture du Collège des Jésuites, et le Collège de Montréal récemment ouvert (1767) ne donnaient pas encore l'espoir d'un recrutement prompt et abondant.De plus, l’emploi des sujets réclamés pour l’enseignement dans ces maisons d’éducation enlevait autant d’ouvriers au ministère paroissial.Aussi, était-ce pour fournir au professorat que Mgr Briand pour Québec, et M.Montgolfier, supérieur de Saint-Sulpice, pour Montréal, désiraient ardemment des renforts de France.Ce même Prélat (Mgr Briand) écrivait M.de Villars(1) au cardinal Antonelli, préfet de la Propagande, ajoute qu’il a bien de la peine à fournir au Collège et Séminaire, et que, si la paix se faisait, il est comme assuré que les Anglais ne s'opposeraient pas qu’on fit venir de Paris quelques bons prêtres, tant ils (les Anglais) sont raisonnables et favorisent la religion.“Que ce soit par politique ou par raison d’État, qu’importe à la Religion ”.Ce sont les paroles mêmes de ce Prélat respectable (Mgr Briand), que le Seigneur, dans le jour de sa miséricorde, a choisi et destiné pour le gouvernement très difficile et très pénible d’une Église où la foi a toujours été très pure et les mœurs édifiantes.!2) (') M.Benjamin-Louis de Villars, venu au Canada le 9 août 1743, retourna en France en octobre 1756.En 1751, il était supérieur du Séminaire de Québec.(Tanguay Répertoire du Clergé.) 11 servait à Paris d’intermédiaire entre l’Evêché de Québec, dont il était grand vicaire, et la Cour de Rome.(2) Lettre du 4 février 1781.Le ton de cette lettre est par trop optimiste, comme on en jugera par la suite.Mgr Briand, écrivant à M.de Villars le 9 novembre 1781, se plaint de la 228 Le Canada français Pour combler les vides, il semble tout naturel que le chef de l’Église de Québec s'adressât tout d’abord à la mère-patrie, la France, qui avait implanté la fo’ au Canada et qui, fidèle à son rôle de fille aînée, avait donné sans compter à cette jeune église des ouvriers de première valeur dont le zèle et le courage avaient fait revivre sur le sol d’Amérique la ferveur des temps apostoliques.Mais, hélas ! il fallait compter avec les préjugés des nouveaux maîtres, convaincus, bien à tort, que l’influence de prêtres venus de France ranimerait l’attachement pour la mère-patrie jusqu'à ébranler la loyauté des Canadiens à la Couronne britannique.Le temps n’était pas encore venu où l'Angleterre, pleine d'admiration pour les prêtres français expatriés par la Révolution, allait accueillir et traiter avec la plus généreuse hospitalité ces nobles victimes d’un gouvernement persécuteur, et, après avoir pourvu largement à leur subsistance, en.ourager leur, translation au Canada, et fournir ainsi l’Église canadienne d’une phalange d’apôtres qui devaient édifier le peuple par leurs vertus, et dont les bienfaits sont écrits en lettres d’or dans les annales de notre Église.Pour le moment, ce qui dominait dans l’esprit des gouvernants, c’était la haine du Bourbon et la crainte de voir ébranler l'allégeance envers le roi d’Angleterre.Et son représentant au Canada à cette époque était des mieux qualifiés pour opposer une barrière efficace à toute immigration française.Le général Frédéric Haldimand qui fut lieutenant-gouverneur de 1770 à 1785, originaire du canton de Vaud, en Suisse, ne pouvait guère échapper aux préjugés calvinistes contre tout ce qui était catholique.Il sut tout de même, dès le pénurie de prêtres: "On aurait bien besoin, dit-il, de sujets au Séminaire ; on y est à l’étroit.L’oeuvre se fait, mais on y est surchargé.Aucun de ees Messieurs n’a delà santé; je me porte le mieux d’entr’eux.’’ Le Séminaire de Montréal est aussi dans un« grande disette; MM.Peignet, de Féligonde et Mathevet sont morts.” LA MISSION DES PRETRES SAVOYARDS AU CANADA 229 début de son administration, donner, en plusieurs circonstances, des marques de bienveillance à l’égard du clergé et des communautés religieuses.“ Le lieutenant-gouverneur Haldimand, écrivait M.Montgolfier à Mgr Briand (le 25 août 1778), honora de sa présence la petite tragédie du sacrifice d’Abraham qui a été représentée au Collège à la fin des classes et à la distribution des prix ; il a beaucoup loué cet établissement, et ayant appris de moy que cette maison n’avait point de revenu fixe, il m’a envoyé le lendemain cent guinées en espèce de gratification pour le Collège.” Monsieur Montgolfier ajoute qu’il “ ne saurait assez se louer des politesses et des bontés de Son Excellence ”.Malheureusement il ne sut pas toujours comprendre la valeur et les mérites du clergé canadien, et se crut-il en mesure de travailler à en relever la distinction et le savoir.“ Les prêtres canadiens, écrivait-il à Lord Germaine, secrétaire d’État des Colonies, viennent pour la plupart de la plus basse classe du peuple ; ils sont aussi ignorants et aussi dénués de principes que ceux dont ils viennent.”(‘) Convaincu du besoin où se trouvait l’Évêque de se procurer des prêtres pour venir en aide à son clergé, il refusa néanmoins avec obstination d’en laisser venir de France, de Saint-Sulpice, à Paris, pour le Séminaire de Montréal, des Missions Étrangères pour le Séminaire de Québec.Connaissant d’autre part le clergé de la Savoie, voisine de son pays d’origine, il conçut le projet de faire venir, par l’intermédiaire du gouvernement britannique, un certain nombre de prêtres de ce pays de langue française et de religion foncièrement catholique.L’idée était, en soi, auss> louable qu’ingénieuse, et nul doute que, le projet une fois réalisé, une si précieuse acquisition aurait dû tourner au bénéfice de l’Église du Canada-Mais dans une transaction de cette nature, il y a à tenir compte de mainte circonstance, qui peut ne pas rendre désirable la mise en pratique d’un plan d’ailleurs excellent.Au Canada on avait besoin de recrues, surtout (') Lettre du 14 septembre 1779, citée par l’abbé Aug.Gosselin, L’Eglise du Canada après la Conquête, 2e partie, p.178. 230 Le Canada français pour les séminaires et les missions, car d’après les Instructions royales, que le gouverneur semblait ignorer, l’évêque ne devait nommer aux cures que des prêtres canadiens ou des Français exerçant déjà le ministère au pays.Malgré 1 état de souffrance où se trouvaient conséquemment certaines paroisses, la formation de futurs prêtres dans les Séminaires bien organisés devait y porter bientôt remède.Mais c’est précisément pour le clergé paroissial que Hal-dimand, s’arrogeant les attributions de l’évêque, voulait faire demander des prêtres de la Savoie •— et on verra par ce qui va suivre que, dans les offres qui leur sont faites, la question des émoluments n’est pas oubliée.La première demarche dans la série des négociations destinées à aboutir à la réalisation du projet de Haldimand devait se faire auprès du gouvernement britannique.Le gouverneur ne tarda pas à entamer le sujet dans sa correspondance avec le Ministre des Colonies, Lord Germaine.Après avoir fait contre la loyauté du clergé canadien certaines insinuations dont il était coutumier, le gouverneur accusa celui-ci d’être ignorant, et de ne se recruter que dans la classe des artisans, forgerons, charpentiers et autres, ce qui devra contribuer à le faire devenir de plus en plus ignorant.“ Le moyen de rémédier à cela, écrit-il à Lord Germaine, ce serait de faire venir de la Savoie cinq ou six prêtres de bonnes mœurs et de bonne éducation ”.Dans le cas où le Séminaire de Québec ne les prendrait pas, “ on pourrait facilement leur procurer des cures, où ils auraient environ deux cents louis de revenu par année.Je n’ai pas été à même de me procurer un état exact et précis du revenu des différentes paroisses.En général, les cures au Canada valent cent louis par année.Quelques-unes vont jusqu’à cinq cents louis, et beaucoup valent de deux à trois cents louis par année.” (l) (*) Lettre du 25 octobre 1780, citée par l’abbé Aug.Gosselin, L’Eglise du Canada après la Conquête, deuxième partie, p.190. LA MISSION DES PRETEES SAVOYARDS AU CANADA 231 Lord Germaine lui répond le printemps suivant (12 avril 1781) que le secrétaire d'État pour les Affaires Étrangères, Lord Hillsborough, doit faire les démarches requises pour avoir des prêtres savoyards.Pour connaître les pourparlers relatifs à la Mission des prêtres savoyards, il faut recourir à la biographie de l’abbé Du Clot, où sont reproduites in extenso les lettres échangées entre l’ambassadeur des États Sardes à Londres (*) et le Ministre des rélations extérieures de la Cour de Turin, d’une part, et de l’autre, entre la chancellerie de Turin et l’évêque d’Annecy (2).A ces lettres, qui seraient à publier en entier, si un simple article de revue comportait un appendice, on nous permettra d’emprunter d’assez volomineux extraits, vu qu’elles sont pratiquement inédites pour le lecteur canadien et qu’elles ne manquent pas d’intérêt pour l’histoire de l’Église du Canada.La première en date de ces lettres (5 mai 1781), est adressée à Monseigneur Jean-Pierre Biord, évêque d’Annecy, par le comte de Perron, ministre à la cour de Turin, Elle annonce que le roi d’Angleterre ayant fait prier l’Ambassadeur du roi de Sardaigne à Londres, le marquis de Cordon, de l’informer si Sa Majesté permettrait à quatre ecclésiastiques savoyards d'aller au Canada pour y remplir les fonctions de leur ministère, le Ministre lui à écrit à ce sujet une lettre dont il envoie copie à Sa Grandeur.Le Roi, heureux de condescendre aux désirs de Sa Majesté britannique, principalement dans une affaire où la religion est si fort intéressée, a ordonné à son ministre de dire à l’évêque qu'il agréerait le soin qu’il prendra pour remplir les intentions de la Cour de Londres.Le Ministre attire l’attention de l’évêque sur les motifs qui ont porté l’Angleterre à s’adresser à la Cour de Turin et les conditions avantageuses qui sont offertes aux missionnaires.Le Roi a eu (’) La Savoie à cette époque appartenait au royaume de Sardaigne.Depuis elle a été annexée à la France, en 1860, en vertu d'un plébiscite.(2) Les autographes de ees lettres sont entre les mains de M.le chanoine Rebord, doyen dn Chapitre d’Annecy. 232 Le Canada français soin de faire écrire à Rome pour obtenir du Pape un rescrit autorisant la dite Mission.A cette lettre, qui ne laisse pas que de lui causer quelque surprise, Mgr Biord répond comme suit : L’objet que Votre Excellence me propose par la lettre dont elle m’ a honoré, m’intéresse d’autant plus qu’il tend à la gloire de Dieu et au bien de la religion; aussi je m’empresserai de seconder les vues de Sa Majesté britannique autant qu’il pourra dépendre de moi, et je proposerai son dessein dans la retraite de nos vicaires qui doit commencer ce soir, et où j’en trouverai un grand nombre réunis, et je souhaite d’en trouver qui ayent assez de bonne volonté et de courage pour aller entreprendre le voyage du Canada ; mais nos ecclésiastiques sont peu portés à s’expatrier et je crains beaucoup que l’amour de la patrie prédominant en eux, ne les retienne dans cette circonstance, où les avantages qu’on leur offre sont contrebalancés par la perspective de bien des peines et de désagréments.Dès que j’aurai sondé leurs dispositions et que je saurai quelque chose de positif je ne tarderai pas d’en informer Votre Excellence.(') Parmi les vicaires en retraite à Annecy se trouvait l’abbé Du Clot.Il s’étonna à bon droit, comme l’avait fait son évêque, de cette demande de prêtres catholiques de la part d’un roi et d’un gouvernement protestants.Prêtre pieux et zélé, il s’intéressa à un projet qui concernait la gloire de Dieu et le salut des âmes, et comptant pour peu les fatigues d’un long et périlleux voyage, il résolut de s’offrir comme candidat.Un bon nombre de ses confrères imitèrent son exemple.L’évêque d’Annecy s’empresse d’informer le ministre de l’heureux succès de son enquete, par la lettre suivante, en date du 18 mai 1781.A monsieur de Perron, 18 ma' 1781.Je m’empresse d’informer Votre Excellence du succès de l’invitation que j’ai faite à mon clergé, de se prêter aux besoins spirituels des peuples du Canada, suivant le désir de Sa Majesté et les vues du roi de la Grande-Bretagne.Il s’est déjà présenté plus d’une douzaine de prêtres disposés à y aller, et qui sont tous des sujets capables d’y exercer le saint ministère avec fruit et à la satisfaction des peuples ; je ne me suis cependant pas encore déterminé pour le choix de ceux à qui je devrai donner la préférence, attendant de savoir les autres qui pourront être dans la même disposition ; j’ai d’ailleurs été arrêté par l’incertitude du nombre qui devait être tiré de mon diocèse, ayant appris que Votre Excellence s était aussi adressée à M.l’Évêque de Chambéry, pour cet objet, et que ce Prélat pourrait avoir (') 8 mai 1781. LA MISSION DES PRETRES SAVOYARDS AU CANADA des prêtres à présenter pour la même bonne œuvre.S il n en fallait que quatre en tout, peut-être serait-il plus à propos qu’ils fussent tous du même diocèse, pour agir avec plus de concert et d’uniformité.Ce n est pas cependant que je sois embarrassé des miens, que je retiendrais volontiers, s’il ne s’agissait pas d’un objet aussi intéressant pour la gloire de Dieu et le salut des âmes.,T L ^ ,, Je reviens à l’observation que j’avais déjà proposée a Votre Excellence dans une précédente lettre.Il est d’usage en France, par rapport aux prêtres qu’on envoie dans les Indes occidentale ou orientale, qu après dix ans de travail, on leur laisse la liberté de revenir, et qu’outre les frais du retour, on leur fasse une pension de retraite.(') Il serait juste que l’Angleterre en usât de même à l’égard de nos prêtres qui iront au Canada ; je me flatte que Votre Excellence voudra bien faire à ce sujet les représentations convenables, sans oublier ceux qui avant les dix ans pourraient se trouver par maladie ou infirmité dans 1 impuissance de continuer leurs travaux., Ce qui embarrasse encore nos futurs missionnaires, c est de savoir comment on les fera partir d'ici et passer en Angleterre, de quel équipage ils devront se pourvoir, en quel habillement ils pourront et devront paraître soit en Angleterre soit au Canada, s’ils y trouveront les livres qui leur seront nécessaires, de même que les autres choses dont ils auront besoin pour l’exercice des fonctions du saint ministère ; j’attends de pouvoir leur communiquer sur tout cela les éclaircissements que Votre Excellence voudra bien me procurer.J’ai l'honneur, etc.t Jean-Pierre, évêque de Genève.On voit que Monseigneur Biord, tout en secondant le zèle de ses jeunes prêtres, ne perdait pas de vue le côté pratique de la question, et trouvait raisonnable que l’apostolat, tout désintéressé et généreux qu’il soit, n’oblige pas à sacrifier à priori tout espoir d’honnête compensation.Les observations de l’évêque à ce sujet font 1 objet d un échange de correspondance entre les chancelleries de Londres et de Turin.Voici d’abord une lettre de M.Knox, chef du bureau de Lord Germaine à M.Bell, premier officier du bureau de Lord Hillsborough, où l’Évêque d’Annecy (2) trouvera une (*) Les missionnaires que la France envoyait au Canada ne pouvaient guère compter sur pareille aubaine.Était-il prudent de la demander à une nation protestante?(J) On sait que, depuis saint François de Sales, sinon avant, le fanatisme des habitants de Genève obligeait l’Évêque titulaire de ce siège à résider à Annecy.Il en est encore de même aujourd’hui, c’est pourquoi, dans cette étude historique, Monseigneur Biord est nommé tantôt évêque de Genève, tantôt évêque d’Annecy. 234 Le Canada français réponse rassurante pour sa sollicitude paternelle, en même temps que des renseignements assez précis sur la situation de 1 Église au Canada pour écarter toute appréhension d'une organisation encore rudimentaire.Monsieur, J ai mis devant milord George Germaine la lettre que vous m’avez écrite le 15 du courant, accompagnée pour son inspection d’extraits de deux lettres de lord Mountstuart, datées de Turin le 9 et le 23 de mai, ainsi que de la copie d'une écrite par M.le marquis de Cordon le 9 du présent mois au comte de Hillsborough au sujet de la demande qu’il avait faite des quatre prêtres savoyards pour être envoyés au Canada ; et j’ai ordre de vous prier de vouloir faire savoir au comte de Hillsborough, qu’il paraît à milord George Germaine que le clergé supérieur en Savoye ne soit pas bien au fait de l’état actuel de l'Église catholique romaine ni du clergé du Canada, et que, pour cette raison il conviendrait que lord Hillsborough informât le marquis de Cordon que M.Brand (sic) est l’évêque de cette province, et qu’il a la surintendance de tout le clergé inférieur de cette communion, que le province est partagée en paroisses ayant partout des églises dans lesquelles on célèbre les offices depuis beaucoup d'années, et que, par conséquent, les vêtements convenables de même que les livres y sont pourvus, tout comme dans les paroisses de la Savoie.(*) Pour ce qui est de fournir aux frais de leur voyage de la Savoie en Angleterre, milord George Germaine trouve qu'il est très à propos de leur faire tenir à Genève une somme suffisante à cet effet, et lorsqu’il sera informé du montant de celle qu'on jugera nécessaire, il s’adressera pour cet effet à la Trésorerie.A l’égard d’expectations pour tels d'entre ces ecclésiastiques qui pourront souhaiter de retourner dans leur pays, c’est là un point sur lequel Milord ne peut entreprendre de rien décider, puisque cela regarde un avenir où sa voix n’aura vraisemblablement aucun poids ; mais il pense que le caractère juste et bienfaisant de Sa Majesté et de cette nation est suffisamment connu et établi, et offre à ces Messieurs un appui assez solide pour pouvoir se persuader que si, après avoir pendant un certain temps, rempli fidèlement les devoirs de leur vocation en Canada, ils se trouvaient dans le cas d’en revenir, ils ne resteraient pas dépourvus des moyens pour leur soutien.Je suis, etc.Knox(2) (à suivre) Lionel Lindsay, ptre.(J) Cette leçon de choses n'était, sans doute, pas hors de propos, pour rassurer ces prêtres futurs missionnaires sur le degré de civilisation chrétienne déjà atteint dans le diocèse de Québec qui, depuis son érection en 1674, n’était plus in partibus infidelium.(2) Quel que soit le degré de pureté des intentions de Haldimand dans ses démarches pour obtenir des prêtres capables de “ relever le niveau du clergé canadien ”, il faut tout de même reconnaître que, ne voulant pas les emprunter à la France, il ne pouvait mieux s'adresser qu’à la Savoie.Et l’Angleterre, en consentant à les recevoir, bien plus, en contribuant grassement à leurs frais de voyage, laisse voir qu’en s’opposant à une immigration de prêtres français, elle est plutôt mue par préjugé national ou politique que par antipathie pour l’Église catholique.
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