Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
Chronique littéraire. Coup d'oeil d'ensemble
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (12)

Références

Le Canada-français /, 1922-02, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
CHRONIQUE LITTÉRAIRE UN coup d’œil d’ensemble Au Canada Français qui me demande une chronique littéraire régulière, je dois dire d’abord ma fierté reconnaissante.Quand une revue se donne pour mission de servir la langue française et, par la langue française, l’esprit français lui-même, devenir son collaborateur attitré est un honneur.En appréciant, je crois, tout le prix, je tâcherai de m’en montrer digne.* * * Nous parlerons donc des œuvres,— romans, drames, comédies, poèmes,— qui, dans l’amas des productions contemporaines, paraissent mériter une attention vraie.Je le ferai sans jamais oublier que l’art n’est pas une fin en soi, et que les valeurs esthétiques doivent toujours se subordonner à d’autres.Mais la tâche du critique, même chrétien, n’est pas celle du prédicateur ni du théologien.C’est sur des qualités artistiques qu’il doit se prononcer d’abord et sa sévérité pour l’erreur ou le mal ne saurait lui faire méconnaître un talent même dévoyé.Serviteur de la vérité, il se doit de ne pas confondre les genres, et l’intelligence, l’équité du critique littéraire seront pour le moraliste la condition même de son autorité.Ces principes admis, je voudrais, avant d’arriver aux études particulières, jeter un coup d’œil d’ensemble sur la littérature française contemporaine.Le premier regard laisse un peu effaré.Les œuvres sont innombrables, les tendances multiples, les affirmations et les prétentions contradictoires, la réclame outrancière, quelquefois éhontée.C’est à s’enfermer dans son “ poêle ” 62 Le Canada français avec quelques vieux livres dont on est bien sûr.Essayons cependant de voir clair.L’ordre que nous tâcherons d’introduire dans cette confusion sera sans doute artificiel.Mais vaudrait-il mieux n’y rien voir ?Voici tout d’abord les serviteurs d’Apollon et des Muse (Je ne parle pas de Jean Richepin qui ne fut jamais qu’un rhéteur).C’est, élégant, nonchalant et superbe, Henri de Regnier.Fidèle évocateur des splendeurs royales, lyrique à la discrétion volontaire et troublante, musicien aux rythmes lents mais enchanteurs, intimiste exact et délicat, que ne se contente-t-il d’être un excellent poète ?Il est si déplaisant dans ses romans laborieux, avec son libertinage appliqué et triste! La philosophie, l’art même de Mme de Noailles, appelleraient bien des réserves.Mais comment méconnaître la richesse, l’ardeur, l’éclat, le pathétique de sa poésie ?Plus simple, plus mesuré, Gérard d’Houville est délicieux, sans être, je crois, moins pathétique.Francis Jammes, que Mme de Noailles cite parmi ses maîtres, offre un exemple bien curieux de naïveté savante et d’ingénuité rouée.Et cela ne l’empêche pas d’avoir pu, sans impertinence, intituler un de ses livres Les Géorgiques chrétiennes.Louis Le Cardonnel, Louis Mercier, trop peu connus, sont de vrais poètes chrétiens ; l’un plus savant, l’autre plus familial, plus rustique ; tous deux également dignes de figurer dans les bibliothèques les moins accueillantes.Pierre de Nolhae, érudit, cœur chaud, artiste impeccable, n’a pas, semble-t-il, le succès qu’il mérite.Il n’est pas le seul, d’ailleurs, à faire revivre, après tant de libertés, la discipline rigoureuse des temps classiques.Autour de Maurras et de l’impétueux Joachim Gasquet, une nouvelle “ Pléiade ” s’est groupée dont l’humanisme cesse d’être exclusivement formel, et tend à l’humanité vraie.Les “ Poèmes pour Aricie ” de Lucien Dubech comptent parmi les œuvres les plus heureuses de la nouvelle École. Chronique littéraire 63 Et quelle noble dignité chez le trop modeste Frédéric Plessis ! D’autres poussent à l’excès le souci de la perfection verbale et de la distinction intellectuelle ou sentimentale.D’où le caractère ésotérique d’un Paul Valéry et de ses disciples.J’avoue leur préférer ceux qui, sans perdre le contrôle de leurs émotions, s’y abandonnent plus naïvement et nous bercent de rythmes moins austères.Ami des paysages, des tableaux, de la musique, un J.-L.Vaudoyer charme davantage sans être moins riche peut-être de pensée.Quel musicien aussi que Maurice Brillant ! Son art est un peu libre, un peu facile parfois, mais si enveloppant et d’une inspiration si pure ! Dans un tout autre coin du Bois Sacré, les fantaisistes, les humoristes, les Raoul Ponchon, les Franc-Nohain, les Tristan Perème, les Francis Carco, perpétuent, en les renouvelant, les vieilles traditions de l’esprit français.Au total, une ou deux grandes œuvres, beaucoup d’autres distinguées ou charmantes.* , * * La troupe des romanciers, elle, est presque une armée.Parmi ceux qu’il faut appeler les Maîtres, le vieil humaniste qu’est Anatole France reçoit encore des couronnes et prononce des discours de distribution de prix.Mais si des hommes mûrs partisans de l’ordre — et combien ! — lui demeurent reconnaissants d’avoir séduit leur adolescence, beaucoup d’autres, et de tous les âges, jugent fort désuètes ses grâces d’Alexandrin, et bien fragile son crédit d’anarchiste renté.— Loti, lui, n’abdique pas.Son talent reste prestigieux.Mais quelle pitié de le voir frissonner toujours de la même angoisse devant le grand Mystère tout proche! Des apparences, il a tout vu, tout aimé,tout possédé.Il sait que ce sont des apparences ; et faute de 64 Le Canada français croire à aucune réalité, il se désespère, à la fois, de les trouver vaines et de devoir y renoncer.Ébloui, déçu, il va, dans la splendeur des choses, comme dans la nuit.Bourget demeure infatigable.Ses derniers romans peuvent être discutés.Il reste dans la nouvelle (Un Justicier, par exemple) un maître de tout premier ordre.Et quelle richesse d’idées, quelle largeur même de doctrine littéraire! Il ne craint pas d affirmer son admiration reconnaissante pour un Flaubert, pour un Stendhal, qui pourtant ne “ pensaient ” guère comme lui.Et l’on peut regretter qu’il ne fasse pas toujours à leur sujet certaines restrictions nécessaires ; mais sa fidélité aux maîtres de sa jeunesse est une nouvelle preuve de cette probité littéraire qui fut toujours, et demeure une de ses qualités premières.A ce sujet, on me permettra d’estimer excessive la sévérité dont M.Albert Chérel vient de témoigner envers lui.Je crois bien comprendre les raisons du distingué critique.Catholique, ancien combattant, il est de ceux que la guerre a conduits a une méditation profonde, peut-être à une certaine revision de leurs idées, en tout cas à des exigences nouvelles.C’est pourquoi les apologistes du dehors ne lui suffisent plus.A vrai dire, le catholicisme de P.Bourget romancier ne me satisfait pas toujours.J’y trouve plus de sens politique que de sens chrétien, son souci de l’ordre social l’aveugle peut-être sur bien des injustices, et je ne sais si son positivisme conçoit nettement le grand devoir de la charité-amour.Malgré tout, son œuvre reste bienfaisante.Elle fut, en grande partie, une œuvre de restauration intellectuelle et morale.D’autres pourront la compléter ; il aura préparé leur tâche.Et si la reconnaissance ne doit pas rendre aveugle, il y a quelque ingratitude à insister surtout sur les erreurs ou les défauts de celui qui partit de “ Mensonges ” pour arriver au “ Démon de midi ”. Chronique littéraire 65 Avec Barrés, il ne saurait être question de catholicisme.Il n! a pas, comme Bourget, franchi le seuil du sanctuaire et •quand elles s’exercent sur certains sujets, ses idéologies passionnées ne laissent pas d’étonner les croyants (Colline Inspirée, par exemple).J’accorde même que, chez le moraliste de 1922, on retrouve parfois l’égotiste de 1889 avec ses artifices.Mais s’il m’inquiète encore parfois et me déçoit, si je le trouve, pour tout dire, trop fidèle à certaines idoles, je le vois aussi soucieux de servir ; je sais que sa volonté doctrinaire lui a valu des railleries et des injures ; je sais qu’il a souffert pour une cause, et si la souffrance consentie est la mesure de l’amour, je me refuse, malgré tout, à confondre le conférencier de Strasbourg avec le Philippe du Jardin de Bérénice.Mais le livre d’Albert Chérel (En relisant après la guerre Bazin, Bourget, Barres) a fait dévier mon propos.J’y reviens en signalant que, si Barrés consacre le plus beau de son activité au problème franco-rhénan (cf.Le Génie du Rhin), il se souvient encore de sa vocation lyrique et vient de publier dans La Revue Hebdomadaire une série de méditations qu’il faudrait lire par une nuit d’été, sur une terrasse à la française, près d’une rivière frissonnant sous la lune.Cependant Henri Lavedan se renouvelle.L’auteur de ces petits dialogues qui faisaient jadis la fortune de la Vie Parisienue écrit des romans en quatre ou cinq tomes.On les a jugés longs, pour ne pas dire ennuyeux.J’avoue les avoir trouvés divertissants au possible, et si pleins de choses i Je me suis même complu aux prouesses d’un style étourdissant.Aurais-je le goût perverti ?Essayez pourtant de lire Gaudias, à voix haute, le soir en famille, dans votre bureau bien clos.Si cette lecture ne vous rajeunit pas, c’est que je suis encore plus vieux jeu que je ne croyais !.En écrivant la vie de Charles de Foucauld, René Bazin, à qui l’on devait déjà la Vie de l’Enseigne de vaisseau Paul Henry, ne dit évidemment pas adieu à la littérature pure. 66 Le Canada français Mais ayant toujours eu le souci d’être utile, ayant toujours aimé à faire revivre dans ses personnages les grâces et les vertus de France, il était naturel que devant un beau “ sujet ”, il renonçât à la fiction pour la réalité, plus rare, plus noble, plus pure que le rêve.Et celui dont on a parfois méconnu la vigueur parce qu’elle s’enveloppe de discrétion, s’est montré digne de ce personnage, austère et souriant, que fut Charles deFoucauld, officier de cavalerie, explorateur, savant, trappiste et finalement ermite du désert.Heureux écrivain qui, ayant si souvent charmé, attache finalement son nom à celui d’un héros et d’un saint ! Henry Bordeaux, tout en s’efforçant, non sans succès à plus de vigueur (La Chair et l’Esprit), s’arrête, lui aussi, aux grands problèmes posés ou renouvelés par la guerre {Le Mariage) et multiplie les études, historiques ou psychologiques, qui doivent entretenir certains souvenirs, perpétuer certaines leçons (Voici l’Heure des Ames, etc.).Louis Bertrand, de même, sans renoncer au roman {L’Homme aux Rubans couleur de feu) ou à la critique littéraire et morale {Flaubert à Paris) se dévoue de plus en plus à l’Afrique chrétienne et française.L’auteur de Pépète le Bien-Aimé devient une sorte de missionnaire.René Boylesve reste élégant, discret, souriant et amer {Elise).Derrière ces maîtres, ou autour d’eux, une troupe innombrable et un peu confuse travaille, travaille ou, du moins, produit, produit.Saluons d’abord les dames : Marcelle Tinayre, un peu monotone ; Gérard d’Houville au talent si souple, si gracieux et dont le sourire voile, peut-être, tant de mélancolie ; Colette, sensuelle, sensible, lucide, mordante, brutale, au style à la fois si net et si riche d’images neuves ; Colette Yver, conteur habile, moraliste pénétrant, par dessus tout, droite, généreuse, beau type de l’“ honnête femme ” française.Quant à ces “ Messieurs ” ils sont trop : les Tharaud, à Chronique littéraire 67 l’art classique ; Charles Le Goffic, chroniqueur de guerre et romancier breton (VAbbesse de Guérande) ; Emile Ripert, universitaire et romancier provençal (L’Or des ruines) ; Joseph de Pesquidoux, poète rural (Chez nous) ; Charles Géniaux au talent si noble, si sobre, si vigoureux (La Mer, Armelle Louanais, etc.) ; Pierre Villetard, grand prix du roman pour 1921 (Académie française) ; Martial Piéchaud, un débutant, qui dans un livre trop long, inégal (La dernière Auberge) se révèle pourtant narrateur pathétique et bon observateur ; Henri Duvernois, qui devrait bien changer de sujets ; Edmond Jaloux, fin psychologue, artiste subtil ; Jacques Chardonne, un autre débutant dont UE'pithalame a soulevé tant d’enthousiasmes et tant d’objections ; Marcel Proust, laborieux, abondant, pénétrant, difficile, peut-être profond ; R.Dorgelès tumultueux, généreux, mais bien naïf ; Pierre Benoît plein de verve et d’esprit, chez qui l’on souhaiterait seulement un peu moins d’artifice ; Lamandé, agréable, mais trop près d’Anatole France ; Maurice Brillant dont le Sylvain Briollet conquit les publics es plus divers ; Jean Giraudoux, analyste et poète, si raffiné qu’il décourage les simples (Suzanne et le Pacifique) ; Paul Cazin à la science aimable, à la sagesse souriante, à la fantaisie si vraie (L’Humaniste à la Guerre, Décadi ou la Pieuse enfance) ; Emile Baumann, à l’imagination vigoureuse, violente et sombre, apôtre un peu rude et, malgré tout, bienfaisant, (L’Immolé, La fosse aux lions, Le fer sur l’enclume, etc.) ; François Mauriac, séduisant inquiétant, type bien curieux de catholique aux apparences de dilettante (mais n’est-ce pas là qu’une apparence ?) ; Jean Nesmy,ami de la campagne et conteur savoureux ; Henri de Montherlant, encore un débutant dont le premier livre (La Relève du matin) fit sensation ; — et tous ces fantaisistes, humoristes, qui cachent peut-être plus et mieux, les Mac-Orlan, les Andre Salmon, les Francis Carco (non ad usum Delphini). 68 Le Canada français Je m arrête, ayant déjà mis à trop rude épreuve le lecteur le plus indulgent.D’ailleurs, dans sa sécheresse et son désordre même cette énumération ne laisse pas d’être significative.Sans doute, j’aurais pu essayer d’une classification suivant les genres traités, les groupes ou les écoles (y a-t-il des écoles?), les tendances politiques, morales ou religieuses (j’y reviendrai plus loin).Mais cet artifice risquait d’être vain, car deux caractères essentiels marquent, il me semble, la production contemporaine, la surabondance et la confusion.Le temps opérera le tri nécessaire.Aujourd’hui, tout en regrettant l’excès, on peut du moins saluer dans la surabondance la promesse d’un renouveau.* * J Ceux qui furent les vedettes du théâtre disparaissent de l’affiche,— ou à peu près.Se souvient-on encore que Jean Richepin fit retentir les planches de tirades déclamatoires ?Depuis dix ans, Capus mène dans la presse une campagne toute de sagesse, d’esprit français et de clairvoyant patriotisme.Donnay se fait discret.Porto-Riche dort sur son “ Passé ”.Seul François de Curel, témoigne d’une inlassable activité : L’Ame en folie, La Comédie du Génie, L’Ivresse du Sage,des versions nouvelles de ses anciens drames, voilà son récent bilan ; et il annonce des projets de pièce sur l’Alsace.Derrière eux, voici Pierre Wolff, Henri Bataille, Henry Bernstein.Celui-ci fait des affaires.Tant mieux.Pierre Wolff connaît coup sur coup des échecs dont il est seul à s’étonner.De ses insuccès ou demi succès, M.Bataille se venge en injuriant la critique.Et j’avoue qu’elle mérite bien des sévérités.Mais c’est surtout pour avoir supporté trop longtemps de prétentieuses sottises et des perversités insanes.M.Bataille avait du talent.Il l’a prostitué.Tant pis pour lui. Chronique littéraire 69 Malheureusement grâce à lui et à quelques autres, grâce à la complaisance inintelligente ou criminelle des directeurs de journaux, critiques, courriéristes, le théâtre demeure en proie aux marchands.Si l’on songe que Sarah Bernhardt a pour petit-gendre un Louis Verneuil et veut lui céder son théâtre, on mesurera la décadence qui de Y Aiglon ou de la Princesse lointaine mène à Daniel.Et quel pitié de voir un homme aussi bien doué que Sacha Guitry aller d’une faribole à un drame brutal ! Il croit encore que le Boulevard , c est la France et même l’Humanité.Peut-être l’auteur de Pasteur finira-t-il par comprendre que les “ honnêtes gens ” ne sont pas nécessairement des imbéciles ou des hypocrites.Mais il faudrait qu’il cessât d’écrire pour ses acteurs.Et ses acteurs, ce sont son père, sa femme et lui-même.Dès lors, n’est-ce pas lui demander trop de détachement ?Il vaut mieux cependant — étant de chez-nous que les Romain Coolus ou, à plus forte raison, que les Charles-Henri Hirsch, récents importés.Il y aurait toute une étude-tragique ! — à faire sur l’invasion juive dans les lettres françaises.Faute de pouvoir l’aborder ici, je me contenterai de signaler la double malfaisance de certains talents israélites : perversité ou grossièreté morale, et anarchisme idéologique.Puisse l’expérience faite ailleurs profiter aux peuples encore maîtres de leur recrutement ! Pourtant, même au théâtre, une réaction se dessine.Voici un tout jeune homme (moins de vingt-cinq ans, je crois) qui pense en poète, joint le pathétique à 1 analyse, sait peindre un milieu et des individus, c’est Jean Sarment, l’auteur de la Couronne de carton et du Pêcheur d ombres.Voici Paul Raynal et son œuvre, subtile et vigoureuse, le Maître de son cœur Paul Géraly, psychologue, poète dont 1 œuvre, volontaire à la fois et pathétique, renouvelle les plus belles traditions classiques {Aimer) ; François Porché dont 1 aimable fantaisie est si riche de sens. 70 Le Canada français ^ Et voici les catholiques, oui des catholiques au théâtre.Sans parler de Paul Claudel, dont la Comédie-Montaigne vient de représenter l’annonce faite à Marie avec un éclatant succès ; on doit à Jean Variot de belles évocations dramatiques : la Rose de Roseime, jouée au Grand-Théâtre des Champs-Elysées ec Sainte-Odile, éditée chez Crés.Henri Ghéon a donné la Farce du Pendu dépendu (Théâtre Balzac), le Pauvre sous l'Escalier (Théâtre du Vieux-Colombier) sur lequel j espère revenir, Trois miracles de sainte Cécile; et j’ai dit ailleurs ce que valent le Jonas, le Thomas Moore, le Charles de Blois, de René Des Granges.Si j’ajoute que Firrnin Gémier, hier directeur du Théâtre Antoine et de la Comedie-lVIontaigne, aujourd’hui directeur du Théâtre National de l’Odéon, compte parmi ses principaux collaborateurs Gaston Batty, aussi fervent catholique que passionné metteur en scène, j’aurai dit quelles raisons, nous avons de croire, en France, à une rénovation de l’art dramatique.Et rendons hommage à “ l’agnostique ” qui aura, plus que personne, contribué au relèvement de notre théâtre.Avec un desinteressement, un courage, une persévérance, un sens artistique admirables, Jacques Copeau a créé cette petite merveille qu’est le Vieux Colombier.Pour ses interprétations de Molière, Racine, Musset et Shakespeare, pour le choix de certaines nouveautés (Le Pauvres sous l’escalier, La Mort de Sparte), il a droit à notre gratitude.Je dis lui et sa “ compagnie ”, car c’est un chef-d’œuvre déjà que “ l’unanimité ” de sa troupe.La critique elle-même, si longtemps aveulie, semble reprendre conscience de sa mission.Sans doute le galant homme, le lettré un peu désabusé qu’est Adolphe Brisson (Temps) ne s’irrite pas facilement; pourtant il cesse par- Chronique littéraire 71 fois de sourire et dit à M.Bataille lui-même quelques vérités courageuses.Il y a plus de dilettantisme peut-être chez Henri Bidou (Débats) qui, comprenant tout, se pique un peu trop de tout accepter.La sottise seule parvient à l’émouvoir.Ne pourrait-il pas mettre parfois dans sa critique un peu plus des convictions qu’on lui attribue ?André Beaunier (Echo de Paris) ne dissimule pas les siennes.Sans doute, il juge d abord du théâtre en critique dramatique et plus d’un drame chrétien a encouru la censure de cet écrivain catholique.Mais il a le sens de certaines valeurs et, de ses petites phrases acerbes et pointues, il a tôt fait de crever les œuvres prétentieuses et malfaisantes Son talent — un peu précieux — peut ne pas plaire.Sa fermeté mérite la gratitude des honnêtes gens.U y a plus de verve chez Lucien Dubech (Action Française, Revue Universelle), et plus de fantaisie parfois discutable.Mais celui-là aussi est un courageux.Grand amateur de ballon ovale, il a l’habitude des coups et le sens de la discipline.L’élégant François Mauriac (Revue Hebdomadaire) sait, lui aussi, concilier son plaisir avec ses convictions ; et si la place dont il dispose était un peu plus large, il serait bientôt de ceux avec qui l’on compte.Leur ancien à tous — sauf pour M.Brisson — M.René Doumic continue à La Revue des Deux-Mondes des traditions déjà anciennes.Mais si l’esprit de la maison est essentiellement conservateur, M.Doumic y garde toute 1 indépendance nécessaire à son autorité.J’en veux pour preuve les jugements qu’il porta naguère sur l’Ame en Folie et sur la Comédie du Génie.L’une avait réussi au-delà de tous les espoirs ; l’autre connut une fortune contraire.M.Doumic, dans les deux cas, jugea autrement que le public.Je ne pense pas que cette contradiction ait déplu à François de Curel.Elle atteste, en tout cas, que, même à la Revue des Deux-Mondes, on ne pense pas “ à la remorque ”. 72 Le Canada français Pourtant, dans trop de journaux encore et même daDS trop de revues, la critique dramatique, soumise aux puissance d argent ou aux exigences de la camaraderie, demeure infidèle à son devoir.La critique littéraire proprement dite regagne au contraire 1 autorité dont 1 avaient dépouillée les marchands.Sans doute, il faut compter encore avec les intérêts coalisés des directeurs et des éditeurs, avec les passions politiques, avec les ambitions académiques, les coteries littéraires, et les complaisances confraternelles.Bref, pour opérer la mise au point nécessaire, le simple lecteur devrait être averti de trop de choses.Cependant il peut se fier, je crois, à un certain nombre d’autorités, honnêtes et compétentes.C’est à la Revue des Deux-Mondes, André Beaunier déjà nommé ; au Correspondant, Maurice Brillant, si fin, si souple et si sûr ; à la Revue Universelle, Georges Le Cardonnel; à la Revue Hebdomadaire, Edmond Jaloux, J.d’Elbée, François Le Gri, B.Vallery-Radot, A.Thibaudet ; à L’Opinion, Gonzague Truc et Jacques Boulenger ; à la Revue Bleue, à la Revue Française (étonnante cette revue, honnête, vivante, distinguée, amusante, la vraie revue pour tous), Firmin Roz, André Bellessort ; aux Lettres„ René Johannet, Henriette Charasson, Gaëtan Bernoville ; et dans les journaux Franc-Nohain (Echo de Paris), Jean de Pierrefeu {Débats), etc.Bien entendu, il y a en face tous ceux qui trouvent du génie à Maurice Rostand (cet enfant malade qui joue à l’enfant terrible et dont des complaisances, aveugles ou perfides, auront bientôt fait un enfant pourri), encensent Henri Barbusse, et sourient à Lénine ; il y a les aberrations de l’Académie Goncourt.et les complaisances de certaines dames, constituées en jurys, pour des œuvres qu’elles croient “ hardies ”.Mais le bon sens reprend, un peu partout, ses droits,.Le courage même reparaît.On ose juger.Certes on recourt en» Chronique littéraire 73 core — et avec quelle raison!— aux méthodes de la critique historique ; on apprécie le document ; et on ne se refuse pas à avouer son sentiment (préférences, répugnances, etc.); mais on n’affecte plus d’être indifférent.Sans étroitesse d’esprit, on croit de nouveau à certaines nécessités, voire à certaines convenances.Et de nouveau l’on s’éprend des idées.Malgré toutes leurs prétentions scientifiques, les naturalistes ont été pour la plupart des pense-petit.Après eux, les dilettantes ont perverti les jeux de l’esprit.Enfin les-politiciens, substituant aux doctrines la phraséologie, ont compromis les réalités primordiales.Tant de morne sottise,, tant de folies, capricieuses ou brutales, tant de ruines ont ici encore provoqué une revision des jugements.En littérature, en art, en philosophie, en politique, en religion même, la raison commence à prendre sa revanche.A-t-elle des défenseurs intempérants et maladroits ?Faudra-t-il lui rappeler un jour, bientôt même, qu’elle n’est pas le tout de l’homme ?Peut-être.Mais nous n’en sommes pas encore à redouter sa tyrannie.Sa restauration était nécessaire.Grâces soient rendues à ses serviteurs les Maurras, les Johannet, les Henri Massis, à bien d’autres encore.Parmi eux, plusieurs ne partagent pas notre foi.Ils n en sont pas moins des auxiliaires précieux, et l’accord d’esprits si différents sur des questions essentielles était une condition préalable de tout travail efficace.Si je ne craignais d’abuser, j’insisterais sur la participation considérable des catholiques (œuvres et individus) dans cette restauration de la littérature, de la philosophie et de l’art français.Je rappelle à la hâte le succès de tant de revues catholiques (Correspondant, Etudes, Revue Française, Revue des Jeunes, Les Lettres, Les Cahiers catholiques) la placer 74 Le Canada français de nos amis un peu partout (Revue des Deux-Mondes, Revue Universelle, Revue Bleue, etc.) ; et je n’ajoute qu’un mot.Écrivains, publicistes, professeurs catholiques ont une action publique ; soucieux de l’intérêt commun et de leurs intérêts propres, ils ont une organisation corporative, elle-même rattachée à de plus vastes syndicats.Mais ¦surtout ils s’associent pour leur progrès spirituel.Ces hommes en proie au public ont une vie intérieure, individuelle et collective.Le christianisme, pour eux, n’est pas seulement un programme ou même un drapeau.Il pénètre toute leur existence, il “l’informe”.Il inspire leur talent, même dans les domaines les plus profanes.Et c’est pourquoi, en dépic de bien des erreurs, des misères persistantes ; en dépit de tous les sursauts du mal menacé ; je crois à une renaissance intellectuelle de la France.Trop d’écrivains,— et dans tous les domaines — y sont aujourd’hui des croisés.H.Gaillard de Champris
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.