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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
L'actualité de la philosophie thomiste
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1924-04, Collections de BAnQ.

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Vol.XI, No 7.QuÉBE ", AVRIL 1924.LE CANADA FRANÇAIS Publication de l’Université Laval L’ACTUALITÉ DE LA PHILOSOPHIE THOMISTE(I) Saint Thomas est de plus en plus à l’ordre du jour.Le sixième centenaire de sa canonisation solennellement célébré dans la plupart des universités catholiques a attiré de nouveau l’attention du monde savant sur cet incomparable maître que le grand Léon XIII, il y a cinquante ans près, a presque exhumé de l’oubli.C’est, en effet, le 4 du mois d’août 1879 que parut la célèbre Encyclique Æterni Patris.Avant cette date à jamais glorieuse, le Docteur angélique était loin d’avoir dans l’enseignement de la philosophie et de la théologie la place d'honneur qu’il méritait.Sans doute, dans quelques écoles, et surtout, dans les couvents de son Ordre, le frere Thomas était bien le maître consulté et la plupart du temps suivi, mais il n’avait partout pas cette autorité à lui unanimement reconnue aujourd’hui.Il était donc réservé au successeur de Pie IX de le placer sur le piédestal du haut duquel il dominerait tous les siècles et leur prodiguerait à profusion les jets de lumières dont son immortel genie est toujours l’intarissable foyer.Ee depuis un demi-siecle s accroît considérablement le nombre de ceux qui viennent se ranger sous son drapeau.Pie X, Benoît XV et Pie XI, marchant fidèlement sur les traces de Léon XIII, (1) Conférence prononcée à l’Université Laval, le 7 mars 1924. 566 Le Canada français recommandent avec instance aux professeurs de théologie et de philosophie catholiques de prendre l’Ange de l’École pour guide de leurs leçons.Et l’on sait que le Pape glorieusement régnant en a fait une prescription inscrite en toute lettre dans le Nouveau Code de Droit Canonique.Au Canon 1366, nous lisons que ceux qui enseignent la philosophie et la théologie sont obligés “ de suivre absolument la méthode, la doctrine et les principes du Docteur angélique, et de s’y tenir fermement ”.Ces directives de Léon XIII et de ses successeurs, nous aimons à le proclamer, l’Université Laval les a toujours scrupuleusement suivies.Aussitôt après la publication de l’Encyclique Aeterni Patris, les autorités de cette maison, la plus ancienne au Canada, s’empressèrent-elles d’adopter les manuels rédigés ad mentem sancti Thomœ en attendant ceux de leurs professeurs.Parmi ces derniers, quelques-uns ont publié leurs cours, lesquels servent de textes à l’enseignement théologique et philosophique non seulement en Amérique mais même en Europe et en Orient.L’exemple de Laval a été suivi à bien des endroits ; et de notre temps, on voit se fonder ici et là des Facultés, des Instituts dont le but est de répandre de plus en plus la méthode, la doctrine et les principes thomistes.Ces fondations s’imposent, car, depuis 1879, les événements se chargent de prouver l’urgente nécessité des enseignements de saint Thomas d’Aquin.C’est vous dire du coup toute l’actualité de la doctrine thomiste.Voilà ce que je voudrais vous rappeler en ces pages.Et afin de ne pas être trop long, le présent travail ne concernera que la philosophie.Et puisqu’il n’y a rien comme une bonne division pour rendre les choses claires, je vous dirai que la philosophie de saint Thomas est très actuelle pour deux raisons : l) parce qu’elle est une philosophie humaine par excellence ; 2) parce qu’elle est la philosophie de l'absolu. L’Actualité de la Philosophie Thomiste 567 I E y a un phénomène historique de toute première importance, c’est qu’il existe une sorte d’harmonie entre le degré de culture d’une époque et l’idée que l’homme se fait de l’homme : celle-ci, en effet, commande toujours celui-là.Et ce parallélisme, on le constate surtout en histoire de la philosophie.Aussi voulez-vous savoir comment la science des sciences a répondu le long des siècles aux multiples questions à elle posées, demandez-vous quelle conception on s’est faite de la nature humaine à telle et telle période.Conception tantôt fantaisiste ou réelle, conception tantôt vraie ou fausse, elle a pour privilège de modeler une époque à son image et à sa ressemblance.Si la pensée de quelques génies, de quelques esprits plus “ représentatifs ” la réflète d’une façon plus claire et plus précise, l’image de notre nature à travers les âges n’en n’a pas moins trouvé un gîte dans la masse anonyme où, inconsciente, il est vrai, mais douée d’une grande efficacité plastique, elle n’a cessé de profiter du moment propice pour régler à sa mesure les organisations sociales et politiques qu’elle marque de son empreinte indélibile.Les idées philosophiques d’une nation, d’un peuple, se concrétisent dans ses lois, dans ses institutions.Sa littérature aussi, ses œuvres d’art, en sont les manifestations et les signes infaillibles.Mais sous cette surface mobile de faits et gestes qui se choquent et s’entrechoquent, prédomine un concept, prédomine une notion, qui les guide et les dirige, c’est le concept, c’est la notion de la nature humaine.Il est devenu banal de l’affirmer, la définition de l’homme a fait irruption dans la pensée contemporaine.Le cartésianisme la compénètre, la sature encore en certains milieux.Moi ou mon esprit, dit Descartes.Il confond donc le moi avec l’âme toute seule, la personne avec l’esprit.Au vrai, il fait de louables efforts pour maintenir la notion classique de l’unité substantielle du composé humain, mais la logique interne de son dualisme le porte invinciblement à nous 568 Le Canada français présenter l’homme comme une sorte d’intelligence pure, à l’égal des anges, pour ainsi parler.C’est pour le moins professer l’angélisme, comme dirait M.Jacques Maritain(*).Et l’on voit tout de suite la conséquence naturelle de cette conception par trop puriste de la nature humaine.Si, en réalité, nous sommes sur le même pied que les esprits angéliques, leur mode de connaître devra nous convenir.D’où, chez nous comme chez eux, point de servitude aux sens, point de servitude au discursus syllogistique.Indépendance qui s’appelle intuition, car le travail des sens, le labeur du raisonnement supprimé, il ne reste plus que le procédé intuitif.Et nos idées ne provenant pas de ces deux sources, Descartes les tire directement de Dieu dont la véracité en est l’immuable garantie.Ainsi, au sens cartésien, notre entendement jouit d’une infaillibilité naturelle ; quant à l’erreur dans laquelle souvent il tombe, c’est le mauvais usage du libre arbitre qui en est l’unique cause.Bel optimisme, dirons-nous, que toute cette construction, tout cet échaffaudage mental, oui, optimisme désespérant tout de même, parce que logiquement il a donné naissance au sphinx idéaliste.N’allons pas croire que l’intuition cartésienne, toute prometteuse qu’elle est, met notre intelligence en possession du réel.Non, notre faculté intellectuelle est condamnée à ne percevoir que ses propres idées, lesquelles ne sont pas des moyens qui la conduisent à la conquête de la vérité objective, mais elles prennent plutôt la place des choses elles-mêmes, elles sont “ des écrans vus à la place des choses ”.Elle n’atteint donc immédiatement, notre intelligence, que ses propres idées.Nous avons là la genèse de cet idéalisme, père du subjectivisme et du modernisme, dont Emmanuel Kant, au XIXe siècle, a été le représentant le plus en vue.Toute cette philosophie se ramène à déclarer la raison spéculative inapte à arriver au vrai, à dire que la réalité en dehors de nous, ce (1) Revue universelle, 1er mai 1923. L’Actualité de la Philosophie Thomiste 569 qui est, n’est pas connaissable, et que ce que nous connaissons, ce qui est connu, “ n’est qu’une apparence organisée selon les normes de notre esprit Cependant l’homme ne saurait se passer de la vérité.Et s’il ne peut pas l’avoir par l’intelligence, alors il la demandera à la volonté, à l’appétit, à l’action.C’est ce qui est arrivé.Et nous avons le spectacle pénible d’un mouvement anti-intellectualiste^) qui se dessine ici et là , mouvement dont le but avoué est de donner la primauté au sentiment, aux tendances affectives, à l’expérience; mouvement qui, somme toute, tend à détrôner l’intelligence et veut lui confier un rôle plus que subordonné et donc indigne d’elle.Alors selon les partisans de cette philosophie volontariste, affective, la vérité ne se prouve pas mais elle s’éprouve.Philosophie unilatérale, et très dangereuse, poussant à l'excès le mépris de l’intelligence, et qui la réduit tout au plus aux fonctions d’un humble coopérateur dont on ne doit pratiquement tenir aucun compte dans l’œuvre accomplie.Philosophie qui n’est certes pas humaine, puisque chez l’homme elle ne maintient point l’équilibre des facultés, et les détourne violemment de la fin à elles assignée par la nature.Ce manque de confiance dans la raison humaine est sans contredit le plus grand mal dont souffre la pensée contemporaine.Il importait de vous le signaler, ne fût-ce qu’en passant, car c est la surtout qu’est la grande marque de divergence entre la philosophie moderne et le thomisme.L’aristotélisme christianisé, complété par saint Thomas, est une philosophie on ne peut plus respectueuse de la nature humaine.Aussi, à cause de cela, est-elle toujours actuelle, est-elle toujours de son temps.A la base de ce système admirable, comme fondement, comme bloc solide, on trouve la i ÜJP Blondel, le Procès de TIntelligence.Revue dominicaine, février 1924 le Thomisme, article du P.Forest. 570 Le Canada français vraie définition de l’homme : animal raisonnable.Dans ce composé, les parties distinctes s’unissent de manière à former un tout substantiel, une personne responsable des actes ; elles se subordonnent aussi dans une hiérarchie admirable selon leur degré de perfection.C’est dire que l’âme l’emporte sur le corps, c’est dire que les facultés intellectuelles ont le pas sur les puissances sensibles.Mais cette suprématie n’est pas une indépendance absolue ; aussi bien aucune séparation n’existe entre les différentes parties.Entre elles il y a échange de services mutuels et réciproques.En effet, l’union substantielle entre le corps et l’âme régit tout le mécanisme de nos opérations vitales.Alors que la théorie de la connaissance, par exemple, chez Descartes, est nécessairement tributaire de sa notion fausse de la nature humaine, et donc inacceptable, par contre, elle est vraie, chez le Docteur angélique, puisqu’elle a pour point de départ la juste conception de l’humanité.Connaître, pour l’Ange de l’École, c’est affaire d’intelligence.L’opération intellectuelle, procédant immédiatement de cette faculté, est cependant obligée de faire appel aux sens.Ceux-ci lui fournissent les matériaux qui sont nécessaires à la formation des concepts.Après ce premier et nécessaire travail, notre esprit, déjà en possession de quelques idées, les compare entre elles, et ce second travail lui permet d’en acquérir des nouvelles.C’est ce qu’on appelle juger et raisonner.Ce n’est donc pas l’intuition angélique de Descartes.Et pourquoi ?Précisément parce que pour saint Thomas l’homme n’est pas un pur esprit, précisément parce que pour le Docteur commun, notre moi n’est pas notre âme seule, mais bien notre âme informant, vivifiant un corps.Il y a encore cette différence qu’il ne faudrait pas oublier.Vous vous rappelez que le procédé intuitif cartésien, infaillible naturellement, car il s’appuie sur la véracité divine, ne met pas l’intelligence en contact avec le réel en soi, il lui défend de s’emparer de la réalité extra-subjective.Elle L’Actualité de la Philosophie Thomiste 571 s’alimente de ses propres idées, elle ne va pas plus loin.Cela équivaut à dire que nous ne connaissons rien.C’est le scepticisme qui triomphe.N’est-ce pas aller ouvertement à l’encontre de toutes nos aspirations les plus légitimes et les plus raisonnables P Les aspirations les plus fondées de la nature humaine la portent invinciblement à chercher et à connaître ce qui est, c’est-à-dire ce qui est distinct d’elle-même.Et comment la satisfaire en lui répondant qu’elle doit se contenter des apparances, qu’elle ne peut pas faire plus ?Autrement plus satisfaisante est la théorie thomiste, et conséquemment, plus humaine.Elle établit en principe que la connaissance dépend absolument de ce qui est.“ Connaître en effet, c’est essentiellement connaître quelque chose, et quelque chose qui, en tant même que spécificateur de mon acte de connaître, n’est pas produit par ma connaissance, mais la mesure au contraire et la règle, et donc possède son être à soi indépendant d’elle : car il serait absurde que la mesure fût comme telle dans la dépendance du mesuré.Loin que l’objet de la connaissance soit,comme le veut Kant, intrinsèquement construit par la pensée, et autre chose que ce qui est, il faut ainsi qu’il soit comme tel cela même qu’une chose est : une chose autre que moi et que pion activité subjective, une chose prise précisément dans son altérité, dans ce qu’elle a d’elle-même et de non-moi.Toute la spécification de mon acte d’intelligence vient donc de l’objet en tant qu’autre, en tant que pur de moi-même.En connaissant, je me subordonne à un être indépendant de moi, je me fais vaincre, convaincre, assujettir par lui.Et la vérité de mon esprit est sa conformité avec ce qui est hors de lui, indépendant de lui.’’O) Elle nous fait donc sortir de notre moi la théorie aristotélicienne et thomiste de la connaissance.Elle nous en fait sortir pour que nous devenions d’une certaine manière la réalité qui nous entoure, le non-moi.(1) Jacques Maritain, Revue universelle, 1er juin 1923, p.636. 572 Le Canada français 'Voilà du réalisme, de l’objectivisme vrai, de l’intellectualisme authentique, qui maintient intangibles les droits de la faculté dominante chez nous, de la faculté à laquelle toutes les autres sont soumises, c’est-à-dire, de l’intelligence.Il ne faudrait pourtant pas croire que l’intellectualisme thomiste, si opposé, avec raison, à la philosophie de l’action, ignore totalement le rôle de la volonté dans l’acquisition des connaissances.Saint Thomas a toujours professé l’adage cvique suum : à chacun le sien.Il veut que chez nous chaque faculté soit bien à sa place, ait des objets bien déterminés, n’empiète pas l’une sur l’autre.Ainsi donc, la volonté, il la réclame là où elle a le droit d’intervenir, là, par exemple où manque la clarté évidente, seule capable de ravir l’adhésion de notre esprit.Aussi a-t-elle sa place toute marquée dans les questions de foi.Comme on peut s’en rendre compte, il est loin de pratiquer l’exclusivisme cher aux partisans trop enthousiastes de l’action.Il enseigne formellement “ que si les dispositions subjectives de l’appétit jouent un rôle essentiel dans la connaisance pratique qui règle notre agir, et si elles peuvent intervenir aussi, soit en bien soit en mal, dans notre connaissance spéculative, cependant celle-ci, lorsqu’elle atteint sa perfection naturelle, c’est-à-dire lorsqu’elle est science, et nous installe en des certitudes rationnelles inébranlables, est en elle-même absolument pure et indépendante de toute ratio boni et appetibilis, de tout contact avec les préférences, convenances et connivences du sentiment ou de l’action : ici l’objet seul est maître ; et que la conclusion posée nous fasse de la peine ou nous fasse plaisir, l’intelligence aurait honte d’y faire attention, de se le demander seulement.Elle contemple l’objet, elle est fixée en lui, est-ce qu’elle sait si le moi existe et demande quelque chose ?Si nous avons encore, malgré plus d’un siècle de sentimentalisme, quelque idée de l’objectivité adamantine de la science, c’est à Thomas d’Aquin et à la discipline scolastique que nous le devons.’’O) (1) Jacques Mabitain, Ibid, p.637. L’Actualité de la Philosophie Thomiste 573 Cet axiome cher à l’Aquinate, chaque chose à sa place, la méthode scolastique lui est scrupuleusement fidèle.Cette méthode comme la doctrine, prend l’animal raisonnable tel qu’il est, c’est-à-dire non à l’état abstrait, mais bien dans son entité physique, à l’état concret.L’homme absolu n’existe pas réellement ; c’est une notion, un concept qui loge seulement dans l’intelligence, tout en ayant cependant des liens indissolubles avec l’individu.Eh bien, c’est l’individu dont tient compte la méthode scolastique, c’est l’humanité en chacun de nous à qui elle s’adresse.Elle évite donc les projets chimériques de Jean-Jacques Rousseau ; elle évite aussi les excès ultra-spiritualistes de Descartes.Par le fait même se trouve condamnée, parce qu’inhumaine, une méthode soit exclusivement expérimentale, ou inductive, soit exclusivement rationnelle, ou déductive.L’une ou l’autre suppose une notion inexacte, incomplète, de la nature humaine.C’est l’erreur que commettent les empiristes et les idéalistes.Saint Thomas fait emploi des deux simultanément, parcequ’il sait que les sources de nos connaissances sont en même tempset notre intelligence et nos sens.Ce double emploi porte avec lui le cachet de cette modération que nous rencontrons seulement dans le thomisme.Or, la modération, la vraie, est une marque bien humaine.De fait, ceux qui sont le moindrement au courant de la philosophie thomiste savent que les différentes solutions données par elle au cours des âges aux plus angoissants problèmes qui intéressent l’humanité, ont toujours été empreintes d'une sage modération.Qu’on se rappelle la fameuse question des universaux, pour ne mentionner que celle-là, vu son extrême importance.A cause de cette union des deux procédés, inductif et déductif, le thomisme fait œuvre de synthèse, il se présente comme une espèce de composé vital analogue au composé humain.Et comme la vérité est dans la synthèse, nous avons droit d’affirmer que la philosophie thomiste est vraie.Humaine et vraie, ou plutôt, ceci à cause de cela, ou mieux, les deux 574 Le Canada français ensemble.C’est la première raison de l’actualité de la philosophie de saint Thomas d’Aquin.II Un deuxième motif qui rend très actuel le thomisme, c’est, avons-nous dit, parce qu’il est la philosophie de l’absolu.On ne saurait nier qu’entre la philosophie moderne et celle de sain1 Thomas il y a des antinomies insolubles.Philosophie de l’être et de l’absolu, celle-ci, philosophie du devenir et du relatif, celle-là, telles sont les deux marques distinctives qui les séparent l’une de l’autre.Un dédain pharisaïque pour la métaphysique, né du positivisme d’Auguste Comte, voilà le caractère dominant de la philosophie moderne.Les notions essentielles, immuables, qui se trouvent au fond de toutes les choses, elle les ignore et les méprise.Tout au plus se borne-t-elle à colliger des faits au gré du hasard et des circonstances, à en donner une explication de passage qui varie avec les époques et les endroits.Aussi elle ramène la science à une sorte d’historicisme, à une succession d’événements sans causes stables, sans pourquoi définitif, susceptibles toujours d’avoir d’autres raisons d’être suivant les temps et les lieux.Et alors les théories, quelles qu’elles soient, n’ont qu’une valeur pratique, industrielle, pour ainsi dire.Voulez-vous les juger, comme il convient, il faudra avant tout vous demander ce qu’elles peuvent produire.Ce pragmatisme règne en maître chez la plupart des auteurs contemporains.Ouvrez leurs écrits.Vous y découvrirez beaucoup d’érudition, vous serez charmés par la souveraine beauté du style.En présence des vivantes peintures qu’ils font du vice, de certains travers, bref, du mal sous toutes ses formes, vous ne pouvez douter de leur sincérité, de leur bonne intention ; aussi bien, leur donnez-vous, entière et complète, votre sympathie.Mais aux maux qu’ils dénoncent avec tant de force, aux vices qu’ils flagellent avec tant de vigueur, c’est en vain que vous cherchez les remèdes qu’ils L’Actualité de la Philosophie Thomiste 575 proposent.En d’autres termes, ces écrivains ne savent conclure.Le voudraient-ils, qu’ils ne le pourraient pas, faute d’une doctrine sûre et invariable, faute de principes immuables soustraits à la servitude des contingences, en un mot, faute de métaphysique.Relativisme, contingence, tous deux sont les guides des individus et des nations.Plus de principes ; c’est le caprice, c’est l’intérêt personnel, c’est le droit du plus fort qui prime.On ne résoud plus les questions d’où dépend le salut des sociétés à la lumière des vérités éternelles, non, on aime mieux faire appel aux bénéfices immédiats, aux bénéfices tangibles : ceux-là seuls comptent.Ces théories, nous savons quel rôle néfaste elles ont joué durant la dernière guerre, et surtout lors de la conclusion de la paix.Aucune des principales nations belligérantes, malheureusement, ne voulut se rendre à la voix du Pape.Fidèle à sa mission de représentant en ce monde du Prince de la paix, combien de fois le Souverain Pontife essaya-t-il de ramener les combattants aux vraies notions de justice et de charité afin de faire cesser le plus tôt possible l’épouvantable fléau qui a conduit les peuples à deux doigts de leur ruine.Ce fut en vain.Tout au plus les intéressés se bornèrent-ils à faire un accueil déférent aux demandes réitérées de Benoît XV.Mais de soumission véritable, point ; mais de désir sincère et sérieux de suivre ses conseils, dans les circonstances,— l’avenir l’a prouvé,— le seul remède aux maux terribles dont souffrait l’Europe, encore moins.Cette conduite qui surprend et scandalise, elle s’explique très bien.Elle est l’aboutissement tout naturel et logique des idées régnantes en Europe depuis trois siècles.Elle sort de la philosophie cartésienne et de ses dérivées comme le papillon de la chrysalide.La plupart des cerveaux contemporains ont été façonnés par ce que j’appellerai les chirurgiens malhabiles de la philosophie ; par ces savants qui pratiquent l’amputation sur une haute échelle, mais pas toujours pour le plus grand bien 576 Le Canada français de leurs clients.Ils ont séparé ce qui est inséparable, ils ont trop souvent coupé, tranché, à tort et à travers.Ainsi est née cette philosophie inconsistante, incomplète, qui proclame le divorce entre le contingent et le nécessaire, entre le fait et l’idée, entre la spéculation et l’action.(l) Contre leurs procédés proteste énergiquement le thomisme qui a pour lui le gros bon sens et l’expérience la plus élémentaire.Celui-ci, en effet, enseigne d’abord que le contingent et le nécessaire, que le relatif et l’absolu sont les deux facteurs inséparables de toute science ; il enseigne ensuite que l’action tient avec la spéculation des rapports très étroits : intellectus speculativus per extensionem fit practicus ; il enseigne enfin “ qu’un fait n’a de sens et de portée que par l’idée générale qui en contient l’explication ”.Si les événements des dernières années ont fait voir à nouveau toute la puissance d’action de la philosophie moderne, ils ont eu aussi l’excellent effet d’en montrer les dangers.Au lendemain des désastres dont les peuples commencent à peine à se relever, les esprits sérieux se sont vite aperçus que le cataclysme où l’Europe avait failli sombrer était, pour une très large part, le produit des doctrines en honneur à notre époque.Alors de les prendre en suspicion, alors d’en constater toute l'insuffisance et toute la nocivité.Et cette expérience douloureuse les amena heureusement à chercher le salut ailleurs.C’en était assez de ces théories dont la fausseté pernicieuse devenait de plus en plus évidente.Et ils comprirent enfin toute la nécessité d’une réaction qui se manifesta tout d’abord par le besoin de se cramponner, pour ainsi parler, à des réalités plus stables, à des réalités plus durables.Et dans ce besoin instinctif, inéluctable quasi, nous avons une des marques bien caractéristiques de quelques-unes des tendances les plus significatives du moment présent.Ces tendances actuelles, incontestables, Monsieur Jacques Mari- (1) Cf.T.Richaud, Introduction à l’étude et à Venseignement de la Seo-astique, p.299. L’Actualité de la Philosophie Thomiste 577 tain(1) les désigne d'abord sous le nom de réalisme, ou encore de retour à l'absolu.Elles ne sont pas nouvelles.Presque entièrement méconnues des générations précédentes, elles ne disparurent cependant jamais complètement.Comme immobilisées au fond de la nature humaine, elles n’attendaient que l’occasion pour remonter à la surface.M.Bergson a eu bien raison de dire après saint Paul que “ c’est dans l’absolu que nous sommes, que nous vivons et que nous nous mouvons ”, Au vrai, il suffit d’observer tant soit peu pour admettre que partout s’accentue ce retour à l’absolu.Dans tous les domaines, en effet, les “ hiérarchies naturelles de l’être ”, les “ conditions éternelles de l’ordre ”, “la nécessité de se soumettre à l’objet” s’imposent de plus en plus.Chez les artistes, le pur, le désolant symbolisme, où domine le sentiment, fait plus large la place à la raison.L’élément parnassien reconquiert petit à petit ses droits.En littérature, sans parler encore de défaite, il nous est peut-être permis de pronostiquer que le romantisme est en baisse.Et la reprise des classiques, comme l’ordonne la réforme Bérard, est certainement une preuve que les notions absolues, métaphysiques, sont vues d’un meilleur œil.Et cela parce qu’on ne saurait plus contester leur extrême utilité.Dans l’ordre social, même constatation consolante.Et sans faire aucune allusion politique, nous oserons affirmer que le remarquable antidémocratisme qui se dessine avec assurance ici et là est un signe évident du souci du réel et du mépris de l’abject subjectivisme qui a fait tant de mal.En France, comme en Italie, les meilleurs esprits paraissent travailler efficacement au “ bienfaisant retour à la juste notion du bien commun de la cité ”.Sans doute leur philosophie est loin d’être indemne, tout de même leur attitude semble bien être un des aspects intéressants et indubitables de la nécessité de la métaphysique, c’est-à-dire de la doctrine de l’absolu.Et dans le monde économique apparait le même phénomène.Ces tentatives (1) Revue universelle, 15 mai 1923, p.503. 578 Le Canada français diverses qui aboutissent à des formes variées de syndicalisme ont toutes pour but avoué de placer les travailleurs dans des conditions conformes aux réalités humaines.Fatigués des utopies chimériques de certains idéologues qui promettent trop, quelques économistes, comme Georges Valois, ont tenté, non sans succès, de trouver un aliment solide à tant d’aspirations légitimes et jamais satisfaites.Enfin disons que la philosophie et même les sciences pures ont aussi emboîté le pas.On n’a plus peur de s’attaquer ouvertement à l’idole du kantisme dont les pieds d’argile s’effritent rapidement.Elle n’est pas encore près de tomber, il est vrai, mais sa solidité séculaire, on n’y croit plus.Chez les savants même, férus d’expérience, la logique, voire la biologie d’Aristote jouissent d’une situation inaccoutumée^1) Ce retour à l’absolu a eu pour résultat nécessaire le triomphe de l’intelligence.Il est la reconnaissance pratique de la primauté de l’esprit.Car, alors que dans tous les ordres de la connaissance humaine on éprouve l’impérieux besoin de s’appuyer sur des définitions essentielles, sur des principes immuables, du coup, on est obligé de faire un usage normal de la raison.C’est donc affirmer sans exagération que la tendance contemporaine est on ne peut plus intellectualiste.Du reste, le discrédit profond dans lequel est tombée la philosophie bergsonienne, laquelle, on le sait, “ méconnait la vertu de l’intelligence qu’Aristote appelait divine ”, en dit assez du peu de vogue de l’anti-intellectualisme.“ Retour à l'intelligence, écrivait en 1913 Ernest Psichari, qui avait goûté jadis à l’anti-intellectualisme bergsonien, retour à l’intelligence, qui est, en un sens, la plus grande des simplicités Et de nos jours, dans ses Jugements, Henri Massis s’élève avec force contre ce qu’il appelle la génération du relatif.Et n’en déplaise à Barrés et à Renan, il revendique impérieusement les droits imprescriptibles de l’intelligence.Ajoutons que la guerre sans merci à l’impressionnisme est encore unjdes signes symptomatiques de l’impopularité de la (1) Maritain, Ibid, p.504. L’Actualité de la Philosophie Thomiste 579 philosophie anti-intellectualiste.Mais il n’y a pas seulement les spécialistes, les écrivains, somme toute, le petit nombre, qui lui font grise mine.D une façon beaucoup plus universelle et beaucoup plus profonde, c est tout le public réfléchi qui dans le désarroi du monde actuel, sentant chanceler partout la civilisation, aspire comme à une nécessité de salut aux affirmations et aux principes, a la vertu discriminante, à la lumière efficace de la raison.Nous avons besoin de métaphysique beaucoup plus que de charbon, d assainir nos valeurs d’échange intellectuelles bien plus encore que notre monnaie, d’établir notre vie en accord avec les lois de l’être bien plus encore que d’assurer notre ravitaillement en farines, la questions de la lumière des premiers principes est plus importante pour nous tous que la question du petrole.Rien n’est plus saisissant que ce commun désir.Mais est-ce la philosophie moderne, la philosophie du Comme Si, comme on dit maintenant en Allemagne qui pourra le satisfaire ?(') Il importe de signaler encore que notre monde est travaillé par un immense besoin de spiritualité.Depuis la derniere guerre surtout les âmes sont irrésistiblement entraînées vers l’au-delà.Malheureusement, cette tendance foncière, indéniable, sort souvent de son orbite, devie fréquemment de son axe.La théosophie,— une inchoérence, (1 2) — le spiritisme,— une farce,(3) — nous disent hautement que cette soif, on ne va pas toujours l’étancher aux véritables sources.Quoi qu’il en soit, spirites et theosophes sont les témoins irrécusables des aspirations spiritualistes de notre temps.* .* * Puisque le monde a une grande soif d absolu et de spirituel, puisqu’iljinet de plus en plus sa confiance dans la raison, il lui faut^donc une doctrine, une philosophie qui reponde (1) Maritain, Ibid.(2) Mgr.L.-A.Paquet, Le Canada français, février 1924.(3) Paul Dudon, Etudes, 5 fév.1924. 580 Le Canada français exactement à son état d’âme.Or, vous l’avez deviné, cette philosophie, c est le thomisme.C’est la philosophie aristotélicienne repensée, complétée et christianisée par saint Thomas d Aquin.Il est certes facile de montrer qu’en elle on rencontre tous les traits qui distinguent notre époque.Aussi nous serons nécessairement bref.Philosophie de l’être par excellence, le thomisme conduit notre intelligence a la possession de la réalité objective, absolue, universelle ; à la notion transcendantale, au fin fond de toutes choses, a la supreme cause, à l’être par essence, à Dieu lui-même.Le muable, il l’explique par l’immuable, le contingent par le nécessaire, le mobile par l’immobile, autant d entites qu il se garde bien de séparer, parce que cela répugne a leur nature.Il a donc en horreur ce séparatisme dissolvant que professent d’autres systèmes, et, pour cela, faux et souvent dangereux.Car, logiques avec eux-mêmes, les partisans de la philosophie séparatiste commencent par faire de l’homme un composite quelconque dont les parties vivent indépendantesl’unedel’autre.C’est la négation pure et simple du composé humain.Et abordant avec cette fausse conception, les problèmes qui se présentent il va sans dire qu’ils leur donnent une solution qui est loin d’être la véritable.Aussi pouvons-nous expliquer quelque peu toutes ces opinions, toutes ces théories pour le moins étranges qui se succèdent a travers les siècles.De cette philosophie à compartiment sont nés 1 engouement pour la seule expérience sensible et le mépris pour la métaphysique.On sait ce que nous ont valu ces deux attitudes.Contentons-nous de répéter une fois de plus que la philosophie thomiste, toujours appuyée sur la réalité comme sur un roc inébranlable, ne cesse de proclamer le règne de l’absolu, des principes, des notions immuables nécessaires à la vie des nations et des individus.Philosophie de l’être, de 1 absolu,— métaphysique naturelle de l’esprit humain, comme a dit quelqu’un,— le thomisme est encore une philosophie intellectualiste et spiritua- L’Actualité de la Philosophie Thomiste 581 liste.Tout ce qui a été dit précédemment nous exempte de longues démonstrations.Aristote et saint Thomas ont toujours eu le culte de l’intelligence.Placée au sommet de l’être raisonnable, ils en ont fait une reine qui commande, mais dans son domaine seulement.C’est elle qui connait l’objet, c’est elle qui arrive à la possession parfaite de la vérité.Et nous avons dit aussi quand elle fait appel à la volonté: dans les circonstances où la certitude scientifique est impossible à obtenir.Mais rappelons que ces deux facultés ne sont pas deux antagonistes.Au contraire, toutes deux amies, elles se rendent de mutuels services.Beau spectacle assurément que celui de contempler l’homme comme un tout organique admirablement ordonné où toutes les parties travaillent, chacune dans sa propre sphère, au bien de l’individu.C’est la philosophie thomiste qui nous procure cette jouissance vraiment esthétique.Quant au caractère spiritualiste du thomisme, on ne saurait en douter.Bien que distinct de la théologie, il en est tout de même le préambule, le fondement.Philosophie pour laquelle l’Église a ses préférences, elle démontre la crédilibité de nos dogmes.De par lui-même, au surplus, il nous conduit à la connaissance naturelle de la cause première qui est Dieu ; mais aussi il nous sert comme de piédestal pour l’atteindre dans la gloire éternelle.Et Dieu seul, connu surnaturellement, peut apaiser cette soif brûlante de l’au-delà qui tourmente notre époque.La philosophie thomiste ne saurait donc être plus actuelle, puisque, d’une part, comme nous venons de le voir, elle est une philosophie éminemment humaine, et, d’autre part, elle répond aux aspirations légitimes de notre siècle.Et, pour être complet, il faudrait ajouter qu’elle est aussi très moderne.Car plusieurs contemporains prêchent le retour à la Scolastique, tel Gonzague Truc pour qui le thomisme est considéré 582 Le Canada français “ comme l’hypothèse la plus vraie ”, tel Jacques Cavalier qui avoue que “ la philosophie de saint Thomas est de toutes la moins systématique ”, tels William James, aux États-Unis, et Wundt en Allemagne, celui-ci soutient qu’il faut revenir à l’animisme aristotélicien en psychologie expérimentale, tandis que celui-là appelle le thomisme “ la sœur aînée du bon sens Ces quelques témoignages qui comptent suffisent à nous montrer que les modernes penseurs n’ont plus à l’égard du thomisme cette attitude de défiance et même de pitié qui était ordinairement la leur il y a quelque vingt-cinq ans.Non, aujourd’hui, le meilleurs esprits, à quelques écoles qu’ils appartiennent, commencent à comprendre de mieux en mieux avec Léon XIII que l’étendue des prémisses posées par l’angélique docteur, “ et les vérités innombrables qu’elles contiennent en germe, fournissent aux maîtres des âges postérieurs une ample matière à des développements utiles, qui se produiront en temps opportun.En employant, comme il le fait, ce même procédé dans la réfutation des erreurs, le grand docteur est arrivé à ce double résultat, de repousser à lui seul toutes les erreurs des temps antérieurs, et de fournir des armes invincibles pour dissiper celles qui ne manqueront pas de surgir dans l’avenir Dans ce passage de son Encyclique Æterni Patris, le grand pape souligne fort bien le caractère universaliste du thomisme.Car, remontant aux principes les plus simples, et donc les plus universels, puisant dans la plénitude de l’être, cette philosophie échappe ainsi à tout exclusivisme, à tout particularisme ; ¦c’est précisément ce qui la rend apte, comme la vérité, à s’adapter à tous les temps et à tous les lieux.Au même endroit, -— rappelons que l’Encyclique Æterni Patris a été publiée il y a quarante-cinq ans,— Léon XIII ne craint pas d’affirmer que la philosophie thomiste est capable de fournir des “ armes invicibles ” pour combattre “ les erreurs qui ne manqueront pas de surgir dans l’avenir ”.Or, parmi ces erreurs qui ont surgi dans l’avenir, la plus pernicieuse et la plus dangereuse, L’Actualité de la Philosophie Thomiste 583 a été sans contredit le modernisme.Et l’on sait que l’antidote à ce poison mortel, Pie X a ordonné d’aller le chercher dans l’étude de la philosophie thomiste.Cet ordre du successeur de Léon XIII s’adresse avant tout aux étudiants des Séminaires et des Universités catholiques.Comme son prédécesseur, Pie X veut que dans ces maisons la théologie et la philosophie soient enseignées suivant la méthode scolastique et conformément à la doctrine et aux principes de l’Ange de l’École.Au cours de son règne, ce même Pape a aussi quelques fois recommandé la doctrine d’autres saints et d’autres auteurs.Mais s’il l’a fait c’est en autant que cette doctrine est en harmonie avec le thomisme.Il le déclare explicitement dans son bref du 29 juin 1914.“ Que si la doctrine, dit-il, de quelque auteur ou de quelque saint a été jamais recommandée par nous ou par nos prédécesseurs avec des louanges particulières, il est aisé de comprendre qu’elle a été recommandée dans la mesure où elle s’accordait avec les principes de saint Thomas d’Aquin, ou qu’elle ne s’y opposait en aucun manière ”.C’est pourquoi M.Jacques Maritain a eu raison d’écrire que “seul saint Thomas d’Aquin apparaît aujourd’hui comme le représentant par excellence de la philosophie chrétienne ’’.Cette préférence pour le thomisme, Pie XI y revient dans son Encyclique Studiorum ducem du 29 juin dernier, publiée à l’occasion du Vie centenaire de la canonisation de saint Thomas.Dans ce document il proclame l’Aquinate “ Docteur Commun ou Universel de l’Église, celui dont l’Église a fait sienne la doctrine ”.Et le Pape continue : “ Ainsi, dit-il, comme il a été dit autrefois aux Égyptiens lors d’une extrême disette : “ Allez à Joseph ”, ce Joseph qui devait leur fournir le blé nécessaire à nourrir leur corps ; de même, à tous ceux sans exception qui sont aujourd’hui en quête de vérité, Nous disons : Allez à Thomas, allez lui demander l’aliment de la saine doctrine, dont il est si riche et qui nourrit les âmes pour la vie éternelle 584 Le Canada français A l’Université Laval nous suivons depuis longtemps les conseils et les ordres des Souverains Pontifes.Notre jeunesse étudiante se livre avec une admirable ardeur à l’étude de la philosophie thomiste.En présence de la faillite de tant de systèmes inventés au fur et à mesure pour rendre au monde la stabilité et l’équilibre qu’il a perdus, cette même jeunesse se convainc de plus en plus de l’actualité du thomisme ; elle constate que Pie X avait bien raison d’écrire que “ s’écarter de saint Thomas d’Aquin surtout en mataphysique ne va pas sans grave préjudice ”.Sans doute elle n’a pas la naïveté de croire que le Docteur Angélique a répondu d’une manière explicite à toutes les questions que se pose le monde actuel, mais ce qu’elle sait avec certitude, c’est que les principes de la philosophie thomiste sont assez féconds pour contenir virtuellement, en germe, la vraie solution des problèmes qui ressortissent aux temps nouveaux.([) (1) Saint Thomas d’Aquin.— Etudes, publiées par les Dominicains d’Ottawa.Spécialement les études des RR.PP.Lamarche et Forest.Revue Dominicaine, février et mars.Articles des RR.Pères Forest et Mauger.Revues des Jeunes, 10-25 mrrs 1924.Bibliothèque Thomiste, III, Mêlantes Thomistes, Le Saulchoir Kain, Belgique, 1923.Etienne Gilson, Etudes de philosophie médiévale, pp.77-123.Arthur Robert, ptre.
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