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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
Une page d'histoire locale
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Références

Le Canada-français /, 1924-11, Collections de BAnQ.

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UNE PAGE D’HISTOIRE LOCALE Lbs origines du mot Coaticook et l’expédition de Rogers en 1759 A l’heure où nous poursuivons un travail historique sur Coaticook, il nous fait plaisir de donner aux lecteurs du Canada Français quelques notes qui ne sauraient trouver place dans un récit succinct des faits, mais qui pourtant sont d’une réelle importance pour les chercheurs.Il faut d’abord savoir que Coaticook désigne une jolie petite ville des Cantons de l’Est, sise sur les bords de la rivière du même nom et sur le Chemin de Fer National, ligne Montréal-Portland, et à une vingtaine de milles de Sherbrooke.La rivière Coaticook prend sa source dans le lac Norton et dans quelques autres étangs de moindre grandeur situés au nord’est de l’État du Vermont à une distance de six milles de la ligne 45°.Sur le territoire américain elle longe continuellement la voie ferrée du Grand-Tronc ou Chemin de Fer National.Celui-ci la traverse et retraverse sur des ponts dont le plus considérable est sur la frontière même à Norton-Mills.A un mille et demi et sur la terre canadienne, la rivière Everill, qui prend sa source dans deux lacs du même nom, vient se jeter dans la Coaticook par le côté est.De Stanhope — Sainte-Suzanne de Stanhope, première paroisse catholique du diocèse de Sherbrooke sur la frontière canadienne — à Dixville, c’est-à-dire sur un parcours de quatre milles, les abords de la rivière Coaticook se définissent par une série de collines assez élevées et aux ondulations variées.Sur ces collines des plateaux se forment en étagères superposées. 188 Le Canada français Au village de Dixville la vallée s’élargit et présente des abords moins sévères.De Dixville à Coaticook, c’est-à-dire sur une distance de cinq milles, le cours de la Coaticook est de plus en plus gracieux.La vallée est plus profonde, semble-t-il, mais la gravitation des côtes est plus légèrement accentuée.A un mille de la ville, la Coaticook coupe la ligne ouest du canton de Barford et pénètre dans celui de Barnston.Rien de plus pittoresques que les détours qu’elle faisait primitivement dans les limites de la ville.Depuis une trentaine d’années elle s’est “ redressée ”, sans cependant abandonner complètement son ancien cours et s’est dessiné un nouveau trace plus à l’ouest, formant ainsi une île assez spacieuse au nord du parc Meadow.Ces endroits sont encore marécageux et destinés à être complètement immergés par les grandes eaux du printemps ou les pluies abondantes de l’automne.De la pointe de l’île, la rivière Coaticook court doucement donnant la surface polie d’un miroir, puis elle saute cinq ou six chaussées, fournissant les forces motrices à autant de manufactures et moulins ; s’engouffre dans un entonnoir dont les parois sont des rochers abrupts d’une hauteur variant de 200 à 300 pieds.De cette prison elle sort furieuse, mugissant, bondissant en cascades.et paroles de neige.On la laisse disputer puis on l’enferme de nouveau dans une chaussée plus considérable que les précédentes ; cette fois, c’en est assez, son cours longtemps retenu par ces multiples barrages, s’élargit, formant une petite île, pour couler lentement ensuite dans la plainte douce et tranquille de Coaticook-nord.Quittant sans doute à regret cette vallée belle et riante elle va vers Compton et parcourt encore une distance de quinze milles avant que de se jeter dans la Massawipi, près des mines de Capelton dans le canton d’Ascot.Elle a fait ainsi et tout d’un trait près de vingt-neuf milles. Une page d’histoire locale 189 I Connaissant la géographie du lieu peut-on se demander maintenant d’où vient ce nom de Coaticook ?“ Nous ne voyons, déclare l’abbé J.-A.Maurault, que trois noms abenakis sur la carte du Canada : Coaticook, Memphremagog et Megantik.Coaticook vient de “ Koaki-teku ”, rivière de la terre du pin ; Memphremagog de “ Mamhrogagak ”, grande étendue d’eau ; et Mégantik de “ Namesokanjik ”, lieu où se tiennent les poissons.”(1) D’autre part l’auteur(2) des Chasseurs de Noix met dans la bouche de son héros Roger de Chabroud cette signification fort différente : “Il y a, déclare Roger à son compagnon Le Suisse, une expression iroquoise qui veut dire en français : “ Quelque-chose-de-croche-qui-se-redresse ” et qui se prononce : “ Kkwaktakwak.”(3) — Où donc est le vrai sens ?D’un côté, il est manifestement prouvé que la vallée de la rivière Coaticook était primitivement boisée de pins gigantesques quand il ne s’en trouvait que peu ou pas sur les hauteurs ; de l’autre, il est non moins vrai que cette rivière dont le cours est ordinairement paisible, devient soudainement torrentueuse et déchaînés au printemps et à l’époque des grandes pluies.Dans ces cas et encore aujourd’hui il lui arrive de sortir de son lit et de se “ redresser ” d’une façon tragique parfois.C’est ce qui explique la formation d’une île au cœur même de la ville, ile qui n’apparait pas sur les cadastres anciens.Certains ont élevé une hypothèse assez jolie.Ainsi le nom de Coaticook aurait été donné non pas à la rivière, mais à un lac couvrant autrefois la partie sud de la ville.En effet, si placé au centre de cet écrin de perles, la touriste quelque peu curieux tourne le regard vers l’est, il découvre (1) Abbé J.-A.Maureault, Histoire des Abenakis, introduction.(2) J.-A.Bouchard, Les Chasseurs de Noix.(3) Abbé Cuoq, p.s.s., Lexique de la langue iroquise. 190 Le Canada français toute une suite de collines à perte de vue sur la ligne du canton de Barford.Détournant les yeux vers l’ouest, il constate que l’aspect est le même.Coaticook est donc bâti dans un bassin, ouvert seulement par une brèche d’où s’écoulent les eaux de la rivière.Cette brèche n’aurait pas toujours existé.Elle serait vraisemblablement le résultat de commotions ou de perturbations violentes, provenant de l’agglomération de gaz dans les cavités caverneuses ou dans les fissures de grande étendue qui ne laissent pas d etonner le spectateur d’aujourd’hui.Et donc primitivement, a 1 endroit où l’on découvre une brèche aujourd’hui, il y avait une barrière qui retenait les eaux d’un lac d’une profondeur variant de 30 à 40 pieds et auquel les sauvages abénaquis avaient donné le nom de “ Koattegok ”.Si nous consultons l’histoire de la Nouvelle-France, nous y découvrons que nos cantons furent le lieu de passage de rares expéditions anglaises dirigées par des Iroquois vers Montréal ou Québec.Par contre et pendant tout un siècle, ce territoire fut possédé par les Abénaquis.Au début du dix-septième, ceux-ci habitaient les vastes regions devenues aujourd’hui les États de New-York, Vermont, New-Hamp-shire et Maine, jusqu’au Nouveau-Brunswick et sur les bords de la Nouvelle-Écosse.Depuis l’année 1846, le P.Drouillette faisait pénétrer peu à peu les lumières de l’Évangile dans le cœur de ces sauvages fort bien disposés a l’égard des Français.Mais fatigués par les continuelles vexations des colonies anglaises avec lesquelles ils entretenaient quelque commerce toujours difficile à cause des premiers enlèvements sournois de plusieurs des leurs par les capitaines Weymouth en 1605 et Hunt en 1614 ; affaiblis par les incursions fréquentes et désastreuses des Iroquois et la guerre ouvertement déclarée sur la fin avec les habitants de la Nouvelle-Angleterre, ils commencèrent à émigrer au Canada en 1677.Sur 1 invitation du P.J.Bigot, ils quittèrent lentement les bords de la rivière Kenebec — du mot “ Eanibesek ”, qui conduit au lac (à Une page d’histoire locale 191 l’Orignal) — et s’assemblèrent sur la rivière Chaudière, “ Kikouteku ” rivière des champs.Vers l’année 1700, M.de Callières, prévoyant de nouvelles attaques de la part des Iroquois, malgré une récente déclaration de paix, et voulant former une barrière contre les irruptions de ces cruels sauvages, fit céder aux Abénaquis par les seiggneurs de Saint-François — M.de Pierreville et Mme Jean Crevier — un vaste domaine sur la rivière Saint-François — qu’ils dénommèrent : “ Alsiganteku ” rivière aux alsias, plantes armées de longs fils s’étendant sur l’eau — situé à deux lieues de son embouchure sur le lac Saint-Pierre.Bien des années auparavant une bourgade abénaquise avait été établie à “ Namesokantsik ” c’est-à-dire sur le lac Mégantic.Ces sauvages tous chrétiens, furent visités par le P.Rasle, tombé sous les balles anglaises “ en haine de son ministère et de son zèle à établir la vrai foi dans le cœur des sauvages ”(4) à sa mission de Norridgework sur la rivière Kenebec, le 23 août 1724.Sur l’invitationlde M.de Vaudreuil et parce qu’ils étaient continuellement en butte aux irruptions des Bostonnais, les Abénaquis de Megantik émigrèrent sur la rivière Bécancourt en 1708.De plus, il était reconnu que tous ces Abénaquis de la Chaudière, de Saint-François, de Bécancourt et de Mégantic étaient les maîtres et avaient la défense de tout le territoire situé au sud du Saint-Laurent, de la Chaudière au Richelieu ou rivière des Iroquois.C’est dire donc que nos Cantons de l’Est furent leur pays de chasse, de pêche et parfois de guerre pendant près d’un siècle.Nos jolies rivières comme nos lacs aux eaux calmes, ont dû être sillonnés en tout sens par ces sauvages abénaquis, alliés fidèles des Français, et qui surent faire de leur corps une digue infranchissable à l’Iroquois ami du carnage et à l’Anglais envahisseur.Rien d’étonnant donc qu’ils aient laissé quelques vestiges de leur passage, de leur fréquentation de nos lacs et de nos rivières (4) Le P.de Charlevoix, Hist.Gén.de la Nouv.-France. 192 Le Canada français dans les noms de Coaticook, Memphremagog ou Megantic.Quant à l’étymologie du mot Coaticook, voici qui peut nous éclairer : “ Coaticook (abénakis) formé de deux substantifs et d’une “ terminaison prépositive : Koa, pin tegw ou tteg, rivière, “ (seulement dans la composition), ok, qui représente suivant “ le cas l’une des proposition à, de, sur, datis ; Koattegw, “ rivière aux pins ou au pin ; Koatteg’ok, à, (de, sur, dans) “ la rivière aux pins ou au pin.Ce nom peut avoir été donné, “ soit à cause de la quantité de pins qui se seraient trouvés “ sur le long de la rivière ou par rapport à un certain pin qui “ aurait été remarquable auprès de l’embouchure de la “ rivière.“ Coaticook est une épellation ou orthographe imaginée “ par les blancs qui ne savaient pas que lettre C en abénaquis, “ ne commence jamais un mot, pas même une syllabe, à “ moins qu’elle ne soit unie à la lettre H (ch), lesquelles ne “ forment jamais un son guttural, mais un son lingual dental.Jos.Laurent, (chef abénaquis.)” De toutes ces considérations, nous sommes en droit de conclure que le nom de Coaticook est d’origine abénaquise, qu’il désigne une rivière et non un lac, et qu’enfin sa traduction la plus étymologique serait : rivière aux pins.Albert Gravel, ptre.(à suivre)
de

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