Le Canada-français /, 1 juin 1925, Les premiers missionnaires de l'ouest canadien
LES PREMIERS MISSIONNAIRES DE L’OUEST CANADIEN Les RR.PP.Mésaigeb, Aulneau, Coquart et de LA MORÉNIE, JÉSUITES Depuis plusieurs années, un phénomène nouveau des plus consolants apparaît dans l’âme canadienne-française.Une jeunesse d’élite est descendue dans l’arène pour s’opposer au fléchissement des caractères, et un souffle patriotique a passé frémissant sur nos cœurs demeurés toujours catholiques et français.Pour soutenir ses efforts et son courage, elle est allée, cette jeunesse, puiser des inspirations d’énergie et de résistance aux sources de notre histoire.Elle a compris que dans les races qui savent rester fidèles à leurs traditions, le passé survit toujours et qu'il assure leur survivance.Sous l’empire de ces réconfortantes pensées, je me propose de présenter, en quelques traits rapides, l’œuvre des pionniers de la Foi dans le Nord-Ouest, à l’occasion du tricentenaire de l’arrivée en terre canadienne des illustres fils de saint Ignace de Loyola.* * * La France fut la première nation qui ait érigé des postes dans le territoire de la baie d’Hudson, pour favoriser la traite des fourrures soyeuses de l’Ouest.Par le traité d’Utrecht, l’Angleterre s’était assuré la possession de ces territoires, inhospitaliers et incultes sans doute, mais où abondaient les pelleteries les plus riches de cette époque. Les premiers Missionnaires de l’Ouest canadien 779 Les gouverneurs de la Nouvelle-France résolurent de réparer cet échec en établissant toute une série de forts dans un double but : intercepter les peaux de castor qui prenaient le chemin de la Baie d’Hudson, et en outre atteindre la mer de l’Ouest (l’océan Pacifique).Ils fondèrent donc à Michilli-makinac, à l’embouchure du lac Michigan, un entrepôt destiné à ravitailler les traiteurs qui s’avançaient jusqu’au fond du Lac Supérieur.La Tourette, frère de Duluth, fonda un poste au lac Népigon, un autre sur la rivière Ombabika, un troisième sur la rivière Kénogami.Il s’assurait ainsi le commerce de toute cette partie nord du lac Supérieur.En 1727, nous trouvons la Vérendrye chargé de diriger ces avants-postes.Ce fut au lac Népigon, qu il prépara la conquête du Nord-Ouest canadien, grâce aux renseignements fournis par un chef cri du nom d Ochagah.A 1 aide d un charbon de bois, ce chef traça la première carte de l’Ouest ; elle est assez exacte dans ses grandes lignes et sa donnée générale.La Vérendrye comprit aussitôt l’importance capitale pour sa patrie de s’emparer de ces immenses territoires.Il rédigea sans retard un mémoire élaboré, dans lequel il exposait son plan.Sur ces entrefaites, la Vérendrye eut la bonne fortune de rencontrer à Michillimakinac, le Père Nicolas de Gonor, jésuite.Cet excellent religieux, né dans le diocèse de Luçon en 1691, était arrivé au Canada en 1726.Aussitôt il fut envoyé en mission chez les Sioux.Les sauvages lui donnèrent le nom de Sarenhès, le grand arbre, à cause de sa haute stature.La Vérendrye lui fit part de ses projets et lui confia son mémoire accompagné de la carte de 1 Ouest faite par le chef cri.Frappé de la grandeur de cette entreprise, le P.de Gonor embrassa les vues de la Vérendrye et promit de les faire prévaloir auprès du marquis de Beauharnois, alors gouverneur de la Nouvelle-France.La Vérendrye ne pouvait trouver pour sa cause un avocat plus habile et plus dévoué.Le P. 780 Le Canada français de Gonor prépara soigneusement un rapport sur les régions qu'il avait parcourues chez les Sioux.Il montra à l’évidence que le passage à la mer de l’Ouest offrait moins d’obstacles par le territoire des Cris et des Assiniboines que par celui des Sioux, nation fourbe et cruelle, qui ne supportait qu’avec peine le séjour des blancs dans leur territoire de chasse.Le gouverneur fut promptement gagné.Il promit de prendre en main l’expédition projetée et depuis lors il soutint de toute son autorité les efforts du vaillant pionnier de la France dans les pays de l’Ouest canadien.La Vérendrye trouva également un solide appui en France même auprès du ministre des colonies dans la personne du P.Charlevoix, le jésuite historien bien connu, lequel appuya de toute son influence une entreprise à la fois si glorieuse et si profitable à son pays.Ce n’est pas affaiblir le mérite ni diminuer la gloire de la Vérendrye que de les faire partager avec les jésuites Charlevoix et de Gonor, parrains de ses découvertes et dont les confrères sillonnaient en tous sens ces vastes contrées encore inexplorées.Le P.Charles-Michel Mésaiger, jésuite Le premier prêtre qui vint apporter l’Évangile au lac des Bois fut un jésuite, le P.Charles-Michel Mésaiger.Il est donc le doyen du clergé au Nord-Ouest.Né en France, en 1690, il fut envoyé au Canada en 1722.A peine arrivé, il reçut son obédience chez les Outaouais.De là il se rendit à Miamis, puis à Michillimakinac, où l’attendait l’ordre de prendre la route du Nord-Ouest.En 1731, il hiverna au fort Kaministigoya avec de la Vérendrye, et, le printemps suivant, ils partaient pour le lac des Bois.Après s’être arrêtés quelques jours au fort St-Pierre, élevé l’année précédente à la décharge du lac la Pluie par Christophe Du Frost de la Pommeraye, neveu et lieutenant Les premiers Missionnaires de l’Ouest canadien 781 de de la Vérendrye, les deux voyageurs descendirent ensemble la rivière la Pluie et, quittant le lac des Bois, remontèrent environ trois milles dans la rivière de l’Angle du Nord-Ouest.C’est dans une baie située sur la rive sud de cette rivière qu’ils construisirent le fort Saint-Charles, de cent pieds de long par soixante de large.Ce fort était entouré d’une double rangée de pieux d’une hauteur de douze à quinze pieds et flanqué de quatre bastions, tel que l’indique une copie du plan de ce fort retrouvée en France; tant à l’extérieur qu’à l’intérieur, de grosses pierres appuyaient la palissade à plusieurs pieds de profondeur.(1) Le P.Mésaiger assista à la construction de ce fort et y passa l’hiver, comme chapelain de la garnison et missionnaire des Sauteux qui visitaient ce poste en grand nombre.Son séjour chez les Outaouais avait préparé le P.Mésaiger au ministère chez les Sauteux, dont le dialecte, comme celui des Outaouais, dérive de l’algonquin.Saluons avec respect le premier apôtre de la foi a l’ouest des grands lacs, en terre canadienne.Il fut vraiment le messager de la bonne nouvelle.Ouvrier de la première heure, il a frayé la voie à ces illustres pontifes qui s’appellent les Provencher, les Taché, les Langevin, les Faraud, les Clut, les Legal et les Pascal, pour ne parler que des disparus.Une pareille tâche ne peut s’accomplir sans de grandes souffrances de toutes sortes.A la suite de privation^ qui ébranlèrent sa forte constitution pour le reste de ses jours, le P.Mésaiger retourna à Québec, où il fut appliqué à l’enseignement.Il mourut à Rouen le 7 août 1766.Son apostolat lui avait semblé stérile.La semence qu’il avait jetée en cette terre sauvage semblait ne pas vouloir (1) Dans l'enceinte de ce fort, exploré en 1908 par un groupe formé de Mgr Béliveau, alors cbancelier de Mgr Langevin, des PP.Blain, Paquin, Bisson, et des Frères Gauthier, Gervais, jésuites, et de l'auteur de ces lignes, les visiteurs ont pu identifier la c hapelle, la résidence du missionnaire, la poudrière, un bâtiment destiné aux provisions et aux fourrures, la résidence de de laVérendrye et une autre plus vaste à deux cheminées pour ses employés. 782 Le Canada français lever, bien qu’arrosée de ses sueurs et de ses larmes.Le naturel barbare des indiens qu’il voulait instruire était réfractaire en général à ses enseignements et à la morale évangélique.Le ciel ne lui donna pas la consolation de voir le fruit de ses labeurs et de ses peines.Il y a là une sorte de martyre qui, pour n’être pas officiel, n’en est pas moins méritoire et fructueux.Le R.P.Aulneau Jean-Pierre de la Touche Aulneau naquit à Moutiers en Vendée, le 21 avril 1705.C’est là qu’était le manoir des Aulneau, seigneurs de la Touche.Ce religieux appartenait à une famille de lévites ; l’un de ses frères se fit également jésuite, tandis qu’un autre entrait dans la communauté de Saint-Sulpice, et que sa sœur, Thérèse, devenait religieuse.Le P.Aulneau arriva à Québec le 16 août 1734, après une traversée de quatre-vingt jours, durant laquelle la peste fit vingt victimes.Il prêcha à Québec et se fit remarquer par l’onction de sa doctrine.C’était une coutume chez les Jésuites de placer dans les nouveaux postes les missionnaires récemment arrives, afin de ne pas déplacer les Pères déjà fixés dans une mission.Pendant l’hiver de 1734-1735, il fut convenu que le P.Aulneau accompagnerait de La Vérendrye dans les régions de l’Ouest.Il devait se rendre au fort Saint-Charles(l), où il hivernerait avec les Cris et les Assiniboines.Dans ses loisirs il s’occuperait de préparer un dictionnaire ainsi qu’une grammaire (1) La découverte du Fort St-Charles fut faite en 1908, comme il vient d’être dit dans la note de la page 49.Les ossements de Jean-Baptiste de la Vérendrye, du P.Aulneau et des dix-neuf Français furent retrouvés au Fort St-Charles, transportés au collège de Saint-Boniface, où ils furent détruits par le terrible incendie du 25 novembre 1922.Les ossements de de la Vérendrye — le fils — et du P.Aulneau furent retrouvés dans une boîte en chêne, sous la chapelle du fort.Une première expédition avait eu lieu au lac des Bois, mais sans résultat.Mgr Langevin, le P.Cahill, oblat.etplu-sieurs Jésuites en faisaient partie. Les premiers Missionnaires de l’Ouest canadien 783 élémentaire de ces deux dialectes pour l’usage des missionnaires qui viendraient au Lac des Bois.Car pour lui, le fort Saint-Charles ne devait être qu'une première étape dans sa course vers le pays des Mandans du Missouri.Ces derniers menaient une vie plutôt sédentaire, et les supérieurs du P.Aulneau espéraient que sa prédication auprès de ces peuplades aurait plus de fruit que parmi des tribus nomades, sans cesse en course de chasse et de pêche.Il fallait une intrépidité peu commune pour s’aventurer ainsi dans l’inconnu au sein de nations toujours en guerre.Naguère encore le P.Guignas, fait prisonnier par les Sioux et retenu captif pendant cinq ans, n’avait échappé que par miracle à la torture et à la mort.Doué d’une extrême facilité pour apprendre les langues indiennes, le P.Aulneau n’appréhendait qu’une chose : le terrible isolement où il allait forcément se trouver au point de vue spirituel.Ses supérieurs lui promirent que le premier jésuite arrivant au pays lui serait envoyé comme assistant.Le 23 octobre 1735, le P.Aulneau arrivait au fort Saint-Charles, et dès le printemps de 1736 il catéchisait les Cris ainsi que les Assiniboines dont il avait réussi à maîtriser l’idiome.Mais ces païens montraient peu d’empressement à embrasser la vraie religion et leurs sorciers multipliaient les efforts pour les éloigner de la vraie foi.Le P.Aulneau se préparait à se rendre au lac Winnipeg, pour de là remonter les rivières Rouge, Assiniboine et Souris, puis enfin atteindre le plateau du Missouri.Mais Dieu se contenta de sa bonne volonté ; une fin tragique l’attendait prématurément.Comme il accompagnait un groupe de Français que commandait le fils aîné de de laVérendrye,Jean-Baptiste, en route pour MichillimaKinac où ils allaient chercher du secours et des provisions, un parti de Sioux l’assassina avec ses compagnons à l’Ile du Massacre, le 8 juin 1736. 784 Le Canada français Le P.Aulneau fut trouvé un genou en terre, le corps appuyé sur un arbre et la main levée.Le dernier acte de ce courageux athlète du Christ avait été d’absoudre ses compagnons.Dans ses lettres se trouvent des passages où il pressent et annonce sa mort prochaine.On y sent palpiter les élans d’un cœur généreux qui se consume d’ardeur pour la conversion des infidèles.Dans sa grande humilité, il se déclarait indigne de la mission qui lui avait été confiée.Ce fut le premier martyr de l’Ouest canadien.Il est sans doute du haut du ciel le premier protecteur de cette Église encore au berceau.(1) Le P.Claude Coquart, jésuite Le P.Aulneau eut pour successeur le P.Claude Godefroy Coquart, né le 2 février 1706, à Melun, France.La date de l’arrivée du P.Coquart au Canada demeure incertaine : 1734 suivant les uns, 1738 au dire d’autres.En 1743, il suivit de la Vérendrye au fort de la Reine (Portage de la Prairie).Il arriva à ce poste vers 1 époque où les deux fils de La Vérendrye venaient de traverser les prairies de 1 Ouest et allaient escalader les premiers versants des Montagnes Rocheuses.L’année suivante, de la Vérendrye, couvert de dettes et harcelé par ses créanciers, quittait l’Ouest pour n’y plus revenir.Laissé sans ressources, le P.Coquart se vit obligé de quitter à regret le théâtre de ses travaux de missionnaire.(1) Retourné dans l’est de la Nouvelle-France, on le voit exercer son ministère au Saguenay, à Chicoutimi, à l'Ile-aux-Coudres, à la Malbaie et au lac St-Jean.Plus tard, il fit des missions en Acadie.On lui doit un dictionnaire français-abénaquis et une grammaire de cette langue.Il mourut le 4 juillet à Chicoutimi.Plus tard, ses restes furent déposés dans le cimetière de Tadoussac. Les peemiers Missionaires de l’Ouest canadien 785 Le premier il prêcha l’Évangile en notre province du Manitoba ; le premier il célébra le saint Sacrifice sur les bords de la Rivière Rouge et de l’Assiniboine.A ces titres, il mérite l’hommage ému de notre admiration reconnaissante.Le P.de la Morénie, jésuite Les trois premiers Jésuites qui pénétrèrent dans l’Ouest canadien accompagnaient de la Vérendrye.Le successeur du P.Coquart fut le P.de la Morénie.Né le 24 décembre 1704, en Aquitaine, il arriva à Québec en 1726, et en 1730, on le trouve à la rivière Saint-Joseph, sur la rive sud-est du lac Michigan.Il partit pour le fort La Reine en 1750, avec Le Gardeur de Saint-Pierre.Les circonstances étaient particulièrement difficiles.Les Sauvages venaient de se défclarer la guerre entre eux, et les F rançais, abandonnas de leurs alliés, se trouvaient sans vivres dans leurs forts.Par surcroit, les Apsiniboines, voisins du fort La Reine, se montraient mal disposés envers de Saint-Pierre qui les avait traités avec arrogance.Le P.de la Morénie soutint le courage de ses compagnons ; il les consola dans leur misère, tout en s’efforçant d’enseigner aux Cris et aux Assiniboines les mystères de la religion.On droit généralement qu’il alla évangéliser les Sauvages de la rivière Souris.Bien que gêné par tant d’obstacles, son ministère ne laissa pas de porter des fruits.Plus de cinquante ans après son départ, les indiens qu’il avait instruits continuaient à réciter les prières qu’ils avaient apprises de ce saint missionnaire.Au printemps de 1751, épuisé par les privations, il tomba malade, et le 22 juin, il quittait le fort La Reine.Il fut ensuite envoyé aux Illinois et de là passa dans la Louisiane.Lors de l’expulsion des J ésuites de cètte contrée, en 1764, il repassa en France où il mourut. 786 Le Canada français Telle est, brièvement esquissée, la carrière de ces quatre missionnaires, pionniers de la civilisation chrétienne au Nord-Ouest.Nos prairies, arrosées de leurs sueurs et de leur sang, étaient préparées à recevoir Mgr Provencher, qui devait y arriver en 1816.Cette première prise de possession de l’Évangile avait pavé la voie à la fondation définitive d’une Église dont les bienfaits rayonnent aujourd’hui jusqu’aux glaces polaires.Inclinons-nous avec respect devant ces premiers champions de la foi dans nos territoires qu’ils ont fécondés de leurs souffrances et de leur admirable apostolat.L.-A.Prud’homme.
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.