Le Canada-français /, 1 juin 1929, Les effets de l'encyclique
LES EFFETS DE L’ENCYCLIQUE Un historien célèbre (1) a dit que “ si Urbain II fut le Pape des croisades militaires, Léon XIII fut le Pape de la croisade intellectuelle Le règne du grand pontife, en effet, n’est qu’un long combat pour l’établissement de la vérité.Mais parmi les directives qu’il imposa à l’univers catholique, aucune n’eut une portée plus grande que l’Encyclique Aeterni Pcitris dont l’Université Laval est heureuse de célébrer, par son Ecole supérieure de philosophie, le glorieux cinquantenaire.C’est cet aspect du document pontifical que nous avons, ce soir, à mettre en lumière.Après avoir vu “ la marche vers l’Encyclique ”, et en avoir compris “ l’opportunité ”, “ les enseignements ” et “ les directives ”, il était naturel qu’on se demandât quels furent “ les effets de l’Encyclique ”.Comme conclusion d’Aeterni Patris, Léon XIII avait écrit à l’épiscopat du monde entier : “ Nous vous exhortons, Vénérables Frères, de la manière la plus pressante.à remettre en vigueur et à propager la précieuse doctrine de saint Thomas.Que les Académies que vous avez instituées ou que vous instituerez dans la suite expliquent cette doctrine et la défendent ”.Pour dissiper les ténèbres amoncelées par les fausses philosophies sur les questions religieuses ou scientifiques, politiques ou sociales, il voulait donc, ce grand Pape surnommé Lumen incœlo, que s’établissent, nombreux et puissants, desfoyers destinésàporterauloinlalumière thomiste.Ses désirs ne furent pas vains.Voyons quelle en fut la réalisation dans les différents centres du monde catholique.(1) Cf.F.Mourret : Histoire de l'Église (Époque contemporaine), p.363. Les effets de l’Encyclique 769 * * * Léon XIII comptait d’abord sur les Universités romaines.Dans la Ville-Éternelle, qui dit université ne signifie pas seulement un établissement où l’on confère des doctorats, dont l’objet de l’enseignement est universel, mais où les élèves viennent de partout, et d’où ils retournent, pour la plupart, enseigner dans les chaires collégiales ou universitaires du monde entier.On voit immédiatement l’influence et les conséquences des doctrines qu’on leur prêche.Il importe qu’elles soient pures et limpides comme l’eau qui jaillit des fontaine romaines.A qui Léon XIII pouvait il mieux s’adresser d’abord qu’aux universités des Dominicains et des Jésuites ?Un de ses successeurs, Benoît XV, ne devait-il pas, un jour, écrire des Frères-Prêcheurs, dans sa lettre Fausto appetente die : “ Cet ordre mérite d’être loué, non pas tant de ce qu’il a été la famille du Docteur Angélique que parce que jamais dans la suite, il ne s’est écarté de sa doctrine, même de l’épaisseur d’un ongle ”.(1) Léon XIII devait donc trouver là, pour chaque génération d’étudiants qui viendraient à Rome, une suite de professeurs distingués par leur science et leur orthodoxie.On a dit l’appui que dès les commencements il reçut de Zigliara, devenu plus tard cardinal préfet de la Congrégation des Études.Chargé de rééditer en collaboration les œuvres du saint Docteur, l’illustre dominicain représentait la pureté de la doctrine.Qui donc a affirmé qu’il fut longtemps avant la lettre le défenseur des vingt-quatre thèses thomistes ?Aussi Léon XIII ne craignit-il pas de dire un jour : “ Zigliara, c’est saint Thomas.” (2) Zigliara devait avoir de brillants successeurs, à la Minerve d’abord : la chaîne d’or thomiste ne devait pas s’interrompre.(1) L.Lavadd : Saint Thomas, guide des études, p.229 (Acta Apos.Sedis, vol.8, p.397).(2) Dictionnaire pratique des connaissances religieuses : Article de Barbedette, Tome VI, p.978. 770 Le Canada français Et j’ai nommé en premier lieu le Père Lepidi.Après de longues années de professorat à Louvain, où il combattit l’ontologisme, il vient à Rome.Ses “ Éléments de philosophie ” et ses “ Opuscules ”, de toute première valeur, portent à l’étranger le nom du futur Maître du Sacré Palais.Mancini et Buonpensiere soutiennent à leur tour l’enseignement dominicain qui devait, un quart de siècle plus tard, prendre tant d’éclat à l’Angélique.Et immédiatement se présente à notre souvenir le nom du Père Garrigou-Lagrange, ce grand apôtre thomiste dont les ouvrages sur “ le Sens commun ”, sur “ Dieu ”, et “ De revelatione ” s’imposent au mouvement de la pensée contemporaine.Qui l’a entendu ne peut l’oublier.C’est le professeur vivant, ardent et clair.Son épée n’est jamais au fourreau.Il croit au thomisme comme à l’existence de Dieu.Son ardeur était tempérée par la bonté proverbiale du Père Hugon, compagnon d’enseignement, vulgarisateur par excellence de saint Thomas.Professeur à Rome depuis vingt ans, il avait conquis, au moment de sa mort récente, les esprit et les cœurs.Son Cursus philophicus est aujourd’hui entre toutes les mains, comme ses volumes français sur la théologie thomiste.Mais quelle est donc cette fourmilière d’étudiants qui, en soutanes de toutes couleurs où domine le rouge, croisent sur le chemin ceux qui vont à l’Angélique ?Ce sont les élèves delà Grégorienne.Cette université, la plus ancienne comme la plus achalandée, portait autrefois le nom de Collège Romain.Ayant eu l’honneur de fournir une dizaine de papes à l’Église, elle se devait de soutenir Léon XIII dans ses efforts de restauration scolastique.Après Kleutgen, Liberatore et Cornoldi, il est un nom qui incarne le thomisme pour de nombreuses générations d’étudiants chez les jésuites, c’est le Père Billot dont l’œuvre remarquable a fait autorité dans les deux mondes.En 1909, il était remplacé dans sa chaire de professeur par le Père Mattiussi, une des gloires de la Compagnie de Jésus.On Les effets de l’Encyclique 771 prétend que Pie X fit de ce dernier son collaborateur pour l’Encyclique Pascendi et pour la rédaction des 24 thèses thomistes (1).Si l’on ajoute le nom de Ferretti et de Schiffini à celui des Pères de Maria, Gény, de la Taille et Vermeersch, pour nommer les plus connus, il résulte que la Grégorienne n’est pas restée à l’arrière du mouvement thomiste depuis cinquante ans.Son œuvre a été soutenue par les écrits de la Civilta Calolica.Et l’Université de la Propagande, ¦—qui se dressera bientôt près du Vatican, sur le Janicule, — pouvait-elle échapper à l’impulsion de Léon XIII ?Il voulait, par elle, faire pénétrer le thomisme jusque dans les pays les plus lointains: Exivit sonus eorum in fines orbis ierrae.Satolli était venu de Pérouse, Lorenzelli vint de Bologne.Tous deux métaphysiciens très remarquables, surent, de plus, faire passer dans leurs leçons un courant scientifique, répondant ainsi à ceux qui prétendaient que la scolastique est trop vieux jeu.N’est-ce pas Huxley (2) qui écrit dans ses “ Lays sermons ” : “ Aujourd’hui le courant scientifique et critique se dessine avec le Père Lepidi et Satolli.Dans de Habitibus de Satolli se trouve une remarquable discussion des théories de Spencer.Dans tout le cours de Mgr Lorenzelli les adversaires, cités le plus souvent dans leur langue, ont la place très large, et d’autre part, on y assiste à des démonstrations de science qui, pour être associées à la théologie, ne sont pas pour cela moins consciencieuses ni moins solides.” En parlant de la Propagande, est-il nécessaire de rappeler ici le nom du Père Lépicier, devenu cardinal de la Sainte Église ?Il compte au Canada plusieurs anciens élèves et amis.Personne n’a oublié le charme de sa parole, l’érudition de ses leçons, la profondeur de ses connaissances philosophiques et théologiques.Parmi les professeurs des universités (1) R.P.Guido Mattiussi, S.J., Les points fondamentaux de la philosophie thomiste (Avant-propos par Jean Le villain, p.IX et X).(1) Cité par C.Besse : Deux centres du mouvement thomiste, p.33. 772 Le Canada français romaines, il en est peu qui ont publié autant d’ouvrages et d’une aussi grande valeur.Avec Mgr Talamo, autrefois de l’Apollinaire, il reste à l’heure actuelle, un des membres les plus distingués de l’Académie Saint-Thomas d’Aquin.Dans Aeterni Patris, Léon XIII fait l’éloge de saint Bona-venture, qui fut l’ami de saint Thomas.Il convient donc de louer hautement les Franciscains pour l’édition monumentale qu’ils ont donnée des œuvres du Docteur Séraphique.Et comment ne pas rappeler aussi une de leurs gloires actuelles : le Père Gemelli, directeur autrefois de la Revue néoscolastique de Florence, et maintenant recteur de la nouvelle mais déjà célèbre Université du Sacré-Cœur, à Milan.L’un des principaux résultats du thomisme romain fut de bien marquer l’accord de la philosophie avec les dogmes, ce dont on ne s’était pas toujours suffisamment préoccupé.Il aida puissamment à confondre les fausses doctrines contemporaines, telles que le Rosminisme, l’Américanisme, le Modernisme.Au sujet de cette dernière condamnation, n’a-t-on pas dit qu’il n’y avait que la scolastique pour saisir d’aussi subtiles erreurs et en montrer la synthèse qui s’efforçait de se dérober même aux plus clairvoyants ?On ne saura jamais la portée du thomisme prôné, depuis un demi-siècle, par les documents pontificaux relatifs aux questions morales, politiques et sociales (1).Pour n’en montrer qu’une application, qui peut énumérer toutes les conséquences de la doctrine thomiste dans le Concordat récent du Latran ?On y est loin de la conception hégélienne de l’Etat qui marqua les débuts du fascisme.L’individu était pour l’État, et non l’État pour l’individu.L’État était une fin et non un moyen.On se rappelle encore les protestations de Sa Sainteté Pie XI.Dans le récent accord entre le Vatican et le Quirinal, c’est la pure conception scolastique : alliance de l’Église et de l’État, avec reconnaissance de la primauté du spirituel.Ce Concordat type, qui n’est qu’un chapitre (1) Klimke, S.J.: lnstitutiones historiae philosophiae, Ile vol., p.300. Les effets de l’Encyclique 773 du programme que S.S.Pie XI entend réaliser dans la chrétienté, (1) est vraiment le miracle des temps modernes.Aeterni Patris a donc fait de Rome un foyer universel de thomisme.Et Rome continue à agir sur les Anciens, le^ Alumni, même quand ils l’ont quittée.On en sait de loin le mouvement.Il y a là comme une union thomiste dont on reste les membres actifs.On lit les publications des maîtres et les “ semaines thomistes ” qui s’y renouvellent chaque année.Et même on y retourne.C’est d’ailleurs le conseil de Pie XI aux séminaristes français, en juin 1928 : “ Quand bien même, dit-il, vous devriez nous quitter.vous reviendrez, c’est la loi de Rome.’’Qui donc n’a jeté, avant de partir, le sou légendaire dans la fontaine de Trévi ?On retourne dans la Ville-Eternelle pour revoir le Père commun, mais aussi pour revivre la vie scolastique de ces milliers d’étudiants qui animent les rues, les parcs et les églises, et même pour s’asseoir, ne fût-ce que pendant quelques leçons, à leurs côtés, sur les bancs d’autrefois.On comprend par là l'influence thomiste de Rome dans l’univers.Et on saisit de mieux en mieux la pensée géniale de Léon XIII dans son Encyclique Aeterni Patris.Quand on parle de renaissance thomiste, il est une ville et un nom qui se présentent immédiatement à l’esprit : Louvain et le Cardinal Mercier.Pour exécuter ses desseins philosophiques, Léon XIII comprit qu’il devait se tourner aussi vers la Belgique.Il la connaissait pour en avoir été le nonce.N’y avait-il pas là, depuis 1834, une université à la fois catholique et libre, ayant tout de même les privilèges d’une université d’Etat : une université au sens complet du mot, possédant un enseignement à la fois littéraire, scientifique et professionnel ?(1) Paroles de M.André HatjKiox, professeur à la faculté de Droit, de Toulouse (La Croix, 28 avril 1929). 774 Le Canada français Quel avantage inappréciable de trouver ainsi, au centre de l’Europe, une ville où l’esprit catholique régnait en maître, et où la préoccupation des recherches scientifiques entrait de plus en plus dans l’enseignement.Ayant toujours à cœur le plan de restauration énoncé dans Aeterni Pairis, le Souverain Pontife demanda, le 25 décembre 1880, au Cardinal Dechamps et aux évêques de Belgique l’établissement à Louvain d’une chaire de philosophie thomiste.Et pour en urger la fondation, il se préparait à y envoyer comme professeur un ecclésiastique italien (1) qu’il aurait revêtu de la dignité épiscopale, quand les évêques jetèrent les yeux sur le jeune abbé Désiré Mercier.Il avait 31 ans.Il n’était pas de l’école ontologiste d’Ubaghs ; ses leçons données au Séminaire de Malines étaient déjà thomistes, comme celles des Jésuites de San, Castelein et Van der Aa, à Louvain.Il partit donc pour Rome et Léon XIII l’ayant vu, l’aima.Conformément aux désirs du Pontife, Mercier ambitionna une scolastique plus adaptée aux découvertes de la science moderne.Cornoldi et Lorenzelli avaient commencé le mouvement à Rome ; il s’agissait de lui donner plus d’ampleur dans un milieu nouveau.Voilà en quel sens la philosophie y sera néo-scolastique.Le jeune maître voulut alors se faire élève.A l’école de Charcot, il étudiera les maladies nerveuses.A Louvain, il suivra les cours des célébrités : Van Genuchten sur la neurologie, Paul Henri sur la chimie, et Paul Mansion sur les mathématiques.L’enseignement de Mercier eut un grand succès.Après certaines hésitations qui lui furent pénibles, les élèves affluaient, étonnés d’entendre le jeune professeur parler également philosophie, physiologie et biologie.Mais ce cours facultatif ne suffit bientôt plus.Léon XIII voulait d’autres chaires pour entourer et compléter celle (1) P.Vermeersch : Nouvelle Revue théologique, avril 1926 : le Cardinal Mercier, p.242. Les effets de l’Encyclique 775 de Mercier.Nys eut la Cosmologie, Deploige les études sociales, de Wulf l’histoire de la philosophie.Ainsi fut formé, en 1894, l’Institut Léon XIII avec Mercier pour président.Le Pape fit don de 150,000 francs et accorda les grades canoniques.Des œuvres de maîtres ne tardèrent pas à voir le jour.Mercier composa un cours de philosophie en sept volumes, dont nous avons : Logique, Ontologie, Psychologie, et Crité-riologie générale.Ce cours fut complété par la Cosmologie de Nys et l’Histoire de la philosophie médiévale de Wulf.Les professeurs Noël, Defourny, Michotte et Balthazar devaient aussi dans la suite apporter leur contribution.La renaissance thomiste en Belgique n’eut pas tout à fait le même caractère que celle de Rome.Ici elle s’adressait aux milieux ecclésiastiques, là, aux milieux surtout laïques.Dans la Ville-Éternelle, on voulait démontrer l’harmonie du thomisme plutôt avec le dogme ; à Louvain, plutôt avec les sciences.Voilà pourquoi Mercier avait tenu à établir des travaux de laboratoire.Il désirait qu’un enseignement de philosophie scientifique formât des professeurs pour la physique, la chimie et les sciences naturelles, tout comme pour les sciences économiques et sociales.En 1900, Léon XIII disait à une délégation des élèves de Louvain : “ Je suis heureux de voir à votre tête les professeurs de l’Institut fondé par moi.Non seulement les études supérieures que Mgr Mercier dirige servent aux clercs, mais elles servent aussi aux laïcs, qui sont venus pour étudier la philosophie, même après avoir pris d’autres grades: tel De Lantsheere, qui vient d’entrer à la Chambre belge.Voilà pourquoi, tout en tenant à ce que la philosophie de saint Thomas soit étudiée en latin, nous avons établi que les leçons y seraient données en français.Je veux et souhaite la prospérité de mon Institut.” (1) Les souhaits du grand Pontife ne devaient pas manquer de se réaliser.“ A la veille de la guerre, dit Le Correspondant (1) Mgr Laveille : Le Cardinal Mercier, p.94. 776 Le Canada français du 10 février 1916, l’Institut de Louvain comptait plus d’une centaine d’étudiants réguliers, une dizaine de professeurs spécialement attachés à son enseignement, aidés par d’autres professeurs de l’université, plusieurs conférenciers étrangers.Il publiait quatre revues.Il possédait trois laboratoires, une série de cours pratiques, donnait asile à cinq ou six sociétés d’études, dirigeait une maison d’édition et une imprimerie.Ses anciens élèves tétaient près de six cents.Il y en avait sur les bancs du conseil des ministres, d’autres enseignaient la philosophie aux quatre coins de l’Europe et de l’Amérique ”.Certaines opinions de Mercier sur des points secondaires parurent avec raison discutables, mais il n’en restera pas moins un des plus grands ouvriers de la restauration thomiste demandée par Léon XIII.Et son nom ne fera que grandir, si nous songeons à l’union que la philosophie catholique a produite en Belgique, résultat qui stupéfie nos adversaires eux-mêmes.N’est-ce pas Monsieur Picavet, professeur en Sorbonne, qui écrit dans son Esquisse d’une Histoire des ;philosophies médiévales : “ Le thomisme a été le lien qui a rapproché de plus en plus les catholiques belges, qui leur a donné la cohésion et l’unité ; il a indiqué aux professeurs, aux savants, aux théologiens et aux politiques le but.à poursuivre.Aussi les catholiques des divers pays admirent l’œuvre qui s’est faite en Belgique et surtout par Louvain.” (1) Honneur donc à l’Encyclique Aeterni Patris qui a déterminé le mouvement ! L’Encyclique ne devait pas tarder à vaincre bien des préjugés sur la terre de France.En 1853, le Père Gratry écrivait : “ Égal au moins à Aristote comme métaphysicien et logicien, plein de saint Augustin et impliquant dès lors ce que Platon a dit de vrai, (1) Picavet, p.233. Les effets de l’Encyclique 777 saint Thomas d’Aquin, dans sa Somme, prouve et défend par la raison, par la tradition, par toute la science possible, les articles de la foi catholique avec une force qui pousse, sur presque toutes les questions, le vrai jusqu’au sublime.Saint Thomas d’Aquin est inconnu de nous parce qu’il est trop grand.On le comprendra peut-être dans quelques générations, si la philosophie se relève, si la sagesse reparaît parmi nous.” La sagesse devait reparaître plus tôt que ne l’avait auguré Gratry, et cela, grâce à l’Encyclique Aeterni Patris (1).On a dit l’obscurité philosophique qui régnait dans la France chrétienne avec le cartésianisme, l’éclectisme, l’ontologisme et le traditionalisme.Comme un soleil, le thomisme devait percer le nuage.C’était au temps de l’organisation des Instituts catholiques.Où Léon XIII aurait-il pu trouver instruments mieux marqués par la Providence pour accomplir la restauration qu’il rêvait ?Et dans ces Instituts, dès le commencement, deux noms rayonnèrent de l’auréole du plus pur thomisme : Mgr Élie Blanc et Mgr Farges.En 1878, Élie Blanc est nommé professeur à l’Institut catholique de Lyon qui vient d’être fondé.Il y passera presque toute sa vie.Par son enseignement, ses Manuels, ses Mélanges, sa Revue de la pensée, il exercera la plus profonde action.Puissant esprit de synthèse philosophique, il eut la préoccupation constante de montrer l’application de la doctrine, spécialement sur le terrain social.Mais c’est à Paris que devait surtout fleurir la philosophie thomiste.A l’Institut catholique, l’abbé Farges est au premier plan.Il met en contact avec les sciences le mouvement de la pensée chrétienne.Adversaire acharné du Kantisme, il s’efforce de combler le fossé que le philosophe de Koenisberg veut établir entre le sujet et l’objet des connaissances.On (1) Cf.Mgr Baünard : Un siècle de l’Église de France, p.373. 778 Le Canada français lui doit les ouvrages les plus réputés parmi les néo-scolastiques.Mais il faut bien reconnaître que celui qui contribua le plus à donner du prestige au thomisme fut Mgr d’Hulst.Sans embrasser toutes les doctrines de l’École, il en avait accepté du moins les points fondamentaux.Il sut les imposer à l’attention et même au respect du monde savant.Son esprit métaphysique, sa culture scientifique, son influence remarquable le destinaient à ce rôle prépondérant.Ses Mélanges philosophiques nous renvoient encore l’écho du cours magistral qu’il donna pendant quelques années pour défendre la philosophie traditionnelle contre les erreurs contemporaines.De l’Académie Saint-Thomas d’Aquin, fondée à Paris dès 1878, il sut faire un centre rayonnant d’études où l’on confrontait les principales thèses thomistes avec les résultats actuels de la science.Animateur des Congrès scientifiques internationaux des catholiques, il sut y faire donner une part considérable à l’étude des problèmes tels que posés en philosophie par saint Thomas.Comme Mon-sabré, et plus tard le Père Janvier, il portera ces préoccupations thomistes jusque dans la chaire de Notre-Dame.L’Institut Catholique devait cultiver de plus en plus la philosophie traditionnelle avec les dominicains Bayonne, Sertillanges, Gillet, Blanche, Roland-Gosselin ; avec les jésuites Bainvel, de la Barre, Yves de la Brière ; et ce thomisme restait en contact immédiat avec les sciences par le Père Peillaube, et avec la philsophie moderne par l’abbé Guibert.Comment ne pas mentionner les autres Instituts groupés autour de celui de Paris ?Lille prenait part au mouvement.Outre les chanoines Dehove et Thamiry, le chanoine Didiot s’imposait à l’attention par sa “ Contribution philosophique à l’étude des sciences ” et Mgr Chollet par son ouvrage : La Morale stoïcienne en face de la morale chrétienne.Mgr Sauvé et Mgr Les effets de l’Encyclique 779 Bourquart illustraient les chaires d’Angers pendant qu’à Toulouse se distinguaient les Pères Coconnier, Gayraud, Montagne et l’abbé Michelet.Si l’on ajoute les Père de Regnon et Bonniot, jésuites, Sehwalm, Gardeil et Pègues, dominicains, on voit que les ordres religieux ont apporté une très grande contribution à la restauration thomiste, soit sur le terrain métaphysique, soit sur le terrain social.Et cela, non pas seulement du haut de leurs chaires d’enseignement, mais dans les grandes revues qu’ils publient : les Études, des jésuites, la Revue thomiste, la Revue des sciences philosophiques et religieuses, des dominicains.Le thomisme de ces derniers rayonne aussi dans la Vie Intellectuelle fondée tout récemment par le Père Bernadot, à la demande de Sa Sainteté Pie XI.Les séminaires et les collèges ont fini par subir presque partout l’influence du renouveau, que les nécessités du programme officiel avaient retardé.Les mandements des évêques fidèles aux désirs de Léon XIII, ont prouvé à tous l’importance de la scolastique, et c’est depuis ce temps qu’on a les manuels Brin, Dupeyrat, Zigliara, Vallet, dépassés aujourd’hui semble-t-il par les manuels Collin et autres, pour l’adaptation aux besoins actuels.Il ne serait pas juste de passer sous silence la part des laïques dans la renaissance thomiste.Et j’ai nommé, d’abord MM.Amédée de Margerie, Gardair et Domet de Vorges.Mais en est-il un comparable au sympathique et célèbre Jacques Maritain, la plus pure gloire philosophique actuelle de l’Institut catholique de Paris ?Petit-fils du protestant libéral Jules Favre, disciple de Le Dantec et ensuite de Bergson, converti au catholicisme par Léon Bloy, il devient, grâce à l’initiation du Père Cléris-sac, le plus ardent défenseur de saint Thomas.Bien au courant de toutes les philosophies modernes, familier avec les sciences (ne crut-il pas, un jour, au scientisme P) il est 780 Le Canada français armé pour poursuivre l’ennemi sur son propre terrain.Cartésianisme, positivisme, kantisme, et surtout bergsonisme, auront désormais en lui le plus redoutable adversaire.Ses ouvrages en témoignent : La philosophie bergsonnienne, Théonas, Antimoderne, Réflexion sur l'intelligence et les Trois Réformateurs.Ses Éléments de philosophie rendent les meilleurs services à nos professeurs de séminaires.Membre de l’Académie Saint-Thomas d’Aquin, à Rome, il y va presque chaque année pour la semaine thomiste.Il vient de se faire le défenseur des idées romaines dans un ouvrage désormais célèbre : la Primauté du Spirituel.Son sens philosophique lui a aussi permis d’apporter des précisions utiles dans une discussion célèbre sur la mystique.(1) Bref, il est à l’heure actuelle le type du laïc thomiste que nous voudrions voir dans tous les pays.L’Encyclique Aeterni Patris n’aura donc pas été sans résultats sur la terre de France.L’abbé Michelet, professeur à l’Institut catholique de Toulouse en énumère trois : la formation d’un sens traditionnel qui désormais, sans aucune déviation, trouvera dans saiat Thomas “ la ligne de direction de toute philosophie catholique future ; la marche vers l’unité d’enseignement philosophique commandée par Léon XIII; le retour de la pensée catholique par de là Descartes, à un spiritualisme, véritable, scientifique et intégral ” (2).Vive donc Léon XIII ! et gloire à l’Encyclique Aeterni Patris ! Les pays de langue allemande, bien qu’ils nous soient souvent moins connus, doivent aussi retenir un instant notre attention.(1) Cf.P.Garrigou-Lagrange.Perfection chrétienne et contemplation.Ile vol.p.58.(2) La Vie Catholique dans la France contemporaine, p.375. Les effets de l’Encyclique 781 On a accusé l’Allemagne d’être le foyer du modernisme : on sait les luttes que Pie X dut y soutenir.Mais c’est aussi le pays des réformes et des renaissances catholiques.Le thomisme devait y faire son chemin.La Philosophie scolastique de Kleutgen fraya la voie où passa ensuite le Dr Stoeckel, Qui ne connaît, en partie du moins, la Philosophia Lacensis de Maria Laach où se distinguent surtout les jésuites Pesch et Meyer ?Quel professeur n’a pas sur les rayons de sa bibliothèque les manuels Cathrein Reinstadler, Donat, Willems et Gredt ?Parmi les gloires allemandes, on remarque le Père Weiss, O.P.avec son Apologie du Christianisme justement célèbre ; le Père Denifle qui brille dans ses écrits sur l’histoire de la philosophie médiévale, tout comme le Père Erhle, jésuite, aujourd’hui cardinal, qui en outre, a édité avec grand succès les œuvres d’Aristote.A Cologne, n’y a-t-il pas un Institut Albert-le-Grand fondé à la demande du cardinal Schulte ?On a dit de Mgr Martin Grabman, de Munich, qu’il est le savant le plus au courant des manuscrits de la philosophie médiévale.Pour le problème critériologique, on nomme Geyser et Switalski, et le fameux Père Wasman pour la psychologie animale.Gutberlet fonda une remarquable revue néo-scolastique.La psychologie expérimentale a des maîtres dans Frobes et Lindworski.(1) Dans toutes les universités d’Etat qui ont une faculté de théologie catholique, on enseigne la philosophie néo-scolastique.En parlant de thomisme, comment pourrais-je ne pas donner un souvenir reconnaissant à la jeune mais florissante Université de Fribourg, en Suisse, qui compte tant d’anciens élèves qui lui font honneur.Pour faire rayonner la scolastique dans ce centre international, Léon XIII confia aux Dominicains les chaires de (1) Zybuba : Present day thinkers, p.260-275. 782 Le Canada français philosophie et de théologie (1) Aussi y compte-t-on des maîtres comme Del Prado, Weiss, Allô, de Munnynck, Marin-Sola, Montagne, Mandonnet, le plus sympathique des professeurs, et Prummer dont les solides ouvrages sont bien connus dans nos séminaires.Est-il besoin de rappeler que c’est aussi le thomisme qui, vers 1885, a dirigé les études sociales de Y Union de Fribourg où se coudoyaient Mermillod, de Mun, Lehmkuhl, de Blome, Decurtins, Toniolo et la Tour du Pin ?“ La Somme de S.Thomas devint, dit Georges Goyau, le volumineux bréviaire des catholiques de bonne volonté qui pour guérir la misère humaine, coalisaient leurs excusables inexpériences et leurs admirables intentions ” (2).On sait que des travaux de l’Union de Fribourg sortit l’encyclique sur la condition des ouvriers.Aeterni Patris préludait ainsi à Rerum novarum qui devait avoir une grande répercussion sociale.En Espagne, la scolastique n’avait jamais complètement disparu.Sous l’impulsion de Léon XIII, elle eut comme une reviviscence avec Orto y Lara, professeur de métaphysique à l’Université de Madrid, et les Jésuites Urraburu et Men-dive.Quelques revues furent fondées, entre autres : Cienca tomistica.L’Autriche entra aussi dans le mouvement.Qu’il suffise de nommer l’université de Salzburg qui a sa faculté de philosophie thomiste, et celle d’Innsbruck où enseignent les Jésuites.Les Dominicains brillent en Hollande avec le Père de Groot à l’Université d’Amsterdam, et le Père Langel Vandels à l’Université de Nimègue.Dans les pays de langue anglaise (3), nommons seulement (pour être plus court, car le temps presse) : en Angleterre, les Jésuites de Stonyhurst ; en Irlande, le Père Finlay ; (1) Cf.Pie Philipona : Vie de Georges Python (fondateur de l’Université de Fribourg), p.85.(2) Léon Grégoire : le Pape, les Catholiques et la Question sociale, p.32.(3) Perrier : Revival of Scholastic philosophy, p.228-250. Les effets de lMncyclique 783 aux États-Unis, Mgr Pace et l’Université de Washington ; les Pères Hill et Russo ; la revue America ; et enfin, dans le Canada anglais, Mgr Alexandre McDonald, philosophe très bien doué, le collège S.-Michel de Toronto où Monsieur Gilson, professeur en Sorbonne, parle de thomisme.Il me tardait d’arriver enfin au Canada français.C’est de Rome que nous vint la lumière thomiste.Nous sommes en 1883.L’Encyclique Aeterni Patris commence à peine son rayonnement.Par les universités, Léon XIII veut en illuminer le monde catholique.Les maîtres de l’heure sont anxieux de répondre à ses désirs.Voyez-vous là-bas, dans l’inoubliable jardin de la Ville-Éternelle qu’on nomme le Pincio, ce professeur d’âge mûr faisant la traditionnelle passegghiata avec un de ses disciples ?C’est Satolli accompagné d’un jeune abbé canadien.Tout en conversant amicalement, il l’entraîne à l’argumentation scolastique pour une soutenance qui, à la fin de l’année, aura lieu devant le Pape.Léon XIII veut démontrer aux cardinaux, aux prélats, aux prêtres qui seront présents, la droiture et la vigueur d’esprit que donne cette formation thomiste prônée par Aeterni Patris.On comprend l’anxiété du maître qui veut faire honneur à la Propagande, et les appréhensions du disciple en qui reposent les espérances de sa maison et de son pays.Le jour redoutable arrive.Le succès est complet.Le lendemain VOsservatore romano portait à la connaissance publique le nom du héros et les félicitations à lui adressées par Léon XIII.Ce jeune Canadien s’appelait l’abbé Louis-Adolphe Pâquet.L’avenir du thomisme au Canada était dès lors assuré.Sans doute, à son retour de Rome, l’abbé Olivier Mathieu avait déjà introduit les leçons de Zigliara auxquelles devait succéder l’excellent manuel du regretté Monsieur Lortie, mais il fallait quelqu’un pour lancer le mouvement, pour le soutenir jusqu’à établissement définitif sur le terrain philoso- 784 Le Canada français phique, théologique, apologétique et social.Ce fut surtout l’œuvre de Mgr Fâquet.Nous disons surtout : parce que, au début, il eut la collaboration des abbés Lemieux et Gouin, comme lui élèves de Rome.Par ses cours à l’Université Laval, par ses nombreux et remarquables ouvrages, bien connus à l’étranger, sur la théologie, l’apologétique, les questions sciales, le droit public de l’Église, Mgr Paquet a mérité cet éloge peu banal de la Revue Dominicaine : “Vous avez été parmi les initiateurs du mouvement thomiste chez nous, et de tous le plus efficace, puis vous êtes resté le maître (1).” Il vient de couronner son œuvre par la fondation de l’École supérieure de philosophie dont ilfut le promoteur.Honneur donc à l’Université Laval, premier foyer du thomisme en Canada ! Qui dira l’influence, que par les milliers d’élèves de ses collèges affiliés, formés depuis cin' quante ans à la véritable doctrine scolastique (2), elle a exercée sur les lois et l’esprit public en notre pays ?Honneur aussi aux universités d’Ottawa et de Montréal qui se sont si puissamment associées à son œuvre, surtout depuis la fondation des “ Cercles d’études ” Là se distinguent, entre autres, les Pères Rodrigue-Villeneuve, O.M.I., Forest, Lamarche et Gaudrault O.P.Honneur enfin aux différents monastères (spécialement à ceux des Oblats, des Dominicains et des Pères de Marie, à Ottawa) qui par leur enseignement, leur prédication et leurs écrits, entretiennent chez nous le culte du véritable thomisme.Pourrions-nous oublier que c’est l’un d’entre eux qui donna à Québec le plus philosophe de ses évêques, et à l’Université Laval le plus thomiste de ses chanceliers.Continuons donc l’œuvre commencée.Que nos laïcs eux-mêmes, surtout les professeurs, les journalistes et les députés encouragent le mouvement.N’est-ce pas à eux que Léon XIII s’adresse quand il dit, dans Aeterni Patris, (1) Revue Dominicaine, avril 1928, p.238, par P.Gaudrault.(2) Mgr PAquet : Études et appréciations (Mélanges canadiens), p.140-207. Les effets de l’Encyclique 785 querétudedesaintThomas“sera utile à ceux qui sont appelés aux honneurs, aux charges publiques, à la direction des cités” ?Encourageons aussi le recrutement du Collège Canadien à Rome,qui, parses étudiants, a tant fait dans l’enseignement philosophique de nos maisons d’éducation.Et pour que le thomisme fleurisse de plus en plus en notre province, pourquoi n’ambitionnerait-on pas la fondation d’une société de philosophie qui aurait pour effet de susciter l’émulation, de provoquer les initiatives, d’encourager les efforts jusqu’ici isolés ?Nous avons déjà des sociétés littéraires, artistiques, scientifiques.On vient même de fonder une société de mathématiques.Pourquoi n’aurions-nous pas notre Société de philosophie thomiste ?* * * En un pâle résumé, tel est, dans les différents centres du monde catholique le résultat de l’Encyclique Aeterni Patris.Pour n’être pas parfaits, les effets n’en furent pas moins des plus bienfaisants.Outre l’enseignement philosophique de saint Thomas adopté désormais dans un grand nombre d’universités et dans presque tous les collèges et les séminaires, quelle efflorescence de travaux remarquables ne doit-on pas à l’impulsion du document pontifical : travaux historiques ou critiques, travaux didactiques, apologétiques ou scientifiques qui ont imposé le thomisme à l’attention des penseurs modernes.(1) Léon XIII avait donc raison de dire un jour : “ De toutes mes Encycliques, celle qui me tient le plus au cœur et qui m’a donné le plus de consolation, c’est l’Encyclique Aeterni Patris ”.Mgr Battifol en explique le pourquoi : “ C’est qu’elle est peut-être de toutes les Encycliques de ce grand pontificat celle qui exprime la pensée la plus personnelle et en même temps la plus centrale de toute l’œuvre de Léon (1) Klimke, S.J., Histona philosophiae cit.II, p.317-328. 786 Le Canada français XIII, celle aussi par laquelle il domine de plus haut son propre temps (1).Par elle, en effet, il a projeté sur tous les terrains la pure lumière thomiste qui finira par éclairer les difficultés ; par elle aussi, il a ramené chez les catholiques cette philosophie “ qui a une force immense, invincible pour renverser tous les principes de droit nouveau pleins de danger pour le bon ordre et le salut public ” (2) ; par elle enfin, il a voulu établir cette union qui ira grandissante, au témoignage même de ceux qui ne sont pas des nôtres : “ Tous les thomistes, dit M.Picavet, ont travaillé à s’unir sur le terrain philosophique, scientifique et social, comme en religion et en théologie.Malgré certaines dissidences entre domi-cains et jésuites, entre thomistes italiens et thomistes belges, entre catholiques français qui ne s’accordaient pas sur le régime politique.malgré les condamnations portées par Léon XIII contre ceux qui inclinaient trop vers les nouveautés, l’unité, par le thomisme, a été grandissante.” (3) Et nous ne sommes qu’au début de cette restauration thomiste.Qui pourrait en supputer toutes les conséquences lointaines ?Le pèlerin qui visite l’église de S.-Jean de Latran ne manque pas d’admirer le mausolée du grand pontife sculpté par le maître Tadolini.Léon XIII semble sortir de son tombeau, et, porté sur la sedia gesiaioria comme aux jours de gloire dans Saint-Pierre, il élève sur les foules qui passent sa main bénissante.Ce geste auguste n’est-il pas un symbole ?Il nous semble, en effet, que du haut du ciel, l’illustre pontife continue à esquisser sur l’univers cette bénédiction qu’il donna tant de fois.Puisse-t-elle faire germer tous les fruits de salut que l’Église attend de ses enseignements apostoliques ! C’est là le vœu que forment spécialement tous ceux qui ont été heureux de célébrer avec nous le cinquantenaire de son immortelle Encyclique Aeterni Pairis.Wilfrid Lebon, ptre (1) E.Picavet, Opus at., II, p.281.(2) Aeterni Patrie.(3) Opus cit.p.287.
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