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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
Autour de notre français
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1933-01, Collections de BAnQ.

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Le coin du parler français AUTOUR DE NOTRE FRANÇAIS Que de “ courtoisie ” et de .“ courtoisies ” ! Lorsque les annonciers se servent de la radiophonie pour pousser leurs affaires, on n’entend parler que de ‘‘leur courtoisie ” et de “ leurs courtoisies Le moindre morceau de musique devient “ une courtoisie ” de ces nouveaux Mécènes ; inévitablement, c’est “ grâce à leur courtoisie ” ou “ par leur courtoisie ” que sont radiodiffusés les tapages les mieux concertés comme les chants les moins concertants.A la vérité, on ne saurait mieux abuser de la liberté de se rendre ridicule.Il est aussi absurde d’attribuer l’exécution de programmes radiophoniques à la “ courtoisie ” d’un annoncier que d’appeler ces programmes “ des courtoisies Courtoisie n’a qu’un sens, dans la langue française : celui de politesse recherchée ; étymologiquement, courtoisie signifie politesse des gens de cour.Or qui osera jamais dire que tel ou tel programme a été exécuté grâce à la “ politesse ”, recherchée ou non, de M.X ou de M.Z ?De plus, courtoisie est un terme abstrait, qui s’emploie uniquement pour exprimer une qualité, qui ne peut servir à désigner un acte de politesse.Si l’on peut faire, dire ou recevoir des politesses, on ne saurait faire, dire, recevoir ni une ni plusieurs courtoisies, car, pour parler le langage des grammairiens, ce qu’exprime le nom de c&urtoisie n’est pas nombrable.Lorsqu’on dit : “ Ce programme vous est présenté par la courtoisie de M.X ”, — “ Ce programme vous a été présenté grâce à la courtoisie de M.Y ”, — ou “ Ce programme est une courtoisie de Z (1) ”, on barbarise donc, et de façon très grossière, puisqu’on attribue alors au mot courtoisie une signification qu’il n’a pas et qu’il n’a jamais eue en français.(1) On dit aussi : “ Ce programme est une présentation de M.X.” Présentation ne nous parait pas meilleur que courtoisie.Le Canada français, Québec, janvier 1033. 462 AUTOUR DE NOTEE FRANÇAIS Ce jargon est, du reste, une contrefaçon, une piètre contrefaçon de formules anglo-américaines.Nos annonceurs ne font que singer les annonceurs des États-Unis.Parce que ceux-ci disent : “ This program was presented to you through the courtesy of Mr.X” ou “is a courtesy of Mr Z”, nos annonceurs ont traduit ces termes anglais par ceux qui leur ressemblent le plus dans la langue française, comme si les mots et les tournures de l’anglais et du français étaient toujours interchangeables ; or c’est là une des recettes les plus sûres pour obtenir du charabia.Qu’on dise donc : “ Ce programme a été exécuté grâce à M.X ” ; — “ C’est grâce à M.Y que ce programme a été exécuté ” ; — “ C’est sous les auspices de M.Z que ce programme a été exécuté ” ; — ou même : “ L’exécution de ce programme est une gracieuseté de M.Untel ” ; mais, pour l’amour de nos pères, à qui nous devons le loisir français dont il nous est donné de jouir sur les rives du Saint-Laurent, qu’on cesse de martyriser la langue qu’ils nous ont transmise avec un soin si jaloux ! Aubaine ! Super-aubaine ! Aubaine est, depuis quelque temps, le mot à la mode dans la littérature publicitaire de chez nous.Aubaines! Aubaines ! lit-on en tête de toutes les annonces.Aubaines! Aubaines ! crie de tous côtés la réclame commerciale.Le marchand d’aujourd’hui se croirait perdu, vraiment, s’il n’offrait pas des aubaines à tout venant.Aubaine a donc supplanté bargain.Certes, nul ne regrettera la disparition de ce vilain anglicisme ; mais le terme aubaine a-t-il bien, en français, le sens que lui attribuent les annonciers de chez nous ?Si nous ouvrons les dictionnaires de notre langue, qu’y lisons-nous ?Aubaine a d’abord signifié succession aux biens d’un aubain, d’un étranger non naturalisé.C’est ainsi que le droit d’aubaine était le droit en vertu duquel le souverain recueillait la succession d’un étranger mort dans ses États.Plus tard, aubaine a pris, au figuré, l’acception d’avantage inespéré qui arrive à quelqu’un, de profit inattendu qu’on retire.S’il é hoit, par exemple, à quelqu’un une succession qu’il n’espérait pas, on peut, selon l’Académie, dire que “ c’est une aubaine pour lui ”.Tels sont les seuls Le Caiada français, Québec, janvier 19SS. AUTOUR DE NOTRE FRANÇAIS 463 sens que l’on puisse normalement attribuer au mot aubaine ! De toute évidence, on a donc tort de l’employer pour désigner les marchandises que l’on offre en vente au rabais ou à bon marché ; car, lorsque le client achète de telles marchandises, il a lieu de compter sur un avantage quelconque, et cet avantage, s’il se réalise, n’est en conséquence ni inattendu, ni inespéré, comme dans le cas de l’aubaine proprement dite, dont le propre est de procurer un profit qu’on n’espérait, qu’on n’attendait aucunement.Les prétendues aubaines qu’offrent nos marchands sont tout simplement des occasions, des soldes.C’est là, du reste, l’avis de M.Antoine Meillet, le grand linguiste de France.Celui-ci a publié une étude, au commencement de 1931, sur le Glossaire du parler français au Canada.Or voici ce qu’il écrit dans un des passages de cette étude : “ Les auteurs du recueil (du Glossaire) ont mis en évidence la fidélité avec laquelle les Canadiens français ont maintenu le parler qu’ils avaient apporté, fidélité grâce à laquelle un Français originaire du centre de la France comme moi se trouve presque toujours en pays de connaissance.Il y a un autre trait, plus original, qui frappe aujourd’hui le visiteur venu de France : c’est le recours à des dérivés français, et non à des emprunts ou à des mots latins.Ainsi le bateau qui sert à traverser une large étendue d’eau n’est pas nommé ferry, comme aux États-Unis, mais traversier ; ce sens figure dans le Glossaire ; et les emplois de char pour wagon et pour tramway ne sont pas moins remarquables.Mais il y a d’autres cas frappants et qui ne sont pas mentionnés : ce que l’on appelle en France occasions dans les grands magasins est appelé aubaines dans les magasins de Montréal ; et les compagnies de chemins de fer n’offrent pas de cabines de wagons-lits (de chars-dortoirs) mais des chambrettes ; or, ni aubaines ni chambrettes ne figurent au glossaire (1) ; l’un et l’autre mots sont du français normal, mais pas avec ces emplois.” On ne saurait s’appuyer sur un témoignage mieux autorisé pour rejeter aubaines et y substituer occasions ou soldes.(1) Si aubaine et chambrette ne figurent pas au Glossaire, c’est sans doute parce qu’ils n’avaient pas encore pris les acceptions signalées par M.Meillet, lorsqu’à été définitivement arrêtée la rédaction des articles commençant par les lettres A et C.Cet emploi d'aubaine et de chambrette est récent chez nous.Ls Canada français.Québec, janvier 1933. 464 AUTOUR DE NOTRE FRANÇAIS Mais on n’emploie pas seulement aubaine, au lieu d’oo casion.Quelqu’un n’a-t-il pas lancé le mot super-aubaine ?Offrir une super-aubaine ! C’est là du style de réclame, et du pire.Mais l’emploi de super-aubaine était à prévoir.Nous vivons à une époque de surenchère, et les termes usuels ont vite fait de perdre leur vigueur au service des annonciers.Il faut bientôt les renforcer, et c’est pour cette raison qu’on les fait précéder des particules augmentatives sur, supra, hyper, et surtout de super.Cette mode nouvelle du super-langage a pénétré partout.Il suffit d’ouvrir les journaux et les revues de France pour y trouver des mots ou des locutions comme surrepos, hyperbal, supra-soda ou supercigarettes, comme supercafé, super-crème (de beauté), rasoir superlame ou super-voiture (automobile), comme supermonnaie, super-capitalisme, superbanque ou super-as, comme superchic, vie super-chère, sur-extra ou œufs supercoques, etc., etc.Heureusement que le ridicule tue toujours là-bas ; ces superlatifs auront sans doute le sort du bizarre superco-quelicantieux créé par Rabelais.Souhaitons que super-aubaine meure dans sa supercoque.Les “ appartements ” d’un logement Le terme appartement ne se dit, en bon français, que d’un logement de plusieurs pièces, d’une partie de maison composée d’un certain nombre de pièces et offrant une habitation confortable.C’est donc à tort que nous parlons quelquefois, chez nous, d'appartements d’un logement, que nous disons aussi parfois : M.X a pris des appartements au Château Frontenac.“ Des appartements ”, quel luxe ! Et dire que les rois n’avaient, eux, qu’un grand et un petit appartement ! Avons-nous emprunté cette acception particulière d’appartement à la langue des Anglais, chez qui, comme chez nous, le mot apartment a non seulement le sens de logement, mais aussi celui de chambre, de pièce ?Nous croyons que non, et pour les raisons suivantes.D’abord, si nous ne faisons pas erreur, l’anglais apartment s’emploie peu, au Canada du moins, avec l’acception de chambre, de pièce.Au contraire, l’usage à’appartement avec le sens de chambre, de pièce, est général en notre province ; on le retrouve La Canada français, Québec, janvier 1933. AUTOUR DE NOTRE FRANÇAIS 465 jusque dans les campagnes où l’anglais n’a jamais pénétré.En certains villages, on donne même le nom de grand appartement à la pièce où la famille se tient habituellement ; or, si nous ne nous abusons, l’anglais apartment ne sert, ni seul ni en composition, à désigner spécialement cette pièce d’une maison.De plus, et c’est le point le plus important, le terme appartement se disait très bien, autrefois, en parlant d’une seule chambre, d’une simple pièce.On le trouve avec cette signification jusque dans les écrits de La Fontaine ; particulièrement, dans la dix-septième fable du livre iv : Socrate un jour faisant bâtir, Chacun censurait son ouvrage : L’un trouvait les dedans, pour ne lui point mentir.Indignes d'un tel personnage ; L’autre blâmait la face, et tous étaient d’avis Que les appartements en étaient trop petits.Quelle maison pour lui ! l’on y tournait à peine ; et aussi dans une lettre qu’il adressait à sa femme le cinq septembre 1663, après une visite de la chambre où Fouquet, son protecteur, avait été emprisonné : Qu’est-il besoin que je retrace Une garde au soin non pareil, Chambre murée, étroite place, Jours sans soleil.Nuits sans sommeil.Trois portes en six pieds d’espace ?Vous peindre un tel appartement, Ce serait attirer vos larmes.D’autre part, le Dictionnaire françois de Richelet, édition de 1706, contient cette définition du mot apartement (1): “ Chambre.Antichambre et cabinet.Sale (sic), chambre et cabinet.Être logé au premier apartement.” Au reste, l’emploi du mot appartement pour désigner une simple chambre n’est pas particulier au franco-canadien ; il se rencontre aussi en France, et assez souvent puisque Bescherelle et Littré prennent la peine de le dénoncer comme fautif, dans leurs grands dictionnaires.“ C’est à tort, lit-on (1) On écrivait alors ce mot avec un seul p, comme en anglais.L’anglais apartment vient d’ailleurs du français apartement.Le Canada français, Québec, janvier 1933. 4G6 AUTOUR DE NOTRE FRANÇAIS dans Bescherelle, que certaines personnes donnent à une seule chambre le nom d’appariement.” Et Littré a écrit : “ Ne dites pas.appartement pour une seule chambre.’ ”(2) Leur recommandation s’adresse évidemment aux Français de France ; mais ceux du Canada feront bien de la suivre.“ Glas ” peut-il s’employer au pluriel ?Quelqu’un nous écrit : “ On m’a soutenu dernièrement qu’il est incorrect d’employer glas au pluriel, de dire, par exemple, sonner les glas, ce sont des glas.Le Petit Larousse, le seul dictionnaire que je possède, semble confirmer cette opinion, puisqu’il ne contient que cet exemple : le glas funèbre.Auriez-vous la complaisance de me dire si l’emploi de glas au pluriel est fautif ?” La question présente d’autant plus d’intérêt que le mot glas, pris au sens propre, est toujours pluriel, chez nous.Nous disons invariablement : sonner les glas, sonner des glas ; jamais : sonner le glas, sonner un glas.Est-ce bien là une faute ?En France, on semble employer le singulier plutôt que le pluriel.C’est du moins ce que laissent entendre les lexicographes, car ils donnent les exemples suivants dans leurs dictionnaires : Le glas funèbre, un glas funèbre, sonner le glas, sonner un glas.A quoi tient cette différence entre la façon de dire des Français et la nôtre ?Ne serait-ce pas au fait que, là-bas, on ne sonne, on ne tinte qu’une seule cloche pour annoncer la mort de quelqu’un (car les lexicographes définissent tous glas par son d'une cloche qu’on tinte), tandis que, chez nous, on sonne, on tinte généralement plusieurs cloches ?Et ce qui paraît confirmer cette hypothèse, c’est que glas reste, chez nous, au singulier lorsqu’il s’emploie au figuré.En effet, nous disons : La défaite de ce candidat a sonné le glas, non pas les glas du ministère.Mais si les lexicographes semblent favoriser l’emploi du singulier, il ne s’ensuit pas que l’emploi du pluriel soit in- (2) A ces textes de Bescherelle et de Littré, il convient d’ajouter la note suivante de M.Félix Boillot, dans le Vrai Ami du traducteur “ La mode commence à s’introduire en France dans certains hotels d appeler une simple chambre un appartement.Cet anglicisme entraîne généralement une sérieuse majoration de la note.— En Normandie, on appelle appartement ce que nous appelons une pièce en français.” Le Canada français, Québec, janvier 1933. AUTOUR DE NOTRE FRANÇAIS -lt>7 correct.Ce n’est pas en vain que Littré cite, dans son grand dictionnaire, ces vers de Lamartine : Quand la cloche des ténèbres Balance ses glas funèbres.Que si on allègue que le poète a mis là le pluriel pour obtenir des rimes parfaites, nous rappellerons ces autres vers de Lamartine cités dans le dictionnaire de Poitevin : Et mêlant à ces glas des aboiements funèbres, Son chien, qui l’appelait, hurla dans les ténèbres.Et si l’on objecte que ce sont là licences de poète, je répondrai par ce texte qui n’a rien de poétique, puisqu’il a été cueilli dans un ouvrage de droit : “ On a considéré, au contraire, comme portant atteinte à la liberté des cultes.les dispositions d’un arrêté en contradiction avec les usages locaux, et non justifié par les nécessités de l’ordre public, qui limitait à deux sonneries les glas autorisés à l’occasion des enterrements.” (Dalloz, Répertoire pratique de législation, de doctrine et de jurisprudence, t.iv, v° Culte, no 235, année 1912).Et, pour compléter notre démonstration, ajoutons aux textes que nous avons empruntés à la poésie lyrique et à la langue des juristes ces vers écrits dans le style populaire, qui font partie d’une chanson d’Aristide Bruant : Quand les heur’ a’ tombent comm’ des glas, La nuit quand i’ fait du verglas, Ou quand la neige a’ s’amoncelle, A la Chapelle .Au reste, si, d’après certains lexicographes, on peut dire : sonner un glas, pourquoi serait-il fautif de dire : sonner des glas ?Louis-Philippe Geoffrion.Le Caïada français, Québec, janvier 1933.
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