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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
Les berceuses
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1935-06, Collections de BAnQ.

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Poésie LES BERCEUSES Avez-vous déjà lu quelque étude sur les Berceuses ?J’en serais fort surprise, car, moi qui passe mes jours à bouquiner, j’avoue n’avoir eu qu’une seule fois ce plaisir.Voilà pourquoi l’idée m’est venue d’écrire un plaidoyer en faveur de ces belles oubliées.On nous recommande, avec raison, de ne pas ressasser toujours les mêmes sujets.J’estime que celui-ci est neuf.En le lisant, vous serez satisfait et, par surcroît, vous serez ému, parce que vous ferez le plus beau pèlerinage qui soit au sanctuaire des souvenirs — ces souvenirs qui, si l’on en croit la vieille chanson immortalisée par notre diva Albani, Sont gravés dans nos cœurs.Dans le monde des chanteurs professionnels comme dans celui des amateurs, ils semblent légion, si l’on en juge par les programmes qui tombent sous nos yeux, ceux qui ignorent la beauté des Berceuses.Cependant, quelques-uns des meilleurs musiciens, des plus grands poètes ont consacré aux Berceuses leur magnifique talent.Je veux en ce tournoi faire apprécier le charme d’inspiration qu’elles possèdent et leur rendre l’hommage qu’elles méritent.C’est avec une satisfaction légitime que je me suis donné la joie de puiser dans un recueil inédit les plus beaux vers des poètes anciens et modernes et les plus belles Berceuses des répertoires français et canadiens-français.* * * Et d’abord, comme entrée en matière, un peu d’étymologie ne saurait vous déplaire.Voyons, d’après l’auteur dont je vous ai parlé ci-haut, ce qu’est la Berceuse. LES BERCEUSES 959 Nous savons déjà qu’elle est un chant inspiré, une poésie gracieuse et fine qui touche le cœur par sa candeur et son charme, puis, s’empare de la sensibilité par sa musique douce et tendre.Nous savons aussi qu’elle a une technique spéciale, qu’il faut avoir de l’oreille pour en chasser les cacophonies, du cœur pour la sensibiliser.Nous savons encore qu’elle est une sorte d’incantation du foyer,— du foyer d’autrefois, j’entends,— quand il n’y avait ni gratte-ciel, ni appartement, puisque ce dernier l’a presque fait disparaître.« La maison moderne est sans âme et sans histoire.» (Bazin.) Voilà ce que je sais de la Berceuse.Écoutons maintenant Berquin, poète éminemment qualifié, puisqu’il fut — c’est lui qui nous l’apprend, et il s’en félicite ! — « le premier parmi tous à imaginer l’idée d’écrire des Berceuses ».Si, par une illusion enchanteresse de son imagination, dit-il, le poète a toujours sous ses yeux les personnages qu’il introduit dans ses chants, en créant la Berceuse, je rassemble autour de moi les êtres les plus chers et les plus réels.De ce fait, l’attendrissement où je me sens plongé laisse dans mon esprit de sublimes impressions.Autant j’ai pris de soin à choisir mes pensées, autant me suis-je entraîné à travailler mes chants, comme si tout leur effet avait dû être attaché à la simple audition ; je ne laisse pas, cependant, de réclamer pour eux le charme qu’une voix maternelle peut leur prêter.C’est sur cette évocation que je me suis entraîné à composer mes Berceuses.Le philosophe qui fait de l'homme l’objet de ses méditations, effrayé du spectacle qu’il devine, ne risque qu’en tremblant sa confiance dans les vertus même qu’il aperçoit.Et moi, dans les sujets que j’ai choisis, tout me présente d’aimables idées et de flatteuses espérances.O mon Dieu ! ne plus rencontrer une mère, ou un enfant, sans se dire : mes Berceuses seront chantées par elle ! Elle ne prononcera mon nom qu’avec un sourire d’admiration .une expression d’enthousiasme.Toute cette génération, celles qui suivront seront pour moi des générations d’amis.Lorsque l’âge amortissant un peu cette fougue de travail qui me dévore me rendra le commerce de la société plus nécessaire, je ne m’y trouverai point étranger.J’y aurai de loin formé les liaisons les plus belles.Quelque endroit que j’habite, je me verrai avec des gens accoutumés à me considérer.Dans ces heures où la splendeur du firmament, le calme de la nuit, la paix que le somme promet à nos veines, nous mettent dans un état de quasi béatitude, quelle jouissance de se figurer, auprès de quelque blanc berceau, une mère qui chante l’une de mes Berceuses à son bébé : quel délice d’écouter un virtuose l’interpréter devant un auditoire d’élite !. 960 LE CANADA FRANÇAIS Peut-être m’arrivera-t-il d’être témoin de pareilles scènes !.et, je ne mourrai point sans avoir vu dans la mémoire de tous ceux qui m'entourent les gages de la plus précieuse immortalité.Comme il se fût exalté, le glorieux Berquin, s’il avait vécu dans notre siècle de radio-diffusion ! La mystérieuse Radio, sur ses ondes ensorceleuses, transporte d’un pays à l’autre et dans le temps de le dire, les œuvres, hier inconnues, et les chefs-d’œuvre oubliés.Dommage qu’il ne puisse revenir, quand ce ne serait que pour nous voir le cinématographier !.Tout le monde a chanté, jadis, sa Geneviève de Brabant, ses Romances à Daphnie et à Chloé.Entre toutes ses Berceuses, je choisis et cite le Berceau, parce qu’il entre parfaitement dans le cadre de cette étude.Le Berceau Heureux enfant, que je t’envie Ton innocence et ton bonheur ! Ah ! garde bien toute la vie La paix qui règne dans ton cœur.Tu dors ; mille songes volages, Amis paisibles du sommeil, Te peignent de douces images Jusqu’au moment de ton réveil.Tout plaît à ton âme ingénue Sans regrets comme sans désirs.Chaque objet qui s’offre à ta vue T’apporte de nouveaux plaisirs.Si quelquefois ton cœur soupire, Tu n’as point de longues douleurs ; Et l’on voit ta bouche sourire, A l’instant où coulent tes pleurs.Par le charme de la faiblesse, Tu nous attaches à ta loi ; Et, jusqu’à la froide vieillesse, Tout s’attendrit autour de toi.Si du sort l’aveugle caprice Me garde quelque trait nouveau, Je viendrai de son injustice Me consoler à ton berceau. LES BERCEUSES 961 Et tes caresses et tes charmes, Et ta douce sécurité, A mon cœur sombre et plein de larmes Rendront quelque sérénité.Que ne peut l’image touchante Du seul âge heureux parmi nous ! Ce jour, peut-être, où je le chante, De mes jours est-il le plus doux.Heureux enfant, que je t’envie Ton innocence et ton bonheur Ah ! garde bien toute la vie La paix qui règne dans ton Cœur ! Berquin naquit à Bordeaux en 1747 et mourut à Paris en 1791.L’Académie française lui décernait, en 1784, un prix pour son Ami des Enfants.Il écrivit tellement pour les petits que le nom d’ami des enfants est resté attaché à son nom.En 1774, il publiait des Idylles et des Romances qui attirèrent sur lui l’attention des lettrés.Une œuvre posthume publiée en 1803, le Livre des Familles, le révèle sous un jour nouveau.On y admire la grâce naïve et la douceur ingénue de ses récits et de ses études croquées sur le vif.Berquin fut rédacteur du Moniteur et collaborateur à la Feuille villageoise.Il a enrichi de deux mots la littérature française : berqui-nade : ouvrage dédié aux enfants ; berquinisme : sentiment inspiré par son œuvre.A côté de Berquin, c’est avec plaisir que je vous présente une muse de grand renom, Madame Desbordes-Valmore, la célèbre Marcelline ! celle que les anthologies appellent «la grande inspirée française».Les poètes ont salué en elle le plus grand esprit féminin ; et Brizeux, cet irascible et têtu poète d’Arvor, capitulait devant celle qu’il appelait « la belle âme au timbre d’or ».Auguste Dorchain, qui lui avait consacré une étude très documentée, est d’opinion que, dans l’ordre du cœur, elle était la première.Les mères sont de son avis, bien sûr, puisque bon nombre d’entre elles chantent et apprennent à leurs petits, dès le plus jeune âge, les stances naïves de ses 962 LE CANADA FRANÇAIS poésies.Grétry,qui ne perdait jamais l’occasion de pousser et de produire les talents, l’ayant, par hasard, entendue jouer et chanter, se chargea de son éducation musicale et lui facilita l’entrée à l’Opéra comique où ses succès furent considérables.« Après Mlle Mars, écrivait le Journal des Débats, il n’y a point à Paris, d’ingénuité qu’elle n’égale ou ne surpasse.» Mais des peines profondes, à vingt ans, l’obligèrent de renoncer à cette carrière qu’elle avait choisie, parce que, écrit-elle ,« ma voix me fait pleurer ! Mon médecin me conseille alors, comme dérivatif et moyen de guérison, de prendre ma plume et d’ecrire.» En lui interdisant ainsi la musique vocale, en lui fermant les portes du théâtre, ce docte fils d’Asclepios ne se doutait guère qu’il allait donner à la France un grand poète.Mme Desbordes-Valmore a écrit pour les petits des vers ravissants.La Dormeuse est un bijou.Jugez-en vous-même par ce fragment.Dormeuse Si l’enfant sommeille H verra l’abeille, Quand elle aura fait son miel, Danser entre terre et ciel.Si l’enfant repose, Un ange tout rose, Que la nuit seule on peut voir, Viendra lui dire : Bonsoir ! Si l’enfant est sage, Sur son doux visage La Vierge se penchera, Et longtemps lui parlera.Si mon enfant m’aime Dieu dira lui-même : « J’aime cet enfant qui dort ; Qu’on lui porte un rêve d’or ! « Fermez ses paupières Et sur ses prières, De mes jardins pleins de fleurs, Faites glisser les couleurs. LES BERCEUSES 963 « Qu’il fasse un voyage Aux bras d’un nuage, Et laissez-le, s’il lui plaît, Boire à mes ruisseaux de lait.« Donnez-lui la chambre De perles et d’ambre Et qu’il partage en dormant Nos gâteaux de diamant.» Madame Desbordes-Valmore vivait encore lorsque naquit à Nîmes, en 1846, Alphonse Daudet ; cela me permet de les faire presque se rencontrer en ce tournoi poétique.Vous n’êtes pas sans connaître ces strophes charmantes de Daudet où se déroulent les scènes les plus aimables du foyer : Enfants d’un jour, ô nouveau-nés, Petites bouches, petits nez, Petites lèvres demi-closes, Membres tremblants, Si frais, si blancs, Si roses ! Pour tout ce que vous gazouillez, Soyez bénis, baisés, choyés, Gais rossignols, blanches fauvettes ! Que d’amoureux Et que d’heureux Vous faites ! Enfants d’un jour, ô nouveau-nés, Au paradis d’où vous venez Un léger fil d’or vous rattache.A ce fil d’or Tient l’âme encor Sans tache.Vous êtes à toute maison Ce que la fleur est au gazon, Ce qu’au ciel est l’étoile blanche, Ce qu’un peu d’eau Est au roseau Qui penche.L’auteur des Lettres de mon Moulin est mort en 1897.Il a donc, assurément, rencontré très souvent Auguste Barbier, mort en 1882.Ils seront contents de se retrouver ici, et peut-être un tantinet surpris ; comme nous, Daudet a dû se demander 964 LE CANADA FRANÇAIS comment il se fait que l’auteur des ïambes, à la muse si souvent en effervescence, ait pu se maîtriser assez pour composer cette exquise Berceuse de Mozart! Mozart n’a pas écrit la musique de cette Berceuse, puisqu’il était depuis longtemps passé de vie à trépas quand Barbier vit le jour ; mais les vers harmonieux de Barbier s’adaptaient si parfaitement à un air délicieux de Mozart qu’ils ont eu l’honneur de le recueillir.Berceuse de Mozart Mon bel ange va dormir ! Dans son nid l’oiseau va se blottir ! Et la rose et le souci Là-bas dormiront aussi ! La lune qui brille aux cieux Voit si tu fermes les yeux.La brise chante au dehors ! Dors, mon petit prince, dors ! Ah ! dors.dors ! Mon ange a-t-il un désir ?Tout pour lui n’est que joie et plaisir ! De jouets il peut changer : Il a moutons et berger ! Il a chevaux et soldats ! S’il dort et ne pleure pas, Il aura d’autres trésors ! Dors, mon petit prince, dors ! Ah ! dors.dors ! Mon petit prince au réveil Recevra les présents du soleil Qui seront de beaux habits Brodés d’or et de rubis ! La lune d’un fil d’argent, Avec un reflet changeant En aura cousu les bords.Dors ! mon petit enfant, dors ! Ah ! dors.dors ! Un académicien à la verve généralement obscène et impudente, malheureusement, a cependant, en une heure de paisible sérénité, j’imagine, écrit une Berceuse remarquable.Elle séchante si joliment qu’elle semble avoir été inspirée au son de la harpe.Elle n’a pas de nom particulier et s’intitule tout bonnement la Berceuse de Richepin. LES BERCEUSES 965 Berceuse de Richepin Chantez, la nuit sera brève.Il était une fois un vieil homme tout noir ; Il avait un manteau fait de rêve, Un chapeau fait de brume du soir, Chantez, la nuit sera brève.Chantez, la nuit sera douce.Le vieil homme tout noir en silence est venu On eût dit qu’il marchait sur la mousse A pas lents, furtifs et pied nu.Chantez, la nuit sera douce.Chantez, la nuit sera brève.Le vieil homme tout noir en silence a passé.Et partant sur les ailes du rêve, L’enfant par le sommeil est bercé, Chantez, la nuit sera brève.Jean Richepin peut donc être gracieux quand ilîîveut ! Cette berceuse en fait foi.Que ne l’a-t-il été dans toutes ses œuvres ! Sa Chanson des gueux est inepte, vulgaire, brutale.« On sent, répète à qui veut l’entendre l’un de ses biographes, que c’est une fantaisie manquée.Nous croyons beaucoup plus à la rhétorique qu’à la sincérité du poème.Ce qui manque à ce pauvre gueux c’est une âme.Une âme.n’en retrouve pas qui veut, quand il a perdu la sienne.» Pour varier un peu et vous égayer, permettez que j’ouvre au hasard le Valet de Coeur de l’inimitable Tristan Klingsor.Je tombe justement sur l’une de ses plus fines berceuses et si peu connue que ce sera un régal inattendu.Berceuse de la Poupée Petite poupée en bonnet de dentelle Sur vos cheveux fins de filasse blonde Dormez : l’horloge sonne et tout le monde A mouché les chandelles.Pierrot se couche et la lune se lève ; Au faîte des toits tous les chats sont gris ; Dormez et faites un beau rêve : Tous les chats sont gris comme les souris. 966 LE CANADA FRANÇAIS Avec votre robe trop courte et fripée Et vos bas qui tombent jusqu’aux talons, Dormez et rêvez, petite poupée, De quelque beau soldat de plomb.En votre berceau de soie et de satin, Grand comme un sabot de frêne, Etendez vos frêles jambes de bois peint Et dormez bien, petite reine.Votre enfantine et mignonne maman Dort aussi sous le dais de son lit, Et rêve d’un page charmant Qui joue à la balle au jardin joli.Petite poupée au nez rose et cassé, Petite poupée au bonnet de travers, A quoi bon laisser Vos yeux bleus ouverts, Puisque personne ne viendra vous embrasser, Que les soldats de plomb ne font jamais de ronde Et que le marchand de sommeil est passé Pour tout le monde ?Tristan Klingsor « habite, c’est André Dumas qui le dit, un monde fantasque, peuplé de Cendrillons et de Croque-mitaines, de princesses en robe de soie et de fées en robe de lune, de pantins et de marionnettes qui font trois petits tours et puis s’en vont.Compagnon de la Marjolaine, il ranime tous les clairs personnages de la chanson française qui passent, prestes et mutins, scandant leur marche de gestes saccadés.Léger comme Puck, il perçoit, dans la forêt verte, les longues confidences des vents et des ramures.Espiègle comme le grillon du foyer, il connaît l’âtre tiède où chante la bouilloire de Mrs Perrywinkle.La nuit, quand tous les enfants dorment, il surprend les rondes furtives des soldats de plomb et des poupées de Nuremberg.Sa libre fantaisie échappant à toutes les règles, s’exprime en vers « délicieusement faux » qui ont les sons grêles, les rythmes bizarres, les sursauts brusques de boîtes à musique un peu cassées.» En tout cas, ses Berceuses endorment parfaitement les petits « braillards ». LES BERCEUSES 967 * * * Il ne faut pas terminer sans citer quelques Berceuses canadiennes, quelques poésies du terroir.Elles ne sont pas nombreuses, je l’admets, mais ce n’est pas la quantité qui compte.Ce sont des perles rares !.veuillez en juger par le Bébé dort du bon poète de Québec, Napoléon Legendre.Ce poète de chez nous est né à Nicolet, en 1841, et est mort à Québec en 1907.Journaliste amateur la majeure partie de sa vie, il consacra aussi quelques-unes de ses plus belles années à la chronique.De cette dernière à la poésie, il n’y a qu’un pas.Son inspiration fine et enthousiaste se manifeste en petits tableaux du genre.Bébé dort Il est midi ! La chambre est sombre ; A la fenêtre on a cloué, Pour donner du frais et de l’ombre, Un grand châle à carreaux troué.Dans un coin, la paupière close, Sur son oreiller de duvet, Le bébé doucement repose Et le chien dort à son chevet.Alentour tout se fait tranquille ; On n’entend que le vieux coucou, Balançant sa tige mobile, Accroché là-bas à son clou.A travers les trous du vieux châle, Que son poids fait partout plisser, Un rayon de lumière pâle De temps en temps vient se glisser.Dans l’autre chambre, le potage Se met sur la table, fumant ; Le père arrive de l’ouvrage, Joyeux.Mystérieusement La mère, le doigt sur la bouche, Par la porte ouverte à demi, Lui montre, dans un coin, la couche Où Bébé repose endormi. 968 LE CANADA FRANÇAIS Un bras replié sur la tête Colle au front les cheveux mouillés ; De la couverture indiscrète, On voit sortir deux petits pieds.Eux se regardent en silence, Tout émus, la main dans la main, Pendant qu’à part soi chacun pense : Il aura ses six mois demain ! Le docteur Beauchemin, d’Yamachiche, était un observateur profond, doublé d’un philosophe et d’un psychologue.Son talent de poète a déjà fait couler des flots d’encre et ses contemporains d’outremer ne lui ont pas ménagé des éloges que sa grande modestie avait beaucoup de difficulté à accepter.Il a été assez heureux pour faire mentir le dicton : Nul n’est prophète en son pays.Il a laissé deux volumes de vers : Floraisons matutinales et Patrie intime.« La cloche de Louisbourg » est, si l’on en croit Albert Sorel, « la perle de l’anthologie canadienne ».Charles Ab der Halden dit que Beauchemin est, probablement, le plus remarquable artisan de vers qu’il y ait au pays.Auguste Dorchain a écrit : «Floraisons matutinales : frais bouquet que le poète semble avoir cueilli dans la rosée pendant ses courses.» Notre poète national, Louis Fréchette, assurait que « nul n’est plus artiste que Beauchemin », et Mgr Camille Roy nous dit : « Le lyrisme de Beauchemin est fort délicat, un peu précieux quelquefois et révèle une âme sensible.» Mère glorieuse Viens entre les bras de ta mère, Viens, tes beaux grands yeux dans les siens, A son épaule, à ta manière, Nouer tes doigts de rose.Viens ! Viens ! que ta bouche sur sa bouche Dépose un baiser triomphant : Que l’âme de ta mère touche A ta divine âme d’enfant.Prophétesse de ton aurore, Ta mère sait ce qu’elle sent, Dans le bruissement sonore, Dans l’allégresse de ton sang. LES BERCEUSES 969 Cœur de son cœur, tu lui fais croire A la richesse du Seigneur Qui lui donne une telle gloire, Et lui promet un tel bonheur.Madame Pauline Fréchette a donné deux ouvrages à notre littérature.Le premier en prose s’intitule Y Art d'être bonne mère ; l’autre en poésie : Tu m’as donné le plus doux rêve.Ce sont de délicats poèmes brodés sur des thèmes d’impressions intimes et de souvenirs.Madame Pauline Fréchette est la fille de notre poète national.Elle a hérité du talent de son père.0 mon doux Bébé O mon doux Bébé Du ciel dérobé, Au sein de tes langes, Tu souris aux anges ! Sourire d’enfants, Bonheur des mamans ! Suave tendresse ! Divine caresse ! O mon doux Bébé Du ciel dérobé, Au sein de tes langes, Tu souris aux anges.* * * Puissent ces Berceuses, qui portent l’empreinte de la plus sympathique des muses,— celle des foyers,— vous faire aimer les poètes qui ont consacré leur talent, célèbre ou obscur, à l’aube de la vie maternelle ! Marie-D.Boissonnault.
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