Le Canada-français /, 1 janvier 1939, Le Comité provincial de défense contre la tuberculose
a LE COMITÉ PROVINCIAL DE DÉFENSE CONTRE LA TUBERCULOSE Son origine — Son programme Québec a le triste privilège d’avoir un taux de mortalité tuberculeuse supérieur à celui de toutes les autres provinces du Dominion.Pourquoi cette terrible maladie exerce-t-elle tant de ravages chez nous?Y a-t-il moyen de l’enrayer, comme on 1 a fait ailleurs ?L’expérience valait d’être tentée, et c’est ce qui a inspiré aux directeurs de la Canadian Tuberculosis Association, de concert avec les officiers du ministère de la Santé et les représentants des compagnies d’assurance-vie, l’idée de la vaste campagne que poursuit, depuis quelques mois, le comité provincial de défense contre la tuberculose.Le 29 novembre 1937, toutes nos institutions antituberculeuses étaient donc convoquées à Montréal.Le problème de la tuberculose dans la province de Québec fut longuement et sérieusement discuté.Des chiffres effarants furent cités.Nous représentons seulement 28% de la population canadienne et nous contribuons dans la proportion de 43% à la mortalité tuberculeuse générale.Taux de 61.4 pour 100,000 dans le Dominion, de 48 dans les provinces sœurs et de 93 chez nous (ces statistiques sont celles de 1936).Comment expliquer une pareille anomalie, sinon par les facteurs suivants : indifférence et fatalisme des malades, conditions de vie familiale préjudiciables à la santé, négligence des parents et inertie du public, souvent aussi insouciance des instituteurs et manque d application des préceptes les plus élémentaires de l’hygiène.Le moindre de ces motifs ne réclamait-il pas 1 intensification de la lutte contre la peste blanche ?A l’unanimité, il fut résolu de fonder une nouvelle association, en vue de grouper tous les efforts, toutes les énergies, sous un commandement unique, pour affronter avec plus de succès l’un des grands ennemis de notre race.Le comité provincial de défense contre la tuberculose était devenu une LE COMITÉ PROVINCIAL DE DÉFENSE 459 réalité.Tout de suite on procéda à l’élection des officiers.Ce sont aujourd’hui : Président honoraire : l’honorable Dr Albiny Paquette, ministre provincial de la Santé ; Vice-président honoraire : le Dr J.-E.Dubé, professeur à l’université de Montréal ; Trésorier honoraire : M.J.-U.Boyer ; Assistant-trésorier honoraire : M.Gaston Levesque ; Président actif : le Dr J.-A.Jarry, directeur médical de l’Institut Bruchési ; Vice-président : le Dr Jean Grégoire, sous-ministre de la Santé ; Secrétaire : le Dr Georges Grégoire, directeur du dispensaire anti-tuberculeux de Québec ; Directeurs : Le Dr Roland Desmeules, représentant de l’Université Laval ; Le Dr J.-A.Vidal, représentant de l’Université de Montréal ; Le Dr Grant Fleming, représentant de l’université McGill ; Le Dr Roger Foley, du ministère provincial de la Santé ; Le Dr G.-J.Wherrett, secrétaire de la Canadian Tuberculosis Association ; Le Dr Georges-E.Mignault, de l’hôpital du Sacré-Cœur de Cartierville ; Le Dr Hervé Beaudoin, du sanatorium Cooke, des Trois-Rivières ; Le Dr Adélard Groulx, directeur du service de Santé de la ville de Montréal ; Le Dr Lasalle Laberge, directeur des unités sanitaires ; Le Dr E.-S.Harding, du Royal Edward Institute.Depuis lors, le comité s’est réuni à plusieurs reprises, pour adopter une constitution, étudier de nouveau l’état de la tuberculose dans la province de Québec, recueillir des adhésions chez les laïcs et chez les ecclésiastiques, élaborer un programme.C’est ce programme que je me propose de vous exposer dans ses grandes lignes.Il est établi d abord sur deux principes : 460 LE CANADA FRANÇAIS 1° Un tuberculeux doit être connu dès le début de sa maladie ; 2° Un tuberculeux, pour guérir, doit être hospitalisé aussitôt que possible.Pour connaître le sujet atteint de tuberculose, il faut aller à lui, lui tendre la main, multiplier toutes les occasions de le rencontrer.Par une grande campagne d’éducation, le comité espère venir en contact avec la majorité des tuberculeux.Campagne d’éducation qui se poursuit ou se poursuivra : 1 ° Par la presse ; 2° Par la radio ; 3° Par des conférences dans les clubs sociaux, devant les sociétés médicales, dans les écoles ; 4 Par la distribution de fascicules, tracts, brochures, grâce à l’entremise des dispensaires, des unités sanitaires, des médecins praticiens ; 5° Par le cinéma ; 6° Par la tenue de séances éducatives dans les collèges, les couvents et les écoles, devant les enfants et leurs parents ; 7° Par des panneaux-réclames invitant la population à exterminer le monstre de la tuberculose.Seuls, nous ne pourrions jamais exécuter un programme de cette envergure.Notre premier soin a donc été de solliciter la collaboration de toutes les œuvres et de toutes les personnes qu’anime le désir de voir triompher la nouvelle croisade placée sous l’égide de la croix de Lorraine.Nous comptons sur les dispensaires et leur admirable organisation de service social ; nous comptons sur les unités sanitaires et les cliniciens qui parcourent la province ; nous comptons, bien entendu, sur les ligues antituberculeuses, dont celle de Québec, qui a trente ans de dévouement à son crédit, peut être considérée comme le prototype (l); nous comptons sur le phtisiologue et sur le médecin praticien.A ce dernier, je rappellerai que son rôle est d’une importance capitale quand il s’agit d’obtenir un diagnostic précoce et de diriger immédiatement vers le dispensaire, le sanatorium ou l’hôpital ceux de ses malades qui offrent des signes cliniques de tuber- (1) Voir, sur la ligue antituberculeuse de Québec, l’article de l’abbé Arthur Maheux dans la livraison de décembre 1938. LE COMITÉ PROVINCIAL DE DÉFENSE 461 culose.Prévenir vaut mieux que guérir, et c’est en prévenant la maladie qu’il atteindra au sublime de sa mission.En plus, le comité a cru sage, suivant l’exemple donné par la ville de Détroit et la province de Saskatchewan, de retenir les services d’un publiciste.Depuis le premier mai, M.Jean-Marie Turgeon, journaliste de vingt ans d’expérience, mieux connu sous le pseudonyme de l’Oncle Gaspard, fait partie de notre secrétariat et, sous une direction médicale, s’occupe de vulgariser des connaissances que, jusqu ici, on avait le tort de considérer comme exclusives au médecin.D’ailleurs, notre campagne d’éducation devrait intensifier le travail des organisations déjà existantes : dispensaires, unités sanitaires, sociétés médicales, ligues.Cette campagne, dont la durée est fixée à trois ans, nous voulons la conduire de façon à inciter toute la population à subir un examen pulmonaire.Des demarches seront faites auprès des capitaines d’industrie, en charge d£ magasin, d usines, etc., pour les convaincre de l’urgence d’une telle mesure.Enfin, 1 une de nos premières initiatives a été de demander au Conseil de l’Instruction Publique de modifier ses règlements de façon à ce qu’aucun membre du corps enseignant de cette province ne puisse être employé par une commission scolaire à moins de fournir un certificat attestant qu’il ne souffre pas de tuberculose.Notre requête a été approuvée unanimement et un projet de loi en ce sens sera soumis à la législature, dès la prochaine session.Voilà une partie du programme du comité provincial de défense contre la tuberculose, celle qui se rapporte uniquement au dépistage.L’hospitalisation n’est pas moins importante, puisque nous convenons tous qu’un malade, pour guérir, doit entrer le plus tôt possible au sanatorium.Du même coup, ce malade cessera de constituer un danger pour son entourage.Ici, se pose une nouvelle question.De combien de lits la province de Québec devrait-elle disposer pour ses tuberculeux ?Un principe reconnu par les phtisiologues veut que la proportion des lits, par rapport aux décès, soit de 2 à 1.Or, n’oublions pas que notre mortalité annuelle par tuberculose est de près de 3,000.Et nous n’avions encore, il y a quelques mois, que 2,000 lits.Rien de surprenant alors si tant de malades — pour une personne décédée, on en compte généralement neuf ou dix qui sont gravement atteintes — 462 LE CANADA FRANÇAIS ne sont pas hospitalisés.Dans la région du Bas Saint-Laurent, 1 an dernier, sur 1,275 cas de tuberculose pulmonaire active (cas dépistés), il n’y en avait que 91 dans les hôpitaux et sanatoriums ; dans la région de Chicoutimi, on avait repéré 327 malades dont 59 seulement ne faisaient pas leur cure à domicile.Les causes de cette situation sont multiples.Certains patients ne veulent pas entendre parler de l’hôpital ; d’autres continuent d’être traités, et c’est leur droit, par leur médecin de famille ; d’autres encore n ont trouvé place dans aucun sanatorium ; surtout, un grand nombre restent chez eux parce qu’ils ne peuvent pas profiter de la loi de l’Assistance publique.Comme notre comité reconnaît la nécessité de l’hospitalisation des tuberculeux, il favorisera donc la construction d’institutions sanatoriales dans les districts qui en ont un réel besoin, ce qui était le cas pour Hull, Roberval et Mont-Joli ; mais il multipliera aussi les instances auprès des autorités provinciales afin que la loi de l’Assistance publique soit amendée dans le sens le plus large lorsqu’il s’agit de combattre la tuberculose.A ce sujet, nous avons été heureux de féliciter le ministre de la Santé et son sous-ministre, qui ont déclaré, au mois de mai dernier, qu’avant longtemps une telle hospitalisation serait absolument gratuite.Le comité provincial ne saurait se désintéresser de l’enfance, sur laquelle pèse une menace particulière.Il faudra que les nouveaux-nés dont les parents sont tuberculeux reçoivent l’immunisation du BCG ; il faudra aussi que les écoliers, tous les écoliers, subissent l’épreuve à la tuberculine et que ceux qui réagiront positivement soient radiographiés ; puis que le dépistage de la source contaminante, dans ces derniers cas, se poursuive au sein de la famille.Nous voulons le maintien et le développement de l’œuvre des colonies de vacances pour que tous les enfants exposés à la contagion directe puissent passer l’été à la campagne et profiter ainsi des immenses avantages de la vie au grand air et au soleil.Ce n’est là d’ailleurs que la mise en pratique d’un conseil que donnait naguère M.le professeur Sergent : « Je suis convaincu », disait-il, « qu’on fera œuvre plus utile en consacrant ses efforts et son argent à la préservation de l’enfance menacée de tuberculose qu’en consacrant ces mêmes efforts et ce même argent à la construction d’innombrables sanatoriums.» LE COMITÉ PROVINCIAL DE DEFENSE 463 L’assainissement des logis et la disparition du taudis, cet allié de la tuberculose, sont partie intégrante du programme du comité provincial.Nous recommanderons aux universités d’intensifier leur enseignement, en ce qui concerne la maladie contre laquelle une offensive générale vient d etre déclenchée.Enseignement à développer à la faculté de médecine ; leçons spéciales à donner dans les autres facultés.Enfin, nous sommes résolus à combattre vigoureusement cette forme de charlatanisme qui prétend que tel médicament est capable de guérir la tuberculose en quelques jours ou quelques mois.Loin de nous la pensée que nous préconisons quelque chose de neuf.La tuberculose, d’autres l’ont combattue avec ardeur et sur le même terrain.Comparons à celles d’aujourd’hui les statistiques d’il y a vingt-cinq ou trente ans.Alors, notre taux de mortalité tuberculeuse était de 150 à 160 par 100,000 et la province n’avait que quelques centaines de lits à mettre à la disposition des malades.Aujourd’hui, le taux de mortalité oscille entre 89 et 93 et nous disposerons avant peu de 3,000 lits.Il y a plus.Nous pouvons compter sur dix dispensaires et près de quarante unités sanitaires.Cette organisation, qui fait notre espoir et notre force, manquait aux médecins qui, les premiers chez nous, ont lancé le cri d’alarme et jeté les bases de ce qui allait devenir, après bien des années, une sorte de ligne Maginot.Je veux rendre ici hommage aux docteurs Dubé, Harwood, Archibald à Montréal, aux docteurs Rousseau, Leclerc, Vallée, Pagé, Lessard, Nadeau à Québec.Et il y en a eu bien d’autres.Leur courage, leur exemple, les résultats qu’ils ont obtenus nous seront un puissant stimulant.Car vous convenez avec moi qu’il reste énormément à accomplir.Le comité provincial de défense contre la tuberculose ne reculera pas devant la tâche, si gigantesque qu’elle soit.Seul, il ne pourrait pas grand chose.Mais déjà il est assuré de la collaboration de toutes les bonnes volontés et son travail ne sera limité que par ses ressources.Comme disait Pasteur : « En fait de bien à répandre et de vérité à faire connaître, le devoir ne cesse que là où le pouvoir manque.» Georges Grégoire, M.D., secrétaire du Comité provincial de défense contre la tuberculose.
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