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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
La question juive en Europe centrale I
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1939-09, Collections de BAnQ.

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LA QUESTION JUIVE EN EUROPE CENTRALE Le Siècle des Lumières a préparé, et la Révolution Française a consacré, le triomphe d’une conception inconnue aux époques antérieures : l’égalité de tous les hommes devant la loi.Des générations se sont consacrées à niveler les différences qui existent entre les peuples et entre les individus.Et comme la nature n’obéit que dans une mesure très restreinte aux injonctions de ses prétendus maîtres, ceux-ci se sont finalement contentés de couvrir d’une couche superficielle ce qui ne correspondait pas à l’axiome égalitaire.Un ouragan est venu dissiper ce camouflage et les anciennes diversités reparaissent telles qu’elles n’avaient jamais cessé de subsister.Les illusions s’en vont et la dure, la cruelle réalité reprend ses droits.I — En Autriche Naissance de l’antisémitisme Il y a cinq lustres, je me trouvais à Vienne dans une société choisie.Mon voisin de table était un monsieur d’un certain âge, courtois, bien mis et qui ne se détachait nullement du cadre dont nous étions entourés.Il parlait l’allemand avec le même accent délicieusement nasillard et mou que les autres commensaux, il embrassait la main des dames avec la même galanterie chevaleresque et il murmurait son nom, lors des présentations, avec la même élégance — qui le rendait incompréhensible —- que le faisait n’importe quel Autrichien des classes supérieures.Cette rencontre fut pour nous le début d’une amitié durable.Après un certain temps, j’appris ce que le nom de mon ami m’avait fait présumer, que le brave homme descendait d’une famille de banquiers juifs fort connus.Cela se racontait sans méchanceté, mais comme l’ambiance viennoise est propice à la taquinerie, j’assistais un jour à une scène assez amusante : LA QUESTION JUIVE EN EUROPE CENTRALE 59 on railla notre ami pour ses sentiments allemands hautement affichés et lui de se fâcher pour de bon.« Qu’est-ce que vous êtes donc ?» le questionna l’un des contradicteurs, très « noir-jaune » vieil-Autrichien par ses convictions, « vous n’êtes pas Allemand ».« Si, je le suis », riposta l’autre, « je parle allemand, j’ai été élevé dans le culte des poètes germaniques, je n’admire que Bismarck et le puissant Reich, son armée qui est la première du monde, son peuple qui est le plus laborieux et le plus entreprenant ».Alors, l’interlocuteur qui exécrait les Prussiens et qui avait juste voulu faire dire à l’israélite germanolâtre que celui-ci était Autrichien et non pas Allemand, eut une inspiration malencontreuse, provoquée par la colère : « Mais vous n’êtes pas Allemand, voyons, vous êtes Juif ! » Ce fut la panique.Tous les assistants regrettèrent le manque de tact de cette riposte et approuvèrent l’offensé qui s’exclama: « Comment, qu’est-ce que ma religion vient faire dans de débat ?Elle importe autant que la couleur rousse de mes cheveux, que ma qualité de membre d’un club de tennis, que le fait pour moi de voter libéral ou de faire mes achats dans tel ou tel magasin ! D’ailleurs, je ne suis pas même Juif de religion.Je suis un homme éclairé, je ne crois pas aux bobards, je ne vais pas à la synagogue, je mange du porc, je n’assiste pas aux concerts de Grunfeld et je fais même de l’alpinisme en costume de Tyrolien.» La dispute aboutit à ces blagues qui, pareilles aux chansons en vieille France, terminaient en Autriche toute discussion épineuse.Mais l’épisode me laissa rêveur.Pourquoi M.X.s’était-il défendu avec tant de véhémence contre le reproche d’appartenir à telle ou telle communauté religieuse, tandis qu’aucun catholique, protestant, mennonite ou musulman n’aurait réagi contre pareille diatribe, même s’il avait été du dernier froid avec son Église P Pourquoi les convives jugèrent-ils sévèrement l’incongruité de l’agresseur, comme s’il avait rappelé à son ennemi une condamnation aux travaux forcés ou les mœurs trop libres d’une mère et d’une sœur ?Plus tard, on me raconta une anecdote qui fit le tour de la capitale danubienne.Un coiffeur philosémite, qui vivait largement de sa clientèle juive, entame une conversation avec un étranger de passage.« Les temps sont difficiles ! » — « C’est la faute aux Juifs.» —- « Comment, vous pensez ça des israélites ! Vous ne les connaissez donc pas.Si 60 LE CANADA FRANÇAIS vous saviez ! J’ai pour clients M.de Poliak, M.de Popper, M.de Bloch, 1’ un plus chic que l’autre, bons, charitables, généreux.)) — « Ne vous échauffez donc pas tant pour les sémites.Il me semble que vous êtes Juif vous-même.» — « Quoi, à moi cette insulte, dans ma propre boutique P C’est le comble du toupet.Allons, oust et que je ne vous revoie jamais.» L’exégèse de l’épisode que j’ai vécu et de l’historiette qui m’a été narrée révèle d’emblée le véritable fond du problème juif en Europe centrale et orientale, même à l’époque de l’assimilation officielle.L’inexistence du séparatisme juif était de pure convention, garantie par la lettre de la loi et par la tyrannie des lieux communs.Au fond de leur âme, les israélites avaient honte de se proclamer tels et les « aryens » les plus philosémites ne voulaient pas être confondus avec les objets de leurs sympathies.C’était pour tranquilliser des consciences qui n’aimaient pas d’émotions inutiles que l’on ajoutait un pieux mensonge à tant d’autres, usuels aux temps de l’Incrédulité victorieuse, de l’hypocrisie érotique et des Ersatz, des faux cols empesés et des fausses gloires artistiques et littéraires : la fiction du peuple élu complètement amalgamé avec les « peuples ».Je dois en revenir à mon ami israélite de Vienne.Celui-ci était sans doute sincère dans ses assertions.Il me répéta tant de fois ses sentiments allemands (qu’il me savait odieux et ridicules), il tâcha de me démontrer par une avalanche d’arguments qu’il était pareil à tous les autres fils de Germania.Mais j’eus rapidement recueilli les preuves du contraire.Là où on ne l’observait point ou bien quand il négligeait de s’observer, le malheureux réagissait de manière fort différente de celle de ses conationaux imaginaires.Cette divergence n’était d’ailleurs pas toujours à son désavantage.Il avait le cœur plus tendre, une sensibilité plus fine, une compréhension plus large des droits d’autrui ; mais le souci de sa petite santé, le profond attachement à sa famille, y compris les cousins des arrière-cousins, son étonnement devant toute passion réellement nationale, l’horreur des élans mystiques propres à la pensée et à l’art allemands, masquée par une ironie déplaisante, enfin un dévergondage qui n’était ni ivresse des sens ni lubie de grand seigneur contrastaient avec le caractère de la nation dont il avait adopté la culture.Enfin, l’homme n’était jamais aussi grotesque qu’aux jours LA QUESTION JUIVE EN EUROPE CENTRALE 61 où il poussait à l’excès le mimétisme volontaire ou involontaire : quand il allait à la chasse, vêtu d’un costume folklorique, ou quand il s’entretenait tout comme les aristocrates ! avec son cocher favori ou lorsqu’il participait à une fête estudiantine, portant le « wichs » de sa corporation, buvant, à contre cœur et à en perdre la tête.Non pas, l’assimilation ne réussissait nullement, pas même en Autriche d’avant-guerre où les mauvaises langues expliquaient les omniprésentes initiales « F.J.I.» (François Joseph 1er) par « Für jüdische Interessen ».Des hommes clairvoyants se sont inquiétés de pareille situation ; ils ont vu venir les choses, un revirement fatal non seulement aux Juifs, mais aussi à ceux qui se sont déshonorés en substituant des persécutions indignes et inhumaines aux anciennes flagorneries envers Messieurs les israélites.Ces hommes clairvoyants et honnêtes ont essayé d’aménager une solution aussi longtemps qu’une discussion du problème était encore possible dans le calme.Deux grandes figures méritent d’être citées sous ce rapport : un Autrichien de vieille souche, le docteur Karl Lueger, Maire de Vienne, et un Juif, Theodor Herzl.Leur formule était presque identique, du moins dans son application.Le fondateur du sionisme voulait redonner aux Juifs leur sentiment national, et par là leur dignité ainsi que leur place bien définie dans le monde.Lueger désirait réduire l’influence prépondérante et malsaine que l’esprit juif exerçait sur une population avec l’humeur de laquelle il était absolument incompatible.La sincérité caractérisait le mouvement fondé par Herzl et l’antisémitisme aucunement brutal du Bürgermeister de la Capitale autrichienne.Pour l’un et pour l’autre, il s’agissait d’opérer une séparation à l’amiable et non pas de déchaîner une lutte sans merci.Pour l’un et pour l’autre, la solution du problème juif admettait le respect des cas individuels, des convictions sincères, des faits isolés qui contredisaient une loi statistique et non absolue, naturelle.Lueger avait coutume de dire, avec sa bonhomie habituelle : « Lassts mir meine Juden in Ruh » (fichez la paix à mes Juifs) ; il condamnait la violence et la cruauté et il répondit un jour à un « pur » qui lui reprochait de fréquenter et d’apprécier tel israélite : « celui-là n’est pas Juif ».
de

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