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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
Les trois blessures de Montcalm I
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Références

Le Canada-français /, 1940-02, Collections de BAnQ.

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LES TROIS BLESSURES DE MONTCALM De bonne heure le matin du 13 septembre 1759, les troupes anglaises surprirent le poste de Vergor à l’Anse du Foulon et le dispersèrent.1 Elles gagnèrent ensuite les Plaines d’Abraham et s’y rangèrent en ordre de bataille.Les Français vinrent bientôt leur faire vis-à-vis.Vers dix heures, Montcalm, qui était à la tête de ses troupes, leva son épée ; c’était le signal du combat.Les Français se portèrent à l’attaque.Mais, quelques minutes plus tard, ils étaient repoussés, pendant que Montcalm recevait trois blessures.Ces blessures étaient, toutes les trois, par armes à feu et l’une d’elle était mortelle.Le général français fut aussitôt ramené dans Québec où il expirait dix-neuf heures plus tard.Quelles blessures reçut Montcalm et de quelle nature étaient-elles ?Nous voulons essayer de répondre à ces deux questions.Si nous y parvenons, il sera peut-être possible d’établir, par déduction, comment mourut cet homme infortuné.2 1.Vergor, cet inepte bègue, fut blessé au talon dans cet engagement.(Mémoires de M.le Chev.de Johnstone, 133).C’est une manière bien ridicule pour un soldat d’être blessé.Il n’est pas nécessaire cependant de tourner le dos à ses ennemis pour recevoir une blessure dans les talons.Citons, par exemple, le cas de Michael O’Sullivan, qui devait devenir, quelques années plus tard, juge en chef du Bas-Canada.En 1819, à Montréal, au cours d’un duel avec le docteur William Caldwell, il reçut une balle dans les deux talons.Il en reçut aussi, dans le corps, une troisième qui mit, celle-là, vingt ans à le tuer.(Aegidius Fauteux, Le duel au Canada, 98-102).Johnstone est le seul qui parle d’une blessure au talon qu’aurait reçue Vergor.Dans une relation anonyme du siège de Québec, ii est dit que « M.de Vergor Capitaine de la Colonie qui commandoit celui [le détachement] du foulon fut le premier blessé dangereusement envellopé et pris ».(Relation du siège de Québec, dans Doughty et Parmelee, The Siege of Quebec and the Battle of the Plains of Abraham, V, 322).2.Louis-Joseph, marquis de Montcalm, naquit le 28 février 1712.Il avait donc quarante-quatre ans quand il vint au Canada, en 1756.Il avait été blessé plusieurs fois au cours de ses campagnes en Europe.A la bataille de Plaisance, par exemple, il reçut cinq coups de sabre à la tête et à l’épaule.Voici le certificat du chirurgien qui le soigna : « M.de Montcalm a un grand coup par accopée qui offense la première table et qui est à l’os coronal, un second par diacopée, qui est à l’os occipital offensant les deux tables, allant jusqu’à la dure-mère, un troisième à l’omo- 556 LE CANADA FRANÇAIS Il semble que la meilleure manière d’aborder ce problème médico-historique soit de procéder comme on le fait en médecine légale.Le médecin, en face d’une blessure, ne s’inquiète que de la blessure qu’il a à panser et de la manière qu’il faut la panser.Le médecin-légiste, lui, recherche avec soin les circonstances qui ont précédé, accompagné et suivi la réception de cette blessure.C’est donc en nous plaçant à ce point de vue que nous étudierons les blessures de Montcalm.Et ce travail sera tout simplement une manière d’expertise, faite à rebours si l’on veut, de blessures par armes à feu.Il y a plusieurs facteurs importants à considérer dans l’étude des plaies par armes à feu.Il y a d’abord l’arme et le projectile.Puis, il y a la distance à laquelle le coup a été tiré.Cette distance est utile à connaître, pour les blessures de guerre comme pour celles qui ressortissent à la médecine légale.Viennent ensuite les blessures elles-mêmes.Il faut en fixer et l’endroit et le nombre et en décrire la nature.Surtout faut-il rechercher l’orifice d’entrée du projectile et son orifice de sortie.Ce point est d’un intérêt capital.Car, si les deux bouches d’entrée et de sortie sont connues, il est facile de calculer le trajet probable du projectile.On arrive ensuite à estimer, par ce trajet, le caractère et l’étendue des lésions qu’ont subies les organes.* 1 L’arme et le projectile Les blessures que reçut Montcalm furent causées par des armes longues.L’arme qu’on employait à cette époque était le fusil.Le fusil se chargeait par la gueule du canon et on le faisait partir au moyen d’une pierre à feu.Il s’agissait de mettre le feu à la poudre d’amorce qui, à son tour, allumait la charge.Le fusil d’alors n’était pas encore l’arme fiable et sûre qu’il deviendra plus tard ; et les coups plate entre le cranion et l’os de l’humérus.» (Thomas Chapais, Le marquis de Montcalm, 21).Voir aussi le comte de Maurès de Malartic, Journal des campagnes au Canada de 1755 à 1760, 54 et Aegidius Fauteux, Montcalm, dans The Canadian Historical Association, Annual Report, 1924, 35.1.On peut consulter sur les blessures par armes à feu un article,— qui n’est pas récent sans doute mais qui n’a rien perdu de sa valeur, —¦ du docteur Alfred-Toussaint Brosseau, Leçon clinique sur les blessures par armes à feu dans l'Union médicale du Canada, îll (1874), 290.Aussi, l’ouvrage du docteur Wilfrid Dérome, Précis de médecine légale (Montréal, 1920).Le docteur Dérome était à préparer une deuxième édition de son livre quand la mort vint le surprendre en 1932. LES TROIS BLESSURES DE MONTCALM 557 ratés étaient fréquents.Ils étaient fréquents quand il faisait beau temps ; ils l’étaient encore plus les jours de pluie.Car, si la pierre à feu ou la poudre d’amorce était mouillée, le coup ne partait pas.Et à ce sujet disons que, le 13 septembre 1759, le beau temps aida à la défaite des Français.Au moment du combat, en effet, il faisait grand soleil, bien qu’il eut plu de bonne heure le matin.1 Les armes anglaises ne différaient pas essentiellement des armes françaises.D’ailleurs, on se battait souvent avec les armes de ses adversaires.Car les munitions de guerre qu’on enlevait à l’ennemi étaient ensuite utilisées contre lui.A la prise de Chouaguen, par exemple, les Sauvages et les miliciens canadiens s’emparèrent de 1070 fusils qui se trouvaient dans le fort.2 Ces miliciens firent le coup de feu contre les Anglais avec ces mêmes fusils, le 13 septembre 1759.La quantité de poudre nécessaire pour un coup était mesurée à l’avance et mise en sac.Ces petits sacs, une fois remplis, s’appelaient des cartouches.Ils étaient faits de papier ou de parchemin.Pour charger son fusil, le soldat mordait la cartouche avec ses dents et en versait le contenu dans le canon.Après y avoir mis une balle, il y introduisait le sac vide qui se trouvait ainsi à servir de bourre.Puis, il amorçait.Ces diverses opérations prenaient du temps.Ainsi, à la bataille des Plaines d’Abraham, les soldats anglais, après le premier tir, purent faire vingt pas pendant qu’ils rechargeaient leurs fusils.3 Les balles étaient sphériques et d’un volume énorme.Elles étaient surtout de plomb ; quelquefois, de fer.De quel calibre étaient-elles ?Les Français, pendant la Guerre 1.Ivanhoë Caron, La bataille des Plaines d’Abraham dans le Canada français, VI (1921), 205.« Weather showery, about six o’clock the enemy made their appearance between us and the town.» (John Knox, An Historical Journal of the Campaigns in North America, II, 96).On nous dira que le soleil luisait pour les Français comme pour les Anglais.C’est vrai ; mais le tir des Français fut tellement mal dirigé et mal nourri qu’il n’eut pas produit pire effet, même si la poudre des fusils avait été toute mouillée.2.Le journal de Montcalm dans la Collection des manuscrits du maréchal de Lévis, 102.3.Les Métis français de l’Ouest maniaient le fusil avec une adresse incroyable.Mgr Taché raconte quelque part en avoir vu à cheval, les rênes d’une main et le fouet de l’autre, tirer sept coups de fusil à bourre par minute, pendant que le cheval était à la course.F,t leurs fusils n’étaient guère plus perfectionnés que ceux qu’on employait en 1759.(Le Rév.Père P.Dtjchaussois, Aux glaces polaires, 140). 558 LE CANADA FRANÇAIS de Sept Ans, se servirent de balles qui pesaient sept drachmes.C’étaient des balles de dix-huit à la livre et leur diamètre atteignait jusqu’à trois-quarts de pouce.1 Quant aux balles anglaises, elles aussi étaient de trois-quarts de pouce.Est-il nécessaire d’insister sur les dégâts tissulaires que ces balles, véritables bolides, laissaient derrière elles ?On se plaint que la balle moderne, avec sa forme allongée, son petit calibre et sa gaine de cuivre ou d’acier, ne tue pas.C’est une chose dont on n’a jamais accusé le projectile des fusils à bourre.Et si l’une peut quelquefois, comme on a dit paradoxalement, passer inaperçue à travers les organes ; l’autre a toujours laissé derrière lui un large sillon qui ne se refermait plus.Et que dire maintenant des blessures que causaient ces projectiles quand ils s’aplatissaient ou se brisaient en morceaux sur les os du squelette ?Et malgré cela, il semble que cet instrument ne fût pas assez meurtrier et qu’on ait essayé de se détruire par des moyens illicites.On s’accusa réciproquement, en tous cas, de manquer au droit des gens.Les Français reprochèrent aux Anglais de tirer avec des balles mâchées.Ceux-ci prétendirent que leurs adversaires se servaient de projectiles de fer et plomb (« slugs of lead and iron »).2 Quelle était la portée des fusils ?Voilà une question à laquelle il est difficile de répondre avec précision.Car la portée d’un fusil varie suivant la qualité et la quantité de 1.Extraits des archives des ministères de la marine et de la guerre à Paris, I, 137, 174.Les Français se servaient aussi, probablement pour la mitraille, de balles de vingt-huit et trente à la livre.En Europe, on tirait même, à cette époque, des balles de dix à la livre ; c’est-à-dire, des balles de treize drachmes.Pendant les guerres napoléoniennes, le poids des balles resta à peu près de six et sept drachmes.En 1875, on extrayait de la main d’un vétéran anglais une balle de plomb de six drachmes cinq grains.Ce vieux soldat de 83 ans avait reçu ce projectile à la bataille de Waterloo.{UUnion médicale du Canada, IV (1875), 144).On peut voir dans l’ouvrage de A.E.Wolfe-Aylward, The Pictorial Life of Wolfe, la photographie de la balle qui est supposée avoir tué le général Wolfe.Elle a un pouce un quart de diamètre.C’est un raisin et non une balle de fusil.Est-ce bien cependant le projectile qui a tué Wolfe?Nous en doutons fort.Voir Doughty et Parmelee, Op.cit., III, 232 (hors-texte), 161 (note).2.Le journal de Montcalm, 154 et Knox, Op.cit., II, 78.La balle, en entrant dans le corps, entraînait souvent des morceaux de linge ou d’habit avec elle ; ce qui aggravait le caractère de la blessure.On a dit que c’était pour parer à cette complication des blessures par armes à feu que les Sauvages allaient nus à la guerre.« Presque toujours à la guerre ils se peignent en noir et sont exactement tout nus, même sans brayet, disant que s’il rentre quelque morceau de vêtement dans le corps, le mal qui en résulte est plus grand que s’ils reçoivent une balle [seule].» (Jean-Baptiste d’ALEYRAC.Aventures militaires au XVIIle siècle, 38.) LES TROIS BLESSURES DE MONTCALM 559 la poudre.Elle varie aussi suivant la nature et la grosseur du projectile.Il faut, en outre, distinguer entre la portée absolue et la portée utile.Pour une balle de plomb de trois-quarts de pouce, la portée absolue était de mille pieds et plus.La portée utile, celle qui permettait de mettre un adversaire hors de combat, était d’environ sept-cent cinquante pieds.1 Le matin du 13 septembre, Wolfe ordonna de mettre deux balles dans les fusils.2 On ne mit certainement pas charge double de poudre avec ces deux balles ; car autrement, les culasses auraient éclaté.La portée des balles anglaises se trouva diminuée.Mais Wolfe avait décidé de laisser approcher les Français tout près de lui, avant de leur donner la réplique.Aussi, ce que le tir de ses fusils perdit en longueur le gagna-t-il en étendue.Il est possible, comme nous le verrons plus loin, que Montcalm ait été blessé par la mitraille.Nous dirons donc quelques mots de ce genre de projectile.Quand on voulait tirer sur l’ennemi au moyen du canon, on le chargeait à mitraille ; c’est-à-dire, qu’au lieu d’y mettre un boulet, on y mettait un sac rempli d’un certain nombre de projectiles de petit calibre.Ce sac s’appelait gargousse.On chargeait les gargousses de balles de plomb ou de fer, quelquefois, de cailloux.On allait même jusqu’à les remplir de vieux fer rouillé qu’on avait au préalable brisé en morceaux.Nous n’insisterons pas sur l’effet meurtrier de la mitraille.Elle pouvait faucher un régiment tout entier.Est-ce bien une balle anglaise qui a tué Montcalm ?Il faut poser cette question, car on a prétendu qu’il avait été tué par un déserteur français.On lit, en effet, dans la version anglaise des Mémoires de Johnstone : « It was reported in Canada, that the ball which killed that great, good and honest man, was not fired by an English musket.But I never credited this.» 3 Et nous non plus.D’ailleurs, cette histoire de déserteur n’est pas neuve.C’est le même Johnstone qui avait raconté quelque chose d’à peu près semblable à propos de Dieskau.D’après lui, le baron 1.Doughty et Parmei.ee, Cp.cit., II, 157.Voir aussi Clifford Wilson, Paquets de poudre dans le Recueil, I (juillet 1938), 45.2.Knox, Op.cit., II, 71.3.A Dialogue in Hades, dans Manuscripts Relating to the Early History of Canada .45. 560 LE CANADA FRANÇAIS aurait été blessé par un déserteur canadien.1 Bien plus, Wolfe lui -même aurait été tué par un de ses propres soldats.En effet, le London Chronicle publiait le passage suivant dans son numéro du 16-19 août 1788 : « It is a circumstance not generally known, but believed by the army which served under General Wolfe, that this death-wound was not received by the common chance of war, but given by a deserter from his own regiment.» 2 D’autres enfin ont supposé que Montcalm avait été blessé à mort par une balle perdue.Une balle perdue peut tout aussi bien avoir été une balle française qu’une balle anglaise.Supposition gratuite ! La distance A quelle distance Montcalm se trouvait-il des fusils anglais quand il fut blessé ?Cette question comporte deux réponses.Car Montcalm reçut ses blessures à deux temps différents de la bataille : à l’attaque et à la retraite.C’est d’ailleurs tout ce qu’a été cette bataille ; une attaque suivie d’une retraite précipitée.Montcalm fut d’abord blessé au moment de l’attaque.La distance à laquelle les troupes françaises allaient être abattues avait été fixée avant la bataille.Les Anglais tireront quand les Français seront à quarante verges d’eux et pas avant.Tel était l’ordre qu’avait donné Wolfe.« General Wolfe had given positive Orders, not to fire a shot until the Enemy should be within Forty yards of the point of our Bayonets ; and which orders were as punctually obeyed, as they were positively given.» 3 Montcalm s’avance avec ses soldats.A quarante verges des ennemis, un éclair part en face de lui.Les Anglais venaient de tirer.Us avaient tiré comme un seul homme et comme un canon.Les Français s’arrêtent.Ceux des premiers rangs tombent ; tandis que les autres hésitent.Les rangs se brisent.Montcalm s’élance vers la droite qui commence à flancher.Un nuage épais de fumée âcre fait 1.Dialogue entre le maréchal de Saxe et le baron de Dieskau aux Champs-Elysées, cité dans le Bull.rech.hist., XXVIII (1921), 54.2.Doughty et Parmelee, Op.cit., VI, 147.3.Memoirs of the Siege of Quebec ¦ ¦ ¦ by John Johnson, dans Doughty et Parmelee, Op.cit., V, 104.Voir aussi A Journal of the Siege of Quebec, ibidem, IV, 269.Ce Journal est de Townshend. LES TROIS BLESSURES DE MONTCALM 561 un camouflet aux deux armées ; ce qui empêche les Anglais de voir qu’ils sont déjà vainqueurs.Ils avancent cependant à tout hasard en rechargeant leurs fusils.Ils font vingt pas.La fumée s’est maintenant dissipée et ils voient mieux devant eux.Ils tirent une seconde fois ; puis ils sautent par-dessus les morts et s’élancent sur les fuyards.Car les Français sont en fuite._ Ils fuient parce que le feu des Anglais est irrésistible et que Montcalm est blessé.Montcalm, en effet, vient d’être frappé.Voici ce qu’écrit de Foligné : « Mr de Montcalm se trouvant blessé, notre troupe crut tout perdu, elle abandonna aussitôt le champ de bataille aux ennemis.» * 1 Joseph Trahan, qui servait dans la milice ce jour-là, racontait plus tard : « Quand il [Montcalm] fut blessé, le bruit se répandit qu’il avait été tué ; une panique s’en suivit et nos soldats reculèrent.» 2 C’est au premier tir des Anglais, alors que ces derniers étaient à quarante verges, ou bien au deuxième tir, après qu’ils eurent fait vingt pas en avant, que Montcalm fut blessé.Combien de blessures reçut-il à ce moment-là?Deux.Après avoir été blessé à la tête des troupes, Montcalm le fut encore à la retraite.Voici ce que le chevalier Pierre-André de Montreuil écrit à Lévis, deux jours après la bataille : « [Les troupes] tirèrent malheureusement.L’enne- mi ne s’ébranla point et fit un feu très vif de mousqueterie et de canon à cartouche, auquel elles ne purent résister.Le désordre s’y mit au point qu’on ne put pas le remettre.M.le marquis de Montcalm fut blesse a la retraite et mourut hier à Québec.» 3 John Knox, qui est généralement digne de foi, dit aussi que Montcalm fut blesse à la retraite.Il l’a appris de quelques déserteurs français qui passèrent aux Anglais dans la soirée du 13.4 Mais à quel endroit se trouvait Montcalm quand il fut blessé mortellement ?A notre connaissance, Bigot est le 1.Journal mêmoratif.dans Doughty et Parmelee, Op.cil., IV, 205.De Ramezay, qui commandait à Québec, écrit que « dès la première décharge notre armée fut mise en déroute ».(Mémoire du Sieur de Ra- mezay ., deuxième partie, 8.) 2.James-Macpherson Le Moine, Le régiment des montagnards écossais ., dans la Revue canadienne, IV (1867), 856.Pour la version anglaise, voir le même auteur, Maple Leaves (new series, 1873), 141-158.1.Lettres de divers particuliers .» dans la Collection des manuscrits du maréchal de Lévis, 116.2.Knox, Op.cit., II, 72. 562 LE CANADA FRANÇAIS seul qui nous donne quelques précisions à ce sujet.Le 15 octobre 1759, il écrit au maréchal de Belle-Isle, ministre de la guerre, pour lui apprendre la bataille et la capitulation qui l’a suivie.Sa lettre est un rapport officiel.« [M.de Montcalml etoit prêt d entrer en ville par la porte Saint-Louis », dit-il, quand il reçut une blessure mortelle.1 Premier point donc : Montcalm était près de passer la porte Saint-Louis.Mais à quelle distance se trouvait-il des fusils anglais ?Posons une autre question.Jusqu’à quelle distance les Anglais s’approchèrent-ils de la porte Saint-Louis, ou des remparts si 1 on veut ?Ils ne s’avancèrent qu’à une portée de fusil ; — nous entendons une portée utile de fusil.Ils ne purent avancer au delà.Car enfin la ville était défendue par une garnison.Cette garnison n’était pas en fuite.Elle était prête, au contraire, à faire le coup de feu sur les assaillants.On lit bien, il est vrai, dans quelques mémoires que les Anglais vinrent jusque sous les murs de la ville ; vinrent si près, même, qu’ils auraient pu entrer dans la ville.Ces expressions cependant ne sont que des exagérations.En réalité, l’avance extrême des Anglais fut, comme nous 1 avons dit, a une portée de fusils des murs.Voici ce qu’écrit le brigadier-général Townshend : et remplacé par son second, de Senezergues (Mémoires sur le Canada, 166).Montcalm fut, sans aucun doute, blessé sérieusement ; mais, il avait encore assez de force pour se tenir seul à cheval et surveiller la retraite, jusqu’au moment où une troisième balle vint le frapper aux reins.4.Dussjeux, Op.cit-, 402. LES TROIS BLESSURES DE MONTCALM 567 dans les reins.Une blessure dans les reins pourrait aussi bien vouloir dire une blessure reçue par une balle qui sort des reins que par une balle qui y entre.Pouchot parle aussi des reins ; mais il est moins explicite.Il ne parle que d’une blessure dans les reins.Il faut se rappeler cependant qu’il ne le sait que par ouï-dire.Il était loin de Québec quand la bataille du 13 fut livrée et il ne rédigea ses mémoires que plusieurs années après son retour en France.Bigot, au contraire, écrivait un mois après la bataille.Voici le texte de Pouchot que nous citons dans la traduction anglaise : « They [les Canadiens] quitted their ranks and fled.The soldiers in the rear also disbanded.M.de Montcalm who was on horseback, dashed off to stop and rally them, when he received a gunshot wound in his loins.»* La balle est entrée par les reins.Quel trajet suit-elle ensuite ?Elle traverse l’abdomen et vient sortir par le bas-ventre.Écoutons Johnstone, qui est un bon témoin, comme dit M.l’abbé Georges Robitaille : « M.de Montcalm, en voulant rallier nos Troupes dans la Déroute, reçût un Coup de Fusil qui lui traversa le bas Ventre.)) 1 2 Considérons attentivement ce passage de Johnstone.Il nous renseigne à la fois sur le trajet de la balle et sur sa bouche de sortie.Johnstone ne dit pas que Montcalm reçut un coup de fusil dans le bas-ventre ; ce qui signifierait que le coup est entré par le bas-ventre.Il dit simplement que le coup traversa cette partie du corps.Montcalm, qui est à cheval et tourne le dos à l’ennemi, reçoit donc dans les reins un coup de feu qui vient lui sortir par le bas-ventre.Il n’y a aucune contradiction entre ce que dit Bigot et ce que dit Johnstone.Au contraire, leurs récits sont complémentaires.Us parlent tous les deux de la même blessure.Bigot songe à l’orifice d’entrée, Johnstone, à l’orifice de sortie d’une seule et même blessure causée par un seul et même projectile.3 D’ailleurs Bigot tient ses renseignements de Johnstone lui-même.Le 15 septembre, au lendemain de la mort de 1.Pierre Pouchot, Memoir upon the Late War in North America .I, 217.Il nous a malheureusement été impossible de consulter l’édition originale des mémoires de Pouchot.Nous sommes donc obligé de nous fier au traducteur.2.Op.cit., 146.3.Ce qui est important c’est que les reins et le bas-ventre soient les deux pôles d’une blessure unique à travers l’abdomen.Même si on parvenait à démontrer que la balle est entrée par le bas-ventre pour aller sortir par les reins, l’armature de notre argumentation n’en serait aucunement secouée, ni le diagnostic que nous allons poser, modifié. 568 LE CANADA FRANÇAIS Montcajm, il écrit de la Pointe-aux-Trembles au chevalier de Lévis : « M.de Montcalm mourut hier matin à ce que m’a assuré hier au soir M.Johnstone qui vouloit aller au-devant de vous.» 1 Johnstone, il est vrai, n’a pas revu Montcalm après la bataille.On peut être sûr cependant qu’il se fit raconter, par ceux qui avaient assisté à l’agonie et à la mort, les dernières heures d’un homme qui était à la fois son maître et son ami.De fait, la version anglaise des mémoires du chevalier écossais porte la note suivante : « Àrnoux gave me this account of his [= Montcalm’s] last moments.» 2 Nous avons donc la filiation suivante : Bigot tient ses renseignements de Johnstone, qui, lui, les tient d’Arnoux.Et Arnoux venait d’assister Montcalm sur son lit de mort.Mais la balle qui entra par les reins est-elle bien la balle qui sortit par le bas-ventre ?En d’autres mots, la blessure des reins et celle du bas-ventre ne pourraient-elles pas être deux blessures distinctes et différentes causées par deux coups de feu distincts et différents ?Pour enlever tout doute à ce sujet, nous allons citer un auteur qui va nous dire que Montcalm fut transpercé de part en part par un coup de feu au niveau du bas-ventre : « Le marquis de Mont- calm fut conduit à la ville, où il mourut le lendemain.Il avoit reçu deux coups de feu, dont l’un le perçoit de part en part au bas-ventre.Son cheval avoit été blessé de trois coups.» 3 1.Lettres de l’intendant Bigot au chevalier de Lévis, dans la Collection des 1manuscrits du maréchal de Lévis, 60.Bigot, dont le nom fut maudit tant de fois par nos pères, était un tout petit homme bas sur pattes.De santé délicate, il avait en plus la figure laide et couverte d’acné.Malgré cela, il fut un fameux tombeur de femmes.(Joseph-Edmond Roy, Rapport sur les archives de France, 887 et Franquet, Voyages et mémoires sur le Canada, 147).Le marquis de Vaudreuil écrivait, en 1755, que l’intendant n’avait pas eu huit jours de bonne santé depuis son arrivée dans la colonie.{Extraits des archives ., I, 70).Montcalm dit que Bigot était en excellente santé, au printemps de 1756.(Doughty, Rapport sur les archives publiques pour l’année 1929, 43).La santé de Bigot ne s’améliora certainement pas pendant le séjour qu’il fit à la Bastille.Affligé d’un cautère, il était en plus menacé de paralysie.(Aegidius Fauteux, Les Canadiens à la Bastille, dans la Presse, 31 mars 1928).Est-ce que les remords de conscience lui auraient fait monter sa tension artérielle ?2.A Dialogue in Hades, dans Manuscripts Relating to the Early History of Canada ., 45.Cette note ne se trouve pas dans la version française des mémoires telle que publiée en 1915.3.Campagne de 1759, relation anonyme dans Relations et journaux, Loc.cit., 45.On lit dans Letters of a Volunteer (Doughty et Parmelee, Op.cit., V, 24) : « The French General, the celebrated marquis de Montcalm, could not survive so fatal a field.— He was carried off early with a shot through his body.» On remarquera que l’auteur dit : « with a shot through his body » et non ;
de

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