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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
Henri d'Arles: III
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1943-03, Collections de BAnQ.

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Henri d*Arles VI Le jugement des contemporains Le jugement des contemporains sur l’oeuvre d’Henri d’Arles est varié, on le conçoit.Il peut se diviser en deux catégories: celui des journaux, celui des critiques.Quand on parcourt les recueils de coupures de journaux ayant trait à Henri d’Arles on y trouve toute la gamme des appréciations les plus laudatives, en descendant jusqu’aux senteurs du vinaigre et aux brûlures du vitriol.Passons.Arrêtons-nous plutôt à l’appréciation des critiques littéraires et parmi ces derniers à Mgr Camille Roy, au Père Lamarche, à Séraphin Marion et à Charles ab der Halden.Pour Mgr Camille Roy, Henri d’Arles est « un artiste très spécial » qui « a excellé dans l’écriture aristocratique 1 », tandis qu’aux yeux du Père M.-A.Lamarche, il est «un paysagiste impénitent, bientôt doublé d’un amateur d’histoire et de critique2 ».Séraphin Marion classe Henri d’Arles parmi les impressionnistes, dans une étude sur « Horizons 3 » lequel est de tous les ouvrages de l’auteur probablement le plus indigent.Henri d’Arles serait donc aux lettres canadiennes ce que Claude Monet est à la peinture.Enfin, Charles ab der Halden déclare que « rien de banal ne peut venir de lui.Nous n’avions pas encore trouvé en Canada, dit-il, de styliste de son école 4 ».Revenons un instant sur ces divers jugements.Non seulement Henri d’Arles « a excellé dans l’écriture aristocratique » reprendrons-nous avec Mgr Camille Roy, mais il est même allé trop loin dans ce genre.On connaît l’axiome anglais « too much of a good thing .» Mme * Voir le Canada français de janvier et février.1.Histoire de la litt.can.édition de 1930.2.La revue dominicaine.3.Nos Ecrivains, p.69.4.Nouvelles Études de litt.can .-française, p.223 Le Canada Français, Québec, HENRI D’ARLES 487 Huguenin, qui signait du pseudonyme « Madeleine » lui en faisait un jour aimablement reproche.Parlant du style d’Henri d’Arles, elle disait: « Il est trop bien .Je préférerais parfois une phrase plus élastique, plus simple, plus coulante, vous savez de ces phrases qui vont, sont limpides et insoucieuses, respectent les lois du dictionnaire et de la grammaire, mais tout bonnement sans paraître faire exprès » 1 Mis en regard des trois gros tomes d’« Acadie », le qualificatif « amateur » employé par le P.Lamarche pour désigner Henri d’Arles historien n’est guère à la hauteur.On a aussi reproché aux impressionnistes, parmi lesquels Séraphin Marion classe Henri d’Arles, d’avoir délaissé le style de Bossuet, de Chateaubriand pour employer « des phrases courtes et inorganiques qui se heurtent, s’entrechoquent, se culbutent .Or, Henri d’Arles a une véritable prédilection pour ce style haché, vif et direct dont les phrases disloquées comportent, entre autres avantages, la dispense d’une connaissance rigoureuse d’analyse logique et de syntaxe .» Cela reviendrait à dire que la femme d’aujourd’hui a eu tort de délaisser les crinolines de nos arrière-grand’mères pour revêtir la jupe courte à la mode, et nous, les hommes, aurions dû garder les pantalons collants à sous-pieds ainsi que les jabots de dentelle plutôt que d’adopter le pantalon actuel et la chemise échancrée au col.Nul ne contestera la beauté et la majesté de la période de Bossuet; mais on serait bien en peine de nommer un écrivain moderne de quelque valeur qui ait conservé cette forme d’écriture.Les cathédrales du moyen âge sont certes de pures merveilles.Mais il ne s’en bâtit plus de pareilles.Et pourtant, qui niera que celles érigées de nos jours n’ont pas leur charme et leur beauté ?On ne saurait donc reprocher à Henri d’Arles son style à phrases courtes, si l’on songe que c’est celui de Louis Veuillot, dont Jules Lemaître disait qu’il avait toujours pour lui le Pape et la grammaire.C’est aussi le style d’Anatole France.Tout au plus peut-on reprocher 1.La Patrie, fév.1903.vol.XXX, n° 7, mars 1943. 488 LE CANADA FRANÇAIS à Henri d’Arles son affection pour des vocables qui reviennent trop souvent.C’est ainsi que le mot « flou » coule à toutes minutes de sa plume.Ailleurs, c’est le mot « essence ».Il y a ainsi, à certaines époques, des mots, des expressions à la mode.Par exemple, depuis la guerre, il n’est pas un orateur ou un écrivain qui oublie de nous parler de « la dignité de la personne humaine » et des « valeurs spirituelles ».En somme, la critique aura été favorable à Henri d’Arles.Mais il en est trop peu qui ont parlé de lui.Une production littéraire qui s’échelonne sur une période de vingt-sept ans, au rythme de presque un volume par année, représente dans la littérature française de ce continent, de production plutôt modeste, un apport qu’on ne saurait ignorer plus longtemps.VII Son dernier ouvrage Henri d’Arles est mort à Rome le 9 juillet 1930.Parmi ses papiers, l’on a trouvé le manuscrit d’un ouvrage que devait publier à Bruges (Belgique), la maison Desclée, De Brouwer & Cie.Le manuscrit a été relié sous toile cartonnée couleur orange.Il est intitulé: Intailles.Au mot intaille le dictionnaire donne la définition: pierre dure gravée en creux.Le titre est bien dans la note d’Henri d’Arles qui, pour plusieurs de ses ouvrages, a emprunté à la peinture, la sculpture, la musique les noms dont il les a baptisés.C’est ainsi que Intailles fait pendant à Eaux-Fortes et Tailles douces, Arabesques, Estampes, Pastels, Laudes, etc.On voit par là combien, jusqu’à la fin de sa vie, Henri d’Arles a été épris d’art.Intailles toutefois ne définit pas très bien le contenu du volume.C’est « Fragments » qu’il aurait fallu mettre.Car ce sont bien des fragments en effet que cette entrevue avec Paul Claudel, ces appréciations d’oeuvres littéraires comme celles de Robert Choquette, de Rosaire Dion, d’Alice Lemieux, d’Armand Yon, ces jugements sur des oeuvres d’importation Le Canada Français, Québec, HENRI d’aRLES 489 européenne, ce portrait de Mgr Paul-Eugène Roy, orateur, ces croquis acadiens rapportés des Iles de la Madeleine, ces pages de journal intime, enfin ce Petit Traité de l’Église qui termine l’ouvrage.Une intaille dans une pierre suppose un dessin quelconque, une fleur, une tête, un objet, voire une simple rainure, quelque chose enfin qui donne une idée d’unité.Intailles ne remplit pas cette condition.Ce sont des sujets disparates qui ne se rattachent à aucun plan et n’ont entre eux aucun lien.Mais si l’on examine la partie au lieu de l’ensemble, on s’aperçoit que chaque pièce représente en soi un beau dessin à la manière de Henri d’Arles.L’on peut rappeler ici le conseil d’un maître-sculpteur à ses élèves: faites en sorte que si l’on devait détruire le moindre de vos ouvrages, devant un seul fragment retrouvé l’on puisse dire que c’est beau.C’est en avril 1927 qu’Henri d’Arles fit la connaissance de Paul Claudel, alors ambassadeur de France aux États-Unis.Ce n’était pas le diplomate qu’il désirait voir, mais le poète.Suivant sa propre expression, il en garda « quelque éblouissement ».Il estimait que les courts instants passés dans l’intimité de l’auteur de L’Annonce faite à Marie faisaient époque dans sa vie.Aussi, voulut-il résumer ses impressions dans des pages où il rapporte la substance de la conversation.Il interrogea Paul Claudel sur sa conversion.—Cher Maître, dit-il, j’ai souvent lu le récit de votre conversion soudaine, ce jour de Noel, à Notre-Dame.Permettez-moi de vous le demander, n’est-ce pas une illumination que vous avez reçue alors ?M.Claudel se recueille un instant, comme pour une prière, écrit Henri d’Arles.Ses yeux se ferment à demi.Sa physionomie, extrêmement mobile, prend une telle expression de ferveur: —Une illumination ! Oui, oui, une illumination ! J’entendrai toujours le ton sur lequel ces mots furent prononcés.Toujours je verrai ce visage comme tourné vers le dedans, loin de nos contingences, contemplant les réalités suprêmes.Ce qui vient d’être évoqué c’est un moment proprement divin.vol.XXX, n° 7, mars 1943. 490 LE CANADA FRANÇAIS —Que voulez-vous, dit le poète.J’étais très lancé, je croyais à la science, à l’humanité, au progrès, à toutes les fausses divinités de mon siècle.Où serais-je allé avec tout cela ?Une voix m’a arrêté dans ma course éperdue.J’ai trouvé la lumière.Minute adorable qui a décidé de toute ma vie.Et la conversation se continua entre le poète et Henri d’Arles touchant le sort infortuné de Camille Claudel, l’oeuvre de Charles Maurras dont Claudel qualifie la poésie de vers de mirliton, saint Thomas d’Aquin que le poète avoue être la grande ressource de ma pensée, etc.Et Henri d’Arles de conclure: « Ainsi finit ma visite à l’un des plus grands poètes qui aient jamais paru.On l’appelle le Pindare de notre siècle.Son nom reste attaché à un rythme nouveau, le rythme, le verset claudélien.dans la littérature de notre temps, c’est lui qui occupe la place la plus considérable.Il y a créé ce que les critiques nomment un
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