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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
La morale chinoise
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1943-10, Collections de BAnQ.

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La morale chinoise Le moment semble venu de constater par une étude positive et historique la conviction inébranlable de tous les Chinois dans le succès final de leur résistance contre l’envahisseur.D’abord tous, nous savons bien que cette guerre de résistance n’est pas une guerre ordinaire entre deux nations, mais une guerre qui ne pourra jamais être limitée ou arrêtée par le temps ou l’espace, par l’argent ou les questions économiques, par la difficulté des communications ou l’infériorité des armements; c’est une guerre qui ne prendra fin qu’à la libération complète du pays.Tel est, en Chine, le rythme de l’histoire.D’après les notions traditionnelles, il existe un ordre universel qui régit à la fois le monde et les hommes.Lorsque cet ordre y est maintenu, il est impossible, que la domination étrangère y triomphe.En fait, tout au long des siècles, bien que l’étranger ait dominé, pendant une période anarchique, sur la Chine, il a été très rapidement assimilé par la civilisation chinoise.Cet ordre chinois règne aujourd’hui de nouveau, moyennant la Vie nouvelle, que nous appelons Ordre de la morale chinoise.Morale chinoise.On dit d’ordinaire que c’est celle de Confucius.Nous ne voulons, pour le moment, ni approuver ni désapprouver cette affirmation.Nous nous proposons de l’étudier historiquement, sans vouloir critiquer personne.Nous nous efforcerons cependant dans notre étude de fournir à chacun les moyens de choisir en toute connaissance la conclusion qui s’impose.Le premier pas dans notre recherche nous amène à étudier trois des livres les plus anciens de la Chine.Ce sont: Chou-King, livre canonique des annales politico-historiques qui propose un idéal moral, où la volonté est toujours maîtresse; puis Y-King; c’est un livre cosmologique initiant aux règles qui permettent d’organiser les affaires humaines d’après la connaissance de la nature telle qu’elle était alors; et enfin vol.XXXI, n° 2, octobre 1943. 110 LE CANADA FRANÇAIS Che-King; un recueil poétique où se trouve développée cette idée que tout enseignement pour réussir doit être donné avec amour et bonté.Voilà les sources, d’où nous allons extraire les fondements de la morale chinoise pré-con-fucienne.Voyons d’abord les origines de la morale chinoise sous les empires de Dan et de Yue et sous les trois dynasties (2357841 av.J.C.).De la plus haute antiquité, la morale chinoise était sociale, au sens le plus noble du terme.Elle se fonde sur la vénération du ciel et l’organisation patriarcale.1) L'idée du ciel.—Depuis cinq mille ans les Chinois émigrent de l’ouest aux rivages de la Rivière Jaune.Là, ils construisent des demeures, ils cultivent la terre, ils souffrent du chaud et du froid, ils jouissent du bon temps et de la moisson abondante, ils affrontent les tempêtes et les catastrophes.En même temps ils commencent à rechercher les causes de tout cela.Ils croient que c’est le ciel bleu qui le fait: il en est donc le souverain suprême.C’est à lui de distribuer la rémunération aux bons et aux méchants.En réfléchissant sur cette investigation, ils arrivent à l’idée abstraite.Ils ne regardent plus le ciel bleu que comme un axiome naturel et universel.Ils affirment que les actions ' humaines doivent se calquer sur la variation régulière de ces phénomènes.Dès lors, si l’on connaît bien la norme céleste, on pourra en déduire les affaires humaines conformément à la volonté du ciel: et ainsi à la vénération religieuse de la nature succède l’étude cosmologique.2) Axiome du ciel: Les anciens Chinois ont un double point de vue cosmologique.L’un s’explique par la force du mouvement; c’est la philosophie du Yin et du Yang.L’autre au contraire par la matière; c’est la philosophie des cinq éléments (eau, feu, bois, métal et terre).Cependant, tous les deux, en progressant au fur et à mesure, se multiplient.En effet, d’une part les deux symboles élémentaires Yin et Yang engendrent quatre symboles secondaires, auxquels toute la tradition attribue les désignations de Grand Yin, Petit Yang et petit Yin, Grand Yang.Puis les quatre symboles secondaires engendrent les Pa-Kua ou huit trigrammes comprenant chacun trois lignes entières ou Le Canada Français, Québec, LA MORALE CHINOISE 111 interrompues, dont le sens est symbolique.Alors, ils supposent que le Pa ou la forme de l’écriture huit en Chinois est le tout premier signe de la chose, d’où sortent tous les autres signes cycliques.Ainsi ils fixent les lois générales de la mutation des phénomènes.Ces lois font une intime concordance entre les gestes de la nature et les comportements humains.D’autre part, de cinq éléments de la matière, le premier est appelé l’eau; le second, le feu; le troisième, le bois; le quatrième, le métal; le cinquième, la terre.La nature de l’eau est d’humecter et de descendre; celle du feu, de flamber et de monter; celle du bois, de pouvoir être courbé et redressé; celle du métal, d’être obéissant et de changer de forme; celle de la terre, d’être semée et moissonnée.Ils supposent que ces éléments sont la matière première de la formation du monde, et que chacun d’eux possède une nature résistante et génératrice, si bien que les autres phénomènes du monde se sont formés de leur combinaison et de leur séparation.En connaissant cela, on peut déduire les phénomènes qui vont se produire.Les principes de ce double système cosmologique, bien que différents en théorie, servent pourtant pareillement à diriger dans la pratique les actions humaines d’après la norme céleste; car les anciens Chinois ne s’appliquaient pas à rechercher l’essence du ciel, mais la supposaient pour la vie pratique.C’est la distinction spécifique entre les Chinois anciens et les occidentaux au point de vue du ciel, comme le critère suprême de la doctrine morale.3) La croyance au ciel.—La croyance chinoise au ciel n’a rien de commun avec la croyance à la lumière et au soleil qu’on trouve chez d’autres peuples.Il s’agit, dès le début, d’une puissance cosmique à laquelle on attribuait non seulement les petits faits de la vie quotidienne, mais cette vie elle-même.Les Chinois sont convaincus, que le ciel ayant montré ce par quoi on conduit sa vie, les hommes sont obligés de le suivre sans aucune restriction.C’est ce qu’on appelle l’obéissance aux règles du souverain suprême (Chang-Ti).Une telle croyance, de siècle en siècle, a créé chez les Chinois comme une seconde nature.Us parlent partout du ciel dans leurs entretiens politiques comme dans leurs affaires importantes.vol.XXXI, n° 2, octobre 1943. 112 LE CANADA FRANÇAIS 4) L'autorité et la majesté du ciel.— Le ciel est-il pour les anciens Chinois un être influent et majestueux ?Le Y-King nous répond: « La dureté et la mollesse se froissent toutes deux; il (le ciel) tambourine avec le tonnerre, il féconde par la pluie et le vent; le soleil et la lune circulent; le Kien-Tao (l’ordre céleste) forme l’homme, le Kouen-Tao (la terre) devient la chose ».Cela veut dire que le ciel, s’occupant de toutes les choses, en les envoyant et les recevant, en les disposant et les harmonisant, n’agit pas d’une façon irraisonnable; mais, tout au contraire, s’adapte strictement à la doctrine morale: on peut en être sûr, quand on réfléchit à tous les bienfaits qu’il a accordés au genre humain.Les hommes donc qui veulent profiter de leur vie, doivent obéir parfaitement au ciel, en vénérant son mandat et en suivant ses ordres.Qui obéit au ciel et le respecte, le ciel lui accorde la félicité; par exemple il lui donne un vent et une pluie opportune, il lui procure une riche récolte, dont jouiront ses descendants eux-mêmes.Qui désobéit au ciel et l’insulte, le ciel le punit par diverses catastrophes; par exemple le soleil et la lune lui annoncent l’infortune, les montagnes et les vallées se changent de façon à prévenir du mécontentement du ciel.Et si par cela il ne se repentit pas, alors le ciel va le punir.C’est la propriété du ciel que nous trouvons exprimée partout dans le Che-King et le Chou-King.5) L'ordre du ciel.—C’est le Tao-Tê (Tao: la doctrine morale par excellence; Té: la vertu morale par excellence) qui est l’essence du ciel; c’est l’ordre qui est l’essence du ciel manifestée sur les choses.Au-dessous de l’Esprit du ciel, disent les anciens Chinois et récemment encore, les Chinois moins instruits, il y a d’autres esprits.On distinguait des esprits supérieurs et inférieurs, célestes et terrestres; on rangeait parmi les premiers le soleil, la lune, les étoiles et les constellations, parmi les autres, surtout ceux des montagnes, des collines, des vallées, des fleuves, des sources, des lacs, des fontaines; on croyait à un esprit de la pluie et de la sécheresse, à un dieu protecteur de la culture, des champs et des troupeaux, à un génie du foyer domestique, etc.Cependant tous ces esprits sont gouvernés par le Chang-Ti (souverain suprême).C’est la norme de l’ordre humain; c’est ce dont le Y-King dit: « Le ciel en haut, la Le Canada Français, Québec, LA MORALE CHINOISE 113 terre en bas établissent l’ordre du Kien-Kouen; la hauteur et la bassesse une fois définies, se définissent aussi la noblesse et la vilenie.» En appliquant la disposition de l’ordre céleste à la société humaine, on peut juger que tout ce qui n’est pas conforme à l’ordre n’est pas non plus Tao-Té.Le Y-King dit encore: (( Après le ciel et la terre il y a wan-wou (dix mille choses); après le wan-wou, il y a l’homme et la femme; après l’homme et la femme, il y a le mariage; après le mariage, il y a le père et le fils; après le père et le fils, il y a l’empereur et le ministre; après l’empereur et le ministre, il y a le supérieur et l’inférieur; après le supérieur et l’inférieur, s’introduit la cérémonie ».Tout cela signifie que suivant la trace de l’évolution naturelle on peut savoir combien on doit tenir compte de l’ordre.Parce qu’il faut tenir compte de l’ordre, les moralistes tiennent le « Juste milieu » pour le seul principe de la morale.C’est le juste milieu qui s’adapte selon les circonstances de lieu et de temps aux actions humaines sans excès et sans défaut: voilà la base du Tao-Té (de la doctrine et de la morale par excellence).Cette doctrine se perfectionne davantage moyennant l’organisation patriarcale.1) L’organisation elle-même.—Il n’y avait là, je vous assure, rien de plus spécifiquement ehinois que l’organisation patriarcale de la famille, d’après laquelle le Paterfamilias était, non seulement le souverain absolu de ce groupe social syngé-nétique, mais aussi son prêtre et son chef spirituel, car il est le représentant vivant des esprits des ancêtres, des membres de la famille qui continuent à vivre dans le monde des esprits.Mais ce qui est spécial, en plus, au monde chinois, c’est l’incomparable profondeur morale qu’a trouvée en lui cette organisation patriarcale.L’idéal, notons bien, du père de famille, en Chine, c’est le Sage qui guide avec prudence et bonté, avec dignité et bienveillance, les brebis qui lui sont confiées et les élèves de telle sorte qu’elles fassent le bien, non par crainte et servilité, mais par un respect profond et un sentiment vrai du devoir.L’organisation patriarcale est la seule cohésion de la société dans la constitution sociale la plus ancienne de la vol.XXXI, n‘2, octobre 1943. 114 LE CANADA FRANÇAIS Chine.C’est pourquoi les rapports du souverain avec ses sujets sont assimilés, en Chine, à ceux d’un bon père de famille avec ses enfants.L’organisation patriarcale, à vrai dire, n’est que la pratique de la doctrine de l’ordre, à commencer par la famille et jusque dans toutes les sociétés.Dans une famille se trouvent le père qui est le chef, les frères et les sœurs qui se distinguent par l’ordre de l’âge.Dès lors on peut en déduire l’application aux communautés paysannes et même au gouvernement.Le souverain est le père du peuple; les peuples et les ministres sont ses fils.Il y a la même relation entre les ministres qu’entre les frères, sauf la différence du titre et de la dignité.Mais tous ont leur Tao-Té d’après les circonstances de lieu et de temps.C’est « le juste milieu » qu’observent tous les Chinois, sages et saints.2) Les paroles et la conduite des anciens Chinois, sages et saints.Il y eut avant les trois dynasties (2205—av.J.C.) toute une lignée des saints qui sont les exemplaires de tous les Chinois.En ce temps-là, faute de méthode scientifique et même à cause de la rareté des idées abstraites, on n’avait pas formé une doctrine proprement dite, mais les fondements de la doctrine étaient posés.Nous ne savons presque rien des choses de l’antiquité très haute de la Chine, nous ne connaissons Fou-Hi que comme auteur de Pa-Xua, et Houng-Ti que comme inventeur de la médecine.Donc les premiers fondateurs de la morale, dans la Chine antique, sont Yao, Chouen, Yu, Tan, Wen, Wou, Tcheou-Kong, dont les paroles brillent dans la Sian-Chou ou les livres les plus anciens de la Chine.Nous allons l’étudier maintenant.a) Yao (empereur de la Chine en 2357-2257 av.J.C.) « Yao, dit le Chou-King, cultiva parfaitement ses grandes vertus naturelles, et par ce moyen fit régner la concorde dans le neuf classes de ses parents.Quand la concorde fut bien établie dans les neuf classes de ses parents, il régla admirablement toutes les familles de sa principauté particulière.Quand la vertu brilla dans toutes les familles de sa principauté particulière, il établit l’union et la concorde entre les habitants de toutes les autres principautés.Oh ! alors toute la race aux cheveux noirs fut transformée et vécut en parfaite harmonie.)> Le Canada Français, Québec, LA MORALE CHINOISE 115 On peut facilement en dégager, que Yao pour régner avec succès employa non la force, la loi et le tribunal, mais seulement la vertu suivant la doctrine de Che-King: « Là où règne la vertu, point n’est pas besoin de lois.Le bon souverain devient lui-même roi ».Cette vertu n’est que le juste milieu.Aussi bien, en cédant son gouvernement à Chouen, il lui dit simplement: « Tenez toujours fermement et sincèrement le milieu de la droite voie.« C’est la conclusion de sa longue expérience, la grande invention morale de ce temps-là, la conséquence de l’imitation du ciel.C’est pourquoi Confucius dit: « Oh ! quelle était grande la conduite de Yao dans l’administration de l’empire.Quelle était élevée et sublime ! il n’y a que le ciel qui pouvait l’égaler en grandeur; il n’y a que Yao qui pouvait imiter le ciel.Ses vertus étaient si vastes et si profondes, que le peuple ne trouvait point de noms pour leur donner.» b) Chouen.(Le successeur de Yao en 2255-2203 av.J.C.).Il devient célèbre par l’idée abstraite du juste milieu, qu’il adapte avec beaucoup de psychologie.Il ordonne à son ministre K’ouen d’enseigner à son fils aîné: « La rectitude avec la douceur; l’aisance avec la gravité; l’inflexibilité sans cruauté, l’indulgence sans arrogance ».Tout cela veut dire que pour bien former un caractère humain, il n’y a que le juste milieu.Quand il s’agit de la morale sociale, il reconnaît une différence et un ordre du Tao-Té d’après la relation morale différente: « Entre le père et les enfants la tendresse et la bienveillance dominent; entre le prince et les ministres la déférence et l’équité; entre les époux la diversité; entre les amis la fidélité.» Tous ces noms sont divers en tant qu’ils signifient les relations différentes, mais leur noyau est le même juste milieu.Dès lors on comprend bien, que la vertu du juste milieu joue un double rôle; l’un intérieur, par lequel on se perfectionne soi-même, l’autre extérieur qui concerne le prochain.Telle est la norme suprême de la morale sociale, l’idée tout à fait propre de la race chinoise, que nous trouvons assez développée depuis l’époque de l’empire de Chouen.Voilà la base solide et perdurable de la morale chinoise.c) Yu.(L’empereur en 2205-2197 av.J.C.).Le titre de Bien-méritant lui appartient à bon droit.Il était vol.XXXI, n°2, octobre 1943. 116 LE CANADA FRANÇAIS constamment attentif à bien remplir son devoir, très renommé pour avoir rétabli les cours des neuf fleuves, fait écouler le Thsi et le Ta dans la mer.Il dégagea les cours des fleuves Jan et Han des obstacles qui les obstruaient; il fit couler les rivières Hoaï et Sse dans les fleuves Kiang.Cela fait, les habitants du royaume du Milieu purent ensuite obtenir des aliments en labourant et ensemençant les terres.A cette époque, A u fut huit ans absent, occupé de ses grands travaux; il passa trois fois devant la porte de sa maison sans y entrer.Son idée morale est exprimée dans le Houng-Fan ou la Grande règle qui est une sorte de catéchisme de la Chine ancienne.Les neuf catégories, dont le Houng-Fan parle, sont des relations morales et politiques et celles entre le ciel et les hommes.Ce qui concerne la morale des hommes comporte les cinq choses, les trois vertus, et les cinq bonheurs, et les six infortunes.Les cinq choses sont les actions humaines les plus ordinaires.Ce sont l’attitude extérieure, la parole, la vision, l’audition et la cogitation.Les trois vertus sont la droiture, la fermeté et la douceur.Les cinq bonheurs sont la longévité, la richesse, la tranquillité, l’amour de la vertu seule et la bonne mort.Les six infortunes sont la mort brusque, la maladie, la pauvreté, la tristesse, la malice et la faiblesse.Tout cela, afflrme-t-on, vient de relation bonne ou mauvaise entre le ciel et les hommes.On peut en tirer donc la moralité des actions humaines qui vont suivre.Cependant nous pouvons mieux connaître l’idée morale de Yu par les enseignements, que lui a donnés Kao-Yao, le ministre de la justice et chargé par Chouen de faire les enquêtes criminelles.Celui-ci lui a montré les neuf vertus: « L’aisance avec la gravité, la condescendance avec la fermeté, la simplicité avec la décence, le talent de gouverner avec la circonspection, la docilité avec la force, la rectitude avec la douceur, l’indulgence avec le discernement, l’inflexibilité avec la sincérité, le courage avec la justice.» Tels enseignements sont semblables à ceux de Chouen qui a ordonné à son ministre K’Ouen d’enseigner son fils aîné, mais bien plus détaillés.Le Canada Français, Québec, LA MORALE CHINOISE 117 d) Tan, Wen, Won, Tcheou-Kong.(Les princes des trois dynasties).Pour ne pas alourdir notre article, nous résumons les idées morales de ces quatre rois telles quelles apparaissent dans deux faits: la révolution des dynasties Chang et Tcheou et l’éducation des trois dynasties.L’évolution de la morale, pendant les trois dynasties, est influencée spécialement par la révolution du Tan et du Wou.Si telle action de la révolution ne paraît pas bien conforme à la coutume de respecter « l’ordre )), la fonction du souverain, affirment les anciens Chinois, est un devoir transmis à l’homme par un mandat du ciel (T’icn-Ming) et c’est dans la mesure où ce mandat élève le souverain au-dessus de tous les hommes qu’il lui impose un devoir surhumain.Le souverain doit être, en vertu et en sagesse, l’égal du ciel (T’ien-Tse).Le mandat du ciel ne tient pas compte de la naissancë mais de la vertu: « Celui-là, seul, dit le Chou-King, qui rayonne d’une immense vertu, peut s’élever, même s’il est de basse extraction et fils d’un paysan )).Si l’empereur abandonne la voie du ciel, alors le ciel lui retire son mandat.Le souverain cesse intérieurement d’être le T’ien-Tse, et il doit aussi alors cesser extérieurement de l’être.Cette perte du mandat céleste se manifeste, dit le Chou-King, par la volonté du peuple; « Le ciel entend par les oreilles et voit par les yeux de notre peuple ».Donc, ce qui offense le peuple offense aussi le ciel.Par conséquent les révolutions de Tan et de Wou sont effectuées d’après la volonté du ciel et celle du peuple.C’est pourquoi de telles révolutions sont parfaitement conformes à la doctrine morale précédente.L'éducation de trois dynasties.—-A cette époque on rencontre un grand nombre de saints et de sages, mais on ne peut trouver développé dans leur doctrine un traité ex-pro-fesso de la morale.Par exemple Y-Yin, dont a parlé Mong-Tse, ne voulait recevoir ni donner rien qui ne convînt à la justice et à la morale; il se chargeait pourtant de tout le monde, mais il n’a pas même écrit quelques lignes sur la morale.De même Tcheou-Kong, instituteur des rites et grand compositeur chinois, bien qu’il fût devenu le principe de la civilisation en son époque.Cependant, en général, le Tao-Té de la dynastie Chang a passé dans Jou-Kia ou parti des adeptes de Confucius, et vol.XXXI, n° 2, octobre 1943. 118 LE CANADA FRANÇAIS celle de la dynastie Tcheou dans le Mei-Kia ou parti des adeptes de Mei-ti.En outre, nous pouvons connaître la doctrine morale des trois dynasties par leurs systèmes éducatifs.Le ministre d’éducation de la dynastie Tcheou nous dit, qu’il y avait dans les villages des écoles pour l’instruction commune.Les sujets d’enseignements sont alors les six vertus: la connaissance, l'humanité, la sainteté, l’équité, le milieu, la concorde; les six actions: la piété, l’amitié, l’affabilité, la parenté, la sincérité et l’aumône; les six arts: l’urbanité, la musique, la sagesse, la conduite du char, la mathématique et l’écriture.Les sujets d’éducation supérieure sont exposés dans le traité du Tahio (le Li-Ki) ou la « Grande étude » (c’est-à-dire le travail de notre perfection morale, et non plus l’apprentissage de la lecture et de l’écriture): (( la voie de grande étude consiste à faire briller la vertu brillante (la bonté naturelle), à aimer le peuple et à se fixer en la bonté parfaite.Aux temps anciens, quand on veut faire briller la vertu brillante dans tout empire (rendre tous les hommes parfaits), on doit d’abord bien gouverner sa principauté.Pour bien gouverner sa principauté, on doit d’abord mettre de l’ordre dans sa famille.Pour mettre de l’ordre dans sa famille, od doit d’abord régler son corps (ses activités extérieures).Pour régler son corps, on doit d’abord rectifier son cœur.Pour rectifier son cœur, on doit d’abord rendre sincère sa pensée (sa volonté, ses intentions).Pour rendre sincère sa pensée, on doit d’abord développer ses connaissances.Développer ses connaissances consiste à atteindre les êtres.Une fois les êtres atteints, les connaissances arrivent.Il en est pour le souverain comme pour les peuples, à savoir que la base de la perfection consiste à régler son corps, en rectifiant son cœur, en rendant sincère sa pensée et en développant ses connaissances.Après cet exposé, nous allons conclure, en le résumant: la morale chinoise, dans sa profondeur et sa pureté, contient deux principes, que l’on trouve aussi dans la Bible.La vénération chinoise du ciel correspond au premier précepte du Décalogue, et l’organisation patriarcale au quatrième.Ces deux principes mettent un lien entre le ciel et la terre.On constate donc déjà dans la constitution sociale la plus Le Canada Français, Québec, LA MORALE CHINOISE 119 ancienne de la Chine, que le peuple chinois n est jamais et ne sera jamais anéanti, sinon par le mandat du Ciel.L’envahisseur actuel de la Chine prétend justement avoir reçu un tel mandat du Ciel, auquel il en appelle pour violer toutes les règles de la justice et de 1 humanité.Mais il est bien triste et paradoxal que notre envahisseur connaisse le mandat du Ciel, sans l’avoir mérité par la pratique de la vertu, qui seule peut le lui révéler.Cette vertu est bien exaltée, en Chine, par le moyen de la Vie Nouvelle, dont nous avons parlé au début.Telle est la cause de la conviction profonde chinoise dans le succès final de sa résistance contre l’envahisseur.Ln ce moment le peuple chinois, malgré son immense souffrance de ces trois années depuis l’invasion japonaise, est bien réconforté par l’observatioD de sa morale traditionnelle, sur laquelle il est en train d’effectuer la défaite totale du Japon et sa victoire finale pour créer une Chine nouvelle et grande parmi les nations du monde.l’abbé Jean-T.S.Mao, Docteur en théologie et licencié en lettres.Les livres La vente au comptoir par Louis-Alexandre Belisle , éditeur de Lee affaires, professeur à l’École supérieure de Commerce.Tout propriétaire de magasin devrait lire La vente au comptoir et faire en sorte que chaque membre de son personnel vendeur en prenne une connaissance sérieuse; il aurait tout à y gagner.L’auteur donne, en effet, des aperçus sur la psychologie appliquée, sur la technique de la vente, sur la façon de traiter les clients; il décrit les diverses sortes de clients, et trace un beau tableau des dispositions si variées d’une clientèle.Bref, La vente au comptoir fera que ceux qui s’en pénétreront, acquerront une « compréhension meilleure des foules et les préparera à l’ère des concurrences nouvelles )) que nous connaîtrons, cette guerre terminée.G.R.vol.XXXI, n° 2, octobre 1943.
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